La Rotative

Site collaboratif d’informations locales - Tours et alentours

  • Sandvik m’a tuer ! Autopsie d’une fermeture d’usine

    Le groupe Sandvik, n°1 mondial de l’outillage en carbure de tungstène via sa marque Coromant, vient d’annoncer la fermeture de son site de Fondettes. Analyse de la situation industrielle et économique de la boîte par un ancien salarié.

    https://larotative.info/sandvik-m-a-tuer-autopsie-d-une-2968.html

    Ainsi, on commence à séparer dans la division tools du groupe les unités de production et le unités de vente. Au passage, cela permet l’optimisation fiscale. Ainsi, Safety se voit contrainte de vendre non plus directement à ses clients, mais à un magasin central en Hollande. C’est ce magasin qui distribuera ensuite la marque. Et lui qui fera alors la marge sur le produit, l’unité de production de Fondettes (PU) se contentant de vendre au prix de revient ses produits à ce magasin. Les bénéfices réalisés seront alors imposés en Hollande à 18 % contre 33,3 % (à l’époque) en France. De plus, cette stratégie permet de fabriquer n’importe quelle marque sur n’importe quelle unité de production. Ainsi, sur le site de Fondettes, seront fabriquées des plaquettes CW qui partiront avec l’étiquette Coromant ou Walter et, pendant un temps, Valenite.

    C’est à cette époque aussi qu’une partie non négligeable de la production partira en Inde, à Poona. Il s’agira de plaquettes avec peu de technologie intégrée. On comprendra que le coût de la main d’œuvre en Inde n’a rien à voir avec celui de la main d’œuvre française. Sur une production dont le prix du marché est bas, quelques centimes d’écart à la production font alors la différence. Ainsi, dès 2000, les unités de production sont mises en concurrence.

    #délocalisation #industrie #optimisation_fiscale


  • Orléans : la French Tech au garde-à-vous
    https://larotative.info/orleans-la-french-tech-au-garde-a-2783.html

    Cinq start-ups hébergées au sein du LAB’O, le « lieu totem » orléanais dédié au numérique et à l’innovation, ont signé un partenariat avec l’armée de l’Air pour développer des projets militaires.

    Étonnement, ce nouveau partenariat n’apparaît pas sur le site internet du LAB’O, qui insiste sur l’innovation, le partage et la convivialité, à grands renforts d’illustrations cartoonesques, plutôt que sur la participation de certaines entreprises hébergées aux conflits armés du futur.

    Au moment où l’armée de l’Air concluait ce partenariat avec des entreprises orléanaises, on apprenait que Google allait collaborer avec l’armée américaine pour l’analyse des images filmées par des drones [1]. Depuis, une douzaine de salarié-es de l’entreprise californienne ont démissionné pour protester contre ce partenariat, et près de 4 000 autres ont signé une pétition demandant que Google se retire du projet et s’engage à ne développer aucune technologie guerrière [2]. Mais la French Tech Loire Valley ne s’encombre pas de ce genre de considérations morales.

    #drones #frenchtech #google


  • Au Centre de création contemporaine, l’art d’abuser des services civiques
    https://larotative.info/au-centre-de-creation-2685.html

    Nouvel outil culturel au service de la politique d’attractivité de la métropole de Tours, le centre d’art ne pourrait fonctionner sans recourir à de nombreux jeunes en service civique. Une pratique qui s’apparente à du travail dissimulé.

    Depuis son installation dans le nouveau bâtiment du jardin François Ier, le CCCOD recourt largement aux services civiques, qui représentent près d’un quart de l’effectif. Réservé aux jeunes de moins de 26 ans, ce dispositif s’est généralisé dans de très nombreuses structures publiques ou associatives. Au centre de création contemporaine, de quatre à six jeunes travaillent sous ce statut, aux côtés des quatorze salariés, jusqu’à 35 heures par semaine, samedi et dimanche compris, pour une indemnité mensuelle de 580 euros.

    La responsabilité des élus locaux est forte : trop contents d’avoir un bel objet culturel entre les mains, ils n’ont apparemment pas réfléchi aux coûts salariaux que cela impliquait. Le bâtiment, dont la construction a coûté près de 16 millions d’euros, est devenu une vitrine pour la métropole, qui en a fait un argument au service de sa politique d’attractivité. L’image du CCCOD a notamment été utilisée dans le cadre d’une campagne publicitaire déclinée jusque dans les couloirs du métro parisien. Tant pis pour la réalité sociale à l’intérieur des murs. Mais sans ces jeunes volontaires sous payés, le bel édifice s’effondrerait.

    #culture #précarité #service_civique #attractivité cc @rezo


  • Mécénat et optimisation fiscale : l’hôpital ne se fout pas de la charité
    https://larotative.info/mecenat-et-optimisation-fiscale-l-2641.html

    Depuis 2016, le CHU de Tours promet rencontres exclusives et déductions d’impôts aux généreux donateurs qui voudront bien l’aider à boucler son budget. Un modèle qui s’est généralisé et illustre l’insuffisance du financement public des hôpitaux.

    Le CHU de Tours n’est pas le seul à s’être engagé dans cette voie. Le CHU de Nîmes a également décidé « d’explorer de nouveaux modes de financement » pour « dynamiser son business model ». On apprend ainsi que « la Fondation d’entreprise AREVA s’engage aux côtés du Centre Hospitalier Universitaire de Nîmes pour sécuriser la prise en charge et les soins apportés aux nourrissons ». Il fallait bien le concours d’une multinationale du nucléaire pour « rêver l’hôpital de demain » [2]. A Reims, la maison de champagne Krug fait partie des mécènes fondateurs. Nantes, Grenoble, Rennes, Limoges... Tous les CHU semblent s’être convertis à ce nouveau modèle.

    Le CHU de Tours a même investi les plateformes de financement participatif telles que Helloasso ou Ulule. A l’heure actuelle, le projet « Les yeux dans les étoiles », qui vise à « humaniser le bloc opératoire de la maternité du CHU de Tours », a récolté 40 euros sur les 1 800 espérés. Sur la plateforme Make in Loire Valley, fruit d’une collaboration entre Ulule et la Région Centre, l’amélioration de l’accueil des patientes est mis en compétition avec un projet d’enregistrement d’album, le financement d’une régate pour un groupe d’étudiants de l’IUT de Blois, ou la gravure de planches apéro représentant la ville d’Orléans.

    #santé #crowdfunding #hôpital


  • #balancetonhosto : le CHU de Tours tente de faire taire le personnel hospitalier
    https://larotative.info/obligation-de-reserve-et-censure-2629.html

    A la suite du mouvement autour du hashtag #balancetonhosto, qui a permis aux professionnels de santé d’exprimer leur exaspération quant à leurs conditions de travail, les agents du CHRU de Tours se sont vus rappeler à l’ordre.

    C’est une note de service peu banale qui a été adressée au personnel hospitalier du CHRU de Tours le 15 janvier dernier. Le document, titré « Rappel de l’obligation de réserve de tous les agents du service public sur les réseaux sociaux et dans les médias », constitue en fait une tentative d’intimidation. On peut y lire :

    Tous les agents publics sont tenus à l’obligation de réserve et de mesure dans l’expression écrite et orale de leurs opinions personnelles. Aussi, cette obligation s’applique de la même manière sur les blogs, les réseaux sociaux et dans les médias.

    [...] Les agents doivent éviter toute manifestation d’opinion de nature à porter atteinte aux supérieurs hiérarchiques, à dévaloriser l’institution et à nuire à la considération du service public par les usagers. L’obligation de réserve constitue en ce sens une limite à la liberté d’opinion. Le non-respect de cette obligation de réserve est susceptible de constituer une faute disciplinaire.

    Derrière ce « rappel », la direction générale du CHU menace en fait de sanction les agents qui oseraient témoigner de la réalité du travail dans les différents établissements hospitaliers de la métropole. Une réalité déjà dénoncée par les organisations syndicales du CHU, qui luttent contre les suppressions de postes et de lits à l’hôpital, en dénonçant leurs conséquences sur la qualité des soins et des conditions de travail.

    #intimidation #santé


  • Mobilité contrôlée : une multinationale du parking déploie ses vélos à Tours
    https://larotative.info/mobilite-controlee-une-2617.html

    L’entreprise Indigo, qui se présente comme « leader mondial du stationnement », lance un service de vélos en libre service sans bornes. Une offre soi-disant « révolutionnaire » qui colle à l’ambition des élus de faire de Tours une ville « intelligente ».

    La filiale d’Indigo s’est déjà implantée à Metz et compte déployer largement son offre sur un marché déjà très concurrentiel. En plus de se diversifier, l’entreprise aux 4 000 parkings se paye un petit coup de greenwashing en développant un nouveau service garanti « écologique et durable ».

    En consultant les sites de recherche d’emploi, on tombe sur une offre de CDI pour un poste d’« agent opérationnel » basé à Tours, proposée par la multinationale du parking. Notamment chargé d’ « effectuer des réparations légères sur la flotte de vélos » et d’« assurer le déploiement de la flotte de vélos en extérieur », cet agent devra être « rigoureux, organisé, autonome, polyvalent, imaginatif, bon communicant, sociable et appliqué », mais aussi connaître Tours comme sa poche. Autant de compétences grassement rémunérées : l’offre promet un SMIC.

    Ensuite, cela donne une image moderne et connectée de la ville. Comme l’explique Serge Clémente, PDG d’Indigo, sa société ne se contente pas de gérer des parkings : elle est un outil au service de la « smart city » [4]. Même élément de langage dans la bouche d’Yves Massot, adjoint aux transports de la ville de Tours le jour de l’inauguration d’Indigo Weel, cité sur le compte Twitter de l’entreprise :

    « Le projet #Indigoweel s’adapte complètement à notre envie d’une ville #smartcity" »

    #transport #mobilité #vélo #smartcity #greenwashing


  • Service militaire : souvenirs d’un appelé tourangeau
    https://larotative.info/service-militaire-souvenirs-d-un-2601.html

    Au mois de janvier 2018, le chef de l’État a réitéré sa promesse de mettre en place un « service national universel » encadré par les armées pour les jeunes de 18 à 21 ans. Ce témoignage rappelle ce qu’était cet exercice imposé à la jeunesse : une vaste entreprise d’abrutissement, entre violence, racisme, humiliations et alcoolisme.

    L’ambiance entre appelés était encore relativement bonne et me permit de supporter l’ahurissement éprouvé à cette époque : agressivité encouragée, division des appelés entre eux, rapports humains négatifs, méfiance inouïe, racisme, liberté d’expression pratiquement nulle, dérision des objectifs présentés du service national, dérogations par rapport au règlement, impossibilité de prendre du recul par rapport au groupe, inadaptation du règlement à la France de 75 (...1975).

    Mon arrivée au camp du Ruchard fut un grand soulagement : le grand air, l’espace, les horizons ouverts, la nature, Tours à proximité... Je travaillais au « Foyer du Soldat ». En fait, il s’agissait de vendre des illusions par paquets, sous forme de canettes de bière. Les abus amenaient souvent des comportements très impulsifs chez les appelés. L’exemple des gradés ne passait pas inaperçu.

    Un exemple significatif à l’extrême de cet état d’esprit : le cas C. Arrivé de la veille, il s’est fait rouer de coups, a subi des vexations personnelles graves. Sa personnalité s’en est trouvée touchée d’une façon durable ; au point qu’il a dû être réformé au bout de quelques semaines. La passivité des autres appelés durant cette agression est connue. Ces mêmes appelés qui bénéficieront de jours de « bon soldat » ; à qui l’on délivrera des « certificats de bonne conduite » ; enfin des hommes, en un mot.

    Et bien, c’était le fond, l’essence de cette structure dont il s’agissait. Au Ruchard comme à Fontainebleau, et ailleurs sans doute, l’armée me semblait n’être qu’une gigantesque organisation isolée dans le temps et dans l’espace, dans la société française. Organisation dont la devise aurait pu être : « Le biceps, la fesse, et l’ivresse... »

    #armée #caserne #service_national


  • Assurance-chômage : « Nous n’avons pas de devoirs, nous n’avons que des droits ! »
    https://larotative.info/assurance-chomage-nous-n-avons-pas-2600.html

    Depuis leur arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron et sa majorité multiplient les déclarations contre les chômeurs, qu’ils veulent soumettre à un contrôle renforcé. Entretien avec Jean-Pierre Antoine, secrétaire de la CGT chômeurs rebelles du Morbihan, qui dénonce la stigmatisation des privés d’emploi et s’inquiète d’un possible démantèlement du régime d’assurance-chômage.

    Depuis le 1er janvier 2018, les salarié-e-s ne cotisent plus à l’assurance-chômage. Pour compenser la suppression des cotisations des salariés à l’assurance-chômage, l’État a décidé d’une hausse de la CSG, qui est prélevée sur tous les revenus d’activité et revenus de remplacement, y compris les pensions de retraite. Comme c’est désormais un impôt qui financera l’assurance-chômage, et non plus les cotisations des salariés, l’État va pouvoir mettre en cause la légitimité des représentants des salariés qui siègent au conseil d’administration de l’Unédic. Puisque les salariés ne cotisent plus pour financer le régime d’assurance-chômage, pourquoi seraient-ils représentés et associés à sa gestion ?

    Je suis persuadé qu’on se dirige vers une transformation complète de la gestion de l’assurance-chômage. L’État pourra décider du fonctionnement de l’assurance-chômage sans concertation. Et Emmanuel Macron a déjà annoncé la couleur : deux offres raisonnables refusées, ça se traduira par une suppression de l’allocation versée (bien sûr, la notion d’offre raisonnable n’est pas précisée). En outre, avec la suppression de la cotisation sur les salaires, on peut imaginer que l’allocation versée ne sera plus calculée en fonction des salaires antérieurs. L’État pourrait donc décider de fixer le montant et la durée de versement du revenu de remplacement alloué aux privés d’emplois. On va se retrouver sur un modèle similaire à ce qu’on connaît en Angleterre, avec l’État à la baguette.

    Pour nous, c’est clair : plutôt que contrôler les chômeurs, ils feraient mieux de contrôler les offres d’emplois. Le site du Pôle Emploi a été largement ouvert, et les employeurs peuvent désormais publier directement leurs annonces, qui ne sont plus contrôlées par des agents du Pôle Emploi mais par des algorithmes. Ils feraient mieux de revenir à un système de contrôle préalable des offres.

    Nous sommes opposés au contrôle des chômeurs. L’assurance-chômage, c’est un droit. Quand on nous parle de devoirs, c’est une façon de stigmatiser les privés d’emploi. Nous n’avons pas de devoirs, nous n’avons que des droits ! S’il y a six millions de chômeurs dans ce pays, ce n’est pas parce que les privés d’emploi ne cherchent pas de travail, mais tout simplement parce qu’il n’y a pas de boulot.

    #chômage #pôle_emploi #précarité


  • Congrès de Tours : « Beaucoup de militants pensaient que la révolution était à portée de main »
    https://larotative.info/congres-de-tours-beaucoup-de-2563.html

    Du 25 au 30 décembre 1920, les socialistes français réunis à Tours débattent de l’adhésion de leur parti à la Troisième Internationale, créée à Moscou en 1919. Ce congrès aboutit à une scission, qui conduira à la création du Parti communiste français. Entretien avec Julien Chuzeville, auteur du livre Un court moment révolutionnaire, la création du parti communiste en France (1915-1924) chez #Libertalia

    Beaucoup de militants pensent que la révolution est à portée de main. Le gouvernement français le craint aussi. C’est pourquoi il fait arrêter en mai 1920 les principaux militants révolutionnaires, en particulier Fernand Loriot, Boris Souvarine et Pierre Monatte. Ils sont toujours en prison pendant le congrès de Tours.

    Les délégués présents au congrès sont appelés à se prononcer sur l’adhésion de la SFIO à l’Internationale communiste, créée par les bolcheviks à Moscou en mars 1919. Au moment des débats, que savent les socialistes français de la situation en Russie ?

    Il n’y a pas une ignorance complète, mais une vision déformée. Les révolutionnaires pensent souvent que les conseils ouvriers (« soviets », en russe) ont le pouvoir en Russie, que c’est l’autogestion. En fait, en décembre 1920 les soviets n’ont déjà plus qu’un rôle décoratif.

    Le souvenir de la Commune de Paris de 1871, moins de 50 ans auparavant, joue un rôle important : les communards avaient été accusés d’atrocités largement exagérées. En 1920, la presse conservatrice en France est très opposée aux bolcheviks. Elle publie souvent des fausses nouvelles — la mort de Trotski est par exemple plusieurs fois annoncée —, et diffuse des détails fantaisistes qui, pour les révolutionnaires, lui enlèvent toute crédibilité. Ils pensent que c’est la propagande anti-communarde qui recommence. Les russes blancs en exil diffusent des théories du complot. Il y a des « fake news » des deux côtés, ce qui empêche d’avoir une lecture claire de la situation. Et la voix des révolutionnaires russes opposés aux bolcheviks est alors quasiment inaudible en France.

    Enfin, l’Internationale communiste ne correspond pas à ce que les révolutionnaires avaient espéré : elle ne veut surtout pas d’une nouvelle synthèse entre marxisme, syndicalisme révolutionnaire, voire communisme libertaire. La bureaucratisation est rapide et s’accompagne d’un tournant idéologique autoritaire.

    A partir de 1924, les militants qui avaient été à la tête de la minorité internationaliste pendant la guerre se retrouvent en pointe dans la lutte contre la bolchevisation ordonnée par Moscou — qui va s’avérer être le début de la stalinisation. Ils forment une opposition communiste en interne, mais il n’y a plus de fonctionnement démocratique : ils sont donc exclus ou démissionnent.

    #pcf #sfio #communisme #libertaire #révolution cc @rezo @fil


  • Top des entreprises, flop du journalisme
    https://larotative.info/top-des-entreprises-flop-du-2548.html

    Chaque année, le groupe La Nouvelle République invite le patronat local au centre de congrès de Tours pour une soirée dédiée à « valoriser la performance ». Un événement qui illustre les rapports incestueux du journal avec les pouvoirs locaux.

    Cette « grande soirée des entrepreneurs tourangeaux », qui a réuni 1 500 acteurs économiques, était organisé par le groupe La Nouvelle République. Depuis plusieurs années, le principal groupe de presse de la région invite le patronat local à s’autocélébrer lors de cet événement sobrement nommé « Top des entreprises ». On s’applaudit entre pairs et on se récompense, dans différentes catégories : manager de l’année, création d’entreprise, innovation, export...

    C’est l’occasion pour le groupe de presse de brosser dans le sens du poil ses annonceurs actuels et potentiels. Rien de tel que des remises de trophées et des petits fours pour sceller une bonne entente. Pour La Nouvelle République, les collectivités et les entreprises ne sont pas des acteurs de la vie locale dont le journal devrait couvrir l’activité avec un semblant de neutralité, mais des partenaires privilégiés.

    Confronté depuis des années à un effondrement de sa diffusion [2], le journal a intérêt à maintenir de bonnes relations avec ses annonceurs, qu’il s’agisse d’entreprises ou de collectivités. D’où la multiplication d’événements et de partenariats avec ces acteurs : Top des entreprises, Tops du tourisme, participation à l’organisation du Festival du cirque, petits-déjeuners VIP, etc.

    #médias #presse #PQR #journalisme


  • Protection de l’enfance : le conseil départemental d’Indre-et-Loire met en danger les mineurs
    https://larotative.info/protection-de-l-enfance-le-conseil-2538.html

    Début octobre, le président du conseil départemental d’Indre-et-Loire, Jean-Gérard Paumier, annonçait à deux des acteurs clés de la protection de l’enfance que leurs financements étaient suspendus. En jeu : quatre millions d’euros, alors que le secteur souffre déjà d’un grave manque de moyens. Entretien avec Muriel, éducatrice spécialisée, salariée de l’Association départementale de sauvegarde de l’enfance (ADSE).

    La suspension des financements représente environ deux millions d’euros pour chacune des deux associations. Sans cet argent, l’ADSE ne pourra pas survivre très longtemps. Là, aucun contrat à durée déterminée n’est renouvelé. Comme il n’est pas possible pour les éducateurs de suivre plus d’enfants qu’ils le font actuellement – compte tenu des situations que nous suivons, qui sont parfois dramatiques, ce serait beaucoup trop risqué — cela signifie que certains enfants qui font l’objet d’un signalement et d’une décision de justice visant à les protéger ne peuvent pas être pris en charge et sont inscrits sur liste d’attente .

    Concrètement, cela veut dire que l’admission de certains enfants est refusée, et que l’Aide Sociale à l’Enfance — qui dépend du conseil départemental — conteste des décisions de placement prononcées par la justice. Dans certains foyers, les collègues se retrouvent parfois seuls en soirée avec huit jeunes. Cela les place dans des situations délicates : on ne peut pas aller chercher un enfant à l’école en même temps qu’on prend en charge un groupe. Et il ne s’agit pas d’enfants en colonie de vacances : beaucoup de ces mômes sont « cassés », certains présentent des problématiques très complexes, peuvent parfois être violents. Beaucoup de salariés sont épuisés. D’après ce qu’on sait, le nombre d’arrêts maladie a explosé depuis la conclusion du contrat d’objectifs.

    On est là pour mener un boulot éducatif, ça demande énormément de temps et d’investissement. Il faut entrer en lien avec les jeunes qui nous sont confiés, avec leur famille quand on travaille en milieu ouvert… Ce travail est complètement nié. Quand on parle de situations humaines, on nous répond « réduction budgétaires » . On n’a pas le même vocabulaire… Mais s’occuper des mômes coûte de l’argent. Et pour bon nombre d’entre eux, si on a le temps et les moyens, on peut les aider à s’en sortir. Les soutenir, leur montrer que tout n’est pas inéluctable, qu’ils peuvent faire autre chose de leur vie, même si leur enfance a été difficile. On sait que ça fonctionne. C’est une question de choix politique.

    #ASE #enfance #prévention #salariat


  • Au Sanitas, le promoteur immobilier fait disparaître les populations noires et arabes
    https://larotative.info/au-sanitas-le-promoteur-immobilier-2525.html

    Le panneau d’affichage qui montre à quoi ressemblera l’immeuble de bureaux en cours de construction dans ce quartier prioritaire de Tours ne présente que des personnes blanches. A l’opposée de la réalité sociale actuelle du quartier.

    Ce qui frappe, quand on examine en détail l’image, ce sont les personnages qui y figurent. On en voit une vingtaine, parmi lesquels quelques enfants. Tous sont blancs. Plusieurs hommes portent une veste et une cravate. L’un d’eux a le portable vissé à l’oreille et l’autre main négligemment enfoncée dans la poche. On est face à de jeunes cadres dynamiques. On voit aussi une femme portant une chemise en flanelle et des bottines en cuir, une autre portant une jupe de tailleur noire qui téléphone depuis une salle de réunion, une dernière qui porte un short à motifs et un chapeau qui lui confèrent un look de blogueuse mode. Ils semblent tous appartenir à la classe moyenne.

    Comme le remarquait le chercheur Alex Schafran, qui a observé une soixantaine d’images du même type, notamment en banlieue parisienne :

    « Il est frappant de constater que les personnes figurant dans ces représentations du futur ne ressemblent en rien aux personnes vivant en réalité sur ces territoires. [...] [Les rendus] dépeignent une image systématiquement plus blanche et typiquement plus bourgeoise que la réalité du quartier. » [1]

    #urbanisme #architecture #blanchiment #racisme #embourgeoisement

    cc @fil

    • Les décideurs sont rarement racisés et veulent s’identifier au projet. Ensuite et surtout, tout le monde veut attirer des CSP+ sur son territoire et personne ne veut de pauvres → même au bled, quand les communes ou les interco ont un projet, c’est toujours au bénéfice des CSP+, personne ne veut dépenser du fric pour des gens « qui ne rapportent pas ».
      Enfin, même quand il ne s’agit pas de projet, les dominants invisibilisent les dominés, sauf quand ils ont besoin de stigmatiser. Quand TF1 et France 2 ont parlé du quartier du Garros, à Auch, l’un des quartiers les plus pauvres de France, ils ont réussi à le faire en ne montrant que quelques vieux blancs. Avec @heautontimoroumenos, on était choqué tellement ils avaient réussi à montrer le contraire de la réalité, c’est à dire un quartier très jeune, très pauvres et très racisé.

      L’idée derrière tout cela est toujours de faire « disparaitre » les « indésirables » et pas seulement symboliquement : la plupart des projets prévoient en réalité de remplacer les quartiers populaires par des quartiers bourgeois, sans jamais rien prévoir pour ces populations dont personne ne veut… une sorte de colonisation intérieure.
      Et ainsi de projets en projets, on arrive à repousser les pauvres dans les territoires dévalorisés, coincés entre l’usine de produits chimiques, le croisement de deux ou trois autoroutes et la décharge…
      Mais c’est « le marché » qui veut ça, hein !
      Voilà un #grand_remplacement qui ne dit pas son nom…


  • Chronique d’une année scolaire : quand le Ministre parle
    http://larotative.info/chronique-d-une-annee-scolaire-2524.html

    Depuis quelques jours, M. Blanquer parle. Blanquer, ou comment malmener le savoir et la liberté. Nous sommes à la fin du premier trimestre de l’année scolaire. Je suis inquiète pour la suite de la scolarité de mon ministre de tutelle. Sur le livret scolaire, je coche « compétence partiellement atteinte ».

    Ma réalité, leurs mots

    Car, quoiqu’en pense le ministre, la réalité de terrain de l’école n’est pas laïque, non racisée et égalitaire. La réalité de la vie de tous les jours dans les établissements, c’est une série d’actes et de phrases qui rappellent qu’en France il vaut mieux être blanc pour réussir, ou au moins pour être regardé avec impartialité.

    Quand dans un conseil de maîtres, en maternelle, lors de la répartition des élèves pour les classes de l’année suivante, des enseignants proposent de faire attention aux « couleurs » des élèves, pour faire des groupes hétérogènes, que doit-on comprendre ? Si ce n’est que la couleur porte en ses germes l’idée même d’une déficience scolaire.

    Quand dans les établissements, on entend cette phrase si fréquemment : « Il a un problème de bilinguisme », parce que sa deuxième langue est l’arabe, ou le turc, ou le tchétchène, ou j’en passe. Alors même que jamais cette phrase n’est prononcée pour les enfants d’ambassadeurs élevés hors de France.

    Quand dans les établissements, on entend des parents préférer ne pas avoir cette enseignante d’origine maghrébine, parce que le niveau de langue, la culture, les convictions…

    Quand à la cantine, on s’étonne toujours que Youssef mange du porc, parce que quand même avec ce prénom...

    Alors, je ne suis qu’une professeure des écoles, de base comme diraient certain-e-s, je n’ai pas vraiment mon mot à dire, encore moins à être entendu. Cependant, je ne laisserai pas mon ministre croire que la langue est un outil dont il pourrait se servir comme d’un joug, je ne lui laisserai pas croire que je vais renoncer à ma liberté pédagogique et à ma liberté de penser sous prétexte que ceux qui ont le droit à la parole aurait raison.

    #racisme #enseignement #blanquer #non_mixité


  • Entretien avec Gilles Richard : « Macron est l’homme fort des néolibéraux »

    http://larotative.info/entretien-avec-gilles-richard-2484.html

    Entretien avec Gilles Richard à propos des droites en France et de la structuration de la vie politique autour de la question nationale « qui a infecté toute une partie des gauches ».

    Aujourd’hui les droites sont dans une situation contradictoire. Elles sont à la fois victorieuses – le résultat des élections, c’est que les néolibéraux sont revenus au pouvoir – et en même temps, elles sont divisées. Les divisions n’ont même jamais été aussi fortes entre néolibéraux et nationalistes. Avant tout parce que le clivage principal entre les différentes familles politiques ne porte plus sur la question sociale mais sur la question nationale.

    On ne peut pas être néolibéral, européiste, « mondialiste » dans le sens où le capitalisme libéral l’entend, et en même temps recréer des États nationaux forts avec des frontières fermées. Le système capitaliste « mondialisé » nécessite l’abolition des frontières économiques. Non seulement pour que les capitaux et les hommes circulent, notamment les travailleurs détachés, mais aussi parce que les résistances politiques de type démocratique se sont construites dans le cadre des États-nations.

    Mais le FN est sur une position anti-Europe. Et même s’il y a bien un électorat anti-mondialisation très important dans les classes populaires et au-delà, cet électorat, quand il est confronté à la prise du pouvoir direct, ne voit pas de solution valide dans le FN. Il a conscience que sortir de l’Union européenne ne va pas être quelque chose de facile. Et si les électeurs n’en étaient pas encore convaincus, le Brexit et ce qui s’est passé en Grèce sont là pour le rappeler.

    Emmanuel Macron, c’est le nouvel homme fort des néolibéraux. Il a comme principale caractéristique, à la différence d’un Alain Juppé, outre l’âge, de permettre un élargissement de la famille néolibérale, de prendre acte qu’une large fraction des dirigeants socialistes sont des néolibéraux. Ils le sont devenus, tranquillement, durant les trente dernières années.

    #droites #souverainisme #social cc @rezo @bastamag


  • CHU de Tours : « Nous réclamons le droit d’être fier d’être des soignants »
    https://larotative.info/chu-de-tours-nous-reclamons-le-2474.html

    Lettre ouverte d’une infirmière du CHU de Tours concernant le plan de restructuration de l’hôpital, la dégradation des conditions de travail et la dégradation de la qualité de prise en charge des patients.

    Aujourd’hui nous avons bien compris que l’hôpital, outre sa fonction de service public, doit aussi se comporter comme une entreprise générant des profits, et qu’afin de recueillir ces dits profits, il faut rentabiliser la prise en charge non plus des patients et patientes, mais des clients et clientes. Et nous comprenons bien que pour des gestionnaires, écouter, tenir une main, rassurer, parfois essuyer des larmes et même accompagner les derniers souffles ne rapportent rien d’un point de vue financier. Mais pour nous, tout cela c’est notre quotidien.

    Comment assurer une éducation thérapeutique de qualité à nos patients en courant d’une chambre à l’autre ? Comment encadrer les personnels de demain, quand nous-mêmes, vous nous obligez par manque de temps, manque de moyens, manque d’effectifs à ne plus respecter scrupuleusement les protocoles de soins et d’hygiène ?

    Toutes ces interrogations sont pour nous source de stress, de malaise, de mal-être, d’insécurité au sein de notre travail. Nous nous soucions de la qualité de prise en charge de nos patients, nous demandons de respecter notre droit à travailler dans de bonnes conditions et en sécurité. Et pour cela, nous demandons des moyens humains pour le faire.

    #pénibilité #care #maltraitance #hôpital


  • Philippe Briand et les danseuses de samba : éléments d’analyse d’un buzz
    https://larotative.info/philippe-briand-et-les-danseuses-2471.html

    Retour sur l’inauguration de la station d’épuration de Luynes et le sexisme qui s’est donné à voir à cette occasion.

    A l’inverse, le premier adjoint à la mairie de Luynes, Gilles Ferrand, s’est élevé dans un post Facebook contre « les réactions de certains pisse-froid », et faisait mine de s’inquiéter :

    « Il y a une quarantaine d’années nous aurions vu pour la même occasion des majorettes avec des jupettes pas plus large qu’un cache-nez mais personne ne s’en serait offusqué ! Je pense que nous nous dirigeons vers une société où l’on va finir par interdire les carnavals avec leurs danseuses (...) car "l’image de la femme" y est dégradée... Probablement nous aurons des danseuses en niqab car ce doit être plus "politiquement correct" pour certains. »

    Pour l’élu UDI, la dénonciation du sexisme serait forcément une forme de soumission au rigorisme religieux — musulman en l’occurrence —, et on n’est pas loin des thèses d’extrême-droite sur le grand remplacement. Cette sortie, à la fois raciste et sexiste, n’est pas sans rappeler certains propos qui avaient fleuris suite à l’affaire DSK, accusé de viol par une femme de chambre d’un hôtel new-yorkais : le pauvre homme n’avait rien fait de mal, il était simplement victime du « puritanisme américain » [1]. Même son de cloche récemment, à l’occasion de la vague de dénonciations d’agressions sexuelles sur les réseaux sociaux via le hashtag #balancetonporc : pour l’intellectuel médiatique Alain Finkielkraut, « on est en train de transformer la France en province de l’Amerique néo-puritaine » [2]. Les hommes comme Gilles Ferrand veulent des femmes à moitié nues et livrées à leur convoitise : les autres sont renvoyées dans les rangs des religieux-ses, des pisse-froid et des peine-à-jouir.

    (...)

    En comparaison du buzz provoquée par la photo sur laquelle figurent les deux danseuses, cet article est passé relativement inaperçu. Alors que la présence sur la photo de femmes en jupes et brassières a énormément fait réagir (et à juste titre), la publication régulière de photos dont les femmes sont totalement absentes semble avoir été intégrée comme une situation normale. Ce sont pourtant les mêmes dynamiques sexistes qui sont à l’origine de l’absence totale de femmes ou de leur présence en qualité de faire-valoir.

    #sexisme #métropole #genre #pouvoir

    cc @reka @mad_meg


  • L’université François Rabelais à la mode entrepreneuriale
    https://larotative.info/l-universite-francois-rabelais-a-2461.html

    Une petite université de province, telle que celle de Tours, n’échappe pas aux transformations nationales et même internationales du modèle universitaire. Enseignement d’un globish de plus en plus technique et de moins en moins culturel et ceci pour toutes les filières ; développement des échanges avec les universités nord-américaines aux dépens des universités européennes ; « diversification » des enseignements pour ne pas être enfermé dans sa spécialisation intellectuelle et développer une capacité d’adaptation...

    Université, institution critique ? Ce que les étudiants perçoivent ne nous invite pas à le penser. Le développement de l’insertion professionnelle, critère numéro 1 du classement des meilleures universités publié par les grands médias, prend aujourd’hui une tournure obsessionnelle, aux dépens notamment de la qualité de vie des étudiants et de la qualité des enseignements. Ainsi, la dernière grande innovation de l’université de Tours s’appelle le « M.O.B.I.L », pour Module d’Orientation, de Bilan et d’Insertion en Licence. Voici le descriptif publié par le site de la fac :

    Le MOBIL s’adresse à tous les étudiants de L1, L2 et L3. L’objectif de ce module est d’élaborer votre projet professionnel, de réfléchir à votre orientation et d’avoir une meilleure connaissance des poursuites d’étude après la Licence, des débouchés et du marché du travail. Il est constitué de deux éléments : des heures de TD pour vous aider à construire votre projet, et des actions MOBIL (ateliers, visites d’entreprises, conférences, rencontres,...) vous permettant de découvrir différents environnements professionnels en fonction de vos intérêts.

    #université #savoirs #entrepreneuriat


  • Le député En Marche Daniel Labaronne a lui aussi défendu le Roundup
    http://larotative.info/le-depute-en-marche-daniel-2455.html

    Le député de la deuxième circonscription d’Indre-et-Loire a pris la défense du glyphosate dans une question au gouvernement strictement identique à celle de sa collègue Fabienne Colboc. Ou quand le travail parlementaire se résume à copier-coller l’argumentaire des lobbys...

    Dans un précédent article publié sur La Rotative, il était indiqué que la députée Fabienne Colboc s’étaient fendue d’une question écrite au gouvernement pour s’inquiéter des conséquences que pourrait avoir une interdiction du glyphosate, un herbicide puissant classé « potentiellement cancérigène ».

    Sa défense émouvante du glyphosate — surtout connu sous la marque Roundup, commercialisée par le groupe Monsanto — était d’autant plus touchante qu’elle est intervenue à quelques jours des révélations du journal Le Monde concernant les efforts entrepris par la multinationale américaine pour contrer les informations dénonçant la toxicité du produit. Et qu’elle mettait en avant de supposées vertus environnementales du produit.

    Le député de la deuxième circonscription d’Indre-et-Loire, Daniel Labaronne, a également pris sa plume pour une question écrite au gouvernement sur ce thème. On ne sait pas lequel des deux a copié sur l’autre, mais ils ne se sont pas foulés : le texte de leur question est strictement identique ! Seuls les noms et pronoms varient.

    #glyphosate #monsanto


  • Renouvellement urbain au Sanitas : « On ne laissera pas les gens se faire manipuler ! »
    http://larotative.info/renouvellement-urbain-au-sanitas-2447.html

    Suite des entretiens avec des habitantes du quartier du Sanitas mobilisées contre les destructions d’immeubles. Yamina évooque les conditions de relogement des occupants des immeubles qui vont être détruits, l’avenir des commerces, la réputation du quartier et la question de la mixité sociale.

    L’un des arguments avancés pour justifier ce projet de rénovation urbaine, c’est le besoin de mixité sociale. Mais elle est là, la mixité ! Dans mon immeuble, elle est déjà là. Il y a des Marocains, des Algériens, des Tunisiens, des Gabonais, des Béninois, des Chinois, des Français... Il y a de tout. Il y a des employés, des agents de la SNCF, des chômeurs, des retraités... Si notre immeuble était remis en état, on serait content, parce qu’on s’apprécie, tout le monde s’entend bien. En cinq ans, j’ai souvenir d’une seule dispute de voisinage. Les gens ont des relations de voisinage normales, ils ne vont pas s’agresser parce qu’ils n’ont pas la même couleur de peau ou la même religion.

    Du point de vue des décideurs, il n’y a pas de mixité. Mais quand on vit dans ces immeubles, elle est bien là. C’est sûr qu’on n’est pas riches, mais il y a bien une mixité, chacun vit avec ses moyens et on vit ensemble. On nous considère comme les plus pauvres des pauvres, mais il n’y a pas que des RMIstes dans le quartier, il y a beaucoup de gens qui partent travailler tous les matins. Ces gens-là sont bien dans ce quartier, pourquoi iraient-ils ailleurs ?

    #rénovation_urbaine #renouvellement_urbain #mixité_sociale #insécurité #délabrement #HLM


  • Gouvernance de la métropole : une affaire d’hommes
    https://larotative.info/gouvernance-de-la-metropole-une-2422.html

    Onze hommes en costumes noirs sont installés sur une estrade. Derrière eux sont affichés des chiffres sur le développement économique. Pas une femme ne vient troubler cet entre-soi masculin. Ce sont ces hommes qui dirigent la métropole de Tours. Au sein du conseil métropolitain, on compte neuf vice-présidents pour une seule vice-présidente, alors que l’instance compte plus d’une vingtaine de femmes.

    Ce type de situation est tristement banale, comme le relevait une enquête du réseau « Elles aussi » réalisée en 2015. Les auteur-es du rapport sur la place des femmes dans les conseils communautaires notaient [3] :

    « Les femmes se trouvent comme « naturellement » mises à l’écart des postes de décision. [...] Les pratiques politiques n’évoluent pas, les hommes gardent largement le contrôle de la gouvernance et ainsi perdure la sous-représentation des femmes dans les conseils communautaires et leurs exécutifs. »

    #sexisme #représentation #compol


  • « Ces lois suent la tyrannie, la barbarie et le mensonge »

    https://larotative.info/le-3-octobre-2017-leon-blum-prend-2439.html

    Le texte de Blum sur les lois d’exception de 1894 colle bien avec la réaction qu’on a pu avoir en découvrant que le nouveau projet de loi sur la sécurité intérieure avait été adopté à une écrasante majorité. Alors un copain l’a retravaillé pour le mettre au goût du jour. #sécurité #terrorisme #libertés

    Mais je n’ai pu chasser de ma mémoire ces matins de [septembre 2017], où dans les journaux, dans l’Officiel, nous cherchions avec angoisse si la Chambre avait osé aller jusqu’au bout, si elle n’avait pas eu, tout d’un coup, l’écœurement de son ouvrage, si elle n’avait pas retrouvé devant quelque absurdité trop énorme ou quelle atrocité trop sauvage, cinq~minutes de conscience et de courage. Quelle fièvre ! J’ai des haines et des amitiés silencieuses qui datent de ces jours-là.

    Tout le monde avoue que de telles lois n’auraient jamais dû être nos lois, les lois d’une nation républicaine, d’une nation civilisée, d’une nation probe. Elles suent la tyrannie, la barbarie et le mensonge. Tout le monde le sait, tout le monde le reconnaît ; ceux qui l’ont votée l’avouaient eux-mêmes. Combien de temps vont-elles rester encore dans nos Codes ?

    On sait à qui nous les devons. Je ne m’inquiète pas d’un [Valls] ou d’un [Hollande] sans importance. Ils ont déjà disparu. Mais les ministres qui les ont conçues, qui ont profité d’un moment d’horreur et d’affolement pour les imposer, qui ont fait subir jusqu’au bout à une Chambre obéissante leur menace sous condition ? J’ai dit leurs noms, je les répète : [avant Macron], avec le garde des sceaux [Belloubet] [et le ministre de l’intérieur Gérard Collomb], il y eut [Cazeneuve], [Le Roux], [Fekl], (...) Dans le débat, ne trouve-t-on pas tous les noms de la République néo-opportuniste ?

    Est-ce que, s’il reste des républicains dans la République, ces hommes-là ne devraient pas toujours rester marqués, flétris, honnis ? Mais nous n’avons plus la vigueur des grandes haines ; nous pardonnons, nous oublions. (...)


  • Rassemblement pour Angelo Garand : « Quand va s’arrêter l’impunité des forces de l’ordre ? »
    http://larotative.info/rassemblement-pour-angelo-garand-2429.html

    Six mois après la mort d’Angelo Garand, tué par des hommes du GIGN de Tours, la manifestation qui s’est déroulée à Blois était marquée par la colère et l’émotion.

    Les prises de paroles se sont succédées, avant, pendant et après la marche qui s’est déroulée dans le centre ville de Blois. Ces prises de paroles ont notamment été marquées par des appels à la solidarité entre les familles de victimes. Solidarité illustrée par la présence de la mère de Wissam El Yamni, tué par la police à Clermont-Ferrand en 2012. Accompagnée de trois membres du collectif « Justice et Vérité pour Wissam », elle racontait :

    « Il faut beaucoup de courage pour continuer à se battre. C’est très dur, très très dur. Moi je vis dans un cauchemar, je ne me suis pas encore réveillée. Il faut se battre, il faut continuer de se battre. Moi, je me battrai jusqu’à la fin de ma vie. Parce qu’ils m’ont gâché ma vie, ils ont gâché notre vie à moi et à ma famille. Il faut continuer de se battre, pour nos enfants, pour nos petits-enfants. Car les policiers ne nous protègent pas. Il faut que nous nous protégions nous-mêmes. (…) Depuis cette période-là, je ne dors pas. Ils disent qu’avec le temps, on oublie, mais on n’oublie pas. C’est pire, c’est de pire en pire. Vous savez pourquoi ? Parce qu’on n’a pas la justice. On n’a pas la justice ! »

    Après une courte prise de parole du fils aîné d’Angelo, visiblement très ému, Raymond Gurême expliquait :

    « Nous les gens du voyage, on est des boucs émissaires. (…) Angelo il a été tué pourquoi ? C’était pas un criminel. Tout le monde dans sa vie peut s’égarer, c’est pas pour ça qu’il faut abattre le monde comme des chiens. Alors maintenant, faut résister. Qu’au moins on nous respecte et qu’on respecte nos droits. La justice, c’est pour tout le monde »

    #violences_policières #discriminations #justicepourtous cc @rezo


  • Adoma, un scandale social et sanitaire

    https://larotative.info/adoma-un-scandale-social-et-2404.html

    Les conditions de travail et d’hébergement au sein des structures gérées par #ADOMA dans le département d’Indre-et-Loire se dégradent davantage à chaque ouverture de site. Le point sur les difficultés rencontrées au sein des #CAO, #CADA et autres centres d’hébergements.

    Sur l’Indre-et-Loire, ce sont trois CAO qui ont été ouverts à Tours, Saint-Pierre-des-Corps et Chinon, soit près de 150 personnes accueillies. On dénombrait déjà un Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile (CADA), un Accueil Temporaire service Asile (ATSA) et un Centre d’Hébergement d’Urgence (CHU). Tout cela géré désormais par un seul directeur, pour près de 400 résidents. Le personnel de ces structures, qui se trouvait déjà en sous-effectif, a dû gérer dans l’urgence les ouvertures des CAO, et accompagner les nouveaux salariés dans des bâtiments pas toujours adaptés.

    Dans ce centre d’hébergement, pas de ventilation et des moquettes moisies, comme les murs et les plafonds. Plusieurs chambres sont envahies par les cafards et les punaises de lit, sans intervention de l’entreprise. Pire, le diagnostic amiante ne concerne que les parties communes, où l’amiante est très présente. Il n’a pas été effectué dans les chambres, alors que les peintures s’écaillent et que des enfants en bas âge y vivent. Pas de porte coupe feux ni de système incendie : et pourtant, les pouvoirs publics n’y trouvent rien à redire.

    #hébergement #migrants #SONACOTRA


  • Renouvellement urbain au Sanitas : « On est attachés à ce quartier, malgré ses problèmes ! »

    https://larotative.info/renouvellement-urbain-au-sanitas-2390.html

    Les plans établis par la mairie de Tours et le bailleur social Tours Habitat prévoient la destruction de 430 logements sociaux dans le quartier. Jasmine, qui fait partie du collectif d’habitants mobilisés contre le projet, dénonce le manque de concertation et le mépris que subit la population. Entretien.

    Avant de venir, j’avais des préjugés sur le Sanitas, alimentés par la presse, les discours des élus. C’est facile, quand on habite à l’extérieur, d’avoir des idées reçues. Aujourd’hui, j’ai un peu honte d’avoir eu ces préjugés. Quand on parle du Sanitas, on n’en parle pas de la bonne manière. On ne dit pas ce qui va : il y a une certaine solidarité, une vraie convivialité, malgré les problèmes. On sent vraiment qu’il existe du mépris par rapport à ce quartier. Et ce mépris se répercute sur les habitants. Certains ne rêvent que d’une chose, c’est de quitter le Sanitas.

    Notre combat est politique. C’est pourquoi nous devons interpeller les institutions, les confronter à certaines évidences, et qu’elles arrêtent de se moquer de notre intelligence. Les problèmes qui existent dans ce quartier ne peuvent pas être utilisés pour justifier qu’on nous enlève des droits. Sinon, on ne va plus pouvoir vivre. Mais on entend des gens résignés dire : « On s’en fout, ils ne pensent pas à nous ». Il y a un climat de défiance qui s’installe vis-à-vis de l’État et des institutions.

    On parle beaucoup d’habitat dans le cadre de ce projet, mais on parle vraiment très peu des habitants. Et on nous tient très peu au courant, comme si nous étions incapables de comprendre ce qui se joue. « On fait ça pour vous », cette expression revient à chaque fois. Pour moi, c’est une grosse arnaque. Quand on rencontre les acteurs du projet, on sent bien que la démolition, pour eux, est un moyen d’effacer nos problèmes.

    On nous parle d’habitat, et de mixité sociale. Le directeur de Tours Habitat nous explique qu’il veut attirer d’autres populations, qui ne viennent pas à cause de l’insécurité, etc. Mais si l’habitat était rénové, si les réparations étaient faites rapidement, peut être que les gens feraient le choix de venir habiter dans ce quartier. Ce qui est choquant, c’est que le bailleur veut détruire avant de rénover. Il ne s’occupe pas de l’état de nos appartements, mais il veut détruire des immeubles pour faire arriver une autre population... On a l’impression d’être toujours mis de côté.

    #ZUP #ANRU #mixité_sociale #urbanisme #quartiers_populaires

    cc @reka @fil


  • Chronique d’un 1er septembre : le premier jour du reste de l’année scolaire
    https://larotative.info/chronique-d-un-1er-septembre-le-2391.html

    Secrétaire licenciée, collègues déboussolées, mobilier périmé... Récit à la première personne d’une rentrée ordinaire dans une école élémentaire de l’agglomération tourangelle.

    Pourquoi ne sont-elles pas venues la veille ? Parce qu’elles ont appris leur nomination sur le poste la veille justement. (...) C’est leur baptême, leur première classe. C’est la seule journée de l’année où elles seront ensemble dans ce lieu. Elles ont tout à faire, tout à bâtir, tout à comprendre. Je les laisse travailler après une heure avec elles, en leur ayant passé des manuels et des conseils. Je referme la porte de leur classe, sans pouvoir oublier le souvenir de cette journée que j’ai vécue il y a 15 ans maintenant, cet énorme sentiment de solitude et cette impression de couler à pic.

    Dans l’école depuis deux ans, elle est la plaque tournante de l’administratif. Elle imprime les dossiers, photocopie les mots de rentrée pour toutes les classes, accueille les familles qui viennent visiter les locaux et inscrire leurs enfants, répond au téléphone, communique avec la Mairie ou l’Inspection. Bras droit indispensable de la directrice, qui par ailleurs ce matin est en réunion avec l’inspectrice et tous les autres chefs d’établissement pour accueillir la bonne parole ministérielle. Pourquoi pleure-t-elle, devant l’ordinateur sur lequel s’affiche Base Elève, le logiciel qui contient toute la vie de nos élèves ? Parce qu’elle vient de comprendre que c’est sa dernière rentrée, qu’elle est licenciée… Fin de contrat pour les emplois aidés. (...) . Pour elle, c’est fini. L’espoir de retrouver quelque chose est vain. Mais le désespoir de quitter ce poste, mal payé et chronophage, est réel. Ce n’était pas la panacée, mais c’était sa vie professionnelle, son statut social, et on les lui enlève sans qu’elle puisse rien y faire.

    #école #rentrée #éducation_nationale #emplois_aidés