Lukas Stella

INTOXICATION MENTALE, Représentation, confusion, aliénation et servitude, Éditions L’Harmattan, 2018. — L’INVENTION DE LA CRISE, 
Escroquerie sur un futur en perdition, Éditions L’Harmattan, 2012. — STRATAGÈMES DU CHANGEMENT De l’illusion de l’invraisemblable à l’invention des possibles Éditions Libertaires, 2009. — ABORDAGES INFORMATIQUES (La machine à réduire) Croyances informatisées dans l’ordre des choses marchandes, Éditions du Monde libertaire - Alternative Libertaire, 2002 — http://inventin.lautre.net/linvecris.html

  • L’écologie dénaturée
    http://inventin.lautre.net/contributions.html#ecologiedenaturee

    Le système capitaliste ne se réforme pas, il développe librement et sans entrave ses affaires fructueuses, par la destruction de tout ce qui peut rapporter gros. Il menace directement la vie sur terre, non pas par un réchauffement de quelques degrés, mais par une pollution débridée, omise et occultée par tous les mass médias. L’écologie spectacle orchestrée par les experts du pouvoir se fait complice, par focalisation restrictive, de l’intoxication généralisée de la vie. (...) Ni comptable ni devin, le désastre c’est maintenant. L’effet de serre n’est pas l’écologie, c’est un écran de fumée qui cache l’emballement des pollutions et l’intoxication de la (...)

  • L’ÉCOLOGIE DÉNATURÉE

    Pronostics sur le réchauffement surévalués ? Écran de fumée pour masquer les pollutions qui intoxiquent nos vies ? Des affaires pour qui ? Un climat de peur qui focalise nos réflexions et déforme nos compréhensions ?.. Quand les statistiques alarmistes sont admises par simplification de la complexité du fonctionnement des écosystèmes, il est prudent de douter et de chercher par soi-même.

    Les théories du réchauffement climatique dépendent toutes des rapports des experts du GIEC. Celui-ci a été créé en novembre 1988, à la demande du G7. La décision du G7 avait été prise sous la pression de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, afin de justifier le nucléaire et d’empêcher une agence de l’ONU, soupçonnée de militantisme écologique, de mettre la main sur l’expertise climatique. Le GIEC ne fait que des hypothèses prédictives, qu’il présente comme les données d’une réalité inévitable, et les possibilités deviennent très vite des certitudes scientifiquement prouvées. Les simulations semblent être d’une objectivité incontournable.
    Ces devins, au service des gouvernements, annoncent le désastre pour très bientôt afin de répandre la peur et l’angoisse dans l’intention de calmer les ardeurs de quelques rebelles et administrer la soumission volontaire. L’extinction finale a été décrétée scientifiquement comme notre devenir inéluctable.

    NE GÉRONS PAS LE DÉSASTRE !

    Sous une dictature économique généralisée, les gérants politicards ont perdu le pouvoir. Les trusts transnationaux et les milliardaires imposent les réformes nécessaires à leurs affaires mafieuses et instaurent un système technologique automatisant leur domination sans partage.

    Pour laisser libre cours au pillage de la planète, le capitalisme empoisonne la vie des populations ainsi que leur environnement. Contrôlés par les pouvoirs dominants, les experts du Giec ne sont pas crédibles. Leurs rapports sont incomplets, parcellaires, censurés, et leurs conclusions prédictives fantaisistes et mensongères. On perd beaucoup en liberté et en intelligence collective à subir l’autorité des experts de l’État. "Tout expert sert sont maître", "L’expert qui sert le mieux, c’est, bien sûr, l’expert qui ment." Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, 1988.

    Si le climat se réchauffe ce n’est pas l’apocalypse. N’oublions pas que dans la période de l’an 1100 à 1300, nommée par les spécialistes le Medieval Climate Optimum, les températures étaient alors plus chaudes de 6 degrés par rapport à aujourd’hui, et ceci a été suivi par le petit âge de glace. Pourtant, la fin du monde n’a pas eu lieu.

    Par ailleurs, limiter les causes de l’effet de serre aux gaz et à l’empreinte carbone de l’activité humaine, en ignorant l’influence prépondérante de la vapeur d’eau et des nuages, ainsi que beaucoup d’autres facteurs, est une hérésie scientifique et une absurdité écologique. Le principal responsable de l’effet de serre est la vapeur d’eau génératrice de la couverture nuageuse. Les micros et nanos particules, les pressions et dépressions, les océans, le bétonnage des villes, les rayonnements cosmiques, sont des phénomènes parmi bien d’autres qui jouent un rôle dans la formation des nuages, et donc modifient quelque peu un climat en perpétuel changement. La focalisation de tous les médias des pouvoirs oppresseurs, sur les prophéties d’un réchauffement leur permet d’occulter les graves pollutions qui s’emballent sur toute la planète. Ce qui est caché crée l’illusion, la peur et la soumission à un système qu’il s’agit seulement de perfectionner en le verdissant, afin de développer un éco-capitalisme profitable aux plus riches.
    L’écologie récupérée, dénaturée et falsifiée, sert maintenant de prétexte aux nouvelles servitudes modernes, permettant le pillage effréné des derniers restes de vie à exploiter, détruisant la bio-diversité, intoxiquant tous les écosystèmes. Le désastre est déjà là, l’extinction des espèces, l’intoxication chimique et la bouillie électromagnétique généralisée... Reporter la catastrophe sur un futur hypothétique en la limitant au réchauffement, c’est autoriser, au présent, son expansion mortifère multiforme.

    Ce système capitaliste ne se réforme pas, il développe librement et sans entrave ses affaires fructueuses, par la destruction de tout ce qui peut rapporter gros. Il menace directement la vie sur terre, non pas par un réchauffement de quelques degrés, mais par une pollution débridée, omise et occultée par tous les mass médias. L’écologie spectacle orchestrée par les experts du pouvoir se fait complice, par focalisation restrictive, de l’intoxication généralisée de la vie.
    "Le catastrophisme d’État n’est très ouvertement qu’une inlassable propagande pour la survie planifiée – c’est à dire pour une version autoritairement administrée de ce qui existe. Ses experts n’ont au fond, après tant de bilans chiffrés et de calculs d’échéance, qu’une seule chose à dire : c’est que l’immensité des enjeux (des « défis ») et l’urgence des mesures à prendre frappent d’inanité l’idée qu’on pourrait ne serait-ce qu’alléger le poids des contraintes devenues si naturelles." René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, Encyclopédie Des Nuisances 2008.

    Au hasard d’interactions multiples enchevêtrées, émergent parfois des changements inattendus qui ne sont pas programmables. Les prévisions tirées des calculs informatiques amplifient les croyances de ceux qui les ont programmées. Dans des écosystèmes très complexes, les modèles informatiques ne sont pas très fiables et l’interprétation de leur résultats souvent extravagante.

    La propagande médiatique ne discute que de chiffres, de dates, de doses et de statistiques. Les caprices du climat ne se modélisent pas dans leurs supercalculateurs, les aléas des interrelations des processus vivants ne se résument pas à une série de chiffres, les interactions hypercomplexes d’un écosystème global n’entrent pas dans leurs programmes étriqués, la nature ne s’informatise pas. Le climat est une variation permanente, une instabilité en interdépendance avec son milieu, un phénomène complexe et ingouvernable. Il n’y a pas de coupable, il n’y a que des interactions dans des ensembles multiples ouverts à leur environnement. Il n’existe pas de système isolé, car nous vivons dans un monde composé de relations. Isoler une partie, disséquer en fragments séparés un système d’interactions complexes détruit la compréhension de l’ensemble.

    DÉTRUIRE CE SYSTÈME QUI DÉTRUIT NOS VIES

    Les prédictions des experts gouvernementaux sont des suppositions scientistes, des commentaires idéologiques, des préjugés qui n’ont pas grand chose à voir avec la recherche scientifique. La science nécessite un questionnement et une remise en cause permanente, c’est ce qui maintient sa réfutabilité, et donc la préservation du dogme.
    L’écologie récupérée est fragmentée, constituée de mesures chiffrées puis extrapolées, montées en représentations prédictives, en projections catastrophiques, administrant la réalité spectaculaire d’un capitalisme en décrépitude. Par ailleurs, l’écologie unitaire est un outil de compréhension globale de tout ce qui se vit sur terre, dans le contexte d’un écosystème élargi à la planète, avec ses interactions, dans le cours de leurs évolutions.

    Le dérèglement climatique peut être catastrophique. Il n’y a pas que le climat qui ne va pas, notre existence même est menacée par une intoxication générale sans limite. Le désastre est déjà dans notre vie quotidienne, il a intoxiqué ce qui reste de notre survie, dévastée par un travail harassant et aliénant.
    C’est le système d’exploitation de la dictature économique qu’il faut renverser ! Pollutions chimiques, génétiques, nanoparticules, nucléaires, électromagnétiques, le monde marchand ravage une planète en ruine, et détruit la vie dont il tire profit. L’intoxication est biologique et mentale, les nuisibles sont au pouvoir, les décideurs sont des casseurs de vies.

    Pour les profits personnels de quelques hyper-riches, les gens de pouvoir empoisonnent la société et saccagent les équilibres fragiles de la vie. Il ne s’agit pas de croissance ni de décroissance du capital, mais du capitalisme lui-même, qui est par essence dévastateur. La nature est notre propre nature, nous ne voulons pas d’un monde qui pourrit nos vies. Il ne s’agit plus de survivre dans la misère mais de vivre pleinement.

    Ni comptable ni devin, le désastre c’est maintenant. L’effet de serre n’est pas l’écologie, c’est un écran de fumée qui cache l’emballement des pollutions et l’intoxication de la vie. Peu importe les prédictions, c’est la pollution qu’il faut éradiquer, et le capitalisme, toxine de nos vies, qu’il faut éliminer. Il s’agit de construire un monde sans chefs et sans marchands, prendre nos vies en main par une auto-organisation égalitaire, une révolution écologique, sociale et libertaire. Détournement et débordement, à l’abordage du vieux monde en décrépitude, notre colère s’insurge contre une dictature économique mortifère, pour sauver la vie sur notre terre.

    Lukas Stella, septembre 2019

  • POUR LA DÉFENSE D’EXARCHEIA
    par Yannis Youlountas (première partie)

    Des membres de Radio Libertaire, Le Combat Syndicaliste et Le Monde Libertaire - Officiel sont venus le voir ensemble à Exarcheia, pour regrouper leurs questions dans un seul entretien radio et écrit à paraître bientôt dans leurs médias. La captation vidéo ci-dessous vous permet de découvrir quelques extraits de cet entretien, en particulier au sujet de la situation actuelle à Exarcheia. Merci à Anne et Thierry (CNT-F et FA) qui ont préparé une foire aux questions dans leurs réseaux pour lui faire gagner du temps. Merci également à Anna pour le montage de cette captation et à nos compagnons du V*Vox qui ont ouvert plus tôt qu’à l’habitude le centre social autogéré le plus redouté du pouvoir. Il y a 5 parties en tout, donc une par jour jusqu’à jeudi. Merci de partager pour contrer le silence médiatique et la désinformation.

    https://www.youtube.com/watch?v=uN-e0B_VjrM

  • LE PIRE CONTRE-SOMMET DE L’HISTOIRE
    Biarritz ou le triomphe de la non-bataille

    On peut être défait pour avoir eu le dessous dans un affrontement, mais au moins a-t-on pour soi l’expérience de s’être battu, et parfois la certitude que d’autres viendront un jour vous venger. La défaite absolue consiste en ce que Guy Brossollet appelait la “non-bataille”. Il n’y a pas même de défaite, et c’est cela la véritable défaite.
    Depuis le sommet du G7 de Biarritz, Macron et son équipe se rengorgent de satisfaction pour les deux ou trois petits effets de scène que la mobilisation de tous les moyens médiatiques, militaires, policiers et diplomatiques à leur disposition leur a permis d’obtenir. Et depuis lors, symétriquement, les organisateurs du contre-sommet et ceux qu’ils prétendaient organiser s’échangent des noms d’oiseaux, se renvoyant la responsabilité de ce que lesdits organisateurs ne peuvent structurellement reconnaître comme un échec. Comme si cette situation ne contre-signait pas à elle seule la défaite advenue. La préfecture des Pyrénées-Atlantiques n’a pas manqué d’enfoncer le couteau dans le dos de ceux qui lui ont fait confiance par ces félicitations venimeuses : « Il faut saluer les organisateurs des rassemblements qui ont tout fait pour maintenir les éléments violents à distance, notamment concernant le choix des parcours. L’ultragauche et ses black blocs ont été marginalisés par des militants tout aussi hostiles qu’eux au G7 ». Cerise sur le gâteau : le ministère de l’Intérieur, au vu de cet état de choses, s’est même payé le plaisir de verser encore un peu d’huile sur le feu en déclarant au Canard Enchaîné qu’un deal tacite aurait eu lieu entre la préfecture et les organisations de gauche : l’autorisation de la symbolique “manif des portraits” du dimanche 25 août à Bayonne en échange du renoncement à toute action effective de blocage le matin du même jour. Et les organisateurs de se fendre d’un communiqué peu convaincant pour dénier toute collaboration avec les chefs des forces de l’ordre.
    Il n’y a pas jusqu’à la révélation d’une indic particulièrement active depuis un an tant dans l’organisation du contre-sommet que parmi les gilets jaunes de Toulouse et du Sud-Ouest - une ex-syndicaliste CGT d’EDF à Clermont-Ferrand semble-t-il - qui n’ajoute au marasme. Une si complète déroute ne peut procéder que d’un complexe faisceau de causes. Elle ne se laisse ramener ni à des généralités sur les contre-sommets, les Basques, les gauchistes, les anarchistes et les sociaux-démocrates. Plutôt que de courir après la prochaine échéance, le prochain mouvement et la prochaine défaite en déniant celle que l’on vient de subir cuisamment, plutôt que de tenter d’oublier au plus vite comment l’on a pu se méprendre sur ce qui adviendrait à Biarritz, Bayonne ou Hendaye, nous avons tout à gagner à ouvrir le débat afin de comprendre ce qui a bien pu se passer, et ce qu’il faut se garder de reproduire, si l’on ne veut pas produire de nouveaux échecs en série. Des participants au contre-sommet nous ont fait parvenir la contribution qui suit. Nous la publions en espérant que d’autres suivent.

    LE G7 EN FEU, LE CONTRE-SOMMET AU MILIEU

    Il promettait ce G7. Après une année où la France sortait de son atonie, marquée par l’émergence conjointe du mouvement des Gilets Jaunes et d’un renouveau des luttes écologistes et climatique, le rendez-vous avait été fixé fin août au Pays Basque pour contester ensemble le cynique spectacle de l’ordre néo-libéral. Ces deux luttes qui avaient cohabité pendant l’année, sans jamais vraiment se croiser, devaient être le fer de lance d’un combat anticapitaliste, antiraciste, antiautoritaire, féministe et anti-impérialiste. Tout le monde s’attendait à une incarnation en acte du slogan « fin du monde, fin du mois, même combat ». 
    Certain-e-s avait ironiquement sous-titré la réplique qui se préparait à ce sommet « Welcome to Paradise ! », comme un hommage à la beauté combative des côtes Basques et pour se placer dans la lignée de la réponse populaire et conséquente qui s’était dressée face au G20 de Hambourg en 2017 – « Welcome to Hell ! ». Pourtant, et à rebours de ce qui était annoncé un peu partout et par tout le monde, nous avons eu l’impression d’assister à « We love Green », un festival consensuel où l’impuissance est brandie en victoire politique par ses organisateurs. Alors, comment est-on arrivé à ce désastre ?

    NÉGOCIATIONS AVEC LE MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR ?

    C’est ce qu’avance le Canard Enchainé dans son édition de la semaine dernière. Les concerné-e-s se disent heurté-e-s par de telles allégations et démentent formellement en disant, qu’au vu des organigrammes bureaucratiques, tel-le sous-chef-fe n’a pas pu participer à des réunions avec tel-le autre de la préfecture. 
    Alors, répondons dès maintenant à cette question qui taraude tout le monde : ANV, Bizi, Attac, Alternatiba & co ont-ils secrètement négocié avec le ministère de l’Intérieur ? A vrai dire, on s’en fout, puisque ces orga collaborent ouvertement, et depuis longtemps, avec l’Etat dans le cadre de la préparation de ce contre-G7. Et peu importe qu’il y ait eu ou pas une réunion avec l’une ou l’autre asso : les organisateurs du contre-sommet ont toujours été sur la même ligne politique, stratégique et médiatique que celle des organisateurs du sommet officiel. C’est ce qu’on va tâcher de vous raconter.

    LE G7 ET SON DOUBLE

    Dans un G7 réellement inversé, le contre-sommet n’est qu’un moment de l’officiel. Et c’est un des portes paroles de G7EZ – la plateforme basque - qui l’affirmait en juin : « Pour l’instant, on travaille en bonne intelligence avec les services de la préfecture, mais on n’est pas tout à fait sur la même longueur d’onde. Depuis le début, la préfecture souhaite un contre-sommet réussi pour valider le sommet du G7. Nous, on souhaite clairement invalider le G7 ! Et démontrer que ce sommet n’est que du gâchis. Malgré tout, nous voulons travailler au maximum pour pouvoir permettre aux personnes, aux militants qui souhaitent venir à ce contre-sommet de pouvoir nous rejoindre, dans le cadre de ce que l’on propose, c’est-à-dire une organisation avec un camp, des conférences et des actions pacifistes » [1]. Et étrangement, le « cadre proposé » et négocié avec l’Etat a fait en sorte que « le contre-sommet » soit réussi, c’est-à-dire qu’il ne se passe presque rien. Oupsi. Le ministère de l’intérieur avait de quoi être ravi. Il l’a été.
    Rien qu’à la lecture des plaquettes distribuées à l’entrée du campement d’Urrugne, on pouvait se dire que quelque chose n’allait pas : les trois premiers jours du contre-sommet n’étaient consacrés qu’à des conférences assez consensuelles, le temps des actions ne venant qu’après. « On l’a décidé, vous n’avez pas le choix, sinon partez » a-t-on pu entendre à l’une des premières AG improvisées.
    Dans le campement et dans Hendaye même, beaucoup de gens étaient déçu-e-s, puisque bon nombre, y compris certain-e-s de leurs membres étaient venu-e-s en ayant pris au sérieux leurs communiqués : Si ce G7 est aussi nuisible et cynique que vous le dites, il faut l’empêcher, ou au moins le perturber. A défaut, on leur a seulement proposé d’écouter la bonne parole alternative, dans des amphithéâtres climatisés, flambant neufs, avec leurs caméras et leurs écrans, lors de débats lénifiants et consensuels. La CGT et Greenpeace y ont même promis de se parler prochainement, devant une salle médusée. L’auditoire était venu pour saboter de néfastes réunions, et on leur imposait un piètre simulacre pour militants des conférences du G7. 
    C’est à ce moment-là qu’il est devenu clair que les assos organisatrices de ce contre-sommet voulaient exactement la même chose que Macron, ou plus précisément elles voulaient devenir son double : tout avait été fait pour que ce contre-sommet ne soit rien de plus qu’un droit de réponse télévisuel à l’officiel. La seule chose qui ait été véritablement pensée c’est un partage du temps d’antenne sur BFMTV, où les grand-e-s chef-fes des grandes assos pourraient prêcher la bonne parole, tout comme les grand-e-s cheff-e-s des grands pays prêchaient la leur. Petit théâtre d’ombres sous le soleil basque, où les un-e-s et les autres se répondent, sans que jamais rien ne vienne troubler leur dialogue de représentants.
    De la même manière qu’il est pathétique de se déclarer pour la paix dans un territoire qui connaît une militarisation rappelant les pires moments du franquisme, de se prononcer pour l’ouverture des frontières quand à quelques kilomètres de là des flics de tous pays contrôlent et arrêtent à une barrière de péage, de dénoncer l’impérialisme quand un hélico américain survole Hendaye [2], nos grosses orgas écolo ont demandé « la justice sociale et climatique » à des incendiaires [3], et prôné la non-violence au milieu de leurs policiers armés. Pour ces orgas, l’écologie n’est qu’une vitrine dans laquelle iels peuvent se faire voir, une marchandise symbolique à vendre et à négocier avec les puissants devant les médias du monde entier, et c’est dans cette optique qu’iels ont organisé ce contre-sommet. 
    L’écologie, quand elle est correctement articulée aux autres luttes, peut porter un potentiel immense d’émancipation. Mais elle comporte aussi les pires trahisons : ANV, Bizi, Alternatiba, Attac et consorts n’avaient rien à négocier avec l’État, puisqu’on ne négocie pas avec ses allié-e-s : on s’arrange entre ami-e-s. 

    LE PACIFISME COLLABORE

    En plus d’être sur la même ligne médiatique que l’Etat, ces assos et orgas ont construit une stratégie commune avec lui et l’ont nommée : « consensus d’action ». Ce consensus d’action a pris des formes assez étonnantes pendant cette fin de semaine : sorti bruyamment quand il visait les manifestant-e-s, et mystérieusement tu quand il aurait pu permettre de s’opposer au G7 et à la violence qu’il comporte intrinsèquement.
    Ce fameux « consensus d’action », si décrié, était présenté en très gros sur la jolie plaquette transmise aux participant-e-s du contre-sommet. Nous vous en proposons une retranscription : 
 
    « Les organisateurs de contre-sommet, nous avons convenu ce consensus d’action : 
     Nous agirons avec calme et détermination, dans un esprit de construction et de résistance.
     Nous ne dégraderons rien, nous ferons uniquement usage de méthodes et techniques non-violentes et pacifiques pour montrer notre détermination, nous ne participerons pas à la surenchère et nous ne mènerons pas de stratégie de confrontation avec les forces policières. En cas de charge et violence policières, nous mettrons en place des techniques de résistance non violente, à définir ensemble.
     Nous sommes attaché.e.s à garantir la sécurité des personnes présentes sur les lieux de nos manifestations et actions. Par notre présence, notre nombre et notre cohésion, nous montrerons que nous sommes la solution.
     Par contre, nous nous opposons à toute tentative de récupération de nos mobilisations à des fins commerciales, réactionnaires ou violentes. »
     À la lecture de ce texte, il devient clair que la défense d’ANV, Bizi, Attac, Alternatiba et leurs compères devient un peu plus futile : peu importe que l’une ou l’autre asso soit membre d’une plateforme, ou juste organisatrice de la marche des portraits ou de l’action de blocage annulée du dimanche, puisqu’elles partagent exactement le même point de vue et la même stratégie. Ce consensus d’action est le même que celui porté par Alternatiba, ANV-COP21 et Bizi lors de leur marche des portraits [4]. Et sur place, toutes ces assos étaient plus ou moins interchangeables, discutant cordialement ensemble pendant les conférences et se soutenant mutuellement dans les AG. Qui se renseigne un peu apprend que Bizi est une organisation basque, qu’Alternatiba est sa déclinaison européenne, et qu’ANV-COP21 est la branche "résistance" d’Alternatiba.
    Alors, oui, ANV-COP21, Alternatiba, Attac, Bizi et leurs associé-e-s dénoncent la violence. Mais quand ça les arrange, c’est-à-dire surtout quand elle ne vient pas de l’Etat. Le seul communiqué qui a été réalisé sur la question de la « violence », l’a été pour dénoncer « l’agression d’un passant » lors d’une manifestation qui amenait une charpente du campement au port d’Hendaye où était situé l’Ambazada (lieu des rencontres intergalactiques organisées par des personnes de Notre Dame des Landes) : un monsieur avec une caméra s’est énervé quand il s’est vu expliquer que la contestation n’était pas un spectacle et que les films qu’il réalisait pouvaient mettre en danger des personnes. Selon plusieurs sources, il aurait engagé une bagarre avec ses interlocuteurs. Cette manifestation n’étant pas au programme négocié avec l’Etat, les plateformes ont vu rouge et ont déclaré : « Comme le rappelle notre consensus d’action, aucune forme de violence morale ou physique ne sera tolérée. Nous appelons les agresseurs à prendre leurs responsabilités et à quitter le lieu de vie qui ne peut accueillir les auteurs de telles violence » [5]. Rien sur le contexte, juste une condamnation morale. On se croirait au Tribunal de Grande Instance. 
    En revanche, quand la police attaque par deux fois, dans la même soirée, coup sur coup, une manifestation et le campement, il n’y a plus de Bizi, d’Alternatiba, d’Attac, d’ANV ou de plateformes. Silence radio. Il ne faudrait quand même pas vexer ceux que l’on conteste. 
    Dans la fin d’après-midi du vendredi 23, deux motards de la gendarmerie et une voiture de la BAC se perdent dans une manifestation qui rentre, solidement escortée, d’une tentative de blocage. Ils en sont joyeusement chassés, mais pour sauver l’uniforme bafoué de leurs collègues, des forces antiémeutes (des CSI-CDI), des BAC et des voltigeurs (BRAV-M) chargent à moto sur les bords d’une falaise une foule de 300 personnes qui n’a pas d’autre choix que de courir ou de se prendre des LBD ou des coups de tonfa. Où est le communiqué appelant l’État à stopper sa violence et à quitter les lieux immédiatement ? Où est le soutien aux interpellé-e-s, aux tabassé-e-s et à ceux et celles qui n’ont pas eu la force ou la capacité de courir assez vite pour leur échapper ? [6]
    Moins d’une heure après, et toujours pour assouvir leur petite vengeance corporatiste, ces mêmes policiers accompagnés d’autres attaquent le campement, allant jusqu’à ses portes pour tirer à vue sur tous ceux et celles qui tentent de les faire reculer. Alors que l’auto-défense s’organise collectivement, toujours pas de Bizi, ni d’ANV, ni d’Attac, ni d’Alternatiba, ni de plateforme. Et elles brilleront encore par leur absence quand dans l’AG du soir on apprendra qu’une indicatrice de la police était vraisemblablement infiltrée dans le campement, et qu’une caméra avait été trouvée dans un arbre.
    À vrai dire, elles ont dû avoir peur, ces orgas : à entendre tous les soirs des « tout le monde déteste la police » qui sortaient gaiement du bar des gilets jaunes, à voir que les participant-e-s étaient prêt-e-s à s’auto-organiser sans leur demander leur accord (marche vers l’Ambazada, manif en non-mixité, concert nocturne, action de blocage de l’autoroute, organisation pour aller à Bayonne le samedi…), et surtout prêt-e-s à s’auto-défendre collectivement en cas d’attaque de la police. Elles ont compris que malgré tout ce qui avait été mis en œuvre avec l’Etat, elles ne contrôlaient pas grand-chose, que la politique était un peu plus compliquée qu’un festival We love Green, que personne n’était venu pour consommer des conférences et des actions. Du coup, prises de panique, elles se sont rangées ouvertement derrière l’État : elles ont convoqué une AG le samedi matin à 8h sur le campement pour « assurer la sécurité des personnes pendant ce week-end », reprenant ainsi le vocabulaire policier à défaut de penser une défense collective. 
    Et alors ça a été la débandade politique des alternatifs [7] : les seuls forces de l’ordre qui ont été aperçues dans Hendaye pendant la grande manifestation « anti-G7 » du 24 août, c’était les gilets verts d’ANV, d’Attac d’Alternatiba et de Bizi protégeant les deux banques du parcours, mais aussi, et plus cocassement, un petit salon de coiffure, comme si le black bloc, quand il n’est pas occupé à manger des enfants, complotait contre les teintures. 
    L’action "désobéissante" du dimanche - des occupations de places, sans "blocage" ni "départ en manif" nous a-t-on bien précisé - a été annulée, puisqu’elle risquait d’être trop désobéissante, et a été remplacée par une projet de "mur populaire". Personne n’a jamais su à quoi ça pouvait ressembler puisqu’il s’est vu sacrifié sur l’autel de la ’sécurité des personnes’. Alors, pourquoi ces renoncements en chaîne ? Parce que les orgas se sont rendu compte qu’elles ne pourraient rien maîtriser, et que malgré les leçons de morale faites à ceux et celles qui voulaient s’auto-organiser, on ne leur reconnaissait pas une once d’autorité : elles ont dû penser qu’il fallait mieux abdiquer que de perdre leur face acceptable. 
    Elles ont dû tellement être chamboulées par cette découverte qu’elles n’ont pas pris le temps de dénoncer l’attaque violente d’une manifestation, du campement et de demander la libération immédiate de toustes les incarcéré-e-s. Sûrement pensaient-elles déjà au prochain We Love Green, ou à écouter de la pop en mangeant du quinoa bio. 
    Reste une grande question : pourquoi la manif des portraits du dimanche a-t-elle été maintenue et n’a pas été agressée par la police comme l’ont été les manifs du vendredi 23 sur la Corniche et celle du samedi 24 à Bayonne ? La réponse est sûrement bien plus simple que des négociations secrètes : elle a été accordée par la préfecture aux opposants officiels, en guise de remerciement pour services rendus. Et c’est même Attac qui le dit : "Si la manifestation n’était pas autorisée, pourquoi les forces de l’ordre ne sont pas intervenues ?" La réponse est simple pour le porte-parole d’Attac. “Ils connaissent les organisations, ils savent qu’elles ne causent jamais de problèmes de maintien de l’ordre. Par exemple, vendredi (24 août, la veille du G7) nous avons pu mener une action pacifique, non déclarée, sans être réprimés par les gendarmes”.
    Et c’est ainsi qu’au milieu du week-end, le campement, dépité, s’est rapidement vidé : beaucoup étaient venu-e-s plein de motivations, mais finalement assez peu préparé-e-s. Peut-être avait-on oublié que les orgas ne font jamais des cadres facilement réappropriables. Peut-être avait-on trop cru aux prévisions sur le débarquement massif de contestataires venu-e-s de tous les ronds points et de toute l’Europe. Peut-être avait-on trop écouté la plateforme basque qui annonçait qu’un sommet ici était l’affront de trop qui ne passerait pas. Peut-être avait-on omis que le modèle un peu éculé de ’contre-sommet’ était peu à même nous faire revivre la créativité de ces derniers mois. Trop sûrement, on a pu penser que ce G7 se bloquerait tout seul, comme par magie, puisque tout le monde l’annonçait. Comme si l’histoire pouvait se faire toute seule. Et même si le déploiement délirant des forces répressives a sûrement rendu impossible toute confrontation frontale, il aurait pourtant été faisable de vietnamiser ce contre-sommet, de défaire Biarritz depuis les collines. Mais rien ne sert de refaire le match perdu, gardons juste à l’esprit que maintenant plus jamais, il ne faut croire les promesses médiatiques et bureaucratiques. 
    Bilan de ce contre-sommet pour ANV, Alternatiba, Bizi, Attac & co : un beau temps d’antenne télé, un joli statut d’opposants officiels, de jolies photos, une belle gestion du maintien de l’ordre des « agité-e-s » (de la même manière que Macron à bien géré son « agité » à lui, Trump), de grands discours pleins de bonnes intentions et des longs silences complices quand la police attaque leur contre-sommet. Et tout le monde peut rentrer chez soi heureux et satisfait. Et le sinistre cirque médiatico-politique peut reprendre. Mais jusqu’à quand ?

    LEUR ÉCOLOGIE N’EST QU’UNE VITRINE, DEVENONS LE PAVÉ

    Ce début d’automne va être marqué par le retour des luttes sociales et écologiques. Bon nombre d’actions sont d’ores et déjà prévues. Tâchons d’être à la hauteur de l’enjeu puisque ANV, Bizi, Attac, Alternatiba & leurs complices vont encore tenter de sévir, d’étouffer toute forme de lutte et de révolte un tant soit peu conséquente. Leurs actions continuent de se vouloir symboliques, c’est-à-dire insignifiantes, et c’est justement là qu’il faut les attaquer, les déborder. 
    À toustes les membres de ces assos et orga, nous tenons à vous rappeler que si vous voulez être à la hauteur de vos convictions et que vous essayez d’enrayer effectivement le désastre en cours, il n’est jamais trop tard pour déserter des rangs de la police et de tenter des choses nouvelles : 

    N’attendez rien, désirez tout !

    Lundi.am

    --
    [1] G7 Blokatu et G7 Ez, deux faces d’une même pièce - article à lire attentivement pour ceux et celles qui se laisseraient impressionner par la division du travail bureaucratique défendue par ANV, Bizi, Alternatiba et leur gang. 

    [2] « Pendant ce temps-là, un hélicoptère appartenant à la délégation américaine survolait le port. Ce dernier était arrivé, la veille, dans l’impressionnant avion de l’US Air Force, qui comprenait, en plus de cet hélico, du matériel militaire. » https://www.sudouest.fr/2019/08/21/contre-sommet-du-g7-l-ambazada-de-notre-dame-des-landes-prend-ses-quartiers

    [3] « De plus en plus autoritaires et bellicistes, ces 7 grands pyromanes se rencontrent pour perpétrer un système au service des plus riches et des multinationales. Il est temps de stopper les incendiaires de cette planète ». Contre-G7 et pour un autre monde, 12 juin 2019. Deux mois et demi que les incendies en Amazonie ébranlent le G7 et son double. Tristement prémonitoire

    [4] « Les mouvements Alternatiba, ANV-COP21 et Bizi organisent une « marche des portraits » pour le climat et la justice sociale le dimanche 25 août à 10h00 dans le centre ancien de Bayonne, à l’occasion de la tenue du G7 à Biarritz. (…) La participation à cette marche des portraits doit se faire impérativement à visage découvert et de manière 100 % non-violente, quel que soit ce que pourrait faire la police. » https://anv-cop21.org/g7-appel-a-marche-portraits

    [5] http://g7ez.eus/fr/communique

    [6] Un récit de cette attaque : https://blogs.mediapart.fr/fabrice-loi/blog/280819/incidents-en-marge-du-g7-lopinion-fabriquee-temoignage-de-garde-vue et un autre sous acide : https://www.leberry.fr/bourges-18000/actualites/deux-policiers-berruyers-violemment-agresses-en-marge-du-g7-a-biarritz_13629

    [7] Le sourire béat de la plateforme devant la violence de l’Etat : https://www.sudouest.fr/2019/08/24/apres-les-heurts-a-urrugne-les-organisateurs-du-contre-sommet-reaffirment-l
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    https://lundi.am/Le-pire-contre-sommet-de-l-histoire
    http://resistance-verte.over-blog.com/2019/09/le-pire-contre-sommet-de-l-histoire.html

  • EXARCHEIA SOUS OCCUPATION POLICIÈRE

    Le célèbre quartier rebelle et solidaire d’Athènes est complètement encerclé par d’énormes forces de police : de nombreux bus de CRS (MAT), des jeeps de la police antiterroriste (OPKE), des voltigeurs (DIAS), des membres de la police secrète (asfalitès), ainsi qu’un hélicoptère et plusieurs drones.
    Lieu unique en Europe pour sa forte concentration de squats et d’autres espaces autogérés, mais aussi pour sa résistance contre la répression et sa solidarité avec les précaires et migrants, Exarcheia était dans le collimateur du gouvernement de droite depuis son élection le 7 juillet. Le nouveau premier ministre Kyriakos Mitsotakis en avait fait une affaire personnelle, d’autant plus qu’il avait été raillé début août pour ne pas avoir réussi à atteint son objectif de « nettoyer Exarcheia en un mois » comme il l’avait annoncé en grandes pompes.
    Ce matin, 4 squats ont été évacués : Spirou Trikoupi 17, Transito, Rosa de Fon et Gare. L’offensive concerne pour l’instant la partie nord-ouest du quartier, à l’exception notable du squat Notara 26, réputé mieux gardé et très important symboliquement pour le quartier en tant que premier squat historique de la « crise des réfugiés » au centre ville d’Athènes.
    On compte pour l’instant une centaine d’arrestations, ainsi que des agressions brutales contre des personnes tentant de filmer. Seuls les médias de masse au service du pouvoir ont l’autorisation de couvrir l’événement.
    Au total, il y a 23 squats dans Exarcheia plus 26 autres autour du quartier, soit un total de 49 concentrés sur une zone assez petite. 49 squats auxquels il faut ajouter d’autres types de lieux autogérés, dont certains en location (Espace Social Libre Nosotros, magasin gratuit Skoros, etc.) ainsi que des dizaines de logements particuliers regroupant des groupes de militant.es, souvent près des terrasses pour permettre un accès au-dessus des rues.
    Sur les squats qui se trouvent précisément à l’intérieur d’Exarcheia, 12 sont des squats d’hébergement pour les réfugié.es et migrant.es et les 11 autres sont des squats de collectifs politiques anarchistes et antiautoritaires (même si la plupart des squats de réfugié.es sont aussi évidemment très politiques, à commencer par le Notara 26 et Spirou Trikoupi 17 avec des assemblées directes et beaucoup de liens avec le reste du mouvement social).
    Dans les squats de Spirou Trikoupi 17 et Transito (que les valets du pouvoir sont maintenant en train de murer), plus d’une quinzaine d’enfants ont été arrachés à une existence paisible et heureuse pour être subitement envoyés dans des camps. Ces sinistres camps sont insalubres et surpeuplés, les migrant.es y sont mal nourri.es et souffrent des variations de températures, subissent des humiliations et parfois des tortures, et Mitsotakis exige de surcroît qu’ils soient tous bien fermés et, à l’avenir, complètement coupés du reste du territoire.
    Le visage de l’Europe ne cesse de se durcir à l’instar de ce qui se passe également sur les autres continents. Cette évolution toujours plus autoritaire du capitalisme conduit à nous interroger sur ce qu’annonce l’ère actuelle : l’offensive contre les poches d’utopies couplée à l’enfermement des boucs émissaires rappelle des heures sombres de l’Histoire.
    Le monde entier devient fasciste et la Grèce en est, une fois de plus, l’un des laboratoires.
    Mais rien n’est fini. Septembre arrive bientôt. Les jobs saisonniers se terminent. Le mouvement social se rassemble et s’organise à nouveau. Des lieux comme le Notara 26 et le K*Vox sont sous haute surveillance. Des ripostes se préparent, ainsi que plusieurs grands événements mobilisateurs. L’automne sera chaud à Athènes.
    Résistance !

    Yannis Youlountas

  • INSUBORDINATION

    « Comprendre le fonctionnement des manipulations toxiques, c’est entamer un processus de libération par recadrage sur la situation, ouvrant de nouvelles possibilités. Sa critique est déjà le commencement du sevrage, une désaccoutumance progressive. Il n’y a pas de guide de désintoxication mentale, il n’y a que des pratiques multiformes, spécifiques à chacun dans une reconstruction volontaire qui n’est autre qu’une désintégration du conditionnement normatif, une déprogrammation par une réappropriation personnelle de son vécu au travers de remises en cause collective dans un changement de perspective. »

    « Ce n’est pas contre un système abstrait et impersonnel qu’il faut se soulever. Le système n’est que l’outil de la domination, l’infrastructure de rapports sociaux automatisés qui organisent l’exploitation de la population par un petit nombre d’accapareurs privilégiés, la classe bourgeoise et ses hommes de main. Dépersonnaliser la domination c’est la rendre inaccessible et intouchable en la limitant à l’apparence d’une technocratie sacralisée, un appareillage inévitable, une informatisation indispensable. L’autorité et la responsabilité des prédateurs disparaissent ainsi dans la fatalité d’un système abstrait qu’il s’agirait juste de régler et de réajuster de telle manière qu’ils paraissent acceptables, occultant définitivement l’exploitation des hommes par quelques hommes. C’est cette exploitation barbare, et l’oppression qu’elle produit qu’il faut abolir pour s’émanciper de la marchandisation et de l’aliénation. Casser l’autorité qui engendre la servitude permettra de s’approprier collectivement le pouvoir sur notre existence par un processus d’auto-organisation libre et égalitaire. »

    « Il n’y a pas d’unité ni de convergence sans uniformisation et prise de pouvoir. Nous n’avons besoin que de coordination temporaire, mais jamais d’instances centralisatrices auxquelles il faudrait se plier sous prétexte d’unité. La diversité des points de vue et des actions est notre force et la vitalité de nos libertés. »

    Lukas Stella, Intoxication mentale, Représentation, confusion, aliénation et servitude (extraits)
    http://inventin.lautre.net/linvecris.html#intoxment

  • APPARENCE ET DÉPOSSESSION

    Les images et spots publicitaires diffusent le style de vie à adopter, les rôles à jouer pour rester dans le coup et ne pas se faire rejeter de la société. L’euphorie de la publicité est devenue la norme standard du bonheur humain et le modèle intransigeant d’apparence de la liberté. [...]

    Le bourgeois est obsédé en permanence par son apparence et l’image qu’il représente. L’étiquette, les codes de « bonne conduite », ainsi que l’éloge du mérite, constituent sa nature sophistiquée. La société du spectacle est sa maison. [...]
    Le monde est mis en pièces par des photos, des instantanés séparés sans aucun lien, une série d’anecdotes, de faits divers et d’évènements sans cohérence et sans histoire. Le cadrage sépare un peu tout du tout, désagrégeant une unité en morceaux dans une discontinuité persistante. [...]

    Le temps de la représentation soumet le regardant à une posture de spectateur passif, une attitude d’infériorité et de dépendance. Peu importe la marchandise informative que lui sert le média, c’est le médium qui porte l’individu dans sa représentation, qui le transforme en consommateur du spectacle. [...]

    Le monde des apparences montées en spectacle est la représentation aliénante nécessaire au déploiement sans limites des affaires marchandes. [...]

    En plus de jouer un rôle, l’individu aurait tendance à s’en convaincre lui-même, de façon à ce que les personnes auxquelles on s’adresse croient en ce personnage. Il en est de même pour un véritable acteur qui va interpréter son rôle avec une telle sincérité que le public va se laisser tromper, et oublier qu’il s’agit là d’une mise en scène. C’est cet oubli, cette omission qui donne le sens et crée le faux-semblant, le simulacre d’une apparence. Quand le jeu de l’acteur se voit la magie disparaît, quand le stratagème devient perceptible il ne fonctionne pas. C’est toujours l’omission qui crée l’illusion. [...]

    Les acteurs de la vie quotidienne essaient de contrôler l’impression qu’ils donnent, ils offrent l’image d’eux-mêmes qu’ils veulent projeter à leurs proches, pris comme public. [...]

    Les stéréotypes spectaculaires transmis par la publicité et le cinéma dictent intimement à chaque personne particulière ce que les idéologies de la domination imposent collectivement comme normalisation sociale. [...]

    Notre être complexe qui nous habite, se défend des agressions extérieures en se forgeant une cuirasse caractérielle qui le sépare de la vie directement vécue et l’enferme comme dans une prison. [...]

    Cette cuirasse est un masque de théâtre qui protège des regards soupçonneux des autres, de la poudre aux yeux, une absence magnifiée, une illusion qui nous étouffe dans une survie surfaite. L’identification cuirassée est une mise en représentation du vécu, chosifiée en marchandise, qui rend stupide et atrophie l’intelligence. L’acteur de sa vie se réduit à sa représentation, son intelligence régresse, car son processus de vie n’est plus autonome. [...]

    Plus le rôle s’intensifie, plus la vie s’appauvrit et perd de son intérêt. Plus on s’investit dans son rôle, plus on se sépare de ses propres pulsions vitales. La possession de morceaux de paraîtres à exhiber donne un pouvoir sur les autres dans la compétition marchande des êtres spectaculaires. [...]

    Le mensonge de l’obsolescence des rôles transparaît dans la détérioration de la fascination publicitaire. La répétition des enrôlements successifs use les travestissements. Les suites de tendances, l’accumulation continue des changements de détails exacerbent le désir de changement sans pouvoir le satisfaire. [...]

    Le monde en représentation est une imposture, une mystification qui désintègre la vie. Les productions médiatiques spectaculaires conditionnent les populations dans une soumission passive à un système d’exploitation sans limites. [...]

    Les échanges préformatés entre des rôles en représentation manipulent le désir qu’a tout homme d’être reconnu et confirmé dans ce qu’il croit être, mais qu’on a imaginé pour lui, et son devenir qu’il n’aura jamais. [...]

    La normalité, le conformisme aux comportements dominants de la société, n’est qu’une mystification construite sur la peur panique d’être catégorisé comme déviant, malade, fou, et de se retrouver exclu et banni de cette même société. Tout ce qui est mis au-dehors, rejeté de cette normalité imposée, représenté dans sa mise en représentation dans le spectacle médiatique, provoque affolement, épouvante et terreur des gens bien conformes qui ne peuvent admettre ce qu’ils ne comprennent pas. [...]

    Tout comportement déviant ne respectant pas les normes qui conviennent à la soumission au spectacle des marchandises comportementales, sera aussitôt catégorisé, étiqueté et stigmatisé comme illogique, désorganisé, confus, et sera exclu comme désordre et dérèglements mentaux. [...]

    Les modèles à suivre, présentés dans la représentation du monde répandue en permanence par les médias, prescrivent les comportements acceptables qu’il faut jouer dans le spectacle de la soumission. Cette appropriation d’attitudes et d’agissements étranges détruit l’aptitude à participer à des situations nouvelles imprévues en atrophiant les réactions spontanées et les comportements inhabituels, vivifiés d’humour et de création. Lorsque des individus limitent et restreignent leurs rapports aux autres, entravant toute interaction, ce sont les possibilités des relations sociales qui sont ainsi diminuées et la cohérence de la société en partie détruite. Les individus perdent ainsi le sens de la relation, des discussions, du partage, de l’humour, du sarcasme, de l’enthousiasme, de la passion... [...]

    L’individualisme, publicité du monde du spectacle, se restreint à pouvoir choisir sa soumission dans l’uniformisation ambiante. C’est un égocentrisme antisocial, un paradoxe sans issue, qui engendre des comportements pervers, des pathologies « proches de la folie ». [...]

    C’est le jeu sans fin d’un système qui est incapable de générer de lui-même de nouvelles règles qui lui permettraient d’échapper au conditionnement de ses propres règles, car il ne peut pas sortir de ses règles à partir de ses propres règles. Le seul expédiant serait peu-être, d’éclater de rire en se jouant des règles de bonnes conduites, ne respectant plus les modèles de comportements, se jouant du système, inventant des fonctionnements temporaires qui n’appartiendraient pas à ce jeu perpétuel, mais dans un ailleurs inventé, plein d’incroyances. [...]

    Lukas Stella, Intoxication mentale (extraits)
    http://inventin.lautre.net/linvecris.html#intoxment

  • CONQUÉRIR NOTRE AUTONOMIE
    (Extraits)

    Nous faisons face à un système de dominations qui nous exploite et nous oppresse au quotidien. Le capitalisme déploie sa logique marchande dans la totalité de nos vies. Tout devient une simple marchandise, un moyen de profits, d’accumulation. C’est contre ce monde qu’il nous faut nous battre et organiser nos existences. Nous, en tant que dominé-e-s nous savons et vivons la nécessité de sortir de rapports de dominations qui détruisent tout et nous empêchent de vivre, d’être autonomes. Libres et égaux. Déployer cette logique, communiser, c’est instituer des formes d’existence totalement incompatibles avec la persistance du capitalisme. C’est lier des relations concrètement égalitaires et libertaires, c’est faire du monde un commun. Comment construire notre puissance face au pouvoir, qui exploite, oppresse, détruit ; comment conquérir notre autonomie ? [...]

    Ce n’est pas une mission historique, ce n’est pas en tant que classe du travail mais contre cette société de classe, cette hiérarchie, qu’il faut se battre. C’est une nécessité pour le vivant et ce qui veut vivre. Le pouvoir n’a jamais rien lâché sans y être contraint, il ne le fera jamais, il broiera tant qu’il peut. L’abattre est aujourd’hui une question de survie. Être pragmatique ce n’est pas négocier le pourcentage d’abattage des forêts, de population de poisson, de la toxicité de notre eau. Être pragmatique c’est abattre cette société de classe avant que l’autre moitié du vivant soit broyée. Il n’y a nulle part ou s’enfuir, il faut l’affronter.

    En tant que dominé-e-s nous savons et vivons la nécessité de sortir de rapports de domination qui détruisent tout et nous empêchent de vivre, d’être autonomes. Il est déjà possible de voir des actions se renouveler contre la domination, de façons plus ou moins spontanées. C’est par la violence que le capitalisme nous réduit à une simple donnée, un chiffre, une unité et dans ce processus il se créer des résistances, auxquelles la domination doit encore s’adapter. C’est dans une lutte que la société de classe s’impose ; Dans un antagonisme. Absentéisme, sabotage, vol, débrouillardise, réseaux de soutien, émeute, mise en commun, ZAD, etc. en sont les traces. La domination en mouvement se reconfigure, la classe se compose et se recompose. C’est de cette réalité matérielle qu’il faut partir pour élaborer une stratégie de lutte efficace.

    Notre solidarité, la débrouillardise, la mise en commun sera une nécessité première pour vivre dans cet effondrement. Ne pouvant plus offrir un confort suffisant, ne pouvant entretenir l’espoir, le système de domination, pour persister, se fait plus autoritaire. Il faut s’organiser face aux appropriations étatiques ou même privées, mafieuses qui veulent faire persister cette société hiérarchique, qui veulent faire perdurer une forme d’exploitation et de société de classe. C’est dans la lutte que nous créons le commun.

    Face à ce système totalitaire, il faut créer des poches d’air, des espaces de liberté, il faut s’attaquer directement à ce qui nous exploite, il faut détruire l’usine, détruire la ville-usine. Il n’y a rien à attendre de fausses solutions, qui ne font que reconfigurer la domination, qui ne font bien souvent qu’étendre la domination, le contrôle. Les autolib’ n’ont rien d’écologique, ce ne sont que des artifices marchands, elles ne sont qu’opium qui nous empêchent de construire de vraies solutions communément. Les centres commerciaux détruisent les liens que tisseraient des activités locales, autonomes. Les transports en commun, l’architecture des banlieues, les outils de travail, sont les outils de la domination auxquels s’attaquent spontanément les exploité-e-s, les vivant comme tels. Il faut détruire ce qui quantifie, dans le seul but de quantifier, d’échanger, il faut redonner aux rues leurs fonctions vitales, détruire les artères marchandes ; elles doivent être des lieux de vies et non de circulation des marchandises.

    Dans l’action directe contre le système marchand, nous constituons un mouvement commun, nous conquérons notre autonomie. Ces actions peuvent prendre plusieurs formes, selon les dispositifs contre lesquelles elles se dirigent ; Comme le sabotage, pratique historique de l’anarcho-syndicalisme, qui doit aujourd’hui s’étendre aux champs élargis de l’usine, la ville, ses moyens de contrôle, les réseaux de transport marchands etc. À Grenoble, avril 2017, les valideurs à quai des trams ont était mis hors service en y versant un liquide corrosif. De façon répété, ce genre d’action peut permettre la gratuité des transports, faire payer les transports étant de fait impossible, réparer n’étant pas rentable ; Comme l’occupation, la mise en commun de lieux de vie, tels les ZAD ou les Squats, qui tout en résistant au développement de la domination nous permettent d’organiser la lutte et de vivre, de vivre de nouvelles formes d’existence, des formes non-marchandes et non-hiérarchiques, communes et anarchiques. À notre dame des landes on affrontait un projet d’aéroport destructeur, on cultive, fait de la récup, à Bure on lutte contre l’enfouissement de déchets nucléaire qui n’est qu’une impasse pour cette industrie ; Comme l’auto-réduction, qui consiste à imposer la baisse du prix d’un produit ou d’un service voire sa gratuité, à mettre en bien commun ce qui est produit tel que cela s’est fait dans le mouvement autonome italien des années 70. À Parkdale, suite à l’embourgeoisement, le propriétaire voulait augmenter les loyers, mais les locataires se sont organisé-e-s un par un et ont organisé une gréve des loyers, Ils ont arrêté de payer leur loyer et ont stoppé les augmentations qui menaçaient d’expulsions de nombreux locataires ; Comme un potager commun ; Comme un groupe de discussion, d’agitation, d’information, d’entraide ; Comme du hacking, le développement de logiciel libre, de low-technologie ; Des placards communs dans nos quartiers, des plantations sauvages, des manif’ sauvages etc...

    L’action directe est diverse et n’a comme limite que notre imagination, ce qui la définit c’est son caractère direct, nous agissons de nous même, avec nos propres forces et moyens, comme l’ont fait les anarcho-syndicalistes aux heures victorieuses de la CGT. Nous ne jouerons pas leur jeu parlementaire, nous n’avons pas d’intermédiaire, de représentant, de bureaucrate, nous ne déléguerons jamais notre puissance pour qu’elle se perde dans des négociations syndicales et politiques, ou des accords écologiques qui ne sont que du spectacle. Nous sommes autonomes, et nos actions sont directes, elles communisent contre le capital.

    Notre autonomie n’adviendra que de nous même, elle ne pourra venir de la domination capitaliste, de son évolution logique, de l’avènement mécanique du socialisme ou même de la prise du pouvoir. Dans ce système en crise perpétuelle pour reconfigurer sa domination, il nous faut construire notre autonomie, il nous faut communiser, mettre en commun. C’est dépasser la propriété privé, individuelle, et la planification collective, c’est faire commun, s’articuler solidairement. C’est sur ces pratiques que se fondent nos modes d’existence futurs. Vivant l’autonomie, la défendre sera alors pour tous et toutes une évidence. Communiser, c’est un moyen de faire face aux difficultés que l’on rencontre dans la reproduction de nos existences, dans la crise. C’est une lutte contre le capital pour assurer notre survie. Nous communisons pour vivre mieux.

    Entre ami-e-s, entre collègues, en groupes affinitaires, il nous faut nous organiser de façon égalitaire et libertaire. A travers nos relations il nous faut abattre les différentes dissociations qui nous classent, pour être concrètement égaux. Il nous faut instituer l’entraide pour nous libérer concrètement. Il s’agit de plus qu’une égalité ou d’une liberté formelle, abstraite, absolue, individuelle. C’est ensemble que l’on se construit, au consensus, avec l’accord de tou-te-s. Il nous faut créer des collectifs puissant qui vont s’attaquer aux processus et aux catégories institués de la domination(sa répression meurtrière, sa socialisation inégalitaire, sa misère et son luxe, sa violence etc). Des changements individuels, une morale individuelle, une pureté militante ne créera jamais un rapport de force qui émancipe. Toute exploitation, oppression, toute hiérarchie à travers nos relations doit être défaite, communément. La liberté n’est pas la liberté d’exploiter et d’oppresser. S’approprier, faire propriété, n’est pas liberté, n’est pas communiser.

    Les situations concrètes étant plurielles et changeantes, les organisations adéquates seront nécessairement diverses. Selon les problèmes, selon les compétences, les besoins, les désirs, les moyens, l’organisation s’adapte au concret. Le concret déborde toujours nos planifications, déployons une rationalité qui en prend acte sans surplanifier encore. Les solutions ne préexistent pas aux différents problèmes, elles se construisent communément, selon les diverses déterminations qui nous lient. Manger, boire, se loger, se déplacer, produire, se fera avec et selon chacun, il faut initier, instituer l’entraide, plutôt que de s’en remettre à un État ou au marché. S’il est nécessaire de loger des personnes, voyons comment faire, construire ou réaffecter etc. De nombreuses choses dans notre quotidien, vivent déjà dans ces rapports d’entraides, en réalité pour beaucoup sans l’entraide, la survie ne serait même pas possible. C’est ensemble que l’on vit et répond à nos besoins, nos désirs, à notre volonté, comme réponse consciente de notre imaginaire à nos déterminations.
    La médiation du système marchand nous tue, ses impératifs abstraits, économiques et politiques menacent tout. Il faut abolir l’économie en tant que rationalisation abstraite des besoins. L’économie n’est pas quelque chose qui aurait toujours existé, tout échange ne relève pas de rapports marchands, c’est une catégorie spécifique de notre période historique. Il y a d’autres moyens de répondre à nos besoins que la médiation du marché ou de l’état, nous pouvons répondre à nos besoins directement, communément, sans médiation, sans abstraction. Cette rationalité concrète vise la satisfaction immédiate, directe, autonome des nécessités de l’existence. C’est s’organiser selon nos propres règles, égalitaire et libertaire. Une chaise dans le capitalisme n’est pas la même chose qu’une chaise dans la communisation, car elle ne renvoie pas au même écosystème social, au même processus de production. Il faut imaginer ce qu’une ZAD à l’échelle d’un pays peut déployer comme puissance et comme diversité de formes d’existence.

    Sans médiation qui nous exploite et nous oppresse, nous pouvons déployer notre puissance qui n’est plus fragmentée, divisée, hiérarchisée, classée. L’éducation, la santé, le logement, l’agriculture, l’architecture, l’art, l’amour prendront d’autres formes, libéré-e-s de la domination marchande et de sa rationalité abstraite. La technique doit être nécessaire, elle ne doit pas se développer pour elle-même, mais servir le commun, non pas le quantifier, le détruire. Des formes tout a fait nouvelles d’existences s’organiseront, chacun subvenant directement aux volontés des autres. Nous ne quantifierons, produirons pas sans fin, sous une autorité, ou dans un but abstrait, un but marchand, mais dans la concrétude et les limites de nos besoins communs. Nos activités doivent être l’expression de notre imaginaire face à la diversité des nécessités. Il ne doit pas y avoir de fondement absolu, mystique, à notre autonomie, il n’y a qu’une vérité crue, des déterminations concrètes auxquelles il nous faut répondre. Comme la science, nous procédons sans aucune autorité. Notre imaginaire en tant que capacité de notre corps à répondre aux déterminations a été, est et sera une force déterminante pour notre forme de vie. Il nous faut en saisir les limites, les failles, pour dépasser l’abstrait, pour faire de l’imaginaire la puissance sociale qu’elle est. Notre civilisation s’est organisée avec des chefs, cette hiérarchie n’est plus adaptée à la complexité du concret auxquels doivent faire face nos larges groupes sociaux. La communisation est un mouvement déterminé.

    Selon les nécessités qu’impliquent les différentes échelles géographiques (locale, régionale, internationale), nous pouvons former des fédérations autonomes, égalitaires et libertaires. Bien sûr il est impossible que tout le monde s’occupe de tout, des personnes peuvent donc se charger de fonctions précises. Ces personnes n’ont pas de pouvoir décisionnel à proprement parler. Ils ne disposent d’aucun moyen coercitif pour imposer des décisions et peuvent être remplacé-e-s à tout moment s’ils ne peuvent tenir leurs responsabilités. Il nous faut nous organiser, nous coordonner comme un ensemble divers, souple et autonome, sans chefs ni représentant-e-s mais avec des responsabilités communes. La critique doit être courante entre nous, personne n’est parfait et sans chefs, c’est communément que l’on construit notre autonomie.

    Cette autonomie peut nous permettre une diversité tactique, allant de la lutte non violente, de l’expérimentation de zones d’autonomies à des formes de luttes plus clandestines, qui se lient stratégiquement dans la lutte. Cette souplesse, puissance tactique face à la totalité capitaliste, est de plus un moyen de faire face au niveau de surveillance auquel il nous faut faire face. Il nous faut nous connaître pour nous faire confiance. Il nous faut veiller les uns sur les autres. Et sans centre d’organisation, il est d’autant plus difficile pour l’état de nous contrôler, de nous administrer, et de nous réprimer, nous casser. Sans chefs, notre mouvement est alors pour eux ingouvernable.

    Ce qui nous lie c’est une lutte radicale contre toute domination. Cette radicalité est primordiale pour former un mouvement commun face au capitalisme et ses réactions. A travers cette rationalité concrète nous nous opposons à toutes variantes capitalistes, à tout alter-capitalisme, à tout anticapitalisme tronqué. Tout ce qui substitue notre puissance immédiate à une autorité supérieure ou une valeur absolue, abstraite, doit être combattu. Ces fascistes qui critiquent la société capitaliste à travers des catégories autoritaire, essentielles, comme « la nation », « la femme », affirmant le bien fondé des inégalités ; Ces libéraux pour qui la liberté abstraite d’exploiter est si essentiel, qu’ils nient les inégalités ; Ces étatistes qui sont incapables d’entrevoir la sortie du capitalisme, et qui se contentent alors de gérer, de planifier les catastrophes, de façon plus ou moins autoritaire selon la conjoncture ; Ces fausses solutions écologiques qui sans faire la critique du capitalisme s’en remettent à un mysticisme ou à des technologies qui n’ont de durable que le nom. C’est face à toutes ces variantes qu’il nous faut lutter avec la ferme intention d’abattre le capitalisme. Il faut s’opposer radicalement au capitalisme pour ne pas en être une roue de secours. Nous visons plus que l’autogestion, l’auto-exploitation et la charité. Gattaz a bien proposé de sauver des entreprises par le bénévolat !

    Il est nécessaire d’être offensifs et d’ancrer nos pratiques dans un rapport de force sous peine d’être récupérés. Solidaires dans notre radicalité nous constituons un front autonome, en rupture radicale d’avec le capitalisme. Aider son prochain, protéger un coin de nature n’a aucun avenir si on ne s’attaque pas radicalement au capitalisme qui finira par le bouffer. C’est conscient-e-s des nécessités écologiques et sociales que nous communisons. C’est cette lutte pour notre autonomie, qui construit notre futur monde commun.

    Il faut prendre et produire communément ce dont nous avons besoins, il ne s’agit pas de comptabiliser, de quantifier, d’administrer abstraitement. La satisfaction de nos besoins, nos désirs, de nos volontés doit être sans médiation, autonome. Nous produirons, cultiverons non pas dans le seul but de quantifier, de hiérarchiser ; tout est commun, nous serons alors au delà du concept de gratuité. Bouffe, toit, meubles, outil, instrument, art etc. Dans la satisfaction immédiate et commune de nos besoins nous abolissons le travail, la propriété, la dissociation de la valeur marchande, les qualités diverses de chacun font irruption dans la quantité, les standards sont brisés ; Nous développons les moyens de notre autonomie ; nous déployons une rationalité concrète, pratique, qui brise les abstractions qui nous dominent ; Nous conquérons notre autonomie.

    Guillaume Deloison, 2017
    https://guillaumedeloison.wordpress.com/2018/02/03/conquerir-notre-autonomie
    https://www.youtube.com/channel/UCzB4XvWgVlXFI4ljbQXzmwA

  • Du fétichisme de la violence
    http://inventin.lautre.net/contributions.html#fetichisme

    La dénonciation médiatique et politique de la violence, tout particulièrement dans l’actuelle crise sociétale, relève clairement de l’incantation magique, il s’agit, en particulier lors de toutes les interviews ou dans tous les discours officiels, de désigner un ennemi fétichisé qui n’a aucun titre à faire partie de la société, et de totalement décontextualiser la situation historique vécue pour seulement entretenir la peur du chaos.

  • JOURNAPUTE
    À New York, lors d’un banquet, le 25 septembre 1880, le célèbre journaliste John Swinton se fâche quand on propose de boire un toast à la liberté de la presse.
    « Il n’existe pas, à ce jour, en Amérique, de presse libre et indépendante. Vous le savez aussi bien que moi. Pas un seul parmi vous n’ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions et nous savons tous que si nous nous aventurions à le faire, nous nous retrouverions à la rue illico. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l’Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses. Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l’intellect. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi ! »

    John Swaiton, Rédacteur en chef du New York Times.
    Cité dans : Labor’s Untold Story, de Richard O. Boyer and Herbert M. Morais, NY, 1955/1979.
    http://www.constitution.org/pub/swinton_press.htm

    http://www.mai68.org/ag/1296.htm

  • LA MAJORITÉ NE CROIT PLUS AUX INFOS !

    La confiance des Français dans les médias atteint son plus bas niveau depuis le premier sondage, en 1987, selon cette étude dévoilée jeudi 24 janvier et réalisée début janvier par l’institut Kantar Sofres auprès d’un millier de personnes.
    En bref, la télévision, média préféré des Français pour s’informer, recueille paradoxalement un niveau de confiance de seulement 38% (-10 points en un an), la radio, le média auquel ils font traditionnellement le plus confiance, en recueille 50% (-6 points).
    La presse écrite s’effondre aussi à 44% (-8 points), tandis que la confiance des Français dans les informations trouvées sur internet reste à un niveau très bas (25%), proche des niveaux observés en 2005 et 2006.

    Autre signe de défiance, près de trois quarts des sondés jugent toujours que les journalistes ne sont indépendants ni du pouvoir politique ni des pressions de l’argent.

  • APPEL DE "GILETS JAUNES" DE L’EST PARISIEN

    Nos gilets ne sont plus des tenues de sécurité routière ; ils sont devenus le signal du ralliement de la contestation globale de l’ordre en place. S’ils scintillent, ce n’est pas pour alerter les autorités sur une quelconque urgence ou détresse sociale. Nous ne les avons pas mis en réclamation de quelque chose au Pouvoir. Le jaune de nos gilets n’est pas celui coutumièrement accolé à la traîtrise par le mouvement ouvrier. La couleur de cet habit, c’est celle de la lave de colère que le volcan de la révolution sociale, en sommeil depuis trop longtemps, commence à recracher. Il n’est jaune que parce qu’il embrasse le rouge.

    Sous cette appellation « gilets jaunes », un titan se réveille à peine, encore groggy par le coma dans lequel il fut plongé durant plus de quarante ans. Ce colosse ne sait plus comment il s’appelle, ne se souvient plus de son histoire glorieuse, ne connaît pas le monde où il ouvre les yeux. Pourtant, il découvre, à mesure qu’elle se réactive, l’ampleur de sa propre puissance. Des mots lui sont soufflés par de faux amis, geôliers de ses songes. Il les répète : « français », « peuple », « citoyen » ! Mais en les prononçant, les images qui reviennent confusément du fond de sa mémoire jettent un trouble. Ces mots se sont usés dans les caniveaux de la misère, sur les barricades, les champs de bataille, lors des grèves, au sein des prisons. C’est qu’ils sont du langage d’un adversaire redoutable, l’ennemi de l’humanité qui, depuis deux siècles, manie magistralement la peur, la force et la propagande. Ce parasite mortel, ce vampire social, c’est le capitalisme !

    Nous ne sommes pas cette « communauté de destin », fière de son « identité », pleine de mythes nationaux, qui n’a pas su résister à l’histoire sociale.
    NOUS NE SOMMES PAS FRANÇAIS.

    Nous ne sommes pas cette masse faite de « petites gens » prête à s’allier avec ses maîtres pourvu qu’elle soit « bien gouvernée ».
    NOUS NE SOMMES PAS LE PEUPLE.

    Nous ne sommes pas cet agrégat d’individus qui ne doivent leur existence que par la reconnaissance de l’État et pour sa perpétuation.
    NOUS NE SOMMES PAS DES CITOYENS.

    Nous sommes ceux qui sont obligés de vendre leur force de travail pour survivre, ceux dont la bourgeoisie tire ses profit en les dominant et en les exploitant. Nous sommes ceux que le capital, dans sa stratégie de survie, piétine, sacrifie, condamne. Nous sommes cette force collective qui va abolir toutes les classes sociales.
    NOUS SOMMES LE PROLÉTARIAT.

    Conscients de nos intérêts historiques, nous avertissons que :

    • Le mouvement des gilets jaunes sera vaincu s’il s’obstine à croire que les intérêts des travailleurs sont conciliables avec ceux des patrons. Cette illusion produit d’ores et déjà des dégâts car Macron se sert d’elle afin de retourner la contestation contre les exploités. Les pauvres capitalistes – dépeints opportunément sous les traits des capitalistes pauvres : les petits entrepreneurs, artisans et autres autoentrepreneurs – victimes des « charges » sociales, partageraient le même sort que leurs employés. Il faudrait donc globalement les épargner et se borner à demander l’aumône aux plus gros d’entre eux. Cela permet au Pouvoir de nous injurier tout en feignant de répondre aux revendications. La prétendue hausse du SMIC ne sera payée que par les salariés. L’annulation de la hausse de la CSG masque le maintien de la réduction des pensions de retraites des plus pauvres.

    • À partir de cette approche biaisée, une fraction des gilets jaunes affirme qu’un État moins dispendieux permettrait d’alléger la charge fiscale qui écrase les entreprises ; l’activité serait ainsi relancée et chacun y trouverait son compte… Cela est un mauvais conte de fée. Car ce n’est pas l’État qui étouffe les petits capitalistes mais d’abord la loi de la concurrence qui les fait exister et grâce à laquelle ils peuvent prendre des parts de marché, c’est- à- dire se développer. Le problème social étant ainsi mal posé par le mouvement de sorte que « l’État mal gouverné » est ciblé en lieu et place du système capitaliste, le programme gouvernemental de démantèlement de « l’État social », au nom de « l’optimisation de l’action publique », s’en trouve consolidé. Les politiques de prédation sociale qui consistent à supprimer la redistribution des riches aux pauvres, jusque là effectuée par le biais de la sécurité sociale et des services publics, sont ironiquement confortées. De même, les mesures de réduction du salaire global, en comprimant le salaire différé (retraite, allocations chômage… ) sont dès lors justifiées. On donne le bâton pour se faire battre.

    • Dans cette optique, qui fait la part belle à l’équilibre économique pourvu qu’il soit bien géré, ce qu’il y a de mauvais dans l’économie ne peut être apporté que de l’extérieur : l’État fiscal, l’Union européenne, la « Finance » « cosmopolite » (et derrière sont parfois désignés les « juifs » et les « illuminatis ») , les immigrés. La mécompréhension ou le refus d’admettre cette criante vérité que c’est le capitalisme – comme système de production de la richesse à partir de l’exploitation du travail humain – qui est en crise, ouvre grand la porte aux formes réactionnaires de sauvegarde de l’ordre en place. Dix ans d’activisme d’extrême droite sur internet pèsent lourdement sur ce suicidaire état de confusion dans lequel nombre de gilets jaunes croient discerner une solution à leurs maux.

    • Parmi ces « solutions », le Référendum d’Initiative Citoyenne, promu depuis longtemps par la fachosphère et qui a fini par rallier les suivistes mélenchoniste, est une fumisterie permettant d’étouffer la question sociale sous une tambouille institutionnelle. Cet aménagement démocratique ne réglerait rien, quand bien même il serait adopté. Il étirerait juste l’élastique électoral tout en maintenant le rapport entre les classes sociales – ses conditions ainsi que ses enjeux – avec en sus la fortification du réformisme juridique, ce parent pauvre du déjà illusoire réformisme économique. Cela reviendrait à cautionner un peu plus directement l’asservissement ordinaire.

    Conscients de nos tâches, nous constatons que :

    • Le mouvement des gilets jaunes s’arrête aux portes des entreprises, c’est-à-dire là où commence le règne totalitaire du patronat. Ce phénomène résulte de différents facteurs. Retenons- en trois : 1 ) L’atomisation de la production, qui voit un grand nombre de salariés travailler dans des (très) petites entreprises où la proximité avec l’employeur rend très difficile la possibilité de faire grève. 2) La précarité d’une grande partie des salariés, qui détériore gravement leur capacité à assumer une conflictualité dans les boîtes. 3) L’exclusion et le chômage, qui placent en dehors de la production bon nombre de prolétaires. Une grande partie des gilets jaunes est directement concernée par au moins l’une de ces trois déterminations.

    • L’autre composante du salariat, celle qui bosse dans les grandes sociétés et qui dispose d’une meilleure sécurité de l’emploi (CDI et statut) paraît être sous cloche, sur laquelle la puissante force du mouvement se rompt comme la vague sur le rocher. Un traitement particulier, composé d’efficience managériale et de honteuse collaboration syndicale, est réservée à cette frange de la population travailleuse. La bourgeoisie a bien compris que cette catégorie des travailleurs a le pouvoir de frapper la production capitaliste en son cœur, par la grève générale illimitée. C’est pour cela qu’elle consolide la pacification en donnant des sussucres en formes de « primes de fin d’année exceptionnelles ».

    Conscients de notre but, nous affirmons :

    • Nous reconnaître dans les appels des gilets jaunes de Alès, de Commercy et de Saint Nazaire, dont le souci de refuser toute organisation hiérarchique, toute représentation, et de cibler les capitalistes, est pour nous le signe de la voie à emprunter.

    • Vouloir briser les verrous idéologiques, managériaux et syndicaux, qui maintiennent le mouvement des gilets jaunes en dehors de la production. Nous devons employer l’extraordinaire force doublée de détermination que ce mouvement développe pour réaliser ce que des millions d’exploités souhaitent depuis tant d’ années, sans jamais y être parvenus : paralyser la production de l’intérieur, décider des grèves et de leur coordination en assemblées générales, unir toutes les catégories de salariés, dans une même optique de renversement du système capitaliste et de réappropriation de l’appareil de production. Mettons fin à l’oppression hiérarchique, capitaliste et étatique.

    • Vouloir discuter dès maintenant de la grève, de son déclenchement, de son extension, de sa coordination.
    Contactez-nous, Rejoignez-nous !

    gilets-jaunes-revolutionnaires@protonmail.com

  • LA CLASSE MOYENNE N’EXISTE PAS

    Nous avons récemment publié un article au titre provocateur « les gilets jaunes sont morts, vivent les gilets jaunes ». Bien évidemment ce titre ne faisait pas référence à une mort et une fin, mais à une continuité certaine par le dépassement, le passage à une autre forme. Hommage à l’adage, « le roi est mort, vive le roi ».

    Celui-ci a fait réagir un camarade, Laurent sur son blog (1). Pour Laurent l’impensé du débat, et des productions intellectuelles nées des gilets jaunes serait le rôle de « la classe moyenne ». Nous remercions Laurent pour l’intérêt qu’il porte à notre mouvement et à ses analyses. Cependant nous souhaitons lui répondre afin de démontrer qu’au contraire l’interrogation sur « la classe moyenne » fait partie intégrante du mouvement des gilets jaunes, et surtout de son potentiel révolutionnaire. C’est une occasion pour nous de préciser la doctrine et la vision de classe qui fédère le M17.

    Loin d’être impensée, cette « catégorie sociale » nous semble mal pensée, c‘est une clef du mouvement. En effet notre analyse se fonde sur une remise en question de cette soi-disant classe, invoquée à maintes reprises par les partis politiques, les journalistes, les sociologues ou économistes autorisés. D’ailleurs le premier intellectuel convoqué par les médias pour donner du sens à ce mouvement fut Christophe Guilly, pour qui la classe moyenne est un sujet d’étude privilégié. Il suffit également de chercher dans la production d’articles de ces trois derniers mois de lutte pour voir que cette « classe » a été largement convoquée.

    Peut-être notre ami considère-t-il que cela n’a pas été fait sous les bons aspects ; si c’est le cas, nous le pensons également. C’est l’objet de cet article.

    LA “CLASSE MOYENNE” UN SUJET POLITIQUE DOUTEUX

    Affirmons-le tout de suite « La classe moyenne », ou les « classes moyennes », ne sont pas pour nous des réalités existantes. Ainsi, il est plus intéressant et plus juste, à notre sens, de parler « des classes moyennes » ou mêmes « couches moyennes », car ce ne sont que des strates artificielles. Elles sont pour nous un masque nécessaire au système social pour se perpétuer. Ce masque participe activement à la fonction de domination, comme nous allons essayer de l’exposer. Ces éléments nous permettront ensuite de répondre sur la dimension « minoritaire » de la révolte gilets jaunes, qui nous semble également contestable.

    Il n’y a pas de « classe moyenne » au sens de « bourgeoisie » ou « prolétariat », car celle-ci n’est pas un « sujet collectif ».

    Il est important de définir cette notion. Le sujet collectif n’est pas simplement l’addition des consciences individuelles qui le composent, il est plus important, il a sa propre conscience et son propre rapport social. Il a une place dans l’histoire et est le moteur de dynamiques sociales, il possède son propre rapport de production. Ce qui n’est pas le cas pour « la classe moyenne », qui est trop disparate, hétérogène. Majoritairement salariées, « les classes moyennes » contiennent également des reliquats de ce qui était pour « les penseurs du capitalisme » la réelle classe moyenne, c’est-à-dire la petite-bourgeoisie (notable, commerçants, artisans, etc.).

    Le concept de sujet collectif est très bien défini par l’opposition de « classe en soi », purement statistique et formelle, à « classe pour soi », cohérente et agissante. Les classes moyennes n’ayant pas de rapports de production particulier, elles ne peuvent exister pour elles-mêmes, c’est-à-dire se défendre, ou défendre un modèle social.

    Que recouvre ce terme ? Les classes moyennes, telles qu’elles existent aujourd’hui ne sont pas définies dans la littérature critique du capitalisme pour ces raisons. Elles n’existent que dans la sociologie d’état du pouvoir libéral, et ne sont identifiées que par le niveau de revenu. Ces strates sont néanmoins la partie plus importante de la société selon les sociologues et ce n’est pas un hasard, elles représentent deux tiers de la population adulte en France. Leur niveau de vie pour une personne seule peut aller de 1400 euros nets à, selon les sources, 4000 euros nets.

    Si leurs niveaux de revenus sont très éloignés, il est une chose qui les caractérise : c’est leur absence des instances décisionnelles globales. Même les plus hauts revenus des classes moyennes ne sont aujourd’hui que des cadres moyens, c’est-à-dire et contrairement à la société des trente Trente Glorieuses, des cadres dont le pouvoir réel de décision est quasiment nul. Quant aux revenus les plus faibles de ces classes ceux-ci ne sont qu’à quelques euros du seuil de pauvreté. Majoritairement, ces membres sont totalement absents des cercles de pouvoirs privés ou publics. Ce qui donne sens aux revendications démocratiques des gilets jaunes.

    Ces classes ne sont pas non plus homogènes dans leurs aspects intellectuels, le niveau de culture des classes moyennes peut aller, selon les catégories médiatiques souvent méprisantes, du beauf, au bobo !
    N’étant ni des sujets collectifs au sens marxiste, ni homogènes au sens classique, les classes moyennes ne produisent pas, et ne pourront jamais produire, au sens Gramscien du terme, d’hégémonie culturelle.

    L’IDÉOLOGIE DE LA “CLASSE MOYENNE”

    Au contraire, et c’est le point fondamental, elles sont produites par l’hégémonie de la bourgeoise. Elles sont une conséquence des rapports sociaux et de la lutte des classes, mais en aucun cas ne sont une classe. Pour être plus clair, la classe moyenne est une fausse classe, un masque des classes réellement existantes.
    Cette première affirmation permet de questionner « l’hégémonie culturelle de la classe moyenne ». En effet dans son article, Laurent nous invite à nous interroger sur ces « valeurs sélectives, supposées n’appartenir qu’à elle : le Mérite, le Sens des Responsabilités, la Clairvoyance, l’Efficacité, adossées au triptyque Travail-Consommation-Croissance ».

    Il est tout de même intéressant de mettre cette affirmation en perspective pour montrer que ni la « classe spoliée », comme semble être définie le prolétariat dans l’article, ni la bourgeoisie ne se réclament des valeurs inverses : héritage, sens de la désinvolture, bêtise, inefficacité… Preuve en est que ces valeurs sont bien plus répandues et partagées. Le « supposées » semble vouloir instaurer une forme de retenue mais nous pensons que celle-ci ne fait appel qu’à l’application pratique et réelle de ces valeurs. Peut-être est-il habituel d’entendre des discours sur le non-mérite des classes laborieuses et leur inefficacité, il n’en est pas de même pour l’oligarchie. D’ailleurs la proposition suivante contredit la précédente. Ces valeurs seraient, toujours pour la classe moyenne, « propres à lui permettre d’assumer la « Gouvernance » des entreprises et de trier l’élite pour le « Gouvernement » de l’administration du pays par « les meilleurs » (ce que l’on nommait autrefois « aristocratie ») ».

    Il est clair que cette « aristocratie » aujourd’hui n’est absolument plus un élément de la classe moyenne, elle n’en est d’ailleurs que de plus en plus rarement issue. C’est d’ailleurs tout le travail de Pierre Bourdieu, que d’avoir à juste titre démonté la fable du « mérite ». En effet celui-ci n’existe que sur le papier, l’élite se reproduit en son sein par héritage, et non pas par « tri au sein de la classe moyenne ». En aucun cas Pierre Bourdieu n’explique ou ne donne de fonction à la classe moyenne. Il affirme d’ailleurs l’inverse en démasquant le mensonge du « tri social sélectif et méritoire ».

    La classe moyenne, toujours selon l’article « est un des éléments du problème parce qu’elle est pensée comme le modèle culturel idéal de notre société occidentale capitaliste, auquel chacun d’entre nous, gilets jaunes compris, s’identifie, aspire, travaille à… Le niveau de vie de la classe moyenne est ce à quoi chacun aspire sur la base d’une égalité des chances qu’on nous dit bien partagée. » Cette affirmation nous paraît être vraie, mais pour un sens contraire à ce que semble penser son auteur. Ce n’est pas la classe moyenne qui défend un idéal de système en place, mais bien le système social en place qui défend une « classe moyenne ».

    Les discours sur « la classe moyenne » sont une illusion créée par la bourgeoisie, voilà pourquoi ces mots, ce discours sont si répandus.
    Déconstruire l’existence de cette classe revient donc à déconstruire, le discours sur celle-ci. Une classe où le travail serait correctement rémunéré, où les places seraient méritées, où le niveau de vie ne serait ni trop faible, ni trop opulent mais qui tend, à masquer l’exploitation à l’œuvre. Cette classe serait différente du prolétariat, qui, toujours selon les termes de notre camarade serait le seul « spolié ».
    Tout cela n’existe pas, bien que tout soit mis en œuvre pour nous inviter à y croire.

    DE L’INTÉRÊT DE CETTE FAUSSE CLASSE POUR LA DOMINATION

    Il n’y a que deux classes : celle qui vit, simplement de sa force de travail, peu importe son niveau de revenu, et celle qui exploite cette force de travail, en extorquant la plus-value. A ce titre 99% des éléments composant les « classes moyennes » sont « spoliés » pour être clair, exploités. Au même titre que les autres. L’exploitation n’est pas une condition de revenu et une condition d’existence. C’est un rapport social injuste, un rapport d’extorsion, qui peu importe ce qui reste après la rapine, mérite d’être aboli.

    Voilà pourquoi notre critique sociale actuelle ne s’attache qu’aux possédants, les 5%, les 1%, les 0,1 % les plus riches de la population, « ces ogres de profit et de pouvoir », non pas parce qu’ils sont riches, mais parce qu’ils sont la classe exploitante et parasitaire, le reste n’étant qu’une seule et même classe, la classe productive de richesses réelles, par son travail quotidien. Aucune classe n’existe entre les deux.

    Et lorsque notre ami nous affirme que « la classe s’interpose culturellement parce qu’elle entend garder ses propres privilèges, son « way of life » et entend bien se protéger des déshérités qui crient à sa porte », ce n’est pas une classe qui s’interpose, c’est un discours hégémonique dominant, qui veut faire croire à une différence de nature entre « la classe spoliée » et la « classe moyenne ». Nous insistons, cette différence n’existe pas, elles sont une seule et même classe, unies par leur rapport au travail, et à la production de richesse, principalement le salariat. Unies dans le vol et la domination qu’elles subissent de la bourgeoisie. Cette classe unique s’oppose encore et toujours à l’autre qui elle capte la richesse sans la produire. Tout le reste est une idéologie permettant de rendre le capitalisme gouvernable.

    Cependant, cette idéologie commence à être en danger aujourd’hui, elle perd de son efficience, et le mouvement des gilets jaunes en est la conséquence.
    Il est vrai comme il est affirmé dans l’article, que cette idéologie a pu s’étendre grâce à des « statuts dont elle jouit (qui) sont tout autant le fruit du système capitaliste qui distribue les places que le fruit des luttes sociales conduites dans l’histoire pour de meilleures conditions de vie. ». C’est ce que les sociologues Marxistes ont appelé (,) l’intégration.

    Il est important de revenir sur cette notion décisive. Le capitalisme technocratique d’après-guerre globalement, de 1945 à 1975, était concurrencé par le modèle soviétique, avec en son sein des partis communistes importants. Le capitalisme libéral a dû se résoudre à certaines concessions (salaires, protection sociale, dialogues, etc.). Cela afin de garder sa domination.
    C’est la naissance de l’état-providence. Intégrant petit à petit la classe productive à la social-démocratie et faisant oublier la lutte des classes, au profit de discours sur les classes moyennes, la précarité etc.

    Cette société est en voie de disparition depuis plus de 40 ans, sous les assauts du néolibéralisme. Cette mutation en vient à désintégrer la classe productive, rendant les membres de la dite « classe moyenne » de plus en plus pauvres, de plus en plus déconsidérés et de moins en moins intégrés au partage des richesses.
    Ce processus n’est pas analysé par notre camarade, il rappelle en effet les discours (gauchistes pour la plupart) de la fin des années 60, reprochant au prolétariat son intégration, dans des termes comme « bourgeoisie ouvrière ». Ces analyses sont dépassées, les politiques néo-libérales, l’attaque des acquis sociaux, la remise en question et la mort de la social-démocratie, en sont les preuves. Les « classes moyennes » n’ont pu exister que dans cet ancien monde. Cette ancienne phase du capitalisme, plus technocratique, plus keynésien. Aujourd’hui le capitalisme financier recommence le processus de paupérisation, et de concentration des richesses dans les mains de moins en moins de possédants.

    De là part le mouvement des gilets jaunes ! Car le masque tombe. Jamais l’exploitation n’avait disparu, elle se faisait simplement plus douce. Depuis 40 ans, petit à petit, elle se durcit. Et l’aspect « classe moyenne » disparaît. Quelques-uns rejoignent le camp d’en haut. 99% se rapproche du camp d’en bas. C’est un nivellement des revenus par le bas.

    Dans son texte Laurent nous dit : Parti des catégories les plus en souffrance de la population, mais dépolitisées et peu « visibles », le mouvement des gilets jaunes a réveillé la petite frange progressiste d’une classe moyenne davantage politisée et revendicative. Ce qui s’est joué et s’est spontanément tenté dans ce moment « gilet jaune » c’est la coopération, par ses minorités actives, de deux classes sociales que le fonctionnement capitaliste de la société tend à séparer. Des frontières existaient, elles ont été partiellement franchies. Cette affirmation n’est pas exacte. Le mouvement n’est pas parti des catégories les plus en souffrance mais bien d’une classe dite moyenne, à qui l’on faisait croire, et notre camarade n’échappe pas à cette règle, qu’elle avait plus de privilèges que les autres, et que l’inertie permettrait de les lui garantir. C’est de ce mensonge enfin ressenti que le mouvement du 17 novembre est né. Il n’y a jamais eu de frontières entre les exploités, il n’y en aura jamais. Le pouvoir souhaite diviser en faisant des conditions de vie la séparation, c’est un leurre. La division en classe vient de la manière dont on gagne sa vie : est-on exploité ou non ? Gagne-t-on de l’argent grâce à notre capital (Propriété, stock option, actions boursières) ou grâce à notre travail ? Est-on salarié ou rentier ? Chacun de nous peut et doit se poser la question. Il est alors important de savoir à quelle classe nous appartenons, peu importe notre revenu.

    POSSIBILITÉ DE DÉPASSEMENT DE CETTE ILLUSION COERCITIVE

    Ainsi le M17 se sépare des analyses sur la classe moyenne quand on nous dit, « il nous faut interpeller cette classe moyenne sur ce qu’elle est, sur ses modes de pensée et de vie, sur ce qu’elle peut générer de souffrances par sa contribution non négociable à un système fondamentalement injuste et inégal ». Nous n’avons personne à interpeller, car cette classe n’existe pas, elle ne peut donc produire aucune souffrance, aucune exploitation. Faut-il lire alors, entre les lignes, que nous devrions culpabiliser les membres supposés appartenir à ces classes, car ils auraient dans leur exploitation quotidienne un peu plus de redistribution que certains ? Mais ça ce serait diviser la classe travailleuse ! Ce serait faire porter les injustices et les inégalités du système à ses victimes plutôt qu’à ses bourreaux ! Il n’y a pas de rapport de force à construire entre une prétendue « classe spoliée » et une prétendue « classe moyenne », si ce n’est pour vouloir faire le jeu du capital… C’est de cette manière que tient le système, nous devons nous en libérer.

    C’est dans cette voie que s’engagent les gilets jaunes, en refusant les discours médiatiques, politiques, syndicaux, ayant la conscience bien éveillée dans ce sens. La première des libérations fut pour eux d’admettre que tous ces discours, inlassablement répétés, sur la « classe moyenne », la redistribution, la représentation, etc. ne sont que des mensonges ! Ils ne sont pas plus privilégiés que les autres ! La sortie de ce système ne passera donc que par la voie d’un changement révolutionnaire et non par la tentation de refaire « la social-démocratie » comme il s’en dégage par la suite de l’argumentaire.

    « La lutte des classes s’est inscrite historiquement comme la lutte d’une classe sur une autre, le prolétariat contre la bourgeoisie, devant mener à la victoire de l’une des deux, fut-ce au prix du sang. Elle pourrait bien devoir s’envisager après le mouvement pacifiste des gilets jaunes comme la lutte que chacune des deux classes antagonistes ait à mener sur elle-même pour dépasser ses blocages, ses peurs, ses interdits, ses dogmes et enfin pouvoir converger vers quelque chose de vivable sur cette terre. ». 
    Les classes malheureusement ne s’auto abolissent pas ! Elles sont abolies. « Collaborer plutôt que se détruire » Il n’y a pas de collaboration possible entre les classes, c’est tout l’échec de la social-démocratie et du consensus keynésien.

    « Les gilets jaunes » sont un mouvement de classe réellement existant car enfin les travailleurs s’unissent indépendamment du système. Le dépassement qu’il doit produire désormais est un rassemblement avec tous ces éléments, et surtout les plus démunis, qui eux ne se sont pas mobilisés. Cela doit permettre à ces 99% enfin d’atteindre l’unité que le système leur a interdit ! Voilà pourquoi pour terminer, ce mouvement n’est pas minoritaire. Il est intellectuellement et en conscience majoritaire. C’est pour cela qu’il est décisif, et si puissant, peu importe le nombre de personnes dans la rue.

    La légitimité d’une révolution ne se fait pas comme dans le vote bourgeois par une majorité de 51% ! La légitimité d’une révolution se fait par le soutien et l’espoir que les révolutionnaires, minoritaires dans la rue, propose à la majorité !

    En cela les gilets jaunes sont révolutionnaires et majoritaires !
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    NOTE
    La révolution française n’est pas née d’un changement culturel, elle est née de l’émergence d’une classe « la bourgeoise », des siècles auparavant. Petit à petit cette classe est devenue plus fonctionnelle que les trois ordres existants, en étant plus efficiente et afin de maintenir la société elle a pris la place de l’ancien régime inefficient. Le modèle culturel n’est donc pas la cause de la révolution, il n’est que la conséquence des tensions entre Bourgeoisie et Ancien régime. Nous sommes aujourd’hui intrinsèquement la classe efficiente, des cadres aux employés ! Nous devons prendre la place de la bourgeoisie devenue totalement parasitaire et refonder un système, car celui-ci court à sa mort, économique, écologique et humaine !

    (1) https://blogs.mediapart.fr/lrichard7/blog/080219/gilets-jaunes-les-conditions-de-vivre
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    https://mouvement17novembre.fr/la-classe-moyenne-nexiste-pas

  • DE LA NÉCESSITÉ DE LA FIN D’UN MONDE

    La production de biens s’est développée par la technique, qui s’est approprié notre société d’êtres humains. Cette technique rend productible tout ce qui existe sur Terre en le rendant accessible par l’intermédiaire du marché. L’outil reste au service de l’usage que la main veut en faire, mais la machine nous force à nous soumettre à elle. La machine est étrangère à l’homme, elle le rend étranger à sa production, et il devient alors étranger à lui-même. La machine entraîne par nécessité la machinisation du monde, et la technique sa marchandisation. Tout est calculable par les machines comme valeur marchande, l’homme y compris. Tout est profitable aux plus puissants pour produire toujours plus d’argent. Les choix technologiques des industriels ont verrouillé les progrès scientifiques à venir, bloquant toute évolution sociétale humanisante.

    Notre société est un système machinique d’oppression où le pouvoir a été usurpé grâce à la dictature d’une économie mondialisée qui se dissimule comme technique incontournable. Marx parle du capitalisme comme un automate, un rapport social d’exploitation de l’homme par l’argent, où « Il ne s’agit plus d’échanger une marchandise contre une autre par le biais de l’argent, mais de produire plus d’argent grâce à des marchandises » (Le Capital, tome I). Avec de l’argent, par le biais d’une marchandise on produit plus d’argent. Mais la marchandise est aujourd’hui partout, l’argent lui-même est devenu marchandise. C’est alors qu’avec l’informatisation du monde, l’argent peut maintenant se multiplier automatiquement à l’infini, échappant aux contraintes de la production, par des spéculations financières opaques, dans des réseaux parallèles en dehors de tout contrôle. Plus de 80 % des richesses du monde passent par des échanges immatériels entre ordinateurs qui se font sans entrave à la vitesse de la lumière, à l’ombre de réseaux obscurs.

    La crise permet à certains de bien meilleurs bénéfices. Les entreprises du CAC40 ont reversé 54 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2018. Ce qui rapporte le plus de nos jours ce sont les financements des dettes, des crédits et des obligations. La dette publique mondiale représente deux fois le poids de l’économie du monde. Les intérêts de la dette française, versés à des milliardaires, coûtent près de 50 milliards d’euros par ans. Les dettes créent de l’argent, et c’est beaucoup trop de liquidités qui circulent dans les sphères de la haute finance. La fraude fiscale des plus riches représente plus de 80 milliards d’euros par an, supérieurs au déficit public du pays. Toutes ces escroqueries sont des armes financières inventées par une haute bourgeoisie prédatrice, pour appauvrir et asservir toujours plus les populations. La crise est une source de profit sans limites pour des milliardaires suicidaires qui ruinent l’avenir. Plus des trois quarts de l’argent des hyperriches sert à la spéculation, pariant sur un avenir incertain et un peu près n’importe quoi, sans même avoir les fonds nécessaires, multipliant les dettes, faisant gonfler des bulles financières qui leur rapporteront des fortunes lors de leurs éclatements, tout en provoquant des désastres économiques planétaires sans précédent. Le futur a été pillé, il est en faillite, l’effondrement du capitalisme a déjà commencé.

    L’explosion démographique, la course effrénée aux profits, l’obsolescence programmée des marchandises, le gaspillage institué, l’exploitation destructrice de la nature et de l’homme démolissent une société fragilisée en ruinant la vie. La destruction des forêts et des espèces, déjà 80 % des insectes ont disparu, dont une grande partie de pollinisateurs, et 58 % des vertébrés en 40 ans. Les pollutions chimiques, nucléaires et électromagnétiques risquent de se répandre et de s’accentuer dangereusement menaçant notre santé. La montée des eaux dues au dérèglement climatique, plus de deux mètres à la fin du siècle, va inonder une grande partie du littoral, condamnant à l’exode 75 % de la population mondiale. La quantité d’eau potable a diminué de moitié en 50 ans. La fonte des glaciers menace d’assèchement la plupart des fleuves, durant l’été, compromettant l’irrigation et les cultures. On a perdu en 50 ans un tiers des terres arables. L’érosion des sols et la désertification s’étendent dangereusement. L’épuisement des ressources naturelles, et des métaux rares nécessaires à la fabrication de batteries et du matériel informatique. L’effondrement de la fertilité des sols, la chute vertigineuse de la biodiversité, les dérèglements écologiques, la nouvelle instabilité climatique et la dégradation générale de la nature mettent en danger l’agriculture et l’alimentation des populations. La croissance de la pauvreté et les famines qui s’annoncent, notamment en Afrique, vont provoquer d’énormes migrations des populations menacées de mort.

    Toutes les courbes indicatrices de production ou de consommation sont exponentielles et grimpent à toute vitesse alors que les ressources s’épuisent. Les décennies qui arrivent s’annoncent catastrophiques. Les spécialistes cherchent à limiter le désastre, minimiser les dommages à quelques millions de morts acceptables, sans trop savoir ce qu’ils font. Il n’est pas possible d’appréhender le changement d’un système du point de vue de son fonctionnement interne, selon ses propres termes. Les dirigeants tâtonnent à l’aveugle dans un enchevêtrement de doubles contraintes, prisonniers de paradoxes qu’ils ne discernent pas. Ce système d’exploitation marchand n’envisage d’autres solutions que celle de perdurer dans son auto-destruction mortifère, occultant en permanence la fin de son existence comme seule condition de survie. C’est cette omission qui crée l’illusion d’un bien-être d’apparence dans une intoxication mentale généralisée.

    Plus on a une connaissance des catastrophes que le système enchaîne, des détériorations désastreuses, plus on cherche à s’adapter et essaient de survivre dans des conditions devenues extrêmes. Notre adaptation à la machine nous intègre peu à peu à son fonctionnement, elle nous machinise à son programme. Nos conditions d’existences sont gérées par ordinateurs qui nous ordonnent dans leurs procédures. Dans une société informatisée, on résout les problèmes de façons techniques par une fuite en avant technologique. La raison technique passe pour un moyen de légitimisation du pouvoir dominant, l’oppression devient une nécessité technique, et tout s’accélère dans une atrocité inhumaine. En s’emballant, le système engendre un technocapitalisme dictatorial du désastre qui prétend gérer la catastrophe tout en la produisant, pour en tirer les meilleurs profits jusqu’à la fin.

    Selon le MIT, le sauvetage de ce système, encore possible il y a quarante ans, est devenu caduc et inopérant. Notre planète a ses propres limites à la destruction, et lorsque le système dépasse ses seuils de tolérance, ses pics butoirs, s’amorce une rupture, il accélère le dépassement des autres limites, et la courbe de croissance exponentielle atteint sa dernière phase, dépassant un niveau qui ne garantit plus la stabilité, l’interconnexion des réseaux produisant alors un emballement général, une contagion qui devient instable, inconnue, imprévisible, inévitable et irréversible. Notre monde et notre espèce sont maintenant dangereusement menacés de disparition.

    Le catastrophisme préfigure la fin du monde sans renversement possible ni changement de perspective. Sans prédire l’avenir, les risques sont là et le processus a déjà commencé. Déjà, plusieurs pays se sont effondrés dans l’ignorance du grand public, et c’est ce déni général qui précipitera l’écroulement. Le choc sidère, la perte des illusions conformistes commotionne et fige les perceptions dans un dénie aveugle, dans un refus de comprendre la réalité traumatisante des évènements en cours.
    Le système est en train de s’autodétruire rapidement. Nous sommes au seuil d’un effondrement global du capitalisme technologique, sans échappatoire, à l’aube obscure d’un nouveau monde, peut-être encore possible. Personne ne peut prévoir ce qui va émerger de ce chaos inouï, les réactions provoquées par cette dévastation sans précédent ouvrant les portes de l’incertitude, du hasard, de la vie. Sortir d’urgence de cette société marchande inégalitaire, injuste, invivable et mortifère est inévitable et fondamental.

    Lukas Stella
    http://inventin.lautre.net/linvecris.html

  • COMMUNIQUÉ SUR LE MOUVEMENT DES GILETS JAUNES EN FRANCE

    Le onzième samedi du mouvement des gilets jaunes en France, le 26 janvier 2019, a vu la mobilisation se maintenir un peu partout en France. Selon la police, il y a eu 69 000 manifestants dans tout le pays. Il est pourtant évident que le chiffre est largement minoré : elle annonçait 2500 manifestants à Paris alors qu’il y en avait bien entre 8000 à 10000 lorsque les deux principaux cortèges se sont rejoints à 16 heures à la Bastille. Les affrontements qui ont alors éclaté ont permis à la police de disperser la foule qui allait se réunir sur la place. Mais peu importe en vérité le chiffre exact. Le fait est que ce mouvement des gilets jaunes exprime une rage et une volonté d’opposition à la misère croissante imposée et promise par le capitalisme et de confrontation à l’État que la bourgeoisie n’arrive pas à éteindre. Tout comme les grèves en Iran de 2018 ou encore la grève de masse de dizaines de milliers d’ouvriers du nord de Mexique en ce moment-même, pour ne citer que celles-ci 7, la radicalité, la combativité, l’obstination de ce mouvement des gilets jaunes signale le degré atteint par les antagonismes de classe et le fait que nous sommes entrés dans une nouvelle période de confrontations massives entre les classes au niveau mondial. Ce climat généralisé de révolte sociale potentielle, et en partie déjà en acte, est pour l’essentiel la résultante des effets de la crise de 2008 qui se font toujours sentir et qui exacerbent les contradictions actuelles de tout ordre, politique, écologique, impérialiste, migratoire, social, etc. du capitalisme.

    Aujourd’hui, ces contradictions se sont accumulées et elles explosent les unes après les autres. Dans ce climat international de révolte sociale générale en devenir, le "ralentissement de la croissance mondiale" – pour reprendre les termes des économistes bourgeois – et les risques de krach financier et boursier ne peuvent qu’accentuer cette ambiance de fin de monde, de fin du monde capitaliste pour être exact, et porter les générations actuelles de prolétaires à la nécessité, à la conscience et la volonté de s’opposer à la misère du capitalisme et à la guerre généralisée qu’il nous prépare et, finalement, de le détruire. L’ensemble de la classe capitaliste, du moins ses fractions les plus éclairées, s’en inquiète au point que « les éminences réunies au sommet de Davos estiment qu’il est temps de "remoraliser" la globalisation (dixit Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial) et de rechercher les voies d’une économie mondiale "plus inclusive" » (Libération, 23 janvier 2019) et que les États s’y préparent déjà tant au plan politique qu’au plan de la répression violente et massive.

    Mais avant de revenir sur la situation en France de cette fin de janvier, il convient de faire un bref résumé des événements depuis le communiqué que nous avions publié le 2 décembre pour les lecteurs qui ne vivent pas en France et n’ont pas pu suivre de près le cours de la situation. Les affrontements violents du 2 décembre autour de l’Arc de Triomphe à Paris mais aussi en province, y compris dans des toutes petites villes, et la rage qu’ils exprimaient ont surpris, et même en partie paniqué, la fraction des quadragénaires de Macron au pouvoir pour qui, formés dans les écoles de commerce et au management, la lutte des classes avait disparu. Il a fallu le renfort d’autres fractions politiques, Sarkozy en particulier, et de grands patrons, pour imposer à Macron le fait qu’il devait faire des "concessions" 8. À ce moment là, les médias se lamentaient du fait que les gilets jaunes n’avaient pas de leaders "avec qui négocier" tout comme du fait que les syndicats étaient discrédités et impuissants. Ce n’est qu’à la veille au soir de la manifestation du 8 décembre qu’un véritable premier contact s’est fait avec les principaux porte-paroles des gilets jaunes qui furent reçus par le Premier ministre et qui, à leur sortie, déclarèrent qu’ils attendaient une déclaration de Macron qu’on leur avait promise pour la semaine suivante. Ils lui redonnaient ainsi l’initiative et la contre-offensive politique de l’État se mettaient en place. Les manifestations du 8 furent aussi massives et violentes que celles du samedi précédent. Le lundi 10, Macron annonça une augmentation de 100 euros du SMIC – en fait une prime saurons-nous dans les jours suivants – et quelques autres mesures. En soi, elles ne sont que des concessions marginales même si elles vont contraindre le gouvernement à présenter un déficit budgétaire au-delà des 3% requis par l’Union Européenne 9. Politiquement, elles représentent cependant le premier véritable recul significatif de l’État face à une mobilisation massive depuis... 1968. Mais surtout, à l’occasion du 1er janvier, Macron annonce l’organisation d’un grand débat national planifié jusqu’au 15 mars pour répondre à la revendication des gilets jaunes sur une démocratie directe et, plus particulièrement, sur celle d’un "référendum d’initiative populaire".

    Depuis lors, c’est cette revendication typiquement petite- bourgeoise que l’ensemble de l’appareil d’État a repris à son compte et imposé comme question centrale de la situation faisant passer au second plan, sinon oublier, les revendications d’ordre salarial et de conditions de vie. En parallèle, la gestion des manifestations hebdomadaires s’est limitée alors à la répression violente qui, outre les milliers de victimes graves causés par les flash-ball et les grenades de désencerclement (les deux interdits dans la plupart des pays européens), visait à réduire la popularité massive du mouvement dans "l’opinion publique". En cette occasion, les discours officiels des politiciens, des médias et des éditorialistes rivalisaient d’appel à la répression la plus brutale et de morgue pour ce "peuple stupide, haineux, factieux, voire fasciste" : un ancien ministre de... l’Éducation de Sarkozy, philosophe de profession et grand bourgeois délicat et distingué des beaux quartiers de Paris de son état, appela même les policiers à se servir « de leurs armes une bonne fois ! (...) Ça suffit, ces nervis d’extrême droite et extrême gauche ou des quartiers qui viennent taper des policiers. (...) On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies ! » (Luc Ferry, Radio Classique, 8 janvier 2019). La haine de classe des Versaillais de mai 1871 face aux communards parisiens ne demande qu’à resurgir. Même s’il faut relever que ces discours provocateurs appelant à la répression généralisée et jusqu’au meurtre ont sans doute eu pour effet de participer à relancer la mobilisation des gilets jaunes, il n’en reste pas moins que depuis lors, l’initiative politique est restée dans les mains de la bourgeoisie. L’ensemble de l’appareil d’État s’est alors mobilisé pour focaliser toute la vie politique autour de l’organisation de ce "grand débat" : le président, les ministres, les députés, les préfets, les maires de villes et de villages, les médias, l’ensemble des partis politiques, jusqu’à faire que les gilets jaunes eux-mêmes se divisent entre eux sur le fait d’y participer ou non. Et y compris, ceux qui prônaient la non participation, pensant à juste titre qu’il ne s’agissait que d’un "enfumage", et en l’absence d’autre perspective de lutte, se sont enfermés dans l’impasse en justifiant le maintien des manifestations par la nécessité de faire pression sur le... grand débat ! La boucle est bouclée. Il ne suffit plus que de la serrer petit à petit sans briser la corde par une maladresse 10.

    Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Le terrain est balisé par la bourgeoisie qui détient le timing des
    événements... jusqu’à l’appel du principal syndicat, la CGT, à une journée d’action et de grève pour le 5 février à laquelle les gilets jaunes les plus "radicaux" avec l’aide des trotskistes, NPA en particulier, appellent à se joindre pour une grève illimitée. Au cas où l’incendie reprendrait, le contre-feu est déjà en place. Le tour est joué et tous les terrains sont occupés maintenant par l’ensemble de l’appareil étatique bourgeois. Seules la rage et la colère peuvent maintenir plus ou moins longtemps les mobilisations du samedi.

    Le mouvement des gilets jaunes se trouve donc aujourd’hui dans une impasse politique sans réelle perspective alors même que le gouvernement Macron et, derrière lui, l’ensemble de l’appareil d’État ont repris la maîtrise des événements. Ce qui faisait la force et le dynamisme du mouvement des gilets jaunes dans un premier temps, jusqu’à la déclaration de Macron du 10 décembre pouvons nous dire, est devenu sa faiblesse et ses limites une fois que le gouvernement eut repris l’initiative politique. Son caractère "interclassiste", s’identifiant au peuple français et non à la classe prolétarienne, a alimenté et entretenu les illusions sur la démocratie du peuple, c’est-à-dire de fait la démocratie bourgeoise, et a fait que les revendications de classe qui tendaient à émerger sont maintenant noyées et étouffées au profit d’un référendum d’initiative citoyenne et, finalement, au profit de l’organisation par le gouvernement et l’État d’un grand débat national sur le terrain de la démocratie bourgeoise.

    Or même les comités locaux de gilets jaunes les plus liés à la classe ouvrière, dans les limites de notre connaissance, comme ceux de Commercy et de Saint Nazaire, sont entraînés sur le terrain de l’impasse, de "l’auto-organisation" et de la mystification idéologique de la démocratie au nom du peuple :
    « Depuis Commercy, nous appelons maintenant à une grande réunion nationale des comités populaires locaux. Fort du succès de notre 1er appel, nous vous proposons de l’organiser démocratiquement, en janvier, ici à Commercy, avec des délégués de toute la France, pour rassembler les cahiers de revendications et les mettre en commun. Nous vous proposons également, d’y débattre tous ensemble des suites de notre mouvement. Nous vous proposons enfin de décider d’un mode d’organisation collectif des gilets jaunes, authentiquement démocratique, issu du peuple et respectant les étapes de la délégation. Ensemble, créons l’assemblée des assemblées, la Commune des communes C’est le sens de l’Histoire, c’est notre proposition.

    La mise en place de structures d’auto-organisation telles que les Assemblées Générales est aujourd’hui un enjeu central pour le mouvement des Gilets Jaunes.
    VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, ET POUR LE PEUPLE ! » (Deuxième appel des gilets jaunes de Commercy, 30 décembre 2018 11).

    Dans la confusion générale et l’hétérogénéité sociale qui régnaient, et continue de régner, au sein des gilets jaunes, seul le maintien des revendications salariales, augmentation du SMIC et des salaires, "indexation" des retraites pour ne citer que les principales, peut asseoir leur combat et rejeter le terrain du démocratisme bourgeois dans lequel le "grand débat" veut les enfermer et les étouffer. L’augmentation des salaires et du "pouvoir d’achat" était, est encore au moment où nous écrivons, la seule revendication... politique, celle dans laquelle l’ensemble de la classe prolétarienne peut s’identifier comme classe, qui puisse permettre encore d’opposer une réelle résistance immédiate face à la contre-offensive du gouvernement et de la bourgeoisie.

    Malgré plusieurs conflits ou grèves locales, parfois en lien direct ou indirect avec les gilets jaunes, la classe ouvrière comme telle, à partir de ses lieux de travail et comme classe, n’est pas entrée directement en lutte. À l’exception de peu, trop peu, d’exemples comme ces jours-ci les débrayages chez Arc International dans la ville d’Arques dans le Nord, ou encore ceux à l’entrepôt Geodis à Bonneuil en région parisienne, les occupations de bureaux de Pole emploi à Vitry, à Rennes, à Lorient, les actions de gilets jaunes auprès des hôpitaux (informations reprises du Collectif Agitation et Gilets Jaunes IDF)12. C’eut été alors fournir une autre perspective à la révolte sociale qui eut pu briser le cadre et le timing du "grand débat" en imposant les revendications de classe comme question centrale. C’était là la seule voie. C’est toujours là la seule voie même si, chaque jour passant, elle devient plus improbable.

    Nous n’étions pas les seuls à avancer le mot d’ordre appelant à la constitution de comité de lutte ou de travailleurs pour lutter pour cette perspective qui aurait pu déplacer le cadre et les termes politiques de l’affrontement imposé par le gouvernement et la bourgeoisie depuis le 10 décembre. Force est de constater, dans la limite de nos connaissances, qu’il ne s’est pas réalisé. Et qu’ainsi aucune alternative politique réelle de classe n’a pu être présentée et, encore moins, représenter un facteur matériel de la situation.

    Pour autant ce mouvement des gilets jaunes, qu’il perdure ou non encore des semaines, marque un avant et un après dans la dynamique même du conflit de classe en France et une référence pour le prolétariat international. En particulier, au grand dam des syndicats et de leur tactique de journée d’action, il a montré qu’un mouvement "incontrôlé" et sans organisation – incontrôlé et inorganisé du point de vue de l’État et de l’idéologie bourgeoise – pouvait faire reculer la bourgeoisie 13. Il a montré aussi que le refus de subir la menace et la violence répressive de l’État, la volonté de ne pas céder à la répression et de continuer à manifester massivement malgré les risques, pouvait obliger la bourgeoisie à céder, dans certaines conditions et moments, à des revendications. Enfin, cet épisode particulier de la lutte des classes a fait entrer dans le combat des couches et des générations de prolétaires qui restaient à ce jour étrangères à celui-la et dont nous ne pouvons préjuger de l’expression dans les combats à venir tout comme de la prise de conscience. Il est trop tôt pour en déduire qu’une nouvelle génération de militants révolutionnaires puisse, directement ou indirectement, en émerger mécaniquement.

    C’est pourtant aussi à cette tâche que les révolutionnaires doivent s’atteler par la propagande et l’intervention. La (notre) faiblesse et la (notre) quasi absence des communistes comme force matérielle politique dans les manifestations et sur les ronds-points, aussi difficile une intervention active était-elle vu les réticences politiques des gilets jaunes et leur "interclassisme" affiché, est un élément de faiblesse, non pas en soi de ce mouvement en particulier qui ne fait que le souligner, mais du rapport de force international et historique actuel entre les classes. Nous ne développons pas plus ce point dans le cadre de ce communiqué dont l’objet immédiat se limite à la fois à fournir un positionnement immédiat sur la situation pour tous ceux qui y sont directement intéressés et pour l’ensemble du camp révolutionnaire international.

    Le GIGC, le 27 janvier 2019.
    Révolution ou Guerre # 11
    www.igcl.org

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    7 . Des États-Unis à la Chine, en passant par l’Afrique et tous les continents, grèves et conflits tendent à se multiplier ces derniers mois...

    8 . À ce titre, si le gouvernement et Macron ne comprirent pas ce qui se passait jusqu’au 10 décembre, l’appareil d’État comme un tout, à commencer par sa police, en passant par les syndicats et jusqu’aux autres forces politiques bourgeoises (dont l’ancien parti de Sarkozy mais aussi le PS) n’a à aucun moment perdu le contrôle de la situation. Contrairement à ce que des médias laissaient à entendre, nous étions loin d’une situation insurrectionnelle, voire révolutionnaire, même au plus fort des affrontements du 2 décembre. Macron et le gouvernement ont vacillé. Pas l’appareil d’État comme un tout, loin s’en faut.

    9 . Macron s’était engagé à la respecter... surtout pour asseoir son crédit international – impérialiste – auprès de la bourgeoisie allemande. De ce point de vue, le mouvement des gilets jaunes a affaibli le crédit et l’autorité de Macron auprès de ses alliées européens censé redonner à l’impérialisme français une place plus centrale, en particulier pour animer le renforcement de l’axe impérialiste germano-français.

    10 . Hier, 26 janvier, un des porte-paroles très populaire et "pacifiste", Jérôme Rodrigues a reçu un tir de flashball à l’œil alors qu’il filmait la scène – un Facebook live – et qu’il appelait les gilets jaunes à quitter la place de la Bastille. Et alors qu’il n’y avait aucun affrontement ou danger quelconque pour les policiers
    à ce moment-là . Il risque de le perdre définitivement et a été mis sous coma artificielle selon la presse de ce matin. Un tel dérapage peut très bien occasionner un sursaut de la mobilisation, voire en changer les termes et le timing tels que le gouvernement a réussi à les installer jusqu’alors.

    11 . cf le compte-rendu "à chaud", aujourd’hui même, de la réunion pour une coordination nationale des gilets jaunes à l’appel de Commercy réalisé par Matière et Révolution : https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5237.

    12 . La diffusion de ce tract Place de la République le 26 janvier, là où devait se réunir les gilets jaunes après la manifestation, a été interdite par des gilets jaunes : « pas de politique au sein des gilets jaunes ! ». S’en est suivi une discussion difficile dans laquelle nous étions peu à critiquer cet "apolitisme" primaire et à argumenter sur la nécessité de s’emparer à bras le corps de la dimension politique de classe dans cette lutte comme dans toute lutte...

    13 . Nous-mêmes avions sous-estimé les potentialités de ce mouvement et écarté, trop rapidement, toute possibilité de "gain" pour les prolétaires dans notre communiqué du 2 décembre :
    « Sur ce terrain, les ouvriers qui s’y retrouvent isolés et noyés en tant que prolétaires dans une masse aux intérêts hétérogènes et même souvent contradictoires, isolés et noyés dans le "peuple", ne gagneront rien ». L’affirmation tranchée, sans doute car nous
    étions prisonniers d’un schéma, fut démentie par la réalité – du moins en partie. Le fait que nous n’ayons pas été les seuls à nous tromper sur ce point précis, n’enlève rien à la nécessité de comprendre où se situe l’erreur et quelle est sa dimension. En particulier, nous ne pensons qu’elle remette en cause l’analyse générale de ce mouvement et de ses limites du fait de son "interclassisme".

  • DÉPASSER LES GILETS JAUNES

    Ce qui ne va pas chez les gilets jaunes, c’est le gilet jaune, cette appartenance dans l’uniformisation de l’apparaître, l’image de soi plus importante que les actes, l’apparence d’une révolution sans avoir à la faire, le mouvement comme spectacle du changement, la transformation en représentation sans avoir à changer de forme, le conservatisme réformiste rejetant toute critique révolutionnaire.

    Pour ne pas disparaître dans cette récupération d’apparat, il s’agit de libérer le mouvement de sa soumission au système d’exploitation capitaliste et permettre ainsi son dépassement émancipateur. Le débordement de ce mouvement immobile est le commencement nécessaire à un changement de perspective.

    Le système n’est pas réformable, il suit sont développement technologique irréversible. Seule une remise en cause globale sans équivoque peut permettre le début d’un changement effectif de nos vies, par l’appropriation du pouvoir de décision sur nos conditions d’existence et la libre auto-organisation égalitaire, tout en renversant la dictature économique qui nous détruit et intoxique notre monde.

    La révolution n’appartient à personne, sinon à tous ceux qui la font, elle sera de toutes les couleurs ou ne sera pas !

    Lukas Stella
    http://inventin.lautre.net/linvecris.html

  • AU SUJET DU GRAND DÉBAT MACRONIEN…

    Macron envisage surtout dans sa « lettre » du 13 janvier cette consultation comme une discussion technique autour de questions administratives. Quand les GJ parlent d’ISF, il ne répond que du point de vue technocratique de la rentabilité de cet impôt, il ne répond pas justice fiscale. Quand il élude la question fondamentale de la définition d’un minimum de vie décent, il ne répond que grands équilibres macro-économiques. A ce titre, la banderole du cortège des GJ de Bourges (acte IX) : « quand on te dit, nous ce qu’on veut c’est pouvoir bouffer jusqu’à la fin du mois, c’est quoi le mot que tu comprends pas ? », est tout à fait révélatrice d’une incapacité totale du pouvoir à comprendre le quotidien vécu des gens.

    Ce qu’il souhaite c’est discuter le bout de gras autour de questions aussi triviales que possibles, forcer le mouvement social à se mouiller sur des propositions bureaucratiquement « réalistes », et de laisser les grandes questions éthiques comme la justice, l’égalité, la dignité, le sens de la vie, etc., aussi loin que possible loin de toute interrogation de fond.

    L’entourloupe du débat macronien réside dans sa tentative de faire émerger chez les citoyens un flot de propositions prétendument « concrètes » pour noyer la question de la légitimité de l’insatisfaction générale, et ne surtout pas aborder ces questions au seul niveau où elles peuvent être traitées : celui de l’émergence nécessaire de droits universels, droits qui reposent sur l’égalité de tous. Plus les propositions et avis particuliers seront nombreux, plus ils ont de chances d’être contradictoires, et plus il pourra justifier la nécessité technique où il se trouvera de devoir donner une cohérence à ce qui sera présenté certes comme la richesse de l’expression populaire, mais qui telle un jardin en friche devra être réorganisée par un chef jardinier compétent. On devine déjà lequel.

    Quand le pouvoir prétend que la démocratie directe n’est pas possible, pas réaliste, il dit que des millions de citoyens ne peuvent pas tous avoir les compétences techniques nécessaires pour juger de la pertinence technique des politiques mises en œuvre. Par contre, ce qu’il ne dit jamais, c’est que les citoyens ont la légitimité politique pour juger du caractère juste ou injuste, éthique ou non, égalitaire ou non, universel ou pas, des décisions prises. Ce n’est pas parce qu’un pouvoir donné est élu, en général sur de grands principes (encore que cela est de moins en moins vrai, tellement les postulants au pouvoir ne font que nous vendre un catalogue de mesures techniques à la place de l’expression claire et intelligible des principes qu’ils prétendent mettre en œuvre) que les mesures qui traduisent, selon eux, ces grands principes doivent nécessairement et automatiquement y être conformes.

    Le pouvoir représentatif, quoi qu’on en pense par ailleurs, confond sa légitimité légale issue des élections avec la légitimité automatique de la politique qu’il mène : la légitimité du jugement citoyen permanent de l’action gouvernementale devrait pourtant relever de l’évidence démocratique. C’est un abus extraordinaire de considérer les citoyens essentiellement comme des usagers ou des clients, c’est la constatation quotidienne de la négation de leur souveraineté.

    Le pouvoir doit être pris au mot lorsqu’il nous affirme qu’il n’est plus possible de rémunérer « dignement » le travail salarié, que l’augmentation du salaire minimum est devenue économiquement insoutenable : cela veut en effet dire que le contrat social tacite tel qu’il s’est constitué depuis la dernière grande guerre mondiale, contrat implicite qui reposait sur un certain partage minimal des fruits économiques de la croissance (quoi qu’on puisse en penser) n’est plus pertinent. S’il n’est plus possible de permettre aux gens qui travaillent de vivre avec un minimum de décence de leur salaire, cela veut dire que le travail salarié ne peut plus être la base du vivre ensemble. La chasse aux sorcières (au sens propre de l’expression) faite à l’encontre des chômeurs, des pauvres, des exclus et précaires de toutes sortes, au nom du Travail, du travail considéré comme une abstraction idéalisée, et non dans sa réalité vécue, relève donc bien d’une logique inquisitoriale (au sens religieux du terme). Le pouvoir attaque les exclus du salariat en tant que responsables individuels de leur situation (comme il vient encore un fois de le faire à Gasny en parlant de ces assistés qui déconnent), pour masquer, pour tromper, pour mentir, pour faire oublier que la légitimité temporaire accordée à leur position de gouvernant (quoi qu’on en pense), ne tient qu’à sa capacité à faire vivre cette promesse de pouvoir donner à tout le monde du travail qui permette de subvenir à ses besoins.

    Le scandaleux forcing médiatique du pouvoir contre les pauvres est donc directement une tentative pour justifier son irresponsabilité : si les pauvres étaient responsables de leur situation, cela voudrait dire que les pauvres seraient foncièrement responsables de la pauvreté elle-même, que ce sont les pauvres qui seraient responsables de la situation économique difficile du pays, que ce seraient les pauvres qui empêcheraient le pouvoir de garantir au monde de l’économie le minimum de stabilité dont il a besoin pour ses affaires. Bref, si le pays va mal ce serait d’abord parce qu’il y a des pauvres qui ne veulent pas travailler ! Non, non et encore non. Accepter l’idée que les pauvres sont fondamentalement responsables de leur situation, alors qu’ils n’ont aucune responsabilité et aucun droit de regard effectif sur le fonctionnement réel de l’économie et des entreprises, relève d’une stratégie consciente de division de la population, de stigmatisation de l’exclusion, qui empêche de traiter la pauvreté comme un problème interne grave du fonctionnement soi-disant « normal » de la société. C’est oublier un peu vite que s’il y a des pauvres c’est d’abord essentiellement parce qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde, quoi qu’en dise le gouvernement, et que la règle du jeu, à l’origine du chômage, c’est toujours, depuis toujours, de rémunérer les salariés le moins possible. On nous répète tous les jours, sur tous les tons, que le travail est un marché, c’est-à-dire que celui qui est embauché est par principe celui qui accepte de travailler moins cher que son voisin à compétences égales. On nous dit aujourd’hui que pour s’en sortir il faut acquérir plus de compétences que son voisin. Ce qu’on ne dit jamais c’est ce que devient ce voisin.

    La force du mouvement des GJ réside précisément dans le fait qu’il n’est pas vraiment dans ce registre : il revendique « simplement » de pouvoir vivre de son travail. Si une telle revendication est aujourd’hui si explosive, si scandaleuse, c’est parce qu’elle heurte de front une réalité devenue fondamentale, incontournable : le travail ne paie plus, le travail ne permet plus de vivre, il n’y a plus assez de travail pour tout le monde ! Si ce mouvement est si extra-ordinaire c’est précisément qu’il pose avec raison la question de la qualité nécessaire de la vie quotidienne comme préalable à toute discussion générale. Cette attitude a le mérite de court-circuiter toutes les justifications traditionnelles, politiques et économiques, des gouvernants : et l’objectif du grand débat macronien est bien de tenter de réinscrire l’insatisfaction existentielle des GJ dans le carcan des discours conventionnels qui, absolument tous, reposent sur la nécessité d’accepter de remettre à plus tard la résolution du mal-vivre quotidien, au nom de prétextes sur lesquels les pauvres n’ont pas de prise. L’argument central serait que les caisses sont vides : mais si elles le sont réellement, si on n’a aucune chance d’être payé en retour pour nos sacrifices, c’est encore bien pire, et les GJ rajouteraient une couche supplémentaire de légitimité à leur action ! La vie n’aurait alors d’évidence plus aucun sens.

    Ce grand débat est bien un piège redoutable car il s’agit soit de noyer le mal-vivre global exprimé par les GJ dans une infinité de réponses sectorielles, soit de disqualifier ce mal-vivre au prétexte qu’il n’a pas de revendications réalistes car il ne réussit pas à s’inscrire dans un traitement technocratique. Le piège est de chercher à faire croire que si le mouvement des GJ ne réussit pas à s’inscrire dans le grand débat dans un premier temps, dans le processus électoral dans un deuxième, c’est qu’il n’y aurait pas d’autre alternative à l’organisation actuelle du pouvoir et de l’économie. Le piège c’est d’amener à penser que ce seraient les hommes qui devraient être au service de l’économie, et non l’inverse, que ce seraient les citoyens qui devraient être au service de l’état, et non l’inverse.

    La force actuelle du mouvement des GJ est de ne pas se rendre aux raisons économiques qui empêchent de rémunérer décemment le travail salarié, et de refuser toutes les fausses raisons qui justifieraient cette situation : c’est cela sa seule vraie force, et c’est celle-ci qui fait trembler le pouvoir, le terrorise et explique le degré de violence, verbal, institutionnel et policier, de ses réponses.

    Louis, Colmar, janvier 2019

  • APPEL DE LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE DES ASSEMBLÉES DES GILETS JAUNES

    Nous, Gilets Jaunes des ronds-points, des parkings, des places, des assemblées, des manifs, nous sommes réunis ces 26 et 27 janvier 2019 en « Assemblée des assemblées », réunissant une centaine de délégations, répondant à l’appel des Gilets Jaunes de Commercy.

    Depuis le 17 novembre, du plus petit village, du monde rural à la plus grande ville, nous nous sommes soulevés contre cette société profondément violente, injuste et insupportable.

    Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous nous révoltons contre la vie chère, la précarité et la misère. Nous voulons, pour nos proches, nos familles et nos enfants, vivre dans la dignité. 26 milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable.
    Partageons la richesse et pas la misère ! Finissons-en avec les inégalités sociales !

    Nous exigeons l’augmentation immédiate des salaires, des minimas sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous.

    C’est pour tous ces droits que nous occupons quotidiennement des ronds-points, que nous organisons des actions, des manifestations et que nous débattons partout. Avec nos gilets jaunes, nous reprenons la parole, nous qui ne l’avons jamais.
    Et quelle est la réponse du gouvernement ? La répression, le mépris, le dénigrement.

    Des morts et des milliers de blessés, l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent. Plus de 1000 personnes ont été arbitrairement condamnées et emprisonnées. Et maintenant la nouvelle loi dite « anti-casseur » vise tout simplement à nous empêcher de manifester. Nous condamnons toutes les violences contre les manifestants qu’elles viennent des forces de l’ordre ou des groupuscules violents. Rien de tout cela ne nous arrêtera !
    Manifester est un droit fondamental. Fin de l’impunité pour les forces de l’ordre !
    Amnistie pour toutes les victimes de la répression !

    Et quelle entourloupe que ce grand débat national qui est en fait une campagne de
communication du gouvernement, qui instrumentalise nos volontés de débattre et décider !
    La vraie démocratie, nous la pratiquons dans nos assemblées, sur nos ronds-points, elle n’est ni sur les plateaux télé ni dans les pseudos tables rondes organisées par Macron.

    Après nous avoir insultés et traités de moins que rien, voilà maintenant qu’il nous présente comme une foule haineuse fascisante et xénophobe. Mais nous, nous sommes tout le contraire : ni raciste, ni sexiste, ni homophobe, nous sommes fiers d’être ensemble avec nos différences pour construire une société solidaire.

    Nous sommes forts de la diversité de nos discussions, en ce moment même des centaines d’assemblées élaborent et proposent leurs propres revendications. Elles touchent à la démocratie réelle, à la justice sociale et fiscale, aux conditions de travail, à la justice écologique et climatique, à la fin des discriminations. Parmi les revendications et propositions stratégiques les plus débattues, nous trouvons : l’éradication de la misère sous toutes ses formes, la transformation des institutions (RIC, constituante, fin des privilèges des élus…), la transition écologique (précarité énergétique, pollutions industrielles…), l’égalité et la prise en compte de toutes et tous quelle que soit sa nationalité (personnes en situation de handicap, égalité hommes-femmes, fin de l’abandon des quartiers populaires, du monde rural et des outres-mers…).

    Nous, Gilets Jaunes, invitons chacun avec ses moyens, à sa mesure, à nous rejoindre. Nous appelons à poursuivre les actes (acte 12 contre les violences policières devant les commissariats, actes 13, 14...), à continuer les occupations des ronds-points et le blocage de l’économie, à construire une grève massive et reconductible à partir du 5 février. Nous appelons à former des comités sur les lieux de travail, d’études et partout ailleurs pour que cette grève puisse être construite à la base par les grévistes eux-mêmes. Prenons nos affaires en main ! Ne restez pas seuls, rejoignez-nous !

    Organisons-nous de façon démocratique, autonome et indépendante ! Cette assemblée des assemblées est une étape importante qui nous permet de discuter de nos revendications et de nos moyens d’actions. Fédérons-nous pour transformer la société !

    Nous proposons à l’ensemble des Gilets Jaunes de faire circuler cet appel. Si, en tant que groupe gilets jaunes, il vous convient, envoyez votre signature à Commercy (assembleedesassemblees@gmail.com). N’hésitez pas à discuter et formuler des propositions pour les prochaines « Assemblées des assemblées », que nous préparons d’ores et déjà.

    Macron Démission ! Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple.

    Appel proposé par l’Assemblée des Assemblées de Commercy.
    Il sera ensuite proposé pour adoption dans chacune des assemblées locales.

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    Appel ouvert à signatures : si votre rond-point/groupe GJ local/assemblée GJ locale se reconnaît dans cet appel, envoyez votre signature à assembleedesassemblees@gmail.com !

    Signez la pétition :
    https://www.change.org/p/le-peuple-appel-de-la-première-assemblée-des-assemblées-des-gilets-jaunes

    https://www.youtube.com/watch?v=gJI5_us3RJI

  • ON NE DISCUTE PAS AVEC UN LBD POINTÉ SUR LA TEMPE

    Si chaque Acte devait avoir un rôle depuis le début du mouvement, celui de l’Acte X fut peut-être de faire passer au second plan le démarrage du « grand débat national » lancé par Macron. En essayant d’analyser la fausse distinction entre parole et action ou débat et manifestation, cet article pose trois conditions sans lesquelles il paraît difficile d’envisager un vrai débat : le désarmement de la police (car « on ne discute pas avec un LBD pointé sur la tempe »), l’amnistie des prisonniers du mouvement (puisque « c’est aussi avec eux que nous voulons débattre ») et la destitution de Macron et de son gouvernement (étant donné qu’ils l’empêchent physiquement et en faussent les termes). Autant dire que, si débat il doit y avoir, il est à chercher ailleurs que dans les salles qui seront gentillement mises à disposition des citoyens les prochaines semaines.

    Mardi devait commencer le grand débat national annoncé par Macron dans son discours de décembre. Il va de soi que ce grand débat a commencé depuis bien plus longtemps, sans que le gouvernement ne s’en aperçoive. Et pour cause, les Gilets Jaunes parlent une langue incompréhensible pour le pouvoir : ce n’est ni la langue des partis, ni celle des syndicats et pas même celle de représentants habilités à porter la parole des autres. Dès le 17 novembre, partout en France et même ailleurs des milliers de gens se retrouvent, se parlent, manifestent, affrontent les forces de l’ordre, bloquent des camions et rendent des péages gratuits. À ne pas comprendre que les blocages, les affrontements, la casse ou encore les pillages sont aussi des moyens d’expression, des propositions concrètes d’une autre façon de vivre (moins pauvre, plus courageuse, plus solidaire, loin des banques et, pourquoi pas, sans police), à jouer le jeu du dialogue contre la violence, le gouvernement rejoue une énième fois le jeu de la division. Il y aura ceux qui débattent et ceux qui manifestent, ceux qui parlent et ceux qui s’affrontent. Aux uns on donnera des salles pour qu’ils parlent autant qu’ils veulent et face aux autres on durcira toujours plus la répression. Surtout, la répression sera d’autant plus justifiée contre ceux qui n’ont pas voulu débattre : ils ne cherchent donc qu’à casser ou à se battre et n’ont rien à dire.

    Sauf que ce jeu a cessé de fonctionner. D’abord, évidemment, parce que tout le monde a subi la violence du maintien de l’ordre ces dernières semaines : tout le monde, ou presque, a avalé des gaz, reçu des balles de LBD, des grenades, pour le simple fait d’être sorti dans la rue. En manifestation, la chose est désormais claire, il n’y a plus ceux qui manifestent pacifiquement et ceux qui cassent, il y a ceux qui ont un LBD et ceux qui ont un Gilet Jaune, répartis d’un côté et de l’autre de la barricade. Si, tout d’un coup, le camp d’en face nous tend la main gauche en proposant un débat national sans lâcher, dans sa main droite, le LBD qui vise notre tête, il faudrait être fou pour y croire. D’ailleurs, personne n’y croît. On ne discute pas avec un LBD pointé sur la tempe.

    Ensuite, comment faire valoir si nettement une différence entre la parole et la violence dans un mouvement qui a baptisé « Acte » chaque nouvelle journée de mobilisation ? À chaque Acte, il se passe quelque chose, les mots et les colères prennent corps et les corps se libèrent tous les jours un peu plus. Que des actes soi-disant violents soient aussi une manière de dire quelque chose, rien ne l’a rendu plus évident que la journée du 1er décembre, ou l’Acte III, comme on dit maintenant. Macron ne s’y est pas trompé : c’est seulement après que des gens ont commencé à se soulever, à attaquer des préfectures, des policiers et des gendarmes dans le pays entier, après que l’Arc-de-Triomphe a été recouvert de tags et des sculptures brisées que notre cher Président a daigné lever un sourcil, depuis l’Argentine lointaine. Sans ces gestes et tant d’autres qui les accompagnèrent, il n’y aurait peut-être jamais eu de grand débat national. Tant que cela n’est pas reconnu, autrement dit tant qu’on continue de traiter en criminels les acteurs de ce mouvement, quels qu’ils soient, il ne peut y avoir de débat. Ce n’est pas simplement une question de principe, c’est aussi une question de bon sens : des gens sont en prison et, de là, ils ne peuvent pas parler. Or c’est aussi avec eux que nous voulons débattre. Un vrai débat ne peut avoir lieu qu’en passant par l’amnistie de tous les prisonniers du mouvement.

    Enfin, la fausse division entre dialogue et violence ne fonctionne pas lorsque tout le langage présidentiel est habité de façon si criante par la violence sociale et symbolique. Lorsque Macron annonce qu’il faut savoir aller dans le sens de l’effort ou encore qu’il y a des pauvres « qui déconnent », il envoie, comme on dit, des « punchlines », c’est-à-dire des mots, des phrases, des expressions qui possèdent de la force et exercent une certaine violence. Qu’il y a dans toutes ces punchlines un mépris évident, Macron le reconnaît lui qui s’en est même excusé lors de son discours de décembre. Mais on n’apprend pas une nouvelle langue si facilement, surtout quand on n’a pas envie d’apprendre : il n’a pas fallu longtemps avant d’entendre à nouveau ces petits mots mesquins. Levons d’emblée toute équivoque : loin de nous l’envie d’ôter au langage toutes ses potentialités, toute la force des mots. Il s’agit simplement de l’assumer. Assumer que des mots peuvent porter des coups pour mieux faire voir à quel point est vaine la distinction entre dialogue et violence qu’on tente actuellement de nous faire avaler. On gagne ainsi en clairvoyance : quand Macron lâche, en ouverture du grand débat national, qu’il faut responsabiliser les pauvres et qu’il y en a qui déconnent sans dire un mot de l’évasion fiscale ou des députés qui emploient toute leur famille comme assistants parlementaires, il défend un parti contre un autre.

    Restituer au langage sa force, c’est simplement se rendre capable de déceler des prises de partis, des camps, là où on aimerait faire croire qu’il n’y a que des symboles et, éventuellement, des erreurs. Cela accepté, les distinctions se dessinent autrement : il n’y a plus ceux qui débattent et les violents, il y a ceux qui défendent le camp du gouvernement et des puissants de ce monde et ceux qui cherchent à vivre, parler et penser différemment. Non pas simplement deux partis : d’un côté, il y a le gouvernement, ses armes et ses intérêts ; mais de l’autre, il y a une multitude de gens, pas tous d’accord, qui en ont marre que les premiers leur marche dessus. Entre ces derniers, le débat a lieu depuis plusieurs mois : sur les ronds-points, entre les Gilets Jaunes et avec les voitures et camions bloqués, dans les manifestations, entre ceux qui s’attaquent aux symboles de l’État et ceux qui s’attaquent aux supports de l’économie, entre les différentes options stratégiques ou encore entre ceux qui chantent la marseillaise et ceux pour qui ce chant est intolérable. Ces opinions ne se valent pas, ne sont pas toutes acceptables ni acceptées mais elles entrent en débat, parfois violemment, sans l’entremise des Flashball et des grenades. Et cela change tout : quand on ne s’adosse pas à la « légitimité » étatique, quand la prémisse de notre action n’est pas que l’on sera couverts par la hiérarchie, on réfléchit un peu plus à ce qu’on dit et à ce qu’on fait. Qu’est-il advenu de ce gigantesque espace de débat ? Les ronds-points, même ceux qui ne bloquaient plus depuis longtemps (que pouvait-on y faire, alors, à part débattre, justement ?), ont été expulsés un à un, les manifestations ont été réprimées dans le sang et on s’attaque également à ceux qui appellent à des rassemblements sur Facebook.

    En fait de débat, Macron et son gouvernement font donc deux choses : ils l’empêchent physiquement et en faussent les termes. En proposant lui-même les questions, les axes et donc les termes du débat, il a fait en sorte que nous soyons obligés de parler sa propre langue. Mais nous ne la parlons pas et, surtout, n’avons aucune envie de l’apprendre. Cela reviendrait encore à quémander, à attendre que d’autres, plus puissants, en haut, s’occupent de nous, plus faibles, en bas. Au contraire, pour affiner toujours plus le débat au sein même de la multitude, il nous apparaît donc évident que la destitution de Macron et de son gouvernement en est un pré-requis. Rien d’original : la démission du président est dans toutes les bouches et le mouvement ne semble pas lui avoir nommé un successeur.

    Désarmement des forces de l’ordre, amnistie des prisonniers du mouvement et destitution de Macron et du gouvernement. Trois conditions évidentes en dehors desquelles on ne peut discuter réellement. Ou plutôt, trois conditions pour continuer à débattre comme nous le faisons depuis le début et le faire de mieux en mieux. Ces trois points ne se demandent pas (qui pourrait bien nous les octroyer ?) : ils s’obtiennent ou ne s’obtiennent pas, en continuant le combat en cours.

    https://lundi.am/3-conditions-pour-la-suite-du-debat-en-cours

  • NOTRE LETTRE AUX FRANÇAIS

    Qu’avons nous fait de nos aventures ? Éteintes les lumières de l’enfance et le vrai goût du jeu. Il se fait tard, et il fait froid sur notre jeunesse. Aurions-nous perdu l’espoir de nous-mêmes ?

    Nous sommes à un croisement : ou bien tout reprendre, ou tout perdre. Il ne reste plus beaucoup de temps. On ne compte plus les vaincus de la vie courante, et d’autres que l’ennui déborde déjà. À nous de ne pas en être. À nous d’aller réveiller les morts.
    Mais que sommes-nous devenus ? Des pirates qui se contentent du port, des marins sans large, des ivrognes, des couche-tôt, des lâches.

    Ce que nous ne ferons pas nous rongera de l’intérieur, plus vite qu’on ne le croit. Des gens comme nous ne se nourrissent pas du petit lait de l’existence. Reprenons vite, tout n’est pas perdu. Ce n’est qu’un prélude, et il faut faire le concert de l’histoire. Si nous secouons le ciel assez fort, il en tombera des étoiles.

    Véloce, 13 janvier 2019
    http://www.lisez-veloce.fr/tracts-2019/notre-lettre-aux-francais