• Avec Tampon, notre ennemi intime, diffusé sur France 5 mardi 25 avril à 20h50, Audrey Gloaguen livre une glaçante enquête. En s’intéressant à la composition des tampons, qui s’avèrent « une vraie poubelle chimique », elle signe le premier film documentaire sur le sujet, et exhume un véritable scandale sanitaire : risque de syndrome de choc toxique, incidences sur la fertilité... les conséquences peuvent être gravissimes. Comment se fait-il alors qu’un produit intravaginal puisse regorger d’éléments toxiques, sans que ses fabricants ne soient, légalement, obligés de communiquer sur sa composition ? Entretien avec la réalisatrice.

      #tampons #santé #femmes #règles #moon_cup

    • La poubelle des poubelles ce sont en fait nos corps de femmes, la preuve on y range des déchets chimiques aussi sympas que des génotoxique ! Je me demande quant est-ce qu’on va nous utilisé pour stocker les déchets radioactifs...

      Je suis contente de découvrir que les tampons que j’utilise depuis ma puberté sont probablement en lien avec les fibromes douloureux qui m’empêche aujourd’hui d’utiliser une moon-cup et rendent mes menstruations invalidantes (ce qui n’était pas le cas dans ma jeunesse). Le bon coté des choses, c’est que si il y a un lien établie entre la fécondité et la toxicité des tampons, là au moins on peu espéré qu’il y aura peut être un petit peu de changements... un jour... peut être... pour les femmes du XXXeme si on a pas trouvé un moyen de les remplacé d’ici là par une combo de sexy-droïdes, couveuses artificielles et robots ménagers.
      Il y a un autre bon coté des choses quant même. C’est que cette info me décide à enfin cesser d’utiliser des tampons et me procurer les excellentes et élégantes serviettes hygiéniques lavables de Dans ma culotte
      https://dansmaculotte.com/61-large_default/serviette-hygienique-nuit-fractale.jpg
      https://dansmaculotte.com/fr/5-serviettes-hygieniques-lavables
      Désolé pour la réclame ! C’est une amie et mon éditrice des contes de faits, qui a monté cette entreprise d’utilité publique.


  • L’Atoll, faux lieu - Elsa Rivière-Poupon - Visionscarto
    https://visionscarto.net/atoll
    https://visionscarto.net/local/cache-vignettes/L1024xH678/34186853366_43ce-f90df.jpg

    Inauguré en avril 2012 dans la commune de Beaucouzé, dans la vallée de la Loire, le centre commercial de l’Atoll a des allures à la fois de stade olympique et de jardin public, capable d’accueillir plusieurs centaines de milliers de clients. Ceux-ci viennent souvent en famille et peuvent y passer la journée, à flâner entre boutiques, chaînes de restaurants et espaces verts.

    #photo #commerce #faux

    par @elsa, qui inaugure ainsi la nouvelle version du site, ajustée graphiquement et à la navigation grandement améliorée par @arno


  • http://desordre.net/egypte/couvertures/couverture_egypte.jpg

    http://towardgrace.blogspot.fr/2017/04/ponctuer-labsence.html

    Car ici, le point-virgule est pluriel, il ne dit pas toujours la même chose, il est différence et répétition, c’est une variable, mais c’est aussi tantôt une coupure, tantôt une suture. Certes, sa fonction première dans Une fuite en Egypte semble évidente à première vue : éviter le point et, dans le même temps, refuser la virgule. Empêcher la finitude, affirmer la fragmentation. Continuer en trébuchant. Dès lors, le point-virgule devient une balise flottante, capable de trancher, de retarder, de déséquilibrer, etc. Une notation musicale inédite, contrainte d’assumer à elle seule le rôle de toutes les notes, toutes les nuances

     :

    Bon c’est pas tous les jours non plus que je reçois les traces d’une lecture tellement attentive et tellement fine. Claro, plus connu pour son maniement du lance-flammes, a lu Une Fuite en Egypte et il en pense apparemment du bien. Je serais carbonisé une autre fois sans doute

    #shameless_autopromo


  • Lire absolument : Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40 – Aude Lancelin
    https://audelancelin.com/2017/04/20/emmanuel-macron-un-putsch-du-cac-40

    La presse n’ayant quoiqu’il en soit pas été très empressée à fournir la Carte du Tendre permettant de s’orienter dans les relations entre Macron et les tycoons français, les lecteurs vraiment obstinés auront dû se contenter durant toute cette campagne de rabouter des petits cailloux épars. Une enquête particulièrement bien informée de « Vanity Fair » sur la reine de la presse people, Michèle Marchand dite « Mimi », levait début avril un coin du voile sur les dîners privés organisés entre Xavier Niel et le couple Macron un an avant la présidentielle. « Quand lors d’un dîner avec les Macron, j’ai entendu Brigitte se plaindre des paparazzis, explique ainsi tranquillement Niel à « Vanity Fair », je lui ai naturellement conseillé Mimi. » Et la journaliste Sophie des Déserts de préciser que c’est le patron du groupe « Le Monde » qui organisa la rencontre à son domicile. Un hôtel particulier du Ranelagh, où il réside avec la fille de Bernard Arnault, patron de LVMH et autre grand fan du petit prince Macron, dont le CAC 40 voulait faire son loyal gérant élyséen.

    Pourquoi aucun grand titre de la presse n’a-t-il trouvé utile d’enquêter sur ce genre de connivences menaçantes ? Pourquoi a-t-on eu au contraire l’impression étrange d’assister pendant toute cette campagne à un putsch démocratique au ralenti, avec un terrible sentiment d’impuissance ? Davantage qu’une intuition, c’est une certitude : si Emmanuel Macron devait être élu à la Présidence de la République, on se réveillerait en mai avec une nouvelle nuit du Fouquet’s, des révélations feuilletonnées sur toutes sortes de grands donateurs, des histoires de premier cercle rappelant les pires heures du sarkozysme, de collusions d’une ampleur inédite entre très gros intérêts industriels, médiatiques et financiers. Partout l’argent rode autour de cette candidature, tout le monde le sait. Lorsque les conditions concrètes qui ont présidé à cette mise sur orbite sortiront enfin dans la presse, post festum, car elles finiront par sortir, ces choses là finissent toujours par sortir, les Français n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. Entre temps, l’ISF sur les grands patrimoines financiers aura été supprimé, le code du travail ravagé à coups d’ordonnances, les services publics sévèrement amputés, les dividendes toujours mieux reversés. Un véritable continent oligarchique est là encore à demi-englouti, prêt à surgir sous nos yeux le 8 mai prochain, et personne n’a jugé bon jusqu’ici de le dévoiler aux citoyens. Surtout pas ceux dont c’est en théorie le métier, à savoir les journalistes. Au moment où ces lignes s’écrivent j’aperçois la pétition d’absurdité que celles-ci recèlent : comment la presse entre les mains de ces messieurs pourrait-elle enquêter sur sa propre nocivité et a fortiori sur la leur ?

    • Comment se fait-il que dans de grandes rédactions comme « l’Obs » ou « Le Monde », on ne puisse identifier aucun titulaire de carte de presse se réclamant à visage découvert des idées de la « France Insoumise », quand tant de leurs confrères brament sans vergogne leur macronisme sur les réseaux sociaux ? N’est-il pas prodigieux que, dans des journaux se réclamant encore de la gauche, on ne puisse trouver nulle expression, sorti de l’espace dédié aux tribunes extérieures, en faveur d’un ex-sénateur mitterrandiste ne faisant somme toute rien d’autre que de se réclamer des fondamentaux historiques du socialisme ? Hélas j’en connais les raisons. Ce sont déjà celles que je donnais dans le « Monde libre ». Toutes les idées sont tolérées dans ces rédactions-là où, non sans stupéfaction, j’ai par exemple pu entendre un chef de service défendre le programme économique de François Fillon comme étant le meilleur d’entre tous début 2016. Toutes les idées, oui, sauf celles de la gauche debout contre le néolibéralisme.

    • Un des commentaires :

      Gilles
      En avril 2013, il y a seulement 4 ans exactement, le jeune Emmanuel Macron n’avait même pas encore été ministre, seulement secrétaire général adjoint de la Présidence de la République. Autrement dit, pour la population de citoyens-électeurs, un total inconnu…. Et pourtant, dans son classement des « 100 leaders économiques de demain », l’Institut Choiseul installe alors en avril 2013 le jeune Macron non pas en numéro 99 , non pas en numéro 50, même pas en numéro 25, en numéro 10, ou en numéro 3…. mais en numéro 1 du classement ! Wow, lui qui n’a alors jamais vendu une boite de trombones ! Soit ils ont eu un putain de sacré flair, avec 1 chance sur 100 en misant sur un inconnu qui signe des parapheurs, vraiment trop fort… Ou bien c’est le moment où les pouvoirs en place qui se fichent complètement des histoires de droite et de gauche ont décidé de fabriquer le produit Macron et de le lancer sur le marché… Si quelqu’un peut expliquer cette apparition miraculeuse, ou cette immense clairvoyance de l’Institut Choiseul ?

      http://www.lefigaro.fr/societes/2013/04/25/20005-20130425ARTFIG00679-les-100-leaders-economiques-de-demain.php

      Effectivement :

      Emmanuel Macron, numéro 1
      Lors de sa prise de fonction, Emmanuel Macron (35 ans), secrétaire général adjoint de la présidence de la République, s’est présenté comme « employé de banque ». Cela a fait sourire, venant de la part de l’un des plus brillants - et des plus jeunes - associés de la banque Rothschild. Sciences-Po, l’ENA (Inspection des finances), un goût prononcé pour la philosophie (il a été secrétaire particulier de Paul Ricoeur), une parfaite connaissance des rouages de l’économie, d’évidentes qualités intellectuelles... « Nous avons le meilleur avec nous », dit-on de lui dans l’entourage de François Hollande.

      Le meilleur employé de banque de la place me fait penser à cette chanson :

      Putain ça penche
      On voit le vide à travers les planches

      http://divergence-images.com/wimages/470-470/1131732.jpg
      Alain Souchon - Putain ça penche
      https://www.youtube.com/watch?v=EGuf84uN2MI

      Les managers ne font pas peur qu’à moi (ou était-ce pour le dérider ?)
      http://divergence-images.com/wimages/470-470/1134920.jpg


  • Ma fille n’est pas transgenre. C’est une « tomboy ». | TRADFEM
    https://tradfem.wordpress.com/2017/04/21/ma-fille-nest-pas-transgenre-cest-une-tomboy

    iIl y a une semaine, Lisa Selin Davis, une autrice étasunienne de romans jeunesse et mère d’une préadolescente a publié la lettre ci-dessous dans les pages d’opinion du NYTimes. Des supporters du transgenrisme l’agonisent depuis d’insultes dans un blitz de « réponses » qui dure toujours. Nous publions la traduction de sa lettre comme écho d’une controverse qui fait rage et des pressions que vivent les enfants non conformes aux stéréotypes de genre et les parents qui prennent leur défense.

    #genre

    • En fait, j’aime les corriger, en les amenant à remettre en question leur perception de ce que à quoi ressemble une fille.

      Plus tard, lorsque j’ai relaté cette conversation à ma fille, elle a déclaré : « Plus de filles devraient avoir ce look, pour qu’il soit plus populaire et que les adultes soient moins mêlés. »

      Je veux que les enfants trans se sentent libres et assez en sécurité pour être qui illes sont. Mais je veux aussi que les adultes aient une idée assez fluide des rôles de genre pour qu’une fille de 7 ans puisse s’habiller « comme un garçon » et ne pas se faire demander – par des gens qui la connaissent, pas des étrangers – si elle en est un.

      Le message que je veux adresser à ma fille est le suivant : tu es une fille formidable de ne pas céder aux pressions en faveur d’une certaine identité et d’une certaine allure. Je veux qu’elle soit fière d’être une fille.

      Et elle commence à l’être. Elle est déjà attentive aux droits des femmes.

      Chouette lettre mais assez inquiétante sur le fait que le spectre de comportements dans lequel on invite les #filles à se projeter se réduit pas mal. J’aime bien l’idée qu’on puisse à la fois accepter d’accompagner un-e jeune dans un parcours trans et à la fois accepter qu’une fille adopte les mille et une manières de se saper, d’être avec les autres qui devraient lui être ouvertes. La visibilité plus forte des personnes trans ne doit pas servir à renvoyer les cis vers des rôles plus étriqués...


  • Rendez-vous à Positano | Goliarda Sapienza
    https://le-tripode.net/livre/goliarda-sapienza/rendez-vous-a-positano

    https://le-tripode.net/media/couvertures/rendez-vous-a-positano_eTCz19W#.jpg

    Rendez-vous à Positano est un #roman d’amour, un texte dédié à une femme et un lieu. Dans l’après-guerre, Goliarda Sapienza découvre un modeste village hors du temps, niché tout près de Naples : Positano. Elle y fait la connaissance d’Erica, une jeune femme qui allait devenir pendant près d’une vingtaine d’années une soeur d’âme. Longtemps après la disparition de son amie, en 1985, l’écrivaine décide de revenir sur cette histoire pour sauver de l’oubli ce qui fut balayé par le destin.

    #livre #beau (merci encore @mona)


  • Comment la France voyait internet en 1997 | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/136043/rapport-internet-france-1997
    http://www.slate.fr/sites/default/files/styles/1090x500/public/internet1997.jpg

    Certains préfèrent se connecter dans des cyber-cafés qui commencent à apparaître. Un article du Monde daté de mars 1996 explique que, contre 40 francs (8 euros aujourd’hui), on peut profiter d’un petit-déjeuner avec pain, croissant, café et une demi-heure de connexion sur un ordinateur « relié à Internet par une ligne spécialisée à haut débit (64 kbps) ». À Paris, une demi-heure dans un cyber-café revient alors à une trentaine de francs (environ 6 euros).

    Mais on se connecte à quoi ? Pour faire vos recherches, oubliez Google, il ne naîtra que l’année suivante. Alors, on passe par « Yahoo !, Excite, Infoseek, Echo (ex-Voila) et surtout AltaVista », rappelle NextInpact.

    #MiniRézo #ManifesteWebIndépendant #Uzine


  • http://www.desordre.net/photographie/numerique/vanites/700/198.jpg

    http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/sons/haden-blackwell-cherry.mp3

    (ouh la comment je sens que je vais me faire engueuler par @intempestive et @reka sur ce coup-là)

    (Il est possible de lire cette chronique depuis cette adresse http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/index_194.htm laquelle donne accès aux nombreux liens hypertextes qui l’émaillent)

    J – 8 : Fin.

    Oui, je sais il y a rupture, je ne vais pas jusqu’au bout. Je n’irai pas jusqu’au bout. Et je reconnais mon échec. A vrai dire cet échec, si c’en est un, est le cadet de mes soucis.

    Il y a une chose que je veux faire désormais, apprendre à boucler, à écrire le mot Fin quand c’est effectivement la fin. Ne pas laisser les projets ouverts, non finis.

    Ca a l’air de me prendre comme ça. En fait pas du tout. Celles et ceux qui lisent entre les lignes, se sont sans doute rendus compte qu’en filigrane de Qui ça ? grandissait une histoire d’amour, j’ai tenté d’être le plus pudique et allusif possible (en gardant notamment des tas de pages secrètes, et les garder pour plus tard, peut-être, si Qui ça ? un jour devenait, par exemple, un livre en papier, au train où vont les choses dans le milieu de l’édition, il y aurait prescription quand cela sortirait), mais j’ai, malgré tout, produit quelques allusions pour la justesse de l’éclairage qu’elles apportaient — je n’aurais pas voulu que l’on me trouve anormalement bienveillant dans une chronique sans raison, il faut croire. Cette histoire d’amour vient de connaître une fin cassante qui me laisse sans force. Sans force comme on l’est au terme d’une nuit sans sommeil, nuit pendant laquelle j’ai eu peur et froid, nuit pendant laquelle il m’est arrivé de sangloter comme un enfant, une nuit de faille

    Il importe désormais que je me retranche.

    Le but plus ou moins avoué et plus ou moins annoncé de Qui ça ? était de tenir le journal d’une indifférence militante à la mascarade électorale en cours, je m’étais donné comme but d’en ignorer le plus possible, de systématiquement regarder ailleurs, un peu comme on se coupe par exemple de la télévision et tout d’un coup on se rend compte que l’on pense différemment sans le bruit de fond de la télévision justement, qui est tout sauf anodin — personnellement des décennies que je suis coupé de ce bruit de fond au point de de me demander si j’y ai vraiment été exposé. Ce but est atteint, mon indifférence est complète, pour le coup cette indifférence non feinte et complète est une victoire. Une victoire éclatante mais une victoire à la Pyrrhus. J’y laisse des plumes, c’est certain.

    Entre autres choses je réalise qu’en mettant un point final à Qui ça ? je mets également une manière de point final au cycle des Ursula . Et, est-que ce cycle des Ursula n’est pas aussi le dernier chapitre de Désordre . Entendons-nous bien. Désordre est un projet ouvert et sans bords et il apparaît donc assez vain d’y chercher ou d’y trouver une fin. Il y a bien une première page, et elle n’est pas jojo, il faut bien le dire, mais c’est la première, il y a une fausse dernière page aussi (voulue ironique), dont je sais où elle se trouve dans l’arborescence du Désordre , mais je n’ai plus aucune idée du chemin initial qui y mène, mais on comprend bien que ni cette première page, désormais uniquement accessible depuis la page historique du Désordre , ni cette fausse dernière page peuvent constituer des bords, des fins, ou même un début.

    En 2009, lorsque j’animais un stage de construction de sites Internet à l’école du Documentaire à Lussas, un stagiaire, Frédéric Rumeau pour ne pas le nommer, a eu cette question, le jour où je présentais le site et, comme me l’avait demandé Pierre Hanau, d’en donner à voir les ressorts de narration, Frédéric donc, m’avait posé cette question, mais pourquoi est que ce projet est sans fin, est-ce que vous ne pourriez pas, comme on fait avec un film, le terminer et en commencer un autre ? C’était une putain de question et elle ne m’a plus quitté depuis. Parfois cette question se rapprochait de moi avec beaucoup de prégnance, d’insistance même. Par exemple, début 2014, quand j’ai décidé de tenter une première grande expérience d’Ursula (un autre projet issu des stages de Lussas), certes je l’ai développée à l’intérieur du Désordre, pour commencer, mais dans mon idée, une fois que cette dernière aurait une forme satisfaisante, aboutie, je la déplacerai, et c’est pour cette raison d’ailleurs que ce soit le seul endroit du Désordre où il y a de nombreux fichiers doublons, notamment sonores, parce que je voulais pouvoir exporter Ursula hors du Désordre en un www.ursula.net qui n’a jamais vu le jour en tant que tel. Après six mois de développement en secret de ce projet, je me suis rendu compte que cela n’avait pas de sens qu’ Ursula était bien la fille du Désordre et que cela permettait même de donner une épaisseur supplémentaire au Désordre , d’autant qu’ Ursula commençait elle-même à produire des petits, notamment Le Jour des Innocents , le journal de Février , Arthrose , et donc Qui ça ? il était donc temps de réintégrer la fille prodigue du Désordre dans le désordre.

    Il existe plusieurs formes Ursula , l’initiale qui est assez roots , mais dont le principe est sain et bon, développé à la demande de Pierre Hanau pour Lussas. Puis il y a la première vraie Ursula , celle alimentée pendant toute l’année 2014, ses bouquets, son premier vrai enfant, Le Jour des Innocents qui est sans doute l’une des réalisations du Désordre dont je suis le plus fier et qui m’aura permis de passer le cap des 50 ans dans une manière de joie solaire, je sais on ne dirait pas sur la photographie.

    Février est la suite quasi naturelle, inscrite dans une logique de flux notamment d’images qu’il était presque inhumain, sans exagération de ma part, de tenir pour un seul homme, d’ailleurs le matériel a cédé un peu avant moi, l’appareil-photo, épuisé, au bout de presque 300.000 vues, chez le vétérinaire, ils n’en revenaient pas, ils n’avaient jamais vu un D300 usé jusqu’à la corde de cette manière, puis l’enregistreur, personne ne m’ayant prévenu qu’un tel appareil — pourtant vendu avec sa coque protectrice, j’aurais du me douter —, n’avait pas la robustesse d’un appareil-photo et ne devait en aucun cas être trimballé dans ma besace avec aussi peu de soin. Puis ce fut l’appareil-photo qui faisait office de caméra, lui n’a pas résisté à mon empressement lors de la réalisation d’une séquence de time lapse truquée, l’eau dont j’avais les mains pleines dans cette réalisation a pénétré le boitier, c’est désormais un ex-appareil-photo. Guy, mon ordinateur s’appelle Guy, a lui aussi manqué de lâcher, trop souvent soumis à des traitements en masse d’images et à des calculs de séquence vidéo qui n’étaient plus de son âge, il a manqué d’y passer, désormais il est à la retraite comme les vieux chevaux, je ne monte plus dessus mais on se promène encore ensemble.

    Bien sûr j’ai fini par racheter un appareil-photo tant il m’apparaissait inconcevable de n’en pas disposer d’un, ne serait-ce que pour photographier l’enfance autour de moi, leur laisser ce témoignage, mais il est étonnant de constater comment la frénésie dans laquelle j’avais été conduit avec la tenue du journal de Février a laissé le pas à un recul sans doute sain. Le seul petit flux que j’ai laissé ouvert est finalement celui de l’arbre du Bois de Vincennes, et sans doute que je continuerai avec l’entrée du hameau dans les Cévennes. Mais cette espèce de sauvegarde du réel, du quotidien, c’est comme si j’avais, enfin, compris, d’une part, sa vacuité, son impossibilité et même l’épuisement de soi qui se tramait derrière. Quand je pense qu’il m’arrive désormais de faire des photographies avec mon téléphone de poche !

    Ces deux dernières années, j’ai surtout passé beaucoup de temps à écrire. J’ai fini par reprendre Raffut qui était en jachère, sa première partie presque entièrement écrite, que j’ai achevée en un rien de temps et, dans la foulée, j’ai écrit la seconde partie. Quasiment au moment même où je mettais un point final à Raffut , sont survenus les attentats du 13 novembre 2015 dont j’ai réchappé miraculeusement en n’allant finalement pas dîner au Petit Cambodge . Le vertige que cela m’a donné, je l’ai soigné en écrivant Arthrose en un peu moins d’un mois et demi, j’y étais attelé tous les soirs jusque tard, j’avais commencé par en écrire le début de chaque partie ou presque et je faisais mon possible pour rédiger ces parties ouvertes en faisant appel à des souvenirs et des sensations encore tout frais. Ces deux rédactions coup sur coup ont lancé une dynamique, ont creusé un sillon, et je me suis lancé dans la réécriture d’ Une Fuite en Egypte avec l’aide précieuse de Sarah, puis de J. , puis de Je ne me souviens plus , puis, la première page de Punaises ! , les cinquante premières pages des Salauds , et au printemps j’entamais Elever des chèvres en Ardèche , sur lequel je continue de travailler encore un peu mais l’essentiel est là. Et il faudrait sans doute que je reprenne Portsmouth , et j’ai seulement brouilloné le début de La Passagère — je me lance courageusement dans la science fiction féministe.

    En septembre j’ai eu l’idée de Qui ça ?

    Arthrose j’avais décidé dès le début que ce serait un récit hypertexte ce que j’ai finalement réussi à faire, cela aura été du travail, mais un travail dont je me suis toujours demandé si quiconque en avait pensé quoi que ce soit, en tout on ne m’en a rien dit.

    Avec Qui ça ? , j’ai eu l’idée de faire vivre le texte en cours d’écriture sur seenthis , en même temps que j’expérimentais avec une nouvelle forme Ursula . Mais même pour les parties de Qui ça ? qui demandaient un peu de travail avec les images ou encore les mini sites qui le composaient de l’intérieur, j’ai senti que mon enthousiasme était moindre. J’ai eu un regain d’intérêt quand j’ai eu l’idée de faire en sorte que les différentes Ursula soient imbriquées les unes dans les autres, mais une fois réalisé (et cela n’a pas pris plus d’une heure), le plaisir était comme envolé, une fois que mon idée a été entièrement testée.

    Finalement elle est là la question, c’est celle du plaisir, de mon bon plaisir (et de mon propre étonnement parfois) quand je travaille dans le garage. Et le plaisir ces derniers temps était ailleurs, plus du tout dans le brassage de milliers de fichiers, surtout des images, au point qu’à force d’être laborieux et de peu jouir finalement, j’ai fini par me tarir. Pour le moment, je ne vois plus comment je pourrais encore secouer le Désordre , lui faire faire je ne sais quelle mue, je ne sais quelle danse, il faut dire aussi qu’à l’image du taulier, l’objet est un danseur lourd, 300.000 fichiers tout de même. Et puis je vois bien aussi que mes manières de faire ont vécu, qu’elles ne sont plus du tout comprises de la plupart des visiteurs qui doivent rapidement se décourager à l’idée de devoir manier ascenseurs, chercher les parties cliquables des images, naviguer, bref tout un ensemble de gestes qui ne sont plus attendus, qui sont entièrement passés de mode et avec eux ce qui relevait du récit interactif, peut-être pas, disons du récit hypertexte.

    Il faut que je me régénère, que je trouve de nouvelles idées. Si possibles compatibles avec les nouveaux usages. Ce n’est pas gagné.

    Paradoxalement avec la sortie d’ Une Fuite en Egypte en livre papier, le format du livre m’est apparu comme un havre, une retraite bien méritée en somme. En écrivant des livres, je n’ai plus besoin d’un ou deux ordinateurs connectés à un scanner, à une imprimante, avec une carte-son digne de ce nom, un lecteur de CD et DVD pour extraire des morceaux de musique et des bouts de films, des disques durs et des disques durs dans lesquels déverser des milliers d’images, des centaines de milliers d’images en fait, des logiciels pour traiter en nombre ces images, les animer éventuellement, les monter et, in fine, un programme également pour écrire le récit hypertexte qui reprend en compte toute cette matière première et la mettre en ligne. Une montagne, en comparaison d’un petit ordinateur de genou, simplement muni d’un sommaire traitement de texte et des fichiers, un par texte en cours, que je m’envoie par mail de telle sorte de pouvoir les travailler d’un peu partout, y compris depuis le bureau.

    Or je me demande si après dix-sept années de Désordre , je n’aspire pas un peu à la simplicité. Me recentrer, me retrancher. Par exemple, j’ai l’intuition que cela pourrait me faire du bien à la tête de ne pas avoir à mémoriser, et faute de pouvoir le faire, de devoir chercher mes petits dans cet amas de fichiers, de répertoires, de sous-répertoires et d’arborescences foisonnantes. En revanche je sais aussi très bien que si je retire mes doigts de la prise, il n’est pas garanti que je sois de nouveau en capacité dans quelques mois, dans quelques années de m’y remettre, le Désordre c’est un vaisseau pas facile à manier dans une rade, faut toujours avoir en tête ses dimensions et ses proportions et se rappeler des endroits où sont stockés objets et commandes — et je ne peux plus compter sur l’hypermnésie qui était la mienne il y a encore une dizaine d’années, ma mémoire du court terme a été sérieusement érodée par des années d’apnées nocturnes.

    Les prochains temps, je vais continuer le chantier en cours qui consiste surtout à reprendre toutes les pages qui contiennent un fichier sonore ou vidéo (et elles sont assez nombreuses, bordel de merde) pour les mettre dans un standard universel et qui le restera j’espère plus de six mois. Il y a aussi quelques chantiers de peinture ici ou là que j’ai pu laisser en l’état pendant ces dernières années en me promettant d’y revenir, j’ai gardé une liste de trucs à revoir. Je pourrais, j’imagine, de temps à autre penser à une petite série d’images, mais il ne sera plus question de remuer le site de fond en comble comme j’ai pu le faire les trois dernières années. De même je me garde le canal ouvert sur le Bloc-notes du Désordre et son fil RSS pour ce qui est de divers signalements — comme par exemple de vous dire que je vais présenter, lire et signer Une Fuite en Egypte , le mardi 16 mai à 19H30 à la librarie Mille Pages de Vincennes (174 Rue de Fontenay, 94300 Vincennes, métro Château de Vincennes) — mais qui pourrait dire que ce n’est pas la fin ? Ce que les joueurs de rugby appellent la petite mort , le jour où vous décidez que ce n’est plus de votre âge de mettre la tête où d’autres n’oseraient pas mettre les mains, le jour où l’on raccroche les crampons, le dernier match, le dernier placage, le dernier soutien, un sourire, des poignées de main et c’est fini.

    Il y aura au moins une chose que je regrette de n’avoir pas faite et que je ferai peut-être un jour, c’est le projet que j’avais intitulé Tuesday’s gone . Mais cela suppose un équipement dont je n’ai pas les moyens pour le moment — un scanner de négatifs haute définition —, et de partir à la recherche de mes archives américaines. Ne serait-ce que pour faire la sauvegarde de cette étrange partie de moi, la partie américaine, ses images, ses souvenirs, ses notes. Plus tard. Si j’en ai la force, l’envie. Je devrais sans doute déjà réserver le nom de domaine www.tuesdaysgone.net !

    Et au fait, à toutes celles et ceux auxquels j’ai demandé de s’arranger pour ne pas me faire partager les contours de la mascarade électorale en cours et de faire attention de me maintenir dans l’ignorance même du résultat final, vous êtes relevés de votre devoir, vous pouvez bien me le dire, ou pas, désormais je m’en fous royalement. Mais d’une force.

    Adieu A. C’était merveilleux de vous aimer et d’être aimé par vous, au point d’être à ce point douloureux ce matin, après cette nuit.

    Back to the trees.

    Merci à mes amis, tellement chers, qui m’ont soutenu pendant cette semaine de précipice, J., Sarah, Martin et Isa, Jacky, Valérie, Clémence, Daniel, Laurence, ça va, je vais remonter la pente, je remonte toutes les pentes jusqu’à la dernière chute.

    FIN (possible) du Désordre .

    Le Désordre reste en ligne, je rétablis même sa page d’accueil avec le pêle-mêle qui est finalement sa page index naturelle.

    #qui_ca

    • Eh bien, c’est la fin la plus foisonnante que j’aie vue... Ça fait quelque chose, l’annonce de la fin (possible) du Désordre. Mais ce ne sera pas, si je comprends bien, la fin de l’écriture et la photo. Eh bien, on ira regarder et lire dans les nouveaux espaces où tu nous entraîneras. Courage à toi pour la pente, et belles explorations...

    • Merci @intempestive je pensais que tu me gronderais, mais je vois que les raisons qui m’amènent à ça sont compréhensibles, ce qui est une forme de soulagement. Oui, je ne suis pas mourru, je vais réfléchir à autre chose, continuer d’écrire, je reprendrai la photographie quand j’en aurais envie. Le moment est bien choisi pour une pause, pour la petite mort des rugbymen .

    • Je note, en revanche, c’est encourageant, que, désormais, je constate, de plus en plus souvent, que déchiffrant rapidement les gros titres de la presse à scandales, chez le kiosquier, je ne connaisse presque plus jamais les noms propres des personnes dont il est question dans l’équivalent français de la presse populaire anglaise, que les noms et les visages de toutes ces personnes, apparemment célèbres, célèbres pour quels talents, je préfère ne pas le savoir ni l’apprendre, ne me disent rien, n’évoquent rien. Pourtant je vais souvent au cinéma, je pourrais de la sorte reconnaître ici ou là le visage de tel acteur ou telle actrice, mais en fait non, quant aux vedettes de la variété et de la télévision, là je suis absolument sans repère. Pas de manchots non plus dans mon panthéon. Et même, même, je dois avoir déjà commencé il y a quelques années ce travail de désintérêt de la chose publique, parce que nombres de personnalités politiques commencent à me devenir inconnues, ou interchangeables, ce qui est un excellent signe, ainsi je crois que je ne serai pas nécessairement capable, même si ma vie en dépendait, de différencier des types de droite comme Laurent Wauquiez, Luc Chatel, François Baroin, David Martinon, Benoît Apparu, Éric Ciotti, leurs visages sont interchangeables quand à me souvenir des faits saillants de leur parcours, je me félicite de n’en rien savoir, ils sont à mes yeux insignifiants, est-ce à dire qu’ils n’ont sur moi aucun pouvoir ? Or c’est vraiment dans cette direction émancipatrice que je voudrais aller, celle qui retire, à tous ces très sales types de droite, la dernière once de pouvoir dont ils pensent sans doute se prévaloir, et, en vrai situationniste, les faire rejoindre les rangs des personnalités du spectacle, les pousseurs de citrouille, les brailleuses, les musiciens sans oreille, les starlettes et les belles gueules du cinéma, toutes ces légions d’insignifiants. Les ranger enfin à leur place, l’insignifiance. L’insignifiance de celles et ceux qui passent à la télévision. Qu’on ne regarde plus.

      Ignorer.

      Ignorer jusqu’au nom du prochain, ou de la prochaine, président, ou présidente, de cette république, agonisante.

      Voilà. Fin de parcours pour cette raie-publique qui se vautre dans la fange de l’industrie du spectacle. Ite missa est ... ainsi seront renvoyés à leurs vacuités les derniers fidèles du culte électoral.

    • Belle règle de proximité, au passage...

      Et au fait, à toutes celles et ceux auxquels j’ai demandé de s’arranger pour ne pas me faire partager les contours de la mascarade électorale en cours et de faire attention de me maintenir dans l’ignorance même du résultat final, vous êtes relevés de votre devoir, vous pouvez bien me le dire, ou pas, désormais je m’en fous royalement. Mais d’une force.

      Si seulement moi aussi...



  • (1) La BD pour enfants « Max et Lili » est-elle sexiste ? - Culture / Next
    http://next.liberation.fr/livres/2017/04/19/la-bd-pour-enfants-max-et-lili-est-elle-sexiste_1562601
    http://p8.storage.canalblog.com/83/69/760044/108091870.jpg

    L’une des premières à s’en alerter, c’est Rachel Gosselin, bibliothécaire du XIIIe arrondissement de la capitale. « Un de mes collègues est tombé sur l’un des albums et m’a dit "y’en a un qui est limite". » Sur l’image en question, issue de Lili ne veut plus se mettre toute nue, Valentine (sa meilleure copine) lui dit : « Dis donc, il est sexy ton cousin Victor. » Et Lili de rétorquer : « Avec ton ventre à l’air, tu n’as aucune chance ! Il n’aime pas les filles dévergondées ! » Interloquée, la bibliothécaire décide alors, avec l’aide de ses collègues, de passer en revue tous les ouvrages.

    Une nouvelle fois, elle est choquée par un dessin de Lili se faisant courser par une horde de garçons en dessous duquel est noté : « Comprends-tu qu’on ne peut pas s’habiller en classe comme à la plage ? Et que s’habiller sexy, c’est provocant ? » « Les enfants assimilent très vite, et ça peut avoir un impact important sur eux. C’est du conditionnement pur et simple. La société est déjà sexiste, ça porte l’enfant à se stéréotyper et amène une culpabilisation tacite de la jeune fille. En somme : "Si tu t’habilles trop court, attention à toi !" C’est dramatique pour le droit des femmes et la vision qu’ont les femmes d’elles-mêmes », déplore la jeune femme. Cette fois, Rachel Gosselin décide d’adresser un mail aux responsables jeunesse des bibliothèques municipales parisiennes. Le mail provoque peu de retombées mais sur la Toile, les images incriminées suscitent de nombreuses réactions.
    « C’est le rôle des parents de dire à ses enfants de ne pas s’habiller sexy »

    Libération s’est rendu le 12 avril à la bibliothèque Andrée Chedid, dans le XVe arrondissement de Paris, pour y rencontrer l’auteure de Max et Lili, invitée face à son jeune public. Sur place, Dominique de Saint Mars plaide l’humour. « C’est un faux procès car je suis une féministe dans l’âme », dit-elle. Et la bibliothécaire présente à ses côtés d’approuver. Le terme « dévergondé » ? « C’était pour dire un truc drôle et désuet. Lili est tout simplement jalouse de sa copine Valentine et la dénigre », argue-t-elle tout en mentionnant qu’il faut lire toute la BD pour comprendre.

    Sexy, c’est provocant ? « C’est le rôle des parents de dire à ses enfants de ne pas s’habiller sexy […]. Il faut laisser les enfants être des enfants, être dans son âge de latence. Car ça peut provoquer des réactions aussi bien chez les copains, chez les copines que chez des adultes malveillants. On a envie de protéger ses enfants », dit-elle.

    Dans l’album Max ne pense qu’au zizi, certains internautes ont relevé le dialogue entre Max et son père. « C’est vrai papa que les filles c’est pas du gâteau ?! » Réponse : « Surtout depuis qu’elles ont décidé d’être nos égales… » Ici, Dominique de Saint Mars plaide une nouvelle fois la dérision tout en précisant « que ce n’est pas si simple pour un homme de ne plus être le dominant. Y’a 2 000 ans d’histoire, il faut respecter l’évolution de l’humanité et leur laisser un temps d’adaptation ».

    #slut_shaming #sexisme #enfance #renversionnite #inversion_patriarcale


  • Harcèlement des femmes musulmanes dans l’espace public : on dit stop ! – Lallab
    http://www.lallab.org/harcelement-des-femmes-musulmanes-dans-lespace-public-on-dit-stop

    Ce fléau touche les femmes musulmanes depuis bien trop longtemps, et jamais nous n’accepterons ni sa banalisation ni sa généralisation ! Il ne s’agit pas de dire que ce type de harcèlement est plus grave que les autres. Notre but est de le mettre en lumière dans toute sa réalité, d’expliquer sa spécificité et ses conséquences, afin de mieux lutter contre.

    Des scènes de violences devenues la normalité du quotidien

    Avec un foulard sur la tête, nous ne sommes définitivement plus comme les autres. J’en viens même parfois à me surprendre à trouver étranges et exceptionnels les gens qui ne me jettent aucun coup d’œil à l’entrée d’un magasin ou d’un restaurant. Et pourtant, jamais une femme ne devrait en arriver à intégrer le fait qu’il est normal qu’elle soit observée, scrutée et jugée, dans la rue ou ailleurs.

    L’espace public nous rappelle ainsi quotidiennement un rejet et une détestation de notre existence : de nos choix, de notre foi et de nos identités plurielles de femmes.

    #sexisme #harcelement #islamophobie #racisme

    • Ce qui serait sympa ce serait de mettre en parallèle le harcèlement des femmes sans foulard ou voile, dans leurs quartiers, qui leur rappelle quotidiennement le rejet et la détestation de leur désir de vivre comme elles le veulent dans un espace public qui appartient à tou-tes, mais tenu d’une main de fer par des tyrans contre les femmes qu’ils catégorisent comme musulmanes et qui doivent donc, selon eux, se comporter en tant que telles, selon eux.


  • The Infantilizing Ways We Talk About Women’s Ambition - The New Yorker
    http://www.newyorker.com/books/page-turner/the-infantilizing-ways-we-talk-about-womens-ambition?mbid=social_facebook

    http://www.newyorker.com/wp-content/uploads/2017/04/Tolentino-TheInfantilizingWaysWeTalkAboutWomensAmbition-690.jpg

    Another prominent symbol of female ambition put forward this year is a statue of an elementary-school student: the bronze “Fearless Girl” staring down the famous bull on Wall Street. The statue was conceived by an advertising agency for an investment firm whose twenty-eight-person leadership team contains five women; according to the sculptor, Kristen Visbal, the statue “reminds us today’s working woman is here to stay.” It’s dismaying, and revealing, that this message is most easily conveyed through a figure of a girl—her skirt and ponytail blown back in the breeze, cheerfully unaware of the strained, exhausted, overdetermined future that awaits her.

    Enfin quelqu’un relève le problème avec cette statue!

    #sexisme #jeunisme

    • #filles

      Proceeds from this merchandise are directed toward the Tory Burch Foundation, which helps support women entrepreneurs. (It administers a small fellows program and connects women to business education and affordable loans.)

      Ça me fait penser à Lean In ! et ces trucs pour intégrer mieux les femmes à entrepreneuriat capitaliste. Le féminisme, c’est quand la réussite sociale a un visage de femme, misère.

      But in much of American popular culture women’s ambition is now encouraged at a fever pitch. Ads frequently show images of frighteningly ambitious women: a recent Equinox campaign showed a model sitting in a restaurant, wearing expensive formalwear and breastfeeding twins. It is standard practice for mainstream women’s publications to celebrate any woman who has achieved any degree of wealth or prominence, regardless of what that success might be or mean.

      Reading one crackling, cheerless narrative after another, I started to feel that there was another—and possibly trickier—conflict at work. Ambition will always be complicated for women, and not just because of external impediments: it is an imperfect drive, enacted in imperfect circumstances, that inevitably leads to imperfect things. The more compelling essays in “Double Bind” address this head on. Elizabeth Corey, a political-science professor at Baylor, cautions against the extreme focus on success and productivity that one sees applied to both work and motherhood. “We simply cannot approach marriage and family in the spirit of achievement at all,” she writes.

      She adds, “What I would like to say is Lean In my hairy Jewish ass.” Albert spells out the foolishness of trying to generalize about ambition: the desire to be a first-generation college student isn’t easily comparable to the desire to shatter a glass ceiling or own a luxury car or write a work of genius. “Our contexts are not the same, our struggles are not the same, and so our rebellions and complacencies and conformities and compromises cannot be compared.”

    • seriously, the guy has a point | gregfallis.com
      https://gregfallis.com/2017/04/14/seriously-the-guy-has-a-point
      https://gregfallisdotcom.files.wordpress.com/2017/04/charging-bull.jpg

      Back in 1987 there was a global stock market crash. Doesn’t matter why (at least not for this discussion), but stock markets everywhere — everywhere — tanked. Arturo Di Modica, a Sicilian immigrant who became a naturalized citizen of the U.S., responded by creating Charging Bull — a bronze sculpture of a…well, a charging bull. It took him two years to make it. The thing weighs more than 7000 pounds, and cost Di Modica some US$350,000 of his own money. He said he wanted the bull to represent “the strength and power of the American people”. He had it trucked into the Financial District and set it up, completely without permission. It’s maybe the only significant work of guerrilla capitalist art in existence.

      People loved it. The assholes who ran the New York Stock Exchange, for some reason, didn’t. They called the police, and pretty soon the statue was removed and impounded. A fuss was raised, the city agreed to temporarily install it, and the public was pleased. It’s been almost thirty years, and Charging Bull is still owned by Di Modica, still on temporary loan to the city, still one of the most recognizable symbols of New York City.

      Arturo Di Modica (the one in the beret)

      And that brings us to March 7th of this year, the day before International Women’s Day. Fearless Girl appeared, standing in front of Charging Bull. On the surface, it appears to be another work of guerrilla art — but it’s not. Unlike Di Modica’s work, Fearless Girl was commissioned. Commissioned not by an individual, but by an investment fund called State Street Global Advisors, which has assets in excess of US$2.4 trillion. That’s serious money. It was commissioned as part of an advertising campaign developed by McCann, a global advertising corporation. And it was commissioned to be presented on the first anniversary of State Street Global’s “Gender Diversity Index” fund, which has the following NASDAQ ticker symbol: SHE. And finally, along with Fearless Girl is a bronze plaque that reads:

      Know the power of women in leadership. SHE makes a difference.

      Note it’s not She makes a difference, it’s SHE makes a difference. It’s not referring to the girl; it’s referring to the NASDAQ symbol. It’s not a work of guerrilla art; it’s an extremely clever advertising scheme. This is what makes it clever: Fearless Girl derives its power almost entirely from Di Modica’s statue. The sculptor, Kristen Visbal, sort of acknowledges this. She’s said this about her statue:

      “She’s not angry at the bull — she’s confident, she knows what she’s capable of, and she’s wanting the bull to take note.”

      It’s all about the bull. If it were placed anywhere else, Fearless Girl would still be a very fine statue — but without facing Charging Bull the Fearless Girl has nothing to be fearless to. Or about. Whatever. Fearless Girl, without Di Modica’s bull, without the context provided by the bull, becomes Really Confident Girl.

      Fearless Girl also changes the meaning of Charging Bull. Instead of being a symbol of “the strength and power of the American people” as Di Modica intended, it’s now seen as an aggressive threat to women and girls — a symbol of patriarchal oppression.

      In effect, Fearless Girl has appropriated the strength and power of Charging Bull. Of course Di Modica is outraged by that. A global investment firm has used a global advertising firm to create a faux work of guerrilla art to subvert and change the meaning of his actual work of guerrilla art. That would piss off any artist.

      See? It’s not as simple as it seems on the surface. It’s especially complicated for somebody (like me, for example) who appreciates the notion of appropriation in art. I’ve engaged in a wee bit of appropriation my ownself. Appropriation art is, almost by definition, subversive — and subversion is (also almost by definition) usually the province of marginalized populations attempting to undermine the social order maintained by tradition and the establishments of power. In the case of Fearless Girl, however, the subversion is being done by global corporatists as part of a marketing campaign. That makes it hard to cheer them on. There’s some serious irony here.

      And yet, there she is, the Fearless Girl. I love the little statue of the girl in the Peter Pan pose. And I resent that she’s a marketing tool. I love that she actually IS inspiring to young women and girls. And I resent that she’s a fraud. I love that she exists. And I resent the reasons she was created.

      cc @mona @philippe_de_jonckheere



  • C’est ma période Arte radio…
    Celui-là dure 3 mn et je trouve la fin du laïus de la proviseur du lycée professionnel totalement dingue…
    L’éducation nationale est à brûler c’est certain, il n’y a rien de bon à en retirer.
    Voix de garage | ARTE Radio
    https://www.arteradio.com/son/616248/voix_de_garage
    https://www.arteradio.com/sites/all/themes/artenew/images/fb_default.jpg

    #racisme #éducation_nationale #audio #radio #orientation_scolaire #Marseille #mépris_de_classe #discrimination #violence_sociale


  • Bonjour ami·e·s de @seenthis
    Suite à vos réactions toujours très positives à mon travail artistique et pour laquelle je vous suis très reconnaissante. Et vu la part importante, et de plus en plus, que @seenthis à dans mon travail. Je me suis dit que ca vous intéresserait pour certain·ne·s d’avoir une vue plus précise sur mon processus de création. Ca m’intéresse aussi de manière égoïste parce que j’utilise déjà beaucoup @seenthis pour mon archivage et que c’est un outil génial. En plus ca me permet d’avoir des retours encourageant ou riches avec vous et de bénéficié de vos connaissances. Et je pense que plus on voie comment ca fonctionne le processus de création, plus ca pourra donner envie à d’autres de s’y mettre.

    Du coup j’entame la rubrique de #workinprogress #mad_meg avec les parchemins de magie #soeurcière. C’est une nouvelle série issue des discussions et info que j’ai eu ici sur la chasse aux #sorcières . C’est lié aussi au #mégèrisme aux questions d’ #empowerment et #disempowerment. Les premiers parchemins sont visibles ici : https://seenthis.net/messages/578691

    Je vais faire une discussion par dessin comme ca je mettrais l’avancement du travail dans les commentaires. Ca permettra de mettre à la fin le résultat et de voire tout le chemin. Comme les parchemins ont du succès et que ça m’inspire beaucoup je vais probablement en faire une petite quantité dans les prochains temps.

    Pour le moment voici le menu des sorts dont je dispose.

    – sort pour amélioré la participation des hommes et enfants aux travaux ménagers dans les foyers. ( http://www.madmeg.org/ma1 )

    – sort pour enchanté un godemiché ( http://www.madmeg.org/mb1 )

    – sort pour apaisé la douleur des règles ( le dessin est fait mais je n’ai pas le scan)

    – sort pour incité les hommes à porter un #remonte_couilles_toulousain (voire ici https://seenthis.net/messages/581287 )

    – sort pour retrouver les noms féminins de la langue française ( https://seenthis.net/messages/581297 )

    – sort pour lutter contre l’invisibilité des femmes dans la culture ( https://seenthis.net/messages/586025 )

    – sort pour renforcer les mères célibataires. Il sera écrit par @touti ( https://seenthis.net/messages/582382 )

    – sort pour que le masculin ne l’emporte pas (en grammaire mais pas seulement https://seenthis.net/messages/582584 )

    – sort pour renforcer la sororité

    – sort pour apaisé la colère des femmes suite à une discussion sur le féminisme avec un #mansplanneur (celui là se décline probablement avec des variantes #nice_guy #manarchistes #masculiniste #pro-féministe les copines peuvent passé leur commande) -

    – sort pour avoir une ménopause agréable et qui rende plus puissante. (l’idée me viens à l’instant suite à la discussion tenu ici : https://seenthis.net/messages/580900 )

    – sort pour qu’on laisse les mères allaité si elles le veulent et comme elles le veulent. (Utiliser Isis et Horus)

    Je mettrais à jour la liste avec des éditions si vous avez des idées, demandes, propositions elles sont les bienvenus et je mettrais dans les infos sur le parchemin - d’après une idée de : ... avec le nom que vous préférez. L’idée des sorte c’est qu’ils rendent les femmes plus puissante et les hommes moins puissants pour parvenir à rétablie la balance. Je ne sais pas si je ferais des sorte sur d’autres dominations, ou alors de manière intersectionnelle avec la question des femmes toujours impliqué. Par exemple je peu faire des sorts contre le #virilo-carnisme ou contre la #misogynoir mais pas simplement sur le #carnisme ou le #racisme ca sera à d’autres de les faire.

    J’ai entamé aussi un grand dessin sur les résaux sociaux. Pour le moment il s’appel #Zuckerberk mais le titre est temporaire et ca se passe ici : https://seenthis.net/messages/581398

    Merci pour votre attention et pour tous ce qu’on partage.
    Vive @seenthis un rezo qui sent pas les fesses de bouc !


  • Voici mes derniers dessins qui serons présenté à partir de ce soir à l’exposition HEY ! Gallery Show #1 chez Arts Factory au 27 rue de Charonne Parsi 11°
    Le vernissage est de 16h à 21h30
    L’expo dure jusqu’au 22 avril 2017
    voire ici aussi : https://seenthis.net/messages/577726

    –----

    Patriarche n°17 - L’Impérialiste (2016)
    http://www.madmeg.org/p17
    http://www.madmeg.org/p17/vignette-1200x630.jpg
    Pour celui là j’ai utilisé deux cartes de @visionscarto faites par @reka
    https://visionscarto.net/qui-fabrique-les-armes-et-qui-les-achete
    https://visionscarto.net/cartographier-la-guerre
    Merci @reka
    .
    .
    .
    Patriarche n°2 - Le grand frère (2016)
    http://www.madmeg.org/p2
    http://www.madmeg.org/p2/vignette-1200x630.jpg
    Celui ci n’est pas sur la franc-maçonnerie mais sur la fraternité dans le sens expliqué dans cet article : https://seenthis.net/messages/420859
    .
    .
    .
    Et il y a deux nouveaux travaux, ce sont des parchemins de magie mégèriste. C’est le fruit de toutes mes lectures, écoute et discussions sur les #sorcières

    Minus Vis I - Debilitatem (2016)
    http://www.madmeg.org/ma1
    http://www.madmeg.org/ma1/vignette-1200x630.jpg
    Est un maléfice qui vise à faire participé les hommes et les enfants aux tâches ménagères dans les foyers. Le texte de l’invocation est issu de ce site :
    http://www.commentpeutonetrefeministe.net/2015/07/05/partage-des-taches-feminisme
    avec l’aimable autorisation de l’autrice.
    Sur le coté l’icône avec un imprimante permet de téléchargé le sort pour le faire à la maison.
    .
    .
    .
    Magis habent virtutem I - Qui dixit que non possum ? (2016)
    http://www.madmeg.org/mb1
    http://www.madmeg.org/mb1/vignette-1200x630.jpg
    Est un enchantement pour sex-toy. Le texte de l’invocation est d’Isidora Günbil.
    Grâce à @fil vous pouvez téléchargé le sort pour le faire à domicile.
    .
    .
    .
    Merci @fil pour ces superbes outils, parfaits pour mon travail. Merci @reka pour tes cartes, merci @dora_ellen et merci @seenthis pour toute l’inspiration que j’y trouve.

    #mad_meg #shamless_autopromo #mégèrisme #patriarche #cartographie


  • Le problème qui n’a pas de nom… parce que le mot « femme » est qualifié d’essentialiste | Claire Heuchen
    https://tradfem.wordpress.com/2017/03/17/le-probleme-qui-na-pas-de-nom-parce-que-le-mot-femme-est-qualifie

    « Y a-t-il une façon plus courte et non essentialiste de parler de « personnes qui ont un utérus et tous ces trucs » ? », a demandé sur le réseau Twitter la journaliste Laurie Penny. À plusieurs égards, la quête de Penny pour trouver un terme décrivant les personnes biologiquement femmes sans jamais utiliser le mot femme décrit le principal défi posé au langage féministe actuel. La tension entre les femmes qui reconnaissent et celles qui effacent le rôle que joue la biologie dans l’analyse structurelle de notre oppression s’est transformée en ligne de faille (MacKay, 2015) au sein du mouvement féministe. Source : (...)

    • Toute cette polémique résulte d’une déclaration de #Chimamanda_Ngozi_Adichie

      Alors, quand des gens soulèvent la question « est-ce que les transfemmes sont des femmes ? », mon sentiment est que les transfemmes sont des transfemmes. Je pense que si vous avez vécu dans le monde en tant qu’homme, avec les privilèges que le monde accorde aux hommes, et que vous changez ensuite de sexe, il est difficile pour moi d’accepter que nous puissions alors comparer vos expériences avec les expériences d’une femme qui a toujours vécu dans le monde en tant que femme, qui ne s’est pas vu accorder ces privilèges dont disposent les hommes. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose d’amalgamer tout cela. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose de parler des enjeux des femmes comme étant exactement identiques aux enjeux des transfemmes. Ce que je dis, c’est que le genre ne relève pas de la biologie, le genre relève de la sociologie.

      #femmes #transfemmes #identité #queer #TERF #féminismes #backlash #Claire_Heuchen

    • « Supprimer le mot femme et les termes biologiques de tout échange concernant la condition féminine corporelle semble dangereux, écrit la chroniqueuse Vonny Moyes. Refuser de reconnaître l’anatomie des femmes, leurs capacités reproductives et leur sexualité a longtemps été le fait du patriarcat. Il semble que nous ayons bénéficié de quelques décennies dorées de reconnaissance, et que nous avons pu afficher fièrement notre expérience vécue de la condition féminine corporelle, mais nous devons maintenant abdiquer ce vocabulaire au nom du reste du groupe. Même si la logique semble être aux commandes, il est difficile de ne pas ressentir l’effacement de cet aspect de la condition féminine, avec de troublants échos du patriarcat traditionnel. »

      ouais, pas qu’un peu, d’autant qu’à la racine du patriarcat se trouve l’exploitaton du #travail_reproductif

    • Cher-es éditeurices de @rezo !
      Cet article est problématique de par sa position transphobe (soutenir que les femmes trans ne sont pas des femmes ou que "le" féminisme ne devrait pas se soucier d’inclure les femmes —et autres personnes— trans, c’est transphobe).

      Si ça ne suffisait pas, l’autrice (et la traductrice française à sa suite) fait l’amalgame entre une théorie queer caricaturale et le transféminisme, et balance certaines affirmations basées sur du vent, style : "Dans un tel scénario, celles qui possèdent un corps féminin, les femmes, pourraient simplement échapper par auto-identification à l’oppression structurelle, et choisir de faire partie de n’importe quel autre groupe qu’une classe opprimée"

      Personne, à ma connaissance, ne défend ça. Il y a de grandes chances pour que l’autrice ait sorti cette accusation de son chapeau en la présentant comme une conséquence logique de l’"idéologie queer" (alors qu’elle parle en réalité non de queer mais de transféminisme) ; c’est un “sophisme de l’homme de paille” (https://fr.wikipedia.org/wiki/Épouvantail_(rhétorique)), consistant à argumenter contre un-e adversaire dont on a pris soin auparavant de déformer ou d’exagérer les positions ; bref, de la belle malhonnêteté intellectuelle !

      Et il y a plus mais je vais m’arrêter là, j’ai commenté l’article en (un peu) plus de détail mais je ne suis pas sûre d’être validée par la modératrice...

      Donc au minimum, même si encore vous n’êtes pas sûr-es de votre position sur la transphobie (et je vous encourage à vous renseigner au plus vite, http://www.juliaserano.blogspot.fr est une autrice très accessible, pointue, mesurée... mais c’est en anglais) évitez au moins de relayer des articles d’une telle mauvaise foi s’il vous plaît ! Et si vous ne comprenez pas les enjeux (qui sont immenses, pour une population certes marginal(isé)e et numériquement faible) alors abstenez-vous de peser dans le débat.

      Par ailleurs, un immense merci pour votre travail formidable qui m’a aidé à forgé ma conscience politique sur de très nombreux thèmes.
      —Miluyali

    • @milyali Merci. Je le partageais surtout pour aller à la pêche aux réactions et aux critiques (ce n’est pas très malin, je sais), parce que je ne connais pas grand chose au sujet. Je vais essayer d’y remédier assez vite !

    • Mesurée, Julia Serano ?

      @JuliaSerano : « ...but I have to say that as an infertile woman, all this contraception-centric feminism over the last months has been alienating for me... », twitter.com, 4 mars 2012.

      Quand le torchon brûle entre femmes trans et féministes cis, c’est bien dommage et à mon avis ça demande de mettre beaucoup de trucs sur la table pour s’accorder mieux contre le patriarcat. En revanche, je ne suis pas sûre que ce soit très constructif de traiter ses opposant-es de malades mentales (marre du lexique en -phobe) ou de prendre à partie les personnes qui écrivent, traduisent, éditent ou même lisent les textes qu’on n’aime pas. J’espère que ton com passera, @milyali, mais ton procédé qui consiste à suggérer la dépublication par @rezo n’est pas très très classe.

    • Bonsoir @mona, si c’est vous qui avez enlevé le lien de la page de @rezo je vous en remercie, je vais tâcher d’être un peu plus constructive dans mes suggestions de lecture si ces sujets vous intéressent (cf. plus bas)

      J’ai réagi un peu dans l’urgence parce que je lis depuis quelques temps avec inquiétude les clashs assez orageux qui opposent certaines féministes radicales (décrites par leurs opposant-es comme TERFs, pour "Trans-Exclusionary Radical Feminists) aux femmes trans aux USA. On n’en est pas arrivées là en France, mais à mesure que les problématiques trans gagnent en visibilité, on va avoir droit au backlash qui risque de venir avec. Les traductrices de TradFem semblent vouloir contribuer à introduire en français certaines des idées (et amalgames surtout) phares des TERFs donc ça me semblait important de commencer dès maintenant à y faire face...

      @aude_v : bien vu, j’avais jamais réfléchi à la connotation psychiatrisante des termes en -phobie... Selon toi est-elle présente également dans "xénophobie", "homophobie", "islamophobie" ? je ne me rend pas toujours bien compte de cette influence insidieuse de l’étymologie.

      En tous cas pour "transphobie" je trouve ça pas top en effet, même si le mot existe depuis trop de temps et a une histoire qui le rend incontournable et légitime dans certains contextes, de la même façon que "antisémitisme" ne se réfère pas (plus) à la haine des "sémites" mais des seul-es juif-ves. L’usage prime finalement sur l’étymologie, ce qui ne doit pas nous empêcher de réfléchir à de meilleurs termes.

      N’empêche, c’est vrai que j’aurais pu dire "anti-trans" ou "cissexiste", au moins on est clair sur la dimension politique de ces discours.

      Hum je n’avais pas l’impression d’avoir suggéré la dépublication, je ne réalisais pas que ça se faisait. Je viens de m’inscrire sur seenthis et c’est la première fois que j’interagis directement avec @rezo en fait, depuis 2012 que c’est ma page de démarrage j’en avais encore jamais ressenti la nécessité ! En tous cas ça me va bien d’avoir (apparemment) suggéré ça, et j’assume sans problème l’inélégance de cette démarche. Pour moi, le texte de Tradfem ne tient pas un discours méritant d’être débattu, à deux titres : malhonnêteté intellectuelle et manque de cohérence argumentative d’une part ce qui laisse présumer un débat stérile ; et puis position essentialiste anti-trans, déni du vécu, de la subjectivité et des revendications des personnes trans. Et là il n’y a rien à débattre, on est sur des positions de principes fondamentalement incompatibles.

      Après on peut décider d’assumer ce refus d’entendre les voix des personnes trans, mais je ne me fatiguerai pas à en débattre, je me contenterai de le combattre. À quoi bon discuter face à un discours dont les croyances ou valeurs sous-jacentes ("les femmes trans ne sont pas des femmes") sont incompatibles avec les miennes, et qu’aucune de ces deux positions n’est démontrablement plus "vraie" que l’autre ?

      Concernant Julia Serano :
      Merci de partager ce tweet dans lequel en effet elle dit un peu de la merde (j’imagine que tu as vérifié que c’était pas du second degré, ou que c’était lié à un contexte trop spécifique ?). Je vais pas la défendre à tout prix, même au contraire si elle a dit d’autres trucs du même acabit ou encore si elle tient d’autres positions problématiques c’est cool de le partager. Merci ! Ceci étant dit le tweet en question ne me semble pas suffisant pour la décrédibiliser, ou démentir le fait qu’elle a (selon moi, et en général) une écriture plutôt fine et intelligente. Mais oui c’est vrai que c’est pas très “mesuré" ni très intelligent comme remarque.

      En tous cas c’est de bonne guerre, linker le site d’une autrice plutôt prolifique et éclectique en disant "tiens lis ça" c’est un peu facile. Dont acte, je farfouille pour donner des références précises :

      > J’ai lu récemment son premier livre, "Whipping Girl" dont quelques chapitres sont traduits et publiés par Tahin Party (http://tahin-party.org/serano.html). J’ai trouvé ça hyper intéressant, et je le recommande. Elle explique notamment comment l’exclusion et la dévalorisation des femmes trans, y compris par certaines féministes, est au moins en partie due selon elle à une dévalorisation de la féminité, et donc à de la misogynie intégrée.
      > http://msmagazine.com/blog/2012/04/18/trans-feminism-theres-no-conundrum-about-it —Ça répond en partie à certains des reproches que Claire Heuchan adresse aux transféministes.
      > http://juliaserano.blogspot.fr/2011/08/whipping-girl-faq-on-cissexual.html —Là c’est de la terminologie, c’est pas fun à lire mais au cas où ça couvre des points qui me semblent importants comme base.
      > http://juliaserano.blogspot.fr/2013/11/why-myriad-double-standards.html —Où JS pose les bases d’un féminisme "holiste" prenant en compte l’intersection d’une myriade de "deux-poids-deux-mesures", pas seulement celui qui défavorise les femmes au bénéfice des hommes.
      > http://juliaserano.blogspot.fr/2013/11/what-is-gender-artifactualism.html —Un point sur l’inclusion de facteurs biologiques dans l’identité de genre. La discussion avec RadTransFem en commentaire est intéressante

      Voilà... PS— merci @mona et @aude_v. pour vos écrits que je suis depuis quelques années, Vous m’avez chacune fait avancer dans mes réflexions et je vous en suis très très reconnaissante ! :)
      ~Miluyali~

    • Le lien a été dépublié de rezo.net, sérieux ? Je n’avais pas lu le texte, je craignais le pire à voir les réponses qu’il inspire et si je ne suis pas d’accord avec tout, je trouve ça super choquant de censurer des lesbiennes noires féministes parce qu’elles devraient être féministes comme on pense et pas autrement. Et des blanches hétéro pareil.

      Je pense que les inquiétudes qu’expriment les féministes traduites par Tradfem sont sérieuses. Meghan Murphy raconte l’attaque contre la librairie de Vancouver et la campagne violente contre une librairie anglaise http://www.feministcurrent.com/2017/02/14/podcast-julie-bindel-growing-working-class-lesbian, parce qu’elles accueillent des (livres de) féministes qui seraient à censurer. Murphy note qu’au final la présence de mecs hétéro cis en soutiens parfois actifs est plus que problématique : toi aussi, trouve une bonne raison pour aller dire à des meufs quoi penser.

      Outre ces cas de violence, je pense que la manière dont les espaces des femmes sont grignotés est problématique. Murphy, encore elle, raconte qu’au Canada les personnes peuvent désormais choisir leurs vestiaires et toilettes sur la base de leur ressenti (un lien au passage https://raymondreviens.wordpress.com/2016/07/01/c-est-mon-ressenti). Ça veut dire qu’être femme n’est plus affaire de biologie ni de socialisation mais de choix. Serano, d’ailleurs, fait un sort à cette idée qui peut sembler cool pour en finir avec le sexisme (arrête d’être une meuf et ça ira mieux) mais n’est pas opérante. Être une meuf, c’est être identifiée comme une meuf et subir à cause de cela violence sexuelle, symbolique, censure, etc.

      Je pense qu’il est super important de noter que les personnes qui vivent ça ont besoin de non-mixité. Que ce soit politiquement pour construire une réponse collective ou en pratique pour avoir des lieux safe, dans lesquels il n’y a aucune chance qu’elles se fassent agresser par une personne qui tente de la pénétrer avec son pénis comme elles ont pu en faire l’expérience. Perso j’étendrais volontiers cette mixité aux femmes trans mais je constate beaucoup d’abus à ce sujet, par exemple quand on décide qu’il est oppressif de renvoyer à une femme trans une identité masculine alors qu’elle se présente au monde avec un physique masculin, que personne ne lui a jamais renvoyé d’injonctions féminines, ni enfant, ni adulte et qu’elle ignore donc en grande partie ce qui fait une vie de meuf.

      Je sais que la réaction évidente, c’est de dire que chacun.e doit s’autodéfinir. Même moi, quand l’an dernier à la teuf du 8 Mars une petite fille m’a regardée en face pour me demander pourquoi j’étais dans les toilettes des filles (je suis un peu butch mais pas ambiguë), au lieu de lui dire qu’il y avait plein de femmes différentes je lui ai dit qu’il fallait laisser à chacun.e le droit de choisir ses chiottes. Alors qu’en fait je trouve bien que des personnes avec un pénis n’aient pas le loisir de se retrouver comme moi dans les chiottes avec une petite fille sans un minimum de garantie sur leur adhésion à la classe des femmes. Parce que le truc a l’air abstrait, Serano théorise de manière très fine, mais ce qui finit par avoir lieu dans la vraie vie, c’est que n’importe quel malade peut investir de bonne ou de mauvaise foi un lieu ou des femmes se réunissent entre elles et leur imposer sa présence.

      J’ai quitté un lieu féministe ou Serano avait justement été convoquée pour justifier l’accueil d’une personne barbue et parlant de soi au masculin qui était visiblement débile léger, exploitait une femme à la maison, se disait trans mais a finalement refusé l’aide des meufs trans de l’asso et s’est fait lourder d’une asso amie pour avoir dragué des femmes qui étaient accueillies dans le cadre de violences genrées dont elles sont victimes/survivantes. Classe. Que la question ne se pose pas pour d’autres meufs trans dans le lieu en question et se pose pour cette personne, ça n’a jamais été un argument convaincant, c’était soit biologie ou autodéfinition. Alors qu’il a bien été démontré qu’être femme était un fait social et que le regard des autres, leurs injonctions que tu finis par intérioriser, compte bien pour faire d’une personne une femme.

      Je ne sais pas encore trop quoi penser des inquiétudes sur la condamnation du mot femme mais il me semble évident qu’il y a a minima une compétition entre femmes trans et femmes cis pour la définition de ce que devrait être le féminisme (c’est ce que montre Serano quand elle se plaint que les féministes en fassent trop sur les droits reproductifs), et que certaines femmes trans et leurs allié.es luttent violemment pour ça, contre une classe de personnes qui ont un privilège cis assez douteux parce que non, être perçue comme une femme dans une société sexiste n’offre pas vraiment de privilège, à part le fait d’être dans une norme statistique. Être représentée, ne pas être invisibilisée ? Vu la qualité des représentations, on aimerait parfois mieux pas.

      Je n’ai pas trop compris le truc de féminisme holistique de Serano mais je pense que ça commence en comprenant comment des féministes comme moi, à priori transinclusives et pas essentialistes, peuvent finir par se sentir menacées. L’autodéfinition et la non-binarité sont en l’état du sexisme des tentations assez dangereuses pour invisibiliser les femmes et nier leurs besoins politiques et bassement pratiques.

    • Et j’en remets une couche pour remercier de nouveau @tradfem de la mise à disposition de ces textes. Je ne suis pas d’accord avec tout mais j’y ai trouvé des super ressources pour comprendre le pétage de câbles que j’observe au sujet de l’identité en ce moment. Claire Heuchen entre autres explique super bien la racine du problème, le fait que le genre n’est pas une identité individuelle mais un système de classement social des personnes entre hommes et femmes, à fin d’établir l’oppression des uns sur les autres. Il s’agit donc moins d’identité que d’appartenance à une classe quand il est question d’être une femme. Et l’appartenance, elle, se construit avec les autres.

      C’est grave, de faire taire ces voix...

    • @aude_v : Merci pour tes réponses !

      Bon, j’ai envie de revenir sur ma position.
      Les enjeux, du moins certains me dépassent.
      J’ai du mal à voir pourquoi ça dépendrait de moi (je ne suis membre d’aucun groupe de SJW qui pourrait tenter de détruire la réputation ou hacker les serveurs de Rezo.net ou quoi, qu’on se rassure je ne parlais qu’en mon nom propre et n’avançait aucune menace masquée autre que ma propre désapprobation)... mais bref, si mon avis compte sur la republication de l’article, je vote pour, tout en encourageant l’équipe @rezo à publier des positions contradictoires.

      Donc OK j’ai réagi avec virulence avant d’être bien au clair sur ma position. Je m’excuse et me rétracte. J’ai la sensation d’être dépassée par cette discussion, mon expérience de ces débats est informée par mon propre prisme et vécu qui tendent à me faire privilégier les voix trans et trans-inclusives. Je réalise un peu mieux les abus que peuvent entraîner une telle position poussée à l’extrême, merci d’avoir partagé ton vécu et ces liens.

      Pour parler un peu du fond, je trouve pas que tout ce que dit Heuchen dans cet article est faux. loin de là. Je ne suis pas du tout convaincue par les positions qui nient complètement la réalité de la socialisation masculine pour les femmes trans. En tout cas je répète, concernant Heuchen il me semble qu’elle ignore de large pans de discours trans pour en faire une caricature grotesque, cherche à s’accaparer « le » féminisme, jette les femmes trans et leurs vécus hyper divers avec l’eau du queer de façon éhontée et franchement ça ne prête pas à l’échange. Oui moi aussi en fait je pense qu’on a besoin de sérieuses discussions sur ces questions de socialisation masculine, d’inné-et/ou-construit, d’autoidentification, de binarité ou non. Je suis loin d’être tranchée sur toutes ces questions et le débat me semble important.

      Ceci étant dit, « la #censure » n’est jamais qu’affaire de ligne de démarcation, dont le choix du tracé est éminemment politique, entre ce qu’on veut bien et ce qu’on ne veut pas entendre. Si @rezo relayait les idées racistes de Caroline Fourest je pèserais de tout mon p’tit poids pour que ça soit dépublié. ça te parle ? Le rapprochement te paraît justifié ou non ? (certes Fourest est très bien relayée déjà, mais ce texte de Heuchen ajoute de l’eau à un moulin transmisogyne qui tourne déjà très bien tout seul sans l’aide des féministes radicales. pour moi leur caricature de transféminisme n’est pas du tout subversive)

      Sinon, juste :
      « être perçue comme une femme dans une société sexiste n’offre pas vraiment de privilège » :
      –> Etre blanche (bourgeoise, valide, etc) comporte des privilèges non ? pourquoi être cis ce serait pas le cas ? Ça ne change rien à l’oppression subie par les femmes cis, en tant que femmes.

      Encore merci. Bonne soirée.

    • @milyali, j’ai trouvé ton expression très mesurée. Pour la (dé)publication de Fourest, la question ne se pose pas car elle est mainstream depuis longtemps. Pas vraiment le cas de Claire Heuchen, si j’ai bien compris.

      Sur le privilège des blanches et des bourgeoises, justement j’en causais aujourd’hui avec des copines à propos du prochain texte de Mélusine qu’on publie et qui parle d’une spécificité assez trash du vécu meuf dans une classe globalement dominante. L’exemple que je donne souvent, c’est Delphy en 1977 sur l’intersection classe-sexe qui parle de la violence spécifique dont font l’objet les bourgeoises *parce qu’*elles sont la propriété du bourgeois et qu’elles dominent mais elles, c’est illégitime. Il y a des scènes de culture du viol prolétarien sur bourgeoises dans le cinéma subversif super « rigolotes » qui rendent bien compte de ce fait que les bourgeoises ne dominent pas vraiment les ouvriers, en tout cas, loin de la manière dont les bourgeois dominent les ouvriers. C’est pareil pour les femmes blanches objet de convoitise spécifique (il m’arrive de m’énerver encore d’agressions sexuelles dont j’ai fait l’objet alors que les femmes locales, moins privilégiées, en étaient préservées) ou que le privilège hétérocis d’ados US en cloque à 500 km du premier centre d’avortement. Je crois qu’il faudrait limiter la notion de privilège à des bénéfices aux dépens d’une autre classe, déjà, pas à des positions différentes qui ne font pas de vase communiquant...

    • Je résume : sous mes petits yeux qui n’en reviennent pas, le lien vers cet article aurait disparu de la page de @rezo. Ou c’est moi qui ne le retrouve pas. Dans tous les cas j’aimerais bien que les responsables de cette censure m’ôtassent un doute.

      Je ne sais pas si vous avez remarqué mais j’ai assez peu de complaisance pour les modes militantes, la bien-pensance et le confort intellectuel. Et puis je n’aime pas les accusations de maladie mentale, je ne sais pas d’ou je tiens ça... Je n’ai pas l’intention de mettre mon mouchoir sur cette histoire, je souhaite qu’on en discute.

      Parce que ça n’a l’air de rien comme ça mais la réduction du genre à une identité perso et qu’il ne soit plus compris comme un système de classe (un fait que Claire Heuchen, une étudiante lesbienne afro-féministe écossaise si j’ai bien compris, explique très bien dans un texte connexe) me semble une attaque dangereuse contre ce que représente pour moi le féminisme. Au point que depuis deux ans je suis dans la nature, plus capable de m’investir dans une asso féministe.

      Je ne suis pas une femme parce que je l’ai choisi (a priori, moi, c’était non) ni parce que j’ai un utérus (dont je ne prendrai pas la peine de vérifier qu’il fonctionne) mais parce que c’est une classe à laquelle j’ai été assignée. Je suis une sous-personne dont beaucoup d’hommes trouvent loisible d’exploiter la bonne volonté, comme dans ces histoires que je raconte et qui sont moyennement rigolotes.
      http://blog.monpatronestprofeministe.eu

      Je ne suis pas a priori opposée à la participation des femmes trans au mouvement féministe, je pense que les parcours trans sont intéressants pour comprendre le genre (dis, on te parlait mieux quand on te voyait comme un gars ?) et j’ai déjà eu des copines trans féministes mais je suis très inquiète de la complaisance absolue sur l’appartenance de jure de toutes les personnes socialisées comme des hommes mais ayant un jour un souci d’identité et qu’il faudrait accueillir sur la base de leur auto-identification. Je pense que ce changement d’appartenance, il implique le regard des autres et en premier lieu des féministes dont on exige la sororité. Et devant le terrorisme qui exige des féministes cet accueil généreux, parfois aux dépens de leur intégrité (j’ai quitté mon groupe féministe d’appartenance parce que je craignais des abus dont je n’ai ensuite pu qu’entendre le récit), des textes dont celui-ci m’aident à penser pour protéger des espaces que j’estime être vitaux quand on est une meuf et qu’a priori on est l’objet de violences minuscules ou gravissimes, symboliques ou physiques, qui sont bien documentées ici.

      Je n’aurai pas spécialement envie de continuer à discuter de féminisme comme si de rien n’était si la censure de ce texte passe comme une lettre à la poste.

      @mad_meg @intempestive @odilon @touti @monolecte @mona @supergeante
      @rastapopoulos @reka @philippe_de_jonckheere @fil @biggrizzly @sombre @nicolasm

    • @rezo publie sans éditorialiser et laisse aux internautes le soin de s’y retrouver parmi plein de discours qui prennent parti et qui n’ont pas toujours vocation à être consensuels. C’est pas un arbitre du bon goût mais un lieu de découverte, si j’ai bien compris.

      Ce texte-là n’a pas franchement choqué @sinehebdo et @koldobika qui sont les premiers à avoir commenté avant que @milyali nous dise ce qui a été compris comme ce qu’il faut penser...

      Tiens, @cqfd au passage.

    • @aude_v : je comprends bien ta volonté d’en débattre et ta colère. Si je ne suis pas intervenue dans le débat jusqu’ici c’est que je n’y connais rien, que j’en découvre les termes et qu’il me manque pour l’instant aussi bien des ressources que du temps de réflexion et des discussions pour pouvoir y contribuer. Ce texte traduit par @tradfem et les réactions qu’il suscite engage ma formation sur les chapeaux de roue...

      (Incidemment, je n’ai pas reçu de notification même si tu as inclus mon pseudo dans ton commentaire, alors que cela fonctionne normalement.)

    • Mon coloc est tombé sur l’article sur rezo.net. Il me dit avoir trouvé l’article globalement très intéressant mais que quelques tournures lui semblaient violentes, trop polémiques. Et qu’il lui semble regrettable d’enlever cette pièce du débat. Moi qui ai lu alertée par cet échange, je craignais le pire et donc la surprise a plutôt été de trouver un texte argumenté et pas un tissu d’insultes.

    • Je découvre le texte et les commentaires sans y avoir pensé auparavant. Je trouve qu’il a le mérite d’ouvrir la discussion sur cette question.
      À chaud, j’ai tendance à penser que l’expérience d’une femme n’est pas la même que celle d’une « transfemme » et qu’on le veuille ou non, ce vécu est indélébile. Ça n’a rien de stigmatisant, c’est un fait. Tout cela mérite évidemment d’y réfléchir.

    • Merci @aude_v de ne rien lâché. C’est courrageux de ta part tant la discutions autour du transféminisme est difficile et violente. Je serais pour une republication de ce texte de tradfem eventuellement accompagné d’un autre texte qui explique les bases du transféminisme ou répond à certaines questions soulevés par le texte de tradfem. @milyali si tu as un texte à proposé ca pourrait equillibré le debat et peut etre aider toutes celles et ceux qui son largué·e·s a y comprendre qqchose.

    • Je ne suis intervenu ici que pour dire que ce texte est l’une des nombreuses réactions, des deux « côtés », à une polémique qui fait suite à une déclaration de Chimamanda Ngozi Adichie, une auteure féministe que j’aime beaucoup et qui est aussi attaquée pour son statut de célébrité (je ne la défend pas en disant cela, je constate juste), et de célébrité noire.

      Au delà du débat actuel sur l’identité, il me parait donc important de ne pas oublier la source de cette polémique, une petite minute, entre 2’40" et 3’40", et peut-être de se faire un avis dessus avant de se faire un avis sur les commentaires :

      Chimamanda Ngozi Adichie on feminism, Channel 4, le 10 mars 2017
      https://www.channel4.com/news/chimamanda-ngozi-adichie-on-feminism

      Et il pourrait ensuite être intéressant de citer d’autres articles de cette polémique, comme celui ci par exemple :

      When Callouts Become Anti-Black : On Chimamanda Ngozi Adichie’s Transphobia, Disposability Culture & British Colonialism
      Thembani Mdluli, Rest for Resistance, le 16 mars 2017
      https://www.restforresistance.com/zine/when-callouts-become-antiblack-on-chimamandas-transphobia

      Adichie and her work are important, and we cannot throw her away simply because she has demonstrated herself to be imperfect and even capable of inflicting harm upon people more marginalised than herself.

    • Call-out culture refers to the tendency among progressives, radicals, activists, and community organizers to publicly name instances or patterns of oppressive behaviour and language use by others. People can be called out for statements and actions that are sexist, racist, ableist, and the list goes on. Because call-outs tend to be public, they can enable a particularly armchair and academic brand of activism: one in which the act of calling out is seen as an end in itself.

      (...) “calling in” has been proposed as an alternative to calling out: calling in means speaking privately with an individual who has done some wrong, in order to address the behaviour without making a spectacle of the address itself.

      How do we hold people to account who are experts at using anti-oppressive language to justify oppressive behaviour? We don’t have a word to describe this kind of perverse exercise of power, despite the fact that it occurs on an almost daily basis in progressive circles. Perhaps we could call it anti-oppressivism.

    • Tiens, justement, un article de plus sur le sujet, traduit par @tradfem :

      L’essai de récupération de Chimamanda Ngozi Adichie par la Troisième vague est tout sauf intersectionnel
      RAQUEL ROSARIO SANCHEZ, Feminist Current, le 20 mars 2017
      https://seenthis.net/messages/580713

      Et dans le Guardian:

      Chimamanda Ngozi Adichie on transgender row: ’I have nothing to apologise for’
      David Smith, The Guardian, le 21 mars 2017
      https://www.theguardian.com/books/2017/mar/21/chimamanda-ngozi-adichie-nothing-to-apologise-for-transgender-women

      #Raquel_Rosario_Sanchez

    • Bonjour ! Bon j’ai passé une bonne partie de la nuit à lire et sélectionner quelques textes de personnes trans (et d’une ou deux femmes cis transinclusives) qui parlent de divers aspects des questions qu’on a abordées ici ! J’espère que ça donnera des pistes de lecture, et des idées de publication à @rezo. C’est très long parce que j’ai balancé des extraits substantiels pour chaque lien histoire de donner une idée de quoi ça parle et dans quel sens ça va.

      J’ai choisi surtout des auteurices matérialistes et/ou radicales, en tout cas pas franchement queer... non parce je voulais prouver qu’ielles existent et que Heuchan a tort de foutre tout le transféminisme dans la case "idéologie queer" (ce qui fait légèrement penser à la "gender" de LMPT franchement...) mais simplement parce que ce sont les blogs que je suis moi, et qui me parlent à moi.

      Les positions défendues dans les différents textes sont parfois au moins autant en désaccord entre elles qu’avec Heuchan :)

      Mais avant toute chose, @aude_v c’est quoi cette histoire de maladie mentale, personne n’accuse personne— OK, je (suis toute seule j’crois) n’accuse personne de maladie mentale. Lorsque je dis d’une personne qu’elle est transphobe (c’est bien à ça que tu fais référence ?), ouijesais c’est le même suffixe que "agoraphobe" ou "claustrophobe", mais aussi que "homophobe" ou "islamophobe" (que personne ne considère comme des maladies mentales à ma connaissance ?). L’accusation de transphobie porte sur le fait de prendre part, renforcer, légitimer une oppression systémique dans laquelle les personnes trans sont opprimées en tant que trans. Le mot n’est pas idéal, il a des connotation psy de par sa racine "phobie" je suis d’accord avec ça. Mais pour autant tu crois réellement que je porte des "accusations de maladie mentale" ? Toutes façons ça n’a pas de sens, être malade mental n’est pas un tort, on ne peut donc pas en accuser celleux qui en souffrent. En tout cas je fais de mon mieux pour éviter d’impliquer ça. Mais là y avait-il vraiment la moindre ambiguité ? Si c’est le cas je m’en excuse et je veux bien qu’on discute clairement de ce que le mot signifie ou de quel mot tu souhaiterais qu’on utilise ici pour en parler.

      Non parce qu’en revanche, quand une personne persiste à dire des trucs transphobes au bout d’une certaine exposition à des discours transféministes, je le lui reproche. "j’accuse" je sais pas (j’aime pas ce mot), mais je reproche ouais.

      Bref, donc quelques liens :

      SOCIALISATION MASCULINE :
      > "Les socialisations trans" http://misskoala.canalblog.com/archives/2013/04/04/26836748.html

      Au final considérer que j’ai socialisé comme un mec car AMAB (assignated as men at birth) c’est foutre en l’air les quatre dernières années de ma vie qui ont été les plus importantes pour moi. A vrai dire considérer que j’ai socialisé comme meuf car MtF me gênerait tout autant car c’est occulter les 23 premières années de ma vie avec cette foutue étiquette qui me démangeait ce mal-être permanent, cette envie d’être fille quand on me demandait d’être garçon. Alors que dire ?
      Que j’ai socialisé comme trans AMAB, comme trans MtF. Ouais ce serait mieux, je préférerais qu’on dise que j’ai socialisé comme Cassandra Koala mais au moins en considèrent que j’ai socialisé comme trans on ne colle pas un modèle cis sur ma vie.
      Il faut se faire une raison : NOUS NE SOMMES PAS CIS !
      Nos expériences, nos vécus, nos vies ne peuvent donc pas être ramené·e·s aux expériences, vécus ou vies de cis.

      > "J’emmerde votre socialisation" https://raymondreviens.wordpress.com/2015/11/09/jemmerde-votre-socialisation

      Notre socialisation elle, c’est à dire littéralement la façon dont nous avons relationné avec les personnes de notre entourage, elle nous a permis d’affirmer « j’appartiens au groupe des meufs, j’en suis une. ». A partir de ce constat fait plus ou moins tardivement, toute notre vie a été consacrée à nous débattre avec ça dans un monde qui nous dit que c’est pas possible, qu’on n’existe pas, que parce qu’on a une paire de couilles et des poils au menton on est pas supposées appartenir à ce groupe, on doit vouloir et aimer être dans celui des hommes. Alors on se débat pour s’accepter, tenter de démonter l’arbitraire et la fausseté de cette affirmation, et ça se voit. Eux, les hommes (cisgenres si vous voulez) le voient.

      Parce que ne vous y trompez pas, ils ont beau être ineptes pour 90 % des activités de la vie (forcément, ils obligent les meufs à tout faire pour eux), les 10% restants incluent toutes les activités coercitives. Ainsi ils sont très forts quand il s’agit de détecter et punir la personne qui au milieu de leurs rangs n’est pas comme eux : la personne féminine. Ça inclut pas mal de monde y compris des hommes homosexuels, mais la personne qui est la plus vulnérable, c’est la personne transféminine balancée chez eux par « erreur ». Et vous savez je suppose aussi bien que moi comment les mecs punissent les meufs qui transgressent les règles : violences psychologiques et physiques, agressions y compris sexuelles. Ça a été pour beaucoup notre lot quotidien durant l’enfance, l’adolescence et/ou une partie de l’âge adulte.

      FEMINISME TRANSPHOBE :
      > "Ça chante faux ; f-trans, « inclusives », radfem" http://lapetitemurene.over-blog.com/article-a-chante-faux-f-trans-inclusives-radfem-117692613.

      J’avoue, après réflexion et retour sur ce que j’ai vécu et subi à bio-féministlande, je ne m’associe pas à la chorale d’indignation vertueuse et inclusiviste envers les nanas qui se définissent ou se rassemblent comme Radfem®.

      Par ailleurs, je ne vois absolument aucune raison que je puisse soutenir d’empêcher des nanas de se réunir en non-mixité, fusse cette non-mixité imprégnée de haine et de bêtise réductrice et acritique. [...] Je suis juste de celles qui préfèrent que les choses soient claires : c’est une non-mixité f-bio. Mais faut le dire. Exactement comme pour la plupart des non-mixités qui se proclament « inclusives » et ne le sont pas en fait.

      Et d’autre part, ça me fait tristement marrer que cette opportune colère dirigée sur quelques naffreuses qui sont la bien pratique honte de la famille, permette une fois de plus de washer le mouvement féministe dans son ensemble, et surtout dans ses secteurs modernes, de toute violence anti f-trans.

      Un des sales côtés de ce monde, qui se répète, c’est qu’on est quelquefois moins en danger avec des ennemies ouvertes qu’avec de prétendues amies qui vous pourrissent et vous méprisent. Parce qu’au fond, les deux pensent et sentent pareil. Juste elles n’en font pas la même chose.

      > "Mon problème avec le féminisme « trans-critique » (Mrs Dreydful)" http://web.archive.org/web/20140906095825/http://negreinverti.wordpress.com/2014/05/21/mon-probleme-avec-le-feminisme-trans-critique

      De manière générale, je me sens plus en proximité des femmes trans – qu’importe leur race – par le sexisme qu’elles subissent, tout en niant en plus leur appartenance à la catégorie « femme », ce qui est semblable sur certains points au sexisme des femmes noires (mysoginoir). Comme les femmes noires, les femmes trans sont hypersexualisées. Comme les femmes noires, les femmes trans sont souvent taxées trop masculines, ou justement trop soumises face au patriarcat (car valorisant parfois les rôles féminins traditionnels qui leur ont été historiquement refusées). Comme les femmes noires, les femmes trans sont vues agressives. Bien sûr, les histoires de ces mêmes représentations mentales sont différentes entre femmes noires et femmes trans (sans compter que bien sûr, certaines femmes sont noires ET trans), mais on peut voir des similarités sur comment le sexisme est vécu par ces deux catégories de femmes.

      > "Les meufs trans sont donc masculinistes" http://misskoala.canalblog.com/archives/2014/01/07/28877794.html

      La non-mixité doit être politique et pas se restreindre à un espace-temps restreint. Si c’est pour laisser des hommes cis hétéros reprendre le pouvoir hors de cet espace-temps, si c’est se contenter d’un espace-temps non-mixte qu’ils daignent nous accorder désolée mais => sac de coprolithes. Et on voit quoi dans les espaces féministes transphobes ?
      Une grande présence de mecs cis hétéros qui relaient des femmes et vont dire laquelle est légitime ou non, qui traduisent des féministes pour les relayer à l’étranger (et légitimer leur présence dans les espaces féministes par ce travail de traduction), utilisent les médias télé/radio/journaux pour nous dire à quel point ils sont de gentils gentleman anti-sexistes, travaillent en collaboration avec certaines féministes renommées (prenant la place que des femmes pourraient avoir et légitimant un peu plus leur omniprésence)...
      Et à côté de ça on va présenter une « micro-minorité » de meufs trans féministes comme l’ennemi public numéro 1 de la non-mixité ?
      Laissez-moi rire . . . ^o<
      Ah bah non en fait j’y arrive pas.

      > "Transphobie dans un entretien avec Christine Delphy : ma réponse" http://web.archive.org/web/20150723105458/https://negreinverti.wordpress.com/2013/11/26/transphobie-dans-un-entretien-avec-christine-delphy-ma-reponse

      « le queer » : c’est quoi ça ? Je ne suis pas au courant que les trans, de par leur transition avait à répondre « du queer » (peu importe ce que c’est…) ou des actions et discours de celles/ceux qui s’en revendiquent.
      Donc encore une fois, où est le rapport entre un ou une trans et « le queer » ? Il suffit de faire un minimum de recherche pour voir que l’association « trans » « queer » n’est pas un produit des trans, mais bien un truc qui fait mouiller plein de non trans obscédé-e-s par la « déconstruction du genre ».Sur un forum d’entraide trans, les parties ouvertes au public vous feront voir que personne n’en a rien à faire « du queer ».
      Les trans transitionneraient pour faire de la subversion individuelle queer ? Comment sincèrement croire que nous pourrions nous exposer à tant de galères institutionnelles et interpersonnelles juste pour de la « subversion » ou plus spécifiquement pour « le queer » ?

      > "Leçon de grammaire" https://raymondreviens.wordpress.com/2016/02/21/lecon-de-grammaire

      L’emploi du terme “cismec” pour dire “homme détestable” revient donc à faire la distinction entre d’un côté des hommes trans idéalisés, fétichisés comme avant-garde de la révolution du genre / masculinité sans la toxicité / hommes parfaits / etc… et d’un autre côté des “cismecs”, ces hommes bien réels qui ont un comportement d’appropriation des femmes et de l’espace encouragé par la société. Notons également comme une parenthèse que nier la possible transitude d’un homme au motif de son comportement est exactement le reflet de la scrutation dont sommes victimes les femmes trans, scrutation qui a pour but de guetter les moindres signes de “non-féminité” de notre part. Voilà donc pour résumer tout ça : on est en plein dans la transphobie, entre fétichisation et négation de la personne.

      NON-BINARITE(s), AUTODEFINITION :
      > " Comment je suis devenu problématique" http://imnotacisboy.blogspot.fr/2016/09/comment-je-suis-devenu-problematique.html

      Je pense que l’auto-définition a ses limites et que là ça va, on les a largement atteintes et dépassées. Soit cette personne n’a aucune intention de transitionner (et par transitionner je parle de transitionner socialement, pas de prendre des hormones ou de se faire opérer, je vous vois arriver pour me traiter de truscum), elle est cis. Soit elle est en questionnement (et je ne sais pas vous, mais quand j’étais en questionnement je n’allais pas expliquer la transphobie à des personnes qui la vivaient depuis des années). Au passage j’ai l’impression que maintenant, « en questionnement » c’est passé à la trappe et que certain-e-s poussent plutôt les gens à se créer leurs propres identités dans laquelle illes seront seul-e-s, ensuite on leur envoie des câlins non-oppressifs et puis voilà, démerde-toi avec ça.

      > "Anti-guide du questionnement de genre" https://raymondreviens.wordpress.com/2017/01/17/anti-guide-du-questionnement-de-genre

      Il s’agirait donc de se demander “suis-je cis ?” Malheureusement, ce n’est pas vraiment un questionnement, car la réponse est simple. “Trans” est une réalité sociale : la réalité de l’exclusion, des discriminations et des violences liées au changement de catégorie sociale sexuée. “Cis” étant l’opposé de trans, il s’agit aussi d’une réalité sociale : non pas celle de ne pas subir de violences du fait de sa catégorie sociale sexuée (les femmes sont littéralement définies par les violences qu’elles subissent), mais la réalité d’être épargnée par les violences liées au changement de catégorie.

      Ceci dit, avec la honte et la peur qui caractérisent un questionnement aussi complexe, il est clair qu’à un moment dans un questionnement de genre, on puisse se dire “je veux m’éloigner de la masculinité, mais j’ai peur d’être la monstruosité transsexuelle qu’on me montre un peu partout, y compris d’ailleurs dans les milieux queer.” A partir de là, se dire “je suis du troisième genre”, qu’on peut exprimer autrement, par exemple “non-binaire”, “genderqueer”, “agenre”, est une solution réconfortante. Cela permet de se dire que je ne suis pas un homme, et pas non plus une monstruosité. C’est une réponse facile, rassurante, à une question complexe et angoissante. Une réponse aussi pétrie de (trans)misogynie. Ce qui me met en rage et ce qui me dégoûte, c’est quand les milieux et les personnes qui accueillent et prétendent aider des personnes en questionnement, la renforcent au lieu de lutter, avec la personne en questionnement, contre cette (trans)misogynie interiorisée. Notre rôle n’est pas de dire “bien sûr chéri-e, tu es ce que tu dis que tu es”, mais plutôt d’aider à dépasser cette peur, cette honte, pour que la personne puisse faire progresser ce questionnement.

      > "Trans : identités politiques contre politiques identitaires" http://misskoala.canalblog.com/archives/2016/06/12/32543581.html

      Ce qui pose le second problème : l’absence de définition claire de ce qu’est être trans.
      Et ce n’est pas un problème anodin. On est plutôt d’accord que dire qu’on est tou-te-s un peu trans est craignos et je pense que bon nombre de non-binaires seront d’accord pour dire que c’est tout aussi craignos de venir dire qu’on est tou-te-s un peu non-binaire.
      Je pense vraiment que pour empêcher ça ce n’est pas les politiques identitaires queers ou Mogai apportant une multiplication d’identités rendant les définitions de plus en plus floues qu’il nous faut mais bien une approche matérialiste et la construction d’identités politiques clairement définies.
      Ca peut sembler dur, violent, excluant et tout ce qu’on veut mais c’est impératif. C’est impératif et c’est selon moi le seul moyen pour lutter contre les TERFs (et je parle là de féministes transphobes francophones prêtes à s’inscrire dans la même mouvance que leurs collègues américaines Brennan ou Jeffreys) et à nous traiter comme une menace lavende à éradiquer politiquement voire physiquement. C’est avec une définition claire de trans (et donc de cis) que l’on pourra répondre quand elles écrivent qu’elles refusent d’être appellées cis sous pretexte qu’elles n’entrent pas dans les normes de genre. Ce n’est qu’avec une approche matérialiste et des définitions claires qu’on pourra répondre à Delphy quand elle explique qu’être trans c’est croire que si un jour elle se nomme homme alors elle aura accès aux privilèges masculins.

      ET POUR SE DETENDRE
      > http://assigneegarcon.tumblr.com

      Merci à @sinehebdo pour ces liens sur Adichie, hyper intéressant. Je suis d’accord avec restforresistance.com, ça craint de censurer une autrice pour une boulette, ou pour une position problématique, surtout quand on tape toujours sur les mêmes.

      Pour rappel, même si j’y ai re-réfléchi et changé d’avis, j’ai pas appelé pas à censurer tout ce que Heuchan a a dire, juste ce qu’elle dit (de moisi) sur les questions trans. Elle s’est par ailleurs faite trasher sévère pour ses positions sur le racisme et à ce titre doit être défendue

      http://observer.com/2017/03/jk-rowling-twitter-claire-heuchan-feminism

      Bonnes lectures et merci pour cette discussion, à suivre j’espère !

    • Merci @milyali pour tous ces liens ! Je n’aurai pas le temps de tous les lire, mais je saurai où aller, ou bien où renvoyer les gens qui cherchent...

      Tu résumes bien ma position sur Adichie : elle a peut-être fait une boulette (je n’arrive pas à arrêter une position claire là dessus), mais il me semble qu’il ne faut pas la jeter aux orties pour ça...

    • Islamophobe ça me gonfle aussi pas mal, @milyali. Quand on avait eu le débat dans mon asso pour voir si on accueillait une meuf trans qui parlait, s’habillait et se comportait comme un vieux macho à qui tout est dû, j’avais imposé qu’on dise « préjudiciable aux personnes trans » pour des propos ou comportements ou idées qui pouvaient être préjudiciables aux personnes trans, sans épiloguer sur si la personne est ou non atteinte de phobie. Je ne supportais pas le terrorisme qui visait à me mettre une étiquette de transphobe alors que je suis a priori transinclusive et qu’il s’agit juste de ne pas se foutre de la gueule du monde, encore une fois de bonne foi ou de mauvaise foi.

      Dans un des extraits il est question des mecs proféministes qui peuvent mettre le grappin sur le féminisme et les meufs ne disent rien mais si c’est une meuf trans... Bien d’accord, ça fait longtemps que j’ai identifié le proféminisme comme une manière de se distinguer des autres mecs. Sur mon blog je raconte comment j’ai vu un des proféministes que j’estimais le plus se faire un épisode mascu à mes dépens, me pourrir de male tears et m’annihiler dans le cadre du travail. Heureusement que la commission harcèlement de la fac ne sert à pas grand chose, sinon il y aurait une tache à sa belle carrière de héraut des droits des femmes. Tous les proféministes sont des dangers en puissance, c’est leur évolution future qui est inquiétante. Rien à côté de ce qu’on imagine être la socialisation mec d’une femme trans.

      Pour moi, le problème principal réside dans l’auto-assignation et l’abandon de la question de l’appartenance de classe au profit de l’identité individuelle. Et peut-être aussi de l’invitation à jouer avec son genre sans assumer d’appartenance de classe, parce que justement elle prend le parti de la non-pertinence des classes. Une personne qui bouffe du privilège d’être un mec et se fait des égo-trips non-binaires le w-e, c’est comme un proféministe, au début tu compares avec un gros macho et tu trouves ça trop classe. Et puis tu te bouffes sont privilège masculin dans la gueule et tu déchantes...

      Je pense que tu pourrais poster séparément les liens, ça donnerait aussi l’occasion à plus de monde de tomber dessus.

    • On peut faire un lien avec un autre débat sur le #transracial. A propos de la théorie de #Rachel_Dolezal, #Claire_Hynes n’est pas convaincue :

      Rachel Dolezal’s pick-your-race policy works brilliantly – as long as you’re white
      Claire Hynes, The Guardian, le 27 mars 2017
      https://seenthis.net/messages/584438

      #Race #Racisme

      Plus de détails sur l’affaire Rachel Dolezal ici :
      https://seenthis.net/messages/383197
      https://seenthis.net/messages/384296


  • La petite différence qui fait toute la différence - Mon patron est proféministe
    http://blog.monpatronestprofeministe.eu/post/La-petite-difference

    Confort et conformisme sont les traits les plus marquants de ces années de psychothérapie. Conformisme pour le paillassonnat au féminin, le chômage acceptable et les injonctions à une féminité stéréotypée (avec des « rondeurs »). Confort pour l’alloc qui permet de vivre dans une pauvreté de bon aloi (de 500 à 800 euros par mois depuis 2003 que je touche l’allocation adulte handicapé-e (1)) et les traitements médicamenteux bricolés pour que mes plaintes restent à un niveau acceptable. Les molécules en question marchent plus ou moins mal et me font une caverne de Platon où la température est tantôt acceptable et tantôt insupportable. Mais il faut que mes plaintes au sujet du froid mordant ou de la chaleur suffocante atteignent des niveaux sonores pénibles pour que le psy teste un nouveau bricolage.

    Présentées comme une aide temporaire me mettant en mesure de réussir ma thérapie et de reprendre pied dans mes activités, ces prescriptions rendent tolérable un provisoire qui dure. Étudiante avec un passage à vide, je suis devenue une malade administrée.

    #psychiatrie #dépression #psychiatrisation #ergothérapie #féminité #conformisme


  • Bar PMU de #Sevran : la contre-enquête du Bondy Blog | Bondy Blog
    http://www.bondyblog.fr/201703101815/bar-pmu-de-sevran-la-contre-enquete-du-bondy-blog

    Nathalie Bayon regrette “ces traitements journalistiques qui tapent toujours sur les mêmes”. Et de poursuivre : “J’ai habité dans un immeuble juste à côté de ce bar pendant plus de 15 ans et je n’ai jamais eu de problème, je suis très choquée. Je crois que ce qui m’a le plus marqué c’est lorsque nous avons organisé une réunion de quartier juste après la polémique et que les habitants demandaient à ce que le maire réagisse. On nous disait : ‘Mais on nous salit, on nous stigmatise, on nous dénigre, alors que c’est faux’. Cette histoire a profondément touché à la dignité des gens”.

    • Ça me rappelle l’affaire de La #Villeneuve, où les habitants après avoir été déboutés de leur plainte contre France Télévisions ont fini par faire un film :

      http://www.dailymotion.com/video/x39efn7_la-villeneuve-l-utopie-malgre-tout_news

      Rien que pour la séquence à 34:10 où le major de la #BST explique le règlement dans l’usage proportionné de la force vaut le détour. Dommage d’ailleurs que le jeune n’ait pas eu l’idée ou le mauvais esprit de lui demander à quoi est censé répondre le pistolet-mitrailleur.

    • Amar Salhi reproche à la journaliste, Caroline Sinz, de “ne pas avoir fait son travail, c’est-à-dire, venir voir par elle-même. Elle n’a pas mené d’enquête. Confier une caméra cachée à une tierce personne sans ensuite faire son travail de vérification, c’est délirant”, nous confie-t-il. “Comment faire un travail journalistique sérieux sans venir sur place. Elle n’est jamais venue ici !”

      Surtout, le propriétaire critique fortement le montage de la séquence consacrée à son établissement. Tout d’abord, sur la durée, Amar Salhi affirme que les deux militantes de “la Brigades mères”, Nadia Remadna et Aziza Sayah, sont restées environ 20 minutes sur place, alors que la séquence en caméra cachée consacrée à son bar diffusée à l’antenne ne dure qu’1 min 25 au total. Dans la vidéo telle que diffusée par France 2, on entend le commentaire de la journaliste indiquer que “le patron du bar n’a pas envie de discuter” en référence à celui qui a l’échange avec la militante Nadia Remadna et qui prononce à ce moment-là ces mots : “Le mieux c’est d’attendre dehors. Ici, il n’y a que des hommes”. Amar assure que ce n’est pas lui que l’on voit et qu’on entend à ce moment-là. “Pourquoi le commentaire dit qu’il s’agit de moi, propriétaire, alors que j’étais à ce moment-là derrière le comptoir ? Et pourquoi dire que le patron n’a pas envie de discuter alors qu’à aucun moment elles ne m’ont interpellé ?“

      De plus, il jure qu’il manque un élément important, qui contredit l’affirmation du reportage. “Quand elles sont entrées à l’intérieur du café, bien avant le clash que madame Remadna a eu avec un client, j’ai vu qu’elles discutaient avec un groupe à l’entrée. J’ai alors fait le tour du comptoir et suis venu vers elles. J’ai invité madame Remadna et madame Sayah à s’installer et à consommer. J’étais à ce moment-là juste en face d’elles. Pourquoi France 2 n’a pas gardé et diffusé cet élément qui prouve bien qu’elles n’ont pas été interdites et qui est en contradiction avec le reportage ?”, s’interroge le propriétaire. Il ajoute par ailleurs, leur avoir proposé, après l’altercation, de leur offrir à boire, ce qu’elles auraient refusé.

      La journaliste a confié la caméra cachée à deux militantes réac ?

      #journalisme #bidonnage #diffamation #provocation_à_la_haine_raciale


  • « Manterrupting », le sexisme ordinaire sur la voix publique http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/03/02/manterrupting-sexisme-sur-la-voix-publique_5088231_3224.html http://s1.lemde.fr/image/2017/03/02/644x322/5088229_3_87f6_les-hommes-coupent-trois-fois-plus-la-parole_d03f3a387a563ae4682a667990922f85.jpg

    En politique, au travail et dans la sphère privée, les hommes n’hésitent pas à interrompre leurs interlocutrices. Une forme de censure insidieuse.

    Le mot apparaît au début de l’année 2015, sous la plume de Jessica Bennett, une chroniqueuse pour le New York ­Times et le magazine Time. Dans un article intitulé « How not to be “manterrupted” in meetings » <http://time.com/3666135/sheryl-sandberg-talking-while-female-manterruptions> (« comment ne pas être interrompue par un homme en réunion »), elle raconte, études à l’appui, les étonnantes vicissitudes qui accompagnent la prise de parole des femmes. « Mes amies ont un terme pour ça : le manterrupting [contraction de man *et *interrupting] », conclut Jessica Bennett. Depuis, le mot s’est peu à peu imposé dans les débats sur le sexisme ordinaire.

    La conversation, un enjeu de pouvoir

    Malgré sa longue expérience politique – elle était la porte-parole de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2012 –, Nathalie Kosciusko-Morizet a fait l’amère expérience du manterrupting *pendant la primaire de la droite et du centre.

    Lors du troisième débat télévisé, elle a été interrompue vingt-sept fois… contre neuf pour Alain Juppé, dix pour Jean-François Copé, onze pour Jean-Frédéric Poisson, onze pour Bruno Le Maire et douze pour François Fillon et ­Nicolas Sarkozy. Commentaire de l’ancienne ministre : « Dans une assemblée mixte, les hommes ont tendance, parfois sans s’en rendre compte, à vouloir étouffer la parole des femmes et à la prendre. » S’agit-il d’une pratique du monde ­politique liée au fait que les femmes en ont longtemps été exclues ? Une spécificité de cet univers clos qui, malgré l’instauration de la parité, peine tant à se féminiser ? Pas vraiment.

    Nombre d’études démontrent en effet que le *manterrupting *est une règle qui gouverne tous les échanges entre hommes et femmes, qu’ils aient lieu dans les ­bureaux, les cafés, les écoles ou les ­familles. Et ce n’est pas tout à fait un ­hasard. « La conversation, loin d’être une activité anodine et spontanée, est traversée par des questions de pouvoir », écrit la féministe Corinne Monnet dans un article publié en 1998

    <https://infokiosques.net/lire.php?id_article=239> dans la revue *Nouvelles Questions féministes.

    [image : Au travail ou en politique, les hommes qui parlent beaucoup sont mieux perçus que les femmes qui font de même.]

    Si la théorie du manterrupting *suscite souvent la perplexité, c’est parce que la sagesse populaire raconte une tout autre histoire. « Selon l’opinion communément admise, ce sont les femmes qui parleraient plus que les hommes, poursuit Corinne Monnet. *Le stéréotype de la femme bavarde est certainement, en ce qui ­concerne la différence des sexes et la conversation, l’un des plus forts et des plus répandus. ­Paradoxalement, c’est aussi celui qui n’a jamais pu être confirmé par une seule étude. Bien au contraire, de nombreuses recherches ont montré qu’en réalité, ce sont les hommes qui parlent le plus. » Et qui interrompent le plus souvent leurs interlocuteurs – surtout si ce sont des femmes.

    Domination masculine

    La première étude d’ampleur

    <http://www.linguisticsnetwork.com/wp-content/uploads/Sex-Roles-Interruptions-and-Silences-in-Conversation.compressed.> sur le man­terrupting *a été réalisée en 1975 sur le campus de l’université de Santa Barbara (Californie). Cette année-là, deux sociologues, Don Zimmerman et Candace West, décryptent en ­détail 31 conversations enregistrées dans des cafés, des magasins et des lieux publics de l’université – des échanges ordinaires que les chercheurs appellent « everyday chit-chat ».

    Leurs conclusions sont stupéfiantes : dans les conversations non mixtes, les interruptions sont également réparties entre tous les participants, mais dès que la mixité s’installe, les chiffres s’emballent – les hommes sont responsables de 96 % des interruptions…

    Don Zimmerman et Candace West voient dans ce déséquilibre un signe de la domination masculine. « Les hommes affirment de manière asymétrique un droit de contrôle sur les sujets de conversation et ils le font avec des conséquences évidentes*, écrivent-ils. Il faut en conclure que, au moins dans ces transcriptions, les hommes ­contestent aux femmes le statut de partenaires égaux dans la conversation. »

    Bousculées par ces interruptions, les femmes peinent à maintenir le cap de leur discours. « Par toutes ces ­intrusions, les hommes parviennent à imposer leur propre sujet aux dépens de celui des femmes », poursuit Corinne Monnet.

    Les années 1970 sont loin, pensera-t-on : ­depuis cette époque, la révolution de l’égalité a bouleversé les règles du jeu. Ce n’est pas vraiment le cas. En 1998, deux professeurs de psychologie américains, Kristin J. Anderson et Campbell Leaper, analysent 43 études

    <http://link.springer.com/article/10.1023/A:1018802521676> publiées de 1968 à 1998 consacrées aux ­« effets de genre sur les interruptions pendant les conversations ».

    Les déséquilibres mesurés à Santa Barbara sont loin d’avoir disparu. « On constate dans les recherches que les hommes ont, de manière significative, une tendance plus prononcée que les femmes à couper la ­parole de leurs interlocuteurs pendant une ­conversation », résument-ils.

    Une dissymétrie invisible

    Pour en avoir le cœur net, deux chercheurs américains, Adrienne B. Hancock et Benjamin A. Rubin, analysent, en 2015, 80 conversations

    <https://www.researchgate.net/publication/275005639_Influence_of_Communication_Partner%27s_Gender_on_Language> entre 40 participants – 20 femmes et 20 hommes. Pour éviter tout biais, ils choisissent des sujets « neutres », comme l’utilisation du téléphone portable – pas de thèmes étiquetés ­féminins ou masculins.

    Les chiffres laissent rêveurs : dans un article publié dans le Journal of Language and Social Psychology, ils constatent qu’en moyenne, au cours d’une conversation de trois minutes, les femmes interrompent les hommes une seule fois alors que l’inverse se produit… 2,6 fois.

    Ces règles du jeu ont beau gouverner la plupart des échanges entre hommes et femmes, elles passent le plus souvent inaperçues. « Lorsque le genre est à l’œuvre, comme dans la distribution de la parole, c’est le plus souvent de manière indirecte, donc invisible », *soulignent les politistes Frédérique Matonti et Delphine Dulong dans un article paru en 2007 <https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=SR_024_0251> dans *Sociétés & Représentations (Publications de la Sorbonne). Pour mettre fin à cette myopie, les deux chercheuses ont, pendant plus d’un an, observé la répartition des rôles féminins et masculins au sein du ­conseil régional d’Ile-de-France.

    Leur travail permet de prendre la mesure de l’ampleur de la dissymétrie entre hommes et femmes dans la prise de parole. Malgré l’instauration de la parité, le verbe continue à se ­ décliner au masculin.

    « Le genre constitue un handicap, toutes choses égales par ailleurs, écrivent-elles. En séances plénières, quel que soit en effet le type d’intervention (dépôt d’amendement, rappel au règlement, questions orales, ­explications de vote), les hommes interviennent toujours plus que les femmes : sur huit séances entre avril 2004 et mars 2005, les hommes sont intervenus 142 fois et les femmes 80. »

    Une source d’angoisse

    Les hommes ne se contentent pas de parler plus que les femmes : ils écoutent aussi beaucoup moins. « Quel que soit leur capital politique et à rebours des stéréotypes genrés, les hommes bavardent beaucoup plus que les femmes avec leurs voisins lorsque les autres s’expriment, *constatent les chercheuses. *Certains, les plus aguerris, se lèvent même pour pouvoir parler avec un camarade assis plus loin alors qu’aucune femme ne s’autorise à le faire. Il faut ajouter que les hommes coupent beaucoup plus souvent la parole que les femmes et qu’ils la prennent davantage avant qu’on ne la leur ait donnée. »

    La dissymétrie est aussi une question de style : le verbe impérieux des hommes tranche souvent avec la parole hésitante des élues.

    « Elles renoncent beaucoup plus facilement que les hommes à prendre la parole après l’avoir demandée au motif qu’un intervenant précédent aurait déjà dit ce qu’elles avaient à dire, écrivent Frédérique Matonti et Delphine Dulong. Leurs interventions sont beaucoup plus courtes que celles des hommes, et ce parce qu’elles ­ posent plus de questions qu’elles n’expriment une opinion. (…) Elles “avouent” en outre beaucoup plus facilement qu’eux leurs doutes, leur absence d’opinion, voire leur incompétence. »

    Nulle surprise, dans ce contexte, que la prise de parole soit, pour les femmes, une source d’angoisse. L’une des élues interrogées dans le cadre de cette étude raconte ainsi s’être ­ réveillée, un jour de discours, « avec l’impression d’avoir avalé un parpaing ».

    « Cette expérience est partagée par toutes les élues, *constatent Frédérique Matonti et Delphine Dulong. *Claire Le Flécher, par exemple, s’oblige à prendre la parole, comparant l’exercice à un sport où l’entraînement est central. Anne Souyris parle longuement de sa difficulté à prendre la parole – une “transgression”, un “traumatisme”, un “supplice” qui revient, selon elle, à “se violer”. »

    Sentiment d’illégitimité

    Près de vingt ans après l’inscription du principe de parité dans la Constitution de la Ve République, les femmes ont encore du mal à ­imposer leur voix dans les enceintes politiques.

    Pour Frédérique Matonti, ce manque d’aisance renvoie à une longue histoire. « En France, les femmes sont encore des nouvelles venues en politique : le droit de vote leur a été accordé très tardivement, en 1944 – soit bien après les Finlandaises (1906), les Danoises (1915), les Américaines (1919) ou les Britanniques (1928). C’est d’ailleurs en France que l’écart entre la date du suffrage masculin (1848) et ­féminin (1944) est le plus important. »

    Cette histoire a façonné des attitudes très différentes : selon Frédérique Matonti et Delphine Dulong, les hommes politiques se comportent comme s’ils jouissaient d’un « droit “naturel” à s’exprimer » *alors que « tout, dans le comportement des femmes, manifeste leur sentiment d’illégitimité ». Quand les femmes sont dans des positions de pouvoir, confirme la philosophe et mathématicienne Laurence Bouquiaux dans *Les Faiseuses d’histoire (La Découverte, 2011), un livre des philosophes belges Vinciane Despret et Isabelle Stengers, elles se conduisent comme si elles avaient* « investi des lieux qui ne leur étaient pas destinés ».

    Diagnostic inversé

    Dans cet ouvrage, Laurence Bouquiaux ­raconte avec subtilité cette manière de se montrer « soumise et docile » pour faire oublier qu’on ne se sent pas tout à fait à sa place. Elle évoque ainsi, dans les milieux universitaires, « les bonnes élèves, bosseuses, voire besogneuses, qui savent qu’elles sont tolérées pour autant qu’elles restent inoffensives ».

    « Nous [les femmes] laissons parler les hommes (dans les réunions, dans les colloques et même, peut-être, dans les livres) parce que beaucoup de nos collègues ne nous pardonneront d’être intelligentes que si nous renonçons à être brillantes. »

    Ces règles tacites ne concernent pas que la scène politique ou le milieu universitaire : nombre de travaux anglo-saxons montrent que, dans les entreprises, la prise de parole des femmes est mal accueillie.

    En témoigne une étude américaine

    <http://gap.hks.harvard.edu/who-takes-floor-and-why-gender-power-and-volubility-organizations> réalisée par Victoria L. Brescoll, professeure à l’université Yale : cette ­experte en psychologie sociale a demandé à 156 personnes de noter, sur une échelle de 1 à 7, la compétence, l’efficacité, l’avenir professionnel et l’aptitude au leadership de deux types de manageurs – les premiers parlent beaucoup, se mettent en avant et font volontiers état de leurs opinions personnelles, les seconds sont discrets et s’expriment peu en réunion.

    Publiés en 2012 dans la revue *Administrative Science Quarterly, les résultats font froid dans le dos. Les hommes qui parlent peu sont considérés comme de piètres dirigeants alors que ceux qui s’expriment longuement obtiennent d’excellentes notes. Un diagnostic qui pourrait parfaitement se comprendre… s’il ne s’inversait totalement pour les femmes.

    La ­faconde et l’éloquence, considérées comme d’utiles qualités pour les hommes, deviennent de terribles défauts pour les femmes : les dirigeantes silencieuses et réservées en réunion sont bien notées alors que celles qui ­s’expriment longuement sont rejetées…

    Peur d’avoir l’air agressive

    Pour Sheryl Sandberg, numéro deux de Facebook, et le psychologue Adam Grant, professeur à l’université de Pennsylvanie, cette étude prouve que les femmes qui craignent de parler en réunion ne sont pas paranoïaques : elles savent simplement qu’en parlant autant, voire plus que les hommes, elles seront jugées avec sévérité.

    « Lorsqu’une femme s’exprime dans un cadre professionnel, elle marche sur une corde raide, résument-ils en 2015 dans le New York Times <https://www.nytimes.com/2015/01/11/opinion/sunday/speaking-while-female.html?action=click&contentCollection=Opinion&module=Re.

    Soit elle est à peine entendue, soit elle est jugée trop agressive. Quand un homme dit la même chose qu’elle, tout le monde approuve d’un signe de tête cette bonne idée. Résultat : les femmes considèrent souvent qu’il vaut mieux parler peu. »

    Comment expliquer cette étrange alchimie sociale qui endigue la parole des femmes ? Pour la politiste Frédérique Matonti, la réponse tient en un mot : la socialisation.

    « Les études sur l’éducation montrent que les parents, sans en avoir conscience, encouragent les filles au retrait plutôt qu’à la mise en avant*, explique-t-elle. Les garçons ont souvent le droit de faire du bruit alors que les filles doivent rester discrètes et baisser la voix. Petit à petit, les enfants ­intériorisent ces valeurs masculines et féminines : les garçons apprennent à prendre la parole, à dire qu’ils n’ont pas peur et à faire face, les filles à écouter et à faire attention aux autres. » Ces différences se manifestent dans les familles, mais aussi à l’école.

    Dans les années 1970 et 1980, deux sociologues de l’éducation américains, Thomas L. Good et Jere E. Brophy, montrent, en observant le fonctionnement des classes, que les professeurs, sans le savoir, appliquent la « règle des deux tiers/un tiers » : ils ont, en moyenne, deux fois plus d’échanges avec les garçons qu’avec les filles. « Ils consacrent aux garçons les deux tiers de leur temps tandis que les garçons émettent les deux tiers des propos tenus par les élèves dans la classe », résume la sociologue Marie Duru-Bellat dans L’Ecole des filles. Quelle formation pour quels rôles sociaux ? (L’Harmattan, 2004).

    « Stéréotypes »

    Avec le temps, les chiffres ont évolué mais aujourd’hui encore, l’égalité de traitement n’est pas au rendez-vous. « Les enseignants consacrent un peu moins de temps aux filles – environ 44 % de leur temps contre 56 % aux garçons, *souligne Marie Duru-Bellat. *La différence peut paraître minime, mais elle devient considérable dès lors qu’on comptabilise le temps qu’un élève passe en classe. Ce temps consacré aux garçons reflète en outre des interactions plus formatrices sur le plan pédagogique : les enseignants passent plus de temps à réagir aux interventions des garçons et à attendre leurs réponses. »

    Nul procès envers les hommes ici : les enseignantes, rappelle Marie Duru-Bellat, se comportent de la même manière que leurs collègues masculins. « Les hommes comme les femmes sont profondément imprégnés par des stéréotypes sur le féminin et le masculin qui sont véhiculés par notre société, constate-t-elle. Ce sont des processus inconscients qui définissent les normes de comportement des garçons et des filles – et donc les attentes et les comportements que l’on a envers eux. Pour les bousculer, il faut commencer par en prendre conscience. »

    En démontrant qu’hommes et femmes ne sont pas – encore – des partenaires égaux dans la conversation, les études sur le *manterrupting *ouvriront peut-être la voie à un dialogue plus équilibré entre hommes et femmes.

    Lire aussi : Aux Etats-Unis, des stratégies pour contrer le « manterrupting »

    <http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/03/02/aux-etats-unis-des-strategies-pour-contrer-le-manterrupting_5088214_3232.htm>

    • En politique, au travail et dans la sphère privée, les hommes n’hésitent pas à interrompre leurs interlocutrices. Une forme de censure insidieuse.

      Le mot apparaît au début de l’année 2015, sous la plume de Jessica Bennett, une chroniqueuse pour le New York ­Times et le magazine Time. Dans un article intitulé « How not to be “manterrupted” in meetings » <▻http://time.com/3666135/sheryl-sandberg-talking-while-female-manterruptions> (« comment ne pas être interrompue par un homme en réunion »), elle raconte, études à l’appui, les étonnantes vicissitudes qui accompagnent la prise de parole des femmes. « Mes amies ont un terme pour ça : le manterrupting [contraction de man et interrupting] », conclut Jessica Bennett. Depuis, le mot s’est peu à peu imposé dans les débats sur le sexisme ordinaire.

      La conversation, un enjeu de pouvoir

      Malgré sa longue expérience politique – elle était la porte-parole de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2012 –, Nathalie Kosciusko-Morizet a fait l’amère expérience du manterrupting pendant la primaire de la droite et du centre.

      Lors du troisième débat télévisé, elle a été interrompue vingt-sept fois… contre neuf pour Alain Juppé, dix pour Jean-François Copé, onze pour Jean-Frédéric Poisson, onze pour Bruno Le Maire et douze pour François Fillon et ­Nicolas Sarkozy. Commentaire de l’ancienne ministre : « Dans une assemblée mixte, les hommes ont tendance, parfois sans s’en rendre compte, à vouloir étouffer la parole des femmes et à la prendre. » S’agit-il d’une pratique du monde ­politique liée au fait que les femmes en ont longtemps été exclues ? Une spécificité de cet univers clos qui, malgré l’instauration de la parité, peine tant à se féminiser ? Pas vraiment.

      Nombre d’études démontrent en effet que le manterrupting est une règle qui gouverne tous les échanges entre hommes et femmes, qu’ils aient lieu dans les ­bureaux, les cafés, les écoles ou les ­familles. Et ce n’est pas tout à fait un ­hasard. « La conversation, loin d’être une activité anodine et spontanée, est traversée par des questions de pouvoir », écrit la féministe Corinne Monnet dans un article publié en 1998

      <▻https://infokiosques.net/lire.php?id_article=239> dans la revue Nouvelles Questions féministes.

      [image : Au travail ou en politique, les hommes qui parlent beaucoup sont mieux perçus que les femmes qui font de même.]

      Si la théorie du manterrupting suscite souvent la perplexité, c’est parce que la sagesse populaire raconte une tout autre histoire. « Selon l’opinion communément admise, ce sont les femmes qui parleraient plus que les hommes, poursuit Corinne Monnet. Le stéréotype de la femme bavarde est certainement, en ce qui ­concerne la différence des sexes et la conversation, l’un des plus forts et des plus répandus. ­Paradoxalement, c’est aussi celui qui n’a jamais pu être confirmé par une seule étude. Bien au contraire, de nombreuses recherches ont montré qu’en réalité, ce sont les hommes qui parlent le plus. » Et qui interrompent le plus souvent leurs interlocuteurs – surtout si ce sont des femmes.

      Domination masculine

      La première étude d’ampleur

      <▻http://www.linguisticsnetwork.com/wp-content/uploads/Sex-Roles-Interruptions-and-Silences-in-Conversation.compressed.> sur le man­terrupting a été réalisée en 1975 sur le campus de l’université de Santa Barbara (Californie). Cette année-là, deux sociologues, Don Zimmerman et Candace West, décryptent en ­détail 31 conversations enregistrées dans des cafés, des magasins et des lieux publics de l’université – des échanges ordinaires que les chercheurs appellent « everyday chit-chat ».

      Leurs conclusions sont stupéfiantes : dans les conversations non mixtes, les interruptions sont également réparties entre tous les participants, mais dès que la mixité s’installe, les chiffres s’emballent – les hommes sont responsables de 96 % des interruptions…

      Don Zimmerman et Candace West voient dans ce déséquilibre un signe de la domination masculine. « Les hommes affirment de manière asymétrique un droit de contrôle sur les sujets de conversation et ils le font avec des conséquences évidentes, écrivent-ils. Il faut en conclure que, au moins dans ces transcriptions, les hommes ­contestent aux femmes le statut de partenaires égaux dans la conversation. »

      Bousculées par ces interruptions, les femmes peinent à maintenir le cap de leur discours. « Par toutes ces ­intrusions, les hommes parviennent à imposer leur propre sujet aux dépens de celui des femmes », poursuit Corinne Monnet.

      Les années 1970 sont loin, pensera-t-on : ­depuis cette époque, la révolution de l’égalité a bouleversé les règles du jeu. Ce n’est pas vraiment le cas. En 1998, deux professeurs de psychologie américains, Kristin J. Anderson et Campbell Leaper, analysent 43 études

      <▻http://link.springer.com/article/10.1023/A:1018802521676> publiées de 1968 à 1998 consacrées aux ­« effets de genre sur les interruptions pendant les conversations ».

      Les déséquilibres mesurés à Santa Barbara sont loin d’avoir disparu. « On constate dans les recherches que les hommes ont, de manière significative, une tendance plus prononcée que les femmes à couper la ­parole de leurs interlocuteurs pendant une ­conversation », résument-ils.

      Une dissymétrie invisible

      Pour en avoir le cœur net, deux chercheurs américains, Adrienne B. Hancock et Benjamin A. Rubin, analysent, en 2015, 80 conversations

      <▻https://www.researchgate.net/publication/275005639_Influence_of_Communication_Partner%27s_Gender_on_Language> entre 40 participants – 20 femmes et 20 hommes. Pour éviter tout biais, ils choisissent des sujets « neutres », comme l’utilisation du téléphone portable – pas de thèmes étiquetés ­féminins ou masculins.

      Les chiffres laissent rêveurs : dans un article publié dans le Journal of Language and Social Psychology, ils constatent qu’en moyenne, au cours d’une conversation de trois minutes, les femmes interrompent les hommes une seule fois alors que l’inverse se produit… 2,6 fois.

      Ces règles du jeu ont beau gouverner la plupart des échanges entre hommes et femmes, elles passent le plus souvent inaperçues. « Lorsque le genre est à l’œuvre, comme dans la distribution de la parole, c’est le plus souvent de manière indirecte, donc invisible », soulignent les politistes Frédérique Matonti et Delphine Dulong dans un article paru en 2007 <▻https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=SR_024_0251> dans Sociétés & Représentations (Publications de la Sorbonne). Pour mettre fin à cette myopie, les deux chercheuses ont, pendant plus d’un an, observé la répartition des rôles féminins et masculins au sein du ­conseil régional d’Ile-de-France.

      Leur travail permet de prendre la mesure de l’ampleur de la dissymétrie entre hommes et femmes dans la prise de parole. Malgré l’instauration de la parité, le verbe continue à se ­ décliner au masculin.

      « Le genre constitue un handicap, toutes choses égales par ailleurs, écrivent-elles. En séances plénières, quel que soit en effet le type d’intervention (dépôt d’amendement, rappel au règlement, questions orales, ­explications de vote), les hommes interviennent toujours plus que les femmes : sur huit séances entre avril 2004 et mars 2005, les hommes sont intervenus 142 fois et les femmes 80. »

      Une source d’angoisse

      Les hommes ne se contentent pas de parler plus que les femmes : ils écoutent aussi beaucoup moins. « Quel que soit leur capital politique et à rebours des stéréotypes genrés, les hommes bavardent beaucoup plus que les femmes avec leurs voisins lorsque les autres s’expriment, constatent les chercheuses. Certains, les plus aguerris, se lèvent même pour pouvoir parler avec un camarade assis plus loin alors qu’aucune femme ne s’autorise à le faire. Il faut ajouter que les hommes coupent beaucoup plus souvent la parole que les femmes et qu’ils la prennent davantage avant qu’on ne la leur ait donnée. »

      La dissymétrie est aussi une question de style : le verbe impérieux des hommes tranche souvent avec la parole hésitante des élues.

      « Elles renoncent beaucoup plus facilement que les hommes à prendre la parole après l’avoir demandée au motif qu’un intervenant précédent aurait déjà dit ce qu’elles avaient à dire, écrivent Frédérique Matonti et Delphine Dulong. Leurs interventions sont beaucoup plus courtes que celles des hommes, et ce parce qu’elles ­ posent plus de questions qu’elles n’expriment une opinion. (…) Elles “avouent” en outre beaucoup plus facilement qu’eux leurs doutes, leur absence d’opinion, voire leur incompétence. »

      Nulle surprise, dans ce contexte, que la prise de parole soit, pour les femmes, une source d’angoisse. L’une des élues interrogées dans le cadre de cette étude raconte ainsi s’être ­ réveillée, un jour de discours, « avec l’impression d’avoir avalé un parpaing ».

      « Cette expérience est partagée par toutes les élues, constatent Frédérique Matonti et Delphine Dulong. Claire Le Flécher, par exemple, s’oblige à prendre la parole, comparant l’exercice à un sport où l’entraînement est central. Anne Souyris parle longuement de sa difficulté à prendre la parole – une “transgression”, un “traumatisme”, un “supplice” qui revient, selon elle, à “se violer”. »

      Sentiment d’illégitimité

      Près de vingt ans après l’inscription du principe de parité dans la Constitution de la Ve République, les femmes ont encore du mal à ­imposer leur voix dans les enceintes politiques.

      Pour Frédérique Matonti, ce manque d’aisance renvoie à une longue histoire.

      « En France, les femmes sont encore des nouvelles venues en politique : le droit de vote leur a été accordé très tardivement, en 1944 – soit bien après les Finlandaises (1906), les Danoises (1915), les Américaines (1919) ou les Britanniques (1928). C’est d’ailleurs en France que l’écart entre la date du suffrage masculin (1848) et ­féminin (1944) est le plus important. »

      Cette histoire a façonné des attitudes très différentes : selon Frédérique Matonti et Delphine Dulong, les hommes politiques se comportent comme s’ils jouissaient d’un « droit “naturel” à s’exprimer » alors que « tout, dans le comportement des femmes, manifeste leur sentiment d’illégitimité ».

      Quand les femmes sont dans des positions de pouvoir, confirme la philosophe et mathématicienne Laurence Bouquiaux dans Les Faiseuses d’histoire (La Découverte, 2011), un livre des philosophes belges Vinciane Despret et Isabelle Stengers, elles se conduisent comme si elles avaient « investi des lieux qui ne leur étaient pas destinés ».

      Diagnostic inversé

      Dans cet ouvrage, Laurence Bouquiaux ­raconte avec subtilité cette manière de se montrer « soumise et docile » pour faire oublier qu’on ne se sent pas tout à fait à sa place. Elle évoque ainsi, dans les milieux universitaires, « les bonnes élèves, bosseuses, voire besogneuses, qui savent qu’elles sont tolérées pour autant qu’elles restent inoffensives ».

      « Nous [les femmes] laissons parler les hommes (dans les réunions, dans les colloques et même, peut-être, dans les livres) parce que beaucoup de nos collègues ne nous pardonneront d’être intelligentes que si nous renonçons à être brillantes. »

      Ces règles tacites ne concernent pas que la scène politique ou le milieu universitaire : nombre de travaux anglo-saxons montrent que, dans les entreprises, la prise de parole des femmes est mal accueillie.

      En témoigne une étude américaine

      <▻http://gap.hks.harvard.edu/who-takes-floor-and-why-gender-power-and-volubility-organizations> réalisée par Victoria L. Brescoll, professeure à l’université Yale : cette ­experte en psychologie sociale a demandé à 156 personnes de noter, sur une échelle de 1 à 7, la compétence, l’efficacité, l’avenir professionnel et l’aptitude au leadership de deux types de manageurs – les premiers parlent beaucoup, se mettent en avant et font volontiers état de leurs opinions personnelles, les seconds sont discrets et s’expriment peu en réunion.

      Publiés en 2012 dans la revue Administrative Science Quarterly, les résultats font froid dans le dos. Les hommes qui parlent peu sont considérés comme de piètres dirigeants alors que ceux qui s’expriment longuement obtiennent d’excellentes notes. Un diagnostic qui pourrait parfaitement se comprendre… s’il ne s’inversait totalement pour les femmes.

      La ­faconde et l’éloquence, considérées comme d’utiles qualités pour les hommes, deviennent de terribles défauts pour les femmes : les dirigeantes silencieuses et réservées en réunion sont bien notées alors que celles qui ­s’expriment longuement sont rejetées…

      Peur d’avoir l’air agressive

      Pour Sheryl Sandberg, numéro deux de Facebook, et le psychologue Adam Grant, professeur à l’université de Pennsylvanie, cette étude prouve que les femmes qui craignent de parler en réunion ne sont pas paranoïaques : elles savent simplement qu’en parlant autant, voire plus que les hommes, elles seront jugées avec sévérité.

      « Lorsqu’une femme s’exprime dans un cadre professionnel, elle marche sur une corde raide, résument-ils en 2015 dans le New York Times <▻https://www.nytimes.com/2015/01/11/opinion/sunday/speaking-while-female.html?action=click&contentCollection=Opinion&module=Re.

      Soit elle est à peine entendue, soit elle est jugée trop agressive. Quand un homme dit la même chose qu’elle, tout le monde approuve d’un signe de tête cette bonne idée. Résultat : les femmes considèrent souvent qu’il vaut mieux parler peu. »

      Comment expliquer cette étrange alchimie sociale qui endigue la parole des femmes ? Pour la politiste Frédérique Matonti, la réponse tient en un mot : la socialisation.

      « Les études sur l’éducation montrent que les parents, sans en avoir conscience, encouragent les filles au retrait plutôt qu’à la mise en avant, explique-t-elle. Les garçons ont souvent le droit de faire du bruit alors que les filles doivent rester discrètes et baisser la voix. Petit à petit, les enfants ­intériorisent ces valeurs masculines et féminines : les garçons apprennent à prendre la parole, à dire qu’ils n’ont pas peur et à faire face, les filles à écouter et à faire attention aux autres. » Ces différences se manifestent dans les familles, mais aussi à l’école.

      Dans les années 1970 et 1980, deux sociologues de l’éducation américains, Thomas L. Good et Jere E. Brophy, montrent, en observant le fonctionnement des classes, que les professeurs, sans le savoir, appliquent la « règle des deux tiers/un tiers » : ils ont, en moyenne, deux fois plus d’échanges avec les garçons qu’avec les filles. « Ils consacrent aux garçons les deux tiers de leur temps tandis que les garçons émettent les deux tiers des propos tenus par les élèves dans la classe », résume la sociologue Marie Duru-Bellat dans L’Ecole des filles. Quelle formation pour quels rôles sociaux ? (L’Harmattan, 2004).

      « Stéréotypes »

      Avec le temps, les chiffres ont évolué mais aujourd’hui encore, l’égalité de traitement n’est pas au rendez-vous. « Les enseignants consacrent un peu moins de temps aux filles – environ 44 % de leur temps contre 56 % aux garçons, souligne Marie Duru-Bellat. La différence peut paraître minime, mais elle devient considérable dès lors qu’on comptabilise le temps qu’un élève passe en classe. Ce temps consacré aux garçons reflète en outre des interactions plus formatrices sur le plan pédagogique : les enseignants passent plus de temps à réagir aux interventions des garçons et à attendre leurs réponses. »

      Nul procès envers les hommes ici : les enseignantes, rappelle Marie Duru-Bellat, se comportent de la même manière que leurs collègues masculins. « Les hommes comme les femmes sont profondément imprégnés par des stéréotypes sur le féminin et le masculin qui sont véhiculés par notre société, constate-t-elle. Ce sont des processus inconscients qui définissent les normes de comportement des garçons et des filles – et donc les attentes et les comportements que l’on a envers eux. Pour les bousculer, il faut commencer par en prendre conscience. »

      En démontrant qu’hommes et femmes ne sont pas – encore – des partenaires égaux dans la conversation, les études sur le manterrupting ouvriront peut-être la voie à un dialogue plus équilibré entre hommes et femmes.

      Lire aussi : Aux Etats-Unis, des stratégies pour contrer le

      « manterrupting »

    • C’est la spécialité d’un de mes voisins qui ne supporte pas que je l’ouvre bien qu’en fait il est assez d’accord avec ce je peux dire. Enfin, je devrais utiliser le passé car j’ai fini par arrêter de fréquenter cette famille, fatiguée de me prendre la tête avec lui.


  • Comment l’illustration d’une loi pour garantir la liberté des femmes (ici la contraception) sert de prétexte à faire l’apologie d’un homme. Ce timbre est exaspérant, regardez le bien, il montre à quel point les petites femmes, de la vieille à la jeune, doivent être redevables au #grand_homme.

    https://www.wikitimbres.fr/public/stamps/800/POSTE-2017-8.jpg

    Il me semble que la taille hiérarchisée des corps ou des visages a été beaucoup utilisée avant la renaissance, et à part les enfants, peu de dessins l’utilisent encore, sauf à faire dans la caricature.
    http://images.recitus.qc.ca/main.php?g2_view=core.DownloadItem&g2_itemId=1957&g2_serialNumber=14&image=.jpg

    D’autant que la phrase de l’affiche de 1978 qui sert de base au timbre « Un enfant si je veux quand je veux » a mystérieusement disparue, comme d’ailleurs toute référence à la contraception ou au planning familial …

    http://s3.e-monsite.com/2011/02/20/12/resize_550_550/un-bebe-quand-je-veux-si-je-veux.jpg

    https://www.laposte.fr/toutsurletimbre/rendez-vous-philateliques/tous-les-rendez-vous/en_cours/premier-jour-du-timbre-loi-neuwirth-50-ans

    #timbre #france_d'aujourd'hui #apprendre_à_voir



  • http://www.desordre.net/bloc/ursula/2017/images/175.jpg

    J – 63

    Quand le responsable devient rouge de colère parce qu’il ne parvient pas à faire fonctionner la nouvelle machine à café.

    Quand tu viens à son secours.

    Quand tu réalises que la nouvelle machine à café ne peut pas fonctionner parce qu’elle est débranchée.

    Quand tu lui fais remarquer sans ironie excessive.

    Quand tu sens que cela ne le fait pas du tout sourire.

    Quand tu comprends que tu ne peux pas la rebrancher tout de suite parce que c’est l’homme de ménage qui l’a débranchée pour brancher son aspirateur.

    Quand tu expliques cette contingence à ton responsable

    Quand il se met en colère contre l’homme de ménage

    Quand tu fais remarquer à ton responsable que l’homme de ménage ne peut pas faire autrement parce que c’est la seule prise électrique qui lui permette de passer l’aspirateur dans la salle de réunion sans débrancher un seul équipement de la selle de réunion. Et qu’on lui a sans doute demandé de procéder de la sorte.

    Quand ton responsable insiste.

    Quand tu lui expliques que l’homme de ménage a presque fini.

    Quand ton responsable manque de prendre une châtaigne en voulant débrancher l’aspirateur depuis une prise sécurisée.

    Quand il repart. Sans son café.

    Et quand l’aspirateur s’arrêtant tu proposes ostensiblement un café à l’homme de ménage.

    #qui_ca


  • http://www.desordre.net/photographie/numerique/immuable/images/grandes/049.jpg

    J – 65 : Mon esprit d’escalier est parfois sans remède.

    Samedi soir Martin et Isa avaient invité leur ami Denis, désormais à la retraite après une longue carrière comme agriculteur, Denis notamment produisait un fromage de chèvre qui rivalisait avec les pélardons de la Cézarenque que j’avais eu une fois l’occasion de lui faire goûter de retour des Cévennes en faisant un crochet par Autun pour couper la route, et ce soir-là Denis était là. Denis raconte un peu les mésaventures des repreneurs de sa ferme il y a quelques années auxquels il avait pourtant prêté main forte dans un très louable effort de transition. Malheureusement ces derniers n’ont pas eu la présence d’esprit d’écouter les conseils d’ancien de Denis qui avait pourtant fait de son exploitation une référence locale en matière de fromage de chèvres et ont fait graduellement capoter l’affaire. Ces repreneurs n’étaient pas agriculteurs de métier, ils tentaient de réinventer leur vie et avaient suivi une formation théorique pour ce qui relevait de la reconversion professionnelle, ils appliquaient trop strictement les savoirs reçus en formation et ne voulaient pas entendre que ces derniers devaient impérativement être pondérés par une connaissance locale acquise de longue date par un agriculteur qui, lui, avait réussi à produire du très bon fromage à cet endroit justement. Par exemple ils insistaient pour que les chèvres soient menées aux champs par un chien berger, ce qui dans la configuration des lieux n’avait aucune raison d’être et présentait par ailleurs l’inconvénient de stresser le troupeau. Denis se désole de cet entêtement. Et il me prend à témoin, me demandant, toi qui es informaticien, si tu voulais produire du fromage de chèvre au Rebout, tu t’y prendrais comment ? Et j’éclate de rire parce que je ne peux pas encore révéler à Denis que je suis justement en train de donner la dernière main à un roman dont le titre Élever des chèvres en Ardèche (et autres logiques de tableur) indique que son intrigue se trouve un peu à la croisée des chemins de ce dont il nous parle ce soir.

    Et j’en oublie même de demander à Denis quel est le nombre de litres de lait qu’il faut pour faire un fromage ce qui est précisément le détail, le renseignement, après lequel le narrateur informaticien ne cesse de courir sans jamais parvenir à élucider ce point ce qui l’empêche beaucoup de mener à bien ses calculs de probabilité quant à ses chances de reconversion professionnelle dans l’élevage des chèvres en Ardèche.

    Je ne saurais donc jamais combien il faut de litres de lait de chèvre pour produire un pélardon. Je sais combien de litres une chèvre produit par jour, je sais le prix d’une chèvre, je sais le nombre de chèvres qu’il me faudrait pour une exploitation de fromage de chèvres dans les Cévennes, je sais le prix de certaines installations d’occasion sur internet, on trouve beaucoup de choses sur internet, quand même bien pratique internet, mais on ne trouve pas sur internet le renseignement quant au nombre de litres qu’il faut pour produire un pélardon. Telle est, pour moi, la limite d’internet. Et c’est à cette limite que des amis comme Denis prennent le relai. Encore faut-il penser à le leur demander quand on les voit.

    Et écouter sa réponse.

    #qui_ca


  • Au delà des clichés sur les #dividendes records en France
    https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-economique/au-dela-des-cliches-sur-les-dividendes-records-en-france
    https://www.franceculture.fr/s3/cruiser-production/2017/02/e139310c-d848-48dc-8169-8f5b452e34de/600x337_jhkmp_1.jpg

    Ces précisions apportées, les entreprises françaises citées dans cet index sont-elles oui ou non les plus généreuses d’Europe ?

    Indéniablement OUI. Les entreprises françaises de cet index ont versé en 2016, 54 milliards de dollars de dividendes, contre 36 milliards pour l’Allemagne. L’écart est donc très fort pour seulement 7 entreprises allemandes en moins dans l’échantillon. Clairement, les entreprises françaises chouchoutent plus leurs actionnaires qu’outre Rhin.

    Quand on regarde l’évolution des dividendes versés par les entreprises françaises de l’index, il a augmenté de 10% entre 2015 et 2016. Impressionnant, note l’étude d’Henderson, d’autant écrit-elle que Total n’a pas augmenté son dividende en 2016. Or Total, est un poids lourds de la distribution de dividendes, puisqu’il représente à lui seul 1 dollar de dividende versé sur 8 en France (toujours selon l’Index).

    Impressionnant, certes, mais attention encore une fois, cette augmentation de 10% fait suite à une baisse de 13% des dividendes versés l’année d’avant. En 2016, on est donc revenu au niveau de 2014. Et le record, c’est 2011, 62 milliards de dollars de dividendes. Or en 2011, il n’y avait pas encore de #CICE ou de Pacte de responsabilité. Je ne dis pas que les milliards du CICE n’ont pas servi en parti à financer les dividendes, c’est possible et même évoqué comme possibilité par les auteurs d’études officielles, je dis juste que les plus grandes entreprises françaises n’ont pas attendu le CICE pour être généreuses avec leurs actionnaires.

    Voir ici un précédent billet : Où sont passés les 27 milliards du CICE ?
    https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-economique/ou-sont-passes-les-27-milliards-du-cice