• Jeff Bezos : Amazon boss ‘hacked after WhatsApp message from Saudi crown prince’ | The Independent
    https://www.independent.co.uk/news/world/americas/amazon-jeff-bezos-saudi-arabia-mohammad-bin-salman-phone-hack-whatsap

    The Independent relance une vieille histoire :
    https://www.lefigaro.fr/international/2019/04/01/01003-20190401ARTFIG00078-quand-l-arabie-saoudite-ecoutait-le-patron-d-amaz

    Mais ce qui est intéressant c’est que Mujtahid (Twitter saoudien d’opposition) affirme que les Nations Unies vont publier un document sur cette affaire... https://twitter.com/mujtahidd/status/1219827254815076352

    #usa #ONU #tic_arabes #arabie_saoudite (et j’y ajouterai bien #deal_du_siècle)

  • Clearview AI : comment une entreprise aspire illégalement des millions de photos au service des forces de l’ordre - Cyberguerre
    https://cyberguerre.numerama.com/2366-surveillance-de-masse-comment-une-entreprise-aspire-illeg

    Le New York Times s’est intéressé au cas inquiétant de Clearview AI, une startup qui a créé un outil de reconnaissance faciale... à partir de millions d’images trouvées sur le web. L’application, sortie des pires scénarios de science-fiction, convainc les utilisateurs, mais s’affranchit de plusieurs barrières légales. Peut-elle s’installer dans les usages, alors qu’elle se confronte aux lois américaines et au règlement européen sur les données en Europe ?

  • Israeli director to helm new HBO-Keshet show about targeted assassinations - Israel News - Haaretz.com

    https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-israeli-director-to-helm-new-hbo-keshet-show-about-targeted-assass

    New York-based Israeli film director Yuval Adler will write and direct the first season of a new Israeli-American series based on the book Rise and Kill First, written by Ronen Bergman, industry publication Deadline reported over the weekend.
    Hijacking the Holocaust for Putin, politics and powerHaaretz Weekly Ep. 57

    The bestseller, which tells the history of targeted assassinations carried out by Israeli intelligence agencies, was optioned in 2018, a few months after publication, by the U.S. network HBO and Israel’s Keshet.

    The first season will focus on the joint CIA-Mossad operation to assassinate senior Hezbollah leader Imad Mughniyeh in 2008. The Lebanese-born military commander was assassinated at the age of 46 in a suburb of Damascus, when an explosive device attached to his car went off.

  • Nucléaire : comment les Etats-Unis brouillent les relations entre l’Iran et les trois pays européens
    https://www.latribune.fr/economie/international/nucleaire-comment-les-etats-unis-brouillent-les-relations-entre-l-iran-et-

    Les Etats-Unis sont en train de réussir leur coup pour tuer définitivement l’accord sur le nucléaire conclu entre l’Iran et les cinq pays qui soutiennent encore cet accord. Téhéran a mis en garde l’Agence internationale de l’énergie atomique contre de « graves » répercussions après le déclenchement par les Européens du mécanisme de règlement des différends.

    Après avoir assassiné le général iranien Qassem Soleimani, les Etats-Unis tentent une nouvelle fois de tuer l’accord sur le nucléaire conclu entre l’Iran et le groupe de pays qui le soutiennent encore (Chine, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne). Ce qui agace Téhéran. Le président du Parlement iranien a mis en garde dimanche l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) contre de « graves » répercussions après le déclenchement par les Européens du mécanisme de règlement des différends (MRD) contre l’Iran. Les trois Etats européens (France, Allemagne, Grande-Bretagne) parties à l’accord sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015 ont annoncé mardi avoir déclenché le MRD pour tenter de contraindre Téhéran à revenir à l’application totale de ce texte contraignant pour son programme nucléaire.

    Le pacte passé entre la République islamique et le groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) menace de voler en éclats depuis que le président américain Donald Trump s’en est retiré unilatéralement en 2018, avant de rétablir de lourdes sanctions économiques contre l’Iran. Berlin Paris et Londres maintiennent qu’ils restent engagés dans l’accord, mais Téhéran les accuse d’inaction. « Ce que ces trois pays européens ont fait sur le dossier du nucléaire iranien (...) est regrettable », a affirmé dimanche le président du Parlement, Ali Larijani, cité par l’agence officielle Irna.

    « Nous annonçons clairement que si l’Europe, pour quelque raison que ce soit, utilise l’article 37 de l’accord sur le nucléaire de manière injuste (dans la foulée du MRD, NDLR), alors l’Iran prendra une grave décision sur la coopération avec l’Agence », a-t-il ajouté, en référence à l’AIEA.

    Un vrai-faux rétablissement des sanctions contre l’Iran
    L’article 37 prévoit que si aucune solution n’est trouvée au contentieux, le Conseil de sécurité de l’ONU pourrait rétablir toutes les sanctions qui avaient été levées dans le cadre de l’accord. Très clairement, une mesure symbolique. Car compte tenu de l’embargo vis-à-vis de l’Iran décrété unilatéralement par les Etats-Unis, qui obligent tous les groupes internationaux à le respecter sous peine de se voir infliger des sanctions financières exorbitantes.

    Depuis mai 2019, Téhéran s’est affranchi d’engagements pris dans le cadre de l’accord de Vienne limitant drastiquement ses activités nucléaires, en riposte aux sanctions américaines et à l’incapacité des pays européens à les contourner. En janvier, Téhéran s’est notamment affranchi de toute limite sur le nombre des centrifugeuses qu’elle s’autorise à faire tourner pour enrichir l’uranium. L’Iran a toutefois dit que ces engagements mis à mal pouvaient être appliqués de nouveau en cas d’évolution positive.

    L’Allemagne plie-t-elle face aux Etats-Unis ?
    Ces développements interviennent dans le sillage d’une flambée des tensions entre l’Iran et des pays occidentaux après l’assassinat le 3 janvier à Bagdad dans un tir de drone américain du général iranien Qassem Soleimani, et l’aveu de Téhéran quelques jours plus tard de sa responsabilité dans le crash d’un avion civil, atteint par erreur par un missile. « Le problème, ce n’est pas le comportement de l’Iran », a encore affirmé dimanche Ali Larijani. « Ce sont les menaces des Etats-Unis qui ont poussé un puissant pays européen vers une position humiliante et injuste ».

    L’Allemagne a indiqué la semaine dernière que les Etats-Unis avaient menacé d’imposer des droits de douane de 25% sur les automobiles européennes pour pousser les Européens à déclencher le MRD. Un article du Washington Post affirmant que « Trump a secrètement menacé (Paris, Berlin et Londres) d’imposer des droits de douane de 25% sur les automobiles européennes » si elles n’actionnaient pas le mécanisme de règlement des différends (MRD) de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015. "Cette menace existe", a confirmé jeudi la ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, lors d’une conférence de presse à Londres. Les trois Etats européens (France, Allemagne, Grande-Bretagne) avaient annoncé mardi avoir déclenché le MRD pour tenter de contraindre Téhéran à revenir à l’application totale de ce texte.

  • Who gains if Trump publishes peace plan before Israeli election?
    https://www.al-monitor.com/pulse/originals/2020/01/israel-us-donald-trump-benjamin-netanyahu-benny-gantz.html

    Seemingly, the outline of the plan is clear: Trump will offer a plan where there is no Palestinian state, there is no division of East Jerusalem, there is no vacating of settlements, no absorption of a single Palestinian refugee and no return to 1967 borders. The presentation of the plan would be followed by other, most obvious steps: Palestinian President Mahmoud Abbas blows up, rejects it out of hand in disgust, while Netanyahu gravely examines it and says it’s a valid basis for real negotiations; Trump thanks him for his willingness to compromise, and in light of the Palestinian determination not to miss an opportunity to miss an opportunity, he allows Netanyahu to annex whatever he wants. The public would be impressed by Netanyahu’s magic and would stream to the polls in order to give him four more years, despite the indictment for bribery, fraud and breach of trust against him that has landed at the desk of Knesset Speaker Yuli Edelstein.

    If, indeed, what Trump would do is a “cut and paste” of the Likud platform (which also hasn’t been revealed yet), Netanyahu could enjoy the support of his base at the expense of the right-wing parties after he had managed to unite them. All of the right-wing parties have united into one platform except for Otzmah Yehudit.
    Also read

    #israël #palestine #deal_du_siècle

  • PAC : des millions d’euros d’aides agricoles détournés, décryptage
    d’un scandale européen

    « Une enquête au long cours du New York Times, publiée entre novembre et décembre 2019, est à l’origine d’une critique radicale du système européen de soutien et d’aides à l’agriculture – la « politique agricole commune » (PAC).

    Conduite dans neuf pays par plusieurs journalistes, l’enquête est à
    l’origine de révélations explosives, démontrant qu’une large partie de
    ces aides ou subventions destinées aux agriculteurs était détournées
    au profit d’oligarques des pays de l’Est.

    L’enquête a également montré qu’une véritable mafia agricole
    prospérait dans ces pays, grâce à un système de corruption, y compris au plus haut niveau de l’État. Cet argent de la PAC, indispensable à la survie de milliers d’agriculteurs européens, est ainsi capté par une poignée d’acteurs et ne sert ni au soutien ni au développement ou à la transition de l’agriculture européenne.

    (…)

    L’enquête interroge enfin les limites du système de la PAC, soulignant qu’il ne permettrait pas d’orienter les fonds vers une transition agricole durable. Les subventions, indexées sur la taille des
    exploitations, favorisent l’émergence d’immenses ensembles
    agro-industriels fonctionnant avec relativement peu d’emplois et selon des modes d’exploitation dits « conventionnels ».

    (…)

    « Par ailleurs, le système d’allocations et de subventions pousse en
    lui-même à un autre effet pervers : une partie des ces aides
    européennes étant payées à l’hectare, cela incite certains acteurs à
    augmenter les surfaces déclarées, concentrant encore plus les
    richesses dans les mains d’une poignée d’acteurs et appauvrissant
    encore davantage une base importante de paysans européens. Ce
    phénomène de concentration des richesses pour une infime minorité – la tactique du winner-take-all – incite encore plus à la concentration. »

    – L’analyse publiée par The Conversation FR :

    http://theconversation.com/des-millions-deuros-daides-agricoles-detournes-decryptage-dun-scand

    – L’enquête originale du NY Times :

    https://www.nytimes.com/interactive/2019/12/25/world/europe/farms-environment.html

  • Et @EmmWargon qui ose dire sur @franceinter que Macron a été « interpellé » hier au théâtre... A priori c’est Taha Bouhafs qui a été interpellé et qui est toujours dans VOS geôles. En matière « d’interpellations violentes », il a aussi pu goûter les méthodes de votre @gouvernementFR
    https://twitter.com/vslonskamalvaud/status/1218603863546171392

    Et @EmmWargon qui ose dire sur @franceinter que Macron a été « interpellé » hier au théâtre... A priori c’est Taha Bouhafs qui a été interpellé et qui est toujours dans VOS geôles. En matière « d’interpellations violentes », il a aussi pu goûter les méthodes de votre @gouvernementFR

  • Left Alliance MP held in Israel over unauthorised attempt to enter Gaza 14.1.2020 | Yle Uutiset | yle.fi
    https://yle.fi/uutiset/osasto/news/left_alliance_mp_held_in_israel_over_unauthorised_attempt_to_enter_gaza/11156418

    Israeli authorities detained Left Alliance MP Anna Kontula on the Israeli-Gaza border on Monday, according to reports first published by daily Helsingin Sanomat.

    Kontula was held as part of an international activist group that was trying to organise a demonstration on the Gaza border to draw attention to the situation in the region. The group intended unauthorised entry into Gaza by bypassing legal routes.

    "I was on my way to a demonstration and the intention was to enter Gaza to protest the humanitarian crisis caused by embargoes there,” Kontula told news agency STT.

    Illegal entry into Gaza carries the risk of diplomatic repercussions. Kontula said that she had considered her actions in advance.

    “In my view the attitude whereby we should not criticise violations of international law because it might weaken [bilateral] relations sounds very 70s,” she declared.

    Kontula said that she also intended to protest the arms trade between Finland and Israeli companies, which she added must be stopped. The lawmaker said that Finland’s arms exports to Israel promote continued Israeli occupation and military activities in the region.

    “Last autumn we received a great deal of information that led us to anticipate that the arms trade between Finland and Israel is growing and not declining as should be the case with a violator of international law,” she declared.

    #IsraelFinlande #gaza

    • Israel detains Finnish lawmaker for attempted breach of Gaza border fence
      Left Alliance parliament member says she sought to protest the humanitarian crisis in the coastal enclave and arms trade between Israel and Finland
      Noa Landau | Jan. 16, 2020 | 8:46 PM - Haaretz.com
      https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-israel-detains-finnish-lawmaker-for-attempted-breach-of-gaza-borde

      Israel Police detained Monday a member of the Finnish parliament for attempting to cross the Gaza border fence in protest of the humanitarian crisis plaguing the coastal enclave.

      Forty-two-year-old lawmaker Anna Kontula of the Left Alliance and four other human rights activist sought to draw international attention to Gaza’s dire situation by “breaching the border fence,” according to Israeli source.

      The Israeli Foreign Affairs Ministry said that “We expect those who visit Israel, and especially public servants, to respect Israeli law.”

      The police said in a statement it acted in “full accordance with the law,” refusing to further comment on Kontula’s detention.

      Taneli Hämäläinen, Kontula’s parliamentary aide, told Helsinki Times that Kontula was held in custody for over 10 hours for refusing to sign a statement admitting to endangering public safety. According to Kontula, she also sought to protest against weapon deals between Israel and Finland and “refused to sign the statement, which I regarded as inaccurate,” Hämäläinen said.

      “Finland is supporting stakeholders that benefit from the continuing occupation and military activity by Israel. By acquiring weapons systems from Israel, Finland also gets to benefit from the development of weapons technology carried out in occupied areas,” Kontula said.

      “The political message that there are no consequences for the over half-a-century-long occupation and serious infringements of international law by Israel,” Kontula added.

      The Finnish Embassy in Israel told Haaretz that Kontula “acted as a private person,” declining to further comment on the issue.

      “Human rights group Gaza 2020: Breaking the siege,” which Kontula is a member of, released a statement saying that “An international delegation of activists was arrested by Israeli police for attempting to cut through the Gaza barrier fence and break the siege.”

      The statement added that “The group demands that the international community end its silence on the humanitarian crisis in Gaza, which is a direct result of Israel’s 13-year blockade.”

    • Israeli Forces Abduct Finnish MP, Activists On Gaza Border
      January 18, 2020 4:06 AM
      https://imemc.org/article/israeli-forces-abduct-finnish-mp-activists-on-gaza-border

      (...) For its part, the High National Committee for the Great March of Return and Breaking the Siege in Gaza condemned the detentions and expressed solidarity with the detainees.

      Israeli forces also confiscated the Finnish detainees’ passports and cell phones and interrogated them in preparation for their deportation to their country by force.

      The High National Committee called for protecting the activists from Israeli harassment and asked human rights organizations around the world to make similar steps against Israel’s racist policies, especially the unjust blockade on the Gaza Strip.

      The Israeli occupation, in 2006, imposed a tight blockade on the Gaza Strip, closing all crossings connecting the enclave with the outside world through Egypt or the Palestinian territories occupied since 1948. The crossings are only opened partially in certain times and for limited periods for the entry of goods and passengers.

    • Anna Kontula - Wikipedia
      https://en.wikipedia.org/wiki/Anna_Kontula


      WP : Tanelihamalaine

      She has completed multiple research projects on prostitution in Finland, such as a 2008 report published by the University of Tampere, and her work evaluating criminalization of prostitution and violence toward women. She researches many areas which evaluate work restrictions, cultural norms, and perceptions, including public breast-feeding, aging in construction workers, racism’s impact not only on where people can work, but where they can live, and many other topics.

      She has served as a vice Chairman of the Sex Industry Association, and was involved in many organizations dealing with social activism during her education.

    • Dans la version en finnois, il est précisé qu’elle revendique être la seule députée communiste à l’ Eduskunta, qu’à la suite de son arrestation, elle vient de se faire qualifier d’antisémite par l’Assemblée juive d’Helsinki (traduction sous réserve, Helsingin juutalainen seurakunta (finnois) ou Judiska församlingen i Helsingfors (suédois)).

      Elle a également fait une étude sur le travail au noir sur le chantier de construction de la centrale nucléaire d’Olkiluoto.

      https://fi.wikipedia.org/wiki/Anna_Kontula

  • « Le parti de Gantz nous a traités comme un homme traite sa maîtresse » Ravit Hecht, 13 janvier, Haaretz , Traduction AFPS
    http://www.france-palestine.org/Le-parti-de-Gantz-nous-a-traites-comme-un-homme-traite-sa-maitress

    Dans un entretien au quotidien israélien Haaretz, Ayman Odeh explique pourquoi sa photo avec Benny Gantz était historique et pourquoi l’essentiel de son message est de réaliser l’union de la gauche. Il répond aussi à la question de savoir s’il sera celui qui fondera un véritable parti judéo-arabe.

    (...) Tout le monde dit que Lieberman a refusé de faire partie d’un gouvernement où vous seriez. Mais si, pour faire tomber Nétanyahou, vous n’avez pas d’autre choix que de vous entendre ?
    – Il n’est pas question de s’asseoir à la même table que Lieberman - ni dans un gouvernement, ni dans une coalition.

    D’où vient cette haine tenace ? Avez-vous des relations avec lui ?
    – Non. Aucune. Il ne m’a jamais adressé la parole. Ni d’ailleurs à personne d’autre de la Liste Unifiée.

    Parce que vous êtes arabes ?
    – Purement et simplement, oui. Il a essayé de diviser la communauté arabe et ses dirigeants, mais quand il parle d’échanges de population, il ne s’agit pas de bouger seulement deux députés, mais une communauté toute entière. Cet homme est un raciste, un menteur et un hypocrite. Nous ne coopérerons jamais avec lui.

    Quels ont été vos rapports avec Bleu Blanc pendant cette période de discussions ? Comment avez-vous été traité ?
    – Je pense que le parti de Benny Gantz nous a traités comme une homme traite sa maîtresse. Ils voulaient nous utiliser pendant deux ou trois mois, le temps de jeter Bibi dehors et de former un gouvernement d’union. Nous avons rencontré leur député Ofer Shelah en secret, il nous a demandé de ne rien dire à personne. J’ai accepté de terminer les négociations avant d’en révéler le contenu.
    Comme un homme qui ne veut pas qu’on sache qu’il a une aventure, ils étaient très en colère. J’ai fait ça intentionnellement, pour montrer à tout le monde que certes nous discutions mais que ce n’était pas la fin du monde pour autant. Nous nous sommes assis, nous avons pris des photos et nous avons discuté.

    En gros, vous me dites que la possibilité que vous soyez nommé ministre est complètement impossible : vous vous battez juste pour une photo avec Gantz ?
    – Depuis 1948, il n’y avait jamais eu de photo d’un député arabe assis à la table des négociations en vue de la formation d’une coalition gouvernementale en Israël. Il n’y a même pas eu de photos de députés arabes avec Rabin en 1992. C’est important pour la légitimité des Arabes. Depuis les événements d’octobre 2000, nous sommes devenus infréquentables, aussi bien à droite qu’à gauche. Un de mes objectifs principaux est de faire des Arabes - qui représentent 20% de la population - des membres légitimes à part entière de la société israélienne. Selon moi, soutenir Gantz et s’asseoir avec lui devant les caméras était une étape importante. (...)

    https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-israel-s-top-arab-politician-we-ll-never-join-a-government-with-li
    #Ayman_Odeh

  • Quand les gauchistes de Public Sénat s’y mettent…
    (très étayé, à lire et écouter…)

    Retraites : un article du projet de loi porte sur l’épargne retraite et la capitalisation | Public Senat
    https://www.publicsenat.fr/article/politique/retraites-un-article-du-projet-de-loi-porte-sur-l-epargne-retraite-et-la

    Un article entier du projet de loi sur la réforme des retraites porte sur la retraite par capitalisation. Ratifiant des ordonnances de la loi Pacte, il appelle l’épargne retraite à « se généraliser ». L’opposition de gauche, mais aussi maintenant de droite, accuse le gouvernement de vouloir affaiblir le système par répartition en favorisant la capitalisation.
    […]
    Moins de cotisations pour les très hauts revenus
    Au-delà du principe de l’épargne retraite, dans le projet de loi, une mesure pourrait bien amener certains (riches) Français à recourir à la capitalisation. Car le gouvernement veut que les cadres qui gagnent plus de 10.000 euros par mois ne cotisent plus pour la retraite pour les revenus dépassant ce seuil. Dans le futur système, tous les salariés cotiseront à 28,1 % pour les revenus jusque 10.000 euros (soit trois plafonds de Sécurité sociale). Au-delà, est prévue une cotisation solidaire de 2,81%, sur laquelle on ne crée pas de droit à la retraite supplémentaire.

    Or dans le système actuel, les super cadres pouvaient cotiser jusqu’à huit plafonds de Sécurité sociale, soit sur des revenus allant jusqu’à 324.000 euros par an. Après la réforme, ils y gagneront en salaire net, mais y perdront en pension de retraite. De quoi les pousser vers l’épargne retraite.

  • « Il imitait l’accent des Blancs, il se préparait pour là-bas » : qui était Laurent-Barthélémy, retrouvé mort dans un avion à Roissy, par Yassin Ciyow
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/01/15/la-vie-secrete-a-abidjan-de-laurent-barthelemy-14-ans-mort-gele-dans-un-trai


    Photographie du jeune Ivoirien Laurent-Barthélémy Ani Guibahi, 14 ans, sur l’avis de disparition diffusé par son lycée, à Abidjan, le 6 janvier 2020. SIA KAMBOU / AFP

    Le jeune Ivoirien, retrouvé mort le 8 janvier dans un logement de train d’atterrissage, préparait son départ depuis des semaines, probablement sous l’influence de passeurs.

    Une semaine jour pour jour après la rentrée des classes, l’heure était au recueillement dans la cour du lycée Simone Ehivet Gbagbo. Autour du drapeau ivoirien planté au milieu de la cour, une centaine d’élèves se sont réunis, lundi 13 janvier, pour écouter Adama Traoré, le proviseur de ce lycée public de la commune populaire de Yopougon, à Abidjan.

    C’est la gorge nouée que le responsable de l’établissement a prononcé l’éloge funèbre de l’un de ses élèves, Laurent-Barthélémy Ani Guibahi, retrouvé mort à l’aéroport de Roissy, le mercredi 8 janvier au matin, dans le train d’atterrissage d’un vol Air France assurant la liaison entre Abidjan et Paris. « Il est mort en faisant quelque chose qu’il ne faut jamais faire. Ne tentez pas ce genre d’aventures ! Le bonheur ne se trouve pas ailleurs, il se trouve ici », a conclu le responsable pédagogique sur un ton martial, avant de décréter un jour de deuil au sein de son établissement.

    Quelques jours après l’annonce officielle de la mort du jeune adolescent de 14 ans, vendredi, les équipes pédagogiques accusent encore le coup et se désolent de n’avoir rien vu venir : « Il semblait vraiment ordinaire : ni brillant à l’école, ni problématique sur le plan disciplinaire », affirme Ousmane Ba, adjoint au chef d’établissement. Des absences, les responsables de ce lycée municipal en traitent chaque semaine, mais il s’agit en général de petites fugues dont « la motivation est généralement sentimentale », précise M. Ba. Cette fois, la cause fut bien plus grave et constitue une première dans ce lycée d’une capacité de 3 500 élèves qui en accueille cette année pourtant près de 7 000. Elève de 4e, le jeune Laurent-Barthélémy suivait les cours aux côtés de ses 111 camarades de classe.

    Camarade poignardé
    Quand il n’était pas en cours à se battre pour une place sur un bout de banc, le jeune homme restait au domicile de son père, à une demi-heure à pied du lycée, dans un deux-pièces de moins de 15 m2, où il partageait chaque nuit son lit avec son demi-frère et sa demi-sœur, plus jeunes que lui, tandis que son père et sa concubine occupaient l’autre pièce.

    Originaire de Gagnoa, au centre de la Côte d’Ivoire, Ani Oulakolé Marius, le père de l’adolescent, est professeur particulier. Il donne des cours de mathématiques, de physique et de chimie à domicile, « quand il y a de la demande », tient-il à préciser pour expliquer ses faibles revenus. Assis sur une chaise en plastique abîmée dans son petit salon qui se transforme en chambre des enfants le soir, il admet sans détour que la famille vit « dans la misère ».

    Fier de son fils disparu, il commente ses bulletins de notes, religieusement compilés dans un petit classeur : « L’an dernier, à Gagnoa, il a terminé quatrième de sa classe, avec une moyenne de 14,5. Comme moi, il était très fort en sciences. » En 2018, convaincu d’avoir un « projet professionnel meilleur qu’à Abidjan », le père décide que toute la famille recomposée doit déménager à Gagnoa, sa ville natale, avant finalement de revenir sur sa décision et de rester à Abidjan.

    Trop tard pour le collégien : il est inscrit au Lycée moderne de Gagnoa et transféré dans la foulée chez son oncle. « Même s’il a aimé passer du temps avec mon frère là-bas, au bout d’un an, mon fils a voulu rentrer à mes côtés. Mais il est revenu un peu traumatisé », ajoute le père de famille.

    Et pour cause : lors des mouvements de grève qui ont paralysé la plupart des établissements estudiantins de Côte d’Ivoire en 2019, laissant craindre à beaucoup une année blanche, Laurent-Barthélémy a vu l’un de ses amis se faire poignarder. « Après cet événement, il ne parlait plus beaucoup, ça l’a vraiment affecté et il disait avoir réalisé à quel point c’était dangereux d’être élève dans ce pays », explique Marc-Grého de Vilermoze, son demi-frère issu d’un premier mariage du père, âgé de 28 ans et technicien en système de sécurité incendie à Abidjan.

    « Ils lui ont pourri la tête »
    En septembre 2019, après un an à Gagnoa, le jeune natif de Yopougon retrouve son quartier. Mais, selon ses proches, il était devenu différent. « Il avait 14,5 de moyenne l’an dernier à Gagnoa, puis 9 ici à Yopougon juste avant les fêtes, observe son grand frère, avant d’ajouter : « Il s’était désintéressé des cours, avait la tête ailleurs. »

    Ailleurs, mais où ? Les avis divergent entre les proches et l’équipe pédagogique. Pour le proviseur du lycée, rien d’anormal : « On parle d’un adolescent, c’est une période sensible où l’on commence à s’affirmer, il était en train de changer. » Autre son de cloche du côté du grand frère : « Quelqu’un l’a manipulé, il passait beaucoup de temps au cybercafé, il a dû tomber sur des passeurs qui lui ont pourri la tête et donné des instructions. »

    Ses camarades de classe confirment d’ailleurs que Laurent-Barthélémy, au tempérament si réservé et généralement assidu, séchait régulièrement les cours depuis novembre pour se rendre au cyber. Selon sa belle-mère, qui a discuté avec lui la veille de sa disparition, il y était encore le dimanche « pendant quelques heures », « peut-être pour prendre les dernières instructions », avance son grand frère, très remonté et déterminé à ce que « la vérité émerge ».

    Une seule certitude, son départ était prémédité. Un sac de voyage contenant plusieurs tenues, dont une « plutôt chic » d’après son père, a été retrouvé sur le tarmac de l’aéroport d’Abidjan. Ce sac, c’était celui de son fils. Selon Séraphin, l’un des copains de quartier de l’adolescent, « peu surpris par l’aventure » de son ami, Laurent-Barthélémy avait pris l’habitude en fin d’année dernière « d’imiter l’accent des Blancs quand il parlait français. Il se préparait pour là-bas, c’est sûr ».

    Après l’allocution sous forme de mise en garde du proviseur et avant de se disperser dans la cour du lycée Simone Ehivet Gbagbo, un élève pointe du doigt les murs décatis et les bancs de l’établissement rongés par le temps, et déclare ironiquement en regardant ses amis : « C’est vrai que le bonheur se trouve ici, il n’aurait pas dû partir. »

    #mort_aux_frontières

  • « On nous appelait les #prisonniers politiques » : des #gilets_jaunes #incarcérés racontent - Basta !
    https://www.bastamag.net/gilets-jaunes-prisonniers-politique-colere-sociale-detention-justice

    Plus de 400 gilets jaunes, condamnés à de la #prison_ferme, purgent ou ont purgé leurs peines. Certains ont accepté de raconter à Basta ! leur découverte de l’#univers_carcéral, une expérience qui marque les personnes et souvent déstabilise les familles. Tout en laissant une trace profonde sur le mouvement.

    En plus d’un an près de 440 gilets jaunes ont été incarcérés pour des peines de un mois à trois ans. Cette répression, menée sur le plan judiciaire et carcéral, a bouleversé leurs vies et celles de leurs proches, et affecté l’ensemble du mouvement. À #Montpellier, Perpignan, #Narbonne, #Le_Mans et d’autres villes, Bastamag a rencontré plusieurs prisonniers et leurs soutiens, qui nous ont raconté leur expérience.

    [...]

    Malgré ces conditions très difficiles, de nombreux gilets jaunes interrogés témoignent du respect exprimé par les autres détenus. « Mon nom c’était le "gilet jaune du B2 rez-de-chaussée", se souvient Victor. Pendant les promenades, certains prisonniers me posaient des questions sur le mouvement. Certains disaient "Quand on sort, si ça continue on sera avec vous !" »

    L’ambiance est similaire à #Perpignan. « On nous appelait les "#prisonniers_politiques". La majorité des détenus soutenaient les gilets jaunes. Ils savaient qu’on avait manifesté pour la justice et la dignité, témoigne Abdelaziz. Les prisonniers, majoritairement issus des quartiers populaires, y aspirent aussi. Ils sont souvent incarcérés parce qu’ils ont fait des actions illicites pour obtenir de l’argent et améliorer leur quotidien. »

    Parfois, les #manifestations de #soutien sont allées jusqu’au personnel de la #prison. « Une des surveillantes m’appelait "#camarade" », se souvient Victor. Abdelaziz est encore plus affirmatif : « Les trois-quarts des gardiens nous soutenaient, et le reste ce sont des fachos. L’un d’entre eux participait même au mouvement au début. » Sourire aux lèvres, Victor évoque même des encouragements, à mots couverts, de la psychologue chargée de son suivi. « Elle a fini par me dire que j’avais raison d’aller aux manifestations. »

  • Retraites : les avocats vont garder leur caisse au sein du régime universel | Les Echos
    https://www.lesechos.fr/economie-france/social/retraites-les-avocats-vont-garder-leur-caisse-au-sein-du-regime-universel-1

    #Retraites : les #avocats vont garder leur caisse au sein du #régime_universel
    Le gouvernement a répondu par courrier aux questions posées par les représentants des avocats, opposés à la réforme des retraites. Il propose une meilleure prise en compte des bas revenus, via une péréquation au sein de la profession. Il évoque aussi des « mesures d’accompagnement ».

    Les avocats viennent de remporter une manche dans le bras de fer qui les oppose au gouvernement sur la réforme des retraites depuis plus d’un an. Leur caisse de retraite autonome, la Caisse nationale des barreaux français (CNBF), qui n’a jamais voulu être intégrée à la Caisse nationale d’assurance-vieillesse des professions libérales (CNAVPL), ne va pas être absorbée par la future Caisse nationale de retraite universelle (CNRU). Elles coexisteront. La CNRU lui déléguera la gestion du régime des avocats, même après 2025, lorsque le nouveau régime de cotisations entrera en vigueur.

  • We “slaughtered” Jeremy Corbyn, says Israel lobbyist
    Asa Winstanley Lobby Watch 10 January 2020 | The Electronic Intifada
    https://electronicintifada.net/blogs/asa-winstanley/we-slaughtered-jeremy-corbyn-says-israel-lobbyist

    Update, 15 January: YouTube removed the copy of the video posted on The Electronic Intifada’s channel following a copyright claim by Joe Glasman. The Electronic Intifada has filed a counterclaim, asserting that its use of the video complies with the Fair Use doctrine of the US Copyright Act, which allows use for criticism, comment or news reporting. In the meantime, we have uploaded a copy to another site, which you can view above.

    Original article

    A prominent Israel lobbyist in the UK has claimed credit for last month’s electoral defeat of the Labour Party led by Jeremy Corbyn.

    “The beast is slain,” Joe Glasman delighted – Corbyn has been “slaughtered.”

    He rejoiced that “we defeated him” in the election. “They tried to kill us,” he ranted, but “we won.”

    Glasman leads the “political investigations team” at the Campaign Against Antisemitism, or CAA – an influential anti-Palestinian lobby group.

    He made his comments in a bizarre video rant addressed to his team of supporters that he posted online during the holiday break.

    The video was soon set to private.

    But left-wing Labour activists managed to download a copy and posted it on the Barnet Momentum Facebook page.

    In the video Glasman claimed he and his supporters beat Corbyn through a coordinated campaign using methods including “our spies and intel.”

    But he said his group were “not secret Mossad spies, they’re just ordinary people.”

    The video swiftly became an embarrassment. Other copies posted online have been taken down following copyright claims by Glasman.

    The Electronic Intifada is reposting the full video to our YouTube channel for news reporting purposes.

    #Jeremy_Corbyn

  • Souveraineté : la France en état d’urgence absolue (1/11)
    https://www.latribune.fr/economie/france/souverainete-la-france-en-etat-d-urgence-absolue-1-13-836790.html


    Crédits : Christian Hartmann

    Face aux appétits américains et aux ambitions chinoises et russes, Paris a-t-il les moyens de protéger son autonomie de décision, et de la retrouver dans des domaines clés comme le numérique ? Il y va de sa responsabilité.

    La France est en guerre. Une guerre qui ne fait pas de morts mais qui laisse à la fin de chaque bataille perdue un champ de ruines industriel. Une guerre qui a pour enjeu la souveraineté de notre pays, soit l’autonomie de décision de la France en matière technologique et numérique. Cette guerre concerne également les domaines juridique, de la défense, de l’approvisionnement énergétique, de la protection des fleurons nationaux. Elle doit être menée non pour fossiliser et isoler la France mais parce que les États-Unis, qui se veulent le gendarme du monde, souhaitent tout contrôler et ainsi vassaliser leurs alliés.

    Résultat, une course-poursuite s’est engagée entre Washington et ses principaux concurrents, notamment la Chine et à un degré moindre la Russie, qui veulent étendre leur zone d’influence. Le monde est redevenu un vaste jeu de Monopoly.

    • Souveraineté juridique : la soumission de la France aux lois américaines (2/11)
      https://www.latribune.fr/economie/france/souverainete-juridique-la-soumission-de-la-france-aux-lois-americaines-2-1


      Crédits : Carlo Allegri

      Avec le Patriot Act, puis le Cloud Act, la France a perdu une partie de sa souveraineté juridique, balayée par les lois extraterritoriales américaines. Mais une volonté de reconquête se fait désormais jour.

      Le constat est implacable, la France a perdu depuis l’instauration par les États-Unis du Patriot Act en 2001 une partie de sa souveraineté juridique. La cause : les lois extraterritoriales américaines, qui ont contraint les entreprises françaises et du monde entier à se soumettre au droit américain grâce à des liens parfois très ténus (paiement en dollars par exemple) avec les États-Unis. En dépit de la loi Sapin 2 de décembre 2016, la France - tout comme l’Europe - n’a jusqu’ici rien pu faire pour s’y opposer vraiment... alors même que les États-Unis se sont servis du droit comme « d’une arme de destruction dans la guerre économique » qu’ils mènent contre le reste du monde, a affirmé le député Raphaël Gauvain, qui a remis en juin 2019 un rapport sur la reconquête de la souveraineté de la France au Premier ministre. Dans un entretien à La Tribune, le député LREM martèle qu’il y a une « véritable instrumentalisation de cette procédure au service de l’économie et des entreprises américaines ».
      […]
      Le RGPD interpelle déjà les entreprises américaines, comme s’en est aperçue Marie-Laure Denis [présidente de la Cnil] : « J’ai pu constater à quel point les entreprises américaines étaient intéressées par l’affirmation européenne d’une législation extraterritoriale ». Car quoi qu’il arrive, les États-Unis ne respecteront que l’épreuve de force. La France semble y être prête, mais l’Europe des 28 le veut-elle ?

    • « Washington a organisé un pillage des données des entreprises françaises » Raphaël Gauvain (3/11)
      https://www.latribune.fr/economie/france/washington-a-organise-un-pillage-de-donnees-des-entreprises-francaises-rap


      "Les Etats-Unis empêchent l’Europe et les entreprises européennes de commercer librement. C’est une atteinte très, très grave à notre souveraineté" (Raphaël Gauvain, député LREM).
      Crédits : DR

      Selon le député LREM de Saône-et-Loire Raphaël Gauvain, auteur du rapport sur les lois extraterritoriales américaines, les États-Unis empêchent les entreprises européennes de commercer librement. Il nous livre ses pistes pour en sortir.

      LA TRIBUNE - Votre rapport sur les lois extraterritoriales américaines, publié à l’été 2019, est-il un coup de poing tapé sur la table contre ces procédures extrajudiciaires ?
      *RAPHAËL GAUVAIN -
      Je n’ai pas été le premier à le dire. Il y a eu, avant moi, le rapport Lellouche-Berger, qui était le premier cri d’alarme. À l’issue de plus de 250 auditions, il y a eu vraiment un constat partagé : une instrumentalisation de ces procédures extrajudiciaires par les pouvoirs publics américains. Sur les 24 plus grosses condamnations du DoJ, le ministère de la Justice américain, dans des affaires de corruption, 14 concernent des entreprises européennes. En revanche, les entreprises américaines sont la plupart du temps épargnées et il n’y a aucune poursuite engagée contre des entreprises russes et chinoises. Ce qui montre bien qu’il y a une véritable instrumentalisation de cette procédure au service de l’économie et des entreprises américaines. L’objectif du rapport était également d’apporter des solutions très concrètes pour rétablir notre souveraineté judiciaire et mieux protéger nos entreprises dans le cadre de ces procédures.

      Mais ce type de dossier se résout au niveau politique, surtout avec les États-Unis, non ?
      Le rapport n’a pas vocation, ni ambition d’apporter une solution à la totalité de la problématique de l’extraterritorialité américaine. C’est sûrement une réponse qui doit être engagée au niveau politique français et sans doute au niveau européen. Cela va être le défi des prochains mois, des prochaines années. Le général de Gaulle disait qu’il faut regarder les Américains « droit dans les yeux ».

      Que pouvez-vous apporter aux entreprises françaises prises dans ces procédures ?
      Nous proposons des instruments pour que nos entreprises puissent se défendre dans ces procédures. Car elles sont vulnérables. Nous préconisons trois pistes d’action, dont la modernisation de la loi de 1968, qui n’est pas une loi de blocage, mais une loi d’aiguillage. Cette modernisation doit imposer aux autorités publiques américaines de passer par les voies de la coopération judiciaire internationale. L’objectif est de remettre l’État entre les entreprises et les pouvoirs publics américains afin de faire respecter un certain nombre de garanties inscrites dans des traités. Il faut absolument les imposer pour que nos entreprises ne se retrouvent pas seules face aux autorités publiques américaines, qui ont organisé un système de pillage de données des entreprises françaises. Il y a aussi des risques de fuite d’informations stratégiques des entreprises françaises vers les États-Unis.

      Pourtant cette loi n’était même pas respectée par les Américains...
      ...On s’est effectivement posé la question s’il fallait conserver cette loi de 1968 qui était tombée en désuétude. En 2007, les Américains avaient même réussi à la contourner. Mais nous avons voulu la rendre effective pour que les Américains la respectent. Cela passe par l’augmentation de l’amende encourue, qui doit passer de 18.500 euros à près de 3 millions d’euros pour les entreprises qui ne respectent pas cette loi. Celle-ci interdit à toute entreprise française de communiquer directement des documents aux pouvoirs publics étrangers sans passer par les voies de la coopération. Si une entreprise y porte atteinte, elle est condamnée pénalement.

      Mais les entreprises françaises ne sont-elles pas placées entre le marteau et l’enclume ?
      C’est un instrument qui reste à manier avec délicatesse et intelligence parce que l’on place effectivement nos entreprises entre le marteau et l’enclume. Elles ont des demandes des autorités publiques américaines avec des sanctions à la clé et, nous, on leur impose de passer par les voies de la coopération judiciaire internationale.

      Vous préconisez de protéger les avis juridiques des entreprises. Pourquoi et pour quels objectifs ?
      Nous nous sommes rendu compte en faisant du droit comparé que la France était le seul pays au monde qui ne protégeait pas les avis juridiques de ses entreprises. Dans plusieurs négociations entre le ministère de la Justice américain et les entreprises françaises, on s’est rendu compte que le DoJ avait entre ses mains ces avis juridiques. Ils servent de conseils ou d’alertes sur des affaires en cours pour que les dirigeants puissent prendre leur décision de manière éclairée. À partir du moment où ces conseils ne sont pas protégés, le DoJ s’en sert pour accuser les entreprises de leur connaissance sur les risques encourus.

      Pourquoi ne pas faire évoluer le droit de l’avocat en entreprise ?
      En France, il y a des blocages. Des services d’enquêteurs considèrent que cela pourrait porter atteinte à l’efficacité des enquêtes. Il faut donc mettre en place un système qui permette une protection sans porter atteinte à celle-ci. Ce qui n’est pas du tout le cas dans les autres pays, notamment aux États-Unis où ces avis sont protégés. Cela n’empêche pas les enquêtes d’aboutir. Mais nous devons rassurer en France.

      Cela dit, la protection des avis juridiques n’a pas sauvé les entreprises allemandes, par exemple, d’énormes amendes du DoJ...
      Bien sûr. Ce n’est en aucun cas une règle qui permettra d’arrêter les enquêtes, ni les condamnations. C’est juste donner à nos entreprises une arme supplémentaire pour se défendre dans ce type de procédure. Le DoJ a utilisé ces avis contre des entreprises françaises. Si l’avis n’avait pas été communiqué, cela n’aurait pas empêché la condamnation, mais réduit l’ampleur de la condamnation.

      Comment peut-on lutter contre le Cloud Act ?
      Le Cloud Act donne la possibilité aux autorités publiques américaines de recueillir dans le cadre d’investigations les pièces, en s’adressant non pas directement aux entreprises françaises, mais en passant par des services de cloud, donc par les Gafa. Tout cela sans prévenir, bien sûr, les entreprises françaises, et quand bien même les serveurs seraient situés sur le territoire français. On voit bien que c’est un pas de plus vers l’extraterritorialité et un contournement complet de la coopération judiciaire internationale.

      Que proposez-vous ?
      Nous proposons de créer un conflit de loi, qui va peser sur les Gafa. D’un côté, ils sont tenus par les autorités américaines de leur communiquer les pièces sur les entreprises françaises et, de notre côté, on leur interdit de les communiquer. On leur conseille de passer par les voies de la coopération judiciaire internationale. Et si les Gafa n’obtempèrent pas, on les sanctionnera et on les sanctionnera très durement. Dans ce cadre, on propose d’étendre la sanction prévue par le RGPD, qui est à hauteur de 4 % du montant du chiffre d’affaires mondial, aux personnes morales. On les met entre le marteau et l’enclume.

      Des pays comme l’Inde ou encore la Russie envisagent d’imiter les États-Unis en mettant en place des lois extraterritoriales. Faut-il le craindre ?
      S’il y a une multiplication de ces procédures, cela va tuer le commerce international. C’est, bien sûr, une menace. Les États-Unis ont trouvé cette arme juridique, qui a commencé à se développer après les attentats du 11 septembre 2001. Une arme qui a pris de l’ampleur après la crise financière. Pour les États-Unis, les lois extraterritoriales sont plus qu’une arme dans la guerre économique : ils ont trouvé une arme pour se projeter dans le monde entier, réguler le commerce mondial à leur propre profit, sans envoyer un seul GI. Car cela va désormais au-delà des affaires de corruption, avec le régime de sanctions qu’ils imposent au monde entier. Cela a été le cas avec l’Iran où, là, le combat éthique est complètement mis de côté.

      C’est-à-dire ?
      Dans la lutte contre la corruption, les Américains ont mis en avant le combat éthique de la lutte contre la corruption en disant : « On fait le ménage parce que vous ne le faites pas ». La France y a répondu en mettant en place la loi Sapin 2. Cet argument ne marche absolument plus avec les sanctions unilatérales : ils empêchent l’Europe et les entreprises européennes de commercer librement. C’est une atteinte très, très grave à notre souveraineté. Il faut donc une réponse politique.

    • Souveraineté numérique : les nuages noirs s’amoncellent (4/11)
      https://www.latribune.fr/technos-medias/souverainete-numerique-les-nuages-noirs-s-amoncellent-4-13-836810.html


      –Les autorités françaises travaillent sur une solution de « cloud de confiance » afin de contrer la mainmise américaine sur les données.
      Crédits : Reuters_

      Non seulement l’Europe est tributaire des services internet des géants américains du Net, qui siphonnent les données des citoyens et des entreprises, mais ses réseaux télécoms suscitent désormais la convoitise des Chinois.

      C’est un fait : le Vieux Continent est devenu une colonie numérique des géants américains du Net. Ces dernières années, les particuliers sont devenus accros au réseau social Facebook et à Google pour les mails et la recherche en ligne. Les entreprises affichent la même addiction. Elles sont devenues dépendantes d’Amazon Web Services, le service cloud de référence du mastodonte de Jeff Bezos, ou d’Azure, celui de Microsoft. Comme le décrit Pierre Bellanger, le PDG de Skyrock, l’Europe s’est muée en « garde-manger » numérique des États-Unis. Et les Gafa n’en restent pas là : ils capitalisent sur leur puissance et sur leur incroyable force financière pour développer des services qui relevaient jusqu’alors du monopole exclusif des États. Le plus emblématique d’entre eux est sans nul doute le projet de monnaie numérique de Facebook, le fameux Libra.

      L’épouvantail du Cloud Act américain
      Dans un rapport publié en octobre 2019, le Sénat tirait la sonnette d’alarme concernant cette perte importante de souveraineté pour la France, laquelle a désormais des conséquences très concrètes. Son rapporteur, Gérard Longuet, prend en exemple la récente taxe française sur les services numériques. « En décidant de faire cavalier seul sur la taxation des géants du numérique, pour répondre à un objectif qu’on ne peut lui reprocher, celui de rétablir l’équité fiscale entre les entreprises, la France s’expose aux représailles américaines, constate le sénateur. Cette menace est d’ailleurs l’une des illustrations les plus frappantes des limites de la souveraineté française vis-à-vis des acteurs du numérique ».

      Outre l’aspect fiscal, c’est surtout le siphonnage d’un grand nombre de données des citoyens et des entreprises par les géants américains qui affole les pouvoirs publics. « Nous sommes confrontés à une loi américaine, le Cloud Act, qui inquiète les entreprises européennes, constate Thomas Courbe, le patron de la Direction générale des entreprises (DGE). La réalité, c’est que cette loi est problématique parce qu’elle permet [pour des motifs de sécurité nationale, ndlr] un accès direct aux données, y compris celles des entreprises, quelle que soit leur localisation, sans possibilité de contrôle par un juge européen. Cet accès aux données est sans limite, notamment d’un point de vue quantitatif, et il est effectué à l’insu de l’entreprise concernée comme de l’État ».

      En réponse au Cloud Act, avec le souci de reprendre au moins le contrôle des données les plus importantes, la France soutient une solution de « cloud de confiance ». « Il y a une pertinence à soutenir une offre européenne, explique Thomas Courbe. À la demande du ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, nous y travaillons avec les industriels. L’idée est d’apporter des solutions qui ne seraient pas généralistes, mais concerneraient les données sensibles des entreprises ». Il n’empêche que, pour beaucoup, l’Europe a pris trop de retard dans le cloud, et disposer d’une vraie solution souveraine relève de l’utopie. Certains industriels, comme Thales, misent plutôt sur le chiffrement afin de protéger les données stockées hors du territoire national.

      Des inquiétudes sur l’essor de Huawei
      Reste que, pour avoir la main sur les données, un cloud souverain ne suffit pas. Il convient d’avoir également la maîtrise des réseaux, vitaux pour la circulation des données. Sur ce front, l’essor de Huawei, devenu numéro un des équipements télécoms devant les européens Ericsson et Nokia, préoccupe le Vieux Continent. Le groupe de Shenzhen, qui s’est taillé une grosse part des réseaux 4G en Europe, veut se renforcer avec l’arrivée de la 5G. Mais certains États, dont la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, redoutent d’être trop dépendants d’une technologie chinoise, et craignent que celle-ci ne soit utilisée comme un cheval de Troie par Pékin pour écouter les communications.

      Dans un domaine tout aussi stratégique, la France s’efforce de préserver son avantage dans le secteur des câbles sous-marins, essentiels pour les communications intercontinentales. L’exécutif veut impérativement conserver dans son giron l’activité du champion Alcatel Submarine Networks, que Nokia a récupéré en 2015 lors du rachat d’Alcatel. Pourquoi ces câbles sous-marins sont-ils aussi importants ? Notamment parce qu’"en France 80% du trafic national part aux États-Unis, relevait Pierre Bellanger lors d’une intervention à l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), en novembre 2019. Une coupure de trafic, à ce niveau de dépendance, à ce niveau d’optimisation des processus par les données, est une interruption de nation. C’est le bouton off du pays".

      Le démantèlement des GAFA en question
      À l’instar de la France, plusieurs États européens appellent Bruxelles à prendre enfin en compte les enjeux de souveraineté numérique. L’idée est d’abord de réviser l’antitrust, et de « n’avoir aucun tabou sur la question du démantèlement des grands acteurs d’Internet », comme le souhaitait Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, le régulateur français des télécoms, dans nos colonnes en septembre dernier. « Le fait qu’un acteur comme Google ait pu racheter la régie publicitaire DoubleClick, le système d’exploitation Android, qui lui donne une position prépondérante dans le mobile, ou YouTube, est absolument incroyable quand on y réfléchit a posteriori », renchérissait-il.

      En outre, beaucoup plaident pour une régulation forte des géants du numérique. « Pour ces acteurs, il faut, au-delà des règles de la concurrence, prévoir des éléments de régulation permettant d’assurer le bon fonctionnement des marchés, souligne Thomas Courbe. Il y a des situations où certains sont très dominants, et bénéficient des effets de réseaux propres à Internet. C’est un champ important de la souveraineté numérique puisqu’il y a des enjeux de captation de la valeur économique. Il faut remettre de l’équité sur ces marchés ». Ce qui ne sera pas, c’est peu dire, chose facile.

      __

      CÂBLES SOUS-MARINS : ASN, CETTE PEPITE QUE NOKIA NE VEUT PLUS LÂCHER
      Le géant finlandais des télécoms ne veut plus se défaire d’Alcatel Submarine Networks, entré en sa possession lors du rachat d’Alcatel en 2015. Cette situation préoccupe le gouvernement, qui tient à conserver cette activité dans le giron français.

      C’est un serpent de mer. Au sens propre et au sens figuré. Aujourd’hui, Nokia ne veut plus se séparer d’Alcatel Submarine Networks (ASN), le champion français des câbles sous-marins, qu’il a récupéré en 2015 lors de son rachat d’Alcatel. À l’époque, le géant finlandais des télécoms n’avait que peu de considération pour cette activité. Il voulait la vendre, l’estimant trop éloignée de son cœur de métier. Mais la donne a changé. L’appétit des Gafa pour les câbles sous-marins, conjugué à l’expertise d’ASN dans les équipements de pointe (les équipements optiques), a convaincu Nokia de garder l’industriel sous sa coupe. L’ennui, c’est que le champion français des câbles sous marins est éminemment stratégique aux yeux de l’État, qui dispose d’un droit de regard sur une vente d’ASN depuis le rachat d’Alcatel.

      À Bercy, les troupes sont mobilisées. Hors de question de laisser filer cette activité hors du giron français. Les câbles sous-marins sont considérés comme essentiels pour la souveraineté du pays. Il faut dire que ces infrastructures, souvent méconnues du grand public, sont cruciales pour le bon fonctionnement d’Internet et de l’économie. 99% des communications intercontinentales transitent par ces artères qui reposent au fond des mers. Ce qui explique qu’elles soient dans le collimateur des militaires et des espions.

      Diversifier l’actionnariat
      Ces dernières années, l’exécutif a élaboré de nombreux montages destinés à racheter ASN. Toutes les tentatives ont échoué. Le gouvernement mène à présent des discussions visant à diversifier l’actionnariat du groupe. Celles-ci pourraient déboucher sur un tour de table entre Nokia, Bpifrance et Orange. Mais rien ne dit que ces négociations aboutiront. Interrogé à ce sujet début décembre, Stéphane Richard, le PDG d’Orange, a déclaré « que le cadre a été posé avec BPI pour être l’actionnaire français d’ASN ». Toutefois, poursuit le dirigeant, il reste une « grande inconnue » : « Je ne sais toujours pas ce que Nokia veut faire d’ASN... »

      Pour la France, disposer d’une autonomie dans les câbles sous-marins est crucial. Avec ASN, elle veut garder une capacité industrielle à fabriquer, à déployer et à réparer des câbles. Il s’agit d’un atout important si le pays a tout simplement besoin de davantage de capacité. Ou si jamais, lors d’un conflit, une puissance étrangère décidait de couper l’une de ces artères pour grandement perturber les communications. « ASN nous permet de ne pas être dépendants d’une technologie étrangère pour construire les câbles qui vont écouler nos données », résume Jean-Luc Vuillemin, président d’Orange Marine, mais aussi chargé de la division Réseaux et services internationaux d’Orange, la division chargée de la stratégie et des participations dans les consortiums et achat de capacité des câbles sous-marins pour le groupe.

      En ayant la main sur ces infrastructures, la France se prémunit aussi contre certains risques d’espionnage. « Les câbles sous­-marins constituent un élément d’un enjeu de souveraineté majeur : celui de la protection et de la défense des données générées par les entreprises et les internautes français, souligne Jean-Luc Vuillemin. En gar­dant la maîtrise des points d’atterris­sement de nos câbles sous­-marins, nous nous prémunissons contre tout risque ou tentative d’ingérence. » Le dirigeant fait notamment référence aux révélations d’Edward Snowden. En 2013, l’ex-consultant de la NSA a indiqué que la collecte massive de données par le gouvernement américain, via les pro- grammes Upstream et Tempora, a été effectuée à partir des câbles sous-marins, notamment transatlantiques. La France, d’ailleurs, a aussi développé des outils pour capter une partie des communications internationales pour sauvegarder ses intérêts. En 2015, L’Obs a révélé l’existence d’un décret secret qui aurait autorisé, depuis 2008, la DGSE à écouter les communications des câbles sous-marins.

    • L’Europe, « garde-manger » numérique des États-Unis (5/11)
      https://www.latribune.fr/economie/france/l-europe-garde-manger-numerique-des-etats-unis-5-11-836951.html


      Pierre Bellanger, le patron et fondateur de Skyrock.
      Crédits : Reuters

      Auteur de « La Souveraineté numérique », Pierre Bellanger déplore la subordination européenne face au « cyber-empire américain ». Il livre ses préconisations pour lever cette tutelle.

      Le 16 mai 2019, il était le premier expert entendu par la Commission d’enquête du Sénat sur la souveraineté numérique. Et pour cause : cela fait des années que Pierre Bellanger étudie la question. L’auteur de La Sou­veraineté numérique (Stock, 2014) a été l’un des premiers à parler de ce sujet. Et à le définir : « La souveraineté numé­rique est la maîtrise de notre présent et de notre destin tels qu’ils se manifestent et s’orientent par l’usage des tech­nologies et des réseaux infor­matiques », affirmait le patron et fondateur de Skyrock, dès 2011, dans la revue Le Débat. Pour Pierre Bellanger, la France et l’Europe ne sont plus, et depuis longtemps, souverains sur la Toile.

      L’Hexagone est, déplore-t-il, devenu le vassal d’un « cyber­-empire », celui des États-Unis et de ses géants du Net. En témoigne la folle percée des applications américaines, auxquelles sont devenus accros les Français et leurs entreprises. L’Europe, d’après Pierre Bellanger, s’est montrée naïve. Elle a été « sidérée par le développement du réseau », a t-il affirmé lors d’un récent discours à l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). « Elle y a vu des anges (business angels), des nuages et des licornes, _poursuit-il. _Elle y a vu des startups, des tee­-shirts, des likes et des smileys. Elle n’y a pas vu des machines de guerre en crois­sance exponentielle : une dyna­mique protéiforme associant de façon symbiotique opéra­teurs privés et fonds publics. »

      Un déclassement sur la scène mondiale
      Résultat, l’Europe a « choisi la subordination, la provinciali­sation et la colonisation » vis- à-vis des États-Unis, déclare Pierre Bellanger. Elle s’est transformée en « garde­-manger » numérique du pays de l’Oncle Sam, enchaîne-t-il, « à l’instar de cette Afrique dis­putée par les puissances européennes du XIXe siècle ». Tout ça « parce que nous voulions juste jouer à Candy Crush ! » s’étrangle le dirigeant. Les mots sont forts, les comparaisons volontairement piquantes, parfois provocantes. C’est que, pour le patron de Skyrock, cette addiction aux services des Gafa mène à toute vitesse au déclassement de l’Europe sur la scène mondiale. « La souverai­neté numérique est aussi impor­tante que la souveraineté nucléaire, affirme Pierre Bellanger. Sans cette maîtrise, nous serions devenus une nation sous tutelle. »

      À ses yeux, c’est rien de moins que l’autonomie et l’indépendance de la France et de l’Europe qui sont en jeu. « Dans le cadre d’une tension entre puis­sances, l’une d’elles peut frap­per l’autre en utilisant l’arme de la dépendance techno­logique, rappelle-t-il. Du jour au lendemain, les logiciels, les systèmes d’exploitation, les processeurs et autres équipe­ments informatiques d’une nation peuvent être suspendus par une autre. » Et l’actualité récente donne raison à Pierre Bellanger : début décembre, la Chine n’a-t-elle pas demandé à ses administrations de se séparer, d’ici à trois ans, de ses logiciels et matériels informatiques étrangers, et notamment américains ? Une mesure perçue comme une réponse aux interdictions de la Maison Blanche concernant l’entreprise Huawei, le champion des smartphones et des télécoms de l’Empire du Milieu.

      Reprendre la main sur les données
      Comment, dans ce contexte, l’Europe peut-elle retrouver sa souveraineté numérique perdue ? Et se repositionner favorablement vis-à-vis des États-Unis, mais aussi des deux autres prétendants à sa couronne que sont la Chine et la Russie ? Pour Pierre Bellanger, l’État doit commencer par reprendre la main sur les données des citoyens et des entreprises français. Le patron de Skyrock juge que ces données doivent être considérées, juridiquement, comme « bien commun souverain » : elles doivent être « régies par nos lois, localisées sur notre terri­toire, chiffrées par nos proto­coles, transitant par des télé­communications sous nos lois, alimentant des algorithmes assujettis à nos règles et dispo­sant, comme le dollar, de pro­tections internationales, garanties par nos chiffrements souverains ». Cela permettrait de mettre fin au pillage des données européennes par les géants du Net. In fine, « les données seraient stockées sur notre territoire, et en sorti­raient chiffrées », poursuit Pierre Bellanger. Quant à l’impôt, « il sera prélevé là où les données, sous notre droit, sont collectées ».

      Enfin, le patron de Skyrock appelle à un changement global de notre politique numérique. « Il nous faut passer d’une vision d’économie tradi­tionnelle à une économie de guerre cyber, affirme-t-il. Nous devons quitter l’écume libérale qui nous est présentée comme motrice de cette mutation numérique et comprendre qu’elle est portée par de colos­saux investissements d’État, tout à la fois en provenance de l’armée et du renseignement. [...] Il n’y a pas de Silicon Valley, hier comme aujourd’hui, sans l’apport considérable de l’ar­mée américaine et de ses déri­vés en recherche, ressources et carnets de commandes. »

      "Les grandes socié­tés américaines ont été aidées"
      Pierre Bellanger en veut pour preuve l’essor et la réussite des Gafa : « Les grandes socié­tés américaines ont été aidées par l’appareil d’Etat et le renseignement. Un grand réseau social nomi­natif [Facebook, ndlr] a brûlé un milliard d’euros avant d’avoir un plan d’affaires : ce sont les données qui en fai­saient la valeur. » Selon lui, la France et l’Europe ne doivent pas avoir d’états d’âme à soutenir, via des investissements publics ou militaires, certains secteurs clés, comme l’intelligence artificielle ou l’informatique quantique. C’est cette recette, souligne-t-il, qui a permis par exemple au célèbre campus israélien de Beer-Sheva de devenir une référence mondiale dans le domaine de la cybersécurité et d’attirer, de manière massive, les capitaux étrangers.

    • Souveraineté : des monopoles régaliens emportés par l’ouragan numérique (6/11)
      https://www.latribune.fr/economie/france/souverainete-des-monopoles-regaliens-emportes-par-l-ouragan-numerique-6-13


      Les Gafam, dont la capitalisation boursière dépasse les 4.000 milliards de dollars, veulent aujourd’hui faire main basse sur la monnaie.
      Crédits : Reuters

      Monnaie, identification, sécurité nationale… En s’attaquant aux prérogatives des États, les géants du numérique font table rase de presque tout ce que l’ancien monde a bâti. Un processus en partie irréversible.

      Avec l’irruption des nouvelles technologies, un ouragan dévastateur est en train de remettre en question certains monopoles d’État, pourtant très anciens, comme le privilège de battre la monnaie, avec l’arrivée des crypto-monnaies (bitcoin, Libra de Facebook...). C’est aussi le cas de l’authentification des personnes et de la sécurité intérieure, qui dépendent de plus en plus des géants du numérique. Qui cherche par ailleurs encore aujourd’hui du travail seulement à Pôle emploi ? Les chômeurs se précipitent de plus en plus sur les applications américaines comme Viadeo, LinkedIn, Monster...

      Une tendance en partie irréversible
      L’heure est grave. L’État a enfin sonné le tocsin pour sauvegarder ses monopoles. « Les nouvelles technologies ont progressivement permis à des acteurs privés de rivaliser avec les États, en assumant des fonctions faisant historiquement et sans conteste jusqu’alors l’objet de monopoles régaliens », a ainsi asséné en mai 2019 au Sénat la dirigeante du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN), Claire Landais. Le sujet est pris très au sérieux au plus haut niveau de l’État français. Des réflexions sont engagées pour trouver les solutions les plus adéquates mais aussi les plus efficaces afin de préserver l’autonomie en matière de monopoles régaliens, dont certains se confondent même avec l’idée d’État.

      Des prérogatives grignotées, bousculées, attaquées et momifiées par des acteurs privés maîtrisant les technologies numériques. Au point qu’il ne semble plus y avoir de retour en arrière possible, estime-t-on au plus haut sommet de l’État. « Cette tendance est en partie irréversible, ce qui ne signifie pas qu’il faille renoncer à en organiser les modalités », a confirmé Claire Landais lors de son audition au Sénat. C’est désormais aux États d’arbitrer entre ce qu’ils peuvent (et non plus souhaitent) préserver et ce qu’ils devront déléguer à des acteurs privés de façon encadrée.

      Battre monnaie, un nouvel enjeu de souveraineté
      Les Gafam, dont la capitalisation boursière correspond à plus de deux fois celle du CAC 40 et dépasse les 4.000 milliards de dollars, veulent aujourd’hui faire main basse sur la monnaie. « Le risque de voir ces entreprises battre monnaie n’est pas nul », a assuré en mai devant le Sénat le secrétaire général de l’Institut de la souveraineté économique, Bernard Benhamou. Aujourd’hui, les crypto-monnaies ou les monnaies virtuelles ne dépendent pas d’un État, elles échappent même de plus en plus au contrôle régalien. Les nouvelles e-monnaies comme Tether, TrustToken, Paxos, Libra vont-elles remplacer le dollar, l’euro, le yuan, le yen et déferler sur la planète ? Avec quels risques ?

      D’autres géants, américains ou asiatiques, pourraient développer à leur tour leur propre monnaie et fragiliser le système financier mondial. La réponse des grands pays a été claire. « Le rôle des ministres des Finances du G7 est de prendre des décisions en la matière pour éviter qu’une monnaie digitale vienne concurrencer les monnaies souveraines », a assuré en septembre le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire.

      Attitude de méfiance vis-à-vis de Libra
      La création, en 2019, de la monnaie virtuelle Libra de Facebook a été un électrochoc, qui a généré une prise de conscience planétaire. « L’ambition la plus forte réside dans l’affirmation selon laquelle le Libra serait une monnaie privée mondiale », a noté le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Depuis, le Libra a subi un tir de barrage très nourri. Le président de la Fed, la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, a estimé que ce projet suscitait de sérieuses interrogations. C’est également le cas du gouverneur de la Banque de France, qui a estimé que « ce type d’ambition ne peut que susciter une attitude de méfiance ».

      « Je ne puis accepter qu’une entreprise privée se dote de cet instrument de souveraineté d’un État qu’est la monnaie », a bombardé de son côté le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire. Et de noter que, « dans des États ayant une monnaie faible, Libra pourrait parfaitement se substituer à ces monnaies souveraines : en Argentine, dont la monnaie, le peso, a connu des dévaluations successives très fortes et une évasion monétaire majeure, ce serait sans aucun doute le cas ». Bruno Le Maire a également évoqué des problèmes de sécurité (lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment). Enfin, il considère que Libra présente « un risque systémique - Facebook n’est pas une PME avec 45 clients, il a 2 milliards d’utilisateurs ». Un discours qui tranche totalement avec celui de Cédric O, secrétaire d’État chargé du Numérique auprès... du ministre de l’Économie et des Finances : « Je ne vois pas de risque de dépossession de la souveraineté monétaire des États dans la présentation du projet (Libra,ndlr])telle qu’elle a été faite ».

      Au final, les ministres des Finances du G7 ont conclu, en octobre, leur sommet à Washington en affirmant qu’il n’y aurait pas de crypto-monnaie sans une réglementation adaptée. Libra, ainsi que tout autre projet de même nature, devra se plier à l’ensemble des règles applicables en matière financière, au niveau national ou international. Facebook, qui pourrait séduire les 1,7 milliard de personnes dans le monde exclues du système bancaire, montre patte blanche. « Il est hors de question d’instaurer cette monnaie sauvagement, ou avant d’avoir obtenu les autorisations nécessaires. En effet, nous entrons dans un secteur où la culture de la régulation est très forte, et nous n’avons aucune raison de ne pas suivre cette régulation », a expliqué en juillet dernier devant le Sénat le responsable des affaires publiques de Facebook, Anton’Maria Battesti.

      Identité numérique : les réseaux sociaux veulent évincer l’Etat
      Entre les États et les réseaux sociaux, une course-poursuite s’est engagée sur le thème de l’identification officielle, historiquement un monopole de l’État et « aujourd’hui de plus en plus contesté par les géants du numérique », selon le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. « Les États ne sont aujourd’hui plus, de fait, les seuls à pouvoir délivrer des titres attestant de l’identité de quelqu’un : de grands acteurs privés comme les réseaux sociaux, au premier rang desquels Facebook, jouent dorénavant le rôle de fournisseurs d’identité », confirme Claire Landais, la dirigeante du SGDSN.

      Ainsi, les réseaux sociaux jouent le rôle de fournisseurs d’identité pour des utilisations non sensibles... pour le moment. C’est notamment le cas de Facebook Connect, qui permet à un site Web de proposer à ses visiteurs d’utiliser leur compte Facebook pour s’identifier. Avec succès, puisque de très nombreux sites marchands l’utilisent. « Le risque est réel que, sans réponse des États, de telles solutions puissent, à moyen terme, devenir de fait les identités numériques d’usage, évinçant le rôle des pouvoirs publics », a-t-elle averti.

      Les Etats européens contre-attaquent
      L’Europe et la France ont apporté d’ores et déjà certaines réponses. L’État français a répliqué en encadrant la fourniture d’identité, via un article de la loi pour une République numérique en octobre 2016 : la fourniture d’identité numérique doit répondre à un cahier des charges établi par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi). Un programme interministériel chargé de l’identité numérique, hébergé par le ministère de l’Intérieur, a été mis en place pour conduire le chantier de la future carte d’identité numérique. L’État a également lancé la plateforme FranceConnect, un système d’identification et d’authentification offrant un accès universel aux administrations en ligne.

      Parallèlement, le ministère de l’Intérieur est actuellement en train de tester une application pour smartphone qu’il a développée avec l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS). Elle permet à tout particulier qui décide de l’utiliser de prouver son identité sur Internet de manière sécurisée, à l’aide de son smartphone et de son passeport ou de son titre de séjour. Enfin, au niveau européen, il serait envisagé de faire évoluer le règlement eIDAS (transactions électroniques), qui pourrait être étendu à une reconnaissance et à une interopérabilité des identités numériques dans les États de l’Union européenne.

      La sécurité intérieure trop dépendante des acteurs du numérique
      Comment assurer la sécurité intérieure française sans l’aide des acteurs du numérique ? Impossible aujourd’hui, de l’aveu de Claire Landais : « L’efficacité de nos services d’enquête judiciaire et de renseignement repose dorénavant sur des technologies numériques pour lesquelles les offres nationale et européenne sont lacunaires, ce qui nous conduit à dépendre d’offres étrangères, par exemple pour le traitement de données massives et l’acquisition de capacités vulnérabilités informatiques ».

      L’exemple le plus frappant reste l’appel d’offres de la Direction générale de la sécurité intérieure portant sur le traitement des données, gagné en 2016 par Palantir, pourtant créé par un fonds d’investissement de la CIA. C’est pour cela que la France travaille à un service alternatif. Lancé en 2017 par la Direction générale de l’armement (DGA), le programme Artemis (Architecture de traitement et d’exploitation massive de l’information multisource) a pour objectif de trouver une solution souveraine de traitement massif de données à travers un partenariat innovant, avec Thales, Sopra Steria, Atos et Capgemini. L’Anssi y consacre également une part substantielle de ses moyens et entretient à cet égard des liens de confiance étroits avec la DGA.

      Dans ces trois domaines (monnaie, authentification des personnes et sécurité nationale), tout n’est pas encore joué sur les liens et les confrontations entre géants du numérique et États. Mais ces derniers restent sur la défensive et, surtout, ont déjà perdu des pans de souveraineté.

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      ENCADRÉS

      UN « FAR-WEB » SANS SHÉRIF ?
      Qui doit riposter face à une cyberattaque ? L’entreprise attaquée ou bien l’État où est localisée l’entreprise ? Jusqu’ici, ce droit était un monopole régalien. Aujourd’hui, ce n’est plus tout à fait le cas. « Certains acteurs, essentiellement étasuniens, remettent en cause le monopole des États dans l’usage de la violence légitime », constate la dirigeante du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN), Claire Landais. Ces acteurs font la promotion d’une doctrine offensive face aux attaques (hack back) en se fondant sur « une interprétation discutable », selon le SGDSN.

      Des ripostes qui peuvent aller au-delà de la simple protection de leurs systèmes d’information. Elles peuvent engendrer des risques : erreur d’attribution, dommage collatéral et riposte incontrôlée. Permettre à des acteurs privés de mener des actions offensives est « de nature à aggraver l’instabilité du cyberespace », affirme Claire Landais. Dans ce cadre, la France recommande au niveau international l’interdiction de riposter. Mais que pèse la France au niveau international ?

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      QUAND LA DGSI SE DOPE A L’AMERICAIN PALANTIR
      Rebelote ! En fin d’année dernière, la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) a décidé de rempiler avec Palantir. Les services de renseignement ont signé un nouveau contrat de trois ans, jusqu’en 2022, avec le spécialiste californien de l’analyse des données. La collaboration entre la DGSI et cette startup, qui a vu le jour à ses débuts grâce au financement de la CIA, date de 2016. Les services français se sont convertis à cette solution américaine dans le sillage des attentats du 13 novembre 2015 pour lutter contre le terrorisme. Mais l’initiative a suscité l’inquiétude de nombreux parlementaires, qui y voient une menace pour la souveraineté de la France. Qui plus est dans un domaine des plus sensibles.

      Guillaume Poupard, le patron de l’Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information (Anssi), ne cache pas, depuis longtemps, son inquiétude à ce sujet. « On peut certes s’interroger sur certains logi­ciels comme ceux de Palantir, affirmait-il en mars 2018 à la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale. De même, l’ombre de la suite Micro­soft plane à chaque fois que l’on parle de logiciels souverains. » Palantir a, en outre, été le partenaire de Cambridge Analytica, une société britannique spécialisée dans la communication stratégique reconnue responsable d’un détournement massif de données personnelles en 2018.

      Les logiciels, un point faible de la France
      « Faire appel à eux [Palantir, ndlr] revient à déléguer une par­tie de nos fonctions stratégiques à une entreprise étrangère », a fait observer en mai devant le Sénat Bernard Benhamou, le secrétaire général de l’Institut de la souveraineté numérique. Pourquoi diable, dans ce contexte, la DGSI a-t-elle remis le couvert ? Parce qu’il n’existe toujours pas de solution française efficace. « Nous n’avons pas le choix. Nous pre­nons ce qui est sur le marché », a commenté à L’Express une source haut placée, qui souligne l’importance de Palantir pour déjouer des attaques terroristes. La France pourtant tenté de développer une alternative. En octobre 2018, un groupe de 22 entreprises françaises, réunissant des grands groupes et des startups, se targuait pourtant d’avoir développé « une offre plus élar­gie que celle de Palantir ». Celle-ci n’a, visiblement, pas fait l’affaire.

      Il y a deux ans, Guillaume Poupard ne cachait d’ailleurs pas son « pessimisme » sur la capacité de la France à développer une solution maison. « En toute objectivité, le développement logiciel n’est pas le point fort de la France, déplorait-il. Il ne l’a jamais été. » Bref, en l’absence de solution souveraine, la DGSI en est donc réduite à multiplier les garde-fous pour utiliser Palantir. Cette plateforme est donc exploitée « sur un réseau fermé et crypté » appartenant aux services de renseignement, précisent deux sources à l’AFP. Il est utilisé « sous le contrôle et la responsabilité des équipes », ajoutent-elles. Avant de promettre qu’"aucune don­née ne sort des fichiers". Dans ce cas de figure, « l’essentiel est de disposer d’une architecture globale qui permette d’utiliser ces logiciels de manière précau­tionneuse », résumait Guillaume Poupard devant les députés. « _Il va de soi qu’il faut par exemple déconnecter les logiciels Palantir qui per­mettent d’effectuer des recherches dans les données, car il est hors de question que l’éditeur de Palantir ait accès aux données opérationnelles traitées par le logiciel », ajoutait-il. Il faut bien composer avec les moyens du bord. Pierre Manière

    • Huawei, un loup dans la bergerie des télécoms européennes (7/11)
      https://www.latribune.fr/economie/france/huawei-un-loup-dans-la-bergerie-des-telecoms-europeennes-7-11-836995.html


      Ren Zhengfei, le fondateur et chef de file de Huawei.
      Crédits : Aly Song / Reuters

      Devenu l’équipementier le plus puissant du monde, le géant chinois s’est taillé une place de choix dans les réseaux mobiles du Vieux Continent. Plusieurs États, dont la France, veulent désormais limiter son influence.

      Avec Nokia et Ericsson, l’Europe possède deux cadors des équipements télécoms. Ces deux champions, au rayonnement mondial, ont permis au Vieux Continent d’assurer sa souveraineté dans le domaine très sensible des infrastructures de réseaux mobiles. Mais la percée fulgurante de Huawei a rebattu les cartes. Le groupe de Shenzhen n’a cessé, ces dernières années, de tailler des croupières à ses rivaux européens. Aujourd’hui, Huawei est devenu l’équipementier le plus puissant du monde. Selon le cabinet IHS Markit, le dragon chinois possède 31% du marché des infrastructures mobiles, devant le suédois Ericsson (27%) et le finlandais Nokia (22%).

      En Europe, de nombreux opérateurs privilégient désormais Huawei pour déployer leurs réseaux mobiles. À commencer par Deutsche Telekom, le plus gros acteur du Vieux Continent, qui utilise des équipements du groupe chinois sur plus de la moitié de ses infrastructures. En France, SFR et Bouygues Telecom recourent également à Huawei sur respectivement 47% et 52% de leurs réseaux. Dans l’Hexagone, « Huawei est rentré timidement au temps de la 3G, constate Alexandre Iatrides, analyste chez Oddo BHS. Mais c’est avec la 4G qu’ils se sont considérablement renforcés. »

      "Avec les Chinois, ça marche mieux"
      Comment expliquer ce choix ? En juin 2016, lors d’une audition au Sénat, Patrick Drahi, le propriétaire et chef de file d’Altice, la maison mère de SFR, n’y allait pas par quatre chemins. « Les Chinois sont très compétents, on les a sous­ estimés, bombardait-il. Aujourd’hui, dans le mobile, on m’a dit qu’il faut acheter fran­çais, et j’achète français. Sauf qu’avec les Chinois, je m’excuse de vous le dire, ça marche mieux. Ils ne sont pourtant pas moins chers : Alcatel [l’équipementier français qui a été racheté par Nokia début 2016, ndlr] fait les mêmes prix. Mais [avec Huawei], ça marche mieux. C’est triste à dire... » S’il y a vingt ans, Huawei se contentait de copier plus ou moins bien les produits européens, cette période est révolue. À présent, celui-ci dispose de plus de chercheurs que Nokia et Ericsson, et façonne des équipements reconnus, d’un point de vue technologique, comme les meilleurs.

      Pour faire son nid sur le marché des équipements télécoms, le groupe chinois a longtemps joué la mélodie des prix bas. Une politique commerciale ultra-agressive rendue possible par les largesses de Pékin. C’est ce que souligne Jean-François Dufour, directeur du cabinet DCA Chine-Analyse, dans son ouvrage Made by China : Les secrets d’une conquête industrielle (Dunod, 2012). Certaines entreprises stratégiques chinoises ont bénéficié d’un « système massif de subventions indirectes, grâce aux énormes lignes de crédit, qui alimentent leurs budgets de recherche et de prospection com­merciale, consenties par les banques d’État, relève-t-il, citant un rapport confidentiel de la Commission européenne. Huawei aurait ainsi bénéficié en 2009 de facilités de trésorerie à hauteur de 30 milliards de dol­lars, alors que son chiffre d’af­faires pour cette année se situait à hauteur de 20 milliards. »

      « La montée en puissance de Huawei a eu lieu au début des années 2000, se rappelle pour sa part Sébastien Sztabowicz, analyste chez Kepler Cheuvreux. Le groupe est arrivé en cassant les prix. Il était large­ment subventionné par l’État chinois, ce qui lui permettait de supporter des niveaux de ren­tabilité assez faibles. Huawei avait un pouvoir énorme sur le financement. Dans les pays émergents, en Afrique notam­ment, Huawei offrait aux opé­rateurs télécoms des conditions de financement particulière­ment attractives avec des prix très inférieurs à la concurrence. Dans certains pays, ils ont capté la quasi­ totalité du marché. »

      L’UE face à une concurrence féroce
      Cette stratégie s’est avérée diaboliquement destructrice pour les équipementiers européens. Pour Sébastien Sztabowicz, « les avertisse­ments sur résultats d’Alcatel, au milieu des années 2000, sont directement imputables à l’agressivité de Huawei sur le marché des réseaux ». Durement touchés par cette concurrence, conjuguée à des errements stratégiques, les équipementiers européens ont multiplié d’énormes plans sociaux. Chez Alcatel-Lucent, à partir de 2013, plus de 10.000 postes ont été supprimés avant le rachat du groupe par Nokia. Aujourd’hui, ce dernier est toujours en difficulté et continue de tailler dans ses effectifs. Ericsson, pour sa part, va certes mieux depuis un an. Mais il en a payé le prix fort, en supprimant plus de 20.000 emplois en trois ans.

      Bruxelles a sa part de responsabilité. « Les politiques n’ont pas bien géré ce dossier », juge Sébastien Sztabowicz. La pression de la régulation et la politique de la concurrence de l’UE ont certes profité aux consommateurs, qui payent beaucoup moins cher leurs abonnements. Mais cela a mécaniquement réduit les marges des opérateurs. Dans ce contexte, beaucoup ont vu dans Huawei un moyen de les préserver. Au moins en partie.

      Des préoccupation sur la sécurité des réseaux
      À l’heure actuelle, alors que la 5G commence à être déployée, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et d’autres pays européens ne veulent plus dérouler le tapis rouge à Huawei. Depuis des mois, certains réfléchissent à des mesures visant à interdire ou à limiter le groupe chinois. Un argument revient systématiquement : celui de la sécurité des réseaux. Selon certains services de renseignement, les produits de Huawei constitueraient un risque, car ils pourraient servir de cheval de Troie à Pékin pour espionner ou interrompre les communications.

      C’est ce que clame Washington, qui a banni Huawei et son compatriote ZTE du marché américain de la 5G. En France, les inquiétudes à l’égard du groupe chinois ne datent pas d’hier. Jusqu’à présent, des règles informelles existaient, et interdisaient aux opéra- teurs de déployer des équipements Huawei dans certaines infrastructures sensibles (les « cœurs de réseaux »), à Paris, et près des lieux de pouvoir. Mais un autre argument, plus économique lui, revient aussi : la volonté de limiter la part de marché de Huawei dans les réseaux, et d’éviter qu’il décroche trop de contrats.

      La carotte et le bâton
      Ces préoccupations ont notamment poussé la France à se doter, l’été dernier, d’une nouvelle loi visant à assurer la sécurité des réseaux mobiles. Celle-ci oblige les opérateurs à demander le feu vert de l’exécutif pour tout déploiement d’équipements et de logiciels. Le gouvernement a beau clamer qu’il ne cible pas Huawei et que ce dernier est le bienvenu, il s’est, dans les faits, doté d’une arme de choix pour interdire ou limiter son empreinte dans le pays. Cette situation préoccupe énormément les opérateurs, qui appellent depuis des mois l’exécutif à expliciter clairement sa doctrine à l’égard du groupe chinois. Chassé du marché de la 5G aux États- Unis, lesquels ne ménagent pas leurs efforts pour bouter Huawei hors d’Europe, le groupe de Shenzhen mène de son côté un intense lobbying pour garder sa place sur le Vieux Continent.

      Le groupe, qui hurle que les soupçons d’espionnage sont infondés, manie parfois la carotte. Liang Hua, le président du groupe, a récemment indiqué qu’il souhaitait acheter pour 4 milliards de dollars de composants et d’équipements en France. Le dirigeant a évoqué également la possibilité d’ouvrir une usine en Europe. Mais, en parallèle, la Chine manie aussi le bâton. Mi-décembre, l’ambassadeur chinois à Berlin s’est montré très menaçant. En cas d’interdiction de Huawei outre-Rhin, Pékin pourrait, a-t-il laissé entendre, s’en prendre à la puissante industrie automobile allemande, dont la Chine est le premier marché. Dur, dur, désormais, de préserver sa souveraineté dans les télécoms.

    • Souveraineté défense : la France reste tributaire des États-Unis (8/11)
      https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/souverainete-sur-le-plan-militaire-la-france-reste-tributaire-des-etats-un


      Les drones MALE (Medium Altitude Long Endurance) américains, les fameux Reaper de l’armée de l’air française, sillonnent le ciel africain, mais avec toutes les contraintes opérationnelles imposées par les États-Unis... en attendant un jour l’arrivée de l’Eurodrone, un drone MALE développé par la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie.
      Crédits : OMAR SOBHANI

      La France est l’une des rares nations à maîtriser une grande partie des compétences nécessaires pour se lancer la première dans un conflit. Mais afin d’y parvenir, elle doit s’appuyer très souvent sur son allié américain.

      Devenue une puissance moyenne depuis le début du XXe siècle, la France est loin d’être aujourd’hui souveraine sur le plan opérationnel. Elle a souvent besoin d’alliés, et plus particulièrement des États-Unis. C’est notamment le cas pour entrer en premier sur un théâtre d’opérations (Opex), puis conduire dans la durée des opérations extérieures. Il n’en demeure pas moins qu’elle détient encore un large spectre de compétences très rares au niveau international, aussi bien sur le plan capacitaire qu’opérationnel, comme ses armées le démontrent chaque jour dans la bande sahélo-saharienne. En 2013, dans le cadre de l’opération Serval, la France a d’ailleurs été capable de porter très rapidement secours au Mali, tout près de tomber face à une coalition de djihadistes.

      Mais ce tour de force a été réalisé dans un environnement permissif, où les dénis d’accès étaient quasi absents, sinon inexistants, et, qui plus est, avec le soutien capacitaire discret des États-Unis dans le transport aérien. Les Américains ont également fourni de substantiels moyens de renseignement. Aujourd’hui encore sur le plan capacitaire, les drones MALE (Medium Altitude Long Endurance) américains, les fameux Reaper de l’armée de l’air française, sillonnent le ciel africain, mais avec toutes les contraintes opérationnelles imposées par les États-Unis... en attendant un jour l’arrivée de l’Eurodrone, un drone MALE développé par la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie.

      Des capacités opérationnelles insuffisantes
      La France n’est plus capable d’aller seule au combat comme l’a démontré l’opération Harmattan en Libye, lancée en mars 2011 dans le cadre d’une coalition internationale (Unified Protector dans le cadre de l’OTAN) à laquelle participaient également les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. Le premier jour des opérations, l’armée française a engagé une vingtaine d’aéronefs, dont huit Rafale, deux Mirage 2000-5 et deux Mirage 2000D. Pour le chef d’état-major de l’armée de l’air d’alors, le général Jean-Paul Paloméros, Harmattan a démontré « la capacité d’autonomie » de la France « à entrer en premier » dans un environnement semi-permissif. Et ce, avec un temps de préparation très rapide. Cette opération a permis de constater « le grand savoir-faire des armées françaises et leur capacité à agir en interarmées, même si elle a révélé un certain nombre de limites, notamment celles de l’outil militaire britannique », avait expliqué à l’époque le ministre de la Défense d’alors, Gérard Longuet.

      Mais, au final, cette opération a également « mis en évidence pour Washington à la fois les capacités militaires de ses alliés, notamment la France, et leurs insuffisances capacitaires, notamment en termes d’ISR [Intelligence, surveillance, reconnaissance, ndlr], de ravitailleurs en vol et d’avions de transport », selon une étude de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) portant sur les retours d’expérience de la crise libyenne. Ainsi, 80 % des missions de ravitaillement en vol ont été effectuées par des avions ravitailleurs américains. Et surtout, nul ne peut ignorer l’importance de l’action des Américains au début des opérations, les frappes de missiles Tomahawk ayant détruit des centres de commandement névralgiques et des centres de défense anti-aérienne.

      Déni d’accès, la France interdite de vol ?
      En dépit de sa volonté politique persistante d’entrer en premier sur un conflit, la France a eu la confirmation en Libye qu’elle n’avait pas toutes les capacités opérationnelles pour le faire seule. Face à la course technologique et à l’intensité des nouveaux conflits, la France se réarme. Car après des années de sous-investissements, elle a été rattrapée par de graves lacunes capacitaires. C’est vrai entre autres avec les dispositifs de déni d’accès qui prolifèrent un peu partout aux frontières de l’Europe et de la Méditerranée ainsi qu’en Asie-Pacifique. L’accroissement de la portée et de la vélocité des missiles, comme le démontre la Russie avec le missile hypersonique Avangard, les combinaisons de capteurs multiples et la mise en réseau offrent aujourd’hui des capacités de déni d’accès très difficiles à contrer.

      La Russie et la Chine, ainsi que les pays qui achètent des matériels russes ou chinois, peuvent mettre en œuvre des moyens de déni d’accès contraignant les avions de combat français à rebrousser chemin. Il est donc impératif pour la France de se doter de capacités en matière de SEAD (Suppression of Enemy Air Defence), « un champ qui a été largement désinvesti par la France et ses partenaires européens depuis la fin de la guerre froide, engendrant d’importantes lacunes capacitaires », rappelle une étude de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Ainsi, avec le retrait du missile AS-37 Martel en 1999, Paris n’a plus aujourd’hui de moyens dédiés à la SEAD.

      Pour autant, la France, dans le cadre d’opérations internationales combinées, est l’une des rares nations européennes à parvenir encore à tirer son épingle du jeu. Cela a été le cas avec l’opération Hamilton [frappes aériennes menées en Syrie en avril 2018]. « Nous avons acquis de l’expérience, notamment face au déni d’accès et sur la manière dont il est possible de passer au travers de défenses constituées de systèmes sol-air, de chasseurs et de brouilleurs GPS, a expliqué en mai 2019 le chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Philippe Lavigne. Nous avons aussi acquis des connaissances concernant ce brouillage. On dispose également de retours d’expérience sur la capacité à commander et à planifier ce type d’opérations aux côtés d’alliés, et notamment aux côtés des Américains ».

      Mais sans eux, que peut faire la France dans un environnement non permissif ? D’autant que la France reste très dépendante pour le moment du GPS américain. En attendant la mise en service opérationnelle du PRS (Public Regulated Service) de l’européen Galileo, la majorité des systèmes d’armes français sont synchronisés et naviguent grâce au GPS, en vertu d’un accord bilatéral avec les États-Unis.

      Une nation-cadre mais jusqu’à quand ?
      D’une façon générale, la France a-t-elle les reins financiers assez solides pour courir plusieurs objectifs à la fois en dépit d’un important effort de défense lancé par Emmanuel Macron ? Entre les défis technologiques de rupture à relever, la défense du territoire national (métropole, territoires ultramarins et zone économique exclusive) et la correction de certaines lacunes capacitaires (drone MALE, avions-ravitailleurs, transport logistique et stratégique, satellites télécoms en nombre insuffisant, protection des satellites...), le champ est vaste. Trop vaste ? A côté de ces lacunes capacitaires, 
      le ministère des Armées investit dans des moyens incroyables. Fin 2019, il a confié à Thales et Dassault Aviation le programme Archange (Avion de Renseignement à CHArge utile de Nouvelle GEnération) visant à renforcer les capacités de renseignement d’origine électromagnétique sur les théâtres d’opérations.

      Pour l’heure, Paris s’accroche encore à un modèle complet, qui lui apporte une légitimité pour générer des partenariats et assurer son rôle de nation-cadre, en particulier pour ce qui relève des aptitudes militaires à haute valeur ajoutée détenues par quelques rares puissances. Cela lui permet également de conserver sa capacité à être nation-cadre au cours d’opérations internationales en assumant la responsabilité de la planification, du commandement et du contrôle d’une opération militaire. Un objectif ambitieux jusqu’ici tenu, mais jusqu’à quand ? Car les ruptures technologiques n’ont jamais été aussi rapides et nombreuses comme l’intelligence artificielle, la physique quantique, « l’homme augmenté » (neuroscience), la cyber, les missiles hypervéloces, les armes à énergie dirigée, les nanotechnologies...

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      ENCADRÉ

      Itar, l’épée de Damoclès américaine sur les ventes d’armes françaises
      Quatre lettres inquiètent fort les industriels de la défense : Itar (International Traffic in Arms Regulations). Pourquoi ? Si un système d’armes contient au moins un composant américain sous le régime de la réglementation américaine Itar - évolutive bien sûr -, les États-Unis ont le pouvoir d’en interdire la vente à l’export à un pays tiers. Or beaucoup de sociétés françaises et européennes intègrent des composants américains, notamment électroniques, dans de nombreux matériels, tout particulièrement dans les domaines aéronautique et spatial. « Notre dépendance à l’égard des composants soumis aux règles Itar est un point critique », avait reconnu en mai 2011 à l’Assemblée nationale le PDG de MBDA, Antoine Bouvier. Washington a d’ailleurs frappé MBDA d’un veto en lui interdisant l’exportation du missile de croisière Scalp vers l’Égypte et le Qatar.

      Ce n’est pas la première fois que les États-Unis jouent avec les nerfs de la France. En 2013, ils avaient déjà refusé une demande de réexportation aux Émirats arabes unis de composants made in USA nécessaires à la fabrication de deux satellites espions français (Airbus et Thales). La visite de François Hollande aux États-Unis en février 2014 avait permis de régler positivement ce dossier. Une nouvelle encoche à la souveraineté française. Mais pour ne plus être contraint par la réglementation Itar, la France a entrepris un travail de « désITARisation » de ses systèmes d’armes. La France sera « extrêmement attentive à ce que nos équipements de demain n’aient pas ou aient une moindre sensibilité aux composants étrangers, notamment pour ITAR », avait précisé dans une interview à La Tribune la ministre des Armées, Florence Parly
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       C’est déjà le cas avec les futurs missiles air-air MICA-NG, qui seront prêts en 2025. Ils seront ITAR Free. Mais ce sera un travail au très long cours et qui ne pourra pas tout régler.

    • Souveraineté technologique : les huit défis de la France (9/11)
      https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/souverainete-technologique-les-huit-defis-de-la-france-9-11-837010.html


      La France a décidé de moderniser sa dissuasion nucléaire dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) et de consacrer un effort budgétaire significatif d’environ 25 milliards d’euros sur la période 2019-2023.
      Crédits : ministère des Armées

      Dans la course à la maîtrise des technologies de rupture, la France n’a pas décroché mais l’effort budgétaire sera colossal pour qu’elle conserve encore une certaine autonomie de décision.

      Financièrement, la France va-t-elle pouvoir suivre le train d’enfer que génèrent les ruptures technologiques, dont certaines émergent déjà et bouillonnent (intelligence artificielle, missiles hypervéloces, armes à effet dirigé...) tandis que d’autres balbutient encore (physique quantique, neurosciences...) ? Quelles seront les compétences maîtrisées par la base industrielle et technologique de défense française (BITD) à l’aube de ces ruptures technologiques ? Et que sera le champ de bataille 4.0 (robots, nanotechnologies...) ?

      Dans cette course à la maîtrise des technologies de rupture, la France n’a pas décroché - loin s’en faut - mais l’effort budgétaire sera colossal pour qu’elle conserve encore une certaine autonomie de décision, donc sa souveraineté déjà fortement ébranlée. Car derrière les États-Unis et la Chine, qui se disputent le leadership mondial, et, à un degré moindre, la Russie, elle fait partie d’un deuxième peloton de pays (Grande-Bretagne, Allemagne...) qui poursuivent leurs investissements dans ces nouvelles technologies. La France investit donc dans l’innovation de rupture pour préserver une supériorité opérationnelle.

      1/ Le nucléaire, une arme à moderniser d’urgence
      Mais avant de maîtriser ces nouvelles technologies, la France ne doit pas oublier de conserver des technologies acquises depuis des décennies comme la dissuasion nucléaire, qui lui ont procuré un poids diplomatique dans l’arène internationale. Elle sera d’ici peu, avec le Brexit, le seul pays membre de l’Union européenne à posséder cette arme. Sur la dissuasion, les deux grandes tendances dans les neuf pays dotés de l’arme nucléaire sont l’affirmation de postures opaques et la modernisation des arsenaux nucléaires pour casser les défenses antimissiles et anti-aériennes de plus en plus performantes (hypervélocité). 

      La France a décidé elle aussi de moderniser sa dissuasion nucléaire dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) et de consacrer un effort budgétaire significatif d’environ 25 milliards d’euros sur la période 2019-2023. La composante aéroportée pourrait à partir de 2035 mettre en œuvre un missile hypersonique emporté par un avion de combat, un porteur lourd ou un drone furtif.

      2/ Les redoutables missiles hypervéloces
      Le développement de vecteurs hypervéloces va conférer une avance militaire considérable à un club restreint d’États détenteurs. Des armements hypersoniques capables d’évoluer à des vitesses supérieures ou égales à Mach 5. Ce serait déjà le cas de la Russie, qui a annoncé fin décembre avoir mis en service son premier régiment de missiles hypersoniques Avangard, capables de porter aussi bien des charges conventionnelles que nucléaires à une vitesse incroyable de Mach 20, selon l’agence Tass.

      Outre la Russie, quatre pays disposent de programmes connus de recherche et de développement d’armements hypersoniques : les États-Unis (Conventional Prompt Global Strike), la Chine, l’Inde et la France (missile air-sol nucléaire ASN4G). En Europe, la France, en grande partie grâce à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera), garde une avance technologique dans le domaine de l’hypervélocité. Sous la maîtrise d’œuvre d’Ariane Group, un démonstrateur de planeur hypersonique devrait voler d’ici à fin 2021.

      3/ L’intelligence artificielle, la nouvelle bosse des maths françaises
      « Celui qui maîtrisera l’intelligence artificielle (IA) dominera le monde », a déclaré le président russe, Vladimir Poutine. Les grandes puissances militaires (États-Unis, Chine, Russie) travaillent déjà à l’intégration d’unités robotisées armées alors que les plus grands experts ne sont pour le moment pas capables d’expliquer l’IA dite de « boîte noire » ni encore moins de la certifier. L’immaturité des techniques de l’IA ne fait vraiment pas peur à ces puissances, notamment aux Américains. La France n’est pas en retard, selon les experts. Car l’IA s’appuie sur les mathématiques appliquées et l’informatique, deux domaines de recherche où la France est reconnue par son excellente école de mathématiques et ses organismes de recherche et universités.

      En mars 2018, à la suite du rapport du mathématicien et député Cédric Villani, Emmanuel Macron a présenté son programme destiné à faire de la France un des leaders mondiaux de l’intelligence artificielle. Avec des atouts mais aussi des vulnérabilités (aucun géant du numérique), la France reste bel et bien dans la course. C’est ce que résume très bien le ministre de l’Economie Bruno Le Maire : « l’intelligence artificielle est un très vaste sujet, qui fait appel à des moyens considérables. Nous avons, certes, des atouts en la matière, mais ceux-ci sont disputés par les grands acteurs ».

      4/ La physique quantique, mère de toutes les ruptures technologiques ?
      « Ce sujet peut tout révolutionner, il s’agit d’une véritable rupture. Il est donc impératif de s’y intéresser, d’autant plus que la France dispose d’excellentes filières en mathématiques et en physique », estime dans une interview accordée à La Tribune le patron de l’Agence de l’innovation de défense, Emmanuel Chiva. Les principaux enjeux de l’ordinateur quantique pour la France sont de trois ordres, a résumé le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale : un enjeu de souveraineté, résidant dans le maintien de la capacité à protéger correctement les informations sensibles ; un enjeu technologique, avec la possibilité de capitaliser sur une longue tradition d’excellence scientifique française et européenne, afin de se positionner à la pointe de ce nouveau domaine ; un enjeu économique, avec la dynamisation du tissu industriel français et européen sur ces sujets.

      L’ordinateur quantique fournirait une capacité de calcul dont le potentiel pourrait utilement être exploité par les travaux de simulation, par exemple à des fins d’anticipation et de compréhension de phénomènes naturels et biologiques. Les domaines de la physique nucléaire, de la météorologie et de la biomédecine seraient en particulier concernés. Tout comme les services de renseignement pour gérer les énormes flux de données interceptées.

      5/ La cybersécurité, l’arme asymétrique
      Après avoir pris du retard dans la maîtrise du cyberespace, la France a, semble-t-il, largement rattrapé son retard. Ses capacités d’action et de protection sont « de très bon niveau », a assuré en juin dernier devant le Sénat le chef d’état-major des Armées, le général François Lecointre. Et ce ne sont pas que des mots, comme le montre la victoire lors de l’exercice international Locked Shields en 2019, un exercice majeur de cyberdéfense organisé par l’Otan et réunissant plus de 30 nations. L’arme cyber participe à l’autonomie stratégique de la France, donc à sa souveraineté. La France, qui a fait évoluer sa doctrine, est capable de lancer des cyber-attaques soit en appui d’une opération conventionnelle, soit pour neutraliser un adversaire.

      6/ Vers des armes à énergie dirigée
      L’apparition d’armes à énergie dirigée pourrait bien être l’amorce de la prochaine révolution militaire. Une arme capable de propager sur une cible, à la vitesse de la lumière, un faisceau d’ondes électromagnétiques (laser ou microondes), le cas échéant avec une grande directivité (arme laser). Une « munition » très low cost au-delà de son développement : selon l’US Navy, le coût d’un tir est de l’ordre de l’euro, alors que celui d’un missile anti-aérien par exemple est de l’ordre du million d’euros. La Chine et les États-Unis sont les pays les plus en pointe dans ce domaine. La France, qui poursuit ses travaux dans ce domaine, semble un peu plus en retrait que sur les sujets précédents.

      Pour autant, elle n’est pas du tout démunie. L’entreprise CILAS, qui réalise les amplificateurs laser du Laser Mégajoule (LMJ), est l’un des réels atouts de la France. « C’est CILAS qui est amené à faire des lasers de puissance pour notre défense spatiale », explique-t-on à La Tribune. Cette PME, filiale d’ArianeGroup et d’Areva, travaille sur le développement d’un laser depuis le sol ou d’un laser embarqué sur des capacités spatiales pour neutraliser les capacités ennemies si nécessaire.

      7/ Les neurosciences, de la S.F à la réalité…
      Le défi est de parvenir à « l’homme augmenté », capable de dépasser ses limites biologiques grâce à l’amélioration artificielle de ses capacités. La France se classe au troisième rang européen, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne, et au septième rang mondial pour la recherche en neurosciences, sciences cognitives, neurologie, psychiatrie et organes des sens. Ce qui intéresse fortement la défense. Le ministère des Armées a lancé en mars 2018 le projet Man Machine Teaming (MMT), qui explore la possibilité de développer un système aérien cognitif. Ainsi Dassault Aviation et Thales s’intéressent notamment à la façon dont les pilotes pourront communiquer avec une intelligence artificielle dans le cockpit du futur (interface homme-machine). Ce programme est important pour le Scaf (système de combat aérien du futur).

      8/ Les nanotechnologies, indispensables à la souveraineté
      Sans nanotechnologie, point de salut pour la souveraineté de la France, qui détient deux acteurs clés sur son sol, STMicroelectronics, premier fabricant européen de semi-conducteurs, et Soitec. La sécurité d’approvisionnement des composants reste et restera indispensable afin de créer une filière industrielle de confiance pour la conception et la réalisation des composants électroniques. C’est pour cela que la France a lancé le plan Nano 2022 pour conserver la maîtrise de certaines technologies clé, et pour maintenir en Europe et en France des acteurs stratégiques, comme STMicroelectronics et Soitec pour certaines applications comme l’intelligence artificielle embarquée notamment. Sur les nanotechnologies, la France investit 800 millions d’euros sur la table et l’Europe 100 millions. « La dépendance ne peut pas être un problème traité isolément par la défense, mais doit intégrer tous les acteurs industriels, et être envisagée à l’échelle européenne », a estimé la ministre des Armées, Florence Parly.

      En matière de nanotechnologies, STMicroelectronics, située près de Grenoble, est parmi les meilleures entreprises mondiales du secteur et fournit ses composants à tous les grands acteurs du numérique. "Dans ce domaine, qui combine étroitement le logiciel et le physique - au point que l’on parle de systèmes cyberphysiques, nous pensons être en mesure de faire émerger des champions sur ce marché naissant, notamment sur la partie matérielle de cette industrie, alors que nous aurons des difficultés à rivaliser en matière d’intelligence artificielle pure", a assuré en juin devant la commission d’enquête du Sénat le directeur général des entreprises, commissaire à l’information stratégique et à la sécurité économique, Thomas Courbe.

    • La France va enfin riposter au pillage de ses pépites industrielles. Trop tard ? (10/11)
      https://www.latribune.fr/economie/france/la-france-va-enfin-riposter-au-pillage-de-ses-pepites-industrielles-trop-t


      Une turbine à gaz en construction, en 2014, à l’usine GE de Belfort. Le ministère de la Justice américaine est soupçonné d’avoir mené une enquête pour corruption à l’encontre d’Alstom pour favoriser la prise de contrôle de la branche Energie de l’entreprise par GE.
      Crédits : Reuters

      De la vente controversée d’Alstom à GE au passage de Technip sous la coupe de l’américain FMC, nombreux sont les groupes stratégiques français passés sous pavillon étranger. Face à ce dépeçage, l’exécutif tente de reprendre la main.

      La liste est longue. On ne compte plus le nombre de fleurons stratégiques et de pépites technologiques qui sont passés, ces dernières années, sous pavillon étranger. Parmi les disparitions les plus notables, il y a celle de Pechiney. Le champion français de l’emballage et de l’aluminium a été racheté en 2003 par le canadien Alcan, lequel s’est fait avaler, en 2007, par le géant minier anglo-australien Rio Tinto. En 2006, c’est Arcelor, le sidérurgiste européen, qui filait, au terme d’une OPA hostile, dans l’escarcelle du géant indien Mittal pour plus de 18 milliards d’euros. En 2016, c’est le fleuron des équipements télécoms Alcatel qui atterrit chez Nokia. Avec cette emplette, le groupe finlandais fait aussi main basse sur Alcatel Submarine Networks, le champion des câbles de communication sous-marins.

      Citons enfin Technip, un cador de l’ingénierie pétrolière. Celui-ci est passé en 2017 sous la coupe du texan FMC Technologies, deux fois plus petit que lui. L’opération a été bouclée au terme d’une « fusion entre égaux » qui s’est soldée, dans les faits, par une absorption du champion français. Trois ans plus tard, la nouvelle entité va être scindée en deux. Mais les Américains doivent conserver les stratégiques activités sous-marines, dont l’essentiel provient du groupe français...

      L’électrochoc du deal Alstom-GE
      Reste qu’un deal, en particulier, a fait figure d’électrochoc : celui du rachat de la branche Énergie d’Alstom par General Electric (GE) pour près de 13 milliards d’euros en 2014. Avec cette emplette, le groupe américain a récupéré des activités précieuses et stratégiques pour la France dans les turbines à gaz et à vapeur, l’éolien en mer et les réseaux électriques. L’opération a suscité de très vives critiques dans la sphère politique, notamment parce qu’elle revient à confier la maintenance des turbines des réacteurs nucléaires français à un acteur étranger.

      L’armée et les services de renseignement ont aussi déploré cette vente. En février 2018, Alain Juillet, ex-directeur du renseignement à la DGSE et président de l’Académie de l’intelligence économique, n’a pas caché, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, tout le mal qu’il pensait de l’opération : « Dans le cas d’Alstom, nous avons vendu aux Américains la fabrication des turbines des sous-marins nucléaires, de sorte que l’on ne peut plus produire en France de tels sous-marins sans une autorisation américaine, a-t-il fustigé. C’est une perte de souveraineté absolue ».

      Macron très critiqué
      Emmanuel Macron a été très critiqué dans sa gestion du dossier, puisque c’est lui qui a donné le feu vert au deal, le 5 novembre 2014, alors qu’il était ministre de l’Économie. Le député LR Olivier Marleix a même soupçonné un « pacte de corruption » qui aurait pu, dans cette affaire, bénéficier à l’actuel locataire de l’Élysée. Une enquête est aujourd’hui menée par le Parquet national financier (PNF), qui doit lever le voile sur le rôle d’Emmanuel Macron. En outre, le ministère de la Justice américaine (DoJ) est soupçonné d’avoir mené une enquête pour corruption à l’encontre d’Alstom (qui s’est soldée par une amende de 772 millions de dollars) pour favoriser la prise de contrôle de l’entreprise. C’est ce que soutient Frédéric Pierucci, un ancien dirigeant du groupe, qui a passé deux ans en prison aux États-Unis dans le cadre de cette affaire. « Ce n’est pas une conjecture, les preuves matérielles sont là », canardait-il en janvier 2019 dans un entretien à Marianne.

      De manière générale, le DoJ est régulièrement accusé, sous couvert de mener des enquêtes anti-corruption, de servir aux États-Unis de bras armé dans leur guerre économique, en particulier lorsqu’ils lorgnent des groupes étrangers. Avant sa vente à FMC, Technip a d’ailleurs fait l’objet d’une offensive du DoJ, laquelle s’est soldée par le paiement d’une amende de 338 millions de dollars en 2010. « Il y a une véritable instrumentalisation de cette procédure au service de l’économie et des entreprises américaines », constate le député Raphaël Gauvain (LREM), auteur d’un rapport sur les lois et mesures à portée extraterritoriale.

      Le choix de coller au modèle anglo-saxon
      Comment un tel pillage industriel a-t-il pu se produire ? Pourquoi les pouvoirs publics n’ont-ils pas su protéger les intérêts du pays ? Beaucoup fustigent le manque de vision industrielle, depuis les années 1990, de la classe économique et politique. Pour le journaliste Jean-Michel Quatrepoint, qui a notamment dirigé L’Agefi et La Tribune, le problème est profond. Il découle, selon lui, du choix de « coller au modèle anglo­-saxon », dans le contexte d’une économie qui se financiarisait à toute vitesse. En adoptant ce modèle, « le plus grave est que nous avons pri­vilégié la macroéconomie au détriment de la microéconomie », expliquait-il en décembre 2017, lors d’une audition à l’Assemblée nationale.

      Il en veut pour preuve la disparition du ministère de l’Industrie, qui a été absorbé par Bercy au sein du gouvernement Jospin, en 1997. Résultat : « Les services de Bercy, l’Inspection des finances et la direction du Trésor ont pris l’ascendant idéologique sur ceux qui s’occupaient de l’industrie française, constate Jean-Michel Quatrepoint. Cela a eu une conséquence majeure : les compétences industrielles ont disparu du ministère de l’Économie ».

      Une prise de conscience de l’Etat français ?
      Aujourd’hui, l’exécutif se dit décidé à réagir et à mettre les moyens pour défendre ses intérêts souverains. « Depuis un an, nous avons renforcé la protection de nos actifs stratégiques », affirme Thomas Courbe, le chef de la Direction générale des entreprises (DGE). Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, une nouvelle cartographie des grands groupes, startups et laboratoires de recherche stratégiques a vu le jour, afin de mieux les protéger contre les menaces extérieures. Pour les défendre, une nouvelle organisation interministérielle a aussi été mise en place. « Concernant les entreprises de la base industrielle et technologique de défense (BITD), nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère des Armées et la Direction générale de l’armement, _précise Thomas Courbe. _Nous procédons ainsi avec tous les ministères qui sont en relation avec des sociétés stratégiques, par exemple ceux de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, de la Santé, du Transport et de l’Énergie, ou de l’Agriculture ».

      En parallèle, le gouvernement renforce, depuis un an, le dispositif de contrôle des investissements étrangers en France (IEF). Les technologies dites « critiques » - dont la cybersécurité, l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs ou le stockage de l’énergie - font l’objet d’une attention particulière des pouvoirs publics. En outre, le gouvernement peut désormais bloquer une acquisition dès lors que la participation envisagée par un investisseur étranger porte sur un minimum de 25% du capital, contre 33% auparavant. Pas sûr, toutefois, que ces initiatives soient suffisantes pour préserver les domaines les plus stratégiques face aux offensives, de plus en plus féroces, des États-Unis ou de la Chine.

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      ENCADRÉS

      LATÉCOÈRE, UN NOUVEL ACTIF INDUSTRIEL CROQUÉ PAR UN AMÉRICAIN
      Latécoère, ou un gâchis à la française... Une vraie spécialité ces dernières années. À la fin des années 2000, le groupe toulousain devait être le pivot de la consolidation de la filière aérostructure en rachetant les activités d’Airbus sous l’œil bienveillant de l’État français pour créer un groupe de taille mondiale. Mais tout a déraillé en raison notamment de la fragilité financière du moment de Latécoère, Airbus (EADS à l’époque) renonçant en 2008 à lui vendre ses activités, qui, depuis, ont été regroupées au sein de Stelia Aerospace. Plus de dix ans plus tard, l’équipementier toulousain, également spécialisé dans les systèmes d’interconnexion, finit dans les bras d’un fonds d’investissement américain pourtant plutôt spécialisé dans la hightech, Searchlight, un temps lié au puissant fonds KKR. Ce fonds américain détient désormais 65,55 % du capital de Latécoère. Très clairement un semi-échec pour Searchlight, qui souhaitait au départ détenir 100 % de sa proie.

      Surtout, Latécoère passe sous la bannière étoilée avec tous les inconvénients que cela suppose pour la souveraineté française d’un groupe qui travaille sur des programmes aussi sensibles que le Rafale, l’A400M, les satellites militaires français (harnais) et, surtout, le missile nucléaire M51. L’ombre de la réglementation américaine Itar pourrait planer une nouvelle fois sur tous ces programmes militaires, dont certains sont des fers de lance de l’industrie française à l’exportation. Sans compter la problématique extrêmement sensible de la confidentialité sur la dissuasion française et de l’avance de Latécoère sur la technologie photonique très prometteuse (aéronautique, défense...) du Li-Fi (Light Fidelity), qui a un débit cent fois plus rapide que les Wi-Fi existants.

      Des députés montent au créneau
      Et cela se passe mal. Fin novembre, dix-sept députés ont écrit au Premier ministre pour lui demander d’avoir une "approche souveraine" sur les ventes de Photonis et de Latécoère. En vain pour l’équipementier aéronautique. Le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier a jugé excessives les inquiétudes sur Latécoère. "Le risque souveraineté n’existe pas sur Latécoère, il existe en général. Il faut des règles", a-t-il estimé en début d’année. Une déclaration qui va dans le sens de la PDG de Latécoère. Yannick Assouad, qui a un passé très américain (PDG d’Honeywell Aerospace, diplômée de l’Institut technologique de l’Illinois), a expliqué dans une interview à L’Usine nouvelle que « la lettre d’engagement signée par Searchlight, confidentielle », aborde les questions concernant ces programmes de défense. Et de dire que "l’État a bien joué son rôle pour protéger ce qui doit l’être. En tant que dirigeante de Latécoère, je mettrai un point d’honneur à respecter ces engagements".

      Mais, selon nos informations, Searchlight traîne déjà les pieds pour remplir certains de ses engagements. Ainsi, l’État a demandé à Searchlight, au titre du contrôle des investissements étrangers en France (procédure IEF), qu’il prenne un chevalier blanc français, qui aura son agrément. Cet investisseur doit détenir au moins 10 % du capital et des droits de vote de Latécoère et sera son œil au conseil d’administration. L’État lui a soufflé le nom de Tikehau Capital. Mais, selon nos sources, Searchlight aurait l’intention d’organiser des enchères pour trouver un partenaire et amortir son investissement. Mais la mère de toutes les batailles sera la sortie de Searchlight, dans cinq ans environ. L’État français a-t-il déjà pris des mesures pour empêcher une vente à un industriel non désiré ?

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      NEXEYA, CLS, PHOTONIS... UNE GESTION AU CAS PAR CAS
      A côté d’opérations comme la vente de Morpho à Advent, la cession de la PME HGH à Carlyle ou le rachat de Latécoère par Searchlight, la France a également su prendre des initiatives pour mieux protéger sa base industrielle et technologique de défense (BITD). L’exemple le plus édifiant reste la vente de Nexeya par ses actionnaires historiques au groupe allemand Hensoldt, détenu par le fonds américain KKR. Le ministère des Armées a imposé aux actionnaires de Nexeya d’exclure de la vente l’activité spatiale (Nexeya Space) ainsi que certaines activités de défense liées à la souveraineté française. Soit 36 millions d’euros de chiffre d’affaires (200 salariés). Ces activités considérées comme critiques ont été dans un premier temps distinguées des autres activités de Nexeya, puis rassemblées dans une nouvelle société baptisée Hemeria, principalement spécialisée dans les nanosatellites. 

      CLS, un actif qui file en Belgique
      La Compagnie nationale à portefeuille (CNP), société d’investissement belge du groupe Frère, qui se propose de racheter une participation majoritaire du capital de la pépite technologique CLS (Collecte Localisation Satellites), a dû déposer, fin novembre, un dossier à la Direction générale des entreprises (DGE) dans le cadre de la procédure des investissements étrangers en France (IEF). Si tout se passe bien, la procédure devrait durer deux mois minimum à compter du dépôt du dossier. L’État français, qui aurait pu imposer un acheteur français - la banque Rothschild était sur les rangs -, a laissé filer cet actif en Belgique. Il faut cependant préciser que le Centre national d’études spatiales (CNES) devrait rester actionnaire à hauteur de 35 % de l’opérateur des célèbres balises Argos.

      Après quelques hésitations, l’État français a entrepris par ailleurs de trouver un actionnaire français de référence à Photonis, qui fournit les forces spéciales de tous les pays de l’OTAN. Mis en vente par le fonds Ardian, ce leader mondial de la conception et de la fabrication de tubes d’intensification d’image de pointe pour les militaires intéresse très fortement des groupes américains notamment. Après avoir vainement tenté de convaincre Thales et Safran de racheter Photonis, l’État a récemment sollicité d’autres industriels français. La fin de l’histoire reste à écrire. Ainsi, quand la France veut, elle choisit de s’en donner les moyens. C’est une simple question de volonté politique. Avec le renforcement de la procédure IEF, l’État dispose, via la Direction générale des entreprises, d’une palette d’outils plus large pour préserver ses pépites et ses entreprises stratégiques lors d’une opération de contrôle par un investisseur étranger.

      Pas de « Proxy Agreement » français
      Mais pas question pour le moment d’envisager une solution de type « Proxy Agreement » à la française, à l’image de ce qu’impose l’administration américaine à des investisseurs étrangers lors d’un rachat d’une société considérée comme stratégique pour les États-Unis. Un dispositif qui limite drastiquement les droits de l’investisseur étranger au sein même de sa société gérée par trois administrateurs américains, qui eux-mêmes désignent les dirigeants de la société.

    • « À Bruxelles, il y a un changement d’état d’esprit sur les enjeux de souveraineté » (Thomas Courbe) (11/11)
      https://www.latribune.fr/economie/france/a-bruxelles-il-y-a-un-changement-d-etat-d-esprit-sur-les-enjeux-de-souvera


      Pour Thomas Courbe, il faut des acteurs français, ou, à défaut, européens, dans certains domaines stratégiques.
      Crédits : DR

      Le patron de la DGE revient sur la politique nouvelle du gouvernement visant à protéger les grands groupes et les pépites industrielles et technologiques françaises des appétits étrangers.

      LA TRIBUNE - Comment la France protège-t-elle ses entreprises et ses pépites des groupes étrangers ?

      THOMAS COURBE - La DGE, sous l’autorité de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a mis en place une stratégie nouvelle. Désormais, notre politique de développement économique, industriel et de soutien à l’économie est étroitement corrélée à la politique de sécurité et de souveraineté économiques. C’est la raison pour laquelle, à l’occasion de ma nomination, les postes de commissaire à l’information stratégique et à la sécurité économique et de directeur général des entreprises ont été fusionnés. Depuis un an, nous avons renforcé la protection de nos actifs stratégiques. De grandes entreprises faisaient déjà l’objet de l’attention des pouvoirs publics, mais nous avons inclus d’autres acteurs importants, comme les laboratoires de recherche ou les startups.

      Avez-vous une cartographie de ces acteurs ?
      Absolument. Et c’est nouveau. Nous avons élaboré une cartographie précise de l’ensemble des actifs stratégiques que nous souhaitons particulièrement protéger. Celle-ci est mise à jour au quotidien. Elle n’est pas publique. Mais l’enjeu porte plutôt sur les plus petites entreprises. Certaines PME peuvent avoir beaucoup de valeur, et il faut les avoir identifiées elles aussi pour être en mesure de mieux les protéger contre tout type de menace.

      Revenons sur un cas ancien. Beaucoup estiment qu’en 2014 la vente de l’équipementier télécoms Alcatel au finlandais Nokia a constitué une perte de souveraineté pour la France. Qu’en dites-vous ?
      Ce qui est sûr, c’est que les équipements télécoms sont clairement un secteur stratégique, ils représentent un fort enjeu en matière de souveraineté économique et de souveraineté au sens large. Avec la 5G et l’arrivée des véhicules autonomes, de l’hôpital connecté, des usines connectées, les enjeux de sécurité des réseaux mobiles sont beaucoup plus sensibles. C’est la raison pour laquelle la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher a défendu la loi d’août 2019, pionnière en Europe, qui permettra de vérifier en amont les logiciels et les équipements 5G.

      Reste que nous n’avons plus d’équipementier français...
      Il est clair que nous avons besoin d’équipementiers télécoms en Europe. Dans notre vision de la souveraineté économique, nous estimons que dans certains domaines stratégiques il faut des acteurs français. Dans d’autres, en revanche, nous pouvons nous contenter d’acteurs européens. L’essentiel, c’est qu’il y ait bien, toujours, des groupes européens présents. Dans un secteur différent mais tout aussi stratégique, celui des batteries pour les véhicules électriques, c’est par exemple ce qui nous pousse à financer, avec l’Allemagne, l’émergence d’un acteur européen. L’idée est d’associer le français Saft, qui a la maîtrise technologique de la conception des batteries, et un constructeur automobile, PSA, qui sait produire en masse. Nous avons besoin de la combinaison de ces deux expertises pour créer un nouvel acteur industriel européen dans ce domaine.

      Mais le risque, c’est qu’un acteur, lorsqu’il n’est plus français, puisse se faire racheter par une puissance non européenne. On prête par exemple aux Américains la volonté de mettre la main sur l’équipementier suédois Ericsson...
      Le débat actuel montre que tout le monde juge que les équipements télécoms sont stratégiques. La Chine a des équipementiers, l’Europe aussi, et les États-Unis se rendent compte qu’ils n’en ont plus.

      Quelles activités sont particulièrement menacées ? Et pouvez-vous tirer un premier bilan du renforcement du dispositif sur les investissements étrangers en France (IEF), qui a élargi, en janvier 2019, le contrôle de l’État sur les investissements étrangers dans les secteurs sensibles ?
      Notre nouvelle politique nous permet d’avoir plus de remontées que par le passé. Nous cernons mieux les marques d’intérêt qu’il peut y avoir à l’égard d’entreprises que l’on veut protéger. Parmi les domaines qui suscitent le plus d’appétence, il y a l’intelligence artificielle et le stockage de données. Nous avons d’ailleurs ajouté ces secteurs dans le règlement IEF. Il y a aussi la microélectronique, un secteur technologique clé pour l’économie.

      L’ennui, c’est qu’il y a des domaines où la France n’est plus souveraine. La DGSI vient de renouveler son contrat avec Palantir, le spécialiste américain de l’analyse des données...
      Notre démarche est d’identifier les domaines où il est crédible d’avoir une offre française compétitive. Elle n’a de sens que si on reconnaît que ce n’est pas le cas partout. Dans l’intelligence artificielle, par exemple, notre ambition est de positionner la France au même niveau que les États-Unis ou la Chine. Cette stratégie doit avoir une dimension européenne, et nous vou- lons la développer dans des marchés particuliers, où nous avons des atouts. Sur l’IA embarquée, qui est un secteur d’avenir, nous pouvons être leader.

      À Bruxelles, les enjeux de souveraineté sont-ils une priorité ?
      Il y a un vrai changement d’état d’esprit de l’Europe sur ces sujets. Ces dernières années, nous avons assisté à des évolutions qui étaient impensables il y a cinq ans, avec notamment le règlement sur le filtrage des investissements étrangers. Aujourd’hui, sur les chaînes de valeur stratégiques, l’Europe considère qu’il est légitime que les États aident leurs industriels à émerger. C’est notamment le cas pour les batteries des voitures électriques. En juillet 2019, la Commission a également déclaré qu’il était possible d’exclure des offres de pays extra-européens sur les marchés publics, en faisant le lien avec sa communication du mois de mars sur la Chine.

      Avoir une loi de blocage européenne, et pas seulement française, ce serait fabuleux...
      Oui, et cela reste notre horizon. Mais en attendant, nous avons en France une loi qui date de 1968, et que nous souhaitons rendre plus effective et plus efficace, dans le cadre de la réflexion menée par le député Gauvain, notamment en définissant mieux ce que sont les informations sensibles des entreprises. Nous poussons aussi pour avoir un tel texte au niveau européen. Mais il faut reconnaître que nous n’avons pas encore réussi à convaincre nos partenaires européens comme nous l’avons fait, par exemple, sur le règlement sur les investissements étrangers.

      Le gouvernement a surpris dans la gestion du cas Latécoère. Dans le cadre d’une procédure IEF, le fonds américain qui souhaite racheter le groupe doit désormais s’associer à un investisseur français s’il veut l’emporter. Cette manœuvre, inédite, peut-elle être généralisée ?
      Tous les dossiers se traitent au cas par cas. Le règlement IEF nous permet d’avoir un éventail de solutions large lorsqu’un investisseur étranger veut prendre le contrôle d’un actif stratégique.

      La politique de la concurrence de l’UE ne nuit-elle pas à la souveraineté économique ? Le blocage de la fusion entre Alstom et Siemens par Bruxelles a été, sous ce prisme, très critiqué, au regard de la montée en puissance de la China Railway Rolling Stock Corporation (CRRC), le numéro un mondial des équipements ferroviaires...
      Nous militons clairement pour une autre politique de la concurrence. Cet été, nous avons proposé avec l’Allemagne et la Pologne une révision de la politique européenne de concurrence, notamment sur le contrôle des concentrations et sur les plateformes numériques. L’idée n’est pas de renverser la table. Cette politique est un atout pour le marché intérieur, et a bénéficié au consommateur. Toutefois, il faut désormais mieux tenir compte du fait que les entreprises européennes font face à des concurrents chinois et américains très soutenus par leurs gouvernements. Certaines adaptations sont nécessaires pour y faire face. Les récentes déclarations de Margrethe Vestager sur les évolutions de la politique de concurrence européenne sont d’ailleurs un signal très positif en ce sens.

      (on remarquera que ThC ne répond jamais aux différents constats de perte de souveraineté industrielle passés-

  • « On ne fait pas de croche-pied à l’éthique », demande Castaner aux policiers
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/01/13/violences-policieres-on-ne-fait-pas-de-croche-pied-a-l-ethique-demande-casta

    L’exécutif réfute toujours le terme de « violences policières » mais a infléchi, ces derniers jours, son discours alors que les accusations visant les forces de l’ordre se multiplient.

    Les accusations de violences policières sont devenues habituelles en France mais, fait nouveau, le gouvernement tend, ces derniers jours, à infléchir son discours sur la question.

    L’exécutif réfute toujours le terme de violences policières. Mais, lundi 13 janvier, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a consacré une bonne partie de ses vœux à la police nationale au devoir « d’exemplarité » et à « l’éthique ».

    « L’usage juste et proportionné de la force est ce qui sépare la démocratie de l’arbitraire, ce qui distingue l’ordre et la brutalité, c’est le fondement, aussi, de notre confiance avec les Français », a-t-il souligné, à l’école nationale supérieure des officiers de police (Ensep) de Cannes-Ecluse (Seine-et-Marne).

    S’il a célébré l’engagement quotidien des policiers, il a également fait une référence explicite à une vidéo montrant un policier faisant un croche-pied à une manifestante à Toulouse :
    « C’est l’honneur de la police qui est en jeu, on ne fait pas de croche-pied à l’éthique, sauf à s’abaisser, à abaisser la police. »

    Christophe Castaner a également souligné l’obligation du port du numéro d’identification, dit RIO.

    « Le ministre a toujours tenu un discours équilibré sur la question de l’usage de la force, même si son propos a parfois été caricaturé. (…) Ce matin encore, il a voulu mettre l’accent sur l’exigence d’exemplarité après plusieurs interventions litigieuses », a assuré son entourage.

    « Indispensable de ne jamais trahir la doctrine »
    Dimanche soir, le premier ministre, Edouard Philippe, tout en affichant sa « solidarité » et sa « confiance » aux forces de l’ordre, a lui aussi rappelé que lorsqu’il est « fait un usage disproportionné [de la force], alors il doit y avoir enquête, et sanction le cas échéant. »

    En août, Emmanuel Macron avait déjà évoqué les « blessures inacceptables » de certains manifestants.

    Alors qu’il doit prochainement passer la main, le directeur général de la police nationale (DGPN), Eric Morvan, s’est lui aussi fendu d’un avertissement à ses troupes lors des vœux de ce lundi.

    « Je suis inquiet de l’affaiblissement de l’image de la police nationale qui s’installe à la faveur des opérations de maintien de l’ordre », a-t-il déclaré.

    « Le maintien de l’ordre ne produit jamais de belles images même quand il est conduit avec une extrême rigueur mais (…) il est plus que jamais indispensable de ne jamais trahir la doctrine », a-t-il souligné, au risque selon lui, d’être « entraîné dans un cercle vicieux ».

    « La lettre de Maurice Grimaud n’a jamais été aussi actuelle », a-t-il averti en référence à la missive envoyée par l’ex-préfet de police de Paris aux policiers en 1968, restée célèbre par la phrase : « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même. »

    Enquête ouverte après des coups de matraque
    Des images de violences, captées lors des récentes manifestations contre la réforme des retraites, ont provoqué une nouvelle vague d’accusations contre les violences policières, plus d’un an après le début de la contestation des « gilets jaunes ». Lundi, le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert une enquête sur les coups de matraque portés par un policier contre une syndicaliste de la RATP, frappée alors qu’elle souhaitait ramasser son téléphone, lors de la manifestation du 9 janvier.

    A cela s’ajoute la mort d’un père de famille de 42 ans, victime d’un malaise cardiaque le 3 janvier aux abords de la tour Eiffel après avoir été plaqué au sol, casque sur la tête, par plusieurs policiers lors d’un contrôle routier houleux.

    Ces nouveaux cas viennent renforcer l’argumentaire de manifestants, militants, partis politiques d’opposition et défenseurs des libertés publiques qui, dans le sillage du mouvement « gilets jaunes », dénoncent l’omerta et l’inaction du gouvernement sur les violences policières.

    Outre le décompte réalisé par le journaliste David Dufresne depuis le début du mouvement des « gilets jaunes » de 24 personnes éborgnées, deux personnes sont mortes en marge d’épisodes de maintien de l’ordre controversés ces derniers mois : Zineb Redouane à Marseille, le 1er décembre 2018, et Steve Caniço, lors de la Fête de la musique à Nantes.

  • Les renseignements israéliens ont aidé les USA à assassiner Soleimani (NBC News) – Site de la chaîne AlManar-Liban
    http://french.almanar.com.lb/1614219

    Les services de renseignement israéliens ont joué un rôle déterminant dans l’assassinat, par les Etats-Unis, du chef des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution, le général Qassem Soleimani, a rapporté vendredi soir NBC News.

    Selon la chaîne américaine, ‘Israël’ a confirmé auprès de la CIA des renseignements concernant la localisation du général iranien avant son assassinat.

    NBC a révélé que des informateurs à Damas ont indiqué aux Américains dans quel avion se trouvait Soleimani, alors que celui-ci avait pris un vol depuis la capitale syrienne pour se rendre à Bagdad.

    Soleimani a été assassiné le 3 janvier dans une frappe de quatre missiles menés par des drones américains aux abords de l’aéroport international de Bagdad. La frappe a également couté la vie à Abou Mehdi al-Mouhandis, numéro deux des paramilitaires anti-Daesh qui font partie des forces régulières.

    La chaîne n’a pas donné pas plus de détails sur l’implication supposée d’Israël dans cette opération, alors que des responsables israéliens avaient déclaré plus tôt que l’entité sioniste n’était pas impliquée.

    #israël one more time...

  • Britain’s ambassador to Iran is ARRESTED after photographing protesters in Tehran clash | Daily Mail Online
    https://www.dailymail.co.uk/news/article-7877079/Britains-ambassador-Iran-ARRESTED-photographing-protesters-Tehran-clash

    The UK ambassador to Iran has been arrested during protests in Tehran tonight, Iran’s semi-official Tasnim news agency reported.

    Rob Macaire was present during the Saturday protests in front of Tehran’s Amir Kabir University and was arrested then, Tasnim’s report said.

    • On constate la différence entre Damas et Téhéran. Quand deux ambassadeurs (français et US) étaient allés se montrer dans les manifs de Hama, l’Etat syrien n’avait pas osé réagir (contre eux ! si ce n’est « l’attaque » foireuse de l’ambassade française le 14 juillet 2011). Il aurait peut-être dû...

  • Les violences policières sont le reflet d’un échec
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/11/les-violences-policieres-sont-le-reflet-d-un-echec_6025530_3232.html

    Editorial. Mort d’un homme lors d’un simple contrôle routier, manifestants frappés au sol, tir à bout portant au LBD... L’Etat doit revenir à sa mission de base : donner à la police les moyens de ses actions et en assurer en retour un contrôle nécessaire.

    Editorial du « Monde ». La manifestation intersyndicale contre la réforme des retraites, jeudi 9 janvier, a été émaillée à nouveau par ce qu’il faut bien appeler, sans s’encombrer de guillemets, des violences policières. Les multiples vidéos montrant des manifestants frappés au sol par des fonctionnaires, ou encore celle où l’on voit un agent tirant à bout portant au LBD – le parquet de Paris a ouvert une enquête sur ce geste extrêmement dangereux – suffiraient à révulser n’importe quel citoyen.

    Elles viennent malheureusement s’ajouter à la nouvelle du décès de Cédric Chouviat, dimanche 5 janvier, victime d’une crise cardiaque pendant une interpellation sur les quais de Seine, à Paris, et à la stupeur d’apprendre deux jours plus tard que cet homme de 42 ans, livreur de profession, père de cinq enfants, a subi une asphyxie avec fracture du larynx après avoir été plaqué au sol par plusieurs policiers. Dénouement inacceptable pour un simple contrôle routier, quels que soient les torts et le comportement du conducteur.

    L’année 2019 avait été marquée par un débat récurrent sur la question des violences policières. 2020 démarre sur les mêmes bases délétères. Jusqu’à présent, les autorités ont adopté deux attitudes. En nier d’abord farouchement l’existence, malgré le travail documenté de plusieurs médias, dont Le Monde, sur la question. Emmanuel Macron a fait un timide pas en avant en août 2019, en reconnaissant « les blessures inacceptables » de certains manifestants.

    Dysfonctionnements de la chaîne hiérarchique
    Le deuxième argument consiste à brandir comme une excuse la grande brutalité – qui est réelle – d’une partie des manifestants. Cette rhétorique a ceci de dangereux qu’elle crée un parallèle entre la violence des uns et des autres, quand les forces de l’ordre devraient en avoir le monopole, certes, mais également la maîtrise. C’est accepter une logique du camp contre camp, à laquelle ne peut souscrire une police républicaine défenseuse de l’intérêt de tous. C’est oublier la doctrine exprimée par Maurice Grimaud, préfet de police de Paris en 1968, – « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. » C’est enfin concéder un échec stratégique face à l’évolution des formes de protestation dans le pays.

    Dans un entretien accordé à L’Opinion, Eric Morvan, le directeur général de la police nationale, qui prend une retraite anticipée, reste bloqué dans cette impasse. Il rejette les termes de « violences policières », leur préférant ceux de « violences de policiers ». Nuance sémantique qui individualise l’erreur, fait peser la responsabilité sur les seuls fonctionnaires et jette un voile pudique sur les raisons systémiques de ces agissements. A commencer par l’état général d’épuisement des troupes, le manque de moyens, la perte de sens du métier, la faiblesse de la formation ou encore les dysfonctionnements de la chaîne hiérarchique.

    Dénoncer les violences policières, ce n’est pas oublier les bataillons de fonctionnaires qui au quotidien font honneur à leur uniforme, avec un sens remarquable du devoir. Ce n’est pas faire l’impasse sur le comportement admirable de milliers de policiers, y compris dans les manifestations, qui subissent avanies et quolibets, risquent leur vie, et protègent les Français. C’est au contraire rendre hommage à ces agents, nombreux, qui ne dévient pas de leur mission. Et rappeler à l’Etat la sienne : donner à la police les moyens de ses actions et en assurer en retour un contrôle nécessaire, dans le strict respect des principes républicains.

    • Bon, il faut bien lire ce genre de merde pour faire grossir le front contre les #violences_policières...
      Vu ce midi à une manif des dizaines de flics (à vue de pif un pour quatre manifestant·es) dont pas un ne portait un numéro d’identification visible. La polémique enfle sur la manière dont ces valeureux fonctionnaires évitent de rendre compte de leur actions en perturbant leur identification, il serait temps.

    • Moment important ! Le Monde s’engage : un éditorial ! sur les violences policières (dans le titre). Pointant le caractère systémique et l’échec stratégique.

      Bon, il ne va pas jusqu’à rappeler que notre bon président avait – c’était en mars – proclamé qu’il était inacceptable de parler de violences policières dans un État de droit ou de rappeler que si ce que dit Macron est vrai il y a lieu de faire plus que s’inquiéter sur la validité de la prémisse de son implication …

      exercice élémentaire de logique (classique…)
      A : nous sommes en état de droit
      B : il y a des violences policières
      simplifier l’expression suivante
      B ∧ (A ⇒ ¬B)

    • Quand le monde emploie le terme « systémique » pour les violences policières, c’est pour leur trouver des raisons conjoncturelles : manque de moyens, fatigue des policiers ou dysfonctionnements de la chaîne hiérarchique. Un systémisme de circonstances, en somme.

      Manque de moyens ? L’Assemblée a voté en novembre une nouvelle hausse du budget de la police, et l’arsenal matériel ne cesse de s’étendre (LBD, grenades, etc.).

      Dysfonctionnement de la chaîne hiérarchique ? C’est supposer un peu vite que les violences policières se déroulent malgré la hiérarchie, alors que ces violences sont déniées depuis le ministère et qu’on nomme à Paris un préfet connu pour sa brutalité.

      Fatigue des policiers ? Sans doute, mais s’ils sont fatigués, c’est bien en raison de la politique bel et bien systémique de répression acharnée de la contestation qui ne cesse de s’accroître depuis au moins 2016, avec une accélération nette en 2018. La répression, ça fatigue.

      Il n’y a pas de raisons systémiques à chercher à de supposées bavures : ce sont les bavures qui font système, l’impunité promue en règle impose simplement de nouvelles règles par le fait. On de dérape pas, on installe, et c’est parti pour durer.

      Ce qui se passe en ce moment, c’est que la France, patrie de l’idéal républicain, des Droits de l’homme et autres fadaises va devoir se faire à la réalité, bien connue de par le monde et de moins en moins fardée idéologiquement, d’un Etat gouvernant contre sa population.

      https://twitter.com/carbureblog/status/1216291090782920705

      #maintien_de_l'ordre #violence_d'État

  • Outrage after Jeopardy ! host rules Bethlehem not in Palestine
    https://www.aljazeera.com/news/2020/01/jeopardy-episode-palestine-question-uproar-200111165110124.html

    The incident took place in round one of the game broadcast on Friday, when Katie Needle was given the clue: “Built in the 300s A.D., the Church of the Nativity”, under the category “Where’s that Church?”.

    Needle, a retail supervisor, from Brooklyn, responded that it was in Palestine, but was told her answer was wrong.

    One of the other two contestants, Jack McGuire, then buzzed in with the reply “Israel”, which host Alex Trebek accepted as correct.

    [...]

    The Church of Nativity, declared a World Heritage Site, is located in Bethlehem in the occupied West Bank, which is internationally-recognised as part of Palestine.

    #air_du_temps #hors_la_loi #loi_du_plus_fort

  • Remarks by U.S. Ambassador David M. Friedman at the Kohelet Forum | U.S. Embassy in Israel
    https://il.usembassy.gov/remarks-by-u-s-ambassador-david-m-friedman-at-the-kohelet-forum

    Verbatim de l’ambassadeur US en Israël au Kohelet Forum (think tank israélien) C’est bien entendu moi qui souligne certains passages.

    And now we come to Judea and Samaria, certainly the most complicated of the issues, because of the large indigenous Palestinian population. Balancing security considerations against the freedom of movement, reconciling competing historical and legal narratives and entitlement, aiding the economy in the face of accusations of attempted normalization – it’s complicated and challenging.

    (...) Judea and Samaria – the name Judea says it all – is territory that historically had an important Jewish presence. As they say, it is the biblical heartland of Israel. It includes Hebron, where Abraham purchased a burial cave for his wife Sarah; Shiloh, where the tabernacle rested for 369 years before the Temple was built by King Solomon in Jerusalem; Beth El, where Jacob had his dream of the ladder ascending to heaven; Kasr al-Yahud, where Joshua led the Israelite nation into the Promised Land and John the Baptist baptized Jesus, and so many other famous locations.

    After the Ottoman Empire fell, Judea and Samaria, along with the rest of what was then referred to as Palestine, became subject to a British Trust which was subject to the Balfour declaration, the terms of the San Remo conference, and the league of Nations Mandate. In simple terms, the British were obliged to facilitate settlement of the Jewish people in this land. That’s not to say that Jewish settlement was exclusive, that no one else had the right to live there. But Jews certainly did.

    We then fast-forward to 1967 and the Six Day War. After being attacked, Israel recovers Judea and Samaria from Jordan. Jordan had occupied Judea and Samaria for only 19 years and almost no one recognized its rights to the territory.

    So, intuitively, who has a good claim to the land? Israel, whose historical and legal rights were recognized by the league of Nations, Jordan, which was there for only 19 years with virtually no legitimacy, and which, in any event, renounced its claim to territory West of the Jordan River in 1995, or the Ottomans, who washed their hands of Palestine after World War I. The answer, with all due respect to all the scholars, seems obvious.

    And because that was so obvious, the goalposts started to move. The armistice line of 1949 – a line to which the enemies of Israel agreed to hold until they re-armed and again sought Israel’s destruction (as they did in 1973) – all of a sudden became the inviolate “Green Line,” the limit of Israel’s territorial entitlement.

    Settlements became per se illegal under amorphous notions of international law that no one could seriously reconcile with San Remo or the League of Nations Mandate. And resolution 242 became a mandate for Israel’s withdrawal from all captured territory, even though the resolution was heavily wordsmithed to avoid such an interpretation, and even though the US representative who negotiated 242, Yale Law School Dean Eugene Rostow, has said that Israel has an unassailable right to settle in Judea and Samaria.

    The Pompeo Doctrine does not resolve the conflict over Judea and Samaria. But it does move the goalposts back onto the field. It does not obfuscate the very real issue that 2 million or more Palestinians reside in Judea and Samaria, and we all wish that they live in dignity, in peace, and with independence, pride and opportunity. We are committed to find a way to make that happen.

    The Pompeo Doctrine says clearly that Israelis have a right to live in Judea and Samaria. But it doesn’t say the Palestinians don’t. Rather, it calls for a practical negotiated resolution of the conflict that improves lives on both sides.

    We invoke your ideas and your prayers and getting to that point. Your help is very much appreciated. May God bless you. May God bless Israel and may God bless the United States of America. Thank you.

    #palestine #cisjordanie

  • Irak : Washington refuse un retrait des troupes - Challenges
    https://www.challenges.fr/monde/etats-unis/rak-washington-dit-refuser-de-discuter-d-un-retrait-des-troupes-malgre-la

    Les Etats-Unis n’ont pas l’intention de discuter avec les autorités irakiennes d’un « retrait des troupes » américaines malgré la demande du Premier ministre irakien, a déclaré vendredi le département d’Etat américain.

    « A ce stade, toute délégation qui se rendrait en Irak serait chargée de discuter de la meilleure manière de reconfirmer notre partenariat stratégique, pas de discuter un retrait des troupes », a affirmé la porte-parole de la diplomatie américaine Morgan Ortagus dans un communiqué.

    Le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel Mahdi avait auparavant demandé au secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo l’envoi d’une délégation pour organiser le retrait des soldats américains d’Irak. Il lui a « demandé que des représentants soient envoyés en Irak pour mettre en place les mécanismes nécessaires à l’application de la décision du Parlement en vue d’un retrait sécurisé des troupes d’Irak », selon un communiqué de ses services.

    Impudence totale... #néocolonialisme