• La colère des femmes
    (traduction très rapide d’un article de Katrin Gottschalk/TAZ sur les parutions féministes de la rentrée en Allemagne)

    Réduire le téléviseur en morceau, briser la vaisselle, faire du petit bois de la table - tout simplement, tout réduire en morceaux. Cela semble être le fantasme de nombreuses femmes. Au moins 70 % des client·es d’un crash room à Berlin sont des femmes. Elles paient 220 euros pour une heure de rage sans public. C’est ce que rapporte le propriétaire du lieu dans le livre de Ciani-Sophia Hoeder Wut und Böse (La rage et le mal). Hoeder n’est pas du tout surprise, car la thèse de son livre est qu’il n’y a pas de place pour la colère des femmes dans notre société.

    Bien sûr, les femmes sont aussi en colère. Elles ont juste appris, que cela ne passe pas bien si elles le montrent. Cela ne correspond pas à l’image du sexe attentionné, de l’amante dévouée, de l’écoutante silencieuse. Et celles qui ne se conforment pas à cette image sont, à ce jour, toujours sanctionnées.
    Si vous ne répondez pas par un sourire reconnaissant à la drague dans la rue, vous risquez d’être insultée. Devoir penser constamment aux conséquences de ses propres actes se révèle épuisant pour les femmes, devoir réprimer son indignation les rend malades.

    Cet automne, trois écrits féministes ont été publiés, dans lesquels les trois autrices disent ne pas rattacher la catégorie « femme » aux caractéristiques du genre, mais vouloir conserver cette catégorie comme point de référence dans un système binaire. En tout cas, pour la catégorie « femme », elles constatent : elle est « mütend » (wütend+müde). Le mot est né de la pandémie de corona et décrit un mélange de colère et de fatigue.

    La rage et le mal
    Ces titres suffisent à montrer que ces thèmes déterminent la littérature féministe actuelle. Wut und Böse (La rage et le mal) est le titre du livre de Ciani-Sophia Hoeder, Die Erschöpfung der Frauen (L’épuisement des femmes) de Franziska Schutzbach l’autre. Le titre du pamphlet critique Sweet d’Ann-Kristin Tlusty est plutôt vague, mais il entre dans le vif du sujet dès le début avec la déclaration suivante : « Je suis une féministe. Je suis en colère contre le fait que les femmes souffrent davantage de la pauvreté dans la vieillesse que les hommes, c’est une évidence. »

    Les féministes du monde germanophone sont donc en colère - mais y a-t-il quelque chose de nouveau à dire à ce sujet ? Audre Lorde, citée par les trois autrices, a déjà traité de la colère comme réponse au racisme dans les années 1980. Cependant, en tant que femme, et surtout en tant que femme noire, il faut être forte pour donner un espace public à sa propre colère. Une force qui peut épuiser, c’est pourquoi Lorde qualifie le soin de soi d’acte de guerre politique.

    En outre, ces dernières années, des termes adéquats sont apparus. Le activism burnout ou la fatigue rage tentent de décrire ces débilitations spécifiques qui ne touchent pas que les femmes, mais se heurtent souvent chez elles à une estime de soi particulièrement basse.

    Parmi ces trois publications, Franziska Schutzbach décrit de manière particulièrement approfondie les différentes dimensions de l’épuisement féminin. La sociologue titulaire d’un doctorat porte un regard riche en sources sur l’histoire du sujet éclairé, apparu en opposition aux femmes et aux « sauvages ».

    Le sexe faible
    A la suite de Klaus Theweleit, elle montre comment la masculinité du fascisme est construite par le rejet de tout ce qui est faible - et les femmes sont considérées comme le sexe faible. La vision des hommes sur les femmes est intériorisée par les femmes et les conduit à se dévaloriser et à se dévaloriser mutuellement.

    Selon Schutzbach, la tentative des femmes de se distancier activement de ces attributs conduit finalement à un épuisement permanent. Schutzbach considère son livre comme un appel à l’imperfection. Toutefois, permettre et vivre la différence sans crainte ne fonctionne que lorsque « les gens prennent au sérieux leur désir de relation et leur besoin de soins, lorsqu’ils sont en relation les uns avec les autres, ils peuvent se montrer vulnérables les uns aux autres - et aussi épuisés ».

    À la fin du livre, Schutzbach en appelle à une « care revolution ». Les études à ce sujet sont denses : les femmes assument plus de tâches ménagères, plus de soins, elles se chargent de maintenir la cohésion des équipes au travail et achètent les cadeaux pour tous les membres de la famille pendant leur temps libre.

    Douce et mignonne
    La journaliste Ann-Kristin Tlusty résume cette image de la femme attentionnée par l’image de la femme douce. Dans son livre Sweet, elle décrit, à côté de la femme douce, la femme mignonne, qui est à la fois toujours sexuellement disponible et active. Elle sait ce qu’elle veut et celle qui aime le sexe à l’ancienne, c’est-à-dire « vanille », est considérée entretemps comme frigide. Et puis, selon Tlusty, il y a aussi la femme délicate, qui est mince et fragile. Douceur, gentillesse et tendresse, ces catégories sont revendiquées de l’extérieur et déterminent également l’image de soi de la femme.

    Dans Sweet, cependant, Tlusty ne plaide pas pour se distancer de cette image de soi, pour transformer « doux » en « fort » : « Je refuse de faire appel à l’auto-responsabilité féminine et d’appeler à l’autonomisation joyeuse. »
    Elle critique donc vivement le « féminisme de puissance ». Elle entend par là un type de féminisme de carrière qu’Angela McRobbie a déjà critiqué dans The Aftermath of Feminism. Au lieu d’exiger qu’il y ait un nombre égal de femmes aux postes de direction, Tlusty préfère créer des structures qui permettent une « société douce ».
    Une société douce se construit « sur une infrastructure sociale qui permet une prise en charge simple et sans but lucratif des enfants, des malades et de ceux qui ont besoin de soins, au lieu de déplacer tout ce qui est social essentiellement dans la sphère privée ». En conséquence, le secteur des soins doit être entièrement socialisé. La gentillesse pour tous est une belle utopie. La manière dont ce concept est censé fonctionner dans une société fondée sur la force reste toutefois ouverte.

    La colère est une force motrice
    Ciani-Sophia Hoeder identifie la colère comme une force motrice importante pour le changement. La journaliste s’y attarde dans son livre La colère et le mal. La fondatrice de Rosa Mag, un magazine en ligne pour les femmes noires, veut avant tout cultiver le courage d’être en colère.

    L’envie de changement est évidemment ce qui anime Hoeder. Elle sait que les structures ne changent pas toutes seules, mais que les luttes solides en font partie. Elle s’entretient avec des expert·es telle une infirmière de 51 ans très fière de son titre de « garce du service ».
    La lecture de Hoeder est instructive, seulement il est quelque peu surprenant, étant donné le sujet choisi, de voir avec quelle gentillesse l’autrice écrit.

    Dans l’ensemble, les trois femmes écrivent très « gentiment ». Tlusty commence son livre en disant qu’elle est en colère - pour finir par souhaiter la dolce vita générale. Mais en dessous de tout ça, il y a beaucoup de choses qui se passent. En gros, ces trois autrices veulent enfin avoir leur putain de paix et ne pas avoir à se battre pour l’égalité à tous les niveaux. Sauf qu’elles n’écrivent pas « salement ». Pourquoi pas, en fait ?

    « La théorie de King Kong »
    Dans la Théorie King Kong de Virginie Despentes (2006), la rage crache au visage du lecteur à chaque ligne. Despentes ne s’attarde pas sur la recherche de preuves de l’inégalité de traitement des femmes. Elle n’énumère pas les écarts de rémunération et de pension entre les sexes, même l’écart d’orgasme entre les sexes n’aurait aucune importance pour l’ancienne travailleuse du sexe. Elle vomit sur le patriarcat et chie sur le tone policing. C’est ce qu’on fait quand on dit à une personnes qu’elle se trompe de ton.

    Ces trois publications allemandes sont bien rédigées et les autrices en sont certainement conscientes. Les femmes en colère doivent toujours se demander quelles sont les conséquences de leurs actes. Les exemples de menaces de mort à l’encontre de féministes mal embouchées sont bien connus. Le langage plus doux de ces livres est, en ce sens, aussi un mécanisme de protection.

    En définitive, les trois autrices veulent valoriser à leur manière les qualités à connotations féminines et libérer les femmes de l’imitation de la domination masculine. Cela ne peut fonctionner que si les femmes comprennent également la colère comme une partie active de leur émotivité.

    https://taz.de/Feministische-Neuveroeffentlichungen/!5806878

    Et moi, jamais gentille... toujours rappelée à la modération de mon ton... en colère et fatiguée que je suis...

    Et je réalise à l’instant que Le deuxième sexe a pour titre allemand Das andere Geschlecht (L’autre sexe)

    #féminisme #sexisme #littérature #Allemagne

    • Wut und Böse

      Wann waren Sie das letzte Mal richtig wütend?

      Frauen, die ihrer Wut freien Lauf lassen, haben schnell einen schlechten Ruf. Doch diese Wut kann eine mächtige Waffe gegen persönliche und politische Unterdrückung sein.
      Ciani-Sophia Hoeder fragt nach: Wie haben wütende Frauen Geschichte und Popkultur geprägt? Welchen Einfluss haben die Erziehung von Mädchen und der abfällige Umgang mit Sorgearbeit auf die seelische Gesundheit von Frauen? Und wie wird aus Wut Mut zur Veränderung?

      https://www.hanser-literaturverlage.de/buch/wut-und-boese/978-3-446-27115-9
      #livre

    • Die Erschöpfung der Frauen. Wider die weibliche Verfügbarkei

      Frauen haben heute angeblich so viele Entscheidungsmöglichkeiten wie nie zuvor. Und sind gleichzeitig so erschöpft wie nie zuvor. Denn nach wie vor wird von ihnen verlangt, permanent verfügbar zu sein. Die Geschlechterforscherin Franziska Schutzbach schreibt über ein System, das von Frauen alles erwartet und nichts zurückgibt – und darüber, wie Frauen sich dagegen auflehnen und alles verändern: ihr Leben und die Gesellschaft.

      In unserer Gesellschaft wird Weiblichkeit gleichgesetzt mit Fürsorglichkeit. Frauen sind, ob in der Familie, in Beziehungen oder im Beruf, zuständig für emotionale Zuwendung, für Harmonie, Trost und Beziehungsarbeit – für Tätigkeiten also, die unsichtbar sind und kaum Anerkennung oder Bezahlung erfahren. Sie „schulden“ anderen – der Familie, den Männern, der Öffentlichkeit, dem Arbeitsplatz – ihre Aufmerksamkeit, ihre Liebe, ihre Zuwendung, ihre Attraktivität, ihre Zeit. Und kämpfen jeden Tag gegen emotionale und sexuelle Verfügbarkeitserwartungen.

      Es sind diese allgegenwärtigen Ansprüche, die Frauen in die Erschöpfung treiben. Denn – deklariert als „weibliche Natur“ – ist die geleistete Sorgearbeit meist wenig anerkannt und bleibt unsichtbar. Sie gilt ökonomisch als irrelevant und ist gerade deshalb ausbeutbar. Das Buch zeigt, dass die Verfügbarkeitsansprüche für unterschiedliche Frauen Unterschiedliches bedeuten: Ob als Mütter oder als Mädchen, ob als schwarze oder weiße Frauen, als Migrantin, Trans- oder non binäre Person, als dicke oder lesbische Frau, ob im Dienstleistungssektor, in Pflegeberufen oder in der digitalen (Selbst)vermarktung, ob als Politikerin oder Künstlerin – die Verausgabung hat unterschiedliche Ausmaße und unterschiedliche Ursachen.

      Die Geschlechterforscherin Franziska Schutzbach wendet sich gegen ein misogynes System, das von Frauen alles erwartet und nichts zurückgibt. Und sie zeigt, welch vielfältigen Widerstand Frauen gegen die Ausbeutung ihrer Energie, ihrer Psyche und ihrer Körper leisten. Ein Widerstand, der zu einer treibenden Kraft für neue Arbeits- und Lebensweisen wird und die Welt verändert.

      Ein kluger und fundierter Beitrag zu einer anhaltend aktuellen Debatte.

      https://www.droemer-knaur.de/buch/franziska-schutzbach-die-erschoepfung-der-frauen-9783426278581

    • Sweet

      Nowadays, everyone’s a feminist. But we’re still a far cry from genuine equality. Why are outdated structures still in place? How can they be dismantled? Ann-Kristin Tlusty looks at the inner and outer constraints that continue to shape women’s lives today. Women are still expected to absorb society’s concerns and needs without complaint. They’re expected to always seem sweet and sexually available, even in the heyday of today’s feminism. And they should be nice and gentle, and never demand too much autonomy. Smart and personal, liberating and new, this polemic text will shake up the hierarchy of the genders forever. Enjoy, sweethearts!

      https://www.hanser-literaturverlage.de/en/buch/sweet/978-3-446-27101-2

  • How imperialism, slavery, and war shaped epidemiology - The Lancet
    https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(21)02216-9/abstract

    While Downs’ narrative focuses on the differences between the British and American epidemiological underpinnings, historians may question the divide he presents. Given that race and sanitary environments were intertwined in medical discussions even within British circles at the time, the differences between the two camps are perhaps overstated in his account.

    Nevertheless, Maladies of Empire is a powerful and timely reminder that the advancement of medical knowledge about infectious diseases could not have been possible without the suffering of people of colour.

    Not only does such a narrative shed light on the violent foundations of disease control interventions and public health initiatives, but it also implores us to address their inequities in the present. At a time when low-income and middle-income countries struggle for access to vaccines in the COVID-19 pandemic, such an endeavour could not be more urgent.

    #épidémiologie #impérialisme

    • Maladies of Empire. How Colonialism, Slavery, and War Transformed Medicine

      A sweeping global history that looks beyond European urban centers to show how slavery, colonialism, and war propelled the development of modern medicine.

      Most stories of medical progress come with ready-made heroes. John Snow traced the origins of London’s 1854 cholera outbreak to a water pump, leading to the birth of epidemiology. Florence Nightingale’s contributions to the care of soldiers in the Crimean War revolutionized medical hygiene, transforming hospitals from crucibles of infection to sanctuaries of recuperation. Yet histories of individual innovators ignore many key sources of medical knowledge, especially when it comes to the science of infectious disease.

      Reexamining the foundations of modern medicine, Jim Downs shows that the study of infectious disease depended crucially on the unrecognized contributions of nonconsenting subjects—conscripted soldiers, enslaved people, and subjects of empire. Plantations, slave ships, and battlefields were the laboratories in which physicians came to understand the spread of disease. Military doctors learned about the importance of air quality by monitoring Africans confined to the bottom of slave ships. Statisticians charted cholera outbreaks by surveilling Muslims in British-dominated territories returning from their annual pilgrimage. The field hospitals of the Crimean War and the U.S. Civil War were carefully observed experiments in disease transmission.

      The scientific knowledge derived from discarding and exploiting human life is now the basis of our ability to protect humanity from epidemics. Boldly argued and eye-opening, Maladies of Empire gives a full account of the true price of medical progress.

      https://www.hup.harvard.edu/catalog.php?isbn=9780674971721

      #esclavage #santé_publique #médecine #maladies_infectieuses
      #livre

      ping @cede

  • «  L’accès massif aux données de santé pourrait accentuer les inégalités sociales » - Entretien avec le collectif Interhop
    https://lvsl.fr/lacces-massif-aux-donnees-de-sante-pourrait-accentuer-les-inegalites-sociales-e

    Adrien Parrot – Avec l’arrivée du RGPD et dans un contexte de développement de l’intelligence artificielle, de collecte et d’utilisation de gros volume de données, un nouveau concept est apparu : celui des entrepôts de données de santé. Ces entrepôts sont des objets que l’on peut critiquer positivement ou négativement, mais qui doivent néanmoins être remis en question dans la mesure où ils entraînent un effacement du motif du consentement des personnes au profit de la notion d’intérêt public[4]. Le traitement des données est alors subordonné à l’information des personnes, qui ont le droit de s’opposer à ce traitement. C’est là une question de fond des entrepôts de données de santé en général, qui vaut pour IQVIA[5], le Health Data Hub, mais aussi pour l’entrepôt de donnée de l’AP-HP dans lequel j’ai travaillé. Dans ce cadre-là, le consentement disparaît entrainant un changement de paradigme dans l’idéologie de traitement des données.

  • Contraception masculine : « Levons le tabou ! » - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/191021/contraception-masculine-levons-le-tabou#at_medium=custom7&at_campaign=1047

    Ce soir, « À l’air libre » se penche sur le tabou de la contraception masculine, un symbole du patriarcat encore bien enraciné. On en parle avec nos invités Stéphane Jourdain, coauteur de la BD Les Contraceptés, Maxime Labrit, fondateur de Thorème, et Florence Boitrelle, andrologue.

    • #contraception_masculine #contraception

      voire aussi : https://www.franceinter.fr/emissions/l-interview/l-interview-de-secrets-d-info-du-samedi-16-octobre-2021
      Les contraceptés : qui a torpillé la contraception masculine ?

      Alors que l’usage de contraceptifs est autorisé en France depuis plus de 50 ans, comment expliquer que la contraception soit toujours considérée comme une affaire de femmes ? Les journalistes Stéphane Jourdain et Guillaume Daudin ont mené l’enquête.
      En 1967, la loi Neuwirth est adoptée. Elle permet la fabrication, l’importation de moyens de contraception et leur vente en France. Un demi-siècle plus tard, la charge mentale et les effets secondaires des contraceptifs reviennent presque exclusivement aux femmes. Caroline Lee a illustré l’enquête de Stéphane Jourdain (rédacteur en chef du numérique à France Inter) et Guillaume Daudin (journaliste à l’AFP) : ensemble ils tentent d’expliquer pourquoi 13 contraceptifs féminins ont été développés alors que les méthodes de contraception masculines n’ont que très peu, voire pas évolué.
      À quand la pilule masculine ?

      À partir des années 50 et 60, la pilule féminine est étudiée et inventée. Pourquoi n’a-t-on pas vu se développer la pilule contraceptive pour homme en même temps ? Stéphane Jourdain nous explique qu’il y a deux raisons majeures à ce retard. Premièrement, la demande ne suit pas :

      Les hommes ne sont pas demandeurs de contraceptifs, ça les arrange que ce soit les femmes qui endossent 100% de cette charge contraceptive, et encore plus dans les années 30-40 qu’aujourd’hui.

      Deuxièmement, la testostérone à haute dose, qui permet de bloquer la production de spermatozoïdes, devient toxique lorsqu’elle est ingérée par le foie. C’est pour cela que certains pensent que la pilule masculine n’existera jamais.

      Pourtant, dans les années 80 la presse annonce que la pilule masculine sera pour demain. Or 40 ans plus tard, le sujet est au point mort.

      Dans les années 90, l’OMS lance deux études internationales pour tester la méthode de contraception masculine hormonale, c’est-à-dire des injections hebdomadaires de testostérone - sans passer par le système digestif. Les résultats de ces études sont sans équivoque : la contraception hormonale masculine est efficace à plus de 95%. Mais ni l’industrie pharmaceutique, ni les responsables politiques ne s’approprient le sujet.

      Pour les laboratoires, développer un contraceptif masculin se montrerait très couteux puisqu’il faudrait mener une étude très large et toucher énormément de monde. La demande et donc le marché économique étant faibles, l’industrie pharmaceutique ne voit donc aucune raison de se lancer dans cette voie.

      En 2017, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes assure qu’elle veillera au développement de la contraception masculine. Trois ans plus tard, lorsque Stéphane Jourdain et Guillaume Daudin la rencontrent, son discours semble avoir changé :

      Marlène Schiappa nous a dit que sa priorité avait été de lutter contre les violences faites aux femmes et qu’il était trop tôt pour porter le sujet de la contraception masculine.

      Aller plus loin :

      BD | Les Contraceptés, un livre de Stéphane Jourdain et Guillaume Daudin, illustré par Caroline Lee, aux éditions Steinkis.

    • Les auteurs mentionnent-ils que cette promesse mille fois réitérée d’une contraception masculine (alors que les hommes ne sont pas foutus d’enfiler une capote, de se faire vasectomiser ou de baiser autrement que par pénétration vaginale) est une vaste farce pour tenir les femmes en respect ?

    • Je documente ce sujet depuis longtemps sur seenthis sans le prendre pour une farce. Rendre les hommes responsables de leurs gamètes ca me semble important pour toutes et tous. Perso je me réjouie que Médiapart aborde la question.

  • Je suis prof et je m’autocensure : où est le problème ? | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/thomasvescovi/blog/171021/je-suis-prof-et-je-mautocensure-ou-est-le-probleme

    Ai-je le droit de considérer que montrer un homme nu à quatre pattes, qu’il soit prophète d’une religion ou Président de la République, que cela me fasse rire ou non, n’est pas la meilleure manière d’échanger avec mes élèves de collège ? C’est en tout cas le choix que j’ai fait. Est-ce que pour illustrer la liberté d’expression je devrais faire lire à mes élèves des extraits de Rivarol ou Valeurs actuelles ?

    • A titre personnel, je suis effaré par les reportages dans les collèges, avec au tableau le cul, les couilles et l’étoile jaune. Qu’en tant qu’adulte, tu prennes plaisir à t’infliger de la pornographie avilissante, je n’ai pas à juger, tu achètes bien ce que tu veux en kiosque... Mais qu’on inflige ça à des enfants qui n’ont rien demandé, je ne comprends pas. Et qu’une profession qui risque un blâme si elle laisse trainer un tract syndical sur son bureau rien que 5 minutes, n’ait pas d’autre choix que de se laisser instrumentaliser afin de faire le service après vente d’un journal raciste et fasciste, c’est d’un paradoxal et d’une tristesse sans nom. Je lis sur les réseaux sociaux les commentaires sous les posts des profs qui font valoir leur droit à parler de liberté d’expression autrement qu’en affichant des images avilissantes et impudiques, et j’y lis, dans ces fils de commentaires, l’interdiction de la réflexion, j’y lis les injonctions à obéir, et j’y entends parler de capitulation. L’extrême droite est aux portes du pouvoir (elle y est déjà, mais faut pas le dire), mais il faudrait craindre l’arrivée au pouvoir des fondamentalistes religieux musulmans...

      J’ajoute que ces images, d’êtres humains en positions avilissantes et impudiques, ça me fait penser à ces gens qui s’offusquent parce que les gamins se harcèlent entre eux à base de violences avilissantes...
      Ces images, présentées comme légitimes, me mettent aussi profondément mal à l’aise de ce point de vue. L’humiliation et l’avilissement d’autrui est-elle vraiment consubstantielle à la liberté d’expression ? Et par extension, le harcèlement n’est-il pas présenté, de ce fait, comme une liberté aussi importante que la liberté d’expression ? Par ricochet, cela me fait penser à Squid Game, et à l’effet qu’on nous dit que cela a sur les jeux à l’école, le 1-2-3-soleil de la bande annonce, qui se termine par de la violence (les commentateurs semblent tous oublier de rappeler que Battle Royal date déjà de 21 ans en arrière).

  • Mohamad Amer Meziane : « Il n’y a pas de réchauffement climatique sans violence raciale » - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/171021/mohamad-amer-meziane-il-n-y-pas-de-rechauffement-climatique-sans-violence-

    Pas encore lu

    Dans une enquête historique, le philosophe explore les liens entre la sécularisation – la séparation du religieux et du politique en Europe –, la colonisation et le dérèglement climatique. Il décrit comment, au XIXe siècle, la racialisation de l’islam a conduit à l’extractivisme fossile dans les pays du Sud, et au réchauffement planétaire.

    • la racialisation de l’islam a conduit à l’extractivisme fossile

      Mmh ça m’intéresse de connaitre l’argumentation, parce que beaucoup pourrait penser que c’est plutôt le besoin de croissance du capitalisme et donc d’extraire toujours plus de ressources, qui a impliqué une augmentation de la racialisation pour les besoins de justification « morale » du colonialisme (alors que c’était surtout pour aller récup des ressources gratos).

    • Mohamad Amer Meziane est agrégé et docteur en philosophie. Actuellement, il est chargé de recherche et enseignant à l’université Columbia de New York. Il est par ailleurs membre du comité de rédaction de la revue Multitudes.

      En mai 2021, il a publié aux éditions La Découverte Des empires sous la terre – Histoire écologique et raciale de la sécularisation. Dans cet ouvrage, Mohamad Amer Meziane remonte aux racines de la sécularisation, qui a conduit à la séparation du politique et du religieux au sein des sociétés occidentales dès le début du XIXe siècle. Cette proclamation d’un monde émancipé de Dieu a mené à la racialisation de l’islam, ouvrant la voie à la colonisation et à l’exploitation fossile des sous-sols des continents africain et asiatique.

      Il démontre ainsi que les prétentions à la fois coloniales et impériales de l’Europe sont étroitement liées au dérèglement climatique. Et en quoi crise climatique et racisme sont indissociables.
      Lire aussi

      Chlordécone : un cas de « violence écologique » aux Antilles Par La rédaction de Mediapart

      L’un des points de départ de votre enquête est la sécularisation de l’Europe au début du XIXe siècle, c’est-à-dire ce processus qui a consisté à vouloir séparer le religieux du politique et qui a été propice à l’émergence de l’État moderne...

      Mohamad Amer Meziane : Oui, mais précisément il n’y a jamais eu de séparation de la politique et de la religion. La sécularisation n’est pas la séparation progressive de la religion et de la politique, c’est une nouvelle manière de politiser la religion et de la racialiser. Le point de départ réel du livre est la critique du partage qui oppose un « Occident » qui se serait sécularisé et un « islam » qui aurait échoué et dont on suppose qu’il confondrait politique et religion.

      Un récit de la sécularisation de l’Europe est toujours présupposé lorsqu’on affirme que l’islam n’a pas encore séparé la politique de la religion, alors que l’Occident y serait parvenu. C’est ce récit que le livre remet en cause.

      Partir de la sécularisation était donc une façon de ne pas répondre aux vaines polémiques droitières autour de l’islam et de la laïcité en prétendant que l’islam serait compatible ou incompatible avec la modernité et qu’il serait soit capable soit incapable de se séculariser, mais plutôt de poser d’autres questions : avant de l’ordonner aux musulmans et musulmanes, êtes-vous certains d’avoir vous-mêmes séparé la politique et la religion ? N’êtes-vous pas précisément en train de contredire cette même séparation que vous posez comme un principe lorsque vous ne cessez de les assigner à leur religion supposée au nom d’une définition contestable de la laïcité ?

      On affirme d’une part qu’il faut séparer la religion et la politique et, de l’autre, pour s’en assurer, on surveille les musulmans et les musulmanes, qu’on soupçonne de ne pas respecter cette même séparation. La séparation est donc un mythe car la mettre en œuvre, c’est d’emblée la contredire. Dès lors, si elle n’est pas une séparation ou un déclin de la religion, quelle est cette sécularisation que l’on oppose au « monde musulman » comme son grand autre et que l’on considère comme le modèle qu’il devrait suivre pour se moderniser ?

      © La Découverte © La Découverte

      Ce basculement vers la sécularisation est intimement lié à l’industrialisme, ce que vous montrez en étudiant notamment le saint-simonisme. Cet influent mouvement industriel français assène alors que la vraie religion, ce n’est pas aller à l’Église mais « agir en industriel »...

      Oui, la sécularisation est une dimension fondamentale de l’industrialisation à partir de la fin du XVIIIe siècle. C’est presque une banalité de le dire mais il reste à savoir en quoi et comment elle l’est, et surtout à voir que le colonialisme se situe au cœur de cette histoire. Quant à l’industrialisme saint-simonien, il est lié à ce que je nomme la sécularisation impériale, principalement parce qu’il est l’héritier de Napoléon.

      L’ouvrage part de l’Expédition d’Égypte pour montrer qu’il est impossible de séparer ce que Napoléon a fait en France de ce qu’il a fait en Afrique du Nord. Il le dit lui-même lorsqu’il affirme : « Je me suis fait catholique en France comme je me suis fait musulman en Afrique. » Les saint-simoniens sont les continuateurs de Napoléon dès lors qu’ils se rendent en Égypte, vers 1833, alors qu’ils sont persona non grata en France. En effet, le saint-simonisme se constitue dans les années 1820 pour diffuser et appliquer la philosophie du comte de Saint-Simon (1760-1825). Le saint-simonisme est une doctrine socialiste qui prône l’émancipation des ouvriers et qui influence également nombre d’ingénieurs puisque c’est aussi depuis l’École polytechnique qu’elle rayonne.

      Lorsque le mouvement saint-simonien est interdit à partir de 1831 par les autorités françaises, les plus fidèles d’entre eux décident d’aller réaliser en Afrique du Nord ce qu’ils ne peuvent réaliser en Europe. De mouvement social, il devient alors une doctrine coloniale.

      C’est en vertu de la sécularisation que la colonisation et l’exploitation du globe se voient investies d’une autorité divine [...].

      Mohamad Amer Meziane

      Le saint-simonisme est souvent cité, et à juste titre, par des chercheurs travaillant sur l’Anthropocène. Mais on laisse souvent de côté quelque chose d’absolument central : ce mouvement s’est très sérieusement organisé à la manière d’une Église. L’un de ses mots d’ordre est tout de même : « L’industrie est le culte ». Cela signifie que pratiquer la bonne religion, ce n’est pas se rendre à l’Église, c’est travailler et agir en industriel, c’est exploiter le globe et ses ressources.

      L’ingénieur, et tout acteur industriel, est donc investi d’un statut religieux parce qu’il entend littéralement faire ce que le prêtre ne parvient pas à réaliser sur Terre. C’est donc en vertu de la sécularisation que la colonisation et l’exploitation du globe se voient investies d’une autorité divine et absolue qui relève d’un fanatisme inscrit au cœur de notre modernité.

      En effet, la sécularisation s’énonce d’abord en définissant ce qu’est la religion et en s’en attribuant ses prérogatives. Ce qui montre qu’il n’y a pas d’industrialisme purement laïque. Et cette dimension religieuse de la modernité vient de cette tendance à absolutiser le pouvoir, à vouloir se faire divin et éternel sur Terre. Ce qui est une folie furieuse inscrite dans les entrailles de ce système.

      « Réaliser l’œuvre de Dieu » se traduit alors par l’exploitation de la nature et l’extractivisme des ressources fossiles mais aussi par la colonisation de ce qu’on appelle aujourd’hui les pays du Sud…

      C’est toute la nouveauté du saint-simonisme. Il affirme que Dieu est la nature et que la création doit être continuée ici-bas. Selon lui, la transformation de la nature continue la création divine. L’industrialisation est voulue par Dieu, tout simplement parce que Dieu ne renvoie plus à une entité transcendante.

      On voit bien que le racisme, le sexisme et l’extractivisme constituent au fond la même chose.

      Mohamad Amer Meziane

      À mon sens, c’est la source de ce qu’on appelle vulgairement le fanatisme et que je nomme l’impérialité : cette tendance impossible à vouloir se faire le représentant de Dieu sur Terre que les grands mouvements modernes d’émancipation supposément laïques n’ont cessé de reproduire. Chez les saint-simoniens, réaliser les promesses de la religion sur Terre, c’est en vérité unifier le monde non seulement par l’industrie mais aussi par les moyens de communication, au premier rang desquels se trouvent évidemment les chemins de fer.

      Ce qui signifie que la colonisation du Sud par le Nord s’inscrit pour eux dans un projet de globalisation qui est la réalisation de ce que le christianisme n’a jamais su réaliser : l’unification du genre humain, et sa rédemption par la charité réelle. C’est le sens de ce très vieux thème impérial et colonial qui se situe au cœur de l’orientalisme : réaliser l’union de l’Orient et de l’Occident. Dans leur idéologie, cette union est raciale et sexuelle. Il s’agit d’unir la femme et l’homme, ce qui correspond à l’Orient et l’Occident, et à la nature et l’homme.

      On voit bien que le racisme, le sexisme et l’extractivisme constituent au fond la même chose. L’écoféminisme, en ce sens, frappe là où il faut frapper mais sans toujours comprendre les liens entre extractivisme et orientalisme et leur persistance dans l’islamophobie et le racisme aujourd’hui. On pourra objecter que ce ne sont là que des discours. Précisément, il n’en est rien. Ce discours a été porté par un nombre incalculable d’acteurs de l’industrialisation, et pas seulement en France. Le Canal de Suez, par exemple, a été construit pour matérialiser et réaliser cette union justement. Selon moi, ce que l’on nomme la Françafrique est directement tributaire du projet colonial des saint-simoniens. Et il ne faut pas non plus oublier le système bancaire : le Crédit lyonnais, par exemple, est né du saint-simonisme. Il y a donc une part de l’histoire du capitalisme comme du colonialisme qui hérite directement du socialisme dit utopique et de la « gauche ».

      Vous parlez beaucoup du cas particulier de l’Algérie – sujette à l’extractivisme gazo-pétrolier ou encore aux essais nucléaires français –, où les saint-simoniens vont un temps se réfugier…

      Je parle de l’Algérie parce que ce qui m’intéresse est de comprendre ce qu’a été l’indigénat de manière critique. Ce mot renvoie au statut racial attribué aux sujets colonisés, français non citoyens, par le droit colonial. Si l’on part de l’Algérie, la race se déploie d’abord et avant tout comme une racialisation de la religion des indigènes et, à tout le moins après 1870, de l’islam. Cette racialisation de l’islam est liée à une codification du droit musulman sur le modèle du Code civil napoléonien.

      Ce double processus est un effet de sécularisation parce que les empires se gardent de convertir massivement les populations colonisées au christianisme mais codifient au contraire les règles qui régissent la vie des « indigènes » pour les appliquer aux populations via l’État colonial. L’Empire français a donc appliqué la charia dans ses colonies, tout en transformant les musulmans en indigènes.

      À bien des égards, le saint-simonisme se situe aux origines de cette institution mais aussi, plus largement, de l’idéologie coloniale française qui se développe au XIXe siècle. Il développe une théorie qui anticipe celle de l’apartheid en Afrique du Sud et le système de gouvernement des chefferies en Afrique subsaharienne que Faidherbe reprend de ce qu’il a vu en Algérie : une séparation des races et un gouvernement indirect de ce qu’on appelle alors les « tribus » – une théorie mise en pratique sous le nom d’« association ».

      Des techniciens français de la Compagnie de recherche et d’exploitation pétrolière au Sahara (CREPS) jouent au volley-ball sur la base pétrolière d’Edjeleh Maison-Rouge, dans le désert algérien. Mars 1957. © AFP Des techniciens français de la Compagnie de recherche et d’exploitation pétrolière au Sahara (CREPS) jouent au volley-ball sur la base pétrolière d’Edjeleh Maison-Rouge, dans le désert algérien. Mars 1957. © AFP

      Ma thèse est que, malgré leur échec, les saint-simoniens ont joué un rôle clef dans l’institution de l’indigénat durant les années 1860 avant que la colonisation de peuplement ne domine le territoire nord de l’Algérie. Reste à savoir si l’on peut appréhender l’extractivisme gazo-pétrolier après 1962 comme une sorte de réalisation différée et néocoloniale du projet saint-simonien ; c’est une hypothèse que j’émets dans le droit fil du livre et qui fait l’objet de mes projets de recherche actuels.

      Je voudrais préciser que ces hypothèses ont pour fonction d’analyser les conditions géopolitiques du bouleversement climatique en montrant qu’on ne peut réellement parler du climat sans parler d’islam et inversement. Les recherches savantes les plus récentes montrent que l’islamisme investit l’État moderne et qu’il est tributaire des processus coloniaux de codification du droit islamique.

      Aussi, la diffusion du wahhabisme a pour condition matérielle le développement d’une économie fossile mondialisée. D’où mon désaccord avec ceux qui pensent que, pour critiquer ces mouvements, il faudrait critiquer l’islam et les religions en général ; discours qui les mène paradoxalement à tenir des positions réactionnaires dans le contexte actuel.

      Étrangement, dès qu’il s’agit d’islam, ils cessent d’être matérialistes et dés-historicisent ce qu’ils nomment confusément « la religion ». Il faut ajouter que les formes inspirées du wahhabisme sont des produits d’un État-fossile subalterne qui est l’Arabie saoudite. Les mouvements islamiques ultraconservateurs tout comme l’islamophobie qui leur répond sont deux faces idéologiques de l’économie fossile mondialisée.

      Et faire cette double critique est l’une des seules manières de résister à l’islamophobie en maintenant une position critique face à l’islamisme ; ce qui permettrait de dissoudre cette accusation dangereuse d’« islamo-gauchisme » qui pèse sur la pratique du savoir et l’université en déployant un réel discours critique contre les idéologues de l’heure.

      Vous écrivez dans votre livre que la sécularisation, la proclamation d’un monde sans Dieu, est le fruit d’une « impérialité », une prétention impériale qui hante alors, tel un mort-vivant, les États modernes européens depuis l’échec de la réunification de l’Empire chrétien par Charles Quint au XVIe siècle...

      L’invention de ce concept résulte d’un dialogue constant avec les études postcoloniales et décoloniales. En même temps, il constitue une critique de l’argument qui voudrait que la colonisation soit un phénomène universel qui aurait existé avant le XVe siècle.

      Il s’agit pour moi de repenser le colonialisme dans un cadre plus vaste. Je ne dis pas que l’Occident est un empire ni qu’il serait une réalité homogène qui aurait engendré la sécularisation. Je dis que l’impérialité occidentale est la prétention de se faire empereur et donc représentant de Dieu sur Terre en se posant comme le successeur de Rome.

      Les empires non européens n’ont pas conduit au réchauffement climatique avant que l’Europe n’emploie le charbon comme combustible fossile.

      Mohamad Amer Meziane

      De ce point de vue, l’impérialité n’est pas l’empire et il y a une impérialité commune à l’Église, l’empire et aux monarchies. Ce que l’on nomme la modernité est donc l’effet d’un processus singulier : la fragmentation d’une tradition impériale qui ne peut plus exister à travers un empire unique. Cette fragmentation se lit dans le fait que les États qui colonisent revendiquent d’être empereurs en leur royaume. La colonisation dissémine l’impérialité euro-chrétienne aux quatre coins de la planète. On parle parfois de la « conquête arabe » mais on devrait voir que les empires musulmans n’étaient pas coloniaux.

      La seule impérialité qui soit coloniale est l’impérialité née en Occident et c’est elle qui a conduit à la naissance du capitalisme et de la race. Jusqu’à preuve du contraire, les empires non européens – qui ne sont pas à proprement parler coloniaux au sens moderne du terme – n’ont pas conduit au réchauffement climatique avant que l’Europe n’emploie le charbon comme combustible fossile.

      Pourquoi parler de l’impérialité comme d’un mort-vivant ? Parce que l’empire, comme forme politique, est mort en Occident depuis le XVe siècle mais qu’il vit en se disséminant à travers le colonialisme. Il n’y a donc pas d’empire mais bien une impérialité fragmentée par le colonialisme.

      Vous insistez sur le fait que la violence d’État a joué un rôle dans la naissance du capitalisme fossile – via le charbon en Grande-Bretagne dans un premier temps –, mais aussi que cette violence d’État a engendré dans un même mouvement le racisme et le réchauffement climatique.

      Ma thèse est la suivante : ce que Marx nomme l’accumulation initiale du capital est structurée par la sécularisation impériale. Cette dimension de l’accumulation n’a à mon sens pas été vue par la plupart des marxistes. Marx a énoncé une théorie de la sécularisation mais il ne l’a jamais connectée à son analyse du capital. Pour cela, il aurait dû se débarrasser du concept bourgeois et abstrait de la religion. Or Marx a montré que la violence d’État est au cœur de ce qui fait naître le capital.

      Ce qui relie esclavage et climat est la violence d’État.

      Mohamad Amer Meziane

      J’insiste donc sur le fait que ce qui relie esclavage et climat est la violence d’État. Le Zetkin Collective [un groupe composé de chercheurs, d’activistes et d’étudiants qui se penchent sur l’écologie politique de l’extrême droite – ndlr] a raison de dire que quelque chose a lieu, à partir du XIXe siècle, lorsque la blanchité est associée à la maîtrise de la vapeur et au pouvoir qu’elle est censée représenter.

      Par conséquent, on voit bien que le racisme anti-Noirs n’est plus biblique ou fondé sur le mythe de Cham mais qu’il se constitue en une violente machine de déshumanisation des femmes et hommes noirs qui est soutenue de manière abjecte par le darwinisme et l’évolutionnisme. Ainsi, le devenir fossile du suprématisme blanc coïncide avec la sécularisation du racisme, avec son éloignement du dispositif de la conversion missionnaire et de la théologie coloniale.

      Vous démontrez également, qu’au-delà de sa dimension raciale, la sécularisation a aussi une dimension écologique et augure du dérèglement climatique. Dans votre ouvrage, vous allez jusqu’à parler de « Sécularocène » pour démontrer que crise climatique et colonialisme sont étroitement imbriqués, que la sécularisation a donné naissance à un nouvel ordre climatique.

      Si la sécularisation définit la modernité et que la modernité est en fait l’Anthropocène, alors pourquoi la sécularisation ne serait-elle pas l’Anthropocène ? Le Sécularocène est la formulation de cette question. La plupart des autres concepts, Anthropocène ou Capitalocène, supposent l’existence d’un agent responsable du réchauffement climatique. Je pense qu’il faut plutôt y voir une série de processus enchevêtrés. La notion de Sécularocène a aussi pour avantage de ne pas tout expliquer par le colonialisme sans mettre le colonialisme de côté ou à la marge, deux écueils classiques et symétriques. Elle donne un nom à une perspective nouvelle.

      La relecture écologique des événements qui ouvrent le livre, tels que l’Expédition d’Égypte ou la fondation du Premier Empire, me conduit à insister sur les conditions géopolitiques de la crise climatique.

      La question principale est : quel est le rôle que jouent la rivalité entre Empire britannique et Empire français et l’équilibre des puissances, au fond la dialectique de la guerre et la paix, dans le basculement fossile qui s’opère entre 1820 et 1830 et qui se traduit par l’emploi du charbon comme combustible ?

      Mohamad Amer Meziane. © DR Mohamad Amer Meziane. © DR

      À mon sens, la sécularisation structure la géopolitique de ce basculement. La thèse énoncée alors est que la souveraineté est désormais une réalité souterraine et pas seulement territoriale. C’est le sens du titre un peu énigmatique de ce livre, de ces empires qui existent sous la terre et sous nos pieds.

      Mais cette souveraineté étant d’emblée internationale, le concept d’impérialité permet de rendre raison des conditions géopolitiques du réchauffement climatique en insistant sur l’importance de l’équilibre diplomatique des puissances dans ce processus. D’où l’idée selon laquelle les rivalités interimpériales ont participé à bouleverser le climat. Encore une fois, si l’on ignore par exemple le rôle d’un acteur aussi important que l’Empire ottoman dans cette histoire, la sécularisation semble n’avoir rien à faire dans ce processus. C’est pourquoi j’ajoute qu’une conception « désenchantée » du monde souterrain a dû se déployer afin que les sous-sols puissent être conçus comme appropriables et exploitables.

      D’après vous, ce n’est pas seulement vers le capital qu’il faut se tourner pour mieux appréhender le dérèglement climatique, mais aussi vers l’histoire de la violence raciale...

      Quand on parle des rapports entre race et climat, il faut toujours se demander : de quelle violence raciale parle-t-on ? J’insiste sur deux choses dans le livre. D’une part, sur le fait qu’il existe des formes de racisme qui ne passent pas pour du racisme parce qu’elles racialisent l’appartenance religieuse supposée. D’autre part, et c’est peut-être déconcertant, mon travail consiste à montrer comment la racialisation de l’islam – dont la colonisation de l’Algérie est le paradigme – se situe au cœur du bouleversement climatique.

      Une alliance entre écologistes et antiracistes serait potentiellement révolutionnaire.

      Mohamad Amer Meziane

      En se focalisant seulement sur le capital, on oublie l’État et le colonialisme, ou en tout cas on les marginalise. C’est ce qui, peut-être, empêche nombre d’écologistes de réellement s’opposer à l’extrême droite qui – faut-il le rappeler ? – est violemment islamophobe partout en Occident et surtout en Europe. Dire que l’on justifierait l’islamisme ou le terrorisme en disant cela, comme l’insinue cette notion d’« islamo-gauchisme », est vraiment la meilleure manière de faire taire la pensée critique au nom d’une conception hautement contestable de la liberté d’expression.
      Lire aussi

      Les pollutions indélébiles de l’armée américaine au Moyen-Orient Par Bruce Stanley (Orient XXI)

      Le déni du réchauffement climatique par l’extrême droite émane du reste de ceux qui théorisent de manière pathologique le « grand remplacement ». Je ne sais pas si l’on se rend bien compte à quel point cette idée est dangereuse : quand vous dites qu’une minorité colonise un territoire, vous supposez que l’opprimer relève de la légitime défense. Si les écologistes pensent la même chose de l’islam que la droite sans se l’avouer à eux-mêmes, je ne vois pas exactement comment ils peuvent réussir là où la gauche traditionnelle a échoué : à critiquer la dimension sécuritaire et identitaire du discours de droite mais aussi son opposition à l’immigration venue principalement d’Afrique.

      Une alliance entre écologistes et antiracistes – ou mieux écologistes et activistes non européens – serait potentiellement révolutionnaire si elle parvenait à devenir un mouvement réellement planétaire, c’est-à-dire terrestre et « global ». Nous en sommes loin. Sans cela, le Nord « développé » donnera des leçons de non-extractivisme au Sud qui s’industrialise en lui sommant de se maintenir en position subalterne pour polluer moins, ce qui est absurde et malhonnête.

      Pour l’instant, les alliances écologistes se font entre Europe et Amérique parce que le langage de la critique de l’extractivisme tend à revenir à des formes de sacralisation de la nature, en supposant que la nature ait été désacralisée par la modernité, ce qui reste à démontrer. Il n’y a pas de capitalisme ni de réchauffement climatique sans violence raciale, sans islamophobie. Et si l’on mesurait la crédibilité des projets écologistes sur cette base, cela changerait très certainement le visage de l’écologie. La question climatique est aussi systémique que l’est celle du racisme. C’est pourquoi j’ai choisi de parler de racisme et d’écologie. Dans le réel, ces deux « questions » sont inséparables.

    • Bon bé j’ai lu cette interview et plusieurs autres, et autant on comprend ce qu’il affirme (sa thèse), mais je n’arrive toujours pas à comprendre les preuves, ou l’argumentation, de ce qu’il affirme.

      Il ne s’agit pas simplement « d’idées », quand on parle de tout ça, c’est de l’Histoire, et comme tout autre science ça se base sur des preuves (faits historiques, archéologiques, traces écrites, etc). Donc je le redis : pour l’instant j’ai plutôt lu des choses qui disaient que le capitalisme est structurellement un système croissant à l’infini, et que donc une fois la machinerie lancée, il se met à manger toutes les autres formes de vie (paysanneries, artisanats, etc) internes aux territoires où il a démarré (Angleterre, France, etc) mais aussi à s’étendre à l’extérieur, esclavage de masse, puis colonisation et utilisation des ressources (humaines, sous sols…) de ces colonies. Et que donc la racialisation (le fait de construire l’Autre comme une race différente) est une justification de la part de la société capitaliste (et non pas de l’Occident, c’est plus précis « la société capitaliste »), et en premier lieu une auto-justification, pour sa propre population, de pourquoi on a le droit de faire ça aux autres.

      Alors faut peut-être lire son livre entier pour comprendre, et je lis peut-être trop rapidement, mais je trouve ça embêtant que dans ces interviews il n’y ait pas au moins un début d’argument de pourquoi ça serait dans l’autre sens ("la racialisation a conduit à l’extractivisme").

  • L’appel de la cagette - Agnès Stienne - Visionscarto
    https://visionscarto.net/l-appel-de-la-cagette

    Et moi je regardais les cagettes. Avec soudain un regard nouveau. Quelle industrie peut bien se cacher derrière cet emballage anodin qu’on jette d’un geste négligé ou que l’on brûle après un unique usage ? Et les palettes ? Et les allumettes ?

    J’allais faire de ces cagettes, si pratiques mais si maltraitées, des boîtes précieuses enrichies de graines récoltées à l’automne dernier, des écrins, des œuvres d’art. Puis vint le temps de se pencher sur leur production.

    #peuplier #arbre #recyclage #emballage #écologie #environnement #art #cagette_qui_en_jette :)

  • Au nom du père - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=2zZRFJ1oXHA

    Sur la transmission du nom de famille

    #inertie #patronyme

    L’article du philosophe William MacAskill évoqué dans la vidéo : https://www.theatlantic.com/sexes/archive/2013/03/men-should-consider-changing-their-last-names-when-they-get-married/273718

    Un article de la sociologue Virginie Descoutures sur le nom des femmes et sa transmission : https://www.cairn.info/journal-mouvements-2015-2-page-43.htm

    Les statistiques de noms donnés aux enfants en France pour 2014 : https://www.insee.fr/fr/statistiques/1379722

    Et la même chose pour 2017 : https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/focus/double-noms

    Par curiosité, j’ai cherché des données sur la transmission du nom du père au Royaume-Uni et je n’ai pas réussi à en trouver. Si vous en trouvez (ou si vous trouvez pour d’autres pays ou pour d’autres années en France, ce sera toujours intéressant), envoyez-moi le lien et j’ajouterai ça ici.

    Sommaire

    0:00 - Intro. Un point aveugle moral
    2:59 - Une norme hégémonique
    4:27 - Que dit la loi ? Égalité formelle et non réelle
    6:58 - Le poids du statu quo
    9:05 - Quelle norme alternative ?
    11:05 - Le cas du Royaume-Uni et de Will MacAskill
    12:53 - La norme actuelle satisfait-elle le principe de tort ?
    14:49 - Conclusion. Quel avenir ?

    Ah et n’oublions pas la vidéo drôlatique sur les noms dans les RPG : https://youtu.be/gzBZFArR4mc

  • En 2017, ce n’est pas la parole des femmes qui s’est libérée, c’est nous qui avons commencé à écouter

    Les victimes d’Harvey Weinstein parlaient depuis des années. Pourquoi n’ont-elles pas été prises au sérieux ?

    https://www.buzzfeed.com/fr/mariekirschen/ce-nest-pas-la-parole-des-femmes-qui-sest-liberee-cest-nous

    « 2017, l’année qui a libéré la parole des femmes », « L’année où la parole des femmes s’est libérée », « Et la parole des femmes se libéra ». L’affaire Weinstein et ses suites, selon l’expression consacrée, ont provoqué un ouragan, à l’échelle mondiale. On sait déjà qu’il y aura un avant et un après Weinstein. Mais « l’année de la libération de la parole », vraiment ? A force de voir l’expression martelée en titre de journaux — y compris sur BuzzFeed – on finirait par croire qu’avant ce fameux article du New York Times révélant les accusations contre le producteur hollywoodien, les femmes préféraient se murer dans le silence.

    Pourtant, les femmes n’ont pas attendu ce mois d’octobre 2017 pour dénoncer les viols, le harcèlement sexuel au travail, ni pour tweeter sur le sujet. En France, on se souvient, entre autres exemples, des grandes mobilisations féministes contre le viol dans les années 1970 et 1980, des mobilisations au moment de l’affaire Dominique Strauss-Kahn puis de l’affaire Denis Baupin. Aux Etats-Unis, le témoignage d’Anita Hill avait secoué la société américaine et mis sur le devant de la scène la question du harcèlement sexuel au travail en 1991… soit il y a bientôt trente ans !
    Nous n’avons pas su écouter

    Plus récemment et sur internet, les hashtags #YesAllWomen, #EverydaySexism, #rapeculture ou encore #StopHDR avaient déjà vu passer leurs lots de tweets décrivant des agressions. Il suffit de jeter un rapide coup d’œil à des Tumblr comme Paye ta shnek, Paye ton taf ou Coupable de mon viol pour voir que la parole des femmes était bien libérée. Quant au désormais célèbre #MeToo, on s’est rapidement souvenu qu’il avait été lancé, non pas par Alyssa Milano cet automne, mais onze ans auparavant, par Tarana Burke, une militante afro-américaine qui travaille sur les violences sexuelles. Alors pourquoi un tel changement de perspective médiatique ? Qu’est-ce qui a fait la différence cette fois-ci ?

    Si #MeToo et #balancetonporc ont eu un tel impact, c’est surtout parce que l’écoute a changé. À plusieurs reprises aux cours de ces derniers mois, j’ai eu l’occasion de discuter avec des militantes féministes qui, bien qu’agréablement surprises par le traitement médiatique actuel, ne pouvaient s’empêcher d’être un peu étonnées : « On nous dit que les femmes "parlent enfin". Mais les femmes ont toujours parlé ».

    C’est nous qui n’avons pas su écouter.

    Cela fait des années que les victimes de Harvey Weinstein parlent : la mannequin italienne Ambra Battilana Gutierrez s’est rendue à la police. L’actrice Rose McGowan, a expliqué qu’elle avait confié au responsable des studios Amazon que Harvey Weinstein l’avait violée. « Je l’ai dit, encore et encore », a-t-elle tweeté. Mira Sorvino en a parlé à ses proches et notamment à son compagnon de l’époque, Quentin Tarantino, qui a continué à travailler avec Harvey Weinstein, et a reconnu de lui-même : « j’en savais assez pour faire plus que ce que j’ai fait ». Dans cette affaire – comme dans de nombreuses autres – si « tout le monde savait », c’est bien que des femmes l’avaient dit.

    Dans l’affaire Charlie Rose, une de ses anciennes assistantes, qui dit avoir été victime de harcèlement sexuel de la part du célèbre journaliste américain, a spécifié qu’elle en avait parlé à la productrice executive, qui lui a répondu « c’est juste Charlie qui fait du Charlie ». Quand le duo de comédienne Min Goodman et Julia Wolov ont raconté autour d’elles que Louis C.K. s’était masturbé devant elles sans leur consentement, le manager de ce dernier leur a fait passer le message d’arrêter.

    On retrouve des situations similaires de notre côté de l’Atlantique. Libération a récemment publié une enquête sur des accusations d’agressions sexuelles à l’encontre de Thierry Marchal-Beck, un ancien président du Mouvement des jeunes socialistes (qui s’est dit « sidéré » par ces accusations et a prévenu se « réserver le droit d’engager toute procédure »). Le journal évoque des « années d’omerta et de duplicité » au MJS : « Pendant des mois, les alertes vont sonner dans le vide ».

    Une plainte pour agression sexuelle a été déposée (puis classée sans suite pour cause de prescription) contre Éric Monnier, l’ex-ponte de France 2 aujourd’hui à LCI, qui nie les faits qui lui sont reprochés. Plusieurs journalistes ont raconté à BuzzFeed News que « tout le monde était au courant » de son comportement avec les femmes. Autre exemple : Astrid de Villaines, qui a récemment porté plainte contre le journaliste de La Chaîne parlementaire (LCP), Frédéric Haziza, en avait déjà à l’époque discuté avec sa rédaction, qui n’avait pourtant adressé qu’un simple « avertissement » à l’accusé.
    « Pour avoir parlé, j’étais soudainement devenue radioactive »

    Très souvent, les femmes parlent. Elles se confient à leurs proches, à un-e ami-e, à des collègues… Mais, fréquemment, leur parole n’est pas bien accueillie. Comme quand l’actrice Mira Sorvino prévient une employée de Miramax, l’entreprise cofondée par Harvey Weinstein, du comportement de celui-ci. « Sa réaction c’était comme si j’étais soudainement devenue radioactive pour avoir osé en parler, ce qui ne m’a pas vraiment encouragée ».

    Lors du rassemblement MeToo à Paris, le 29 octobre 2017.

    C’est parce que les femmes sont reçues par de l’embarras, de la suspicion, voire une franche hostilité, qu’elles vont arrêter de parler. Les victimes intègrent très rapidement que la société n’a pas envie de les écouter et qu’il sera moins coûteux pour elles, désormais, de se taire.

    Il serait extrêmement naïf de croire que, alors que nous avons grandi dans une société imprégnée par la culture du viol, nous savons bien réagir face à une personne qui nous confie avoir été victime d’une agression sexuelle. Personne ne nous apprend à le faire. Nous avons peut-être les meilleures intentions du monde, mais cela ne suffit pas.

    Il est très fréquent que, même malgré nous, on minimise. Qu’on se dise qu’il n’y a rien à faire – « de toute façon c’est connu qu’il est comme ça ». Qu’on rejette la responsabilité sur la victime – « quelle idée, aussi, d’aller aussi tard chez cet homme vu sa réputation ». Qu’on immisce le doute dans son esprit sur sa légitimité à parler – « franchement le mieux pour toi, c’est encore de passer à autre chose ». D’où l’importance, comme Sandrine Rousseau tentait de l’expliquer sur le plateau d’« On n’est pas couché » seulement six jours avant que l’affaire Weinstein éclate, de former des gens pour savoir « accueillir la parole ».

    Les manquements de la presse

    Dans ce refus d’accorder une écoute attentive aux victimes de violences sexuelles, les journalistes ont leur part de responsabilité. Ces dernières décennies, on ne peut pas vraiment dire que la presse française a brillé par sa volonté de couvrir le sujet des agressions sexistes, hormis les habituels papiers un peu paresseux tous les 25 novembre, lors de la Journée internationale pour l’éradication des violences contre les femmes. Les médias ont longtemps fait la sourde oreille. Ils ont peu enquêté. Et quand ils se sont intéressés au sujet, le résultat a parfois été catastrophique.

    Pour avoir une petite idée de ce que pouvait donner la couverture journalistique du harcèlement sexuel dans le milieu du cinéma il y a une quinzaine d’années, il suffit de regarder le traitement de l’affaire Brisseau. Aux débuts des années 2000, Noémie Kocher et Véronique H., qui ont fait des essais pour le film Choses secrètes, portent plainte pour harcèlement sexuel contre le réalisateur, Jean-Claude Brisseau. Elles sont rejointes dans leur plainte, dans un second temps, par deux autres comédiennes. En 2005, le réalisateur de Noce blanche est condamné pour harcèlement sexuel à l’égard de Noémie Kocher et de Véronique H., les deux autres femmes sont déboutées. L’une d’elles, qui lui reproche notamment de lui avoir mis un doigt dans le vagin, fait appel, et Jean-Claude Brisseau est condamné l’année suivante pour atteinte sexuelle.

    Lors de l’enquête, comme le rappelle L’Obs qui a eu la bonne idée de se repencher récemment sur l’affaire, plusieurs témoignages, comme ceux de Marion Cotillard ou de Hélène de Fougerolles, vont dans le sens des plaignantes. La mère de Vanessa Paradis aussi, qui mentionne « un incident » lors du tournage du film qui a fait connaître sa fille, Noce blanche.

    Pourtant, la presse se fait bien tendre avec Brisseau, et cruelle envers ses accusatrices, qui n’auraient rien compris à l’art délicat du « tournage cinématographique comme sanctuaire artistique ». Les Inrocks tacle « les différentes parties [qui] dissimulaient leur ignorance profonde de ce qu’est le cinéma ». Un journaliste de Libération, Louis Skorecki, se fend d’une tribune intitulée « Brisseau, le faux coupable », et se lamente : « On n’aurait jamais dû juger Brisseau. » À la sortie de son film suivant, le critique Antoine de Baecque s’indigne : « Je ne crois donc pas une seconde à la vérité des accusations dont il a fait l’objet quand je vois Les Anges exterminateurs [...] Il est pour moi, c’est mon intime conviction, aux antipodes d’un harceleur, d’un violeur, d’un homme agressant une femme. [...] Jean-Claude Brisseau a été sauvé et blanchi par son cinéma. »

    « A quelques rares exceptions, la presse a été terrible, commente Noémie Kocher dans "L’Obs". Je n’imaginais pas le tsunami qui en découlerait. Notre parole a été niée, décrédibilisée. C’était violent. Et ce que j’ai vécu, à ce moment-là, ça a été presque pire que le harcèlement en lui-même. Voilà pourquoi je redoute tellement de parler. »

    Un sujet imposé parole après parole, tweet après tweet

    On est très loin des reportages de 2017 sur le cinéma, désormais qualifié de « milieu très exposé au harcèlement sexuel ». Douze ans plus tard, plus de 80 femmes ont accusé le magnat hollywoodien Harvey Weinstein. Il a fallu qu’elles soient aussi nombreuses pour qu’on écoute. Le scoop venait des vénérables New York Times et New Yorker. Bien sûr, si le retentissement médiatique a été si considérable, c’est parce que d’autres affaires ont pavé la voie. DSK, Baupin en France. Le journaliste Bill O’Reilly, l’acteur Bill Cosby et le chanteur R-Kelly aux Etats-Unis.

    Désormais, les médias ont bien intégré que ces affaires font partie de la couverture qu’ils sont tenus d’avoir. Sites, télés, radios n’ont pas hésité à reprendre l’information du New York Times, puis à apporter leur propre grain de sable à la déferlante. L’affaire Weinstein montrait à tous qu’il existait des informations à sortir, des affaires à raconter. Que, pour raconter le monde dans sa globalité, les journalistes devaient se pencher sur la question des violences sexuelles, et qu’il fallait le faire avec autant de sérieux que pour une grande enquête politique ou économique.

    Devant cet intérêt soudain, des victimes qui avaient renoncé à parler ont pris de nouveau la parole. Cette fois, elles ont été entendues. Les réseaux sociaux écoutaient. Les médias écoutaient. Les lecteurs écoutaient. Les journalistes ont enquêté, vérifié, recoupé. Et les articles se sont multipliés.

    Il ne s’agit pas, ici, de nier le choc qu’ont constitué les hastags #metoo et #balancetonporc. En 2017, les femmes ont parlé avec force et chaque témoignage a permis à d’autres victimes de se sentir un peu plus légitimes pour dire « moi aussi ». Ces dernières années, grâce à leurs paroles, ce sont les femmes – et les associations féministes – qui ont imposé, petit à petit, tweet après tweet, ces sujets sur la place publique. Mais les médias ne devraient pas s’exempter d’une autocritique sur leur difficulté à s’emparer de ces questions, alors que le grand continent des violences sexuelles était juste sous leurs yeux. L’affaire Weinstein a fait bouger les lignes du traitement journalistique. Mais ce changement s’inscrira-t-il seulement dans la durée ?
    Des oreilles décidées à ne pas tout entendre

    Il ne faudrait pas idéaliser ce moment et sous-estimer les réticences. Certaines oreilles sont bien décidées à ne pas tout entendre. Comme ces commentateurs qui, plutôt que de parler des violences sexuelles, ont insisté sur la « violence » du terme « balancer ». Comme Raphaël Enthoven qui s’est permis de demander à celles qui tweetaient leurs agressions d’aller plutôt porter plainte – alors que l’on sait que les victime de viol sont souvent mal accueillies dans les commissariats. Ou encore comme ce député La République en marche qui s’est inquiété qu’on finisse par « émasculer tous les hommes ».

    Seulement quatre petits jours jours après le premier tweet sur #balancetonporc, on atteignait déjà le point Godwin en comparant ces victimes qui osaient décrire des délits et des crimes sur les réseaux sociaux aux monstres qui ont dénoncé des juifs pendant la seconde guerre mondiale.

    Jusqu’à cette séquence lunaire où, sur BFM-TV, le 26 novembre, la journaliste Anna Cabana a coupé Anne-Cécile Mailfert, la présidente de la Fondation des femmes, pour lui demander, visiblement inquiète : « Mais, aujourd’hui, vous pouvez nous dire : vous aimez les hommes ? » Quand une femme ose prendre la parole contre les violences sexistes, le soupçon de misandrie n’est jamais très loin. Curieuse inversion des rôles. A l’heure où se multiplient les révélations sur des hommes qui font acte de cruauté envers des femmes, on s’étonne pourtant de ne jamais avoir entendu la question inverse posée à ces derniers.

    L’article date de 2018 et ca n’a pas changé, c’est toujours la prétendue « libération de la parole des victimes » et cela permet de maintenir le système en place. Si c’est la première fois que vous en entendez parler alors on ne peu pas vous reprocher de n’avoir rien fait auparavant.

  • Une propriété de chasse condamnée à 120 000 euros d’amende pour préjudice écologique au marais Audomarois (La Relève et La Peste)
    https://lareleveetlapeste.fr/une-propriete-de-chasse-condamnee-a-120-000-euros-damende-pour-pre

    Fin août 2021, une société de chasse a été condamnée par la Cour d’Appel de Douai pour avoir porté un lourd préjudice écologique au marais Audomarois, au nord-ouest de la région Hauts-de-France. L’étang a été agrandi, de nombreux habitats et tourbières ont été modifiés ou détruits, ce qui constitue une atteinte non-négligeable envers l’environnement. L’écosystème ne peut malheureusement pas véritablement être remis en état, car cela causerait d’autant plus de dégradations. Les dommages sont ainsi irréparables. Cette condamnation refait la lumière sur l’importance de protéger les zones humides, fortement menacées de disparition en France.

  • Chez France 3, on te fait la retape pour les foutaises paranormales. Je ne sais pas si c’est de la biodynamie, mais ça m’a l’air de puiser dans le même tonneau.

    Loire : « J’avais besoin de nettoyer les énergies pour me sentir chez moi », Barbara a installé un menhir dans son jardin
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/loire/saint-etienne/loire-j-avais-besoin-de-nettoyer-les-energies-pour-me-s

    Pour réaliser cette grande lessive magnétique, Barbara Ballefin a fait appel à David Michel, géobiologue de son état. Le ligérien se dit également créateur de « lieux sacrés ». Il a aussi la réputation d’être sourcier... Ce professionnel des forces telluriques et de la radiesthésie a une façon bien personnelle de « ressourcer » le site et de chasser les ondes négatives. "Sur cette parcelle, je dois trouver la direction de l’endroit le plus négatif du terrain pour rééquilibrer ce lieu. Et ce point, c’est où l’énergie circule le moins," explique le géobiologue, bras levés et baguettes en mains en arpentant le champ. L’endroit est marqué d’un pieu rouge. 

    Le géobiologue étudie l’influence de la terre et du ciel sur le vivant...

    Mais l’histoire ne s’arrête pas là pour notre propriétaire terrienne mais pas cartésienne. Après avoir débarrassé les lieux des mauvaises vibrations, Barbara et le géobiologue décident d’aller plus loin en « énergisant » le site. Mais comment charger un champ en ondes positives ? Par la pose d’un menhir ! Il fallait y penser ! Bien plus lourd et encombrant qu’une simple amulette mais plus puissant, aux dires du spécialiste.

    • Ta question me rappel l’expérience des youtubeurs sur les cropcircle il y a quelques années. https://seenthis.net/messages/717147

      Le lendemain matin après avoir fait leur cercle dans un champs, un journal local à titré en faisant comme si les aliens étaient vraiment venus faire du dessin dans la nuit, l’article était un peu rigolard mais finissait par la question « et si c’etait vrai ? » les youtubeurs se sont demandé comme toi pourquoi des journalistes faisaient aussi mal leur travail, pourquoi illes pretaient le flac à ces légendes. Je pense que c’est parcequ’illes donnent aux gens la fiction qui fera le plus d’audience. Les gens doivent en tiré un profit spirituel, genre ca leur résoud l’angoisse de solitude pour pas cher, ca leur donne une origine à la vie, ca leur explique le cosmos sans avoir besoin de se casser la tête. Ca fait plus de clic de donner aux gens ce qu’ils ont envie de lire et de croire que leur donner une analyse scientifique. C’est fatiguant intellectuellement la science ca demande un effort et ca te dit pas le pourquoi des choses, ca te dit que le comment. C’est plus reposant et satisfaisant de croire dans l’influence du magnétisme des menhirs sur le hasard et d’avoir une réponse à tout. Ca fait marché le commerce d’avoir un menhir dans son jardin et peut etre que il y aura moyen de faire des articles plus tard sur les victimes de ces escroqueries, double avantage du point de vue éditorial.

      Un exemple de mensonge qui me parle ce matin c’est le #metoothéatre. En 2021 y a encore des journalistes y compris des journalistes qui se disent féministes qui te disent que « Metoo c’est la libération de la parole des victimes, pour la première fois les victimes parlent.... ». Cette croyance persiste car ca permet de blamer les victimes plutot que de pointé sa complicité avec les agresseurs. C’est à dire que si ca ne bougeait pas jusqu’ici niveau répression des violences sexuelles, c’est pas que OSEF des violences sexuelles, en fait c’est la faute des victimes qui n’avaient pas parlé avant. Ca arrange les journalistes car avant #metoomachin les journalistes n’en avaient pas parlé, mais illes vont pas dire que avant ca les intéressait pas, juste illes vont faire comme si illes découvraient la lune, comme les catholiques découvrent le rapport Sauvé, les mecs découvrent le harcelement de rue, ou les gens découvrent la pédocriminalité de Madznef, de Hamilton ou découvrent les violences sexuelles sur le lieu de travail... Les gens découvrent les violences sexuelles à chaque fois c’est magique c’est toujours la première fois, ca fait des millénaires que c’est la première fois, y a même du théâtre antique qui disait déjà que c’est la première fois. Alors c’est des journalistes qui sont sensé informés mais illes te sortent des trucs insensés juste parceque ca leur facilite la vie à elleux.

  • Anxieté et burn-out : les travailleuses du podcast peinent à faire respecter leurs droits - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/161021/anxiete-et-burn-out-les-travailleuses-du-podcast-peinent-faire-respecter-l

    Alors que se tient le Paris podcast festival, moment phare pour ce secteur en plein boom, Mediapart a rencontré une vingtaine de ses travailleuses. Elles sont nombreuses à décrire des conditions de travail difficiles et un dialogue social trop faible. Premier volet d’une enquête en deux parties.

  • #MeTooThéâtre : 300 personnes rassemblées à Paris pour « mettre fin à l’impunité »
    https://www.liberation.fr/societe/droits-des-femmes/metootheatre-300-personnes-rassemblees-a-paris-pour-mettre-fin-a-limpunit

    Des milliers de mots s’entrechoquent, ce samedi matin, pour dire ce qui n’a jamais été dit : enfin, le théâtre a son #MeToo. Pendant près de deux heures, des voix se succèdent au micro et résonnent sur la place du Palais Royal, à Paris, à quelques mètres du ministère de la Culture et de la Comédie Française. Ces voix, ce sont celles des comédiennes, metteuses en scène, autrices ou encore techniciennes qui ont choisi de ne plus taire ce qu’elles ont vu ou vécu . Plus de 300 personnes sont rassemblées pour les écouter.

    Pour la première fois , le collectif #MeTooThéâtre a appelé à la mobilisation dans la rue afin de dénoncer, devant le ministère de la Culture, les violences sexistes et sexuelles dans le milieu. C’est le 7 octobre que le hashtag est apparu pour la première fois sur Twitter, à l’initiative du collectif et sous la plume de Marie Coquille-Chambel, critique de théâtre et première à avoir témoigné. En quelques heures, des milliers de personnes ont tour à tour dénoncé les viols, agressions ou encore harcèlements dont elles disent, elles aussi, avoir été victimes dans le milieu du théâtre.

    Libé découvre les violences sexuelles dans le théâtre... comme si c’etait la première fois que les victimes parlent... comme si #metoo était la libération de la parole des victimes (et pas le débouchage simulé des oreilles des complices), exactement comme pour l’inceste, les violences sexuelles sur mineurs à l’église... à chaque fois c’est comme si on découvrait le sexisme mais tout ce que j’ai mis en caractère gras dans l’article de libé renforce le déni des victimes.

  • « Police partout, médias nulle part »
    https://www.acrimed.org/Police-partout-medias-nulle-part

    Loin des règles du métier (vérification des faits et confrontation des sources), la presse paresseuse se contente de copier les discours institutionnels et de relayer les fake news préfectorales. Le « quatrième pouvoir », en panne, participe à l’impunité policière. C’est une véritable faillite de l’appareil médiatique local. Le 7 mars 2020, pour l’acte 69 des Gilets jaunes, la police blesse gravement au moins 26 personnes en plein centre de Lyon. Le soir même, la presse locale et nationale titrera essentiellement sur les « 24 policiers blessés » et les commerces « saccagés par les black blocs ». La palme de l’indécence revient sans doute au Progrès qui, sur le coup de 19h, fait réagir les candidats aux municipales à propos de la « violence qui frappe nos commerces » (essentiellement des banques). Les (...)

  • Macron et l’Algérie : slalom dans une histoire tragique | Dominique Vidal
    https://blogs.mediapart.fr/dominique-vidal/blog/161021/macron-et-lalgerie-slalom-dans-une-histoire-tragique

    Depuis que ma mère est rentrée au petit matin, le 18 octobre 1961, la tête ensanglantée, le souvenir de ce massacre me hante. Il est plus que temps, qu’Emmanuel Macron reconnaisse ce crime d’État et son long déni, en fasse condamner les coupables, garantisse un accès libre aux archives afin que toute la vérité éclate et offre aux victimes la réparation attendue. Source : Le Club de Mediapart

  • ALI RABEH RÉÉLU MAIRE DE TRAPPES : « C’EST LA LÂCHETÉ QUI TUE LA GAUCHE »
    15 oct. 2021 - Le Média - entretien de Taha Bouhafs avec Ali Rabeh
    https://www.youtube.com/watch?v=V4ppFizObtk

    « Réélection dès le premier tour, face à une droite zemmourisée et clientéliste. Quelle fierté, merci aux Trappistes ! », s’est réjoui Ali Rabeh à l’annonce des premiers résultats. Deux mois après avoir vu son élection de 2020 invalidée par le Conseil d’Etat, Ali Rabeh a été réélu maire de Trappes dimanche 10 octobre avec 58,36% des voix dès le premier tour des municipales partielles. Il était reproché au candidat arrivé en tête d’avoir fait la promotion de sa candidature entre les deux tours du scrutin par le biais d’une association dont il est le fondateur.

    #Trappes

    • Aujourd’hui les fonctionnaires stagiaires, titulaires d’un master 2 et reçus au concours qui a lieu maintenant en fin de 2de année, deviennent fonctionnaires stagiaires. Ils enseignent à mi-temps en école ou établissement et poursuivent leur formation sur l’autre mi-temps. Ils préparent ainsi l’évaluation qui a lieu à a fin de cette première année.

      Le nouvel arrêté change les choses. Les stagiaires titulaires d’un master MEEF sont envoyés dans les classes avec l’horaire normal de cours des professeurs de leur corps. Ils auront 10 à 20 jours de formation dans l’année. Les stagiaires ayant un autre master, auront un parcours plus adapté car l’éducation nationale veut leur faire suivre une formation aux valeurs de la République, à l’école inclusive etc.

      C’est donc une dégradation considérable des conditions d’entrée dans le métier pour les titulaires du master MEEF. JM Blanquer reprend la formule qu’il avait mis en place en 2010 avec Luc Chatel. Formule supprimée par V Peillon en 2013.

  • « Les écarts d’âge homme/femme dans les castings irritent une critique de plus en plus attentive à leur signification sociale … »

    Pourquoi on n’ira pas voir le film Eiffel avec Romain Duris et Emma Mackey
    https://www.numero.com/fr/cinema/eiffel-romain-duris-emma-mackey-sexisme

    En tête du box-office cette semaine, le film français Eiffel a beau être d’une ambition monumentale, il nous donne surtout envie de monter dans les tours. Et ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un énième biopic…

    Il faut l’avouer : la bande-annonce d’Eiffel de Martin Bourboulon, avec ses gros plans sur la majestueuse tour parisienne en construction et ses acteurs en costumes presque aussi monumentaux que la Dame de fer, s’avère vertigineuse. Comme ses premières images mirobolantes, le biopic à 23,4 millions d’euros sur l’inventeur Gustave Eiffel a séduit les spectateurs, puisque, d’après Le Film Français, il a attiré la matinée de sa sortie, ce mercredi 13 octobre, plus de 1610 curieux. Une prouesse par temps de pandémie qui place le film en tête du box-office hexagonal, devant Le Dernier duel de Ridley Scott, Julie (en 12 chapitres) et tous les autres long-métrages qui étaient très attendus cette semaine.

    Le problème c’est que si l’on apprécie particulièrement Romain Duris et Emma Mackey, l’héroïne rock de Sex Education, l’idée de les voir réunis à l’écran pour vivre une folle liaison ne nous réjouit pas vraiment. Dans cette histoire romancée de Gustave Eiffel, l’ingénieur centralien français se lance dans un projet pharaonique pour l’Exposition universelle de 1889 qui aura lieu à Paris. Il veut construire une tour « haute de plus de mille pieds » en forme de A (comme amour), symbole phallique et dominant s’il en est, pour impressionner celle qui le passionna dans sa jeunesse et qu’il retrouve enfin. Nous sommes en 1887 et Eiffel, âgé de 55 ans à ce moment-là, est incarné par Romain Duris, qui en a 47. L’objet de son affection est, pour sa part, joué par Emma Mackey qui n’a que 25 printemps. On vous laisse imaginer, s’il s’agit de son amour de jeunesse, l’âge qu’elle avait lors de leur première rencontre, sans doute celui d’une adolescente donc. Dans la vraie vie, l’inventeur de génie à l’égo aussi surdimensionné que sa création et celle qui l’aimantait, Adrienne Bourgès, n’avaient que neuf ans d’écart. Et non pas plus de vingt, comme dans cette version romancée.

    Ce choix de casting agace d’autant plus qu’il est devenu systématique et ce même après #MeToo et les plaintes des actrices de plus 40 ans sur leur manque d’opportunités. On continue de donner des rôles de compagnes d’hommes de 50 ou 60 ans à des comédiennes de 20 ou 30 ans, comme si passé la ménopause, les femmes n’intéressaient plus personne. Si on s’attarde sur les sorties cinématographiques récentes, James Bond (Daniel Craig, 53 ans) craque pour Léa Seydoux (36 ans) dans les dernières aventures de l’agent 007. La même Léa Seydoux sera à l’affiche, le 29 décembre prochain, d’une adaptation de Philip Roth par Arnaud Desplechin, Tromperie. Et, quelle chance, l’actrice y entretiendra une relation avec Denis Podalydès, fringant jeune homme de 58 ans.

    Vous en voulez encore ? On pourra bientôt, en 2023, se délecter d’un nouveau film de Ridley Scott, Kitbag, dans lequel Jodie Comer (Killing Eve) incarnera Joséphine de Beauharnais, la compagne de Napoléon (interprété par Joaquin Phoenix). Historiquement, l’Impératrice avait 6 ans de plus que son illustre époux alors que Jodie Comer a presque 20 ans de moins que le héros du Joker (2019). Les casteurs et les cinéastes n’ont donc absolument aucune justification, autre que leur propres « daddy issues », pour continuer à nous abreuver de leurs remakes à peine déguisés et peu inspirés de Lolita qui n’excitent plus personne à part eux.

  • Musiques actuelles, musiques masculines - Yves Raibaud - AquileTube : Peertube Aquilenet.fr
    https://tube.aquilenet.fr/w/jedbZfvbASwQ5U9JgwgH2r

    Comme le sport, la musique a un genre. L’entre-soi masculin et l’exclusion des femmes dans l’économie des musiques actuelles en est l’exemple. Yves Raibaud montre comment des aides et des subventions publiques profitent majoritairement à des groupes de musiciens hommes qui y trouvent une prime à la professionnalisation. Toute l’économie de ce secteur fonctionne par cooptation genrée, recréant et diffusant ad libitum les stéréotypes de la masculinité, en direction d’un large public. L’auteur plaide au minimum pour une distribution égalitaire des ressources publiques dans ce domaine d’activité professionnelle.

    #UPB #université_populaire #Yves_Raibaud #musiques_actuelles #musique #femmes #hommes #inégalité #sociologie #genre

    • Super Conf, il parle à un moment de Adèle Heanel qui risque de se prendre le backlash d’avoir osé dénoncé un agresseur sexuel et voila ce que je trouve comme info ce matin :

      Affaire Adèle Haenel : la garde à vue de Christophe Ruggia annulée
      https://www.mediapart.fr/journal/france/151021/affaire-adele-haenel-la-garde-vue-de-christophe-ruggia-annulee
      –— Adèle Haenel qui ne voulait pas porté plainte se retrouve à devoir subir des interrogatoires de 21h, des confrontations au bout de la nuit et voila le résultat ....
      A mon avis la société à pas fini de lui faire payé l’affront d’avoir dénoncer un agresseur sexuel masculin.
      #backlash

    • La notion de lèse-majesté doit vraiment être examinée comme paradigme de ce backlash de + en + systématique à l’égard des femmes qui témoignent de leurs agressions. Dans un monde formaté par la pornographie et par le voyeurisme infligé aux femmes célèbres, le fait d’avoir commis de tels actes est maintenant perçu comme moins pire que le fait pour les agresseurs d’en être accusés.

    • C’est du lèse-couillons plutot que lèse-magesté, les hommes n’ont jamais apprecié qu’on dévoile au grand jour le complot qu’ils ourdissent entre eux contre les femmes (cf la maison des hommes).

      L’idée que la nouveauté en art serait une methode pour déclassé les personnes dominées m’a semblé interessante. Apparement c’est Geneviève Sellier qui as forgé cette idée par rapport au ciné de la nouvelle vague. Les femmes et les personnes racisées ont plus de mal à pouvoir tourner des films ou enregistrer de la musique, mais certaines et certains y arrivent à force, mais un peu en retard en moyenne vu les difficultées à se faire remarqué et prendre au sérieux par ce milieu. Une fois que des femmes ou des personnes racisées parviennent à émergé et se faire reconnaitre, les hommes s’organisent pour déclassé le mouvement et ces artistes, faire de la nouveauté qui sera difficile à investir pour les femmes et personnes racisées. En fait c’est probablement le fait qu’il y ai des femmes dans le ciné pré-nouvelle vague qui a dégouté les macho qui voulaient faire leurs films de queutards entre zobs, et ca les a motivé pour faire un truc nouveau car ce qui est féminin c’est nul et il faut niquer les femmes et les jetter hors de la maison des hommes.

    • 86 percent of Black artists in the UK experience barriers to progression, says new survey · News ⟋ RA
      https://ra.co/news/76213

      UK organisation Black Lives In Music (BLIM) has published a damning report on racism and discrimination in the modern music industry.

      2000 people responded to the survey, which launched in March. Those surveyed reported a range of discriminatory acts, barriers to progression based on their ethnicity, income inequalities and more. Here are some key findings:
      • 86 percent of all Black music creators agree that there are barriers to progression. This rises to 89 percent for Black women and 91 percent for Black creators who are disabled.

      • 88 percent of all Black music professionals agree that there are barriers to progression.

      • Three in five (63 percent) Black music creators have experienced direct or indirect racism in the music industry, and more (71 percent) have experienced racial micro-aggressions.

      • 35 percent of all Black music creators have felt the need to change their appearance because of their race or ethnicity, rising to 43 percent for Black women.

      • 38 percent of Black music professionals earn 100 percent of their income from music compared to 69 percent of white music professionals.

  • Le public est complice des agissements de R. Kelly | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/172257/musique-r-kelly-public-complice-agressions-sexuelles-viol

    Pendant les trois jours que j’ai passés à regarder Surviving R. Kelly, un documentaire en six épisodes diffusé sur la chaîne Lifetime et portant sur les décennies d’agressions sexuelles infligées par R. Kelly à des jeunes filles et femmes noires avec l’aide à la fois passive et active de larges pans de la société américaine, j’ai eu la chanson de Kelly « Ignition (Remix) » en boucle dans la tête.

    Surviving R. Kelly avance de façon convaincante –prouve, même– que la société a conclu un pacte impardonnable avec Kelly, génie musical capable de masquer son comportement ouvertement diabolique pendant des dizaines d’années parce que les victimes de ses crimes étaient des filles noires.

    Nous avons choisi d’ignorer ses actes, de les minimiser ou de rester délibérément dans l’ignorance afin de pouvoir continuer à profiter de sa musique. Nous avons donné la priorité à notre plaisir, à notre confort, à nos playlists aux dépens de la peine et des souffrances incommensurables, dont certaines sont encore d’actualité, de nombreuses adolescentes naïves et pleines d’espoirs. Nous avons fait un pacte avec le diable pour pas cher –laissez-nous garder cette chanson !– et avons permis que des gamines de 16 ans en payent le prix exorbitant.

    Puissant effet d’accumulation

    Ces filles, aujourd’hui des femmes, sont au cœur de Surviving R. Kelly, exemple extrêmement efficace de journalisme de divertissement –bien qu’il serait peut-être plus exact de le penser en termes de journalisme de divertissement activiste extrêmement efficace.

    Parfaitement accablante et puissamment dérangeante, c’est aussi une série captivante, mélange légèrement nauséeux qui colle tout à fait avec la ligne de Lifetime, une chaîne dont la spécialité a longtemps été de cultiver l’angoisse, le grand frisson et les mises en garde autour des femmes en péril.

    Comme à chaque fois lorsqu’il s’agit de crimes réels, la frontière est mince entre dévoiler la vérité et tomber dans le salace. Si Surviving R. Kelly la franchit de temps en temps –elle se complaît parfois dans la facilité, surtout dans les deux derniers épisodes, où elle semble vouloir créer un scoop plutôt que de l’illustrer–, elle le fait pour élaborer une thèse à charge à la fois répugnante et irréfutable contre Kelly.

    Ce sont de légères variations de la même expérience, qui devient de plus en plus horrible et incontestable à mesure qu’elle est racontée.

    On y voit moult longues interviews de victimes de Kelly, des « survivantes », selon la terminologie de l’émission : des femmes dont la plupart étaient mineures lorsqu’elles l’ont rencontré, qui racontent leurs expériences avec leur agresseur en n’épargnant aucun détail atroce. On voit ainsi se succéder Andrea Lee, l’ex-femme de Kelly ; Lizette Martinez, une lycéenne qu’il a rencontrée dans un centre commercial ; Lisa Van Allen, la plus jeune fille sur le plateau de tournage d’un clip ; Jerhonda Pace, qui a fait sa connaissance à 15 ans, lors de son procès pour pédopornographie.

    Elles et d’autres racontent que leur idole, un homme gentil et charmant, leur a promis de les aider à faire carrière avant de se transformer en monstre. Kelly les isolait, les punissait, exigeait qu’elles demandent l’autorisation de manger et d’aller aux toilettes, leur interdisait de regarder dans les yeux ou de parler à quiconque et les battait, tout en les soumettant à des pratiques sexuelles humiliantes qu’il filmait. Les détails de chacune de leurs histoires sont épouvantables, mais l’effet d’accumulation est puissant : ce sont de légères variations de la même expérience, qui devient de plus en plus horrible et incontestable à mesure qu’elle est racontée.

    Ces interviews sont ponctuées de commentaires de collègues, d’associés, de membres de la famille et du secteur de la musique, de journalistes et de spécialistes du traumatisme, qui produisent un récit collectif chronologique suivant Kelly de son enfance à aujourd’hui. Au cours de cette période, il a professionnalisé son mode opératoire, passant du repérage de jeunes filles devant son ancien lycée à des concerts où il les faisait monter sur scène avec lui, de l’échange de numéros de téléphone à l’emprisonnement de filles dans sa maison.

    Plus qu’une simple rumeur

    Comme tant de monstres dévoilés par #MeToo, pour R. Kelly, « tout le monde savait ». Cette affaire met en lumière à quel point l’expression est un grossier euphémisme. Dire « tout le monde savait » permet de passer très facilement sur le contenu de ce que l’on « savait » : qu’il agressait sexuellement, psychologiquement et physiquement des mineures.

    Cela fait des décennies que Kelly s’en prend à des jeunes filles, et cela fait belle lurette que l’on a dépassé le stade des rumeurs discrètement chuchotées. Certains de ses méfaits ont été extrêmement publics, comme ses relations sexuelles et son mariage avec sa protégée Aaliyah, alors qu’elle n’avait que 15 ans, sans parler de la vidéo où on le voit uriner dans la bouche d’une gamine de 14 ans et qui a longtemps été banalisée culturellement et évoquée comme un objet de rigolade. Et pourtant, cela ne fait que peu de temps que tout cela s’est figé en quelque chose de plus conséquent et accablant qu’une « rumeur ».

    Des dizaines de personnes l’ont aidé et soutenu, parfois sans faire exprès, parfois sciemment.

    Ce que Surviving R. Kelly fait extrêmement bien –et sans agressivité–, c’est démontrer, par le biais d’une lente accumulation plutôt que par des questions piège, tous les compromis, les décisions égoïstes et l’apathie qui ont contribué à protéger R. Kelly et lui ont permis de perpétuer ses crimes.

    Seules quelques personnes interviewées sont directement complices des agissements du chanteur : un assistant qui accompagnait Kelly dans les centres commerciaux pour trouver des filles, un employé de maison anonyme et le grand frère de l’artiste, qui est le seul à se demander ouvertement pourquoi le comportement de Kelly pose un problème. Mais des dizaines de personnes, sans parler des organisations et des acteurs de divers secteurs commerciaux, l’ont aidé et soutenu, parfois sans faire exprès, parfois sciemment.

    Lorsque l’on regarde Surviving R. Kelly, on voit des producteurs qui savaient que Kelly faisait quelque chose de répugnant mais qui ne sont pas intervenus, et des employés qui ont fait ce qu’on leur demandait parce qu’ils étaient payés pour ça. Surtout, on voit des familles qui ont laissé leurs filles « travailler » avec R. Kelly parce qu’elles estimaient que c’était bénéfique pour leur carrière, et qui ont préféré penser –marchant ainsi dans les traces de l’industrie du disque, d’autres célébrités et même de l’Église noire et des autorités– qu’il n’était pas si méchant que ça. Ce que l’on ne voit pas, en revanche, ce sont beaucoup des célébrités qui ont récemment travaillé avec R. Kelly et qui regrettent peut-être déjà ne pas avoir participé.

    Souvenirs souillés

    Lorsqu’il était gênant de regarder la vérité en face et de faire ce qui est juste, les gens ont choisi de fermer les yeux et de continuer à écouter ses chansons –comme je l’ai fait moi pendant de nombreuses années.

    J’imagine que continuer à écouter ses chansons va devenir difficile pour une grande partie des personnes ayant visionné Surviving R. Kelly, si ce n’était pas déjà le cas. Mais cela ne deviendra pas impossible pour autant : après la diffusion du documentaire, l’écoute des chansons de Kelly a augmenté de 16% sur Spotify.

    Je me plais à imaginer que celles et ceux qui l’ont écouté essayaient de faire comme moi, lorsque je n’arrivais pas à me retirer « Ignition (Remix) » de la tête, et voulaient associer la chanson aux histoires abominables que je venais d’entendre.

    Mais comme le soulignent les spécialistes apparaissant dans le documentaire, pour beaucoup, la musique de R. Kelly évoque des évènements positifs de leur propre vie –diplômes, fêtes, anniversaires. Et ces personnes n’ont sans doute aucune envie que ses actes ne viennent souiller leurs souvenirs. Pourtant, regarder Surviving R. Kelly les souillera. Il suffit de se repasser le documentaire mentalement, en boucle, jusqu’à la nausée.

    • Reconnu coupable de « trafic sexuel », R. Kelly voit ses ventes d’albums augmenter de 517% | Slate.fr
      http://www.slate.fr/story/217332/r-kelly-reconnu-coupable-trafic-sexuel-ventes-dalbums-augmenter-517-pourcents

      Le 27 septembre R. Kelly a été reconnu coupable de kidnapping, exploitation sexuelle d’enfants et racket. Mais cela n’a pas freiné les ventes d’albums du chanteur, bien au contraire. Une semaine après la décision de justice, la demande pour la musique de R. Kelly a augmenté de 517%, faisant grimper en flèche les revenus du rappeur. Dans le même temps, les flux audio sur les plateformes de streaming ont atteint +22%, tandis que les flux vidéo ont pris +23%.

      Ce n’est pas la première fois que les revenus de R. Kelly augmentent du fait de la médiatisation des accusations de trafic sexuel dont il a été reconnu coupable. En 2019, lorsque le documentaire Surviving R.Kelly a été diffusé, les ventes de sa musique ont doublé. Des faits surprenants, alors que le documentaire présente des femmes victimes de viols et séquestrées dans la secte sexuelle tenue par le rappeur.

      La même année, une interview de R. Kelly, accusé à l’époque de séquestration et d’agressions sexuelles, alimente également la demande musicale pendant plusieurs semaines. Pourtant lors de l’émission, il semble montrer la face cachée de sa personnalité : devant la journaliste Gayle King, co-animatrice de CBS This Morning, il s’emporte de manière violente, se lève de sa chaise et lance son poing en l’air.
      Faire disparaître son contenu des plateformes ?

      La question est posée ici ou là : les plateformes de streaming doivent-elles supprimer la musique et les vidéos de R. Kelly, qui risque une longue peine de prison ? Depuis 2017, le hashtag #MuteRKelly circule sur les réseaux sociaux, ce qui a fait réagir certains diffuseurs. Des titres célèbres comme « I believe I can fly » et « The world’s greatest » ne sont plus diffusés à la radio ni dans certaines publicités, rapporte Quartz.

      Après la diffusion du documentaire Surviving R. Kelly, le label Sony a décidé de lâcher le chanteur. Les organisateurs des tournées musicales ont suivi le pas. Mais les plateformes comme Spotify et Apple Music traînent dans leurs décisions. Les contenus de R. Kelly ont été supprimés des listes de lecture, mais toute sa discographie est disponible. C’est également le cas chez Amazon. YouTube, qui a supprimé les chaînes officielles RKellyTV et RKellyVevo, ne supprimera pas ses chansons sur YouTube Music.

      Comme c’est très souvent le cas dans la procédure pénale aux États-Unis, la condamnation de R. Kelly ne sera rendue officiellement que plus tard, le 4 mai 2022. Actuellement en détention provisoire, le chanteur risque la prison à vie.

  • « Notre sexualité est façonnée par de puissantes normes de genre », Manon Garcia

    Avec « La Conversation des sexes. Philosophie du consentement », la philosophe montre, dans un entretien au « Monde », comment le patriarcat et les rapports de pouvoir qu’il installe dans la sphère privée amènent la femme à accepter des relations sexuelles, sources « de souffrances ou d’injustices ».

    Qu’est-ce, au fond, que le consentement ? Comment définir cette notion qui est au cœur des discours contemporains sur les violences sexuelles ? C’est la question que pose la philosophe Manon Garcia dans La Conversation des sexes (Flammarion, « Climats », 308 pages, 19 euros). Professeure à l’université Yale (Etats-Unis), l’autrice d’On ne naît pas soumise, on le devient (Flammarion, 2018, réédition Champs, 2021, 9 euros) explore, dans cet ouvrage, les multiples facettes du consentement − et insiste sur les ambiguïtés de ce concept.

    Depuis le mouvement #metoo, le consentement, dans le débat public, apparaît comme le concept-clé qui permet de définir la frontière entre le viol et la sexualité « légitime ». Cette idée, qui nous paraît aujourd’hui évidente, voire naturelle, est-elle nouvelle ?

    Contrairement à ce que l’on pense souvent, cette idée est récente. Pendant des siècles, le viol, comme l’a montré l’historien Georges Vigarello, a été considéré comme un tort fait non pas aux femmes, mais aux hommes − aux pères, aux maris, aux frères et aux fils de la victime. Ce qui était répréhensible, dans le viol, ce n’était pas la violence infligée à la femme, c’était l’atteinte portée à l’honneur de la famille et à la pureté de la lignée.

    C’est pour cette raison qu’on ne parvenait pas à envisager le viol d’une prostituée : le risque de bâtardise était absent, et la violence exercée envers une femme ne comptait pas. C’est aussi pour cette raison qu’on ne pénalisait pas, jusqu’en 1990, le viol entre époux : le mari pouvait imposer, y compris par la contrainte, des relations sexuelles à son épouse sans que personne s’en offusque.

    Le vocabulaire du consentement s’est progressivement imposé, à partir du XIXe siècle, dans un sens libéral. Il est devenu intrinsèquement lié à l’idée d’une certaine égalité entre les sexes : parce que les partenaires sont égaux, une relation sexuelle ne peut avoir lieu sans leur double accord. Le consentement est une manière de considérer que les femmes ont leur mot à dire au sujet de leur sexualité – et c’est relativement nouveau.

    Pour penser le consentement, on se réfère souvent à la tradition du libéralisme politique, notamment aux philosophes John Stuart Mill et Jeremy Bentham. Vous estimez que leur réflexion ne peut éclairer la question du consentement sexuel. Pourquoi ?

    La doctrine libérale fait une distinction très claire entre la sphère publique, qui est politique, et la sphère privée, qui relève de la nature. La réflexion de John Stuart Mill et de Jeremy Bentham concerne uniquement la première : ils considèrent que le consentement est une manifestation de la liberté individuelle des citoyens évoluant dans la sphère sociale, mais ils n’évoquent pas les rapports familiaux et conjugaux qui se tissent dans la sphère privée.
    Ce n’est pas une lecture fidèle à la philosophie libérale que de transposer le vocabulaire de l’autonomie de la volonté dans les relations intimes et sentimentales : dans la sphère privée, les individus ne sont pas des citoyens égaux et indépendants, mais des êtres dépendants, vulnérables, pris dans des rapports d’affection et de pouvoir. Les féministes ont montré qu’il y avait des rapports de pouvoir dans la sphère privée.

    Comment, dans cette sphère privée, définir le consentement sexuel ?

    Le problème, c’est la conception souvent binaire que l’on se fait de la sexualité : le viol serait nécessairement une agression violente commise par un inconnu, dans un parking, sous la menace d’une arme, alors que le sexe « normal » serait un acte réunissant deux personnes qui s’aiment et se respectent. La réalité est infiniment plus complexe : entre ces deux extrêmes, il existe un continuum de scénarios très banals où la frontière entre ce qui relève du viol et ce qui relève de la sexualité consentie est très difficile à tracer.

    Accepter un rapport sexuel parce que l’on veut être tranquille, parce que l’on croit devoir des relations sexuelles à son mari, parce qu’on ne veut pas passer pour une femme coincée ou parce que l’on a peur que l’autre se fâche, ce n’est pas un viol au sens légal, mais ce n’est pas non plus du sexe consenti. Ces situations, qui représentent une partie considérable des relations sexuelles, se situent dans une « zone grise » : elles ne relèvent pas de la justice mais elles peuvent causer des souffrances ou des injustices, ce qui pose un problème de philosophie morale. Qu’est-ce qui rend une situation acceptable, voire bonne ?

    En théorie, dans un couple où tout va bien, ce n’est pas moralement problématique d’accepter d’avoir un rapport sexuel pour faire plaisir à son partenaire. Mais il se trouve que statistiquement, ce sont surtout les femmes qui se forcent, et que cette acceptation se fait souvent à la suite de pressions et de chantages. Là, cela pose un problème moral.

    Il faut mener une analyse précise des situations complexes pour comprendre les raisons qu’ont les gens d’avoir des rapports sexuels, pour évaluer leur qualité morale et pour faire surgir les problèmes politiques qui s’y logent. S’interroger sur le consentement n’est pas simple : cela montre qu’il nous faut réfléchir à notre façon de pratiquer cette activité cruciale et particulièrement risquée de l’existence humaine qu’est la sexualité.

    Les cas que vous citez concernent le plus souvent des hommes entreprenants et des femmes qui finissent par céder. Le scénario se déroule-t-il toujours ainsi ?

    Très souvent en tout cas, car nous vivons dans une société patriarcale où la sexualité est considérée comme une chose, non pas que les hommes et les femmes font ensemble, mais que les hommes font aux femmes.

    La psychologue néo-zélandaise Nicola Gavey montre, dans ses travaux, que cette vision est façonnée par trois grands stéréotypes : les hommes veulent du sexe, mais pas d’amour ; les femmes veulent de l’amour, mais pas de sexe ; le sexe est nécessairement hétérosexuel et pénétratif. En réalité, il y a des hommes qui ont envie d’amour, des femmes qui aiment le sexe et des gens qui ont du plaisir hors de l’hétérosexualité et de la pénétration.

    Ce scénario patriarcal repose sur des normes sociales qui définissent de manière très différente la féminité et la masculinité. Les femmes sont généralement éduquées à être gentilles, avenantes et pudiques, à ne pas hausser le ton et à prendre soin des autres – bref, à dire oui. Les hommes sont éduqués, le plus souvent, à affirmer leur puissance et leur indépendance, à se montrer conquérants et à penser leur désir sexuel comme un besoin – bref, à s’imposer. Ces schémas ont notamment pour conséquence que les femmes sont socialisées à faire passer les désirs des hommes avant les leurs.

    Pour lutter contre cette « zone grise », qui ne relève pas toujours du viol, certaines militantes féministes demandent un renforcement de l’arsenal répressif. Est-ce, selon vous, une bonne voie ?

    En tout cas, ce n’est pas la seule. Les violences sexuelles sont tellement répandues qu’il faudrait peut-être mettre un sixième des hommes en prison, ce qui n’est ni possible ni souhaitable. Surtout, la prison ne prévient pas la récidive dans le domaine sexuel.
    La sexualité non consentie est un problème, non pas pénal, mais moral et politique : nous avons besoin d’un changement social de grande ampleur. J’ai grandi dans un monde où l’on trouvait drôle et sympa de mettre la main aux fesses des filles. Ce n’est pas en emprisonnant les gens qu’on mettra fin à ce type d’agressions.
    Est-ce un changement de normes sur le masculin et sur le féminin ?
    C’est un changement de normes sur le masculin et le féminin, mais aussi sur la sexualité. Il faut que les hommes cessent de penser qu’ils ont droit au corps des femmes. Je plaide, dans mon livre, en faveur d’une « conversation des sexes » qui s’inspirerait de la philosophie de Kant : elle consisterait à traiter les autres non pas seulement comme un moyen, mais comme une fin. Kant n’avait pas une vision très joyeuse de la sexualité mais prendre son principe au sérieux, cela consiste à dire que l’on peut certes utiliser l’autre comme un moyen de satisfaction sexuelle – à condition de le considérer aussi comme une fin, c’est-à-dire comme une personne.

    Dans la vie sociale, nous admettons sans difficultés que nous avons des devoirs moraux les uns envers les autres. La sexualité n’est pas une sphère à part : il faut, ici comme ailleurs, cultiver le respect et la dignité de l’autre. Ça ne veut évidemment pas dire qu’on ne peut pas avoir des « coups d’un soir » – juste qu’on est toujours tenu à une attitude morale qui consiste à avoir du respect pour son partenaire. Parce que notre libido est façonnée par de puissantes normes de genre, la sexualité sera sans doute le dernier bastion du patriarcat, mais elle peut aussi, si on y travaille vraiment, devenir une pratique émancipatrice.

    Une « conversation des sexes » pour une révolution sexuelle

    Quatre ans après l’émergence du mouvement #metoo, la philosophe Manon Garcia, qui enseigne à l’université Yale (Etats-Unis), analyse avec beaucoup de subtilité et de rigueur, dans La Conversation des sexes, un concept qui semble aujourd’hui le « parfait critère de démarcation entre le bien et le mal, entre le “bon sexe” et le viol » : le #consentement. Parce que cette notion est censée garantir des relations sexuelles libres et égalitaires, elle constitue, aux yeux de nombre de juristes, de philosophes et de féministes, le véritable « sésame » de l’ère post-#metoo.

    Si le consentement est un concept indispensable pour penser les violences sexuelles, Manon Garcia en dénonce implacablement les travers et les ambiguïtés. Dans une société façonnée depuis des siècles par le patriarcat, les femmes qui consentent sont aussi des femmes qui acquiescent, cèdent ou se résignent. « Le discours du consentement est à la fois une libération pour les femmes − historiquement, elles n’ont pas toujours été considérées comme des personnes autonomes − et un risque, tant ce vocabulaire peut être utilisé d’une manière qui dissimule les injustices de genre. »

    Ces injustices, Manon Garcia les avait explorées, en 2018, dans un livre consacré à la postérité des écrits de Simone de Beauvoir (On ne naît pas soumise, on le devient, Flammarion, réédition poche). Trois ans plus tard, ce nouvel ouvrage démontre avec brio qu’en matière de sexualité, les stéréotypes de genre constituent un piège : dans un monde qui célèbre volontiers la complémentarité entre la masculinité volontaire et conquérante de « l’homme chasseur » et la féminité passive et silencieuse de la « femme proie », le consentement au sens que lui donne la philosophie libérale − un choix libre et éclairé − ne va pas de soi.

    Pour promouvoir un consentement qui garantisse l’autonomie et l’épanouissement de tous, la philosophe féministe plaide avec conviction non pour un renforcement de la répression pénale, mais pour une « conversation des sexes » fondée sur le respect, la dignité et le dialogue. L’« érotisation de l’égalité », selon le mot de la féministe américaine Goria Steinem, porte, selon Manon Garcia, les promesses d’une révolution sexuelle qui serait une libération pour les femmes − mais aussi pour les hommes.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/10/12/manon-garcia-notre-sexualite-est-faconnee-par-de-puissantes-normes-de-genre_

    #sexualité #égalité #féminisme