• D’accord avec @simplicissimus : la dichotomie est très artificielle. Parce qu’en réalité, « en guerre », on donne beaucoup beaucoup beaucoup de moyens. Ça doit être une des activités les plus coûteuses auxquelles peuvent se livrer les États.

      6.000 milliards de dollars : le coût total de la guerre en Irak ?
      https://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130314trib000754033/6.000-milliards-de-dollars-le-cout-total-de-la-guerre-en-irak.html

      Très onéreuse guerre en Irak... D’après le Watson Institute for International Studies de l’université Brown, le bilan économique de la guerre déclenchée en 2003 par George W Bush pour faire tomber le régime de Saddam Hussein en Irak, pourrait représenter 6.000 milliards de dollars d’ici à 2053 en incluant les intérêts d’emprunts et les pensions aux anciens combattants.

    • Certes. Mais pour rester dans le sujet du jour, qui n’est pas les dépenses somptuaires en direction du CMI, TdQ1er parle de guerre contre le virus. Et le lendemain, les journaux titrent sur les 100000 policiers qui vont faire appliquer les ordres. Et donc, la dichotomie, bien qu’artificielle, fonctionne. Cette dichotomie est tout aussi artificielle que l’autre qui déblatére « nous sommes en guerre », après avoir déliré quelques jours avant sur le fait que « notre mode de vie ne sera pas altéré ».

    • Ça me rappelle ma prof d’histoire du collège, expliquant que la vraie fin de la crise de 1929, c’était la guerre et sa relance économique. Quand même, j’aime bien.

      Après, j’ai une vraie question : est-ce que le tweet de Macron du 11 mars
      https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1237814127562756097

      Nous ne renoncerons à rien.
      Surtout pas à rire, à chanter, à penser, à aimer.
      Surtout pas aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soir d’été.
      Surtout pas à la liberté.
      Surtout pas à notre esprit de résistance qui fait la République si grande, la France si forte.

      il est dans la lignée de sa bravoure du 7 mars, aller au théâtre pour encourager les sorties à plusieurs centaines dans un lieu confiné
      https://people.bfmtv.com/actualite-people/emmanuel-et-brigitte-macron-au-theatre-pour-inciter-les-francais-a-sor
      et dire que non tout va bien, consommez !
      Ou bien est-ce que les « fêtes des soirs d’été » ça veut dire qu’il n’y aura pas de fêtes de soirs de printemps ? Est-ce que ce fragment de discours convenu qui veut tout dire et rien dire est dans la lignée de l’insouciance macronienne qui a prévalu jusque début mars, comme le pense Lordon, ou bien est-ce qu’il est une manière de faire passer les premières mesures de protection ?
      C’est une vraie question, je ne le comprends pas.

    • À part ça, je ne sais plus quel médecin de droite explique que le confinement, c’est la médecine du XVIe siècle et que le soin aux malades, c’est celle du XXIe mais je trouve ça très bête. D’abord on peut soigner un nombre limité de personnes (limité quoi qu’il arrive et d’autant plus limité qu’on a saboté l’hôpital), d’où le besoin de prévenir un afflux trop important, en plus c’est toujours plus confortable de ne pas être malade et plus intelligent de prévenir les maladies qu’on sait prévenir, la prévention étant aussi un geste médical. Bref, il est débile ou c’est moi ?

    • Sans masques, sans gants, sans gel hydroalcoolique, sans détection des personnes infectées, avec un hôpital déjà au désespoir, le seul moyen de contrer cette crise a été son déni. (Et ils se sont entourés d’experts du déni)

      Et d’enfermer chacun·e le jour venu pour éviter, espérons le, d’étendre la catastrophe, et l’émeute, en racontant que c’est pour son bien. J’ai en tête la friction continuelle entre le récit fictionnel et les catastrophes qui adviennent. Non pas que cela ait été comploté d’avance, mais tout de même, ça tombe vraiment bien maintenant que la bourgeoisie peut vivre en vase technologique clos, et quel régime fasciste ne rêverait pas de faire plier tout les contradicteurs d’un seul coup pour imposer une société de contrôle total où personne ne peut aller manifester ?

      Pour étayer, le 12 mars, il y avait quelques voix discordantes
      « La seule solution contre le coronavirus c’est un masque pour tous, partout, pendant trois semaines »
      https://www.youtube.com/watch?v=gPMwAcWeUZc

  • Trois commandes par seconde : la livraison, dérive des temps modernes
    https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2020/03/06/trois-commandes-par-seconde-la-livraison-derive-des-temps-modernes_6032073_4

    Du poulet fermier aux jeux vidéo, du préservatif à l’apéro, tout est livrable désormais. L’homme moderne se transforme peu à peu en flemmard augmenté. Ou en coursier éreinté.

    Boostée par l’essor de l’e-commerce au début des années 2000, la livraison est progressivement devenue un mode de vie en soi et ce n’est pas un hasard si Amazon a développé un service de streaming pour les abonnés de son offre premium. Scotché devant la nouvelle saison de la série Fleabag, l’individu moderne est invité à rester chez lui où, tel un oisillon dans son nid, il est alimenté par d’innombrables capillarités marchandes, se transformant progressivement en flemmard augmenté. Alors que l’entrée dans l’âge adulte constituait jusqu’alors en un apprentissage de la frustration, nous sommes aujourd’hui maintenus dans un état enfantin, où chacun de nos désirs doit être satisfait dans l’instant.

    12 h 49, le lendemain : un peu écœuré, je teste tout de même les services d’Uber Eats. On me prévient que ma commande sera livrée à 13 h 20, 13 h 45 au plus tard, si le scénario se dérègle. Mon livreur « roule à vélo », précise l’appli. Pourquoi, alors, sort-il lui aussi de l’ascenseur avec un casque de moto sur la tête ? Réservé jusque-là aux grandes agglomérations, ce système de livraison se développe aujourd’hui dans les petites villes, où la nouvelle aventure consiste à commander des McDo en restant assis sur son canapé. La livraison est une toxicomanie en soi : ainsi, 25 % des utilisateurs ont l’intention de commander plus souvent dans les douze prochains mois, d’après une étude de Food Vision Service de 2019. Livraison de produits frais de proximité (Epicery), d’ingrédients à cuisiner soi-même (Foodette), de fruits et légumes fraîchement coupés (Koupé) : les initiatives dans le secteur semblent aussi nombreuses que les types avec de gros sacs carrés sur le dos dans les rues de nos villes.

    #Nouvelle_domesticité #Livraison #Gig_economy #Uberisation #Travail #E_commerce

  • Interopérabilitay, par Laurent Chemla » Zone de non-droit
    http://www.non-droit.org/2020/02/22/interoperabilitay

    On nous dira ( » pour votre sécurité « ) que c’est dangereux, parce que nos données personnelles ne seront plus aussi bien protégées, dispersées parmi tellement de services décentralisés et piratables. Mais je préfère qu’une partie de mes données soit moins bien protégée (ce qui reste à démontrer) plutôt que de savoir qu’une entreprise privée puisse vendre (ou perdre) la totalité de ce qui est MA vie.

    On nous dira que c’est « excessivement agressif pour le modèle économique des grandes plateformes », alors qu’évidemment c’est justement le modèle économique des grandes plateformes qui est excessivement agressif envers nos vies privées et nos démocraties, d’une part, et que d’autre part l’interopérabilité ne modifie en rien ce modèle économique : dès lors qu’elles stockent toujours une partie de nos données elles restent (hélas) en capacité de les vendre et/ou de les utiliser pour « éduquer » leurs IA. Tout au plus constateront-elles un manque-à-gagner comptable, mais ne gagnent-elles pas déjà largement assez ?

    À ce jour, l’#interopérabilité s’impose comme la seule solution réaliste pour limiter le pouvoir de nuisance de ces géants, et pour rétablir un peu de concurrence et de décentralisation dans un réseau qui, sinon, n’a plus d’autre raison d’être autre chose qu’un simple moyen d’accèder à ces nouveaux silos (qu’ils devraient donc financer, eux, plutôt que les factures de nos FAI).

  • Francis Dupuis-Déri : « Il est sidérant d’entendre dire que les hommes ne peuvent plus draguer »
    29/11/19 11h50
    https://www.lesinrocks.com/2019/11/29/actualite/societe/francis-dupuis-deri-il-est-siderant-dentendre-dire-que-les-hommes-ne-peu
    Par Nicolas Mollé
    [Cet article vous est offert pendant 48 heures] Francis Dupuis-Déri, spécialiste de l’antiféminisme, revient pour Les Inrocks sur les affaires Polanski, le mouvement #MeToo ou encore l’attentat antiféministe de Montréal, il y a tout juste 30 ans.

    Professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal, Francis Dupuis-Déri est non seulement un spécialiste de l’anarchisme mais aussi un expert de l’antiféminisme et du masculinisme. Dans La crise de la masculinité, autopsie d’un mythe tenace, paru aux éditions Du Remue-Ménage, il revient sur ce mythe qui voudrait que les hommes soient « en crise » à cause de sociétés soi-disant trop « féminisées ». Dans Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui, paru en début d’année et codirigé avec Christine Bard et Mélissa Blais, il se penchait sur les mouvements masculinistes, cette forme d’antiféminisme qui prétend se battre pour les droits des hommes. Rencontre lors de son passage à Rennes, en pleine affaire Polanski.

    Des militantes féministes ont manifesté dans plusieurs villes de France (Paris, Rennes, Bordeaux...) contre la projection du film J’accuse de Roman Polanski. Est-ce que cette affaire Polanski, et la façon dont elle est commentée par certains, résonne avec les analyses de votre livre La crise de la masculinité, autopsie d’un mythe tenace ?

    Francis Dupuis-Déri - Pas directement car cette affaire est vraiment spécifique. Mais il est certain que l’on a entendu à l’occasion de cette crise en France des relents de sous-discours qui relèvent en fait de la crise de la masculinité. Il s’agit de réactions qui ont tenté de délégitimer tout le mouvement Me Too. La conséquence de Me Too serait que les hommes sont victimes. Il est quand même assez paradoxal d’entendre ça, si on s’exprime poliment, face à ces milliers de voix de femmes parfois anonymes qui s’expriment pour dire : « Et bien voilà en fait j’ai été victime quand j’étais enfant, adolescente ou adulte d’hommes qui m’ont agressée ». Dans le cinéma américain et donc aussi désormais dans le cinéma français, pas du tout sous le couvert de l’anonymat cette fois, il y a ces femmes qui disent désormais : « J’ai été agressée ».

    Une des réactions des hommes dénoncés mais aussi de leurs alliés - car c’est bien cela aussi qui est impressionnant, le nombre d’alliés qu’ils ont - c’est de manquer totalement d’empathie envers les femmes agressées. C’est un manque d’empathie et d’humanité sidérant que de prendre le parti de l’homme et aussi de prétendre que les hommes sont victimes. Sidérant d’entendre que le désir des hommes est condamné, criminalisé, que les hommes ne peuvent plus rien dire, ne peuvent plus draguer, sont persécutés sans pouvoir se défendre. Et cela, oui, c’est une des multiples déclinaisons du discours de la crise de la masculinité, les hommes souffriraient à cause des femmes et des féministes. Et il serait difficile d’être un homme.
    https://www.youtube.com/watch?v=LQTsl_HYLrA


    En parlant d’alliés, pensez-vous à Finkielkraut qui s’est récemment illustré en tant que soutien de Polanski ?

    Absolument et il l’a fait de manière dégoûtante, je pense que c’est le terme qui convient. En plus, il se contredit car il explique que c’est aux tribunaux de juger et du même souffle dit à propos de Samantha Geimer, cette fillette de 13 ans qui a accusé le réalisateur de viol en 1977 (une affaire pour laquelle il a été condamné uniquement pour relation sexuelle illégale avec une mineure suite à un accord abandonnant les autres chefs d’inculpation, ndlr) : « Non, non, elle avait peut-être 13 ans mais elle était pubère et elle avait un petit ami donc elle avait déjà une vie sexuelle ». Mais les tribunaux disent bien qu’une fille de 13 ans, même si elle est pubère, qu’elle a une vie sexuelle et qu’elle a des petits amis, un homme adulte ne peut pas commencer, d’une part, à la draguer et, d’autre part, à avoir des relations sexuelles avec elle (en France, la loi fixe la majorité sexuelle à 15 ans, ndlr). C’est puni par la loi (il s’agit d’une condamnation pour « atteinte sexuelle », un acte puni de 5 ans de prison et 75 000 € d’amende. En cas de non-consentement, l’acte peut-être requalifié en agression sexuelle ou viol, ndlr) donc si on reste purement dans le registre et la logique juridique, qui n’est d’ailleurs pas mon point de vue d’habitude, son discours n’est pas cohérent.

    Cela révèle une sorte de pensée très flexible pour toujours re-victimiser les hommes et ne pas porter attention à la souffrance des femmes. Je reviens à ce problème de manque d’empathie, Finkielkraut est en manque d’empathie absolu. Et puis, autour de Polanski et d’autres, vous avez ici en France des sortes de mercenaires toujours prêts à aller au front. Je pense à Bernard Henri-Lévy par exemple, grand défenseur des droits de l’homme - on pourrait souligner le mot « homme » ici - qui s’est pourtant érigé en soutien de Polanski et de DSK. Donc, apparemment, dès qu’il y a une personnalité qui agresse une femme, BHL se place en défenseur de l’homme. Le problème est que les gens n’arrivent pas à faire le lien entre les statistiques et ces affaires. Il y a d’une part une affaire comme celle de Polanski, d’autre part des milliers de femmes qui se sentent en colère, qui se mobilisent et puis par ailleurs des statistiques, en France et ailleurs, qui montrent qu’un très grand nombre de femmes ont été agressées sexuellement ou physiquement, qu’elles soient enfants, adolescentes ou adultes. Et on ne fait pas le parallèle entre les deux phénomènes. Je ne dis pas que toutes les femmes qui se mobilisent contre le film de Polanski en ce moment sont des anciennes victimes ou des victimes mais il doit bien y en avoir au sein d’elles et il doit bien aussi en avoir à qui cela fait extrêmement mal, de par leur expérience concrète, d’entendre ce débat qui prétend à l’élévation en disant qu’il faut « distinguer l’homme de l’œuvre ».

    Comment ces hommes déploient-ils leurs alliances ?

    Si on finit sur Polanski, dans son document de presse pour la Mostra de Venise, plusieurs médias ont relevé qu’il avait inséré une entrevue avec Pascal Bruckner, que je cite d’ailleurs dans mon livre. Pascal Bruckner est un vieux propagandiste de la thèse du féminisme puritain, totalitaire, aux Etats-Unis. Déjà, dans les années 90, il parlait de la fameuse porte qu’on doit laisser ouverte, sur les campus américains, lorsqu’on est professeur et qu’on reçoit une étudiante dans son bureau.

    Oui ce phénomène est décrit dans votre ouvrage...

    Absolument, et ça, il explique que c’est du totalitarisme. Cela me paraît quand même incongru comme définition du totalitarisme. Si c’était ça le totalitarisme, finalement, la vie en URSS n’aurait pas été si pénible, avec simplement des profs qui ont une porte ouverte lorsqu’on les rencontre. Pour en revenir à Polanski, celui-ci insère une entrevue qu’il a réalisée avec Bruckner (des passages de cette entrevue ayant été très critiqués, le fameux dossier de presse a fini par être expurgé des propos contestés, ndlr) et Bruckner lui demande : « En tant que juif chassé pendant la guerre et cinéaste persécuté par les staliniens en Pologne, survivrez-vous au maccarthysme néoféministe actuel qui, tout en vous poursuivant dans le monde entier pour empêcher la projection de vos films, a obtenu votre exclusion de l’Académie des Oscars ? ». « Maccarthysme néoféministe », c’est l’expression qu’il utilise.

    Cela montre bien que Polanski se place dans une position d’homme victime des féministes, mouvement que l’on associe au maccarthysme et au totalitarisme. Donc on est face à cette idée de féminismes totalitaires. Qui est en fait quelque chose de purement imaginaire, si on a une connaissance de l’Histoire du 20ème siècle, comme ces nouveaux philosophes, Finkielkraut, Bruckner, l’ont. Ils savent très bien ce qu’est le totalitarisme. Et donc ils ne peuvent pas, s’ils sont vraiment sincères, honnêtes intellectuellement et politiquement, comparer le féminisme avec le totalitarisme, c’est une abjection de faire cette comparaison.
    https://www.youtube.com/watch?v=_5cdWWgopok


    Est-ce que ce n’est pas minimiser la portée réelle du totalitarisme ?

    C’est totalement une insulte aux victimes du totalitarisme. C’est nous laisser croire qu’il y a des victimes similaires du féminisme alors que moi, je cherche les charniers ou les camps de concentration, la Gestapo ou le KGB féministes. C’est une paranoïa totalement imaginaire. Le féminisme n’a pas de milice armée, ne tue pas. Le féminisme n’a pas de branche armée, ça n’existe pas. Alors qu’au 20ème siècle, presque tous les autres mouvements politiques avaient une branche armée, il y a eu des moments où ils ont pris les armes ces mouvements indépendantistes, républicains, nationalistes, anarchistes, marxistes, islamistes, nazis, fascistes. Mais le féminisme, pas du tout. Donc c’est complètement injuste.
    https://www.youtube.com/watch?v=Nua6MugtvNo


    A l’inverse, des femmes ont été victimes d’attentats antiféministes. Comme l’attentat de 1989 à Montréal, dont vous rappelez l’existence dans La crise de la masculinité. Les actes commis par Anders Breivik en 2011 s’inscrivaient aussi dans une perspective antiféministe. Est-ce que l’antiféminisme est forcément d’extrême-droite ?

    C’est une bonne question, que l’on se pose souvent dans les réseaux plus militants. La réponse est non. J’ai tendance à considérer que l’antiféminisme, un peu comme le racisme ou l’islamophobie, a un penchant à droite mais se retrouve aussi à gauche. On trouve souvent moyen de le justifier selon des principes ou des logiques politiques de gauche. Mais effectivement, c’est tendanciellement plus fort à droite et à l’extrême-droite.
    Dans les réseaux d’extrême-droite, sur les sites suprémacistes blancs aux États-Unis, en Scandinavie, et ailleurs, on a ces discours de type Breivik, cette idée que « l’homme occidental » - une sorte de descendant des Vikings - a été castré, efféminé. Différentes explications sont trouvées comme l’émergence de la pensée féministe dans les années 60 ou même l’automatisation du travail. D’après ces sites, cette efféminisation de l’homme blanc en Occident le rend incapable de défendre le territoire, de protéger la famille, ses emplois, de défendre les femmes et les enfants blancs, face à l’invasion barbare de l’immigration par laquelle déferlent des hommes qui sont même potentiellement violeurs, qui viennent violer « nos femmes ».
    https://www.youtube.com/watch?v=DD_WOHYMC6w


    Est-ce que l’on retrouve ce discours en France ?

    C’est en effet à peu près ce qui est dit par Éric Zemmour dans Le premier sexe (son livre publié en 2006, ndr) où, vers la fin, il mélange vraiment la question de la crise de la masculinité, de l’anti-féminisme, de la peur du jeune homme arabe des banlieues et de l’immigration. Donc ça c’est le type de discours que l’on retrouve à l’extrême droite.

    Et à gauche ?

    On peut aussi avoir des thèses antiféministes et masculinistes à l’extrême gauche. Dans mon livre, je donne les exemples d’Alain Badiou et de Jean-Claude Michéa qui s’intègrent dans la perspective d’une vieille tradition socialiste critique du féminisme. Déjà au milieu du 19ème siècle, Friedrich Engels, par exemple, dans son analyse sur la classe ouvrière anglaise, s’opposait à l’entrée des femmes dans le salariat, dans les usines. Avec d’autres, il considérait que c’était une concurrence injuste avec les salariés masculins car le patronat payait moins les femmes que les hommes, et donc préférait les employer. Chez un socialiste comme Engels, on trouve ceci qui relève clairement du discours sur la crise de la masculinité.

    Et on va retrouver des réflexions de type « crise de la masculinité » chez un socialiste libertaire comme Jean-Claude Michéa par exemple, qui a des propos très très dénigrants envers les mères, qui seraient castratrices, qui écraseraient psychologiquement les garçons, qui les empêcheraient de réaliser leur véritable identité masculine. On retrouve ce type d’éléments chez Alain Soral et Michel Clouscard, un vieux communiste dont on ne se souvient plus tellement mais qui était un peu l’inspirateur de Michéa et Soral. Et chez Zemmour donc. Tous ces gens se retrouvent dans une sorte de bouillabaisse bizarre.

    Qu’est ce que l’on peut répondre à ceux qui disent qu’à travers les mouvements « MeToo » et « BalanceTonPorc », les féministes cherchent à gagner sur le terrain médiatique les batailles qu’elles savent qu’elle ne gagneront pas sur le terrain judiciaire ?

    Il y a trois problèmes importants : d’abord la minimisation, la non prise en compte ou le mépris par rapport à ces types de plainte de la police. Ensuite la difficulté psychologique pour une femme d’aller raconter cette histoire à des policiers et tout ce qui va suivre - s’il y a un procès, probablement que vos proches, votre famille vont en entendre parler ; peut-être que l’on n’a pas envie de parler de ça à tout le monde tellement c’est difficile. Et puis le manque de résultats. Donc quand vous êtes devant ces trois problèmes qui sont extrêmement graves, face à un crime lui aussi supérieurement grave, et bien on peut imaginer qu’un mouvement social comme le mouvement féministe trouve d’autres moyens de dénoncer.
    https://www.youtube.com/watch?v=QFRPci2wK2Y


    Les mouvements sociaux ne sont pas des avocats. Quand un mouvement social décide de dénoncer, il n’est pas, sur le terrain la légitimité de la cause qu’il porte, évaluable du point de vue d’une décision de juge. Le mouvement syndical a souvent dénoncé des patrons véreux, des conditions de travail totalement inappropriées, dangereuses pour les salariés... Et cela ne passait pas toujours devant les tribunaux du travail et la justice. C’est une question de rapport de force. Le mouvement écologiste a reproduit ce procédé également, des mouvements d’agriculteurs aussi, tout comme le mouvement altermondialiste. Il faut donc arrêter d’avoir une obsession pour le tribunal et la justice.

    Est-ce l’idée qu’il y a d’autres moyens de contester qu’à travers l’État de droit ?

    Exact. Prenons l’exemple de l’impunité par rapport aux violences policières en manifestations. Si les policiers tuent ou éborgnent quelqu’un, cela s’est quand même vu pas mal de fois, peu d’entre eux sont condamnés alors que des dizaines de personnes ont été éborgnées dans le mouvement des gilets jaunes. On sait bien qu’ils ne seront jamais mis en cause ni condamnés. On peut donc se promener avec des bannières qui accusent les policiers de ces faits. On ne va pas se retenir de déclarer publiquement que les policiers ont fait ça parce qu’il faudrait passer par les tribunaux pour que les policiers soient mis en cause et condamnés, c’est ridicule. De plus, l’un n’empêche pas l’autre, ça n’interdit pas de passer aussi par le tribunal. On dira : « Oui mais il y a présomption d’innocence peut être que les policiers devraient pouvoir donner leur version ». Certainement mais de toute façon, ils la donnent tout le temps, leur version.

    Voulez-vous dire que les mouvements féministes orchestrent des actions médiatiques parce qu’il est très difficile d’obtenir justice par le biais du tribunal classique, pour que la culture du viol recule dans la société ?

    Oui. Et de manière globale tous les mouvements sociaux font quelque chose qui ressemble à ça : dénoncer et accuser les responsables du problème, le patron pollueur ou le patron mauvais payeur ou le policier violent. Les femmes et les féministes le font aussi et ont une raison supplémentaire de le faire : quand elles passent à travers le système de justice, elles se heurtent aux trois problèmes que je vous ai mentionnés plus haut.

    Ajoutons que dans le discours sur la présomption d’innocence, il y a cette suspicion autour du mensonge des femmes quand elles accusent les hommes. Pourtant quand les femmes dénoncent, il faut plutôt présumer la véracité des propos de la personne qui dénonce. Quelqu’un qui dit : « J’ai été agressée », c’est un cri de colère, ce n’est pas un procès et d’ailleurs la femme concernée le sait très bien au fond d’elle-même. Il y en a des dizaines de milliers en France. Elles connaissent la personne qui les a agressées, c’est souvent un proche (dans 80 % des cas, la victime connaît son agresseur, selon le Collectif féministe contre le viol, ndlr). Mais peut-être qu’elles ne pourront jamais aller en faire la démonstration devant un juge parce qu’il n’y a pas de témoins, parce que c’est arrivé il y a trop longtemps...

    Avec l’augmentation des plaintes pour violences sexuelles, pensez-vous que le mouvement MeToo peut aider à faire bouger les choses ?

    Honnêtement, je pense qu’il n’y a pas de solution qui pourrait immédiatement faire cesser le fait qu’une femme est assassinée par son conjoint ou son ex-conjoint en France tous les deux jours. C’est un phénomène social d’une telle ampleur et qui se passe en grande partie dans ce qu’on appelle la vie privée. C’est donc très compliqué de voir comment on peut arrêter ça. Si ce n’est à travers le lesbianisme séparatiste, c’est-à-dire que les femmes décident de ne plus être en couple avec des hommes. Mais là vous allez avoir les célibataires involontaires qui vont continuer à perpétrer des attentats, comme en Californie ou à Montréal, parce que des hommes seront assez arrogants et prétentieux pour penser que s’ils ne peuvent pas vivre la sexualité à laquelle ils pensent avoir droit et bien cela justifie des attentats. C’est quand même un niveau de prétention à l’appropriation des autres qui est incroyable.

    Dans l’hétérosexualité et les relations de couple, plusieurs hommes ont cette socialisation qui leur fait croire qu’ils ont un droit d’appropriation du corps de la femme, de sa sexualité, de son travail, qu’elle leur doit des services, de l’amour, son attention et que quand elle les quitte, c’est un crime de lèse-majesté et qu’ils doivent la détruire. C’est une prise de contrôle totale sur elles. Ce sont des réflexions qui m’ont été suggérées par Mélissa Blais, avec qui j’ai travaillé sur la question de l’antiféminisme et qui est d’ailleurs la spécialiste de la tuerie de l’école polytechnique. Elle a écrit un livre qui s’appelle J’haïs les féministes, le 6 décembre 1989 et ses suites sur cet attentat antiféministe. Mélissa Blais déplore tout le temps que, dans les médias, on laisse entendre que l’homme a perdu le contrôle, a eu un moment de crise et a tué sa conjointe alors que cela correspond plutôt au moment où il a pris le contrôle absolu sur son ex en la tuant.

    Si j’avais la solution pour arrêter tout cela, je serais prix Nobel de la paix, je ne sais pas comment on peut s’y prendre. Je ne peux pas parler au nom des féministes et des femmes qui ont peur, qui sont en colère ou qui veulent s’entraider. Mais ce que je vois c’est qu’il y a des choses qui bougent. Cela ne va pas nécessairement arrêter Robert qui veut tuer sa compagne qui le quitte, qui prend son fusil de chasse et la tue. Mais un mouvement comme MeToo et les dénonciations dans le milieu du cinéma font évoluer les choses.

    Il y a des acteurs, des réalisateurs, des producteurs, des journalistes et des associations qui se positionnent. J’imagine qu’il y a des discussions à l’intérieur de ce milieu, avec des solidarités qui peuvent se créer une fois que le silence est brisé. Sur les plateaux de tournage par exemple, au sein des équipes, on apprend que les gens voient des choses mais n’osent pas parler. Et là, on brise l’omerta. Est-ce que du coup, demain matin, statistiquement, il va y avoir 10, 20 ou 30 % d’agressions ou de harcèlement en moins sur les plateaux de tournage ? Je ne sais pas, je ne peux pas vous dire ça.

    Propos recueillis par Nicolas Mollé

  • Les paradoxes de la « diagonale du vide »

    « La diagonale du vide, c’est cette bande de territoire allant du
    Nord-Est de la France jusqu’au Sud-Ouest en passant par le Massif
    central, caractérisée par une faible densité démographique et une
    tendance à la dépopulation.

    Cette expression alimente souvent un discours alarmiste, voire
    catastrophiste, en opposant une France urbaine supposée riche et
    dynamique à une France rurale abandonnée, en voie d’appauvrissement et de désertification.

    Cette opposition est simpliste et le tableau de la diversité
    territoriale de la France est beaucoup plus complexe et composite. Une étude récente de l’INSEE[1] à partir du dernier recensement le montre à nouveau. »

    Comment @Marc : encore un exemple d’un usage très politique de données statistiques…

    https://www.telos-eu.com/fr/les-paradoxes-de-la-diagonale-du-vide.html

    • Je vis dans un territoire du vide et je viens d’aller en visiter un autre et les données que j’en rapporte sont assez différentes.

      La principale variable explicative des mouvements de population actuelle est soigneusement gardée sous le boisseau, car il s’agit moins d’« attractivité » des territoires périphériques que d’un renforcement jamais égalé de la force centrifuge des métropoles par la pression immobilière .

      Pour la faire très courte : il n’est pas possible avec des revenus de zones périphériques de s’implanter à moins de 30 mn d’une métropole régionale (c’est encore plus vrai pour la capitale). Les conditions demandées pour l’accès à des logements étriqués excluent de fait au moins 50% de la population (en étant très généreuse).

      S’il y a bien quelques retraités encore un peu dotés financièrement et quelques actifs qui cherchent un cadre de vie de meilleure qualité, ce n’est plus du tout un mouvement majoritaire. Les jeunes ruraux (et assimilés) des zones excentrées qui espèrent avoir une éducation et/ou un boulot de qualité doivent toujours quitter le pays pour « la ville » qui concentre à un point jamais égalé la production de valeur ajoutée . Les babas & bobos qui sont arrivés jusqu’au début des années 2000 cherchent à présent à se rapprocher des centres de santé et services des métropoles régionales, qui répondent mieux aux problématiques des gens en perte d’autonomie et de santé.

      Alors qui arrive ?

      Depuis le début des années 2000 et encore plus intensément depuis la crise de 2007 qui a creusé vertigineusement les inégalités : les pauvres « inexploitables » des métropoles , les gens au minima sociaux sans espoir d’en sortir un jour, les « Cassos » qui entrent frontalement en concurrence avec les jeunes restés au pays qui godillent laborieusement dans le sous-emploi sous-payé et éclaté caractéristique de ces zones portées essentiellement par 4 secteurs d’activité :
      -- l’agriculture, saisonnière, morcelée, usante et extrêmement mal payée, qui ne permet généralement pas de sortir des minimas sociaux,
      -- les soins aux personnes (territoires vieillissants + pression foncière pour EHPADer loin des villes, où la « vie » est moins chère), un peu plus rémunérateurs mais très usants,
      -- le tourisme, qui paient peu et de manière saisonnière, donc on reste dans les systèmes D et minima sociaux,
      -- les fonctionnaires (surtout dans les préfectures) qui sont généralement les mieux payés et les mieux éduqués et qui permettent de n’avoir pas totalement une économie du tiers monde mais que les différents gouvernements s’acharnent à faire disparaître.

      L’arrivée des pauvres éjectés des villes ne se fait pas sur le mode du choix, mais plutôt de la sanctuarisation des métropoles économiques et cela engendre sur place des comportements de rejet et de repli qui ont commencé un peu à s’exprimer il y a un peu plus d’un an.

    • Tu as totalement raison. Et j’ai mentionné ce texte à dessein. Galland et un libéral de la mort qui tue. Et l’on voit donc comment tout le monde manipule les statistiques... En écho à un débat récent ici même sur les stats des atteintes sexuelles et la réponse pénale qui y est apportée...

    • Disons que j’ai remarqué une grosse vague de fond pour discréditer le travail de Christophe Guilluy sur « La France périphérique », ces derniers temps, qui va de pair avec la mise sous le boisseau du substrat (et donc de la légitimité) de la révolte des #Gilets_jaunes.

      J’ai de + en + l’impression qu’il s’agit d’invisibiliser la réalité du terrain : explosion des inégalités & durcissement des ségrégations spatiales sur fond de guerre des classes, avec sanctuarisation des centres-métropoles bourgeois.

      #territoires

    • Deux docus sur arte.tv disponibles en replay mais pas encore regardés :

      https://www.arte.tv/fr/videos/078202-000-A/les-nouveaux-pauvres-quand-travailler-ne-suffit-plus/?xtor=EPR-17

      Victimes du chômage ou condamnés aux petits boulots, un tiers des Européens, actifs et retraités, vivent dans une insécurité économique croissante. Le tableau édifiant d’une société au bord du précipice.

      https://www.arte.tv/fr/videos/084759-000-A/push-chasses-des-villes/?xtor=EPR-17

      Les grandes métropoles deviennent peu à peu le territoire exclusif des riches. Dans le sillage de Leilani Farha, rapporteuse spéciale de l’ONU sur le logement convenable, une enquête sur un phénomène mondial qui s’amplifie.

  • Le bore-out ou le faux rêve d’être payé à rien faire - Citizen Bartoldi
    http://citizenbartoldi.com/2020/01/le-bore-out-ou-le-faux-reve-d-etre-paye-a-rien-faire.html

    J’ai globalement un souci avec le monde du #travail actuel, je pense que ça suppure bien à travers les lignes de mes différents articles sur le sujet. J’ai eu tellement de chefs toxiques que je pourrais en écrire un roman (j’y pense). J’ai perdu mon emploi de façon assez peu juste, j’ai cumulé les médailles en chocolat mais à l’heure de distribuer le pactole, je n’avais qu’une petite pièce. La plupart de mes amis ont connu des licenciements, parfois pour des raisons économiques. On est souvent au fond du trou, dégoûtés, en proie à des crises existentielles. Je suis nul.le, je ne performe pas au boulot, que va-t-on faire de moi ? Tout ça parce qu’on ne réussit pas comme on devrait, comme on nous le vend. Le travail, c’est une putain de machine à broyer.

  • Vers une nouvelle #guerre_scolaire. Quand les #technocrates et les neuroscientifiques mettent la main sur l’Éducation nationale

    Sous la Ve République, l’unification de l’École, de la maternelle au bac, n’a pas mis fin à la #ségrégation_sociale et aux énormes écarts de #réussite_scolaire. Face à cette situation, les #hauts_responsables de droite et de gauche ont alterné des mesures contradictoires, rendant aléatoire la perspective d’une #démocratisation de l’École. D’autant que, depuis les années 2000, une partie croissante des hauts technocrates de l’Éducation nationale s’est ralliée à l’#agenda_néolibéral. Ils mobilisent dans ce cadre le #numérique et les neurosciences, présentés comme sources de #modernisation, pour accentuer en réalité la #pression sur les enseignants, rogner leurs autonomies professionnelles et leurs pouvoirs d’action.
    C’est ce que démontre avec rigueur, dans cet essai remarquablement documenté, #Philippe_Champy, fin connaisseur du #système_scolaire. Il y analyse les origines de ce grand #reformatage de l’École et, surtout, sa mise en œuvre par Jean-Michel #Blanquer : les attaques contre la #liberté_pédagogique et les #manuels_scolaires, la mise sous tutelle du « #numérique_éducatif », les tentatives de marginalisation des auteurs et éditeurs scolaires, la prise de pouvoir larvée d’un pool de neurochercheurs prétendant dicter leurs #méthodes_pédagogiques aux enseignants, etc. Ce grand #reformatage, qui maintient les privilèges élitaires en l’état, voire les renforce, s’accompagne d’une reprise en mains dirigiste et centralisatrice sans précédent. Il impose à tous les acteurs de l’École une prise de conscience et une réaction d’ampleur, face au risque avéré d’une nouvelle guerre scolaire.


    https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Vers_une_nouvelle_guerre_scolaire-9782348040627.html
    #livre #éducation #éducation_nationale #France #neurosciences #autonomie #néolibéralisme #pédagogie

    • Philippe Champy : « Les beaux discours de Blanquer sur la confiance ne réussiront pas à masquer cette guerre contre les professeurs qui ne dit pas son nom »

      Passionnant et déterminant pour comprendre Blanquer et l’Éducation nationale : tel est l’essai de Philippe Champy Vers une nouvelle guerre scolaire : quand les technocrates et les neuroscientifiques mettent la main sur l’Éducation nationale qui vient de paraître à La Découverte.
      Ingénieur à l’Institut national de recherche pédagogique puis éditeur et enfin directeur des éditions Retz, Philippe Champy, en fin connaisseur du système scolaire, dévoile la nature profonde du grand reformatage de l’école par Blanquer. Partant d’une réflexion sur le manuel scolaire, il démontre combien pour Blanquer la liberté pédagogique est synonyme d’anarchie, combien les neurosciences lui servent d’outil managérial et comment aussi, via l’incroyable entrisme du groupe d’assurance Axa que connaît fort bien Blanquer, se met en place une privatisation déguisée de l’Éducation nationale. Un propos explosif qui ne pouvait manquer de retenir l’attention de Diacritik le temps d’un grand entretien avec Philippe Champy.

      Ma première question voudrait porter sur la genèse de votre indispensable essai pour comprendre ce que devient aujourd’hui l’Éducation nationale notamment aux mains de Jean-Michel Blanquer. Comment vous en est venue l’idée ? Vous dites, notamment dans l’introduction, que, pour vous être longuement occupé dans votre vie des manuels scolaires, vous avez été frappé par la manière dont le sommet de la pyramide hiérarchique au ministère traite précisément des manuels scolaires : qu’est-ce qui vous a ainsi particulièrement frappé ?

      Effectivement, plusieurs éléments tout au long de ma carrière m’ont alerté sur une posture étonnante de la part de certains dirigeants et prescripteurs au sein de l’Éducation nationale : l’ignorance et la défiance à l’égard des manuels scolaires, voire l’ostracisme ou la volonté de contrôle direct selon les périodes à l’égard des auteurs et éditeurs qui les produisent. Cette double anomalie m’a choqué aussi bien du point de vue de l’histoire politique que d’un point de vue purement pragmatique.

      Comme je le rappelle dans mon livre, c’est en toute conscience que les républicains, qui sont arrivés enfin au pouvoir dans les années 1880, ont rejeté les pratiques des régimes précédents (monarchies et empires) de contrôle a priori de l’Etat sur la production et la sélection des « livres classiques » (comme on désignait les manuels à l’époque) autorisés dans les écoles. C’est à ce moment fondateur pour les libertés publiques qu’a été formulée la doctrine républicaine de la « liberté pédagogique ». Cette doctrine s’oppose à toute idée d’édition scolaire d’Etat et préconise la liberté de publication pour les manuels à l’instar de la liberté de la presse, instaurée aussi à cette époque : pas d’examen ni d’autorisation préalable, aucune labellisation. Elle défend aussi la liberté de choix des enseignants parmi l’offre libre sous réserve de délibérations collectives institutionnalisées et la liberté d’utilisation en classe à leur guise. Les autorités n’ont qu’un droit de regard a posteriori et doivent publiquement justifier une éventuelle mise à l’écart ou interdiction, fait rarissime durant tout le XXe siècle.

      Toute mise en cause, explicite ou larvée, de cette liberté dans sa triple dimension devrait donc s’attacher à justifier cette atteinte à la doctrine fondatrice par des arguments sensés, ce qui n’est jamais le cas. Dans les propos de Jean-Michel Blanquer, pourtant républicain revendiqué, la liberté pédagogique est systématiquement indexée à l’anarchisme, au désordre, jamais à la reconnaissance de la compétence professionnelle des enseignants et aux responsabilités qui en découlent. Cette façon de voir est clairement à contre-courant du républicanisme originel puisqu’elle présente la liberté des acteurs au sein du système comme un danger et non comme un atout et une force, l’expression d’un dynamisme mobilisateur apte à améliorer constamment l’efficacité collective et à s’opposer à toute tutelle idéologique régressive.

      D’un point de vue pragmatique, pour les dirigeants de l’institution Éducation nationale, du moins ceux qui se targuent de rechercher en toute chose l’efficacité (valeur suprême du technocratisme), méconnaître la sphère de production et de diffusion des manuels et laisser cette sphère dans un angle mort revient bizarrement à ignorer une grande partie de ce qui fait la réalité quotidienne des enseignants et des élèves. Au mieux, par pure méconnaissance, on reproduit les préjugés du sens commun sur les manuels dont on ne sait pas exactement qui les produit, dans quel cadre, avec quelles contraintes, quel statut, quelles utilisations, etc. Une défiance s’installe, jamais explicitée ou discutée. Au pire, par hostilité de principe à tout ce qui est extérieur à l’institution, on est conduit à les rejeter en bloc sous prétexte qu’ils sont hors contrôle institutionnel, donc critiquables, douteux, dépassés, voire nocifs. A décrypter certaines remarques, on pourrait penser que c’est moins le manuel en tant qu’outil de travail qui pose problème que son pluralisme et la triple liberté pédagogique qu’il incarne dans le système français. On sent bien que certains hiérarques rêveraient de manuels officiels, nécessairement uniques, édités par le ministère… Il y a d’ailleurs eu au moins une tentative avortée en histoire que je relate dans mon livre. Quelle est la conséquence de cette posture ? C’est assez facile à deviner ! Puisque ce sont les enseignants qui choisissent les manuels et autres ressources, et aussi qui les conçoivent, les sélectionnent et les utilisent à leur gré on imagine sans trop de mal ce que ces dirigeants hostiles à la liberté pédagogique pensent de leurs « ouailles » !

      Dans ma carrière d’éditeur scolaire et pédagogique durant plus de 20 ans, j’ai à plusieurs reprises été stupéfait par les propos de café du commerce que pouvaient tenir de hauts responsables au sujet des manuels scolaires. Comme de leurs positions peu informées sur les débats didactiques que les manuels suscitent ! J’ai ressenti cette méconnaissance moins comme un signe de paresse intellectuelle que comme le symptôme d’un discrédit technocratique pour tout ce qui n’était pas directement dans leur sphère de pouvoir. Grosso modo, c’est l’attitude de responsables qui pensent qu’il n’est pas utile de comprendre la complexité d’une question si elle échappe à leur emprise hiérarchique…

      Le cœur de votre fort propos, c’est la place du manuel scolaire que vous prenez comme paradigmatique d’enjeux polémiques, politiques et économiques pour le moins révélateurs. Vous affirmez ainsi qu’il y a depuis bientôt une vingtaine d’années une volonté de mainmise du ministère sur les manuels scolaires, volonté qui éclate comme jamais avec Blanquer. Pourriez-vous nous dire pourquoi le ministère désire-t-il contrôler les manuels ? N’y a-t-il pas un paradoxe pour un néo-libéral sans frein comme Blanquer à vouloir contrôler la liberté pédagogique ?

      Plutôt que le cœur, je dirais que le manuel scolaire est le point de départ de mon enquête et une sorte de fil rouge qui conduit à se poser des questions fondamentales sur l’autonomie professionnelle des enseignants. Je rappelle en effet au début de mon essai les différentes critiques qui ont été adressées au manuel depuis ses débuts, accompagnant la progressive massification de l’enseignement primaire depuis la loi Guizot de 1833 puis sa généralisation et son encadrement laïque et républicain avec les lois Ferry des années 1880. Quand on fait le tour des critiques en question et des forces qui les portent, on s’aperçoit assez vite que le manuel sert de bouc-émissaire pour viser autre chose. L’enjeu réel des attaques n’est pas le manuel en tant que tel, sauf pour les courants pédagogiques qui le récusent et voient en lui un vecteur d’imposition conformiste qui stériliserait la créativité enseignante et favoriserait la servilité idéologique des élèves (je pense à Célestin Freinet).

      Ces enjeux peuvent être de nature très variée. Par exemple, au début du XXe siècle, avant la Première Guerre mondiale, ce fut le pouvoir des familles (en fait du clergé catholique) sur le choix des manuels d’enseignement de l’école publique. De façon permanente, depuis les lois Ferry, ce sont les contenus d’enseignement eux-mêmes qui sont visés (trop progressistes ou « engagés » pour les conservateurs et leurs lobbies, ou, au contraire, trop stéréotypés ou discriminatoires pour leurs adversaires de multiples obédiences), et, en dernier ressort, ces critiques visent les programmes scolaires, leurs préconisations, la façon dont ils sont conçus, les institutionnels qui les produisent, leurs présupposés idéologiques ou pédagogiques, etc.

      Le ministère lui-même, par la voix des inspections générales depuis la fin des années 1990, n’a pas été avare de critiques, comme une lecture attentive des rapports officiels le montre dans mon livre. Depuis cette époque, il rêve d’imposer aux auteurs et éditeurs scolaires des cahiers des charges pour contrôler leurs productions en amont. Il rêve d’introduire une labellisation avant parution, venant mettre en cause le principe même de la liberté pédagogique. De mon point de vue, cette tendance est une dérive typiquement technocratique dont le renforcement est concomitant avec l’instrumentalisation des évaluations internationales, notamment PISA, depuis 2000. Comme les résultats des élèves français ne sont pas jugés dignes du rang du pays, l’idée s’installe au sommet du ministère que la faute en revient non pas aux structures et à l’organisation inégalitaire et ségrégative du système scolaire dans son ensemble, mais tout simplement aux professeurs et à leurs méthodes d’enseignement. Ce serait non seulement la faute des professeurs du collège (puisque les élèves évalués ont 15 ans), mais aussi ceux du primaire qui ne sauraient pas enseigner les « fondamentaux » aux élèves les plus faibles. Ce sont les mauvais résultats de ces élèves qui plombent le score français. Il faut rappeler ici que PISA évalue un échantillon représentatif d’élèves français (7000 en 2018 « qui défendent les couleurs de la France », comme l’écrit patriotiquement le site du ministère !) et non pas l’ensemble des élèves, comme le font les dernières évaluations lancées par le ministère Blanquer pour l’ensemble des élèves de certains niveaux dans certaines disciplines.

      Cette tendance technocratique a évolué dans ses ambitions au cours des deux dernières décennies avec l’avènement du « numérique éducatif » et l’apparition des neurosciences sur la scène publique. On a assisté à leur accaparement progressif des questions éducatives, comme si, avant elles, les connaissances étaient restées dans une sorte de préhistoire sans valeur et que tout était à inventer ! Avec le numérique, la vieille revendication d’un contrôle institutionnel serré sur les manuels afin de mieux contraindre les professeurs dans leurs pratiques d’enseignement a été élargie à l’ensemble des ressources produites par les institutions publiques et par les enseignants eux-mêmes, grands utilisateurs des outils et réseaux numériques grand public. Fascinés par la « révolution numérique », les hauts technocrates ont prophétisé la marginalisation inéluctable de l’édition scolaire (prétendument liée au papier) avec l’idée de mettre fin en douceur à l’un des piliers de la liberté pédagogique des professeurs… et de faire des économies. (Rappelons que si ce sont les municipalités qui financent les manuels du primaire, les régions désormais ceux des lycées, c’est toujours une subvention d’Etat qui finance ceux des collèges.) Ils ont donc pensé pouvoir reprendre la main sur les outils des enseignants en poussant leur numérisation et leur dépôt sur des plates-formes institutionnelles centralisées et en les soumettant à des formes plus ou moins pernicieuses de labellisation.

      Poursuivant sur la question centrale du manuel, vous avancez également sans attendre qu’un des enjeux majeurs des querelles autour du manuel scolaire consiste à proférer des attaques déguisées contre les profs. Le manuel, et les polémiques souvent nombreuses qui l’entourent, renvoient selon vous aussi au fossé qui existe entre les enseignants et leurs dirigeants, comme si les premiers étaient les victimes des seconds, ce que le numérique et les neurosciences ne feraient qu’accentuer.
      Dans un tel contexte, pourrait-on ainsi dire qu’avec Blanquer, depuis 2017, l’Education nationale fait de ses fonctionnaires ses ennemis et, si oui, pourquoi ?

      Oui, c’est vrai, les critiques contre les manuels visent aussi, de façon plus ou moins déguisée, les professeurs, leur aptitude à décider par eux-mêmes de leurs méthodes et de leurs outils d’enseignement, leur pouvoir de les concevoir librement avec des éditeurs professionnels. Les manuels sont considérés abusivement, par ceux qui critiquent la liberté de publication, comme le fidèle reflet ou le déterminant automatique de ce qui est censé se passer en classe sous la conduite des professeurs. Ils ne comprennent pas la différence entre les programmes qui fixent un cadre général et des objectifs, les méthodes pédagogiques qui relèvent de connaissances et savoir-faire notamment didactiques (ce que j’appelle les savoirs expérientiels des professeurs), et enfin les outils qui sont à leur disposition au sein d’une offre pluraliste, ce que sont les manuels parmi beaucoup d’autres types de ressources éditées. Cette confusion simpliste leur permet de s’affranchir d’une observation fine des pratiques d’enseignement au profit d’un examen purement livresque, souvent superficiel, et fort éloigné des réalités scolaires. A titre d’exemple, c’est le cas de beaucoup d’intervenants dans le vieux débat, relancé par intermittence, sur l’apprentissage de la lecture au CP. Ceux qui ne veulent pas comprendre les réalités scolaires sont obnubilés par telle ou telle page de manuels, supputent des usages ou dérives mais ne savent pas en réalité comment ces manuels sont utilisés en classe, par les professeurs comme par leurs élèves.

      Quand les hauts technocrates du ministère se mettent à critiquer les manuels parce qu’ils échappent à leur autorité directe, comme je l’ai évoqué plus haut, ils élargissent indéniablement le fossé qui existe entre eux et les enseignants. Or, avec Jean-Michel Blanquer, la tendance technocratique (c’est la base qui a tort et le sommet qui sait et qui a raison) se marie avec la prise de pouvoir des néo-libéraux à la tête de l’appareil d’Etat et des institutions publiques. Les hauts technocrates néo-libéraux proviennent des deux côtés de l’échiquier politique en concurrence pour gouverner la Ve République. Cette nouvelle élite administrative pense foncièrement que l’État social, dont l’Ecole publique est l’un des fleurons (avec la Sécurité sociale, l’hôpital public, etc.), est trop développé, trop coûteux, mal géré, en retard, etc. C’est pourquoi les néo-libéraux veulent affaiblir les fonctions sociales de l’Etat, ils veulent le reformater en le concentrant sur les fonctions dites régaliennes et réduire ou privatiser des pans entiers qu’ils jugent négativement.

      Ces dirigeants justifient leur politique par la nécessité d’améliorer la compétitivité du pays dans la course mondiale en laissant plus d’initiatives aux détenteurs de capitaux et en allégeant leurs charges sociales pour accroître d’autant leurs profits. Ils entendent donc reformater l’ensemble de la politique sociale du pays pour raboter les acquis des anciens compromis sociaux. Réduire l’Etat social n’est donc pas incompatible avec la nécessité d’exercer « en même temps » un meilleur contrôle social sur les populations et les acteurs sociaux, allant jusqu’à la remise en cause de certaines libertés publiques. François Sureau, un libéral à l’ancienne pourrait-on dire, en tant qu’avocat défenseur des libertés publiques, vient de publier un opuscule très éclairant à ce sujet (voir Sans la liberté, Gallimard, collection Tracts). C’est dans le cadre de cette politique présidentielle et gouvernementale qu’il faut comprendre les assauts de Jean-Michel Blanquer contre les professeurs.

      Et si l’on veut contrôler les professeurs de façon tatillonne et ultra-dirigiste, au nom de l’efficacité et de la science (les neurosciences), il faut en effet s’attaquer à la tradition de liberté pédagogique et la limiter à un choix entre un petit nombre d’options labellisées par le ministère. Il faut tuer le pluralisme et borner le pouvoir d’agir des professionnels de terrain dans un cadre didactique imposé par des experts dont la compatibilité technocratique est avérée. Le paradoxe de l’étatisme dirigiste néo-libéral n’est donc qu’apparent. Il ne faut pas confondre l’idéologie néo-libérale avec l’idéologie libertarienne qui, elle, prône un capitalisme d’entreprises sans Etat. Il faut aussi noter que le fonctionnariat révulse les néo-libéraux de la « start-up nation » qui n’ont que les mots de « flexibilité » et « agilité » à la bouche. C’est pour eux un legs du passé totalement obsolète, qu’il faut mettre à plat, car ce système engage la puissance publique sur la durée et réduit d’autant la capacité de redéploiement budgétaire ultra rapide que les néo-libéraux réclament selon leurs priorités du moment. Cette façon de gouverner est manifeste dans les mesures brutales d’annulation des dispositifs sociaux qui se sont multipliées dès le début du quinquennat.

      Dans ce même esprit, pourrait-on également parler, par l’usage empressé des nouvelles technologies et les incessantes injonctions du ministère, qu’il existe désormais une forme de maltraitance administrative et numérique des enseignants ? Est-ce que finalement le numérique mais aussi les neurosciences ne servent pas à Blanquer d’outil managérial lui permettant d’opposer le primaire au Secondaire et ainsi, comme vous le dites, de « diviser pour mieux régner » ?

      Je crois qu’il y a deux phénomènes managériaux qui s’additionnent et qui touchent aussi bien les professeurs que tous les administratifs et les non-enseignants, à savoir environ 200 000 professionnels aux côtés de plus de 800 000 enseignants. D’un côté, il y a l’introduction du « new public management » avec la LOLF et la RGPP depuis 2006 dont la tendance est de copier les modes de management des grands groupes privés (gestion budgétaire pilotée par les financiers, individualisation des rémunérations, instauration de primes variables pour les responsables aux différents échelons en fonction d’objectifs décidés par les supérieurs, etc.). De l’autre, il y a l’immixtion directe du ministre dans les pratiques d’enseignement et les options didactiques. Cette immixtion concerne surtout l’enseignement primaire accusé d’être le vrai fautif des échecs du système. Mais le charcutage des programmes concerne aussi l’enseignement secondaire !

      Depuis plus de deux ans, Jean-Michel Blanquer a configuré à sa main le sommet du ministère en créant un Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) totalement dominé par des neuroscientifiques et des quantitativistes, et en reconfigurant le Conseil supérieur des programmes (CSP) au profit de conservateurs dogmatiques. Ce sont deux leviers indispensables à sa prise de pouvoir qui prend chaque jour davantage les allures d’un présidentialisme appliqué à l’Éducation nationale. La loi Blanquer de juillet dernier, la reprise en mains des ESPÉ transformées en INSPÉ (dont les directions sont désormais nommées par le ministre), et celle de l’ESEN (l’école des cadres) en IH2E pour propager la doctrine du ministre et celle du CSEN, la suppression du CNESCO, illustrent brillamment cette domination sans appel. C’est une façon pour lui de s’assurer les pleins pouvoirs dans un système pyramidal et verticalisé à l’excès et de nommer aux postes-clés ses partisans les plus zélés, de moins en moins issus du sérail de l’Education nationale et de plus en plus éloignés de sa culture et de ses valeurs constitutives.

      Quelles sont les conséquences prévisibles de ces deux tendances managériales ? Si l’on chausse les lunettes des spécialistes des relations de travail, on peut sans doute augurer que tous ces changements autoritaires, imposées au pas de charge sans recherche de consensus avec les intéressés ou leurs représentants, produisent les mêmes effets de maltraitance que ceux qu’ont connus les anciennes entreprises publiques lors de leur privatisation sur un fond pathogène de « double lien » (quand les actes des chefs contredisent leurs paroles manipulatrices). Les beaux discours sur la confiance ne réussiront pas à masquer ce conflit fondamental, cette guerre contre les professeurs qui ne dit pas son nom.

      Dans votre analyse de la place que le manuel scolaire occupe désormais, vous ne manquez évidemment pas de rappeler que la mort du manuel scolaire est programmée en haut lieu depuis longtemps notamment au nom de la « révolution numérique ». Pourtant, faites-vous immédiatement remarquer, ce numérique n’est pas la révolution qu’elle prétend être, cachant souvent des leurres sociaux.
      En quoi peut-on dire que, pour l’école, la « révolution numérique » est une illusion ? Peut-elle révolutionner le cœur du métier d’enseignant ? N’y a-t-il pas le rêve au ministère qu’un jour ou l’autre le numérique puisse finalement se substituer au cours même des enseignants par le biais par exemple du MOOC ?

      Dans sa philosophie, le « numérique éducatif » est l’héritier de la cybernétique et de l’enseignement programmé des années 1950. Dans les débuts de l’informatique, c’est le moment où certains ingénieurs et mathématiciens prophétisaient le prochain remplacement des professeurs par les processeurs. Au discours futuriste propre aux « nouvelles technologies » (qui tient souvent de la sur-promesse éhontée) s’ajoute bien souvent un discours de type économique pour attirer des financements vers la recherche technologique. Les « technologues » à tous les âges savent qu’ils doivent faire miroiter aux décideurs et investisseurs d’importantes économies d’échelle à venir : finies les charges fixes d’enseignants et de locaux, fini le papier à stocker, etc., ce sera le règne de l’enseignement à distance ! Et les coûts de substitution sont toujours minorés, dans leurs montants financiers et leurs impacts tant sociaux qu’écologiques. De la même façon, de nombreuses impasses sont volontairement laissées à l’improvisation future en termes de faisabilité. Ce qui compte c’est d’avancer et de couper l’herbe sous le pied des concurrents et de ceux qui occupent déjà le terrain. On pourrait dire que c’est de bonne guerre économique pour qui pense que l’avenir se fonde sur des « destructions créatrices » !

      Le discours de l’adaptative learning se situe dans le droit fil des vieilles prophéties cynernétiques, comme je le rappelle dans mon livre. On nous présente un apprenant pris en main à distance par une machine intelligente capable de détecter en direct les erreurs de conception dans la tête de l’élève et d’adapter les contenus présentés et les exercices proposés pour le remettre sur le droit chemin du savoir d’une façon totalement individualisée. Le e-learning postule que l’élève serait une sorte de Robinson capable d’être connecté directement aux « savoirs universels » grâce au mentorat bienveillant d’un robot. Or l’autodidaxie est un exercice périlleux voire impossible, même avec l’aide distante d’un système supérieurement « intelligent ». Se priver du levier essentiel de l’apprentissage collectif et de la relation humaine entre professeur et élèves est le plus souvent source d’échec. C’est pourquoi d’ailleurs les MOOC relèvent plus du e-teaching que du e-learning puisqu’ils sont en principe pilotés par des enseignants qui gèrent à distance des classes virtuelles d’apprenants réels, dans le respect d’un calendrier et d’une progression imposés, ce qui est plus proche du fonctionnement scolaire ou universitaire habituel. L’isolement et les contraintes d’autogestion de planning par les apprenants eux-mêmes expliquent pourquoi le taux de réussite des MOOC est si faible, beaucoup abandonnant le cursus en cours de route faute d’autorégulation ou d’un étayage social suffisant. Au vu des évolutions actuelles, on peut espérer que les décideurs qui ont pu rêver un temps à un grand remplacement de l’enseignement et des enseignants par des robots revoient leur conception, même si les promesses de l’intelligence artificielle permettent encore de relancer et d’entretenir de nombreux fantasmes à ce sujet.

      S’agissant toujours du numérique, vous avez encore une formule très forte : vous parlez d’un ministère « sous hypnose numérique ». Mais vous faites immédiatement deux remarques sur lesquelles j’aimerais vous interroger. Vous dites, tout d’abord, qu’on ne lie jamais cette déferlante numérique aux stratégies prédatrices des GAFAM que vous choisissez de nommer les « seigneurs numériques ». Quelle serait ainsi selon vous le type de marché que convoitent dans l’Education nationale les seigneurs numériques ?

      Pour répondre à cette question, il faut élargir la focale. Le numérique est un sujet compliqué, par lui-même étant donné son impact massif dans les populations, mais aussi pour l’Etat, les collectivités territoriales et pour les différents acteurs concernés au sein de l’Éducation nationale. Tout le monde est mis sous la pression de l’industrie informatique mondiale qui domine et pilote le marché en fonction de ses intérêts exclusifs. Ce marché où s’affrontent des multinationales en position souvent monopolistique sur leurs créneaux produit un marketing séducteur, extrêmement puissant et très mystificateur. Dans mon livre, j’étudie plus particulièrement les ravages du « marketing du gratuit » chez les enseignants et les élèves.

      C’est donc compliqué de comprendre ce qui se passe réellement, d’autant plus que la « révolution numérique » s’est accompagnée de discours dithyrambiques à la mode qui ont très longtemps laissé dans une coupable obscurité les vrais moteurs économiques et sociaux de cette « révolution », et aussi son contexte géopolitique. On nous a présenté l’avènement du numérique comme une sorte de « révolution civilisationnelle » pour le bien de l’humanité, comme s’il s’agissait d’un phénomène technologique « naturel », du même ordre que le réchauffement climatique, mais en positif ! Horizontalité, agilité, gratuité, connectivité, dématérialisation, désintermédiation furent les plus courus de ses mots-clés. Intuitif, collaboratif, collectif, ses épithètes ô combien rabâchés. A l’instar du discours des neurosciences sur ce qui les précède, celui de la « révolution numérique » dépeint un avant caricatural : avant elle il n’y aurait que verticalité, rigidité, cupidité, isolement, etc. La « révolution » est devenu une rhétorique de marketing, en vigueur aussi bien dans la publicité que dans la vie des idées. Notons que ce révolutionnarisme verbal est proprement infantilisant. Heureusement qu’on perçoit mieux la mystification depuis que les coulisses industrielles et institutionnelles de tout ce storytelling sont mieux connues !

      Un autre élément de confusion est lié aux pratiques de masse qui se sont développées dans tous les usages domestiques et personnels (et là nous sommes toutes et tous concernés dans notre quotidien). Ils ont servi d’écran à la compréhension des effets profonds que le numérique engendre globalement dans l’économie, dans toutes les sphères professionnelles. Au lieu de toucher du doigt ce qui se joue réellement dans la numérisation de l’économie et de la vie sociale, les usages personnels ont servi de mascotte aux bienfaits supposés du numérique en général. Le cas de la tablette à cet égard est symptomatique. Elle a été pronostiquée par des béotiens admiratifs, comme un substitut enrichi du livre qui allait clore à brève échéance l’ère de Gutenberg. Dans l’Education nationale, certains ne jurent encore que par elle, comme on le voit dans certaines régions avec les équipements liés à la réforme des programmes des lycées.

      Quand on étudie les rapports officiels du ministère sur le « numérique éducatif », on ne peut qu’être frappé par l’engouement naïf de leurs auteurs qui adoptent la posture de grands stratèges du futur tout en reprenant à leur compte sans le moindre recul critique le storytelling de l’industrie informatique, les fantasmes de la « startup nation » mobilisée pour faire émerger sa « filière » nationale, tout en occultant les dimensions économiques, géopolitiques et même « bassement » gestionnaires de la question. Ces rapports tracent les grandes lignes d’un « numérique éducatif » centralisé qui viendrait en quelque sorte concurrencer le numérique grand public du cloud que les enseignants utilisent abondamment, y compris pour leurs besoins professionnels. Mais cette toile d’araignée, contrôlée par le ministère sous prétexte essentiel d’assurer la confidentialité des données personnelles, ne peut fonctionner qu’en utilisant le support industriel des seigneurs numériques ! Par exemple, j’ai lu récemment que c’était le cloud d’Amazon qui récupérait, dans ces centres de données en Irlande, les résultats des évaluations nationales des élèves français…

      Les seigneurs numériques à travers leurs innombrables filiales servent donc de prestataires de service au ministère puisque rien (ou presque) n’est possible sans leurs réseaux, leurs centres de données, leurs logiciels, etc. Mais ces groupes gigantesques lorgnent évidemment sur le marché éducatif qui en est encore à ses balbutiements pour des raisons que j’analyse dans mon livre : en termes de ressources, trop fortes disparités des curriculums entre pays qui rendent difficile pour l’enseignement obligatoire (le K12 anglo-saxon) de créer une offre globalisée qu’il n’y aurait plus ensuite qu’à « localiser » dans les différentes langues ; en termes de faisabilité pratique, difficultés aussi à substituer le virtuel au présentiel dans une proportion suffisamment intéressante sur le plan économique, etc. Je pense donc qu’ils sont en embuscade en pratiquant un entrisme discret et en espérant étendre leur mainmise industrielle à chaque étape.

      La deuxième conséquence, politique, est que cette révolution numérique offre en fait à l’Education nationale et à ces hiérarques comme vous le dites « une magnifique opportunité pour reformater sans le modifier le code génétique élitaire », et cela évidemment sans toucher aux causes de la ségrégation scolaire. Comment l’expliquez-vous ?
      Pour aller plus loin dans cette question, évoquant les « réformes » Blanquer du bac, vous êtes l’un des rares à parler de ces réformes comme d’un storytelling et finalement d’autant d’éléments de langage : s’agit-il là pour Blanquer d’éluder la question viscérale de l’inégalité ?

      J’ai déjà évoqué plus haut cette toile d’araignée numérique que le ministère tisse pour contrôler de diverses manières les outils des enseignants et même leurs formations via des modules à distance. Dans mon livre, je reviens sur la pratique des appels d’offre qui transforment les éditeurs scolaires et les producteurs numériques en pures prestataires de service du ministère contraints de se conformer à des cahiers des charges rédigés par les directions ministérielles s’ils veulent emporter le marché. Il y a aussi le nouveau rôle des organismes publics sous tutelle à qui le ministère confie des missions éditoriales pour produire des ressources d’enseignement labellisées par le CSEN. Toutes ces évolutions n’ont pas pour objectif de modifier quoi que ce soit dans l’organisation ségrégative du système mais d’assurer une prise de pouvoir centralisée sur les ressources destinées aux enseignants.

      La question que vous posez à propos de Jean-Michel Blanquer sur son évitement de la question de l’inégalité me permet d’aborder le rôle des neurosciences sur cette question. Ce point peut surprendre. En portant au pinacle la plasticité cérébrale des bébés et des enfants (qui est réelle en effet), les neurosciences dans la version instrumentalisée par Blanquer installent auprès de l’opinion publique et de certains parents l’idée que tous les élèves peuvent réussir de la même façon puisqu’ils ont le même cerveau, puisque c’est le cerveau qui apprend, et que, dès lors qu’il est correctement stimulé selon des méthodes « neuro », la réussite est assurée, l’échec jugulé. C’est ce même discours qu’exploite à sa façon Céline Alvarez et ses fameuses « lois naturelles », dont on connaît l’impact médiatique et publicitaire, même auprès de certains enseignants.

      L’échec scolaire aurait donc essentiellement pour cause l’inaptitude des professeurs (trop ignorants des découvertes « neuro ») pour effectuer ces stimulations comme il faudrait. Là encore, la cause des inégalités ne serait pas pour l’essentiel d’origine sociale, comme le montre de façon détaillée et percutante le dernier livre dirigé par Bernard Lahire (Enfances de classe, de l’inégalités parmi les enfants) mais proviendrait de l’école et des méthodes qu’elle met en œuvre, provoquant des inégalités de réussite entre enfants. Le déni sociologique implicite des « neuros » va si loin que j’ai pu entendre Boris Cyrulnik à France Culture le 3 septembre dernier affirmer qu’« aujourd’hui c’est l’école qui fait les classes sociales ». Conclusion des partisans « neuros » du ministre : en reformatant l’école selon les méthodes « neuro », on pourra assurer « l’égalité des chances ». Dans la même veine, le ministre présente ses mesures de dédoublements des CP comme la principale mesure de politique sociale du quinquennat ! Il laisse entendre aussi que la réforme des études au lycée général a pour but l’épanouissement personnel de chaque lycéen qui pourra échapper aux filières ségrégatives et enfin construire par lui-même son parcours et sa vie réussie. Le recours à la thématique du « développement personnel » à des fins institutionnelles vient ici gommer comme par magie les déterminismes inégalitaires inscrits dans l’organisation même du système. Les établissements sont loin d’être dotés des mêmes ressources et opportunités, sans parler du fossé entre la voie générale et technique et la voie professionnelle !

      Le naturalisme et le scientisme inhérents à l’épistémologie biomédicale des neuroscientifiques pro-Blanquer (que j’analyse en détails dans mon livre) ne sont donc pas les seuls biais qu’on peut relever. L’éviction des déterminants sociologiques est aussi un de leurs traits idéologiques. Cela permet de cantonner la question des inégalités de réussite scolaires dans l’enceinte de l’école, puis de les réduire à une sorte de « pédagogie du cerveau » à quoi se résume la prétention de la « neuro-pédagogie ». Cela permet aussi d’abandonner la question sociale en tant que telle (les inégalités de conditions familiales et sociales décrites par les sociologues) aux registres compassionnel et philanthropique.

      Un des points les plus remarquables également de votre approche du manuel scolaire est la place que le Ministère accorde aux éditeurs. Contrairement à une idée reçue, tenace notamment chez les enseignants, les éditeurs sont, en fait, maltraités comme l’essentiel des autres acteurs. Comment sont ainsi vus les éditeurs de manuels par le ministère ? Pourquoi, appartenant pourtant au privé, les éditeurs ne bénéficient-ils pas selon vous de la tornade néo-libérale qui, depuis l’arrivée de Blanquer, s’abat sur le ministère ?

      Dans le prolongement de ce que j’ai déjà dit, à l’évidence les éditeurs sont vus au mieux comme des prestataires de service s’ils jouent le jeu des appels d’offre. Au pire, comme un reliquat du passé avec lequel il faut composer. Ils ne sont pas vus en tout cas comme des partenaires autonomes dans un système horizontal de liberté pédagogique où collaboreraient de multiples acteurs dont les auteurs (chacun dans son rôle, régulé par une commune référence aux programmes officiels). Du point de vue de l’étatisme à la Blanquer, ils peuvent même être vus comme des opposants s’ils défendent la doctrine républicaine en vigueur depuis 130 ans ! Car c’est un fait historique que l’édition scolaire a été assurée par des entreprises privées depuis le milieu du XIXe siècle dans une logique concurrentielle et pluraliste. Parmi les libertés publiques républicaines, il y a, faut-il le rappeler, la liberté de publication. L’édition scolaire a été l’une des composantes qui a permis l’essor de l’édition puisqu’elle a contribué au développement de la scolarisation et donc de l’accès à la lecture.

      Ce point me permet d’aborder quelques réactions négatives ou dubitatives à l’égard de mon livre puisqu’il a été écrit par un ancien éditeur scolaire qui revendique son expérience. Certains critiques trollesques m’accusent de représenter le lobby de l’édition scolaire et voit dans mes critiques du technocratisme néo-libéral de Jean-Michel Blanquer un prétexte pour dissimuler la défense des rentes et profits (nécessairement faramineux) de l’édition scolaire privée. D’autres, moins négatifs, me reprochent de ne pas croire que le service public serait la seule option progressiste pour les auteurs souhaitant éviter d’être compromis avec la cartellisation de l’économie capitaliste. Contrairement à Ferdinand Buisson, ils ne voient pas les risques liberticides de confier l’édition scolaire à un monopole d’Etat ou à un organisme sous tutelle étatique dont la mission est de répercuter la politique officielle au gré de ses changements d’orientation. Comment gérer un vrai pluralisme de points de vue à l’intérieur d’une telle institution ? D’autres enfin me soupçonnent de mener un combat d’arrière-garde pour défendre un secteur économique condamné par le progrès technologique qu’ils voient incarné par les produits des seigneurs numériques ou les startups prétendument indépendantes (avant rachat par les premiers). Ils pensent que le numérique rend tout un chacun spontanément libre, compétent, collectivement intelligent. A mon sens, toutes ces critiques, parfois teintées d’un halo sulfureux de complotisme (bien qu’elles s’en défendent), ont perdu de vue la philosophie républicaine de la liberté pédagogique. Elles méconnaissent l’histoire et la réalité des entreprises d’édition, leur rôle pour permettre aux auteurs de donner consistance à une liberté chèrement conquise. Elles minorent les dangers de censure et de perte d’autonomie professionnelle pour les acteurs de l’école que recèlent tout affaiblissement de l’édition scolaire concurrentielle, soit lié à des limitations étatiques, soit lié à une trop forte concentration capitalistique.

      Le ministre, en tacticien roué, sait qu’il peut jouer sur l’esprit de loyauté des professeurs envers l’État employeur et leur attachement au service public, réputé défenseur désintéressé de l’intérêt général. Ses prises de pouvoir institutionnelles s’en trouvent plutôt facilitées, alors que, déposées en d’autres mains extrêmes, elles auraient des conséquences redoutables pour les démocrates. On ne comprend pas encore suffisamment, selon moi, en quoi le ministre joue les apprentis sorciers ! Il peut aussi user à bon compte de la méfiance des enseignants à l’égard des domaines d’activité où l’argent, le commerce, l’entrepreneuriat sont impliqués, autant de figures menaçantes représentant un supposé poison pour l’école publique, ces traits étant associés dans l’esprit des enseignants à une hostilité de principe à l’Etat-providence, ce qui est faux. Mais je sais aussi que cette attitude des professeurs est ambivalente. Ainsi on ne peut les soupçonner de souhaiter que l’édition de littérature, pour prendre un exemple saisissant, soit confiée à l’Etat ou à un organisme public… On peut au contraire penser qu’ils souhaitent qu’elle reste l’apanage d’éditeurs passionnés dans des entreprises ou des collectifs de statuts variés et à taille humaine.

      S’agissant encore du secteur privé et de la place que peut lui accorder un ministre néo-libéral comme Blanquer, vous montrez, et vous êtes le seul, qu’il faut plutôt les chercher du côté des associations et instituts qui rôdent autour de la rue de Grenelle. Vous dénoncez notamment la collusion de la Fondation Axa et son entrisme au ministère via l’association « Agir pour l’école » dont Blanquer a été un temps membre du comité directeur ainsi que l’Institut Montaigne. Pouvez-vous nous dire quels liens et quels rôles ces organismes entretiennent-ils avec l’Education nationale et comment Blanquer use de ces groupes pour mener sa politique ministérielle ?

      Je ne suis pas le seul à pointer les liens entre Jean-Michel Blanquer et la philanthropie du groupe d’assurance Axa. Les hauts technocrates au pouvoir actuellement n’ont plus du tout le profil de leurs devanciers. Ils ont un pied dans la haute fonction publique et un pied dans les directions opérationnelles des grands groupes industriels et financiers. De nombreuses études et enquêtes documentent cette évolution. De sorte qu’il semble tout à fait naturel à ces hauts dirigeants d’ouvrir les portes des organismes publics et des directions ministérielles à des partenariats ou à des actions « philanthropiques ». C’est ainsi que l’Institut Montaigne, financé par la Fondation Axa, explique au ministère comment mener à bien la numérisation de l’école primaire en France. C’est ainsi que l’association Agir pour l’école, financée par le mécénat Axa, a l’autorisation exceptionnelle de mener des expérimentations autour de sa méthode de lecture validée « neuro » dans des classes de l’école publique. Ce ne fut possible que grâce à l’appui discrétionnaire de Jean-Michel Blanquer lorsqu’il était DGESCO puis lorsqu’il devint ministre. La particularité de cette faveur être d’être accordée au plus haut niveau du ministère sans qu’il ne soit vraiment prévu de rendu de compte autre que ceux de l’association elle-même. Évidemment elle vante ses brillants résultats qui s’appuient sur « la science » ! Ce genre d’opération exceptionnelle au sein de l’Education nationale est un fait du prince auquel les enseignants de terrain dans les zones concernées sont tenus de se soumettre sous la pression de leur hiérarchie directe. On déguise en volontariat ce qui relève en fait d’une sorte d’embrigadement hiérarchique pour faciliter un entrisme caractérisé. J’évoque en détails dans mon livre la stratégie d’Agir pour l’école et de ses parrains.

      Il faut comprendre, au vu de cet exemple, que le néo-libéralisme a partie liée avec ce qu’on appelle le « philanthro-capitalisme ». En réduisant drastiquement les impôts des grands groupes privés et des grandes fortunes, il réduit d’autant les budgets publics et impose un rabotage général des dépenses. Faute de financements disponibles liés à une pénurie bien organisée, il favorise l’immixtion du mécénat des mêmes groupes privés et grandes fortunes pour financer des opérations qui auraient dû l’être sur le budget de l’Etat ou des collectivités territoriales. La conséquence est que ce ne sont plus les responsables au sein de l’appareil d’Etat ou des organismes publics sous tutelle qui ont le pouvoir de décider des nouveaux projets à mener. Ce sont des fondations privées externes qui se voient de plus en plus doter de ce pouvoir en décidant elles-mêmes des programmes qu’elles acceptent de financer. Cette prise de pouvoir larvée est une privatisation déguisée, réalisée avec la complicité des hauts technocrates néo-libéraux, censés pourtant défendre l’intérêt général à la tête de la puissance publique. A l’évidence les conflits d’intérêt, à terme, sont patents. Mais tout se fait par petites touches, dans une discrétion complice, par le truchement d’associations sans but lucratif. Les grands groupes peuvent communiquer sans vergogne sur leur remarquable générosité et leur implication citoyenne dans les affaires de la collectivité et afficher, comme retour sur investissement, un républicanisme de bon aloi !

      En parlant d’« Agir pour l’école », il faut aussi évoquer Stanislas Dehaene dont vous nous apprenez qu’il mène une partie de ses recherches en synergie avec cette association. Votre démonstration est implacable : de fait, la place au sein de l’Éducation nationale qu’occupe désormais Stanislas Dehaene, neuroscientifique, ne manque pas d’intriguer tant elle est surprenante. Si, de fait, le ministère avec Blanquer tombe sous la coupe réglée des neurosciences, on ne peut qu’être étonné que ce psychologue cognitiviste, étranger aux sciences de l’éducation notamment, soit président du Conseil scientifique de l’Education nationale. Et on ne peut qu’être étonné surtout des propos, inquiétants il faut le dire, qui sont les siens ainsi que, plus largement, de sa démarche.

      En effet, vous rappelez ses déclarations pour le moins déconcertantes sur les manuels scolaires qu’il considère comme autant de « médicaments ». Vous poursuivez d’ailleurs à très juste titre en disant que cette personne emploie plus généralement des métaphores médicalisées pour parler de l’Education. Vous dites que peut-être bientôt on va appeler les élèves des « malades » ou des « patients ». Posons la question sans détour : est-ce que la place que prennent les neurosciences à l’école n’ouvre pas potentiellement un nouveau marché à l’industrie pharmaceutique : soigner par exemple les enfants dont les tests de positionnement en primaire ou en Seconde révéleraient des difficultés dans l’acquisition de connaissances ?

      Les liens entre Stanislas Dehaene et Jean-Michel Blanquer sont anciens. Bien avant d’être ministre, ce dernier (juriste de formation et professeur de droit public, rappelons-le) a toujours été sur une ligne critique à l’égard des professeurs des écoles qu’il accuse, depuis son premier passage au ministère en 2006 (sous Robien), de ne pas enseigner correctement les « fondamentaux ». On se souvient de la campagne du ministre Robien en faveur de la « méthode syllabique » et déplorant que l’école primaire soit, selon ses dires, infestée par la « méthode globale ». C’était peu de temps après qu’un consensus s’était pourtant formé parmi les spécialistes du lire-écrire sur les facteurs clés de cet apprentissage. Mais, quels que soient les avis des chercheurs, les ministres de droite ont toujours joué sur une communication grand public anti-prof, cherchant à raviver de faux débats, entretenus par tous les chroniqueurs déclinistes, pour se rallier une majorité de parents-électeurs. Jean-Michel Blanquer a tiré les leçons de l’échec de Robien à imposer ses manières de voir rétrogrades. Pour éviter les mêmes déboires, il a cherché des alliés parmi les experts médiatiques et les à trouver chez certains neuroscientifiques, dont le chef de file est Stanislas Dehaene. C’est d’ailleurs dans la collection que dirige ce dernier chez Odile Jacob que le futur ministre a publié ses ouvrages programmatiques sur l’école.

      Comment analyser cette alliance entre le haut fonctionnaire devenu le « vice-président » d’Emmanuel Macron (selon l’hebdomadaire Le Point) et l’éminent neuroscientifique de l’INSERM et du Collège de France qui préside le CSEN instauré début 2018 par le premier ? Quel est le ressort de cette alliance entre un ministre néo-libéral au verbe républicain et le patron d’un pool de spécialistes partageant le même culte du cerveau et de la randomisation ? A mon sens, un nouveau front idéologique s’est constitué là où se retrouve et s’étaye mutuellement le scientisme neurobiologique (foncièrement opposé aux méthodes non strictement quantitativistes des sciences sociales), le technocratisme néo-libéral (foncièrement convaincu de la supériorité des « savoirs experts » randomisés sur les savoirs expérientiels des praticiens) et les intérêts de l’industrie biomédicale qui finance en grande partie les recherches en neurosciences appliquées et, de façon plus large, de l’industrie de la santé et de l’assurance.

      Outre ses puissants réseaux d’influence, la force de cette alliance est sa stratégie de communication qui est fondée sur un storytelling très efficace. Le point de départ est souvent constitué par des éléments de langage qui concourent à dresser un tableau dramatique de la situation, notamment de l’école. Les évaluations internationales de type PISA ou les rapports d’expertise sont instrumentalisées à cette fin. Certains défauts du système sont dûment pointés et mobilisés comme éléments à charge, de sorte que des critiques qui émanent de la gauche de la gauche peuvent aussi être reprises comme arguments recevables et comme force d’appoint dans les instances mises en place. Il s’agit de montrer l’irresponsabilité des anciens gouvernants, la stérilité des débats antérieurs, les contradictions entre les discours et les réalités. Et de conforter finalement les arguments du camp des déclinistes (qui ont peu varié les airs qu’ils entonnent depuis Jules Ferry, sur le niveau qui baisse, la tradition qui est pervertie, la barbarie qui s’installe dans l’école, la nuisance des « pédagogistes », etc.). Cet éclectisme associant des points de vue extrêmes à un pragmatisme qui se veut apolitique est déroutant au premier abord et fait de ce courant opportuniste un attrape-tout.

      A partir de cette mise en scène décliniste, l’alliance « techno+neuro » a beau jeu de se présenter en sauveur de l’école menacée de péril ou de faillite, de prendre des poses de fervente républicaine apte à redresser une situation gravement compromise. Qui peut être contre de tels bienfaiteurs qui font constamment la une des médias, relayant sans beaucoup d’interrogations leurs discours bien huilés, leurs incessants « plans d’action » ? Qui peut s’opposer aux déclarations, en général indexées à gauche, sur la lutte contre l’échec scolaire, la réussite pour tous, l’égalité des chances, l’épanouissement individuel, et même la confiance retrouvée. Cette belle alliance entièrement désintéressée et dévouée au bien commun peut donc espérer gagner le soutien de bords considérés autrefois comme antagonistes, neutraliser les oppositions minoritaires accusées de corporatisme ou d’idéologie nuisible, et dérouler son plan de reformatage des institutions en accaparant tous les pouvoirs, en révisant les anciens compromis sociaux taxés d’immobilisme et, au passage, opérer un hold-up sur les crédits de recherche.

      Il faut comprendre qu’il y a une profonde communauté de vision du monde entre les technocrates et les neuroscientifiques du CSEN : c’est le culte scientiste du quantitatif et de la statistique. Le haut technocrate ne jure que par les indicateurs des multiples tableaux d’analyse qu’il concocte pour comprendre la réalité qu’il doit gérer. Les comparaisons et les variations statistiques appliquées ensuite aux données sont censées lui permettre de comprendre la diversité des situations réelles et proposer des mesures d’ajustement. De façon similaire, le chercheur quantitativiste ne jure que par l’expérimentation randomisée et considère comme pure opinion improuvable les constats qui ressortent de toutes les autres modalités d’observation ou d’enquête.

      La randomisation, qui a contribué à l’attribution du Nobel d’économie à Esther Duflo (membre du CSEN), est la méthode expérimentale utilisée par les quantitativistes des sciences cognitives (mais aussi en économie ou en sociologie) pour valider leurs hypothèses interprétatives et éliminer les variables dues au hasard. Elle consiste à vérifier empiriquement, en comparant des groupes tests et des groupes témoins soumis aux mêmes épreuves dans des conditions différentes, si les indicateurs postulés par la théorisation sont pertinents et permettent de comprendre comment fonctionne le dispositif observé. Cette forme de recherche expérimentale est le décalque des modalités d’expérimentation mises au point par l’industrie pharmaceutique pour tester l’effet des molécules sur des groupes ciblés d’individus affectés de divers troubles ou maladies.

      Il n’est pas surprenant que les neurosciences fassent le pont entre les méthodologies du biomédical et celle de la psychologie cognitive. Leur processus de recherche est le suivant : dans un premier temps elles formulent des hypothèses sur le fonctionnement du cerveau apprenant en observant des individus isolés sous IRM fonctionnel soumis à des tâches. A ce stade, ces recherches se déroulent dans l’environnement de la recherche biomédicale qui utilise les mêmes appareillages et méthodes de retraitement des données. Dans un second temps, elles déduisent de ces hypothèses et paradigmes (qui font l’objet de vifs débats au sein des neuro-chercheurs, ne l’oublions pas !) des prescriptions didactiques qui feront l’objet de tests en classe pour mesurer leur efficacité grâce à des évaluations dûment randomisées. Ces tests pourront en retour servir à relancer les hypothèses initiales, et ainsi de suite. La cherté de ces recherches biomédicales randomisées, comparée à d’autres méthodes d’observation pratiquées en sciences sociales, produit un effet d’évitement constaté par nombre de chercheurs : pour financer une seule recherche « neuro », il faut ne pas financer de nombreuses autres recherches non « neuro » ! Le scientisme biomédical n’est pas seulement une philosophie, c’est aussi un outil politique de gestion de la recherche qui a une tendance à la domination et au monopole, à l’impérium comme je le dénonce dans mon livre.

      Je voudrais m’attarder, si vous me le permettez, sur ces tests de positionnements qui paraissent révélateurs de la politique « neuro-techno » menée par Blanquer. Ma question sera double : est-ce qu’avec ces tests de positionnement de Seconde où les élèves doivent répondre comme à des stimuli et non engager une véritable réflexion, on ne peut pas considérer qu’il s’agit pour les neurosciences à la manœuvre ici de faire des élèves des cobayes ?

      Enfin, et vous le suggérez avec force, n’y a-t-il pas instrumentalisation de la part des neuroscientifiques, et notamment de Dehaene, des élèves pour leur faire passer des tests ? N’expérimentent-ils pas sur les élèves des méthodes afin de financer leurs propres recherches et monnayer leurs résultats pour, par exemple, faire l’acquisition d’IRM et d’appareils d’imagerie médicale sophistiquée afin de continuer à cartographier le cerveau ?

      Comme je l’ai souligné plus haut, l’expérimentation randomisée est la principale méthode qui permet aux recherches de laboratoire en neurosciences de déboucher ensuite sur d’éventuelles applications en classe moyennant la passation de tests contrôlés. Dans les dispositifs d’observation sous IRM, les bébés ou les enfants sont effectivement pris comme des cobayes. Mais c’est peu ou prou le cas de tous les dispositifs de recherche en psychologie cognitive, qu’ils soient effectués en laboratoire ou en milieu ouvert contrôlé. Dans le cas des recherches « neuro », l’ équipement des sujets en capteurs pour enregistrer leurs données d’activité cérébrale renforce cette image dévalorisante du cobaye. Mais, en principe, il n’y a pas de maltraitance ! Sauf, de façon assez courante dans le biomédical semble-t-il, sur les données elles-mêmes et leur interprétation pour pouvoir publier au plus vite des articles dans les revues scientifiques faisant état de résultats tangibles et continuer à se faire financer (je renvoie au livre très documenté Malscience, de la fraude dans les labos de Nicolas Chevassus-au-Louis). Or un nombre significatif de ces articles contient des résultats non reproductibles ou douteux. Il n’est donc pas inutile de se défier de tous les arguments d’autorité du type « la littérature scientifique internationale a montré que… », « la recherche internationale a conclu que… », « la méta-analyse de x recherches a prouvé que… ». L’absence de recul critique sur les conditions de publication de la littérature scientifique favorise le rejet en bloc des travaux scientifiques, ce qui n’est pas souhaitable, car, dégagés des diverses instrumentalisations dont ils sont l’objet, ils sont la source d’apports précieux pour les débats sérieux qui font avancer les connaissances en éducation, à la condition expresse d’intégrer l’ensemble des disciplines de recherche aux méthodologies et points de vue très variés et d’être ouvert aux savoirs expérientiels des praticiens.

      S’agissant toujours enfin de ces tests de positionnement, Blanquer paraît les user pour une fois de plus remettre en cause le métier même d’enseignant. Automatisés, ces tests ne sont pas corrigés par les enseignants qui, parfois, ne les font même pas passer à leurs propres élèves. C’est le rôle même d’enseignant qui est nié purement et simplement, les résultats des tests ne pouvant par ailleurs servir le plus souvent à nourrir le cours ou construire une quelconque séquence d’enseignement. Est-ce que ces tests sont pour Blanquer une nouvelle manière à la fois de nier l’expertise professorale et reconduisent le vieux fantasme moderniste de substituer un micro-processeur au professeur ? Enfin, en quoi accentuer la place du français et surtout des mathématiques, via ces tests, relève, comme vous le mentionnez, du « populisme éducatif » de Blanquer ?

      Le « populisme éducatif » est un concept forgé par le chercheur Xavier Pons pour désigner le fait que « les gouvernants proposent un programme d’action publique qui flatte les attentes perçues de la population sans tenir compte des propositions, des arguments et des connaissances produites dans le cours de l’action par les corps intermédiaires ou les spécialistes du sujet » (voir notamment son interview aux Cahiers pédagogiques). Cela caractérise bien la façon de gouverner de Jean-Michel Blanquer qui n’a tenu aucun compte des rejets massifs de ces réformes par les instances de concertation au sein de l’Education nationale ni des nombreuses critiques ou oppositions des spécialistes, y compris parmi les neuroscientifiques ! Sa manœuvre a consisté à faire croire que les meilleurs experts étaient avec lui. Les membres du CSEN ont une responsabilité particulière dans cette instrumentalisation politique.

      Sur la question des tests de positionnement et des évaluations en général, il faut clairement distinguer trois types de tests. Le premier concerne ce que nous avons vu plus haut, à savoir ces tests dérivés des recherches de laboratoire et destinés à mesurer l’efficacité de dispositifs inspirés des paradigmes théoriques formulés dans les labos. On peut les qualifier de « scientifiques » puisqu’ils ont pour cadre des recherches institutionalisées, une théorisation au sein d’une communauté savante et des retombées applicatives.

      Le deuxième type concerne les évaluations en classe, sur des épreuves calibrées, d’un échantillon d’élèves représentatif d’une population globale afin d’obtenir une image d’ensemble du niveau des élèves, d’effectuer des comparaisons dans le temps et des typologies en fonction de données contextuelles caractérisant les élèves et les établissements. Le but de ce type d’évaluation n’est pas d’intervenir dans la scolarité des élèves en faisant un retour des résultats auprès des classes via les enseignants. C’est d’observer une réalité dans ses multiples composantes pour en obtenir une représentation experte. L’exemple le plus connu de ce type d’évaluation est PISA.

      Le troisième type concerne les évaluations nationales obligatoires telles qu’elles sont mises en place en France depuis 2018. Elles visent à situer chaque élève sur une échelle comparative en identifiant points forts et points faibles et à faire un retour vers l’enseignant pour qu’il adapte son enseignement aux difficultés identifiées de ses élèves, voire l’individualise. Mais n’est-ce pas ce que s’attache déjà à faire les enseignants ? Ces évaluations ont donc un objectif d’ordre pédagogique. Toutefois, la composition des épreuves n’est pas neutre et comporte des choix didactiques implicites qui obligent les enseignants à s’adapter à leurs réquisits au fil des passations. C’est ce que j’appelle le pilotage par l’aval des pratiques pédagogiques. C’est un premier effet caché par le CSEN et les promoteurs de ces évaluations qui ne l’évoquent jamais.

      Un autre biais dissimulé est l’évaluation des enseignants eux-mêmes. Il faut bien voir que les résultats anonymisés et centralisés donnent lieu à des compilations au plan national et local qui permettent d’évaluer les élèves, les classes, les enseignants, les établissements et d’établir des comparaisons voir des classements. Le ministre et le CSEN viennent de se glorifier de l’amélioration des performances de élèves de CP et de CE1 d’une année sur l’autre en utilisant les données compilées ! Ces évaluations ont donc un second objectif déguisé qui consiste à faire comme si l’ensemble des classes du pays d’un même niveau scolaire n’en formait qu’une, toute chose égale par ailleurs, et qu’on pouvait déduire de ces données une forme d’enseignement efficace universelle, valable dans tous les contextes, sans tenir compte des énormes disparités entre les écoles et les établissements, des effets délétères d’un système fortement ségrégatif.

      A mon sens, la stratégie ministérielle ne consiste pas pour l’instant à substituer des tests à de l’enseignement présentiel. Il vise deux choses. D’abord à faire en sorte que la culture du test s’installe dans le paysage scolaire à tous les niveaux possibles, que la réussite aux tests devienne l’objectif premier de l’enseignement, ce qui limite l’autonomie professionnelle des professeurs dont les référentiels traditionnels sont les programmes scolaires et la liberté pédagogique. De ces tests pourront aussi émaner des ressources labellisées substitutives aux manuels et ressources actuelles. L’autre objectif est de pouvoir plus tard confier cet enseignement reconditionné par le CSEN et les instances ministérielles sous la coupe directe du ministre à des personnels recrutés et formés autrement qu’actuellement, beaucoup moins autonomes, davantage isolés et dominés par une hiérarchie technocratique qui pourra évaluer quantitativement leur « mérite » en fonction des résultats aux tests et individualiser les rémunérations en conséquence. C’est une école aux mains des « technos » et des « neuros » qui se dessine, bien différente de l’école publique républicaine et de ses valeurs !

      https://diacritik.com/2019/11/13/philippe-champy-les-beaux-discours-de-blanquer-sur-la-confiance-ne-reussi

  • The Geometry of Emptiness: A Journey Through France’s ‘Diagonale du Vide’
    https://www.magnumphotos.com/newsroom/society/antoine-dagata-the-geometry-of-emptiness-a-journey-through-frances-dia

    In early 2019, French Magnum photographer Antoine d’Agata and French-Tunisian author, philosopher, and actor Mehdi Belhaj Kacem drove through the region known in France as the diagonal du vide, or ‘empty diagonal’. Stretching across the nation – from the Belgian border in the north-east to the Pyrenees in the south-west – the disparate geographies of the area are unified by a low-density of industry, population and media coverage.

    What follows is a selection of d’Agata’s images from the 339 towns, villages and hamlets the pair passed through, accompanied by Belhaj Kacem’s essay on the diagonale and it’s role – and that of areas like it – in France’s current political face-off.

    The diagonal du vide, or ‘diagonal of emptiness’, refers to a series of places which are among the most underprivileged in French territory. With Antoine d’Agata, we draw a road map, a plan to visit these places. We want to feel the pulse of the France that has given rise to the now-famous gilets jaunes. We want to visit Ghost France. The title of a movie that marked me long ago comes back to my mind: Ghosts of the Civil Dead.

    The confrontation between the French government and the gilets jaunes has pitted two types of ghost against one another: the sovereign French Gods – the “Jupiterian” entity of big finance in its twilight years, whose decadence has nothing on the decline of Ludwig II of Bavaria; versus this unrepresented France. The latter, popularised as understood by the Situationists, comes behind the former in all respects. The dialogue between these two entities is a dialogue of the deaf. The France whose representation is non-existent fails to make itself heard by the France that only exists within in itself, or in its own eyes.


    https://content.magnumphotos.com/wp-content/uploads/2019/04/cortex/nn11581627-overlay.jpg

  • « Bullshit jobs » : quand la réalité surpasse le monde des Shadoks
    https://lvsl.fr/bullshit-jobs-quand-la-realite-surpasse-le-monde-des-shadoks

    L’économiste anglais John Maynard Keynes prédisait en 1930 que grâce à l’automatisation de nombreuses tâches, nous aurions pu dès les années 2000 réduire considérablement notre temps de travail, pour parvenir à des semaines de 15 heures et jouir d’une retraite plus précoce. Pourtant, rien de tout cela n’est arrivé et c’est presque le contraire qui semble se produire aujourd’hui : le gouvernement allemand réfléchit actuellement à repousser l’âge de départ à la retraite à taux plein à 69 ans, et une évolution similaire peut s’observer dans d’autres pays de l’OCDE notamment en France.

  • #Petits_chefs 1/2 : les repentis
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/petits-chefs-12-les-repentis

    Hatice et Frédéric ont été des petits chefs incompétents, autoritaires, pervers ou perdus.
    • Crédits : Isabelle Rozenbaum / Alto Press - Maxppp

    Ils reviennent aujourd’hui sur ces méthodes de management qui faisaient pleurer leurs subordonnés.

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    Petits chefs 2/2 : les victimes
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/petits-chefs-22-les-victimes

    Charlotte, Anne et Pascal ont vécu des relations singulières avec leurs managers.
    • Crédits : © Phanie Garo - AFP

    Trois histoires de petits chefs incompétents, autoritaires, pervers ou perdus. Au choix.

    #harcèlement #violence #travail #entreprise #management

  • Des mutations inquiétantes sur les bébés chinois génétiquement modifiés par CRISPR - UP’ Magazine
    https://up-magazine.info/index.php/le-vivant/innovations-vertes/28764-des-mutations-inquietantes-sur-les-bebes-chinois-genetiquement-m

    Les jumelles chinoises nées l’an dernier d’embryons génétiquement modifiés par les ciseaux moléculaires « CRISPR » ont probablement des mutations imprévues dans leur génome à la suite de cette manipulation. C’est un journaliste américain qui révèle cette information ce 3 décembre après avoir obtenu une version non publiée de l’étude détaillant l’expérience.

    L’annonce avait choqué le monde en novembre 2018 : le scientifique He Jiankui avait révélé à Hong Kong qu’il avait modifié des embryons, dans le cadre d’une fécondation in vitro pour un couple, afin de tenter de créer une mutation de leurs génomes qui leur conférerait une immunité naturelle contre le virus du sida au cours de leur vie. Cette nouvelle avait provoqué un tollé car la procédure employée n’avait aucune justification médicale, présentait de graves dangers pour la santé et contrevenait aux règles éthiques les plus élémentaires.

    LIRE DANS UP : Les Chinois auraient mis au monde deux bébés génétiquement modifiés par CRISPR

    Des jumelles étaient nées, nommées Lulu et Nana, mais elles et leurs parents sont restés anonymes, et on ignore totalement ce qu’elles sont devenues.

    L’expérience d’He Jiankui avait vivement été condamnée par la communauté scientifique internationale et les autorités de son pays, et l’affaire avait relancé les appels à une interdiction des « bébés Crispr ».
    Le manuscrit de l’étude révélé

    Un journaliste de la MIT Technology Review a reçu le manuscrit de l’étude que He Jiankui a tenté de faire publier par des revues scientifiques prestigieuses, et qui détaille sa méthode et ses résultats. Mais le texte de l’étude confirme ce que beaucoup d’experts suspectaient : selon des généticiens interrogés, il ne montre en réalité pas que la mutation tentée, sur une partie du gène CCR5, a effectivement réussi. L’étude affirme que la mutation accomplie est « similaire » à celle qui confère l’immunité, et non identique.
    Des conséquences imprévisibles

    En outre, des données incluses en annexe montrent que les jumelles ont subi des mutations ailleurs dans leur génome, et probablement différentes d’une cellule à l’autre, ce qui rend les conséquences imprévisibles.

    « CRISPR » est une technique révolutionnaire de modification du génome inventée en 2012, bien plus simple et facile d’utilisation que les technologies existantes. Mais les ciseaux coupent souvent à côté de l’endroit ciblé, et les généticiens répètent que la technologie est encore loin d’être parfaite pour être utilisée à des fins thérapeutiques.

    « Il y a énormément de problèmes dans l’affaire des jumelles CRISPR. Tous les principes éthiques établis ont été violés, mais il y a aussi un grand problème scientifique : il n’a pas contrôlé ce que CRISPR faisait, et cela a créé plein de conséquences imprévues », a dit le professeur de génétique Kiran Musunuru, de l’université de Pennsylvanie, dans un entretien récent à l’AFP.

    Dans la MIT Technology Review, le généticien Fyodor Urnov déclare : « La recherche était toutefois incomplète et le manuscrit passe sous silence un point clé : les cellules prélevées sur les embryons au stade précoce pour les tester n’ont pas réellement contribué aux corps des jumeaux. Les cellules restantes, celles qui se multiplieraient et se développeraient pour devenir les jumeaux, auraient pu aussi avoir des effets hors cible, mais il n’y aurait eu aucun moyen de le savoir avant le début de la grossesse. » Il ajoute : « Une déformation flagrante des données réelles qui ne peut, encore une fois, être décrite que comme un mensonge flagrant. Il est techniquement impossible de déterminer si un embryon modifié « n’a présenté aucune mutation hors cible » sans détruire cet embryon en inspectant chacune de ses cellules. Il s’agit d’un problème clé pour l’ensemble du domaine de l’édition d’embryons, un problème que les auteurs balaient sous le tapis ici. »

    #CRISPR #Hubris_scientifique #Génomique #Modification_génétique

    • A propos de Cédric Villain

      http://fr.horrorhumanumest.info/index.php?pages/a-propos

      Websérie d’animation, Horror humanum est a comme objectif de remettre en mémoire quelques jalons sanglants de l’Histoire humaine.
      L’objectif n’est pas de recenser toutes les batailles et les massacres, le travail serait trop considérable… Ce n’est pas non plus un « palmares », un worst-of de l’histoire humaine ni même une tentative d’étalonnage de la barbarie.
      Son sujet est plutôt de remettre en mémoire quelques méfaits commis au nom de logiques sociales et culturelles dont la bizarrerie et l’horreur ne se révélent qu’à la mesure de nos valeurs actuelles.

      http://www.scam.fr/detail/ArticleId/5654/Cedric-Villain-professeur-en-serie

      À une coquille près, on pourrait le confondre avec un célèbre mathématicien. Pas de lien non plus avec Raoul, l’assassin de Jaurès. Cédric Villain, quarante-six ans, est professeur certifié d’arts appliqués à l’Esaat¹ de Roubaix, et réalisateur de films d’animation. Il a fourbi ses armes avec les très réussis Portraits ratés à Sainte Hélène², Prix de la première œuvre au festival d’Annecy en 2008. Un court-métrage inspiré de la lecture d’un entrefilet dans Fluide glacial et acheté par Canal +, qui envisageait déjà l’histoire par un prisme « anecdotique » ; en l’occurrence, les ultimes tentatives pour représenter l’empereur sur son lit de mort. Il n’en a pas fallu beaucoup plus pour convaincre l’équipe de Karambolage, sur Arte, d’inclure Cédric Villain dans son pool de « réalisateurs-designers ». Un premier épisode en 2010, autour de la pomme de terre, puis une dizaine d’autres, et une collaboration qui perdure aujourd’hui…

  • Les meutes de loups n’ont pas de chef | Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/societe/477728/idiotismes-animaliers-y-a-t-il-un-male-alpha-dans-la-meute-de-loups

    La notion de « mâle alpha » est ainsi prête à l’emploi dans la culture générale, qui l’adopte avec enthousiasme, oubliant au passage que Schenkel parlait d’un couple dominant, et pas seulement d’un mâle… Quoi qu’il en soit, le « loup alpha » inspire des réflexions sur le leadership en entreprise, devient un modèle de programmation algorithmique (Grey Wolf Optimizer), s’invite dans la psychologie des religions lorsque le psychiatre texan Hector A. Garcia invente la notion d’« Alpha God » (2015) pour décrire la manière dont les sociétés monothéistes imaginent leur dieu.

    Une histoire de famille

    Le hic ? Mech le dévoile en 1999 : à l’image de Schenkel qui observait les loups du zoo de Bâle, « la plupart des études sur la dynamique sociale des meutes de loups ont été conduites sur des regroupements artificiels d’animaux en captivité ». Mech lui-même a observé des loups en liberté, mais, comme cela arrive souvent, il a vu ce qu’il avait lu chez Schenkel plutôt que ce qu’il avait sous les yeux. À l’état sauvage, explique-t-il, le « couple alpha » est en réalité un couple parental, dont le reste du groupe est la progéniture : « la meute de loups typique est une famille ».Exit le modèle classique de la dominance animale. Qui, à vrai dire, avait déjà été ébranlé trente ans plus tôt.

  • « On est face à un Etat néo-libéral au service exclusif des plus riches qui a fait du mensonge son seul mode de communication avec le peuple » - Entretien avec Monique Pinçon-Charlot (Partie I) - FRUSTRATION
    https://www.frustrationlarevue.fr/on-est-face-a-un-etat-neo-liberal-au-service-exclusif-des-plus-ri

    S : Qu’est-ce que vous répondez aux personnes qui disent que vos travaux sont trop “militants”, alors que, finalement, comme tu l’expliques, les deux sont liés ?

    M : Le mot “militant” est selon moi un très joli mot, j’en suis fière, comme celui de “camarade”. Et quand le journaliste Maurice Szafran, de l’hebdomadaire Challenges, m’a dit en direct sur France 5, « J’en ai marre, j’en ai marre, j’en ai marre des universitaires ou des scientifiques qui, utilisant le cursus, leur carrière, leur professorat, etc…dissimulent le fait qu’ils sont (et c’est légitime et c’est formidable) qu’ils sont des militants. ». De quelle légitimité ce « journaliste » qui dédie le livre sur Macron qu’il a écrit en collaboration avec Nicolas Domenach, peut-il se prévaloir lorsqu’il dédie ce livre à Claude Perdriel, le propriétaire de Challenges qui le nourrit et qui a consacré couvertures et articles louangeurs à Emmanuel Macron pendant la campagne des présidentielles ? S’il y a bien un militant néo-libéral sur cette terre, c’est lui. Ne parlons pas de Julien Damon, sociologue, éditocrate pour l’hebdomadaire Le Point de François Pinault qui a écrit dans le numéro du 7 février 2019, en se revendiquant sociologue, un petit article au titre : « Pinçon-Charlot, exercice frauduleux de la sociologie » . Il nous accuse de mettre « en péril l’édifice de la sociologie en tant que discipline. Sans rigueur dans les définitions, avec un rejet revendiqué de la neutralité la plus élémentaire, l’ensemble dérive vers ce que la science sociale fait de plus faible… C’est le systématisme pinçon-charlotien qui confine au ridicule. Leurs attaques définitives, matinées de complotisme et d’affirmations présomptueuses ne valent pas grand-chose. Flirtant avec l’air du temps, avec le dégagisme et la condamnation systématique d’un néolibéralisme prétendument omniprésent, la sociologie des Pinçon- Charlot est archaïque. Elle nourrit une défiance grandissante à l’égard de toute la discipline. Si les délits existaient, les auteurs devraient être poursuivis pour exercice illégal de la sociologie ou pour mise en péril d’une profession. » Excusez-moi de vous avoir lu cette savante expertise mais elle permet d’illustrer le militantisme néo-libéral. Ces intellectuels au service des médias des milliardaires sont là pour relayer, chacun à sa manière le discours performatif qui transforme les exploiteurs en « entrepreneurs créateurs des richesses » et les ouvriers en « coûts et variables d’ajustement » dans une inversion des rapports de classe fondé sur des manipulations linguistiques et idéologiques.

  • « Nous vous proposons de suivre les traces des héros de Edgar P. Jacobs [Blake et Mortimer, dans l’album « SOS Météores »] dans la vallée de la Bièvre (à Buc, Jouy en Josas, Versailles, Les Loges en Josas, Igny et Massy-Palaiseau) et à Paris.
    Le but avoué est de comparer les images de Jacobs à la réalité d’aujourd’hui (fixée par des photographies) et à celle d’hier (grâce à des cartes postales anciennes et des commentaires historiques). Ceci conduit à souligner la fidélité de l’auteur (et à découvrir quelques entorses). L’album de Jacobs sert ainsi de "fil rouge" pour découvrir un pan de l’évolution urbaine de la région parisienne au cours du siècle et plus particulièrement entre 1958, date de parution de la BD, et aujourd’hui. »

    http://www.sosmeteores.net

    Excellente promenade dans le passé et le présent.

    #Blake_et_Mortimer #Edgar_P_Jacobs #SOS_Météores #Patrick_Modiano (lisez l’article pour savoir pourquoi)

  • Monétiser l’usage de la rue, un nouveau visage de l’ubérisation - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2019/10/02/monetiser-l-usage-de-la-rue-un-nouveau-visage-de-l-uberisation_1755053

    En pleine mutation, les modèles économiques d’urbanisation tendent actuellement à déplacer la création de valeur vers des espaces de circulation jusqu’ici considérés comme gratuits.

    #dfs #espace_public #biens_publics

  • #Hannah_Arendt :

    « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. »

  • Ces collectivités qui choisissent d’abaisser la vitesse à 30 km/h
    https://www.lagazettedescommunes.com/635652/ces-collectivites-qui-choisissent-dabaisser-la-vitesse-a-30-km

    Après la métropole de Grenoble, c’est au tour de la ville de Lille d’abaisser la vitesse maximale de circulation à 30 km/h. Un choix que près de 200 communes ont déjà réalisé. Si la décision demande un certain courage politique au regard de la sensibilité du sujet, les bénéfices potentiels sont importants et constituent un moyen efficace d’aller vers des villes plus apaisées, où prime la qualité de vie.

    #ville #mobilité derrière #paywall

  • #Lubrizol : le préfet a donné son feu vert à des augmentations de capacités sans évaluation environnementale
    https://www.actu-environnement.com/ae/news/lubrizol-rouen-stockage-produits-dangereux-autorisation-prefet-e

    En juin 2018, le gouvernement a publié un décret qui réduit le périmètre des projets soumis à évaluation environnementale. Parmi les installations concernées figurent les installations Seveso, qui constituent les installations les plus dangereuses au sein de l’Union européenne, du fait de la quantité de produits dangereux qu’elles mettent en œuvre. Malgré cela, l’exécutif a décidé de soustraire les modifications de ces établissements à une évaluation environnementale systématique pour les soumettre à une procédure d’examen au cas par cas.

    Jusqu’à la loi Essoc d’août 2018, cet examen relevait dans tous les cas d’une autorité environnementale indépendante. Mais cette loi de simplification a donné cette compétence au préfet lorsque le projet consiste en une modification des installations, et non une création. Une compétence que le gouvernement aimerait étendre, via la loi énergie-climat en attente de promulgation, à l’ensemble des examens au cas par cas.

    Deux demandes successives d’augmentation

    L’établissement Lubrizol de Rouen a bénéficié de ces assouplissements. L’exploitant a présenté deux demandes successives d’augmentation des quantités de substances dangereuses le 15 janvier et le 19 juin 2019. Conformément à la loi Essoc, c’est donc le préfet qui s’est prononcé sur les demandes et non l’autorité environnementale indépendante. Dans les deux cas, il a considéré qu’il n’y avait pas lieu à évaluation environnementale.

  • Comment l’élitisme social est maquillé en élitisme républicain
    https://www.inegalites.fr/Comment-l-elitisme-social-est-maquille-en-elitisme-republicain

    Notre école fonctionne plutôt bien pour 70 à 75 % des élèves. La moitié des élèves âgés de 15 ans comptent même parmi les meilleurs élèves du monde selon les évaluations internationales Pisa [1] de l’OCDE. Il faut s’en réjouir. Mais il faut dans le même temps observer le grand écart qui existe entre les résultats de ceux qui réussissent, le plus souvent issus des classes moyennes et favorisées, et les difficultés lourdes rencontrées aux mêmes évaluations par le quart des jeunes de la même génération, issus pour la plupart des milieux populaires. On le sait, la France est l’un des pays où l’origine sociale pèse le plus sur les destins scolaires. Notre élitisme est tout sauf républicain, il est essentiellement un élitisme social qui ne veut pas dire son nom. Cette injustice sociale qui est à l’œuvre au sein de l’éducation nationale ne date pas d’aujourd’hui. Notre système éducatif n’a jamais vraiment été programmé pour faire réussir tous les élèves. L’échec scolaire massif des enfants des milieux populaires n’est pas un accident, il est inhérent au système éducatif français qui a été conçu pour trier et pour sélectionner les meilleurs, ce qu’il fait très bien.