• C’est une banalité de dire que l’histoire est écrite par les puissants et qu’on oublie les autres. C’est vrai également de l’histoire des réseaux informatiques. Bien qu’ils permettent une communication mondiale et qu’on ait donc souvent dit que leur histoire était donc forcément mondiale, en pratique, cette histoire mondiale de l’Internet s’est souvent limitée à une histoire étatsunienne.

    Dans cet article en anglais, l’historienne Valérie Schafer explore le paradoxe de la nécessité d’une histoire locale d’une technologie mondiale, et plaide pour qu’on remplace l’histoire de l’Internet par des histoireS de l’Internet, incluant des expériences comme celle (bien ratée) de l’Union Soviétique ou comme Usenet.

    « Global technologies, glocal approach : a false paradox »
    Valérie Schafer,
    DOI : https://doi.org/10.5007/2175-7976.2020.e70598

    https://periodicos.ufsc.br/index.php/esbocos/article/view/2175-7976.2020.e70598
    https://www.c2dh.uni.lu/fr/data/global-technologies-glocal-approach-false-paradox

  • De la machine sociale à la révolution biologique
    Notes sur l’œuvre théorique de Giorgio Cesarano

    Luis Andrés Bredlow

    https://lavoiedujaguar.net/De-la-machine-sociale-a-la-revolution-biologique-Notes-sur-l-oeuvre-

    Vingt ans après sa mort, Giorgio Cesarano est encore inconnu du lectorat hispanophone, alors même qu’en Italie semble s’amorcer, avec la récente publication de ses écrits théoriques inédits, la redécouverte d’une œuvre qui continue d’être aussi intempestive qu’elle le fut au moment de sa rédaction. Présenter la traduction — à ce jour inédite — que nous avions faite, il y a dix ans, de son bref cycle poétique I Centauri — extrait du livre posthume Romanzi naturali, Guanda, Milan, 1980 — nous a semblé être le moins que nous puissions faire pour rompre un tel silence, ainsi que l’occasion propice à de brèves notes sur sa vie et son œuvre.

    Préalablement au volume cité, Cesarano, né en 1928 à Milan, avait publié les recueils de poèmes L’erba bianca (1959), La pura verità (1963) et La tartaruga di Jastov (1966), qui le situent dans l’aile la plus intransigeante de la neovanguardia , où la subversion des schémas conventionnels du langage, loin de s’épuiser en un jeu formel stérile, aspire à la subversion de la réalité même qu’elle tente de refléter. Le même élan le conduit, à la fin des années soixante-dix, à abandonner l’écriture « littéraire » et à vouer les dernières années de sa vie à la « critique radicale » de la société, « car je suis convaincu — déclare Cesarano en 1974 — que c’est là que la parole livre sa guerre la plus extrême contre une langue faite de chaînes et d’armes ». (...)

    https://lundi.am/De-la-machine-sociale-a-la-revolution-biologique

    #philosophie #poésie #Italie #Cesarano #critique #biologie #corps #machine #social #aliénation #Leroi-Gourhan #dualisme

  • Cahiers des Laumes, Alexis Forestier - Chimères
    https://www.revue-chimeres.fr/Des-Laumes-et-d-ailleurs

    J’ai rencontré Alexis Forestier en 98, aux Laboratoires d’Aubervilliers, où nous (Chimères) organisions un « chantier » autour de la Folie, il monte à ce même moment les fragments Woyzeck ou Une histoire vibrante d’après les récits et fragments narratifs de Franz Kafka, et c’est le début d’un entretien infini qui n’a pas cessé depuis, par intermittences ;

    À Anis gras le lieu de l’autre, à Arcueil, dont il accompagne la fondation autour des arts de faire et de l’invention du quotidien...
    À la Borde, où il monte dans ces années là l’Opéra de quatre sous, étape parmi d’autres d’un long compagnonnage avec Jean Oury, qui donna toujours une place de choix au théâtre .

    À la Fonderie du Mans, chez François Tanguy, autre arpenteur des lieux et des textes (musiques, images) qui dit que dans un théâtre, il faut aussi qu’il y ait des chambres et qu’on puisse y dormir et cuisiner...

    Puis enfin dans la Quincaillerie, un ancien moulin (et quincaillerie) où il développe aujourd’hui sa propre hétérotopie bricoleuse, dans la lignée des hospitalités aux marges du soin et de la création, du faire et de l’agir, qu’il aménage et anime avec Itto Mehdaoui et l’aide de tant d’hôtes de passage mobilisés pour des chantiers tout au long de l’année ; avec une grande capacité de maîtrise d’ouvrage, tour à tour métalliers et maçons, meuniers même et jardiniers, entre accueil de concerts et et co-édition du journal de la Quincaillerie d’où sont issus les cahiers des Laumes. Il règne à la Quincaillerie un amour particulier pour les objets de notre enfance, les papiers peints fleuris et les casseroles émaillées, et plus profondément des savoir-faire frappés d’obsolescence, outils délaissés offerts au détournement mais aussi réanimés, tel le moulin lui-même, son bief et sa machinerie… ou le cinéma argentique (le lieu accueille régulièrement les Scotcheuses, un collectif qui fabrique des films en super 8)

    La quincaillerie porte bien son nom, et la poésie qui s’en dégage a le goût d’un monde coutumier encore à notre main, on y entre comme dans un film de Kaurismaki, même si la wifi est en accès libre non codé (hospitalité oblige), heureux de trouver ici du mat, du mal isolé, du bordélique, du poussiéreux, des édredons anciens et des brocs, des courants d’air froid et des poêles très chauds, des gens qui trainent au lit et des matinaux (que nous sommes, avec Char), des groupes et des solitaires, des punks et des artistes bruts et les pensionnaires d’humapsy.

    Un lieu donc entièrement fait main, situé entre campagne et faubourg ouvrier décati, et les grands échangeurs Sncf partiellement délaissés ; de l’autre coté des voies, la gare géante, la salle polyvalente de la mairie, et le super U, trois paquebots surdimensionnés, plus loin les collines de l’Auxois, Alésia… où paissent les vaches qu’on amène ici hélas par camions vers l’abattoir pas très éloigné… et ses ouvriers tristes heureux de trouver ici un lieu où leur mémoire n’est pas négligée.

    Un lieu donc, où l’on entre presque comme dans un moulin, un lieu où sont nés ces dernières années deux beaux enfants joyeux, un lieu où une belle écriture (celle d’Alexis, dont la mienne se sent un peu cousine, dans la zone du « pré » chère à Ponge et Oury) s’écrit à même la vie, répondant à comme un sentiment de précarité ;
    un lieu où j’aimerais bien être ces jours de triste confinement !

    Valérie Marange
    8 avril 2020

    Tout au long de l’été 2013, nous avons assisté, sans y être pour le moins préparés, à la naissance d’un lieu – lieu de fabrique et d’un habiter possible. Au fil de l’eau. Construction précaire d’une aire de séjour. Un nous est apparu, aux contours indistincts d’abord, puis s’organisant, faisant apparaître peu à peu les tracés d’un vivre ensemble à explorer. Un nous peuplé de multiplicités - visiteurs occasionnels, passagers ou habitants - dont chacune a permis de révéler le lieu, de porter un regard neuf ou circulaire, de deviner les intervalles, d’envisager le non-frayé.

    Quels étaient les outils avec lesquels nous allions pouvoir travailler et comment les façonner à notre main, non seulement les outils fragiles, délaissés, puis réappropriés et dont il fallait prendre soin au jour le jour, mais aussi les outils à mettre en partage pour penser un habiter commun et le lieu en tant qu’il n’était pas encore apparu, pour en faire l’expérience concrète tout en maintenant la juste distance, en continuant de fréquenter les lisières, de « buissonner les marges » ; opérateurs logiques qu’il nous fallait travailler au jour le jour pour inventer le « quotidien incertain de la quincaillerie », tel ce journal autour duquel nous avions commencé et continuons à tourner.

    Se tenir au plus près de l’émergence, de ce qui se passe, sans toujours chercher à provoquer le geste adéquat, pour voir apparaître et se dessiner une géographie, le lieu et ses entours, tentative de comprendre le paysage et ses lointains, les bordures, les parcelles et les circulations périphériques…
    La Quincaillerie des Laumes est traversée par des courants, à la recherche d’agencements collectifs, soucieuse de leurs devenirs et lignes fractales ; paysage mouvant bordé par la rivière, tantôt limpide et claire, tantôt sombre, impétueuse, bouillonnante, où il s’agit de faire résonner entre elles les présences, telles des harmoniques… Un lieu qui cherche à se profiler à travers son cheminer propre.

  • Pas de communs sans communauté

    Maria Mies

    https://lavoiedujaguar.net/Pas-de-communs-sans-communaute

    L’intérêt actuel pour les nouveaux communaux est bienvenu. Cela montre que de plus en plus de gens comprennent que notre système mondial capitaliste actuel ne peut résoudre aucun des problèmes qu’il a lui-même créés. La plupart des gens qui veulent créer de nouveaux communaux recherchent un nouveau paradigme économique et social. Pourtant, je pense qu’il est nécessaire de porter un regard plus critique sur les principaux concepts et arguments utilisés dans le discours contemporain sur « les biens communs ». Aujourd’hui, les « nouveaux biens communs » font l’objet d’un battage médiatique, notamment le mythe d’Internet comme bien commun et source de nouvelles communautés. Dans cet article, je pose plusieurs questions : Que voulons-nous dire lorsque nous parlons de « nouveaux biens communs » ? Que pouvons-nous apprendre des anciens communaux ? Qu’est-ce qui doit être changé aujourd’hui ? Y a-t-il une perspective réaliste pour les nouveaux biens communs ?

    Tout d’abord, je tiens à souligner qu’aucun bien commun ne peut exister sans une communauté. Les anciens biens communs étaient entretenus par une communauté clairement définie dont les membres s’engageaient à accomplir un travail communautaire pour subvenir à leurs besoins. (...)

    #Maria_Mies #communs #communauté #Allemagne #_enclosures_ #arbre #autonomie #écoféminisme #brevet #technocritique #Internet #Papouasie #Inde #Vandana_Shiva #développement #numérique

  • #Paris-1. L’Ordre et la confiance sont rétablis

    Le #Tribunal_administratif vient de rendre sa décision.


    Pouvoir est donné au président de l’Université #Paris-1_Panthéon-Sorbonne pour arrêter les adaptations aux #modalités_d’examens, qui se sont largement tenus.

    Comme à son habitude, la ministre a commenté la décision du tribunal, soulignant qu’ainsi la valeur des examens est rétabli et qu’elle a toute confiance dans les équipes pédagogiques.

    Ainsi l’ordre et la confiance sont rétablis.

    Jugement : Tribunal administratif de Paris, 5 juin 2020 (https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/793/files/2020/06/TA_Paris-5juin2020.pdf)

    La ministre sur twitter :


    https://twitter.com/VidalFrederique/status/1268963034300637184

    #université #facs #examens #coronavirus #confinement #France #Vidal #Frédérique_Vidal #justice (euh...)

  • L’Université face au déferlement numérique
    https://journals.openedition.org/variations/740
    Thomas Bouchet, Guillaume Carnino et François Jarrige

    En dépit des idéologies de l’horizontalité et du partage invoquées pour légitimer ces nouvelles technologies numériques, c’est bien l’imposition par en haut qui l’emporte dans les faits. L’université numérique ne constitue que l’un des éléments d’une politique plus vaste de numérisation à l’œuvre dans tous les domaines, mais elle en est l’un des laboratoires privilégiés. L’enseignement supérieur et la recherche sont ainsi au cœur de la récente loi « Pour une République numérique » adoptée par l’Assemblée nationale à la fin du mois de janvier 2016 et portée conjointement par le ministre de l’économie Emmanuel Macron et la secrétaire d’État au numérique Axelle Lemaire. Reposant largement sur un rapport remis par le Conseil du numérique – instance de lobbying créé en 2011 par le gouvernement Fillon, sous la présidence Sarkozy, afin de militer activement pour « la métamorphose numérique de la société » – ce texte de loi entend à la fois accroître les régulations afin de protéger les utilisateurs de l’internet, et créer les conditions d’un déploiement général du Net désormais pensé comme un « droit fondamental » pour tous les citoyens. La numérisation de l’enseignement supérieur et de la recherche est au cœur du texte de loi et les articles le concernant ont été parmi les plus discutés. Elle prévoit notamment de faciliter l’accès aux données publiques pour la recherche, de favoriser l’accès ouvert aux travaux de recherche financés sur fonds publics, mais aussi d’intensifier la « pédagogie numérique ». Au nom de l’accès universel au savoir – idéal que personne ne contestera – et de l’adaptation continue des formations au marché du travail et à ses besoins, le projet de loi prévoit aussi que les formations en ligne (notamment via les MOOC : Massive Open Online Courses) pourront se substituer aux cours dits en présentiel et devenir diplômantes : « La République doit s’appuyer sur les nouveaux moyens apportés par l’univers numérique pour donner à tous les habitants de tous nos territoires les moyens d’accéder aux formations indispensables à une adaptation permanente aux évolutions économiques et sociétales induites par la mondialisation numérique ».

    Ce texte est un peu daté...
    Depuis 2016 les choses se sont accélérées à coup d’injonctions de l’UE et du ministère de la recherche : https://seenthis.net/messages/851586

    #Open_access #numérisation #accès_ouvert #informatisation

    • Texte issu du numéro 19 de la revue Variations autour de la critique des humanités numériques.
      https://journals.openedition.org/variations/670

      Alors que le printemps arrive en Europe, Variations refleurit aussi, avec une nouvelle livraison. Le dix-neuvième numéro de la revue est celui d’une relance éditoriale autour d’un dossier thématique visant à nommer les impensés de la transformation numérique des sciences humaines et sociales. Dans le fourmillement actuel des travaux sur la question, il nous a semblé nécessaire de présenter les enjeux d’une approche critique des humanités numériques...

  • A history of rave in dance music documentaries - Blog - Mixmag
    https://mixmag.net/feature/a-history-of-rave-in-dance-music-documentaries

    From acid house to EDM, jungle to gqom, drum ‘n’ bass to techno, dance music’s diversity is vast, and each subculture has its own thrilling story and has impacted upon the world.

    If you’re interested in learning the history, we’ve got you covered. The numerous documentaries listed below provide an insight into many of the movements that have risen up and made their mark. There’s hours’ worth of gold to watch, so get stuck in below.

    #danse #dance #musique #techno #rave

  • La justice a massivement surveillé les militants antinucléaires de Bure - Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/270420/la-justice-massivement-surveille-les-militants-antinucleaires-de-bure

    Des dizaines de personnes placées sur écoute, plus d’un millier de discussions retranscrites, plus de 85 000 conversations et messages interceptés, plus de 16 ans de temps cumulé de surveillance téléphonique : l’information judiciaire ouverte en juillet 2017 est une machine de renseignements sur le mouvement antinucléaire de ce village de la Meuse, selon les documents qu’ont consultés Reporterre et Mediapart. Des visages pris dans une toile de flèches et de diagrammes. Sous chaque photo : date et (...)

    #IMSI-catchers #surveillance #écoutes #écologie #activisme

    • L’article est publié en accès libre sur Reporterre
      https://reporterre.net/La-justice-a-massivement-surveille-les-militants-antinucleaires-de-Bure

      « Écouter aussi longtemps, c’est bien la preuve qu’on n’est pas dans une procédure judiciaire pénale classique destinée à recueillir des éléments de preuve de la commission des délits, mais qu’on utilise les moyens du droit et de la procédure pénale dans le but de faire du renseignement, qui est de nature politique. »

      Si l’on additionne toutes ces séquences, on obtient une durée cumulée de temps passé à écouter les activistes équivalente à plus de seize années ! D’après les procès-verbaux, la plupart de ces personnes ont été écoutées en permanence par une équipe de gendarmes se relayant derrière leurs écrans. Au total, plus de 85.000 conversations et messages ont été interceptés, selon nos estimations. Et pas moins de 337 conversations ont été retranscrites sur procès-verbal, auxquelles s’ajoutent quelque 800 messages reproduits par le Centre technique d’assistance (CTA).

      [...] l’une des avocates des mis en examen, remarque que « beaucoup de gens ont été perquisitionnés mais pas mis en examen. Ces actes intrusifs ne sont pas commis dans le but d’une manifestation de la vérité. On a l’impression que c’est un vrai dossier de renseignement avec les oripeaux du judiciaire. Ce dossier est une sorte de monstre. Il y a une confusion permanente entre l’organisation de la résistance au projet et les infractions » .

      [...] En attendant, le dossier continue de se remplir. Même si son périmètre a été réduit, selon nos informations, la cellule Bure est toujours en place.

      [...] Pour quantifier et chiffrer l’ampleur de la surveillance déployée sur les militants anti-Cigéo, nous avons utilisé des données issues du dossier d’instruction.
      – 977 IMSI enregistrés à Bar-le-Duc le 13 février 2018 et 51 à Bure le 14 février : nous avons additionné les numéros d’IMSI archivés dans le dossier.
      – 455 boîtiers et 455 cartes SIM enregistrés les 2 et 3 mars 2018 à Bure et Mandres-en-Barrois : les chiffres figurent en tant que tels dans le dossier.
      – 765 numéros de téléphone ayant fait l’objet de demandes de vérification d’identité auprès des opérateurs de téléphonie : nous avons additionné tous les numéros ayant fait l’objet d’une commission rogatoire technique (CRT) auprès des opérateurs de téléphonie.
      – Au moins 200 autres requêtes concernant des historiques d’appels, leurs lieux d’émission, les coordonnées bancaires des titulaires d’abonnement, les codes PUK : nous avons additionné tous les numéros ayant fait l’objet d’une CRT auprès des opérateurs de téléphonie.
      – L’équivalent de seize années de temps cumulé d’écoutes : nous avons additionné les mois d’écoutes autorisés par la justice de juillet 2017 à novembre 2018, et réajusté le total au nombre de jours effectivement écoutés, sur la base des PV des gendarmes. Cela donne un total de 5.860 jours d’écoutes, que nous avons divisé par 360 = 16,2 années d’écoutes.
      – Plus de 85.000 conversations et messages interceptés : nous avons additionné les chiffres délivrés par les gendarmes dans les procès verbaux de synthèse des interceptions téléphoniques. À la clôture de chaque écoute, les officiers de police judiciaire précise le nombre de conversations « interceptées » et précisent « toutes les communications ont été écoutées ». Ils notent ensuite le nombre de conversations retranscrites pour les besoins de l’enquête. En additionnant leur nombre, nous arrivons au chiffre de 337.

  • Ne laissons pas s’installer le monde sans contact

    Appel au boycott de l’application #Stop-COVID19

    Bien sûr, il n’a pas échappé à grand-monde que la situation présente a permis aux gouvernements de nombreux pays de tétaniser, pour un temps indéterminé, les contestations parfois extrêmement vives dont ils faisaient l’objet depuis plusieurs mois. Mais ce qui est tout aussi frappant, c’est que les mesures de distanciation interpersonnelle et la peur du contact avec l’autre générées par l’épidémie entrent puissamment en résonance avec des tendances lourdes de la société contemporaine. La possibilité que nous soyons en train de basculer vers un nouveau régime social, sans contact humain, ou avec le moins de contacts possibles et régulés par la bureaucratie, est notamment décelable dans deux évolutions précipitées par la crise sanitaire : l’aggravation effrayante de l’emprise des Technologies de l’information et de la communication (TIC) sur nos vies ; et son corollaire, les projets de traçage électronique des populations au nom de la nécessité de limiter la contagion du COVID-19. [...]

    Le confinement est ainsi une aubaine pour s’approcher de l’objectif de remplacement de tous les services publics par des portails en ligne, fixé par le plan Action publique 2022. Comme on le voit avec la suppression des guichets SNCF, cette numérisation accélère la privatisation des services publics, par le transfert de leur travail à des plateformes commerciales aux pratiques opaques, fondées sur le profilage massif des individus. Elle évince violemment l’ensemble des usagers peu ou pas connectés – un cinquième de la population, parmi lesquels les personnes âgées, les plus vulnérables économiquement et les récalcitrants. Elle oblige désormais des catégories en voie de paupérisation massive à s’acheter parfois autant d’équipements informatiques « de base » (PC, smartphone, imprimante, scanner…) que le foyer compte de membres Elle nous fait basculer dans un monde profondément déshumanisé et kafkaïen. [...]

    Cette crise met une fois de plus en évidence le problème de la dépendance des peuples envers un système d’approvisionnement industriel qui saccage le monde et affaiblit notre capacité à nous opposer concrètement aux injustices sociales. Nous percevons que seule une prise en charge collective de nos besoins matériels, à la base de la société, pourrait permettre, dans les troubles à venir, de trouver à manger, de se soigner, d’accéder aux services de base. Il faut comprendre que l’informatisation va à l’encontre de ces nécessaires prises d’autonomie : le système numérique est devenu la clé de voûte de la grande industrie, des bureaucraties étatiques, de tous les processus d’administration de nos vies qui obéissent aux lois du profit et du pouvoir.

    http://www.terrestres.org/2020/04/27/ne-laissons-pas-sinstaller-le-monde-sans-contact

    Illustration : Ne nous y trompons pas, la distance sociale a commencé il y a des années .

    #technocritique, #critique_techno, #Ecran_Total, #La_Lenteur, #coronavirus, #numérique, #informatique, #autonomie_politique.

  • “CORONA CAPITAL”, Léon de Mattis
    http://dndf.org/?p=18462

    Corona Capital. Première partie.

    Crise épidémique et crise du capital

    Ce texte a pour ambition de commencer à réfléchir à l’impact de la crise du coronavirus. Cette crise entraîne déjà un profond bouleversement de l’économie capitaliste, et s’accompagne, même dans la période de confinement actuelle, d’une certaine agitation sociale. Il n’est pas impossible que cette agitation sociale puisse s’étendre, particulièrement vers la fin de l’épidémie, surtout si l’ampleur des changements rend impossible le retour à la normale.

    La théorie n’a pas pour fonction de prédire l’avenir. L’objectif de ce texte n’est pas de faire de la politique-fiction. Cependant, les épidémies, comme les guerres, jouent souvent le rôle d’un accélérateur de l’histoire. Il s’agit donc de s’interroger sur les tendances déjà décelables dans la situation actuelle et de formuler des hypothèses sur les trajectoires qu’elles dessinent pour un avenir proche. Pour remplir cet objectif, ce texte pose deux hypothèses de départ.

    La première hypothèse est que l’épidémie risque d’avoir un impact profond sur la phase actuelle du capitalisme que l’on pourrait qualifier de « néolibérale et mondialisée », et ce d’autant plus que cette période du capitalisme a déjà rencontré certaines de ses limites au cours des dernières années. L’épidémie elle-même peut s’analyser comme un produit des caractéristiques de cette phase. En ce sens, elle doit donc être considérée comme la manifestation d’une des limites du capitalisme actuel. Ce n’est pas en tant que cause extérieure, mais bien comme cause endogène que cette épidémie va avoir un impact profond sur le capitalisme néolibéral mondialisé. Cette hypothèse est développée ici, dans la première partie de ce texte : « Crise épidémique et crise du capital ».

    La seconde hypothèse tient à l’idée que la contestation sociale qui se manifeste à l’heure actuelle pourrait se renforcer lors du reflux de la crise épidémique, lorsque le danger se sera éloigné mais que le retour à la normale apparaîtra comme difficile, voire impossible. Les périodes de sortie de crise sont souvent des périodes d’agitation sociale. Par exemple, les lendemains de la Première Guerre mondiale ont été des moments de lutte intense en France, en Italie, en Allemagne et aux États-Unis. Il ne s’agit évidemment pas de croire à une loi de l’histoire qui s’appliquerait mécaniquement, mais plutôt de réfléchir aux débouchés de la contestation actuelle lorsque les luttes cesseront de s’autolimiter pour éviter d’aggraver la situation sanitaire. Cet axe de réflexion sera développé dans la deuxième partie de ce texte : « Lutte de classe et pandémie ».

    Bien entendu, tout dépend du temps que l’épidémie mettra à se résorber. Un épisode court a moins de chance de laisser des traces durables. On peut penser cependant que ce temps sera long, car même si le gros de l’épidémie qui affecte l’Europe et l’Amérique du Nord à la suite de l’Asie se résorbe en quelques semaines ou quelques mois, le coronavirus restera actif dans d’autres parties du monde. Tant qu’un vaccin ne sera pas développé, d’autres vagues sont susceptibles de se succéder. La fermeture mondiale des frontières, qui s’est amorcée au début de la crise, pourrait ainsi être prolongée durablement. Au total, l’économie et le commerce mondial pourront potentiellement être affectés par le virus pendant encore plusieurs années : autrement dit, à l’échelle du capitalisme actuel, une éternité.

    #pandémie #capital #économie #luttes #Luttes_de_classe #théorie

    • Ce qui donc va dominer après la crise, c’est le discours pseudo-critique des excès de la mondialisation, avec un programme de relocalisation des industries et un néonationalisme plus ou moins chauvin. Jusqu’où sera-t-il possible de mettre réellement ce programme en œuvre ? Cela reste une question ouverte : mais ce qui est certain, c’est que l’idéologie de la remise au pas des prolétaires au nom du nationalisme économique et politique est déjà là, prête à accompagner le maintien des politiques autoritaires mises en place partout par les États pour répondre à l’urgence sanitaire. C’est à présent ce à quoi cette idéologie va être opposée, à savoir la résistance prolétarienne à l’heure de l’épidémie, qu’il faut se consacrer dans la deuxième partie de ce texte.

    • Un premier point mérite sans doute d’être précisé. Lorsqu’il est question, dans ce texte, d’un effondrement du système monétaire et financier mondial, il ne faut pas imaginer un phénomène instantané. C’est plutôt un effondrement lent, comme dans ces films où l’on voit des immeubles tomber au ralenti. Les Bourses mondiales ont connu un krach retentissant au début de la pandémie : mais pour la suite, on peut supposer un long marasme plutôt que la poursuite d’une chute vertigineuse. Un effondrement brutal de la monnaie, avec des billets de banque qui ne valent plus rien et un retour du troc, est très peu probable : avant d’en arriver là, les États auront imposé un cours forcé qui pourra permettre de fonctionner quelque temps. En réalité, l’effondrement ne sera patent que lorsque l’on constatera, peut-être après quelques tentatives, que l’on ne peut tout simplement pas reconstruire le système financier mondial d’avant la crise.

  • Il n’y a pas de « continuité pédagogique » : éteignez les tablettes ! | Des membres du collectif de l’Appel de Beauchastel contre l’école numérique
    https://sniadecki.wordpress.com/2020/04/11/num-confinement

    Confinement oblige, l’Éducation nationale invite à la « continuité pédagogique », possible grâce au numérique. Or, selon les auteurs de cette tribune, « la pédagogie virtuelle n’existe pas », et « seuls les élèves éveillés, enfermés avec des parents désœuvrés au fort niveau d’études vont bénéficier d’une pédagogie efficace : l’instruction en famille ». Source : Et vous n’avez encore rien vu...

    • Il est urgent que le ministre annonce : […] en lien avec le ministère de la Santé, que le temps d’écran doit être limité : tant pour préserver sa santé que sa capacité à étudier, il faut réduire au strict minimum sa consommation d’écran – travail scolaire compris ;

      Et comment ils comptent faire pour que les gamins ne passent pas leur journée devant BFMTV, Netflix et Gully, ou WhatsApp, au motif que Blanquer leur aurait dit que « le temps d’écran doit être limité » ? A coup de LBD ou en faisant débarquer les flics à l’improviste dans les appartements pour contrôler les « temps d’écran » ?

      Je n’arrive pas à comprendre pourquoi il faudrait préférer une solution imparfaite à une solution absolument pire, avec des gamins laissés en total désœuvrement, enfermés à la maison et quasiment aucune chance de faire autre chose que regarder la téloche. Parce qu’on ne peut pas sortir, on ne peut pas aller se promener avec ses gamins, on ne peut pas faire de sport avec ses gamins, on ne peut pas les laisser jouer dehors avec les voisins, on ne peut même pas les emmener quand on fait les courses, etc. Je veux dire qu’ici le désœuvrement n’est pas un jugement moraliste, c’est le fait social incontournable imposé par le confinement. Je suis désolé, mais pour le coup, les tentatives (que je trouve pas du tout satisfaisantes par ailleurs) de garder le contact avec l’école, c’est un motif assez incontournable – le seul ? – pour arrêter de regarder la téloche.

      Je note notamment que le texte évacue avec une facilité déconcertante les cours en téléconférence, pour ensuite se plaindre du fait que sans interaction avec les enseignants l’école ça peut pas fonctionner, que les parents laissés seuls avec leurs gamins ça creuse les inégalités… Ce que, justement, les cours en téléconférence tentent de limiter.

      Enfin je pige pas quoi.

    • Un autre argument : et comment les auteurs comptent interdire aux familles qui le peuvent d’assurer la « continuité pédagogique » tout seuls au motif que d’autres ne peuvent pas et que ce serait un facteur d’inégalités ?

      C’est tout de même épatant cette logique : d’un côté on aura toujours les parents qui, comme actuellement, sont capables d’assurer « l’école à la maison » (bagage éducatif, qui ont le temps…), même si les structures scolaires n’essaient plus de maintenir cette « continuité pédagogique ». Les plus aisés se tourneront directement vers des écoles privées spécialisées, qui savent très bien faire ça.

      Et de l’autre côté, tous les autres qui, du coup, n’auront même plus les quelques outils fournis par l’école publique – dont, par exemple en Italie, les cours en téléconférence avec les enseignants pour les établissements publics.

      La logique de l’appel ci-dessus revient à imposer un renforcement des inégalités qu’il prétend dénoncer : ceux qui peuvent déjà continueront à assurer la pédagogie à la maison, les autres n’auront plus rien du tout.

    • Je vois pas en quoi les cours en téléconférence assurent une forme de "contact avec l’enseignant" particulièrement susceptible de "limiter le creusement des inégalités".

      Au contraire, la "culture" de la téléconférence, c’est aussi et d’abord celle de celles et ceux qui, justement, "sont [aussi] capables d’assurer « l’école à la maison »"

    • Je n’ai pas du tout écrit : « particulièrement susceptible ». J’ai au contraire explicitement précisé « que je trouve pas du tout satisfaisantes par ailleurs », et « tentent de limiter » ; deux formulations qui signifient à peu près l’exact opposé de « particulièrement susceptible ».

      Mes deux arguments principaux (dans les deux messages successifs), c’est que si, au motif que les tentatives sont insatisfaisantes et déjà inégalitaires (ce avec quoi je suis bien d’accord), il faudrait totalement s’en priver sans les remplacer par quoi que ce soit, alors en pratique ce qu’on propose c’est une situation encore plus catastrophique : téloche 12 heures par jour pour des gamins à qui on interdit rigoureusement toute autre activité et renforcement de l’inégalité d’accès à l’éducation.

      Parce que (1) on retirera la seule alternative vaguement « obligatoire » pour que les gamins fassent autre chose que regarder la télé ou buller sur Whatsapp, (2) de toute façon les parents « qui peuvent déjà » pourront toujours.

    • Tout à fait d’accord avec @arno j’allais écrire sensiblement la même chose (en moins développé) quand j’ai lu cette tribune.

      Je trouve ça dit de manière totalement théorique et hors-sol. Comme si c’était dans un autre monde, avec des si si si. Là on ne parle pas de deux semaines sans école, mais de plusieurs mois, dans le monde actuel.

      La conséquence très concrète, s’il n’y avait pas ce suivi avec internet, y compris s’il y avait des manuels papiers, ça serait de renforcer encore plus les inégalités qu’actuellement, et que seuls les familles avec un capital culturel élevé ET du temps (il faut avoir les deux) forcent les enfants à continuer d’apprendre. On pourra toujours arguer que telle famille populaire le fait aussi etc, on s’en fout, dans tout il y a des exceptions. Sur la population entière ça sera négligeable.

      Quand bien même c’est la présence en face à face qui restera à jamais le moyen d’avoir de vraies relations pédagogiques (j’en suis convaincu), les profs actuellement font ce qu’ils peuvent pour suivre où en sont leurs élèves (et la majorité le font au mieux), les incite à poser des questions, savoir où ils en sont, etc. En tout cas à partir du collège, car ça doit être bien plus compliqué en maternelle et primaire.

      Par ailleurs les profs sont pas gogols hein. Au collège le prof de français du fils leur fait bien lire des textes longs, des nouvelles (Poe en ce moment).

      Que les auteurices de la tribune répondent à cette question : s’il n’y avait pas ce suivi fort imparfait, concrètement là maintenant tout de suite il se passerait quoi dans les familles avec moins de capital culturel, les familles nombreuses, les parents qui bossent ? Répondre sans aucun « si » dans la phrase.

      Par contre je suis tout à fait d’accord qu’il faut insister sur le fait que tout devra reprendre où ça en était, sans préjuger que les élèves aient tous acquis des nouvelles choses.

    • Je trouve, pour ma part, qu’il n’y a aucune « tentative de limitation » des inégalités par l’usage de la téléconférence, mais, qu’au contraire, cet usage renforce les inégalités existantes. L’usage « productif » de la téléconférence dans le domaine de l’éducation ne peut se déployer qu’en s’inscrivant dans un habitus qui est déjà celui concourant aux inégalités croissantes en ce domaine. Raison pour laquelle il faut bien s’en passer, et ce non pas en la dénonçant comme solution individuelle de repli, mais comme mesure systématique préconisée par un ministère cherchant un mettre en œuvre un agenda qui a peu à voir avec l’attention à porter aux gamins.
      D’ailleurs, le terme « continuité pédagogique » est brandi par Blanquer comme un écran de fumée : il n’est pas là question du lien enseignant/écolier, mais bien de la continuité du fonctionnement de l’institution (sa capacité à « produire », en temps et en heure, des instruits conformes aux attentes du « plan quinquennal » défini par les indicateurs PISA et autres)

      Les enseignant.e.s n’ont pas attendu Blanquer pour ne pas laisser totalement sombrer une version de continuité pédagogique qui, cette fois ci, correspond bien au lien privilégié entre pédagogue et enfant, non médiatisé par un appareil de « production »). Illes ne s’en sont pas remis à la téléconférence, qui s’avère une bien piètre solution dans ce cas, à la fois sur le plan technique et sur le terrain de la pédagogie.

      La téléconférence n’est pas un moyen « imparfait » de maintenir un lien prof/élève ou d’occuper à moindre conséquence l’esprit des enfants. C’est un moyen parfaitement efficace pour renforcer l’habitus des gagnants et se donner des prétextes de renvoyer les superflus à leur incapacité de « bien utiliser les outils qu’on leur donne ». La télévision, en son temps, a connu exactement les même débats et sert aujourd’hui, par les usages différenciés qui en ont émergé, de marqueur social assurant la reproduction des inégalités.

    • Mais pourquoi tu ne parles que de téléconférence ? La tribune ne parle absolument pas de ça spécialement mais de « continuité pédagogique par le numérique » en général, téléconférence ou pas.

      Concrètement, il n’y a quasiment aucun prof qui utilise la téléconférence, ou alors seulement ponctuellement. La majorité des profs utilisent les ENT en place (pronote nous), qui sont uniquement textuels, et ils l’utilisent pour lister des choses à faire ou à lire, et pour messagerie (textuelle encore donc) pour que les élèves leur posent des questions et renvoient parfois leur travail régulièrement (faire des exercices de maths, et les donner au prof etc).

      Pour l’instant la seule téléconférence que j’ai vu, c’est en langue, la prof d’italien qui leur donne parfois rendez vous (à son heure habituelle de ses cours) sur une visioconf, où elle leur parle en italien à l’oral donc, et elle leur demande de parler eux, histoire de leur faire prononcer des choses.

      Mais bref, aussi bien la tribune que nos réponses sont sur l’ensemble, pas juste la téléconférence.

    • Je crois que c’est important qu’émergent des discours critiques de la possibilité non pas de faire de la sous-école en temps de crise comme celle-ci mais des discours qui ne manquent pas sur « qu’est-ce que c’est génial la continuité pédagogique le seul problème c’est notre manque de préparation alors préparons-nous mieux ». Ça me fait assez flipper qu’on s’empare de ces semi-succès (litote) pour avancer sur une voie aussi inquiétante en se disant qu’on fera ça mieux et sans en saisir l’enseignement principal qui est : c’est en présentiel que se passent les interactions les plus constructives.

      C’est un peu comme le revenu garanti : on ne peut pas dire que le revenu garanti, c’est génial en général simplement parce que c’est le meilleur moyen d’assurer la survie en temps de crise. Mais on ne peut pas non plus se passer des béquilles que ça représente dans cette situation si particulière.

      Et ceci dit, je teste la continuité pédagogique à Langues O’ et nos profs ont continué les cours pendant toutes les vacances d’avril : d’abord pour compenser l’enseignement de moindre qualité en ce moment, en plus parce qu’on y prend tou·tes plaisir, enseignant·es et étudiant·es (effectif de 3 à 6), c’est le truc anti-déprime pour les étudiant·es isolé·es qui n’arrivent pas à s’y mettre (malgré des années d’études sup, il n’y a pas que les gosses de pauvres qui ont du mal). On a tout essayé : Teams (pas pu entrer dans le salon), Skype (pour les cours magistraux ou avec la fonction chat pour des TD), WhatsApp pour les cours moins magistraux (je rattrape ceux-là en lisant le fil après coup avec les trads AV envoyées à côté par Wetransfer). C’est du bricolage avec des outils corporate...

    • Il me semble que le temps ordinairement passé devant la télé depuis les années 70, et depuis un bon moment, d’autres écrans, réseaux ou pas, en fait déjà -hors confinement - un temps de formation des subjectivités et à des savoirs, ce qui a contribué à une mise en cause radicale de l’école comme institution, mise en cause tout autre que celle autrefois exercée par des critiques internes (Freinet, pédagogie institutionnelle, etc), ou externes (Illitch, par exemple).
      La disqualification sociale (et salariale) des profs tient pour partie à cette émergence de la formation hors l’école. Hanouna-Youtube valent plus qu’eux. On peut avoir une capture par le divertissement, mais il y a des usages étonnants qui se greffent sur ce primat de l’image, si on envisage ce que font certains youtubeurs, ou encore l’application tiktok, bien plus horizontale, et ancrée dans des réseaux de relations affectives, où les utilisateurs font sur le mode du jeu des apprentissages, produisent et se produisent.
      Pédagogiser l’utilisation des écrans (téléconférence) suffira pas à modifier ce rapport. Surtout si l’investissement de ces moyens est laissée à l’atomistique de la famille nucléaire. Quelque chose comme une « éducation populaire », supposerait l’invention de collectifs ad hoc. Est-ce que c’est ce qui se cherche à travers ce basculement (bien partiel, socialement distribué) des pratiques, à travers ces débats ? No sé.

      #enfants #école #continuité_pédagogique #téléconférence #éducation #capital_humain #formation #famille #habitus

    • Je me demande comment se positionne « Acadomina » (© @mad_meg)

      École à la maison - COVID-19
      [Acadomina] propose des solutions d’accompagnement scolaire en ligne, depuis votre domicile, quotidiennes ou hebdomadaires : cours particuliers en visioconférence, cours collectifs en classes virtuelles.
      Nos Conseillers Pédagogiques sont joignables par téléphone au : 09XXXXXXXX
      Dans le contexte du confinement, les cours à distance bénéficient de 50% de crédit d’impôt sur le coût horaire.
      EN SAVOIR PLUS

    • Je viens mettre l’image d’Acadomina
      http://www.madmeg.org/delizie/#5/0.117/0.220
      Illes sont sympas de faire une remise de 50% de crédit d’impôt chez Acadomina - encore faut il être imposable !

      On ne prête qu’aux riches et comme on dit dans le management (et dans l’évangile dans la parabole des talents)
      WINNER TAKES ALL (version cannibale)
      https://www.youtube.com/watch?v=mjxaa_Vu7bU

      The winner takes it all
      The loser standing small

    • @rastapopoulos

      Effectivement ; je ne parle jusque là que de téléconférence car je réagissais en premier lieu à la dernière phrase du premier commentaire d’@arno

      Concernant le rapport au numérique en général, j’aurais du mal à résumer ici mon approche en quelques lignes. Je peux éventuellement envoyer à https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-02493223 dans un premier temps.

      Si je m’accorde avec les promoteurs de l’appel de Beauchastel sur la nécessité de critiquer le numérique dans l’éducation et au-delà, je sais par ailleurs que cette position n’est pas fondée aujourd’hui sur les mêmes prémisses.

    • @arno "Un autre argument : et comment les auteurs comptent interdire aux familles qui le peuvent d’assurer la « continuité pédagogique » tout seuls au motif que d’autres ne peuvent pas et que ce serait un facteur d’inégalités ?"

      Ta logique est en effet épatante. Personne parmi les signataires n’ambitionne de devenir Blanquer à la place de Blanquer. Quand pense-tu ?

      @rastapopoulos En ce qui concerne la téléconférence, Renaud Garcia nous a donné un aperçu de son usage sur Radio Zinzine mardi dernier : il y a des prof qui fond l’appel de leurs élèves dès 8h comme ça.

      Mais bon, à part ça, tout va très bien, tout va très bien, madame la marquise (air connu)...

    • C’est évidemment une question rhétorique par l’absurde (et donc absurde d’y répondre en disant que c’est illogique) : si évidemment les signataires de la tribune ne comptent pas interdire aux familles qui le peuvent (avec le temps, les savoirs, etc) d’assurer la continuité, alors encore une fois concrètement c’est ce qui va se passer, dans des proportions bien bien plus qu’actuellement : celles qui le peuvent vont évidemment le faire à fond, et toutes les autres ne vont juste rien faire (alors qu’actuellement les profs tentent de garder un lien et donc de fait, sans la supprimer évidemment, réduisent quand même cette inégalité).

      S’il n’y avait pas ce lien, aussi nul soit-il, mais ce lien quand même, sans « si on avait fait ci ou ça avant » (là on parle de quoi faire dans le monde de maintenant), il se passerait quoi pour la majorité des familles sans temps et sans capital culturel ? Les N gosses iraient gambader dans la garrigue et « apprendraient de la vie » comme dans un bon Pagnol ? Ah bah non, on n’a pas le droit. Ils seraient juste en train de binge-watcher les 220 épisodes de Naruto, pendant que les parents bossent (à la maison ou ailleurs).

    • alors qu’actuellement les profs tentent de garder un lien et donc de fait, sans la supprimer évidemment, réduisent quand même cette inégalité

      Je pense que rien aujourd’hui ne démontre que le lien numérique réduit l’inégalité, que ce soit par rapport à la situation de pédagogie en présence, bien sûr, mais aussi par rapport au scénario « binge-watcher les 220 épisodes de Naruto, pendant que les parents bossent ». L’hypothèse qu’il le renforce peut même être légitimement mise sur la table si l’on se réfère à d’autres exemples historiques, comme la télévision ou le plan informatique pour tous de 1985, que je connais bien.

      Ce que j’essaye de dire, c’est que se convaincre malgré tout que c’est le cas est peut-être un biais qui peut avoir deux sources : la distinction, au sens bourdieusien, et la confiance mal placée dans l’outil pour celleux qui y sont trop bien acclimatés par leur pratique professionnelle

  • Ce que le confinement nous apprend de l’économie - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/110420/ce-que-le-confinement-nous-apprend-de-l-economie

    La démarche est remarquable par ce qu’elle dit de ce qu’est l’économie capitaliste. Elle s’appuie sur un des éléments les plus puissants de ce système, mais aussi, lorsqu’il est mis à nu, un des plus fragiles : l’abstraction. Car dans cette macabre comptabilité, deux réalités distinctes sont mises à égalité. D’un côté celle d’un phénomène qui s’impose à l’homme, un virus contre lequel nous n’avons pas d’armes, du moins pour l’heure, et qui tue directement des hommes et des femmes. Et de l’autre, une création de l’humanité, l’économie de la marchandise, qui imposerait sa loi à sa créatrice au point de lui enlever également des vies.

    Il n’est pas question de nier que les crises économiques ne sont pas coûteuses en vie humaine. Les exemples du passé le montrent assez. Mais ce que ces doctes penseurs oublient, c’est que ces crises ne sont pas des phénomènes qui échappent aux hommes. Elles sont le produit de leur organisation sociale, de leur activité et de leurs choix. Et il ne dépend que d’eux de trouver d’autres formes d’organisation qui sauvent des vies et empêchent que les crises ne tuent autant.

    On comprend leur colère : soudain, en quelques semaines, on se rend compte que l’on peut stopper la fuite en avant de l’économie marchande, que l’on peut se concentrer sur l’essentiel : nourrir, soigner, prendre soin. Et que, étrangeté suprême, la Terre ne cesse pas de tourner, ni l’humanité d’exister. Le capitalisme est suspendu dans son fonctionnement le plus primaire : il génère une plus-value minimale, insuffisante à alimenter la circulation du capital. Et l’homme existe encore.

    Alors, pour continuer à maintenir en vie le mythe du caractère capitaliste intrinsèque de l’humanité, on a recours à des menaces : tout cela se paiera, et au centuple. Et par des morts. On ne réduit pas impunément le PIB de 30 %. Sauf que, précisément, l’époque montre le contraire et invite à construire une organisation où, justement, la vie humaine, et non la production de marchandises, sera au centre.

    Et là encore, l’époque est bavarde. Ces gens qui pensent que seul le marché produit de la valeur se retrouvent, eux-mêmes, à pouvoir manger à leur faim dans une ville propre, alors même que le marché ne fonctionne plus de façon autonome. Ils ne le peuvent que grâce au travail quotidien de salariés, des éboueurs aux caissières, des chauffeurs de bus aux soignants, des livreurs aux routiers qui, tout en s’exposant au virus, exposent au grand jour la preuve de l’écart béant entre la valorisation par le marché de leur travail abstrait et la valeur sociale de leur labeur concret. La valeur produite par le marché qui donne à un consultant un poids monétaire dix fois supérieur à celui d’une caissière ou d’un éboueur apparaît alors pour ce qu’elle est : une abstraction vide de sens. Ou plutôt une abstraction destinée à servir ce pourquoi elle est créée : le profit.

    Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est que partie remise. Plus cette crise « politiquement fabriquée » sera sévère, plus, là aussi, on la fera payer à la population. Pour « reconstruire », assurer les « emplois », attirer les investisseurs, bref, faire repartir la machine, on demandera, comme a commencé à le faire Bruno Le Maire, des « efforts » à la population. On fera donc tout pour que le confinement produise une violente crise économique qui, effectivement, sera cruelle et coûteuse en vies humaines. On le fera simplement : en se contentant de « geler » le système économique et en se gardant de profiter de cette suspension pour le modifier. Une fois décongelé, l’économie marchande donnera le pire d’elle-même. Ses mécanismes propres se déchaîneront. Mais on devra l’accepter comme une loi divine.

    Pour faire tenir le peuple, on lui envoie soit des messages et des chansons de stars bien à l’aise dans leurs douillettes résidences, soit le bâton du gendarme et du juge, qui s’en donnent à cœur joie pour « faire des exemples ». On demande au peuple de continuer à regarder le spectacle passivement, sans bouger, sans penser. Mais n’est-ce pas l’inverse même de la vie humaine ?

    Cette réponse moralisatrice est hautement problématique. Dans le silence du confinement, elle aggrave les tensions sociales et les dissensions au sein de la société. Chacun blâme son voisin pour ses actes, les délations se multiplient, les jugements sont légion. Les bases de la société démocratique sont remises en cause par un climat de suspicion, d’angoisse et de peur. La culpabilisation est la première étape vers cette exigence de discipline que l’on affirmera pendant la crise économique. Et c’est bien de cela qu’il faut parler.

    #Coronavirus #Jour_après

    • Waouh Les temps changent comme dirait Robert Z.

      Les propos sont en effet explicites :

      les victimes de la crise [...] seront les victimes de l’organisation économique fondée sur le fétichisme de la marchandise

      Bon, ce fétichisme est encore interprété comme un manque de volonté par lequel nous laissons l’abstrait s’imposer face au concret. Dans la marchandise, pourtant, ces deux pôles sont constitutifs l’un de l’autre, et c’est toujours le même fétichisme que de vouloir brandir l’un de manière positive (le soi-disant « concret ») face à l’autre qu’on a vite fait de personnifier (l’abstraction propre au capitaliste). Le fétichisme de la marchandise peut aussi se présenter comme un fétichisme de la valeur d’usage : https://seenthis.net/messages/840924

      Encore un effort, camarade Romaric, et tu constateras qu’il ne s’agit pas de remettre l’économie à sa place, mais bien d’en sortir, seul terrain à partir duquel nous pourrons enfin produire des « richesses » et non plus des marchandises.

      Un marqueur de cette critique totale de la marchandise sera le fait de parler non plus de profit (du capitaliste) mais de survaleur (à la fois produit et moteur du travail producteur de marchandises, et donc du capital)

    • On comprend leur colère : soudain, en quelques semaines, on se rend compte que l’on peut stopper la fuite en avant de l’économie marchande, que l’on peut se concentrer sur l’essentiel : nourrir, soigner, prendre soin. Et que, étrangeté suprême, la Terre ne cesse pas de tourner, ni l’humanité d’exister. Le capitalisme est suspendu dans son fonctionnement le plus primaire : il génère une plus-value minimale, insuffisante à alimenter la circulation du capital. Et l’homme existe encore.

      Oui et non : d’un côté les milliardaires sont décimés (moins il y en a et moins ils ont de fric globalement, mieux nous nous portons) mais beaucoup d’activités inutiles continuent et dans le Sud global les populations pauvres ont le choix entre se confiner et mourir de faim aujourd’hui et sortir chercher leur croûte pour mourir du virus plus tard. Aucun effet L’An 01, on réfléchit et plus tard on rallume les industries qui nous semblent nécessaires à la vie humaine avec les densités et les mauvaises habitudes qui sont les nôtres.

  • Corona-crise : le krach à venir

    http://www.palim-psao.fr/2020/04/corona-crise-le-krach-a-venir-par-tomasz-konicz.html

    Les appels manifestement absurdes mentionnés plus haut à retourner au travail salarié malgré la pandémie et à se sacrifier pour le dieu de l’argent sont précisément sous-tendus par cette compulsion fétichiste d’une valorisation illimitée du capital. Sans quoi la société capitaliste est menacée d’effondrement, car elle ne peut se reproduire socialement que lorsque les processus d’accumulation réussissent. La production d’une humanité économiquement superflue, laquelle résulte de la crise systémique du capital se déployant par à-coups, et qui pouvait être jusqu’ici largement répercutée sur les salariés de la périphérie au cours de la concurrence de crise, frapperait donc les centres de plein fouet si la lutte contre la pandémie devait s’installer dans le temps.

    En passant, le digital labor n’est qu’une des mille façons de mobiliser/exploiter les « salariés de la périphérie »

  • Adieu à la valeur d’usage, par Robert Kurz
    http://www.palim-psao.fr/2020/04/adieu-a-la-valeur-d-usage-par-robert-kurz.html

    Pendant qu’on insiste quotidiennement sur la distinction entre « secteurs essentiels » et « secteurs non essentiels » de l’économie capitaliste, ce texte bref de Kurz est salvateur. La fétichisation de la « valeur d’usage » participe d’une naturalisation du capitalisme, et de ses catégories de base (valeur, marchandise, travail et argent). Aujourd’hui, le produit marchand dit « utile » (ou encore : « essentiel ») est toujours plus modelé par la logique abstraite de valorisation, et il se réduit ainsi à une simple fonctionnalité unidimensionnelle, qui devient destructive, toxique, réifiante, et qui ne prend pas en compte la souffrance et les désirs complexes des individus. L’article décisif pour la transformation de la critique de l’économie politique en une critique de la valeur d’usage, a été celui de Kornelia Hafner, « Le fétichisme de la valeur d’usage » dont une traduction sera proposée prochainement dans la revue Jaggernaut.

    #Robert_Kurz #critique_de_la_valeur #wertkritik #valeur #valeur_d'usage #capitalisme

  • The Rise and Fall of Biopolitics: A Response to Bruno Latour |
    Joshua Clover | Critical Inquiry
    https://critinq.wordpress.com/2020/03/29/the-rise-and-fall-of-biopolitics-a-response-to-bruno-latour

    We must take this fact with the utmost seriousness: that Foucault’s new regime of power appears in the late eighteenth century, which is to say, alongside the steam engine and the industrial revolution, which is also to say, alongside the liftoff of anthropogenic climate change. We need to stop fucking around with theory and say, without hesitation, that capitalism, with its industrial body and crown of finance, is sovereign; that carbon emissions are the sovereign breathing; that make work and let buy must be annihilated; that there is no survival while the sovereign lives

    #joshua_clover #latour #écologie #climat #covid_19

    • Ecological despoliation is a consequence not of humans, as the name “Anthropocene” and Latour’s essay suggest, but of industrial production and its handmaidens, and only forces which can bring that to heel allow us to prepare for climate change. Capital, with is inescapable drive to reproduce itself, is not some actor in a network, equivalent to other actors, but an actual cause. The compulsion to produce, and to produce at a lower cost than competitors, in turn compels the burning of cheap and dirty fuels to drive the factories, to move the container ships, even to draw forth from the ground the material components of “green energy” sources. The Gilets Jaunes did not riot because they object to ecological policies but because the economy dictates that they find jobs in places they cannot afford to live, and to which they must therefore commute. As long as the compulsions of production for profit and of laboring to live persist, climate survival will be beyond the reach of any state.

      #capitalocène

  • Coronavirus, un saut de l’ange existentiel et politique
    Par Quentin Hardy
    https://www.terrestres.org/2020/03/31/coronavirus-un-saut-de-lange-existentiel-et-politique

    En 1919, Max Weber a appelé « guerre des Dieux », ce conflit irréductible entre des valeurs et des mondes. En sapant toutes les anciennes autorités et fictions religieuses qui garantissaient une direction et un sens à l’existence individuelle et collective, la modernité nous plonge dans un monde mouvant sans fondement. La vie sociale est structurée par l’incompatibilité radicale entre des points de vue ultimes, situation que Weber décrit métaphoriquement en parlant d’un « combat éternel que les dieux se font entre eux », c’est-à-dire d’un processus de lutte sans fin entre des choix et des positions inconciliables. Ce conflit est sans résolution possible et conduit à « la nécessité de se décider en faveur de l’un ou de l’autre. ». Le sociologue allemand ne décrit pas ici spécifiquement la politique, mais tous les ordres de la vie où « suivant les convictions profondes de chaque être, l’une de ces éthiques prendra le visage du diable, l’autre celle du dieu et chaque individu aura à décider, de son propre point de vue, qui est dieu et qui est diable. » Pour Weber, « tel est le destin de notre civilisation : il nous faut à nouveau prendre plus clairement conscience de ces déchirements que […] l’éthique chrétienne avait réussi à masquer pendant mille ans. » Après d’autres événements récents, le coronavirus ouvre une scène tragique au cœur de la civilisation occidentale : voulons-nous continuer à être gouvernés par les entités métaphysiques évoquées plus haut qui empruntent tantôt à la figure du dieu tantôt à la figure du diable ? Allons-nous poursuivre l’empilement de palettes, les conurbations urbaines suffocantes, la production industrielle de particules fines, le terrassement des terres arables et l’empoisonnement océaniques des deux tiers de la surface restante de cette planète ? Lorsque le confinement sera levé, nombreux sauront se souvenir de la leçon éthique et du tranchant dramatique qu’a pris ce conflit de valeur entre deux façons de concevoir la vie.

    #covid-19 #Weber #crise_sanitaire #crise_écologique

  • https://www.franceculture.fr/societe/anselm-japp-esperons-de-garder-ce-que-cette-crise-a-de-positif

    [...] la gravité de cette crise de la société capitaliste mondiale n’est pas la conséquence directe et proportionnée de l’ampleur de la maladie. Elle est plutôt la conséquence de la fragilité extrême de cette société et un révélateur de son état réel. L’économie capitaliste est folle dans ses bases mêmes – et non seulement dans sa version néolibérale.

    Le capitalisme industriel dévaste le monde depuis plus de deux siècles. Il est miné par des contradictions internes, dont la première est l’usage de technologies qui, en remplaçant les travailleurs, augmentent les profits dans l’immédiat, mais font tarir la source ultime de tout profit : l’exploitation de la force de travail. Depuis cinquante ans, le capitalisme survit essentiellement grâce à l’endettement qui est arrivé à des dimensions astronomiques. La finance ne constitue pas la cause de la crise du capitalisme, elle l’aide au contraire à cacher son manque de rentabilité réelle – mais au prix de la construction d’un château de cartes toujours plus vacillant. On pouvait alors se demander si l’effondrement de ce château adviendrait par des causes « économiques », comme en 2008, ou plutôt écologiques.

    Avec l’épidémie, un facteur de crise inattendu est apparu – l’essentiel n’est pourtant pas le virus, mais la société qui le reçoit.

    NB : concernant le tarissement du travail, il faut préciser que le travail source de (sur)valeur indispensable à la reproduction du capital ne peut être qu’un travail accompli selon le standard de productivité du moment (qui est par ailleurs en constante augmentation sous l’effet de la concurrence entre capitalistes). Tous les travailleurs exploités à bas prix dans les zones de faible productivité sont des opportunités de profit pour certains capitalistes, mais pas une possibilité de reproduction du capital au niveau global. Le capital ne peut se reproduire que s’il produit par ailleurs des consommateurs solvables à hauteur de la masse de capitaux mise en mouvement. Comme l’indique Jappe, ce n’est plus le cas depuis au moins cinquante ans (et ce ne sera plus jamais le cas, compte tenu des niveaux de productivité atteints et des masses de capitaux accumulés).

  • Le confinement amplifie la numérisation du monde
    https://reporterre.net/Le-confinement-amplifie-la-numerisation-du-monde

    Le confinement tend à nous priver de monde, au sens qu’Hannah Arendt donne à cette notion, dans La Condition de l’homme moderne (Calmann Levy, 1958). Un sens à la fois culturel et politique. Elle estimait que la civilisation moderne, tournée vers la production et la consommation de masse, faisait globalement rétrécir notre monde commun, qui existe pour elle par l’action et la délibération politiques.

    Avec l’épidémie et le confinement, nous sommes non seulement privés de monde au sens culturel et politique, mais aussi de monde sensible : les rassemblements sont interdits — mêmes les cérémonies funéraires —, de nombreux marchés sont fermés, et les randonnées en forêt ou en montagne peuvent être sanctionnées. La seule chose qu’on nous laisse, notre seul accès au monde, c’est l’écran d’ordinateur. On s’y engouffre d’autant mieux que les outils numériques ont cette capacité de donner l’illusion qu’ils maintiennent ou recréent le monde autour de nous – l’illusion d’être ensemble, alors que nous sommes isolés.

    #Numérisation_du_monde #Confinement #Covid-19 #Amiech

  • Coronavirus : à Reims, un bus transportant des patients sommé de faire demi-tour

    Parti du Grand-Est pour emmener huit malades du Covid-19 vers Tours, ce transfert n’a pas été jugé prioritaire par le ministère. Une consigne jugée incompréhensible par les médecins et les élus locaux.

    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/04/coronavirus-a-reims-un-bus-transportant-des-patients-somme-de-faire-demi-tou

    #paywall

    Qui a ordonné ce demi-tour ? Contactée par Le Monde, l’Agence régionale de santé du Grand-Est admet un « couac », dommageable tant pour les patients que pour l’image donnée de désorganisation. Dans un communiqué, elle a expliqué mercredi 1er avril que les patients transportés n’étaient pas prioritaires. « Ce sont les services de réanimation qui sont les plus en tension en ce moment, donc on privilégie les transferts de malades en réanimation », a précisé Christophe Lannelongue, directeur de l’agence.

    Surtout, « les échanges interrégionaux sont préalablement soumis à l’autorisation du centre de crise sanitaire du ministère de la santé, ce qui n’était pas le cas ». « C’est le PC de crise à Paris, auprès du directeur général de la santé M. Salomon, qui pilote les transferts entre différentes régions (…). Ce transfert a été suspendu car il nécessitait d’être mieux coordonné », explique également la directrice du CHU de Tours, Marie-Noëlle Gérain-Breuzard.

    Manque de visibilité

    Le maire de Reims, Arnaud Robinet, pharmacologue de formation et président du conseil de surveillance du CHRU de Reims, dénonce « un couac administratif et non médical » : « Le transfert devait avoir lieu avec l’accord de l’ARS des deux régions, mais la directrice de l’hôpital de Reims a reçu un message du cabinet du ministre. » Un geste qu’il ne comprend pas : « Je trouve inconscient de faire revenir ce bus », fustige-t-il, regrettant le « manque de visibilité » sur la question des transferts de patients.

    Pour le maire de Reims, qui préside également la Fédération hospitalière de France (FHF) dans la région, si « les établissements de l’Est ont su anticiper et tripler le nombre de lits de réanimation », ce n’est « pas le cas partout ». « J’espère qu’on n’a pas cherché à privilégier la région Ile-de-France », s’interroge l’élu, pour qui il faudra, après la crise, tirer le bilan et « donner plus de responsabilités aux collectivités ».

    Contactée, la direction générale de la santé assume avoir « annulé, et pour de très bonnes raisons (…) de sécurité sanitaire » ce transfert. Une opération menée, selon elle, « de façon unilatérale, sans concertation », par le CHU de Reims. « Des patients étaient déjà prévus pour être transférés sur le site identifié par le CHU de Reims, qui ne pouvait pas en accueillir en avance de phase sans compromettre les transferts prioritaires à venir », justifie-t-elle. Et d’assurer que la stratégie de transferts de patients, « essentielle pour pouvoir assurer la prise en charge » de tous, « se déroule bien », mais nécessite « une organisation fine, qui associe une régulation régionale, et un pilotage national ».

    Je pense que la raison de cette consigne est d’éviter une avalanche de commentaires acerbes sur les « bus Macron »...

  • « Le XXIe siècle a commencé en 2020, avec l’entrée en scène du Covid-19 », Jérôme Baschet
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/02/jerome-baschet-le-xxie-siecle-a-commence-en-2020-avec-l-entree-en-scene-du-c

    La pandémie est un fait total révélant que le système-monde se trouve désormais dans une situation de crise structurelle permanente, analyse l’historien Jérôme Baschet, dans une tribune au « Monde ».

    Tribune. Les historiens considèrent volontiers que le XXe siècle débute en 1914. Sans doute expliquera-t-on demain que le XXIe siècle a commencé en 2020, avec l’entrée en scène du Covid-19. L’éventail des scénarios à venir est, certes, encore très ouvert ; mais l’enchaînement des événements déclenchés par la propagation du virus offre, comme en accéléré, un avant-goût des catastrophes qui ne manqueront pas de s’intensifier dans un monde convulsionné par les effets d’un réchauffement climatique en route vers 3 °C ou 4 °C de hausse moyenne. Se profile sous nos yeux un entrelacement de plus en plus étroit des facteurs de crise qu’un élément aléatoire, à la fois imprévu et largement annoncé, suffit à activer.

    Effondrement et désorganisation du vivant, dérèglement climatique, décomposition sociale accélérée, discrédit des gouvernants et des systèmes politiques, expansion démesurée du crédit et fragilités financières, incapacité à maintenir un niveau de croissance suffisant : ces dynamiques se renforcent les unes les autres, créant une extrême vulnérabilité découlant du fait que le système-monde se trouve désormais dans une situation de crise structurelle permanente. Dès lors, toute stabilité apparente n’est que le masque d’une instabilité croissante.

    L’envoyé du vivant

    Le Covid-19 est une « maladie de l’anthropocène », ainsi que l’a relevé Philippe Sansonetti, microbiologiste et professeur au Collège de France. L’actuelle pandémie est un fait total, où la réalité biologique du virus est devenue indissociable des conditions sociétales et systémiques de son existence et de sa diffusion.

    Invoquer l’anthropocène – période géologique où l’espèce humaine modifie la biosphère à l’échelle globale – invite à prendre en compte une temporalité à triple détente : d’abord, les années récentes où, sous la pression des évidences sensibles, nous prenons conscience de cette époque nouvelle ; ensuite, les décennies de l’après-1945, avec l’essor de la société de consommation et la grande accélération de tous les marqueurs de l’activité productive (et destructive) de l’humanité ; enfin, le tournant des XVIIIe et XIXe siècles, lorsque la courbe des émissions de gaz à effet de serre décolle, en même temps que le cycle des énergies fossiles et de l’industrialisation.

    Le virus est l’envoyé du vivant, venu nous présenter la facture de la tourmente que nous avons nous-mêmes déclenchée. Anthropocène oblige, la responsabilité humaine est engagée. Mais de qui exactement ? Les trois temporalités mentionnées permettent d’être plus précis. A l’horizon le plus immédiat, s’impose la sidérante affaire de l’évaporation des stocks de masques depuis 2009 et l’indolence qui ne les reconstitue pas à l’approche de l’épidémie. Encore n’est-ce là qu’un aspect de l’accablante impréparation européenne.

    Cette incapacité à anticiper témoigne d’une autre maladie du temps : le présentisme, par quoi tout ce qui déborde l’immédiat s’évanouit. Le mode de gestion néolibéral de l’hôpital, froidement comptable, a fait le reste. Manquant de moyens, en sous-effectif et déjà épuisés en temps normal, les personnels soignants ont crié leur désespoir sans être entendus. Mais le caractère irresponsable des politiques menées est désormais avéré aux yeux de tous.

    « Capitalocène »

    Pour Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital Pompidou, à Paris, « des insouciants et des incapables » nous ont conduits à nous retrouver « tout nus » devant l’épidémie. Et si Emmanuel Macron a voulu s’ériger en chef de guerre, il ne devrait pas négliger le fait que cette rhétorique pourrait, un jour, se retourner métaphoriquement en accusation pour trahison.

    Cette incapacité à anticiper témoigne d’une autre maladie du temps : le présentisme, par quoi tout ce qui déborde l’immédiat s’évanouit
    Remonter à la seconde moitié du XXe siècle permet de repérer plusieurs causalités de la multiplication des zoonoses, ces maladies liées au passage d’un agent infectieux de l’animal à l’humain. L’essor de l’élevage industriel, avec son ignominie concentrationnaire, a aussi de déplorables conséquences sanitaires (grippe porcine, grippe H5N1, etc.). Quant à l’urbanisation démesurée, elle réduit les habitats des animaux et les pousse davantage au contact des humains (VIH, Ebola).
    Ces deux facteurs n’ont peut-être pas joué dans le cas du SARS-CoV-2. En revanche, la vente d’animaux sauvages sur le marché de Wuhan n’aurait pas eu de telles conséquences si cette ville n’était devenue l’une des capitales mondiales de l’industrie automobile. La globalisation des flux économiques est bel et bien à l’œuvre, d’autant que l’expansion insensée du trafic aérien a été le vecteur d’une fulgurante diffusion planétaire du virus.

    Enfin, il faut aussi se reporter deux siècles en arrière, pour donner à l’anthropocène son véritable nom : « capitalocène ». Car il n’est pas le fait de l’espèce humaine en général, mais d’un système historique bien spécifique. Celui-ci, le capitalisme, a pour caractéristique majeure que l’essentiel de la production y répond, avant tout autre chose, à l’exigence de valorisation de l’argent investi. Même si les configurations en sont variables, le monde s’organise alors en fonction des impérieuses nécessités de l’économie.

    Compulsion productiviste mortifère

    Il en résulte une rupture civilisationnelle, dès lors que l’intérêt privé et l’individualisme concurrentiel deviennent les valeurs suprêmes, tandis que l’obsession de la pure quantité et la tyrannie de l’urgence conduisent au vide dans l’être. Il en résulte surtout une compulsion productiviste mortifère qui est l’origine même de la surexploitation des ressources naturelles, de la désorganisation accélérée du vivant et du dérèglement climatique.

    Au sortir de l’urgence sanitaire, rien ne sera plus comme avant, a-t-il été dit. Mais que changer ? L’examen de conscience s’en tiendra-t-il à une temporalité de courte vue ou considérera-t-on le cycle complet du « capitalocène » ? La véritable guerre qui va se jouer n’a pas le coronavirus pour ennemi, mais verra s’affronter deux options opposées : d’un côté, la perpétuation du fanatisme de la marchandise et d’un productivisme compulsif menant à l’approfondissement de la dévastation en cours ; de l’autre, l’invention, qui déjà tâtonne en mille lieux, de nouvelles manières d’exister rompant avec l’impératif catégorique de l’économie et privilégiant une vie bonne pour toutes et tous.

    Préférant l’intensité joyeuse du qualitatif aux fausses promesses d’une impossible illimitation, celle-ci conjoindrait le souci attentif des milieux habités et des interactions du vivant, la construction du commun, l’entraide et la solidarité, la capacité collective d’auto-organisation.

    Le coronavirus est venu tirer le signal d’alarme et mettre à l’arrêt le train fou d’une civilisation fonçant vers la destruction massive de la vie. Le laisserons-nous repartir ? Ce serait l’assurance de nouveaux cataclysmes aux côtés desquels ce que nous vivons actuellement paraîtra a posteriori bien pâle.

    Jérôme Baschet a été enseignant-chercheur à l’EHESS (Paris). Il est l’auteur, entre autres, de « Défaire la tyrannie du présent. Temporalités émergentes et futurs inédits » (La Découverte, 2018) et « Une juste colère. Interrompre la destruction du monde » (Divergences, 2019).
    Jérôme Baschet(Historien)

  • Michel Tibon-Cornillot, penseur du « déferlement des techniques », est mort du Covid-19

    https://reporterre.net/Michel-Tibon-Cornillot-penseur-du-deferlement-des-techniques-est-decede-

    Il a notamment développé le concept de « déferlement des techniques », ou, comme il précisait de « déferlement des systèmes techniques contemporains » : selon lui, les systèmes techniques ont acquis une puissance et une efficacité telles « qu’ils ne sont plus régulables et qu’ils se mettent à frapper les écosystèmes ou les systèmes sociaux avec une telle force qu’ils les font exploser ».

  • Rapiécer le monde. Les éditions La Lenteur contre le déferlement numérique | Terrestres
    https://www.terrestres.org/2019/12/20/rapiecer-le-monde-les-editions-la-lenteur-contre-le-deferlement-numeriqu

    L’objectif de leurs écrits est de construire une critique anticapitaliste de la technologie qui ne soit pas réactionnaire. Une critique en acte qui associerait la parole et l’action, l’analyse critique et la construction de nouveaux mondes. Si, à partir du XIXe siècle, le progrès technique s’est inventé comme la condition de possibilité de l’émancipation sociale et de la liberté, peu à peu s’est imposé un divorce croissant entre ce progrès technique et le progrès humain. La thèse des textes publiés à la Lenteur est que le numérique actuel accélère ce divorce ancien, que les technologies dites numériques facilitent de plus en plus le démontage des droits sociaux, des solidarités tout en restreignant sans cesse la liberté. Loin de rompre avec les logiques de destruction et de contrôle des techniques modernes, les technologies numériques apparaissent de plus en plus comme le franchissement d’un nouveau seuil. Ce constat semble de plus en plus partagé, comme le montre les mobilisations massives autour des compteurs communiquants Linky et les doutes autour de la cybersurveillance et l’impact écologique et énergétique croissant des infrastructures et objets numériques. La thèse selon laquelle le numérique est un enjeu politique central, qui implique de lutter contre les entreprises et l’État qui rendent cette dépendance au numérique généralisée, s’étend.

    #technocritique #critique_techno #La_Lenteur #François_Jarrige #livre

    • Comment envisager d’instaurer un monde vivable et écologiquement moins destructeur si partout explosent les consommations énergétiques, des infrastructures matérielles destructrices, et des promesses abstraites et creuses sur les futurs technologiques heureux. Mais aussi, que signifie concrètement s’opposer à l’informatisation du monde et de nos vies alors que le consumérisme high tech ne cesse d’être vantée, promue et encouragée partout, y compris dans les milieux militants qui invitent à liker, tweeter et partager sur Facebook leurs actions pour les rendre visibles.

      […]

      L’informatique offre de multiples avantages et facilités apparentes – c’est comme ça qu’il s’impose – tout en multipliant les nouvelles complexités, les nouvelles dépendances et les nouvelles fragilités. Les deux vont ensembles et sont indissociables, c’est toute l’ambivalence de ce qu’on nomme le « progrès technique ». Ce débat travaille de nombreux groupes militants qui consacrent un temps croissant à s’agiter sur le net, et une revue en ligne comme Terrestres elle-même n’est pas exempt de ce défaut en faisant le choix de circuler en ligne, via des réseaux sociaux, tout en invitant à redevenir terrestre. Il ne s’agit pas de culpabiliser ni de renvoyer aux usages individuels, car la plupart des gens n’ont pas choisi ni ne sont enthousiastes face à la numérisation en cours. Il s’agit d’abord de penser ces questions d’un point de vue collectif et global, et de s’opposer aux discours officiels et médiatiques dominants, conditions préalables à la possibilité de formes de vies et d’expérimentations différentes.

      […]

      Contre le philosophe et économiste Frédéric Lordon, la critique se fait plus ravageuse puisqu’il est présenté comme un habile rhéteur, aux positions visibles dans la gauche radicale contemporaine, mais qui refuse obstinément de penser la question technique comme une question politique, ni d’affronter totalement le monde réel tel qu’il est.