• Le nazi Aloïs Brunner est mort il y a quatre ans en Syrie - Libération
    http://www.liberation.fr/monde/2014/12/01/le-nazi-alois-brunner-est-mort-il-y-a-quatre-ans-en-syrie_1154375

    Le centre Simon Wiesenthal a recueilli de nouvelles informations sur la mort, jusqu’ici incertaine, du bras droit d’Adolf Eichmann, soupçonné de vivre sous la protection du régime syrien depuis les années 50.

    Sa mort était devenue chaque année un peu plus probable. Le centre Simon Wiesenthal, organisation basée à Jérusalem qui lutte pour que les criminels nazis répondent de leurs actes, en a maintenant la quasi-certitude : Aloïs Brunner, l’un des plus recherchés au monde, est mort en Syrie il y a quatre ans. Il avait alors 98 ans. « Nous avons reçu des informations d’un ancien agent des services secrets allemands, qui a servi au Moyen-Orient, et qui nous a dit que Brunner était mort et avait été enterré à Damas », a déclaré Efraim Zuroff, le directeur du centre, au quotidien britannique Daily Express, précisant qu’il considérait cette source comme fiable.

    Aloïs Brunner est né en 1912 dans la partie de l’Empire qui est aujourd’hui l’Autriche. Fervent SS, il est rapidement devenu le bras droit d’Adolf Eichmann, premier exécutant de la solution finale. Entre juin 1943 et août 1944, Brunner a été le chef du camp d’internement de Drancy, d’où partaient les convois de déportés. Il est accusé d’avoir organisé la déportation de 130 000 juifs en Europe, dont 24 000 en France et 43 000 en Grèce.

    Sa trace a été retrouvée par les époux Klarsfeld à Damas, qui le soupçonnaient depuis le début des années 60 de vivre sous la protection des autorités syriennes. Sous le nom de « docteur Georg Fischer », il aurait aidé Hafez al-Assad à pefectionner son système de renseignement et dispensé ses conseils en répression et torture. Le régime Assad, père et fils, a toujours démenti sa présence. En 1961, Brunner a perdu l’usage d’un œil et trois doigts dans un attentat au colis piégé.

    Dans un article intitulé Nazi Butcher in Syria Haven publié en 1987, le Chicago Sun-Times expliquait que Brunner s’était enfui en Syrie dès la fin de la guerre, en passant par Le Caire. Au journaliste qui a réussi à l’avoir brièvement au téléphone, Brunner a dit que les Juifs « méritaient tous de mourir car ce sont les agents du diable et le déchet de l’humanité » et qu’il n’avait « aucun regret ». En décembre 1999, déjà, des sources syriennes avaient annoncé son décès.

    « Brunner était le plus fanatique des lieutenants d’Eichmann. Il a opéré en Autriche, en Allemagne, en Macédoine, en Slovaquie. Le mandat d’arrêt de la justice allemande le met en cause pour sa participation aux meurtres de 124 000 juifs »,avait expliqué Serge Klarsfeld à Libération.

    Brunner a déjà été condamné à mort par contumace en France en 1954 et 1956, et à la perpétuité lors d’un nouveau procès en 2001. Ce dernier procès, qui a suivi une plainte des époux Klarsfeld visait la déportation de 352 enfants de Drancy, dont le plus jeune n’avait que 15 jours.


  • Charles Enderlin : “Un Etat palestinien n’est plus possible”
    http://www.telerama.fr/monde/charles-enderlin-un-etat-palestinien-n-est-plus-possible,119498.php

    La ville de Jérusalem est sous tension après l’attentat du 18 novembre 2014 contre une synagogue. Le reporter Charles Enderlin y réside depuis quarante ans. Son regard sur ce nouvel accès de violence est bien sombre. Source : Télérama.fr


  • Assassin’s Creed : Mélenchon s’explique... - Arrêt sur images
    http://www.arretsurimages.net/breves/2014-11-17/Assassin-s-Creed-Melenchon-s-explique-id18214

    Après s’être expliqué sur le sujet sur France Info et sur le site du Figaro, Mélenchon en remet une couche. « Peut-on parler des jeux vidéo ? Je l’ai fait ». Sur son blog, Mélenchon revient longuement sur la polémique l’opposant à la dernière production de Ubisoft. Selon lui, la critique d’art doit s’étendre au jeu vidéo : « Pourquoi la critique sur le fond et la forme d’une œuvre serait-elle réservée à certains arts et serait-elle futile pour d’autres ? ».

    Et l’auteur du billet de se lancer dans une déclaration d’amour au virtuel : « La 3D et l’implication personnelle du joueur donne à l’expérience du jeu vidéo une force qui ne se distingue que fort peu de l’expérience réelle. Attention, ce surlignage ne doit pas conduire à une autre erreur d’évaluation. Le jeu n’est pas meilleur que la vie, mais il n’est pas moins bon que la vie réelle ». Le député européen n’entend pas hiérarchiser les genres d’expression. De l’auteur de science-fiction Philip K.Dick à Mickey ou Tintin, de « Pilote » à « Hara Kiri Hebdo », de Corto Matese à Enki Bilal, Mélenchon fait un petit tour d’horizon de ces « genres mineurs » qui ont joué un rôle important dans son auto-éducation. Qu’on se le dise : Mélenchon n’a rien contre les jeux vidéo et envisage même de « s’offrir une console de jeu ».

    Dans ces conditions, Mélenchon refuse de croire à « la neutralité purement ludique du jeu ». Et l’affirme : il y a, dans Assassin’s Creed, ou tout du moins ans le trailer « écrit par un débile américain » un parti pris idéologique. « Les gentils, ici, ce sont la reine, cette infâme traitresse et corruptrice, le roi, ce mollasson vendu, les aristocrates agents des Autrichiens, des Anglais et de n’importe qui qui soit contre le peuple, voilà les héros, subliminaux ou bien déclarés [...] Que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, et donc de l’égalité en droit de tout être humain, soit présentée comme l’œuvre de brutes sanguinaires et absurdes ne peut-être un hasard ludique », estime Mélenchon.

    Dans le dernier paragraphe de son billet consacré à Assassin’s Creed, Jean-Luc Mélenchon s’en prend, à mots couverts, aux dirigeants d’Ubisoft : « A vos heures libres, essayez de savoir qui est qui, politiquement, parmi les décideurs de ce jeu. Ce n’est pas trop dur à éclaircir, croyez moi ». @si a cherché mais n’a rien à trouvé. Que ce soit autour de la famille Guillemot, fondatrice et propriétaire du groupe depuis 1986 et aujourd’hui numéro deux européen du secteur des jeux vidéo et numéro quatre mondial. Ou des créateurs de la franchise du jeu.

    Autre cible de Mélenchon : les historiens qui ont participé au développement du jeu. « Quant aux historiens qui minaudent, demandez aussi lesquels travaillent pour les sociétés de jeu et pour combien », écrit, tout aussi mystérieusement, le candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle de 2012. Curieux (et joueur), nous avons contacté Jean-Clément Martin, l’un des deux historiens à avoir conseillé Ubisoft dans le développement d’Assassin’s Creed Unity (l’autre est Laurent Turcot, professeur universitaire québécois, spécialiste de l’histoire urbaine et culturelle française, consulté sur la physionomie de la Révolution française et la vie quotidienne à cette époque). « J’ai travaillé l’équivalent de quatre journées pour le jeu. Ils m’ont envoyé le scénario et mon boulot était de dire, dans une note que je leur ai renvoyée, si telle image, tel personnage ou telle situation était inapproprié ou irréaliste. Mon rôle était très limité », confie Martin, historien français, spécialiste de Révolution Française et des guerres de Vendée, qui ont opposé pendant trois ans pro et anti-révolutionnaires et se sont terminées en 1796 après avoir fait plus de 200 000 morts.

    « J’ai fait un travail d’expertise que je fais auprès de n’importe quel organisme, mais qui n’excède pas les tarifs universitaires classiques, donc assez bas. Je n’ai négocié aucun pourcentage », tient-il aussi à préciser. Pour l’historien, qui dans son étude de la guerre de Vendée adopte une position plutôt modérée, estimant que ce n’était pas un génocide, rien de réellement choquant dans la représentation de Robespierre ou de la révolution Française dans ce jeu.

    #mélenchon #jeux_vidéo


  • « La PMA est avant tout un gigantesque marché » - Libération
    http://www.liberation.fr/terre/2014/10/31/la-pma-est-avant-tout-un-gigantesque-marche_1133584

    Loin d’abolir les inégalités, la PMA les aggraverait. De l’exploitation du corps des femmes aux fantasmes transhumanistes, Alexis Escudero recense dans un ouvrage les risques de la reproduction artificielle.

    Faire un enfant, « l’absolu à la portée du caniche », comme dirait l’autre… Sauf que fabriquer le petit d’homme n’est pas à la portée de tous. Certains, envers et contre leur destin biologique, persévèrent, techniques à l’appui. Ainsi sont nées PMA, FIV et autre acronymes de l’enfantement. Dans un essai documenté, un jeune chercheur en sciences politiques propose de réfléchir au sens que l’on donne à la vie. Faut-il tout tenter pour enfanter ? Ni écolo réac ni homophobe grimé en vert, Alexis Escudero (c’est un pseudo) propose de réfléchir aux techniques reproductives quand celles-ci répondent à l’infertilité organisée. Congeler ses ovocytes, accéder à la procréation médicalement assistée (PMA) quand on est un couple lesbien, louer un ventre à l’autre bout du monde… le (super)marché est ouvert. Ni professeur dans une université ni philosophe ou sociologue, Alexis Escudero, auteur de la Reproduction artificielle de l’humain, se présente comme un simple citoyen capable de penser par lui-même. Il conduit une thèse sur les oxymores de la croissance verte.

    [...]

    • Le bottage en touche de l’adoption me met vraiment mal à l’aise. On retrouve exactement les mêmes questions, mais, là, ça ne semble pas lui poser de problèmes.

      On peut tout aussi bien démarrer un (autre) article par :
      « L’adoption est avant tout un gigantesque marché »

      Voir, par exemple, les questions soulevées ici (article de janvier 2013) :

      The Free-Market Approach to Adoption : The Value of a Baby

      http://www.adoptionbirthmothers.com/the-free-market-approach-to-adoption-the-value-of-a-baby

      Abstract: Adoption processes in the United States, once based on the altruistic child welfare model, have morphed to reflect the desires of would-be parents. The author argues that the current adoption model in the United States resembles an unregulated marketplace in children.

      Whether lawmakers and citizens wish to recognize this marketplace, its existence is demonstrated by frequent financial transactions among adoptive parents, birth mothers, and adoption agencies that resemble payments. The author explores this marketplace and the way in which race, genetic traits, and class are implicated in adoption processes, resulting in higher fees associated with the adoption of children with desirable traits. The author proposes two mechanisms by which the government could regulate the adoption market—price caps and taxation. Ultimately, however, the author advocates greater transparency and information in the adoption process to protect the welfare of children who might otherwise be exploited in an unregulated adoption market.

      Ou, juste un peu après, l’année dernière, les questions sur le SAV (Service après-vente) avec quelques exemples médiatisés d’abandon post-adoption (novembre 2013)…

      ’Children of the market’ face US adoption nightmare — RT Op-Edge
      http://rt.com/op-edge/rehoming-adopted-children-problems-669

      A Reuters investigative report revealed in September that a loose internet network had developed  in the US whereby dissatisfied parents used social networks to advertise and often pass off unwanted children adopted abroad with next to no government scrutiny. In the mostly lawless underground marketplace, the children are treated like livestock, with children’s protective services remaining mostly in the dark.

    • du bon et du moins bon dans cette article. Du passage de la PMA à la GPA sans transition, de la limitation de la PMA à la FIV (alors que comme le souligne @aude_v il existe d’autres techniques, plus sociale), de l’absence de critique de la marchandisation de l’adoption, sans parler du fait qu’on tente de faire croire que les couples homosexuels veulent engendrer.

      En revanche très positif l’interrogation sur la pression à la parentalité, sur le fait que la PMA est un marché de luxe pouvant aboutir à des formes d’eugènisme.

      enfin bon venant d’une personne qui ne souhaite pas d’enfant biologique, je me la ferme.


  • Numérique : les profs priés de ne pas critiquer - Libération
    http://www.liberation.fr/societe/2014/10/28/numerique-les-profs-pries-de-ne-pas-critiquer_1131425

    On ne plaisante pas avec le numérique à l’Education nationale. Un prof d’histoire-géo de Tourcoing, qui avait eu l’audace de critiquer le ministère sur ce sujet, s’est retrouvé menacé d’un blâme. Il a alors supprimé son blog avec le billet incriminé ainsi que son compte Twitter. A la veille de nouvelles annonces sur le numérique à l’école, l’affaire tombe mal.

    « Urticaire ». Ghislain Dominé - « lannoy29 » jusqu’ici sur Twitter - est un enseignant précurseur. Il utilise les nouvelles technologies depuis dix ans et tenait un blog très suivi nommé « Au coin de la rue de Lannoy ». Il a aussi publié des livres faisant autorité, commele Guide de l’iPad pour les enseignants. Il était détaché depuis septembre comme chef de projet numérique à Canopé Lille, un réseau de ressources pédagogiques rattaché au ministère.

    Mais le 21 octobre, Ghislain Dominé a publié un billet jugé bien trop insolent. Titré « De l’incertitude 2.0 », c’est une longue analyse où l’enseignant s’inquiète de « l’illusion technologique » ambiante - « Une fascination […] qui en vient à me donner de l’urticaire ». Evoquant la succession des plans numériques, il dénonce « l’inertie du système éducatif » et « l’échec de l’évangélisme digital ».« Le numérique n’est que vernis, conclut-il. Là où on l’impose, c’est de la pédagogie qu’il faut prodiguer. » Mais ce qui aurait mis le feu aux poudres, c’est la photo accompagnant la note, un ordi des années 80 dans un couloir du rectorat de Lille, et sa légende très ironique : « TO8, totem d’un temps révolu ? Pas au rectorat visiblement. »

    L’article avait déjà fait un certain bruit sur la Toile. Très vite, dès que sa dépublication a été connue, les internautes se sont enflammés, criant à la censure. Interviewé mardi par France 3 Nord-Pas-de-Calais, Ghislain Dominé semblait sous le choc :« J’ai l’impression de m’être pris un tsunami en pleine figure alors que tout ce que je faisais était d’écrire des billets que j’estimais "de bon sens". »

    « Petit prof ». Il confiait aussi un sentiment d’injustice : « Ce que je ne comprends pas, c’est qu’un petit prof comme moi est rappelé à l’ordre quand il essaie de critiquer de manière constructive, alors que […] cela ne semble pas poser de problème lorsque Farida Belghoul [à l’origine des « journées de retrait de l’école », ndlr] ou Jean-Paul Brighelli [auteur de la Fabrique du crétin] dézinguent à tout-va l’institution ».

    Pour justifier la menace d’un blâme, le rectorat aurait évoqué un manquement au « devoir de réserve » du fonctionnaire, une notion assez floue qui prête régulièrement à discussion. Le ministère de l’Education semblait mardi chercher l’apaisement. Il faut dire que jeudi, la ministre Najat Vallaud-Belkacem et François Hollande ont rendez-vous pour parler numérique à l’école…

    #numérique #école



  • Le Vatican exhume ses vieux livres - Libération
    http://www.liberation.fr/monde/2014/10/23/le-vatican-exhume-ses-vieux-livres_1127768

    La Bibliothèque apostolique du Vatican, l’une des plus vieilles du monde, met gratuitement en ligne ses manuscrits anciens.

    Le trésor, inestimable, est désormais accessible à tous. La Bibliothèque apostolique du Vatican, qui conserve près de 1 600 000 livres antiques et modernes, 8 600 incunables (livres datant des premiers temps de l’imprimerie) et plus de 150 000 manuscrits et documents d’archives, a entrepris un vaste chantier de numérisation afin de préserver les précieux documents.

    [...]

    #vatican #bibliotheque



  • Peut-on être musulmane et scolarisée en France ? - Les mots sont importants (lmsi.net)

    http://lmsi.net/Personnages-et-derapages

    Le mardi 30 septembre 2014, l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence a été le théâtre d’une agression verbale raciste de la part d’un enseignant ayant conduit une jeune femme portant un foulard, accusée d’être « le cheval de troie de l’islamisme », à quitter l’amphithéatre au sein duquel elle suivait son cours. Elle n’a donc pas été exclue à partir d’une loi ou d’un règlement intérieur mais exclue de fait par la volonté d’un acteur éducatif. Le traitement médiatique de cette agression, joliment requalifiée en « incident » ou « accrochage », en simple « dérapage » de la part d’un « personnage », voire en « altercation entre un professeur et une étudiante » [1], met en lumière plusieurs formes de dominations, et tout simplement une remise en cause de la légitimité de la présence en France d’une frange de la population.

    Il s’agit malheureusement d’une des « affaires du foulard » dans l’enseignement supérieur en France parmi d’autres. Le seul fait que l’on parle ici « d’affaire » peut surprendre : la loi de 2004 – déjà contraire aux modalités d’application du principe de laïcité en cours jusque là – ne s’appliquant que dans les établissements primaires et secondaires. Les institutions d’enseignement universitaire ne sont donc en rien concernées. Mais le fait est que cette loi, en actant l’islamophobie comme un principe légitime d’action de l’Etat, a permis un déferlement tendant à en repousser au plus loin les applications.

    Peut on être musulmane et scolarisée ?

    Concernant le cadre scolaire, la loi de 2004 ne semble ainsi pas seulement agir comme une décision juridique désignant des pratiques comme illégales et entraînant des exclusions, mais aussi comme un signal rendant envisageable toute forme de coercition envers ceux qui peuvent être, dans un contexte donné, assimilés à la religion musulmane. Cette extension des domaines de la coercition se fait au moins dans deux directions :

    – la première direction concerne ce que l’on pense être en droit de considérer comme visiblement musulman, et donc potentiellement soumis à une injonction à l’invisibilité ;

    – la seconde est une extension dans le temps, visant à prolonger l’invisibilisation d’attributs vestimentaires considérés comme musulmans.

    La première direction s’illustre dans la volonté de certains acteurs éducatifs de chasser hors des murs de l’école des des jupes considérées comme trop longues, donc assimilées à une pudeur exacerbée – dont on voit mal en quoi elle pourrait être considérée comme contraire aux valeurs de la république. Partant de là, ces tenues sont supposées être portées par les élèves concernées en relation avec une foi religieuse – là encore, l’application du principe de laïcité devrait plutôt conduire à s’assurer que ces élèves puissent les porter sans en être inquiétées – et certains se pensent être en droit de s’interroger sur la possibilité de les interdire.

    C’est la deuxième direction de l’extension des domaines de la coercition qui est concernée par l’ « affaire » mettant en scène Jean-Charles Jauffret et une étudiante de Sciences Po, celle concernant l’effacement de la limite temporelle de l’invisibilisation du foulard dans le cadre scolaire. Pour faire bref sur la dimension factuelle de l’événement, de nombreux médias s’en étant déjà fait l’écho, l’enseignant désigne l’étudiante comme « le cheval de Troie de l’islamisme » au milieu d’un flot de remarques désobligeantes visant à lui montrer que sa présence n’est pas la bienvenue. Si l’on pouvait douter de la possibilité d’aller plus loin dans le racisme explicite, ces doutes sont levés par les propos du même Jauffret devant les caméras de France Télévision :

    « Elle est complètement manipulée, elle me fait pitié ».

    Le même ajoutant qu’il n’aurait pas agressé l’étudiante, mais lui aurait simplement fait remarquer « qu’elle gênait ses camarades en amphi ». Difficile de ne pas relever ici le transfert d’un mécanisme bien huilé dans la société française pour justifier la stigmatisation de l’islam : on fabrique un « problème musulman » puis on prétend ensuite répondre à une volonté du peuple silencieux lorsqu’on discrimine et qu’on exclut.

    Peut on être issu-e de ZEP et à Sciences Po ?

    Mais plus que sur l’événement en lui-même, profondément inquiétant en ce qu’il traduit une banalisation du racisme anti-musulman, et ce d’autant plus qu’il est concomitant d’autres phénomènes du même type [2], c’est sur certains traitements qu’il a suscités que je voudrais m’étendre ici. Tout d’abord sur la façon dont les medias dominants ont présenté l’étudiante concernée.

    La jeune femme est décrite certes comme une étudiante de l’IEP, mais une étudiante un peu particulière car ayant participé au programme mis en place par Sciences Po pour favoriser l’accès d’élèves issus d’établissements socialement défavorisés à cet établissement. La Provence, principal journal local, la décrit ainsi comme « ayant réussi le concours dans le cadre du programme "égalité des chances" » [3]5 de même que Le Nouvel Observateur [4]. France 3 [5] et Europe 1 [6] franchissent un pas de plus en affirmant que cette réussite s’est faite « grâce » au programme « égalité des chances ».

    Si la deuxième formulation conduit à faire porter au dit programme une responsabilité plus forte dans la réussite au concours d’entrée qu’au travail de l’étudiante elle-même, les deux semblent traduire une même idée : ce n’est pas dans le cadre du droit commun que cet accès a été possible mais dans celui d’une procédure dérogatoire. Or le dispositif intitulé Spé IEP auquel l’étudiante a participé, résultant d’un partenariat entre l’IEP et le lycée Thiers de Marseille, ne propose en aucun cas une procédure d’admission particulière à ses bénéficiaires qui se présentent au même concours que l’ensemble des prétendants. Il s’agit uniquement d’une année d’enseignement dispensé à des élèves issus d’établissements situés en Zone d’Éducation Prioritaire à la suite de leur obtention du baccalauréat.

    Il n’est pas nécessaire de postuler ici une quelconque mauvaise intention de la part des journalistes qui ont usé de ces formules car il s’agit plus certainement d’ignorance : de la nature du programme auquel ils font référence peut-être, de l’effet potentiel sur les lecteurs sans doute. Signaler que la présence de cette jeune femme à Sciences Po, et donc dans cet amphi, est due à un effort spécifique de l’IEP pour « l’égalité » conduit à mettre en doute la légitimité de sa présence. Elle est « Sciences Po », mais on continue de la présenter comme « d’origine ZEP » et intégrée du fait du bon vouloir de l’institution.

    Aurait-on, par exemple, signalé que tel ou telle autre étudiant ou étudiante a intégré Sciences Po grâce à une classe préparatoire privée financée par ses parents ?

    Si l’on pousse un peu plus loin sur les mécanismes de sélection scolaire qui conduisent à ce qu’on retrouve dans les filières sélectives de l’enseignement supérieur une très forte sur-représentation d’étudiants issus des classes sociales les plus favorisées, aurait-on écrit que telle ou tel étudiante ou étudiant a réussi son concours d’entrée grâce à sa scolarisation antérieure dans des établissements prestigieux ?

    Ou grâce à l’héritage culturel issu de ses parents hauts cadres de la fonction publique ?

    Non, bien évidemment. Ce type de mention n’a d’intérêt que lorsqu’elle concerne des mécanismes s’écartant des tendances majoritaires, tellement observées qu’on ne les voit plus [7].

    Mais surtout, peut-on être issue de ZEP, à Sciences Po, et musulmane ?

    Mais un autre traitement de cette « affaire », passé plus inaperçu bien que son auteur connaisse un certain aura médiatique, semble nécessiter que l’on s’y attarde. Il s’agit des écrits de Jean-Paul Brighelli, qui s’exprime régulièrement sur des questions éducatives. Si l’auteur mérite notre attention, c’est notamment parce qu’il est l’un des enseignants du dispositif Spé IEP. Il consacre deux billets de son blog à cette « affaire » [8]. Le premier est intitulé « Déferlantes de voiles à l’université » Brighelli y présente le port du voile comme « un enfermement » contraire à la « liberté » et développe :

    « La véhémence de ces jeunes filles à affirmer leur "liberté" est le signe même de leur aliénation ».

    On retrouve ici l’argument maintenant classique de l’auto-aliénation des jeunes femmes portant le foulard : lorsqu’elle prétendent être libres, les vrais être libres (entendez les non musulmans) leur dénient cette possibilité. D’une façon générale, les mêmes considèrent qu’elles s’auto-excluent des institutions d’enseignement primaire et secondaire, exclusion que Brighelli souhaite voir étendue au supérieur. Mais il va plus loin. Si les femmes portant un foulard doivent être exclues de toute institution d’enseignement, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Dont acte :

    « J’irai même plus loin : les hôpitaux ont-ils vocation à soigner des fantômes, et les maires à marier des silhouettes ? »

    Exclues des écoles, de la possibilité de se marier, sans doute du marché du travail, voilà une belle conclusion à laquelle en arrive notre auteur : il faut laisser mourir les femmes voilées ! Puisque le foulard est l’ennemi de la République il faut s’en débarrasser, jusqu’à l’élimination physique de celles qui le portent puisque c’est bien ce dont il s’agit lorsque l’on revendique le refus de soin.

    Poursuivons :

    « Les voiles qui déferlent depuis plus de vingt ans sont parallèles à la montée d’un islam de conquête - hier celui du GIA ou du FIS, aujourd’hui celui de l’EIIL ».

    Une ancienne élève de Spé IEP devenue bras armé de l’Etat islamique ! Une potentielle membre de l’élite la Nation tombée aux mains de l’ennemi terroriste ! Et pourtant Jean-Paul Brighelli avait tant fait... C’est ce qu’on apprend à la lecture de son billet du 8 octobre. Il présente ainsi le dispositif au sein duquel il enseigne :

    « C’est de la discrimination positive comme je l’entends : les élèves passent un vrai concours et ne doivent qu’à leur travail - et un peu au nôtre - leur intégration à Sciences Po ».

    La double référence au travail des élèves et au sien ne trompe personne : les étudiants qui parviennent à intégrer Sciences Po et qui sont passés par Spé IEP doivent beaucoup à Jean-Paul Brighelli. Certes, lui sait que le concours est le même pour tous, mais dans son billet il parvient à synthétiser les deux procès en illégitimité intentés à l’étudiante agressée : elle est visiblement musulmane, donc potentiellement candidate à l’exclusion, et doit son accès à Sciences Po à l’action de bienfaiteurs dont Brighelli fait partie. Lire le reste de ces textes est déprimant mais instructif [9].

    Au final, la situation a été renversée : l’étudiante victime de racisme est devenue suspecte, voire terroriste. Osons un autre renversement :

    Un enseignant islamophobe a-t-il sa place à l’Institut d’Études Politiques d’Aix en Provence ?

    Un enseignant islamophobe est-il légitime pour enseigner au lycée Thiers de Marseille, qui-plus-est au sein d’une classe accueillant des élèves issus d’établissements populaires ?

    notes
    [1] « Incident » : http://www.leparisien.fr/marseille-13000/incident-a-propos-du-port-du-voile-a-l-iep-d-aix-en-provence-02-10-2014-4 ; « accrochage » : http://etudiant.lefigaro.fr/les-news/actu/detail/article/nouvel-accrochage-sur-le-voile-a-l-universite-9052 ; « altercation » : http://www.ouest-france.fr/iep-daix-altercation-entre-un-professeur-et-une-etudiante-voilee-287073

    [2] Par exemple à la Sorbonne où une enseignante demande à une élève si elle compte « garder son truc »... http://www.europe1.fr/societe/etudiante-voilee-a-la-sorbonne-vous-comptez-garder-votre-truc-2243385

    [3] http://www.laprovence.com/article/edition-aix-pays-daix/3063979/sciences-po-aix-le-cours-sur-la-laicite-a-derape.html

    [4] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20141002.OBS0989/sciences-po-aix-un-prof-accuse-une-eleve-voilee-d-etre-un-cheva

    [5] http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes/2014/10/07/manif-d-etudiants-devant-science-po-aix-566166.html

    [6] http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes/2014/10/07/manif-d-etudiants-devant-science-po-aix-566166.html

    [7] Il ne s’agit en rien pour moi de défendre ici les dispositifs tels Spé IEP. Leur fonction principale est plutôt de valoriser les notions d’excellence, de mérite, de talents, etc... dans les politiques d’éducation prioritaire au détriment de la recherche d’égalité qui devrait en être le fondement. Si les effets idéologiques de ces actions sont néfastes pour quiconque défend l’égalisation des conditions de scolarisation, les recherches que nous avons pu mener sur l’académie montrent par ailleurs que les effets numériques des dispositifs « égalité des chances » visant à intégrer les parcours post bac sélectifs sont extrêmement limités.

    [8] http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jean-paul-brighelli/brighelli-deferlante-de-voiles-a-l-universite-03-10-2014-1869088_1886.php et http://www.lepoint.fr/invites-du-point/jean-paul-brighelli/iep-d-aix-en-provence-voiles-et-deboires-08-10-2014-1870313_1886.php

    [9] Il faut au moins lire celui du 3 octobre dont certains passages ont déjà été cités, c’est édifiant.


  • Cuba donne l’exemple dans la lutte contre Ebola
    http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/10/18/cuba-donne-l-exemple-dans-la-lutte-contre-ebola_4508408_3244.html

    En dépit de ses difficultés économiques et de ses maigres moyens, Cuba s’est projeté à l’avant-garde de la lutte contre le virus Ebola en dépêchant un important contingent de personnel soignant en Afrique de l’Ouest au moment où les grandes nations laissent généralement la main aux humanitaires.

    Perpétuant sa tradition médicale internationaliste, un contingent de 165 médecins et personnels de santé cubains est parti début octobre vers la Sierra Leone, alors que 296 autres personnels sont attendus prochainement au Liberia et en Guinée voisins. Les effectifs médicaux cubains constituent le plus grand contingent dépêché par un Etat pour combattre Ebola.

    Cette initiative est largement saluée par l’ONU, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et plusieurs associations humanitaires, alors que les grandes nations se contentent actuellement de contributions financières et de mesures de protection frontalières. Sur le terrain, ils laissent les humanitaires et agences onusiennes tenter de juguler l’épidémie, à l’exception notable des Etats-Unis qui ont dépêché sur place une aide militaire d’envergure (4 000 soldats prévus).

    Rompant avec l’habituel ton peu amène envers Cuba, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a lui-même adressé vendredi des remerciements à Cuba pour son aide dans la lutte internationale contre le virus.

    Selon le dernier bilan de l’OMS, la fièvre hémorragique a fait 4 555 morts sur 9 216 cas enregistrés dans sept pays (Liberia, Sierra Leone, Guinée, Nigeria, Sénégal, Espagne et Etats-Unis), et l’organisation onusienne craint une envolée du nombre de contaminations.

    « La tâche de ceux qui partent combattre Ebola pour la survie d’autres êtres humains est difficile, au péril même de leur propre vie », dramatisait le 4 octobre l’ex-président Fidel Castro dans la presse locale. Depuis 1960, date à laquelle Cuba avait envoyé pour la première fois un contingent de médecins après un tremblement de terre au Chili, le régime communiste des frères Fidel et Raul Castro a dépêché pas moins de 135 000 effectifs médicaux à travers le monde.

    Aujourd’hui encore, quelque 50 000 médecins et personnels de santé effectuent des « missions » dans 66 pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, selon le ministère cubain de la Santé. Depuis la chute du bloc soviétique, l’aide dans le secteur de la santé a été l’une des clés de voûte de la diplomatie cubaine, visant généralement les pays en développement et ses partenaires privilégiés. A partir de 2004, Cuba a commencé à facturer ses services aux pays récepteurs, procurant à l’île communiste une de ses principales sources de revenus.

    L’Amérique latine, pour l’heure épargnée par l’épidémie, pourrait ne pas l’être très longtemps, alors que l’OMS craint un décuplement des nouveaux cas d’ici la fin de l’année. Des cas suspects ont été enregistrés au Brésil et au Chili.

    • Tiens, le texte a été modifié. Le scandaleux

      « La tâche de ceux qui partent combattre Ebola pour la survie d’autres êtres humains est difficile, au péril même de leur propre vie », dramatisait le 4 octobre l’ex-président Fidel Castro dans la presse locale.

      présent dans l’extrait ci-dessus est devenu un plus neutre

      « La tâche de ceux qui partent combattre Ebola pour la survie d’êtres humains, au péril même de leur propre vie, est difficile », déclarait le 4 octobre l’ex-président Fidel Castro dans la presse locale.

      Comme si c’était le genre des médias occidentaux de dramatiser les efforts des ONG occidentales…

      Comme pour tout ce qui concerne Cuba au Monde, il faut certainement voir dans la formulation initiale la touche caractéristique de Paulo… (Paranagua)

    • Les deux dépêches AFP à partir desquelles Le Monde a concocté son article.

      AFP.com — 12/09/14
      http://www.afp.com/fr/info/ebola-cuba-deploie-une-nouvelle-fois-son-armee-en-blouse-blanche

      Depuis 1960, date à laquelle Cuba avait envoyé pour la première fois un contingent de médecins après un tremblement de terre au Chili, le régime communiste des frères Fidel et Raul Castro a dépêché pas moins de 135.000 effectifs médicaux à travers le monde.
      Aujourd’hui encore, quelque 50.000 médecins et personnels de santé effectuent des « missions » dans 66 pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, selon le ministère cubain de la Santé.

      Et,

      Fidel Castro propose de collaborer avec les Etats-Unis dans la lutte contre le virus Ebola | AFP.com — 18/10/14
      http://www.afp.com/fr/node/2958022

      En dépit de ses difficultés économiques et de ses maigres moyens, Cuba s’est projeté à l’avant-garde de la lutte contre le virus Ebola en envoyant le 1er octobre 165 professionnels de santé en Afrique auxquels viendront s’ajouter des renforts les jours prochains.
      Castro a affirmé qu’envoyer des médecins cubains en Afrique fut une décision plus difficile à prendre qu’envoyer des soldats combattre en Angola (1976-1990).
      « Les décisions politiques qui entraînent des risques pour le personnel (...) impliquent un haut niveau de responsabilité (...) c’est même plus dur que d’envoyer des soldats au front », a-t-il affirmé.
      Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a adressé vendredi de très rares remerciements à Cuba pour son aide dans la lutte internationale contre le virus Ebola, les deux pays ayant depuis un demi-siècle des relations exécrables.
      Il est extrêmement rare que le gouvernement américain s’exprime publiquement en des termes amènes à l’égard de Cuba.

      Et l’article, daté du 17/10/14 au soir, de Fidel, dans Granma

      La hora del deber › Cuba › Granma - Órgano oficial del PCC
      http://www.granma.cu/cuba/2014-10-18/la-hora-del-deber

      Cualquier persona consciente sabe que las decisiones políticas que entrañan riesgos para el personal, altamente calificado, implican un alto nivel de responsabilidad por parte de quienes los exhortan a cumplir una peligrosa tarea. Es incluso más duro todavía que la de enviar soldados a combatir e incluso morir por una causa política justa, quienes también lo hicieron siempre como un deber.

      El personal médico que marcha a cualquier punto para salvar vidas, aun a riesgo de perder la suya, es el mayor ejemplo de solidaridad que puede ofrecer el ser humano, sobre todo cuando no está movido por interés material alguno. Sus familiares más allegados también aportan a tal misión una parte de lo más querido y admirado por ellos. Un país curtido por largos años de heroica lucha puede comprender bien lo que aquí se expresa.

      Todos comprendemos que al cumplir esta tarea con el máximo de preparación y eficiencia, se estará protegiendo a nuestro pueblo y a los pueblos hermanos del Caribe y América Latina, y evitando que se expanda, ya que lamentablemente se ha introducido y podría extenderse en Estados Unidos, que tantos vínculos personales e intercambios mantiene con el resto del mundo. Gustosamente cooperaremos con el personal norteamericano en esa tarea, y no en búsqueda de la paz entre los dos Estados que han sido adversarios durante tantos años sino, en cualquier caso, por la Paz para el Mundo, un objetivo que puede y debe intentarse.

      … avec sa signature.

      EDIT : deuxième occurrence ici d’un lien vers Granma !



  • L’Institut dominicain du Caire, passeurs d’islam - Libération
    http://www.liberation.fr/livres/2014/10/08/passeurs-d-islam_1117710

    Fin septembre, le jardin du couvent des dominicains est un oasis de calme, de verdure et de fraîcheur alors qu’au Caire, il peut encore faire 38 degrés. Chaque vendredi, jour de repos aussi dans les pays musulmans, Ahmed Abdel-Gawad, professeur de parasitologie vétérinaire à l’université du Caire, vient travailler à la bibliothèque de l’Institut dominicain d’études orientales (Idéo), réputée pour son précieux fonds de 160 000 volumes, centré sur le patrimoine arabo-musulman. « Une des références en la matière », explique-t-il. Lui-même mène des recherches en philosophie des sciences.

    [...]

    « La bibliothèque, c’est le premier service que nous rendons au monde musulman », explique Adrien Candiard, religieux dominicain de 32 ans. Arrivé en Egypte, il y a deux ans, il est le plus jeune des chercheurs de l’Idéo. Ce brillant intellectuel, ancien élève de Normal Sup et de Sciences-Po, a d’abord hésité entre la politique, l’ENA et sa vocation religieuse.

    Désormais au Caire, il travaille d’arrache-pied son arabe, s’immerge dans l’islamologie et commence une thèse sur Ibn Taymiyya, né au Kurdistan. Ce théologien et juriste controversé du XIIIe siècle est l’un des auteurs musulmans les plus cités chez les tenants d’un islam fondamentaliste. « Les premiers orientalistes ont étudié les auteurs soufis. Pour ma part, je souhaite travailler sur ce qui pose aujourd’hui problème. L’islam s’est imposé comme un élément important du débat international et nous sommes aussi au cœur de l’actualité. Mais il faut demeurer modeste. A l’Idéo, nous cherchons d’abord à comprendre », explique-t-il.

    Adrien Candiard est l’héritier d’une histoire presque centenaire, autant intellectuelle que spirituelle, celle de religieux chrétiens partis à la rencontre du monde arabo-musulman, de sa culture et de sa civilisation. L’implantation des dominicains français au Caire remonte à la fin des années 1920. Elle fut portée par un personnage hors du commun qui vivait à Jérusalem, Antonin Jaussen, dominicain lui-même, archéologue, explorateur et espion pendant la Première Guerre mondiale, croisant Lawrence d’Arabie, parcourant à dos de chameau la Palestine, la Transjordanie et la péninsule arabique.

    Depuis soixante ans, les questions ont indéniablement changé. En Occident, l’islam est devenu objet de violentes polémiques, de craintes. Le monde arabo-musulman traverse, lui, une crise profonde. Il est d’autant plus urgent, selon les dominicains, de construire des ponts. « Nous ne souscrivons pas à l’idée du choc des civilisations, dit Jean-Jacques Pérennès, l’actuel directeur de l’Idéo, qui vit depuis quinze ans au Caire avoir longtemps séjourné en Algérie. Dans le monde, les idéologies et les religions se durcissent. A l’Idéo, nous avons un petit noyau d’une dizaine de chercheurs parmi lesquels des frères dominicains qui vivent ici. L’objectif n’est pas la seule connaissance. Notre disponibilité nous permet de garder des liens entre des univers culturels qui, aujourd’hui, s’éloignent. Nous faisons un effort d’intelligence et d’amitié. Les musulmans découvrent qu’il y a des chrétiens qui s’intéressent à leur culture et à leur religion avec sincérité et sans prosélytisme. »

    [...]

    « Contextualiser les œuvres, cela permet de les comprendre », poursuit-il. Et d’éviter d’aller chercher une fatwa du XIIIe siècle, produite par Ibn Taymiyya au moment de l’invasion de Bagdad par les Mongolsqui autorisait de faire la guerre à d’autres musulmans pour justifier aujourd’hui les violences entre sunnites et chiites. « Ce n’est pas à nous d’interpréter les textes musulmans. C’est aux musulmans eux-mêmes de le faire, dit René-Vincent du Grandlaunay. Nous faisons un travail en amont, en mettant à leur disposition des outils. J’ai l’habitude de dire que l’ignorance est source de violence. »


  • Pourquoi le monde ignore-t-il les Kurdes révolutionnaires en Syrie ?

    David Graeber

    http://lavoiedujaguar.net/Pourquoi-le-monde-ignore-t-il-les

    Au sein de la zone où se déroule la guerre de Syrie, une expérience démocratique est en train de se faire écraser par l’État islamique. Que le reste du monde n’en soit pas conscient est un scandale.

    La région autonome du Rojava, telle qu’elle existe aujourd’hui, est l’un des rares points lumineux — même très lumineux — issus de la tragédie de la révolution syrienne. Après avoir chassé les agents du régime d’Assad en 2011 et malgré l’hostilité de la quasi-totalité de ses voisins, le Rojava a non seulement maintenu son indépendance mais développe une expérience démocratique remarquable. Des assemblées populaires ont été créées comme organe absolu de prise de décisions, des conseils ont été choisis soigneusement en tenant compte de l’équilibre ethnique (dans chaque commune, par exemple, les trois responsables principaux doivent inclure un Kurde, un Arabe et un chrétien assyrien ou arménien, et au moins un des trois doit être une femme), il y a des conseils de femmes et de jeunes, et, en écho remarquable au mouvement Mujeres Libres (Femmes libres) d’Espagne, la milice « YJA Star » (l’Union des femmes libres, le star fait ici référence à la déesse mésopotamienne Ishtar), une armée de femmes qui a effectué une grande partie des opérations de combat contre les forces de l’État islamique. (...)

    #Kobané #résistance #solidarité #Kurdistan



  • Un scénariste de « Call of Duty » vante le « lavage de cerveau »
    http://www.lemonde.fr/pixels/article/2014/10/07/un-scenariste-de-call-of-duty-recommande-le-lavage-de-cerveau-a-l-armee-amer

    L’expression risque de faire grincer des dents. Dave Anthony, coproducteur de la série et scénariste de Call of Duty : Black Ops (2010) et Call of Duty : Black Ops II (2012), deux des jeux de guerre les plus vendus de l’histoire, a suggéré mercredi dernier lors d’un forum de réflexion sur l’évolution de l’armée américaine de s’appuyer sur les méthodes de marketing employées dans l’industrie du jeu vidéo pour faire passer des mesures sécuritaires anxiogènes auprès du grand public, rapporte Business Week.

    « Quand dans un jeu vidéo nous avons des doutes sur les réactions que le public va avoir face à certains éléments, en tant que société, que faisons-nous ? Du marketing, autant que nous le pouvons — si bien que, que les gens aiment ou non, nous leur lavons le cerveau jusqu’à nous assurer qu’ils aiment ces éléments avant même la sortie du jeu. »


  • Jean-Claude de l’Estrac, un vent du large pour la francophonie | le carnet de Colette Braeckman
    http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2014/09/26/jean-claude-de-lestrac-un-vent-du-large-pour-la-francophonie

    Tractations de coulisses, jeux d’influence et enfin, décision finale, prise par les chefs d’Etat des pays membres de la francophonie réunis en sommet : durant longtemps, la procédure de nomination du secrétaire général de la francophonie, assez opaque, répondait à une série de non dits et on a longtemps cru que le poste devait revenir à un ancien chef d’Etat (le Sénégalais Abdou Diouf par exemple) ou qu’il fallait respecter une certaine alternance géographique (Afrique de l’Ouest hier, Afrique centrale demain…).

    [...]

    Mais c’est de l’Océan Indien que vient un souffle véritablement nouveau, une candidature inattendue qui pourrait bien bousculer les petites négociations entre amis : le Mauricien Jean-Claude de l’Estrac, 66 ans, ancien journaliste et patron de presse, longtemps ministre des Affaires étrangères et actuellement secrétaire général de la Commission de l’Océan Indien (COI) est bien décidé à conquérir le poste de secrétaire général de la francophonie et à imprimer à l’organisation un virage décisif, en direction de l’économie et de la promotion de l’emploi des jeunes.
    Même s’il n’a jamais été chef d’Etat et n’est pas issu du « pré carré » cher aux Français, de l’Estrac ne manque pas d’atouts et il présente la réussite de son pays, l’île Maurice, comme le meilleur des arguments : « après avoir dirigé l’Express, le principal quotidien mauricien, j’ai décidé, à 28 ans, de me lancer dans l’action politique et j’ai été élu député du Mouvement militant mauricien, un parti de gauche. Après avoir été en charge des Affaires étrangères, je me suis attelé au décollage de mon pays, à la tête du ministère du développement économique puis de l’Industrie.
    Qui se souvient qu’au moment de l’indépendance, l’île Maurice était présentée comme un cas presque désespéré, avec peu de ressources naturelles, une démographie galopante ? Nous avons fait mentir les prévisions catastrophiques en misant sur deux points : l’éducation gratuite pour tous et l’industrialisation. Situé au milieu de l’Océan Indien, notre pays a attiré les capitaux de Hong Kong et de Taïwan qui cherchaient à se délocaliser et nous avons misé à fond sur l’ouverture aux marchés européens que représentaient les accords ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Disposant d’une main d’œuvre abondante et bon marché, nous avons importé du textile indien et nous avons appris à tisser, à confectionner des vêtements. Par la suite nous avons du nous-mêmes importer de la main d’œuvre puis délocaliser, entre autres vers Madagascar. Aujourd’hui, nous produisons des articles hauts de gamme, à forte valeur ajoutée, nous misons sur la technologie et le pays est sorti de la pauvreté. »

    [...]

    A côté de cette inflexion économique, de l’Estrac entend aussi poursuivre les chantiers ouverts par ses prédécesseurs : renforcer la stabilité politique et l’état de droit, défendre le respect des minorités, créer des mécanismes d’alerte précoce afin de prévenir les conflits, tenter de combler la fracture numérique en rendant l’informatique accessible à tous…
    Sans nul doute, l’homme est un battant : en quête de soutiens, il fait le tour des capitales africaines, passe de Paris à Bruxelles et sans doute Québec où se trouve sa véritable rivale Michaëlle Jean. Mais l’ex-ministre est aussi un ancien militant de gauche, qui n’hésite pas à sortir d’autres cartes, inédites dans le cénacle francophone : 32.000 intellectuels, dont le prix Nobel de littérature Jean Marie Le Clezio, ont déjà signé une pétition soutenant sa candidature. Grâce à lui, la société civile, les intellectuels s’impliquent dans les choix de la francophonie. Une première…



    • Ci bô ! En tout cas pratique pour un cours.
      Petite remarque : les alaouites sont inscrits comme rameau de l’islam chiite mais pas les druzes. Les alévis (20% des musulmans turcs, me semble-t-il, et présents également dans les Balkans) ne sont pas non plus inclus - à moins qu’ils ne soient considérés comme faisant partie des soufis ?

    • Ok.
      Les branches de l’islam chiite représentent 20% des musulmans sur le schéma mais si l’on additionne les chiffres donnés pour les duodécimains, les zaydites et les ismaéliens on n’obtient que 14.5% ; le problème ne se retrouve pas chez les sunnites où le total correspond à la somme des rameaux.
      Perso je me serais attendu à ce que le rameau kharidjite sorte de la branche chiite ou au moins qu’il soit placé au niveau de la séparation sunnite/chiite datée sur le schéma de 632 (mort de Muhammad), ce qui serait mieux qu’avant. Comme le rappelle le schéma, les kharidjites sont sortis du rang des partisans d’Ali (chiites).

      Sinon le tout est très pratique...

    • @odilon : pardon, je me suis mal exprimé. Le fait qu’il soit placé avant me paraît justement discutable. Si on considère que la division chiite-sunnite remonte à la mort du prophète (632), alors il faut placer la branche kharidjite ou bien à ce moment là ou bien un peu après pour visualiser les 3 décennies allant des 3 premiers califes Rashidoun à l’assassinat d’Ali (par un kharijite).
      Ceci pour rendre compréhensible le fait que, comme l’indique d’ailleurs le schéma, les kharidjites sont sortis (kharaja) du rang des partisans d’Ali (chiites). On ne peut donc pas les placer avant que la question califale (succession du prophète) ne se pose et donc pas avant la mort de Muhammad.
      Selon moi il faut donc, pour que cela soit clair, que le rameau kharijite soit placé au même niveau que les deux autres branches sur le tronc principal, ou bien alors un peu plus haut sur le début de la branche chiite. Mais pas avant.

      Enfin, c’est un détail...




  • At Waldorf School in Silicon Valley, Technology Can Wait - NYTimes.com
    http://www.nytimes.com/2011/10/23/technology/at-waldorf-school-in-silicon-valley-technology-can-wait.html?pagewanted=all

    LOS ALTOS, Calif. — The chief technology officer of eBay sends his children to a nine-classroom school here. So do employees of Silicon Valley giants like Google, Apple, Yahoo and Hewlett-Packard.

    But the school’s chief teaching tools are anything but high-tech: pens and paper, knitting needles and, occasionally, mud. Not a computer to be found. No screens at all. They are not allowed in the classroom, and the school even frowns on their use at home.

    #éducation #silicon_valley


  • Alerte à la fraude aux cotisations sociales
    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/09/16/alerte-a-la-fraude-aux-cotisations-sociales_4488438_823448.html?xtmc=cotisat

    Sus aux patrons indélicats ! Après avoir régulièrement dénoncé la fraude aux prestations sociales, la Cour des comptes a decidé de sonner l’alarme à la fraude aux cotisations. Selon son rapport annuel sur la Sécurité sociale, qui doit être publié mercredi 17 septembre, le niveau des « irrégularités » et des « fraudes », toutes branches confondues, s’est établi à un niveau record en 2012 avec un montant estimé entre 20,1 et 24,9 milliards d’euros.

    Ces nouvelles estimations sont beaucoup plus élevées que celles qui circulaient jusqu’ici. En 2011, un rapport parlementaire avait évalué entre 8 et 15 milliards le niveau de la fraude au prélèvement – principalement le travail au noir – contre 2 à 3 milliards seulement pour la fraude aux prestations. Selon ces nouveaux chiffres, ce sont près de 5 % des recettes de la « Sécu » qui manqueraient chaque année dans les caisses. Il faut rappeler que le « trou » de la Sécu devrait être de 13,4 milliards d’euros en 2014. Résoudre la fraude aux prélèvements permettrait donc de résorber immédiatement le déficit.

    Le problème est que la lutte contre la fraude est dramatiquement insuffisante, alors que celle-ci ne cesse de se développer. « La fraude transnationale, la sous-traitance en cascade, les faux statuts, les circuits de financement occultes compliquent la tâche des agents chargés du contrôle des cotisations », s’inquiète la Cour, qui estime qu’à peine 5,9 à 7,3 % des montants détournés font l’objet d’un redressement par les Urssaf. Pire, le taux de recouvrement effectif de ces sommes est « dérisoire », puisqu’il s’établit à seulement quelques millions d’euros, soit à peine 0,2 % des sommes en jeu, selon la Cour.

    Plusieurs combines, déjà connues, sont citées par la Cour. La fraude passe ainsi par une sous-déclaration des heures effectivement travaillées, très difficilement détectable, ou par l’utilisation détournée du statut d’auto-entrepreneur pour des salariés « déguisés » en travailleurs indépendants. La Cour s’inquiète aussi des abus liés au statut de travailleur détaché d’autres pays de l’Union européenne, où les cotisations sociales sont plus faibles.
    [...]



  • « Nous, de l’Unité 8200, refusons de participer aux actions d’Israël contre les Palestiniens » - Libération
    http://www.liberation.fr/monde/2014/09/12/nous-reservistes-de-l-unite-8200-refusons-de-participer-aux-actions-d-isr

    « Nous, anciens combattants de l’Unité 8200, soldats réservistes par le passé et aujourd’hui, déclarons refuser de participer aux actions contre les Palestiniens et refuser de continuer à servir comme outils dans l’affermissement du contrôle militaire sur les Territoires occupés. [...]

    « La population palestinienne sous régime militaire est complètement exposée à l’espionnage et la surveillance des services de renseignement israéliens. Alors qu’il existe des limitations drastiques de la surveillance des citoyens israéliens, les Palestiniens ne bénéficient pas de cette protection. Il n’existe pas de distinction entre les Palestiniens qui sont ou qui ne sont pas impliqués dans des violences. L’information qui est recueillie et conservée fait du tort à des personnes innocentes. Elle est utilisée dans le but d’une persécution politique et pour créer des divisions au sein de la société palestinienne en recrutant des collaborateurs et en entraînant des parties de la société palestinienne contre elle-même. Dans de nombreux cas, les services de renseignement empêchent les accusés de recevoir un procès équitable dans les tribunaux militaires, alors que les preuves les concernant ne sont pas révélées. Le renseignement autorise un contrôle continu sur des millions d’individus à travers une surveillance approfondie et intrusive et envahit la plupart des secteurs de la vie d’un individu. Ce qui ne permet pas aux gens de mener des vies normales et incite à plus de violence, nous distançant toujours davantage de la fin du conflit.

    « Des millions de Palestiniens vivent sous le régime militaire israélien depuis plus de quarante-sept ans. Ce régime nie leurs droits fondamentaux et exproprie de larges étendues de terre pour les colonies juives qui sont soumises à des systèmes légaux séparés et différents et à l’application de lois différentes. Cette réalité n’est pas un résultat inévitable des efforts de l’Etat pour se protéger mais plutôt le résultat d’un choix. L’expansion des colonies n’a rien à voir avec la sécurité nationale. De même en est-il des restrictions à la construction et au développement, à l’exploitation économique de la Cisjordanie, à la punition collective des habitants de la bande de Gaza, et du tracé actuel de la barrière de séparation.

    « Au vu de tout cela, nous avons conclu qu’en tant que personnes ayant servi dans l’Unité 8200, nous devons assumer la responsabilité de notre participation à cette situation et qu’il est de notre devoir moral d’agir. Nous ne pouvons pas continuer à servir le système en bonne conscience, en niant les droits de millions de personnes. A cet effet, ceux d’entre nous qui sont réservistes refusent de prendre part aux actions de l’Etat contre les Palestiniens. Nous appelons tous les soldats servant dans les unités de renseignement, passé et présent, de même que tous les citoyens d’Israël, à dénoncer ces injustices et à prendre des actions pour y mettre fin. Nous croyons que l’avenir d’Israël en dépend. »