• (20+) Jack l’Eventreur, viscéralement misogyne - Libération
    https://www.liberation.fr/planete/2016/08/19/jack-l-eventreur-visceralement-misogyne_1473479

    En 2015, de nombreux habitants de l’East End ont très mal vécu l’érection d’un musée entièrement consacré à l’œuvre de Jack l’Eventreur - en l’occurrence le massacre, à l’automne 1888, de cinq prostituées et le vol de certains de leurs organes. Surtout qu’à l’origine, l’homme derrière le projet, Mark Palmer-Edgecumbe, ancien chef de la diversité chez Google, avait promis qu’on érigerait là « le premier musée dédié aux femmes » du Royaume-Uni - ce qui devait théoriquement inclure l’histoire des premières suffragettes. Cela doit être de l’humour anglais : en lieu et place de cartels sur des militantes féministes, les Londoniens se sont retrouvés avec des mannequins ensanglantés sur le sol, un large couteau, de l’hémoglobine factice, des ambiances brumeuses qui rappellent le fog local, ainsi que des répliques de missives écrites à l’encre rouge sang, alors même que la majorité des lettres attribuées à Jack l’Eventreur sont, rappelons-le, de notoires fumisteries écrites par des rigolos pathologiques en mal d’attention médiatique (déjà). Bref, le tout ressemble à un mauvais épisode de Faites entrer l’accusé, mais sans Christophe Hondelatte qui relève son col de manteau à la fin. Résumons ainsi cette mascarade ironico-sexiste : à un musée célébrant les femmes et leurs combats politiques, on a préféré ouvrir un lieu mettant en scène les forfaits d’un meurtrier en série, qui les tuait précisément parce qu’elles étaient des femmes.
    Un « folklore » macabre et navrant

    Cette grotesque histoire démontre une fois de plus que Jack l’Eventreur est, depuis son apparition sur les registres de Scotland Yard, l’objet d’une inépuisable fascination macabre en Angleterre - en témoignent les objets qu’on peut acquérir à la boutique de souvenirs du « musée » : tee-shirt blanc avec silhouette en haut-de-forme et traces de sang, sifflet estampillé « Jack the Ripper » (pour prévenir la police ?). Imaginerait-on, en France, l’ouverture d’un musée « Emile Louis », avec une réplique grandeur nature de son car de ramassage scolaire ?

    Les crimes de Jack l’Eventreur étaient-ils misogynes ? Indéniablement. C’est même l’une des seules choses dont on soit à peu près sûr. Les cinq victimes canoniques sont des femmes, toutes des prostituées ; certains de leurs organes sexuels, comme l’utérus ou le vagin, ont été prélevés par le tueur. C’est pourtant l’élément qui est le moins mis en avant dans la foultitude de publications qu’experts en criminologie et autre « ripperologues » autoproclamés publient chaque année dans toutes les maisons d’édition de la planète. On préfère se concentrer sur « l’enquête », pourtant lacunaire, mais surtout sur les théories autour de l’identité du meurtrier, alimentant ainsi la machine à fantasmes. Ne serait-il pas un barbier juif de Whitechapel (suspect idéal : Aaron Kosminski, qu’un Anglais richissime du nom de Russell Edwards a cru récemment confondre à l’aide de son ADN, ayant acheté pour une somme faramineuse un châle censément attribué à l’une de ses victimes) ? Le prince Albert Victor de Galles, petit-fils de la reine Victoria ? Le chef du département d’enquêtes criminelles de Scotland Yard ? Ou, mieux, le peintre impressionniste Walter Sickert, qui - attention, preuve à l’horizon - peignait des prostituées dans leur chambre, qui tiraient la gueule ? La polardeuse Patricia Cornwell a passé des années à zigzaguer sur cette piste, déboursant 6 millions de dollars (soit 5,3 millions d’euros) en achats de toiles et analyses ADN, et en a tiré en 2002 un pavé de 800 pages aussi indigeste qu’une tourte à la viande (tant qu’on y est, pourquoi ne pas accuser Egon Schiele ou Otto Dix ?). Lewis Carroll a été, lui aussi, suspecté un temps, par deux ou trois zozos pressés de pouvoir clamer « J’ai trouvé ».

    Les femmes semblent être les grandes absentes de cette histoire, qui les concerne pourtant au premier chef. Sophie Herfort est une « ripperologue » française. Elle a publié un ouvrage sur le sujet, Jack l’Eventreur démasqué, où elle dévoile « son » suspect : un policier de Scotland Yard du nom de Melville Macnaghten. Elle explique avoir peu abordé la question de la misogynie du tueur dans son livre, notamment parce que l’éditeur « préférait que je me concentre sur l’enquête ». Elle reconnaît pourtant que le contexte, dans cette affaire, est loin d’être une simple toile de fond : en 1888, les mutilations féminines étaient courantes à Londres. Les hystérectomies étaient un moyen de contrôler les naissances. Et on pratiquait volontiers l’excision, pour prévenir les femmes de cette maladie censément féminine qu’était l’hystérie ou pour les « soulager » de règles douloureuses. Dépression ? Langueur ? Appétit sexuel jugé démesuré ? Une seule réponse : l’ablation du clitoris.
    L’effrayante sexualité des femmes

    Sophie Herfort évoque le cas du docteur Isaac Baker Brown. Cofondateur du prestigieux Saint Mary’s Hospital (où les journalistes ont récemment fait le pied de grue lors des naissances de George et de Charlotte de Cambridge), ce chirurgien opérait à tour de bras les femmes de la haute bourgeoisie dans sa clinique privée, la London Surgical Home. Il y pratiquait avec enthousiasme l’ablation des ovaires, ainsi que l’hystérectomie. En 1866, il publie un livre où il prône la pratique de l’excision « préventive », afin de lutter contre les dangers de la masturbation. Il y explique avoir excisé une femme « malade » (en vérité, elle avait demandé le divorce à son mari, la loi l’y autorisant depuis 1857). Il décrit : « Il y avait la preuve d’une excitation périphérique [entendre masturbation, ndlr]. J’ai pratiqué mon opération comme à l’accoutumée et ma patiente s’est bien remise. Elle est devenue ensuite à tous égards une bonne épouse. » Il a également pratiqué l’ablation du clitoris sur une jeune femme de 20 ans car « elle ne répondait pas aux aspirations de sa mère, envoyait des cartes de visite à des hommes, et passait beaucoup de temps à lire ». Notons qu’en France, en 1882, le docteur Démétrius Zambaco, chef de clinique à la faculté de médecine de Paris, venait de décrire avec force détails, dans la revue scientifique l’Encéphale, comment il avait brûlé au fer rouge le clitoris de deux petites filles de 6 et 10 ans pour leur passer l’envie de se masturber.

    La sexualité des femmes terrorisait l’Albion de la reine Victoria, où l’on conseillait aux jeunes épouses effrayées par les futurs assauts du mari de « fermer les yeux et penser à l’Angleterre ». Les héroïnes de fiction du XIXe siècle avec un passé sexuel, celles des romans de Dickens par exemple, comme Nancy la prostituée d’Oliver Twist, mouraient immanquablement dans d’atroces souffrances. Tout cela n’empêchait pas (au contraire) Londres d’être un lupanar géant, propice aux trafics en tout genre : en 1885, un journaliste de la Pall Mall Gazette dévoila, dans un impressionnant reportage, un monumental trafic d’enfants, dans lequel les élites victoriennes étaient impliquées, ce qui poussa le législateur à relever l’âge de la majorité sexuelle à 16 ans (elle était fixée auparavant à 13). Londres était surnommé « the whoreshop of the world » (« le bordel du monde ») : en 1888, dans le simple quartier de Whitechapel, qui ne compte que quelques rues, Scotland Yard avait évalué le nombre de prostituées à 1 200. Les victimes furent faciles à trouver pour le tueur : elles étaient pauvres, alcooliques, sans famille, sans toit, à la merci des hommes qui sollicitaient leurs faveurs pour quelques shillings, vivant la nuit dans des quartiers mal famés et sans éclairage public.
    Un retour de bâton patriarcal

    Et pourtant, aussi, à l’époque de Jack l’Eventreur, l’on réforme - timidement - le divorce (en 1857) ; le médecin anglais Joseph Mortimer Granville invente le vibromasseur (en 1883) ; l’on pose enfin la question de l’égalité entre garçons et filles dans l’accès à l’éducation (en 1870) ; et puis celle de leur droit de vote (en 1867, avec John Stuart Mill). Dans son livre The Age of Sexcrime, l’historienne Jane Caputi interprète les meurtres de l’Eventreur comme une sorte de « backlash » misogyne, un retour de bâton anti-femmes, une résurgence de l’ordre patriarcal face à une condition féminine qui, très lentement, avance vers le chemin de l’émancipation. Les victimes massacrées sont les boucs émissaires, dit-elle, d’une société en train de changer, inéluctablement. D’où l’intense médiatisation des crimes, aussi atroces que spectaculaires. Le corps de la prostituée, considéré de son vivant comme un simple bien de consommation et désormais réduit en charpie, est, à sa mort, exposé au regard forcément horrifié du public. D’abord le cadavre est trouvé dans la rue. Puis il est photographié, et ces images sont abondamment diffusées par la presse - qui se délecte d’informer ses lecteurs de certains détails insoutenables, comme les intestins de Mary Jane Kelly, la cinquième victime de l’Eventreur, déposés par le tueur sur sa table de nuit. On peut encore contempler aujourd’hui, en un simple clic sur Wikipédia, les clichés mortuaires de Mary Jane Kelly, Annie Chapman, Catherine Eddowes, Elizabeth Stride, Mary Ann Nichols. On frissonne, on s’inquiète, on s’affole, et puis les crimes s’arrêtent, la vie reprend.

    Dans leur ouvrage Sex Crimes in History (1963), les historiens Robert E. L. Masters et Eduard Lea avaient évoqué une « infestation », entre 1885 et 1895, de ce type de criminels s’attaquant à des femmes dans le monde entier, avec sensiblement le même mode opératoire. L’Encyclopédie des serial killers, de Michael Newton (1999), en recense plusieurs : l’Eventreur de Moscou (1885), une affaire jamais élucidée, où plusieurs prostituées ont été éventrées ; l’Eventreur du Texas (1885, lire ci-contre) qui, lui, tuait des prostituées noires ; l’Eventreur du Nicaragua (1889) ; « Jack the Strangler » qui tuait des prostituées à Denver, dans le Colorado, en 1894 ; et en France, Joseph Vacher (« l’Eventreur du Sud-Est ») qui a sévi de 1894 à 1897, au gré de ses mortels vagabondages, non pas sur des prostituées, mais sur des jeunes femmes et des bergers isolés.

    Jack l’Eventreur est peut-être le premier serial killer « moderne », utilisant la presse à grand tirage pour médiatiser ses actes, se riant de la population effrayée, jouant à cache-cache avec Scotland Yard ; mais, avant tout, et c’est l’irréfutable point commun qu’on peut lui trouver avec la liste des tueurs énoncée plus haut : il haïssait les femmes, dont l’émancipation était pourtant, bien malgré lui, en marche.

    Bibliographie :

    The Age of Sexcrime, de Jane Caputi, UW Press (2000).

    Jack l’Eventreur démasqué, l’enquête définitive, de Sophie Herfort, éd. Points (2008), 320 pp., 7 €.

    Jack l’Eventreur démasqué, de Russell Edwards, éd. de l’Archipel (2016), 21 €.

    A Comparison of 19th Century and Current Attitudes to Female Sexuality, de John Studd, paru dans la revue Gynecological Endocrinology (2007).

    Pucelles à vendre, Londres 1885, de William Thomas Stead, éd. Alma (2013), 292 pp., 16 €.

    Vacher l’Eventreur , de Régis Descott, Grasset (2016), 288 pp., 19 €.

    #historicisation #excision #violence_masculine #misogynie #backlash #féminicide #violence_médicale #hystérie

    • @simplicissimus super désespérant, quand à la photo d’illustration d’une femme à terre la jupe relevée, ça permet à libé un double racolage de raclures de journalistes : montrer l’entrejambe d’une femme et se #divertir avec les crimes de ce tueur mysogine.

    • L’article est interessant pour l’histoire d’un certain nombre de violences faites aux femmes à cette époque en citant quelques noms de #grand_homme et sur le fait qu’il pointe la misogynie des crimes. Pour l’illustration je ne l’ai pas remise, je suis d’accord avec toi @touti et c’est vrai que le titre est un peu macabre mais je trouve que la mention de la misogynie est pertinente car c’est plutot de ca que parle le texte. Vicéralement misogyne ca me choque pas mais j’ai un gout prononcé pour le morbide.


  • « La gratuité est plus économe que le système actuel »
    https://usbeketrica.com/article/paul-aries-gratuite-decroissance-transports

    Entretien avec le politologue Paul Ariès, partisan d’une décroissance fondée sur le désir et la gratuité, notamment celle des transports en commun.

    « La #gratuité dans les #transports franciliens, la belle utopie que voilà ! », déclarait en octobre dernier la présidente du conseil général d’Ile-de-France, Valérie Pécresse. En effet, après sa mise en place à Dunkerque, Paris est en train d’étudier la gratuité des transports dans la capitale. Tandis que certains critiquent une mesure trop coûteuse, d’autres voix s’élèvent pour défendre la gratuité comme un modèle de société d’avenir, remettant en question la marchandisation et permettant de renouer avec le politique. Parmi ces voix, celle du politologue Paul Ariès, proche du réseau international des villes lentes, directeur de l’Observatoire de la gratuité et auteur de plusieurs ouvrages, dont Gratuité vs Capitalisme (Larousse, 2018).

    #mobilité #circulation #déplacements


  • Le revenu universel est-il féministe ?

    Ce fut l’une des propositions inattendues et insolites de la campagne présidentielle de 2017, le revenu universel. Mais quels en sont les effets pour les femmes ? Cette question est souvent balayée d’un revers de main, quand elle n’est pas tout simplement occultée. A l’occasion d’un numéro consacré à cette séquence électorale, la revue Travail, Genre et Sociétés revient sur cette mesure et ses implications pour les femmes. Un état des lieux éclairant proposé par des philosophes, des économistes et des sociologues, dans une perspective féministe. De quoi rappeler que cet axe d’analyse devrait être incontournable et pris au sérieux dans toute discussion sur le sujet.

    En finir avec une vision viriliste du travail La parole est à la défense. « Parce qu’il est utopique et polémique à la fois, [le revenu universel] ouvre une série de débats sur le prix du travail, la qualité des emplois… et de façon plus décisive encore sur les frontières du travail (ce qui en est, ce qui n’en est pas) ». Voilà un argument régulièrement mis en avant par les tenants du revenu universel et que reprennent la philosophe Sandra Laugier et la psychologue Pascale Molinier, qui y sont favorables.

    De manière plus originale – et féministe –, les deux universitaires invitent à « intégrer le care dans la réflexion sur le revenu universel ». Car le travail tel que nous l’entendons aujourd’hui (en réalité, bien souvent l’emploi) est construit sur « la valorisation des tâches réalisées par les hommes et l’exclusion des tâches réalisées par les femmes. Cette valorisation du travail masculin a reposé sur une héroïsation du travail comme activité virile (où l’homme prouve qu’il en est un), associée à un déni de réalité non seulement du travail des femmes, mais des conditions d’exploitation des hommes », soulignent-elles.

    La proposition d’un revenu universel est donc un moyen de « dévoiler la tromperie d’une “valeur travail” construite sur un déni de la masse des invisibles, relégués dans les coulisses d’un monde du travail qui veut les ignorer ». Prendre au sérieux le care dans toutes ses dimensions, c’est « transformer notre vision du travail aussi en faisant apparaître des tâches, et des personnes, comme indispensables au fonctionnement ordinaire du monde ». Et, concrètement, mettre au centre de la réflexion des phénomènes comme la féminisation des migrations transnationales pour prendre en charge les personnes âgées ou dépendantes.

    Les auteures ne sont pas dupes pour autant : oui, le revenu universel peut se transformer en salaire maternel ou rendre encore plus invisibilise le travail du care au lieu de le valoriser.

    Se battre sur le terrain de l’emploi C’est ici que des approches plus empiriques surgissent pour nuancer l’enthousiasme initial. L’économiste Rachel Silvera, qui avait déjà cosigné en 2000 une analyse des écueils du revenu universel pour les femmes, reprend les principaux points d’achoppement. Ces arguments sont aussi portés par le collectif des Economistes atterrés.

    Pour commencer, le diagnostic de départ (fin de l’emploi et fin du travail), qui semble hâtif. Plutôt qu’à une disparition de l’emploi sous l’effet de la révolution numérique, nous assistons à sa mutation (développement d’emplois dans l’informatique mais aussi dans le soin à la personne). Ici, la réponse consiste à améliorer les formations tout au long de la vie, plutôt qu’à mettre en place un revenu de base.

    Quant à la fin du travail, à sa perte de sens, la réalité paraît plus ambivalente notamment pour les femmes : le travail est pour nous à la fois facteur d’aliénation et d’émancipation, rappelle l’économiste. Ce qui n’empêche pas de chercher à remettre en cause la centralité du travail rémunéré ni chercher un meilleur équilibre des temps sociaux. Mais « d’un point de vue féministe, le travail demeure la clé de l’égalité », tranche-t-elle.

    Deuxième argument : le revenu universel redonne un pouvoir de négociation individuel aux précaires, face à l’employeur. Comme je suis assurée de toucher un revenu, je peux plus facilement refuser un emploi que je juge dégradant. Les femmes occupant de fait les emplois les plus précaires (temps partiel et temps de travail morcelé), cela revient à encourager le temps partiel des femmes, pointe la chercheuse. Conclusion là encore : la bataille doit se situer au sein de l’emploi, pour de meilleures conditions de travail et une meilleure reconnaissance des emplois dévalorisés (dont ceux du care).

    Troisième argument : le revenu universel est un moyen de rééquilibrer les temps sociaux, entre emploi et loisir. Mais quid des tâches domestiques et familiales dans les ménages ? Elles échoient très largement aux femmes. Même s’il est individuel et universel, le risque est que le revenu universel renforce les inégalités au sein des couples hétérosexuels. Mais aussi les inégalités sociales entre les femmes : entre celles qui auront un emploi valorisé et celles pour qui il sera plus intéressant de rester chez soi à réaliser un travail domestique rémunéré par le revenu universel.

    Enfin, dernier argument, le revenu universel, parce qu’il est individuel, permettra aux femmes de sortir du statut d’ayant-droits. Le modèle français d’Etat providence est en effet mixte avec des droits sociaux propres pour l’emploi et le chômage (je touche une allocation chômage en fonction de mes cotisations), et des droits dits familialisés pour les minima sociaux : le montant du RSA dépend ainsi de la composition du foyer. Là encore, Rachel Silvera est d’accord sur le diagnostic : un modèle familialisé pénalise les femmes. Mais elle défend une autre solution : individualiser les minima sociaux et supprimer (ou du moins limiter fortement) l’imposition fiscale conjointe.

    Pour changer la vision viriliste du travail, répond-elle donc à Sandra Laugier et Pascale Molinier, il faut changer l’emploi lui-même (revaloriser les « sales boulots », favoriser une mixité des métiers, développer la formation) et partager le travail en amont, par une réduction du temps de travail plutôt que d’accepter le partage du temps de travail tel qu’il existe actuellement et qui pénalise les femmes.

    L’engagement associatif a bon dos Emploi ou loisir ? Mais que recouvre exactement le « loisir » et qu’est-ce que ce loisir si valorisé qu’est l’engagement associatif ? C’est l’objet du troisième article de ce dossier, signé par la sociologue Maud Simonet, spécialiste du travail gratuit et semi-gratuit (type service civique, « indemnisé » à hauteur de 580 euros par mois et sans cotisation chômage) et auteure d’une livre récent, Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?.

    Il n’y a pas un « bon » travail gratuit, porteur d’émancipation, dans la sphère associative et un « mauvais » travail gratuit, aliénant, lui, qui serait le travail domestique. « Loin d’échapper aux rapports sociaux de sexe et aux processus d’assignation au féminin, l’espace associatif les reproduit », souligne-t-elle.

    Dans les associations aussi la division du travail est sexuée : aux hommes les postes de pouvoir, aux femmes, le travail invisible et ingrat (préparer le repas et la table pour le repas associatif, nettoyer le centre social après son utilisation par l’association, etc.). A ce plafond de verre du monde associatif s’ajoute un « mur de verre » selon les termes de la chercheuse Sophie Rétif. Au sein du monde associatif, les femmes ont moins accès aux partis et syndicats que les hommes, « dont les carrières militantes sont marquées par une circulation entre ces différents types d’organisations et un pluri-engagement ».

    Bref, « “au nom de l’engagement”, s’opère ainsi dans les associations un “déni de travail”, qui n’est pas sans rappeler celui qui s’opère, “au nom de l’amour”, dans la maison ».

    Autre angle mort du débat qu’elle relève : le rôle de l’Etat dans l’organisation de ce travail gratuit. Il est vital « de saisir combien le bénévolat est aujourd’hui à la fois objet et instrument de politiques publiques, qu’il est en partie financé, construit et orienté par l’État, vers certains secteurs et pour certaines populations. Dans un contexte de rigueur budgétaire et de baisse des dépenses publiques, la mise au travail gratuit, ou indemnisé, de citoyens, qui sont bien souvent des citoyennes, dans les services publics, est l’une des conséquences – et sans doute en partie l’un des objectifs – de ces politiques qui valorisent et soutiennent l’“engagement citoyen” », analyse Maud Simonet. Concrètement, il s’agit du recours au bénévolat dans le cadre de l’aménagement des rythmes scolaires ou l’entrée des services civiques dans les services publics, à l’hôpital, dans l’Education nationale ou à Pôle emploi. Cette « “bénévolisation” du travail dans les services publics, si elle nous concerne tous comme citoyens, concerne au premier chef les femmes comme travailleuses ».

    Face à cela, il faudrait « expliquer en quoi et comment » le revenu universel permettrait enfin de reconnaître et de rendre visible le travail gratuit des femmes, demande-t-elle aux partisans de la mesure.

    D’autant plus que l’opposition entre travail domestique aliénant et engagement associatif émancipateur reproduit en réalité un rapport de classe. Comme le rappelle Bell Hooks à propos des mouvements féministes étasuniens des années 1970, « tandis que les féministes blanches “lasses d’être isolées dans [leurs] foyers” voulaient “être libérées de tout ça pour entrer dans le monde du travail”, les femmes noires qui avaient toujours travaillé en dehors du foyer mais aussi les femmes blanches des classes ouvrières désiraient, elles, “passer plus de temps avec leur famille” et “quitter le monde du travail aliéné” ».

    Devenir des sorcières Les deux dernières contributions nous emmènent au Japon et en Finlande.

    L’économiste Kaori Katada y voit le moyen de « devenir des sorcières », c’est-à-dire de refuser, pour les femmes, l’assignation au travail reproductif et productif, qu’il soit gratuit (travail domestique) ou rémunéré (emploi). Dans la société japonaise actuelle, les femmes sont, d’une part, encouragées à faire des enfants dans un contexte de faible taux de natalité et sans qu’il y ait de véritables dispositifs d’accompagnement (la part du PIB consacrée aux politiques familiales type allocations familiales est de moitié inférieure à ce qu’elle est en France ou en Suède). Et, d’autre part, incitées à travailler pour pallier la pénurie de main d’œuvre. Les mères célibataires sont particulièrement touchées par les bas salaires et la pauvreté, bien loin de l’image de la working girl parvenue à un poste de pouvoir d’une prestigieuse entreprise.

    Si elle prend au sérieux les objections faites au revenu universel (voir ci-dessus), elle répond, comme beaucoup de ses partisans, que son rôle n’est pas de venir à bout de la division sexuée du travail. Et que celui-ci doit donc s’accompagner d’autres mesures (partage ou réduction du temps de travail, congé parental substantiel, équité salariale, formation…).

    Enfin, le journaliste Alain Lefebvre revient sur l’expérimentation d’un revenu de base en Finlande. Imposée par un gouvernement pro-austérité dirigé par un ancien homme d’affaires, cette expérimentation n’avait en fait rien d’universelle puisqu’elle a porté sur des chômeurs de longue durée. Elle a de plus totalement fait l’impasse sur les questions de genre. Il y avait pourtant matière à y réfléchir dans un pays où les inégalités entre femmes et hommes restent conséquentes : l’écart de rémunération horaire entre femmes et hommes était par exemple de 17 % en Finlande en 2015, contre 16 % en France (et 13 % en Suède). « S’il y a une conclusion à tirer de cette expérimentation malheureuse, c’est qu’il faut se donner le temps de préparer sérieusement la mise en place d’un tel dispositif, et se poser la question de ses objectifs […]. En parallèle, une attention particulière doit être portée à la manière dont ce type de dispositif est susceptible d’atténuer, ou au contraire, de renforcer les inégalités », conclut le journaliste. Un message pour les 19 départements qui ont décidé de se lancer.

    https://www.alternatives-economiques.fr/revenu-universel-feministe/00087292

    #revenu #féminisme @revenu_universel #revenu_garanti


  • Are women more likely to be harmed by medical device failures? - ICIJ
    https://www.icij.org/blog/2018/12/are-women-more-likely-to-be-harmed-by-medical-device-failures

    The best source for gender-specific data on injuries and deaths linked to medical devices should be the U.S. Food and Drug Administration. The FDA collects that information in “adverse event” reports filed by manufacturers, doctors and others when a device has harmed a patient – or has experienced a malfunction that would lead to harm if it were to recur. An ICIJ analysis of this data identified more than 83,000 deaths and 1.7 million injuries linked to medical devices.

    Yet the FDA won’t make gender information public. An agency spokeswoman told ICIJ that revealing gender or age would violate patient confidentiality rules and that more broadly, “conclusions can not be drawn” about sex-specific differences in adverse event rates, because the reports themselves often contain unverified and incomplete information.

    #sexisme_médical #santé #implants #santé_publique #femmes

    • … More than 10 million people have received breast implants over the last decade, and more than 1 million have gotten Essure, which as of the end of this year will have been pulled from the market in every country. Hundreds of thousands have had a mesh implant. There is no comparable group of male-focused products with these kinds of widespread problems.


  • L’hédonisme sans les femmes - La méridienne
    http://www.la-meridienne.info/L-hedonisme-sans-les-femmes

    Ma lecture a cependant été largement gâchée par le sentiment d’être une intruse dans la grande fête de l’oisiveté couillue orchestrée par Hodgkinson. Il y a sans doute eu une époque de ma vie où j’aurais à peine ressenti une légère gêne en lisant ce genre de livre qui me signifie à chaque page, ou presque, qu’il ne s’adresse pas à moi ; aujourd’hui, ça m’exaspère. Ça me casse sérieusement les ovaires. J’ai l’impression de voir l’auteur me faire des bras d’honneur à répétition. Tous les paresseux que cite Hodgkinson sont des figures masculines ; visiblement, l’oisiveté n’est pas une affaire de gonzesse. Sa bibliographie compte 109 auteurs et 9 autrices (dont Barbara Ehrenreich, au moins monsieur a bon goût).

    #travail #sexisme



  • Les films de Carole Roussopoulos disponibles sur le site de la Médiathèque Valais - Martigny

    Le F.H.A.R., 1971
    http://xml.memovs.ch/f0199a-002.xml

    Manifestation du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire
    Discours d’une militante sur l’homosexualité (mythique)
    Discours de Guy Hocquenghem sur les rôles sexuels et les relations de pouvoir
    Témoignage de militants
    Evocation des débats sur les homosexuels et l’élite (Cocteau, Marais, Gide...)
    Accusation contre les homosexuels et condamnation ; discrimination ; le journal « Tout »

    Gabrielle Nanchen, 1972
    http://xml.memovs.ch/f0199a-003.xml

    Témoignage de paysans sur le vote des femmes
    Fonctionnement du gouvernement suisse
    Témoignage d’un paysan sur l’élection de Gabrielle Nanchen
    Intérêt pour la politique, parcours professionnel
    Interview de la belle-mère de Gabrielle Nanchen
    Inscription au parti socialiste valaisan, Mai 1968
    Témoignage d’un paysan
    Définition du socialisme, importance de la religion
    Témoignage d’un ecclésiastique et d’une étudiante
    Technique pour transmettre les idées politiques
    Témoignage contre le vote des femmes
    L’électorat, réaction des gens

    Y a qu’à pas baiser, 1973
    http://xml.memovs.ch/f0199a-004.xml

    Générique et publicité
    Journal télévisé I.N.F. 2 consacré à l’avortement : interview du professeur Jérôme Lejeune
    Manifestation pour le droit à l’avortement et témoignage de passants
    Rapports sexuels entre femmes et hommes et plaisir dans la relation
    Avortement selon la méthode karman en temps réel
    Reprise de la manifestation

    Les prostituées de Lyon parlent, 1975
    http://xml.memovs.ch/f0199a-012.xml

    Revendications des prostituées à l’Eglise de Saint-Nizier
    Retransmission des débats à l’extérieur de l’église
    Témoignages de femmes : vie de femmes, de famille et professionnelle, proxénétisme

    La marche du retour des femmes à Chypre, 1975
    http://xml.memovs.ch/f0199a-011.xml

    Camps de réfugiés
    Marche pacifiste
    Discours sur l’application de la résolution de l’ONU ordonnant à la Turquie de permettre le retour des Chypriotes grecs
    Distribution de vêtements et de nourriture
    Témoignages de réfugiées chypriotes
    Discours
    Habitations et conditions de vie rudimentaires des réfugiés, témoignages ; viol des femmes
    Marche pacifiste
    Arrivée et mot de bienvenue du commandant militaire de la section des Nations Unies
    Témoignage

    S.C.U.M. Manifesto, 1976
    http://xml.memovs.ch/f0199a-015.xml

    Lecture du S.C.U.M Manifesto, un texte de Valérie Solanas (1967), par la comédienne Delphine Seyrig
    Manifestation pacifiste de femmes catholiques et protestantes en Irlande contre la guerre
    Reprise de la lecture
    Violence policière en Argentine, manifestation des femmes à Belfast

    Maso et Miso vont en bateau, 1976
    Cinéastes : Carole Roussopoulos, Ioana Wieder, Delphine Seyrig et Nadja Ringart.

    Mythique film de 55’ sur lequel on peut tout savoir grâce à @volt :

    Images de la culture : Maso et Miso vont en bateau
    https://imagesdelaculture.cnc.fr/-/maso-et-miso-vont-en-bateau

    Bernard Pivot invite Françoise Giroud, alors première secrétaire d’Etat à la condition féminine, pour une émission gentiment misogyne : Encore un jour et l’année de la femme, ouf ! c’est fini. Le collectif les Insoumuses recycle l’émission par des interventions pleines d’humour et en fait « la preuve officielle que le secrétariat d’Etat à la condition féminine est une mystification ».

    Des cartons donnent les réponses que Françoise Giroud aurait dû donner ; une interview de Simone de Beauvoir contredit ses propos ; les arrêts sur image soulignent son inaptitude. « Notre propos est de montrer qu’aucune femme ne peut représenter toutes les autres femmes au sein d’un gouvernement patriarcal, quel qu’il soit. Elle ne peut qu’incarner la condition féminine oscillant entre la nécessité de plaire (féminisation-maso) et le désir d’accéder au pouvoir (masculinisation-miso). Quant aux réformes proposées par Françoise Giroud, elles peuvent être proposées directement par les ministères concernés (travail, justice, santé...). Aucune image de la télévision ne veut ou ne peut nous refléter, c’est avec la vidéo que nous nous raconterons. » Une des premières vidéo scratch en France, une vidéo mythique.

    (Nathalie Magnan)

    http://xml.memovs.ch/f0199a-016.xml

    Lip : Monique et Christiane, 1976 (autre film absolument mythique)
    http://xml.memovs.ch/f0199a-017.xml

    Conditions féminines chez Lip ; manifestations des inégalités de genre dans l’organisation syndicale et la prise de parole
    Peur de l’expression chez les femmes ; comité d’organisation (1976)
    Situation des femmes par rapport aux hommes, importance, rôle et préjugés sur les femmes (1976)
    Extrait d’une assemblée générale
    Compte-rendu de l’intervention de Christiane à l’assemblée générale
    Journées portes ouvertes de Lip, lettre sur la condition des femmes
    Stands tenus par les femmes, réaction des hommes
    Invité :
    Suite du compte-rendu de l’assemblée générale ; question du partage du droit d’expression et des tâches
    Invité :
    Vie au chômage

    Le viol : Annie, Corine, Annie, Brigitte, Josyane, Monique et les autres..., 1978
    http://xml.memovs.ch/f0199a-020.xml

    Lecture de coupures de presse
    Correspondance entre Anne et Corinne
    Discussion entre Corinne et Anne
    Emission débat « Les dossiers de l’écran » avec Anne pour invitée
    Discussion entre Corinne et Anne
    Ecoute de l’émission radiophonique d’Etienne Lalou et Igor Barrère sur le viol, témoignage de Brigitte
    Discussion entre Corinne et Anne
    Discussion avec les trois avocates, Monique Antoine, Colette Auger et Josyane Moutet sur la justice et la répression
    Discussion entre Corinne et Anne
    Emission débat « Les dossiers de l’écran » avec Anne pour invitée
    Discussion entre Corinne et Anne
    Discussion avec les trois avocates, Monique Antoine, Colette Auger et Josyane Moutet sur la justice et la répression

    Ça bouge à Vendôme, 1982
    http://xml.memovs.ch/f0199b-003.xml

    Déroulement de l’enquête sur la femme en 1982 et bilan des réponses
    Association pour une école non sexiste
    Opinion des intervenantes sur la parité

    Ça bouge à Mondoubleau, 1982
    http://xml.memovs.ch/f0199b-002.xml

    Explication de l’enquête réalisée sur la différence des rôles masculins et féminins
    Débats entre les élèves et leur professeure sur l’enquête

    Flo Kennedy, 1982
    http://xml.memovs.ch/f0199b-004.xml

    Waiting and discussion between Margo Jefferson and Ti-Grace Atkinson until arriving of Flo Kennedy
    Flo Kennedy’s family and her life course
    Feminist movement
    Feeling about oppression
    Dressing
    Freedom of women
    Friendly discussion with Margo Jefferson and Ti-Grace Atkinson

    Profession : agricultrice, 1982
    http://xml.memovs.ch/f0199b-005b.xml

    Témoignage de Marie-Cécile Jacquet et Marie-Louise Navet sur leur travail et leur statut
    Marie-Cécile Jacquet déléguée du canton de Rocroi pour la commission féminine
    Témoignage de Roseline Dupont et Martine Guillet sur leur travail et leur statut
    Témoignage d’agricultrices de l’Association Féminine de Développement Agricole (AFDA)
    Discours de la porte-parole de l’AFDA

    Femmes immigrées de Gennevilliers, 1984
    http://xml.memovs.ch/f0199b-013.xml

    Information auprès de la population arabe de la création de l’Association de femmes arabes immigrées en France
    Témoignage
    Animation d’une émission radiophonique par des femmes arabes immigrées, régularisation des situations
    Témoignage de femmes marocaines
    Emission radiophonique à radio Gennevilliers
    Générique

    La mort n’a pas voulu de moi, 1984
    http://xml.memovs.ch/f0199b-014.xml

    Travail avec Werner Herzog
    Lecture du commentaire du film « Fata Morgana »
    Lecture de poème de Verlaine « Gaspard Hauser chante »
    Extrait de « Nosferatu » de F.W. Murnau (1922)
    Parcours de vie
    Extrait de « The Diary Of The Lost Girl » de Pabst, anecdote sur le tournage
    Extrait de « Tabou » de F.W. Murnau, critique du film
    Ascension et prise de pouvoir d’Adolf Hitler
    Fuite à Paris, sauvetage de films muets allemands
    Emprunt du nom Escoffier en référence à Mérimée
    Conservation cachée de films à Figeac, dont « le dictateur de Chaplin »
    Travail avec Henri Langlois
    Générique

    Pionnières et dictionnaires du cinéma : 1900 - 1960, 1984
    http://xml.memovs.ch/f0199b-010.xml

    Dorothy Arzner
    Jacqueline Audry
    Muriel Box
    Esther Schub
    Germaine Dulac
    Marion Frances
    Alice Guy Blaché
    Théa von Harbou
    Ida Lupino
    Elvira Notari
    Lotte Reiniger
    Leni Riefenstahl
    Schlesinger dite Leontine Sagan
    Agnès Varda
    Nicole Vedrès
    Margot Benaceref ; Valentina Broumberg ; Wanda Jakubowska ; Ruth Orkin ; Olga Preobrajiuska ; Wendy Toy ; Hermina Tyrlova
    Générique

    Les travailleuses de la mer, 1985
    http://xml.memovs.ch/f0199b-020.xml

    Présentation du port de pêche
    Témoignage de femmes fileteuses
    Témoignage des ouvrières de la nuit (trieuses)

    L’inceste : la conspiration des oreilles bouchées, 1988
    http://xml.memovs.ch/f0199b-028.xml

    Témoignage de Monique sur le viol commis par son grand-père ; lecture de textes ; articles de presse
    Permanence viols, femmes, informations
    Témoignage de Claudine sur son père incestueux
    Rôle et réaction de mère
    Témoignage d’Anne
    Témoignage d’Emmanuelle et Elisabeth
    Perception et ressenti lors d’abus sexuel
    Réaction de l’entourage : médecin, famille, instituteur, ami
    Soutien médical
    Parler, partager, dénoncer

    Debout !, 1999
    http://xml.memovs.ch/f0199c-021.xml

    Découverte du féminisme ; influence, lutte
    Création de Féminin Masculin Avenir (FMA) et du Mouvement de Libération des Femmes (MLF)
    Découverte et début du féminisme ; front des bonnes femmes, première revendication
    Naissance des groupes du Mouvement de Libération des Femmes (MLF, Emencipi)
    Racisme militant ; rapport au militarisme ; conscience sociologique des groupes
    Libération des femmes ; définition du mouvement
    Grève des femmes à Troyes (1971) : lutte solidaire
    Avortement ; manifestation féministe
    Relations entre homosexuels et hétérosexuels ; Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire
    Groupe de conscience ; Le Torchon Brûle (journal) ; rôle de la presse ; droit de vote
    Féminisme chez les jeunes ; mère célibataire ; congrès ; estime de soi
    Grève, manifestation et revendication du Mouvement de Libération des Femmes (MLF)
    Lutte pour l’avortement ; anti-congrès de l’année de la femme (1975) ; mouvement « oui » à la vie
    Mysogisme ; reconnaissance du viol en tant que crime
    Centre pour les femmes ; changements engendrés par le Mouvement de Libération des Femmes (MLF)
    Réafirmation du droit de la femme : avortement, contraception ; grève des femmes


  • Mad Men (1/4) : Les années 1960 de Matthew Weiner

    https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/mad-men-14-les-annees-1960-de-matthew-weiner

    La série préférée de Mona Chollet @mona qui a entre autre fait une brillante prestation sur France Inter dans un contexte pas très facile :)

    https://www.franceinter.fr/emissions/par-jupiter/par-jupiter-12-novembre-2018

    Adulée ou décriée, « Mad Men » est en tout cas une série discutée, analysée encore aujourd’hui, près de trois ans après la dernière saison. Ce premier volet est consacré aux références cinématographiques et littéraires aux sources de cette série américaine à succès.


  • Tempête médiatique sur les pesticides : le “Printemps Silencieux” de Rachel Carson [1/5] | Alexandra d’Imperio
    https://troisiemebaobab.com/temp%C3%AAte-m%C3%A9diatique-sur-les-pesticides-le-printemps-silenc

    En 1962, Rachel Carson choque les Américains en leur faisant découvrir la dangerosité des pesticides chimiques dans son livre “Printemps Silencieux”. Un demi-siècle plus tard, cette vieille polémique permet d’éclairer les controverses environnementales actuelles… Source : Le Troisième Baobab


  • Elle accuse les pompiers de viols, la justice la dit victime d’« atteinte sexuelle » - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/elle-denonce-des-viols-la-justice-la-dit-victime-d-atteinte-sexuelle-05-1

    Elle parle de « #honte », de « #mépris ». Huit ans après sa plainte contre des pompiers pour d’innombrables #viols survenus quand elle avait entre 13 et 15 ans, Julie* a appris avec colère que le parquet de Versailles avait demandé en septembre une requalification des faits : « Le #défaut_de_consentement […] apparaît insuffisamment caractérisé », écrit le magistrat, qui préconise de poursuivre les trois pompiers mis en examen non plus pour #viol mais pour #atteinte_sexuelle, un délit passible de sept ans de prison… loin des vingt ans prévus pour un viol aggravé.

    #impunité #colère #culture_du_viol #prédateur #pédocriminalité #abus_de_faiblesse


  • Prix littéraires : « C’est l’homme blanc quinquagénaire qui règne en maître dans les jurys »
    https://www.franceculture.fr/amp/litterature/prix-litteraires-cest-le-male-blanc-quinquagenaire-qui-regne-en-maitre

    Petit tour d’horizon : parmi les prix qui dopent le plus les ventes, le Goncourt, qui a jusque-là récompensé 10% de femmes, fait à peine mieux que l’Interallié (9%), et seulement un peu moins bien que le Renaudot (13%) ou le Médicis (22%). Et même le Femina, pourtant constitué d’un jury exclusivement féminin, à l’inverse des autres jurys où les femmes sont (parfois très) minoritaires, ne parvient à récompenser que 36% d’autrices - même pourcentage, il faut dire, que celui des femmes publiées par les éditeurs chaque année. Comment cela est-il encore possible en 2018, et pourquoi ces chiffres ne semblent pas émouvoir grand monde ? Dans notre tentative de comprendre d’où venait une telle disparité, nous avons rencontré deux écrivains respectivement jurées au prix Femina et au prix Renaudot, et un historien.

    #sexisme #littérature #édition


  • The Season of the Witch - Max Dashu On Why We Sexualize, Trivialize, and Fear the Witch - AfterEllen
    https://www.afterellen.com/general-news/565785-the-season-of-the-witch-max-dashu-on-why-we-sexualize-trivialize-

    There is a pornography of devils arising in the torture chambers, and it’s saying the witch has sex with the devil. What the tortured women are forced to do in order to make the torment stop is to repeat the fantasies back to their torturers. This has had a huge impact on European culture and on the way sexuality is framed when you think about the tropes around sexuality, dungeons, torture, chains, gags, binding women. This is all infused with things that were actually practiced on real women’s bodies in the torture chambers.

    (...)

    We can’t say 9 million burned at the stake. The question of how many women were affected? Were accused? Were shunned? Were denounced? That number could easily surpass nine million.

    The number of women who taught their daughters keep your head down because this is what can happen to you. There was a huge impact on the way women raised their daughters to keep this from happening to them. I have seen accusations that this number was picked by feminists to surpass the number killed in the Holocaust and that’s false because the number estimated well predates that.

    #sorcières

    • Je n’étais pas conscient d’avoir brûlé une seule sorcière, mais peut-être que je l’ai fait sans m’en rendre compte.

      Ça sonne comme des male tears, @david2, un truc qui nous invite à te rassurer sur le fait que non on n’a pas voulu te faire du mal, c’est plutôt une adresse à ce système de merde. Et à la fin, hop, une demi-heure de temps de féministe t’aura été consacrée (plutôt qu’à autre chose). WTF ?

    • @david2 nooooon, y’a encore des bolos sur seenthis pour sortir ce genre de choses ?

      Sinon, si quelqu’un est preneuse du féminisme + lutte des classes, je suis partant !

      Tu nous fatigues avec toujours la même ritournelle gaucho anti-féministe de type « je serai pas féministe tant qu’on aura pas réglé la lutte des classes », « libérez d’abord les hommes et seulement ensuite les femmes, les enfants, la nature et ses petits icebergs suivront »
      Franchement, je te conseille de lire le livre de Mona, mais surement tu vas refuser qu’une femme te conseille. Tu y apprendrai pourtant tout ce que nous avons perdu hommes et femmes confondues dans notre dialectique au monde d’aujourd’hui et tout ce qu’il nous faut réinventer.

    • @david2 Le tutoiement et l’usage de bolos (une grande première pour moi héhé) m’ont été inspiré par les 3 lignes que tu as effacé. Il eut été préférable que tu uses avant tout du discernement que tu exprimes maintenant. Car le moins qu’on puisse dire est que cela portait à la provocation. Or tu ne sembles même pas l’admettre puisqu’il apparait qu’il aurait suffit de deviner la pensée que tu développes dans tes derniers messages. Faisant ainsi de toi une victime incomprise qui va quitter seenthis par notre outrecuidance à t’avoir bashé. (ce qui revient ici à ce qui disait @aude_v, faire de toi une victime à consoler)

      Or, j’assume parfaitement d’avoir été bête et méchante parce que tout les jours en tant que femme je subis ce genre de remarques que je ne peux plus supporter en silence. Alors certes, c’est tombé sur toi, et je m’exprime comme je peux mais on ne me fera ni taire ni culpabiliser pour autant. Et il serait dommage que tu prennes personnellement ce qui s’adressait également aux hommes qui me liront et par delà aux nombreux militants mâles gauchiste qui ont à plusieurs reprises attaqué le féminisme comme étant une lubbie de bourgeoises. Tu ne serais pas le premier à sortir ce genre de blague déplacée qui consiste à faire comprendre aux féministes ou à celles qui voudraient les rejoindre qu’elles se trompent ou qu’elles ne suivent pas la bonne voie et que seul la lutte des classes importe. Et si elles ne comprennent pas c’est qu’elles ont mal interprétées. Trop fort. Parce que tu n’es pas une femme tu n’as jamais subi ce genre d’intervention systématique qui vise à déconsidérer toute parole ou acte féministe qui ne vise pas la libération ouvrière ou la lutte des classes.


  • Quand le « manger mieux » creuse la fracture alimentaire | Slate.fr
    https://www.slate.fr/story/169200/alimentation-manger-mieux-philosophie-individualisme-inegalites-classes

    Auprès des participantes et participants, elle a constaté un effet pervers des appels à consommer bio : « Avec le débat sur le bio et les pesticides, certaines personnes utilisent cette information selon laquelle les fruits et légumes peuvent contribuer à l’apport de contaminants pour ne plus en acheter et ne plus en donner à leurs enfants. On marche un peu sur la tête. On a oublié de dire que manger des fruits et légumes qui ne sont pas bios, c’est mieux que de ne pas en manger du tout, ou en quantité trop faible. »

    Les prix élevés du bio –79% plus cher que le conventionnel pour un panier de fruits et légumes, selon une étude de 2017 de l’UFC-Que choisir– rebutent les ménages au budget serré, d’autant plus lorsqu’ils sont touchés par la précarité alimentaire, qui concerne une personne sur cinq en France, d’après un récent baromètre Ipsos-Secours populaire.

    Christophe Brusset n’en est que trop conscient : « Je viens d’un milieu ouvrier et pauvre, je sais ce que c’est que de jongler avec les fins de mois. J’ai connu ça toute ma jeunesse. » C’est pourquoi son « guide », présenté dans Et maintenant, on mange quoi ?, s’attache à montrer la voie vers les produits les « moins pires » en supermarché, sans augmenter le montant du ticket de caisse. Hors de question pour lui de « culpabiliser » les consommateurs et consommatrices : « C’est l’industrie qui est coupable, ce ne sont pas les clients. »

    #égologie #alimentation


  • @mona invitée de la grande table
    Tabalabala balabala !
    Du bûcher à #MeToo, la revanche des « sorcières » ?
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/du-bucher-a-metoo-la-revanche-des-sorcieres

    Née des cendres des bûchers, se revendiquant de cette figure mythique qu’est la sorcière, une autre forme de féminisme fait son chemin. Pour en parler, Mona Chollet, journaliste au « Monde diplomatique », auteure de « Sorcières, la puissance invaincue des femmes » (La Découverte, 2018).


  • Clouez le bec à l’#anti-féminisme !

    Que ce soit l’affreux Tonton Jacques au repas de famille, un.e collègue de travail ou un.e « ami.e » sur les réseaux sociaux, les personnes qui véhiculent un discours anti-féministe sont malheureusement nombreuses et partout. Cette résistance contre les idées féministes peut finir par réduire les féministes au silence et par empêcher des personnes intéressées de se joindre à notre mouvement. Autant de raisons de réunir nos forces avec l’Université des femmes, qui a mené un groupe de pilotage pour recueillir des expériences, témoignages et besoins de féministes, pour rédiger Clouez le bec à l’anti-féminisme ! Guide de défense verbale pour féministes.

    Trois principes étaient au centre de notre démarche : le self-care activiste ou comment prendre soin de soi pendant l’engagement dans un mouvement social, la déculpabilisation pour des situations anti-féministes vécues, le choix stratégique de notre réponse et le renforcement de nos capacités individuelles et collectives d’agir contre l’anti-féminisme. Vous y apprendrez plusieurs manières de clouer le bec aux PAF (personnes anti-féministes), de différentes formes d’argumentation, par la défense sémantique, la confrontation ou encore la fuite - en étant forte !

    Parsemé de témoignages, ce guide ne se veut ni une liste complète de toutes les situations qui pourraient arriver, ni un répertoire exhaustif de toutes les répliques possibles. C’est un point de départ, une mise en bouche, et nous espérons que vous vous en emparerez, que vous construirez des réponses qui vous conviennent... et que vous partagerez vos meilleurs réussites, par exemple via notre collection d’histoires de succès des Echappées belles.


    http://www.garance.be/spip.php?article1101
    #féminisme #guide #manuel #féminisme #défense_verbale #résistance

    • Vade-mecum à l’usage des établissements sur le #harcèlement_sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche

      Ce guide, rédigé par l’ANEF, la C.P.E.D. et le CLASCHES, a pour ambition d’accompagner les établissements d’enseignement supérieur et de recherche dans la mise en place d’actions contre le harcèlement sexuel. En complément du guide du CLASCHES paru en 2014, rédigé principalement à l’attention des victimes, ce vade-mecum s’adresse aux établissements, qui sont souvent en attente de conseils et de partage d’expériences. Il décrit des exemples de prise en charge institutionnelle des situations de harcèlement sexuel, de formations destinées à sensibiliser les différents acteurs et actrices des établissements, pour les aider à mettre en place leur propre politique, en fonction du contexte qui est le leur. Ce guide a été publié avec le soutien du M.E.N.E.S.R., de la C.D.E.F.I., la C.G.E. et la C.P.U.

      http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid113981/vade-mecum-a-l-usage-des-etablissements-sur-le-harcel

    • Votre antiféminisme, nos répliques !
      De l’humour à l’affrontement physique

      « Lors d’un dîner, d’une fête familiale ou d’une sortie amicale, des proches vous taquinent pour vous faire enrager, justifient devant vous les inégalités entre les sexes, lancent des blagues sexistes, lesbophobes ou transphobes, affirment que les féministes exagèrent et que les hommes souffrent d’une crise d’identité masculine. En somme, vous venez d’être la cible d’une attaque antiféministe dans votre vie privée. » L’antiféminisme se matérialise sous toute forme de gestes, de paroles et de comportements visant à freiner voire faire reculer les féministes dans leur lutte pour l’émancipation des femmes.

      L’R des centres de femmes du Québec et des chercheur.es de l’UQAM (Francis Dupuis-Déri, professeur au département de science politique, #Mélissa_Blais, docteure en sociologie, et Marie-Soleil Chrétien, étudiante à la maîtrise en science politique), dans le cadre du Service aux collectivités de l’UQAM, ont produit une étude visant à documenter les impacts de l’antiféminisme dans la vie des femmes, mais surtout, les stratégies qu’elles mettent en oeuvre afin d’y riposter. Les fruits de cette recherche ont été synthétisés et mis en page sous forme de guide pratique, de sorte que ces connaissances soient accessibles à toutes et puissent servir tant au niveau théorique que pratique.

      Ce projet a également été soutenu par l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM (IREF) ainsi que par le Réseau québécois en études féministes (RéQEF).

      Le guide est vendu au coût de 10$ + frais postaux.

      http://rcentres.qc.ca/2018/10/11/guide-autodefense
      (Seul le tout début du livre est disponible en libre accès)

      500 féministes au lancement du livre Votre antiféminisme, nos répliques ! (23 octobre 2018)
      http://rcentres.qc.ca/2018/10/23/300-feministes-lancement-livre-campagne

      Montréal, mercredi 24 octobre 2018 – Le lancement de l’ouvrage Votre antiféminisme, nos répliques : de l’humour à l’affrontement physique, a réuni hier, sur place (200) et en ligne (369), plus de 500 féministes, militantes et chercheuses, dans le foyer de la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau, donnant le coup d’envoi de la Campagne Donne-toi de l’air !, destinée à faire connaître les centres de femmes du Québec.

      Voir la captation en Facebook Live (Début vers 7 min).
      https://www.facebook.com/LRdesCentresDeFemmesQc/videos/181349066109018

      #antiféminisme #Québec

    • J’ai la chance d’avoir une copie de la brochure de Garance, c’est pas mal. J’avais aussi participé à une brochure plus roots autour de l’auto-défense verbale. Plus que l’auto-défense physique, c’est l’auto-défense verbale qui est le plus souvent sollicitée. D’ailleurs souvent les formations en auto-défense articulent les deux (avec l’art de la fuite). Les mots font mal et on a du mal à réagir de manière à la fois satisfaisante ET safe, c’est un vrai travail que de se former aux agressions verbales, de la saleté anti-féministe à l’insulte ou à la menace...

    • J’ai vu hier ce court métrage colombien sur le harcèlement de rue. L’équipe du film est proche d’assos anti-harcèlement et considèrent que c’est toute forme de réification et sexualisation du corps des gens et montrent que cette violence peut aussi être pratiquée par des femmes (moqueries sur le corps ou l’apparence physique), au milieu d’un tas de remarques masculines désobligeantes. Le personnage, de couleur orange, est marqué par les taches de la couleur des personnages qui l’agressent tout au long de la journée. Le soir, elle crie sa colère et le lendemain les agressions ne la touchent plus, elle y est devenue imperméable. Se protéger, ce serait déjà devenir moins perméable.

      J’ai été traitée de « sale pute, va » mercredi par un monsieur bien mis sans accent dans une grosse voiture immatriculée dans les Pyrénées orientales, ça m’a aussi touchée que de me faire traiter de « caca boudin » par un gosse et je pense qu’il a plus honte que moi aujourd’hui mais quand même, ça contribue à une fatigue de la vie sociale...

      Naranja – Cortometrajes Colombianos
      http://www.cinecorto.co/naranja

      Naranja es una mujer que vive diariamente el acoso; la sexualización, calificación y objetualización de su cuerpo se ve reflejado en las manchas que estas violencias van dejando en ella. Naranja tendrá que reaccionar antes de que estas manchas la consuman.


  • Woman charged with pretending to practice witchcraft after allegedly bilking man out of $600K | CTV News
    https://www.ctvnews.ca/canada/woman-charged-with-pretending-to-practice-witchcraft-after-allegedly-bilking

    A Toronto woman has been charged with fraud and pretending to practice witchcraft after she allegedly convinced a man that he needed to sell his house and transfer the money to her account in order to get rid of evil spirits.

    York region police say the 67-year-old victim met with a psychic who used the name Evanna approximately five years ago. “Evanna” allegedly convinced the man that in order to get rid of evil spirits in his home, he had to sell the house and transfer the money to her account, where it would remain until the spirits were gone.

    Police said the money was never returned and the victim was asked for another $6,000, which the psychic said she would burn in order to ward off the evil spirits.

    The man sold his car and used his credit cards in order to meet her demands. He lost more than $600,000 in the alleged scheme, police said.

    Following a nearly year-long investigation, police have charged 27-year-old Samantha Stevenson with pretending to practice witchcraft, fraud over $5,000 and possession of property obtained by crime.

    Police say Stevenson used the alias Evanna Lopez.

    Witchcraft is among the antiquated offences that the federal government plans to remove from the Criminal Code. That legislation is currently before a House of Commons committee.

    cc @mona


  • Sorcières - Mon blog sur l’écologie politique
    http://blog.ecologie-politique.eu/post/Sorcieres

    Ici Mona Chollet rejoint cette inspiration féministe dont je parlais plus tôt et que l’éditrice Isabelle Cambourakis a elle aussi placée sous le matronage des sorcières, en intitulant ainsi une belle collection d’écrits féministes cités ici, parfois d’inspiration directement écologiste (notamment dans le recueil Reclaim coordonné par Émilie Hache), parfois moins directement (Sorcières, sages-femmes et infirmières de Barbara Ehrenreich et Deirdre English). Qu’importe car l’essentiel, quand il est question d’écologie, n’est peut-être pas de causer de réalités naturelles comme le climat ou les sols mais d’oser questionner cette ambition de connaître la nature pour l’exploiter ou la contrôler, la modéliser, la compenser sans jamais mettre sérieusement en question la manière folle dont nous vivons, le mal que nous faisons à nous-mêmes, aux bêtes et aux plantes. En ça, Sorcières peut être lu comme un livre féministe ET écologiste.

    • Je vais profiter de cet espace pour parler un peu de mon vécu de meuf (comme le fait @mona dans le livre, parce que nous acceptons que notre réflexion soit ancrée dans une expérience et ne constitue pas seulement une suite d’éclairs sur des sujets abstraits) dans des milieux très masculins, les revues politiques et les milieux technocritiques, soit l’avant-garde de l’écologie. À la parution de Beauté fatale, j’ai publié une chronique du livre dans la revue écolo que j’animais à l’époque avec (ou malgré) un groupe d’hommes parmi lesquels un intendant de lycée qui nous servait de lumière et éclairait nos débats sans jamais bouger un doigt pour assurer… l’intendance de notre entreprise commune. Beauté fatale était un peu en décalage avec nos sujets, anti-industriels et écologistes, et j’ai publié sur mon blog nombre de chroniques de livres que je n’ai pas proposées à la revue mais celle-ci, sans savoir trop pourquoi, j’y tenais. Cela m’a valu, de la part de l’intendant, de sévères critiques quand la revue est arrivée dans sa boîte aux lettres : pourquoi donc abordais-je dans ma chronique la question de l’insécurité des femmes et de son exploitation par les hommes ? Cette question ne figurait pas dans le livre. Croyait-il. Je lui ai répondu que ma lecture était plus riche que la sienne parce que le texte faisait écho à une expérience que l’autrice et moi avions en commun, expérience dans laquelle le sentiment d’être malcomprenante ou incompétente, la peur d’être dénigrée ou simplement non validée, était plus communes que dans la sienne. Il m’a accusée d’« essentialisme », comme la trentaine de fois précédentes où j’ai eu l’outrecuidance de le renvoyer à son ignorance de tout ce que ça implique, d’être femme et perçue comme telle dans une société sexiste. Plus tard j’ai même eu droit à "androphobe". J’ai mis un temps fou à comprendre que mon contradicteur, qui se définissait non pas comme proféministe mais comme féministe à part entière, qui avait suivi un séminaire universitaire sur le genre qui lui servait d’argument d’autorité, qui bien qu’hétéro et prêt à tout pour s’assurer une béquille féminine (compagne ou amie, l’important était d’être à son service) expliquait à qui acceptait de l’écouter combien la pensée queer avait périmé la pensée féministe, qui bien sûr adooorait Mona et allait l’écouter, peut-être la remercier entre quatre yeux aux présentations de bouquin, que cette sombre caricature de réappropriation d’un mouvement aussi vital pour nous que le féminisme ne m’utilisait pas comme contradictrice mais comme réceptacle de son discours. Un genre de sparring partner pour avoir l’impression de ne pas bavasser en face d’un miroir.

      Il n’était pas le seul avec cette fascination douteuse : d’autres hommes dans la revue ont chroniqué le livre Faiseuses d’histoires d’Isabelle Stengers et Vinciane Despret (qui s’attache lui aussi à valoriser la manière qu’ont les femmes de comprendre et de parler du monde) ou coordonné un dossier sur les sorcières dans lequel une seule contributrice a été sollicitée pour cinq ou six mâles mieux placés pour parler de la prétention à la rationalité de nos sociétés, dans lesquelles l’irrationnel revient sous d’autres formes, aimables ou franchement inquiétantes. Cet engouement pour des écrits féministes n’a jamais changé la qualité de nos échanges, le manque d’empathie, la montée en abstraction, la compétition pour épater les autres, l’ambiance moqueuse et surtout la spécialisation des tâches (intendance et mise en œuvre féminines, pensée et conception masculines), soit un environnement toxique, alors que nous prétendions dénoncer cette toxicité, montrer d’où elle venait pour tenter de penser et vivre autrement que ça. Il en faudra, des ouvrages féministes, des sorts et des potions pour apprendre à se protéger et forcer les hommes à nous respecter, nous et pas seulement nos jolies idées.

    • J’ai lu le bouquin en six heures (plus une pause douche-brunch), ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un bouquin par jour. (J’ai plus Internet à la maison, c’était le but.)

      J’ai failli pleurer en lisant l’extrait de la préface de Gloria Steinem, sa rencontre avec un médecin qui lui a permis de vivre sa vie comme elle l’entendait et non pas comme lui avait décidé.

      Voilà, je me demandais si j’avais loupé un truc depuis que @monolecte disait qu’elle était en train de le lire. Vous en avez discuté quelque part ?



  • La Poudre – Nouvelles Écoutes
    http://www.nouvellesecoutes.fr/la-poudre

    Hier dans le métro, une passagère en face de moi lit. Une autre lui adresse la parole, quelle coïncidence, elle vient d’écouter l’interview de cette autrice qu’elle connaissait déjà un peu. Je regarde le bouquin, curieuse, et il s’agit de @chezsoi de @mona. Je me joins à la conversation, il est question de sorcières, de femmes indépendantes et de belles lectures (je recommande le dernier Strömquist, que je viens de lire). Nous descendons toutes les trois à Charenton-Écoles, j’ai de super voisines !

    Le podcast en question est ici quelque part.


  • Nadia Murad et son Prix Nobel : la paix pour les Yazidis et la mort pour les Palestiniens ? Par Al-Quds Al-Arabi - Actuarabe
    http://actuarabe.com/nadia-murad-et-son-prix-nobel-la-paix-pour-les-yazidis-et-la-mort-pour-le

    Il faut croire que c’est son point de vue « impartial » envers les conflits au Moyen-Orient et sa « défense de tous les opprimés » qui ont poussé Nadia Murad à se rendre en Israël pour s’entretenir avec des membres de la Knesset sur les persécutions et meurtres dont étaient victimes « son peuple ». Elle a fait part de sa « grande joie » d’être en Israël et a considéré que « ce pays qui a connu l’holocauste comprend les crimes commis par Daech contre le peuple yazidi et de nombreuses minorités en Irak et en Syrie ».


  • Le « secret des affaires » est invoqué pour la première fois, au profit d’un labo pharmaceutique
    https://www.bastamag.net/Le-secret-des-affaires-est-invoque-pour-la-premiere-fois-au-profit-d-un-la

    C’est la première invocation officielle du « secret des affaires », adopté cet été par la majorité parlementaire malgré les critiques de la société civile. Cette invocation n’émane pas directement d’une entreprise privée mais d’une agence publique : l’Agence du médicament refuse de rendre publique l’autorisation de mise sur le marché de la nouvelle formule du Levothyrox fabriqué par le laboratoire Merck. Il y a un peu plus d’un an, le laboratoire pharmaceutique Merck met discrètement en vente une nouvelle (...)

    En bref

    / #Multinationales, #Justice, Surveillance, fichage, censure : la démocratie en danger ?, Démocratie !, (...)

    #Surveillance,fichage,_censure:la_démocratie_en_danger ? #Démocratie_ ! #Santé_


  • 14 novembre 2002 : La documentariste Amandine Gay accède à son dossier d’enfant née sous X
    dimanche 30 septembre 2018

    https://www.franceinter.fr/emissions/une-journee-particuliere/une-journee-particuliere-30-septembre-2018


    http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/17869-30.09.2018-ITEMA_21831706-0.mp3?track=false

    Amandine Gay, est noire adoptée par des parents blancs d’origine ouvrière. Une mère institutrice, un père cantonnier. Ils l’ont aidée à construire son identité noire : la couleur de sa peau n’est pas un sujet tabou. Sa poupée est noire, et le dimanche, toute la famille va à la messe de la communauté guadeloupéenne.

    L’année 2002, c’est aussi l’entrée à Sciences Po Lyon. Une fierté pour son père. Mais pour elle, des années difficiles durant lesquelles, elle ne s’est jamais sentie aussi différente des autres, à cause de sa couleur et de son milieu social. Depuis cette époque, Amandine Gay se revendique afro-féministe. Femme et noire, et donc au cœur de trois discriminations : la race, la classe sociale et le genre.

    Sur ce thème, la documentariste tourne son premier film : « Ouvrir la voix » en 2016. 24 femmes noires francophones y prennent la parole à propos du regard des autres, de l’intime...

    Elles répondent à un questionnaire bâti sur mes propres interrogations depuis l’enfance.

    Car pour Amandine Gay , la revendication des féministes des années 70 - « Le privé est politique » - est toujours d’actualité. Et de la même façon qu’elle a donné la parole aux femmes noires, elle cherche aujourd’hui à la donner aux personnes adoptées. Car la question raciale et migratoire se pose pour beaucoup d’entre elles.

    En France, les adoptés sont Français mais ont la couleur des migrants

    Ils figurent l’altérité mais ne l’incarnent pas puisque le lien est rompu avec leur pays d’origine.

    Pourquoi l’Etat impose-t-il cet effacement et cette rupture totale des liens de filiations avec la famille biologique ? Pourquoi être adopté et donc devenir Français c’est obligatoirement abandonner ses origines et ses particularismes ? Une logique assimilationniste qui ne peut concevoir la coexistence de plusieurs identités et appartenance culturelles et affectives.


  • Plastique : la grande intox
    https://www.youtube.com/watch?v=wZT3drAYIzo

    Dans le monde, dix tonnes de plastique sont produites chaque seconde. Un dixième finit dans les océans, laissant présager qu’en 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans la mer. Face à ces chiffres effarants, Elise Lucet et son équipe partent explorer ce « continent plastique » qui ne cesse de grandir. Les responsables ? Les grands marques qui s’acharnent à développer une addiction à cette matière. Pour éviter d’endosser la responsabilité de la pollution, certains industriels ont trouvé la parade : la mettre sur les épaules des consommateurs. Enquête sur les stratégies secrètes de l’un des géants mondiaux des sodas et les promesses de recyclage des emballages. Source : Cash (...)


  • Les miraculés d’Azerailles, unis par la foudre qui ne les a pas tués
    https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2018/09/21/les-miracules-d-azerailles-unis-par-la-foudre-qui-ne-les-a-pas-tues-fascinen

    La vingtaine de personnes frappées simultanément par la foudre le 2 septembre 2017 en Meurthe-et-Moselle sont un groupe uni et un échantillon précieux pour la recherche.

    Ce samedi-là, rien n’annonce le drame. L’air est léger et le soleil brille sur Azerailles, village de huit cents habitants en Meurthe-et-Moselle. C’est le week-end du festival de musique Le Vieux Canal. Dans l’après-midi, des amoureux de la nature se sont donné rendez-vous sur un « espace naturel sensible ».

    Au choix, atelier sur les plantes sauvages comestibles sous un petit chapiteau, ou balade contée le long de la Meurthe. Ce 2 septembre 2017, chacun découvre donc cette zone marécageuse avec tritons et azurés des paluds, un papillon dont la chenille se fait passer pour une fourmi afin de mieux squatter les fourmilières. La nature est étonnante. Personne n’imagine encore à quel point.

    « S’IL N’Y A PAS EU DE MACCHABÉE, C’EST PARCE QUE NOUS NOUS SOMMES PARTAGÉ LA DÉCHARGE. » HERBERT ERNST, JOURNALISTE FULGURÉ EN PLEIN REPORTAGE

    Il est un peu moins de 16 heures quand la pluie se met à tomber dru. Tout le monde fonce sous la tente. Un énorme bruit retentit. Un responsable pense à un attentat. Un enfant crie, un autre pleure. Plusieurs personnes tombent à terre, inanimées.

    Au pied d’un aulne, la broussaille prend feu. La foudre vient de tomber. « Francis, c’est la guerre, on a plusieurs blessés », téléphone un pompier du village à son supérieur. Une soixantaine de ses collègues débarquent, ainsi qu’une trentaine de gendarmes. Une zone d’atterrissage pour hélicoptère est même improvisée en cas de besoin.

    Au total, quatorze blessés, dont deux graves, sont évacués vers les hôpitaux de Lunéville, Saint-Dié et Nancy. Les concerts du soir sont annulés. Par un miracle que nul n’explique, la mort, qui faisait ce jour-là plusieurs millions de volts, n’a emporté personne.

    Liés à jamais

    Un an plus tard, les rescapés du 2 septembre forment un groupe unique, fascinant et mystérieux. Ils sont une vingtaine, en comptant ceux qui n’ont pas été hospitalisés. On les appelle des fulgurés. Les foudroyés meurent, les fulgurés survivent.

    Certains souffrent encore de séquelles importantes. D’autres se portent bien. Beaucoup expliquent devoir leur vie à leur nombre. C’est la thèse d’Herbert Ernst, correspondant local de L’Est républicain, fulguré en plein reportage.

    « S’il n’y a pas eu de macchabée, pense-t-il, c’est parce que nous nous sommes partagé la décharge. Cette explication n’est peut-être pas vraie, mais je m’en fiche, c’est notre ciment. Quand on se retrouve, c’est difficile à expliquer, c’est comme faire un plein d’émotion. »

    « JE FAISAIS DES MULTIPLICATIONS DE TROIS CHIFFRES PAR TROIS CHIFFRES, EN MÊME TEMPS JE FREDONNAIS DES AIRS ET PENSAIS À L’ORGANISATION DU QUOTIDIEN. » RAPHAËLLE MANCEAU, FULGURÉE

    En un an, ils se sont réunis trois fois. Liés à jamais, les fulgurés d’Azerailles suscitent aussi un fort intérêt scientifique. Pour la première fois en France, un médecin peut observer sur un large groupe les effets de l’électricité naturelle, mal connus. Dans un contexte de changement climatique et de multiplication des orages, l’enjeu est particulièrement intéressant.

    Solidaires lors de l’impact, plusieurs victimes le sont restées ensuite, comme les deux plus atteintes : Raphaëlle Manceau, 46 ans, et Jocelyne Chapelle, 66 ans, qui ne se connaissaient pas avant l’accident.

    Passionnée de randonnées, Jocelyne Chapelle a cru que la foudre lui avait fait perdre l’usage de ses jambes. Sur le coup, elle a éprouvé une vive douleur dans le dos, s’est figée, puis a perdu connaissance. Elle aurait même été en arrêt cardiaque : un organisateur du festival ne trouvait pas son pouls et lui a fait un rapide massage. Quand elle a repris ses esprits, la sexagénaire ne sentait plus ses jambes.

    En sortant de l’hôpital deux jours plus tard, elle les bougeait mais sans pouvoir les plier. Des mois durant, elle a souffert de crises exténuantes pendant lesquelles son corps était comme secoué par d’intenses décharges électriques.

    Pendant plusieurs semaines après l’accident, Jocelyne Chapelle a cru avoir perdu l’usage de ses jambes. Passionnée de randonnée, elle récupère peu à peu ses capacités.
    Cette retraitée des pompes funèbres de Baccarat s’est alors fixé un défi : marcher coûte que coûte. A force d’entraînements quotidiens, elle y est parvenue en février. Puis en mai, victoire, elle a réalisé sa première randonnée de huit kilomètres.

    Désormais, elle atteint les douze et en vise vingt. « Raphaëlle est venue me voir un mois après le coup de foudre et on s’est beaucoup téléphoné, raconte-t-elle. On s’aidait à supporter les moments difficiles. »

    Capacités cérébrales augmentées

    Un besoin de soutien d’autant plus fort que le manque de reconnaissance est total. Beaucoup de médecins semblent perdus. Son assurance, elle, a refusé de financer une aide à domicile, quand elle ne pouvait plus se déplacer : avoir été fulguré n’est pas un motif valable.

    De son côté, Raphaëlle Manceau n’était guère mieux lotie. Dans sa grande maison de rondins, au milieu des épicéas et des bouleaux, à Saint-Dié, dans les Vosges, elle explique avoir dû changer son rythme de femme suractive.

    Professeure des écoles, elle est en arrêt longue maladie. Elle, ce ne sont pas ses jambes mais son cerveau qui a été touché. Lors du coup de foudre, elle a perdu connaissance. Les semaines suivantes, elle a souffert de forte fatigue et de maux « insupportables » à la tête et aux pieds, zones de passage de la décharge.

    « La foudre est sortie par cinq points sur un pied, et sept sur l’autre, témoigne-t-elle devant un sirop de menthe maison. Ça faisait des taches noires, comme des verrues. » Chose étonnante, elle a bénéficié de capacités augmentées.

    « Je faisais des multiplications de trois chiffres par trois chiffres, en même temps je fredonnais des airs et pensais à l’organisation du quotidien », se souvient-elle. Mais ses « superpouvoirs » ont duré à peine plus d’un mois.

    Elle a également changé de comportement. Déjà très sociable et enjouée, elle abordait des inconnus dans la rue pour un brin de causette, « attirée comme un aimant ». Puis, au bout d’un mois et d’un jour, elle a perdu la parole. Elle ne trouvait plus ses mots, s’exprimait de façon très lente.

    Spécialiste des enfants en difficulté, elle a découvert qu’elle aussi était devenue dysgraphique, dysorthographique, dyspraxique (soucis de coordination)… Elle a alors multiplié les séances de kiné et d’orthophonie puis, au bout de trois mois, a commencé à mieux parler.

    Aujourd’hui, c’est quasiment parfait. Mais, surprise, elle a attrapé l’accent alsacien. Elle a certes habité quelques années de l’autre côté des Vosges, mais certifie que jamais elle ne s’est exprimée ainsi. « Selon l’orthophoniste, ça me permet de faire traîner certaines syllabes et de réfléchir aux mots que je dois utiliser. »

    Elle a beaucoup de mal à apprendre par cœur. En revanche, elle retrouve des souvenirs d’enfance oubliés. Enfin, elle souffre d’acouphènes et de fatigue intense. Parfois, en revenant de courses, elle doit se garer en urgence sur le bord de la route et dort… trois heures. « J’ai fini par accepter de ne plus être tout à fait moi », glisse-t-elle.

    30 000 degrés sur le crâne

    Pendant un an, Raphaëlle Manceau a échangé avec deux autre fulgurés habitant également Saint-Dié, Lilian Gérard et Anne Chrisment. Tous trois étaient déjà amis lors de l’ère pré-électricité. Grand barbu aux yeux verts, Lilian Gérard, 47 ans, est conteur et chanteur.

    C’est lui qui organisait la balade au bord de la Meurthe. Il est aussi un peu le patient zéro, le premier à avoir été touché. Lors du choc, il a senti une pression sur ses épaules, qui l’a poussé à terre. Dans sa jolie ferme vosgienne rénovée, il nous montre le chapeau de cuir pointu qu’il portait ce jour-là.

    Tombée sur la cime de l’arbre, puis sur une barre en aluminium du barnum, la foudre a ensuite percé son couvre-chef humide. La trace est petite comme un trou d’aiguille. Mais sur son crâne, la brûlure était grosse comme une pièce de 2 euros.

    « J’AI DES PEURS, MAIS PAS QUE DE L’ORAGE, DE TOUTES LES SITUATIONS OÙ JE PEUX MOURIR. COMME LE SOLEIL QUI S’ÉCRASE SUR LA TERRE. OU QUELQU’UN QUI RENTRE DANS LA MAISON, CROIT QUE J’AI APPELÉ LA POLICE ET ME TUE. J’Y PENSE TOUS LES SOIRS, AVANT DE DORMIR. » QUENTIN, 9 ANS

    Un coup de foudre, c’est 30 000 degrés. « Ça sentait le cochon grillé, paraît-il », raconte Lilian Gérard. Il poursuit au présent, comme s’il y était encore : « Je ne sais plus qui je suis. Je ne retrouve plus le nom de mes enfants ni de ma compagne, je ne me souviens pas de leur visage, juste de celui de ma mère. Je me dis que si je suis amnésique, j’ai perdu mon métier. Je suis vraiment en panique, mais je ne le montre pas. »

    La mémoire lui est revenue à la caserne des pompiers. Il sentait un courant continu dans sa joue, a souffert de maux de tête et, deux jours durant, d’une arythmie cardiaque. Longtemps, il a été essoufflé et très fatigué : « Je travaillais deux heures et dormais le reste de la journée. »

    Aujourd’hui, surtout par temps chaud, il souffre encore de forts maux de tête et de nausées qui le font dormir trois jours d’affilée, ainsi que de problèmes de concentration. Mais il ne s’attarde pas sur ses symptômes, préfère en rire. Lors des premières retrouvailles des fulgurés en octobre 2017, il a même concocté un spectacle humoristique : Paratonnerre. Sa façon d’exorciser l’accident.

    Stress post-traumatique

    Raphaëlle Manceau a souvent pris des nouvelles de ce voisin troubadour, et réciproquement. Mais c’est avec son amie Anne, plus réservée, qu’elle a partagé « ses hauts et ses bas ». Elles ont même instauré les « mardis papotes ». Anne Chrisment, 47 ans, a juste souffert de fourmillements dans le bras gauche. Pourtant, elle aussi a eu besoin de cette bouée hebdomadaire.

    Car même les moins atteints physiquement n’en sont pas sortis indemnes. Anne Chrisment a tout vu, tout entendu : la détonation, « la boule transparente qui grossissait », son amie à terre… Depuis, elle craint les orages et réfléchit au sens de la vie plus que jamais.

    Cette scientifique venait de suivre une formation en expertise comptable. Le choc l’a poussée à réaliser que ce n’était pas pour elle : « Pas assez humain. » Depuis un an, « pour relativiser », elle fait tous les jours du yoga et de la sophrologie, parfois de la méditation.

    Bien que légèrement blessée, ce « coup de foudre » a déclenché chez Anne Chrisment une prise de conscience : « J’ai arrêté d’être en pilotage automatique. Je me dis : “T’es en vie, profite.” »
    « J’ai arrêté d’être en pilotage automatique, explique-t-elle dans son salon, en resservant du thé vert. Je me dis : “T’es en vie, profite, demain, tu seras peut-être dans une moins bonne posture.” Je peux avoir déclenché des problèmes de santé, sans qu’ils apparaissent encore. » Et voilà, cachée sous le tapis de yoga, l’angoisse malgré tout.

    Elle n’est pas la seule. Dans sa maison d’Azerailles, Jean-Luc Mellé, artisan serrurier, raconte souffrir de problèmes de vue. Mais on le sent nerveux. Il finit par avouer ne plus dormir que cinq heures par nuit.

    Quentin, 9 ans, fait, lui, partie des quatre enfants présents le 2 septembre. Touché à la main et au bras, mais sans séquelles physiques, il confie : « J’ai des peurs, mais pas que de l’orage, de toutes les situations où je peux mourir. Comme le soleil qui s’écrase sur la terre. Ou quelqu’un qui rentre dans la maison, croit que j’ai appelé la police et me tue. J’y pense tous les soirs, avant de dormir. »

    Plusieurs fulgurés souffrent de stress post-traumatique. Sans oublier ceux qui cherchent un sens à l’histoire : pourquoi moi, pourquoi ce sursis, quel est le message ? Consciemment ou non, personne n’échappe à la mythologie de la foudre.

    Cobayes rares

    Angoissés ou sereins, avec ou sans séquelles, toutes les victimes ont accepté de devenir des cobayes, au nom du progrès de la science. Interne en médecine aux urgences d’Aurillac, Rémi Foussat lancera un protocole de recherche d’ici à la fin de l’année. Juste après avoir passé sa thèse sur les troubles neurologiques chez les fulgurés.

    En France, la foudre touche une petite centaine de personnes par an, recensées par le SAMU, et « de 200 à 500 personnes en tout, selon des estimations floues », dit-il. Parmi elles, de 10 % à 15 % décèdent. Avec le chef des urgences d’Aurillac, Laurent Caumon, il compte d’ailleurs créer un réseau régional de recensement des victimes de la foudre.

    Mais les fulgurations collectives, qui permettent de comprendre les variantes entre individus, sont rarissimes. « Les troubles du groupe d’Azerailles sont assez représentatifs, constate l’interne. Ils sont de trois types : transitoires, prolongés et retardés. Ces derniers se déclenchent trois semaines à six mois après l’accident. Au bout d’un an, il y a donc peu de risque que de nouveaux troubles apparaissent. » Anne Chrisment devrait être rassurée.

    « NOUS AVONS UNE CONNAISSANCE NULLE DE LA FAÇON DONT PASSE LE COURANT SUR UN ORGANISME VIVANT. » MARIE-AGNÈS COURTY, GÉOLOGUE AU CNRS

    Il a été bien plus étonné par l’hyperactivité cérébrale de deux victimes, « symptôme très rarement décrit ». Quant à la thèse du partage de la décharge qui aurait sauvé tout le monde, il ne la retient pas : « Trop simpliste, juge-t-il. Le coup de foudre est si puissant que le diviser ne change pas grand-chose. » Mais il n’a pas d’explication.

    Rémi Foussat va traquer chez ces survivants des marqueurs invisibles de la foudre. Il va tenter de déceler dans leur corps des nanocomposites, soit un assemblage de nanoparticules métalliques, végétales ou cristallines. Grâce à cette mise en évidence, il espère mieux comprendre les lésions d’un courant électrique sur les nerfs, afin d’expliquer, entre autres, les troubles retardés.

    En France, la spécialiste du sujet s’appelle Marie-Agnès Courty. Géologue au CNRS à Perpignan, elle a découvert que les nanocomposites permettent de tracer les effets du passage d’un courant électrique sur un organisme vivant, un sol ou tous types de surfaces.

    « Une fulguration entraîne la production considérable de nanocomposites sur le moment et dans les mois qui suivent, expose-t-elle. L’étude de Rémi Foussat représente un enjeu important car nous avons une connaissance nulle de la façon dont passe le courant sur un organisme vivant. »

    Ces recherches en entraîneront d’autres plus larges, espère-t-elle : « Montrer le fort impact de la foudre sur la santé incitera à explorer le lien entre les nanoparticules produites par les décharges électriques dans l’atmosphère et le climat. » Les fulgurés œuvrent donc pour la planète.

    « CELA FAIT TRENTE ANS QUE J’HABITE ICI, J’AI VU LA FOUDRE TOMBER À CET ENDROIT AU MOINS UNE TRENTAINE DE FOIS. » FRANCIS MUNIER, LIEUTENANT POMPIER

    Samedi 8 septembre. Ils sont tous venus à Azerailles, hormis les enfants. Petit discours, déjeuner… La maire, Rose-Marie Falque, dont la voix se casse encore quand elle raconte l’événement, a marqué le coup pour l’anniversaire du drame. Elle sait que les fulgurés n’attendent que ça, pouvoir échanger encore une fois.

    Le ciel est tout bleu. « Comme il y a un an », note Raphaëlle Manceau. De retour pour la première fois au pied de l’arbre, elle avoue ne pas se sentir très à l’aise. A côté d’elle, un couple craque. Carole Gérard et Christian Jeandel se sont vus mourir l’un l’autre, il y a un an.

    « Un petit miracle »

    Nathalie Obrecht, l’animatrice de l’atelier de plantes sauvages comestibles, est présente aussi. « C’est la joubarbe qui protège de la foudre », lance-t-elle. Ça fait un flop. Elle seule a été épargnée par la décharge. A cause de ses pieds plus secs ? Mystère.

    Certains blaguent, l’appellent « la sorcière ». C’est elle qui a décidé de l’emplacement du barnum, « à l’ombre ». Mauvais choix, selon le lieutenant pompier Francis Munier, dont la maison fait face au lieu où se dressait la tente : « Cela fait trente ans que j’habite ici, j’ai vu la foudre tomber à cet endroit au moins une trentaine de fois. »

    Nathalie Obrecht s’est sentie responsable : « Mais personne ne m’en a voulu. C’est la nature, il faut l’accepter, on ne maîtrise pas tout. » L’aventure, elle l’a vécue comme les autres : « Je me sens solidaire du groupe. Ce qui nous lie, c’est un petit miracle. On est comme soudés. » Soudés à vie par quelques millisecondes d’électricité tombée du ciel.

    #fulguré