• Les #CDC et #Reuters suppriment les avertissements sur une transmission aérienne de la variole du singe. - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/fr/articles/2022/08/09/vari-a09.html
    https://www.wsws.org/asset/84d922f6-4ac5-4418-bc35-0c9447337044?rendition=image1280

    Historiquement, on a longtemps reconnu que la transmission par voie aérienne était l’une des voies-clés de passage de la #variole_du_singe d’une personne à l’autre, et la science du virus n’a pas changé d’un jour à l’autre au cours de l’actuelle épidémie qui est sans précédent. Un récent article préimprimé étudiant l’épidémie de cette année au Royaume-Uni montre que « trois des quatre échantillons d’air recueillis » au cours de l’étude se sont révélés positifs pour la variole du singe, indiquant que la maladie est transmise par voie aérienne. Au Nigeria, pays où les épidémies de variole sont plus fréquentes, les directives sanitaires relatives à cette maladie prévoient toujours des « précautions contre la transmission aérienne ».

  • CDC loosens coronavirus guidance, signaling strategic shift - The Washington Post
    https://www.washingtonpost.com/health/2022/08/11/cdc-coronavirus-recommendations

    Le #CDC américain ne recommande plus la mise en quarantaine des étudiants en cas d’exposition au #COVID-19
    https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/Le-CDC-americain-ne-recommande-plus-la-mise-en-quarantaine-des-etudiants

    Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies ont déclaré jeudi qu’ils ne recommanderaient plus aux écoles ou aux garderies de mettre les élèves en quarantaine ou d’organiser des programmes de test en cas d’exposition au COVID-19.

  • #Cancers des #enfants et #pollution : « l’omerta » continue
    https://reporterre.net/Cancers-des-enfants-et-pollution-l-omerta-continue

    Il y a des chiffres qui laissent sans voix, et déclenchent la colère de scientifiques. Pourquoi le problème environnemental n’est-il pas pris à bras-le-corps dans la lutte contre les cancers pédiatriques ? Voilà le débat que soulève le professeur Philip Landrigan, directeur du Global Observatory on Planetary Health au Boston College et chargé de mission au sein du Centre scientifique de Monaco, qui a publié, le 8 juin dernier, une étude sur le lien entre l’augmentation des cancers chez les tout-petits et les pollutions chimiques.

    Si la recherche dédiée aux traitements n’a cessé de se développer ces cinquante dernières années, en parallèle, le nombre de cancers pédiatriques a augmenté. Le bilan est sévère : depuis 1976, le taux d’incidence (l’apparition de nouveaux cas sur une période donnée) de la leucémie a progressé de 21 % aux États-Unis. Celle du cancer du cerveau de 45 %, et celle du cancer des testicules de 51 %. À tel point que le cancer est désormais « la première cause de décès chez les enfants américains de moins de 15 ans », y apprend-on. « Trop rapide pour être d’origine génétique », cette augmentation ne peut non plus uniquement être expliquée par un meilleur accès aux soins médicaux, insiste le chercheur auprès de Reporterre.

  • « Une proportion significative des #arbres est en train de mourir », alerte le microbiologiste Francis Martin
    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-vendredi-05-aout-2022-4552600

    Est-ce que l’équilibre de nos forêts est rompu ? « En tout cas il est délicat à trouver. Ca va dépendre des écosystèmes forestiers » , répond Laurent Tillon, responsable biodiversité de l’Office National des Forêts. Privés d’#eau en assez grande quantité, le système immunitaire des arbres est affaibli, ce qui favorise l’arrivée de parasites : « Ils n’ont plus la capacité de se défendre face aux insectes », ajoute-t-il.

    #sécheresse #capitalocène

  • Human Impacts
    https://camilo-mora.github.io/Diseases

    Carte interactive des répercussions des conséquences du changement climatique (feux, inondation, etc…) sur les #maladies_infectieuses.

    #climat #santé

    Via :
    58 % des maladies infectieuses humaines sont à risque d’aggravation en raison du changement climatique ; #cartographie des risques basée sur l’examen de 77 000 études - Citizen4Science
    https://citizen4science.org/58-des-maladies-infectieuses-humaines-sont-a-risque-daggravation-en

  • Face au chaos climatique, le séparatisme des riches
    https://www.mediapart.fr/journal/france/110822/face-au-chaos-climatique-le-separatisme-des-riches

    Alors que des milliers de Français sont évacués à cause des incendies, que d’autres sont privés d’eau potable voire meurent au travail à" « cause de la chaleur »," les ultrariches se déplacent en jet privé, bénéficient de dérogations pour pouvoir jouer au golf et accumulent les profits grâce aux énergies fossiles. Un sécessionnisme des riches que le gouvernement acte en perpétuant le statu quo climatique.

    #Climat #Gironde,_incendie,_Ecologie,_Sécheresse,_Climat

    • L’article scientifique duquel est tiré l’article devrait être celui-ci :
      Outside the Safe Operating Space of a New Planetary Boundary for Per- and Polyfluoroalkyl Substances (#PFAS)

      It is hypothesized that environmental contamination by per- and polyfluoroalkyl substances (PFAS) defines a separate planetary boundary and that this boundary has been exceeded. This hypothesis is tested by comparing the levels of four selected perfluoroalkyl acids (PFAAs) (i.e., perfluorooctanesulfonic acid (PFOS), perfluorooctanoic acid (PFOA), perfluorohexanesulfonic acid (PFHxS), and perfluorononanoic acid (PFNA)) in various global environmental media (i.e., rainwater, soils, and surface waters) with recently proposed guideline levels. On the basis of the four PFAAs considered, it is concluded that (1) levels of PFOA and PFOS in rainwater often greatly exceed US Environmental Protection Agency (EPA) Lifetime Drinking Water Health Advisory levels and the sum of the aforementioned four PFAAs (Σ4 PFAS) in rainwater is often above Danish drinking water limit values also based on Σ4 PFAS; (2) levels of PFOS in rainwater are often above Environmental Quality Standard for Inland European Union Surface Water; and (3) atmospheric deposition also leads to global soils being ubiquitously contaminated and to be often above proposed Dutch guideline values. It is, therefore, concluded that the global spread of these four PFAAs in the atmosphere has led to the planetary boundary for chemical pollution being exceeded. Levels of PFAAs in atmospheric deposition are especially poorly reversible because of the high persistence of PFAAs and their ability to continuously cycle in the hydrosphere, including on sea spray aerosols emitted from the oceans. Because of the poor reversibility of environmental exposure to PFAS and their associated effects, it is vitally important that PFAS uses and emissions are rapidly restricted.

      https://pubs.acs.org/doi/10.1021/acs.est.2c02765

      déjà signalé ici (par @kassem) :
      https://seenthis.net/messages/969610

      #eau_de_pluie #pluie #pollution #produits_chimiques #plastique #eau_potable #composés_perfluorés

  • Qu’est-ce qu’un #nurdle ?
    https://www.nurdlehunt.org.uk/euronurdlehunt-fr.html

    Les nurdles (granulés plastique) sont des pastilles en #plastique de la taille d’une lentille (2-3 mm). Ils sont utilisées par l’industrie pour fabriquer de nombreux produits en plastique. Le déversement accidentel peut conduire à leur arrivée dans l’environnement, et beaucoup finissent par se retrouver sur les plages ...

    What are nurdles? The petrochemical product is infiltrating the environment. - Vox
    https://www.vox.com/recode/23056251/nurdles-plastic-pollution-ocean-microplastics

    As the world moves toward renewable energy and demand for fossil fuels is expected to peak in the near future, the oil and gas industry is increasingly shifting its business focus to plastic production. Plastic production is expected to triple by 2050 thanks to a fracking boom in the United States that makes natural gas extremely cheap to produce. That will lead to a rise in nurdle production. The question on researchers’ minds is where these beads will end up.

  • « Les atteintes au corps des femmes sont considérées comme secondaires et leurs maux imaginaires » | Nolwenn Weiler
    https://basta.media/Karen-Messing-Les-atteintes-au-corps-des-femmes-sont-considerees-comme-seco

    Dans un monde du travail pensé par et pour les hommes, les corps des femmes sont singulièrement malmenés et leurs douleurs niées, voire invisibilisées. La biologiste Karen Messing interroge le silence de la recherche sur cet impensé. Entretien. Source : Basta !

  • États-Unis : fermer une bibliothèque plutôt que d’y trouver des livres LGBT
    https://actualitte.com/article/107316/international/etats-unis-fermer-une-bibliotheque-plutot-que-d-y-trouver-des-livres-lgb

    Les formes d’action et les cibles de l’extrême-droite sont un puits sans fond. C’est au Etats-Unis... cela viendra bientôt chez vous. Je prends les paris.
    « La gangrène est partout ».

    La bibliothèque de Patmos, dans le canton de Jamestown, a perdu 84 % de son budget annuel de 245.000 $, après l’échec du renouvellement du millage [part des impôts fonciers consacrée à divers services] lors des élections primaires de ce mardi 2 août. Larry Walton, président du conseil de la bibliothèque, a expliqué que le renouvellement avait échoué, avec 1905 votes contre 1142 votes pour.

    En cause, un petit groupe de résidents conservateurs, les Jamestown Conservatives, qui ont mené campagne contre le renouvellement du budget de l’établissement parce que la bibliothèque a refusé de retirer tous les ouvrages LGBTQ+ des rayonnages, a déclaré Walton à l’Associated Press.

    La controverse s’inscrit dans le contexte d’une vague de censure sans précédent aux États-Unis, qui vise en particulier les titres évoquant l’expérience du racisme, de l’homophobie, ou qui mettent en scène des personnages LGBTQIA+. On pourra notamment citer le titre Genre Queer, une autobiographie non binaire (trad. Anne-Charlotte Husson chez Casterman), un roman graphique de Maia Kobabe sur le passage à l’âge adulte en tant que personne non binaire et asexuelle.

    « Ils protesteront contre tous les livres LGBTQ qui sont sur nos étagères. Ils veulent que l’on interdise ces livres, ce qui est inacceptable. Nous, le conseil, nous ne censurerons pas les livres », a expliqué Walton. Le cas est particulièrement extrême, puisqu’une bibliothèque sera fermée par une partie de la population à cause de quelques livres au sein de ses collections.
    Démission, harcèlement et fermeture

    Au printemps, les réunions de la bibliothèque avaient réuni de nombreux résidents se plaignant de la présence de ces ouvrages et allant jusqu’au harcèlement envers les membres du personnel. Des événements qui avaient poussé Amber McLain, la directrice de l’établissement, à démissionner après avoir été harcelée en ligne et avoir été accusée d’endoctriner les enfants. Elle a été suivie par le directeur par intérim Matthew Lawrence quelques mois plus tard.

    « Ce ne sont que les trucs LGBTQ qui me dérangent, surtout vis-à-vis de mes enfants », a commenté Cody Newhouse, membre des Jamestown Conservatives. « Si vous êtes plus âgé, vous pouvez prendre vos propres décisions, c’est très bien. Mais avec les plus jeunes, je pense simplement que cela devrait rester loin d’eux. »

    Cody Newhouse, qui a bien entendu voté contre le renouvellement du budget, a déclaré à Wood TV que même si les livres sont placés dans la section adulte de la bibliothèque, les enfants peuvent toujours y accéder. Des panneaux ont par ailleurs fleuri dans les jardins et les cours incitant les résidents à voter contre le renouvellement du budget de la bibliothèque, notamment le long de l’artère principale de Jamestown.

    Walton a déclaré que la bibliothèque pourrait fonctionner jusqu’à la fin du premier trimestre 2023 sur le budget actuel, mais qu’une fermeture se profilait ensuite. Il a ajouté que le conseil devait examiner ses revenus et dépenses afin d’envisager les futures possibilités, y compris la recherche d’un nouveau financement lors de la prochaine élection.

    « Je suis optimiste quant au fait que nous puissions surmonter l’obstacle que le groupe de conservateur a placé sur notre chemin », a conclu Walton.

    #Censure #Bibliothèques

  • Chez Mediapart, ils continuent à s’enfoncer dans la fange Stiegler-Damasio.

    Faut-il apprendre à vivre avec les microbes ? | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/090822/faut-il-apprendre-vivre-avec-les-microbes

    Face aux microbes, nous avons tendance à adopter des postures radicales à visée éradicatrice. Un réflexe ancré dans notre histoire et dans le langage utilisé pour parler des virus et des épidémies, soulignent des chercheurs, qui appellent à penser une autre approche des virus.

    • D’emblée, le discours dominant fut un discours guerrier. Lequel bientôt engendra une solution tout aussi martiale : celle du « zéro Covid », de l’élimination, voire de l’éradication.

      De fait, les microbes étaient là bien avant nous et sont aujourd’hui bien plus nombreux que toutes nos cellules réunies sur terre. Ils font même partie de nous : on abrite des centaines de milliards de microbes. Ils nous aident à digérer, à convertir nos aliments en nutriments et en énergie, à nous débarrasser des bactéries dangereuses. Ils sont également essentiels aux écosystèmes naturels, ils produisent la moitié de l’oxygène que nous respirons chaque jour, captent le CO2 que nous larguons dans l’atmosphère, enrichissent les sols, décomposent les polluants. « Et ils font le fromage et le saké ! », souligne Victoria Lee, qui a vécu en France et au Japon.

      (...) François Alla, professeur de #santé_publique à l’université de Bordeaux. Beaucoup ont eu du mal à faire leur deuil de cette idée que les vaccins puissent mettre fin à la pandémie. »

      #François_Alla

    • cette politique rédactionnelle conspi-compatible est également macrono-compatible.

      @C_A_Gustave
      https://twitter.com/C_A_Gustave/status/1556660646921601024

      Chaque ↘️↘️↘️ du risque d’hospitalisation est corrélée au déploiement de la primo-vaccination en 2021, ou des 3èmes doses fin 2021, et des D4 au printemps 2022.
      Mais les « rassuristes » et antivax préfèrent vous dire que c’est le virus qui est magiquement devenu un rhume

      #macronner

    • Cinq leçons à tirer de la pandémie (5/5) Analyse
      Faut-il apprendre à vivre avec les microbes ?

      Face aux microbes, nous avons tendance à adopter des postures radicales à visée éradicatrice. Un réflexe ancré dans notre histoire et dans le langage utilisé pour parler des virus et des épidémies, soulignent des chercheurs, qui appellent à penser une autre approche des virus.

      Lise Barnéoud

      9 août 2022 à 12h14

      « Nous sommes en guerre », avait martelé le président Emmanuel Macron dans son allocution du 16 mars 2020, à la veille du premier confinement. « Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une autre nation, mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, et qui progresse. » D’emblée, le discours dominant fut un discours guerrier. Lequel bientôt engendra une solution tout aussi martiale : celle du « zéro Covid », de l’élimination, voire de l’éradication.

      Si cette ambition est aujourd’hui largement abandonnée (à part en Chine), elle aura marqué la première année de la pandémie. Or, pour certains chercheurs, il est grand temps de repenser notre rapport aux microbes.

      « Notre passion éradicatrice est une passion relativement moderne », commente Guillaume Lachenal, historien de la médecine. À l’époque de Pasteur, on s’appuie au contraire sur les microbes pour la fermentation ou pour contrôler les infections. C’est d’ailleurs le principe même du vaccin : on introduit volontairement dans l’organisme des pathogènes microbiens, en contrepartie de quoi on espère obtenir une sorte de trêve, un armistice.

      « Plutôt que de recourir à une stratégie de blocus (hygiénisme, désinfection, quarantaine, surveillance), les humains choisirent, de manière révolutionnaire, de passer un contrat avec leur Némésis. […] Une sorte de diplomatie élargie, déjà formulée en termes “d’immunité” : en échange de celle-ci, les humains accordaient un droit d’asile à quelques virus ayant l’obligeance de ne pas trop abîmer leurs hôtes », écrit l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz dans sa publication « Comment sommes-nous devenus modernes ? ».
      © Photo illustration Mediapart

      Le grand tournant éradicateur vient plus tard, avec le développement des premiers insecticides, poursuit Guillaume Lachenal. « Notamment du DDT, au moment de la Seconde Guerre mondiale. C’est à partir de là que le mot éradication s’installe pour de bon dans la santé publique. » Le DDT, c’est ce pesticide chimique organochloré dont on a cru qu’il pourrait nous débarrasser des moustiques, et donc des maladies qu’ils transmettent, comme la fièvre jaune ou le paludisme.

      Le demi-siècle qui suit est celui des grands programmes d’éradication : fièvre jaune, paludisme, pian. Puis dans les années 60, le programme contre la variole. Et quelques années plus tard, ceux contre la poliomyélite, la dracunculose, la rougeole (évoqué puis abandonné) ou encore la stratégie « zéro sida », pour ne citer que les programmes contre les maladies humaines.

      Résultat ? Un seul est parvenu à son terme : celui contre la variole, officiellement éradiquée de la surface de la terre en 1980. « Et encore, fait remarquer Guillaume Lachenal, avec l’épidémie de Monkeypox, cousin du virus de la variole, on se rend compte que l’idée de vivre dans un monde protégé de cette famille de virus n’était qu’un rêve… »
      Sans microbes, pas de vie

      Autrement dit, l’histoire de la santé publique nous montre que se débarrasser d’un microbe n’est pas une mince affaire. En outre, ces programmes dits verticaux (qui ne visent qu’une seule maladie) coûtent extrêmement cher et mobilisent beaucoup de monde. Au point de porter préjudice à d’autres enjeux de santé mondiale, estiment certain·es expert·es. « Le programme de lutte contre la polio a permis une chute spectaculaire de l’incidence de cette maladie. Pour autant, l’objectif d’éradication de la polio à tout prix nous semble vain (la variole était un scénario assez idéal pour plein de raisons qui ne sont pas réunies pour la polio). Sa mise en œuvre draine énormément de ressources financières et humaines et cela déséquilibre un peu les programmes et les pays pour une maladie dont l’incidence est très faible », estime Emmanuel Baron, directeur général d’Epicentre (Médecins sans Frontières).

      « On devrait utiliser l’histoire pour penser une autre approche des microbes. Malgré toutes nos technologies, nous n’avons jamais réussi à gagner contre eux, analyse Victoria Lee, historienne des sciences à l’université de l’Ohio (États-Unis). L’éradication n’est pas durable, en partie parce que nous sommes constamment en relation avec le monde non humain. Dans l’idée traditionnelle et genrée de la nature comme passive et l’homme comme dominant, nous n’avons pas conscience de cette interrelation, et je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles l’éradication reste, erronément à mon avis, un premier réflexe et un idéal. »

      Cette spécialiste des relations entre les humains et les microbes a organisé un forum « contre l’éradication » en mai 2021 dans le cadre de son année de recherche à l’Institut d’études avancées de Paris. « L’objectif était d’explorer les autres façons de penser les microbes et de montrer qu’il est temps de passer à une autre approche que celle de la guerre systématique », explique la jeune chercheuse, qui met en avant les nouvelles recherches sur le monde microbien depuis les années 2000, « une véritable révolution » démontrant notre interdépendance avec le monde microbien. « Sans microbes, il n’y a tout simplement pas de vie ! »
      Les vaccins, une prouesse scientifique

      De fait, les microbes étaient là bien avant nous et sont aujourd’hui bien plus nombreux que toutes nos cellules réunies sur terre. Ils font même partie de nous : on abrite des centaines de milliards de microbes. Ils nous aident à digérer, à convertir nos aliments en nutriments et en énergie, à nous débarrasser des bactéries dangereuses. Ils sont également essentiels aux écosystèmes naturels, ils produisent la moitié de l’oxygène que nous respirons chaque jour, captent le CO2 que nous larguons dans l’atmosphère, enrichissent les sols, décomposent les polluants. « Et ils font le fromage et le saké ! », souligne Victoria Lee, qui a vécu en France et au Japon.

      Ainsi, une approche globale et sur le temps long de l’évolution ne peut souffrir une vision simpliste de l’ennemi microbien à abattre. D’une part, c’est extrêmement difficile voire impossible de les « vaincre ». D’autre part, toutes les espèces, qu’elles soient animales ou végétales, sont en constante relation avec le monde microbien, sans lequel nous ne pourrions survivre. « Le rôle de l’infiniment petit dans la nature est infiniment grand », disait Pasteur lui-même qui, au-delà des microbes pathogènes, travaillait également sur les microbes impliqués dans les processus de fermentation.

      La plupart des chercheurs qui ont pris part aux travaux sur le Covid n’ont pas cette approche « productive » des microbes. « Ils sont essentiellement centrés sur l’approche médicale, sur les microbes pathogènes, expose Victoria Lee. Il règne également dans ce milieu une confiance très forte dans la technologie et la science, avec cette idée qu’on peut de plus en plus contrôler et maîtriser la nature, et donc les microbes. »

      De fait, la mise au point, en un temps éclair, de vaccins efficaces représente une véritable prouesse scientifique et technologique. « Nous avons tous voulu croire qu’ils seraient notre ticket de sortie, retrace François Alla, professeur de santé publique à l’université de Bordeaux. Beaucoup ont eu du mal à faire leur deuil de cette idée que les vaccins puissent mettre fin à la pandémie. »
      La fin du zéro Covid

      Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève, a fait partie des défenseurs de la stratégie zéro Covid jusqu’à l’automne 2021. « Je suis admiratif de l’éradication de la variole et un tenant de celle qui vise aujourd’hui la polio, d’où peut-être ma posture initiale sur le Covid, reconnaît aujourd’hui le médecin en santé publique. Dans ce genre de choix, c’est difficile de savoir ce qui revient aux racines profondes de notre culture scientifique et ce qui relève des observations factuelles… Je continue de penser qu’avant l’avènement des vaccins, le meilleur choix était de viser le zéro Covid. Mais aujourd’hui, avec les vaccins dont nous disposons et l’émergence de nouveaux variants très transmissibles, cette posture n’est plus tenable. Pire, elle est une forme de maltraitance vis-à-vis de la population qui dispose d’alternatives lui permettant d’éviter les confinements et les couvre-feux. »

      À côté des scientifiques, les politiques aussi ont eu, pour la plupart, ce réflexe guerrier et éradicateur. « L’avantage de ce genre de discours, c’est qu’il produit une mobilisation et permet d’obtenir un consentement de la population, analyse Guillaume Lachenal. Son côté spectaculaire met aussi en scène le maintien de l’ordre, c’est une sorte de ressourcement du pouvoir. » En 2020, en France, on se souvient des drones utilisés par la police pour surveiller le respect des mesures de confinement, des hélicoptères qui survolaient les espaces naturels pour y repérer les tricheurs, des plages désinfectées au Kärcher…

      Une autre explication à ce réflexe résiderait dans le langage utilisé pour parler des virus et des épidémies, estiment plusieurs chercheurs. Ces récits sont empreints d’une tonalité militaire : la « guerre », les « chasseurs » du virus, la « traque » du patient zéro... Même notre manière de parler des infections est particulièrement genrée : on parle des virus qui « pénètrent » nos cellules pour y « injecter » leur ADN et les « exploiter ».

      Or, « si la pensée corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pensée », disait déjà George Orwell dans son roman 1984. « Ces récits ont des effets importants sur notre manière de voir les choses et influencent aussi les solutions apportées, en mettant l’accent sur les frontières, le contrôle, l’éradication, analysait Charlotte Brives, anthropologue des sciences et de la santé, chargée de recherche au Centre Émile Durkheim de Bordeaux (CNRS), lors d’une rencontre intitulée « Cohabiter avec les virus », organisée par La Manufacture d’idées en août 2020. Mais ce que ces récits laissent de côté, c’est comment prévenir et prendre en charge, c’est-à-dire toute la question de la santé publique. »
      Dégenrer et décoloniser

      Pour cette chercheuse spécialiste des relations hommes/microbes, il est pourtant possible de penser autrement le problème : « Un parasite strict ne peut être pensé sans son hôte, dans la mesure où son existence est rendue possible par les relations qu’il instaure avec lui. Ce que les virus nous obligent donc à penser, c’est moins la frontière entre le vivant et l’inerte que la nature fondamentalement relationnelle des entités biologiques », écrivait-elle dans un article publié en juin 2020 dans la revue Terrestre.

      Mais comment s’y prendre pour abandonner nos prétentions au contrôle, dégenrer nos récits sur les microbes et apprendre à vivre avec, ou plutôt à survivre aux microbes ? Au XIXe siècle, nous avons appris à vivre avec le virus du choléra en lançant d’immenses chantiers de gestion de l’eau : en évacuant puis en traitant (par des bactéries !) les eaux usées, ou encore en construisant des réseaux d’alimentation en eau potable. Petit à petit, les épidémies de choléra disparaissent grâce à cette hygiène de l’eau.

      Pour vivre avec un virus tel que le Sars-CoV-2, le chantier est ailleurs : puisqu’il s’agit d’un virus à transmission aérienne, il faut s’occuper de la qualité de l’air intérieur. Nous passons plus de 80 % de notre temps dans des lieux clos. Pourtant, rares sont ceux où la qualité de l’air est surveillée. Rares sont les lieux, même publics, où le renouvellement de l’air est suffisant. Le Code de l’environnement reconnaît le droit à chacun de respirer un air qui ne nuise pas à sa santé. Il est temps de passer des grands principes au concret.

      Lise Barnéoud

    • Les passages sur la posture « genrée » (viriliste, guerrière) de l’« éradication » des « microbes », c’est vraiment le pompon de l’inversion dégueulasse.

      Je suppose que Jacinda Ardern était dans l’imposition des stéréotypes masculinistes dans sa gestion de la pandémie, alors que Trump-Bolsonaro-Johnson étaient dans une posture d’inclusivité quasiment queer…

  • Hospitals serving more Black patients are at a financial disadvantage, study finds - Lown Institute
    https://lowninstitute.org/hospitals-serving-more-black-patients-are-at-a-financial-disadvantage

    It’s been more than 50 years since the Civil Rights Act and the advent of Medicare disallowed #segregation at hospitals, but disturbingly, hospital systems in many major cities are still segregated by race in practice. A Lown Institute report earlier this year identified fifteen U.S. cities with racially segregated hospital markets, in which 50% or more of hospitals overserve or underserve Medicare patients from communities of color.

    […]

    Now a new study finds that some of the most inclusive hospitals for Black patients are also at a financial disadvantage, which may explain some of the differences in quality of care.

    […]

    The authors noted that differences in insurance status plays a role in financial disadvantage for Black-serving hospitals. […]

    This may be because of differences in private insurance coverage or ability to pay. White patients are disproportionately more likely than Black patients to have employer-sponsored insurance, which pays higher rates than Medicare or Medicaid. Even among patients with employer-sponsored coverage, nearly 12% report not being able to pay their medical bills; this rate rose to 21.5% for those making less than $50,000. If patients can’t afford to pay their out-of-pocket costs, that impacts hospital patient revenue.

    When hospitals serving Black communities are under financial stress, it’s difficult for them to improve quality of care. In some cases, hospitals may even have to close — such as Hahnemann University Hospital in Philadelphia and Kingsbrook Hospital in Brooklyn, NY — leaving communities with no lifeline.

    If we want everyone to have equal access to high-quality hospital care, there should be no difference in the reimbursement rates for those with public versus commercial insurance. We also have to improve the quality of hospitals taking care of communities of color. Unfortunately, many of the “pay-for-performance” models that have been implemented are further penalizing safety net hospitals financially, which may make it even harder for them to catch up.

    “Our multi-tiered health insurance system continues to assign a lower dollar value to the care of Black patients.”

    Gracie Himmelstein, MD, PhD, et al., Journal of General Internal Medicine

    The study authors calculate that each Black-serving hospitals would need to receive about $26 million more in patient revenue per year to make up the financial gap. However, simply equalizing funding may not be enough to make up for the high need for health services in communities of color. For example, a 2020 study found that Black communities had much greater Covid-19 burden and greater rates of chronic health conditions compared to other communities who received similar CARES Act funds.

    Policymakers should target America’s most inclusive hospitals for investment and assistance, so that the patients they serve can get the best care possible.

    #états-unis #assurance #santé

  • The opioid crisis isn’t just the Sacklers’ fault – and making Purdue Pharma pay isn’t enough on its own to fix the pharmaceutical industry’s deeper problems
    https://theconversation.com/the-opioid-crisis-isnt-just-the-sacklers-fault-and-making-purdue-ph

    Until the Food and Drug Administration approved #OxyContin in 1995, […] #marketing techniques were forbidden for opioids, which authorities considered to be too dangerous for them.

    […]

    In 1949, Endo Products claimed that Percodan, its new oxycodone product, shouldn’t face strict federal controls because it was chemically similar to codeine, a relatively weak opioid used in cough syrups. The company insisted it wasn’t addictive when used as prescribed.

    Expert pharmacologists working with federal regulators pushed back. Noting that oxycodone produced an “intense” addiction, they pointed out that people did not always follow doctors’ orders – especially with addictive drugs.

    Purdue’s real innovation with OxyContin was commercial, not scientific. The company was the first to market a powerful opioid using the most aggressive strategies other drug companies regularly used to get pharmaceutical innovations into bodies with great speed and efficiency – while maximizing profits.

    Once Purdue showed it could be done, competitors quickly followed suit. The industry replaced U.S. medicine’s century-old habits of opioid precautions with a reckless boosterism.

    Purdue, that is, didn’t act alone.

    Other drugmakers such as Endo and Janssen imitated and even surpassed Purdue’s example once the taboo had been broken.

    Generic manufacturers such as Allergan and Teva then profited by expanding and prolonging the boom, as did wholesale drug distributors and retail chain pharmacies. Even the prestigious #McKinsey consulting firm got into the game, advising others how to maximize sales.

    The complicity of so many industries makes opioid litigation complex and hard to follow. Cities, states and other plaintiffs didn’t just sue Purdue. They turned to the legal system to make sure that all the other companies pay to repair the harms they caused in building the historic opioid boom that has contributed to more than 500,000 overdose deaths since 1996.

    To date the largest national opioid settlement is with the three main opioid distributors and Johnson & Johnson, manufacturer of the Duragesic and Nucynta opioids. It totals $26 billion, significantly more than what Purdue and the Sacklers are paying.

    But financial settlements cannot solve every problem that made this crisis possible. Purdue and its competitors were able to put profits over consumer safety for so long, in part, because their marketing strategies closely approximated how other medicines are sold in the U.S.

    The opioid crisis, in other words, revealed in an exaggerated fashion problems prevalent in the pharmaceutical industry more generally. Until those broader problems are resolved, the unhappy history of addictive prescription drugs will keep repeating itself.

    Dommage que la responsabilité des « #autorités » ne soit qu’implicitement évoquée.

    #pharma #opioides #opiacés #mode #états-unis

  • A SEC ! VIVRE AVEC LA SÉCHERESSE (2/6) REPORTAGE | Mediapart/WeReport | 08.08.22

    Petits canaux [béal] contre « idéologie du tuyau » [bassines et pompage dans la nape], une guerre de l’irrigation.

    Très ancrés dans les territoires montagneux du sud de la France, prisés par les habitants, les béals sont encore vitaux pour de nombreux agriculteurs. Mais cette gestion collective et traditionnelle de l’eau se heurte à la logique de « rationalisation de la ressource » des services de l’État.


    Vallée de l’Altier (Tarn, Lozère et Ardèche), Perreux et Rive-de-Gier (Loire).– Ce matin de la fin du mois de juin, pour arroser ses trois hectares de prairie, Laurent Veyrunes n’a pas eu de pompe à mettre en route. Depuis son enfance, cet éleveur perché dans la vallée de l’Altier, en Lozère, utilise le béal, un petit canal qui détourne une partie de l’eau de la rivière voisine. Ici, pas de vannes ni de robinets, mais une « martelière » pour ouvrir ou fermer le béal. Une simple lauze, une pierre plate, suffit ensuite à faire sortir l’eau pour submerger ses terres.

    Cette année, le printemps a été très sec. Sans le béal, l’éleveur n’aurait pas pu abreuver ni nourrir sa trentaine de vaches laitières et ses douze génisses. « Je n’aurais pas eu de foin pour mes bêtes. Les volumes d’eau que nous prélevons sont faibles, mais pour nous c’est vital », estime-t-il.

    Laurent Veyrunes partage le canal avec trois autres éleveurs. Lui peut l’utiliser du samedi matin au mardi midi. Puis le « tour d’eau » passe à ses voisins. Une gestion collective quasi inchangée depuis le XIXe siècle - « c’étaient déjà les quatre mêmes familles », raconte l’éleveur – aujourd’hui en péril.

    Très ancrés dans les zones montagneuses du sud de la France, les béals sont souvent mal vus par les services de l’État. « Ça fait vingt ans qu’on se bat pour garder le canal. La DDT [Direction départementale des territoires – ndlr] voulait nous mettre des tuyaux partout. Soi-disant parce que ça assécherait la rivière, rumine Laurent Veyrunes. À les entendre, on aurait juste le droit de regarder passer l’eau, sans l’utiliser ! »

    Aux yeux de l’administration, les « canaux de dérivation gravitaires » sont souvent vus comme une aberration dans un contexte de sécheresses plus fréquentes. Ils détournent l’eau en amont de la rivière, contribuent à diminuer les débits, font obstacle aux poissons… Pire, souvent fabriqués en pierre et en terre, ils ne sont pas complètement étanches.

    Une partie de l’eau est ainsi perdue avant même d’arriver à destination. Alors que près de la moitié des bassins versants de surface du quart sud-est de la France sont en déficit, selon les données de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, la tentation est grande de voir dans les béals des sources d’économies rapides.

    « C’est un usage, certes traditionnel, mais aussi gaspilleur. L’ancienneté n’est pas un gage de vertu environnementale », souligne Laurent Roy, directeur de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, qui gère une bonne partie du quart sud-est de la France. « Ces canaux prélèvent beaucoup plus que nécessaire. À choisir, je préfère que l’eau reste dans la rivière. Il faut optimiser, ce qui ne veut pas dire supprimer. »

    Depuis une dizaine d’années, les services de l’État cherchent à quantifier les volumes prélevés par les béals. Avant d’imposer parfois des travaux importants pour étanchéifier les réseaux, moderniser les prises d’eau au niveau de la rivière, voire fermer complètement certains canaux.

    « Pour l’instant, on nous laisse tranquilles », assure Nicolas Savajols, conseiller spécialisé sur le sujet de l’eau à la chambre d’agriculture de Lozère. Mais la menace de restrictions plane sur la région.

    Une étude lancée en 2020 dans le bassin versant de l’Ardèche, dans laquelle se jette l’Altier, tend pourtant à montrer que la grande majorité de l’eau prélevée par les béals est restituée « au milieu », c’est-à-dire à la rivière. « L’État associe les canaux à des pertes, mais en réalité l’eau s’infiltre tout le long des béals et dans les champs, en créant au passage des petites zones humides, avant de repartir dans le cours d’eau en aval », explique le salarié de la chambre d’agriculture.

    Fermetures en série, mobilisations locales

    En Lozère, au moins une cinquantaine d’agriculteurs irriguent grâce aux béals, estime Nicolas Savajols. Principalement dans la vallée de l’Altier et dans les Cévennes. Au fil des décennies, de dizaines de canaux ont déjà été abandonnés, faute d’entretien ou à cause de la diminution du nombre d’agriculteurs et d’agricultrices. « L’État est dans son rôle quand il cherche à économiser la ressource. Mais nous sommes sur un territoire fragile, enclavé. Cette irrigation traditionnelle a permis de maintenir toute une économie autour des arbres fruitiers, de l’élevage ou du maraîchage. Si la réglementation se durcit, on risque de perdre ce tissu », met en garde Nicolas Savajols.

    Plus au sud, dans la commune de Massaguel (Tarn), Francis Thillard se débat depuis plusieurs années pour sauver le béal du Sant, qui traverse le village. « Pour l’État, les béals sont des sources d’emmerdes. C’est de la gestion collective compliquée, avec plein d’utilisateurs et de propriétaires privés. » Mal entretenu, celui de Massaguel a risqué la fermeture en 2015. Francis Thillard mobilise alors des habitants, monte une association et collecte des fonds pour le remettre à flot. Depuis, chaque année, le collectif remet au propre six kilomètres de canal, qui alimente plusieurs élevages, une scierie et les potagers des particuliers.

    Mais en 2020, coup de massue. Pour laisser plus d’eau dans le cours d’eau, le syndicat de rivière local demande de rehausser de quelques centimètres le seuil du béal, la « marche » en pierre qui détourne une partie de l’eau de la rivière. Une obligation qui aurait pour conséquence d’assécher presque complètement le canal, selon Francis Thillard. « Nous voulons juste maintenir quelque chose qui existe depuis six cents ans et qui marche bien !, s’énerve-t-il. On n’arrive pas bien à comprendre l’intérêt. On ne parle pas de gros volumes, c’est un canal de moins de un mètre de large, c’est pas la Loire non plus ! » De fait, un béal prélève souvent seulement quelques milliers de mètres cubes d’eau par an, là où certaines exploitations agricoles peuvent en consommer plus de un million.

    Même incompréhension en Ardèche, à Saint-Sauveur-de-Montagut. Jean-Marie Roche habite un vieux moulin posé sur le canal du Ténébris, une « béalière » du XVIIIe siècle, dont l’intérêt est aujourd’hui plus patrimonial qu’agricole ou industriel. « Mon grand-père arrosait ses haricots avec. Cinq ou six jardins l’utilisent encore », explique Jean-Marc Roche.

    Là aussi, le paisible ruisseau est dans le collimateur des pouvoirs publics. Ou plutôt son seuil, constitué de gros rochers. Pour l’État, cette installation entrave la continuité écologique. « En gros, ça empêcherait le passage des poissons », souffle Jean-Marc Roche. Pour y remédier, la DDT veut araser le site, installer un tuyau et une « échelle à poissons ». Coût de l’opération : 100 000 euros, selon l’estimation de Jean-Marc Roche. Un montant presque impossible à financer pour la collectivité, qui n’aurait d’autre choix que de fermer le canal.

    Le puits comme contrepartie

    « Les béals embêtent les agences de l’eau qui ont bâti tout leur discours sur la notion de rationalisation. Or ces systèmes d’irrigation sont mal connus, difficiles à mesurer. Pour justifier des diminutions de prélèvement, l’État se cramponne à des données pourtant approximatives », analyse François Molle, géographe de l’eau à l’Institut de recherche pour le développement, et coauteur d’une étude sur le sujet. Selon le chercheur, la gouvernance de l’eau actuelle relève d’une « idéologie du tuyau » qui peut entrer en conflit avec les usages locaux. « C’est beaucoup plus simple de pomper de l’eau dans une nappe, mais ça ne prend pas en compte les atouts des béals, qui favorisent l’infiltration de l’eau dans les sols et génèrent un lien collectif et affectif à la ressource », complète-t-il.

    À Perreux, à côté de Roanne (Loire), le béal qui traversait le groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) de Patrick Ducros a été supprimé et rebouché en 2021, pour assurer la continuité de la Rhins, la rivière locale. Au grand dam des trois exploitants agricoles, du pépiniériste et des particuliers qui en bénéficiaient. « Mes vaches avaient de la belle eau en permanence sans risque de pénurie », se souvient l’éleveur. En contrepartie, la Roannaise des eaux leur a installé des puits ou des réservoirs alimentés par des pompes qui puisent dans les nappes. « Tout ça a coûté des centaines de milliers d’euros, mais je ne suis pas sûr du résultat », soupire Patrick Ducros.

    Aujourd’hui, on ne crée plus de nouveaux béals. Seuls les propriétaires qui peuvent démontrer l’existence d’un « droit d’eau » ancien, souvent en remontant avant 1789, sont autorisés à prélever de l’eau. Pourtant, dans le massif du Pilat, sur les hauteurs de Rive-de-Gier (Loire), un petit groupe de passionnés a tenté pendant des décennies de créer tout un réseau de « biefs », l’appellation locale des canaux.

    « On va faire de l’archéologie », s’amuse Jérôme Besset, secrétaire général de l’association Les Biefs du Pilat. Cet ingénieur géologue de formation nous a donné rendez-vous à quelques pas de la source du Gier. Ce jour-là, le bassin versant de la rivière vient d’être placé en alerte sécheresse. En contrebas, à flanc de montagne, un petit chemin de cailloux serpente dans la forêt. Les vestiges d’un canal aujourd’hui abandonné. « Il y a encore quelques années, l’eau coulait partout ici », assure Jérôme Besset.

    Discours [et pratique] précurseur

    À partir de 1985, Jean-Marc Hauth, ingénieur en mécanique des fluides au chômage, a patiemment construit une dizaine de kilomètres de biefs dans le Pilat, pierre après pierre, presque sans moyens financiers ni soutien institutionnel, rejoint par une poignée de passionnés, parmi lesquels Jérôme Besset. À l’époque, le groupe tient un discours précurseur sur le sujet, mettant en garde contre le changement climatique, la raréfaction de l’eau et la nécessité d’opter pour une gestion globale de la ressource.

    L’idée de Jean-Marc Hauth est simple. Au lieu d’utiliser les béals pour irriguer des cultures, il estime qu’ils peuvent ralentir l’écoulement des eaux excédentaires du Gier lors des fortes précipitations, le temps qu’elles s’infiltrent dans les sols. « C’est comme un gros tuyau percé, un goutte-à-goutte qui répartit l’eau sur le territoire avant qu’elle ne retourne à la rivière », explique Jérôme.

    Dans les années 2000, l’association arrive à convaincre des acteurs publics de lancer une expérimentation : le Cemagref de Lyon (devenu Irstea), l’école des Mines et le Pôle de l’eau de Saint-Étienne se penchent sur le dossier. Le projet reçoit un prix de la fondation Nicolas-Hulot. L’Agence de l’eau Loire-Bretagne accepte de financer le projet à hauteur de 420 000 francs, la fondation Vivendi en propose 150 000.

    Mais en 2000, tout s’effondre. Le parc national du Pilat refuse de s’engager aux côtés d’une association trop fragile à ses yeux pour mener ce chantier, tout en admettant dans son courrier « l’intérêt technique du projet et son caractère novateur dans une région où les problèmes d’approvisionnement en eau sont particulièrement aigus ».

    Vingt ans plus tard, les ruines du canal se fondent peu à peu dans la végétation, sous le regard résigné de Jérôme Besset. « Aujourd’hui, tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut freiner l’eau, explique-t-il. Pour le moment, la solution privilégiée par les pouvoirs publics, ce sont les bassines. C’est plus facile de faire un trou et de pomper dans les nappes pour les recharger. Nous, on proposait une solution alternative. Mais cela impliquait de mettre tout le monde autour de la table. » Et de s’interroger : « Est-ce que notre société est encore capable de gérer collectivement une ressource ? »

    • et ce que l’état appelle « rationalisation », ça veut certainement dire compteur ; c’est bien plus simple de mettre un compteur sur un tuyau - et de filer le marché à Veolia :-)

  • America, Land of the Dying? Alarming Study Shows U.S. Killing Its Own Population | Institute for New Economic Thinking
    https://www.ineteconomics.org/perspectives/blog/america-land-of-the-dying-alarming-study-shows-u-s-killing-its-own-po

    Unsurprisingly, Black and Native Americans make up a disproportionate share of those vanished years and lives.

    #états-unis #leadership

  • Des tonnes d’agrumes en suspens entre Afrique du Sud et Union européenne
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/08/08/des-tonnes-d-agrumes-en-suspens-entre-afrique-du-sud-et-union-europeenne_613

    Des tonnes d’oranges pourrissent dans des conteneurs bloqués dans les ports européens et risquent la destruction, alors que l’Afrique du Sud et l’Union européenne (UE) s’affrontent dans un conflit commercial autour des règles d’importation.

    #pff