marielle

« vivere vuol dire essere partigiani » Antonio Gramsci

  • Les « mecs de gauche ». Réflexions sur nos amis dans l’ère #Me Too | Sylvie Tissot
    http://lmsi.net/Les-mecs-de-gauche

    #MeToo est comme une vague immense, qui ne cesse de se gonfler à partir des minuscules gouttes-d’eau-qui-font-déborder-le-vase, qui font qu’il n’est plus possible de se taire, que le spectacle d’hommes paradant dans leur coolitude, voire leur féminisme, à coup de rouge à lèvres comme D. Baupin, ou de ralliement bruyant et intéressé à la cause des femmes, est soudainement insupportable. Chacun ses moments. Source : Les mots sont importants

    • Les machos, c’est les autres : le beauf des campagnes, le musulman des banlieues, le bourge du 16ème arrondissement, les masculinistes organisés. Pas eux. La cause est entendue, quel plus beau remède au sexisme que le capital culturel. D’ailleurs n’ont-ils pas lu Judith Butler ?

      Un homme à qui je reprochais son comportement sexiste (sur l’estrade de l’amphithéâtre où il m’avait invité à parler de ma recherche, pour aussitôt commenter mon maquillage) s’est contenté de répondre : « Je ne suis pas comme ça, je suis complètement étranger à ça. »

      Leur feminist-friendliness ne tolère aucun questionnement. Les représailles sont immédiates.

      Du « je ne suis pas comme ça », à « ce n’était pas moi » ou encore « et toi t’es pas mieux », voire « c’est toi qui as une vue sexiste » (et « essentialiste » bien-sûr) : il y a très souvent un refus net et brutal, et parfois une disqualification en retour [2].

      Aveuglés par leur colère, ils ne comprenaient même pas qu’ils confortaient, par leurs fins de non-recevoir, par leurs réponses naïves (comme si on allait leur courir après !) et par leur bombage de torse, les mises en question dont ils faisaient l’objet. Je suis dominant et je le reste. Et j’ai raison.

      La fameuse idéologie win/win dont tant d’homme « radicaux » se gaussent, ils en sont en fait pétris. D’accord pour que les femmes conquièrent des droits, mais faisons ça en réformistes de bonne compagnie : tout le monde peut y gagner. D’ailleurs quand les hommes perdent, est-ce que les femmes n’en subissent pas, elles aussi, les conséquences ?

      Dans une conversation consacrée à la « grève du sexe » comme arme politique, un homme très de gauche explosa un jour de colère : « Mais les femmes se punissent elles-mêmes, c’est complètement con ! » (La punition par le manque de bite, quoi de plus horrible en effet). Si on lui avait fait valoir qu’un ouvrier gréviste se sanctionne lui-même en perdant des journées de salaire, sans doute aurait-il éclaté de rire.

      L’ère post #Me Too devrait être bénéfique pour tout le monde. Pourtant, comme le rappelait Christine Delphy, « les hommes ont à perdre ».

      Ce texte est super, c’est du vécu (le sien et le mien : #MeToo les accusations d’essentialisme par le lecteur de Butler).

      http://blog.ecologie-politique.eu/post/Un-profeminisme-toxique

      #proféministe #déni #distinction


  • Victime d’un tir de LBD40 dans le sein, elle suscite l’indignation sur les réseaux sociaux Révolution Permanente
    https://www.revolutionpermanente.fr/Victime-d-un-tir-de-LBD40-dans-le-sein-elle-suscite-l-indignati

    "J’ai été victime d’un tir de #LBD40 dans le sein droit. J’ai eu 10 jours itt. J’étais pas mal traumatisée c’est pour cela que j’ai tardé à envoyer les photos". Montpellier, #ActeX. Le message a été posté par David Dufresne sur son compte Twitter ce lundi.

    La photo et sa courte description parlent d’elle-même. En quelques heures, le témoignage de cette femme, blessée au sein par un tir de LBD40 le 19 janvier lors de l’Acte 10 des Gilets Jaunes à Montpellier, a été partagé des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux. Les commentaires d’indignation et de solidarité sont tout aussi nombreux, à la hauteur de la rancœur accumulée par plus de 3 mois de violences policières contre les manifestants. Nous en publions quelques uns et transmettons à notre tour de toute notre solidarité à la victime, que nous invitons à nous contacter afin de recueillir son témoignage.

    Les commentaires d’indignation et de solidarité
    « Viser pour éborgner, mutiler, tirer sur des femmes, gazer des personnes handicapées... elle est belle, la police française. Quelle image pour le pays "des Lumières & des droits de l’homme" ! Quelle publicité ! On est finis, grillés, catalogués "shithole country" et c’est mérité. »

    « Bravo à #Macron #Castaner et #Schiappa pour leurs efforts en faveur de l’#EgaliteFemmesHommes ! Les femmes se font tabasser et viser par les #LBD40 comme les hommes. pour tout le reste #onverraplustard ... #ViolencesPolicieres »

    « On sait tous que le tir n’est pas du au hasard ? Les LBD sont équipés de viseurs holographiques, ce qui permet des tirs ultra-précis, pour atteindre à coup ce qui est visé... visage, partie intime, tête... Avant les flashballs étaient conçus pour des tirs au hasard en l’air et les balles n’étaient pas celles qu’elles sont aujourd’hui … Courage à cette fille,.. je compatis. POLICE PARTOUT, JUSTICE NULLE PART »

    « Mais on va où la ? ? Tirer dans les seins d’une femme, ils auront tout fait les testicules les yeux la tête les jambes les mains coupées... j’ai un certain âge je n’aurais jamais penser un jour voir cela en France »

    « Abominafreux !!! J’imagine la douleur... Comme ce jeune qui a pris un tir de LBD dans les parties génitales à Nantes samedi dernier. Il y a une belle bande de fous furieux dans ces FDO !! »

    « Mais que se passe-t-il dans la tête d’un flic pour tirer au #LBD40 en visant le sein d’une femme, quel niveau de ressentiment, de haine... »

    « Courage sincère à cette femme touchée. Pas de commentaire concernant ces barbaries qui sévissent depuis trop longtemps... »

    « Seuls 10% des gens témoignent. Statistiques à la clé. L’horreur est devenue absolue. Les FDO encouragées et dévoyées de leurs missions premières par l’État, semaine après semaine, violent les droits constitutionnels et mondiaux du peuple. Ça n’échappe à aucune des ONG surveillant. Des blessures sans raison. Des mutilations sans légitimité. Du sang versé, des larmes taries, des maux jamais soignés, pas pris en charge par les assurances, car les FDO outrepassent leurs droits pour sanctionner le peuple, et sanctionner, ça veut dire mutiler et traumatiser. On atteint le sommet de l’horreur. Et le peuple reste calme malgré tout. Il reste calme, parce qu’il a un espoir. Ne vous félicitez pas, vous les édiles, car lorsque ces gens auront compris que tout est vain, ce sera vraiment la guerre civile. »

    « C’était ma pire hantise en manifestation de m’en prendre un LBD dans le visage ou la poitrine. Je suis horrifiée de savoir que c’est arrivé. Imaginez celles qui ont des prothèses mammaires ça peut être hyper dangereux. Quelle bande de merdes ceux qui font ça. Tout mon soutien. »

    « Toutes ces violences policières et politiques doivent cesser. J’ai honte de ceux qui représentent la France. Nous ne sommes que des pions qu’ils manipulent comme bon leurs semble. Courage à tous les gilets jaunes, on ne lâchera rien »

    « Plus ils seront odieux. Plus nous serons héroïques. Plus ils seront injustes plus nous serons déterminés ».

    « Il faut que ça cesse d’une façon ou d’une autre ! Le mot inacceptable n’est pas assez fort... j’avoue que je suis à cours de commentaire... »

    « Dégoûté. J’en ai mare de voir ces horreurs que le gouvernement fait subir au peuple, pour moi c’est une dictature et rien d’autre. Que les policiers et les CRS sachent bien que nos enfants ne se déguiseront plus en policiers, il n’y a aucune fierté de le faire. Ils sont la honte de ce pays, exécuter les ordres de politiques véreux qui se moquent d’eux et de nous le peuple, sans nous ils ne sont plus rien que des loques »

    « Cela est bien un acte de guerre et les gilets jaunes sont les résistants et la bac et CRS et tous les autres représentant les forces de milice de Castaner sont des assassins, faudra se défendre un moment donné »

    « C’est une honte de tirer sur les gens, là où ils ne doivent pas tirer, courage à vous, vous êtes méritante pour poster cette photo. Courage ! »

    « Démission de Castaner et de ce gouvernement de dégénérés !!! Vite !! »

    « Quelle honte cette bande de branquignoles...du plus ..haut jusqu’aux bourrins qui exécutent des ordres débiles. »

    « Des ordures, des sous hommes qui blessent, mutilent et éborgnent des parents, des grands parents, des enfants ! La honte de la nation qui n’auront plus et n’ont plus mon respect... »

    « Courage à toi et crois bien que c’est loin d’être terminé ce gouvernement et cette police devra répondre de ses actes un jour ou l’autre »

    « Bon rétablissement et courage surtout j’ai mal pour vous et pour toutes les victimes »

    « J’espère sincèrement que vous avez fait des examens nécessaires pour cette blessure inacceptable....HONTE à cette répression meurtrière...??? courage au vu des dégâts et des douleurs atroces qui en découlent ? »

    « C’est pas possible il faut qu’ils arrêtent de faire autant de mal, je vous apporte tout mon soutien mais que faire de toutes ces violences ? Porter plainte et aller faire des radios et voir un gynécologue pour votre santé, je suis en colère de cette acte de violence »

    « Et puis ça pleure parce qu’ils ont pris une brique sur le pare-brise, défendez-vous les gilets, il n’y a pas de raison de se laisser faire comme ça, quand il y aura des réactions ça les calmera CRS, grosses pourritures »

    « Scandaleux. On se battra jusqu’au bout. Il ne faut pas que cela reste impuni. Non jamais. Grrrr »

    « Bon rétablissement à vous, prenez soin de vous, et surtout faites-vous contrôler régulièrement pfff courage. Et pour ces pourritures capables de tels actes ainsi que les commanditaires d’en haut, votre tour viendra, la vie est un boomerang, pas besoin de frapper pour s’abaisser à votre niveau. VIVE LES GILETS JAUNES »

    « C’est horrible et les conséquences derrière peuvent être très graves, ce que je ne souhaite évidemment pas. J’espère qu’il y a une plainte. Bon courage à vous et gardez bien tous les documents de votre suivi médical c’est important. De tout cœur avec vous. Ils sont à gerber ces grosses merdes qui se prennent pour des supers flics, honte à eux »

    « bon courage et bon rétablissement, j’ai eu là même chose il y a 3 mois à la jambe et je ne suis toujours pas guéri surtout porté plainte saloperie de Macron »

    « Elle dit quoi Schiappa la "féministe" ? »

    « Terrible... affligeant de voir là où l’on en est... toutes ces violences cautionnées... RN / LREM/ LR même combat, dans un silence assourdissant... sans parler de l’attaque d’un député »

    « Énormément de personnes horrifiées par ce qui est arrivé à cette jeune femme. Tous nos soutiens, plusieurs pages Facebook... J’ai publié sur le twitter de Schiappa tellement il est honteux qu’elle ne réagisse jamais. »

    « L’image est insoutenable, je ne peux même pas imaginer la douleur qu’elle a ressentie et les conséquences pour sa santé, c’est honteux une telle violence... Courage à elle ! »

    « Je suis sans mot tellement c’est épouvantable, regardez la TL de David Dufresne il y a la photo entre autre de la personne en fauteuil qui s’est fait gazer dans le visage. Je ne comprends plus ce qui anime les FDO si ce n’est un sentiment de haine envers les manifestants »

    #Giletsjaunes #violences_policiéres #enMarche #David_Dufresne


  • La police peut-elle se lancer dans une course-poursuite ?

    « La réponse est nette. C’est non. Trop de risques. Aux Etats-Unis, on n’a pas ce genre d’interrogation, mais en France, les consignes sont d’éviter les courses-poursuites, les conséquences pouvant être disproportionnées par rapport à l’infraction commise. Un vieux principe, que l’on doit encore (je l’espère) enseigner dans les écoles de police : le trouble causé par une intervention sur la voie publique ne doit pas être supérieur au trouble qu’il est supposé faire cesser. »

    Blog POLICEtcetera - janvier 2010 : http://moreas.blog.lemonde.fr/2010/01/21/la-police-peut-elle-se-lancer-dans-une-course-poursuite
    #police #maintien_de_l-ordre


  • Cet instant où tout bascule | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/guillaume-quintin/blog/030319/cet-instant-ou-tout-bascule

    Il n’est donc pas sans ignorer la Loi, et la Constitution qui protègent l’intégrité physique du représentant du peuple et interdit à son encontre tout moyen de coercition de quelque sorte que ce soit.

    (...)

    Et ceux qui se gaussent aux frais de Loïc ou de Jean Luc Mélenchon lorsqu’il dit « La République c’est moi. Ma personne est sacrée » feraient bien d’y réfléchir à deux fois. Car effectivement, ceux là qui, « en même temps », se targuent au quotidien de nous donner des leçons de démocratie et de républicanisme, devraient réfléchir à la portée de l’évènement. Si l’on en vient à accepter ce fait comme « normal » et à le justifier par je ne sais quelle contorsion de l’esprit sur l’air de « il n’avait rien à faire là » alors il n’y a plus aucune limite. Aucune limite à ce que l’on est capable d’accepter de dérive de la part d’un pouvoir qui, aveugle et sourd, n’a pas eu un mot pour les dizaines d’éborgnés, d’amputés, et de blessés de ces manifs du samedi, Emmanuel Macron allant même jusqu’à nier le décès de Zineb Redouane, cette octogénaire marseillaise décédée des suites de l’explosion d’une grenade au 4eme étage de son immeuble, grenade tirée depuis la rue, en déclarant que les FDO avaient réussi par leur professionnalisme à éviter qu’il y ait des morts malgré le climat de tension extrême des manifestations, évidemment à mettre seulement sur le compte des Gilets Jaunes. Aucune limite lorsque l’on voit le ministre de l’intérieur aller « faire la leçon » à des enfants de 10 ans, dans un émission de télé et leur expliquer les conditions de maniement du LBD. Aucune limite lorsque l’on voit un journaliste reporter d’images, Gaspard Glanz, fiché S pour avoir simplement couvert sous l’angle de la dénonciation les manquements à la simple humanité des forces de l’ordre dans l’évacuation de la jungle de Calais.

    (...)

    Le fait qu’un policier puisse, en toute connaissance de cause, et tout à fait consciemment, asséner ne serait ce qu’un seul coup de matraque à un député de la République, cela, c’est l’instant où tout bascule.


  • Comment les violences policières ont (difficilement) percé le mur médiatique - Acrimed | Action Critique Médias
    https://www.acrimed.org/Comment-les-violences-policieres-ont

    Nous évoquions fin décembre, plus d’un mois après le début de la mobilisation des gilets jaunes, le « voile médiatique » sur les violences policières – pourtant largement documentées par ailleurs. À partir de la mi-janvier, on assiste cependant à un revirement subit : en quelques jours, cette question s’impose dans les grands médias, à travers des interviews, des débats, ou des émissions spéciales. Un réveil tardif qui révèle, par contraste, le désintérêt dont ces violences avaient fait l’objet dans les premières semaines du mouvement. Et qui pose question : comment et pourquoi les violences policières sont-elles (difficilement) passées de l’ombre à la lumière médiatique ?

    cet article est le premier d’une série consacrée au traitement médiatique des violences policières.

    #maintien_de_l'ordre #medias


    • Grenoble : Le point sur la situation après une troisième nuit d’émeutes
      https://www.20minutes.fr/societe/2464631-20190305-video-violences-urbaines-grenoble-point-situation-apres-t

      Un adolescent de 16 ans grièvement blessé à l’œil
      Au cours des affrontements de samedi soir, un garçon de 16 ans a été blessé à l’œil dans le quartier Mistral dans des circonstances qui restent vagues. Sa mère a porté plainte lundi, selon le parquet de Grenoble. Des voisins auraient indiqué à la Grenobloise que son fils aurait été victime d’un tir de balle en caoutchouc. « A ce stade, nous ne disposons d’aucune autre information », a précisé lundi soir le procureur de la République de Grenoble Eric Vaillant, qui a ouvert une enquête pour « violences volontaires avec arme suivies d’une ITT supérieure à huit jours ». Des faits qui n’ont pas manqué d’ajouter à la suspicion envers les forces de l’ordre d’une partie des habitants, selon plusieurs messages postés sur les réseaux sociaux.

      Des compléments sur les affrontations, des point de vue de proches, etc.
      https://twitter.com/clprtr/status/1102660522481254400

      « On les a envoyés à la mort », accuse un proche. « On était vraiment sur de la chasse... On dirait du du gros gibier (...) on a ôté la vie à deux personnes, on a rendu des gens malheureux, Un scooter à 1000 euros, deux morts, ça se passe de commentaires »

      #Maintien_de_l'ordre #violences_policières #violence_d'État #LBD40 @davduf

    • ⎯ Tu te rappelles que tu ne dois jamais mentionner dans tes titres qu’ils étaient poursuivis par la police ?
      ⎯ T’inquiète.

      via @vivelefeu
      https://twitter.com/vivelefeu

      Après des jours d’émeute, faute de figurer dans le titre, le mot « police » figure dans la première phrase.

      La mort de Fatih et Adam, révélatrice des fractures de Grenoble , Henri Seckel et Maud Obels.

      Depuis la mort dans un accident de deux jeunes poursuivis par la police, les nuits de fièvre se succèdent dans le quartier du Mistral.

      Jusqu’alors, les seuls messages de protestation visibles devant l’école Anatole-France concernaient le trop grand nombre d’élèves en classe de CP et la vitesse trop élevée des automobilistes. Sur la façade de cet établissement du quartier Mistral, dans le sud de Grenoble, sont venues s’ajouter ces jours-ci des inscriptions d’un autre genre : « La police tue la jeunesse de demain », « Vous allez payer », « Aucune pitié pour les porcs », « 500 euros pour chaque policier au sol ». Et aussi « F & A, on vous aime pour toujours ».

      Environ 1 500 personnes se sont rassemblées, mercredi 6 mars, devant ces tags hostiles aux forces de l’ordre, pour une marche silencieuse à la mémoire de Fatih et Adam, 19 et 17 ans, que tous présentent comme de bons garçons, et qui ont trouvé la mort samedi à quelques hectomètres de là. Ils circulaient, sans casque et sans permis, sur un scooter volé à bord duquel ils auraient grillé des feux rouges et brisé des rétroviseurs, et ont été pris en chasse par deux voitures de police. La course-poursuite a emprunté un petit bout de l’A480, qui longe le quartier Mistral. L’accident s’est produit sur une bretelle de sortie. Le parallèle avec Zyed et Bouna, deux jeunes de 17 et 15 ans morts électrocutés en 2005 à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) dans un poste électrique en tentant d’échapper à un contrôle policier, a vite surgi.
      Lire aussi A Grenoble, une nouvelle nuit tendue après la « marche blanche » en hommage à Adam et Fatih

      « Question d’orgueil »

      Au lendemain du drame, le procureur de la République de Grenoble, Eric Vaillant, s’est voulu aussi précis que possible sur le déroulement des faits, en s’appuyant sur une caméra de vidéosurveillance et le témoignage d’un chauffeur de car : « Il a vu dans son rétroviseur un scooter et un véhicule de police. Il a décidé de se serrer sur la droite pour leur laisser le passage, sauf que le scooter a décidé de doubler le car par la droite et s’est retrouvé coincé entre le car et le parapet. En l’état, il n’y a eu, selon nous, aucun choc entre le véhicule de police et le scooter. »

      La démonstration n’a pas convaincu la totalité des 3 000 « Mistraliens ». Une photo d’une éraflure sur le pare-chocs avant de la voiture de police a atterri sur tous les téléphones, aussitôt interprétée comme la preuve d’une collision avec le scooter. « On les a envoyés à la mort, affirme Karim, l’oncle maternel d’Adam. On dirait que venir ici, pour les forces de l’ordre, c’est comme faire un safari, chasser du gros gibier. » « Les policiers ont de la rancœur parce qu’ils n’arrivent pas à agir sur ce quartier, c’était une question d’orgueil, il fallait absolument les attraper, explique un jeune homme souhaitant rester anonyme, comme les amis qui l’entourent, à la terrasse du snack La Cantine. C’est dommage qu’une simple question d’orgueil aboutisse à deux morts. »

      « Si on commence à ne plus contrôler ce genre de personnes et à ne plus faire de flagrants délits, on reste au commissariat et on ne fait plus rien, répond Philippe Lepagnol, secrétaire départemental en Isère du syndicat de police Alliance, qui dit avoir vu les images de vidéosurveillance. Les jeunes ont pris des risques énormes, c’est ça qui les mène à l’accident, pas la police. On est des pères de famille, on sait faire preuve de discernement. On déplore ce drame, mais on est sereins sur les circonstances. »

      L’épisode ne risque pas de réparer la fracture, qui semblait déjà définitive, entre policiers et jeunes du quartier. Les seconds dénoncent les « abus de pouvoir permanents » des premiers, les premiers le « sentiment d’impunité » des seconds. Lesquels n’ont pas plus confiance en la justice ni en l’enquête qui débute à peine : « Qu’est-ce que c’est que ce silence général sur les circonstances de l’accident ? Quelqu’un a quelque chose à se reprocher ? » Le temps – long – de la justice n’est pas celui – immédiat – de l’émotion.

      La marche silencieuse s’est élancée à 16 h 30, et le cortège a fait ses premiers pas dans un paysage urbain défiguré, entre Abribus aux vitres émiettées et squelettes de voitures. La plupart des carcasses calcinées ont été enlevées, ne reste alors plus que le goudron qui s’est gondolé sous l’effet de la chaleur, et que parsèment des dizaines de douilles de grenades lacrymogènes usagées. Les enfants ramassent ces curieux jouets, et se font gronder par leurs parents.

      Les stigmates des dernières nuits agitées dans le quartier sont partout. Depuis samedi, les lacrymos des CRS ont affronté les cailloux, boules de pétanque et cocktails Molotov parfois jetés directement depuis les étages des immeubles. D’autres secteurs de Grenoble (Villeneuve, Teisseire, Village olympique) et d’autres communes de l’agglomération (Echirolles, Fontaine, Saint-Martin-le-Vinoux) se sont embrasés également.

      Soixante-cinq voitures ont flambé dans la seule nuit de lundi à mardi. L’épisode rappelle 2010, et les émeutes qui avaient suivi la mort d’un braqueur, tué par les policiers, dans le quartier de la Villeneuve.

      Chantier permanent

      Ces nuits de fièvre ont fait un seul blessé grave (une enquête a été ouverte sur le cas de ce jeune homme de 16 ans qui a perdu un œil) et entraîné une seule interpellation : un homme de 25 ans, condamné mercredi à huit mois de prison ferme pour avoir jeté une barre de fer et des parpaings sur des policiers. « S’il faut aller en prison, on ira en prison », explique un jeune du quartier ayant participé aux échauffourées, pour qui la violence est légitime : « L’imam nous a dit de ne pas être violents, et de monter une association. Mais est-ce que vous seriez venus si on avait monté une association ? »

      Avant de se diriger vers le pont de Catane, à l’entrée duquel Adam et Fatih sont morts, les manifestants ont serpenté dans le quartier Mistral, bâti dans les années 1960, dont on se demande aujourd’hui comment ses concepteurs ont pu s’enthousiasmer pour ses hautes barres de 150 mètres de long sur 10 de large aux façades totalement planes, même si les premiers sommets du Vercors, en arrière-plan, agrémentent l’ensemble. Le quartier, chantier permanent, s’oriente vers quelque chose de plus aéré, de moins haut.

      Pendant que les arbres attendent le printemps, la vaste esplanade centrale jonchée de détritus attend les éboueurs et les dealers attendent les clients. « Je n’ai jamais vu une ville de cette taille aussi pourrie et gangrenée par le trafic de drogue », avait dit de Grenoble le précédent procureur, Jean-Yves Coquillat. « Ce quartier est sans doute l’endroit où il s’était le plus structuré, mais ça a bougé », assure Eric Piolle, lointain successeur à la mairie de Paul Mistral (1919-1932), qui a donné son nom au quartier.

      Appels à la haine

      L’actuel édile écologiste ne nie pas les difficultés mais loue le travail de « couture urbaine » en cours, symbolisé entre autres par Le Plateau, centre socioculturel de grande qualité. Son directeur, Hassen Bouzeghoub, attaché à ce quartier qui l’a vu naître il y a cinquante-trois ans, n’en cache pas les défauts : « C’est une enclave urbaine, un quartier “du bout”, qui vient s’écraser contre un mur d’autoroute. Il concentre tous les problèmes – paupérisation, absence de mixité, échec scolaire, délinquance, chômage. Il y a un nouveau projet urbain depuis une dizaine d’années, mais on paie aujourd’hui vingt ans d’errance entre 1980 et 2000, qui ont abouti à un entre-soi, et généré des fonctionnements sociaux particuliers. La fracture sociale est intense. »

      Plus encore lorsqu’un drame survient, parce qu’alors, « tout ressort de façon épidermique, analyse Eric Piolle. Certains se sentent désaffiliés, et cette désaffiliation peut se transformer en colère ». Les appels à la haine ont fleuri sur les réseaux sociaux depuis samedi. « Nous devons nous garder de nous laisser entraîner dans cette boue, dont nous sortirions tous salis », a dénoncé le maire mardi, à la veille de l’enterrement des deux garçons – en périphérie de Grenoble pour l’un, en Turquie pour l’autre. Avant et après la marche, les appels à cesser les violences se sont multipliés. « Ça ne sert à rien, ça ne fera pas revenir Adam », avait dit sa mère, Jamila, au Dauphiné libéré le matin. Appel à moitié entendu : la nuit de mercredi à jeudi a encore vu quelques voitures brûler et des cocktails Molotov tomber des fenêtres.

      #Bac



  • Débordés, les agents des CAF sommés de traiter les dossiers de primes d’activité... au détriment des minimas sociaux
    https://www.marianne.net/societe/debordes-les-agents-des-caf-sommes-de-traiter-les-dossiers-de-primes-d-act

    Dans toute la France, les caisses d’allocations familiales se disent dans l’incapacité de traiter toutes les demandes. En cause, l’afflux provoqué par la hausse de la #prime_d'activité décidée par Emmanuel Macron. Pour limiter les dégâts, certaines agences décident de fermer leur boîte mail, voire leur accueil.

    Il y a comme un décalage entre le clinquant des annonces et les difficultés des forçats des Caisses d’allocations familiales (#Caf). 10 décembre 2018, mains à plats sur son bureau et la mine grave, Emmanuel Macron, secoué par le mouvement des #gilets_jaunes, annonce que « le salaire d’un travailleur au Smic » va « augmenter de 100 euros par mois » en 2019. Plutôt qu’une hausse du salaire minimum, le président de la République fait le choix d’une hausse de la prime d’activité [Faux : c’est le bonus individuel de cette prime qui est augmenté, ndc] , complément de #revenu destiné aux travailleurs modestes. En 2019, près de 5 millions de foyers éligibles à cette aide selon Édouard Philippe, interrogé dans Les Echos. Si, avant cette annonce, 3,8 millions la percevaient, ce chiffre doit rapidement monter en flèche à en croire les agents des centres locaux. Enfin, à une seule condition : qu’ils puissent se pencher sur tous les dossiers. Deux mois après ce discours, ces agents, dont la mission est de réceptionner et de traiter les demandes de versements de cette prime, se démènent tant bien que mal pour convertir ces mots en virements sur les comptes des #allocataires. Un défi qu’ils décrivent comme particulièrement ardu.

    Dans les Caf, touchées par les suppressions de postes depuis de nombreuses années, cette décision « improvisée » a fait dérailler un fonctionnement déjà bancal. Pour sortir la tête de l’eau, de nombreuses agences ont décidé de fermer leur boîte mail, dépassées par les demandes. D’autres s’apprêtent même à fermer leur accueil pour se pencher sur les dossiers en retard, dont beaucoup concernent le versement de minimas sociaux…

    Sur le mécanisme très sélectif, inégalitaire et « méritocratique » (qui gagne le plus dans l’emploi gagne plus) de ce #bonus_individuel de la prime d’activité
    https://seenthis.net/messages/752638


  • Passe ta BAC d’abord - Le Monolecte
    https://blog.monolecte.fr/2019/03/04/passe-ta-bac-dabord

    Comme je l’ai écrit, le mouvement des gilets jaunes est un révélateur sans fard de l’état réel et concret de la démocratie et donc des rapports de force en présence dans le champ social, ce qui devrait tous nous alarmer au plus haut point, quel que soit en fait notre bord politique de rattachement. Cependant — et à mon étonnement général —, cette épiphanie en jaune fluo ne parvient pas réellement à sortir du cadre imposé par les discours politiques et à surtout remettre en perspective les conditions de vie générales qui se sédimentent ces dernières décennies et plus particulièrement le sort qui est fait à nos concitoyens dits « de banlieue ».

    « Les gens de la BAC sont en guerre, notamment avec les gens des cités. »
    Quand David Dufresne analyse longuement l’évolution de la doctrine du maintien de l’ordre à la française, il parle bien de l’émergence d’une manière spécifique de traiter l’ensemble des manifestants — voire même toute personne s’aventurant sur l’espace public à un moment inopportun — comme sont déjà traitées depuis des années certaines populations bien ciblées, et ce, dans une indifférence quasi générale.

    #gilets_jaunes #violences_policières #démocratie #banlieues
    Avec beaucoup de @davduf dedans !


  • Acte 16 des gilets jaunes à Montpellier - Analyse d’une escalade de la violence
    https://blogs.mediapart.fr/lamuledupape/blog/030319/acte-16-des-gilets-jaunes-montpellier-analyse-dune-escalade-de-la-vi
    https://youtu.be/CGXwFG_0H14

    A Montpellier, l’acte 16 des gilets jaunes a vu une flambée des violences entre contestataires et forces de l’ordre. Au delà des groupes extrêmes, l’action de résistance est devenue commune à de nombreux manifestants, réaction qui ne concerne pas tant les gilets jaunes qu’une jeunesse exprimant son ras-le-bol face à la répression de sa liberté de manifester et à la politique du gouvernement...



  • Gilets jaunes, diversité, et FN-RN par Jacques Cotta
    Une nouvelle provocation pour tenter de discréditer un mouvement social sans précédent.
    http://la-sociale.viabloga.com/news/gilets-jaunes-diversite-et-fn-rn

    Dans la presse officielle -quotidiens, hebdos, radios ou télés- l’assimilation du mouvement des Gilets jaunes au FN-RN et à Marine Le Pen est un des axes choisis pour tenter de faire douter et de faire reculer le degré de sympathie qui perdure dans l’opinion. Les multiples provocations -quenelles, injures, tags, antisémitisme, violences- porteraient leurs fruits à merveille si des affrontements éclataient entre Gilets jaunes aux idées opposées. « Fachos » d’un côté, « antifas » de l’autre, le rêve macronien réalisé pour en finir une fois pour toutes avec ce mouvement social historique.

    Pour le moment ce stade supérieur de la provocation n’a pas été atteint. Les différentes tentatives ont échoué. Les GJ, qu’ils aient une appartenance partisane ou pas, demeurent axés sur l’essentiel. Depuis l’occupation des ronds points, depuis plus de trois mois, rien n’a fait dévier ce mouvement social motivé par le pouvoir d’achat, les salaires, les retraites, le frigo vide le 20 du mois, les services publics, la justice fiscale, le rétablissement de l’ISF ou encore une autre répartition des richesses, notamment avec les 45 milliards annuels de CICE censés ruisseler jusqu’au sein de la société, qui vont dans la poche des actionnaires. Rien n’a fait dévier des soucis démocratiques exprimés dans le RIC et opposés à la 5ème république dont les démonstrations quotidiennes, parmi lesquelles les frasques de monsieur Benalla, renforcent la détermination populaire. Rien n’a pu s’opposer à cette revendication partagée d’« un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », qui résume la double exigence de démocratie et de souveraineté...


  • Macron prend la tête d’une croisade pro-israélienne
    Jonathan Cook - 27 février 2019 – Jonathan-Cook.net – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet
    http://www.chroniquepalestine.com/macron-prend-la-tete-croisade-pro-israelienne

    Le Français Macron prend la tête des dirigeants occidentaux qui font un amalgame délétère entre antisionisme et antisémitisme.

    On peut mesurer à quel point l’approche de la communauté internationale à l’égard d’Israël s’est inversée, au cours des cinquante dernières années, en se penchant simplement sur le sort d’un seul mot : le sionisme.

    En 1975, une grande partie du monde s’est désolidarisé des États-Unis et de l’Europe à l’Assemblée générale des Nations-Unies et a affirmé que le sionisme, l’idéologie fondatrice d’Israël, « est une forme de racisme et de discrimination raciale ».

    Cela a choqué le public occidental. Le sionisme, leur avait-on dit, était un mouvement de libération nécessaire pour le peuple juif après des siècles d’oppression et de pogroms. La création d’Israël ne faisait que réparer les horribles sévices qu’il avait subis et qui avaient culminé dans les horreurs de l’Holocauste.

    Mais le sionisme paraissait très différent aux pays du monde qui avaient subi des siècles de colonialisme européen, et plus récemment les ingérences de l’impérialisme américain.

    La longue histoire des crimes contre les Juifs qui a conduit à la création d’Israël s’est déroulée principalement en Europe. Pourtant, l’Europe et les États-Unis ont parrainé et secondé l’arrivée des Juifs dans un autre pays, loin de leurs propres côtes.

    Les grandes purges des Palestiniens autochtones opérées par les Juifs européens en 1948 et 1967 rappelaient à tout l’hémisphère sud le nettoyage des peuples autochtones aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud par des Européens blancs. (...)

    #antisionisme #antisémitisme


    • Depuis des semaines, le Tout-Paris spécule sur l’avenir du Premier ministre.

      J’aurais mis « depuis des siècles ». Tu lis de ces trucs…


  • Complaisance avec un violeur au sein du Parti Communiste
    Un thread de Léa Tytéca
    https://twitter.com/LeaTyteca/status/1101957836832194564

    Il y maintenant plus de 2 ans et demi, Alexis Bouchou m’a violé. Il était mon camarade, et même si j’ose dire mon ami. Je lui faisais confiance. J’ai longtemps culpabilisé à ce sujet d’ailleurs. Avant de comprendre que je n’avais pas à culpabiliser. Car je n’ai rien fais de mal.

    Je m’excuse d’avance pour - je pense - l’extrême longueur de ce thread. Je tiens à dire deux choses avant de commencer. D’abord, je ne vais dire que des faits DONT JE SUIS SURE. Et rien d’autre. Malheureusement, je n’ai pas toutes les informations en ma possession

    car cette affaire a fini par dépasser ma simple personne - je vais aussi faire part de faits que je n’ai pas vécu personnellement mais j’ai entièrement confiance en ceux et celles qui m’ont rapporté ces informations, et je n’en démordrai jamais. Je préciserai quand ce sera le cas

    Ensuite, je tiens à dire que je suis farouchement communiste. Que je suis farouchement féministe. Je n’ai pas d’oppositions politiques avec la personne qui m’a violé (oui je suis obligée de me justifier au sujet de cette prétendue instrumentalisation politique dont on m’accuse).

    Même si j’accuse le mouvement communiste, je considère que j’en fais toujours partie aux dernières nouvelles et ce que je fais de manière individuelle c’est aussi ça, le mouvement communiste. Je vais tâcher par ailleurs de ne pas verser dans le pathos, parce que

    je me donne l’exigence politique de ne pas le faire. Pour autant, ce que j’ai vécu est terriblement grave et vraiment horrible. Je tremble en l’écrivant. Désolée. Je considère que cette mise en garde est un TW.

    Alexis Bouchou, alors membre du CN de la JC et élu municipal PCF de Blois, m’a violé autour du Bal de l’UEC en 2016, en m’accompagnant dans un hôtel, alors qu’il était ivre. Je ne vais pas raconter tous les détails à ce sujet, j’ai eu à le faire à de trop nombreuses reprises déjà

    (aux flics, à mes camarades...) et ça n’apportera pas grand chose au propos. Je veux simplement dire que j’ai énoncé à plusieurs reprises mon refus, que je n’étais pas consentante, et j’ajoute qu’il y a eu contrainte et violence. Tout au long de la soirée avant qu’Alexis me viole

    il était VRAIMENT très lourd. Le lendemain, il m’envoyait d’ailleurs un message en me disant je cite "j’ai pas été trop chiant j’espère ?" puis "ça ne m’arrive jamais de perdre le contrôle comme ça". Si besoin, j’ai des screens.

    J’ai confronté une première fois Alexis au camp d’été de la JC en 2016, où il admet les faits. Il dit que c’est surement vrai mais qu’il ne se souvient de rien en raison de son ivresse (ce sera sa version jusqu’au bout semble-t-il).

    Je passe ensuite, à la rentrée, par une très longue phase de dépression (autodiagnostiquée comme telle malheureusement), pendant laquelle j’ai de graves problèmes alimentaires, de grosses pensées suicidaires,

    des cauchemars terribles mettant en scène des violences sexuelles abjectes, des crises d’angoisse, de grosses périodes de solitude, mais aussi, lorsque je bois, des réminiscences et des révélations involontaires aux personnes qui m’entourent sur ce qu’il s’est passé

    alors que je tentais en vain de mettre tout ça de côté. Je n’ai compris que très tardivement de ce qu’il s’agissait, c’est à dire d’une réponse traumatique à un événement traumatique. A ce moment là, je me sentais étrangère à moi même.

    En janvier 2017, je remplis un questionnaire sur les violences sexuelles et sexistes à la JC qui circule en interne, questionnaire qui (je l’ai appris récemment) a été remit à Camille Lainé, dans lequel elle apprend donc les violences dont j’ai été victime sans pour autant agir.

    Au camp d’été 2017 de la JC, je craque. Alors qu’Alexis est présent et présente des formations aux camarades comme dirigeant national de la JC, je décide de parler à Marie Jay le dernier jour, qui relaiera l’information à Guénolé Fournet pour qu’Alexis soit a minima démis du CN

    puis de l’organisation, car sa présence m’est psychologiquement insupportable. Guénolé ne donne visiblement aucune suite à cet appel pendant plusieurs mois, prétextant qu’il est difficile d’agir et de parler à Alexis - il ne me contacte à aucun moment pendant cette période.

    Il ne l’a d’ailleurs jamais fait. Pendant ce temps, Alexis continue de venir en CN et en événement national où manque de bol je me trouve aussi (puisque je reste militante communiste je rappelle), contrainte à le croiser (université d’été du PCF, fête de l’humanité…)

    Après plusieurs interpellations à la coordination nationale de la JC de la part de Marie Jay, Camille Lainé demande à ce que je la contacte. Je lui téléphone donc fin octobre 2017, et Camille me demande : “qu’attends-tu de nous ?”.

    J’avoue être restée sur le cul. Je ne m’attendait pas à une telle ingérence, et j’ai donc simplement répondu que je ne voulais plus jamais avoir à croiser la personne qui m’a violé.

    Je n’ai appris que cet été que Julien Gaboriau, alors responsable Vie Des Départements, le rencontre à Blois pour lui demander de démissionner volontairement du CN de la JC à l’Assemblée Nationale des Animateurs suivante. La raison qui est donnée aux camarades qui demandent est

    qu’il souhaite “passer à autre chose”, au parti, à ses études... La direction du Parti est mise au courant des actes d’Alexis, sachant qu’il est alors élu municipal (il l’est toujours). Alexis continue d’être adhérent au PCF et à la JC dans sa fédération, et de se déplacer

    dans plusieurs fédérations publiquement (à la fête de l’humanité Normandie en 2017 par ex). Je me sens alors obligée d’appeler moi-même un certain nombre de camarades que je considère alors dignes de confiance pour les mettre au courant qu’il n’a pas quitté le CN par envie de

    passer au parti mais pour avoir commis un crime, qu’il m’a violé. J’ai eu tout un tas de réactions différentes. Certaines dont je suis encore reconnaissantes aujourd’hui, d’autres en revanche qui m’ont mise très mal et qui aujourd’hui me mette très en colère.

    Mathilde Moulin, coordinatrice de la JC et faisant partie des camarades en question, m’a par exemple dit au téléphone qu’elle comprend pourquoi, ayant croisé Alexis plus tôt dans la journée, “il avait l’air triste”, et me demande si je serai d’accord pour accepter une lettre

    d’excuses permettant à Alexis de ne pas avoir à quitter le mouvement communiste. Elle ne m’apporte par ailleurs aucun mot de soutien. La direction du Parti refuse d’exclure Alexis, mettant en avant qu’il “souffre psychologiquement”, qu’il n’a commis qu’un seul viol,

    qu’aucune plainte n’a été déposée bien qu’il ait admis les faits, qu’une exclusion “briserait sa vie” et qu’il risque de se suicider, mais aussi que s’il n’est plus élu municipal, lui succéderait une socialiste.

    A la fête de l’Humanité Sologne, fin juin 2018, on me rapporte qu’il est présent et fait l’Accueil Sécurité, chantant et discutant fraternellement avec des camarades ayant connaissance de ses actes. Benjamin Kerserho, camarade du 72 présent à la fête et en connaissance des faits

    car je lui avais confié, interpelle Léonard Lema, alors présent et fraîchement élu coordinateur national. Léonard répond qu’il est d’accord avec le fond mais ne fait rien. Il me dira plus tard (en janvier de cette année) qu’il est allé voir Alexis, lui disant “bonjour” et

    expliquant simplement qu’il ne lui parlera pas pendant la fête en raison des faits de viol. Mathilde Moulin également présente n’a rien fait non plus. Adrian Courtier explique à Benjamin que “l’UEC serait présent pour espionner” en refusant d’expliquer la raison de l’espionnage.

    Les autres ne voient pas le problème. Benjamin interpelle aussi Alexis sur sa présence et sur ses actes, qui répond qu’il s’occupe de l’organisation parce qu’on lui a demandé et que personne d’autre n’était disponible. Il ne nie pas le crime devant Benjamin.

    Benjamin décide de téléphoner à Jean Louis Lemoing, ex-secrétaire du Loir-et-Cher, désormais trésorier du parti, car celui ci avait défendu Alexis lors d’un conseil exécutif de la fédération de Benjamin (Sarthe), prétextant sa fragilité mentale et assurant qu’Alexis n’a jamais

    avoué les faits de viol. Il a alors assuré “C’est mon devoir de communiste de faire remonter l’affaire”. Pourtant, il n’a pas tardé à téléphoner à la coordination de la JC pour souligner le fait que Benjamin s’est immiscé dans cette histoire. La semaine suivante, Marie Jay

    est convoquée par les responsables à la Vie des Départements de la JC dans leur bureau pour lui reprocher que les suivis de l’UEC se “mêlent de ce qui ne les regardent pas” et “essaient de foutre la merde dans les fédérations”, en menaçant que ce genre d’actes

    pousseraient les camarades à “vouloir supprimer l’UEC”. Ils lui demandent de recadrer Benjamin et de lui retirer le soutien de l’UEC. Elle refuse, le soutient et ils l’appellent eux-mêmes pour lui dire que ses actes (à Benjamin) seraient inadmissibles, répétant inlassablement

    qu’il faut passer par les cadres démocratiques dans ce genre d’affaire, et refusant de discuter du problème de base, à savoir : la présence d’Alexis sur la fête, son implication dans l’organisation, et la complaisance des camarades sur place pourtant au courant

    (Adrian Courtier, Ander Courtier, Mathilde Moulin, Léonard Lema, Camélia Khasarouzo, Olivier Morin entre autres, pour ceux que je connais). Benjamin n’accepte pas leur recadrage. Au camp d’été 2018, je tente en vain de parler à des camarades que je sais être au courant

    de l’histoire et qui semble m’éviter. Je tâche d’interpeller Léonard Lema et Mathilde Moulin, sans succès, ces derniers disant qu’ils sont occupé-e-s. Je parviens à discuter avec Adrian Courtier, qui, bien que dans l’ensemble bienveillant, mentionne le fait que dans sa fédération

    c’était très difficile d’avoir à réagir par rapport à ça étant donné qu’Alexis a formé tout le monde, mais aussi qu’il a fait une tentative de suicide, et que quelque part “j’ai de la chance qu’Alexis ne nie pas les faits”. L’argument de la difficulté du traitement

    de ce genre d’affaire par la direction me sera ressortie un nombre incalculable de fois. Je me rappelle particulièrement qu’à l’ANA 2017 (la fameuse ANA pendant laquelle Alexis a démissionné volontairement), à un atelier sur les violences sexuelles et sexistes,

    Camille Lainé et Gwenn Herbin ont passé la plupart du temps de l’atelier à dire qu’il est horrible d’avoir à gérer ce genre de cas. Camille a dit sans sourciller devant moi qu’en entrant à la coord elle n’imaginait pas avoir à gérer des cas de viol.

    Je tiens à rappeler que personnellement je ne pensais pas m’exposer au viol en prenant ma carte, que j’ai beaucoup souffert de ce que je pensais alors être la naïveté générale, que j’ai beaucoup pleuré après avoir entendu ces mots là.

    pour citer un passage du texte du 42ème congrès que j’ai moi même rédigé "L’adhésion au MJCF est traversée par une contradiction insupportable : une personne qui vient ici pour en finir avec l’exploitation et toutes les violences qu’elle suppose peut s’exposer

    à subir elle-même des violences." - voilà mon ressenti et mon positionnement politique à ce sujet depuis le début, depuis qu’on m’a volé ma naïveté et mon corps. A l’automne, je décide contre toute attente d’aller porter plainte contre Alexis

    Je ne ferai jamais l’injonction abjecte à personne de le faire, car je sais la douleur que c’est d’être incomprise, qu’on ne te croit pas. Je sais la honte et la culpabilité. Je ne cacherai à personne que porter plainte ajoute de la violence à la violence -

    cependant, je proposerai toujours mon aide aux personnes qui en ressentent le besoin comme j’ai pu le ressentir. Et j’aimerais ajouter qu’il était beaucoup moins difficile, contre toute attente, d’avoir à porter plainte que d’avoir à entendre raison au sein

    du mouvement communiste à ce sujet. Comme je l’ai déjà dis, je ne suis plus naïve et n’y suis pas allée avec l’espoir de "gagner". Je suis marxiste alors j’analyse l’état actuel des choses. Force est de constater que la justice est bourgeoise et patriarcale.

    Cherchez par vous même les chiffres qui l’atteste si vous ne les connaissez pas déjà. Pourquoi et à quoi bon porter plainte alors ? Je n’ai pas toutes les réponses. Pour moi, dans l’ordre des faits, j’ai dû témoigner pour une amie ayant vécu un cas de violence similaire.

    J’ai dû rassembler mes forces, mon courage pour me rendre disponible pour elle et affronter la police. Une fois au commissariat, je me suis dis que moi aussi je voulais franchir cette étape, purement et simplement. Je m’en suis sentie capable. C’est tout.

    C’est à la fois la fin et le début de quelque chose. Je voudrais remercier Marie Jay et Anaïs Fley qui m’ont accompagné dans cette étape.

    J’ai appris ensuite que la commission contre les violences sexistes et sexuelles n’accepte pas se saisir de l’affaire tant que je ne les contacte pas moi-même - et j’avoue qu’à cette étape, ça commence à faire vraiment beaucoup pour moi.

    Beaucoup de gens au courant, beaucoup de personnes, mes camarades, qui ne me parle plus alors que nous avions de bons contacts (Pourquoi ? Par incompétence ? Par honte ? Par peur ? Par mépris ? Je ne saurais jamais et c’est inacceptable dans tous les cas).

    Beaucoup de silences donc. Mais aussi beaucoup de peines, de douleurs, de souffrances. Parmi tout ça, quelques sourires, quelques paroles bienveillantes. Quelques confidences qui veulent dire "je comprend, moi aussi, je sais, nous sommes ensembles dans ce trop difficile combat."

    La commission contre les violences ne fait donc rien, alors que les faits leurs ont été remontés plusieurs fois et qu’ils savent que plainte a été posé. Aucune sanction n’est prise contre Alexis Bouchou à ce jour.

    La majorité des personnes étant au courant ne m’a pas volontairement contacté, pour des raisons que j’ignore mais qui donne un goût amer à ma bouche, ni apporté un soutien effectif, ni n’a cherché à m’orienter vers des personnels juridiques et médicaux.

    J’ai besoin de faire une pause avant de conclure.


  • S’enflammer, Cinétract 003 Gilets Jaunes de Montreuil
    https://vimeo.com/320227413

    Manifestation des #gilets_jaunes de Montreuil (93) du 21 février dans le Haut Montreuil. Avec les Camerounais de la brigade Anti Sardinards, nous avons fait le tour des quartiers, cités et foyers de travailleurs migrants du haut Montreuil en invitant les habitants et habitantes à nous rejoindre.

    Gilets Jaunes de Montreuil
    Antiracistes Antisexistes

    #cinétract


  • Le Régime de Macron panique après la publication du Colonel Legrier, La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? - AgoraVox le média citoyen
    https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-regime-de-macron-panique-apres-212734

    L’article remarquable, ci-dessous, écrit par le Colonel François-Régis Legrier - Chef de corps du 68e régiment d’artillerie d’Afrique et Commandant la Task Force Wagram au Levant d’octobre 2018 à février 2019 - est d’un intérêt capital à plusieurs titres.

    Il l’est, notamment, pour la compréhension du désastre de la "stratégie" militaire menée depuis 5 mois par la "Coalition" dans la bataille d’Hajin en Syrie, des conséquences dramatiques vécues par les populations civiles mais également du profond ressentiment engendré à l’égard des Etats responsables de ce désastre.

    Ce brûlot a été publié récemment dans la Revue de la Défense Nationale - page 65 à 71 - sous le titre :

    La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ?

    Le Régime de Macron a très mal pris cette publication qui pointe la responsabilité avant tout politique de ce désastre auquel a participé activement l’Etat français, vassal des US. 

    Cet article a été retiré de la publication de la RDN et selon des médias, Le Colonel Legrier risquerait des sanctions. 

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    La bataille d’Hajin (septembre 2018 – janvier 2019) du nom d’une petite localité située sur la rive Est de l’Euphrate aux confins de la Syrie et de l’Irak mérite de laisser son nom dans l’histoire militaire à plus d’un titre. Elle est d’abord la dernière « bataille rangée » contre le pseudo État islamique et semble mettre un point final à sa volonté de contrôler un territoire. Elle est ensuite, pour nous Occidentaux, riche d’enseignements sur la guerre, et tout spécialement les limites de la guerre par procuration et de notre approche tournée vers la suprématie technologique.

    Au XIXe siècle, le sort d’une bataille mettant en jeu quelques milliers d’hommes était réglé en une journée – Austerlitz par exemple ; au XXesiècle, il faut compter en semaines – que l’on pense à la poche de Dunkerque en 1940 ; au XXIe siècle, il faut près de cinq mois et une accumulation de destructions pour venir à bout de 2 000 combattants ne disposant ni d’appui aérien, ni de moyens de guerre électronique, ni de forces spéciales, ni de satellites. Telle est la réalité de la guerre aujourd’hui qui doit nous conduire, décideurs politiques et chefs militaires à un examen critique salutaire sur notre façon de concevoir et faire la guerre.

    Certes, la bataille d’Hajin a été gagnée mais de façon très poussive, à un coût exorbitant et au prix de nombreuses destructions. Certes, les Occidentaux, en refusant d’engager des troupes au sol, ont limité les risques et notamment celui d’avoir à s’expliquer devant l’opinion. Mais ce refus interroge : pourquoi entretenir une armée que l’on n’ose pas engager ? Si la réduction du dernier bastion de l’État islamique ne vaut pas la peine d’engager des troupes conventionnelles, quelle cause sera assez importante pour le faire ? Extrêmement à l’aise pour remplir les grands états-majors multinationaux d’une ribambelle d’officiers, les nations occidentales n’ont pas eu la volonté politique d’envoyer 1 000 combattants aguerris régler en quelques semaines le sort de la poche d’Hajin et épargner à la population plusieurs mois de guerre.

    Par ailleurs, en sous-traitant aux Forces démocratiques syriennes (FDS), c’est à-dire à des proxys – des troupes soutenues par les Américains qui leur ont délégué le droit de se battre à leur place – la conduite des opérations au sol, la Coalition (1) a renoncé à sa liberté d’action et perdu la maîtrise du tempo stratégique. Prise en étau entre la décision de Donald Trump de se retirer du Nord-Est syrien et le bon vouloir des FDS, elle n’a pas trouvé de meilleure solution que d’intensifier les bombardements pour en finir au plus vite, compromettant ainsi durablement l’avenir de cette province.

    In fine, la question qui se pose est de savoir si la libération d’une région ne peut se faire qu’au prix de la destruction de ses infrastructures (hôpitaux, lieux de culte, routes, ponts, habitations, etc.). C’est là, l’approche assumée sans complexe, hier et aujourd’hui, par les Américains ; ce n’est pas la nôtre et nous souhaitons ici indiquer ce qui aurait pu être fait pour mettre l’ennemi hors de combat sans transformer la poche d’Hajin en champs de ruines.

    Caractéristiques de la bataille d’Hajin : un concentré de tous les types de guerre

    Située au cœur du « Grand Jeu » entre puissances régionales et grandes puissances, la poche d’Hajin regroupe en septembre 2018 environ 2 000 combattants islamistes dont une majorité d’étrangers. S’étirant sur une trentaine de kilomètres le long de l’Euphrate en territoire arabo-kurde syrien et large d’une dizaine de kilomètres, elle est le dernier bastion du soi-disant Califat « État islamique », autant dire pas grand-chose. En réalité, nous allons voir que la bataille déborde largement de son cadre géographique pour se répandre dans le champ des perceptions, autre enjeu essentiel du combat.

    La zone d’action est une bande de terrain en V coincée entre l’Euphrate à l’Ouest et la frontière irako-syrienne à l’Est avec une zone rurale (champs et villages) le long du fleuve et une zone désertique. Soulignons que la rive Ouest de l’Euphrate est plus ou moins sous contrôle du régime syrien et des milices irakiennes qui contrôlent également une partie de la frontière. La population est estimée à quelques milliers de personnes, surtout présente dans la partie Nord de la poche (localité d’Hajin).

    Au Sud de la poche (pointe du V) et au bord de l’Euphrate, en territoire irakien, la ville d’Al-Qaïm. Au Nord de cette ville, la frontière est tenue par l’armée irakienne et légèrement en retrait se trouve la position de tir des moyens feux sol-sol de la coalition. Au Sud, la frontière est tenue par une milice affiliée à l’Iran (Katiba Hesbollah), véritable petite armée avec ses chars et ses canons. Si la frontière est globalement étanche au Nord, elle est très poreuse au Sud, la milice se livrant à la contrebande.

    Le combat au sol a été confié à des proxys, les FDS, alliance arabo-kurde conseillée par les forces spéciales américaines et bénéficiant du soutien des moyens feux sol-sol et sol-air de la Coalition. D’un volume sensiblement équivalent à celui de Daech, leur valeur combative est toute relative sachant que les combattants kurdes viennent du Nord-Est syrien où ils sont régulièrement pris à partie par les Turcs, alliés des Américains au sein de l’Otan. Ainsi, fin octobre 2018, les FDS ont annoncé la suspension des opérations suite à des frappes turques et il a fallu plusieurs semaines de négociation pour qu’ils reprennent le combat. Le même scénario a failli se répéter mi-décembre et compromettre à nouveau la prise d’Hajin pourtant bien engagée.

    Au sol, les traits distinctifs de cette bataille sont assez proches de ceux des batailles de la Première Guerre mondiale : une ligne de front entre combattants où chaque gain de 500 mètres ou 1 kilomètre de territoire représente un succès ; des contre-attaques violentes et répétées de la part d’un ennemi cerné de toute part et qui cherche à desserrer l’étau des FDS ; un emploi massif de l’artillerie, seule capable de délivrer des feux par mauvaises conditions météorologiques et qui, à plusieurs reprises, a sauvé la mise aux FDS violemment prises à partie ; des pertes importantes au regard du volume de combattants (plusieurs centaines au total de part et d’autre).

    Sur un plan purement tactique, cette bataille a fait redécouvrir toutes les vertus d’un appui-feu sol-sol (2) alliant effets de saturation par obus explosif et effets de destruction par munition de précision et surtout opérationnel par tout temps. Ainsi, c’est le 3 décembre 2018 qu’ont été tirés avec succès pour la première fois en opération, les obus antichars à effet dirigé Bonus détruisant une colonne de pickup lancée à l’assaut des lignes de défense FDS.

    Dans les airs, la suprématie occidentale est évidemment totale. Comme dans le film de Gavin Hood, Eye in the Sky (3), c’est la quintessence de la haute technologie qui se déploie quasiment sans limite avec l’emploi massif de moyens de surveillance et de renseignement, et d’avions pour observer et frapper. En l’espace de six mois, plusieurs milliers de bombes ont été déversées sur quelques dizaines de kilomètres carrés avec comme résultat principal la destruction des infrastructures.

    L’ennemi a-t-il été détruit par ces frappes ? Oui, mais pas autant qu’on a bien voulu le faire croire dans les comptes rendus alignant un BDA (4) impressionnant calculé de façon statistique et non pas par observation visuelle.

    L’ennemi a-t-il été atteint dans son moral et sa volonté de combattre ? À l’évidence, non. Il a déployé jusqu’au bout une combativité inébranlable mettant à profit les périodes de mauvaise météo, le préservant de la menace aérienne, pour contre-attaquer violemment et infliger à plusieurs reprises de sérieux revers tactiques aux FDS. La défaite devenue inéluctable, il s’est exfiltré vers des zones refuges pour poursuivre la lutte en mode insurrectionnel ne laissant sur place qu’une poignée de combattants étrangers.

    Ainsi, cette bataille illustre à merveille les propos du général Desportes : « Des systèmes d’armes toujours plus performants produisent des résultats toujours plus décevants » (5). Entendons-nous bien. Ils ne sont pas décevants parce que performants mais parce que mal employés ; nous y reviendrons.

    Enfin, la bataille d’Hajin dépasse largement le cadre géographique pour s’inscrire plus largement dans le champ infini des perceptions.

    Force est de constater que dans ce domaine, Daech a su exploiter le moindre succès tactique pour le valoriser et en faire un succès stratégique. De même, les frappes occidentales et leurs dommages collatéraux réels ou fictifs ont aussi été largement médiatisés avec succès. En effet, à plusieurs reprises, la Coalition trop souvent en réaction sur le champ des perceptions, a dû renoncer à ses frappes face à la pression médiatique. Il y a ici tout un champ de réflexion à explorer et notamment le décalage des perspectives : là où Daech, dans une vision stratégique, s’adresse aux opinions publiques occidentales, la Coalition, outil militaire sans réelle pensée politique, est contrainte de rester au niveau tactique et ne peut exploiter ses succès dans le champ informationnel avec la même réactivité que l’ennemi.

    Les limites de la guerre par procuration et de notre approche techno-centrée

    La guerre par procuration ou comment perdre la main sur le plan stratégique

    En s’en remettant à des proxys pour conduire la bataille au sol, les Occidentaux en ont certes retiré un avantage politique à court terme : celui d’éviter des pertes et un mouvement d’opinion contre leur politique. En revanche, sur le moyen-long terme, ce choix s’est avéré désastreux.

    En affirmant que la poche était la Main Battle Area (6) tout en refusant d’y engager des moyens terrestres ou même des hélicoptères d’attaque, les Américains ont laissé planer un doute sur leurs intentions réelles d’en finir rapidement. Il est donc permis de penser que la poche d’Hajin constituait un excellent alibi pour maintenir une présence dans le Nord-Est syrien et surtout prévenir un éventuel délitement trop rapide de la Coalition. Ainsi, au fur et à mesure de la bataille, le discours s’est articulé de la façon suivante : « il faut détruire Daech » vers « oui, Daech est bientôt éliminé en Syrie mais il se reconstitue en Irak et reste tout aussi dangereux », ce qui pose la question de la pertinence de la stratégie suivie depuis des années. Où est le véritable enjeu ? Détruire Daech ou contenir l’Iran ?

    Par ailleurs, la conséquence la plus immédiate d’une telle approche est la perte de la maîtrise du temps : l’opération avance au gré de la volonté des proxys et selon leur propre agenda et elle traîne en longueur quelle que soit l’ampleur des moyens consentis. Cela s’appelle un enlisement.

    Pour compliquer les choses, est apparue au grand jour la divergence de vues entre Donald Trump et son état-major. Fidèle en cela à une promesse de campagne, le Président des États-Unis a saisi l’occasion de la reprise d’Hajin mi-décembre pour annoncer la victoire sur Daech et le retrait des forces américaines de Syrie montrant ainsi, certes de façon brutale, que c’est bien le tempo politique qui détermine la stratégie et non pas l’inverse.

    En refusant d’inscrire dans leur stratégie du Moyen-Orient cette volonté de retrait pourtant annoncée depuis deux ans, l’Administration américaine et les étatsmajors se sont mis d’eux-mêmes en porte à faux. Bousculés par le décideur politique d’un côté, ayant perdu la main sur le tempo des opérations au sol de l’autre, c’est-à-dire privés de toute marge de manœuvres, la seule réaction a été d’intensifier les frappes aériennes et donc d’augmenter encore le nombre de destructions. Hajin a subi le même sort que Mossoul et Raqqa : une destruction quasi complète.

    Ainsi, cette victoire tactique, par la façon dont elle a été acquise, a compromis l’avenir de cette province sans ouvrir de perspectives stratégiques intéressantes pour la Coalition. L’avenir du Nord-Est syrien est plus que jamais incertain et Daech, s’il a perdu son territoire, ne semble pas atteint dans sa volonté de continuer la lutte.

    La leçon est la suivante : il n’y a pas de stratégie et donc de victoire durable sans liberté de manœuvre. Celle-ci est au croisement du politique et du militaire. Le stratège doit impérativement inscrire son action dans une politique et doit garder la main sur les opérations dans tous les domaines, y compris les opérations terrestres s’il veut être en mesure de présenter plusieurs options stratégiques au décideur politique. Il n’y a pas d’autres solutions possibles.

    L’approche techno-centrée ou l’illusion de la puissance

    En s’en remettant principalement à des moyens air inopérants sur un plan tactique lorsque les conditions météo se dégradent et aux forces spéciales, la Coalition a perdu beaucoup de temps, d’énergie et de crédibilité, Daech ayant beau jeu de se vanter d’avoir tenu en échec la première puissance mondiale pendant des mois.

    Il faut être rentré dans une Strike Cell (7) par temps couvert pour comprendre toutes les limites de notre approche techno-centrée. En effet, en cas de pluie, de brouillard, de nuages, les écrans deviennent noirs, les gens jouent aux cartes ou regardent un film : la guerre s’arrête pour eux en attendant la prochaine fenêtre météo. Lors des violentes contre-attaques de Daech en octobre 2018 et le repli des FDS, le premier constat d’un officier général a été de dire : « C’est à cause de la météo, nous n’avions plus l’appui aérien. » Sous-entendu, Daech ne respecte pas les règles du jeu, il attaque par mauvais temps !

    Non, nous n’avons pas été tenus en échec par la météo mais par notre refus de nous adapter à notre ennemi et au réel. La guerre par procuration, c’est-à-dire ce refus d’engager des troupes au sol aptes au combat pour s’en remettre uniquement aux forces spéciales et à l’arme aérienne est l’un des facteurs principaux de nos échecs actuels. Les forces spéciales sont faites… pour les opérations spéciales et non le combat conventionnel en zone urbaine ou désertique.

    Encore une fois, ne nous y trompons pas, il ne s’agit nullement ici de critiquer l’apport indispensable aux opérations que constitue l’arme aérienne ou les forces spéciales mais de rappeler que c’est une erreur que de s’en remettre uniquement à elles pour gagner une bataille. Ce concept ultra-technologique conçu pour réduire le format des troupes conventionnelles et séduire le politique en lui faisant croire qu’on peut faire mieux avec moins est un leurre séduisant mais un leurre quand même.

    Alors que fallait-il faire ?

    La réponse est simple : comprendre que si la bataille se gagne au niveau tactique – adaptation au terrain et à l’ennemi – la guerre se gagne au niveau stratégique et politique, et qu’elle est une dialectique des volontés et non une éradication « des méchants » impossible à réaliser.

    En l’occurrence, il fallait resituer la bataille d’Hajin dans un cadre plus global : celui d’empêcher Daech de se reconstituer d’une part et de préserver l’avenir de la moyenne vallée de l’Euphrate en évitant des destructions inutiles d’autre part.

    Au niveau tactique, une bataille se gagne en disposant les moyens adéquats au bon endroit et au bon moment (principe d’économie des forces et de concentration des efforts) pour créer un rapport de force favorable. Ainsi, tout en s’appuyant sur les FDS, il fallait, en sus des moyens d’appui-feux, engager a minima un groupement tactique interarmes motorisé capable de s’emparer rapidement de la poche d’Hajin en limitant autant que faire se peut la destruction des infrastructures.

    En effet, une bataille ne se résume pas à détruire des cibles comme au champ de foire. C’est la combinaison de la manœuvre et du feu qui permet de disloquer le dispositif ennemi et de le mettre dans l’impossibilité de poursuivre la bataille par la conquête des points clés du terrain, et de ses moyens de commandement et logistique. La prise d’Hajin, en décembre, en est l’illustration tardive : l’ennemi, ayant perdu son centre de commandement, n’a plus été en mesure d’opposer une résistance coordonnée par la suite.

    Enfin, la bataille doit être menée en temps imminent dans le champ informationnel, c’est-à-dire avec un temps d’avance. Est cru par le plus grand nombre ce qui est affirmé en premier : c’est une loi immuable dont il faut tenir compte. Une plus grande réactivité aurait été nécessaire pour valoriser nos succès et disqualifier le comportement de l’adversaire quitte à assumer, et non pas justifier après coup, les dommages collatéraux.

    L’évocation de la bataille dans le champ des influences nous permet de faire la transition avec les parties hautes de la guerre, la stratégie et la politique.

    Au lieu de se focaliser de façon excessive sur la poche d’Hajin, la Coalition aurait dû l’intégrer dans une approche stratégique et ainsi découper son espace de bataille non pas en fonction de ses structures internes (répartition entre commandement des forces spéciales en Syrie et commandement conventionnel en Irak) mais en fonction de l’espace de bataille ennemi allant de Kirkuk au Nord-Est de l’Irak au désert d’Al-Anbar à l’Ouest, en passant par Hajin et Al-Qaïm.

    Seule une vue globale du problème aurait permis d’ébaucher une stratégie globale et d’éviter le constat amer de voir Daech resurgir là où on l’a chassé il y a deux ans. Seule une stratégie globale laissant entrevoir une résolution politique durable aurait permis au politique de comprendre la nécessité du temps long au lieu de brusquer les choses pour sortir de ce qui s’apparente à une impasse et un échec.

    Il faut donc rappeler avec le général Desportes que la victoire militaire doit toujours être pensée au prisme de son objectif politique et qu’elle ne peut se passer d’un engagement au contact : « La guerre à distance est un leurre : elle produit un effet militaire mais pas d’effet politique. La “projection de puissance”, c’est-à-dire la projection de destruction, sans “projection de forces”, de soldats sur le terrain ne fonctionne pas ; elle détruit sans maîtriser la reconstruction et crée le chaos. Il y a une vraie illusion de l’efficience aérienne : certes, elle permet quelques économies initiales mais elle ne conduit jamais au résultat espéré. À la fin des fins, il est toujours nécessaire, d’une manière ou d’une autre, de contrôler l’espace. » (8)

    Conclusion

    Oui, la bataille d’Hajin a été gagnée, au moins sur le terrain mais en refusant l’engagement au sol, nous avons prolongé inutilement le conflit et donc contribué à augmenter le nombre de victimes au sein de la population. Nous avons détruit massivement les infrastructures et donné à la population une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale laissant derrière nous les germes d’une résurgence prochaine d’un nouvel adversaire. Nous n’avons en aucune façon gagné la Combien d’Hajin faudra-t-il pour comprendre que nous faisons fausse route ? w guerre faute d’une politique réaliste et persévérante et d’une stratégie adéquate.

    François-Régis Legrier

    Colonel. Chef de corps du 68e régiment d’artillerie d’Afrique. Commandant la Task Force Wagram au Levant d’octobre 2018 à février 2019. Auteur de Si tu veux la paix prépare la guerre aux Éditions Via Romana

    Courriel de l’auteur : frlegrier@gmail.com

    (1) Operation Inherent Resolve (OIR) : coalition dirigée par les Américains.

    (2) Il faut également souligner l’emploi massif par Daech de roquettes et de mortiers allant parfois à des consommations de 100 munitions par jour.

    (3) Sorti en 2016 : montre les ambiguïtés politico-juridiques d’une prise de décision d’une frappe aérienne.

    (4) Battle Damage Assessment : estimation des pertes ennemies.

    (5) Vincent Desportes : « Leçons d’aujourd’hui pour les guerres de demain », Le Casoar n° 231, p 19.

    (6) L’espace de bataille prioritaire.

    (7) Centre d’opérations couvert d’écrans permettant une recopie des images fournies par les drones ou les avions. C’est à partir de là que s’effectuent les frappes aériennes et les tirs d’artillerie d’où son nom de Strike Cell.

    (8) Vincent Desportes : « Leçons d’aujourd’hui pour les guerres de demain », op. cit.


  • Stopper la montée de l’insignifiance, par Cornelius Castoriadis (Le Monde diplomatique, août 1998)
    https://www.monde-diplomatique.fr/1998/08/CASTORIADIS/3964

    Les responsables politiques sont impuissants. La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est suivre le courant, c’est-à-dire appliquer la politique ultralibérale à la mode. Les socialistes n’ont pas fait autre chose, une fois revenus au pouvoir. Ce ne sont pas des politiques, mais des politiciens au sens de micropoliticiens. Des gens qui chassent les suffrages par n’importe quel moyen. Ils n’ont aucun programme. Leur but est de rester au pouvoir ou de revenir au pouvoir, et pour cela ils sont capables de tout.

    Il y a un lien intrinsèque entre cette espèce de nullité de la politique, ce devenir nul de la politique et cette insignifiance dans les autres domaines, dans les arts, dans la philosophie ou dans la littérature. C’est cela l’esprit du temps. Tout conspire à étendre l’insignifiance.

    • Il y a la merveilleuse phrase d’Aristote : « Qui est citoyen ? Est citoyen quelqu’un qui est capable de gouverner et d’être gouverné. » Il y a des millions de citoyens en France. Pourquoi ne seraient-ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise précisément à le leur désapprendre, à les convaincre qu’il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s’habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s’habituent à suivre ou à voter pour des options que d’autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d’être idiots, le résultat, c’est qu’ils y croient de moins en moins et qu’ils deviennent cyniques.


  • « Dessiner une utopie un peu merdique. »
    Bâtir aussi, de la science-fiction pour ouvrir les imaginaires politiques. Entretien avec les ateliers de l’Antémonde

    Par Nathalia Kloos et Bruno Thomé

    Les ateliers de l’Antémonde ont entrepris d’écrire la vie quotidienne d’un monde révolutionné, anti-autoritaire et anti-capitaliste, dix ans après un soulèvement mondial, l’Haraka. Leurs séances d’écriture collective ont donné naissance au recueil de nouvelles Bâtir aussi, que leurs auteur·es qualifient elles et eux-même d’« utopie ambiguë ». Car si on peut y entrevoir des futurs enthousiasmants, tout est à réinventer collectivement dans ce monde d’après. Le livre, publié en mai 2018 par les éditions Cambourakis, n’a pas clôturé l’exercice : il est devenu le point de départ d’ateliers de réflexion et d’imagination itinérants, les « labo-fictions ». Quand la (science-)fiction devient un levier pour penser la dimension concrète et vivante de possibles processus révolutionnaires.

    https://www.jefklak.org/dessiner-une-utopie-un-peu-merdique


  • Eva Иванова

    « … Je ne sais pas qui a lancé cette mode… mais je kiffe ...! 
    #SaufBenallaBienSur

    Source : https://twitter.com/spetsnagirl/status/1101500678931992577

    #benalla #post_it

    Avertissement de #Twitter : Attention : ce profil pourrait comporter des contenus offensants
    Vous voyez cet avertissement car ce compte tweete des images ou des propos potentiellement offensants. Souhaitez-vous toujours le voir ? => oui voir le profil

    Un excellent profil, donc : https://twitter.com/spetsnagirl


  • Le mépris de classe des années 1930 à nos jours Gérard Noiriel - 1 Mars 2019 - Le blog de GN
    https://noiriel.wordpress.com/2019/03/01/le-mepris-de-classe-des-annees-1930-a-nos-jours

    Le mouvement des gilets jaunes a permis de faire resurgir, dans l’espace public, la question du mépris de classe. Dans un article du Monde Diplomatique, « Les élites face aux « gilets jaunes », Une philosophie du mépris » (mars 2019), Bernard Pudal a montré que les propos insultants à l’égard de « ceux qui ne sont rien » tenus par Emmanuel Macron et plusieurs de ses ministres résultaient, pour une large part, de la naïveté de ces élites brutalement arrivées au pouvoir sans expérience politique. « Sans métier, ils disent ce qu’ils pensent » ajoute Pudal. Autrement dit, ils expriment tout haut ce qu’une bonne partie de la classe dominante pense tout bas. Dans le blog d’aujourd’hui, j’ai voulu donner un aperçu du mépris de classe, tel qu’il s’exprimait dans les années 1930, à une époque où ce n’était pas le manque d’expérience politique qui l’alimentait, mais à l’inverse un choix délibéré afin de mobiliser ceux d’en haut en attisant leur haine contre ceux d’en bas.

    Les caricatures que j’ai reproduites ci-dessus sont parues dans Gringoire, un hebdomadaire d’extrême droite, le 5 juin 1936. Fondé par Horace de Carbuccia, issu d’une vieille famille noble de Corse, cet hebdomadaire connut un succès phénoménal à partir de 1934, lorsque les partis de gauche et les radicaux se rassemblèrent au sein du front antifasciste. Deux ans plus tard, la victoire du Front Populaire et le déclenchement des grèves ouvrières dans tout le pays poussèrent au paroxysme la lutte des classes. Grâce à Henri Béraud, son journaliste vedette, Gringoire devint l’un des principaux organes de l’extrême droite anticommuniste et antisémite. Béraud s’acharna surtout contre Léon Blum et contre Roger Salengro, ministre de l’Intérieur sous le Front Populaire, le poussant finalement au suicide.

    Ces caricatures illustrent différentes facettes de la haine de classe qui s’empara alors de la bourgeoisie française. La première montre parfaitement l’une des grandes constantes dans les réactions des dominants lorsque leurs privilèges sont mis en cause : déplacer le terrain de la polémique vers des questions identitaires. Telle fut la raison de l’acharnement contre Léon Blum, qui fut à partir de ce moment-là constamment stigmatisé en tant que juif par la droite et l’extrême droite. Les caricatures suivantes témoignent de ce qu’on peut appeler le « racisme de classe ». Les ouvriers en grève sont présentés comme des analphabètes, incapables d’écrire correctement en français, et comme des alcooliques qui font la noce sur les tombes des Communards (car pour la droite, le mouvement ouvrier c’était toujours mieux avant). La dernière caricature illustre ce qui est sans doute la forme la plus constante du racisme de classe dans l’histoire : ceux qui luttent pour leurs droits et leur dignité sont décrits comme des brutes épaisses, des « casseurs » sans foi ni loi. Le version années 1930 de ce scénario est clairement affichée dans cette caricature : les ouvriers en grève ne sont que des demeurés manipulés par le PCF, qui finiront par fracasser le crâne de Léon Blum contre le mur des lamentations.

    Sous une forme euphémisée, c’est le même genre d’arguments qui ont été réactivés pour discréditer les gilets jaunes. Le pouvoir macronien et ses soutiens ont multiplié les efforts pour déplacer les enjeux du terrain économique et social vers le terrain identitaire. J’avais noté, dans la conclusion de mon Histoire populaire de la France , que le programme présidentiel d’Emmanuel Macron (intitulé « Révolution ») était plus à gauche que celui de Hollande et Valls sur les questions humanitaires puisqu’il refusait de renouer « avec les guerres de religion qui ont failli anéantir la France ». Il rejetait la stigmatisation des musulmans en affirmant qu’il fallait arrêter de suspecter la loyauté de ceux que nous avons accueillis. « Rien ne serait pire que d’enfermer dans le soupçon une partie de la population française ».

    J’en avais conclu que si Macron parvenait à légitimer son programme libéral accentuant les inégalités entre les riches et les pauvres sans tirer sur les grosses ficelles identitaires que tous ces prédécesseurs avaient manipulées sans vergogne depuis le milieu des années 1980, alors on pourrait effectivement le créditer d’une véritable « révolution » politique. Mais celle-ci n’a pas eu lieu. Dès que le mouvement des gilets jaunes a remis au centre du débat public la question des inégalités et des injustices sociales, aussitôt la machine gouvernementale a réactivé les vieilles recettes identitaires. Les gilets jaunes ont tour à tour été présentés comme des racistes, des antisémites, des xénophobes, des homophobes, etc. La classe dominante a pu ainsi retourner l’argument de l’antisémitisme par rapport aux années 1930 (à l’époque elle dénonçait les juifs, aujourd’hui elle dénonce ceux qui dénoncent les juifs) mais la finalité politique reste la même.

    Autre illustration flagrante de cette exploitation politique des thèmes identitaires, la mobilisation de tout le gouvernement contre la société Décathlon qui projetait de commercialiser le voile destiné aux sportives de confession musulmane. En ravivant le sempiternel débat sur le « communautarisme », Emmanuel Macron, qui voulait apparaître sur la scène mondiale comme le grand dirigeant libéral de notre temps, est devenu la risée de toute la presse internationale, comme l’a noté Anna Lippert dans  Libération (27 février 2019). Et ce n’est pas fini. Après avoir tâté le terrain pour voir s’il était possible de relancer le débat sur « l’identité nationale », le gouvernement s’apprête à réactiver les polémiques sur la laïcité.

    Les tentatives de la classe dominante pour étouffer les revendications sociales en occupant le terrain identitaire ne sont pas le seul point commun entre les années 1930 et aujourd’hui. La stigmatisation du langage populaire, que j’ai évoquée plus haut, à partir des caricatures de Gringoire, a brutalement resurgi avec les gilets jaunes. Dans l’article suggestif qu’elle a consacré à cette question, Chloé Leprince a rappelé les propos d’Emmanuel Macron concernant le « boxeur gitan » (https://www.franceculture.fr/societe/les-mots-dun-boxeur-gitan-petite-histoire-du-mepris-de-classe-par-la-l) : « Le boxeur, la vidéo qu’il fait avant de se rendre… il a été briefé par un avocat d’extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan. » Les propos d’Emmanuel Macron sur le niveau de français de Christophe Dettinger, le boxeur condamné pour avoir frappé des membres des forces de l’ordre le 5 janvier 2019, illustrent parfaitement un ethnocentrisme de classe supérieure, persuadé que le langage populaire se caractérise par la pauvreté de sa syntaxe et de son vocabulaire. Chloé Leprince cite les propos qu’a tenus l’épouse du boxeur à la suite des commentaires présidentiels. « C’est humiliant, complètement humiliant. Mon mari a fait des études, il est responsable, il travaille. On paye nos impôts, on est Français, on est des citoyens honnêtes et on nous rabaisse ».

    Le mépris de classe à l’égard des gilets jaunes s’est exprimé de bien d’autres manières. Par exemple, Laurent Alexandre, un urologue spécialiste d’intelligence artificielle, n’a pas hésité à affirmer, dans une conférence à l’école polytechnique, que les « gilets jaunes » n’étaient pas capables de comprendre les enjeux mondiaux des mutations technologiques actuelles. Gaspard Gantzer, l’énarque « de gauche », qui fut conseiller en communication de François Hollande, est intervenu sur la chaîne C News le 19 février pour commenter les incidents survenus lors de la dernière manifestation des gilets jaunes, en disant : « C’est sûr que si on faisait des tests de QI avant les manifestations, il n’y aurait pas grand monde… » Le tollé provoqué par ces propos l’a contraint à s’excuser. Néanmoins, ces dérapages sont autant d’illustrations des réflexes élitistes qui surgissent lorsque les dominants se sentent menacés dans la domination qu’ils exercent habituellement sur le peuple.

    #Giletsjaunes #gilets_jaunes #guerre_aux_pauvres #racisme_de_classe #stigmatisation #Laïcité #Léon_Blum #Roger_Salengro #Front_Populaire #revendications_sociales #racisme, #antisémitisme #Gringoire #horace_de_carbuccia #henri_béraud #chloé_leprince #laurent_alexandre #gaspard_gantzer #identité_nationale



  • Travail gratuit ou exploitation ? — rencontre avec Maud Simonet
    https://www.revue-ballast.fr/travail-gratuit-ou-exploitation-rencontre-avec-maud-simonet

    Le 15 février 2019, au cours d’une rencontre avec des élus locaux du Finistère, le Premier ministre Édouard Philippe émet l’idée de demander des « contreparties » aux citoyens qui perçoivent des aides sociales. « Je suis pour le proposer systématiquement à ceux qui le peuvent, mais pas l’imposer », a souligné de son côté Muriel Pénicaud, ministre du Travail, sur BFM TV. Entre injonction et incitation, les frontières sont parfois poreuses. Aussi, pour tenter d’analyser ces politiques de « mise au travail », nous avons rencontré la sociologue du travail Maud Simonet. Autour de deux ouvrages dont elle est l’auteure1, nous avons essayé de dégager les enjeux de ces discours et de ces politiques, mais aussi de voir quelles résistances peuvent être opposées à cette nouvelle forme civique de l’exploitation.


  • Geneviève Fraisse : « Maintenant, c’est la question du corps des femmes qui est au cœur de l’émancipation » | Le Média
    https://lemediapresse.fr/societe/genevieve-fraisse-maintenant-cest-la-question-du-corps-des-femmes-qui-

    Il faut donc en racheter, cela fait double marché ! La vieille marxiste que je suis s’est rappelée que l’exploitation des femmes et leur domination passe par la matière. C’est extrêmement intéressant pour le capitalisme d’avoir cette possibilité de différencier les hommes et les femmes. Il y a donc le problème de l’invariant anthropologique, celui d’être fasciné par la domination en oubliant l’émancipation, et enfin l’enjeu économique. Cette époque a donc connu un trou d’air. Puis, tout a été bouleversé avec l’explosion de #MeToo. Car derrière le contrat social, il existe un impensé sexuel : le corps des femmes est à la disposition des hommes. C’est un peu plus sérieux que les images dites oppressives. Les corps dénudés que nous voyons sur les abribus ou ailleurs ne sont qu’un détail de cette histoire. Carole Pateman, explique tout cela magnifiquement dans Le Contrat sexuel (1988, La Découverte 2010) que j’ai fait traduire en France il y a une dizaine d’années. Il y a la structure patriarcale tenue par le père ou le roi, et l’impensé du corps des femmes.


  • L’antisionisme est une opinion, pas un crime - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/02/28/l-antisionisme-est-une-opinion-pas-un-crime_1712216

    Tribune. Monsieur le Président, vous avez récemment déclaré votre intention de criminaliser l’antisionisme. Vous avez fait cette déclaration après en avoir discuté au téléphone avec Benyamin Nétanyahou, juste avant de vous rendre au dîner du Crif.
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    Monsieur le Président, vous n’êtes pas sans savoir que la Constitution de la République énonce en son article 4 que « la loi garantit les expressions pluralistes des opinions. » Or, l’antisionisme est une opinion, un courant de pensée né parmi les juifs européens au moment où le nationalisme juif prenait son essor. Il s’oppose à l’idéologie sioniste qui préconisait (et préconise toujours) l’installation des juifs du monde en Palestine, aujourd’hui Israël.

    L’argument essentiel de l’antisionisme était (et est toujours) que la Palestine n’a jamais été une terre vide d’habitants qu’un « peuple sans terre » serait libre de coloniser du fait de la promesse divine qui lui en aurait été donnée, mais un pays peuplé par des habitants bien réels pour lesquels le sionisme allait bientôt être synonyme d’exode, de spoliation et de négation de tous leurs droits. Les antisionistes étaient, et sont toujours, des anticolonialistes. Leur interdire de s’exprimer en prenant prétexte du fait que des racistes se servent de cette appellation pour camoufler leur antisémitisme, est absurde.

    Monsieur le Président, nous tenons à ce que les Français juifs puissent rester en France, qu’ils s’y sentent en sécurité, et que leur liberté d’expression et de pensée y soit respectée dans sa pluralité. L’ignominie des actes antisémites qui se multiplient ravive le traumatisme et l’effroi de la violence inouïe dont leurs parents ont eu à souffrir de la part d’un Etat français et d’une société française qui ont largement collaboré avec leurs bourreaux. Nous attendons donc de vous que vous déployiez d’importants moyens d’éducation, et que les auteurs de ces actes soient sévèrement punis. Mais nous ne voulons certainement pas que vous livriez les juifs de France et leur mémoire à l’extrême droite israélienne, comme vous le faites en affichant ostensiblement votre proximité avec le sinistre « Bibi » et ses amis français.

    C’est pourquoi nous tenons à vous faire savoir que nous sommes antisionistes, ou que certains de nos meilleurs amis se déclarent comme tels. Nous éprouvons du respect et de l’admiration pour ces militants des droits humains et du droit international qui, en France, en Israël et partout dans le monde, luttent courageusement et dénoncent les exactions intolérables que les sionistes les plus acharnés font subir aux Palestiniens. Beaucoup de ces militants se disent antisionistes car le sionisme a prouvé que lorsque sa logique colonisatrice est poussée à l’extrême, comme c’est le cas aujourd’hui, il n’est bon ni pour les juifs du monde, ni pour les Israéliens, ni pour les Palestiniens.

    Monsieur le Président, nous sommes des citoyens français respectueux des lois de la République, mais si vous faites adopter une loi contre l’antisionisme, ou si vous adoptez officiellement une définition erronée de l’antisionisme qui permettrait de légiférer contre lui, sachez que nous enfreindrons cette loi inique par nos propos, par nos écrits, par nos œuvres artistiques et par nos actes de solidarité. Et si vous tenez à nous poursuivre, à nous faire taire, ou même à nous embastiller pour cela, eh bien, vous pourrez venir nous chercher.

    Premiers signataires : Gilbert Achcar universitaire Gil Anidjar professeur Ariella Azoulay universitaire Taysir Batniji artiste plasticien Sophie Bessis historienne Jean-Jacques Birgé compositeur Simone Bitton cinéaste Laurent Bloch informaticien Rony Brauman médecin François Burgat politologue Jean-Louis Comolli cinéaste Sonia Dayan-Herzbrun sociologue Ivar Ekeland universitaire Mireille Fanon-Mendès France ex-experte ONU Naomi Fink professeure agrégée d’hébreu Jean-Michel Frodon critique et enseignant Jean-Luc Godard cinéaste Alain Gresh journaliste Eric Hazan éditeur Christiane Hessel militante et veuve de Stéphane Hessel Nancy Huston écrivaine Abdellatif Laâbi écrivain Farouk Mardam-Bey éditeur Gustave Massiah économiste Anne-Marie Miéville cinéaste Marie- José Mondzain philosophe Ernest Pignon-Ernest artiste plasticien Elias Sanbar écrivain, diplomate Michèle Sibony enseignante retraitée Eyal Sivan cinéaste Elia Suleiman cinéaste Françoise Vergès politologue.

    Liste complète des signataires disponible sur : https://bit.ly/2BTE43k