• La recherche s’aventure en terres indigènes. Perspectives maories sur l’exploration scientifique coloniale

    Par Linda Tuhiwai Smith
    Traduit de l’anglais par Samuel Lamontagne et Elvina Le Poul.

    Extrait du chapitre « Research Adventures on indigenous lands » de Decolonizing Methodologies. Research and Indigenous Peoples (Zed Books ldt / University of Otago Press, 1999).

    Que ce soit James Cook dans le Pacifique ou David Livingstone en Afrique australe, les récits des aventuriers européens des XVIIIe et XIXe siècles ont largement contribué à modelé le regard occidental sur les territoires et les corps qu’ils ont parcourus. Professeure d’Études indigènes maorie, Linda Tuhiwai Smith lutte contre l’invisibilisation des perspectives indigènes et la colonialité inhérente à la production du savoir scientifique 1. À partir de l’expérience maorie, elle remet en cause les méthodes et le rapport aux sources fondés sur la désappropriation, et l’imposition d’un partage entre celleux qui font de la recherche et celleux qui en sont l’objet.

    Dans son livre Decolonizing Methodologies. Research and Indigenous Peoples, paru en 1999 mais à ce jour inédit en français, elle renverse la perspective posée par les récits de voyage des explorateur⋅ices européen⋅nes en terres maories, investiguant ce qui se jouait dans l’ombre de ces chroniques romanesques dans un contexte où la recherche scientifique était indissociable des activités coloniales.

    https://www.jefklak.org/la-recherche-saventure-en-terres-indigenes

  • « Une fourche, un mouchoir, et tu te débrouilles. » La fabrique des colons en Nouvelle-Calédonie. Entretien avec Isabelle Merle

    Par Xavier Bonnefond

    Au milieu du XIXe siècle, la montée en puissance du secteur industriel et la concentration urbaine modifient en profondeur la société française. Les laissé·es pour compte sont de plus en plus nombreux·ses dans les faubourgs, et les vols font la une des journaux. Pour se débarrasser de ce « trop-plein » et résoudre une question sociale de plus en plus pressante, l’État décide d’établir en terres australes une petite France à l’antipode de la métropole  : la Nouvelle-Calédonie. Pour leur plus grand malheur, les Kanak voient leur île se transformer en une colonie pénitentiaire et résidentielle, sur laquelle le pouvoir colonial attribue des bouts de terres spoliées aux ex-bagnards et aux colons libres, dans l’espoir d’en faire des paysans laborieux. L’historienne Isabelle Merle 1, auteure d’Expériences coloniales. La Nouvelle-Calédonie. 1853-1920 2, revient avec nous sur le rôle et l’évolution de ces rouages de l’entreprise coloniale.

    Cet article est initialement paru dans le sixième numéro de la revue papier Jef Klak, « Pied à terre », toujours disponible en librairie.

    https://www.jefklak.org/une-fourche-un-mouchoir-et-tu-te-debrouilles

  • Difé. Bananes, chlordécone, cancers

    Par Némo Camus

    Samedi 27 février 2021, des milliers de manifestant·es se sont rassemblé·es en Martinique, en Guadeloupe et à Paris pour protester contre le déni de justice vécu par les victimes de l’empoisonnement au chlordécone.

    Les tribunaux renâclent à établir les responsabilités et la plainte déposée en 2006 est menacée de prescription. Le pesticide, dont la toxicité est connue depuis le début des années 1960, a pourtant été épandu dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe pour lesquelles il a bénéficié de multiples autorisations dérogatoires jusqu’au milieu des années 1990. Polluant organique persistant et perturbateur endocrinien, il a contaminé les sols, l’eau et les corps – 90 % de la population est touchée – entraînant notamment une explosion du nombre de cancers.

    Dans cette pièce sonore , réalisée pour le disque Terre de feu qui accompagne le septième numéro de Jef Klak, résonnent les sonorités du travail agricole de femmes et d’hommes qui approvisionnent en bananes les marchés des pays occidentaux. De la polyphonie nocturne des grenouilles hylodes de Basse-Terre surgit un appel pour sortir de la grande nuit : Difé, difé limanité ki la, difé 1 !

    https://www.jefklak.org/dife

  • C’est la route qui compte. Portrait de Jef Klak en travailleur⋅se du son

    Par le groupe son de Jef Klak

    En février 2020 et dans la continuité de l’autoenquête travaillée dans notre numéro « Pied à terre », le groupe son de Jef Klak était invité au festival « Longueur d’ondes » à Brest. À plusieurs voix, nous sommes revenu⋅es sur les pratiques collectives du son en dressant un panorama de nos recherches et expérimentations de différents modes de productions et de collaborations. Au delà du plaisir et de l’enjeu de fabriquer ensemble, comment produire des œuvres, des objets culturels sans avoir de chaînes de hiérarchie entre nous ?

    Discussions et écoute d’extraits de nos différentes créations sonores pour faire entendre nos tentatives et nos réflexions, et entrer ainsi dans la fabrique collective du collectif…

    https://www.jefklak.org/cest-la-route-qui-compte

  • Les lacrymos, une arme de guerre civile. Comment les gaz devinrent le poison favori des suprémacistes blancs

    Par Anna Feigenbaum . Traduit de l’anglais (États-Unis) par Unai Aranceta, Ferdinand Cazalis et Elvina Le Pou l

    Texte original : « How Tear Gas Became the White Supremacist’s Favorite Poison », Mother Jones, 8 juin 2020.

    Armes de « contrôle des foules » par excellence, les gaz lacrymogènes semblent être devenus l’un des outils privilégiés du maintien de l’ordre contemporain. Leur usage dans le cadre de manifestations publiques s’est systématisé ces dernières années, au point que l’image de rassemblements noyés sous les gaz semblent être devenue la norme. Aux États-Unis, la répression des mouvements Black Lives Matter a apporté une nouvelle illustration de l’usage disproportionné que la police fait de ses armes, en particulier lorsqu’il s’agit d’étouffer les revendications des groupes les plus discriminés. Mais alors que l’expérience des effets des gaz est de plus en plus partagée, leur histoire, qui plonge ses racines dans la Première Guerre mondiale puis dans la gestion coloniale, reste souvent méconnue.

    https://www.jefklak.org/les-lacrymos-une-arme-de-guerre-civile

  • American gods stories. Migrations forcées, cultes détournés
    Par Bruno Thomé

    Dans American Gods (2001), le romancier et scénariste de comics Neil Gaiman décrit les déboires de dieux et déesses de l’Ancien Monde débarqué·es en Amérique du Nord avec leurs fidèles. En mal d’adorateurs et d’adoratrices et en prise avec l’arrogance des nouvelles divinités du capitalisme, leur parcours fait écho à celui de millions de personnes ayant eu un jour à faire des États-Unis leur chez-soi. Seize ans plus tard, les scénaristes de la série adaptée du roman ont voulu prolonger ce parallèle jusqu’à l’ère Trump, insistant sur le continuum multimillénaire de l’histoire des migrations vers le sol américain. Anatomie comparée.

    https://www.jefklak.org/american-gods-stories

  • Pour ne plus taire les jours où Parole à voix nue et ses résonances

    Par Aude Rabillon

    Le mouvement #Metoo, et de façon saillante certaines prises de parole, celles d’Adèle Haenel et, plus récemment de Camille Kouchner, comme mille autres récits d’abus, de viols, ont modifié l’écoute sociale envers les oppressions sexuelles. En s’intéressant aux feux qui couvent, le disque Terre de feu, qui accompagne le septième numéro de la revue papier Jef Klak, s’en fait chambre d’écho. L. s’est emparée du dispositif d’écoute et d’enregistrement que lui a tendu Aude Rabillon pour penser, énoncer, l’inceste qu’elle a subi. Elle perce les couches de silence et fait entendre la violence qui se propage en elle, et qui nous est impartie.

    https://www.jefklak.org/pour-ne-plus-taire-les-jours-ou

  • Covid-19 : la technologie ne nous sauvera pas Technosolutions pour détourner l’attention
    Par le collectif Unit

    Traduit de l’italien par Cabiria Chomel, Lucile Dumont et Claire Feasson

    Alors qu’en cette rentrée, les dernières illusions de sortie de crise sanitaire s’évanouissent, chacun⋅e est invité⋅e à reprendre travail, école et loisirs. Qu’importe si les capacités de tests et de soin restent insuffisantes, et si les directrices d’école et les chefs d’entreprise espèrent ne pas avoir bientôt à déclarer un nouveau cluster. Pour (un peu) se rassurer, il faudrait compter sur la nouvelle grammaire numérique testée à grande échelle pendant le confinement : visioconférences, téléconsultations, applis de traçage, etc. Un collectif de hackers italien⋅nes passe en revue quelques-uns des écrans de fumée digitaux qu’on nous sert sur un plateau.

    https://www.jefklak.org/covid-19-la-technologie-ne-nous-sauvera-pas

  • « La clé de cette grève des loyers est de l’étendre là où on ne l’attend pas. » Entretiens autour des mobilisations de locataires et de la grève des loyers aux États-Unis (3/3)
    Par Lucile Dumont

    Partout dans le monde, la pandémie de Covid-19 agit comme un puissant révélateur des inégalités sociales. Aux États-Unis elle s’articule notamment à la crise du logement que connaît le pays depuis de nombreuses années : la spéculation immobilière, la gentrification et la flambée des loyers ont conduit à une explosion du nombre de sans-abri ces dernières années. La crise sanitaire et les pertes d’emploi qu’elle a entraîné a mis de très nombreux⋅ses locataires dans l’impossibilité de payer leur loyer. Face à des mesures insuffisantes de la part des pouvoirs publics, les appels à la grève des loyers se sont multipliés, et les mobilisations autour des questions de logement ont nourri la dynamique existante des syndicats de locataires dans plusieurs grandes villes.
    Entretien avec Lexie Cook, de l’université Columbia à New York, et avec Lenora Hanson, de l’université de New York (NYU).

    https://www.jefklak.org/la-cle-de-cette-greve-des-loyers-est-de-letendre-la-ou-on-ne-lattend-pas/#fnref-9216-2

  • Garlic Lady vs. Draculords : résister aux propriétaires-vampires Entretiens autour des mobilisations de locataires et de la grève des loyers aux États-Unis (2/3)
    Par Lucile Dumont

    Partout dans le monde, la pandémie de Covid-19 agit comme un puissant révélateur des inégalités sociales. Aux États-Unis, elle s’articule notamment à la crise du logement que connaît le pays depuis de nombreuses années : la spéculation immobilière, la gentrification et la flambée des loyers ont conduit à une explosion du nombre de sans-abris. La crise sanitaire et les pertes d’emploi qu’elle a entraînées ont mis de très nombreux⋅ses locataires dans l’impossibilité de payer leur loyer. Face à des mesures insuffisantes de la part des pouvoirs publics, les appels à la grève des loyers se sont multipliés, et les mobilisations autour des questions de logement ont nourri la dynamique existante des syndicats de locataires dans plusieurs grandes villes.

    Entretien avec Corine Ombongo-Golden, locataire d’un appartement dans le Bronx à New York, membre de Right to Counsel et North West Bronx Community and Clergy Coalition (NWBCCC).

    https://www.jefklak.org/garlic-lady-vs-draculords-resister-aux-proprietaires-vampires

  • « L’arme la plus puissante des locataires est de ne pas payer leur loyer. » Entretiens autour des mobilisations de locataires et de la grève des loyers aux États-Unis (1/3)
    Par Lucile Dumont

    Partout dans le monde, la pandémie de Covid-19 agit comme un puissant révélateur des inégalités sociales. Aux États-Unis, elle s’articule notamment à la crise du logement que connaît le pays depuis de nombreuses années : la spéculation immobilière, la gentrification et la flambée des loyers ont conduit à une explosion du nombre de sans-abris. La crise sanitaire et les pertes d’emploi qu’elle a entraînées ont mis de très nombreux⋅ses locataires dans l’impossibilitéde payer leur loyer. Face à des mesures insuffisantes de la part des pouvoirs publics, les appels à la grève des loyers se sont multipliés, et les mobilisations autour des questions de logement ont nourri la dynamique existante des syndicats de locataires dans plusieurs grandes villes.

    Entretien avec Rob Wohl, qui participe à la campagne Stomp Out Slumlords à Washington, et Julian Francis Park, membre du Tenant and Neighborhood Councils à Oakland, dans la baie de San Francisco.

    https://www.jefklak.org/larme-la-plus-puissante-des-locataires-est-de-ne-pas-payer-leur-loyer

  • Que faire de la police ? Les fonctions du maintien de l’ordre social en question

    Par Jef Klak

    Lamine Dieng, Babacar Gueye, Adama Traoré… La liste est longue des personnes racisées tuées par la police en France. Impunité des forces de l’ordre, contrôles au faciès, insultes répétées, omerta au sein des services de police… Les pléthoriques injustices à l’œuvre dans le « maintien de l’ordre » sont avérées par de nombreuses études. Maintenir un ordre social injuste, telle est la doctrine de la police ; et partout l’on supprime des postes (dans la santé, l’éducation, le travail social), pendant que les moyens alloués au ministère de l’Intérieur ne font qu’augmenter. La logique est claire dans l’histoire néolibérale des quarante dernières années : transférer les budgets pour la prévention et l’émancipation dans les secteurs de la répression et de l’enfermement. C’est contre ce choix de société que nombre de citoyen·nes des États-Unis se battent en faveur d’une abolition de la police. Et c’est pour un autre modèle social qu’est né le mouvement « Defund the police » (« Couper les vivres à la police ») à la suite du crime policier qui a tué Georges Floyd en mai 2020. L’allocution du sociologue d’Alex S. Vitale (auteur de The End of Policing, Verso, 2017) traduite ici rappelle ce travail de base des militant·es abolitionnistes pour changer de modèle. Plutôt que budgétiser une police contre la population et d’essayer de rendre sympathique celles et ceux qui sont payé·es pour terroriser, nous devrions refuser la légitimité de leur fonction et rediriger l’argent public dans des missions sociales : le logement, le soin, l’entraide. Jef Klak a décidé d’accompagner ce texte de la traduction d’un tableau réalisé par le groupe Critical Resistance pour détailler les mesures qui ne font qu’élargir les pouvoirs de la police sous couvert de réformes humanistes, au lieu de repenser en profondeur une organisation sociale au service des plus riches et du racisme systémique.

    https://www.jefklak.org/que-faire-de-la-police

  • Devant Moria 2/2 « Je n’ai même pas fait mes valises. »

    Par Clément Aadli, Adrien Chevrier et Amélie Perrot

    Ouvert en 2013 sur l’île de Lesbos en Grèce sur le site d’une ancienne base militaire, le camp de Moria accueille et retient les réfugié·es qui cherchent à rejoindre l’Europe. L’un des cinq centres d’enregistrement et de contrôle situés en mer Egée, il se double d’un centre de détention, témoignant d’une gestion sécuritaire et d’une criminalisation de ces migrations. Coercition, détention arbitraire, expulsions, refoulements massifs et violations des droits fondamentaux sont au rendez-vous. Prévu pour loger 3 000 personnes, on dénombre en janvier 2020 plus de 20 000 personnes vivant à l’intérieur du camp et à ses abords.

    En septembre 2018, Clément Aadli, Adrien Chevrier et Amélie Perrot mettent en place des ateliers de radio hébergés dans un accueil de jour situé en marge du camp. Emportant des enregistreurs avec elles et eux, les participant·es des ateliers racontent, interviewent d’autres habitant·es, captent la vie du camp et inventent leur radio (voir à ce sujet la première partie de cette publication, « Une radio face au camp de réfugié⋅es de Lesbos »). À l’heure où la crise du coronavirus et le défaut de protection sanitaire les vulnérabilisent encore davantage, retour sur le parcours de quatre réfugiés de Moria, partis d’Iran, du Cameroun ou d’Afghanistan. Portraits.

    https://www.jefklak.org/devant-moria-2-2

  • Devant Moria. Une radio face au camp
    Par Clément Aadli, Adrien Chevrier et Amélie Perrot
    Photographies par Ahmad Ebrahimi

    Ouvert en 2013 sur l’île de Lesbos en Grèce sur le site d’une ancienne base militaire, le camp de Moria accueille et retient les réfugié·es qui cherchent à rejoindre l’Europe. L’un des cinq centres d’enregistrement et de contrôle situés en mer Egée, il se double d’un centre de détention, témoignant d’une gestion sécuritaire et d’une criminalisation de ces migrations. Coercition, détention arbitraire, expulsions, refoulements massifs et violations des droits fondamentaux sont au rendez-vous. Prévu pour loger 3 000 personnes, on dénombre en janvier 2020 plus de 20 000 personnes vivant à l’intérieur du camp et à ses abords.

    En septembre 2018, Clément Aadli, Adrien Chevrier et Amélie Perrot mettent en place des ateliers de radio hébergés dans un accueil de jour situé en marge du camp. Emportant des enregistreurs avec elles et eux, les participant·es des ateliers racontent, interviewent d’autres habitant·es, captent la vie du camp et inventent leur radio. Retour en deux parties sur cette expérience radiophonique à l’heure où la crise du coronavirus et le défaut de protection sanitaire vulnérabilisent encore davantage les réfugié·es de Moria.

    https://www.jefklak.org/devant-moria

  • Virus global, misère locale. La pandémie et la rue à Strasbourg
    Par Justine Partout

    « Restez chez vous ! » Deux mois que le mot d’ordre est asséné par les médias à destination des foules prétendument irresponsables. Mais comment faire quand de chez soi, justement, on n’en a pas, ou quand il ne permet pas de mettre en œuvre les gestes barrières les plus élémentaires ? À Strasbourg comme ailleurs, les sans-abri et les habitant⋅es de squats sont rendus encore plus vulnérables par les mesures de confinement, qui les privent d’accès au droit, à l’eau, à l’hygiène la plus élémentaire. Dépassées, incapables de penser des solutions à long terme pour les plus fragiles, les municipalités laissent le virus creuser des inégalités pourtant déjà criantes.

    https://www.jefklak.org/virus-global-misere-locale

    • La semaine du 17 mars, la première du confinement, une femme âgée de 59 ans, habitante du squat Bugatti et présentant des symptômes, se rend deux fois à l’hôpital. Son état ne suscitant pas d’inquiétude, elle est renvoyée « chez elle ». Elle sera finalement hospitalisée le dimanche 22 mars, de même qu’un autre résident du squat. Toustes deux seront testé·es positif·ves au Covid-19. Au moins deux autres personnes seront hospitalisées les jours suivants. Parmi elles, un homme, père de 9 enfants vivant au squat, mourra début avril des suites du coronavirus.

      Le 25 mars, un homme, qui a été brièvement hospitalisé et testé positif au Covid-19 est ramenée en ambulance au squat. Il n’y restera que quelques heures, mais son retour suscite colère et anxiété. « J’ai très peur. Si quelqu’un est malade, pourquoi l’inviter là où il y a beaucoup de personnes qui essayent de se protéger ? », interroge un résident.

      Sur place, l’ennui monte aussi. Un résident raconte : « Ça me rend fou de rester assis à rien faire ». Certain·es font des allers-retours en ville, notamment pour se rendre aux rares distributions alimentaires maintenues et à la rencontre des maraudes qui se mettent en place pour pallier la fermeture de presque tous les accueils de jour.

      Une opération menée du 26 au 28 mars au squat Bugatti par Médecins du monde, qui était prévue avant les premières hospitalisations, permet de détecter douze cas supplémentaires 2. Comme seules les personnes jugées vulnérables et présentant des symptômes ont été testées, de nombreux cas ont échappé au diagnostic. Parmi les personnes qui ne sont pas considérées comme à risques et qui n’ont pas été dépistées, celui qui joue le rôle de référent du squat, qui distribuait les masques livrés par l’ONG, les repas et colis apportés par les associations et qui détenait le thermomètre utilisé pour le suivi quotidien des personnes, tombera très malade début avril.

      C’est pas la première ligne, c’est malades pour rien, par négligence des autorités, par pauvreté et promiscuité. Lien vers cette question d’une société qui accepte d’avoir des maillons faibles par manque d’humanité et manque de compréhension de ce qu’est la santé publique.

    • @seenthis on avait déjà noté (avec @sombre) que modifier un commentaire long entraînait le renvoi vers la page d’accueil. Mais depuis quelques semaines quand on revient depuis la page d’accueil sur la page du com’, on a la vieille version de la page qui s’affiche sans le com, il faut la mettre à jour et ça demande un clic de plus pour pouvoir modifier le com en question.

  • Milan, guide rouge

    Mode, précarité et biosyndicats

    Par Ferdinand Cazalis

    https://www.jefklak.org/milan-guide-rouge

    Enquêter sur cette petite bourgeoisie déclassée permet d’en apprendre beaucoup sur la forme moderne de l’exploitation, car c’est en passe de devenir la forme majoritaire du travail, dans une universalisation de la précarité. Aujourd’hui, tu passes ta vie dans la précarité, pas seulement ta jeunesse. Ce n’est plus le triste sort de quelques malchanceux, ou de paresseux, c’est au contraire le modèle, la matrice de l’emploi contemporain, expérimenté dans les secteurs les plus immatériels, mais ensuite décliné à l’ensemble de la production. Si l’on n’arrive pas à penser ce problème, on ne peut pas développer une politique et un parcours d’émancipation.

    En effet, on ne peut plus faire démarrer l’analyse sur l’ancienne classe ouvrière, ça ne veut presque plus rien dire. Ma fille par exemple a commencé en travaillant comme réalisatrice de film il y a 20 ans et elle gagnait le double par rapport à maintenant. Il y a eu une énorme dégradation des salaires, et si l’on veut gagner le minimum pour vivre, on doit faire des journées de travail de 14 à 15 heures pour gagner 150 euros. La concurrence permet d’expliquer cela, avec la saturation des candidats dans ce secteur, bien sûr, mais c’est surtout que les gens sont de plus en plus disposés à travailler pour rien. C’est assez incroyable. Ils ne parviennent pas à se regrouper, à se fédérer…

  • Covid-19 : Mesures minimales

    https://paris-luttes.info/covid-19-mesures-minimales-13655

    Les conséquences de cette crise sanitaire étant dues aux politiques libérales des 40 dernières années, soyons déterminé·es à nous battre de toutes nos forces pour que rien ne retourne à la normale une fois qu’on en aura fini avec ce virus.

    Affiche à télécharger.

  • Copos de memoria. Souvenirs d’exilé⋅es de la guerre d’Espagne

    Par Émilie Mousset

    Le 8 février 1939, plus de trois cents réfugié⋅es de la guerre civile d’Espagne arrivent dans le petit village de Miramont-de-Comminges. Parties dans l’extrême urgence pour fuir les troupes du général Franco, ces familles, comme tant d’autres, voyaient leur périple prendre fin non loin des Pyrénées. Barrière naturelle traversée à pied en plein hiver et ultime obstacle d’un parcours qui, pour certain⋅es, a duré près de quatre ans. Quatre années d’errance et de dérive dictées par les mouvements du front de la guerre. De 2015 à 2017, lors d’un projet d’installation sonore et plastique, Émilie Mousset et Delphine Lancelle ont recueilli des flocons de mémoire (copos de memoria) la parole des enfants d’alors, survivant⋅es de cet exode sinueux dont on se souvient sous le nom de Retirada.
    Cet article est initialement paru dans le cinquième numéro de la revue papier Jef Klak, « Course à pied », encore disponible en librairie.

    https://www.jefklak.org/copos-de-memoria

  • « Chase those crazy baldheads out of town »
    De 1986 à 2020, histoire et actualité des luttes en Haïti

    Par Kolektif Anakawona
    Traduction par Unai Aranceta et Ferdinand Cazalis

    Le 7 février 1986, après trois ans de luttes populaires, Haïti mettait enfin un terme à la dynastie des Duvaliers. Poussé à l’exil, le tyran Jean-Claude Duvalier laissait le pays avec une dette de 844 millions de dollars envers des institutions internationales. Une histoire sans fin : en 2019, le président Jovenel Moïse et des élites du pays furent accusées d’avoir détourné quelque deux milliards d’aides internationales. Aujourd’hui encore, le peuple prend la rue et multiplie les blocages économiques. Entre catastrophes naturelles, misère institutionnalisée et condescendance de la communauté internationale, une jeune génération de révolté·es s’organise pour reprendre en main son destin politique.

    https://www.jefklak.org/chase-those-crazy-baldheads-out-of-town

  • Sur jefklak.org : Pour une grève permanente des loyers
    Locataires en lutte et auto-organisation des sans-abri en Californie

    Par Julian Francis Park

    La baie de San Francisco subit une crise du logement sans précédent. La hausse vertigineuse des loyers et les incendies monstres qui ravagent la Californie ont conduit 29 000 personnes à dormir dans la rue, tandis que presque la moitié des habitant·es envisage de quitter la région en raison du coût élevé des locations.

    Face aux expulsions massives dues à cette double catastrophe sociale et écologique, les sans-abri se sont regroupé⋅es en campements autogérés et les locataires ont créé des syndicats pour déclarer la grève des loyers. Retour sur ces pratiques de lutte contre la gentrification et la spéculation immobilière, où les plus précaires – en grande partie non blanc⋅hes – s’auto-organisent, au grand dam des élites économiques et politiques.

    https://www.jefklak.org/pour-une-greve-permanente-des-loyers

    • Covid-19 : « On veut inciter les New-Yorkais à faire la grève des loyers avec nous »
      https://www.liberation.fr/planete/2020/04/29/covid-19-on-veut-inciter-les-new-yorkais-a-faire-la-greve-des-loyers-avec

      A New York, [la grève des loyers] avait notamment été utilisé dans les années 30 : des locataires de Harlem et du Bronx s’étaient battus avec succès contre le gonflement des loyers et la négligence des propriétaires, en refusant collectivement de payer. Près d’un siècle plus tard, ce sont plus de 400 foyers à travers la ville, selon Housing Justice for All, la coalition d’organisations qui chapeaute l’action, et qui s’apprêtent à faire de même pour le mois de mai.

      Ils appellent à une annulation totale des loyers pendant quatre mois, et l’assurance que chaque locataire verra son bail renouvelé au même montant. Des initiatives similaires sont organisées à Chicago, Los Angeles, San Francisco, Seattle ou Austin. Environ un tiers des locataires du pays, 13,4 millions de personnes, n’ont pas pu payer leur loyer d’avril. Jusqu’à 40 % à New York, selon les estimations, ville peuplée majoritairement de locataires. Avec la hausse inédite de 26 millions de chômeurs en cinq semaines aux Etats-Unis, ils pourraient être beau- coup plus nombreux à ne pas pouvoir payer leur loyer de mai.

      [...] Selon un rapport du New School’s Center for New York City Affairs publié mi-avril, l’économie de la ville n’a pas été dans une situation aussi précaire depuis les années 70. « La crise actuelle de santé publique et économique dépasse de loin la dévastation personnelle, psychologique, et économique du 11 septembre, de la grande récession de 2008-2009 ou de l’ouragan Sandy », s’alarment les auteurs de l’étude. Ils évaluent à 1,2 million le nombre de New-Yorkais qui se retrouveront au chômage début mai, dans une ville de 8,5 millions d’habitants.

      « Depuis bien longtemps, la majorité des New-Yorkais consacrent plus de 30 % de leurs revenus à leur loyer, rappelle Ava Farkas, du Met Council on Housing, une organisation de défense des droits des locataires. Les propriétaires exploitent les failles de la législa- tion pour faire grimper les loyers. On assiste à des phénomènes de gentrification ultrarapides, et il est de plus en plus difficile de trouver un logement abordable. La crise sanitaire et économique du coronavirus est venue s’ajouter à cette réalité, avec des milliers de gens qui se retrouvent sans emploi, sans ressources, du jour au lendemain. Ce sont pourtant les propriétaires qui devraient prendre les coups : ils sont beaucoup mieux outillés que les locataires pour absorber le choc. » A New York, le propriétaire moyen possède 20 immeubles.

      Cartographie USA : Anti-Eviction Mapping Project
      https://seenthis.net/messages/844889

    • ‘CANCEL THE RENTS’ CAR CARAVANS PROTEST IN 40 CITIES -Party for Socialism and Liberation
      https://popularresistance.org/cancel-the-rents-car-caravans-protest-in-40-cities

      From Los Angeles to San Francisco to Chicago to New York and more than 40 cities across the country. On April 25 cars rolled through neighborhoods and shopping districts, stopped in front of jails, and drove by the homes of local politicians to demand that all rents and mortgages be canceled. Every car caravan took extensive precautions to conform to physical distancing requirements.

      Here is some of the national press coverage of the socialist-led protests demanding the cancellation of rents and mortgages for the duration of the pandemic from Liberation News.

      Liberation News reports: “The fightback has begun! It’s perverse that the government, after shutting down the whole economy, won’t now cancel rents and mortgages. Make the bailed-out banks absorb the cost. The buildings won’t collapse, but millions of unemployed families will if they’re forced to pay.”

      Car protests took place in over 40 cities including San Francisco, Los Angeles, Sacramento, San Diego, Fresno (California); Seattle, Spokane, Vancouver and Pasco (Washington state); Salt Lake City, Provo and Cedar Springs (Utah); Dallas, Houston and San Antonio, (Texas); Denver, Colorado Springs (Colorado); Milwaukee and Madison, (Wisconsin); Albany and Queens, (New York); Dayton and Cincinnati, (Ohio); Albuquerque, New Mexico; Anchorage, Alaska; Atlanta, Georgia; Boise, Idaho; Boston, Massachusetts; Chicago, Illinois; Columbia, South Carolina; Jackson, Mississippi, Knoxville Tennessee; Manchester, New Hampshire; Minneapolis, Minnesota; Newark, New Jersey. New Haven, Connecticut; Reno, Nevada; and Springfield, Missouri.

      Sign The National Petition
      To Cancel All Rents And Mortgage Here!

      https://www.canceltherents.org/petiton-to-cancel-the-rents
      National Petition To Cancel All Rents And Mortgages
      President Donald Trump:

      People all across the United States are experiencing the most unimaginable and devastating crisis of COVID-19. More than 26 million people have lost their jobs, millions more stand to lose their incomes in weeks and months to come. One of the most critical issues is housing.

      The CARES Act and other Congressional bills are not nearly enough to address this massive crisis. Hospitals don’t have enough resources. A one time $1200 payment for individuals does not go far enough and too many people are excluded from the benefits altogether.

      At least 30 percent of renters were unable to pay their rent on April 1st. The rent moratoriums implemented in several states will require that the rent be paid at some point in the future but with the loss of jobs and cuts to income, many will be unable to pay a debt so large.

      #manifestation_en_voiture

  • Il n’y a pas de crise du logement Le syndicat des locataires de Los Angeles en 101 points

    Par Tracy Jeanne Rosenthal
    traduction Unai Aranceta

    1. Tout d’abord, il n’y a pas de crise du logement.

    2. Le logement n’est pas en crise.

    3. Le logement n’a pas besoin de cellule de crise.

    4. Le logement n’a pas besoin d’avocat·es. Le logement n’a pas besoin de camarades ou d’ami·es. Le logement n’a pas besoin de représentant·es. Le logement n’a pas besoin de coordinateur·ices.

    5. Quand on appelle cette crise « crise du logement », cela sert les intérêts de ceux et celles qui conçoivent les logements, les font construire et en tirent profit. Cela ne sert pas les intérêts de celles et ceux qui vivent dedans.

    6. Parler de crise du logement nous encourage à penser par abstractions, par nombres, par « unités » interchangeables, et non à penser aux personnes, ou aux logiques de pouvoir.

    7. Nous ne vivons pas de crise du logement. Nous vivons une crise des droits des locataires.

    https://www.jefklak.org/il-ny-a-pas-de-crise-du-logement

  • « Demande-toi ce que tu peux faire pour t’en sortir. » Le monde du développement personnel. Entretien avec Nicolas Marquis
    Par Romain André

    Les livres de développement personnel se vendent comme des petits pains, particulièrement en ces temps de bonnes résolutions. Depuis leur essor, qu’on les perçoivent comme symptômes d’un malaise culturel ou comme une nouvelle technique de pouvoir, ils suscitent dédains, moqueries et inquiétudes. Pourtant, de nombreux.ses lectrices et lecteurs considèrent que ces écrits leur ont sauvé la vie. Dans Du bien-être au marché du malaise (PUF, 2014), le sociologue Nicolas Marquis a pris le soin de partir de ces expériences de lecture pour réinterroger le monde qui les rend si désirables.

    Cet article est issu du cinquième numéro de la revue papier Jef Klak, « Course à pied », encore disponible en librairie.

    https://www.jefklak.org/demande-toi-ce-que-tu-peux-faire-pour-ten-sortir

  • Sur jefklak.org : Strasbourg, capitale de la clôture.Chronique d’un campement précaire
    Par Justine Partout

    Un peu partout, des gens dans la misère s’installent et vivent dans des campements de fortune. Parfois aussi, ils y meurent. C’est ce qui s’est passé le 25 mai 2019 à Strasbourg, dans le campement du parc des glacis, à proximité de la rue du rempart, où précarité sociale et transformation urbaine se télescopent.

    Cet article est issu du sixième numéro de la revue papier Jef Klak, Pied à terre , disponible en librairie.
    https://www.jefklak.org/strasbourg-capitale-de-la-cloture
    #campement #migrants #Strasbourg