• En 1999, j’avais rédigé (à l’arrache je suis pas juriste) une proposition de loi pour pénaliser les atteintes à la liberté d’expression. En cette période de « holala la liberté d’expression est à terre vite vite créons des lois pour la limiter », il me semblerait bon qu’elle soit remise à jour, et - qui sait - portée par d’autres que moi.

    Alors je pose ça là (edit : il y a eu depuis une autre proposition, sur le même thème mais pas avec le même angle, qu’on peut lire là : http://blog.fdn.fr/?post/2013/02/17/Loi-de-d%C3%A9fense-de-la-libert%C3%A9-d-expression) :

    Proposition pour un projet de loi défendant la liberté d’expression des citoyens en France

    PROPOSITION DE LOI

    visant à défendre la liberté d’expression des simples citoyens en France.

    Présenté par : XXXXXX

    EXPOSE DES MOTIFS

    Mesdames, Messieurs,

    L’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen prévoit que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement ; sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi. », il n’existe, en dehors des mesures législatives concernant la Presse, aucune loi permettant à un simple citoyen de garantir ce droit face à un tiers en position de le lui refuser (1).

    Si historiquement la protection de la Presse a suffit à garantir ce droit consitutionnel, l’évolution technologique, et l’existence d’Internet en particulier qui permet à tout un chacun d’exposer publiquement, sans passer par un organe de Presse, ses propres opinions face à un large public, a changé cet état de fait.

    Outre ce motif principal, qui découle d’un principe constitutionnel, la loi proposée ici veut répondre à certains des enjeux de société posés par l’existence d’Internet depuis quelques années. En particulier des problèmes à ce jour laissés sans réelle réponse législative, tels que la responsabilité des différents acteurs de l’Internet et la diffusion de contenus illégaux, peuvent recevoir ici cette réponse, en accord avec les principes constitutifs de notre nation.

    En effet, la reconnaissance sociale et législative d’un recours pénal contre un intervenant technique cessant de sa propre initiative la diffusion d’une pensée ou opinion revient à affirmer l’irresponsabilité d’un tel intervenant dès lors que sa propre action de diffusion reste légale. Le principe mis en place pourrait alors s’énoncer de la façon suivante : « les outils permettant la liberté d’expression relèvent d’un statut social particulier, proche de l’obligation de service public » : tout en étant ouverte aux sociétés privées, l’activité consistant à permettre à un citoyen de s’exprimer publiquement doit d’une part être soumise à un cahier des charges précis décidé par la représentation nationale via le Conseil National de la Concurrence (respectant particulièrement la transparence des moyens, des outils et des tarifs réclamée par le CNC), et d’autre part relever son prestataire de toute complicité pénale « par fourniture de moyens », moyens eux-mêmes soumis à l’obligation de service public.

    Il est clair que cette proposition ne doit pas oter toute responsabilité pénale aux organismes répondant à la définition ci-dessus. Un intervenant technique (fournisseur d’hébergement) diffusant pour un tiers des appels au meurtre, par exemple, ne pourrait plus être poursuivi pour avoir fourni les moyens de cette diffusion, mais pourrait être poursuivi pénalement s’il s’avérait n’avoir pas agi pour faire cesser un délit dont il aurait eu connaissance, dès lors qu’il est le seul, outre l’auteur du contenu, à pouvoir mettre fin au délit. La qualification pénale relevant alors, toujours pour cet exemple, de la non-assistance à personne en danger.

    En règle générale, seuls les délits relevant de la responsabilité directe d’un tel fournisseur pourraient lui être opposés. Mais toute pression légale visant à obtenir la censure d’un contenu par un intervenant technique au motif de la complicité reviendrait à un abus de droit, seul un tribunal pouvant contraindre un fournisseur à la cessation de son obligation de service, obligation garantie par l’existence de la loi ici proposée.

    Les activités connues à ce jour et qui sont concernées par la présente proposition sont celles qui fournissent à leurs clients des moyens d’expression publique. Le terme « publique » est défini comme suit : toute communication dont il est impossible de savoir, à priori de sa diffusion, l’identité et le nombre des personnes qui la recevront directement. Cette définition inclut donc, entre autres, l’hébergement de sites « Web » publics (au sens ici défini), la diffusion de forums de discussion publics (au sens ici défini) et les listes de diffusions de courrier électronique ouvertes à tous. Elle exclut, entre autres, la diffusion de courriers électroniques privés, l’hébergement de sites ’Web’ dont l’accès est limité par une clé privée.

    L’activité des « fournisseurs d’accès » à Internet ne relève pas de cette proposition directement, sauf lorsque ce fournisseur d’accès est aussi un fournisseur d’hébégergement. En fait, seule l’activité consistant à permettre à des tiers, ne disposant pas directement du moyen de le faire eux-mêmes, la diffusion d’idées ou d’opinions est concernée par cette proposition.

    Tel est l’objet de la présente proposition de loi.

    L’article 224-11 définit le délit de cessation de moyen d’expression publique. La protection du droit à la liberté d’expression devient effective dès lors qu’il est reconnu que la profession qui permet cette liberté relève d’un statut particulier, statut qui interdit pénalement la cessation d’activité pour des motifs autres que ceux définis à l’article suivant.

    L’article 224-12 limite le champ d’application de l’article précédent. Un tribunal peut dégager un fournisseur de toute obligation, comme il peut le contraindre à cesser la diffusion d’un contenu reconnu illicite. De plus tout manquement de la part du client au contrat établi (contrat dont le contenu est défini par le CNC) dégage le fournisseur de toute obligation de moyen. Cette obligation de moyen disparait avec la personne morale qui fournit ce moyen. De plus tout organisme relevant du statut d’organe de Presse, et qui de ce fait implique une responsabilité éditoriale des contenus diffusés, est exclu du champ d’application de l’article 226-23.

    L’article 224-13 relève le fournisseur de moyen d’expression publique de toute responsabilité pénale indirecte. Le fournisseur, du fait de son obligation de service, ne peut plus être complice des contenus dont il assure la diffusion.

    L’article 224-14 contraint le fournisseur le moyen d’expression publique à l’usage de contrats définis par le Conseil National de la Concurrence. La transparence des services, des coûts et des moyens est ainsi assurée.

    L’article 224-15 exclut champ d’application des articles 224-13 et 224-14 tout organisme relevant du statut d’organe de Presse, et qui de ce fait implique une responsabilité éditoriale des contenus diffusés.

    Telles sont les raisons pour lesquelles nous vous demandons de bien vouloir adopter, Mesdames, Messieurs, la présente proposition de loi.

    Proposition de loi

    Le chapitre IV du code pénal « Des atteintes aux libertés de la personne » est ainsi complété :

    Section 4 - De l’atteinte à la liberté d’expression

    Paragraphe 1 - De la fourniture de moyens d’expression publique

    Article 224-11 :

    La cessation d’un moyen d’expression publique par une personne qui fournit ce moyen soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire, est punie d’un an d’emprisonnement et de 100 000 F d’amende.

    Article 224-12 :

    L’article 224-11 n’est pas applicable dans les cas où la loi impose ou autorise la cessation de la fourniture du moyen d’expression publique.

    En outre, il n’est pas applicable :

    1) Lorsque la cessation de la fourniture découle d’un manquement contractuel de la part du client du fournisseur ;

    2) Lorsque la cessation de la fourniture découle de la cessation légale et définitive d’activité du fournisseur ;

    3) Lorsque le fournisseur de moyen assure, soit par état soit par profession, la responsabilité éditoriale du contenu diffusé.

    Paragraphe 2 - De la responsabilité pénale et des obligations des fournisseurs de moyens d’expression publique.

    Article 224-13 :

    Toute personne qui relève des deux articles précédents est dégagée de toute responsabilité pénale relevant de la complicité par fourniture de moyen.

    Article 224-14 :

    Tout contrat établi entre un fournisseur et un client dans le but de fournir un moyen d’expression publique est établi selon des modalités définies par le Conseil National de la Concurrence. Le non-respect de ces modalités est puni d’un an d’emprisonnement et de 100 000 F d’amende.

    Article 224-15 :

    Les articles 224-13 et 224-14 ne sont pas applicables dans le cas où le fournisseur de moyen assure, soit par état soit par profession, la responsabilité éditoriale du contenu diffusé.


  • Je pose ça là : c’est trop long pour Twitter, trop court pour un billet.

    Juste une idée concernant la neutralité du net et le cloud.

    Le cloud.

    J’ai déjà écrit sur ce thème (http://reflets.info/laurent-chemla-ils-sont-trop-forts-ces-voleurs-2-0), et je n’ai rien à y changer, sauf sur un point : si ça ne date pas d’hier, c’est parce que c’est une technologie qui - de tout temps - a servi à corriger un problème ponctuel de cherté des ressources. Le terminal X permettait de partager la puissance processeur, qui coûtait cher. Il a disparu quand le temps-CPU est devenu moins cher. Idem pour le serveur d’impression qui existait parce que l’imprimante laser du bureau coûtait le prix de 3 stations, même chose le serveur de stockage à l’époque où l’espace disque était cher.

    Aujourd’hui l’espace disque ne coûte rien. Ce qui m’avait conduit, dans cet article, à m’interroger sur la pertinence du stockage à distance. C’était une erreur : ce n’est pas le prix du stockage qui crée le besoin moderne du « Cloud ». C’est le besoin d’accéder à ses données depuis n’importe quel terminal, même nomade.

    Ce qui coûte cher de nos jours, ce qui fait du Cloud un outil pertinent, c’est qu’on ne peut pas synchroniser les contenus de tous nos outils numériques de façon simple, rapide et pas chère.

    Dès qu’on pose le problème en ces termes, on entrevoit son évolution : nos outils gagnent chaque jour en puissance (de calcul et de stockage), nos logiciels aussi. Il est à peu près certain qu’un jour, pas très éloigné, nous pourrons disposer des mêmes contenus sur chacun de nos terminaux, à partir de notre NAS privé ou tout simplement via une synchronisation de nos espaces de stockage variés (y compris nomades) à travers le réseau. Exit le cloud (tel qu’il est utilisé aujourd’hui).

    Sauf si.

    Sauf si, et c’est là qu’on peut en faire un cas d’espèce de la neutralité du Net, nos opérateurs décidaient, demain, que le « cloud » leur rapporte trop pour disparaître du simple fait de l’évolution normale de l’informatique.

    Ce serait simple : ralentir les débits privés, limiter l’accès au réseau pour tel ou tel terminal, faire payer les opérations de synchronisation.... Les solutions abondent.

    L’intégration verticale des opérateurs, qui veulent être d’avantage que des simples tuyaux, qui de plus en plus veulent fournir services et contenus, serait alors, dans ce domaine comme dans d’autres, un formidable frein à l’innovation. Ils auraient les moyens de nous empêcher de nous passer de certains de leurs produits quand rien, techniquement, ne l’imposerait.

    Ils auraient les moyens de stopper l’évolution normale du réseau. Et ils le feront, si rien ne le leur interdit.

    • Comme pour te donner raison (et même peut-être juste pour te donner raison), le WWDC #Apple d’hier annonce l’"ouverture" du cloud maison à tous les fichiers qu’on veut bien y mettre. C’est pratique car ton iTruc peut te permettre de continuer un texte que tu étais en train de taper sur ton iBidule, et vice versa ; mais toutes les données transitent par les iServeurs californiens : je n’ai pas entendu parler de synchronisation des iAppareils via un iNAS local.

    • Il est à peu près certain qu’un jour, pas très éloigné, nous pourrons disposer des mêmes contenus sur chacun de nos terminaux, à partir de notre NAS privé ou tout simplement via une synchronisation de nos espaces de stockage variés (y compris nomades) à travers le réseau. Exit le cloud (tel qu’il est utilisé aujourd’hui).

      Ce jour est arrivé. Avec un NAS en bonne et due forme, ou bien plus simplement un Raspberry Pi dans mon cas, et grâce pour le moment à BitTorrent Sync et demain à Syncthing par exemple, il est «  simple, rapide et pas cher  » de synchroniser ses fichiers sur l’ensemble de ses terminaux. Et ça marche au poil.

      Par contre @fil a raison, ce qu’on voit arriver c’est des fonctions qui s’ajoutent par dessus. Mais là on retombe dans le sempiternel problème de l’hégémonie de certains acteurs et de leurs écosystèmes fermés...

    • Enfin, je dis pas qu’on peut pas, juste que c’est pas simple du tout (tout le monde peut utiliser un outil intégré sur son smartphone ou son OS pour faire du Cloud, pas grand monde va utiliser Bittorrent Sync ou autre pour faire ça chez M. Michu). C’est un autre débat et un autre combat, mais nous (collectif) devons vraiment cesser de croire que parce que « nous on peut et c’est facile tout est dispo en ligne même la doc » tout le monde peut le faire.

      Accessoirement, moi je peux pas : j’ai un débit de provincial bien trop limité pour synchroniser, par exemple, les films téléchargés qu’il me reste à visionner. Même avec un NAS et bitsync.

    • @laurent C’est bien ça le problème. Et même pour nous, ça peut être pratique d’avoir un système qui fonctionne bien sur un mobile, par exemple.

      Je suis tellement d’accord avec l’idée que j’ai rejoint une boite qui essaie de faire ça en début d’année. Content de voir que d’autres pensent que c’est l’ « évolution normale du réseau » :)

      @monolecte Pour l’instant j’ai le même problème pour le backup. J’utilise http://www.tarsnap.com qui chiffre côté client pour les documents importants. Perso ça me va très bien mais ça n’est pas adapté à la famille Michu.

    • @catwell l’idée étant de faire le cloud perso sur le NAS, le problème n’est pas quand je suis sur mon LAN, mais bien quand je veux récupérer mes données depuis l’extérieur. Je suis alors limité par le débit montant de ma connexion adsl ... Après s’il faut répliquer, le cloud n’est plus vraiment « maison » ;)

    • Je précise que quand je dis « répliquer » je veux dire répliquer sur les disques durs locaux des machines que tu transportes, pas sur des serveurs. C’est ce que Laurent appelle « synchronisation » dans son billet. Et du coup non ce n’est plus vraiment du Cloud.

      Mais sinon je suis d’accord sur le problème du débit. La réplication / synchronisation n’est qu’un palliatif à l’absence de réseau au débit infini, à la latence nulle et disponible partout :)

    • @laurent Oui camlistore est un super projet. Je le suis depuis pas mal de temps, j’ai assisté aux talks de Brad Fitzpatrick dessus à dotScale 2013 et au FOSDEM l’an dernier.

      Après pas certain qu’il soit très « user friendly » pour l’instant. En particulier, il casse le paradigme du système de fichiers.

      Il y a des tas de projets à suivre du même genre, dont pas mal sont listés là : https://github.com/redecentralize/alternative-internet Reste à voir lesquels iront le plus loin. En particulier, je ne pense pas qu’on puisse vraiment toucher le grand public sans proposer une solution associée à du hardware ou facilement installable sur du hardware standard.

    • Accessoirement, moi je peux pas : j’ai un débit de provincial bien trop limité pour synchroniser, par exemple, les films téléchargés qu’il me reste à visionner. Même avec un NAS et bitsync.

      Ça me parait complètement délirant de vouloir stocker des tonnes de gigas (parce qu’évidemment, on parle de films en HD j’imagine, tant qu’à faire) en de multiples instances pour ce genre de choses… Si vraiment tu veux regarder ton film ailleurs que là où tu l’as téléchargé, une bonne vieille clé usb c’est pas si mal non ? Je veux dire, je comprend le côté sympa et pratique de tout ça, mais ce que ça implique en terme d’infrastructures et de dépenses énergétiques me parait complètement absurde par rapport à l’usage.

      Je ne nie pas la pertinence du message de base, mais dans cette idée de synchronisation, vouloir que ce soit tout juste parce que c’est cool et pratique me semble passer à côté de certains problèmes… Sans vouloir absolument définir des besoins vitaux et le reste — je sais bien que ce ne sont pas les mêmes pour tout le monde, et après tout un vidéaste pourrait réellement avoir besoin de synchroniser ses vidéos, le stockage en ligne de base n’a pas besoin d’une connection de ouf. Après, tu as raison sur le fait que ce qui existe actuellement n’est pas du tout adapté pour des utilisateurs non avertis…


  • Extrait d’un mini-rapport que j’avais écrit en 99, à la demande d’un haut-fonctionnaire, suite à la proposition de loi Laffitte (http://www.senat.fr/leg/ppl99-117.html) et encore presque toujours d’actualité après le vote hier nuit de l’amendement retirant l’obligation de l’utilisation des logiciels libres à l’école.

    L’idée d’imposer le logiciel libre dans l’administration peut s’entendre
    dans des sens différents. Tel qu’il est rédigé, le projet de loi Laffite va
    trop loin. On n’impose pas à un utilisateur qui ne le souhaite pas l’usage
    d’un logiciel, quel qu’il soit, par la loi.

    L’excellence technique des logiciels libres est largement démontrée. Dans
    bien des domaines ils sont supérieurs à leur équivalent commercial. On
    pourrait comprendre qu’une loi impose le choix du libre lorsque le projet
    met en concurrence un logiciel libre et un logiciel commercial, à condition
    que le cahier des charges ne soit pas biaisé, ce qui est hélas facile dans
    le milieu informatique.

    On pourrait le comprendre, parce qu’il semble naturel qu’une administration
    fasse toujours le choix de l’indépendance, et que c’est cette indépendance
    qu’offre en premier lieu le logiciel libre : indépendance face à un
    commerçant qui peut imposer le rythme des mises-à-jours de son logiciel,
    imposer par ces mises-à-jour y compris l’achat de matériel informatique.

    L’autre avantage du libre dans l’administration est la pérennité. Par
    définition, un logiciel libre s’appuie sur des standards acceptés par tous,
    et n’impose pas de changement de format de fichiers, par exemple, d’une
    version à l’autre et qui rend difficile sinon impossible de relire quelques
    années plus tard des documents générés par une version obsolète.

    Une autre idée est défendue depuis des années par les partisans du libre en
    France, et est largement appliquée dans certains pays dont les USA : tout
    logiciel dont le développement est payé par de l’argent public et qui est
    d’usage général (c-a-d qu’il peut intéresser d’autres utilisateurs que le
    seul commanditaire) doit être d’office de license libre : diffusé librement
    avec ses sources.

    Autrement dit : le fournisseur d’un logiciel spécifiquement commandé par l’État
    doit vendre les sources du logiciel et non pas la seule license
    d’utilisation. Sans oter au fournisseur ses droits moraux, les droits légaux
    sont transférés à l’État qui en dispose et diffuse le logiciel avec ses
    sources, librement, sauf clause particulière (sécurité nationale...).

    3/ Les questions particulières :

    > A première vue, je vois une impossibilité majeure qui contrevient au
    > code des marchés publics et à l’obligation pour l’administration de
    > respecter le jeu du marché.

    Il est certain qu’une loi de ce type doit s’inscrire en exception au code
    des marchés publics, que ce soit le projet en l’état ou le projet moins
    contraignant que defendent les associations du logiciel libre. Le projet
    Laffite est plus contraignant au sens où il impose la solution libre quel
    que soit la concurrence.

    La solution que préconisent les associations de défense du Libre est moins
    restrictive : à égalité d’offre dans le cas d’un produit existant le code des
    marchés devrait d’ores et déjà imposer le choix du libre, parce que le libre
    est par définition moins cher que l’équivalent commerçant. En pratique on
    sait parfaitement que les décisions sont basées sur des prétextes et sont
    toujours orientées vers les solutions propriétaires au détriment du Libre :
    aucun commerçant ne proposera jamais de solution libre, donc les logiciels
    libres sont exclus des marchés publics, bien que souvent meilleurs que leurs
    équivalents propriétaires.

    Pour donner aux logiciels libres une chance équivalente aux logiciels
    comerciaux, il est évident qu’il faudra une loi contraignante. Mais sans
    doute pas celle du sénateur Laffite.

    > m’expliquer ce que çà peut bien vouloir dire concrètement, à quoi çà
    > sert, quelles difficultés çà supprime pour le public et quelles
    > difficultés çà crée pour les fonctionnaires utilisateurs ? (A

    C’est évident : un secrétaire habitué à Word ne va pas accepter d’utiliser un
    équivalent libre facilement, pour autant qu’un équivalent libre existe (et
    même si c’est presque le cas, ce n’est pas encore une réalité). La formation
    peut dans ce type de situation couter plus cher que la différence de prix à
    l’achat. C’est vrai dans toutes les situations de type bureautique.

    Par contre pour les solutions orientées serveur (messageries, bases de
    données, choix des systèmes d’exploitation des serveurs), le choix est
    restreint : Windows NT ou Unix. Et les Unix libres sont d’aussi bonne qualité
    que les unix commerciaux. Souvent meilleurs. Toutes les solutions
    propriétaires existant sous un unix commercial sont aujourd’hui disponible
    sous Linux (le principal unix libre), y compris les SGBD Oracle et leurs
    concurrents, en passant par Lotus Notes et autres outils utilisés dans la
    plupart des administrations. Dans ce type de situation, l’obligation de
    choisir au moins un système d’exploitation libre est compréhensible et ne
    coute rien (un informaticien formé à Unix utilisera indifférement Linux ou
    Solaris) en formation.

    En conclusion :

    – Oui à une loi donnant aux solutions libres la priorité quand une solution
    libre est équivalente ou supérieure à une solution propriétaire existante.

    – Oui à une loi imposant aux fournisseurs de logiciels dédiés développés à
    la demande de l’état ou par un représentant de l’état un statut de
    logiciel libre.

    – Non à une loi qui impose aveuglément des solutions libres lorsqu’il
    n’existe pas de solution libre équivalente à l’offre commerciale, ou
    lorsque le coût de formation est trop élevé.


  • Je sais pas où raconter ça, donc je le mets là au cas où quelqu’un tomberait un jour dans le même piège...

    Voici donc comment la SNCF m’a piqué 89 euros le 12 avril 2013 :

    Le 20 mars précédent, j’avais fait un aller-retour à Paris (depuis Nîmes). Mais au moment de prendre mon TGV de retour, vers 11h du matin, tous les écrans électroniques de la Gare de Lyon étaient en panne. Je n’ai pas pû trouver mon quai à temps (c’était un peu la panique dans la gare), j’ai donc raté mon train.

    Rien de grave, le TGV suivant partant moins d’une heure plus tard, je vais (muni de ma carte Grand-voyageur puisque j’utilise un billet électronique enregistré via celle-ci) à un guichet pour échanger mon billet contre un autre : je suis dans le délai d’une heure autorisé pour un échange gratuit dans le cadre du type de billet et d’abonnement que j’utilise. Le guichetier ne voit aucun problème, fait l’échange, je prends mon train et je rentre : fin de l’histoire.

    Sauf que.

    Les 11 et 12 avril, rebelotte : nouvel aller-retour à Paris. Aller sans problème, et je ne rate pas mon train de retour, mais quand le contrôleur scanne ma carte surprise : mon billet est marqué comme ayant été échangé contre un autre et n’est pas valable dans ce train. Je dois payer 89€.

    Je paie, donc, sans comprendre sur l’instant ce qui vient de m’arriver.

    En réalité, vous l’aurez compris, le guichetier avait échangé mon billet de retour du 12 avril contre le billet suivant le TGV que j’avais raté le 20 mars (au lieu d’échanger ce dernier contre celui correspondant au train raté).

    Dans cette situation, et conseillé par un ami du métier, je fais un mail au service de réclamation de la SNCF le jour même en expliquant la situation. Je reçois un accusé de réception, et un numéro de dossier (5155822-ELPP-BBDE-CE). Et deux jours plus tard, toujours par mail, une demande de complément documentaire (le reçu du paiement effectué dans le train), que j’ajoute via l’interface Web du site programme-voyageur.sncf.com.

    Et puis ? Plus aucune nouvelle. À ce jour (3 juin), quand je me connecte sur ce site, et que je renseigne ce numéro de dossier, plus rien n’apparaît : ni ma réclamation, ni mon reçu : juste une page vide.

    Je suis donc dedans de 89 euros. Pas très grave, me direz-vous. Sans doute. Mais sur le principe, une bonne grosse impression de m’être bien fait enfler.

    • Je suis donc dedans de 89 euros. Pas très grave, me direz-vous. Sans doute.

      Gloups, pour moi ça fait pas loin d’un dixième de salaire... :( Par ailleurs j’ai souvent vu dans le train des gens a priori de bonne foi ne pas comprendre ce qui se passait du fait d’une complexité ahurissante de la billetterie SNCF. Bref, tout le monde n’est pas perdant à fabriquer des usines à gaz...

    • Petite mise à jour.

      Ayant publié sur Twitter un lien vers ce message, la « Community Manager » de la SNCF (@SNCF_Questions) m’a contacté, posé quelques questions puis affirmé voici 15 jours (le 3 juin) que l’agence de voyages (Voyages-sncf.com n’est pas la SNCF) allait traiter directement mon dossier et prendre contact avec moi.

      Depuis il ne s’est rien passé, jusqu’à aujourd’hui où en effet un autre « Community Manager » (@clt_VoyagesSNCF) me demande de le suivre pour qu’il puisse échanger avec moi via messages privés. Soit.

      Je ne sais pas à quoi je m’attendais. Peut-être, en grand naïf, à l’annonce qu’enfin ma carte de paiement allait être recréditée du montant payé sans raison. Je ne sais vraiment pas.

      Parce que, au final, ce qui m’a été demandé en message privé, c’est... Le numéro de dossier à 6 lettres correspondant au voyage, et l’e-mail qui lui est associé. Parce qu’il y a « besoin des deux pour transmettre le dossier à la SNCF » (je rappelle que le CM qui a transmis mon dossier à celui-ci représentait DÉJÀ la SNCF).

      Là, je ne sais pas, je ne sais plus. On est entre le poisson d’avril amélioré et la caricature de l’administration française, avec un cas pourtant relativement simple à traiter (ma situation est amusante, mais facile à trancher : j’ai dû payer pour une erreur d’un guichetier, il faut me rembourser, basta) et un dossier ubuesque, qui navigue de service en Community Manager et de Community Manager en filiales, dont, visiblement, personne ne veut se charger.

      Non seulement les clients n’ont aucun moyen de savoir avec qui ils traitent (de l’agence de voyage au transporteur en passant par les filiales, iDTGV et autres), mais même en interne les agents semblent totalement perdus.

      J’ai d’ores et déjà saisi le médiateur de la SNCF, et il se pourrait, comble du ridicule, que je finisse par aller faire un petit tour au tribunal d’instance local pour me renseigner plus avant sur mes droits.

      Voilà.


  • From : Laurent Chemla <laurent@brainstorm.fr>
    Subject : Re : Réunion ""Neutralité de l’Internet" de la part de Fleur
    PELLERIN, ministre déléguée chargée des Petites et moyennes entreprises,
    de l’Innovation et de l’Economie numérique

    Madame, Monsieur, bonjour,

    chacun sait que je suis toujours disponible (Ô combien) pour répondre
    positivement lorsque je reçois une invitation à venir participer à des
    débats concernant l’avenir d’Internet et de notre société.

    J’ai d’ailleurs confirmé ma présence, jeudi dernier par retour d’email -
    comme demandé - à la table ronde « neutralité de l’Internet » organisée par
    Madame la ministre Fleur Pellerin vendredi 14 décembre à 9h.

    Il se trouve par ailleurs que je vis à Nîmes la plus grande partie du
    temps, et une réunion prévue tôt le matin à Paris m’oblige à venir y
    passer la nuit précédente faute d’être ponctuel. Bref : mes petits
    problèmes organisationnels ne concernent que moi me direz-vous, et
    vous aurez raison.

    Bref. Il se trouve que j’ai appris vendredi - via Twitter - que cette
    réunion a été annulée (ou reportée, les choses ne sont pas très claires)
    pour cause des petits problèmes organisationnels d’autres invités.

    J’imagine que l’agenda de Mme la ministre et celui de ces autres invités
    passent avant le mien - je le comprends et je l’admets - et qu’il est
    dans l’ordre naturel des choses qu’une cinquième roue comme celle de mon
    TGV passe après celles de vos cercles habituels.

    Néanmoins j’eusse aprécié de recevoir si ce n’est des excuses - ne rêvons
    pas - au moins un petit mot usant du même courrier électronique que celui
    utilisé pour m’inviter, et qui m’aurait appris l’annulation de la chose :
    imaginons que mes occupations quotidiennes m’aient tenu éloigné de Twitter
    lorsque l’information est sortie, et que j’arrive vendredi bien à l’heure
    pour trouver porte close : mon ire alors aurait été multipliée par le nombre
    de kilomètres parcourus pour rien (sans même parler du prix du billet).

    Ces pratiques, que d’aucun pourraient trouver cavalières, me semblent
    un peu curieuses, mais je n’ai pas, il est vrai, l’habitude des moeurs
    politiques actuelles.

    Bien cordialement,

    Laurent Chemla❞