hubertguillaud

Journaliste et rédacteur en chef de http://www.internetactu.net - aka @iactu -, le média de la Fondation internet nouvelle génération http://www.fing.org

  • InternetActu.net, c’est fini ! | @hubertguillaud
    https://hubertguillaud.wordpress.com/2022/02/21/internetactu-net-cest-fini

    Comme vous l’avez peut-être constaté au bout d’un long mois sans la moindre publication, InternetActu.net s’est très brutalement arrêté ! J’aimerai beaucoup vous en expliquer les raisons, mais ce que je voudrais vous écrire, je ne peux hélas pas l’écrire. Ce que je voudrais vous expliquer, je dois le garder pour la procédure que je vais intenter, suite à un licenciement que je considère être abusif et malveillant. Je regrette profondément de ne pas pouvoir en parler plus ouvertement, mais en l’état, je préfère me protéger.

  • Je vais vous recommander chaudement ce premier numéro de la revue Tèque (@revueteque), non pas parce que j’y ai commis un article, mais parce que Tèque propose enfin la revue sur le numérique que je souhaite lire depuis des années. Elle le fait plutôt humblement. Hormis mon article, les 4 autres qui la composent sont des traductions d’articles que vous avez certainement, comme moi, déjà lu. Sans surprises, ils proviennent pour l’essentiel de revues américaines dont je n’ai cessé de vous parler, comme Real Life, The Baffler ou la Technology Review. Un autre article vient d’un chercheur, artiste et designer, comme ceux que je ne cesse de vous inviter à lire. Tèque va chercher les endroits et les gens qui pensent et font le numérique, qui le questionnent, qui l’inspectent, qui nous aident à le comprendre et à le subvertir. Ces traductions offriront en tout cas, à beaucoup d’entre nous, un vrai confort de compréhension.

    Tèque est une revue de réflexion sur la technologie qui prend le temps d’en décortiquer le fonctionnement, qui plonge dans les questions que posent les pratiques, les interfaces, les programmes, leur domination culturelle et économique. Comme le disent les rédacteurs en chef de ce numéro, Loup Cellard (@CellardLoup) et Guillaume Heuguet (@G_Heuguet), il s’agit de construire “un double horizon pour leur critique : saisir en détail leur fonctionnement et ses conséquences, et les réinscrire dans des histoires plus vastes”, partout là où la technologie désormais se situe.

    Au sommaire du numéro, vous trouverez 5 articles donc.

    Le premier, signé du designer italien Silvio Lorusso (@silvio_lorusso) (j’avais évoqué longuement son excellent Entreprecariat) tente de déconstruire la figure de “l’utilisateur”. Pour Lorusso, l’utilisateur en est de moins en moins un, tant ses possibilités d’actions sont contraintes, réduites. La condition de l’utilisateur est toujours programmée par quelqu’un d’autre. Nous y sommes de moins en moins libres car nous sommes de plus en plus éloignés des outils. Nous sommes passés à une “informatique impersonnelle” qui nous dépossède, qui nous prive de savoir-faire. Nous voici prolétarisés par ces outils qui étaient censés nous rendre du pouvoir. Désormais, nous voici contraints à superviser l’automatisation. Nous ne sommes plus des utilisateurs, mais des ouvriers des systèmes, où les contenus interagissent avec nous sans fin, dans une frustration sans fin.

    Le second, signé Marlowe Granados (@marlowetatiana) revient sur l’esthétique TikTok, “espace de célébration du banal”, pur produit de l’ennui des suburbs américaines et des chambres d’adolescents confinés. Cette lecture de TikTok comme refuge virtuel de la jeunesse, qui ne cherche pas l’originalité mais la conformité, comme pour se mettre toujours à la portée de son public, dans une intimité à portée de téléphone, créé par la génération qui le consomme, offre un regard qui éclaire les spécificités des réseaux sociaux les uns envers les autres.

    Le troisième est un article du puissant Rob Horning (@robhorning), qui nous montre combien il a assimilé Bernard Stiegler pour nous expliquer lui aussi, que le numérique nous prolétarise. Nous sommes dressés par les algorithmes qui nous produisent en tant que public, tout en nous isolant les uns des autres pour mieux nous conditionner. Leur enjeux est d’abord de nous inviter à interagir avec nous-mêmes, d’être nous-mêmes notre propre public. Nous devenons “réceptifs à des systèmes qui désirent à notre place”, qui produisent pour nous de nouveaux désirs, en remplaçant les personnes que l’on désire par des machines à notre service. Nous voilà débarrassés du fardeau à produire notre propre subjectivité ! Nous sommes rendus n’être que les sujets et objets d’un marketing qui boucle sur lui-même, de systèmes qui rendent la communication sociale inutile puisqu’ils s’y substituent sans nous confronter aux frictions du social. Notre identité se dissout dans une consommation sans borne pour produire des émotions et des pulsions hors du monde social. Les systèmes nous produisent à leur image, ils instillent en nous un désir pour une culture standardisée qu’il est facile et rentable de reproduire, et ce d’autant plus qu’elle est déconnectée des complications des relations interpersonnelles. Nous sommes plongés dans l’économie libidinale de Stiegler, où le capitalisme génère ses formes esthétiques pour se reproduire lui-même. Nos identités sont fabriquées par nos consommations, qui sont sans arrêt reproduites pour alimenter la boucle…

    Le quatrième est le mien. J’y réponds à ma longue défense de l’explicabilité des systèmes pour tenter de comprendre pourquoi elle ne progresse nulle part. Des prêts bancaires à Parcoursup, les calculs demeurent bien plus opaques que transparents. A l’heure où ils se répandent partout, leur opacité s’explique en grande partie par leur caractère incontournable. S’ils sont partout les mêmes, partout incontournables, ils n’ont nulle besoin de se rendre transparents aux utilisateurs. La réduction des modes sélectifs à des calculs – qu’ils relèvent d’une pauvreté algorithmique qu’il vaut mieux ne pas expliquer ou de délires calculatoires par nature inexplicables – ne nécessite aucune explication à ceux qui sont calculés. Réduits aux calculs partout, nous produisons une société sans relations, par nature délétère.

    Le dernier article est celui que Karen Hao (@_KarenHao) a consacré aux spécialistes de l’IA de Facebook, pour montrer toute la veulerie de cette entreprise, qui n’a jamais cherché à s’amender de ses défaillances (voire même de ses crimes) algorithmiques. Édifiant !

    Tèque propose à la fois des articles exigeants et d’autres plus accessibles. Ce mélange fait sens. Espérons cependant que le prochain numéro donnera plus d’espace à des contributions originales et francophones. Je suis certain que la revue attend déjà vos propositions !

    Très heureux en tout cas d’avoir contribué à ce numéro. Pour ma part, j’attends déjà le prochain avec impatience !

    La revue Tèque, c’est par là : https://revue-teque.fr

  • @seenthis nouveauté : suite à une demande de @thibnton il y a 7 ans (tout vient à point tout ça...), on affiche maintenant la liste des derniers commentaires d’une personne sur sa fiche.

    La demande originale https://seenthis.net/messages/318682
    Le ticket lié https://github.com/seenthis/seenthis_squelettes/issues/51

    Et un en cadeau, un petite #cachemargedon de seenthis qui a collé la mise en page du site dans le talus pendant un moment, mais ça semble rentrer dans l’ordre avec le temps, on verra si tout va mieux demain, désolé pour le dérangement :\

  • La « ville de demain » : vers une « déspécialisation » des bâtiments pour s’adapter aux nouveaux modes de vie ?
    https://www.banquedesterritoires.fr/la-ville-de-demain-vers-une-despecialisation-des-batiments-pour

    La crise du Covid-19 est venue accélérer les changements en cours dans les #modes_de_vie et de travail, avec l’essor du #télétravail, des #espaces_partagés... Lors de la quatrième table-ronde « Travailler, se déplacer, consommer, habiter », organisée le 21 septembre 2021 dans le cadre de la réflexion « Habiter la France de demain », sociologues, architectes, acteurs du bâtiment, partenaires publics et privés, ont esquissé les évolutions nécessaires pour s’adapter à ces mutations profondes. L’un des leitmotiv : la « #déspécialisation » des bâtiments.

    #urbanisme

  • Red Covid - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2021/09/27/briefing/covid-red-states-vaccinations.html

    More recently, the racial gaps — while still existing — have narrowed. The partisan gap, however, continues to be enormous. A Pew Research Center poll last month found that 86 percent of Democratic voters had received at least one shot, compared with 60 percent of Republican voters.

    The political divide over vaccinations is so large that almost every reliably blue state now has a higher vaccination rate than almost every reliably red state:


    • Trump a continué à bricoler et à faire barrage au confinement, laissant les gouverneurs et les maires démocrates éteindre l’incendie. Même lorsque le président s’est vu contraint par l’opinion publique d’approuver des mesures de quarantaines limitées dans les villes, et donc une fermeture générale des commerces non essentiels, certains gouverneurs d’États en zone rouge ont refusé ces fermetures avec le même zèle borné que leurs prédécesseurs mettaient à resister à l’intégration raciale.

      Le monstre est parmi nous - Pandémies et autres fléaux du capitalisme, Mike Davis, éditions divergences, p. 33

  • Etalab vient de publier les feuilles de routes (FDR) de 15 ministères en terme de politique numérique pour les prochaines années : https://www.etalab.gouv.fr/politique-de-la-donnee-des-algorithmes-et-des-codes-sources-15-strategie - Des documents riches, mais qui restent silencieux sur quelques enjeux.

    Derrière ce programme d’ouverture des données et de publications des codes sources des systèmes on trouve également des stratégies renforcées de partages des données - API, mais surtout partages de données « entre acteurs habilités »... ce qui signifie la possibilité de croisement et d’échanges de données entre administrations, pas tant pour bénéficier à l’usager que pour mieux nous surveiller et contrôler ! Voir ce que nous disait sur ces sujets, le sociologue Vincent Dubois : https://www.internetactu.net/2021/06/22/le-calcul-de-risque-cette-revolution-industrielle-de-ladministration-p

    Ces FDR visent à créer de nouveaux services et « fédérer les énergies »… sans toujours dire lesquelles ou pourquoi (de nombreux exemples sont évoqués, mais on ne sait pas toujours si ce sont des projets en cours ou des exemples). La documentation publique des projets de l’administration reste le point invisible de ces FDR ! Alors qu’on ne cesse de parler d’ouverture, les projets, en tant que tels, sont invisibilisés. Alors qu’on attendrait plutôt des descriptions précises de chacun, de leurs enjeux, des données qu’ils vont mobilisés, de leurs impacts…

    Ainsi parmi les innombrables exemples évoqués dans ces documents, on trouvera par exemple un Quotient familial partagé du « mois précédent », dont l’enjeu est de mettre à jour plus rapidement le QF dès il évolue. Le risque bien sûr, c’est de produire une plus grande volatilité des droits, au détriment des usagers : voir ce que nous disions sur cet enjeu : https://www.agirparlaculture.be/une-politique-numerique-de-gauche-est-elle-possible

    Dans ces FDR, on ne trouve pas vraiment d’annonces sur les garanties apportées aux usagers, pas d’annonces sur des structures de recours, de dialogues. La médiation semble rester le parent pauvre de cette accélération numérique.

    Au programme également, mieux identifier les algorithmes publics existants et en produire de nouveaux. Mais, derrière cette volonté se profile un encouragement à utiliser l’IA, sans que des mesures sur l’équité et la responsabilité des traitements ne soient mises en place.
    Si plusieurs FDR invitent à consulter les usagers sur ces déploiements, le silence est d’or sur les méthodes : pas d’annonce de mise en place de comités d’éthique, d’espaces de co-élaboration avec les administrés…

    Bref, ce que ces FDR annoncent, c’est l’accélération des traitements et des échanges de données. Pas sûr que ce soit toujours au bénéfice des administrés.

  • La recette d’Anne Hidalgo pour mettre en faillite les cantines des agents de la Ville de Paris - Syndicat PACS-DAC de la Ville de Paris
    http://daccgtculture.over-blog.com/2021/09/la-recette-d-anne-hidalgo-pour-mettre-en-faillite-les-canti

    Le progrès social selon les socialistes parisiens va désormais contraindre les personnels à se contenter d’un sandwich ou d’un plat surgelé mais surtout à manger au lance-pierre sur des lieux de travail où rien n’est prévu pour ça

    C’est ce que l’on appelle probablement le « progrès social » et sans doute une des mesures phares du programme de la future candidate socialiste à la Présidentielle. Une mesure tellement formidable pour Anne Hidalgo qu’elle rentre en vigueur le 2 janvier prochain pour s’appliquer aux soixante mille agents qui travaillent à la mairie de Paris. Objectif ? Les mettre à la diète car ces derniers appréciaient trop d’aller déjeuner

    Pour commencer, il faut savoir que dans toutes les entreprises privées ou bien dans le secteur public l’employeur doit compenser une partie des coûts des repas. Elles ont alors le choix entre deux options : soit la restauration collective (la bonne vieille cantine) soit l’octroi de Tickets-restaurant (prise en charge pour moitié). La Ville de Paris clame depuis des lustres qu’elle a choisi « de privilégier la restauration collective pour ses agents ».

    Une formule qui permet de très grosses économies car il existe seulement une petite dizaine de cantines municipales pour les soixante mille agents de la Ville, et la plupart très éloignées des lieux de travail si bien que la majorité des gens n’y vont pas à moins de prendre les transports en commun. Toutefois, pour le peu d’agents qui tout de même faisaient valoir leur droit de manger pour pas trop cher ou prendre simplement un repas chaud, la Ville de Paris, magnanime, leur accordait jusque-là un « délai de route » leur permettant d’aller sur les lieux.

    Pas du luxe, car souvent il fallait plus d’une demi-heure aller et retour de temps de trajet. Et c’est là que la Ville de Paris a concocté un plan (sans accrocs) qui va lui permettre d’empêcher les gens d’aller à la cantine et forcer ces dernières à fermer faute de fréquentation. Alors c’est quoi le plan ? Ben, on supprime les délais de route pardi ! Maintenant, les personnels n’auront droit qu’à une demi-heure, défalquée automatiquement pour la pause-déjeuner. Au-delà de cette durée minimum de trente minutes, le temps sera décompté de la journée de travail de l’agent et devra être rattrapé à un autre moment ce qui de facto empêchera tout le monde de s’y rendre et donc à très court terme conduira à la fermeture des cantines de la Ville de Paris faute de fréquentation. Dans les couloirs de l’administration, on reconnait d’ailleurs « que c’est qui va arriver »

    Le progrès social selon la Ville de Paris va donc désormais contraindre les personnels à se contenter d’un sandwich ou d’un plat surgelé mais surtout à manger au lance pierre sur des lieux de travail où rien n’est prévu pour ça. « Les observateurs appellent ça « le bien-être au travail selon socialistes parisiens ». Peut-être est-ce aussi le projet que nourrit Anne Hidalgo pour la France ?

    Enfin, signalons ce qui est finalement une véritable arnaque sociale dans cette histoire. Car si il n’y a plus de cantine à subventionner, l’équipe d’Anne Hidalgo refuse toujours d’aller vers le système des tickets restaurants qui là, O malheur, bénéficierait à tous les agents, surtout les plus modestes. Tout bénef pour la Ville de Paris qui gagne ainsi sur les deux tableaux, elle qui cherche toujours désespérément de l’argent pour financer ses JO. Mais idée génial, non ?

  • Baisse historique du nombre de tués sur la route
    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/baisse-historique-du-nombre-de-tues-sur-la-route-20210930

    Entre 2010 et 2019, les accidents ont été moins nombreux, avec une baisse de 18,7% en France métropolitaine (56.016 en 2019 contre 67.288 en 2010) quand la mortalité diminuait elle de 16,8% (3244 en 2019 et 3992 en 2010).

    Alors 3244 morts par an, ça fait un peu moins de 9 morts par jour. Ce qui en fait donc une grande cause nationale, avec force moyens de contrôle et de répression, des lois et des interdictions sans avoir besoin d’un « état d’urgence routier » pour les justifier, et des autorités qui communiquent régulièrement sur ces chiffres. (Ce qui ne me chagrine pas, par ailleurs.)

    Le Covid, dont on a bien compris qu’à partir d’octobre ça allait être assez largement terminé cette histoire, ou au pire on est au creux de la vague et il est grand temps de reprendre la vie comme avant, pile-poil maintenant que la situation est donc super-bonne, on tourne à 47 morts par jour.

  • C’est pour bientôt, et bientôt un peu de matos sur visionscarto

    Ceci est l’annonce de la sortie d’un ouvrage qui parle de cartographie radicale aux éditions La Découverte avec @nepthys et @reka.

    En librairie le 14 octobre.

    https://www.editionsladecouverte.fr/cartographie_radicale-9782373680539

    Ce livre est né de la rencontre entre une historienne et un géographe. La spécialiste du système de représentation statistique Isotype développé par Otto Neurath décortique le fonctionnement de la carte en tant qu’image et discours sur le monde. Le géographe, s’appuyant sur quelques dizaines d’années de recherche et de pratique cartographique (donc sémiologique et géométrique), revient sur le pouvoir de la carte, autant oppressive et aliénante que résistante et combattante, et raconte comment elle révèle l’invisible.

    À la croisée de ces analyses, l’objet carte se fait tour à tour instrument, outil ou arme pour faire naître la possibilité de la carte radicale et critique, mais aussi expérimentale. L’ouvrage cherche à en définir les contours.

    Cette exploration, toute en images, promène lectrices et lecteurs dans le monde multiforme des cartes, à la découverte de cet art de la carte qui met en dialogue science et politique, oscillant sans cesse entre le réel et l’imaginaire.

    

  • Jeannot et Marie étaient surendettés en secret. Ils se sont donné la mort le soir de Noël
    https://www.nouvelobs.com/societe/20210620.OBS45487/jeannot-et-marie-etaient-surrendettes-en-secret-ils-se-sont-donnes-la-mor

    « Jeudi 24 décembre, mes deux parents, 78 et 76 ans, se sont donné la mort. Ma sœur les attendait pour un réveillon de Noël en famille. Elle les a découverts dans leur chambre, leur chien au pied du lit, avec un mot nous demandant de leur pardonner car ils ne pouvaient “pas faire autrement”, et, à côté d’eux, un dossier sur leurs créances qu’ils avaient soigneusement dissimulées à leur famille. »

    C’est par ces mots que Christophe M., 55 ans, commence son mail envoyé en janvier 2021 aux créanciers de ses parents. Un mail intitulé : « Endettés, maman et papa se suicident la veille de Noël », avec, en pièce jointe, une photo de ses parents. Les destinataires de ce mail sont des organismes de crédit – Financo, Younited, Cofidis, Cetelem, Nickel, Sofinco, Oney, FLOA Bank… –, dont on voit passer souvent à la télé, sur internet et jusque dans nos boîtes mail ces slogans, promesses de lendemains qui chantent : « Besoin d’un coup de main ? », « A l’approche de l’été vos projets fleurissent ? », « Vous faites face à l’imprévu ? », « La carte d’emprunt de vos rêves est là ! » Cliquez, signez, dépensez… et hop, la vie sera plus belle. M. et Mme M. ont cliqué, signé, dépensé. Et hop.

  • Voilà près de 10 ans que l’administration publique - la CAF, notamment, rejointe depuis par Pôle Emploi et l’administration fiscale - pratique des calculs de risque - du scoring - de ses administrés, sans vraiment nous en parler… Avec le sociologue Vincent Dubois, à l’occasion de la parution de son livre « Contrôler les assistés », nous revenons sur cette révolution discrète, largement faite à notre insu, cette transformation de fond du contrôle des administrés, à bas bruit.

    Comment la fouille de données, l’échange de données et la rationalisation des pratiques administratives pour mieux se mouler dans les évolutions informatiques, d’une manière bien plus réticulaire qu’on le craignait en 1978 avec le projet Safari, nous a conduit à « atteindre une forme de surveillance jamais vue »... https://www.internetactu.net/2021/06/22/le-calcul-de-risque-cette-revolution-industrielle-de-ladministration-p

  • La réforme des APL vire au cauchemar pour les allocataires et ses agents - Faïza Zerouala
    https://www.mediapart.fr/journal/france/190621/la-reforme-des-apl-vire-au-cauchemar-pour-les-allocataires-et-ses-agents?o

    Depuis six mois, le retard de traitement des dossiers, les trop-perçus injustifiés et bugs en série dans le logiciel sont quotidiens à la CAF, depuis la mise en place de la réforme des allocations logement. Ses agents et des allocataires en souffrent.

    Nathalie attend depuis trois mois que la Caisse d’allocations familiales (CAF) lui rembourse 110 euros indûment prélevés. Une somme énorme pour elle. Il y a cinq ans, cette habitante de Poitiers, âgée de 52 ans, a interrompu sa formation de monitrice/éducatrice pour raisons de santé.

    Quatre ans plus tard, elle s’est sentie assez en forme pour reprendre une activité à temps partiel. Elle trouve un emploi dans le centre d’animation près de chez elle, qui lui rapporte 250 euros par mois. Un complément bienvenu à son allocation de solidarité spécifique (ASS).

    Début février, elle effectue une demande de revenu de solidarité active (RSA) qui traîne. Elle déménage à la même période et sa nouvelle propriétaire ne perçoit pas les aides au logement. À l’époque, elle ne sait pas que le logiciel de la CAF fait face depuis le début de l’année à des bugs en série qui désorganisent tout. Son dossier n’avance pas. Elle ne s’inquiète pas, pensant que c’est normal. 

    Mais cela ne l’est pas. Depuis le 1er janvier 2021 et après quatre reports, la réforme de l’allocation logement, versée à environ 6 millions de personnes, est entrée en vigueur. Elle introduit une modification du mode de calcul, basé sur les ressources de l’année précédente et non plus sur celles d’il y a deux ans.

    La situation est réactualisée tous les trimestres. Pour ce faire, un nouveau logiciel a été déployé. Seulement, celui-ci peine à cohabiter avec l’ancien, Cristal, mis en place il y a une éternité, en 1999, qui prend en charge les autres prestations sociales.

    C’est ici que les données des allocataires sont consignées et les changements de situation et le versement des allocations gérées. C’est aussi cet outil qui calcule le droit aux prestations. Bref, tout repose sur lui ou presque. Cette coexistence génère des bugs, indique la CAF. Les agents et les techniciens n’ont pas la main dessus. À part recommencer jusqu’à ce que leur saisie soit prise en compte, ils n’ont guère de marge de manœuvre.

    Environ 150 000 personnes concernées

    La confrontation entre les deux logiciels, l’ancien et le nouveau, rend parfois impossible l’inscription d’une modification de situation. Résultat, tout est bouleversé et le traitement des dossiers accuse un gros retard. Des bénéficiaires du RSA doivent attendre, d’autres se voient réclamer des aides au logement déjà versées. Environ 150 000 personnes ont été concernées, soit 2 % des allocataires. Contactée par Mediapart, la CAF indique avoir conscience de ces « dysfonctionnements » et assure qu’ils sont en cours de résolution (l’intégralité des réponses est visible dans l’onglet Prolonger). 

    En février, Nathalie n’a perçu ni RSA, ni APL, ni même la prime d’activité promise. Elle touche seulement 120 euros comme salaire car les vacances scolaires, durant lesquelles elle ne travaille pas, ont amputé sa paye. En avril, une retenue est prélevée à la source, sur son RSA, les fameux 110 euros pour cette dette imaginaire. 

    Mais elle n’est pas au bout de ses surprises. Dès lors, apparaissent dans son espace personnel, sur le site de la CAF, des sommes colossales qu’elle est censée rembourser. Un jour, elle voit apparaître une dette de 1 400 euros sur trois mois. Là voilà contrainte de passer ses journées au guichet ou pendue au téléphone avec la CAF. « Ce n’est pas possible. Chaque jour, les montants changeaient. C’est angoissant même lorsqu’on sait que c’est une erreur. J’ai demandé des rendez-vous, j’en ai eu une bonne vingtaine en physique, sans compter les appels téléphoniques », raconte-t-elle.

    « Là, je vais courir pendant un an pour tout rattraper »

    Pour survivre, elle compte sur la solidarité amicale. Elle réussit à emprunter de l’argent pour payer la caution de son nouvel appartement. Elle va rembourser petit à petit. La quinquagénaire achète des conserves lorsque sa paye tombe et congèle tout ce qu’elle peut pour tenir les dix derniers jours du mois, durant lesquels elle « tire un peu la langue ».

    Nathalie vit chichement, elle est pauvre, mais elle « veille toujours à avoir une situation saine et à être à jour de [s]es paiements » : « Là, je vais courir pendant un an pour tout rattraper. » Lors d’un rendez-vous à la CAF, une agente recalcule tout à la main, trouve les erreurs et essaie de valider le dossier. Le logiciel plante…

    Depuis deux mois, les APL sont bien versées à sa propriétaire. Mais Nathalie n’a pas confiance. Cette « situation ubuesque », incertaine, la stresse tant que son médecin lui a prescrit de quoi la détendre. « Je dors mal, je ne sors plus, je ne fais plus rien car je subis les désagréments de la CAF depuis six mois. Le remboursement de ma fausse dette est passé sous silence et je ne touche pas la bonne somme pour mon RSA. » 

    La CAF promet que toutes ces situations vont être régularisées. Pour éteindre l’incendie, le directeur général de la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF) a écrit aux agents le 11 mai pour les remercier de leur travail, leur demander de patienter et insister sur le fait que les bugs touchent peu de personnes. 

    Pourtant, des cas comme celui de Nathalie, Julia* en traite plusieurs depuis des mois. Elle est gestionnaire-conseil à l’usager et au traitement des dossiers dans une CAF de l’est de la France. Elle y effectue l’accueil téléphonique ou physique. Son bureau est couvert de Post-it pour se souvenir de l’avancée de tel ou tel dossier ou pour garder en mémoire les calculs effectués à la main qui devront être rentrés dans le logiciel si jamais celui-ci le veut bien.

    Chaque jour, il lui faut essayer de rattraper les retards accumulés, quitte à rogner sur l’accueil en personne des allocataires. « C’est compliqué de ne pas pouvoir montrer les calculs sur les écrans, en face à face on peut s’adapter, notamment au niveau du vocabulaire quand on voit une personne ne comprend pas, on le voit. Au téléphone on ne peut pas le savoir. »

    Tania*, conseillère service à l’usager dans la même CAF que Julia, voit défiler une centaine de personnes par jour, en physique ou au téléphone, depuis le début de l’année. Une charge épuisante. Comme les autres, elle se sent impuissante et frustrée de ne rien pouvoir faire. La jeune femme oriente aussi davantage le public vers les assistantes sociales.

    Elle se souvient de la détresse de cette femme qui lui a montré la photo de son réfrigérateur vide, à l’exception d’une bouteille d’eau. D’autres brandissent leur smartphone pour montrer sur l’application de leur banque l’état de leur découvert sur leur compte bancaire. Tania a de moins en moins envie de se rendre au travail, même si l’équipe reste solidaire tant bien que mal.

    Des agents lassés des « bidouillages » permanents

    Même sentiment pour Martine* et Michèle*. Elles sont techniciennes-conseils et effectuent des permanences extérieures dans une maison de service dans un quartier populaire. Elles reçoivent sur rendez-vous. Michèle raconte être épuisée par cette « réforme sans pilote ».

    Lors d’une permanence, elle échange en général avec une vingtaine de personnes, toujours sans pouvoir résoudre leur problème. Martine aussi est lassée des « bidouillages » permanents. « Les gens s’épanchent auprès de nous, on est l’un des rares services publics à recevoir encore. Certains nous font du chantage au suicide, d’autres nous expliquent ne pas avoir de quoi se nourrir. »

    De son côté, Michèle jouit d’une longue expérience à la CAF et pourtant : « C’est la première année où je n’ai pas de réponses à fournir. Je m’excuse, on n’arrive plus du tout à gérer, on entend la détresse. Il y a peu de cris, surtout de la détresse… D’ailleurs, ça me fait un peu peur, des gens menacent de s’en prendre à nous. »

    Tania relève dans le même temps ces derniers mois une hausse des incivilités. « Quand on dit aux gens, déjà à cran, que le délai pour que leur dossier soit traité est de dix semaines, ils pètent un câble. Ils n’entendent pas le fait que ce bug paralyse tout. On voit aussi énormément d’indus injustifiés et là encore tout ce qu’on peut faire, c’est leur assurer que ça va être régularisé. » 

    De plus en plus de tensions

    Auparavant, il était plutôt rare de se faire insulter, explique-t-elle. Désormais, de plus en plus les nerfs lâchent. Interrogée sur ce sujet, la CAF explique : « Comme dans beaucoup de services publics, nous avons senti de plus grandes tensions ces derniers mois, sans que toutes puissent être directement attribuées à la réforme des APL. »

    Toujours dans l’est de la France, Louise*, référente technique, ne décolère pas. « On nous laisse patauger depuis six mois, cette réforme ne simplifie rien pour personne. C’est illisible. On entend partout du découragement. » En ce moment sont traités les dossiers de mars ou avril. De quoi faire perdre toute motivation aux équipes.

    Elle ne compte plus le nombre d’allocataires perdants. « Il suffit de reprendre une petite activité pour perdre une partie de l’aide au logement, qui baisse mécaniquement et vite. » Elle a de la peine pour les CDD recrutés pour les épauler. Certains ne sont pas à l’aise avec l’outil informatique en général. Depuis quelques mois, c’est encore plus rude. « Ils sont paumés et ils ont été à peine formés. »

    Les jeunes et les précaires les plus pénalisés

    Audrey Granet, coordinatrice CAF pour la CGT, considère que cette réforme révèle le manque de moyens humains structurel à la CAF. « Les collègues traitaient environ soixante dossiers par jour, aujourd’hui seulement quinze. Ils sont obligés de faire les calculs à la main lorsque les autres chemins ne marchent pas. »

    Elle s’indigne aussi du fait que cette réforme appauvrit les bénéficiaires. « 25 % des allocataires ont vu une baisse de leurs droits de 110 euros, et 15 % n’ont plus de droits. L’objectif de la réforme au départ était de faire un milliard d’économies, ramené à 700 millions d’économies, et on ne peut pas dire que les allocataires ne vont pas perdre. » En effet, plusieurs études récentes ont montré que les jeunes et les précaires sont les plus pénalisés par cette réforme.

    La syndicaliste craint aussi que, dans quelques mois, des recalculs défavorables aux allocataires soient effectués. « On va leur demander de rembourser ce qui leur a servi à faire les courses ou payer le loyer. 600 ou 700 euros à rembourser, ce n’est pas rien. Forcément, ils vont être en colère et s’agacer face à des agents qui essaient de faire au mieux. » 

    Sur le terrain, personne n’imaginait que la situation perdure. « Au départ, en janvier, on s’est dit que ces bugs allaient être réglés rapidement, mais six mois plus tard, on y est encore », soupire Julia.

    La CAF tente de rassurer

    À entendre la CAF, tout est sous contrôle et en cours de résolution : « Dans les CAF, les efforts constants des personnels ont permis de réparer des erreurs qui n’ont pu l’être de façon automatique. Ceci a généré au cours des semaines précédentes des retards dans le traitement des dossiers des allocataires. Nous avons enregistré de nets progrès, des corrections importantes ont été apportées et le “stock” de travail des CAF baisse désormais de façon significative et régulière. »

    Faux, assure Julia. « Il y a des interruptions en cours de traitement, donc on gère les dossiers en plusieurs fois, on traite les informations une par une pour ne pas que ça plante et encore, on n’est pas sûrs que le système ne va pas basculer en trop-perçu ce qu’on a régularisé. On ressent de l’impuissance totale. Avant, on pouvait traiter les dossiers en urgent. Là, on fait ce qu’on peut et, en fait, on ne peut rien faire. Les allocataires étaient déjà sous l’eau, notre système les achève. » Julia ne compte plus les usagers qui lui racontent avoir déjà des impayés de loyer. « Même les bailleurs sociaux n’ont pas une patience extensible. »

    En bout de course, ces allocataires se tournent vers Marie*, assistante sociale dans une caisse d’allocations familiales à Lyon. Elle occupe ce poste depuis plus de vingt ans. Elle confie son impuissance vis-à-vis de la détresse des bénéficiaires qui se tournent vers elle.

    « Beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi leurs dossiers ne sont pas traités dans un délai correct, les démarches, le nouveau calcul qui les désavantage ou ne savent pas trop quoi faire pour gérer les trop-perçus injustifiés. Pour nous, il est difficile de leur expliquer mieux que les agents. » Ces personnes demandent de l’aide pour payer leur loyer grâce aux fonds d’urgence de la CAF. Elle aussi relève que tout le monde « est plus à cran », employant la même expression que sa collègue.

    Politique de l’autruche et de la gestion comptable

    De fait, elle est inquiète pour la suite. « On voit les situations se dégrader, cette réforme est la cerise sur le gâteau comme va l’être aussi la réforme de l’assurance-chômage. Même si, pour le moment, les effets massifs ne se voient pas encore. Depuis un an aussi, les démarches sont complexifiées, c’est un travail à temps plein parfois. »

    À la CAF, Julia et ses collègues partagent ce sentiment. Elles aussi craignent le pire avec la fin de la prolongation des droits au chômage le 30 juin et si la réforme de l’assurance-chômage venait à être appliquée au 1er juillet. De nombreuses personnes vont constituer des dossiers de RSA. Tous se demandent comment faire face à une charge de travail supplémentaire. Déjà, aujourd’hui, il est impossible d’avoir un suivi individuel.

    À cause de tout cela, Julia confesse nourrir une « animosité » vis-à-vis de sa hiérarchie, qui ne réagit pas et fait de la gestion comptable. « En interne, on nous demande de tenir mais on ne va pas tenir six mois comme ça. Tous font la politique de l’autruche, je veux bien croire que des informaticiens travaillent à résoudre le souci mais il faut comprendre que notre état psychologique et celui des allocataires n’est pas au mieux dans cette période de Covid. »

    Les remontées aux managers ne servent à rien, juge Louise, la référente technique. « Je décroche le téléphone à reculons, les assistantes sociales nous appellent pour nous demander si les retards dans tel ou tel dossier ou si la perte de prestations sont normaux. On n’a aucune autonomie, toute demande urgente doit passer par un manager pour autorisation et non plus par un technicien. On ne sait pas dire quoi dire aux gens, selon notre niveau d’empathie, cela peut être dur. Moi, j’ai appris à prendre du recul sur les choses. »

    Pour Audrey Granet, de la CGT, il est urgent de surseoir à cette réforme. « On demande son arrêt et qu’on embauche plus de salariés, pas ces jeunes en service civique qui sont à l’accueil et font face en première ligne à des gens aussi précaires qu’eux. Les agents veulent faire leur métier et continuer d’être un vrai service public. » 

    À l’échelle locale, il y a des mouvements de grève dans certaines CAF. Des agents se prêtent à une « grève de l’exception », du nom de l’erreur qui paralyse le système, rapporte Audrey Granet. Une intersyndicale appelle le 29 juin à une journée de mobilisation contre cet enfer administratif.

    #logement #guerre_aux_pauvres #APL #CAF

  • #Projet_Liberté, un projet de réseau social (ou, plus exactement, d’infrastructure sur laquelle bâtir un réseau social) avec une chaîne de blocs (continuez à lire : c’est sérieux), des identités auto-gérées et de la décentralisation.

    Le site officiel : https://www.projectliberty.io

    Le protocole sous-jacent : https://www.dsnp.org #DSNP

    Le papier blanc, plutôt sérieux :
    https://github.com/LibertyDSNP/papers/blob/main/whitepaper/dsnp_whitepaper.pdf

    C’est porté par un milliardaire, via son institut #McCourt (partenariat avec SciencesPo https://newsroom.sciencespo.fr/premier-partenaire-academique-en-europe-du-mccourt-institute-sci)

    Un article dans les médias en français : https://www.leparisien.fr/high-tech/donnees-personnelles-frank-mccourt-investit-100-millions-de-dollars-dans-

    En anglais : https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-06-20/real-estate-mogul-frank-mccourt-has-a-100-million-plan-to-replace-faceboo

    #décentralisation_Internet #réseau_social

  • Qui fraude le fisc ?
    https://laviedesidees.fr/Qui-fraude-le-fisc.html

    L’économie comportementale éclaire aujourd’hui plus finement les déterminants de la fraude fiscale. Elle suggère qu’il est dans une large mesure erroné de penser la fraude fiscale selon une grille de lecture strictement #morale.

    #Économie #impôt #philosophie_morale
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20210622_fraudefiscale.pdf
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20210622_fraudefiscale.docx

  • The Camp, le station F de Provence-Alpes Côte d’Azur n’a pas jamais décollé. Incroyable de voir le nombre d’entreprises et de collectivités qui ont donné au pot pour un « Super » lieu d’innovation qui n’a jamais défini ses ambitions et qui a promis depuis l’origine un équilibre intenable. Derrière l’innovation, on voit surtout poindre un montage financier trop habituel, qui consiste à séparer le foncier (qui vaudra toujours quelque chose) de l’exploitation selon le schéma si classique : privatiser les bénéfices et socialiser les coûts. https://www.blast-info.fr/articles/2021/the-camp-crash-en-vue-pour-le-phare-de-la-startup-nation--sRduOExR1K99TSF et https://www.blast-info.fr/articles/2021/the-camp-une-vision-mais-laquelle-UOAztCH6QJ6mk20JO53S8w

  • Atlas of AI : déconstruire les dénis de l’IA
    https://www.internetactu.net/2021/04/15/atlas-of-ai-deconstruire-le-deni-de-lia

    Le livre de Kate Crawford cherche à détruire deux mythes. Le premier est de croire que des systèmes non humains sont analogues à des esprits humains. Il consiste à croire qu’« avec suffisamment d’entraînement ou de ressources, des intelligences plus ou moins proches de celles des hommes peuvent être créées à partir de zéro, sans se confronter à la façon fondamentale dont les humains sont incarnés, reliés et définis par des écologies qui les dépassent ». Le second est de croire que l’intelligence est indépendante de tout, notamment du social, du culturel, de l’histoire et des forces politiques, quand l’intelligence a toujours été convoquée dans l’histoire pour justifier des relations de domination, de l’esclavage à l’eugénisme.

    Pour Crawford, l’IA n’est ni intelligente ni artificielle. Elle n’est qu’une industrie du calcul intensive et extractive qui sert les intérêts dominants. Une technologie de pouvoir qui « à la fois reflète et produit les relations sociales et la compréhension du monde ». L’IA n’a rien de neutre : elle est fondamentalement politique. Pour la comprendre, nous devons toujours demander qu’est-ce qui est optimisé, au bénéfice de qui et sous la décision de qui… L’enjeu de cet Atlas, explique-t-elle, vise à offrir au lecteur la possibilité de relire le monde, de comprendre les empires où se déploient les nouvelles dominations numériques. Il vise à cartographier les États et les entreprises qui façonnent et dominent cette industrie, leur nature extractive, ses impacts partout désastreux, que ce soit sur la planète comme sur les formes de travail qui la font fonctionner.

  • « Avoir un comportement à changer, c’est un luxe de la classe moyenne blanche ». https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/dans-nos-comportements-bah-ouais-20210331_7SMCRSHWYVGPLKU7HFEZ5PDJAY

    « L’épidémie dépendra de nos comportements » : voilà un constat raisonnable et banal. On le retrouve en version autoritaire ou bienveillante chez Boris Johnson, le préfet Lallement et mille autres experts et commentateurs. Il y a pourtant quelque chose qui cloche dans ce cliché, quelque chose de bête et de tragique, auquel il faudrait pouvoir répondre sans passer par un autre poncif, celui des fins limiers de la critique du néolibéralisme : « Vous, les politiciens, individualisez les responsabilités pour échapper aux vôtres. » Alors que nous avons enfin en France un message de santé publique potable (« dehors en citoyen, chez moi avec les miens »), la question mérite mieux : d’où vient cette évidence, selon laquelle la lutte contre une épidémie passe par les « comportements individuels » ? Et qu’est-ce que cette « brique » de bon sens, comme aurait dit Roland Barthes, nous empêche de comprendre ?

    La vision comportementale de la santé publique naît au début du XXe siècle, quand la Fondation Rockfeller invente aux Etats-Unis une forme d’évangélisme sanitaire, avec conférences itinérantes et visites à domicile, pour éduquer les pauvres, changer leurs comportements et vaincre les épidémies. Le modèle est exporté dans le monde entier. En France (pays arriéré en santé publique comme chacun sait), c’est la Rockfeller qui orchestre les débuts de la lutte contre la tuberculose en 1918, faisant de « l’éducation sanitaire » une affaire de slogans moralisateurs (« C’est un malin… il dort la fenêtre ouverte ») conçus par des professeurs de médecine bedonnants et paternalistes – Simone Veil modernisera tout cela dans les années 70 en important au ministère de la Santé les méthodes du marketing pour professionnaliser la conception et l’évaluation des campagnes.

    Le choc du sida, à partir des années 80, marque à la fois l’apogée et l’échec de ce modèle. L’idée que les comportements sexuels sont l’explication de l’épidémie et une cible prioritaire pour la contrôler semblent aller de soi. Une fois les attitudes des populations bien décrites, des campagnes d’éducation permettront d’informer les individus et de les débarrasser de leurs croyances erronées ; ils adopteront alors les bons comportements et adieu le virus. La baisse relative de la prévalence chez les gays dans les années 90 et l’adoption massive du préservatif confirment les attendus du modèle, tout comme, en négatif, l’explosion de l’épidémie en Afrique, que les experts perçoivent comme une terre de superstitions à éduquer de toute urgence (je vous épargne le florilège du racisme savant de l’époque).

    L’édifice théorico-politique se fissure pourtant dans les années 2000 : comment expliquer, non seulement que l’Afrique soit si touchée par l’épidémie (ce que le cliché sur l’insouciance sexuelle des Africains explique sans peine), mais surtout qu’elle le soit de manière si hétérogène ? En 2004, la première enquête épidémiologique à essayer d’y répondre sérieusement compare, à partir d’un échantillon aléatoire de 8 000 personnes, quatre villes du continent touchées très différemment par le VIH. Les conclusions font tomber tous les comportementalistes de leur chaise : la différence entre les villes très touchées (plus de 20 % de prévalence) et les autres ne s’expliquent ni par un moindre port du préservatif, ni par un plus grand nombre de partenaires sexuels, ni par aucun autre indicateur lié au « comportement sexuel », mais par des facteurs biologiques (co-infection avec l’herpès et circoncision masculine) et sociaux (liés notamment aux inégalités de genre). Ce qui ne veut pas dire que le préservatif ne sert à rien, mais plutôt que les comportements individuels n’ont qu’un effet marginal sur l’épidémie, et que cet effet est écrasé par des variables liées à l’environnement social et politique. L’étude marque ainsi un tournant vers une compréhension « écologique » de l’épidémie et de la prévention.

    Il a été démontré depuis que l’épidémie de VIH chez les Africains-Américains aux Etats-Unis ou les migrants en France n’est pas liée à un déficit d’éducation ou à une indéracinable indiscipline, mais à la structure même des réseaux socio-sexuels, façonnés par la précarité, la ségrégation raciale et la criminalisation des populations. Avoir un comportement à changer, c’est un luxe de la classe moyenne blanche. La leçon est en fait très banale : depuis le XIXe siècle, la santé publique doit sa réussite aux égouts, aux normes d’aération, à la médecine de travail, aux congés maladie, à l’échange de seringues, au Subutex, aux antirétroviraux, beaucoup plus qu’au catéchisme comportementaliste. Il serait bon de s’en souvenir en temps de Covid-19 : les contraintes structurelles (travail, logement), les cofacteurs biologiques et les mutations du virus écrasent, dans toutes les études, l’effet du respect des gestes barrières. C’est là le tragique : l’épidémie ne dépend pas de nos comportements, ou si peu.

    #comportement #nudge

    • Discuté/critiqué par Pr. Logos
      https://twitter.com/Pr_Logos/status/1378258027409768451

      Un article à lire, fort intéressant, qui serait convaincant s’il n’avait cette brillance et cette manière d’affirmer qui suscitent la méfiance, surtout quand la conclusion est fausse : « l’épidémie ne dépend pas de nos comportements ou si peu ».

      C’est l’archétype de l’article malin par un auteur malin, qui met en valeur des choses finalement simples et bien connues, mais peu vulgarisées, mais finit par dire des sottises aussi énormes que ce qu’il prétend corriger.

      L’article a ceci d’irritant qu’il ne se fonde sur aucun travail de terrain : le type ne se confronte manifestement pas à la question concrète, technicisée, de la sécurisation sanitaire et de l’endiguement épidémique.
      Il lui manque ceci : la responsabilité que confère le faire.

      L’article construit un épouvantail initial : le comportementalisme ne serait que le visage de l’individualisme moralisateur… Puis, dans une dialectique de copie khâgno-BCPST, on dévoile ce secret de polichinelle : il existe des facteurs environnementaux.

      Synthèse : et si le comportement était un fait social et environnemental ?

      Il en va du lecteur des Inrocks comme de celui de Libé : quinqua, il ou elle aime se sentir jeune et connaître Aya Nakamura, plutôt que de voir citer Hegel ou les tenants de l’#interactionnisme_social .

      On serait quelque part entre les deux ?