• #Évasion_fiscale. 825 milliards manquent à l’Europe | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/evasion-fiscale-825-milliards-manquent-leurope-667176

    Une nouvelle enquête, publiée le 23 janvier par Richard Murphy, spécialiste de la fiscalité à l’université de Londres, et commandée par le groupe parlementaire socialiste au Parlement européen, estime qu’en 2015, l’évasion fiscale a représenté entre 750 et 900 milliards d’euros de manque à gagner pour les États membres de l’Union européenne (nous avons retenu pour le titre de l’article et l’infographie ci-contre la moyenne de l’estimation soit 825 milliards d’euros – Ndlr). Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, l’Italie a perdu 190 milliards d’euros, la France près de 120 milliards, alors que Malte, paradis fiscal notoire, quasiment rien.


  • « L’industrie minière crée des phénomènes qu’elle ne sait pas maîtriser »
    http://www.zite.fr/systext

    Le 25 janvier dernier, le barrage d’une mine de fer de la multinationale Vale s’effondre à Brumadinho dans l’État du Minas Gerais au Brésil, causant des centaines de morts. Au cours des 10 dernières années, 44 accidents de ce type ont eu lieu de par le monde, produisant des pollutions majeures et irréversibles. On se souvient, en 2015, des images ahurissantes de la coulée de déchets miniers toxiques qui a déferlé sur le fleuve Rio Doce suite à la rupture d’un barrage similaire dans le même Etat brésilien. Dans un entretien paru dans le #Z12, les ingénieurs en révolte du collectif SystExt expliquent, à partir du cas de l’or, pourquoi la démultiplication des mines industrielles entraîne des pollutions de plus en plus destructrices.

    Propos recueillis par Celia Izoard Illustrations : Laura Pandelle

    À quoi sert (...)

    #Article_à_la_Une #Non_classé



  • We may be overestimating the carbon cleanup power of trees | #Anthropocene
    http://www.anthropocenemagazine.org/2019/01/weve-been-overestimating-how-much-trees-can-do-to-save-us-from

    Both papers also suggest that plants’ capacity to sop up excess carbon dioxide from the #atmosphere is finite. After all, trees evolved for thousands of generations in an atmosphere containing less than 290 parts per million of carbon dioxide; current atmospheric carbon dioxide is at 405 parts per million. “There is a point at which the photosynthesis apparatus saturates,” says Boucher, comparing the situation to a person fed 6 meals a day rather than the usual 3. “The photosynthetic system just can’t take it anymore.”

    Green J.K. et al. “Large influence of soil moisture on long-term terrestrial carbon uptake.” Nature 2019.

    Giguere-Croteau C. et al. “North America’s oldest boreal trees are more efficient water users due to increased [CO2], but do not grow faster.” Proceedings of the National Academy of Sciences 2019.

    #co2 #carbone #plantes #arbres #sols #photosynthèse #climat #capitalocène


  • Suicides d’agriculteurs, l’hécatombe silencieuse
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/01/31/suicides-d-agriculteurs-l-hecatombe-silencieuse_5416940_3224.html

    Hommes ou femmes, ils sont de plus en plus nombreux à mettre fin à leurs jours en France. Même si des structures ont été mises en place pour leur venir en aide, le malaise est profond.

    #paywall


  • https://www.joelsternfeld.net

    Site que je découvre grâce à @sarah4 à propos de Joel Sternfeld, immense photographe américain, notamment des années septante, et qu’on tarde encore à découvrir en France, alors que cela fait quarante ans que les musées américains notamment se l’arrachent (à raison).


  • Le sol toxique des villes
    https://laviedesidees.fr/Le-sol-toxique-des-villes.html

    Cet ouvrage s’inscrit dans le sillage de travaux d’écologie politique qui estiment que l’on accorde trop d’attention aux déchets de la consommation, pas assez à ceux de la production. Construisant leurs propres données concernant quatre villes des États-Unis, Frickel et Elliott démontrent quantitativement l’ubiquité de la menace représentée par les #sols pollués, mais analysent également les raisons de son invisibilité. Ils dénoncent ainsi, de manière policée mais ferme, la faillite des agences règlementaires en charge de cette question. Celles-ci ne se focalisent que sur la pointe émergée de l’iceberg toxique, c’est-à-dire les sites sur lesquels des établissements de grande taille ont opéré pendant de longues périodes, en ignorant la multitude de sites plus petits et plus éphémères mais dont rien ne permet de dire qu’ils sont moins polluants.

    [...] Si les agences ne voient pas cette #pollution potentielle, peut-on en dire autant des riverains ? Pour répondre à cette question, les deux sociologues ont tiré au sort de manière aléatoire une centaine de parcelles potentiellement polluées pour chacune des quatre villes étudiées, puis ont envoyé leur équipe constater quels en étaient les usages aujourd’hui. Ce second volet de l’étude objective qu’au moins 75 % des parcelles qui ont eu un usage industriel sont aujourd’hui dédiées à un autre usage. En d’autres termes, elles ne présentent plus les signes – friche, hangars en ruine... – qui auraient pu alerter sur la dangerosité potentielle des sols. Plus encore, 16 à 30 % des parcelles potentiellement polluées sont dédiées aujourd’hui à un usage résidentiel ou “public” (civic), par exemple un parc. Si le site ne ressemble plus à ce qu’il était, ne reste-t-il pas néanmoins la mémoire des riverains les plus anciens ? C’est ici que le constat d’une rotation résidentielle élevée prend toute son importance. À mesure que les anciens habitants déménagement, la mémoire de la pollution des sols s’étiole.


  • Près de Commercy, l’assemblée des Gilets jaunes refonde la démocratie
    28 janvier 2019 / Pascal Hennequin et Hervé Kempf (Reporterre)
    https://reporterre.net/Pres-de-Commercy-l-assemblee-des-Gilets-jaunes-refonde-la-democratie

    À Sorcy-Saint-Martin, le 27 janvier, près de 75 délégations des Gilets jaunes de toute la France ont adopté un Appel. Mettant en avant la revendication du partage des richesses, l’assemblée ambitionne de donner un cadre au mouvement, tout en respectant scrupuleusement son exigence démocratique. (...)


  • #Santé. #Médicaments : une #pénurie en bande organisée | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/sante-medicaments-une-penurie-en-bande-organisee-666799

    «  Près de 40 % des médicaments finis commercialisés dans l’UE proviennent de pays tiers  », pointe ainsi l’Agence européenne du médicament. De même, 35 % des matières premières utilisées dans la fabrication des médicaments en France dépendent de seulement trois pays  : l’Inde, la Chine et les États-Unis. Une situation de «  perte d’indépendance sanitaire préoccupante  » pour la France et l’Europe, a convenu, en octobre dernier, un rapport du Sénat consacré au sujet.«  La cause numéro 1, c’est la financiarisation de la production de médicaments, appuie Alain-Michel Ceretti. Pour la Bourse, le médicament est une industrie comme les autres, qui doit dégager du profit, et donc rationaliser au maximum. Ce qui veut dire deux choses  : délocaliser la production dans des pays à bas coûts et travailler avec le minimum de stocks.  » Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’à la moindre difficulté, la pénurie s’installe. Parfois, pour longtemps. En 2017, la durée moyenne des ruptures constatées pour les médicaments considérés comme essentiels était de quatorze semaines, vingt-cinq pour les vaccins. Pour le Sinemet, du laboratoire MSD (Merck), les malades de Parkinson devaient se préparer à… sept mois (!) sans leurs cachets, à compter de septembre dernier, pour cause de mise en conformité de l’usine de production, aux États-Unis.



  • Pollution aux particules fines : comment la RATP met en danger la #Santé_des travailleurs et des usagers
    https://www.bastamag.net/Pollution-aux-particules-fines-comment-la-RATP-met-en-danger-la-sante-des

    Dans le métro, ses quais, ses couloirs, l’air est chargé en particules fines. En cause : la pollution du trafic routier qui s’engouffre dans les tunnels, les systèmes de freinage des trains, ou encore les outils utilisés pour les travaux de maintenance, qui fonctionnent au diesel. Conséquence : cinq millions d’usagers respirent quotidiennement des niveaux élevés de particules fines, et une surmortalité chez certains travailleurs, plus exposés que les passagers. Les poseurs de voie, souvent des (...)

    #Décrypter

    / #Luttes_sociales, #Conditions_de_travail, Pollutions , Santé , A la une

    #Pollutions_


  • Toulouse-Blagnac: le scandale Macron - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/240119/toulouse-blagnac-le-scandale-macron

    Décidée en 2014 par Emmanuel Macron, du temps où il était ministre de l’économie, la privatisation de la société de gestion de l’aéroport de Toulouse-Blagnac (SATB) n’aura été qu’une suite interminable de scandales. Et le dernier en date risque d’avoir un retentissement encore plus important que ceux qui l’ont précédé : les actionnaires chinois qui ont racheté à l’État 49,9 % du capital de la société ont en effet décidé de revendre leur part, et de faire au passage une belle galipette financière. Le bilan de l’opération de privatisation est accablant pour le chef de l’État, l’histoire s’apparentant à une opération de prédation sur un bien public.

    • Le journal La Dépêche a révélé, mardi 22 janvier, le projet des actionnaires chinois de la société Casil de rétrocéder pour 500 millions d’euros les 49,9 % des parts de la société de gestion qu’ils avaient acquis en avril 2015, lors de la privatisation voulue par Emmanuel Macron.

      L’actionnaire chinois a mandaté la banque Lazard, dirigée par Matthieu Pigasse (par ailleurs coactionnaire du journal Le Monde), pour chercher un acquéreur au prix de 500 millions d’euros. Ici réside le premier scandale : l’#aéroport de #Toulouse-Blagnac – qui est un bien public, jouant un rôle économique majeur pour la région et ayant des enjeux environnementaux importants pour la ville et le département – va être l’objet d’une galipette financière insensée puisque, en moins de quatre ans, l’acquéreur qui avait déboursé 308 millions d’euros, espère engranger une plus-value de 192 millions d’euros.

      Ce premier scandale a deux facettes : d’abord cela suggère, si l’opération se fait à ce prix, que l’Agence des participations de l’État (APE), dirigée par Martin Vial, le conjoint de la ministre des armées Florence Parly, a bradé un patrimoine public, permettant à l’acquéreur de faire une plus-value peu après sur le dos des citoyens. Cela suggère ensuite – mais nous y reviendrons plus loin – que l’État s’autorise à vendre des biens publics sans se soucier que les acquéreurs puissent faire ensuite ce que bon leur semble de ce bien.

      Le scandale prend d’autant plus de relief qu’il intervient comme l’acte final d’une opération de prédation que l’on a vue venir depuis longtemps.

      Que l’on se souvienne des débuts de l’histoire. À la fin de l’année 2014, Emmanuel Macron décide que l’État cédera à la société Casil, contrôlée par des investisseurs chinois emmenés par Mike Poon, 49,9 % de la SATB. Et à l’époque, il fustige ceux qui dénoncent cette #privatisation (dont Mediapart !), en faisant valoir que cela… n’en est pas une ! En clair, l’opinion est invitée à comprendre qu’avec leurs 49,9 %, les investisseurs chinois seront des actionnaires importants mais minoritaires ; et que la société restera contrôlée en majorité par des actionnaires publics français, soit 25 % pour la chambre de commerce et d’industrie (CCI), 5 % pour la Région Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, 5 % pour le département de la Haute-Garonne, et 5 % pour Toulouse Métropole ; le solde, soit 10,1 %, étant détenu par l’État français.

      Cette promesse-là, Emmanuel Macron la répète en boucle. Ainsi lors d’un entretien avec La Dépêche, le 4 décembre 2014 : « Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas d’une privatisation mais bien d’une ouverture de capital dans laquelle les collectivités locales et l’État restent majoritaires avec 50,01 % du capital. On ne vend pas l’aéroport, on ne vend pas les pistes ni les bâtiments qui restent propriété de l’État. […] Nous avons cédé cette participation pour un montant de 308 millions d’euros », dit le ministre de l’économie. Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron hausse même le ton : « Celles et ceux que j’ai pu entendre, qui s’indignent de cette cession minoritaire de la société de gestion de l’aéroport de Toulouse, ont pour profession d’une part d’invectiver le gouvernement et d’autre part d’inquiéter les Français », déclare-t-il, en marge du congrès de l’Union nationale des professions libérales.

      Mais peu après, Mediapart apporte la preuve qu’Emmanuel Macron ment. Notre enquête a révélé qu’un pacte secret d’actionnaires avait été conclu et qu’il liait l’État non pas aux collectivités publiques régionales et locales, mais aux investisseurs chinois. Nous avons publié les principaux extraits de ce pacte d’actionnaires que l’État avait conclu secrètement avec la société Casil (lire Privatisation de l’aéroport de Toulouse : Emmanuel Macron a menti et Aéroport de Toulouse : les preuves du mensonge), et qui fait apparaître des dispositions stupéfiantes.

      Ainsi, il est prévu que la SATB sera supervisée par un conseil de surveillance de quinze membres, dont deux désignés par l’État et six désignés par l’investisseur chinois, selon la disposition « 2.1.2 » du pacte. Autrement dit, ces huit membres du conseil de surveillance, liés par le pacte, garantissent aux investisseurs chinois minoritaires de faire strictement ce qu’ils veulent et d’être majoritaires au conseil de surveillance.

      Le point « 2.1.3 » du pacte consolide cette garantie offerte aux investisseurs chinois, puisqu’il y est précisé que « l’État s’engage à voter en faveur des candidats à la fonction de membres du conseil de surveillance présentés par l’Acquéreur, de telle sorte que l’Acquéreur dispose de six (6) représentants au Conseil de surveillance ».

      Mais il y a plus grave. Au point « 2.2.2 », l’État donne la garantie quasi formelle à l’investisseur chinois, aussi minoritaire qu’il soit, qu’il pourra décider strictement de ce qu’il veut et que la puissance publique française ne se mettra jamais en travers de ses visées ou de ses projets : « L’État s’engage d’ores et déjà à ne pas faire obstacle à l’adoption des décisions prises en conformité avec le projet industriel tel que développé par l’Acquéreur dans son Offre et notamment les investissements et budgets conformes avec les lignes directrices de cette Offre. » Bref, les investisseurs chinois avaient carte blanche pour faire ce qu’ils voulaient.

      Depuis cette révélation par Mediapart, le ministère des finances a continué de garder le secret sur ce pacte et ne l’a jamais rendu public dans sa version intégrale.

      À ce premier scandale est ensuite venu s’en greffer d’autres. On a ainsi appris que le principal dirigeant du consortium chinois contrôlant la société Casil, Mike Poon, était impliqué en Chine dans un retentissant scandale de corruption et qu’il était en fuite (lire L’aéroport de Toulouse barbote toujours dans un climat de scandale).

      Un an et demi plus tard, le #mensonge d’Emmanuel Macron prend un caractère public. À l’occasion du vote que l’État émet lors d’une assemblée générale des actionnaires d’ATB, il affiche qu’il a bel et bien pactisé avec l’actionnaire chinois, même quand celui-ci a voulu siphonner les réserves de l’entreprise pour se servir un dividende exceptionnel (lire ici).

      Cette histoire de dividende donne lieu, au printemps 2016, à de longues semaines de conciliabules discrets qui inquiètent ceux des élus locaux attachés à la défense de l’intérêt général. À l’époque, les investisseurs chinois font savoir qu’ils entendent décider du versement d’un dividende aux actionnaires de la société. Au début, ils placent la barre très haut : selon nos informations, aux alentours de 50 millions d’euros.

      La somme indigne de nombreux responsables des collectivités qui figurent parmi les actionnaires historiques. Il faut en effet savoir que la société de gestion est profitable depuis longtemps, à hauteur environ de 5 millions d’euros par an, et qu’elle a eu la prudence de distribuer chaque fois seulement la moitié de ces gains à ces actionnaires, mettant en réserve l’autre moitié, pour faire face aux investissements futurs. Au fil des ans, cette autre moitié a donc fini par constituer un fonds de réserve de plus de 67 millions d’euros à la fin de l’exercice de 2015.

      En exigeant le versement d’un dividende de 50 millions d’euros, les investisseurs chinois ont donc suscité beaucoup d’émoi parmi les collectivités locales concernées. Car cela veut clairement dire que Casil ne tient pas sa parole : après avoir annoncé, lorsqu’elle était candidate pour la privatisation, qu’elle serait non pas un investisseur financier soucieux de profitabilité de court terme mais un investisseur responsable préoccupé des logiques de long terme, la société des investisseurs chinois montre qu’elle veut tout bonnement se « payer sur la bête » et siphonner les réserves de l’entreprise (lire ici).

      L’affaire s’est donc envenimée, et Casil est finalement obligée de transiger, ramenant la ponction sur les réserves à un peu moins de 20 millions d’euros. Ce qui constitue, envers et contre tout, le second scandale dont Emmanuel Macron porte l’entière responsabilité : les caisses d’une entreprise publique ont été partiellement vidées par un investisseur se comportant comme un fonds rapace, sitôt la privatisation effectuée.

      Et chaque année, par la suite, les acquéreurs chinois ont répété l’opération, continuant à piocher dans les réserves de l’entreprise, au risque de mettre en danger les investissements nécessaires à l’avenir : 7,7 millions de dividendes pour l’exercice clos en 2016, après 19,9 millions d’euros pour 2015 et seulement 2,4 millions pour 2014.

      Ces scandales, contre lesquels s’est constamment dressé un « Collectif contre la privatisation », ont fini par avoir un large écho. Et les faits révélés par Mediapart ont, par la suite, été confirmés par de nombreux rapports publics.

      Il y a d’abord eu un rapport sur « Le processus de privatisation des aéroports de Toulouse, Lyon et Nice », publié en octobre 2018 par la Cour des comptes. Stigmatisant « l’échec de la privatisation », les magistrats financiers n’ont pas de mots assez durs contre l’opération de privatisation, faisant en conclusion ces constats : « Le processus choisi a révélé de graves insuffisances : les critères de recevabilité des candidats étaient peu exigeants et limités à leur capacité financière, l’APE ayant choisi de ne pas exiger d’expérience en matière de gestion aéroportuaire ; elle a, par ailleurs, insuffisamment associé, et de manière trop tardive, les autres administrations de l’État, notamment la DGAC. De fait, l’acquéreur retenu a suscité des inquiétudes, en raison de son absence d’expérience en matière de gestion aéroportuaire, de son manque de transparence financière et de ses liens avec la puissance publique chinoise. »

      Un autre rapport public, réalisé par l’Assemblée nationale avec la député (PS) Valérie Rabault pour rapporteure, aboutit à des conclusions tout aussi sévères : « Ainsi, le montant de dividende par action au titre de l’exercice 2015 (versé en 2016) a été multiplié par 8 par rapport à celui versé au titre de l’exercice 2014 (payé en 2015), sans qu’évidemment les résultats financiers de la société ne suivent une telle évolution. Pour l’exercice 2016, le niveau de dividende par action est 3 fois celui de 2014. Au titre de l’exercice 2017, le montant de dividendes voté lors de l’Assemblée générale serait de 13,8 millions d’euros, ce qui représente un dividende de 93 euros par action, selon le calcul de la rapporteure spéciale. Ce montant est ainsi quasiment 6 fois celui de 2014, cette évolution étant sans commune mesure avec l’évolution des résultats. »

      Et ce rapport se concluait par ce constat, en forme de réquisitoire contre la privatisation Macron : « Au final, la rapporteure spéciale observe que les versements de dividendes semblent occuper une place centrale dans la stratégie de la société ATB, au détriment d’une vraie politique de développement de l’aéroport de Toulouse Blagnac. »

      Le fait que, après tant de péripéties, cette privatisation se conclue par une énième galipette financière et la cession par Casil de ses parts est évidemment logique mais choquant. Car dans cette affaire, de bout en bout, c’est la spéculation qui aura été le fil conducteur du récit : le ministre de l’économie s’est comporté comme un banquier d’affaires ; et un bien public a été vendu à l’encan, au profit d’investisseurs cherchant constamment des gains rapides.

      Car il y a dans cette affaire au moins une certitude : ce gâchis n’est pas le produit d’une cascade de malchances ou de maladresses. C’est la conséquences évidente d’une politique délibérée, transformant l’APE en une sorte de banque d’affaires, assez semblable aux banques d’affaires privées, suivant une seule logique, celle des forces de l’argent.

      De cela, il y a de nombreux indices. D’abord, toutes les privatisations des aéroports menées par Emmanuel Macron ont conduit à des dérives de ce type. Dans le cas de la privatisation de l’aéroport de Nice, Martine Orange a ainsi révélé cette histoire ahurissante : ancien directeur adjoint de cabinet de Christine Lagarde puis conseiller économique de Nicolas Sarkozy, Emmanuel Moulin, qui est à l’origine issu de la direction du Trésor, choisit le grand large du privé après la présidentielle de 2012. Et il rejoint la banque d’affaires italienne Mediobanca, comme secrétaire général. À partir de son arrivée, la banque d’affaires voit toutes les portes de l’État s’ouvrir. En 2017, Mediobanca se classe au troisième rang des banques conseils de l’État, juste derrière Rothschild, comme l’a révélé un autre rapport de la Cour des comptes.

      Or qui l’APE prend-elle comme banque conseil pour la privatisation de l’aéroport de Nice, qui intervient après celle de Toulouse ? La même banque Mediobanca. Plus grave : le rapport de la Cour des comptes évoqué plus haut révélera que cette banque est en outre actionnaire minoritaire du consortium qui remporte… la privatisation de l’aéroport. En somme, la banque qui conseille l’État est du côté du vendeur, mais elle fait aussi partie… des acheteurs ! Un #conflit_d’intérêts qui n’empêchera pas Emmanuel Moulin de revenir à Bercy : directeur de cabinet du ministre des finances Bruno Le Maire, il pilotera les futures privatisations, dont celle d’Aéroports de Paris (ADP). L’affairisme autour de l’aéroport de Toulouse est en somme le prélude de celui autour de l’aéroport de Nice ; et cela pour une bonne raison : la start-up nation d’Emmanuel Macron est passée par là, instaurant une confusion généralisée entre l’intérêt général et les appétits privés. Et ce qui est vrai des concessions aéroportuaires l’est tout autant, sinon plus, des concessions autoroutières.

      Une sorte de triste jurisprudence toulousaine s’est donc instaurée. Et c’est aussi pour cela qu’il importe maintenant de savoir si les investisseurs chinois pourront faire la dernière galipette financière à laquelle ils songent, ou si l’intérêt général finira par reprendre le dessus. Car même si la privatisation est bien consommée, il n’y a aucune fatalité à ce que les spéculateurs aient le dernier mot.

      Beaucoup de citoyens qui vivent à Toulouse ou dans sa région l’ont compris : cette privatisation est hautement impopulaire. Le combat du Collectif contre la privatisation, regroupant de nombreuses associations démocratiques et syndicats (voir ci-contre sa première réaction), risque donc de peser fortement dans une région où les gilets jaunes ont aussi des troupes nombreuses.

      Mais dans la nouvelle bataille autour de Toulouse-Blagnac qui va s’ouvrir, les opposants à la privatisation ont aussi de lourds arguments de droit à faire valoir. On oublie trop souvent – et les responsables politiques les premiers, surtout quand ils sont au pouvoir – qu’il existe tout un arsenal juridique très sophistiqué permettant « la résiliation unilatérale par l’administration des marchés publics ou des contrats de concession » – cette formulation est même le titre d’une note de la direction des affaires juridiques de Bercy.

      En certains cas, la résiliation peut ouvrir droit à une indemnisation, mais en d’autres cas non. « L’autorité concédante pourra procéder à la résiliation du contrat en cas de faute du concessionnaire alors même que cette possibilité n’aurait pas été envisagée dans le contrat », dit cette note, qui cite à l’appui une décision du Conseil d’État (7 décembre 2012, commune de Castres n° 351752) qui a fait jurisprudence : « En l’absence même de stipulations du contrat lui donnant cette possibilité, le concédant dispose de la faculté de résilier unilatéralement le contrat pour faute et sans indemnité. »

      Dans le cas présent, n’est-ce pas la solution qui devrait s’imposer à l’État, pour mettre fin aux spéculations de ce fonds rapace ? Dans un pays respectueux des règles de l’État de droit et attaché à la défense de l’intérêt général, c’est assurément cette voie-là qui serait explorée…


  • Dans la peau d’un forçat d’Amazon - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2018/10/05/dans-la-peau-d-un-forcat-d-amazon_1683525

    Début septembre, on a candidaté à une dizaine d’offres d’emploi pour un poste de #chauffeur-livreur en CDI. Il a suffi d’une recherche sur la plateforme le Bon Coin pour en trouver. On a, bien entendu, sciemment oublié de mentionner notre activité de journaliste. Deux jours plus tard, le téléphone sonne. Au bout du fil, un homme nous tutoie d’emblée : « J’ai vu ton CV, t’es toujours intéressé ? » Nous acquiesçons.

    « Un peu dans le même sac »
    Il décline les conditions : « C’est pour un CDI, payé 1 300 euros net. Après, ça peut évoluer si tu livres beaucoup de colis, je ne suis pas fermé à ça. » Seule condition à l’embauche : réaliser une formation de trois jours avec des chauffeurs déjà en poste. Première surprise : elle est non rémunérée et aucun contrat n’est signé. Il faut en revanche transmettre par mail une carte d’identité et un permis valide. Si les deux parties s’entendent à la fin de la « formation », un premier CDD de trois mois sera signé. Puis un CDI.

    L’homme au bout du fil, Christophe (1), se justifie de procéder ainsi : « Tu sais, je vais te dire honnêtement, on est un peu dans le même sac. Moi, je ne suis qu’un sous-traitant de sous-traitant. En gros, Amazon sous-traite son activité de livraison à des dizaines de grosses entreprises. Elles ont des filiales dédiées qui, elles aussi, sous-traitent à des centaines de petites entreprises, donc nous. Et c’est là qu’on t’embauche. Donc je préfère faire ça, parce que livreur Amazon, ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air. »

    Rendez-vous est pris quatre jours plus tard pour entamer notre formation. Le soleil vient tout juste de se lever sur la zone commerciale de Vélizy-Villacoublay (Yvelines), peu après 7 heures. Entre deux entreprises à l’architecture moderne, des dizaines de camions forment un étrange ballet. Certains chauffeurs en gilet jaune entrent sur un parking. Ils sont guidés par d’autres salariés en gilet orange qui beuglent des informations inintelligibles au mégaphone. Les chauffeurs ressortent quelques minutes plus tard, le coffre rempli de dizaines de colis Amazon pour faire la place à d’autres camionnettes. Garé quelques mètres plus loin en double file, Christophe nous invite à le rejoindre dans son véhicule. Sans badge, impossible pour nous d’entrer dans le dépôt.

    Le briefing de notre formation illégale aura donc lieu dans sa voiture, entre dix coups de téléphone de « ses » livreurs. Il pointe du doigt les dizaines d’utilitaires au loin. « Si tu t’en sors bien, t’en auras un pour toi. » Une chose nous étonne néanmoins : elles ont toutes un immense logo Europcar ou Rent A Car accolé sur le flanc. Christophe, bas de jogging et baskets, précise : « Comme je t’ai dit, on est des sous-traitants au dernier échelon. Donc on n’a pas vraiment l’argent pour investir dans un parc d’utilitaires. On loue des véhicules à des entreprises de location, on a des forfaits moins chers. » On apprend dans la foulée que notre employeur a fondé sa société avec des amis. Ils travaillent à 100 % pour l’entreprise de livraison nationale Easy2Go, ou plutôt l’une de ses filiales, nommée Flash. Dont le plus gros client est Amazon, assure Christophe.

    Pour nous mettre dans le bain, le jeune chef d’entreprise joue la carte de l’honnêteté : « Amazon nous met la pression. Si un chauffeur ne fait pas l’affaire, n’est pas efficace, ils nous appellent et ils nous disent : "Ton gars, là, il ne rentre plus chez nous." Et ils retirent son badge. Ce ne sont pas eux qui embauchent, donc ils s’en foutent, ils ne licencient pas. Mais nous, derrière, on n’a pas le choix… Donc si tu bosses bien, c’est donnant-donnant pour toi comme pour nous. » En attendant que ses chauffeurs sortent du dépôt, on se gare près d’une station-service et d’un parking Norauto. Un homme en chemise, pantalon de costard et ordinateur sous le bras, débarque à toute allure. Il scrute les camions de location, a l’air de prendre des notes sur son carnet. « Le patron de Norauto a appelé Amazon pour se plaindre que les chauffeurs stationnent là en attendant de récupérer leurs colis. Alors il a interdit de se garer là. Il est en train de prendre le nom de ceux qui le font quand même, pour les sanctionner », éclaire Christophe. Sur la sanction, il précise : « Il va leur retirer leur badge quoi, leur interdire d’entrer. » Comprenez, en langage de sous-traitant : les licencier.

    « Comme de l’intérim »
    Pour se défendre de créer une économie précaire, Amazon avance être à l’origine de milliers de CDI faciles d’accès. Ceux-là mêmes qui attendraient que l’on « traverse la rue ». Rien que pour le dépôt de Vélizy-Villacoublay, ouvert depuis le 3 septembre dans d’anciens entrepôts Peugeot de 13 000 m2, près de 580 chauffeurs sont employés, indique Christophe. L’immense majorité en CDI. On a également pu lire dans les médias mi-septembre que « 80 nouveaux » CDI seraient créés sur ce dépôt « d’ici 2020 » afin de « dispatcher » les colis avec, pour finalité, d’irriguer le sud de la région Ile-de-France. Pour la multinationale, la dureté de la tâche serait donc compensée par l’assurance d’avoir un emploi stable. Sur ce point, notre employeur sous-traitant tient à ce que l’on ne se fasse pas d’illusions : « Oui, c’est un CDI. Mais le dépôt est ici en phase de test. Si ça ne fonctionne pas, en décembre ils le ferment. » Quid des CDI créés donc ? Silence gêné de notre interlocuteur. « Au mieux, ils les dispatchent sur d’autres dépôts. Au pire… »

    Grégoire (1), chef de dépôt dans une grande ville française, confirme : « Ce métier, c’est comme de l’intérim. Car ta boîte peut fermer du jour au lendemain. » Lui en sait quelque chose, l’entreprise qui l’employait avec trois autres chauffeurs a mis la clé sous la porte. La société de transport donneuse d’ordre, Easy2Go (la même qui pourrait nous employer à Vélizy-Villacoublay), a perdu l’appel d’offres avec Amazon aux dépens d’une autre. Résultat, les myriades d’entreprises dans son giron dédiées à la livraison Amazon ont dû fermer en moins de dix jours. La société titulaire du nouveau marché en a bien repris quelques-unes, dont celle de Grégoire. Mais pas suffisamment pour éviter à des dizaines de livreurs en CDI de perdre leur emploi, plaide le chef de dépôt. Contacté, Easy2Go n’a pas souhaité répondre à nos questions et a transféré notre demande directement à Amazon.


  • Du glyphosate et des substances chimiques dangereuses dans les couches jetables pour bébés
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/22/du-glyphosate-et-des-substances-chimiques-dangereuses-dans-les-couches-jetab

    Dans un rapport inédit publié mercredi 23 janvier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) alerte sur « la présence de différentes substances chimiques dangereuses dans les couches jetables qui peuvent notamment migrer dans l’urine et entrer en contact prolongé avec la peau des bébés ».

    La liste est aussi longue qu’inquiétante. L’Anses a identifié une soixantaine de substances chimiques, dont du glyphosate, le fameux herbicide de Monsanto. Mais aussi des pesticides interdits depuis plus de quinze ans, comme le lindane, le quintozène ou l’hexachlorobenzène. Mais aussi de nombreuses substances parfumantes, comme l’alcool benzylique ou le butylphényl. Des polychlorobiphényles (PCB), des dioxines, des composés organiques volatiles (naphtalène, styrène, toluène, dichlorobenzènes, etc.) ou encore des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), que l’on retrouve habituellement dans la fumée de cigarette ou des moteurs diesel.

    #paywall

    • Des « dépassements des seuils sanitaires » (calculés notamment sur la base des valeurs toxiques de référence) ont été mis en évidence pour plusieurs substances, dans des conditions d’usage dit « réalistes », soit un total d’environ 4 000 couches utilisées pour un enfant entre 0 et 3 ans. Il s’agit de substances parfumantes (butylphényl methylpropional ou Lilial®, hydroxyisohexyl 3-cyclohexène carboxaldéhyde ou Lyral®), de nombreux HAP, comme le benzo(a)pyrène, des dioxines, furanes et PCB-DL.

      Des résultats qui font conclure aux experts de l’Anses qu’« il n’est pas possible d’exclure un risque sanitaire lié au port des couches à usage unique ». Aussi, l’Agence recommande d’éliminer ou de réduire au maximum la présence de ces substances dans les couches jetables. Elle préconise également de renforcer leur contrôle sur le marché et appelle à un cadre réglementaire plus restrictif pour ces produits.


  • Dans les Alpes, la #neige_artificielle menace l’eau potable

    Développée aux États-Unis dans les années 1950, la fabrication de neige artificielle s’est répandue en Europe depuis une trentaine d’années. En France, la neige de culture, utilisée sur 120 hectares au milieu des années 1980, s’étendait vingt ans plus tard sur plus de 4 500 hectares, soit 18 % de l’ensemble du domaine skiable. Depuis, l’industrie de l’#or_blanc n’a cessé de mettre de nouvelles installations en service, menaçant l’ensemble du cycle hydrologique naturel, et désormais jusqu’à la production d’eau potable.


    https://blog.mondediplo.net/dans-les-alpes-la-neige-artificielle-menace-l-eau

    #eau_potable #ski #Alpes #eau #neige #changement_climatique #climat #boire #skier


  • Le monde croule sous les #SUV. Pourquoi c’est un problème et pourquoi ça risque de durer | Pour une mobilité durable et solidaire | Mathieu Chassignet | Les blogs d’Alternatives Économiques
    https://blogs.alternatives-economiques.fr/chassignet/2019/01/17/le-monde-croule-sous-les-suv-pourquoi-c-est-un-proble

    S’il n’y a qu’une chose à retenir c’est que les SUV sont des #véhicules très rentables. Le taux de marge est en effet bien plus élevé que sur des véhicules plus petits et les SUV sont devenus une véritable poule aux œufs d’or pour les constructeurs. Par exemple Peugeot qui s’est très rapidement positionné sur ce segment affiche aujourd’hui des taux de marge records.

    Et de ce fait, tous les constructeurs s’y mettent, même ceux qui ont du retard sur les SUV ou qui étaient plus traditionnellement positionnés sur des citadines ou berlines, à l’image du groupe Fiat qui ne pouvant plus miser uniquement sur le succès de la 500 compte essentiellement sur sa filiale Jeep et sur de nouveaux modèles de SUV.

    Plus inquiétant encore, on est en train d’assister à la quasi-disparition des petites citadines (segment B1) qui correspondent aux modèles de type Twingo, 108, C1, etc. Les voitures de ce segment souffrent d’une faible rentabilité et les constructeurs les délaissent peu à peu à l’image de Ford qui a d’ores et déjà renoncé à développer un nouveau modèle de Ka. La parade de Peugeot : abandonner la 108 et la transformer en « SUV ultra-citadin », renommé 1008. Elle gagnerait au passage plus de 50 centimètres de longueur, en passant de 3,46 m à 4 m de long…

    Plus qu’une tendance durable, c’est un véritable cercle vicieux qui s’enclenche et dont il sera très difficile de sortir. Le conducteur de citadine ou de berline va finir par se sentir à l’étroit et en insécurité constamment entouré de SUV dans la circulation. Le jour où il devra se racheter une voiture, la tentation sera forte de passer lui aussi à un tel véhicule. Et quitte à prendre un SUV, pour sa propre sécurité autant et en choisir un plus large est plus gros que celui de son voisin… lequel voudra à son tour s’équiper d’un véhicule plus imposant quand viendra l’heure de renouveler le sien.



  • Notre-Dame-des-Landes, la reconquête ... d’un État normatif et productif sur une zad qui, tant qu’elle luttait, a été une zone libre.

    C’est compliqué de regarder ce documentaire de Thibault Férié qui accompagne trois habitant-e-s, ex zadistes, dans le processus de normalisation qui leur est imposé pour, en même temps, selon d’où on regarde, qu’iels puissent rester chez elleux, qu’iels rentrent dans le cadre de la loi, ou qu’iels abandonnent l’utopie d’une zone hors normes capitalistes.
    Peut-être inventerons-nous un jour le mot de capitaler : capituler devant le rouleau compresseur d’une binarité sordide « la guerre ou le profit », parce les circonstances, euphémisme qui englobe tant de non dits et non vus ici, ont fait qu’aucun autre choix ne semblait possible.

    En vrai, je n’ai pas envie de condamner. Quand tu t’es autant battu pour une zone, que tu es passé-e du statut de squatteur-ice à l’habitus d’occupant-e, que tu te manges une double guerre dans la gueule (beaucoup trop édulcorée ici), que voisins et soutiens disparaissent (parfois à cause de tes choix) pour que ne restent que les plus mâlins, il est assez logique, sans doute, qu’en fin tu te retrouves à endosser la carapace souriante de l’habitant-e qui sait si bien accueillir une préfète rêvant des dorures de la retraite « bien méritée » (et médaillée : https://seenthis.net/messages/752355)

    Mais quand même... je sais pas si beaucoup de gens, devant ce document, se rendent compte de l’abyssale chute entre la minute 55 et la minute 56. Et je doute que ce soit possible. De toute façon, je crois qu’aucun documentaire ne peut donner la compréhension de la diversité qui a été massacrée pour compenser l’abandon du projet d’aéroport il y a un an... De la multiplicité des responsabilités... Et de l’ignominie qui consiste à venir parler de vente de miel de Notre-Dame-des-Landes qui aura un succès fou !
    La vente de fiel...

    Combien sont tombé-e-s à Notre-Dame-des-Landes ? Combien d’histoires racontées pour combien de vérités masquées ? Combien de fausses promesses ? Combien d’amitiés trahies ? Et combien d’éthiques reniées au nom d’une injonction à la camaraderie ? Combien de couteau dans le dos et de poings dans la gueule ? Combien de blessé-e-s de l’orgueil et de mutilé-e-s à vie ? Combien d’aménagements et de déménagements ? Combien d’exclusions, de démissions et de dépressions ?
    Combien de cabanes-vies détruites ?
    Combien de silences et de silenciations ?
    Combien, surtout, de bonnes intentions devenues chair à canons de laideur ?
    Tout ça à cause de la peur, de la terreur imposées par un État mauvais joueur.

    Franchement, je ne sais toujours pas quelle solution était possible à part faire le choix volontaire d’un sacrifice. Et je ne sais toujours pas quoi penser de ce qu’il « valait mieux » sacrifier, tant ce choix ne peut qu’être intime, ni comment panser les inéluctables blessures. Et du coup, pour tou-te-s, le deuil est très long et beaucoup de plaies sont encore à vif...

    Pour le doc, d’une heure et quelques minutes, c’est par là : https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/emissions/qui-sommes-nous-1/documentaire-notre-dame-landes-reconquete-inedit-160298
    lien direct : https://www.france.tv/documentaires/societe/859935-notre-dame-des-landes-la-reconquete.html

    Le documentaire revient sur l’histoire de la « reconquête » des terres de Notre-Dame-des-Landes, une réserve foncière rendue disponible par l’abandon du projet d’aéroport, après des années de lutte. Thibault Férié décrit cette aventure humaine et politique qui met aux prises les zadistes, les agriculteurs traditionnels et l’État, porteurs de projets différents quant à l’avenir de ces terres. Des dissensions qui demeurent, bien après la décision du gouvernement d’abandonner la création de l’aéroport, et interrogent sur la légitimité des uns et des autres dans la mise en place de ces projets.

    Si, comme à moi, ça te laisse un goût de gâchis trop dur à digérer, et si tu ne l’as pas déjà vu, je te conseille le magnifique contre-point-de-vue de La Piraterie à Roulettes, autour la zone sacrifiée à l’Est :
    "Nous, Zadistes Radicaux" : https://youtu.be/k_x6_usci70


    (ou https://seenthis.net/messages/663794 si les nouvelles normes de youtube le font disparaitre)
    Et si tu veux pré-savoir, il se pourrait que de cette zone sacrifiée poussent, bientôt, des graines d’une insolente résilience, où un certain Gilles Clément sème enseignement à tous vents... mais ceci est une autre histoire ;)

    #zad #NDDL : #VINCI dégage : #résilience & #sabordage !

    • Magique : La Piraterie a Roulette vient justement d’écrire un mot de ressenti sur ce qu’il reste de la zad (Est) et des zadistes qui y vivaient : https://www.facebook.com/PiraterieaRoulettes/posts/2043150375771476

      19janvier 2019 - Que reste il de l’EST de la ZAD NDDL ?

      La zone Est, vous savez la ou on vivaient paisiblement, sans eau courante et électricité, avec des poêles a bois, des bougies, des jardins permacoles et PLEIN d’instruments de musiques.

      Depuis que je suis partie, je ne suis revenu que 3 fois en coup de vent ici, sur ces lieux ou j’ai vécu tant de moments si beau, si tragique, si intense..
      Je n’ai pas l’énergie d’y rester plus longtemps. Trop de mélancolie m’envahie a chaque fois…

      Et pourtant il en reste des Zadistes ! Je parles des Zadistes de l’Est, celleux qui n’ont jamais voulu négocier avec l’états, celleux qui disaient dès le début que toute forme de négo serait foireuse. Celleux qui était si peu nombreux et si peu écouté, celleux qui avait pourtant raison.
      Ils et elles, ont sans doute souffert plus que tous.
      Je ne sais pas comment ils/elles font pour surmonter tous ça :
      –toutes la zad qui se divise en 2
      –la pression mentale intérieurs avant expulsion : réunion infinissable, milices armé, personnes tabassé par X.
      –la pression mentale de l’états, avec les hélicoptères, les drones, les journalistes, les indiques, les barrages routiers..
      –les départs de tout leurs amis qui ne tiennent pas
      –les mensonges médiatiques, provoquant des tonnes de légendes débiles sur la zad et ses habitant(e)s
      –les expu : (ultra)violences policière, les lacrymos, les gens blessé qui pissent le sang, les centaines de gens qui viennent aider mais qui ne connaissent pas les lieux et a qui il faut tout expliquer, la promiscuité et le stress intense jours et nuit.
      –les destructions des cabanes, une par une, a coup de bulle d’oser, puis ils & elles les reconstruisent, puis redestruction X fois, de suite..

      Et maintenant que reste des Zadistes de L’Est et de leurs magie ?
      Quelques personnes, si belles, si fortes, si abimées, traumatisés, et pourtant si pure. Incorruptible pour toujours. Ils/elles sont toujours la.. reconstruisant une ou deux cabanes par ci par la .. sans trop d’espoir.. et a demis mots, ils t’avoueront qu’aujourd’hui ils vivent dans le passé, dans les relans des plus beaux moment de leurs vie, qui se sont passé ici il y a quelque mois/années.

      Peut être qui si vous passez a la cabanes sur l’eau un soir, le temps d’un morceaux de flute ou d’harmonica et de guitare, vous oublierez avec eux que tout ça c’est du passé, vous resentirer fébrilement cette « esprit de la zad de l’est »
      Peut être qu’en traversant le lac au crépuscule, en observant le claire de lune, vous oublierez que que la page c’est déjà brutalement tourné.
      Peut être qu’en s’éloignant doucement sur l’eau, d’une cabane d’argile flottante, vous penserez « quand l’ame agit, c’est la magie » tout en écoutant le bruit de la pagaie qui plonge dans l’eau paisible.

      Et en reprenant votre route vous ressentirez ce pincement au coeur en pensant a vos amis qui on temps souffert ces dernier mois, vous ressentirez comme un élan d’espoir presque de la motivation a venir tout reconstruire, et puis très vite, non. Trop dure. trop dure de revenir la, ou on a vécu 3 ans dans une utopie totale et éphemere. Trop dure quand on connaissait la zad d’avant. Trop dure pour moi.. Pas envie de vivre dans le passer… Mais pourquoi ne pas allez dans d’autres Zads ? Dans d’autre lieux alternatifs et/ou militants ?

      Et puis arrivez a Babylone, vous essayé d’écrire un texte pour expliquer ce qui se passe. Mais au final vous ne comprenez pas vous meme. Vous essayez d’exprimer un ressenti très étranges, un ressenti de schizophrène .. au final très peu de gens comprendrons, mais c’est pas grave, il fallait juste l’écrire, il fallait juste l’exprimer.

      Le documentaire sur la ZAD Est avant les expulsions
      clique ici : https://youtu.be/k_x6_usci70


      TOUTES les cabanes de cette vidéo on été DÉTRUITES
      Seule la bellich est encore la (dans un sale état) et la cabane sur l’eau, reconstruite & habitée.

    • Et tant que je parle de la magie de l’Est, alors que j’avais prévu une soirée du 31 décembre seule pour bien goûter mon dégoût de 2018, un lutin de l’Est, anarchitecte merveilleux, a poussé la porte de ma retraite et on a passé la soirée à parler. Et malgré toute notre tristesse, c’était bon de partager... Merci infiniment à lui de m’avoir évité de sombrer un peu plus La photo de sa dernière cabane, à La Grée, sera le phare de la série #Sombra
      https://www.flickr.com/photos/valkphotos/42613042091

      Flickr

    • Autre détail chargé de symbole pour moi : c’est la même Amalia du documentaire qu’on voit sur cette photo : https://www.flickr.com/photos/valkphotos/24882689137

      Flickr

      Beaucoup y ont vu le symbole de la victoire, ce qu’elle est, factuellement, en train de vivre et de personnifier.
      Mais au moment même de prendre cette photo, j’ai eut une vision, limpide : celle de la descente de la croix de Notre-Dame-des-Luttes. Celle de la fin de la vie et du début du mythe.
      Il est d’autant plus troublant que ce soit elle qui parle des histoires qu’on raconte...

      // edit : et en fait, @vanderling c’est pas à la levée de fond que je fais référence quand je parle de résilience car celle-ci s’accompagne souvent d’une invisibilisation de ce qu’a entrainé le nettoyage de la #D281 par le mouvement et le massacre de la diversité par les manigances directes ou indirectes de l’État, ainsi qu’on le voit résumé en 2 tweets ici : https://twitter.com/NONago_NDDL/status/1086610984670818304

    • Je rajoute aussi l’analyse du documentaire par Sid :

      « LA RECONQUETE » ou plus objectivement « LA CHUTE »

      un documentaire non documenté qui n’a que la prétention de suivre les signataires, celles et ceux qui ont fait le pari irresponsable de faire rentrer l’état dans leur vie.

      On y voit des gens qui avalent des couleuvres et reculent pas à pas sur l’imaginaire qui les a amené à venir sur la ZAD.
      C’est la lâcheté face aux pressions du pouvoir institutionnel qui y est montré, face à la peur de tout perdre, face aux arrangements de boutiquiers. Inutile de chercher à voir ce que vous ne verrez pas, des parallèles édifiant entre des gens blessés, des cabanes détruites, des gens qui luttent de leurs corps et des gens qui signent..

      Nous n’aurons pas la fin, mais nous l’imaginons.
      Pour les quelques uns ou unes qui sortiront leur épingle du jeux, ce sera normes sanitaires abusives, factures, puçage, taxes.
      Ce sera une vie qui s’écrira sur le capital sympathie d’année de lutte dont beaucoup savent que ce qu’il en reste, même en aventure « collective », sera loin des espoirs passés, loin de marcher sur la tête des rois, loin de représenter celles et ceux qui en première ligne ont rendu ce territoire insaisissable, mystérieux et formidablement bancal !

      Ils seront nombreux les discours pour nettoyer cette trahison sous un verni prétendument radical. A l’image du fond de dotation pour le rachat des terres que l’on nous présente poétiquement comme un outil du capitalisme transformé en outil du commun, ou encore les cagettes déter qui alimentent ponctuellement piquet de grève et squat de migrants, mais surtout cette aventure collective qui n’est en fait qu’une gentrification d’espace pour des intérêt affinitaire. Malheureusement il n’y aura pas assez de verni pour embellir vos choix.
      Nous ne doutons pas que ce soit de bonne volonté que la plupart de celles et ceux qui restent croient en ce qu’ils font, en leurs choix... mais l’enfer est pavé de bonnes intentions

      Dans un lapsus presque visionnaire A. dit en ces termes :
      « il y a les histoires que l’on raconte à la préfecture, et celle que l’on se raconte ».
      Dommage, car malheureusement il y a des gens qui croient en vos histoires, et on ne bâtit pas l’espoir sur des mensonges.

      Troubadour, il vient de finir par déménager lui aussi, avec sa compagne et leurs enfants natifs de la zad, devant l’impossibilité de rester vivre sur place en ayant une parole critique. On peut retrouver sa plume musicale par là : https://www.youtube.com/watch?v=IvnS0quhvdc&list=PL2HkwbjYho_WesMrRwFiMXJMu8ruL4QiQ

    • Le documentaire « La reconquête » m’a quand même intéressé malgré qu’il ne parle que de quelques zadistes.
      J’ai pas mis les pieds là-bas depuis bien longtemps et quand j’y suis allé c’était bien avant que la guerre éclate. Je me souviens d’avoir débarqué à l’improviste dans la ZAD, un jour comme ça, pour voir. C’était bien avant les grosses offensives de la bleuzaille sur la zone.
      En voyant quelques indices au bord de la route, je me suis engagé dans un chemin agricole pour tomber à l’entrée d’un bois (je ne sais plus lequel) Je laisse ma caisse au bord d’un champs et je continue à pieds. Je tombe sur un petit groupe de zadiste entrain de ripailler autour d’un copieux plat de fruits de mer et quelques bouteilles de muscadet. Assez surpris de me voir et après quelques questions ils me propose de partager leur festin et je fais le tour du propriétaire avec un des gars qui est dans le documentaire. « Jojo » le gars avec un chapeau de paille qui est avec la préfète lors de la visite chez Amalia et son copain. Il m’explique la lutte, la construction de sa cabane qui a été détruite ensuite … Ensuite j’y suis retourné 3 ou 4 fois pour quelques fêtes uniquement, jamais pour me fritter avec les flics.
      Un article de Nicolas de la Casinière pour Reporterre.net
      Les Zadistes veulent acheter les terres de Notre-Dame-des-Landes.
      https://reporterre.net/Les-zadistes-veulent-acheter-les-terres-de-Notre-Dame-des-Landes

      La levée de fonds pour la propriété collective est surement plein de bonnes intentions mais je ne comprends pas trop l’intérêt d’être propriétaire de son squat ?
      @val_k
      #propriété_privée


  • Indignés par les conditions d’expulsion de sans-papiers, des passagers d’Air France devant la justice - Bondy Blog
    https://www.bondyblog.fr/reportages/bobigny-des-passagers-juges-pour-avoir-proteste-contre-lexpulsion-de-sans-

    Les procès s’enchaînent. Celui de Caroline est directement suivi par le procès de Jean-Luc* et Armand* qui s’avancent à leur tour à la barre. Ils ne se connaissaient pas avant d’embarquer dans le même avion Air France à destination de Dakar, le 31 décembre 2017. Pour leur avocat, Maître Teffo, ces affaires sont liées, il décrit un « mécanisme » : « La personne reconduite à la frontière apparaît, un tissu dans la bouche, un casque sur la tête, les pieds et mains liés, elle est bâillonnée, hurle et se débat, les gens vont réagir et l’administration va choisir des personnes au hasard dans le but de frapper les esprits, et de leur dire : vous ne pouvez plus vous indigner dans ce pays. ».

    Les similitudes entre les deux affaires sont effectivement déroutantes. Tous les trois ont été expulsés de leur vol à cause de leurs protestations. A bord du Paris-Erevan, Caroline interroge les policiers sur l’homme, bâillonné et casqué, qui se débat dans l’avion, un policier affirme qu’il a violé une mineure. Cette affirmation sera par la suite contredite par le dossier de l’homme en question, auquel Me Marcus a eu accès. Comme Caroline l’imaginait dès lors, il est reconduit en Arménie pour sa « situation irrégulière » mais n’a jamais été condamné.

    De la même façon, dans le vol Paris-Dakar, l’homme, maintenu de force sur son siège, est présenté comme « un dangereux criminel » aux passagers, qui ont pour consigne de rester silencieux. La consigne n’a visiblement pas été respectée. Un témoin, qui s’avère être la compagne de Jean-Luc, est appelée à la barre : « Les gens n’ont pas trouvé ça normal, tous les passagers de la cabine se sont levés. » Jean-Luc s’indigne, la tension monte. Sa compagne affirme avoir ensuite été violemment giflée par une policière. Elle perd connaissance et ne peut pas assister à la suite de la scène.

    Ému, Armand se lance face à la juge dans un récit poignant : « Il y avait un homme derrière moi, en chemise molletonnée à carreaux avec un casque, il se débattait, il criait et quand, parfois, il ne faisait plus aucun bruit, il fallait deux neurones pour comprendre qu’il était en train d’être étouffé ! ». En colère, il s’indigne contre un « traitement inhumain », se plaint d’Air France et refuse de prendre cet avion. La même policière de l’escorte lui rétorque : « Eh bien pourquoi vous n’avez pas pris la compagnie de votre pays ? ». C’est la voix chargée d’émotions qu’Armand reprend son récit. « Ça fait mal, affirme-t-il. Est-ce qu’elle savait ce qu’était mon pays ? » Me Teffo, son avocat, souligne devant le tribunal que le dossier comporte également un rapport d’Air France dans lequel une cheffe de cabine dit avoir l’habitude de ce type de vols et conseille aux hôtesses de « ne pas se laisser impressionner par des Sénégalais qui ont la manie de parler fort. »


  • Because insects are legion, inconspicuous and hard to meaningfully track, the fear that there might be far fewer than before was more felt than documented. People noticed it by canals or in backyards or under streetlights at night — familiar places that had become unfamiliarly empty. The feeling was so common that entomologists developed a shorthand for it, named for the way many people first began to notice that they weren’t seeing as many bugs. They called it the windshield phenomenon.

    #pare-brise #insectes #entomologie


    https://www.nytimes.com/2018/11/27/magazine/insect-apocalypse.html


  • 1000 milliards d’euros de profits en vingt ans : comment les labos sont devenus des monstres financiers
    https://www.bastamag.net/1000-milliards-d-euros-de-profits-en-vingt-ans-comment-les-labos-sont-deve

    Les laboratoires pharmaceutiques n’ont plus grand chose à voir avec ce qu’ils étaient il y a vingt ans. De plus en plus gros et de plus en plus financiarisés, ils sont devenus des machines à siphonner des milliards d’euros ou de dollars pour les redistribuer aux actionnaires, notamment les grands fonds de Wall Street. Une prospérité privée financée en grande partie par l’argent public : les systèmes d’assurance maladie et le soutien gouvernemental à la recherche En 1955, Jonas Salk, père du premier (...)

    #Décrypter

    / #Enquêtes, #Multinationales, Santé , #Finance

    #Santé_


  • Nous ne sommes pas venus dans vos maisons | Marie Cosnay
    https://blogs.mediapart.fr/marie-cosnay/blog/160119/nous-ne-sommes-pas-venus-dans-vos-maisons

    Je reconnais ma fragilité, au moment où je t’accueille. Si je ne la sais pas, je risque de lutter contre elle, et donc, à terme, c’est le risque, contre toi. Ce que nous faisons là, ensemble, dans cet accueil sans tiers, sans institution, dans nos collectifs citoyens, c’est une petite construction imparfaite. Source : Relevé sur le Net...


  • Glyphosate : les autorités sanitaires ont plagié Monsanto
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/15/glyphosate-l-expertise-de-l-ue-minee-par-le-plagiat_5409233_3244.html

    Le rapport d’évaluation du #glyphosate, socle de la décision européenne, prise fin 2017, de réautoriser le célèbre herbicide pour cinq ans, est un vaste #plagiat.

    Mandaté par l’#Union_européenne pour produire l’expertise préliminaire sur le glyphosate — plus de 4 000 pages —, l’Institut fédéral d’évaluation des risques allemand (Bundesinstitut für Risikobewertung, ou BfR) a recopié, souvent mot pour mot, le dossier d’homologation du glyphosate transmis aux autorités européennes par #Monsanto et ses alliés industriels, réunis au sein de la Glyphosate Task Force (GTF).

    Dans un rapport commandité par des députés européens et rendu public mardi 15 janvier, le célèbre chasseur de plagiats autrichien Stefan Weber et le biochimiste Helmut Burtscher, associé à l’ONG Global 2000, montrent que les chapitres-clés de l’évaluation scientifique rendue par le BfR sont le fruit de plagiats à plus de 50 %, et de copiés-collés à plus de 70 %. Selon les deux chercheurs – dont le travail a été passé en revue par deux spécialistes du plagiat scientifique avant d’être rendu public –, « il est clair que l’adoption par le BfR, sans recul critique, d’informations biaisées, incorrectes ou incomplètes fournies par les fabricants [de glyphosate] a influencé la base même de son évaluation » de la dangerosité du produit controversé.

    Or, c’est sur la foi de cette évaluation préliminaire que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (#EFSA) et les experts des Etats membres ont conclu que le glyphosate ne posait pas de danger #cancérogène, ouvrant ainsi la voie à sa réautorisation en Europe.

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      Or, c’est sur la foi de cette évaluation préliminaire que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et les experts des Etats membres ont conclu que le glyphosate ne posait pas de danger cancérogène, ouvrant ainsi la voie à sa réautorisation en Europe. En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) avait, au contraire, conclu au caractère « cancérogène probable » du glyphosate.

      En septembre 2017, Global 2000 avait déjà révélé que trois sous-chapitres du rapport rendu par le BfR avaient été largement copiés-collés. Mais les passages examinés se limitaient à seulement 2,5 % de l’ensemble du rapport. Mandatés par les eurodéputés Anja Hazekamp (Gauche unitaire européenne), Maria Noichl (Socialistes et démocrates) et Bart Staes (Verts), MM. Weber et Burtscher ont cette fois conduit une analyse exhaustive des sections du rapport liées à la toxicité chronique et la cancérogénicité de l’herbicide — soit plus d’un millier de pages.

      Le chapitre « Génotoxicité » de l’évaluation du glyphosate par le BfR. Les passages surlignés en rouge sont plagiés depuis le dossier d’homologation déposé par les industriels, selon deux chercheurs. Weber & Burtscher

      « Une fausse idée de l’auteur »

      Ils ont en outre distingué les « copiés-collés bénins » – reproduction à l’identique de résumés d’études ou de tableaux – des passages constituant des plagiats. Le plagiat, expliquent les auteurs, est « une pratique frauduleuse presque toujours destinée à tromper le lecteur ». « Cela signifie que (…) le lecteur se fait une fausse idée de l’identité de l’auteur, écrivent les deux chasseurs de plagiats. Le lecteur attribue faussement des phrases, des formulations, des données, des statistiques, des synopsis, etc., à un auteur indiqué ou supposé, alors qu’en réalité les éléments qu’il lit ont été rassemblés, organisés et écrits par un autre auteur. »


  • Il y a 100 ans, le 15 janvier 1919, #rosa_luxemburg et #karl_liebknecht étaient assassinés à Berlin.
    Germany remembers Rosa Luxemburg 100 years after her murder
    https://www.theguardian.com/world/2019/jan/15/germans-take-to-the-streets-to-celebrate-rosa-luxemburg-karl-liebknecht

    Recently, Andrea Nahles became the first leader of the SPD to come close to admitting her party’s role in the revolutionaries’ deaths, amid evidence that Gustav Noske, the minister of defence in the SPD-led fledgling Weimar government at the time, effectively signed off on the murders in an effort to crush the far left.

    “It is probable that Gustav Noske had a hand in the murders of Rosa Luxemburg and Karl Liebknecht,” she told the party faithful in November at an event to discuss the 1919 revolt.

    Noske was later involved in the farcical trials that followed the murders and that led to the acquittal of all but two of the suspects, who received paltry sentences.

    “The SPD has a very difficult relationship with the 1918-19 revolution,” said Jones. “While various party historians openly admit the SPD’s role in the events, others still want to defend it.”

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Rosa_Luxemburg
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Liebknecht


  • Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers États

    Ernest London

    https://lavoiedujaguar.net/Homo-domesticus-Une-histoire-profonde-des-premiers-Etats

    À la recherche de l’origine des États antiques, James C. Scott, professeur de science politique et d’anthropologie, bouleverse les grands récits civilisationnels. Contrairement à bien des idées reçues, la domestication des plantes et des animaux n’a pas entraîné la fin du nomadisme ni engendré l’agriculture sédentaire. Et jusqu’il y a environ quatre siècles un tiers du globe était occupé par des chasseurs-cueilleurs tandis que la majorité de la population mondiale vivait « hors d’atteinte des entités étatiques et de leur appareil fiscal ».

    La première domestication, celle du feu, est responsable de la première concentration de population. La construction de niche de biodiversité par le biais d’une horticulture assistée par le feu a permis de relocaliser la faune et la flore désirables à l’intérieur d’un cercle restreint autour des campements. La cuisson des aliments a externalisé une partie du processus de digestion. Entre 8000 et 6000 avant notre ère, Homo sapiens a commencé à planter toute la gamme des céréales et des légumineuses, à domestiquer des chèvres, des moutons, des porcs, des bovins, c’est-à-dire bien avant l’émergence de sociétés étatiques de type agraire. (...)

    #James_C._Scott #histoire #anthropologie #Homo_sapiens #chasseurs-cueilleurs #agriculture #Mésopotamie #esclavage #État #empires_fantômes

    • Contre le blé, contre l’Etat, Joseph Confavreux

      L’anthropologue anarchiste James C. Scott publie un ouvrage détonnant qui, à l’appui des récentes découvertes de l’archéologie, remet en cause le grand récit civilisationnel fondé sur l’agriculture céréalière, la sédentarité et l’État.

      James C. Scott est éleveur de moutons et dit se sentir « personnellement offensé chaque fois qu’on cite les moutons comme synonyme de comportement conformiste de masse, de pusillanimité et d’absence d’individualité », alors que cela fait 8 000 ans que l’homme a sélectionné les moutons précisément pour les domestiquer et les rendre toujours plus dociles.

      James C. Scott est aussi un des anthropologues les plus singuliers du monde, auteur d’un travail au long cours sur les comportements infrapolitiques (Petit éloge de l’anarchisme), les logiques du pouvoir de l’État moderne (Seeing like a State) ou les peuples sans État, notamment ceux d’Asie du Sud (Zomia ou l’art de ne pas être gouverné).

      homo-domesticusSon dernier livre, que viennent de traduire les éditions La Découverte, s’intitule Homo Domestiscus. Une histoire profonde des premiers États, et combine ce qu’il a pu personnellement observer en matière de domestication des animaux ou des hommes avec des décennies de travail sur les rapports entre les marges et les centres, les nomades et les États, les gouvernés et les gouvernants, les prétendus barbares et les soi-disant civilisés.
      Il se nourrit, aussi et surtout, des récentes avancées de l’archéologie qui, grâce notamment à de nouvelles techniques de recherche, viennent de plus en plus souvent bousculer les savoirs solidifiés dans les livres scolaires et appris par des générations d’écoliers. La récente et impressionnante Histoire des civilisations, sous-titrée Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances, également publiée par les éditions La Découverte et codirigée par l’archéologue Jean-Paul Demoule, s’inscrivait aussi dans ce moment singulier où l’archéologie change notre regard sur le passé, et peut-être ainsi sur le présent.

      Homo domesticus assume d’être une synthèse, voire parfois une forme de braconnage sur des territoires qui ne sont pas ceux de l’anthropologue. Scott définit d’ailleurs lui-même son ouvrage comme le « rapport d’exploration d’un intrus ». Mais son sens du récit et son érudition tout-terrain rendent sa thèse principale très convaincante, tout en permettant au lecteur d’apprendre, au passage, pourquoi les chimpanzés ont un intestin trois fois plus grand que le nôtre, quel est le métabolisme du blé sauvage ou comment lire l’épopée de Gilgamesh…

      Cette thèse consiste à démonter le grand récit civilisationnel de la révolution néolithique et de l’essor de l’humanité, selon lequel « l’agriculture venait se substituer au monde barbare, sauvage, primitif, brutal et sans loi des chasseurs-cueilleurs et des nomades ». Pour l’anthropologue, même si l’on a longtemps supposé que « l’agriculture avait été un grand pas en avant pour l’humanité en termes de bien-être, de nutrition et de temps libre », initialement, « c’est plutôt le contraire qui est vrai ».

      L’hypothèse implicite que la récolte d’une culture plantée serait plus fiable que le rendement des espèces sauvages serait ainsi fausse, « dans la mesure où les espèces sauvages, par définition, ne sont présentes que sur des sites où elles peuvent prospérer ». Celles et ceux qui voient dans l’agriculture sédentaire un pas majeur dans l’avancée de la civilisation négligent en plus les « risques de crise de subsistance impliqués par un mode de vie sédentaire et par la nécessité concomitante de planter, de soigner et de protéger des espèces cultivées ».

      Les avancées récentes de l’archéologie révèlent que les chasseurs-cueilleurs n’avaient rien « de ces populations désemparées, mal nourries, toujours au bord de la famine, qu’imagine l’ethnologie populaire ». Et permettent de mieux comprendre que la « sécurité alimentaire des chasseurs-cueilleurs reposait précisément sur la mobilité et sur la diversité des ressources auxquelles ils avaient accès ».

      À partir du moment où l’on remet en question l’hypothèse fondamentale de la supériorité et de la plus grande attractivité de l’agriculture sédentaire par rapport à toutes les formes de subsistance antérieures, il devient clair, pour le chercheur, « que ladite hypothèse repose elle-même sur un présupposé plus profond et plus enraciné qui n’est, lui, pratiquement jamais remis en cause : à savoir que l’existence sédentaire serait elle-même supérieure et plus attrayante que les formes de subsistance fondées sur la mobilité ».

      51bn3kwdvel-sx329-bo1-204-203-200Dans ce livre, dont le titre original est Against the Grain : A Deep History of the Earliest States, Scott avance donc l’hypothèse du lien étroit entre les céréales et la constitution d’États jugés coercitifs par l’anarchiste qu’il est depuis des décennies. Pour lui, « seules les céréales sont vraiment adaptées à la concentration de la production, au prélèvement fiscal, à l’appropriation, aux registres cadastraux, au stockage et au rationnement ». Ce qui explique pourquoi l’économie de tous les États antiques reposait sur les céréales et pourquoi « l’histoire n’a pas gardé trace de l’existence d’États du manioc, du sagou, de l’igname, du taro, du plantain, de l’arbre à pain ou de la patate douce ».
      Il s’ensuit pour Scott que « l’émergence de l’État ne devient possible que lorsqu’il n’existe guère d’autres options qu’un régime alimentaire dominé par les céréales domestiquées ». La « clé du lien » entre l’État et les céréales serait donc le fait que « seules ces dernières peuvent servir de base à l’impôt, de par leur visibilité, leur divisibilité, leur “évaluabilité”, leur “stockabilité”, leur transportabilité. »

      « Myopie historique »

      À partir de là, James C. Scott juge donc qu’on surestime très largement la révolution néolithique qui « a entraîné un appauvrissement de la sensibilité et du savoir pratique de notre espèce face au monde naturel, un appauvrissement de son régime alimentaire, une contraction de son espace vital et aussi, sans doute, de la richesse de son existence rituelle ».

      arton2238-a8443Une surévaluation intimement liée à la manière dont les progrès de la civilisation ont été « codifiés par les premiers grands royaumes agraires ». Comme dans Zomia, l’anthropologue juge nécessaire de se départir de la « téléologie de l’État » et d’une « histoire stato-centrée ». Une histoire « impartiale » supposerait, selon lui, qu’on accorde à l’État « un rôle beaucoup plus modeste que celui qu’on lui attribue normalement », même s’il n’est pas étonnant que l’État ait fini par dominer les grands récits archéologiques et historiques.
      En effet, outre l’hégémonie de la forme État dans le monde actuel, « la majeure partie des recherches archéologiques et historiques dans le monde sont parrainées par l’État, ce qui en fait souvent une sorte d’autoportrait narcissique », écrit Scott, en notant qu’on a toujours privilégié l’excavation des grandes ruines historiques sur des indices plus faibles d’installation humaine, que les dernières techniques archéologiques permettent de mieux repérer.

      De plus, les « documents écrits sont invariablement produits par et pour l’État ». Même si bon nombre de peuples nomades connaissaient l’écriture, « ils écrivaient généralement sur des matériaux périssables (écorce, feuille, bambou, roseau) et pour des raisons étrangères aux préoccupations d’un État (comme mémoriser des sortilèges ou des poèmes d’amour) ».

      Décentrer ainsi l’Histoire pour éclairer les zones oubliées par les récits officiels permet notamment de montrer que l’émergence de l’État apparaît en réalité très longtemps après la naissance de l’agriculture sédentaire et ne lui est pas liée, même si cette forme d’organisation sociale demeure, en général, réticente aux zones humides, désertiques ou montagneuses.

      Scott rappelle à ce sujet que les premiers établissements sédentaires de l’histoire de l’humanité sont apparus dans des zones humides, dont le rôle a été largement sous-estimé, pour au moins trois raisons. D’abord en raison de « l’association presque irrésistible entre l’idée de civilisation et les principales céréales : blé, orge, riz et maïs ». Ensuite, parce qu’il s’agissait de cultures largement orales n’ayant laissé derrière elles aucun témoignage écrit. Enfin, parce que cette myopie historique vis-à-vis des sociétés des zones humides pourrait être liée à leur « incompatibilité écologique avec la centralisation administrative et le contrôle par le haut. Ces sociétés reposaient en effet sur ce qu’on appelle aujourd’hui des biens collectifs ou des communs – plantes, animaux et espèces aquatiques sauvages auxquelles toute la communauté avait accès. Il n’existait aucune ressource dominante unique susceptible d’être monopolisée ou contrôlée et encore moins taxée par un centre politique ».

      Décentrer l’histoire permet aussi de comprendre que les premiers États étaient, en réalité, non seulement très fragiles, mais éphémères et réversibles. « Dans la plupart des cas, les périodes d’interrègne, de fragmentation et de décadence étaient plus fréquentes que les phases de domination efficace et stable. » En outre, explique Scott, « dans une grande partie du monde, l’État, même lorsqu’il était robuste, n’était qu’une institution saisonnière. Récemment encore, en Asie du Sud-Est, pendant les averses annuelles de la mousson, il n’était guère capable de projeter sa puissance au-delà des murs du palais royal ».

      Pour l’anthropologue, il a existé plusieurs lignes de faille, « sous-produits de l’émergence de l’État lui-même », liées aux conséquences épidémiologiques de la concentration sans précédent des espaces cultivés, des humains et du bétail, ainsi que des parasites et agents pathogènes, liées également aux effets écologiques plus insidieux de l’urbanisme ou encore aux répercussions d’une agriculture reposant sur l’irrigation intensive et entraînant une déforestation et une salinisation des sols.

      Rompre ainsi l’hypnose provoquée par les récits « narrant la fondation d’une dynastie ou exaltant sa période classique, alors que les périodes de désintégration et de désordre ne laissent que peu ou pas de trace », permet notamment de saisir les nombreux « mouvements de fuite des territoires contrôlés par les premiers États en direction de leur périphérie ». Mouvements dont les traces, « dans la mesure où ils contredisent le récit qui met en scène l’État en tant que porteur de civilisation et bienfaiteur de ses sujets », sont « confinées dans d’obscurs documents juridiques ».

      La Grande Muraille sur le site de Mutianyu
      La Grande Muraille sur le site de Mutianyu
      Le lecteur apprend ainsi que la Grande Muraille de Chine servait tout autant à retenir les paysans Han et les contribuables qu’à faire obstacle aux incursions barbares. Ce fait que les premiers États n’aient pas réussi à retenir leur population est, pour Scott, le signe que « c’est seulement par le biais de diverses formes de servitude que les premiers États ont réussi à capturer et à fixer une bonne partie de leurs populations ».
      « Homo sapiens n’a-t-il pas lui-même été domestiqué ? »

      La mise en cause du récit traditionnel de la civilisation par James Scott n’est pas seulement, pour lui, un moyen de rendre justice à un passé moins linéaire que la vision que nous en avons d’habitude. Elle est aussi une façon de repenser le présent, et notamment le fait que nous acceptons comme quelque chose d’inévitable, voire de normal, de vivre dans des États inégalitaires et dont les premières fondations reposent sur la coercition et l’exploitation de leurs populations.

      41wndayie2l-sx303-bo1-204-203-200L’anthropologue réexamine ainsi « la conception de l’État chère à des théoriciens du contrat social tels que Hobbes et Locke, celle d’un pôle d’attraction irrésistible reposant sur la paix civile, l’ordre social et la sécurité personnelle ». Alors que, pour lui, la « formation des premiers États est pour une bonne part une entreprise coercitive », appuyée sur l’usage « extensif d’une main-d’œuvre servile » : prisonniers de guerre, semi-servage, esclaves, même si celui-ci était présent dans nombre de sociétés pré-étatiques.
      James C. Scott tient à réhabiliter des modes de vie classés comme « barbares » simplement parce qu’il refusaient les rets de l’État, et en particulier l’impôt, que le chercheur n’hésite pas à qualifier de « fléau » pour les populations intégrées aux premiers États, en évoquant les collectes en nature prélevées par l’État sous forme de céréales, de main-d’œuvre et de conscription.

      Il fait ainsi voler en éclats la ligne de démarcation censée passer entre les mondes dits barbares et les mondes prétendument civilisés, c’est-à-dire étatisés, notamment parce que les populations assujetties à l’État et les peuples sans État étaient en réalité des partenaires commerciaux naturels et fréquents, dont le négoce des peaux de castor des Amérindiens a été l’un des plus emblématiques. « Une telle symbiose engendrait une hybridité culturelle beaucoup plus intense que ce que la typique dichotomie “barbare-civilisé” pourrait laisser croire », écrit Scott.

      Pour lui, les « barbares » doivent davantage être compris comme les « jumeaux cachés de la civilisation », comme l’atteste notamment le fait qu’il est arrivé que ces derniers conquièrent l’État, comme ce fut le cas deux fois dans l’histoire de la Chine, avec la dynastie mongole des Yuan et la dynastie mandchoue des Qing, ainsi que dans celui d’Osman, le fondateur de l’Empire ottoman. Pour Scott, l’existence dite barbare a donc « été souvent plus facile, plus libre et plus saine que celle des membres des sociétés civilisées – du moins de ceux qui ne faisaient pas partie de l’élite ».

      À lire l’anthropologue, on peut même aller jusqu’à désigner « la longue période historique qui vit se côtoyer des États agraires relativement faibles et de nombreux peuples sans État, généralement équestres », comme un « âge d’or » des barbares, comparable à un moment où « le mouvement d’enclosure politique représenté par l’État-nation n’existait pas encore ». Pour lui, ces « barbares » étaient « presque à tous égards plus libres que les petits fermiers anglais de la fin du Moyen Âge et du début de l’ère moderne, dont on a tant vanté l’indépendance ».

      Ce détour par la proto-histoire est aussi, pour Scott, un moyen de réfléchir à la notion de domestication, et à la façon dont elle résonne aujourd’hui. Il rappelle en effet que le terme domestiquer est normalement considéré comme un verbe actif impliquant un complément d’objet direct. Mais, interroge-t-il, Homo sapiens n’a-t-il « pas lui-même été domestiqué, attelé au cycle interminable du labourage, du plantage, du désherbage, de la récolte, du battage, du broyage » ? Pour Scott, l’homme est quasiment devenu esclave des céréales, et a été domestiqué par son confinement, une plus forte densité démographique et de nouveaux modèles d’activité physique et d’organisation sociale…

      Ce qui interroge quand on sait que, par rapport à leurs ancêtres sauvages, les moutons ont connu une réduction de 24 % de la taille de leur cerveau au cours des 10 000 ans d’histoire de leur domestication ou que les furets ont des cerveaux 30 % plus petits que ceux des putois… « La réduction de la taille du cerveau et ses conséquences possibles semblent décisives pour rendre compte de la docilité des animaux domestiques en général », écrit James Scott, en se plaisant sans doute à imaginer ce que serait le cerveau d’un homme sauvage, en liberté et sans État.

      LIRE AUSSI
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      PAR JOSEPH CONFAVREUX
      Cette plongée dans la profondeur de l’histoire est, enfin, un moyen pour Scott de reprendre à nouveaux frais une notion à la mode, qui a pu être féconde pour alerter sur notre destinée civilisationnelle, mais s’avère également sidérante, voire paralysante : celle d’effondrement. Pour Scott, « dans son usage non réfléchi, la notion d’effondrement désigne une tragédie civilisationnelle affectant un grand royaume antique et ses réalisations culturelles ». Elle pourrait pourtant signifier « simplement un retour à la fragmentation de leurs parties constitutives, quitte à ce qu’elles se fédèrent de nouveau ultérieurement ».
      À lire l’anthropologue, une bonne partie de ce qui, dans l’histoire, est passé pour un effondrement n’était en réalité qu’une désagrégation au sens propre du terme : la réduction d’entités politiques de grande taille mais fragiles, à leurs composantes plus modestes et souvent plus stables, mais aussi souvent plus justes politiquement et socialement.

      Scott va jusqu’à effectuer alors un curieux, mais osé, « plaidoyer pour l’effondrement », en faisant l’hypothèse que ce qu’on désigne encore comme des siècles obscurs, des périodes intermédiaires ou des âges sombres a « en fait suscité un net gain de liberté pour de nombreux sujets des États antiques et une amélioration général du bien-être humain ». Une histoire à méditer pour les collapsologues ou les déclinistes contemporains…

    • Super compte rendu. C’est vrai que l’observation des peuples sans États (aujourd’hui administrés avec d’autant plus de violence) laisse entrevoir tous les autres possibles. Clastres et Sahlins l’ont montré il y a plus de quarante ans. Mais la cuisine des peuples de la forêt ne fait pas rêver, les ingrédients sont variés mais leur agencement inexistant.

    • Je connais mal cette littérature, mais je suppose que ces théories ont été confrontées et confirmées par les récits qu’on a des sociétés de #chasseurs-cueilleurs plus récentes, comme par exemple les sociétés #autochtones nord-américaines ? On a des témoignages du 17ème siècle de colons européens, par exemple :

      Un Français au « Royaume des bestes sauvages »
      #Paul_Lejeune, Lux, le 8 janvier 2009
      https://www.luxediteur.com/catalogue/un-francais-au-royaume-bestes-sauvages

      #Canada #Lux @lux_editeur