grommeleur

Wrong’Em Boyo

  • À Castel Volturno, une maison libérée de la mafia
    https://www.visionscarto.net/castel-volturno

    À Castel Volturno, les paysages urbains racontent une histoire que le seul regard ne suffit pas à déchiffrer. Derrière les portails fermés, les villas abandonnées et les routes qui ne mènent nulle part se superposent les traces de la mafia, de la spéculation immobilière et des voyageureuses migrantes... Pourtant, quand on regarde de plus près, on y découvre aussi des personnes qui œuvrent, tous les jours, inlassablement, pour libérer la ville de son passé marqué par la violence et les abus. (…) Billets

    #Billets_

  • Philatélie

    Alexandre Grothendieck. Le 12 juin 2025, La Poste a émis un timbre à l’effigie d’Alexandre Grothendieck (1928-2014). Fils de militants anarchistes, ce génie des mathématiques est l’un des fondateurs du groupe écologiste radical Survivre et vivre. Ce timbre-poste, d’une valeur faciale de 1,39 euro, a été réalisé par Faunesque.

    source : La lettre du CIRA de Marseille

  • Aujourd’hui est le jour de la disparition de seenthis.net des indexes des moteurs de recherche, pas vrai ?

    Bing
    https://www.bing.com
    site:seenthis.net -> rien

    Startpage
    https://www.startpage.com/sp/search
    site:seenthis.net -> rien
    seenthis.net -> n’importe quoi sauf du comtenu de seenthis.net

    Ecosia
    https://www.ecosia.org
    host:seenthis.net -> n’importe quoi sauf du comtenu de seenthis.net
    site:seenthis.net -> rien

    Qwant
    https://www.qwant.com
    pareil

    Lilo
    https://www.lilo.org
    Recherche de : seenthis.net -> O.K. pertinent
    Loin d’être complet, je ne sais pas, si Lilo archive les pages seenthis.
    Le recherche pour « seenthis.net #Attualità » de donne aucun résultat et je ne trouve pas de documentation de la syntaxe de Lilo.

    Google
    https://www.google.com/search?q=host%3Aseenthis.net+Taxinotruf
    site:seenthis.net -> rien
    site:seenthis.net Taxinotruf -> pareil sauf que Google me pose des questions sur l’endroit où je me trouve etc. ...

    Duckduckgo
    https://duckduckgo.com
    site:seenthis.net -> rien
    seenthis.net -> n’importe quoi sauf du comtenu de seenthis.net

    Duck.AI
    https://duckduckgo.com/#chat

    Question :

    Est-ce que duckduckgo connaît le site web https://seenthis.net ?

    Réponse GPT 5.4. :

    Oui, DuckDuckGo (et donc l’interface Duck.ai) peut connaître et référencer des pages de seenthis.net via son moteur de recherche, comme pour beaucoup d’autres sites.

    Question :

    Alors montre moi le lien vers un billet seenthis avec l’expression Taxinotruf

    Réponse GPT 5.4 nano :

    Je n’ai pas trouvé de billet seenthis.net qui contienne l’expression “Taxinotruf”. Si tu veux, je peux réessayer avec une variante (maj/min, “Taxino truf”, ou juste une partie du mot).

    Recherche dans seenthis :
    https://seenthis.net/recherche?recherche=Taxinotruf
    Résultats
    https://seenthis.net/messages/1156583 (c’est précis, il y 6 mois))
    https://seenthis.net/messages/799490 (c’est précis. 31/08/2019)

    Je n’ai pas testé davantage et il est possible que cette situation dure déjà depuis un certain temps.

    J’ai testé avec d’autres domains tld et j’obtiens des résultats pertinents. Conclusion : les moteurs n’indexent plus seenthis.net.

    Je crois que depuis l’installation d’Anubis qu’il y a un problème d’archivage de seenthis.net par archive.org ...

    Recherche dans archive.org
    https://web.archive.org
    https://web.archive.org/web/20260000000000*/https://seenthis.net
    Ca y est mais ce n’est pas complet. Il faudrait compléter les archives suivant cette page d’explications :
    https://help.archive.org/help/uploading-a-basic-guide

    Sur la page https://web.archive.org on peut simplement indiquer l’URL à archiver. J’ai l’impression qu’Anubis crée un problème ici car archive.org produit un message avertissant l’utilisateur d’un délai inattendu. En chechant pour la page à archiver on obtient un message qui indique que la page n’a pas été archivée.

    Cette page est assez compréhensible :
    https://help.archive.org/help/using-the-wayback-machine

    L’archive internet étant sous pression cette page ne correspond plus exactement à l’interface il faudrait se référer à ce guide ou creuser davantage :
    https://archive.org/developers/internetarchive

    Conclusion : Le projet de seenthis.net est plus important que jamais car il faut recommencer à construire ses propres archives et indexes après la disparition d’un nombre important de fonctions des moteurs de recherche. Ce processus a commencé avec le « personnalisation » des résultats de Google et prend des formes hallucinantes depuis le rempacement des méthodes de recherche avancée par l’IA industrielle. Cette IA est utile entre autres pour les condensés de pages web, mais les monopoles de l’internet rendent de plus en plus difficile d’identifier des sources précises et de raconter les histoires sur base de résultats des recherches dans l’internet.

    Pour rendre plus utile et efficace #seenthis.net il faudrait revoir qui peut l’indexer et ouvrir un peu les portes pour archive.org et les autres #white_hat de l’internet.

    #seenthis #archives #moteur_de_recherche #IA #Anubis

  • Manuel pour démasquer un·e flic infiltré·e | No Trace Project
    https://notrace.how/resources/read/manuel-pour-demasquer-un-e-flic-infiltre-e.html

    D’après les données recueillies suite à la découverte d’infiltrations policières au sein d’organisations politiques de gauche en Espagne entre 2022 et 2024.
    Manuel

    « J’avais entendu dire que lorsque des armées de fourmis étaient en mouvement, si elles arrivaient à une rivière qu’elles devaient traverser, les fourmis de tête se jetaient à l’eau, s’empilant les unes sur les autres en se noyant, offrant leurs propres corps comme pont à celles qui suivaient. »

    — Kobayashi Takiji, Une fourmilière à soi et autres nouvelles prolétariennes

    Qui l’a écrit ?

    Ce manuel a été rédigé par des militant·es ayant subi de près des infiltrations policières, découvertes entre 2022 et 2024. Il s’adresse à toustes les militant·es, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, ainsi qu’à toutes les organisations et tous les groupes soucieux de la sécurité de leurs espaces.

    Quels sont les objectifs ?

    Les objectifs que nous nous sommes fixés lors de la rédaction de ce document étaient les suivants :

    – Transmettre l’expérience et les connaissances acquises lors des infiltrations policières et qui nous manquent lorsqu’il s’agit de faire face à elles, y compris comment les prévenir.
    – Améliorer la culture de la sécurité au sein des organisations et des groupes.
    – Envoyer un message très clair aux militant·es sur la police et l’État : ils ne sont pas infaillibles, et nous vous le démontrons. Il y a des failles dans leur mode opératoire et nous voulons les exposer publiquement et de manière accessible.

    • La plupart des affaires sont déclenchées par des soupçons émanant de notre entourage. Nous pouvons et devons agir. Nous avons les moyens et la capacité d’enquêter sur ces soupçons en toute autonomie, en leur apportant le contexte politique approprié et en suivant toujours des intérêts militants uniquement. Nous savons que les infiltré·es non démasqué·es rejoignent d’autres collectifs et assemblées. Par conséquent, il est de notre responsabilité politique d’enquêter, de révéler la vérité et d’agir en cas de soupçons.

      Avoir des soupçons ne suffit pas, car ils ne justifient jamais la propagation de rumeurs. Si les soupçons sont fondés, il incombe au groupe qui enquête de fournir des preuves solides à l’appui de ses affirmations. Nous devons éviter de porter des accusations infondées sans avoir mené une enquête approfondie. Ce comportement, sans les vérifications nécessaires, peut mener à la destruction de groupes et causer des dommages politiques et personnels irréparables.

      Ce manuel fournit des informations, des schémas récurrents, des lignes directrices et des recommandations sur les problèmes que vous êtes susceptibles de rencontrer lors du lancement d’une enquête, ainsi que sur les mesures de sécurité à prendre pour prévenir les infiltrations. Une grande partie du texte est consacrée aux expériences de cas récents en Espagne et aux bonnes pratiques développées au cours de la dernière décennie au Royaume-Uni.

  • #BOURBAKI, LE SECRET DES #MATHÉMATIQUES -
    https://www.youtube.com/playlist?list=PLG8Bg2EkBfww

    C’est l’histoire d’un jeune groupe de mathématiciens qui a déclenché une révolution en voulant moderniser leur discipline.

    Dans les années 1930, derrière le pseudonyme de Nicolas Bourbaki, se cachent certains des esprits les plus brillants issus de l’École Normale Supérieure : André Weil, Jean Dieudonné, Claude Chevalley, Jean Delsarte, Henri Cartan et quelques autres normaliens unis par leur jeunesse, leur humour et leur ambition démesurée. Ensemble, ils rêvent de révolutionner le langage des mathématiques. Dans une France encore marquée par la Première Guerre mondiale, ils se retrouvent sans véritable maître. Alors ils décident d’en inventer un. Bourbaki devient ce personnage fictif, signature collective d’une oeuvre hors norme : une tentative de refondation des mathématiques sur des bases communes, rigoureuses et universelles. Leur objectif est clair : unifier la discipline autour d’un langage, d’outils et de structures partagées.
    Très vite, ce projet dépasse le cadre d’un simple traité scientifique. Avec ses codes, ses règles internes, ses congrès secrets et son fonctionnement collectif, Bourbaki prend la forme d’une véritable société intellectuelle fermée. Rejoints dans les décennies suivantes par de jeunes prodiges comme Jean-Pierre Serre ou Alexandre Grothendieck, les Bourbakis deviennent une référence incontournable, au point d’exercer une influence internationale sur les mathématiques modernes.

    Cette série documentaire retrace ce compagnonnage scientifique unique, l’un des plus passionnants et influents de l’histoire intellectuelle contemporaine, et vous invite dans un monde rarement accessible : celui des mathématiques fondamentales, de leur abstraction, et de la tentative radicale de les organiser comme un langage universel.

  • Un copain pompier-volontaire m’écrit :, par Joséphine Ka
    https://www.facebook.com/josephine.kalache/posts/pfbid0389PHxhHrbHsthKU7jM6Vc9FaV2Jm1sGHpiBhPkBV7p3B1QUKh3kuhcYCCKvvscuxl

    *******************************************************************

    « Toi qui t’intéresse à la situation du service public de la sécurité civile, une info qui démontre l’inadéquation entre les moyens disponibles et l’amplitude de la crise en cours. Ci dessous un mail de notre Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) :

    /// A la demande du Centre Opérationnel de Zone,
    Nous recherchons des personnels non formés feu de foret afin d’armer un engin-pompe [un fourgon d’incendie] et de renforcer le département de la Gironde pour une durée indéterminée. Les candidatures doivent être transmises par l’intermédiaire de vos chefs de centre respectifs au service opération, avant ce jour à 11 h, dernier délai.
    Le CTA/CODIS [Centre de Traitement de l’Alerte/Centre Opérationnel Départemental d’Incendie et de Secours]. ///

    C’est extrêmement choquant de mobiliser des non-spécialistes sur une mission feu de foret, c’est pas du tout la culture pompier, la sécurité civile est complètement à l’os. Les feux de foret, c’est pas une spécialisation pour rien, il y a toute une science des établissements, des protections, des mesures d’urgence, les engins sont spécifiques etc... le cursus de spécialisation va d’ailleurs du niveau FDF1 (équipier) au FDF4 (anticipation tactique et stratégique) et juste le FDF1 nécessite une petite semaine de formation. C’est vraiment envoyer des pioupiou au casse pipe, alors que Nunez affirmait encore hier, à l’occasion d’un hommage aux deux pompiers morts cette semaine, qu’il n’y a pas de problème de moyens.
    Pour les collègues partis en Gironde, il seront nourris-logés, le déplacement se fait habituellement en colonne de camions-citerne pas du tout adaptés, 90 max sur l’autoroute avec un bruit étourdissant, parce que les SDIS n’ont pas les moyens de mettre les fourgons sur des poids lourds et de faire descendre les agents en van. La rémunération est conforme au barème des SDIS, pas grand chose, 8,71 euros de l’heure pour les sapeurs, c’est du black légal, pas de cotisations, ça n’ouvre aucun droit à la protection sociale hors un tout petit avantage sur la retraite ».
    ******************************************************

    Un autre pompier, pro cette fois, dans un autre département complète le propos : "les pros sont contraints de poser des vacances ou des repos pour partir dans le sud ! Et pendant que certains partent dans le sud il faut continuer à assurer les missions ici ! Entre les forêts à surveiller et les secteurs des copains partis à couvrir. On est à bout. Sous payés à risquer notre peau et notre santé. J’en peux plus. J’essaye de trouver un autre emploi après 22 ans de service !"
    De son côté, un syndicat de pompiers dans le 63 (voir tract en commentaire) est scandalisé par les pressions que son SDIS fait peser sur les employeurs privés afin que les patrons accordent des congés à des pompiers volontaires, "libérant" ainsi ces derniers pour qu’ils puissent rejoindre les incendies dans le sud.
    *******************************************************************

    Pour mettre en perspective ces messages et la colère des pompiers, souvenez-vous que Garbiel Attal, l’enfant-chéri du macronisme et candidat à la prochaine présidentielle, a nié cette semaine via un chargé de comm’ avoir annulé en 2024 des achats de canadairs lors qu’il était Premier ministre, mentant sans vergogne comme la presse l’a établi (https://www.franceinfo.fr/.../vrai-ou-faux-le...). Détail tragi-cocasse, le ministre du budget qui a enregistré et signé ce choix à l’époque est Thomas Cazenave, devenu il y a quelques mois... maire de Bordeaux.

    Souvenez-vous également des manifestations de pompiers qui protestaient contre le manque de moyens et les sous-effectifs (2019, 2020, 2023, 2024, 2026), parfois durement réprimés comme le hollando-macronisme sait si bien faire (https://www.lemonde.fr/.../la-strategie-de-maintien-de-l...).
    Tout ceci sans même parler des dommages majeurs des incendies de cette saison sur la végétation, la faune, les habitations et les 200 000 personnes évacuées de chez elles ces dernières semaines. Et quid du fait, comme me le signale un autre pompier, que tous ces volontaires partis en Gironde vont accentuer encore les effets des sous-effectifs pour les feux urbains et le secours partout ailleurs en France ?
    Et la seule réponse des irresponsables qui, par dogmatisme budgétaire libéral, continuent depuis 25 ans de ne rien faire pour notre environnement et nos services publics de secours et d’incendie, ce sont des hommages, une émotion feinte sur le registre de la solidarité nationale et une héroïsation des « soldats du feu », repris en boucle par les médias des milliardaires, les mêmes qui militent pour conserver les privilèges fiscaux de quelques uns au prix d’un assèchement de nos biens communs. Du reste, le RN et l’UDR se sont systématiquement opposé aux dispositions qui auraient permis d’augmenter les moyens des SDIS, les lepénistes s’alignant sur les intérêts des assureurs privés. Cela ne les empêché pas de se poser en représentants des pompiers.

    Plus cynique encore, parmi ces irresponsables, il y en a qui nous infligent leur candidature à la prochaine élection présidentielle : Hollande, Cazeneuve, Philippe, Attal et Retailleau. Lunaire.

    Et l’Etat, pendant ce temps-là, publie juste un mini guide pour gérer son éco-anxiété (https://www.facebook.com/photo?fbid=1520245870135945&set=pcb.1520249770135555)

    • Une autre lettre ouverte aux administrateurs de la catastrophe en cours :

      Qui aurait pu prédire ? Nous tous, Monsieur le Président.
      Lettre ouverte depuis une petite commune d’une France qui brûle, s’assèche et suffoque
      Monsieur le Président de la République,
      La France brûle.
      À l’heure où j’écris ces lignes, le ciel de Gironde n’est plus vraiment un ciel, mais une voûte de fumée dont l’odeur âcre est parvenue jusqu’ici, à Sancoins. Des femmes et des hommes quittent leur maison avec quelques vêtements, leurs papiers, un animal serré contre eux et cette question terrible : que restera-t-il lorsque nous reviendrons ? Derrière eux, il y a les jardins où grandissaient les enfants, les tables autour desquelles les familles se retrouvaient, les arbres plantés par ceux qui ne sont plus là, les photographies enfermées dans les meubles, tous ces souvenirs que l’on croyait à l’abri parce qu’on les avait confiés à des murs.
      Il y a aussi cette vie minuscule et innombrable qui ne sera jamais évacuée : les chevreuils pris au piège, les oiseaux asphyxiés dans leur nid, les insectes consumés par milliards, les arbres centenaires transformés en torches. Tout un peuple sans voix meurt dans le vacarme des flammes, sans sirène, sans plan d’évacuation, sans communiqué officiel.
      Pendant ce temps, les pompiers avancent dans ce que les autres fuient. Ils entrent là où la chaleur repousse les corps, là où l’air devient irrespirable, là où la forêt elle-même semble vouloir dévorer ceux qui tentent de la sauver. Ils portent sur leurs épaules une République qui les acclame dans l’urgence, mais laisse leurs effectifs et leurs moyens sous une tension permanente lorsque les caméras sont reparties et que la fumée a quitté les écrans.
      Au 26 juillet, près de 98 000 hectares avaient déjà brûlé en France depuis le début de l’année. Notre pays vient de traverser une vague de chaleur de seize jours, après un mois de juin déjà historique, tandis qu’une quatrième vague de chaleur menace. Un quart de nos petits cours d’eau sont à sec et la Loire atteint des niveaux exceptionnellement bas pour un mois de juillet.
      Ce sont les premières pages du monde dans lequel nous sommes entrés.
      Et pourtant, Monsieur le Président, vous aviez demandé : « Qui aurait pu prédire ? »
      Nous tous.
      Les scientifiques, le GIEC et les associations l’avaient prédit. Les agriculteurs qui regardent leurs terres se fissurer l’avaient prédit. Les pompiers qui voyaient la saison des feux s’allonger l’avaient prédit. Les élus locaux qui comptaient les restrictions d’eau, les maisons fissurées et les arbres mourant sur pied l’avaient prédit. Les enfants eux-mêmes l’avaient compris. Tout le monde savait, Monsieur le Président. Tout le monde, sauf peut-être ceux dont la fonction était précisément de savoir, de prévoir et d’agir. Cette phrase, prononcée le 31 décembre 2022 après les incendies qui avaient déjà ravagé la Gironde, restera comme l’une de celles qui condensent une époque : celle d’un pouvoir qui transforme les conséquences annoncées en surprises, les renoncements en exercices de communication.
      Depuis, le feu a poursuivi son œuvre et l’État, lui, délivre des conseils.
      Il nous explique désormais comment « gérer l’éco-anxiété ». Il nous invite à mettre des mots sur nos émotions, à prendre du recul, à distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous. Ces recommandations peuvent être utiles lorsqu’elles viennent d’un médecin ou d’un psychologue. Elles deviennent indécentes lorsqu’elles tiennent lieu de réponse politique à un désastre que le pouvoir refuse d’affronter à sa mesure. Faudrait-il respirer profondément pendant que le pays suffoque, méditer pendant que la forêt brûle, apprendre à mieux supporter la catastrophe plutôt qu’exiger de ceux qui gouvernent qu’ils empêchent qu’elle devienne notre ordinaire ?
      Vous nous demandez de distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous. Très bien.
      Il dépend de nous de nous entraider, de veiller sur nos voisins et de transformer nos habitudes lorsque nous en avons les moyens. Mais il dépend de vous de donner aux communes les moyens d’agir, de protéger les travailleurs, de financer des refuges climatiques, de soutenir le monde agricole et de préparer les services publics.
      Il dépend surtout de vous de cesser de financer le monde qui nous détruit.
      Voilà ce qui dépend de vous.
      Je vous écris depuis Sancoins, une petite commune rurale du Cher, au cœur de cette France que l’on célèbre dans les discours avant de l’abandonner dans les budgets. Ici, comme dans des milliers de communes, nos écoles ont été construites pour le climat d’hier. Leurs murs retiennent la chaleur, leurs cours minérales deviennent des plaques brûlantes et leurs salles de classe se transforment en étuves. On demande pourtant à des enfants d’écouter, d’apprendre et de se concentrer tandis que leur organisme lutte simplement pour maintenir sa température. Alors on ferme les volets, on déplace les tables, on cherche un ventilateur et l’on demande aux familles de fournir une gourde.
      On appelle cela un protocole. J’appelle cela l’organisation méthodique de notre impuissance.
      Dans nos petites communes, il n’existe souvent aucun refuge climatique. Nous n’avons pas toujours de salle convenablement isolée et rafraîchie où accueillir les personnes fragiles, ni de transport pour aller les chercher. Nous manquons d’agents pour appeler chaque habitant isolé, de médecins disponibles pour répondre aux inquiétudes et parfois même de cafés, de commerces ou de lieux publics où rompre la solitude. Alors les anciens restent chez eux. Ils ferment les fenêtres, tirent les rideaux et attendent que la nuit apporte un peu d’air, que leur corps tienne, que l’épisode passe. Ils attendent parfois seuls parce que leurs enfants vivent loin, parce que les voisins travaillent, parce que le service public s’est retiré kilomètre après kilomètre.
      Nous devons créer des refuges climatiques accessibles dans chaque bassin de vie : des lieux publics isolés, végétalisés, rafraîchis et ouverts lors des épisodes extrêmes. Après l’école, la mairie et l’hôpital, le refuge climatique doit devenir l’une des maisons de la République.
      Après avoir menacé les corps, la chaleur frappe celles et ceux dont le travail dépend directement de la terre, de l’eau et des saisons. Dans nos territoires, le changement climatique n’est pas une abstraction. Le maraîcher voit ses légumes brûler avant la récolte, l’horticulteur regarde mourir dans des serres devenues invivables des mois de travail, tandis que l’éleveur cherche de l’eau pour ses bêtes et du fourrage pour l’hiver. Le paysan voit le sol se durcir, les rendements tomber et les charges augmenter, mais les banques continuent de réclamer leur dû comme si le ciel n’avait pas changé. Le petit commerçant subit les rues désertées par la chaleur, les factures d’électricité et les chaînes du froid poussées à leur limite. Pour eux, le dérèglement climatique n’est pas une inquiétude théorique mais une récolte perdue aujourd’hui, une facture à payer lundi, une entreprise qui peut fermer demain.
      Je vous demande donc que les communes répondant aux critères obtiennent sans délai la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle pour les dommages qui en relèvent, notamment les mouvements de terrain consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols. Pour toutes les pertes que ce régime laisse sans réponse, un mécanisme exceptionnel de solidarité nationale doit être créé. Les dispositifs agricoles doivent être déclenchés avant l’effondrement définitif des exploitations et un fonds spécifique doit soutenir les maraîchers, horticulteurs, pépiniéristes, éleveurs, artisans et petits commerçants abandonnés dans les angles morts des assurances. Les compagnies d’assurances, qui connaissent parfaitement l’aggravation des risques climatiques et augmentent déjà leurs tarifs en conséquence, doivent elles aussi contribuer davantage à la solidarité nationale.
      Les profits peuvent être privés. La catastrophe, elle, ne saurait être éternellement publique.
      Cette catastrophe est également devenue une crise financière pour les collectivités. Le Fonds vert, doté de 2,5 milliards d’euros d’autorisations d’engagement en 2024, a vu son enveloppe initiale ramenée à 837 millions d’euros en 2026, avant même le surgel de crédits supplémentaires. Vous avez amputé l’un des principaux outils d’adaptation des collectivités au moment même où les incendies, la chaleur et la sécheresse démontrent son caractère vital.
      C’est une dette envoyée aux générations suivantes.
      Je vous demande donc un grand plan national d’adaptation des communes rurales, inscrit dans la loi et assorti d’engagements budgétaires pluriannuels. Il devra financer la rénovation thermique des écoles, des crèches, des établissements de santé et des bâtiments publics, la création de refuges climatiques, la végétalisation des centres-bourgs, la protection des captages et des réseaux d’eau, le soutien aux exploitations agricoles ainsi que le renforcement de la Sécurité civile et des services départementaux d’incendie et de secours. Ce plan devra être accessible aux petites communes sans qu’elles aient à employer un cabinet privé pour comprendre comment obtenir l’aide de l’État. Il devra enfin être financé par celles et ceux qui ont le plus contribué à la catastrophe et qui disposent des moyens d’y répondre : les grandes fortunes, les multinationales fossiles, les secteurs les plus polluants et les acteurs financiers qui ont prospéré en finançant l’ancien monde.
      La crise climatique n’est pas seulement écologique : elle est sociale.
      Les plus riches isolent leur maison, installent une climatisation, remplissent une piscine ou rejoignent une résidence secondaire. Les plus pauvres habitent sous les toits, vivent dans des logements mal isolés, travaillent dehors, prennent des transports surchauffés et comptent chaque litre d’eau comme chaque kilowattheure.
      Les uns achètent de la fraîcheur. Les autres subissent la chaleur.
      Nous ne sommes pas égaux devant la catastrophe et nous ne portons pas la même responsabilité dans ce qui nous arrive. L’ouvrier qui parcourt vingt kilomètres pour rejoindre son usine parce que la gare a fermé ne porte pas la même responsabilité que le milliardaire qui traverse le ciel en jet privé. La retraitée qui peine à chauffer sa maison ne porte pas la même responsabilité que l’entreprise fossile qui a organisé le doute climatique pendant des décennies.
      Demander à tous les mêmes sacrifices dans une société aussi inégale est une nouvelle injustice.
      Monsieur le Président, je ne vous écris pas pour ajouter une indignation à la longue liste des indignations françaises. Je vous écris parce qu’un élu local a le devoir de dire ce qu’il voit. Je vois des communes auxquelles on demande chaque jour de tenir avec moins. Je vois des habitants qui comprennent parfaitement que quelque chose s’effondre et auxquels votre gouvernement répond qu’ils doivent apprendre à gérer leur anxiété. Le peuple français n’est pas malade d’avoir peur. Il a peur parce que le danger est réel. Son inquiétude n’est pas une pathologie à traiter, mais une lucidité à entendre.
      La véritable maladie est politique : elle consiste à continuer de gouverner comme si la catastrophe pouvait attendre le prochain quinquennat ou la prochaine conférence internationale.
      Nous ne vous demandons plus de nous rassurer. Nous vous demandons d’agir. Nous ne vous demandons plus de promettre que l’écologie sera la priorité de demain. Nous vous demandons de financer aujourd’hui les services publics qui nous permettront de traverser ce qui vient. Nous ne vous demandons pas de nous apprendre à vivre avec la peur. Nous vous demandons de combattre ce qui la provoque.
      Qui aurait pu prédire ?
      Ne répondez plus que personne ne savait. Nous savions. Vous saviez.
      Désormais, l’Histoire jugera ce que vous aurez fait.
      Mansour Thiam
      Conseiller municipal de Sancoins (département du Cher)

      https://www.facebook.com/mansourlthiam/posts/pfbid0yhaYzBqv8EB7qDfU1pS2F2Qpw7Wrq35bgwzMxPqXx5Wt9xpLFVMdPZXFkyGpd1n6l

  • Le supérieur d’une abbaye disparaît en pleine nuit : le moine victime d’un mystérieux enlèvement sur fond de règlements de comptes
    https://www.midilibre.fr/2026/07/22/le-superieur-dune-abbaye-disparait-en-pleine-nuit-le-moine-victime-dun-mys

    Le mystère entoure toujours la disparition du père Placide, supérieur de l’abbaye Notre-Dame de Bellaigue. Comme le révèle le quotidien La Montagne relayé nos confrères de La Dépêche et du Figaro, le religieux s’est volatilisé dans la nuit du 23 au 24 juin. Au petit matin, les autres moines constatent son absence lors des matines. Sa cellule est vide, soigneusement rangée, et un courriel envoyé durant la nuit annonce sa démission. Si ce message laisse d’abord penser à un départ volontaire, plusieurs membres de la communauté alertent rapidement les gendarmes, persuadés que leur supérieur n’est pas parti de son plein gré.

    […]

    Selon nos confrères, des tensions opposeraient plusieurs moines autour de la gouvernance de l’abbaye. Le soir même de la disparition, onze religieux auraient proposé une nouvelle organisation visant à prendre le contrôle de la communauté. Cette piste est désormais étudiée par les enquêteurs. Aucune garde à vue n’a toutefois été prononcée à ce stade. Le procureur de Clermont-Ferrand, Éric Serfass, a confirmé l’ouverture de l’enquête sans commenter davantage les investigations en cours.

  • Féminicide d’Hélène Rytmann-Legotien : comment Louis Althusser a tué sa femme et “inventé” le masculinisme | Francesca Barca
    https://voxeurop.eu/fr/feminicide-helene-rytmann-legotien-louis-althusser-masculinisme

    Cette histoire, à la fois banale et terrible, ressemble à celle de tant de femmes assassinées par leur partenaire : elle, la sociologue Hélène Rytmann-Legotien, voulait quitter son mari ; lui était violent et abusif. Il l’a tuée. Le meurtrier est Louis Althusser, philosophe marxiste célèbre et respecté du siècle dernier, qui a utilisé le mot “masculinisme” plusieurs décennies avant qu’il ne soit identifié comme un mouvement dangereux. Source : Vox Europ

  • Dépendances numériques : le rapport parlementaire prône « une Franc ...
    https://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/dependances-numeriques-le-rapport-parlementaire-prone-une-france-du-libre-et-d

    La commission d’enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l’indépendance de la France a publié cette semaine son rapport. Cette commission, présidée par Philippe Latombe (Les Démocrates) et dont la rapporteure est Cyrielle Chatelain (Les Ecologistes), relève entre autres (p. 375-376 du rapport) les vulnérabilités économiques des administrations et des entreprises et l’écrasement de la concurrence : « Sur le périmètre des cinquante fournisseurs de logiciels aux administrations les plus importants, les acteurs états-uniens représentent ainsi près 80% des achats. Les dépenses publiques annuelles pour des solutions extra-européennes s’élèvent à 1,5 milliard d’euros, dont 1 milliard de coût de licences qui pourraient être économisés grâce à l’utilisation de solutions open source. » Le rapport pointe notamment la dépendance généralisée à Microsoft (en particulier à Windows) ainsi qu’aux produits Oracle, IBM et VMWare.

  • Le régime marocain a bien utilisé le logiciel-espion Pegasus, notamment contre des ministres français
    Par Elodie Guéguen,Maxime Tellier,Cellule investigation de Radio France,Forbidden Stories • Publié le jeudi 16 juillet 2026 à 06:30
    France Inter
    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/le-regime-marocain-a-bien-utilise-le-logiciel-espion-pegasus-notamment-c
    https://www.radiofrance.fr/pikapi/images/a6f93c5e-ab71-48ef-b6df-1363abd962b2/1200x680

    Cinq ans après le “projet Pegasus”, alors que le Premier ministre et une partie du gouvernement sont en déplacement au Maroc, nous publions une nouvelle enquête coordonnée par Forbidden Stories, montrant que le royaume chérifien a espionné des citoyens et dirigeants français.

    Ce 23 juillet 2021, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu doit se séparer, le temps de quelques heures, de son téléphone professionnel. L’appareil, un iPhone XS, est transporté dans les locaux parisiens de l’ANSSI, l’agence nationale de cybersécurité. Des techniciens veulent l’examiner pour déterminer s’il a été infecté, ou non, par un logiciel espion de conception israélienne, Pegasus. L’opération, délicate, est supervisée par des hommes de la DGSI, le renseignement intérieur français. Verdict : le smartphone comporte bien “des indices de compromission qui témoignent a minima d’un potentiel ciblage” de Sébastien Lecornu, écrit la DGSI dans son rapport. (...)

  • Rachat de SFR par Bouygues, Free et Orange : l’Autorité de la concurrence française se prononcera, à la satisfaction des opérateurs
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/07/15/rachat-de-sfr-par-bouygues-free-et-orange-l-autorite-de-la-concurrence-franc

    Cette décision était très attendue par les opérateurs télécoms. Mercredi 15 juillet, l’Autorité de la concurrence a indiqué, dans un communiqué, qu’elle étudierait le rachat de SFR par ses rivaux Bouygues Telecom, Free et Orange. Jusqu’alors, on ignorait qui, de l’institution présidée par Benoît Cœuré ou de la Commission européenne, devrait se prononcer sur cette opération à 20,35 milliards d’euros, qui vise à partager le groupe de Patrick Drahi entre ses concurrents. Or, plusieurs acheteurs ne cachaient pas leur préférence pour Paris, jugé plus accommodant que Bruxelles.

    Comme tu le sais, SFR va disparaître, ses services et clients vont être récupérés par les 3 autres opérateurs, et donc, on va te dire que ça va profiter à tout le monde.

    J’en profite donc pour te partager un périphérique électronique qui traîne dans nos placards. Avec la disparition de la marque, peut-être que cet appareil victime à la fois d’obsolescence programmé et de fin de vie du fournisseur pourra trouver une nouvelle vie dans un musée ? ;-)

  • Les conclusions de 6 mois d’enquête sur nos vulnérabilités numériques
    https://www.cyriellechatelain.fr/vous-defendre/numerique

    Après des mois d’enquête, nous y sommes. C’est le jour de la publication du rapport de la commission d’enquête sur nos vulnérabilités et dépendances numériques.

    Sous Donald Trump le numérique est devenu une arme. Depuis plusieurs décennies les multinationales du numérique ont constitué des empires technologiques, dont l’emprise nocive s’est déployée sur la France et l’Europe. Google, Apple, Amazon, Meta, Microsoft et leurs acolytes détiennent et maîtrisent une très grande partie des infrastructures et des services numériques dont dépend notre quotidien. Nous sommes donc vulnérables : pertes économiques, surveillance de masse et risque d’ingérence. Il est urgent d’agir !

    Cela commence par mesurer et cartographier nos dépendances afin d’élaborer des propositions d’actions concrètes. C’est le travail que j’ai mené lors de la commission d’enquête parlementaire. Le constat est limpide : les alternatives efficaces, libres et souveraines existent. Il nous faut maintenant le courage de construire un modèle modèle français et européen ouvert, décentralisé et indépendant grâce aux communs numériques.

    Cyrielle Chatelain

  • Le panoptique du soin : la bienveillance de la surveillance
    https://danslesalgorithmes.net/stream/le-panoptique-du-soin-la-bienveillance-de-la-surveillance

    La capteur de chute est en passe d’être remplacé par un micro sous IA pour surveiller les petits vieux dépendants, raconte Steven Blum pour Wired. Qui a équipé son vieux père d’un dispositif de ce type, Sensi.ai qui informe les aidants du moindre problème. Le fils a fini par regarder les transcriptions des enregistrements effectués. […]

  • La justice s’obstine à enquêter sur Disclose et relance la traque de nos sources
    https://disclose.ngo/fr/article/la-justice-sobstine-a-enqueter-sur-disclose-et-relance-la-traque-de-nos-so

    L’instruction judiciaire, qui vise à identifier les sources de nos révélations sur des ventes d’armes et la complicité de la France avec la dictature égyptienne, doit reprendre ont ordonné des magistrats saisis par le procureur général de Paris. Disclose appelle à la mobilisation pour défendre le droit à l’information des citoyen·nes.

  • Et si l’éco-anxiété laissait place à l’éco-colère ? « C’est meilleur pour la santé et pour le climat », expliquent des chercheurs
    https://france3-regions.franceinfo.fr/bourgogne-franche-comte/doubs/besancon/et-si-l-eco-anxiete-laissait-place-a-l-eco-colere-c-est-m

    La canicule record qui a étouffé la France pendant plus de 10 jours a fait flamber les angoisses climatiques de beaucoup. Mais si l’éco-anxiété était une cage émotionnelle, forgée par une société qui ne veut pas changer ? Des études scientifiques récentes indiquent que ressentir de la colère serait meilleur pour la santé… et pour l’environnement.

  • Maurice Rajsfus, pour mémoire – Les Ami.e.s de Maurice Rajsfus
    https://www.mauricerajsfus.org/2025/05/06/maurice-rajsfus-pour-memoire

    Militant antifasciste, rescapé de la rafle du Vel’ d’Hiv à 14 ans, historien de la répression, Maurice Rajsfus (1928-2020) a traversé le siècle dernier les yeux grands ouverts. Tout au long de sa vie, il a collecté et conservé les traces de la violence d’État, partout où il l’a croisée. Aujourd’hui, ses archives personnelles sont stockées à la bibliothèque-musée La Contemporaine (Nanterre). Elles s’y étalent en mètres. Pour Index, Clara Menais est allée s’y plonger.

  • Zeitschichten- Magnetbandtechnik als Kulturträger Erfinder-Biographien und Erfindungen
    https://jottacloud.com/s/383f08544b68b18432a859b7a13f1e77be3/thumbs

    L’histoire de l’enrégistrement de sons sur bande magnétique

    Zusammenfassung:

    Die magnetische Aufzeichnung von Audio- und Videosignalen auf Magnetband ist heu-
    te deutlich über hundert Jahre alt; mittlerweile (2020) ist freilich von einer abgeschlossenen Technik-Epoche zu
    sprechen. Die Entwicklung der Magnetspeichertechnik hat allerdings nie ein vergleichbares Interesse gefunden
    wie etwa die Geschichte der Schallplatte, der Fotografie oder des Films. Es wird daher gezeigt, dass auch dieser
    Sektor der Technikhistorie von markanten Persönlichkeiten und mitreißenden Erfindungen wie Entwicklungen
    geprägt ist: von den Vorschlägen Oberlin Smith’s 1878 bis zum ersten praxistauglichen Videorecorder 1956. Die
    Zusammenarbeit der Allgemeinen Elektricitäts Gesellschaft (AEG, Berlin) mit der I.G. Farbenindustrie Aktien-
    gesellschaft, Werk Ludwigshafen (später der Badischen Anilin- & Soda-Fabrik beziehungsweise der heutigen
    BASF SE) wird anhand von Dokumenten und Zeitzeugnissen beschrieben und gewürdigt. Zur Zeitmarke Jahr-
    tausendwende übernahm digitale Datenverarbeitung die analogen Aufgaben der Magnetbandtechnik.

    Wege und Ziele

    Als sich um 1970 abzeichnete, dass von der analogen Magnetband-Aufzeichnungstechnik nur noch marginale
    Qualitätssteigerungen zu erwarten waren, konnte niemand absehen, wie radikal der nächste Schritt, die Digita-
    lisierung, nicht nur Bild- und Tonaufzeichnung, sondern nahezu alle Technikbereiche verändern würde. Mit
    der CD, zuerst eher als moderne beziehungsweise digitale Variante der Schallplatte verstanden, begann eine
    stürmische Renaissance plattenförmiger Informationsträger, teils als optische Speichermedien (CD, DVD), teils
    als magnetische Festplatte. Bei Redaktionsschluss dieser Ausgabe (2020) sind selbst Festplatten nach Zahl von
    Solid-State-Disks und fingernagelgroßen Speicherkarten, kurz SSD, weit überholt, weil in Milliarden von „Smartphones“ und Kameras eingesetzt, im Terabyte-Bereich fast Alltagsware in PCs.
    Ein erstes „Opfer“ dieses Umschwungs, der gegen 1990 einsetzte, war das Magnetband im Konsumenten- wie
    im professionellen Bereich. Heimtonband ist seit drei Jahrzehnten passé, Compact-Cassetten sind vom Markt ver-
    schwunden, Videokassetten praktisch vergessen, nur im Datenbereich kann sich das einst universell eingesetzte
    Speichermedium Magnetband (derzeit) noch halten. Rundfunk- wie Fernseh-Anstalten senden überwiegend
    „vom Computer“. Studio-Musikproduktionen werden auf Festplatten gespeichert und bearbeitet, das tapfere
    Häuflein aufrechter Analog-Bandbenutzer dürfte im gleichen Takt geschrumpft sein wie renommierte Magnetbandhersteller, die, mit einer Ausnahme, nach und nach vom Markt verschwunden sind. Vergleichbares geschah im Fotobereich: fotochemische Erzeugnisse und Prozesse leisteten allenfalls Rückzugsgefechte gegenüber der
    digitalen Kinemato- wie Fotografie, liefert sie doch praktisch sofort Ergebnisse, die nicht zuletzt nahtlos zur mittlerweile durchgängig digitalisierten Druck(er)- und Projektionstechnik passen. Professionelle Video- und Filmtechnik ist ohne digitale Speichersysteme nicht mehr vorstellbar.
    Seit den 1980er Jahren zeichnete es sich ab: überwiegend aus chemischen Produktionslinien stammende Informationsträger haben die mehr als ein Jahrhundert dauernde Symbiose mit feinmechanischen Transport- und
    Laufwerken zugunsten von Festplatten und SSDs beendet. Bewegliche Teile fehlen; Musik oder Daten werden
    rein elektronisch „ausgelesen“. Weitere dramatische Kapazitäts-Erweiterungen dieser Konsumware zeichnen
    sich ebenso ab wie ihr absoluter und relativer Preisrückgang. Und inzwischen hat das Internet, in weniger als
    einem Jahrzehnt zur schier universellen Informationsquelle herangewachsen, den Ton- und Bildträgermarkt heu-
    tiger Gestalt gehörig umgekrempelt, wenn nicht sogar massiv bedroht.
    Könnte man also das „altmodische“ Tonband-Verfahren allmählich vergessen, bestenfalls amüsiert an seine
    Schwächen und Fehler erinnern? Es sind heute überwiegend nur Ruhestands-Jahrgänge, die sich daran erinnern:
    war es nicht beinahe hypnotisierend, auf die großen, gleichförmig rotierenden Spulen zu blicken, wenn eine Musiksendung im Rundfunk lief; gab es nicht manche begeisterte Runde – wie lange ist das nur wieder her –, die Stunde um Stunde an einem Hörspiel bastelte, bei dem Ausführende und Hörerkreis oft identisch waren? Was ist aus der unglaublichen Tonband-Menge, den Milliarden Videokassetten, geworden, die „Endverbraucher“ in fünf Jahrzehnten gekauft und mittlerweile nahezu vollständig „entsorgt“ haben?
    Wichtiger als die heutigen minimalen privaten Magnetbandbestände sind die der institutionellen Sammlungen. In Archiven oder Depots der (über Jahrzehnte dominierenden) Schallplattengesellschaften, Rundfunk- und
    Fernsehanstalten, in nationalen und internationalen Bibliotheken und Phonogrammarchiven liegen Magnetbän-
    der zu Hunderttausenden, beträchtliche Teile des kulturellen Erbes der letzten fünfzig, siebzig Jahre sind darauf
    gespeichert. Sie sind teilweise von Alterung und Verfall, mehr noch von der Überalterung und dem Verschwinden der Abspielgeräte bedroht; Fachleute zu ihrer Wartung und Reparatur stehen in hohem Alter. Servicehandbücher und Fachliteratur werden zwar irgendwie aufzutreiben sein (das Internet ist da zuweilen eine wahre
    Fundgrube), aber wenn das letzte komplizierte Ersatzteil, der letzte kundenspezifische integrierte Schaltkreis ausgefallen sind, müssten erst neue Auslese-Verfahren entwickelt werden. Das dürfte zwar technisch-wissenschaft-
    lich möglich, aber kaum finanzierbar sein – und möglicherweise daran scheitern. Natürlich ist der Inhalt, das
    auf diesen Bändern Gespeicherte, wichtiger als der Träger selber, und so liefen seit Jahren Transfer-Programme,
    um diese Inhalte in digitale Form zu überführen und damit die Voraussetzungen für die automatisierte „Migration“, die Weitergabe auf das jeweils aktuelle digitale Trägerformat, zu schaffen. Wann und wie diese Arbeit wie diese Arbeit abgeschlossen sein wird, ist derzeit noch nicht abzusehen.

    #audio #technologie #bandes_magnétiques #enrégistrement_sonore #histoire #auf_deutsch

  • [Info « Splann ! »] Nouvelle #pollution de la mine #Imerys à #Glomel : 15 millions de litres d’effluents acides dans le ruisseau
    https://splann.org/pollution-imerys-glomel-acides-ruisseau

    Un nouvel incident environnemental fragilise un peu plus Imerys auprès des élus du centre Bretagne. Déjà alertés par nos révélations sur un déversements de 3.000 litres de #Produits_chimiques, ils ont appris, le 23 juin, que 15 millions de litres d’effluents acides pollués par des métaux lourds avaient été déversés en amont de la #réserve_naturelle de Glomel. L’article [Info « Splann ! »] Nouvelle pollution de la mine Imerys à Glomel : 15 millions de litres d’effluents acides dans le ruisseau est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #Pollutions #acide_sulfurique #allier #Andalousite #arsenic #Association_de_mise_en_valeur #cadmium #centre-bretagne #Côtes_d'Armor #Douar_Bev #dreal #eau_et_rivières_de_bretagne #emmanuel_macron #Gilles_Benveniste #le_faouët #lithium #loïg_chesnais-girard #magoar_penvern #mellionnec #mines #murielle_lepvraud #Refracterre #Sandra_Le_Nouvel #toxicité

  • #Colonialité toxique : dans les paysages radioactifs du #Sahara

    De 1960 à 1966, avant et après l’indépendance de l’#Algérie, l’État français a expérimenté au Sahara dit algérien dix-sept bombes atomiques et autres essais chimiques. Ce sujet a longtemps été #tabou en France, dans la presse, dans les discours politiques aussi bien que dans le cadre académique où enquêtes, témoignages, littérature et recherches sur ce thème ont été invisibilisés. Seul le réseau associatif et militant a soutenu les travaux abordant ce domaine – comme par exemple le livre de Raphaël Granvaud, Areva en Afrique, Une face cachée du nucléaire français3. Brisant frontalement la confidentialité de ces faits – presque trois décennies après l’ouvrage de Gabriele Hecht sur l’histoire nucléaire de la France, Le rayonnement de la France4, plusieurs publications récentes issues du monde anglo-saxon abordent la violence coloniale française illustrée dans ses modalités extrêmes par les expérimentations atomiques.

    C’est le cas du nouveau livre de Samia Henni, Toxicité coloniale. Documenter le paysage radioactif dans le Sahara. Paru d’abord en anglais5, il est associé à une exposition6 qui réverbère d’une autre manière les éléments de preuve de l’usage violent d’un territoire colonisé. L’autrice, architecte, historienne et théoricienne de l’architecture, enseigne actuellement à l’Université McGill de Montréal. Elle donne à penser la colonisation et ses effets dévastateurs sur le très long terme. Son point de départ est l’espace et sa gestion en période de guerre, sa réorganisation ou ce que le langage colonial a souvent appelé sa « mise en valeur ». Sensible aux narrations « cosmétiques » qui masquent les réalités de la domination coloniale, Samia Henni évoque en ce sens les euphémismes utilisés pour dire les faits qui ne sont pas seulement des « essais » nucléaires ou de la « radioactivité », mais bien des bombes atomiques à part entière et une toxicité sans limite produite par la colonisation.

    « Saharanisme »

    Faisant écho à cette question, Brahim El Guabli, professeur de pensée et littérature comparées à l’Université Johns Hopkins (USA), explore dans son dernier ouvrage, Desert Imaginations, la représentation des « déserts » à travers une variété de sources littéraires et historiques plurilingues (amazigh, arabe, français, anglais)7. Il montre que dans les productions culturelles majoritaires, les déserts apparaissent comme terra nullius, inhabitée, improductive, inutile et menaçante. La fiction mondialisée d’un désert vide et sans vie a permis de légitimer des projets d’exploitation brutaux et destructifs8. Brahim El Guabli propose d’appeler « saharanisme » ou encore « désertisme » cet imaginaire dominant dont il retrace les origines lointaines et la construction, en particulier dans les écrits politiques et littéraires français du XIXe siècle à aujourd’hui. Il fait de ces notions un outil conceptuel permettant d’approcher à plusieurs niveaux les usages et mésusages du désert, quelles que soient les parties du monde concernées. L’auteur distingue divers secteurs – spirituel, extractif, instrumental, sexuel – où s’exerce le saharanisme. En contrepoint de cette idéologie inhérente aux intérêts coloniaux, Brahim El Guabli montre le rapport intime que des écrivains et artistes autochtones manifestent dans leurs œuvres envers leur environnement, tangible et intangible, humain et non humain, une posture écologique sensible qu’il appelle ecocare ou encore éthique autochtone de la conscience environnementale. Cette attitude m’évoque une maxime touarègue Amaḍal amadal, « la terre est ce qui protège », mise en relation au Sahara avec la nécessité d’être nomade pour ne pas « peser sur le dos de la terre ». Comment une terre confisquée pour être mutilée, blessée, amputée, pourrait-elle continuer à protéger ses enfants ? Telle est la question que se posaient les Touaregs après les interventions violentes menées sur leur sol telles que les explosions atomiques, le creusement des puits de pétrole et des mines d’uranium, ou le réaménagement étrange de l’Afrique saharo-sahélienne en petits territoires enclos sur eux-mêmes, bardés de fils de fer barbelés9.
    La notion de saharanisme parait très utile pour approcher au présent divers types de faits, des plus anodins aux plus dommageables, tous fondés sur une hiérarchisation implicite des savoirs. Par exemple, l’obsession – a priori bienveillante – des organismes de développement ou d’aide qui interviennent en pays nomade pour creuser des puits, comme si le problème en zone aride était l’eau et non la gestion de l’eau. Pourtant, le piétinement animal intense autour des points d’eau, comme le disent bien les intéressés, détruit tous les pâturages alentour. Avec la multiplication des puits, aucune des stratégies nomades pour régénérer la flore ou conserver les plantes fourragères résistant au vent et permettant d’étager la consommation des pâturages ne peut plus s’exercer. Mais rien n’arrête ces politiques sédentaires du territoire couplées à la restriction de la mobilité qui ont finalement conduit à l’incapacité croissante de faire face aux sécheresses – pire, elles les ont aggravées.

    Au sujet des essais nucléaires français au Sahara, les approches des deux ouvrages cités se croisent et se complètent. Comment sortir du secret ? Comment rendre compte de la nuisance impalpable et occultée de ces explosions ? Comment documenter ce programme secret et ses lourdes conséquences, alors que la majorité des archives les concernant sont jusqu’à présent classées « secret-défense » ? Comment rendre audibles les voix des habitants sur la violence mortifère infligée à leurs vies et à leur terre par les gouvernements français et algérien qui ne les ont ni consultés ni avertis ?

    Trouver des voies et des voix pour répondre à ces interrogations fait partie des objectifs clairement énoncés par Samia Henni. Contestant « l’obsession coloniale et néolibérale de la “nouveauté”, la volonté d’être “le premier” à dire ou faire quelque-chose » (p. 37), l’autrice met à la disposition de ses lecteurs et lectrices les informations et les sources dont elle dispose, c’est-à-dire une centaine de documents d’archives (photos, textes) et la reproduction des témoignages de victimes (travailleurs et population d’Algérie, vétérans français) pour servir de socle à de futures recherches.

    Ce livre généreux et militant est fondé sur le partage des documents assemblés en étroite collaboration avec l’Observatoire des armements à Lyon. Il est destiné à « donner corps au silence des archives institutionnelles » et appelle à continuer le travail de mémoire et d’investigation permettant une autre narration des faits et un examen des responsabilités pour, à terme, exiger la décontamination des sites, l’ouverture totale des archives et la perspective de réparations.

    Car ces déflagrations nucléaires, décidées depuis Paris et prolongées en 1962 par les Accords d’Evian avec le gouvernement provisoire d’Algérie, ont eu de multiples répercussions sur les corps, sur l’environnement, sur le bâti, sur les paysages, sur les sols. Le matériel contaminé a été enseveli dans l’urgence au départ du personnel français en 1967, puis déterré par les puissants vents sahariens.

    Temps et espace du désastre atomique

    À partir de documents visuels et d’archives arrachées au secret, Samia Henni retrace les caractéristiques techniques et humaines des deux sites où les explosions ont été menées : d’un côté, Reggane, où furent lancées quatre bombes atmosphériques et de l’autre, In Ekker, émetteur de treize bombes souterraines, certaines échappant au confinement, et cinq expériences supplémentaires de dispersion atmosphérique de plutonium. Elle propose ensuite un corpus visuel composé d’extraits de documentaires et de reportages télévisés, et la reproduction de témoignages des victimes françaises.

    Dans le procédé éditorial choisi, les images impactent efficacement le regard en anticipant le texte. Ainsi, au début de l’introduction, onze photos aux tons jaune-sépia nous plongent dans la matérialité du secret, avec en première page un panneau d’interdiction de prise de vue et de menaces de sanctions contre tout contrevenant, planté sur l’un des sites d’expérimentation. Les images suivantes élargissent la focale, de la localisation des sites à l’emplacement des zones de tirs, du croquis topographique des infrastructures à une manifestation à Accra au Ghana contre ces expériences. Jusqu’à la photo de la « gerboisite », un terme qui conceptualise la matière radioactive anthropogénique produite par les explosions atmosphériques baptisées Gerboises par le pouvoir colonial. Enfin, une image satellite captant les mouvements intercontinentaux de la poussière radioactive du Sahara met immédiatement en évidence la nécessité d’un changement d’échelle pour l’analyse de ces faits.

    L’ouvrage restitue la situation géographique précise des deux sites d’expérimentation : Reggane dans la plaine de la Tanezrouft et In Ekker sur le mont Taourirt tan Afalla (littéralement en langue locale « Colline du haut » ou du « nord ») et aussi Taourirt tan Ataram (« Colline de l’ouest ») dans le massif de l’Ahaggar (nom utilisé dans l’ouvrage sous sa forme arabisée, Hoggar). Remarquons que les toponymes mentionnés sont tous amazighs. Ce qui donne une résonance particulière au choix de ces lieux situés à plus de 1000 km d’Alger et révèle une autre invisibilité qui n’est pas manifeste dans l’ouvrage, celle des habitants ancestraux de ces terres, les Imuhagh10, appelés « Touaregs » par les étrangers. L’invention de l’Algérie comme État colonial puis postcolonial les fera dénommer ensuite « Algériens » (comme dans la légende du 3e cahier photo où ils sont appelés « habitants algériens ») ou encore, selon les recensements sur leurs terres d’ancrage à la saison sèche, les assignera à d’autres identités nationales et territoriales : « Libyens », « Maliens », « Nigériens », « Burkinabè ». Les pouvoirs coloniaux ont en effet redessiné la carte de l’Afrique selon leurs intérêts, divisant le pays touareg par cinq frontières et transformant en peuple sans terre les nomades dont les parcours réguliers ont rendu le désert nourricier en préservant ses ressources végétales et hydriques.

    Samia Henni situe son propos dans le cadre national de l’Algérie. Elle montre cependant que le temps et l’espace de la toxicité nucléaire ne sont pas à l’échelle de la géopolitique humaine. Des témoins évoquent la violence monstrueuse des explosions ressentie non seulement à proximité, à Tamanrasset, mais aussi à 600 km à l’est à Djanet et à plus de 1 000 kilomètres au sud-ouest à Gao (p. 42), ou encore au sud-est dans l’Aïr11, englobant l’espace de référence de la mobilité nomade des Touaregs. Et bien au-delà encore.

    La toxicité invisible, impérissable, inquantifiable, irréversible, circule et s’infiltre partout où la diffusent les vents du globe. Elle contamine non seulement les lieux décrétés vides et sans importance par les autorités coloniales puis postcoloniales – notamment les territoires nomades –, mais également les pays et les continents des décideurs de la mise à feu des bombes atomiques. Elle s’étend à la terre entière et restitue, au-delà de l’approche spatialement fragmentée des événements, la perception géographique nomade qui au Sahara relie directement l’Ahaggar (actuelle Algérie), l’Ajjer (entre l’Algérie et la Libye), l’Aïr (actuel Niger), la Tademekkat (entre le Mali et le Burkina Faso) et la Tagaraygarayt (actuel Niger).

    Je rajouterai une information donnée par les Touaregs qui circulent entre l’Ahaggar et l’Aïr. Selon eux, l’abandon en 1967 des sites nucléaires français du côté algérien aurait été suivi par le transfert entre l’Ahaggar et l’Aïr d’une partie des anciens engins de chantier ainsi que du personnel pour mener des opérations de prospection à Madawela dans la vallée de Tin Marsoy. Cette partie du territoire touareg se trouvait rattachée depuis 1960 à l’État du Niger. Les nomades se souviennent des déplacements incessants et extrêmement dérangeants de camions énormes équipés de sondes qui sillonnaient les terres pastorales et creusaient le sol, faisant parfois jaillir de l’eau sans reboucher leurs forages en quittant les lieux.

    Ces travaux de prospection terrestres mais aussi aériens ont abouti à la mise en œuvre de l’exploitation d’un immense gisement d’uranium à Arlit, à environ 15 kilomètres de Madawela, ce dernier site étant laissé inactif, mais gardé par l’armée nigérienne. Comme ce fut le cas du côté algérien dans les années 1950 en pleine période coloniale, deux décennies plus tard, dans un État indépendant, les autorités françaises s’accaparèrent brutalement des terres touarègues de l’Aïr pour créer les infrastructures géantes d’une première mine à ciel ouvert (Arlit), puis d’une mine souterraine (Akokan), et d’une ville qui compte à présent plus de 100 000 habitants, détruisant toutes les ressources pastorales locales et interdisant aux nomades de poursuivre leur vie sur leurs propres terres. C’est à cette période que les contrôles et les détentions arbitraires de civils touaregs s’intensifièrent au nord du Niger, au point de transformer le seul fait d’être enturbanné en délit menant automatiquement à l’arrestation et à la confiscation des marchandises pour les caravaniers.

    Des vies qui ne comptent pas ?

    Comme l’écrit Samia Henni, après les explosions nucléaires des années 1960, les nomades, les oasiens et les citadins de la région de Reggane et de la vallée du Touat ont été directement affectés. Entre 1960 et 2008, la démographie chuta de moitié, passant de 40 000 à quelque 20 000 habitants (p. 93). La description détaillée des chantiers menés pour les opérations nucléaires et l’accueil du personnel à Reggane, Hamoudia et au point zéro des expérimentations – 82 000 m2 de bâtiments, 7000 m2 d’ouvrages souterrains, 100 km de routes, 3 centrales électriques, etc. (p. 96) – donne une idée du gigantisme de ces infrastructures (laboratoires, appareils de mesures, base avancée, ville nouvelle), au prix d’un labeur humain démesuré, diurne autant que nocturne. La recension des constructions techniques du second site dégage la même impression de démesure et de captation sans merci des terres (170 570 hectares) et des ressources locales. Non seulement l’eau et l’air de l’oued Amguel, mais la main d’œuvre autochtone, à laquelle s’ajoutaient sur le site la main d’œuvre importée d’autres régions de l’Ouest africain, ainsi que les militaires, appelés, techniciens et ingénieurs français, soit environ 9000 personnes sur le site au moment des explosions.

    Dans les années 1960, les procédés de décontamination des corps humains et des engins au jet d’eau (p. 114) paraissent dérisoires, irresponsables et même cyniques dans la mesure où l’eau n’a vraisemblablement pas échappé à la pollution. Pas plus les multiples échecs du confinement des bombes dans les galeries souterraines que l’indépendance de l’Algérie en 1962 n’ont empêché la continuation des essais par la France qui a également poursuivi de 1964 à 1966 ses expériences de dispersion du plutonium (nom de code Pollen) en bafouant le Traité d’interdiction des essais nucléaires atmosphériques signé en 1963. Pire, les expériences biologiques conduites lors de la bombe Gerboise blanche auraient concerné non seulement des animaux (dont des cages et cadavres ont été retrouvés abandonnés sur le site), mais aussi des corps humains, morts ou vivants, ou des « cobayes humains » comme le formule Bruno Barillot dans son ouvrage, Essais nucléaires français : l’héritage empoisonné12, cité par Samia Henni (pp. 107-108).

    Un travailleur local, interrogé trois décennies plus tard, rapporte qu’après les déflagrations, « la plupart des gens qui sont tombés malades sont ceux des campements qui habitent la montagne » (p. 156), autrement dit les habitants invisibilisés d’un désert décrété « vide » par les autorités françaises et algériennes. Le photographe et sociologue Bruno Hadjih a documenté le ravage sanitaire et létal (17 décès survenus immédiatement) des habitants du village de Mertoutek et la destruction durable de leur environnement après la bombe non maîtrisée de Béryl en 1962.

    Le gouvernement français est resté inactif sans mener d’étude de suivi après l’explosion, pas plus qu’il n’a proposé de réparation. Par ailleurs, il n’a fourni aucun descriptif technique des décharges toxiques qu’il a laissées au Sahara et qui continuent d’affecter la santé des êtres vivants. Comme si finalement, tout cela n’avait jamais existé et n’avait eu aucune conséquence pour personne. Jusqu’à quand ?

    ’avance à travers les entrailles de la fournaise
    Je les entends
    sécheresse de leur cœur
    Et ils me roulent dans le nuage
    champignon nuée
    brouhaha atomique
    Et ils aboient
    Toi, tu n’existes pas,
    tu n’as jamais existé

    Hawad, Irradiés13

    L’investigation sans fin

    Au final, on comprend à quel point le projet nécessaire de « documenter le paysage radioactif dans le Sahara » comme le propose Samia Henni est un programme collaboratif à long terme. La constitution de « contre-archives » dans ce domaine est une tâche ardue et ouverte qui appelle à d’autres enquêtes pour sortir le désert de l’oubli. Par exemple, comment faire résonner la mémoire et le présent de ceux qui sont effacés de la carte ? Quelles constellations d’expériences et de géographies peuvent être retracées en dehors des cadres restrictifs de la cartographie coloniale ? Comment mettre en dialogue les expériences vécues par les habitants des différents territoires sacrifiés lors des mises à feu nucléaires réalisées par la France, mais aussi par les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et la Chine entre 1945 et 1980 ? Quels sont les formes de survie et de résistance qui ont émergé face à la catastrophe ? Comment faire entendre la voix des écrivains et des artistes qui mobilisent un imaginaire créatif capable de submerger le saharanisme, alors même qu’eux et leurs peuples subissent jusqu’à aujourd’hui la confiscation, la dévastation et la pollution nucléaire ou minière de leurs terres ? Le « Saharanisme expérimental » va en effet de pair avec le « Saharanisme extractif » pour reprendre les concepts de Brahim El Guabli. Quelles relations établir entre d’un côté la manne minérale concentrée au Sahara central sur les territoires nomades (pétrole et gaz en Algérie et Libye, uranium, charbon, or au Niger, or au Mali) et, de l’autre côté, la répression brutale qui touche leurs habitants, privés de leurs droits fonciers, jusqu’à nier et éradiquer leur nom, leur langue, leur mode de vie, leur société et leur histoire ? Le travail d’investigation à venir est immense, il réservera probablement des surprises, autant que l’étude des conséquences, impensées et impensables, de la radioactivité.

    https://www.terrestres.org/2026/06/08/colonialite-toxique-dans-les-paysages-radioactifs-du-sahara
    #radioactivité #colonialisme #pollution #violence_coloniale #territoire_colonialisé #colonisation #euphémismes #radioactivité #vocabulaire #mots #bombes_atomiques #désert #géographie_du_vide #vide #terra_nullius #saharanisme #désertisme #imaginaire #ecocare #conscience_environnementale #Touaregs #nomadisme #aide_au_développement #puits #développement #secret-défense #Accords_d’Evian #paysage #environnement #Reggane #In_Ekker #plutonium #images #secret #gerboisite #Gerboises #France_coloniale #mont_Taourirt_tan_Afalla #Taourirt_tan_Ataram #toponymie #invisibilisation #Imuhagh #violence #Tamanrasset #Ahaggar #Aïr #Madawela #Niger #vallée_de_Tin_Marsoy #Arlit #uranium #mines #Akokan #Arlit #pâturages #vallée_du_Touat #eau #sols #air #décontamination #montagne #destruction #Mertoutek #Béryl #réparation #santé #paysage_radioactif #mémoire #contre-archive #contre-récit #expérience_vécue #territoires_sacrifiés #Saharanisme_expérimental #Saharanisme_extractif #extractivisme

    ping @reka

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    A mettre en lien avec le #film_documentaire #At(h)ome (#athome) :
    https://seenthis.net/messages/819398

    • #Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français

      L’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire est un mythe : l’uranium qui alimente le nucléaire civil et militaire provient pour une large part du sous-sol africain. Raphaël Granvaud détaille les conditions dans lesquelles la France et Areva se le procurent au meilleur coût, au prix d’ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales.
      Comme au Niger, fournisseur historique, pourtant en dernière position du classement des pays selon leur indice de développement humain. Dans un contexte international d’intensification de la concurrence sur le continent africain, mondialisation capitaliste oblige, Areva a toujours pu compter sur l’aide active des représentants officiels de l’État français et des réseaux les moins ragoûtants de la Françafrique pour sauvegarder son droit de pillage. L’auteur dévoile enfin les efforts considérables d’Areva pour que les différents éléments de cette réalité et de sa stratégie de dissémination nucléaire ne ternissent pas une image de marque qu’elle voudrait immaculée.

      https://agone.org/livre/arevaenafrique
      #livre

    • TOXICITÉ COLONIALE. DOCUMENTER LE PAYSAGE RADIOACTIF DANS LE SAHARA

      Toxicité coloniale revient sur les programmes nucléaires français menés entre 1960 et 1966 dans le Sahara algérien. Ce programme secret, qui s’est déroulé pendant et après la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), a permis au régime colonial français de mettre à feu quatre bombes atomiques atmosphériques, treize souterraines et de mener d’autres expériences nucléaires dans le désert. Alors que la grande majorité des documents d’archives sont toujours classés secret aujourd’hui, Toxicité coloniale rassemble une variété de sources permettant de documenter l’histoire violente des activités de la France en Algérie. Le livre constitue un corpus de choix à l’intersection de la justice spatiale, sociale et environnementale pour ceux et celles qui s’intéressent à l’architecture, au paysage et aux pratiques d’archivage dans une démarche décoloniale.
      Alors que ces bombes ont eu des conséquences durables pour les populations et les environnements locaux ainsi que pour les vétérans français, le manque de contrôle des explosions, les lacunes de sécurité et l’utilisation des Algériens comme main- d’œuvre sur des chantiers particulièrement dangereux apparaissent comme des faits coloniaux d’une importance majeure.

      https://editions-b42.com/produit/toxicite-coloniale

    • Deserts Are Not Empty

      Colonial and imperial powers have often portrayed arid lands as “empty” spaces ready to be occupied, exploited, extracted, and polluted. Despite the undeniable presence of human and nonhuman lives and forces in desert territories, the “regime of emptiness” has thus inhabited, and is still inhabiting, many imaginaries. Deserts Are Not Empty challenges this colonial tendency, questions its roots and ramifications, and remaps the representations, theories, histories, and stories of arid lands—which comprise approximately one-third of the Earth’s land surface. The volume brings together poems in original languages, conversations with collectives, and essays by scholars and professionals from the fields of architecture, architectural history and theory, curatorial studies, comparative literature, film studies, landscape architecture, and photography. These different approaches and diverse voices draw on a framework of decoloniality to unsettle and unlearn the desert, opening up possibilities to see, think, imagine it otherwise.

      https://www.arch.columbia.edu/books/catalog/998-deserts-are-not-empty

  • Immigration : pourquoi le débat est‑il si peu objectif ?

    Alors que les institutions et les chercheurs multiplient la publication de #données pour rétablir la vérité factuelle, pourquoi, en matière d’#immigration, le débat démocratique est-il si peu objectif ?

    Dès qu’il s’agit d’immigration, ce sont toujours les mêmes #clichés qui reviennent : les migrants refusent de s’intégrer ; ils volent les emplois des nationaux ; ils islamisent l’Europe et « grand-remplacent » ses habitants ; ils profitent de l’« Europe passoire » pour abuser de la protection sociale ; ils feraient mieux de rester chez eux et de développer leur pays – et ainsi de suite.

    Ces #préjugés sont aussi anciens que l’immigration. Au XIXᵉ siècle, Marx et Engels débattaient déjà des effets préjudiciables de l’immigration irlandaise sur la classe ouvrière anglaise et, malgré une réalité sensiblement plus nuancée, la crainte que le travailleur étranger ne pénalise le « natif » reste ancrée dans le débat public. En France, les #stéréotypes actuels sur les immigrés d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb ressemblent beaucoup à ceux que subissaient les Italiens ou les Polonais il y a un siècle.

    Aujourd’hui comme hier, ces #idées_reçues ont des conséquences bien réelles. Elles renforcent le #rejet des immigrés et empêchent de tirer profit de leur apport économique ou démographique. En biaisant le #débat_démocratique, elles alimentent une demande pour des politiques restrictives, mais inefficaces, car en #décalage avec la réalité qu’elles prétendent gouverner.

    À titre d’exemple, malgré la nouvelle loi française sur l’immigration de janvier 2024 (« loi Darmanin »), malgré le pacte européen sur la migration et l’asile de 2024, malgré plusieurs mesures prises par le gouvernement britannique, et malgré un nouvel accord franco-britannique en été 2025, les traversées de la Manche ont atteint le chiffre de 41 000 en 2025, au plus haut depuis 2022.

    Une multiplication des efforts

    La lutte contre ces préjugés est donc une priorité pour un vaste éventail d’acteurs. Au niveau des pouvoirs publics, c’est le cas de l’Union européenne, qui s’alarme des fake news, des théories conspirationnistes, et de leurs effets sur l’adhésion au projet européen. En France, le ministère de l’Europe et des affaires étrangères s’est employé à combattre les rumeurs concernant, par exemple, son soutien au Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées ou régulières (ou « Pacte de Marrakech »). En 2024, c’est le premier ministre espagnol Pedro Sanchez qui invalidait les idées fausses (bulos) sur le sujet devant le Parlement.

    Au niveau international, le Forum d’examen des migrations internationales qui s’est tenu à l’ONU, en mai 2026, a été l’occasion pour le secrétaire général Antonio Guterres de dénoncer la désinformation sur l’immigration. Des agences comme le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) conduisent des programmes de lutte contre les stéréotypes qui affectent les migrants et les réfugiés. Une des stratégies de ces agences est de fournir des données sur le sujet, comme en atteste la création par l’OIM du Global Migration Data Analysis Centre en 2015. L’Union européenne a publié en 2025 un « Atlas of migration », partageant cet objectif de mettre à disposition les chiffres à même de combattre les fake news.

    Plusieurs ONG et associations de premier plan (parmi lesquelles Oxfam, le Syndicat de la magistrature, Emmaüs solidarité, Médecins du monde ou Médecins sans frontières) se sont réunies autour de la chercheuse en droit des étrangers Sophie-Anne Bisiaux pour publier, en 2025, En finir avec les idées fausses sur les migrations, un ouvrage qui réfute de façon systématique un vaste éventail de préjugés. Un inventaire récent a identifié plus de 200 publications visant le même objectif depuis 1990, dont 46 en français : pour les spécialistes de l’immigration, la lutte contre les idées reçues est donc un travail à plein temps.

    Une tâche sisyphéenne ?

    Pour vulgariser les résultats de la recherche scientifique, les chercheurs font pourtant face à des obstacles importants.

    La réfutation d’une idée reçue demande sensiblement plus de temps et d’énergie que sa production : c’est la « #loi_de_Brandolini », en vertu de laquelle ceux qui débitent des inepties ont toujours un temps d’avance sur ceux qui les corrigent.

    Un second obstacle tient à la posture de l’expert ou du chercheur. Déconstruire des préjugés peut s’avérer compliqué à mettre en œuvre lorsque les « sachants » sont soupçonnés de vouloir imposer leurs vues. À l’instar du « #grand_remplacement », nombre de préjugés anti-immigration et de théories conspirationnistes sont imprégnés d’une hostilité à l’égard des élites, accusées d’être déconnectées de la réalité, voire d’agir sciemment contre les intérêts du peuple.

    Les acteurs qui se positionnent contre les idées reçues se placent enfin dans une posture défensive, qui confère paradoxalement une visibilité accrue aux préjugés. On parle d’« #effet_Streisand » pour désigner ce mécanisme par lequel, en voulant combattre la diffusion d’une idée, on contribue à la placer au centre de l’attention, voire même à la légitimer.

    Limites et ambiguïtés des chiffres

    Une stratégie éprouvée pour réfuter les idées reçues est le recours aux données produites par les statistiques publiques.

    Les chiffres indiquent par exemple que, contrairement à une affirmation fréquente, il n’y a pas beaucoup de réfugiés en France. Entre 2014 et 2020, dans le contexte de la guerre en Syrie, la France a reçu 25 000 demandes d’asile en provenance de ce pays, contre 633 000 en Allemagne. Pareil avec la guerre en Ukraine en 2022, suite à laquelle la France a protégé environ 73 000 personnes, sur un total de plus de 4 millions de réfugiés ukrainiens en Europe, et là où l’Allemagne et la Pologne en ont chacun accueilli autour d’un million.

    Quelques incontestables que soient ces données, force est toutefois d’admettre qu’elles n’empêchent pas l’antienne habituelle selon laquelle la France serait excessivement laxiste ou généreuse. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, tenait en septembre 2025 les propos suivants :

    « Chaque année, 500 000 personnes entrent dans notre pays. Et sur ce demi-million, seulement 50 000 viennent pour travailler. La question est simple : que font les 450 000 autres, et surtout, qui paie ? »

    Il s’agit là d’une accumulation de #contre-vérités.

    En 2024, environ 343 000 premiers titres de séjour ont été délivrés en France (et non 500 000), et le taux d’emploi parmi les immigrés s’élève à environ 63 % (et non 10 %). Mais il peu probable que l’auditoire se scandalise de ces inexactitudes : ce qui compte, c’est le récit qui lui est proposé ainsi que ses valeurs sous-jacentes, fondées sur la distinction entre « eux » et « nous » et sur les difficultés socioéconomiques vécues par une partie de la population française.

    Les chiffres entraînent en outre le débat sur un terrain parfois glissant. Imaginons que la situation s’inverse et que la France accueille plus de Syriens et d’Ukrainiens que l’Allemagne, serait-ce une catastrophe ?

    Les politiques migratoires ne se résument pas aux chiffres. Elles soulèvent des questions fondamentales en termes de #valeurs. Que le nombre de réfugiés en France soit de mille ou d’un million est alors secondaire. Ce qui compte, c’est l’importance accordée à certains principes, comme le droit d’asile, et le type de société que l’on souhaite : plus ou moins ouverte sur le monde, plus ou moins cosmopolite ou solidaire.

    Ce débat-là ne peut se passer des chiffres (ce n’est pas pareil d’accueillir un millier ou un million de réfugiés), mais les interrogations qu’il pose vont bien au-delà des querelles statistiques.

    Un débat polarisé

    Une dernière difficulté soulevée par la lutte contre les idées reçues est que la méthode peut s’inverser. C’est le cas avec un livre récent du directeur d’un think tank nommé « Observatoire de l’immigration et de la démographie », Nicolas Pouvreau-Monti, très commenté depuis sa parution dans les médias marqués à droite. Intitulé Immigration, mythes et réalités, il confronte les idées reçues à l’analyse, à ceci près que ce sont cette fois les « mythes » qui seraient favorables à l’immigration, tandis que l’analyse de la « réalité » inviterait à lutter encore davantage contre l’immigration.

    La démarche n’est pas très crédible.

    D’une part, et malgré une réalité souvent complexe, l’hostilité à l’égard de l’immigration est bien présente dans la société française et une trentaine de lois ont été adoptées depuis 1980, toutes plus restrictives les unes que les autres : il est donc incorrect de dire que les idées reçues dominantes en France sont excessivement bienveillantes à l’égard de l’immigration.

    D’autre part, la « réalité » décrite par ce livre ne fait pas l’objet d’une analyse scientifique rigoureuse, car l’objectif est moins de comprendre les dynamiques migratoires que d’élaborer un programme radical en vue des élections de 2027 en France, clairement aligné sur les positions de l’extrême droite.

    En janvier 2025, cet institut disait par exemple craindre l’afflux de 580 millions de réfugiés en France, ce qui multiplierait par cinq le nombre total de personnes déplacées dans le monde (117 millions selon le HCR), et par huit la population du pays… Mais un tel scénario suppose que non seulement l’ensemble des personnes affectées par les conflits quittent leur pays, mais aussi qu’elles décident toutes de venir en France. Ces deux conditions sont aussi irréalistes l’une que l’autre, et un tel pronostic ne vise donc qu’à électriser le débat et à appeler au démantèlement du droit d’asile.

    Cette lutte inversée contre les idées reçues n’en est pas moins symptomatique d’une forte #polarisation, qui voit chaque camp délégitimer la position de son adversaire en la traitant d’idée reçue – avec le risque de ne parler qu’à ses propres coreligionnaires, et au détriment de la qualité démocratique, mais aussi de la prospérité du pays et des droits des migrants et des réfugiés.

    https://theconversation.com/immigration-pourquoi-le-debat-est-il-si-peu-objectif-282212
    #objectivité #chiffres #statistiques #dissuasion #inefficacité #migrations
    ping @karine4 @reka