• Le revenu minimum d’existence | Charlie Hebdo

    http://www.charliehebdo.fr/news/revenu-minimum-d-existence-1073.html

    Le revenu minimum d’existence 27 Dec 2013

    Pourquoi le RME est-il une nécessité de la société postcapitaliste ?

    Encore faut-il qu’on croie à une société au-delà du capitalisme… Une société non violente, altruiste, respectueuse de l’environnement, bref, une société anti-humaine sachant que l’homme isolé ou en groupe est violent, égoïste et destructeur de l’environnement. (La Commission européenne vient d’autoriser la pêche en eaux profondes, histoire de détruire plus vite ce qui est en voie de disparition…)

    #rme

    • https://collectiflieuxcommuns.fr/spip/spip.php?article431

      1 – Exposé sur le principe de « l’égalité des revenus »

      La problématique présentée par Castoriadis dans Autogestion et hiérarchie des salaires et des revenus (voir en ligne : http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article404) a été reprise : il n’y a aucun critère objectif pour définir une échelle des revenus : A l’époque, Castoriadis passait en revue tous les critères qui semblaient « évidents » à la plupart des gens : la compétence, le talent, la difficulté de la tâche, la responsabilité. Depuis, un grand pas a été franchi : vers la fin des années1980, les hauts salaires ont explosé, et aujourd’hui, il est évident que ce qui les justifie réellement, c’est la reconnaissance par l’oligarchie, la capacité à surnager et à évincer ses concurrents dans les luttes de clans et de pouvoir. Les justifications de pure forme elles aussi ont sauté : un dirigeant d’entreprise n’a même plus besoin de faire valoir un bon bilan pour justifier d’un pa­rachute doré. La disparité grandissante des salaires a donc eu un double effet : d’un côté, l’appartenance à l’oligarchie apparaît pour ce qu’elle est : le seul critère véritable. De l’autre, cet étalement de cynisme fait presque regretter les autres critères, qui pourtant ne sont pas plus recevables

      2 – Exposé pour introduire à une discussion autour du « Revenu d’existence »

      Lors des distributions de tracts en manifestations, parmi les gens intéressés par notre mot d’ordre (et notamment des « objecteurs de croissance » - dont un(e) est parmi nous ce soir) beaucoup le rapprochaient du prin­cipe du revenu garanti : il nous a sem­blé pertinent d’engager une discussion autour de cette apparente conver­gence.

      Les deux revendications reposent sur un même constat : l’interpénétration des activités humaines (a fortiori dans nos sociétés hyper-complexes) fait que la richesse produite ne peut être objectivement attribuée à tel ou tel secteur particulier. C. Castoriadis, au hasard, le formule très clairement dans « La ‘rationalité’ du capita­lisme » (Figures du pensable, p. 76-77) : « L’imputation d’un résultat économique à une firme est purement conventionnelle et arbitraire, elle suit des frontières tracées par la loi (propriété privée), la convention ou l’habi­tude. Tout aussi arbitraire est l’imputation du résultat productif à tel ou tel facteur de production, le ‘capital’ ou le ‘travail’. Capital (au sens des moyens de production produits) et travail contribuent au résultat productif sans que l’on puisse, sauf dans les cas les plus triviaux, et encore, séparer la contribution de chacun. La même chose vaut à l’intérieur d’une usine entre les différents départements et ateliers. Et la même chose vaut pour le ‘résul­tat du travail’ de chaque individu. Personne ne pourrait faire ce qu’il fait sans la synergie de la société où il est plongé et sans l’accumulation dans ses gestes et son esprit des effets de l’histoire précédente… ».C’est sur cette évidence que reposent aussi bien le principe d’un minimum garanti tout au long de la vie indépendam­ment de toute activité, que celui d’une rétribution égale pour tous quelle que soit le travail effectué. Mais le pa­rallèle s’arrête là.

      Un coup d’oeil rapide et certainement un peu trop partial pousse à ranger le principe du revenu d’existence (ou garanti, ou citoyen, ou inconditionnel…) dans la catégorie des revendications enfermée dans l’univers men­tal de la société contemporaine et, par là, qui empêche sa transformation radicale. Son originalité est de dé­coupler le revenu d’avec le travail institué, le salariat. Mais celui-ci n’est nullement interrogé : il est dévalorisé au profit de ce qui serait son exact contraire, l’activité aujourd’hui non rémunérée. On voit qu’ici sont totale­ment confondus le travail tel qu’il existe actuellement, avec son lot de dépossession, d’aliénation, d’absurdité, avec ce qu’il pourrait être : c’est la conception chrétienne, capitaliste et marxiste du travail comme inévitable torture (tripalium) et malédiction na­turelle qui est effectivement reconduite. L’objectif n’est pas alors de révolutionner le salariat en son principe, son orga­nisation et ses finalités, mais de le fuir, ou du moins de le condenser au maximum : on retrouve là encore l’ob­session de la productivité, censée libérer l’homme du labeur harassant. Il est donc curieux que des écologistes s’en saisissent : difficile de voir, avec une telle image du tra­vail, comment lutter contre l’industrialisation de l’agriculture, par exemple, et son corollaire de machinisme, d’augmentation d’intrants, de traitements chimiques, etc. De ce point de vue-là, le revenu garanti, en occultant l’origine de l’augmentation de la productivité, qui lui est logiquement indispensable, dénote un imaginaire directement issu des trente glorieuses et aussi peu armé pour participer à l’organisation d’une société aux besoins limités que pour affronter la raréfaction en cours des ressources énergétiques non-renouvelables de la planète. Le revenu garanti semble formuler la question « écolo­gique » en des termes « individuels » : il pose la question de la production au niveau de l’individu, pas à celui de la société, et paraît entériner les mécanismes massifs de privatisation à l’oeuvre depuis au moins un demi-siècle. Est-ce si étonnant qu’avec de tels présuppo­sés, il rencontre un tel succès dans des milieux politiques que tout semble opposer ?