• La journaliste Mona Chollet, liée par sa lignée maternelle à la région, dénonce la « politique de la ruine » mise en œuvre par Israël, en Palestine ou au Liban, à travers la destruction systématique des maisons.

      [photo] Un abri temporaire en bois, construit par Alaa Jouda, un Palestinien de 38 ans, pour sa famille et ses enfants, sur les décombres de leur maison dans le camp de réfugiés d’Al-Chati, à l’ouest de Gaza, le 11 mai 2026. (Yousef Zaanoun/Activestills)

      Longtemps délaissée comme objet de pensée, la maison occupe une place centrale dans nos existences. Chérie, hantée, perdue, fantasmée, elle est une membrane qui tantôt nous protège, tantôt nous enferme, elle est traversée par les enjeux de l’époque et souvent les matérialise. C’est pourquoi, cet été, Libération a invité des philosophes, écrivains, anthropologues… à examiner le sujet sous divers angles.

      « Un lieu, je veux un lieu ! Je veux un lieu à la place du lieu pour revenir à moi-même, pour poser mon papier sur un bois plus dur, pour écrire une plus longue lettre, pour accrocher au mur un tableau, pour ranger mes vêtements, pour te donner mon adresse, pour faire pousser de la menthe, pour attendre la pluie. Celui qui n’a pas de lieu n’a pas non plus de saisons. Pourras-tu me transmettre l’odeur de notre automne dans tes lettres ? Emmène-moi là-bas, s’il reste encore une place pour moi dans le mirage figé. Emmène-moi vers les effluves de senteurs que je respire sur les écrans, sur le papier, au téléphone… »

      Ces lignes éperdues de nostalgie sont extraites d’une lettre du poète palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008) écrite durant son exil à Paris, dans les années 1980, à son ami Samih al-Qassem (1939-2014) resté en Palestine, et publiée dans leur correspondance, les Deux Moitiés de l’orange. Je les ai citées dans l’un de mes premiers livres, il y a plus de vingt ans, bien avant de consacrer un essai – Chez soi (la Découverte) – aux multiples fonctions qu’une maison remplit pour nous.

      Pouvoir refermer une porte sur soi, mettre son corps à l’abri des intempéries, se protéger des intrusions, préserver son intimité, entretenir la vie au sens physiologique – dormir, se nourrir, faire ses besoins, se laver –, mais aussi au sens symbolique : exprimer son identité en conservant les objets que l’on aime, en exposant ses photos de famille… C’est tout cela que nous offre un lieu.

      Née à Genève d’un père suisse, je pourrais être intarissable sur les chalets des vacances de mon enfance, sur leur enivrante odeur de bois qui, à peine le seuil franchi, formait déjà un abri à elle toute seule. Mais c’est ma lignée maternelle – grand-père palestinien, grand-mère née en Egypte de parents syriens – qui me fait signe aujourd’hui, inévitablement, lorsqu’on parle de maisons.

      J’ai grandi dans un univers domestique à forte tonalité orientale : les courgettes et feuilles de vigne farcies de ma grand-mère, et tant d’autres plats et pâtisseries dont le souvenir me fait encore saliver ; l’eau de la fleur d’oranger qu’elle distillait elle-même en Egypte, qu’elle achetait en quantités industrielles en Suisse et dans laquelle elle nous noyait à moitié, mon frère et moi, à la moindre insomnie ; les mélopées de Fairouz, d’Oum Kalthoum, d’Abdel Halim Hafez ou d’Asmahan dans la cuisine, reprises à tue-tête par ma mère… Des bribes d’un art de vivre largement transfrontalier, si bien dépeint par les réalisateurs Marya Zarif, Syrienne exilée au Québec, et André Kadi, dans un film d’animation enchanteur, Dounia et la Princesse d’Alep (2022).

      Cet héritage rend d’autant plus douloureux le spectacle de la « politique de la ruine » – selon l’expression du politiste Ziad Majed – mise en œuvre par Israël, à une échelle invraisemblable, en Palestine ou au Liban, à travers la destruction systématique des maisons.

      Gaza a été rasée ou endommagée à plus de 80 %

      A Jérusalem-Est, des Palestiniens sont expulsés pour laisser place aux colons, comme Asmahan Shweikeh, 72 ans, et onze membres de sa famille, qui ont eu une heure pour rassembler leurs possessions, le 9 novembre 2025. Sous le choc, la vieille femme a été sortie sur un brancard. Au même moment, son voisin Juma’a Odeh voyait ses meubles et ses ustensiles de cuisine jetés dans la rue. Le soir venu, des drapeaux israéliens flottaient sur le toit et les nouveaux occupants diffusaient de la musique à plein volume pour fêter leur triomphe (+ 972 Mag, 11 novembre 2025).

      D’autres Palestiniens sont sommés de détruire eux-mêmes les murs qui les abritent, sous peine d’une forte amende. « Mes larmes coulaient tandis que je le faisais », témoigne l’un d’eux sous couvert d’anonymat (RFI, 19 mai 2026). Fakhri Abu Diab, habitant sexagénaire du quartier de Silwan, s’y est refusé. Devant un tas de décombres, il désigne l’endroit où, enfant, il s’asseyait avec sa mère pour boire le thé en revenant des champs : « Ils ont démoli mon enfance, l’odeur de ma mère, tous mes souvenirs » (voir Middle East Eye, 22 janvier 2026).

      Rasée ou endommagée à plus de 80 % selon les Nations Unies, Gaza est évidemment la partie de la Palestine où cette politique a été poussée le plus loin. Avant le 7 octobre 2023, malgré l’enfermement, le blocus, le bourdonnement constant des drones, les bombardements réguliers, ses habitants s’arrangeaient – en particulier, grâce à leur front de mer si convoité – pour grappiller autant de plaisirs quotidiens que possible, comme l’a raconté le journaliste Mohammed Omer Almoghayer dans son livre On the Pleasures of Living in Gaza : Remembering a Way of Life Now Destroyed (non traduit) . Ce territoire autrefois vibrant a été transformé en paysage lunaire.

      Parmi les mots en « -cide » (urbicide, écocide, scolasticide, génocide…) qui peuvent s’appliquer à ce qu’y fait l’armée israélienne, il y a le « domicide », défini par l’ONU comme la « destruction de masse des habitations et des infrastructures civiles ».

      Une destruction menée au moyen de bombes, de tirs d’artillerie, de bulldozers, mais aussi de robots chargés de tonnes d’explosifs. « En novembre 2024, quinze robots ont été déclenchés dans deux rues du camp de Jabalia, relate l’infirmier Mohammed Tamous. Les explosions ont rasé des pâtés de maisons entiers. Des dizaines de personnes ont été tuées. Nous étions à cinq kilomètres et nous avons entendu les détonations comme si elles avaient lieu à côté de nous. » (The New Arab, 25 mai 2025).

      A Gaza, les maisons restées debout ont perdu toute capacité à protéger leurs habitants, en raison de la menace permanente d’un bombardement, mais aussi des quadricoptères (petits drones). Le 16 août 2025, Amal al-Khudari, 35 ans, étendait du linge sur son balcon, son fils de 4 ans à ses côtés, quand l’un d’eux l’a prise pour cible, la blessant mortellement. L’intimité aussi devient impossible. Une nuit de l’été 2025, M. F., 26 ans, dormait dans sa chambre quand, vers l’aube, elle a été réveillée en sursaut : entré par la fenêtre ouverte, un drone planait devant son lit (Middle East Eye, 22 août 2025).

      Le meurtre et la destruction s’accompagnent d’une insistante volonté de profanation

      Le meurtre et la destruction s’accompagnent d’une insistante volonté de profanation. Des soldats israéliens se filment dans les maisons de familles tuées ou déplacées, saccageant une cuisine, chevauchant un tricycle, fouillant dans les tiroirs à lingerie. Sans parler de la pratique consistant à déféquer dans les intérieurs (sur les tables, dans les marmites), documentée dès le siège de Beyrouth (The Washington Post, 28 septembre 1982), et encore signalée récemment en Cisjordanie par Amira Hass dans Haaretz (28 juillet 2025). Après la guerre de 2014, le Gazaoui Ahmed Owedat avait retrouvé sa maison dévastée, jonchée d’excréments et souillée de graffitis : « Brûlez Gaza », « Bon Arabe = Arabe mort » (The Guardian, 7 août 2014)…

      Le 20 mars dernier, la neurobiologiste franco-libanaise Samah Karaki, originaire du Sud-Liban, annonçait sur Instagram que sa famille avait dû fuir : « Les images vues de Gaza, des soldats vandalisant des maisons, retournant des objets, exposant des vies, finiront par concerner ma propre mémoire. Les draps à fleurs et à cœurs roses deviendront un décor ridiculisé dans des vidéos méprisantes. »

      La maison d’enfance de la journaliste gazaouie Ruwaida Amer a été détruite par un bombardement israélien en 2000, quand elle avait 7 ans. Avec passion, durant dix ans, elle a mené les travaux pour agrandir et embellir l’habitation que sa famille avait finalement pu retrouver : « Je ne voulais jamais quitter la maison. Je terminais mes tâches à l’extérieur au plus vite et je rentrais chez moi. Au début de la guerre, je disais que je pouvais tout supporter tant que notre maison subsistait. Déplacée au camp de réfugiés de Khan Younès, je m’asseyais seule lorsque je me sentais fatiguée et effrayée, et j’imaginais ma maison dans sa tranquillité : ma chambre, mon lit, chaque recoin. » Elle dit s’être « écroulée » en recevant la vidéo qui montrait l’objet de tant de soins et d’amour pulvérisé par une bombe (+ 972 Mag, 15 novembre 2025).

      Sa consœur Nour Aboaisha, elle, tente de fuir un présent dystopique en se remémorant les moments où elle se blottissait sur son lit avec un café et sa série préférée (Yaani, 11 mai 2026). Le blocus israélien interdisant l’entrée de matériaux de construction, elle vit désormais, comme de très nombreux Gazaouis, sous une tente glaciale en hiver et étouffante en été, envahie par les eaux usées lors des fortes pluies, où les rats dévorent les réserves de nourriture et mordent les bébés durant la nuit, où les amputés se traînent faute de prothèses, où des malades du cancer agonisent (le dernier centre hospitalier traitant le cancer a été bombardé le 15 mai 2025).

      La jeune autrice Nour Elassy, évacuée de Gaza il y a un an et désormais étudiante à Paris, publiera le 9 septembre un recueil de poèmes intitulé Ceci est ma maison : « Ceci n’est pas, et n’a jamais été /Des décombres. /Ceci est ma maison. »

      Réfugié en Italie, le journaliste Ahmed Dremly dit son émotion de renouer avec des luxes ordinaires, presque oubliés en deux ans et demi de cauchemar : de l’eau au robinet, une douche chaude, la possibilité d’allumer une lampe le soir (Middle East Eye, 4 juillet 2026)…

      Contre cette dignité-là, toute la sophistication militaire du monde ne pourra jamais rien

      Parmi les moins mal lotis, dans ce lieu apocalyptique qu’est devenu Gaza, figure le charpentier Alaa Jouda. Sur les gravats de sa maison bombardée, il a édifié avec des matériaux de récupération un chalet doté de fenêtres où il vit avec sa famille (RFI, 14 juin 2026).

      D’autres Gazaouis exhibent sur Instagram des tentes rutilantes, en démontrant une parfaite maîtrise des codes du réseau social : rituels matinaux, tâches ménagères expédiées avec panache, pauses-café, couchers de soleil… Ils parviennent à cultiver quelques plantes et légumes aux abords de leur abri – en particulier, cette menthe qui symbolisait pour Darwich le quotidien heureux en Palestine.

      Samah (@samahsweedan) fait visiter sa tente décorée de tapis, de coussins, de plantes vertes et de lanternes, un drapeau palestinien aux couleurs éclatantes accroché à une paroi de toile. Laith Rashdan (@laithh.ra) se filme au réveil, jouant avec son chat avant d’émerger à l’extérieur en s’étirant. Mahmoud Shamalakh (@mahmoud.shamalakh) montre les plats simples et délicieux qu’il prépare pour sa petite sœur et son petit frère sur un réchaud de fortune.

      Contre cette dignité-là, toute la sophistication militaire du monde ne pourra jamais rien.

      Sur Facebook, le réalisateur Abbas Fahdel rend compte jour après jour, dans des publications saisissantes, de la destruction du Sud-Liban, où il vit. Le 19 juillet, il racontait comment les arbres bordant les routes de Bint Jbeil avaient été abattus un à un par des soldats israéliens. Et il concluait : « Un jour, les routes de Bint Jbeil retrouveront leurs alignements d’arbres. Les enfants marcheront de nouveau sous leur feuillage sans savoir que d’autres, avant eux, avaient voulu leur voler cette ombre. Ce sera peut-être la plus belle des réponses : planter là où l’ennemi avait arraché, faire grandir là où il avait voulu stériliser la vie. Car la véritable force n’appartient pas à celui qui détruit. Elle appartient à celui qui replante. »

  • How Anti-Imperialists Copy Empire’s Anti-Arab Hatred
    https://bettbeat.substack.com/p/how-anti-imperialists-copy-empires

    A pattern becomes unmistakable: Arab is a word reserved for failure. And any attempt to reclaim it for courage, resistance, or steadfastness, will make Westerners step in to correct you. Those positive examples, they insist, simply do not count as Arab.

    That absence matters. Arab identity becomes visible when there is humiliation to assign and invisible when there is courage to acknowledge.

    • Israël est une nation d’assassins d’enfants.

      Ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas une courageuse petite minorité qui résiste.
      Mais le massacre (assassinats de Palestiniens de tous ages) est l’outil d’Israël depuis son origine.

  • En sortant du film « The Odyssey » de Christopher Nolan, j’ai mentionné Emily Wilson, la première femme à traduire l’Odyssée d’Homer en anglais en 2017. Ma source venant de Tiktok et ce commentaire prenant place après une (très) longue tirade sur pourquoi j’ai absolument détesté ce film, il a été jugé pas pertinent.

    Ça c’était il y a plus d’une semaine. Aujourd’hui, je viens d’apprendre que Christopher Nolan se serait carrément inspiré de la version de Emily Wilson, et que celle-ci a visionné le film et a publié un review (en anglais) :
    https://www.lrb.co.uk/the-paper/v48/n14/emily-wilson/an-uncomplicated-man

    L’article entier est génial mais je tiens à noter mes passages préférés :
    – “At the end of the film, a character sets out to ‘sail beyond the sunset’ and I almost expected everyone to break into Elvish."
    – “There are more female characters than in most Nolan movies, thanks to the source material."
    – “(…) this Hollywood version of Mycenaean Greece is the only ‘civilisation’ in the world – the only place that still just about remembers that strangers and beggars must be welcomed, according to Zeus’ law."
    – “We don’t see the design or construction of the Trojan Horse; instead, a kitsch, poorly designed horse (with no wheels) appears on the windswept beach as if dumped there by drone. The difficulties of transporting large, unwieldy objects over difficult terrain must have been on the director’s mind as he lugged his IMAX cameras through the film’s many challenging locations."
    – “Mentor (Ryan Hurst), who helps Telemachus (Tom Holland), is not a disguised goddess but a helpful guy with a beard; Eurylochus is not an embittered rival to Odysseus but another helpful guy with a beard.”
    – “The Trojan War is an aberration, the fault of faceless, monstrous Agamemnon (the one in the weird Darth Vader outfit), who has failed as an American family man by killing his daughter.”
    – “We are not shown that war or killing are bad, only that good men sometimes feel bad about it”
    – “Pattinson is the only person on set who seems to be having any fun (…) he also deserves one of the Oscars that will shower down on this movie like the golden rain of Zeus.”
    – “There are no sex scenes, and all the food looks horrible.”

    • C’est mieux de mettre les citations… en citation :

      – “At the end of the film, a character sets out to ‘sail beyond the sunset’ and I almost expected everyone to break into Elvish."

      – “There are more female characters than in most Nolan movies, thanks to the source material."

      – “(…) this Hollywood version of Mycenaean Greece is the only ‘civilisation’ in the world – the only place that still just about remembers that strangers and beggars must be welcomed, according to Zeus’ law."

      – “We don’t see the design or construction of the Trojan Horse; instead, a kitsch, poorly designed horse (with no wheels) appears on the windswept beach as if dumped there by drone. The difficulties of transporting large, unwieldy objects over difficult terrain must have been on the director’s mind as he lugged his IMAX cameras through the film’s many challenging locations."

      – “Mentor (Ryan Hurst), who helps Telemachus (Tom Holland), is not a disguised goddess but a helpful guy with a beard; Eurylochus is not an embittered rival to Odysseus but another helpful guy with a beard.”

      – “The Trojan War is an aberration, the fault of faceless, monstrous Agamemnon (the one in the weird Darth Vader outfit), who has failed as an American family man by killing his daughter.”

      – “We are not shown that war or killing are bad, only that good men sometimes feel bad about it”

      – “Pattinson is the only person on set who seems to be having any fun (…) he also deserves one of the Oscars that will shower down on this movie like the golden rain of Zeus.”

      – “There are no sex scenes, and all the food looks horrible.”

    • The race-neutral casting of Nolan’s Odyssey was inevitably deplored in some quarters. But there is nothing progressive about it. Most of the non-white actors – Zendaya, Lupita Nyong’o, Himesh Patel, Corey Antonio Hawkins, Travis Scott – play versions of the Black best friend, whose only role in the drama is to provide aid to the white protagonist. Scott, as the Ithacan bard, Phemius, yells a few words and pounds a stick, but does not get to sing, tell a story or play the lyre: the most melodic note in the percussive soundtrack comes from the plucking of Odysseus’ bow (a beautiful sonic image of the archer as musician, borrowed from the poem). Nyong’o’s double part as Helen and Clytemnestra is hugely underwritten; she is given only a few minutes of screen time to perform a set of brief tableaux of female victims (the outraged bereaved mother, the abused wife, the repentant adulteress).

    • https://justpaste.it/di29f

      Le problème éthique le plus préoccupant soulevé par L’Odyssée de Nolan concerne la décision de tourner une partie du film dans le territoire occupé du Sahara occidental, normalisant ainsi les violences persistantes à l’encontre du peuple autochtone sahraoui. Il est particulièrement révoltant que Nolan ait utilisé cette terre comme simple toile de fond visuellement saisissante pour un film qui met en avant, glorifie et réhabilite le héros d’une guerre territoriale au motif de sa reconnaissance tardive et partielle de sa propre culpabilité.

      Malgré tout cela, la sortie de L’Odyssée reste un événement à célébrer. À l’ère du streaming, comme on nous le répète sans cesse, cette épopée ramène le public dans les salles de cinéma. À une époque où l’on nous parle de déclin de l’alphabétisation et de « mort des sciences humaines », les traductions de L’Odyssée, y compris la mienne, s’arrachent en librairie. Certains de ceux qui achètent le livre ou se rendent au cinéma pour voir Tom Holland se mettront peut-être à étudier le grec ancien. Peut-être que le film convaincra quelques responsables d’établissements d’enseignement supérieur de ne pas supprimer leurs départements de littérature, de langues et d’histoire. Nolan, qui a étudié l’anglais à l’University College London – où les étudiants étudient toujours L’Odyssée comme « texte fondamental » en première année –, fait de son mieux pour inciter le grand public à se remettre à la lecture, et je lui en suis reconnaissant.

      Oups ! cette conclusion me laisse songeur ...

  • Entretien avec Michel Feher, « Redevenir juif – La fin d’un pacte de blanchiment réciproque »
    https://www.youtube.com/watch?v=Wnd64gX4SxA

    L’extrême droite occidentale est devenue sioniste jusqu’au bout des ongles, au point de se prétendre la nouvelle meilleure amie des juifs. Ceux-là même dont les ancêtres ont perpétré l’un des plus grands crimes de l’histoire de l’humanité, à savoir la Shoah. Voilà l’apparent paradoxe que le dernier livre du philosophe Michel Feher permet d’éclaircir.

    L’idée centrale est celle d’un « pacte de blanchiment réciproque » : les juifs sortis de leur condition de paria historique en échange d’un pardon plus ou moins tacite pour les crimes occidentaux à leurs égards. Engrenage dans lequel s’engouffrent les extrêmes droites du monde, logiquement, pour se délester de leur salissure. Et ce en réagrippant aussitôt d’autres minorités : homosexuels, femmes et bien sûr musulmans.

    Tout en constatant le piège, Michel Feher trace la voie d’une contre-offensive, simple autant que radical : redevenir juif. Retrouver la « condition diasporique » qui structure l’histoire de ce peuple, sortir de l’injonction à l’appartenance ethno-nationale posée par Israël, pays que le philosophe désigne, avec un brin de malice, comme « le moins juif du monde ». Car, rappelle-t-il encore : le sionisme est, in fine, une forme d’antisémitisme.

  • Hara-Kiri contre Charlie Hebdo
    https://www.youtube.com/watch?v=TSsuwxQfA38&t=6s

    Voici la grande histoire d’Hara-Kiri, journal bête et méchant, et ses héros et génies qui ont inventé notre humour, notre rire, notre joie : Cavanna, Choron, Reiser, Wolinski, etc. Le chouette beau journal. Le meilleur journal du monde. Hara-Kiri va engendrer Charlie. Et Charlie va être sacrifié par une autre gueule d’empereur romain, une hyper-gueule d’empereur romain, celle de Philippe Val, à la France américanisée dans son sport préféré : cracher à la gueule des arabes et des pauvres.

    Conséquence : des dessinateurs, entre autres, seront tués. Et Charlie va être récupéré par les suppôts d’un laïcardisme militant. Un laïcardisme fanatique. Une armée de soldats de la France de Frankenstein. Colonialiste, atlantiste, va-t’en-guerre, raciste.
    Mais ce Charlie n’est pas le successeur de Hara-Kiri. Pas du tout, et même : au contraire.

    Ce Charlie est à Hara-Kiri ce que le christianisme est à Jésus. Il est la récupération de son image, et sa transformation en son contraire. Il utilise les armes de l’émancipation pour les faire servir au combat de l’impérialisme. Il vend la hiérarchie sociale la plus dure avec le visage de l’anarchie douce.

    Hara-Kiri contre Charlie. Voici l’histoire de notre avant-dernière guerre.

    #Pacôme_Thiellement

  • Les leçons effroyables de 250 ans d’histoire américaine

    Nick Turse
    The Intercept - TomDispatch
    4 juillet 2026

    Extrait - "Aucun pays ne peut être grand, et encore moins le « plus grand », s’il redoute que son propre peuple connaisse l’histoire de la nation. Selon le décret en question, Trump voit en l’Amérique un « héritage inégalé de promotion de la liberté, des droits individuels et du bonheur humain ». Il soutient que des forces malveillantes ont « reconstruit » le passé de l’Amérique pour le présenter comme « intrinsèquement raciste, sexiste, oppressif ou, à tout le moins, irrémédiablement vicié », alimentant ainsi « un sentiment de honte nationale ». Pourtant, nul besoin de réécrire l’histoire des États-Unis pour susciter un sentiment de honte persistante. Ce sentiment est omniprésent, pour peu que l’on ait le courage de le nommer.

    En 1779, par exemple, George Washington ordonna une campagne de la terre brûlée contre les peuples autochtones, visant la « ruine totale » de la confédération dite des Six Nations sur des centaines de kilomètres à travers la Pennsylvanie et l’État de New York. « L’objectif immédiat est la destruction et la dévastation totales de leurs implantations », déclara-t-il au major-général John Sullivan. À l’issue de l’opération, l’armée de Sullivan avait détruit plus de 40 villages.

    De tels crimes de l’Amérique sont légion. Si le temps et l’espace le permettaient, on pourrait en citer 250, 250 000 ou même 2,5 millions. En ce 4 juillet, il convient de rappeler certaines de ces vérités dérangeantes que Trump préférerait voir oubliées et ignorées des générations futures.

    Le colonel John Chivington, commandant du district militaire du Colorado, mena plus de 700 soldats à l’assaut de groupes cheyennes et arapahos à l’aube du 29 novembre 1864. Au nom de ce qu’il qualifiait d’« acte relevant du devoir envers nous-mêmes et envers la civilisation », ses hommes firent pleuvoir le feu de l’artillerie et des armes à feu sur un village endormi à Sand Creek. Pendant près de quatre heures, ils massacrèrent les habitants du camp, dont les deux tiers étaient des femmes et des enfants. De nombreuses femmes autochtones furent également violées, et des scalps, des seins ainsi que des organes génitaux d’Amérindiens furent prélevés en guise de trophées. Dans une lettre adressée au major-général Samuel Curtis, Chivington écrivit : « Il est peut-être inutile de préciser que je n’ai fait aucun prisonnier. Entre cinq et six cents Indiens sont restés gisants sur le champ de bataille. »"

    https://theintercept.com/2026/07/04/july-4-america-250-trump

  • Mohammed El-Kurd sur X : « NEW: The Board of Directors at the Committee to Protect Journalists (CPJ) will formally change its definition of who qualifies as a journalist, to broadly exclude slain Palestinian and Lebanese journalists who worked for government-funded media outlets. Israeli, American, and » / X
    https://x.com/m7mdkurd/status/2071305701524406285

    The Board of Directors at the Committee to Protect Journalists (CPJ) will formally change its definition of who qualifies as a journalist, to broadly exclude slain Palestinian and Lebanese journalists who worked for government-funded media outlets. Israeli, American, and Ukrainian journalists who work for state-funded outlets or are embedded with the military will remain recognized as journalists, of course.

    The move was catalyzed to appease the right-wing Zionist rag The Free Beacon, which has repeatedly accused Palestinian and Lebanese journalists of being undercover militants or used their political opinions or affiliations as justification for their killing by the IOF.

    This is a racist scandal of massive proportions for everyone involved, and it makes a mockery of the purported mission of the organization. It is absolutely abhorrent that the organization’s resources are wasted on this cowardly witch-hunt, at a moment in history that is the deadliest for journalists, especially in Palestine and Lebanon.

  • Colonisation israélienne : un nouveau rapport révèle des violences sexuelles « systématisées » contre les Palestiniens
    Publié le 30 juin 2026 – Elisabeth Fleury - L’Humanité
    https://www.humanite.fr/feminisme/7-octobre-un-an-apres/colonisation-israelienne-un-nouveau-rapport-revele-des-violences-sexuelles-

    La prison de Sde Teiman est réputée pour les tortures et les violences sexuelles infligées aux détenus palestiniens.
    © Lucien Lung / Riva Press

    Un travail de recherche de plusieurs mois, conduit entre décembre 2025 et avril 2026, mené conjointement par un collectif de femmes palestiniennes (Palestinian Feminist Collective) et l’ONG Progressive International. À partir de témoignages difficiles à obtenir, de données israéliennes déclassifiées, de vidéos tournées par les soldats eux-mêmes. Mais aussi de travaux d’ONG et de rapports d’experts internationaux.

    À la fin, un rapport de 180 pages intitulé « Un État prédateur », qu’on parcourt en apnée, en retenant ses larmes et sa colère. L’illustration, documentée et détaillée, d’une des composantes maîtresses de la colonisation israélienne depuis 1948 : « La systématisation des crimes sexuels dans le but de détruire le peuple palestinien », résume le rapport. En l’attaquant au plus profond de son intimité. (...)

  • Canicule : leur mépris, nos morts
    https://bonpote.com/canicule-leur-mepris-nos-morts

    “Pour ou contre la clim” ? Voilà ce à quoi nous avons droit à chaque canicule. Le niveau zéro de la réflexion, du début du commencement d’un changement radical pourtant plus que jamais nécessaire. Cette fois-ci, cerise sur le gâteau, le RN a pu se balader sur tous les plateaux TV en se présentant comme le parti champion de l’écologie. Ne riez pas, c’est la petite musique que l’on entend partout depuis une semaine, y compris sur le service public.

    Voilà plusieurs années que je suis scrupuleusement le traitement médiatique des canicules chaque été et ce que j’ai écrit l’été dernier reste entièrement valable : le traitement médiatique du climat n’a jamais été aussi mauvais. Cette année il va falloir utiliser un autre adjectif : ils sont irresponsables.

    Par “ils”, lisez l’immense majorité des médias mainstream. Cela veut bien dire que de façon systémique, mis à part quelques exceptions, c’est une catastrophe. Vous en doutez encore et pensez que c’est une exagération ? Lisez plutôt.

  • Reportage « Ce n’est pas un crime d’installer une piscine pour les enfants » : à Clermont-Ferrand, indignation après que la police a démonté un bassin en pleine canicule
    https://www.liberation.fr/societe/police-justice/ce-nest-pas-un-crime-dinstaller-une-piscine-pour-les-enfants-a-clermont-f

    Tchiki, 23 ans, bob bleu vissé sur la tête, raconte pour le groupe. « On s’est cotisés, on est une dizaine. On a acheté une piscine chez Action, 140 euros. » A côté de lui, un jeune en débardeur précise : « On a mis 10 ou 15 euros chacun, ce qu’on pouvait, pour les petits. » La veille de l’intervention policière, une première tentative avait déjà tourné court. « La police est passée, ils ont mis un coup de couteau dedans. Elle s’est vidée, on ne pouvait pas la réparer. »

  • « Mamdani a soutenu trois candidat-es rebelles au Congrès lors de primaires qui ont mis en rage l’establishment démocrate. Tous trois ont remporté d’éclatantes victoires »

    Ross Barkan, « The Nation »

    Extrait - « Jeune figure charismatique de la gauche au passé tumultueux sur les réseaux sociaux — elle a attaqué Joe Biden et Kamala Harris et tenu des propos qu’elle a plus tard regrettés sur les relations interraciales —, Darializa Avila Chevalier a néanmoins réussi à contester la position d’Adriano Espaillat car, en matière de politique étrangère, ce dernier était totalement en décalage avec les courants de gauche qui traversaient la circonscription.

    Espaillat, comme Dan Goldman, est un sioniste revendiqué. Il a accepté plusieurs milliers de dollars de l’Aipac, y compris dans sa dernière campagne. Lorsque Mahmoud Khalil, militant pro-palestinien de l’université Columbia et administré d’Espaillat, a été enlevé par l’administration Trump, Espaillat n’a pas dit ou fait grand-chose. Il n’a servi à rien. Les jeunes électeurs du district en ont pris note et se sont ralliés massivement à Avila Chevalier. Contrairement à Espaillat, celle-ci était une militante de gauche assumée, une fervente défenseure des droits des Palestiniens, dont les propos rappelaient parfois ceux d’Alexandria Ocasio-Cortez, dans une version que certains membres des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) souhaiteraient voir plus souvent. Elle savait aussi galvaniser les foules et briller lors des débats. Dans les derniers jours de la campagne, les alliés d’Espaillat ont tenté de dépeindre Avila Chevalier comme une étrangère et une usurpatrice, lançant contre elle d’odieuses attaques racistes. (Ils ont affirmé, sans preuve, que cette Américaine d’origine dominicaine était haïtienne, espérant exploiter le sentiment anti-haïtien chez les électeurs dominicains âgés.) Mais Mamdani l’a soutenue fermement, et cet engagement a été largement récompensé. (...)

    Mamdani et les Socialistes démocrates d’Amérique ne font évidemment pas l’unanimité partout. Il existe des quartiers populaires et défavorisés [de New York] où ils ne se sont pas implantés. Il y a aussi des quartiers plus aisés et modérés qui leur résisteront toujours. Quoi qu’il en soit, les élus démocrates de toute la ville devront désormais rester sur leurs gardes. Ils devront se saisir des thématiques portées par les DSA ; ils ne peuvent ignorer cette dynamique de fond. Les faucons pro-israéliens seront évincés du Parti démocrate. C’est inévitable.

    Des soirées comme celle-ci sont rares. L’élection de Mamdani a marqué un premier basculement politique, et celle-ci en représente un autre. Mamdani, qui s’était déjà imposé comme une figure incontournable, disposera désormais d’un poids politique accru. Il pourra se montrer plus ambitieux et plus audacieux. Il pourra riposter avec une vigueur inédite. Telle est la force de la victoire. »

    https://www.thenation.com/article/politics/nyc-primary-results-analysis-mamdani-dsa

  • La canicule est une violence politique (via @mona)
    https://reporterre.net/La-canicule-est-une-violence-politique

    Il nous faut insister sur cette réalité simple et brutale : les décideurs politiques ont les données scientifiques sous les yeux, ils savent que leurs renoncements engendreront plus de drames et de morts. Notre trajectoire climatique nous mène, en France, vers dix fois plus de jours de vagues de chaleur par an et les 50 °C dépassés dans une ville comme Paris, peut-être dès 2050 !

    Les décideurs politiques ont les données scientifiques sous les yeux

    Mais il est jugé plus raisonnable d’accepter ces catastrophes et de sauvegarder un système économique moribond, dont ne profite plus grand monde au-delà de la classe dominante. Au lieu de faire de la préservation d’un climat habitable un impératif catégorique, et d’adapter nos règles socio-économiques en conséquence, on fait l’inverse. L’accumulation capitaliste est non négociable, et advienne que pourra pour le climat.

    Là est la véritable violence.

  • Il y a quelques jours, le Sameer Project, initiative de Palestinien·nes de la diaspora qui récoltent des fonds pour venir en aide aux Gazaoui·es, a alerté sur la baisse alarmante des donations qu’il reçoit. On peut le suivre et voir son extraordinaire travail ici :

    https://www.instagram.com/thesameerproject

    https://thesameerproject.org

    Au même moment, à l’occasion de la fête des pères, Miramar Abusaleem raconte dans un article la genèse du projet, baptisé ainsi en hommage à son propre père, Sameer Abusaleem.

    –—

    Retrouver mon "Baba" : l’héritage d’un père palestinien qui a inspiré le Sameer Project

    Par Miramar Abusaleem - Mondoweiss / Palestine Square, 20 juin 2026

    L’un de mes souvenirs d’enfance préférés est celui où j’attendais près de la porte d’entrée que mon père rentre du travail.

    Je guettais son arrivée chaque après-midi, impatiente de le voir franchir le seuil. Il ne rentrait jamais les mains vides. Il rapportait toujours quelque chose pour la maison et, le plus souvent, du chocolat pour nous, les enfants. Dès qu’il arrivait, je courais lui apporter ses chaussons et je m’asseyais à ses côtés pendant qu’il mangeait. Même si j’avais déjà dîné avant son retour, la nourriture avait une autre saveur quand Baba était là.

    Le vendredi était notre journée privilégiée. Il me coupait les ongles, cirait mes chaussures d’école et prêtait attention à des détails que la plupart des gens auraient jugés insignifiants. Il venait régulièrement à mon école, non pas parce que j’avais fait des bêtises, mais parce qu’il voulait savoir si quelque chose me préoccupait. Il tenait à s’assurer que j’étais heureuse. Il me faisait me sentir importante. Il me faisait me sentir en sécurité. Comme le disaient souvent nos proches en plaisantant, il me traitait comme une princesse.

    En grandissant, notre relation a évolué, mais ses fondements sont restés intacts. Chaque fois que je sortais, il m’appelait sans cesse, simplement pour s’assurer que tout allait bien. Chaque appel se terminait de la même façon : il me demandait de lui rapporter de la namoura, un gâteau de semoule imbibé de sirop.

    « Baba, c’est trop sucré », protestais-je.

    « Ce n’est pas à toi de décider », répondait-il. « Je veux de la namoura. »

    Vers la fin de sa vie, alors que le diabète l’avait affaibli et qu’un accident vasculaire cérébral avait paralysé une moitié de son corps, quelque chose de magnifique s’est noué entre nous. Le père qui avait passé sa vie à prendre soin de moi est peu à peu devenu quelqu’un dont je prenais soin en retour. L’homme qui semblait autrefois plus grand que nature est devenu, à bien des égards, mon enfant gâté. Pourtant, son regard n’a jamais changé. Lorsqu’il me regardait, ses yeux étaient emplis d’amour et de fierté. Il me donnait le sentiment d’être la fille la plus forte du monde, simplement parce que j’étais sa fille.

    C’est à cet homme-là que je pense lorsque je lis les gros titres sur Gaza.

    À l’approche de la fête des Pères aux États-Unis, les réseaux sociaux se remplissent d’hommages à la paternité. Je vois des photos de pères faisant griller de la viande dans leur jardin, serrant leurs enfants dans leurs bras, assistant à des remises de diplômes et recevant des témoignages de gratitude de la part de leur famille. Ces images reflètent une réalité universelle de la paternité : les pères comme figures bienveillantes ; comme protecteurs, compagnons et sources d’amour et de sécurité.

    Pourtant, lorsque les Palestiniens apparaissent dans la majeure partie de la couverture médiatique américaine, la figure du père s’efface.

    Depuis près de trois ans, les souffrances de Gaza sont décrites à travers des expressions apparemment anodines. L’une d’elles est « femmes et enfants ». L’intention est compréhensible : cette expression signale la vulnérabilité des civils et souligne l’horreur du génocide. Mais elle entraîne aussi une conséquence troublante : les femmes et les enfants palestiniens deviennent des victimes visibles dont l’innocence est reconnue, tandis que les hommes palestiniens deviennent des victimes invisibles dont l’innocence doit être prouvée.

    Des études sur la couverture médiatique occidentale ont révélé que les décès de Palestiniens sont souvent présentés sous la catégorie « femmes et enfants », alors que les hommes adultes ont plus de chances de se fondre dans des chiffres globaux de victimes ou d’être évoqués sous l’angle de la sécurité. De plus, les hommes adultes sont souvent perçus principalement à travers le prisme de la sécurité, de la violence ou du statut de combattant. Cette manière de présenter les choses peut rendre les hommes civils moins visibles en tant que victimes et moins dignes de l’empathie du public. Dans le contexte de Gaza, où des milliers d’hommes ont été tués, blessés, déplacés ou séparés de leur famille, les conséquences de ce récit sont d’une cruauté profonde.

    Pour moi, cette discussion n’a rien de théorique. Il s’agit de mon père.

    J’écris ces lignes pour faire vivre la mémoire de mon « Baba », Sameer Abusaleem. Son nom perdure aujourd’hui grâce au Sameer Project, une initiative d’entraide que j’ai lancée en sa mémoire avec une équipe brillante de cofondateurs, afin d’apporter des abris, de l’eau et des soins médicaux vitaux aux familles déplacées de Gaza.

    En arabe, « Baba » est bien plus qu’un simple mot pour désigner un père. C’est un terme empreint d’affection, de protection et du sentiment d’être chez soi. Lorsque je prononce le mot « Baba », je n’évoque pas une figure abstraite. Je me souviens d’un homme qui a consacré sa vie à prendre soin de ceux qui l’entouraient.

    Avant de devenir une statistique, avant d’être une victime de plus de la destruction de Gaza par Israël, et avant que le discours ambiant ne fasse de lui un Palestinien invisible de plus, il était un père, un époux et un pilier de notre communauté ; sa mort violente et sa sépulture solitaire témoignent de la cruauté de ce génocide.

    Connaître mon père, c’est connaître la terre.

    Mon père était un agriculteur de la région, respecté et profondément aimé. Pour lui, la terre représentait bien plus qu’une simple propriété ; elle était aussi essentielle à son existence que l’air qu’il respirait. Il a consacré sa vie à ses vergers, cultivant agrumes et oliviers avec une tendresse qui rappelait la manière dont il a élevé ses neuf enfants. Nous plaisantions souvent en disant qu’il traitait ses oliviers et ses agrumes comme ses propres enfants.

    Aujourd’hui encore, lorsque je pense à lui, je le revois se déplacer dans ses vergers. Il en connaissait les moindres recoins. Il parlait de la récolte comme d’autres évoquent les grands moments d’une vie de famille. Prendre soin de la terre et prendre soin des gens était pour lui indissociable ; c’était, à ses yeux, une seule et même chose.

    Ses vergers constituaient un véritable sanctuaire pour tout notre voisinage. Au fil des décennies, il a employé des dizaines de travailleurs locaux, leur assurant des moyens de subsistance et favorisant une communauté fondée sur le travail partagé et un profond respect mutuel. Dans une bande de Gaza étouffée par un blocus qui dure depuis des décennies, ses terres et les fruits qu’elles produisaient incarnaient une forme de résilience silencieuse et défiante : une manière de nourrir la population et de l’ancrer à sa terre ancestrale.

    Ce même dévouement et ce même engagement qui le guidaient dans les champs guidaient également sa vie de famille.

    Lorsque ma mère a perdu la vue, il s’est consacré à prendre soin d’elle. Baba a pénétré dans l’obscurité à ses côtés, réorganisant toute sa vie pour garantir sa dignité et son confort. Même lorsqu’un accident vasculaire cérébral dévastateur l’a laissé paralysé d’un côté, cloué dans un fauteuil roulant, il a continué d’être le soleil autour duquel gravitait notre famille. Il ne pouvait plus arpenter les champs qu’il aimait tant, mais il demeurait le pilier de notre famille. Cette réalité apparaît rarement dans les récits médiatiques américains consacrés aux familles palestiniennes.

    L’expression « femmes et enfants » suggère un monde où la vulnérabilité serait l’apanage des femmes et la force celui des hommes. Or, les familles palestiniennes sont bien plus complexes que cela. Lorsque Baba s’est retrouvé paralysé à la suite de son AVC, ma mère, malgré sa cécité, est devenue ses mains ; lui était ses yeux et sa voix pour la guider. Ensemble, ils ont affronté l’épreuve de la survie.

    L’amour et la survie empruntent des chemins multiples. C’est ce que mon père m’a appris.

    Lorsque Israël a bombardé la maison familiale, mon père ne pouvait pas courir. Il ne pouvait pas chercher refuge ailleurs. Il était alité. Il a fini par succomber aux blessures qu’il avait subies.

    Ce qu’il y a eu de plus cruel dans la mort de Baba, c’est l’isolement total de ses derniers instants. Aucun de ses neuf enfants n’était à ses côtés. Nous étions déplacés, séparés et pris au piège par des circonstances qui nous échappaient. Nous n’avons pas pu lui tenir la main. Nous n’avons pas pu nous asseoir à ses côtés. Nous n’avons pas pu lui murmurer un dernier adieu ou une ultime prière.

    Aucun d’entre nous n’a pu assister à ses funérailles. Il n’y a eu ni cortège digne dans les rues qu’il parcourait, ni hommage de la communauté qu’il chérissait et soutenait par sa générosité, ni rassemblement des voisins qu’il avait employés dans ses vergers, ni larmes versées par ses enfants sur sa dernière demeure. Il a été inhumé à la hâte, dans un paysage remodelé par la violence, par des inconnus qui lui ont offert la grâce d’une sépulture alors que sa propre chair et son propre sang ne le pouvaient pas.

    L’homme qui avait passé sa vie à prendre soin des autres a été enterré sans la présence des enfants qu’il avait élevés. L’une des expériences humaines les plus sacrées — être aux côtés d’un être cher au moment de sa mort — nous a été refusée.

    Cette perte continue de me hanter.

    Lorsque j’entends parler du bilan des victimes, je pense à tout ce que ces chiffres ne parviennent pas à traduire. La mort d’un père n’est jamais la mort d’une seule personne. Cela transforme des familles entières. Cela laisse des chaises vides autour de la table, des appels sans réponse, des conversations inachevées et un chagrin qui s’installe dans le quotidien.

    J’ai refusé de laisser l’histoire de mon père s’arrêter là.

    La vie de mon père a été marquée par le souci constant de sa famille, de ses employés, de ses voisins et de sa terre. Je voulais que son héritage inspire l’action de The Sameer Project.

    À travers l’hébergement d’urgence, l’accès à l’eau potable, le soutien médical, l’aide au transport et d’autres formes d’assistance humanitaire, The Sameer Project incarne les valeurs qui guidaient la vie de mon père.

    Chaque famille que nous soutenons perpétue une part de son héritage.

    Cet homme, qui a consacré sa vie à prendre soin de sa famille et de sa communauté, continue de veiller sur les autres grâce au travail accompli en son nom. Cet agriculteur, qui cultivait ses vergers avec amour, inspire désormais des initiatives visant à préserver la vie au milieu de la dévastation.

    En cette fête des Pères, j’espère que les lecteur-ices iront au-delà des formules toutes faites qui dominent si souvent les conversations sur Gaza. Derrière chaque bilan chiffré des victimes masculines palestiniennes se trouve un homme qui s’inquiétait pour ses enfants, prenait soin de sa compagne, œuvrait pour sa communauté et rêvait de vieillir entouré de ceux qu’il aimait.

    Mon père était l’un de ces hommes.

    Il rapportait du chocolat à ses enfants. Il cirait leurs chaussures d’école. Il téléphonait pour s’assurer que j’étais bien arrivée. Il adorait la namoura. Il me donnait le sentiment d’être la fille la plus forte du monde, simplement parce que j’étais sa fille.

    C’était mon « Baba ». Il s’appelait Sameer Abusaleem."

    https://www.palestine-studies.org/en/node/1659175

    https://mondoweiss.net/2026/06/reclaiming-my-baba-the-legacy-of-a-palestinian-father-who-inspired-the-s

  • Guerre au Proche-Orient : Une poétesse de Gaza proscrite en France  |
    Publié le 9 juin 2026 Par David Fontaine - Le Canard enchaîné
    https://www.lecanardenchaine.fr/culture-idees/54090-une-poetesse-de-gaza-proscrite-en-france

    Lauréate d’un programme du Collège de France destiné aux artistes menacés, la poétesse gazaouie Alaa Al-Qatrawi attend toujours son visa, six mois après sa sélection. Malgré le soutien de grandes figures du monde culturel, le ministère des Affaires étrangères reste incompréhensiblement muet.

    Poétesse palestinienne re­nommée, Alaa Al-­Qatrawi attend depuis six mois un visa pour la France, alors qu’elle est lauréate, depuis décembre dernier, du programme Pause. Un sésame réservé aux artistes et chercheurs étrangers en danger et placé sous l’égide du Collège de France. Circonstance aggravante  : la jeune femme a perdu ses quatre enfants dans un bombardement israélien sur Khan Younès, le 13 décembre 2023…

    Mais, depuis qu’il a été révélé, en août dernier, qu’une étudiante gazaouie accueillie en France avait écrit des tweets antisémites, le ministère des Affaires étrangères a décrété un embargo sur les visas des Gazaouis, avant de le lever, officiellement, en décembre… Or, depuis, rien n’y fait.

    • depuis plus de 6 mois ....

      De Paris à Gaza, « je retiens mon cœur pour qu’il ne se brise pas »
      Par Mathieu Yon - 2 octobre 2025
      https://reporterre.net/De-Paris-a-Gaza-je-retiens-mon-coeur-pour-qu-il-ne-se-brise-pas

      Sous l’œil des caméras de surveillance et des gendarmes, notre chroniqueur Mathieu Yon attend chaque jour sur un banc, face au Quai d’Orsay. Il espère faire sortir de Gaza son amie, la poétesse Alaa Al-Qatrawi.

      Depuis le 24 septembre, j’attends sur un banc, de 9 heures à 19 heures. J’attends un rendez-vous avec le directeur de cabinet du ministère des Affaires étrangères, pour réclamer la reprise de l’accueil des Gazaouis, gelé depuis le 1ᵉʳ août, et plaider la cause de mon amie, la poétesse Alaa Al-Qatrawi.

      Sur mon banc, j’entends que le ministère serait disposé à reprendre les accueils. J’entends que le refus viendrait désormais des autorités israéliennes. Ces informations sont probablement vraies. Mais comment se fait-il que toutes ces autorités décident sans la moindre consultation démocratique, qui doit vivre et qui doit mourir ? À quel moment les Gazaouis ont le droit de partir, et à quel moment ils doivent rester ?

      On m’a raconté que certains Gazaouis avaient refusé d’être évacués, car les autorités françaises leur demandaient de laisser leur famille sur place. Autrement dit, de les laisser mourir et de partir le cœur léger vers une nouvelle vie pleine de promesses. J’ai le cœur lourd d’entendre ces récits où le droit et la justice sont bafoués. En ces temps de tragédies, il faut garder la tête haute et le cœur droit. (...)

      et
      Growing calls for France to lift ’collective punishment’ ban on visas for Gazans
      26/09/2025 - By : Alison Hird - RFI en anglais
      https://www.rfi.fr/en/france/20250926-growing-calls-for-france-t

    • La poétesse Alaa Al-Qatrawi bloquée à Gaza : artistes et scientifiques dénoncent “l’ambiguïté” du gouvernement français
      https://www.telerama.fr/debats-reportages/la-poetesse-alaa-al-qatrawi-bloquee-a-gaza-artistes-et-scientifiques-denonc

      De la poétesse gazaouie Alaa Al-Qatrawi, le maraîcher et philosophe Mathieu Yon ne sait que peu de choses. Elle est née en 1996, vit à Gaza et a perdu ses quatre enfants. Le Drômois découvre ses textes en mai 2025, en lisant un recueil de poésie gazaouie contemporaine traduit par l’écrivain marocain Abdellatif Laâbi. Parmi les vingt-six auteurs, Alaa Al-Qatrawi signent deux textes qui le « bouleversent ». « Je ressens instantanément comme un besoin de lui écrire une lettre, un message », explique-t-il au téléphone. S’engage alors une correspondance quotidienne entre les deux passionnés de poésie via WhatsApp.

  • Terrorisme masculiniste : l’alerte du renseignement intérieur français | France Inter
    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/revelations/revelations-du-vendredi-05-juin-2026-4252960

    Dans une interview exclusive à la cellule investigation de Radio France, la DGSI lance l’alerte sur la menace du courant masculiniste radical en France. Les profils sont plus jeunes qu’avant – de 14 à 15 ans – les contenus plus violents et les processus de radicalisation plus rapides.

    Juillet 2025, près de Saint-Etienne. Un jeune homme de 18 ans se dirige vers son lycée avec deux couteaux dans son sac. Son projet : s’en prendre à des camarades de son lycée, toutes des jeunes femmes. Il est arrêté avant de passer à l’acte et mis en examen pour “association de malfaiteurs terroriste criminelle”. Interrogé, le jeune homme se revendique d’une mouvance masculiniste radicale et violente : les incels.

    Ce courant est une préoccupation pour les services de renseignements français. La DGSI [Direction générale de la Sécurité intérieure] a accepté exceptionnellement de répondre aux questions de la cellule investigation de Radio France. Ils tirent la sonnette d’alarme face à une menace qui a “une potentialité terroriste forte”.
    Une radicalisation plus rapide

    Le masculinisme est né dans les années 1990 aux États-Unis. Les adeptes de cette idéologie considèrent qu’au nom de l’égalité, les droits accordés aux femmes ont supplanté ceux des hommes et que la société est aujourd’hui dominée par les femmes. Ce courant se présente en opposition au féminisme, pour redonner du pouvoir aux hommes. L’incelisme en est son émanation la plus radicale. Les “incels” considèrent que les femmes sont responsables de leur célibat et vont parfois jusqu’à commettre des tueries de masse pour se venger. C’est le cas notamment d’Eliott Rodger, qui a tué 6 personnes et en a blessé 14 en Californie en 2014.

    La DGSI constate un rajeunissement des jeunes masculinistes radicalisés, dès 13 ans. “Mais la majorité se situe plutôt vers 14 ou 15 ans. Nous en avons beaucoup”, explique Mathieu [pseudonyme], l’agent de la DGSI que nous avons rencontré. La porte d’entrée de cette radicalisation incel, ce sont des vidéos sur Tiktok ou Instagram qui traitent de santé mentale et peuvent accrocher des jeunes garçons qui ont “des pulsions assez auto-destructrices, mortifères, avec des failles psychologiques, des problèmes mentaux qui n’ont pas été diagnostiqués”. Les services de renseignement observent également une radicalisation plus rapide. “En quelques mois seulement, quelqu’un peut passer d’un adolescent dans une construction normale à quelqu’un de radicalisé et prêt à passer à l’acte”, précise Mathieu.
    Une idéologie qui infuse dans la société

    Pour détecter les signaux de radicalisation (consultation de vidéos gore pour se désensibiliser, publication de vidéo, usage de l’IA, fascination pour les tueurs de masse...), les services de renseignement et le parquet national antiterroriste se forment et sont mobilisés. “Au niveau parisien, cela représente une cinquantaine de personnes, incluant les 30 magistrats du Parquet national antiterroriste, ainsi que des magistrats du siège qui ont été spécifiquement sensibilisés à cette problématique”, explique Olivier Christen, le procureur du PNAT (Parquet national antiterroriste). À ce jour, plusieurs dizaines de profils de mineurs sont pris en charge par les services de l’État pour être déradicalisés.

    Si jusqu’ici seul un homme adhérant à cette idéologie a été mis en examen en juillet 2025 en France pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle”, l’idéologie masculiniste infuse dans la société et ses adeptes ont des cibles bien identifiées.
    Le féminisme en ligne de mire

    “Nique ta grand-mère sale pute de Femen”, “le seul mot féminin que tu dois connaitre c’est : cuisine”. “Au bûcher sorcière.” C’est le genre de message que Typhaine D. reçoit par milliers en 2022 après avoir participé à un débat en ligne ou elle défendait la féminisation de la langue française. Elle reçoit au total près d’un million de messages d’insultes misogynes, de menaces de mort, de viol et d’incitations au suicide...

    Ce déferlement de haine sort même de la sphère numérique. Dans les transports en commun, dans la rue, la jeune femme est menacée et se fait parfois cracher dessus. Elle reçoit aussi des lettres à son domicile. Face à cette violence, elle ne sent plus en sécurité et quitte Paris. La jeune femme a porté plainte et 9 hommes ont été condamnés en septembre 2025, pour harcèlement moral aggravé parce qu’ils visaient une femme.

    Les associations féministes sont également prises pour cibles. Le planning familial, symbole de la défense des droits des femmes à disposer de leur corps, a été visé en octobre 2025 par une menace d’attentat suicide de la part d’un homme opposé à l’avortement et qui se revendique de la branche radicale incel.
    "On sent qu’il y a un basculement”

    Ce retour d’idées misogynes, portées par une galaxie d’influenceurs, parle particulièrement à un jeune public. Louise-Marie Giacomuzzo intervient dans les collèges et les lycées dans le cadre de l’éducation à la vie relationnelle affective et sexuelle. Elle constate sur le terrain la porosité des discours masculinistes chez les jeunes hommes. “Quand je suis en classe et que je suis face à en moyenne 30 élèves, je dirais qu’il y a un tiers qui revendique ce discours, un tiers qui se tait, mais qui, par le silence ou par des clins d’œil, des sourires, valide et il y a un tiers qui s’y oppose quand il en a le courage. Avant, on avait des vraies oppositions, des personnes qui disaient : ‘Mais c’est scandaleux de penser comme ça !” Ou alors : ‘Mais tais toi, tu n’as pas à dire ça !’ Alors qu’aujourd’hui ils vont rigoler et ne vont plus s’opposer à ce discours. Donc on sent qu’il y a un basculement quand même.”

    Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes appelle le gouvernement à mettre en place une stratégie nationale de prévention et de lutte contre le masculinisme.
    Lire l’enquête intégrale sur franceinfo.fr

    "Plus jeunes et plus dangereux" : l’alerte de la DGSI sur la menace masculinisteOuverture dans un nouvel onglet par Laetitia Cherel

  • L’équipe « Tout sauf LFI » atteint le stade : « Trouvons un type que personne sait qui c’est. » Come-back Présidentielle 2027 : dans une gauche en plein marasme, le retour de l’hypothèse Laurent Berger
    https://www.liberation.fr/politique/elections/presidentielle-2027-dans-une-gauche-en-plein-marasme-le-retour-de-lhypoth

    Toi non plus tu n’es pas capable de le reconnaître quand on te montre sa photo, mais ça n’empêche, on va mettre :

  • Avec le génocide à Gaza, des Juif·ves américain·es envisagent un avenir sans le sionisme

    "Le génocide de Gaza a incité de nombreuses personnes aux États-Unis, y compris des Juif·ves américain·es, à repenser leurs relations avec Israël. Les témoignages de cinq Juifs d’Ithaca, dans l’État de New York, illustrent comment certains commencent à envisager un avenir juif sans le sionisme.

    Par Caleb Kaufman, Mondoweiss, le 13 mai 2026

    (...) Face à la prise de conscience internationale du caractère systémique de la violence israélienne contre les Palestinien·nes, le soutien à Israël a chuté à des niveaux historiquement bas en Occident, y compris au sein de la communauté juive.

    Cette situation a profondément affecté le judaïsme dans le monde, et plus particulièrement aux États-Unis, pays qui abrite la plus grande communauté juive au monde et principal allié d’Israël. Le génocide à Gaza et l’attention accrue aux actions d’Israël dans les territoires palestiniens occupés ont entraîné une forte augmentation du nombre de Juif·ves antisionistes et non sionistes, notamment parmi les jeunes Américain·es. Ces Juif·ves ne considèrent plus l’État d’Israël comme un élément essentiel de leur religion, et certains souhaitent s’en dissocier complètement.

    Ithaca, dans l’État de New York, petite ville universitaire abritant l’Université Cornell et l’Ithaca College, est l’un des lieux où ces répercussions se font sentir au sein de la communauté juive. L’importante population étudiante juive de cette petite ville et ses tendances politiques progressistes ont créé un terreau fertile pour l’émergence de petits courants du judaïsme antisioniste, illustrant peut-être ce que pourrait devenir le judaïsme dans les prochaines décennies si le soutien à Israël continue de décliner. Voici les histoires de Juif·ves d’Ithaca qui espèrent concrétiser ce changement par la religion, la politique et l’activisme.

    Michael Margolin

    Michael Margolin évolue sur un fil. Rabbin en formation et guide spirituel au temple réformé Tikkun v’Or d’Ithaca, dans l’État de New York, il est aussi un fervent antisioniste. Ces deux identités ne font pas toujours bon ménage. « La plupart des synagogues ne m’auraient jamais laissé entrer », dit-il en riant.

    J’ai rencontré Michael au printemps 2024. Il s’était joint aux étudiant·es qui manifestaient contre le génocide à Gaza sur le campement de l’Université Cornell, dans le cadre du mouvement étudiant pro-palestinien qui prenait de l’ampleur sur les campus à travers le pays. Michael a dirigé un office de Shabbat la deuxième nuit du campement, alors que beaucoup craignaient une descente de police, qui n’a finalement jamais eu lieu. Sa personnalité chaleureuse semblait apaiser les angoisses des étudiant·es, et sa connaissance approfondie de l’histoire juive lui permettait de relier les luttes actuelles au passé. Il expliquait que, maintes et maintes fois, les Juif·ves avaient été en première ligne du combat pour la justice raciale, économique et sociale. Il considérait le mouvement de libération palestinien contemporain comme une lutte similaire. À ses yeux, il était d’autant plus impératif de prendre la parole à ce moment précis, car Israël opprime les Palestinien·nes au nom de la « sécurité juive ».

    C’est ce qui rendait Michael improbable dans la plupart des institutions juives : un long parcours de défense publique des droits humains des Palestinien·nes, associé à des actions directes très critiques envers l’État d’Israël. Et pourtant, grâce à un peu de chance et à un conseil d’administration exceptionnellement progressiste, Michael a travaillé [au sein de la congrégation] Tikkun v’Or pendant près d’une décennie (bien qu’il soit important de noter que les opinions que Margolin m’a exprimées ne représentent pas Tikkun v’Or).

    Si Israël pouvait être mis de côté par le passé, après le 7 octobre 2023, la question est devenue incontournable. Pour Michael, cela a engendré un profond conflit intérieur. Il ne savait pas comment réagir lorsqu’on lui demandait de diriger un office serein dans un contexte de génocide. « Rester calme n’a aucun sens », m’a-t-il confié. Pourtant, Michael s’investit pleinement dans le travail de longue haleine visant à recentrer le judaïsme sur la justice au sein de Tikkun v’Or. « Je n’ai pas de place dans mon cœur pour le sionisme, mais j’ai de la place pour les gens », m’a-t-il dit, y compris pour celles et ceux qui se considéraient comme sionistes. Il a reconnu que, si Israël représentait pour lui une contradiction morale flagrante, ce n’était pas le cas pour beaucoup dans sa congrégation. Il se devait de rester ouvert d’esprit sans pour autant éluder les sujets délicats.

    Yom Kippour est le jour juif du repentir. En 2025, il revêtait une signification nouvelle pour des Juif·ves comme Margolin. Il affirmait ne pouvoir pratiquer sa religion sincèrement sans évoquer la destruction de Gaza par Israël. Il passa des semaines à peaufiner le sermon qu’il allait prononcer devant sa congrégation, rédigeant plus de douze versions jusqu’à obtenir la formulation parfaite.

    Margolin prononça son discours dans la nef bondée de l’Église unitarienne unie d’Ithaca, où Tikkun v’Or organisait ses offices de Yom Kippour pour accueillir l’assemblée nombreuse. « Même après le pire des maux, la techouva est possible », et elle commence « par faire face au mal », déclara Michael, utilisant le mot hébreu pour repentir et réparation. Il poursuivit : « Qu’a-t-on fait en notre nom ? Qu’avons-nous laissé faire ? » L’assemblée resta silencieuse pendant le discours de Michael, chacun cherchant ses mots. « Si nous essayions de lire les noms des bébés [à Gaza] qui n’ont jamais atteint leur premier anniversaire, cela prendrait plus de temps que tout notre office », s’exclama Michael. Tandis qu’il disait cela, une femme assise devant moi se mit à pleurer. Un keffieh noué autour du cou, elle portait la main à sa bouche, les épaules tremblantes. Seule dans sa rangée, personne ne pouvait la consoler.

    Hannah Shvets et Sam Poole

    Une jeune socialiste juive antisioniste fait son entrée dans les cercles du pouvoir dans le nord de l’État de New York. Plus précisément, au sein du conseil municipal d’Ithaca.

    Hannah Shvets, 21 ans, est étudiante en troisième année à l’Université Cornell et, depuis le 4 novembre, conseillère municipale élue de la cinquième circonscription d’Ithaca. Sa décision de se présenter au conseil municipal est principalement motivée par sa volonté de s’attaquer aux problèmes économiques auxquels sont confrontés de nombreux·ses habitant·es d’Ithaca. « Il y a une crise du logement dans toutes les villes, y compris à Ithaca », m’a-t-elle confié. Shvets a reçu le soutien des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), un groupe politique progressiste dont elle est membre depuis des années.

    Le cinquième district, où Shvets s’est présentée, est un mélange d’étudiants de Cornell louant des logements hors campus et de propriétaires plus âgé·es. Bien que ces groupes soient parfois perçus comme antagonistes, Shvets estime qu’ils ont plus en commun qu’on ne le croit. « Ces deux groupes sont confrontés à des difficultés d’accès au logement, aux expulsions et à l’incapacité de payer leur loyer », a déclaré Shvets. Elle espère changer la donne en faisant adhérer Ithaca à la loi sur la protection d’urgence des locataires (Emergency Tenant Protection Act), une loi de l’État de New York qui permet aux collectivités locales d’opter pour la stabilisation des loyers pour certains biens immobiliers. Il s’agit de la « priorité absolue » de Shvets, car cette mesure s’inscrit dans le cadre législatif existant et « il existe de nombreux précédents ».

    Malgré sa candidature à un poste local, son passé de critique virulente d’Israël a influencé sa campagne. Shvets affirme défendre « les droits de toutes les personnes vulnérables » à Ithaca pour la même raison qu’elle s’engage dans le mouvement de solidarité avec la Palestine. Elle croit que tous les êtres humains devraient être protégés de « l’impérialisme et de la violence capitaliste ». « Pour moi, tout cela fait partie d’un même combat. »

    La campagne de Shvets était dirigée par un autre jeune Juif antisioniste de Cornell : Sam Poole, 19 ans. Outre son rôle de directeur de campagne pour Hannah Shvets, il travaille également pour la députée de l’État de New York, Anna Kelles, et est délégué des Jeunes Socialistes Démocrates d’Amérique (YDA), la branche jeunesse des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA). Sans doute en raison de son emploi du temps chargé, Poole semble jongler constamment avec plusieurs tâches, internes et externes. Pourtant, il semble bien gérer la pression. « J’ai toujours une moyenne générale supérieure à 4,00, Dieu merci. »

    Shvets et Poole perçoivent tous deux leur victoire comme s’inscrivant dans un mouvement plus large de nouveau progressisme aux États-Unis. Et à l’instar de Zohran Mamdani, candidat des DSA et maire de New York, ces progressistes sont des critiques virulent·es d’Israël et ne s’en cachent pas. « À New York, il ne s’agit peut-être que d’un seul maire, mais il a su fédérer des millions de personnes autour d’une vision plus ambitieuse de la politique nationale et locale », ainsi que d’une « action internationale », a déclaré Shvets. Selon Shvets et Poole, ce mouvement est largement porté par de jeunes Juif·ves américain·es qui considèrent Israël comme contraire à leurs idéaux progressistes. « Les Juif·ves américain·es commencent à remettre en question ce qu’on leur a inculqué depuis toujours », affirme Shvets, ajoutant : « Désormais, nous nous appuyons davantage sur les valeurs du judaïsme que sur un soutien aveugle à Israël. » Poole estime que « la sécurité ne peut dépendre de l’oppression », raison pour laquelle il pense que les jeunes Juif·ves « ont besoin d’un judaïsme sans sionisme ».

    Jacob Berman

    Grand, la voix douce, Jacob Berman est un étudiant de quatrième année à l’Université Cornell, où il étudie l’anthropologie. Il est également un membre actif de Chavurah, l’organisation religieuse non sioniste de Cornell.

    La perception qu’avait Berman d’Israël a commencé à évoluer au lycée, lorsqu’il a assisté à un événement organisé par l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), un groupe de pression pro-israélien, à Washington D.C. Lors de cet événement, Berman se souvient avoir reçu des consignes sur la manière de défendre Israël, et avoir entendu des discussions qualifiant les Palestinien·nes de « barbares ». « Cela ne correspondait pas vraiment à mon expérience juive ni à mon rapport au sionisme », m’a-t-il confié. Puis, lors des manifestations Black Lives Matter, Berman a perdu encore plus d’illusions sur le sionisme, les manifestant·es établissant un parallèle entre l’oppression des Afro-Américain·es et l’oppression des Palestinien·nes par Israël.

    Après les attentats du 7 octobre 2023, Berman déclare avoir quitté la communauté juive de Cornell, estimant que son point de vue n’était pas le bienvenu. Quelques mois plus tard, lui et quelques autres personnes ont créé une section de Jewish Voice for Peace (JVP), une organisation juive antisioniste nationale, à Cornell. Berman et d’autres membres de JVP ont ensuite participé au campement de Cornell au printemps 2024.

    Berman a continué à s’engager dans des actions pro-palestiniennes à Cornell. Cela a finalement conduit à sa suspension temporaire pour sa participation à une manifestation contre la présence de fabricants d’armes lors d’un forum de recrutement universitaire. Le Bureau de la vie étudiante de l’université l’a accusé d’« agression sur un agent de police ». « Je n’ai pas bousculé de policier », m’affirme-t-il. Cependant, il a décidé de conclure un accord à l’amiable avec l’université plutôt que de contester les faits et de risquer une sanction plus sévère. Dans le cadre de sa suspension, Berman n’était pas autorisé à se rendre sur le campus, ni à assister aux offices du shabbat. Après avoir tenté en vain de faire appel auprès de l’administration, JVP a déplacé ses offices de Shabbat hors campus pour permettre à Berman et aux autres personnes suspendues d’y assister. « Je pense que cela prouve bien que les universités et l’administration, évidemment, se moquent des Juif·ves », commente Berman.

    Depuis sa levée de suspension, Berman doit rester en bons termes avec l’administration de Cornell. Cela implique de ne participer à aucune manifestation, sauf entre midi et 13h et après 17h. « Si je suis pris en flagrant délit de violation du règlement intérieur, je suis immédiatement suspendu pour deux ans. » Cette situation a conduit Berman à s’investir davantage dans les activités religieuses de groupes juifs antisionistes, comme Chavurah, et à faire du bénévolat chez Tikkun v’Or. Son expérience au sein de ces groupes religieux a également renforcé son désir d’intégrer une école rabbinique, s’inscrivant ainsi dans la tendance croissante des étudiant·es rabbiniques américain·es plus critiques à l’égard d’Israël. « Je veux devenir rabbin. Je veux faire partie d’une communauté comme celle-ci », déclare-t-il.

    Berman estime que le judaïsme américain va connaître une profonde transformation dans les décennies à venir et que les institutions juives actuelles devront s’adapter. « Beaucoup de congrégations ignorent encore le fait que de nombreux·es jeunes Juif·ves vont quitter le judaïsme si on ne leur offre pas leur place. » Selon lui, les synagogues américaines devront « accepter que les Juif·ves antisionistes constituent une composante de la communauté juive américaine ».

    Quincey Fireside

    Depuis octobre 2023, Quincey Fireside préside l’organisation pro-palestinienne Ithaca College Students for a Free Palestine (ICSFP). Quincey Fireside, qui utilise les pronoms iel/elleux, a organisé de nombreuses manifestations, tenu plusieurs événements éducatifs et adressé des demandes de désinvestissement israélien à l’administration d’Ithaca College. À ce jour, l’administration n’a pas répondu. La dernière action de Quincey Fireside a consisté à protester contre un « petit-déjeuner politique » organisé par Ithaca College en présence du député Josh Riley. Ce dernier avait récemment effectué un voyage tous frais payés en Israël, financé par un groupe affilié à l’AIPAC, une initiative que Quincey Fireside a jugée moralement répréhensible compte tenu des destructions israéliennes en cours à Gaza. Iel a rapidement organisé une manifestation, publiant sur Instagram des images montrant Riley et d’autres participant·es à l’événement à côté d’éclaboussures de sang. Sous la pression et en arguant de « problèmes de sécurité », Riley a annulé l’événement. Quincey Fireside a alors organisé une veillée en hommage aux Palestinien·nes tué·es à Gaza.

    Neuf personnes ont participé à la veillée, tandis que l’Ithaca College avait dépêché une vingtaine d’agents de la police du campus pour surveiller l’événement. « Ils nous traitent comme si nous étions une organisation terroriste », lance Fireside, précisant que l’ICSFP n’a jamais prôné la violence. Malgré cela, le campus déploie souvent une forte présence policière lors des événements organisés par le groupe. « J’aimerais avoir autant d’influence qu’ils le pensent », plaisante Fireside. L’administration d’Ithaca College a récemment infligé à Fireside une sanction disciplinaire pour "tapage" nocturne lors de cet événement. Fireside trouve cette accusation peu plausible compte tenu du faible nombre de participant·es.

    Ses fonctions au sein de l’ICSFP ont engendré des conflits personnels chez Fireside. « On me perçoit comme un(e) Juif(ve) qui se hait et qui souhaite la mort de tous », confie-t-iel. Cela a provoqué des tensions avec certains Juif·ves sionistes du campus. Fin 2023, Fireside a été convoqué(e) à une réunion avec un représentant d’Ithaca College Hillel. Ce dernier lui a affirmé qu’on ne pouvait pas être à la fois juif·ve et antisioniste : « Il faut choisir. » Fireside a également eu des différends avec des membres d’Ithaca for Israel (IFI), qui, selon elllui, l’ont harcelé(e). « Tout le genre de choses impossibles à prouver. » Les appels inconnus et les nombreuses plaintes anonymes adressées à l’université sont tous probablement liés à des étudiants de l’IFI, soupçonne Fireside. Récemment, lors d’un forum associatif en septembre, iel a tenu un stand pour l’ICSFP et a été traité·e à plusieurs reprises de « sale juif » par plusieurs étudiant·es, que Fireside pense être des sionistes juif·ves. « C’est le lot de tout militant », déclare-t-iel.

    Pourtant, Fireside n’a pas l’intention de ralentir. « Je suis ferme dans mes convictions, je sais que le génocide est une abomination, et je sais que c’est un génocide. » En fait, Fireside est devenu·e plus religieux·se depuis le début de son militantisme et prévoit de célébrer sa bar-mitsva au printemps, avec l’aide de Michael Margolin. « Le génocide », explique Fireside, « peut nous pousser « plus ou moins vers [notre] foi », et Fireside a choisi la seconde option. Pour Fireside, le militantisme est important et nécessaire, tandis que la religion « est une forme de self-care ».

    L’avenir du judaïsme américain

    La montée de l’antisionisme parmi les Juif·ves d’Ithaca reflète une situation qui se manifeste à l’échelle nationale. Les Juif·ves américain·es représentent une petite fraction de la population, environ 2 %, ce qui rend difficile l’identification de grandes tendances au sein de cette population diverse et dispersée sur un vaste territoire. Cependant, les données disponibles suggèrent que leur scepticisme à l’égard d’Israël s’accroît, même si ses critiques les plus virulent·es sont loin d’être majoritaires. Selon un sondage réalisé en 2025 par la Fédération juive d’Amérique du Nord (JFNA), 15 % des Juif·ves américain·es se déclarent antisionistes ou non sionistes, contre 37 % qui se déclarent sionistes, tandis que 48 % se disent « indécis » ou « sans étiquette ». Ce même sondage de la JFNA révèle également que 88 % estiment qu’Israël a le « droit d’exister en tant qu’État juif et démocratique », illustrant ainsi la définition flexible du sionisme dans le contexte politique actuel. Mais l’opinion négative des Juif·ves américain·es à l’égard des actions militaires d’Israël n’a jamais été aussi forte. Un sondage réalisé en 2025 par le Washington Post indique que 61 % des Juif·ves américain·es pensent qu’Israël commet des crimes de guerre à Gaza, et 39 % pensent qu’il commet un génocide.

    Israël, nation née dans l’ombre de l’un des génocides les plus tristement célèbres de l’histoire, nation fondée sur la devise « plus jamais ça », est arrivée à un point de rupture. Comment un État bâti pour empêcher de futurs génocides peut-il en perpétrer un lui-même ? Pour certain·es Juif·ves américain·es, la contradiction est insupportable. Elles et ils estiment que le projet d’Israël, le sionisme, a échoué et souhaitent l’exclure de leur religion.

    L’avenir du judaïsme en Amérique demeure incertain. Des synagogues, des yeshivas et des organisations à but non lucratif antisionistes et non sionistes verront-elles le jour à travers le pays, engendrant un schisme religieux sur des bases politiques ? Cette récente vague d’antisionisme s’essoufflera-t-elle avec le temps, ou l’opposition à Israël deviendra-t-elle une position majoritaire ?

    Pour Michael Margolin, la réponse est claire. Il est convaincu que lorsque les générations futures de Juif·ves se pencheront sur cette période de l’histoire, elles seront horrifiées. « Nous vivons dans un judaïsme impérial », me confie-t-il. Pour lui, la seule solution est la fin complète du sionisme. « Le sionisme doit mourir, et nous devons contribuer à sa disparition. »"

    https://mondoweiss.net/2026/05/american-jews-begin-to-chart-a-future-without-zionism-in-the-wake-of-the

    Aux États-Unis, lancement du Jewish Diaspora Movement, visant à fédérer les organisations culturelles et spirituelles juives qui rejettent l’ethnonationalisme et affirment « le caractère sacré de toute vie ».

    https://www.jewishdiasporamovement.org

  • Avec plusieurs collègues du collectif Aggiornamento, nous avons rédigé cette tribune que Le Monde a bien voulu accueillir. Sujet sensible s’il en est, mais qui donne l’impression d’un consensus qu’il nous semblait important d’interroger.
    En voici le texte (lien en commentaire) :
    « Nous, enseignants d’histoire, de géographie et d’EMC [enseignement moral et civique], avons été particulièrement affectés par l’atroce assassinat de notre collègue Samuel Paty. Tout comme nous l’avons été quand Dominique Bernard, mais aussi Agnès Lassalle et Mélanie Grapinet ont été tués : nous pleurons avec les mêmes larmes ces collègues disparus, quels que soient les motifs de leurs assassins, et ce, même si la mort de Samuel Paty, particulièrement brutale, tend parfois à faire oublier les autres.
    Depuis ce terrible assassinat, nous gardons pudiquement le silence. Celui du deuil, celui de la temporalité d’une mort brutale à laquelle il ne nous semble pas simple d’assigner le moindre sens. Parce qu’elle nous a suspendus dans l’effroi, la tristesse et la colère, la violence de l’événement ne nous a pas paru propice à la réflexion, encore moins à l’action.
    Certains collègues ont fait d’autres choix. De concert avec le ministère de l’éducation nationale, ils ont très rapidement mis en place ou participé à des dispositifs de commémoration et se sont exprimés publiquement sur le sujet, pouvant laisser penser qu’ils se faisaient l’écho d’un très large consensus. C’est notamment le cas de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie. Aujourd’hui, il nous paraît pourtant important d’exprimer nos réserves, même si l’exercice est délicat.
    Disons-le clairement pour commencer : nous n’avons strictement rien à reprocher à notre collègue Samuel Paty, ni le choix de son cours, encore moins celui de sa pédagogie, rien, absolument rien. Nous ne voyons dans son assassinat qu’un acte de criminalité pure. Oui, le terrorisme islamiste tue, et il ne s’arrête pas aux portes des écoles. Oui, comme d’autres, les enseignants – parce qu’ils portent et transmettent des valeurs contraires à l’idéologie de ces criminels – sont désormais aussi des cibles potentielles.
    Cela ne fait pas de nous des gens exceptionnellement courageux, et cela ne confère aucune gloire à notre métier. C’est une triste réalité conjoncturelle qui nous dépasse largement et nous oblige à une certaine humilité même si l’école a sa partie à jouer dans la lutte contre l’obscurantisme. C’est pourquoi nous éprouvons un certain malaise à l’égard de l’héroïsation de Samuel Paty, désormais à l’origine d’une demande de panthéonisation.
    Ni hussardes ni magiciens
    Sur la panthéonisation en général, il y a d’abord matière à discuter. On peut légitimement interroger la pertinence d’un temple « des grands hommes » et défendre qu’il serait plus opportun de rendre hommage à des collectifs, si l’on considère que le moteur de l’histoire ne repose pas dans les mains d’individus, mais dans les faits et actions des groupes sociaux. On verrait alors disparaître les figures totémiques dont on brandit l’exceptionnalité comme un graal. S’en sentirait-on plus mal ?
    Mais laissons ces critiques de côté ; pourquoi le Panthéon, et qu’incarnerait Samuel Paty comme modèle à suivre ? On nous concédera que son héroïsation ne repose que sur son statut de victime. Cela relève davantage de la figure de l’innocent martyr. Que l’on puisse honorer Samuel Paty comme tel, pourquoi pas ; mais son entrée au Panthéon revêtirait une tout autre signification, car le geste sous-entend que l’on confère à cette mort quelque chose d’admirable, de l’ordre de la beauté du sacrifice et de sa sacralisation. Plus encore, ce geste nous chuchote que c’est à cela que devrait ressembler notre métier : endosser l’habit du croisé et en accepter les risques.
    De notre côté, nous pensons au contraire qu’enseigner n’a rien d’un sacerdoce. C’est un travail, de plus en plus difficile et nécessairement collectif. Nous ne sommes ni hussards ni hussardes, ni magiciennes ni magiciens. Nous sommes des artisans, et c’est de cela que nous tirons notre fierté.
    Enfin vient le plus criant : le paradoxe de l’héroïsation de notre profession par une institution de plus en plus maltraitante envers les enseignantes et les enseignants, les privant petit à petit de leur liberté pédagogique ; une institution dont on rappellera que son premier geste, après la mort de Samuel Paty, fut d’interdire aux collègues de se réunir pour en parler avant de retrouver leurs classes. Surtout, une institution indifférente aux conditions matérielles d’exercice, de plus en plus dégradées, à laquelle cette panthéonisation donnerait l’occasion d’un récit creux, raconté sans celles et ceux qui enseignent, sur l’amour qu’elle porte à l’école.
    Pour notre part, nous demandons le temps de la discussion collective. Si les assassinats de Samuel Paty, de Dominique Bernard, d’Agnès Lassalle et de Mélanie Grapinet doivent impulser une véritable réflexion sur le métier, elle ne peut s’envisager que dans la distance avec l’émotion suscitée par leur mort. C’est cette distance qui est au fondement de la justice et du droit. Nous le savons, nous l’enseignons. Toute précipitation comporte le risque d’une instrumentalisation. Nos collègues assassinés méritent mieux. »
    Laetitia Benbassat, enseignante en collège ; Sabrina Camoreyt, enseignante en collège ; Stéphanie Dauphin, historienne universitaire ; Laurence De Cock, enseignante en lycée ; Mélanie Fabre, historienne universitaire ; Magali Jacquemin, professeure des écoles ; Mathilde Larrère, historienne universitaire ; Fanny Layani, enseignante en lycée ; Fanny Madeline, historienne universitaire ; Servane Marzin, enseignante en lycée ; Guillaume Mazeau, historien universitaire ; Véronique Servat, ex-enseignante en collège ; Thomas Vescovi, enseignant en collège. Tous sont membres du collectif Aggiornamento histoire-géographie.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/05/26/des-professeurs-d-histoire-geographie-s-interrogent-sur-l-idee-de-pantheonis

  • #Mégabassines, #data_centers : « La guerre contre l’#eau s’est intensifiée »

    Dans le livre-enquête « Les Assoiffeurs », les journalistes Nicolas Celnik et Fabien Benoit montrent comment certains acteurs privés accaparent, avec la bénédiction de l’État, une ressource de plus en plus rare et de plus en plus polluée.

    DepuisDepuis dix ans, un tiers du territoire français subit des restrictions d’eau et le pays vit désormais au rythme d’épisodes de sécheresse toujours plus longs et plus intenses. Qui demain aura accès à l’eau ? De quelle qualité ? Depuis les années 1980, près de 14 000 captages d’eau potable ont dû fermer en raison de taux de pollution aux pesticides trop importants. Et le scandale de la contamination massive aux PFAS ne fait que commencer…

    À Sainte-Soline, les militants en lutte contre l’accaparement de l’eau par le modèle agricole productiviste ont reçu pour toute réponse du gouvernement un déluge de grenades.

    Dans une enquête fouillée, les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik montrent comment certains acteurs privés, des producteurs de maïs aux promoteurs de data centers, font main basse sur l’eau, avec la bénédiction de l’État.

    Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau (Les Liens qui libèrent, 2026) pointe comment certains comptent aussi capitaliser sur la raréfaction de la ressource et sur les inquiétudes concernant la santé. Entretien.

    « Mediapart » : La loi d’urgence agricole qui arrive à l’Assemblée nationale le 19 mai comporte un important volet sur l’eau. Une fois de plus, le gouvernement veut « sécuriser » l’accès à l’eau pour les agriculteurs et agricultrices irrigant·es, au détriment des autres usagers et usagères, en favorisant notamment la construction de mégabassines.

    Fabien Benoit : On a beaucoup parlé de guerre de l’eau, notamment autour des bassines. Pour nous, il y a surtout une guerre contre l’eau, c’est-à-dire contre cette ressource, pour l’accaparer, pour l’abîmer. Cette loi d’urgence agricole en est un nouvel épisode. Si on met d’ailleurs bout à bout la loi d’orientation agricole qui consacre l’intérêt majeur de l’agriculture, les arrêtés sécheresse qui exonèrent régulièrement les plus gros accapareurs de l’eau, et la révision de la directive-cadre eau européenne qui est sur la table…, on se rend compte que cette guerre contre l’eau s’est intensifiée, au détriment de sa qualité, de sa disponibilité.

    Nicolas Celnik : Il y a dans ce projet de loi deux articles qui entrent en résonance avec notre enquête : l’article 6, qui prévoit que le préfet puisse déroger aux schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) pour des projets d’ouvrage de stockage de l’eau, et l’article 5, qui rend facultative la consultation publique pour construire une bassine. Cela correspond à ce que le chercheur Sylvain Baron appelle la « préfectorialisation de la politique de l’eau ». C’est la volonté de donner aux préfets des moyens de contourner cette démocratie locale de l’eau, qui est certes imparfaite, mais qui reste une expérimentation démocratique vraiment intéressante. Là, on assiste à une « reverticalisation » des politiques de l’eau au nom des intérêts économiques.

    Vous montrez bien dans votre livre comment ceux que vous appelez les « assoiffeurs » parviennent à s’affranchir du droit commun pour faire main basse sur la ressource.

    N. C. : Nous avons cherché à comprendre les stratégies des grands acteurs économiques (agriculture, data centers, embouteilleurs…) qui s’assurent qu’ils bénéficieront de réserves d’eau, même dans des situations de tension sur la ressource. Leur travail de lobbying a été, effectivement, de normaliser des situations d’exception. Alors qu’il existe en France une hiérarchie des usages de l’eau qui priorise la santé humaine, puis les écosystèmes et enfin les enjeux économiques, être parvenu à imposer l’agriculture comme « d’intérêt général majeur » dans la loi inverse cette hiérarchie. On normalise le fait qu’en cas de sécheresse, l’activité économique vaut autant que la préservation de l’environnement. Une mégabassine est présumée dans la loi Duplomb d’intérêt général majeur.

    F. B. : Et quand on parle de « l’agriculture qui a besoin d’eau », il faut rappeler quelques ordres de grandeur. L’agriculture représente 60 % de la consommation d’eau douce en France, 92 % de cette eau-là va à l’agriculture irriguée. Et les surfaces irriguées en France, c’est 7 à 8 % des surfaces. Donc, 93 % du monde agricole n’a pas besoin de beaucoup d’eau. Ce n’est pas « l’agriculture » qui a besoin d’énormément d’eau mais un certain modèle agro-industriel qui produit de la céréale, dont en bout de chaîne 7 % environ sert finalement à l’alimentation humaine.

    Vous dites que c’est la répression des manifestant·es de Sainte-Soline contre les mégabassines qui vous a donné l’envie de faire ce livre. Pourquoi ?

    F. B. : L’usage extrême de la violence pour réprimer des militants qui défendaient l’eau comme un patrimoine commun, ce qui est inscrit dans la loi, nous a effectivement frappés. L’idée d’accaparement de l’eau était au cœur de cette mobilisation et cela nous a conduits à nous interroger sur les acteurs qui aujourd’hui accaparent cette ressource avec le soutien de l’État.

    N. C. : Concernant l’agriculture, c’était intéressant d’essayer d’enquêter sur le fonctionnement de ce petit monde du lobbying de la FNSEA. Le principal syndicat agricole a un groupe dédié spécialement au lobbying sur la production du maïs, et ce lobby a son propre lobby interne spécialement dédié à l’irrigation du maïs. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin de beaucoup d’eau pour le maïs, et en particulier au pic de chaleur, parce que c’est une plante tropicale.

    Ils ont travaillé à diffuser l’idée, notamment dans les médias, qu’il fallait absolument stocker l’eau d’hiver pour l’été parce que sinon l’eau « partirait à la mer ». En fait, d’après les compréhensions du cycle de l’eau, il est au contraire important de laisser l’eau s’infiltrer dans la terre, être stockée dans des zones humides, comme l’expliquent les hydrogéologues. Le lobbying de la FNSEA a aussi consisté à faire travailler le concept de « souveraineté alimentaire », qui signifiait initialement la capacité de manger ce qu’on produit, et qui désigne à présent la capacité de choisir vers qui l’on exporte notre production. Au nom de la « souveraineté alimentaire », on soutient les producteurs de maïs qui exportent pour nourrir le bétail.

    Et vous montrez aussi comment désormais la transition écologique – avec le besoin d’électrifier les usages – sert aussi de prétexte à sécuriser l’accès à l’eau pour les industriels des semi-conducteurs ou des data centers.

    F. B. : Oui, parce qu’on a une transition écologique qui est carbo-réductionniste, c’est-à-dire qui s’intéresse uniquement aux émissions de CO2, en occultant tout le reste. Et, effectivement, l’électrification, comme le numérique, implique une course aux métaux, ce qui veut dire des besoins colossaux en eau.
    C’était important pour nous de déconstruire certaines idées reçues, notamment celle d’une « transition écologique et numérique ».

    Comme si, en soi, le numérique était synonyme de mieux-disant écologique. C’est absolument faux et c’est le fruit d’un récit, forgé depuis des décennies, pour nous faire croire que le numérique s’affranchirait de la matière et de la pression sur les écosystèmes.

    En réalité, depuis les mines, en passant par la production de semi-conducteurs, le fonctionnement des data centers, jusqu’à tous les appareils numériques qu’on a entre nos mains, on a un continuum qui demande beaucoup, beaucoup de matières premières et, à chacune des étapes, énormément d’eau. À un moment, ce n’est plus soutenable.

    Face à ce secteur-là qui est dans une croissance exponentielle, notamment en raison du développement de l’intelligence artificielle (IA), il y a une forme de gouffre hydrique qui se présente devant nous. Il faut se rappeler que le secteur des data centers, c’est 30 % de croissance par an. Aux États-Unis, on construit plus de data centers que de bureaux. Là, le côté systémique est intéressant, car qui pointe le bout de son nez dans cette équation-là ? Ce sont les acteurs industriels de l’eau, qui disent : « Vous n’y arrivez pas, mais on peut vous construire une usine de désalinisation, on peut produire de l’eau pour vous. »

    Effectivement, vous le montrez bien, plus la ressource en eau est dégradée, plus il y a un marché.

    N. C. : Oui, ce sont des sortes d’intérêts bien compris où le secteur des technologies de dépollution de l’eau devient l’acteur qui permet aux autres leur forme d’accaparement. Sans ces « solutions » de traitement de l’eau de plus en plus complexes et chères, on serait obligés de se demander justement comment on utilise l’eau, comment on se la partage. En somme, de questionner les usages de l’eau.

    Là-dessus, nous racontons comment des géants de l’eau comme Veolia, Suez et d’autres, qui faisaient leur business en distribuant l’eau dans les villes, ont été obligés de revoir leur modèle, prenant acte d’un mouvement de remunicipalisation (à la suite de nombreux scandales financiers notamment). Ils se présentent depuis une dizaine d’années comme des champions de la « transition écologique » et de la dépollution. D’après leurs déclarations aux investisseurs, leurs clients ne sont pourtant pas les usagers individuels, vous et moi, qui avons besoin d’eau pure au robinet : leurs principales cibles commerciales sont les infrastructures industrielles, comme les data centers ou les usines de semi-conducteurs, qui ont besoin d’eau très pure pour ne pas corroder leurs équipements, etc.

    Ces procédés sont aussi extrêmement énergivores et ont des effets délétères sur les écosystèmes. L’eau relève d’enjeux éminemment locaux. Ce qui est prélevé ici ne peut pas être compensé en remplissant une nappe à l’autre bout du pays. Et puis derrière, quid de tous les autres effets de l’extraction minière, sur la biodiversité, sur la destruction des terres arables qu’on utilise pour alimenter cette machine ?

    F. B. : Ce solutionnisme technologique est un autre nom pour le business as usual et la destruction du vivant. La réutilisation des eaux grises, qui semble être du bon sens, c’est une façon de ne pas questionner les usages, de les pérenniser, et c’est de l’eau qui n’est pas rendue aux milieux. Donc, cela portera atteinte à la bonne santé des écosystèmes.

    Et puis, on peut dérouler le même raisonnement sur la désalinisation, qui répond à la même logique, avec toujours des conséquences très lourdes d’un point de vue écologique. L’impensé, c’est celui des interdépendances. On ne peut pas traiter le sujet de l’eau isolément, sans traiter celui de la biodiversité, de la santé des milieux, de la santé humaine. Alors que dans le débat public, dans les discours politiques, le sujet a tendance à être traité de manière uniquement technique, comme une question de flux, de stocks. Les industriels de l’eau parlent de « produire de l’eau », comme si on pouvait en fabriquer de toutes pièces, ce qui est complètement inepte.

    L’eau en bouteille a historiquement construit son modèle économique sur celui de la santé. Les industriels ne voient pas d’un mauvais œil l’inquiétude grandir sur la qualité de l’eau.

    F. B. : Le risque avec l’eau en bouteille, deux mille fois plus énergivore que l’eau du robinet, c’est que cela devienne effectivement une réponse de marché à un problème public, qui est celui de la qualité de l’eau. Et en même temps, l’industrie de l’embouteillage a subi quand même des revers, des polémiques qui font que la pureté supposée des eaux en bouteille en a pris un coup. Un doute est en train de se diffuser autour des eaux en bouteille, avec, évidemment, le cas emblématique de Nestlé, mais pas uniquement.

    Et il y a tout ce qu’on ne veut pas voir quand on parle de qualité de l’eau au sens large, qu’il s’agisse de l’eau en bouteille ou du robinet. Il y a plein de choses qu’on ne tente pas de détecter. Sur la question des PFAS, c’est particulièrement interpellant. On se rend compte qu’on contrôle 20 PFAS depuis janvier 2026, alors que l’EPA américaine parle de 14 000 variétés de PFAS ou qu’une autre agence américaine évoque plutôt 2 millions. Il y aurait sans doute une panique morale totale si on commençait à essayer de détecter tout ça.

    N. C. : Face aux pollutions au PFAS, aux pesticides, on se dit : soit on boit de l’eau en bouteille, soit on « maxifiltre » l’eau qui va arriver au robinet. Et c’est ce qu’on voit en Île-de-France avec le projet du Syndicat des eaux de la région, qui est un projet à 1 milliard pour avoir de l’eau potable pour une partie des communes d’Île-de-France, dont Paris ne fait pas partie. Ce projet mise très majoritairement sur le traitement, alors qu’il serait entre cinq et dix fois moins cher de prévenir plutôt que guérir, d’après certaines études. La régie publique Eau de Paris, par exemple, a essayé de passer des pactes avec les agriculteurs pour avoir moins d’épandage de pesticides, donc ils peuvent se permettre de mettre en place des solutions de traitement moins coûteuses.

    Mais certains y trouvent leur compte. L’entreprise DuPont, qui est une grande émettrice de PFAS, est la même qui vend des membranes de filtration des PFAS pour potabiliser l’eau. Water Europe, qui est le lobby européen des entreprises de traitement de l’eau, dont Suez-Veolia et autres, demande à la Commission européenne 255 milliards sur cinq ans, juste pour investir dans ces technologies de traitement. Il y a un risque de système à deux vitesses, entre les grandes métropoles qui pourront investir dans ces systèmes très coûteux de dépollution de l’eau et des communautés de communes rurales pour lesquelles ce sera beaucoup trop cher.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/080526/megabassines-data-centers-la-guerre-contre-l-eau-s-est-intensifiee
    #centres_de_données #guerre_de_l'eau #privatisation #rareté #pollution #sécheresse #eau_potable #pesticides #PFAS #Sainte-Soline #accaparement #guerre_contre_l’eau #agriculture #préfectorialisation #démocratie #démocratie_locale #reverticalisation #économie #intérêts_économiques #lobbying #santé #écosystèmes #intérêt_général_majeur #loi_Duplomb #irrigation #industrie_agro-alimentaire #répression #résistance #violence #FNSEA #maïs #cycle_de_l’eau #souveraineté_alimentaire #élevage #bétail #transition #numérique #matières_premières #IA #AI #intelligence_artificielle #data_centers #centres_de_données #dépollution #Veolia #Suez #business #remunicipalisation #municipalisation #semi-conducteurs #énergie #techno-solutionnisme #eaux_grises #désalinisation #interdépendances #biodiversité #eau_en_bouteille #Nestlé #qualité #qualité_de_l'eau #pesticides #business #DuPont #filtration #Water_Europe

    • Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau

      Le 25 mars 2023, à Sainte-Soline, un déluge de grenades s’abat sur les manifestants. Plusieurs personnes restent à terre. Deux tombent dans le coma. Marqués par cet épisode, Fabien Benoit et Nicolas Celnik se lancent dans une vaste investigation et découvrent que les mégabassines ne sont que l’arbre qui cache la forêt.

      Ils livrent ici les résultats de leur enquête, menée sur plus de deux ans, sur ces entreprises qui ont fait main basse sur l’eau, ces « assoiffeurs » qui ont privatisé ce bien commun et prévoient désormais de tirer profit de la pénurie qui s’annonce, avec le soutien de l’État.

      Cet ouvrage entend mettre à jour les stratégies et plans pensés par ces entreprises pour accroître encore leur emprise en faisant appel au solutionnisme technologique, qui nous enserre collectivement et nous empêche d’enclencher une véritable discussion politique et démocratique sur le partage de l’eau.

      Du lobbying en faveur des mégabassines aux efforts des grands acteurs du numérique pour masquer leur consommation d’eau, en passant par les manœuvres des producteurs de PFAS pour vendre des solutions dépolluantes à des prix exorbitants, ce livre-enquête révèle l’ampleur du dévoiement de la « démocratie de l’eau à la française », court-circuitée par des collusions politiques et jeux de pouvoir.

      https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Les_Assoiffeurs-9791020923691-1-1-0-1.html
      #livre

    • et Veolia c’est qui ? c’est Bolloré.
      Et quels sont les députés qui ont refusé de laisser les premiers m3 d’eau gratuits aux pauvres ? c’est les députés fachos, oups les nazis, oups les députés du parti fondé par des nazis.
      A Toulouse ils te collent du Eau-Toulouse-Metropole mais en fait derrière c’est Véolia Bolloré. Du Moudenc tout craché. Et l’eau est devenue plus cher l’été, tour de passe passe.

  • ’I’m burning’: Injured Lebanese journalist recounts harrowing Israeli attack that killed her colleague | The National
    https://www.thenationalnews.com/news/mena/2026/04/23/israeli-strike-kills-journalist-in-southern-lebanon

    Ms Faraj told The National that the initial strike killed two civilians in the car ahead, her relative and his friend. The two journalists jumped out of their car and took shelter in something resembling a bus shelter along the road.

    An hour and a half later, she said, the Israeli military struck Ms Khalil’s car, two metres away from where they were standing, injuring both of them. The car caught fire – and so did Ms Khalil.

    “I saw Amal like that, burning, telling me, ’Zeinab, I’m burning,’" Ms Faraj said. She helped her friend into a nearby building as an Israeli surveillance drone hovered above.

    “She told me: ‘Don’t fall asleep, don’t leave me,’” Ms Faraj said, tears streaming down her face.

    She added that her eyes were starting to close from exhaustion when she heard Amal screaming. Another Israeli strike had hit the building where they were hiding, causing it to collapse on them. “Amal was gone," Ms Faraj said. “And I was left alone”.

    • Il me semblait bien que ce nom me disait quelque chose

      En avril 2015, il se déclare très inquiet des éventuels débordements qu’induirait le projet de loi relatif au renseignement, car il pourrait être « une arme redoutable si elle est mise entre de mauvaises mains ». Il fait part à la presse de son inquiétude, en notant : « Il y a une absence de contrôle totale dans cette loi »[14],[15],[16].

      .../...

      Dans un entretien publié le 9 octobre 2024 dans L’Humanité, Marc Trévidic critique « un véritable abus, un usage totalement dévoyé de la loi » sur l’apologie du terrorisme, devenue selon lui une source de « condamnations, parfois très lourdes » visant des faits qui n’ont « rien à voir avec du terrorisme ». Il déplore que la loi Cazeneuve de 2014, dont il fut pourtant l’un des inspirateurs[note 1], ait permis à « tous les tribunaux » de juger une notion qu’« il faut savoir manier », ouvrant la voie à des dérives et à « un sentiment compréhensible » de « deux poids, deux mesures », illustrant : « On peut aujourd’hui clamer que les bombardements sur Gaza sont légitimes sans être poursuivi – ou alors, dans le cadre de la loi sur la presse, avec la prescription de trois mois et toutes les contraintes inhérentes. Tandis qu’un simple tag en soutien à la Palestine vous fait encourir la prison. » Marc Trévidic affirme qu’« il aurait fallu laisser l’apologie du terrorisme dans la loi sur la presse et édicter un texte de répression spécialement consacré aux sites de propagande djihadiste »[18].

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Tr%C3%A9vidic

    • En lançant une recherche sur X (oui, j’ai toujours un compte pour observer les manœuvres de « l’ennemi »), je retrouve un de mes anciens tweets (25/11/2024) avec les liens qui vont bien :

      https://www.liberation.fr/societe/apologie-du-terrorisme-lex-juge-antiterroriste-marc-trevidic-denonce-un-u

      Un an après les attaques du Hamas en Israël, le nombre de signalements et plaintes pour « apologie du terrorisme » a explosé. L’ancien juge, qui s’était positionné pour un renforcement des sanctions, dénonce aujourd’hui un « véritable abus ».

      Sur AOC : https://archive.ph/VKROp#selection-653.0-653.432

      Après la candidate aux Européennes Rima Hassan, c’est au tour d’une autre personnalité LFI, la députée et présidente de groupe parlementaire Mathilde Panot d’être convoquée par la police dans le cadre d’une enquête pour « apologie du terrorisme ». Nouvelle illustration de l’usage de dispositifs antiterroristes contre l’activité militante, syndicale et politique dans une société désormais scrutée par un activisme de surveillance.

      Sur Atlantico : https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fwww.atlantico.fr%2Fpepites%2Fpour-marc-

      Les propos viennent de quelqu’un qui s’y connait en en la matière. Le juge Marc Trévidic qui a été en charge de certaines des affaires terroristes les plus sensibles (notamment celle des moines de Tibhirine, tués en Algérie en 1996 ou celle de l’attentat de Karachi en 2002) était l’invité de RTL ce mardi matin.

  • Cinq rapporteurs spéciaux de l’ONU alertent sur les risques pour la liberté d’expression de la proposition de loi « Yadan » – Aurdip
    https://aurdip.org/cinq-rapporteurs-speciaux-de-lonu-alertent-sur-les-risques-pour-la-liberte-d

    Observations finales :

    Nous rappelons que le rôle du droit pénal n’est pas de réprimer les opinions
    divergentes sur des événements passés, même lorsque ces opinions sont inexactes, impopulaires ou choquantes, à moins que ces expressions visent à inciter à la violence et soient objectivement susceptibles de le faire. Le droit pénal doit rester le dernier recours, et toute restriction doit respecter les principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité et constituer le moyen le moins perturbateur. Il s’agit là d’un équilibre délicat qui implique notamment de tolérer des propos « licites mais odieux ». Ces
    propos choquants, qui n’incitent ni à la violence, ni à la haine, ni à la discrimination, sont mieux traités en dehors du cadre pénal par des mesures éducatives plutôt que punitives.

    Tout effort visant à différentier la communauté juive en France du
    Gouvernement d’Israël et de ses politiques ne peut que contribuer à atténuer le poids des reproches et la pression qui pèsent sur les Juifs français depuis ces dernières années. Cette proposition de loi fait exactement le contraire. Elle expose la communauté juive
    française à de potentiels risques supplémentaires en confondant des expressions critiques vaguement définies, y compris la critique d’un Gouvernement et de ses politiques, avec un antisémitisme à caractère criminel.

    Comme il est de notre responsabilité, en vertu des mandats qui nous ont été
    confiés par le Conseil des droits de l’homme, de solliciter votre coopération pour tirer au clair les cas qui ont été portés à notre attention, nous serions reconnaissants au Gouvernement de votre Excellence de ses observations sur les points suivants :
    1. Veuillez nous fournir toute information ou tout commentaire complémentaire en relation avec l’analyse fournie ci-dessus.
    2. Veuillez expliquer dans quelle mesure chacune des dispositions de la
    Proposition de loi tend à répondre à l’objectif déclaré de « lutter contre
    les formes renouvelées d’antisémitisme » d’une manière qui ne peut être
    réalisée par la législation existante et qui reste compatible avec les
    articles 15, 19, 20 et 25 du PIDCP, y compris les exigences de légalité,
    de nécessité, de proportionnalité et de non-discrimination
    3. Veuillez indiquer si des mesures ont été prises pour s’assurer que toute
    législation visant à lutter contre l’antisémitisme est compatible avec le
    droit international des droits humains.
    4. Veuillez indiquer comment le gouvernement de Votre Excellence entend
    garantir que les personnes participant à des débats légitimes, y compris
    les défenseurs et défenseuses des droits humains, les militants et
    militantes politiques et les universitaires, puissent le faire sans risquer de
    poursuites.
    5. Veuillez détailler la position du gouvernement de Votre Excellence
    concernant l’utilisation de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA,
    étant donné que cette définition est incompatible avec le droit
    international des droits humains.
    6. Veuillez décrire en détail les mesures prises, y compris les recherches
    menées et les études réalisées par des experts, visant à identifier les
    causes profondes de la montée de l’antisémitisme en France, notamment
    en ce qui concerne le moment où cette montée a débuté, les facteurs
    auxquels elle peut être attribuée, et les mesures qui seraient réellement
    les plus efficaces, d’un point de vue spécialisé et au-delà de la
    criminalisation, pour y remédier.

    • La France est à la veille de voter l’une des lois les plus honteuses de son histoire : elle interdirait effectivement toute critique d’Israël et pénaliserait tout discours perçu comme même vaguement sympathique envers quiconque le gouvernement français choisirait de désigner comme un « groupe terroriste ».

      En pratique, cette loi transformerait la politique étrangère de la France en un dogme incontestable, soutenu par des peines de prison. Vous pourriez littéralement être envoyé en prison pour 5 ans si, par exemple, vous qualifiez ce que la France appelle des « terroristes » de « groupe de résistance ».

      Pensez, par exemple, à Nelson Mandela pendant l’apartheid (l’ANC figurait sur toutes les listes occidentales de terroristes) ou, mince, à la propre Résistance de la France contre l’Allemagne nazie – désignée comme « terroriste » par le régime de Vichy et l’occupation nazie.

      C’est franchement absolument insensé.

      La nouvelle loi s’appelle « loi Yadan », du nom de son auteure Caroline Yadan, une députée qui représente les expatriés français vivant en Israël. Les États-Unis ont des congressmen financés par l’AIPAC : la France a éliminé l’intermédiaire, nous avons des députés dont la circonscription est littéralement en Israël.

      La loi a déjà passé la commission et se dirige vers un vote parlementaire complet le 16 avril – dans 3 jours – sous une procédure accélérée très inhabituelle. Sept des onze groupes parlementaires ont annoncé qu’ils voteront oui, et la loi devrait passer.

      Que dit la loi ? Permettez-moi de la citer directement (texte intégral ici : https://assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b2358_texte-adopte-commission) :

      1) L’article 1 introduit le concept de « provocation implicite » au terrorisme et la punit de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 75 000 €

      C’est celle dont je parlais. Selon cette disposition, décrire quiconque la France désigne comme terroriste comme un « mouvement de résistance » – comme la France décrit sa propre Résistance contre l’occupation nazie – pourrait effectivement devenir un crime.

      Le concept clé est : que signifie « provocation implicite au terrorisme » ? Personne ne le sait. Et c’est précisément le but. Cela signifie ce qu’un procureur veut bien y voir : un dossier parfaitement valable pourrait être monté pour arguer que, par exemple, citer le droit international sur le droit des peuples occupés à résister en référence au Hamas constitue, en fait, une « provocation implicite au terrorisme ».

      Le plus célèbre juge antiterroriste de France, Marc Trévidic, dit qu’il n’a jamais rien vu de tel au cours de toute sa carrière ( https://x.com/CharliesIngalls/status/2043333726541619459?s=20 ) : « Provocation implicite au terrorisme : vous rendez-vous compte de ce que cela signifie ? Devenir un censeur des pensées des autres, essayer de deviner ce qu’une personne voulait vraiment dire. »

      2) Le même article étend également l’infraction d’apologie du terrorisme pour inclure « la minimisation ou la trivialisation outrageante d’actes de terrorisme ».

      C’est encore plus fou : jusqu’à présent, l’« apologie du terrorisme » signifiait exprimer un jugement favorable sur des « actes terroristes » (ce qui est déjà insensé, car comme nous le savons tous, le terroriste d’un est le combattant de la liberté d’un autre).

      Eh bien, sous cette nouvelle disposition, un juge pourrait décider que fournir un contexte, expliquer les causes profondes, ou condamner insuffisamment un acte équivaut à « trivialiser » le terrorisme – et cela serait désormais punissable de 5 ans de prison.

      Ainsi, par exemple, un professeur d’histoire expliquant les origines du Hamas ou du Hezbollah fournit un contexte – mais un procureur pourrait arguer que cette contextualisation est une trivialisation. Le même raisonnement pourrait s’appliquer à un journaliste, un chercheur, ou quiconque sur les réseaux sociaux qui dit « oui, c’était terrible, mais voici pourquoi c’est arrivé ». Le « mais » devient un crime, car c’est de la trivialisation.

      3) L’article 4 étend la loi sur le négationnisme de la Shoah

      Selon la loi française actuelle, nier la Shoah est déjà un crime. Cette disposition étend ce crime en précisant que la contestation des crimes contre l’humanité inclut désormais, « quelle que soit sa formulation, une négation, une minimisation ou une trivialisation outrageante » de ces crimes.

      Encore cette « trivialisation outrageante » ! Dans ce cas précis, les auteurs mêmes du texte – Caroline Yadan et ses collègues – expliquent explicitement leur raisonnement dans le préambule de la loi (https://assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0575_proposition-loi) : « Comparer l’État d’Israël au régime nazi serait ainsi punissable comme une trivialisation outrageante de la Shoah. »

      Ainsi, bien que la disposition soit rédigée en termes généraux, ses architectes disent ouvertement à quoi elle sert : faire de la moindre comparaison entre les actions d’Israël et celles des nazis un crime.

      4) L’article 2 crée un tout nouveau crime : appeler à la destruction d’un État.

      La loi ajoute à une loi de 1881 sur la presse une disposition punissant quiconque « publiquement, en mépris du droit des peuples à l’autodétermination et des buts et principes de la Charte des Nations unies, appelle à la destruction d’un État reconnu par la République française ». Cinq ans d’emprisonnement, 75 000 € d’amende.

      Les qualificatifs sur l’autodétermination et la Charte des Nations unies sont censés rassurer. Mais que signifie « destruction » ? En pratique, si vous prônez une solution à un seul État où Israéliens et Palestiniens vivent en égaux, vous appelez de facto à la « destruction » de l’État d’Israël. Eh bien, cela serait désormais punissable de 5 ans de prison 🤷

      Voilà. Absolument insensé : si cette nouvelle loi passe – et hélas, tout porte à croire qu’elle le fera –, la France – le pays qui a donné au monde la Déclaration des droits de l’homme, le pays dont l’identité nationale est bâtie sur la Résistance – aura rendu illégal l’usage du mot « résistance » pour quiconque le gouvernement n’apprécie pas. Jean Moulin serait poursuivi. De Gaulle serait poursuivi.

      Les seules personnes qui ne seraient pas poursuivies sont celles qui restent silencieuses. Ce qui, bien sûr, est tout le but.

      https://x.com/RnaudBertrand/status/2043516049153491323

  • Les criminels de guerre israéliens de la guerre de 2006 trouvent que les nouveaux crimes de guerre israéliens sont « répugnants ». Certes, mais avant tout ces gens devraient être jugés et emprisonnés jusqu’à la fin de leurs jours. Ces gens ont inventé et employé la « Doctrine Dahié » en 2006, maintenant on leur tend le micro comme s’ils étaient des experts en matière de droits humains ?

    On pardonne vraiment tout aux monstres de notre propre camp. (Georges Bush Jr. régulièrement cité comme étalon du bon goût en matière de droit international, c’est du même tonneau.)

  • Jean-Noël barrot condamne la loi israélienne imposant la peine de mort aux Palestiniens en citant l’épouvantable phrase raciste de Golda Meir comme exemple d’une « éthique humaniste, universaliste » d’Israël.

    Le niveau de ce type est abyssal.

    https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/presse-et-ressources/decouvrir-et-informer/actualites/adoption-par-la-knesset-d-une-loi-sur-la-peine-de-mort-reponse-de-je

    Consternés d’abord parce que la France reconnaît en Israël non seulement un peuple ami, mais aussi une éthique humaniste, universaliste, qui a été forgée par des siècles d’exil et de persécution et qui rejette l’arbitraire de la peine de mort. Il suffit de se souvenir des propos de Golda Meir : « Nous pouvons pardonner à nos ennemis d’avoir tué nos enfants, mais nous ne pouvons pas leur pardonner de nous forcer à tuer leurs enfants. »

  • Il faut prendre l’ampleur de ce qui s’est passé avec le gouvernement libanais hier : à peine un accord de cessez-le-feu incluant le Liban conclu entre l’Iran et les États-Unis, le Premier ministre Nawaf Salam communique immédiatement pour rejeter l’accord, arguant que seul le gouvernement libanais doit négocier son propre accord. Ce à quoi Israël, qui souhaite à tout prix continuer la guerre, répond avec enthousiasme en massacrant, en quelques minutes, des centaines de Libanais.

    Et aujourd’hui, Netanyahu annonce accepter les négociations avec le Liban, sans même que cessent les bombardements.

    Le Premier ministre libanais a donc rejeté l’accord de cessez-le-feu global négocié par l’Iran, qui pourtant détient une carte de négociation très forte (le contrôle du détroit d’Ormuz), parce qu’il tient à tout prix à « négocier » son propre accord en situation d’absolue faiblesse.

    Le but de la manœuvre est transparent : un accord négocié dans le cadre d’un accord global avec l’Iran maintiendrait la Résistance libanaise, alors qu’un accord direct obtenu par le Liban exigerait, forcément, la destruction totale de la Résistance libanaise. Non pas un accord de retrait du Hezbollah au nord du Litani, avec des assassinats quotidiens perpétrés par Israël, comme précédemment : une destruction totale du parti. Ce qui est évidemment impossible à réaliser seul, ni même avec l’aide (comme actuellement) d’Israël, mais dans laquelle on tenterait d’entraîner les pays occidentaux appelés à être les « garants » de l’accord (lesquels garants n’ont évidemment pas moufté après 15 000 violations de l’accord précédent par Israël).

    Comme l’écrit ArabicType :
    https://www.instagram.com/p/DW4lurrDPuC

    This Vichy government has lost its legitimacy. The blood of the people who died today screams out this one word: treason.