• Vous êtes fous d’avaler ça ! : Un industriel de l’agroalimentaire dénonce , par Christophe Brusset

      Le miel, c’est essentiellement du sucre, enfin « des » sucres plus exactement : du fructose (dans les 40 %) et du glucose (30 % environ) principalement. Nos amis chinois ont donc ajouté discrètement ce que l’on appelle dans le métier des « sucres exogènes », autrement dit qui n’ont rien à faire là. En bons commerçants pressés de faire de l’argent, ils ont commencé par ajouter le sucre industriel le moins cher, du sirop de glucose liquide obtenu à partir de maïs ou de blé (ça coûte 50 centimes le kilo quand du miel bas de gamme vaut largement plus du double). Mais une trop grande proportion de glucose provoque une cristallisation accélérée du miel. Bien entendu, les clients se sont aperçus assez rapidement qu’il y avait trop de glucose dans ce miel qui cristallisait deux fois trop vite. Ils ont donc contrôlé le taux de glucose par rapport au fructose. Ah, les maudites analyses !
      Prompts à réagir, les Chinois ont donc ajouté du fructose liquide de céréales pour respecter le ratio naturel et améliorer la conservation, et c’est devenu beaucoup plus difficile à contrôler.
      Hélas pour eux, les Chinois, trop gourmands, ont encore une fois forcé la dose. Les clients ont alors commencé à regarder de plus près et à compter les grains de pollen présents dans le miel. Et… Oh… surprise ! Souvent il n’y avait pas de pollen du tout ! Le « miel » n’était en réalité qu’un assemblage artificiel de sirops de glucose et de fructose industriels, coloré avec du caramel, le tout subtilement aromatisé. 

      Démasqués une fois de plus, les Chinois ne se sont pas laissé abattre et ont mis en œuvre la phase trois : l’ajout contrôlé de pollen.
      Aujourd’hui, certaines sociétés chinoises, mais pas seulement, fabriquent un « miel » comme n’importe quel autre produit industriel. C’est pratiquement indétectable si la fraude est faite intelligemment, c’est-à-dire en respectant les ratios glucose/fructose naturels, en ajoutant la bonne dose du bon pollen, le bon colorant et le bon arôme. Des laboratoires parfaitement équipés de matériels d’analyse dernier cri, entre les mains de spécialistes, préparent des recettes et mettent en œuvre les tests de leurs clients et des services sanitaires pour s’assurer que ça passe. Et ça passe très largement. Ce n’est pas 10 % de fraude, mais bien davantage en réalité, croyez-moi.
      Et je ne vous parle même pas des mensonges sur les origines : miel de France qui contient du pollen de théier ou de coton, exportations de miel d’acacia « de Hongrie » supérieures à la production totale du pays. Et les « erreurs » sur les appellations florales ? Du miel de lavande avec moins de 30 % de pollen de lavande, du miel de trèfle contenant surtout du colza… 

      Mon conseil, si vous voulez vous faire plaisir avec du miel de qualité : achetez-en qui ne vienne pas du bout du monde, évitez comme la peste les premiers prix qui sont encore trop chers pour du sirop de glucose coloré, et fuyez les mélanges douteux sans origine claire.

    • Même bouquin, autre chapitre :

      Dans le cas du miel pour une enseigne de distribution à l’attention des professionnels de la restauration, les choses se sont passées de manière similaire.
      L’acheteur nous a un jour brutalement demandé de baisser les prix du miel qu’il vendait à sa marque en gros conditionnement ; des pots de 2, 5 et 10 kilos, destinés aux pâtissiers, restaurateurs ou petits biscuitiers. Bien entendu, ce miel premier prix était du miel chinois de basse qualité, impossible de trouver moins cher.
      L’enseigne a donc décidé de lancer un nouveau produit : un mélange à 80 % de miel et à 20 % de glucose. Rapidement, les ventes de ce mélange moins cher ont décollé au détriment du vrai miel. Bien entendu, cela n’a pas suffi et nous sommes progressivement passés à un mélange 60/40 puis 51/49, pour garder l’appellation « miel-glucose ». Mais comme les clients s’étaient habitués et que, finalement, ils se foutaient pas mal des appellations, puisqu’ils n’étaient pas les consommateurs finaux, nous avons lancé un « glucose-miel » à 40/60, avec un miel foncé pour garder un minimum de couleur. Enfin, un dernier pas fut franchi avec l’adjonction de caramel pour la couleur et d’arôme miel pour le goût, aboutissant à un mélange 20/80 et finalement de 100 % de glucose coloré aromatisé. 

      Si vous pensez toujours que les produits à marques distributeurs, dont certaines ne font même pas référence à l’enseigne pour ne pas dévaloriser leur image, sont équivalents aux produits de grandes marques, libre à vous. Pour l’avoir vécu de l’intérieur, je puis vous assurer que la différence de prix s’explique généralement par une différence de qualité, malgré ce que vous disent les distributeurs, ou ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une usine.

    • Pour en revenir au sujet du papier, le fait que les industriels aient demandé en premier de ne plus avoir à mentionner l’origine, c’est parce qu’ils cherchent depuis longtemps à s’affranchir de cette limitation qui les empêche de maximiser leurs marges en nous vendant de la mégamerde.

      S’il y a peu de produits qui ont changé… c’est parce qu’il faut un peu de temps pour passer les commandes dans les pays connus pour vendre des trucs complètement frelatés et les acheminer dans nos usines d’assemblage  :

      Conseil no 1 : Surveillez les origines

      Privilégiez toujours d’abord les produits locaux, régionaux puis nationaux, et enfin ceux qui viennent de pays avec une « culture éthique » et une « culture hygiène et qualité » développées, des normes contraignantes. Sachez que le système de normes et de contrôles européen, même s’il n’est pas parfait, est le plus strict et le plus efficace au monde. Bien souvent, les nouvelles normes, l’interdiction de molécules dangereuses, ou toute amélioration sanitaire, sont mises en place au niveau européen avant de se généraliser, lentement, sur toute la planète. 

      Fuyez absolument les produits alimentaires chinois et, dans une moindre mesure peut-être, indiens, turcs, et d’autres origines exotiques. S’il est possible de trouver parfois quelques très bons produits provenant de ces origines, il est certain d’en trouver beaucoup de frelatés. La meilleure illustration de ce principe de base vous est donnée par les nombreux consommateurs chinois qui se démènent comme des diables pour se nourrir de produits importés, d’Australie, d’Europe, ou des États-Unis, tant ils ont perdu confiance en leurs propres industriels à la suite de trop nombreux scandales alimentaires à répétition. 

      Vous rencontrerez pourtant de temps en temps, chers lecteurs, quelques âmes charitables et bien pensantes, qui vous affirmeront que les produits alimentaires chinois et importés valent bien les produits européens et français. De grâce, ne les écoutez pas. Ces gens-là n’ont bien entendu jamais mis les pieds dans une usine agroalimentaire ni importé de produits de Chine, comme je l’ai fait pendant des années. Ils ont consommé des thés bourrés de pesticides, du sucre liquide coloré en place de miel, et des sauces tomate ou ketchups fabriqués à partir de tomates pourries, sans rien remarquer de particulier, sauf les prix bas. Gardez en mémoire les quelques exemples que je vous ai décrits et sachez que je n’ai pas cité tous les cas de fraudes dont j’ai été victime, la liste serait bien longue. Par exemple (un dernier pour la route) pour les champignons sauvages de Chine : morilles séchées ou surgelées remplies de sable, sel, cailloux, vis et boulons, voire de balles de fusil pour faire le poids, bolets jaunes comestibles mélangés avec du Boletus felleus immangeable, cèpes séchés arrosés d’eau contenant des pesticides pour gagner en poids et éviter le pourrissement… Et il y a tous les produits que je n’ai pas importés personnellement et qui sont sans aucun doute sujets aux mêmes tromperies. 

      Militez également pour une meilleure information sur les origines des produits. Trouvez-vous normal que l’on vous indique comme origine géographique : « hors U.E. » ? C’est quel pays ? Quel continent ? Vous voilà bien avancé. Sauf que si l’origine était valorisante, on l’indiquerait fièrement, comme Tabasco avec son « made in USA » en plein milieu de l’étiquette.

    • pour le miel, la non conformité est le maintien sur l’étiquette du produit d’un ancien code emballeur…

      j’ai regardé le produit juste au dessus (du chèvre bio), là c’est un composant de la recette qui est modifié : au lieu d’utiliser de la présure (donc caillette de bovidé), c’est un coagulant microbien c-à-d des champignons fermentés.

      bref, il y a, apparemment de tout…

  • Réouverture des écoles : les mesures préconisées sont « inhumaines »
    https://reporterre.net/Reouverture-des-ecoles-les-mesures-preconisees-sont-inhumaines

    « Des collègues qui ont gardé des enfants de soignants n’ont pas tenu une demi-journée les règles de distanciation, raconte Véronique Decker, ex-directrice d’école et autrice de Pour une école publique émancipatrice (Libertalia, 2019). Il est inenvisageable de ne pas laisser les enfants s’approcher les uns des autres, à moins de faire des choses horribles. Ce protocole vise uniquement à couvrir les dirigeants qui ont décidé cette réouverture précipitée. Ils ont réuni des conditions irréelles pour rendre acceptable sur le plan sanitaire la reprise du travail. Tout repose sur les épaules des enseignants et du personnel. »

    À Marseille, l’école de Marie-Anne accueille aussi des enfants autistes et une douzaine d’enfants « à besoins particuliers ». Qu’en sera-t-il pour ces élèves qui n’ont parfois pas la maîtrise de leur corps ? Le protocole ne les mentionne pas, et rien n’a été publié pour les assistantes de vie scolaire qui s’en occupent. « Le personnel va devoir faire semblant d’appliquer les mesures sanitaires même si, dans les faits, tout le monde sera en contact rapproché toute la journée. »

    #covid19 #école_déconfinée #déconfinement

  • « Un #policier s’est mis du gel hydroalcoolique et il m’a mis une grande gifle, puis une 2e, une 3e, une 4e... » | StreetPress
    https://www.streetpress.com/sujet/1588844208-violences-policieres-villepinte-seine-saint-denis-societe-po

    Bilel et Hamza racontent avoir été interpellés et violemment passés à tabac par des policiers de Villepinte. Un certificat médical témoigne des coups subis. Il y aurait eu des vidéos, si les policiers n’avaient pas fait le ménage dans les téléphones.

    « Toute la route, je me suis fait frapper. Il n’y a pas une seconde où il m’a lâché. Même quand j’étais dans les vapes, je sentais ma tête taper contre la vitre. Il croyait que je faisais exprès. Et tout ce temps-là, j’étais menotté du début à la fin ». Le 27 avril dernier, des policiers de la #Bac de Villepinte (93) sont tombés sur Hamza et son ami Bilel. Ils les ont, selon les deux hommes, interpellés et cognés. Des #violences_policières qui ont causé huit jours d’incapacité totale de travail (#ITT) à Hamza, « sous réserve de complications » selon le certificat médical que StreetPress a consulté.

  • Priver les Français de nature, la société de contrôle jusqu’à l’absurde | Gaspard d’Allens
    https://reporterre.net/Priver-les-Francais-de-nature-la-societe-de-controle-jusqu-a-l-absurde

    Les deux mois qu’a duré le confinement, les Françaises et les Français n’ont plus pu sortir librement dans la nature. Et la menace de cette interdiction n’est pas dissipée. Cette politique absurde a nécessité des moyens policiers démesurés, avec drones et hélicoptères, maltraitant les humains, qui ont un besoin vital d’accéder aux espaces naturels. Source : Reporterre

    • A Toulouse au début du confinement, on pouvait se promener au bord des canaux, celui de Brienne et du Midi mais aussi sur les digues de la Garonne, un lieu de promenade qui part du centre ville pour aller après Blagnac avec une partie « coulée verte » qui borde la garonne.
      Lorsque la municipalité a décidé de fermer les parcs, elle a aussi fermé ces lieux de plein air totalement. On s’est retrouvé à errer en ville dans des rues dédiées aux voitures, croisant nettement plus de monde.

      #absurdité

  • Non Au Train Maya !! Mobilisation virtuelle contre le méga projet

    NON AU TRAIN MAYA ! MOBILISATION INTERNATIONALE
    LE 14 MAI A 19H

    https://espoirchiapas.blogspot.com/2020/05/non-au-train-maya-mobilisation.html

    Video de Desinformémonos, sous-titres en français : Droit de réponse. Les peuples parlent : #NoAlTrenMaya : Le train qui n’a pas le droit
    Point de vue du peuple maya, dont le projet écocide « Tren Maya » du gouvernement AMLOcalipsis con López Obrador se réapproprie le nom.
    https://www.youtube.com/watch?v=XUUohvBkQMs


    https://www.invidio.us/watch?v=XUUohvBkQMs

    Le gouvernement mexicain veut créer une boucle ferroviaire pour relier des sites archéologiques mayas et des stations balnéaires dans l’est du Mexique. Les populations indigènes luttent depuis plusieurs années contre ce projet mortifère et ont déjà réussi à le suspendre.

    Aujourd’hui 14 mai, la Cour suprême de justice de la Nation mexicaine doit se prononcer sur l’annulation définitive du Train Maya et sur l’exploitation minière.

    Soutenons la lutte des indigènes du Chiapas et montrons à la Cour suprême et à l’État mexicain que l’opposition contre le Train Maya dépasse les frontières du Mexique ! C’est en nous mobilisant partout dans le monde que nous ferons échouer ce projet. La destruction de l’environnement, l’exploitation et le pillage des terres et des populations et la corruption nous concernent tou.tes : que ça ait lieu près de chez nous ou de l’autre côté de l’Atlantique.

    Pourquoi je dis non au Train Maya ?
    1. C’est un ÉCOCIDE : il dévasterait l’environnement de l’est mexicain.
    2. C’est un ETHNOCIDE : il perturberait les relations entre les communautés indigènes.
    3. C’est un projet IMPOSÉ. L’Etat mexicain a réalisé des consultations des populations, mais elles étaient truquées, partielles et biaisées.
    4. C’est un SACCAGE en règles pour mettre en oeuvre LA COMMERCIALISATION DU PATRIMOINE culturel et naturel.
    5. Il PORTE ATTEINTE à la SOUVERAINETÉ NATIONALE mexicaine, car il profitera à des capitalistes étrangers.
    6. Il favorise la CORRUPTION du gouvernement, le PILLAGE au profit des grands capitalistes et la VIOLENCE du crime organisé, comme d’autres méga-projets l’ont déjà montré.
    7. Les travaux vont mobiliser des milliers de travailleur·euses en dépit des mesures sanitaires nécessaires dans la crise actuelle de la COVID-19.

    • C’est ce qu’affirme une étude publiée dans la revue scientifique Science Advances le 8 mai 2020 par des chercheurs américains et britanniques. Ils ont étudié les données de nombreuses stations météorologiques en analysant à la fois les températures et le niveau d’humidité, s’intéressant plus précisément ce qu’on appelle la « température humide », notée TW, et qui combine la mesure de la chaleur et celle du taux d’humidité. Résultat : la fréquence des évènements météo extrêmes compris entre 27°C TW et 35°C TW a doublé depuis 1979. Et pour la première fois depuis que l’on enregistre ces données météo, les 35°C TW ont été dépassés « pendant une heure ou deux » à Jacobabad, au Pakistan, et à Ras al Khaimah, dans les Émirats arabes unis (EAU).
      Défaillance des organes vitaux

      À titre de comparaison, la canicule de 2003, qui a fait plus de 70 000 morts en Europe, n’a pas dépassé les 28°C TW car il s’agissait surtout d’une vague de chaleur sèche. Si 35°C TW est considéré comme un seuil mortel pour l’être humain, c’est parce que ces conditions bloquent les deux mécanismes de refroidissement du corps. Notre peau a en surface une température de 35°C. Si l’air au contact de la peau est aussi chaud ou plus chaud que celle-ci, l’échange thermique ne peut plus se faire : seule la sudation permet alors d’évacuer la chaleur. Mais si l’air est en plus saturé d’humidité, la sudation n’opère plus non plus, expliquent les chercheurs. Le corps surchauffe et finit par céder : « Les réactions biochimiques s’atténuent, les protéines se déforment, les cellules musculaires se détruisent, le sang ne circule plus, les organes vitaux défaillent en chaîne », détaille un article de Science & Vie.

      #climat #mort

  • Lectures pour confinement (10)
    http://anarlivres.free.fr/pages/nouveau.html#miseajour9

    10 mai : dernier jour du confinement, nous allons retrouver une liberté (très) surveillée, « ausweis » pour aller travailler, distance limitée de déplacement, pas de contact humain, surveillance de la température par caméra, suivi et contrôle des malades... le monde d’avant n’était pas terrible mais celui d’après fait peur ! Et la menace d’un nouveau confinement est à craindre tellement nos responsables sont irresponsables ! Des millions de masques, disent-ils. Où ça ? En attendant, pour ceux qui le peuvent, quelques ouvrages à télécharger. Trois titres pour les Editions Divergences : Libérons-nous du travail, du Comité érotique révolutionnaire ; Une juste colère. Interrompre la destruction du monde, de Jérôme Baschet ; et Le Capitalocène. Aux racines historiques du dérèglement climatique, d’Armel Campagne, (...)

    #confinement #lecture #anarchisme #vidéo

  • Samir l’homme d’origine égyptienne qui s’est fait insulté de bicot et frappé par la police à l’#IleSaintDenis le 26 avril dernier à reçu à l’issue de sa garde à vue une OQTF (Obligation de quitter le territoire français).

    #JusticePourSamirILS M’ONT FRAPPÉ, J’ÉTAIS COMME UN BALLON DE FOOT : le témoignage de Samir | Reportages | Là-bas si j’y suis
    https://la-bas.org/la-bas-magazine/reportages/ils-m-ont-frappe-j-etais-comme-un-ballon-de-foot-le-temoignage-de-samir

  • A la veille du déconfinement, des projections épidémiologiques globalement pessimistes, Paul Benkimoun, Chloé Hecketsweiler
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/05/07/a-la-veille-du-deconfinement-des-projections-epidemiologiques-globalement-pe


    Désinfection d’une salle de classe du groupe scolaire des Peupliers à Beaune (Côte-d’Or), le 6 mai. JEFF PACHOUD / AFP

    Selon différentes modélisations, la stratégie du gouvernement est insuffisante pour endiguer une seconde vague de l’épidémie. Elle pourrait frapper de plein fouet des hôpitaux fragilisés par deux mois de lutte contre le Covid-19.

    A quelques jours du déconfinement, la France est-elle aussi à la veille d’un rebond épidémique ? « Trop de relâchement et d’insouciance, et c’est une deuxième vague qui menace ; trop d’immobilisme et d’angoisse, et c’est l’asphyxie collective. Tel est le chemin de crête sur lequel nous devons avancer : chaque versant est un à-pic vertigineux » , a résumé le premier ministre, Edouard Philippe, auditionné le 4 mai au Sénat.
    Partant de ce constat, plusieurs stratégies sont possibles, mais celle en demi-teinte présentée par le gouvernement est loin de faire l’unanimité parmi les épidémiologistes.

    Premier écueil en vue : l’absence de mesures de protection renforcées pour les personnes les plus vulnérables. Dans une étude mise en ligne mercredi 6 mai, les modélisateurs de Public Health Expertise estiment qu’il sera impossible d’éviter une seconde vague si cette population est de nouveau exposée au virus.

    Les auteurs prennent pour hypothèse un scénario proche de celui esquissé par le président de la République dans son allocution du 13 avril avec une réouverture des écoles et un retour au travail pour le plus grand nombre. Dans leurs différents scénarios, la circulation du virus est en partie contrôlée par la mise en quarantaine des personnes infectées et le dépistage de leurs contacts. Leur objectif est d’évaluer l’impact de deux autres mesures de contrôle : le port obligatoire du masque et la réduction des contacts dans la vie quotidienne (la « distanciation sociale »).

    Protéger la population « vulnérable »

    Pour cela, leur modèle « recrée » la circulation du virus au sein d’une population fictive de 500 000 personnes avec la possibilité d’ajuster des dizaines de paramètres selon les hypothèses retenues. Résultat : même si le port de masques et la distanciation sociale permettent de réduire de 75 % le risque de contamination, le nombre de cas graves serait tel que les capacités d’hospitalisation en réanimation seraient débordées dès la fin du mois de juillet (14 000 lits au total dont les trois-quarts réservés aux patients Covid). « Dans ce scénario, un nouveau confinement serait inévitable » , estime Nicolas Hoertel, psychiatre et modélisateur à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), coauteur de l’étude.

    Pour l’éviter, l’étude suggère des mesures additionnelles pour protéger la population « vulnérable », celle qui risque le plus d’être hospitalisée en réanimation et de décéder : les personnes âgées de plus de 65 ans, ou présentant des facteurs de risque (diabète, hypertension, maladie pulmonaire, obésité). Sans prolonger leur confinement, elles seraient encouragées à limiter au strict minimum leurs contacts et leurs sorties jusqu’à la fin de l’année. Dans ce scénario, la mortalité globale diminuerait de 85 % avec 33 000 décès entre mai et décembre contre 217 000 dans le scénario le plus pessimiste, qui ne prévoit ni port du masque ni distanciation sociale.

    A la fin de cette vague, le nombre de personnes infectées – en majorité les moins susceptibles de développer des formes sévères de Covid – serait suffisant pour atteindre l’immunité de groupe. « Il ne s’agit pas d’exposer une partie de la population plutôt qu’une autre mais de tenir compte du déséquilibre de risque entre elles » , souligne Nicolas Hoertel. « La question, qui devrait faire l’objet d’un débat de société, est : comment protéger de façon humaine une population vulnérable, essentiellement âgée » , ajoute le médecin.

    Autre modélisation, celle réalisée par l’équipe de Vittoria Colizza (Inserm) et Pierre-Yves Boëlle (Sorbonne Université). Elle reprend le modèle utilisé pour estimer l’impact du confinement sur le système de soins en Ile-de-France, en l’actualisant avec des données sur les admissions en réanimation jusqu’au 28 avril. « Cela donne une idée de ce à quoi nous pouvons nous attendre pour le 11 mai et après en Ile-de-France, là où l’épidémie est la plus forte » , explique Vittoria Colizza.

    « Une seconde vague plus intense que la première »

    La question de la réouverture des écoles est ici centrale. Bien que la contribution des jeunes enfants à la transmission du SARS-CoV-2 soit plus faible que celle des adultes, elle entraînerait selon eux une augmentation du nombre de cas de Covid-19 dans les deux mois suivants.

    L’épidémie ne pourrait être contrôlée qu’à plusieurs conditions. La première est le maintien des mesures de distanciation physique. « Cela suppose que 50 % des gens restent chez eux – soit que leur activité professionnelle n’ait pas repris, soit qu’ils pratiquent le télétravail –, que les personnes âgées aient réduit de 75 % leurs contacts, et qu’il y ait une réouverture partielle (pas plus de 50 %) de différentes activités et commerces » , détaille Vittoria Colizza.

    Autre condition pour ce scénario : que le dispositif de dépistage, de traçage et d’isolement des cas et de leurs contacts détecte au moins 50 % des nouvelles infections. « Si 25 % seulement sont identifiés, nous aurions à affronter une seconde vague plus intense que la première, débutant fin juin avec des capacités de réanimation dépassées jusqu’en août », insiste Vittoria Colizza. La modélisatrice souligne qu’au-delà du nombre de tests disponibles, ce dispositif de traçage des contacts nécessite des ressources humaines massives afin de casser les chaînes de transmission.

    Enfin, les modalités de la réouverture des établissements scolaires sont déterminantes. Si maternelles et écoles primaires rouvrent le 11 mai en Ile-de-France, les besoins d’admission en réanimation atteindraient au maximum 72 % des capacités hospitalières. Ce résultat rassurant ne se produirait que dans deux situations : soit aucun autre établissement scolaire ne rouvre avant les vacances d’été, soit les collèges et les lycées ne commencent à accueillir de nouveau leurs élèves qu’à partir du 8 juin, avec dans un premier temps 25 % de l’effectif et une augmentation progressive semaine après semaine.

    Dans l’hypothèse où l’ensemble des élèves, de la maternelle au lycée, reprendraient les cours le 11 mai, les chercheurs de l’Inserm envisagent une seconde vague épidémique, similaire à la première. Elle serait toutefois évitée en limitant à 50 % l’effectif pour l’ensemble des classes. Un retour en classe de l’ensemble des adolescents en juin aurait pour effet de submerger les services de réanimation, les nouveaux cas qui en découleraient nécessitant 138 % des capacités.

    « Les équipes sont sur les rotules »

    Quels que soient les leviers actionnés, l’arithmétique « de terrain » s’annonce, elle aussi, complexe. « On nous demande de faire deux hôpitaux en un, avec des unités Covid + et des unités Covid –. Mais c’est exactement comme dans les écoles : nous n’avons pas assez de place » , constate Romain Dufau, chef du service des urgences de l’hôpital Jean Verdier à Bondy (Seine-Saint-Denis). Faute d’un nombre de chambres simples suffisant, seuls six patients pourront être accueillis au lieu de dix en temps normal. « Nous allons tous perdre 20 % à 30 % de notre capacité d’hospitalisation, alors qu’il n’y avait déjà pas assez de lits » , regrette-t-il.

    Avec le départ des renforts, se repose la question des ressources humaines : « Nous aimerions recruter de nouvelles infirmières, les diplômées de juin, mais la prime d’attractivité [destinée à encourager leur installation en Ile-de-France] est insuffisante » , estime le médecin. Faute d’assistante sociale, le suivi des patients précaires s’avère très compliqué, dans ce département qui est le plus pauvre d’Ile-de-France. « Comment va-t-on les isoler ? Nous n’avons déjà pas assez de lits. Je me vois mal immobiliser une chambre en attendant le résultat des tests. Il faut que l’Etat nous donne des moyens pour cela », insiste Romain Dufau.

    A l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le rythme des admissions s’est beaucoup ralenti et une partie des lits de réanimation a été réaffectée à la prise en charge d’autres patients. Mais la perspective d’une nouvelle vague inquiète. « Les équipes sont sur les rotules » , témoigne Alexandre Demoule, chef de service de réanimation. « Nous sommes comme une équipe de foot qui vient de gagner un match et à qui on demanderait de le rejouer le lendemain », souligne le médecin.
    L’AP-HP tablait sur 256 patients hospitalisés en réanimation au 21 mai. « Il n’est pas sûr que nous puissions atteindre cet objectif, car les sorties sont plus lentes que prévu » , explique le réanimateur. « Certains patients sont là depuis plus d’un mois et resteront encore longtemps » .
    Selon le scénario « intermédiaire » de la modalisation élaborée par l’AP-HP, près de 500 patients pourraient être hospitalisés en réanimation au 30 juin, contre un peu plus de 1 100 au 8 avril. Ce nombre pourrait s’élever à 1 200 en cas d’échec de mesures « post-confinement ».

    #cise_sanitaire #déconfinement #deuxième-vague #vulnérables #travail #école #transports_en_commun