• Une réaction en chaîne irréversible pourrait transformer la Terre en étuve
    https://www.20minutes.fr/planete/2318199-20180807-reaction-chaine-irreversible-pourrait-transformer-terre-e

    Notre planète fonce vers un point de rupture qui déboucherait sur un scénario catastrophe irréversible. C’est l’avertissement lancé par des chercheurs internationaux dans une nouvelle étude sur le climat, publiée lundi dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PDF). Selon eux, un effet domino pourrait transformer la Terre en étuve d’ici quelques décennies, même si l’humanité parvient à limiter la hausse des températures à 2°C par rapport aux niveaux préindustriels – l’objectif fixé par l’Accord de Paris.

    Si les calottes polaires continuent de fondre, les forêts d’être décimées et les émissions de gaz à effet de serre de battre chaque année des records, la Terre va franchir un point de rupture, concluent des chercheurs de l’université de Copenhague, de l’Université nationale australienne et de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique en Allemagne.

    Une réaction en chaîne en trois temps

    Les chercheurs ont identifié une dizaine de facteurs de risques interconnectés qui pourraient provoquer une réaction en chaîne en trois temps. Avec des puits de carbone affaiblis, des forêts qui rétrécissent et une hausse des températures comprises entre 1 et 3°C, la calotte glaciaire recouvrant la terre de l’Antarctique ouest et du Groenland, les glaciers des Alpes et la Grande barrière de corail seraient les premiers menacés.

    « Quand un seuil critique est atteint, le processus de réactions s’auto-entretient », note l’étude. La machine s’emballerait alors jusqu’à une hausse des températures de 5°C, menaçant l’Antarctique Est et le méthane et le CO2 emprisonnés dans le permafrost, sol censé être gelé en permanence en Russie ou au Canada, correspond à environ 15 années d’émissions humaines.

    Une hausse du niveau de la mer de 25 mètres

    Les conséquences seraient dévastatrices. La fonte des glaces de l’Antarctique Ouest et du Groenland conduirait à une hausse du niveau de la mer de 13 mètres. La calotte de l’Antarctique Est, plus sensible au réchauffement qu’estimé précédemment, représente 12 mètres potentiels supplémentaires. Deux-tiers des mégalopoles sont installées moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, tout comme les plaines agricoles qui les nourrissent.

    #climat #capitalocène #submersion


  • Documenting Trump’s Abuse of Women | The New Yorker
    https://www.newyorker.com/magazine/2016/10/24/documenting-trumps-abuse-of-women

    Aussi signalé par @mona je crois

    When the news broke that Donald Trump had been caught on video in 2005 boasting that, as a celebrity, he feels free to “grab” women “by the pussy,” Harry Hurt III experienced a sense of vindication. In 1993, Hurt published “Lost Tycoon: The Many Lives of Donald J. Trump,” an unauthorized biography that has long been out of print. The day the tape surfaced, he was hitting golf balls at a driving range in Sagaponack, New York, when a text message arrived from a friend: “Donald is done!”

    After Hurt watched the tape, he said, “I thought, Finally, this behavior is coming out.” But he doubted that the revelation would do any real damage to Trump’s campaign. Researching his book, in the early nineties, Hurt discovered and documented more serious instances of Trump’s mistreatment of women, yet most news outlets had declined to report on them. Even during the current campaign, Hurt said, “I’ve been a voice in the wilderness.”

    #trump #culture_du_viol


  • L’assistanat des riches nous coûte un « pognon de dingue » ! Jean Gadrey, Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/jean-gadrey/lassistanat-riches-coute-un-pognon-de-dingue/00085130

    L’aide sociale et les minima sociaux coûtent environ 70 milliards d’euros par an aux finances publiques, soit 3 % du produit intérieur brut (PIB). Ces prestations contribuent de façon décisive à réduire la pauvreté et les inégalités.

    Face à cela, le coût de « l’assistance aux plus riches » pourrait être de l’ordre de 150 milliards d’euros par an hors fraude et évasion fiscales, et de l’ordre de 250 à 300 milliards au moins en incluant ces deux derniers coûts, comme le développait un billet de blog récent. Avec comme impact certain un creusement des inégalités et en particulier un enrichissement devenu indécent des très riches : les 500 individus les plus riches gagnent en moyenne 1 670 fois plus que la moyenne des plus pauvres. Je précise : 1 670 fois plus, après impôts.

    Le coût de « l’assistance aux plus riches » pourrait être de l’ordre de 150 milliards d’euros par an hors fraude et évasion fiscales Twitter

    On peut retenir trois grands postes de « cadeaux » aux plus riches. Chacun d’eux a été développé et amplifié par étapes depuis le milieu des années 1980. C’est aussi depuis ce moment que les inégalités, qui avaient nettement reculé depuis 1900 et au cours des « Trente Glorieuses », ont repris une tendance à la hausse. Cette dernière s’est certes avérée moins forte qu’aux Etats-Unis, mais elle est néanmoins nette, comme l’indique entre autres constats l’évolution de la part du revenu des ménages « accaparée » par les 1 % les plus riches :

    Niches fiscales et niches sociales
    Une fiscalité de plus en plus douce
    Fraude et évasion fiscale, 100 à 150 milliards par an

    #inégalités #riches #assistanat


  • Rhône | Des étudiants d’EM Lyon fichaient les filles de leur école
    https://www.leprogres.fr/rhone-69/2018/08/02/des-etudiants-d-em-lyon-fichaient-les-filles-de-leur-ecole

    Sur le mur d’un groupe #Facebook privé animé par des #étudiants de l’#EM_Lyon, environ 120 étudiantes de la même école de #commerce sont jugées, #évaluées et même #notées (de 2 à 17) sur leur apparence physique. Les yeux, les sourcils, la bouche et le reste… Dans de nombreux cas, il est également précisé si les filles sont “maquées” ou non.

    Le groupe, créé en juin 2017, ouvert par des étudiants à leurs camarades (#mâles) sur invitation, s’appelle “Mur pipos 2k17”. Le mot pipos faisant ici plus sûrement référence en argot à la verge masculine qu’aux étudiants de Polytechnique ou de Sciences politiques.

    Les étudiants de la sélective école de commerce, basée à Ecully, s’ennuieraient-ils entre leurs cours ? Sans aucun doute, il a fallu du temps pour construire et remplir ce tableau partagé aux “pipos” (les membres). Il s’agit d’« un véritable processus d’enquête, trop sérieux pour rester du domaine de la plaisanterie », comme le relève un étudiant de l’EM sous couvert d’anonymat. Au total, figurent les noms de plus de 450 jeunes femmes de 17 à 23 ans. La date de naissance étant indiquée pour la moitié d’entre elles. 

    C’est une autre colonne, titrée “#stalking ” qui contient le lien vers le profil Facebook de nombreuses étudiantes. Pour rappel, le terme peut se traduire par harcèlement ou traque furtive. La colonne des adresses courriel, remplie pour l’ensemble des jeunes femmes porte aussi un intitulé évocateur : “send nudes” à savoir l’envoi de photographies dénudées.

    On ne connaît pas le nombre des futurs entrepreneurs et manageurs se livrant à ce “benchmarking” à l’égard de leurs camarades, traitées comme des produits à comparer. S’agit-il de quelques individus isolés, comme l’assure une étudiante qui s’inquiète de la réputation de son école ? Ou bien, sont-ils bien plus nombreux ? Ce qu’affirme le même étudiant choqué de ce fichier sexiste et selon lequel la pratique « fait partie des #traditions estudiantines de l’école ». « Chaque promotion crée son groupe et son tableau Excel », ajoute celui-ci.

    Selon une étudiante, le fichier a fait l’objet d’une communication aux associations en début d’année, mais le groupe ne serait plus actif. Pourtant, c’est bien ces dernières semaines qu’il est (ré)apparu. Quelques étudiants vraisemblablement impliqués n’ont pas répondu à nos sollicitations. Deux autres jeunes gens actifs dans la vie associative de l’école semblent pour leur part très gênés lorsqu’on les sollicite sur ce sujet. L’un d’eux se fend même d’un message aux présidents des associations pour leur recommander la discrétion face aux questions « de la journaliste ».

    Quant au directeur de l’EM Lyon, Bernard Belletante, assure « ne pas être au courant de ce fichier ». « Si cela avait été le cas, nous aurions immédiatement réagi te cela aurait conduit à un conseil de discipline » poursuit vigoureusement le directeur, qui regrette, si les faits sont avérés, que les associations étudiantes n’aient pas informé l’administration.

    #fichage #balancetonporc

    • C’était l’utilisation d’origine de facebook il me semble. Lorsque les filles ou femmes ont des fichiers secrets d’hommes c’est pour se préservé des viols et agressions sexuelles. C’est le cas des listes qui circulait entre les journalistes pour se préservé des politiciens et des actrices vis à vis de producteurs.

      Ici les étudiants ont un fichier pour harceler (ils ont une fonction stalker). 120 étudiants qui n’ont pas fait fuité depuis 2017. Ca me rappel aussi les groupes facebook ou des mecs partageaient des photos de leurs partenaires sexuelles sans qu’elles soient consentantes, j’ai oublié le nom de ce groupe de plus de 50.000 bitard. Connaitre le nombre d’étudiants (masculins moins une portion pour les gays puisque l’article ne parle que de fichage de filles) donnerait une idée du pourcentage de prédateurs sexuels sur une promo d’école de commerce.

    • L’article suggère que la construction d’une telle base de donnée, avec autant d’items à renseigner et de « produits » évalués, exigeait un travail immense qui n’a pu se faire que collaborativement à beaucoup. C’est sûr que c’est un pouvoir, d’évaluer les gens, et que c’est pour ça que l’exercice a eu ce succès auprès des potentiels contributeurs. Moi ça ne me viendrait pas de commenter avec des copines si l’anus de Tom et celui de Seb méritent des godes de 3, 4, 5 ou 6 cm de diamètre...

    • Ça me rappelle ces jeunes Français cherchant un boulot au Japon, dans la cuisine d’une auberge de jeunesse d’Osaka où ils pensaient être les seuls francophones : “Marion Maréchal, elle : zizi dur !” « Ah oui, elle, zizi dur ! » “Ah oui, alors là je confirme, les gars : zizi dur !” Et très contents de continuer avec leur expression de patriarche en gros bébé. Zizi dur, c’est la fonction ultime de la moitié de l’humanité : faire durcir le zizi de l’autre moitié. Apprécier le monde autour de soi au vu d’une réaction physiologique comme ça alors qu’on a été doté d’un cerveau capable de traiter d’autres informations que la conformité d’un physique à celui des critères (de merde) de sa société. (Par exemple le discours de merde de la Maréchal.) Des camarades de promo pas remis de leur job d’évaluateur ?

    • En 2016 on avait découvert le même type de fichier à Assas, mais je sais pas si il y avait la fonction « stalker ».
      http://www.europe1.fr/societe/un-site-polemique-classait-les-etudiantes-dassas-selon-leur-physique-2670285
      Zuckerberk avait crée fessebouc exactement pour la même utilisation, et il semble que ca soit assez rependu et que ca fuite très peu.

      En cherchant des infos sur l’origine de la fuite (la plus part du temps ca viens de femmes, les hommes étant très solidaire entre eux quant il s’agit de nuire aux femmes) j’ai trouvé deux articles qui affirment sans aucune source (dont un qui viens d’un ancien étudiant probablement actif dans ce fichage et l’autre qui le cite en ajoutant des chiffres sorti de son chapeau du coup je prend pas la peine de linké ces stupidités) qui prétend que les étudiantes pratiquent aussi ce fichage. J’imagine que ca doit existé quant même, ne serai-ce qu’en réponse aux hommes pour leur rendre la pareille, puisque les étudiantes savent qu’elles sont classées sur des critères physiques et sexuels. Par contre je doute que ces fichiers comportent la fonction « stalker ».

      Sinon le directeur de l’école, M.Belletante (joli nom) dit qu’il enquêtera à partir du 20 aout (date probable de son retour de vacances qu’il ne compte pas écourté pour une si petite affaire) et n’envisage pas de porté plainte. Ca indique que pour lui c’est pas un grave dommage à l’encontre de ses étudiantes (qui ne pèse pas lourd face au bien être de ses étudiants prédateurs sexuels), ni un grave dommage à l’encontre de son école (EM Lyon à pour vocation de formé des prédateurs y compris sexuels comme @monolecte le soulignait).


    • J’ai tagué #vidéo, au cas où il y aurait un traitement spécifique pour les sources vidéos.

      Sinon, on a le discours en version intégrale :

      Voici le texte écrit et lu par Carole Thibault à Avignon :

      "Je vous remercie pour ce Molière.
      Probablement le seul Molière que je recevrai jamais.
      Ce n’est pas une question de talent, il n’est pas question ici de talent.

      Je suis désolée. J’avais commencé à écrire un truc rigolo.
      Un de ces trucs pour lesquels on fait appel à moi de temps en temps.
      Oh tiens si on invitait Thibaut. Elle est rigolote Thibaut. C’est une excitée rigolote. Elle nous casse bien un peu les coucougnettes avec ses histoires d’égalité femmes-hommes, mais elle est rigolote. Elle pique des gueulantes rigolotes, bien brossées. Et puis elle met des jolies robes. Elle porte bien. Elle fait désordre policé.
      On devient vite le clown de service. Le bouffon du roi.
      Et ici le roi, comme ailleurs, c’est la domination masculine.
      Il a beau faire GENRE, le roi, il est et reste la domination masculine.
      Et moi j’en ai ma claque d’être la bouffonne de service de la domination masculine.

      Il y a deux ans, ici même, Thomas m’avait invitée à écrire et dire un texte sur l’absence des autrices, des auteurs femmes, donc, dans le festival d’Avignon depuis sa création. Plus précisément dans la Cour. La grande cour du théâtre. La cour d’honneur.
      La Cour d’honneur c’est comme les Molière.
      Quand tu es une femme artiste, une de ces femmes qui a la prétention d’être de ce côté-là de la création, je veux dire autrice, metteuse en scène, conceptrice d’œuvres, quand tu es une de ces bonnes femmes qui a cette prétention-là, tu sais que tout ça n’est pas pour toi.
      Mets-toi bien ça dans le crâne, petite bonne femme créatrice : la Cour d’honneur et les Molière ne sont pas pour toi.
      Ou alors tente le jeune public. Le jeune public ici c’est un endroit réservé aux bonnes femmes créatrices.

      Il y a deux ans, donc, j’étais ici même en train de déblatérer un texte sur la quasi absence des autrices dans le festival In, à l’invitation de Thomas.
      Cette année, deux ans après, Thomas joue dans la cour d’honneur, et moi je suis de nouveau ici, invitée cette fois par David, en train de déblatérer devant vous un autre texte censé être rigolo et bien enlevé sur la situation des femmes artistes-créatrices.

      Il y a deux ans, j’avais encore l’espoir que ça change, puisqu’on en parlait, ici, dans le cadre du festival In justement, de la non représentation scandaleuse des femmes dans ce festival depuis sa création.
      Il y a deux ans j’avais mis une belle robe et j’avais donc pondu un truc bien brossé, enlevé, rigolo, à la façon Thibaut rigolote. Et tout le monde avait bien ri. Et puis chacune et chacun était reparti à ses petites affaires après notre grande fête estivale du théâtre.

      Cette année, deux ans après donc, la programmation du festival IN, hors jeune public, présente 9% d’autrices femmes pour 91% d’auteurs hommes. (Pour les deux spectacles jeune public elles représentent 75%.)

      Cette année, deux ans après, la programmation "théâtre" représente 89,4% d’artistes créateurs hommes (auteurs et metteurs en scène) pour 10,6% d’artistes créatrices femmes.

      Cette année, deux ans après, sur la totalité des spectacles et expo programmées dans le festival IN, on recense 25,4 % d’artistes créatrices femmes. Et encore on peut remercier la SACD qui exige dans les Sujet à vif la parité. Sans ces petites formes performatives de 30mn chaque, il ne faut rien exagérer non plus, on ne serait même pas à 20% d’artistes créatrices femmes programmées.

      Je parle des spectacles, pas des lectures. Il suffit d’ouvrir le programme et de compter.

      C’est ce que j’ai fait l’autre matin. 1 fois. 2 fois. 3 fois. Pour être bien sûre. Parce que je n’arrivais pas à y croire. Et puis après je me suis mise à pleurer. Moi la grande gueule rigolote je me suis mise à pleurer comme une conne.

      On a beau être habituée, on a beau connaître tous les pièges, tous les cynismes, tous les détours de l’humiliation, être blindée, après tant et tant d’années de ça, il y a des fois où ça craque malgré tout. Mais franchement pleurer devant un programme du IN, c’est la honte. C’est minable même, à l’heure où peut-être un nouveau bateau rempli à ras bo

      rd de femmes, d’enfants, d’hommes, de vieillards, sombrait en méditerranée, et avec lui tous ces êtres qui s’en allaient ainsi par le fond nourrir les poissons, nous épargnant d’avoir à partager avec eux nos richesses dégoulinantes de paradis de la consommation.
      Bref.
      C’est pas le sujet.
      Ici nous sommes dans la grande fête du théâtre. Et je viens de recevoir un gros pavé.
      Il faut sourire, mettre des belles robes, être joyeux, légers et quelque peu potaches.

      Mais cette année, je suis désolée David, je n’ai pas envie de faire la bouffonne de service, en polissant ma colère brossée rigolote dans une joyeuse fête sur le genre, dans un festival, que certains journalistes, qui auraient mieux fait de faire leur travail de journalistes, ont qualifié de festival féministe.

      Cette année, j’en ai ma claque d’être la copine sympa de tous les copains sympas, les copains qui ont plein de copines femmes, les copains qui interrogent le genre, qui interrogent tout ce qu’on voudra, pendant que rien ne change.

      J’en ai ma claque de voir une majorité de femmes muettes, privées de paroles, venir s’assoir dans l’obscurité des salles pour recevoir là bien sagement la parole des hommes, la vision du monde portée par des hommes, dessinée par des hommes, en majorité blanc, en plus.

      D’accord pour l’intersectionnalité des luttes. D’accord pour lutter contre toutes les injustices, contre toutes les discriminations, contre la binarité si stupide et pathétique qui gouverne notre monde contemporain si moderne, comme il gouvernait l’ancien. Mais comment se fait-il que toute lutte semble écraser et annihiler la lutte pour l’égalité des hommes et des femmes ? Comment se fait-il que cette lutte-là soit systématiquement écartée, remplacée par une autre lutte ? Les femmes se sont fait niquer à la révolution française. Elles se sont fait niquer durant la Commune. Elles se sont fait niquer durant le Front Populaire. Elles se sont fait niquer en 68. Et elles se font encore niquer au festival d’Avignon 2018, ce grand festival dont le thème revendiqué cette année est … le genre, et dont une des seules rencontres thématiques programmées qui aborde le sujet s’intitule « les femmes dans le spectacle vivant, doit-on craindre le grand remplacement ? » Je n’épiloguerai pas sur le concept de grand remplacement, concept xénophobe développé actuellement par l’extrême droite. C’est p. 27 du programme si vous voulez vérifier. Et si vous voulez y aller pour protester ça tombe bien c’est aujourd’hui même à 14h30 aux ateliers de la pensée.

      Et c’est comme ça qu’on se fait niquer, depuis de siècles, des décennies, des années, des mois.
      Ce n’est pas seulement sociétal, politique. Ça s’inscrit dans nos chairs, dans les recoins les plus obscurs de nos cerveaux, dans nos inconscients, nos subconscients. Cela gangrène toutes nos vies. Ce ne sont pas que des chiffres et des statistiques. Et pourtant ceux-là il faut les faire, les analyser, pour regarder bien en face notre humiliation, pour regarder bien en face le système qui nous exclue, au grand jour, aux yeux de tous, sans que personne n’y trouve à redire. Il faut les analyser, ces chiffres, pour avoir une grille de lecture précise du réel, pour comprendre ce qui se passe réellement. Quitte à se mettre à pleurer alors comme une conne, comme une pauvre fille qui y a cru cette fois, au grand amour, à la rencontre possible, et qui se retrouve au matin toute seule, après s’être fait niquer encore une fois.

      Bon, on ne va pas jeter la pierre, ou plutôt le pavé, à Olivier. Où qu’il soit aujourd’hui, il doit déjà bouillir sur sa chaise. Et vue la chaleur qu’il fait... Il y a eu bien assez des curés qui ont fait cramer des femmes à cause de leurs vagins, on ne va pas se mettre à faire bouillir des artistes directeurs de festival à cause de leur programmation, simplement parce qu’ils sont un peu en dessous de la moyenne nationale.

      Parce que dans la totalité du spectacle vivant aujourd’hui en France, 23% seulement des subventions publiques d’état vont à des projets portés par des artistes femmes, parce que qu’elles ne représentent que 11% des spectacles programmés sur toutes les scènes et parce qu’elles ne reçoivent que 4 à 12% des pavés, pardon des récompenses. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’état lui-même, le haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes.

      Mais, après tout, sur les « scènes de l’institution » comme on dit, la part des autrices représente environ 22% et celle des metteuses en scène 35%. C’est loin d’être l’égalité, c’est sûr, mais bon on y travaille.
      Mais pas ici. Du moins pas encore, apparemment.

      Oui, cette année le IN fait Genre.

      Parce qu’on peut revendiquer haut et fort la liberté d’être à loisir homme, femme, ou les deux mélangés, il n’en demeure pas moins que quand tu nais avec un sexe de femme, ou quand tu deviens femme, que ce soit par le grand tirage au sort de la nature – ah zut pas de chance t’es née avec un vagin - ou par choix, tu fais partie de la caste de celles qui se font baiser, niquer, nier toute leur vie. Parce qu’avant d’être un genre, la sexuation est un déterminisme physiologique, totalement arbitraire, qui, selon que tu reçois un vagin ou une bite à ta naissance, te prédétermine comme sujet dominant ou dominé. Parce que le phallocentrisme et le patriarcat sont les petits rois qui continuent à gouverner ce pays, et particulièrement ce petit milieu cultivé, si fier de son ouverture d’esprit, si fier de sa soit-disant liberté de création, d’expression, de choix, si fier de ses prérogatives, si donneur de leçon au monde entier.

      Le phallocentrisme et la domination masculine sont la honte de tout le milieu intellectuel, artistique et culturel de ce pays. Ils sont la honte de chaque artiste de ce pays et d’ailleurs. De chaque institution qui ne respecte pas une juste redistribution de l’argent public. De chaque directeur de lieu, de galerie, de festival, qui ne fait que représenter et reproduire à l’infini la pensée dominante.

      L’écrasement des femmes par les hommes est le premier crime contre la pensée humaine. Il produit des millions de meurtres chaque année. C’est un crime qui se perpétue depuis des millénaires, qui se poursuit partout et trouve ses racines malheureusement ici aussi, sur ces espaces sacrés du théâtre qui devraient être au contraire les lieux sacrés de la parole libre et émancipatrice.

      Je ne veux pas de ta récompense, David. C’est comme un gros pavé reçu en pleine gueule.

      Et hors les chiffres, désormais, sachez-le, nous ne croirons plus rien. Pour ne plus subir la honte de pleurer encore. "

      Carole Thibaut - 13 juillet 2018

      #sexisme #patriarcat #domination_masculine #arts #spectacle #discours #femmes #féminisme

    • Oui ! Et elle égratigne au passage ceux qui veulent avoir le beurre et l’argent du beurre, se montrer magnanimes (proféministes !) ET garder leur place en refusant d’envisager qu’ils la doivent avant tout à leur genre. Comme ces universitaires proféministes qui deviennent professeurs dans des labos où un tiers seulement sont des femmes.



  • Sorcières - Mona CHOLLET - Éditions La Découverte
    http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Sorci__res-9782355221224.html

    Sorcières
    La puissance invaincue des femmes
    Mona CHOLLET
    Qu’elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure. La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ?
    Ce livre en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante – puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur. Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

    Version papier : 18 €

    Vivement la rentré !

    • "Sorcières", de @mona , explique pourquoi les femmes qui ne veulent pas d’enfant sont vues comme les sorcières d’aujourd’hui

      Quel est le point commun entre les femmes qui ne désirent pas d’enfant aujourd’hui et les sorcières d’autrefois ? Pour la journaliste du Monde diplomatique Mona Chollet, dont le livre « Sorcières - La puissance invaincue des femmes » est paru jeudi 13 septembre, ces deux types de femmes se ressemblent plus qu’on ne le croit.

      Dans cet essai, l’auteure de « Beauté fatale » et de « Chez soi » décortique cette figure de notre histoire -et de notre imaginaire- et démontre comment des femmes d’aujourd’hui, celles qui s’émancipent de certaines normes sociales, sont en fait des héritières directes de celles qu’on traquait, chassait, censurait, éliminait à la Renaissance.

      « Elles ont réprimé certains comportements, certaines manières d’être. Nous avons hérité de ces représentations forgées et perpétuées au fil des siècles. Ces images négatives continuent à produire, au mieux, de la censure, ou de l’autocensure, des empêchements ; au pire, de l’hostilité, voire de la violence », explique Mona Chollet, qui relève trois types de femmes étant des sorcières des temps modernes : « la femme indépendante -puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant -puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité, et la femme âgée -devenue, et restée depuis, un objet d’horreur ».

      C’est surtout la deuxième catégorie de femmes, celles qui font le choix de ne pas devenir mères, qui a donné à Mona Chollet l’envie d’écrire sur les sorcières, comme elle l’explique à Cheek Magazine.

      Refuser d’être mère

      De nos jours, souligne la journaliste, seulement 4,3% des femmes françaises déclarent ne pas vouloir d’enfant. Le nombre de femmes sans enfant a même baissé tout au long du XXe siècle. Aux États-Unis, elles sont aussi de plus en plus nombreuses.

      Dans cette enquête passionnante, Mona Chollet analyse les motifs, tellement divers, qui ont pu motiver et motivent encore certaines femmes à résister, d’une certaine manière, à ce que la société attend d’elle : devenir mères.

      Parmi celles-ci, le refus de mettre au monde un enfant qui n’a rien demandé, dans une société qui ne semble pas à la hauteur, avec un avenir qui paraît s’assombrir. Mona Chollet cite ainsi l’écrivaine française Corinne Maier qui voit « dans la procréation le verrou du système actuel, dans la mesure où elle nous conduit à perpétuer un mode de vie qui nous mène à la catastrophe écologique ». Pour Corinne Maier, « nous vivons dans une société de fourmis, où travailler et pouponner modèle l’horizon ultime de la condition humaine. Une société pour laquelle la vie se limite à gagner son pain et à se reproduire est une société sans avenir car sans rêves ».

      Ascension sociale

      Mona Chollet décrit également les envies et parcours de ces femmes qui, en prenant la décision de ne pas enfanter, s’extraient de leur milieu social, poursuivent leurs ambitions, grimpent les échelons et attribuent leur ascension à cette décision. Par exemple, Gloria, 43 ans, qui décrit dans les travaux de la chercheuse Carolyn M. Morell : « Si j’avais été gentille et docile, aujourd’hui, je vivrais probablement en Floride avec six enfants, je serais mariée à un mécanicien et je me demanderais comment payer la prochaine facture ».

      La journaliste évoque également ces femmes qui ne veulent pas reproduire le schéma de leur propre enfance malheureuse, celles qui trouvent que la vie est dure et ne veulent pas la transmettre, celles qui veulent mener leur vie seules ou au contraire se consacrer pleinement à leur couple, sans tierce personne dans le cocon. Au final, il existe sûrement autant de raisons de ne pas enfanter que de femmes.

      C’est sans compter toutes celles qui sont mères mais regrettent de l’être, un tabou peut-être encore plus important mais qu’on a pu voir émerger en 2016 en Allemagne à travers le hashtag #RegrettingMotherhood.

      Sorcières modernes

      Quant à Mona Chollet, qui livre régulièrement son expérience personnelle tout au long de l’essai, elle estime, par exemple, ne pas pouvoir « ajouter un membre à la société alors que celle-ci a si spectaculairement échoué à établir un rapport harmonieux à son milieu vital et semble si bien partie pour le détruire tout à fait ».

      En quoi ces femmes sont-elles des sorcières d’aujourd’hui ? Parce qu’à leur époque, entre autres, elles étaient celles qui n’enfantaient pas, qui vivaient à l’écart de la société.

      Ces dernières années, à travers les mouvements féministes, la figure de la sorcière a considérablement gagné en popularité. Si certaines livrent leurs recettes de potions ou d’amulettes sur les réseaux sociaux, d’autres se reconnaissent dans le pouvoir très particulier des sorcières : celui de s’extraire des injonctions sociales, des représentations attendues de la féminité, renversent l’ordre des choses et choisissent de vivre telles qu’elles l’entendent. Un pouvoir qui, aujourd’hui comme à la Renaissance, rend ces femmes aussi menaçantes que fascinantes.

      https://www.huffingtonpost.fr/2018/09/15/sorcieres-de-mona-chollet-explique-pourquoi-les-femmes-qui-ne-veulent-pas-denfant-sont-vues-comme-les-sorcieres-daujourdhui_a_23526093/?ncid=other_twitter_cooo9wqtham
      #maternité


  • Après la révélation de son passé d’agresseur sexuel, le fondateur de la marque Feminist Apparel vire toute son équipe

    Feminist Apparel CEO Fires Entire Staff After They Learn He’s An Admitted Sexual Abuser
    https://www.refinery29.com/2018/07/203982/feminist-apparel-ceo-alan-martofel-fires-staff

    The response echos something many of the former employees have pointed out: Martofel’s ignorance about what it means to be an ally. Many claim that he centered the company’s feminist pursuits around himself, often putting his opinions first and ignoring the requests and advice of people of color, queer people, and survivors, including in campaigns geared towards those groups.
    “I feel like with many brands of allyship, there is an enormous miscommunication over who should be given voice. Alan seemed to feel that his voice should come first,” says Claire Quigley, who was a graphic designer at the company until the firing.“The strongest way to be an ally would be to NOT profit from feminism or survivors of sexual assault,” says Grogan.

    #masculinité_toxique


  • Libération est-il un allié contre le sexisme ? – alicecoffin
    https://alicecoffin.wordpress.com/2016/05/28/liberation-est-il-un-allie-contre-le-sexisme-2

    Sur la dernière chronique, il n’y a pas eu de réactions publiques des journalistes. Il a été demandé de ne rien dire à ce sujet ?

    Non, pas du tout. Par ailleurs, je crois que ce que voulait dire Luc dans sa chronique, c’est que comme il y a eu l’affaire Cantat en 2003, l’affaire DSK en 2011, il y a l’affaire Beaupin. Ce sont trois moments symboliques dans la société française qui vont faire que les hommes prennent conscience que les choses changent, que les accusations extrêmement graves contre Denis Baupin vont amener une remise en cause de la domination. Pour moi, cela n’a pas été compris. Ensuite, il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord. Notamment ce qui tourne autour de la question de la vengeance. En plus, et c’est le problème des éditorialistes, quand on ne maîtrise pas assez un sujet, on se laisse déborder non par l’émotion mais par un sentiment personnel, qui va être soit mal perçu, soit mal compris, soit mal interprété. Mais il ne faut pas voir Luc comme quelqu’un de raciste ou sexiste. Il a un côté très provocateur.

    Je crois, moi, que ces chroniques ont été très bien comprises car, encore une fois, elles reproduisent un discours très courant, et aisément identifiable par celles et ceux qui le subissent. Parler de provocation sur ces sujets est compliqué. Je me pose plutôt la question du profit que Libération tire des nombreuses réactions provoqués par ces textes-là. Faire du buzz, du marketing sur le dos du féminisme, est devenu très prisé par les médias, les publicitaires, les politiques.

    Par rapport à ce que j’ai mis en gras, c’est pour souligné l’optimise bien pratique de ce monsieur. Un optimise que je rencontre souvent chez les hommes et qui sert à se débarassé des questions féministes sans avoir à se remettre en cause. L’affaire Baupin renforce la domination masculine (l’avocat de Baupin utilise des arguments sexistes), comme l’a fait l’affaire DSK (il n’a pas été condamné et continu de trafiqué dans la politique et l’économie), et en fait Cantat trouve toujours de puissants réseaux de fraternité (une des inrocks)... Et puis l’affaire Weinstein n’a rien changé pour la France et lui même n’a pas tant de peintes contre lui par rapport aux 150 femmes qui ont reconnu avoir subis ses agressions. MeToo en France a premi à des hommes de s’approprier et déformé les idées féministes pour vendre des livres sur la séduction. T Ramadan est le seul qui a de réels problèmes avec la justice, pour des raisons racistes à mon avis. Hulot, Darmanin, Sapin ont de leur coté pas trop à s’inquiété. Du coté législatif, Macron essaye de correctionnalisé les viols pour faire des économie, saborde les associations (AVFT).

    –---

    Pour commencer, un point de précision. Quels sont les statuts des chroniques de Luc Le Vaillant. Vous ne les découvrez pas après publication ?

    Non. Elles sont volontairement placées dans la rubrique Idées, relues par la cheffe de ce service, Cécile Daumas, puis par la direction de la rédaction. Il y a des journalistes de la rédaction qui ont une chronique hebdomadaire : Luc Le Vaillant, Laurent Joffrin, Mathieu Lindon.

    Trois hommes…

    Effectivement.

    ...

    Il me semble que le sexisme et le racisme ne sont pas des sujets sur lesquels il est besoin de voter. Libération publie d’ailleurs régulièrement des enquêtes, des reportages, des témoignages qui attestent que le viol, le harcèlement sexiste, la domination masculine en général, est un système aux conséquences gravissimes. Quelle cohérence y-a-t-il à héberger dans le même temps des textes qui tendent à moquer ces conséquences, quand ils ne font pas directement preuve de sexisme. Comment à la fois dénoncer et contribuer à la perpétuation de systèmes de domination ?

    Parce que, de façon générale, il est important que les pages Idées reflètent des opinions extrêmement diverses. On peut y croiser Alain Duhamel, Laurent Joffrin et pourquoi pas Alain Finkielkraut.

    Pourquoi pas Finkencrotte, sur la place des femmes il est assez Le Vaillant compatible. J’aurais plutot pensé à « Pourquoi pas des femmes ? » mais Libé à une éditorialiste .... Marcella Iacub qui est aussi misogyne que Levaillant, Joffrin et Finky réunis.

    –----
    Cet entretiens date de 2016, j’ai l’impression tout de même que Libé à changé un peu sur ces sujets en 2017 et 2018. Je sais pas si Le Vaillant publie toujours, mais Iacub est devenu assez rare et il y a eu des reportages de fond sur le harcelement misogyne à St Cry, féminicides .. Le Bondy blog fait du bon travail aussi.


  • Ces #femmes dites « difficiles » parce qu’elles n’ont pas voulu se conformer aux #stéréotypes | National Geographic
    https://www.nationalgeographic.fr/photographie/ces-femmes-dites-difficiles-parce-quelles-nont-pas-voulu-se-confo

    Le titre du livre ne mentionne pas les sous-entendus qui entourent le terme « difficile ». Les femmes fortes, passionnées et déterminées ne se pavanent pas en disant « Regardez, je suis difficile ». Elles ne font que vivre leur vie. Ce terme « difficile » est utilisé par les autres pour décrire ces femmes. Si vous vous moquez de ce que les gens pensent, vous serez considérée comme une femme difficile parce que vous ne faites pas ce que l’on attend de vous. Une femme difficile est donc une femme qui ne fait pas ce qu’elle devrait faire, une femme qui dérange ou une femme qui estime que ses propres besoins, objectifs et désirs sont aussi importants que ceux des autres. L’une des premières critiques du livre m’a dit que la barre était bien basse. Je l’ai remercié d’avoir souligné ce point pour moi. Il ne faut pas grand chose pour être perçue comme une femme difficile. C’est pour cela que nous sommes si nombreuses [rires].

    #sexisme

    • L’histoire de nos vies, @touti et les autres !

      Jane Goodall est l’un des explorateurs National Geographic les plus connus.

      Je ne supporte pas ce genre de phrase. Et je comprends bien qu’on ait peur qu’à dire « l’une des exploratrices », on craigne de ne parler que des femmes, de même que « l’une des explorateurs les plus connues » semble incorrect. Mais quand même, ça pique les yeux dans un article féministe.

      « Jane Goodall est l’une des personnes les plus connues parmi celles qui ont pratiqué l’exploration au National Geographic. »

    • C’est un flux constant d’informations qui vous empêche de penser à autre chose que vous. Du coup, vous finissez par vous dire : « Mon dieu, je joue mal au tennis et je n’y avais jamais pensé avant ! [rires]. C’est de la folie ! ».

      C’est ce que je me suis dit en regardant le très sympa La Bataille des sexes, merci @sandburg.

      Billie Jean King a récemment été mise à l’honneur dans le film Battle of The Sexes. Mais son match de tennis contre Bobby Riggs n’était qu’une petite contribution à son engagement pour l’émancipation des femmes, n’est-ce-pas ?

    • Héhé @aude_v merci du signalement, en plus d’être une femme difficile, j’ai aussi entendu « une femme à qui on ne peut rien dire ». Ainsi mon père se dédouanait de mes reproches de m’avoir laissé travailler à 16 ans juste après la réussite de mon bac dans des conditions d’exploitation indignes : « Ah oui mais toi, on ne pouvait rien te dire. » C’est également sous ce prétexte qu’il cachait qu’il favorisait mes frères.
      Je ne sais pas si vous avez le même retour sur « toi, on ne peut rien te dire » mais je trouve que c’est fort de café de se retrouver avec un pouvoir de castration si fort qu’il vous retombe sur la gueule. D’autant que dès 13 ans mes parents ne se sont plus préoccupés de ce que je faisais. Mon père était juste gentiment misogyne, mine de rien sourd aux femmes, et j’ai mis longtemps à m’en rendre compte.
      Pour ma part je suis fière maintenant de m’être sortie d’une si mauvaise #estime_de_soi ayant commencé à parler à 25 ans, pas que j’étais muette, mais l’effacement était de mise.

    • Moi, ce serait plutôt : « Tu t’engueules avec tout le monde. » Mais quand je regarde de plus près, je m’engueule avec des hommes qui abusent, avec des personnes lâches ou hypocrites qui leur laissent des pistes d’aviation et ne sont pas du tout aidantes, et quand par erreur je m’engueule avec quelqu’un de bien, on se retrouve tôt ou tard, avec encore plus d’estime l’un·e pour l’autre parce qu’on a su aller au-delà de nos différends. Et vu comment je suis conciliante longtemps avec les abuseurs et les hypocrites, je prends ces « Tu t’engueules avec tout le monde » comme un regard sexiste ou de la paresse à comprendre au-delà des clichés. Mais je me fais peut-être des illusions sur moi. Et en effet, quand j’identifie l’abus, je suis dure. Pas difficile mais dure.

      En fait, la femelle n’a pas de consistance idéale : elle est trop molle ou trop dure, trop facile ou trop difficile, elle a un chemin très étroit et qui a intérêt à être discret pour vivre sa vie comme une vraie personne.

    • @aude_v je vois bien ce que tu évoques, trouver sa place quand il n’y en a pas.
      Et c’est effectivement basée sur le principe des #injonctions_paradoxales. La phrase « on ne peut rien te dire » clôt la discussion en renvoyant à l’impossibilité de l’échange, elle fait taire ou se soumettre. Le continuum de ce conflit qui ne peut se résoudre est le reproche même de faire langage avec le sous entendu « parce que tu réponds ». Il me semble que cela recoupe ce dont tu parles où l’interlocuteur impose un point de vue qui vise à ostraciser avec son « tu gueules contre tout le monde ».

      Je suis très sensible au reproche de #déranger, tant pis, parce qu’au final c’est parfois la seule manière d’avancer et qu’il n’existe pas de changement qui puisse être confortable. Pas toujours facile à vivre cependant, mais je m’en revendique, d’ailleurs je monte une asso féministe de ce pas nommée #les_dérangées :)

    • #les_dérangeantes plutôt, parce que les dérangées ça veut dire que nous avons un problème... qui est celui de vivre dans des sociétés sexistes, où les femmes pas soumises, pas discrètes, pas complaisantes, pas utiles à d’autres intérêts que les leurs se prennent de gros coups de trique dès qu’elles la ramènent. Elles s’autocensurent à fond, se censurent les unes les autres quand elles espèrent que ça va adoucir leur sort, etc. Mais ce qui marche, c’est en effet souvent de mettre un coup dans les conventions, même si c’est sévèrement puni, y compris par les copines.

      Je vous glisserai un monument de réponse pas aidante à ma brochure sur ma réduction violente au silence, j’ai pris ça normalement au début et finalement je me dis que c’est encore une meuf qui m’aimerait autrement que je ne suis et qui donc n’a pas sa place parmi mes ami·es (elle en trouvera facilement, des pas comme moi). Elle me dénigre avec une subtilité que j’ai mis quelques jours (dont une nuit de colère et d’insomnie) à comprendre.

      En résumé : c’est ton point de vue, je le respecte tout à fait, voyons, je suis féministe, mais il y en a d’autres...
      Moi, dans l’idéal : oui, je suis au courant qu’il y a des points de vue multiples et je rappelle ce concept, le sujet du texte c’est justement comment la multiplicité de ces points de vue a été refusée au profit d’un seul qui écrasait violemment le mien alors si tu veux me parler d’autres points de vue sans m’en parler, tu vas trop loin ou pas assez, sois courageuse ou lâche mais pas passive-agressive, même si je sais que c’est une ressource précieuse pour les meufs je veux bien qu’on ne joue pas à ça entre camarades - à moins qu’on ne soit pas camarades, allez, bisous, j’ai d’autres relations plus riches et plus saines à entretenir.

    • J’avais aussi pensé à dérangeantes mais ça fait un peu penser à ménage ou déménagement, bref à ranger. Les dérangées me semble plus proches des enragées ou même des salopes, ou des folles hystériques ! et je trouve assez drôle de jouer de cette violence induite.

    • Oui mais dérangées, ça veut dire qu’on est folles alors que c’est la position dans laquelle on est qui nous rend chèvres. Très belle intro de Sabine Lambert dans la réédition des Questions féministes par Syllepses à ce sujet.


  • Une femme de 92 ans tue son fils qui voulait la mettre en maison de retraite
    https://www.lci.fr/international/une-femme-de-92-ans-tue-son-fils-qui-voulait-la-mettre-en-maison-de-retraite-209

    Les policiers de l’Arizona ont arrêté une nonagénaire qui venait de tuer son fils, lui-même âgé de 72 ans. Ce dernier aurait eu l’intention de placer sa mère en maison de retraite, ce que celle-ci n’aurait pas supporté.

    Je sais qu’il n’y a pas trop de faits divers sur @seenthis mais celui là m’intéresse. #vieillir #retraite #infanticide


  • Nouvelle livraison de Patriarches. Les Misandrogynes.

    Patriarche n°1 - Le Paterfamilias
    http://www.madmeg.org/p1


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    Patriarche n°3 - L’Architecte
    http://www.madmeg.org/p3

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    Patriarche n°5 - L’Analyste
    http://www.madmeg.org/p5

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    Patriarche n°15 - Le Nouveau Père
    http://www.madmeg.org/p15

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    Patriarche n°22 - L’Escamoteur
    http://www.madmeg.org/p22

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    Patriarche n°37 - Le Cyborg
    http://www.madmeg.org/p37

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    Merci à toi @fil pour ces webapps parfaites pour explorer mes dessins.

    #mad_meg #shamless_autopromo #patriarches


  • Violences gynéco : des étriers à l’épisio, un rapport douloureux - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2018/06/28/violences-gyneco-des-etriers-a-l-episio-un-rapport-douloureux_1662694

    Une enquête du Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, publiée ce vendredi, met en lumière le sexisme dans le suivi gynécologique et obstétrical. Des cabinets d’examen aux plus hautes instances, les dysfonctionnements persistent.

    Présentez un spéculum vaginal à un homme. Demandez-lui de le toucher, puis de dire ce qu’il ressent. « C’est primitif, effrayant, froid », s’exclame l’air médusé l’un d’entre eux dans le documentaire Paye (pas) ton gynéco, réalisé par Nina Faure (1). L’objectif du court-métrage : mieux faire entendre la voix des femmes victimes de violences gynécologiques et demander des explications aux représentants de la profession. Et là, on n’est pas déçu, quand un ponte affirme que « non, un toucher vaginal n’est pas invasif » ou lorsqu’un gynéco après une auscultation prend la tension (plutôt basse) de la patiente en s’exclamant : « Hé ben, je vous excite pas des masses. » Tellement délicat. Tellement vrai ? Ce docu, disponible depuis le 27 juin, tombe à pic alors que le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (#HCE) saisi par la secrétaire d’Etat à l’Egalité publie ce vendredi un rapport intitulé : « Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical. Des remarques aux violences, la nécessité de reconnaître, prévenir et condamner le sexisme ». Compilant des remarques faites à des parturientes - c’est-à-dire des femmes en train d’accoucher - ou patientes (du style « Vous avez mal pendant les rapports ? Mettez-y un peu du vôtre »), les 170 pages de cet état des lieux assorti de préconisations sont le fruit de neuf mois d’une enquête très attendue après la polémique qui monte depuis près de cinq ans.

    Lancé sur Twitter en 2014, le hashtag #PayeTonUtérus a fait affleurer plus de 7 000 témoignages de femmes en vingt-quatre heures. Dans la foulée, en 2015, le blog « Je n’ai pas consenti » recense une centaine de témoignages de patientes ayant subi des actes non consentis dans un cadre médical.

    Scandale, toujours cette année-là : des documents de la faculté de médecine de l’université Lyon-Sud révèlent qu’il est attendu, dans le cadre de leur formation, que les étudiants pratiquent des touchers vaginaux sur des patientes « endormies », sans leur consentement donc. Depuis, les témoignages n’ont cessé de se multiplier sur ces violences qui méritent d’être reconnues pour mieux être combattues. L’an passé, le Tumblr et la page Facebook « Paye ton gynéco » se sont créés simultanément, recensant des « témoignages de sexisme et/ou de violences gynécologiques/obstétricales ». Un pic est atteint l’été dernier lorsque la secrétaire d’Etat en charge de l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène #Schiappa, s’insurge contre le taux exorbitant (et en fait surévalué par la secrétaire d’Etat) d’#épisiotomies pratiquées lors des accouchements : tempête sur les réseaux sociaux.

    C’est dire s’il était temps qu’une enquête au-dessus de tout soupçon fasse le point. Mette au jour toutes ces fois « où les femmes ne sont pas considérées comme des êtres pensants et vivants mais seulement comme des corps » par le monde médical, comme l’explique Margaux Collet, corapporteure de ce travail qui recommande au gouvernement de réaliser la première enquête de santé publique dédiée au suivi gynécologique. Il souligne aussi la nécessité de renforcer la formation initiale et continue des professions médicales et paramédicales en matière de bientraitrance, de respect du consentement et de dépistage des violences sexistes et sexuelles ou encore de faciliter et améliorer les procédures de signalements lorsque violence il y a eu.

    En attendant, zoom sur quelques points de ce rapport.

    Accouchement : episio, c’est toujours trop

    Le chiffre évoqué l’été dernier par Marlène Schiappa avait fait l’effet d’une bombe : 75% de taux d’épisiotomies en France ? « Foutaises ! » avaient scandé les organisations représentatives des gynécologues-obstétriciens. Selon le dernier rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médiale (Inserm), cette intervention clinique - une incision du périnée sur quelques centimètres effectuée pour agrandir la taille de l’orifice vulvaire et faciliter l’expulsion du bébé - concerne 20% des accouchements par voie basse. Ce taux atteint 34,9% pour les primipares (premier accouchement) et descend à 9,8% pour les multipares. Oui mais problème : c’est encore beaucoup trop. Car cette « routine » dite « préventive » ne diminuerait en rien les possibilités de déchirures graves et entraîne des complications non négligeables (pertes importantes de sang, infection). En 2005, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français avait même confirmé l’absence de bénéfices de cette pratique. Certaines maternités ont réduit drastiquement la pratique. C’est le cas du centre hospitalier de Besançon et son fameux 0,3% de taux d’épisiotomies, malgré sa spécialisation dans « l’accueil de grossesses pathologiques et à grands risques ». D’autres en revanche frôlent encore les 45%. Et surtout, sans prévenir en amont les premières concernées. Selon le HCE, une femme sur deux « déplore un manque (16%) ou l’absence totale d’explication (31%) sur le motif de l’épisiotomie ».

    Absence de consentement : violences ordinaires

    Refuser de poser un stérilet à une nullipare (qui n’a jamais eu d’enfant) en bonne santé. Introduire un spéculum sans informer la patiente en amont. Palper les seins sans demander l’autorisation. Imposer la position du décubitus dorsal (allongée sur le dos, les pieds dans les étriers) pour un examen gynécologique sans même proposer la position latérale (qui existe). Réaliser un frottis sur des femmes jeunes, au premier rendez-vous, sans nécessité médicale. Pratiquer une épisiotomie sans l’accord explicite de la femme qui accouche. Puis la recoudre légèrement plus serrée, de manière à rendre plus étroit le canal vaginal (le fameux « point du mari »)…

    Les témoignages recueillis par le Haut Conseil à l’égalité recouvrent une multitude de pratiques mais soulèvent une unique problématique : celle des violences ordinaires. Celle du mépris pour le consentement, aussi. Il y a bien la fameuse loi Kouchner de 2002, qui formule « qu’aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé » du patient. Mais dans les faits, la parole des femmes est trop souvent bafouée par les professionnels de santé. Mais comment leur apprendre à entendre une patiente dire « non, je ne veux pas » ? La question se pose quand on sait que, en moyenne, une femme va avoir 50 consultations gynécologiques et obstétricales au cours de sa vie (#frottis réguliers, renouvellement de #contraception, #IVG…).

    Instances : que d’hommes, que d’hommes

    Bien sûr, si les témoignages de #femmes mal traitées, mal respectées ou mal informées affluent, nul ne songerait à jeter l’opprobre sur celles et ceux qui accompagnent les patientes et parturientes. Un monde d’ailleurs largement féminin.

    Les hommes ne représentent que 2,6% des sages-femmes. Les femmes sont majoritaires (94%) au sein de la gynécologie médicale. Et depuis peu, la #gynécologie-obstétrique est exercée à 51% par des femmes. La parité est donc enfin atteinte.

    Mais c’est au-dessus, là où les impulsions doivent être données ou les sanctions prononcées (lire ci-dessous) que cela se gâte. Près de 90% des membres du Conseil national de l’Ordre des médecins sont des hommes ; ils représentent également 89% des doyens des facultés de médecine ; 74% des membres du bureau du Collège national des #gynécologues et #obstétriciens français et 100% des membres du bureau, du conseil d’administration, des présidents de comité, des présidents et secrétaires des commissions de l’Académie nationale de médecine.

    Autre fait préoccupant, en dépit de l’augmentation importante de la part des femmes dans le secteur médical, les relations entre les deux sexes demeurent empreintes de sexisme : 86% des internes de médecine (95% des femmes et 68% des hommes) déclarent avoir été exposés à du sexisme et près d’un interne sur dix déclare avoir été victime de harcèlement sexuel.

    Avertissements, suspensions, radiations : des plaintes qui se perdent

    C’est peut-être le constat le plus fâcheux relevé par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes : les violences sexistes (remarques sexistes et/ou à connotation sexuelle, harcèlements, agressions, viols) dans le suivi gynécologique et obstétrical font encore trop peu l’objet de signalements et aboutissent rarement à des sanctions ou condamnations. Qui peut s’en étonner ? L’institution a étudié les 104 plaintes portées devant la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins de 2007 à 2016. Sur l’ensemble des poursuites, seules 29% ont conduit à une radiation du professionnel de santé. Pour le reste, on parle d’avertissement, d’interdiction temporaire d’exercer (d’un mois à trois ans), voire d’absence totale de condamnation (22 %). Des chiffres qui concernent uniquement les femmes qui ont osé porter plainte.

    Et toutes les autres ? Celles qui se sont murées dans le silence ? Qui méconnaissent leur droit ? Qui redoutent l’expertise judiciaire car elle comprend un examen gynécologique ?

    Difficile d’évaluer leur nombre. Mais le HCE est clair sur un point : tant que l’Ordre des médecins et des sages-femmes organisera des réunions de conciliation entre les victimes et leur agresseur, « un nombre conséquent de plaintes ne verront jamais le jour ». Pour rappel : ce mode de médiation est formellement interdit par la convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Que la France a ratifiée en 2014.

    Le petit documentaire :
    https://www.youtube.com/watch?v=fsRZ59Urc2I


    Et au détour des commentaires on apprend que Nisand donne des conférences sur la sexualité dans les collèges !!!! À l’aide !

    #santé_publique #sexisme #violences_obstétricales #violences_médicales


  • Le jeûne, une nouvelle thérapie ? - ARTE Boutique
    https://boutique.arte.tv/detail/jeune_nouvelle_therapie

    Dans les pays occidentaux, les cas de diabète, d’hypertension, d’obésité, de cancers se multiplient et la consommation de médicaments explose. Et s’il existait une autre voie thérapeutique ? Depuis un demi-siècle, en Russie, en Allemagne et aux États-Unis, des médecins et des biologistes explorent une autre piste : le jeûne. Réputé pour sa source d’eau chaude, le sanatorium de Goriachinsk, dans la plaine sibérienne, est aussi connu pour son centre de jeûne, créé en 1995. Atteints d’asthme, de diabète, de rhumatisme, d’allergie… les patients, très encadrés, n’ingurgitent rien à part de l’eau durant douze jours en moyenne mais la cure se prolonge parfois trois semaines. Après la douloureuse crise d’acidose des débuts, ils se sentent plus en forme et les deux tiers voient leurs symptômes disparaître après une ou plusieurs cures. Remboursé, ce traitement s’appuie sur quarante ans d’études scientifiques, malheureusement non traduites, qui ont démarré sous l’ère soviétique. Bien qu’elles soient inconnues hors de Russie, des médecins et chercheurs occidentaux creusent aussi ce sillon, même si, aux pays du médicament-roi, ils bénéficient de peu de subventions.

    Pour édifier @fil qui pense que j’ai rejoint une secte parce que j’ai jeûné une semaine :p

    #jeûne #santé


  • Tout sur ma mère - Le Monolecte
    https://blog.monolecte.fr/2018/06/25/tout-sur-ma-mere

    La dernière fois que j’ai parlé de ma mère, j’avais été convoquée au bureau de la psychologue de l’université et je pensais qu’il s’agissait là d’une procédure standard. Cela faisait déjà un bon bout de temps que j’avais rangé la question de mon enfance sous le boisseau et que je m’accommodais bien mieux de ce vide que de toute forme de sollicitude écrasante, pour ne pas dire de pitié.

    Après quelques questions d’usage, la psychologue avait embrayé sur ma mère et j’avais été à la fois fascinée et horrifiée de voir cette femme — somme toute parfaitement amène et probablement compétente — déclencher à ce moment un authentique réflexe de Pavlov. Elle s’est mise à saliver avec tellement de force et d’avidité qu’elle devait sans cesse aspirer ses mots avec de petits bruits de succion face auxquels je ne savais plus si je devais exploser de rire ou m’enfuir en hurlant. Je savais déjà que j’étais un cas, je mesurais à ce moment à quel point il pouvait littéralement mettre en appétit un professionnel de la #santé mentale.

    #administration #retraite #famille #EHPAD

    • Le problème, c’est que ce qui m’arrive est parfaitement normal. La forte augmentation (prévisible) des personnes âgées dans notre population a attisé les appétits des financiers depuis près de 20 ans et ils ont fait ce qu’il fallait pour verrouiller leurs profits.
      Quand ma grand-mère a refusé de retourner chez elle après une chute à 95 ans, je lui ai trouvé une place à la maison de retraite municipale : 1350€/mois pour un confort tout à fait semblable voire nettement supérieur à celui de la maison de retraite où est parti le grand-père qui avait de l’argent pour ses 6 derniers mois de vie à 2300€.
      Cela dit, même à 1350€, ma grand-mère était trop pauvre et le département a raqué directement la différence, vu que ma mère était majeure protégée. La loi fait que ma grand-mère avait le droit à 70€ d’argent de poche par mois.

      Même à 1350€/mois, dans le public, ça reste cher quand on voit le montant moyen des retraites et plus particulièrement celle des femmes, on comprend que ça coince.

      Donc, il existe l’aide à l’hébergement des personnes âgées pour faire face. En théorie, quand tu demandes cette aide, le département est habilité à te déplacer dans une maison de retraite plus à la hauteur de tes moyens : c’est du moins ce que m’avait raconté la tutrice il y a un an, quand elle m’avait annoncé qu’elle espérait bien me faire raquer. Le truc c’est que l’endroit où est ma mère n’est pas seulement un établissement privé du groupe Orpéa (bien cher : nettement au-dessus du salaire moyen du département), c’est surtout le seul établissement sécurisé… et là, personne n’a envie de la bouger.

      Parce que oui, la nécessité de surveiller ma mère, elle, n’a jamais été écartée.

      Il faut bien comprendre que la loi a été taillée sur mesure pour faire face à « la dette grise » qui est artificiellement créée par les tarifs de dingue des EHPAD. Dans la famille bourgeoise de mon compagnon, avec un EHPAD de métropole à 3000€/mois, il a fallu vendre la maison des vieux et les enfants ont été sollicités. Dans beaucoup d’autres famille, la fratrie réunie n’y suffit pas.

      J’ai des parents vieux pour mon âge, mais je pense que le racket des EHPAD va bientôt prendre toute son ampleur et enfin être perçu pour ce qu’il est : le moyen de bien sécher les classes moyennes.
      Tout ce qui a été méticuleusement mis de côté pendant toute une vie, la maison pour laquelle ils se sont saignés pendant 30 ans, tout cela devra être bradé pour payer quelque chose au prix d’un 3 étoiles et au confort d’une mauvaise auberge de jeunesse.

      Le bon côté des choses, c’est que ça va remettre un peu d’égalité devant l’héritage, puisque pour la plupart, il va disparaitre dans l’opération. De la même manière, la vente forcée des patrimoines immobiliers de la classe moyenne devrait avoir d’intéressantes répercussions sur le secteur du logement.

    • Courage Agnès !
      Après les fortunes construites sur les vacances du peuple voila les fortunes faites sur la vieillesse du peuple …
      J’imagine très bien ce qu’il en coûte de devoir rendre des comptes sur la non motivation à s’occuper d’une génitrice maltraitante.


  • « Tous mes symptômes auraient dû alerter les médecins » : quand le cancer du sein est mal diagnostiqué chez les jeunes patientes
    https://www.francetvinfo.fr/sante/hopital/tous-mes-symptomes-auraient-du-alerter-les-medecins-quand-le-cancer-du-

    La jeune femme qui habite à Rennes à l’époque se rend encore deux ou trois fois chez son généraliste, se plaignant toujours des mêmes symptômes. Celui-ci lui prescrit, pour la rassurer, une échographie et une ponction, autrement dit, un prélèvement d’un échantillon de la masse en question pour l’analyser. Mais ce dernier examen ne sera pas pratiqué. Selon Solène, le radiologue lui refuse. « Je m’en souviens comme si c’était hier, il m’a répondu : ’De toute façon, on ne fait pas une ponction à 25 ans’ », raconte-t-elle.

    • Il n’y a pas que les jeunes femmes.
      En 2010, comme je sens une boule dans mon sein droit, je vais à Paris en urgence à un rdv chez une gynéco, je me fais engueuler comme si j’étais stupide , « c’est votre glande mammaire madame, vous avez des seins, c’est tout à fait normal, tout va bien »
      En juin 2016, je vais voir en pleurs mon médecin traitant car je suis épuisée, je n’arrive plus à récupérer de ma fatigue, je me traine, je vais avoir 50 ans, j’ai pris d’un coup 20 kilos il y a 6 ans dont je ne me défais pas. Mais non, elle me fait faire tout les tests sanguins, cardiaques et elle zappe de m’ausculter et de m’envoyer faire une mammo.
      En décembre 2016, j’ai atrocement mal à la poitrine, je ne respire plus, panique, diagnostic du samu qui me mène aux urgences : burnout. Ils ne voient rien non plus.
      Juin 2017, j’exige une mammographie, dans la journée biopsie et mise à part la médecin qui n’a pas ouvert son courrier, 10 jours après je lui arrache les résultats de cancer du sein.
      Résultat : il a fallut retirer lors d’une 2em opération la chaine ganglionnaire parce qu’il y avait des métastases sous mon bras.

      je ne vois pas d’autre tag à mettre quand on ignore à ce point la parole des patientes
      #maltraitance_médicale

    • Pour autant, Mélanie Courtier n’en veut pas à son médecin, « c’est une très bonne généraliste ! »

      Je rêve...

      C’est arrivé à une de mes amies : elle fait un procès à son gynécologue et elle a bien raison.


  • En mathématiques, les filles restent des inconnues - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2018/06/21/en-mathematiques-les-filles-restent-des-inconnues_1660876

    C’est ensuite que tout se complique. Lola se voit reléguée tout au fond la classe  : 35e, 35e, 36e aux trois premiers contrôles. En janvier, elle doit choisir entre faire autre chose ou s’accrocher. A la maison, son père ne cesse de lui répéter que les filles sont meilleures que les garçons. Le stéréotype qui veut que les mathématiques ne sont pas faites pour les filles tourne dans l’autre sens. « J’ai repris les bases, repassé les programmes de 1ère et de TS, quand le professeur était déjà passé au programme de math sup. » C’est à ce moment qu’elle découvre le sexisme très ordinaire qui traîne dans les couloirs d’un grand lycée parisien. « On pardonne très facilement aux garçons de ne faire que des maths. Ils peuvent s’enfermer dans le travail, ne faire que bosser, passer de l’internat aux salles de cours en peignoir, en survêtement ou même en pyjama. C’est presque normal. On dira  : “C’est un bosseur”. Des filles, on attend autre chose. Il faut qu’elles soient sympathiques, qu’elles préparent le buffet pour les fêtes, qu’elles s’investissent dans la vie de la classe. Elles doivent “jouer les princesses” et passer du temps à se préparer. On perd un temps fou, et pendant ce temps, les garçons bossent et passent devant. Moi, je descendais comme j’étais, et tant pis si ça provoquait des remarques », s’agace Lola qui refuse la division surhommes et princesses, nouvelle version du « Sois belle et tais toi  ! ».

    #sciences #sexisme #beauté_fatale

    • Elyès Jouini, mathématicien, vice-président de l’université Paris-Dauphine et coauteur de plusieurs études, n’a pas beaucoup plus de certitudes pour expliquer la sexuation des maths. « Beaucoup d’efforts ont été réalisés pour réduire l’écart entre le niveau moyen des filles et des garçons. Mais, quand on regarde le haut du panier, les 5 % qui se trouvent tout en haut de la pyramide, les garçons s’imposent à chaque fois qu’il y a une sélection. Là, les #archétypes et les #stéréotypes fonctionnent, et quand il s’agit de se présenter à un concours réputé difficile, les garçons iront quand ils ont 12 ou 13, les filles attendront d’avoir 15 ou 16. Prenez un pays comme la #Norvège qui a sans doute le plus fait pour effacer les écarts entre femmes et hommes, le biais #mathématiques demeure. »

      #classes_préparatoires #solidarité_féminine #sororité #ENS #Polytechnique #concours #grandes_écoles

    • Je dois ajouter que près de 40 ans plus tard, je n’ai toujours pas digéré mon « très bien… pour une fille » qui sanctionnait un devoir de maths où j’avais juste le meilleur résultat de ma classe. J’ai vraiment pris ça comme une baffe. Et je continue à penser que j’avais raison de le prendre comme ça.
      Effectivement, j’ai aussi vu le biais de sélection où l’on pousse les garçons vers les matières scientifiques dès qu’ils arrivent à la mention assez bien, alors que pour les filles, ça reste "ouvert", même en bien ou très bien.
      De mon parcours scolaire, je garde le souvenir que mes performances dans les matières scientifiques étaient regardées comme des curiosités (voire des anomalies) alors que mes performances dans les matières littéraires étaient nettement plus valorisées et mises en exergue.

    • Revu Hidden Figures hier soir avec une normalienne physicienne. Bravo les meufs, je vous envie d’avoir su vous plonger dans une discipline reposant sur les maths malgré tous les clichés. Le pire étant que ça reformate nos désirs, notre confiance et nos capacités même à montrer qu’on a un cerveau qui fonctionne pareil. Le reste, le sexisme, les barrières formelles et informelles de la vie sociale, c’est en plus...

    • A propos de : Marianne Blanchard, Sophie Orange, Arnaud Pierrel, Filles + sciences = une équation insoluble ? Enquête sur les classes préparatoires scientifiques
      https://journals.openedition.org/lectures/21887

      Dans une configuration scolaire qui produit des classements « récurrents et affinés », l’interprétation de la sous-représentation des filles en école d’ingénieur en termes de « phénomènes d’autocensure manque l’essentiel, à savoir les mécanismes de construction de la croyance en sa valeur scolaire »


  • Adieu, mes trompes « RETARD → Magazine
    http://retard-magazine.com/adieutrompes

    Se faire retirer les implants est un véritable parcours du combattant. Il faut déjà trouver un.e chirurgien.ne qui soit convaincu.e des effets indésirables du dispositif, et donc enclin.e à les enlever. Beaucoup ne souhaitent pas risquer l’explantation sous prétexte que les effets secondaires seraient « dans la tête » des patientes. Bah oui, les femmes sont des petites natures névrosées qui s’inventent des problèmes, c’est bien connu. Ensuite, il faut trouver celui ou celle ayant déjà plusieurs expériences de retrait (rappelons qu’il s’agit pour l’instant d’une opération peu pratiquée ne bénéficiant d’aucune directive officielle) dont la technique de chirurgie semble sûre. C’est limite s’il n’est pas plus simple de trouver un nain de jardin bleu dans son frigo.

    J’ai rencontré plusieurs chirurgiens. Les discours paternalistes et culpabilisateurs de ces messieurs m’ont mise plus bas que terre à un moment de ma vie où j’avais désespérément besoin d’être soutenue. Je me suis sentie abandonnée par le corps médical et j’ai subi de plein fouet la misogynie crasse de la médecine :

     »Mais voyons Madame, une stérilisation à 29 ans, c’était de toute façon inconscient ! »

    #Essure


  • Roberto Saviano : « Le nouveau gouvernement italien a déjà causé trop de mal »
    https://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/06/21/roberto-saviano-le-nouveau-gouvernement-italien-a-deja-cause-trop-de

    Un texte fabuleux, à lire en entier.

    L’écrivain spécialiste de la Mafia et auteur de « Gomorra » s’insurge, dans un texte exclusif transmis au « Monde », contre la politique migratoire du ministre italien de l’intérieur, Matteo Salvini, et invite les autres pays européens à réexaminer la leur.

    Roberto Saviano

    L’écrivain et journaliste Roberto Saviano est né à Naples (Campanie) en 1979. En 2006, ses enquêtes sur la mafia ­napolitaine, la Camorra, lui valent des menaces de mort et une mise sous protection policière. Son livre le plus connu, Gomorra (Gallimard, 2007), a été un succès planétaire, aujourd’hui adapté en série télévisée. Mais la criminalité n’est pas son seul domaine d’intervention. Il a publié d’autres ouvrages, et il prend souvent part aux débats politiques et ­sociétaux qui agitent son pays. Il interviendra lors du prochain Monde Festival, dimanche ­7 octobre, à Paris, quelques jours après la sortie, le 4 octobre, de son premier roman, Piranhas, chez Gallimard.
    L’écrivain italien Roberto Saviano au Salon du livre de Göteborg (Suède), en septembre 2017.

    Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre. Personne en Europe ne peut le faire. Personne en Europe n’a la conscience assez propre pour se permettre d’indiquer aux autres le chemin à suivre pour résoudre la tragédie des migrants qui risquent leur vie pour rejoindre l’Europe. Personne ne peut le faire, parce que l’Europe a non seulement laissé l’Italie porter seule le poids d’une responsabilité qu’elle n’était manifestement pas en mesure de porter, mais aussi parce qu’elle a commis les mêmes erreurs de communication qui, en Italie, ont conduit au pouvoir des forces de droite, xénophobes et incapables d’assurer la cohésion sociale.

    L’Italie est en campagne électorale depuis 2013. Savez-vous ce que cela signifie ? Que tout est communication politique – et la communication politique est une chose très différente de la politique elle-même : c’est de la communication, de la vulgarisation, de la simplification. Cela signifie que les Italiens sont entourés, assiégés, écrasés sous le poids d’une politique qui, loin d’être réelle, se fait dans les talk-shows et sur les réseaux sociaux. Cela signifie que pour rester sur le marché, la presse et la télévision accordent de la place à quiconque, d’une manière plus ou moins provocatrice, parle aux citoyens furieux qui, dévastés par des décennies de berlusconisme, d’antiberlusconisme et de récession, estiment que le monde leur doit quelque chose, que l’Europe leur doit quelque chose.

    Cela signifie que ceux qui parlent des migrants comme d’un fléau à éradiquer obtiennent aussitôt de la visibilité, surtout s’ils ont gagné en crédibilité dans des milieux dits « de gauche ». Cela signifie que ceux qui parlent de l’Europe comme d’une utopie faillie et d’un système perfide sont considérés comme réalistes, au contraire de ceux qui parlent de l’Europe comme d’un projet commun à façonner et à améliorer.

    On ne compte plus les journalistes et les faiseurs d’opinion qui, à l’aube du nouveau gouvernement, mais aussi au crépuscule du précédent, adoptent déjà des positions xénophobes à peine voilées. Matteo Salvini est en train de mettre en œuvre la « méthode Minniti », la doctrine de ce penseur politique [membre du Parti démocrate, ancien ministre de l’intérieur] qui entendait – je ne sais par quel miracle – éloigner le spectre d’un gouvernement jaune-vert (ainsi appelle-t-on en Italie, avec une pointe d’ironie, le ramassis formé par la Ligue et le M5S) en proposant une ligne politique proto-léguiste.
    Infinie amertume

    C’est Marco Minniti qui, l’année passée, fut le premier à déclarer : « Nous fermerons les ports aux ONG. » C’est lui qui obligea, au moyen d’une politique médiatique sans précédent, les ONG à signer un code de conduite parfaitement arbitraire, dont l’effet immédiat a été de diviser un front humanitaire qui doit rester uni pour pouvoir défendre ceux qui viennent en aide aux plus faibles. C’est encore Minniti qui expliqua aux Italiens à peu près ceci : même si les chiffres des cambriolages sont en baisse, nous, nous ne nous intéressons ni aux faits ni aux statistiques, mais à vos sentiments et, si vous vous sentez en insécurité, nous étudierons les moyens de vous laisser davantage de marge de manœuvre pour que vous puissiez vous défendre seuls. Tout cela a préparé le terrain à ce qui est en train de se produire aujourd’hui – pas de stupeur donc, rien qu’une infinie amertume.

    Lire aussi : Un navire des garde-côtes italiens accoste avec plus de 500 migrants en Sicile

    Et pendant que tout cela se passe en Italie, que fait l’Europe exactement ? Où est l’Europe solidaire ? Quelqu’un a dit – à juste titre – que l’Italie, d’abord avec Berlusconi, puis avec Renzi, a accepté d’accueillir les migrants en échange d’une certaine souplesse économique. Mais est-ce possible que l’Europe ne se rende pas compte que cela ne pouvait pas fonctionner ? Est-ce possible que les chefs d’Etat européens mésestiment à ce point les effets de leurs politiques inefficaces, si ce n’est criminelles ?

    L’accord entre l’Allemagne et la Turquie pour fermer la route des Balkans a ouvert la voie à l’accord entre l’Italie et la Libye : des milliards d’euros ont été versés à des gouvernements antidémocratiques pour créer de véritables camps où la torture et les mauvais traitements sont avérés. En 2016, la Turquie a conclu avec l’Europe un pacte des plus juteux : 6 milliards d’euros sur trois ans ; l’an passé, la Libye a demandé à l’Italie 800 millions d’euros pour bloquer les flux migratoires. Ces fonds auraient pu servir à l’aide et à l’accueil. Mais, semble-t-il, nous préférons payer des tortionnaires pour tenir les problèmes loin de nos yeux plutôt que de chercher de réelles solutions.

    Et la France dans tout cela ? Elle a criminalisé la solidarité, exactement comme l’a fait le gouvernement Gentiloni et exactement comme est en train de le faire le gouvernement Salvini-Di Maio. Prenez le cas de ce guide de montagne, Benoît Ducos, interpellé par la police française pour avoir porté secours à une migrante enceinte à la frontière franco-italienne. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, mais un exemple criant qui nous dit ce qui se fait couramment, et nous raconte comment les gouvernements ont décidé de contrer les extrémistes de droite en cherchant à les battre sur leur propre terrain.

    En Italie, nous avons vu à quel point cette stratégie est un échec – espérons que les autres pays tireront les leçons de notre débâcle. Parce que, au cas où ce ne serait pas encore clair, voilà l’Europe idéale de Salvini, qui, comme parlementaire européen, est connu pour son absentéisme à Bruxelles et qui, comme ministre de l’intérieur, passera à la postérité pour sa campagne de communication contre les migrants.
    Racisme grossier

    Matteo Salvini s’installe au Viminal [siège du ministère de l’intérieur] et il en oublie que, dans son mandat, parmi ses priorités, il doit garantir la sécurité des Italiens, la vraie sécurité, menacée quotidiennement par les organisations criminelles – le contrat entre la Ligue et le M5S n’en parle pas, si ce n’est de façon tout à fait marginale. Matteo Salvini ignore ce que sont et comment opèrent les organisations criminelles. Matteo Salvini l’ignore et pour le dissimuler, il parle des immigrés. Pour le dissimuler, il fait de la communication sur les réseaux sociaux, des déclarations à propos desquelles, dans quelques années, les nouvelles générations nous demanderont de rendre des comptes. Concrètement : une bombe a explosé il y a quelques jours dans le centre historique de Naples. Comment le ministre de l’intérieur a -t-il réagi à ces graves problèmes d’ordre public et de criminalité organisée ? En s’occupant « D’abord des Italiens », pour reprendre un slogan habituel de la Ligue ?

    On en arrive à se demander quels sont les Italiens qui passent d’abord, étant donné que ceux du sud, où Salvini a pourtant été élu sénateur (dans la circonscription de Rosarno, en Calabre), sont victimes, plus que d’autres, de la violence des organisations criminelles mais ne rentrent pas dans son champ de vision myope, qui ne perçoit aujourd’hui que les immigrés qui servent à transformer en soutien électoral le racisme le plus grossier.

    A peine nommé, le ministre de l’intérieur déclare : « Pour les migrants, la fête est finie. » Quelle fête de naître en Afrique, de tout sacrifier et de s’endetter pour tenter de construire un avenir meilleur, dans l’espoir de pouvoir changer la donne et d’aider sa famille qui, en attendant, reste là-bas, parce qu’elle est trop nombreuse, parce qu’elle compte des femmes, des personnes âgées et des enfants qui ne supporteraient pas les souffrances d’un voyage long et éprouvant. Quelle fête de traverser le continent, de voyager entassé dans un véhicule conçu pour dix personnes qui en transporte cinquante. Quelle fête d’aller sans nourriture et presque sans eau, d’être dans la fleur de l’âge et pourtant si fatigué, épuisé, à bout et d’avoir, malgré tout, encore de l’espoir.

    Quelle fête d’arriver en Libye, de faire l’impossible pour ne pas rester prisonnier dans un camp de réfugiés, de chercher à ne pas devenir une monnaie d’échange entre des ravisseurs assoiffés d’argent et la famille restée au pays qui, pour aider celui qui s’enfuit en Europe, contracte des dettes qu’elle remboursera avec des années de labeur – un emprunt pour la liberté, un crédit pour acheter l’espoir.

    Quelle fête de payer sa place sur un Zodiac et d’être, peut-être, celui qui sera chargé de le diriger et qui se trouvera de fait considéré comme « passeur » au cas où les choses tourneraient mal. Quelle fête de passer des heures et des heures en mer. En mer calme, en mer agitée. En mer chaude et éblouissante le jour, froide et noire la nuit. Quelle fête d’être écrasé, entassé avec plus de cent personnes sur une embarcation qui prend l’eau de toutes parts, et de se trouver au centre, là où l’air manque, puis d’être assis au bord, les jambes ballantes, engourdies, glacées. Quelle fête d’être enfant et de vivre cet enfer, d’être mère, père, et de se sentir responsable d’avoir emmené ce que l’on a de plus précieux au monde dans une situation de danger extrême. Quelle fête quand le Zodiac ne tient plus le coup, qu’il prend l’eau et que la peur de couler vous tenaille.

    Quelle fête quand Malte, l’Italie et le reste de l’Europe tentent de se débarrasser de la patate chaude et de l’envoyer le plus loin possible. Quelle fête quand les ONG – ces « taxis de la mer » (copyright Luigi Di Maio), ces « vice-trafiquants » (copyright Matteo Salvini) – sont empêchées de porter secours à des êtres humains, mais que l’on donne le feu vert à la garde côtière libyenne, à elle oui, elle qui est de mèche avec les trafiquants (source : ONU). Quelle fête lorsque l’on transmet à la télévision des vidéos des opérations de sauvetage de cette même garde libyenne et que l’on coupe les longues minutes pendant lesquelles les militaires frappent les migrants, tirent en direction des embarcations et menacent le personnel des ONG.
    Impossible de me taire

    Quelle fête quand personne ne vient à votre secours et quand votre embarcation est en train de sombrer, emportant avec elle les corps à présent sans force de ceux qui ont supporté la séparation d’avec leur famille, le voyage à travers le désert, la faim, les coups, les tortures dans les camps libyens, les viols et violences de tout type. Pensons-y, merde, quelle fête ! Quand, dans cent ans, on sondera les fonds de ce petit bout de Méditerranée et qu’on y trouvera des centaines de corps humains, on se demandera quelle guerre s’est jouée là.
    L’Italie réitère l’interdiction aux ONG d’accéder à ses ports

    Rome persiste et signe : Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur et nouvel homme fort de la politique italienne, a réitéré, samedi 16 juin, l’interdiction aux ONG d’accéder aux ports de la péninsule, au risque d’envenimer encore les tensions européennes autour de la crise migratoire.

    Il s’est exprimé sur son compte Facebook : « Alors que le navire Aquarius navigue vers l’Espagne [arrivée prévue dimanche] deux autres navires d’ONG battant pavillon des Pays-Bas [Lifeline et Seefuchs] sont arrivés au large des côtes libyennes, en attente de leur cargaison d’être humains abandonnés par les passeurs. Que ces messieurs sachent que l’Italie ne veut plus être complice du business de l’immigration clandestine, et ils devront donc chercher d’autres ports (non italiens) vers lesquels se diriger. En ministre et en père, je le fais pour le bien de tous », a-t-il ajouté.

    Quelle fête quand les choses vont mieux, quand la marine militaire italienne donne son autorisation et que les « taxis de la mer » peuvent enfin commencer les opérations de sauvetage. Et quelle fête, ensuite, une fois monté à bord de ces « taxis », de savoir, ou d’avoir la nette intuition, que ces heures de navigation seront les seules au cours desquelles il sera possible, peut-être, de souffler un peu. Peut-être de dormir. Peut-être d’espérer que ces douloureuses plaies aux pieds, nus, qui, au sec, se sont ouvertes après être restées tout ce temps dans l’eau, sont le pire qui puisse arriver.

    Mais le pire, ce ne sont pas les pieds blessés, ce n’est pas la faim, ce n’est pas le manque de sommeil ni les pensées pour ces compagnons de voyage morts ou disparus. Le pire, c’est en Italie qu’il se produira, si les ports sont ouverts. Ou ailleurs si, comme ces jours-ci, le duo Salvini-Toninelli [ministre des infrastructures et des transports] ferme les ports aux « passagers » de ces délectables « croisières ».

    La « fête », pour quelqu’un qui a débarqué de nuit en Italie et obtenu un permis de séjour, peut avoir lieu de nuit, un samedi soir, alors qu’il aide des compagnons à se procurer de la tôle pour construire un refuge résistant aux flammes. La fête est soudaine. La fête est une balle tirée dans la tête. Soumaila Sacko est mort ainsi, en Calabre, à quelques kilomètres de Rosarno, la petite commune où Salvini a été élu sénateur. Soumaila avait un permis de séjour en règle. Je n’ose imaginer quelle est la fête pour celui qui n’a pas de papiers.

    Ce que je sais avec certitude, c’est que nous ne pouvons accorder de répit à ce gouvernement, qui procède à coups de déclarations, et que nous devons lui faire regretter le jour où, par égoïsme, intérêt et méchanceté, il a décidé – car, oui, il l’a décidé – que pour exister, il fallait devenir raciste. Voilà pourquoi, en ces heures comme jamais, il m’est impossible de me taire. En ces jours comme jamais, je me sens, et heureusement je ne suis pas le seul, comme un fleuve en crue qui doit expliquer pourquoi on ne peut laisser du temps au nouveau gouvernement qui, alors qu’il ne s’est pas encore mis sérieusement au travail, a déjà causé trop de mal. Un mal irréparable.
    Guerre fratricide

    Comment est-ce possible, me demanderez-vous, s’il est en place depuis si peu de temps ? C’est possible parce qu’il a été précédé par la longue et exténuante campagne électorale de la Ligue (Forza Italia n’a été qu’une béquille, le dindon de la farce) et du M5S qui ont, sans aucun scrupule ni limites, joué avec le point faible de ce pays dont le lien de confiance avec la politique était déjà définitivement rompu. Et pourquoi, me demanderez-vous, fait-il à présent confiance à deux mouvements politiques comme la Ligue et le M5S qui, aux yeux de beaucoup – dont je fais partie – sont aussi peu fiables que le Parti démocrate (PD) et Forza Italia (FI) ?

    D’abord, parce que ces partis savent communiquer sur les réseaux sociaux, ensuite, parce qu’ils entretiennent des rapports réels (et pas seulement virtuels) avec les électeurs, des rapports que FI et le PD n’ont plus depuis longtemps, mais surtout, parce que, même s’ils l’ont fait de la plus mauvaise façon qui soit, ils sont parvenus à faire passer ce message : « Chers Italiens, nous vous comprenons, nous sommes de votre côté. Vos peurs ? Elles sont justifiées. Votre rancœur ? Justifiée aussi. » Mais la Ligue et le M5S sont allés encore plus loin. En diffusant des informations et des chiffres faux, ils ont donné à beaucoup d’Italiens ce qu’ils voulaient : des ennemis en chair et en os.

    Une guerre vient d’éclater en Italie, une guerre longtemps restée silencieuse, et elle se mène sur deux fronts. Le premier est celui où s’opposent ce gouvernement et ceux qui tentent de dire qu’il n’offre pas de solutions réelles aux problèmes économiques et au mal-être du pays. Le second est un front où les victimes sont nombreuses et réelles, parce que c’est une guerre fratricide entre personnes qui souffrent. Une guerre dont dépend le destin de l’Italie et de l’Europe. Les migrants africains qui arrivent ici sont au centre de cette guerre, mais en apparence seulement ; en réalité, ce qui est en jeu, c’est le genre d’avenir que nous voulons construire, un avenir fait d’engagement et de travail, ou bien un avenir de terreur et de pauvreté. Nos actions d’aujourd’hui conditionneront davantage que ce que l’on peut prévoir (ou plus que ce que l’on veut bien voir) notre monde de demain.

    La guerre qui se joue n’est pas, comme les apparences pourraient le laisser croire, une guerre pour la fermeture des frontières ou la réduction du flux de migrants qui arrivent en Italie ; si c’était le cas, il conviendrait de rediscuter les accords signés avec l’Europe, et non d’armer les Italiens contre d’autres êtres humains.

    De ce point de vue, l’Aquarius a été un piège dans lequel nous sommes tous tombés et qui a servi à diviser l’opinion publique, à stimuler les passions et à étouffer toute réflexion. D’un côté, il y a ceux qui, malgré les 630 êtres humains en mer, estiment juste de donner une leçon à l’Europe et, de l’autre, ceux qui jugent insensé d’instrumentaliser 630 âmes pour obtenir des négociations. Reste que nous avons tous perdu de vue le cadre d’ensemble. Qui est plus ou moins le suivant.
    La propagande et les faits

    L’objectif du « zéro débarquement » en Méditerranée n’est que de la propagande criminelle. Cela n’arrivera pas du jour au lendemain – cela n’arrivera de toute façon jamais. Matteo Salvini – c’est la ligne partagée par la Ligue et le M5S et c’est ce que nous souhaitons tous – dit vouloir empêcher d’autres tragédies en mer et soustraire les migrants à la voracité des trafiquants d’êtres humains de Libye et à celle des organisations criminelles d’Italie, mais la propagande est une chose, les faits en sont une autre. Le « zéro débarquement », tous les prédécesseurs de Salvini ont essayé d’y parvenir avant lui, avec les mêmes recettes et le même fiasco (construire des camps en Libye ne marche pas ; ce qui marche, c’est respecter les droits de tous les êtres humains). Salvini est juste plus ostensiblement mauvais et il a des alliés au gouvernement qui le soutiennent.

    Au fil des ans, nous avons accordé des fonds à des pays instables, nous avons arrosé trafiquants et criminels avec l’argent des Italiens et des Européens sans rien résoudre, parce que tant qu’il y aura des personnes pour vouloir quitter l’Afrique et venir en Europe, en l’absence de moyens légaux de le faire, il y aura des personnes pour prendre leur argent et les y conduire.

    Pour les Africains, les portes de l’Europe sont closes et l’unique voie est celle de la clandestinité – et il se trouve que ce sont les mafias libyennes qui les font passer (en moyenne 100 000 par an). Il existe une demande mais aucune offre légale pour la satisfaire. Qu’importent les méthodes brutales de Matteo Salvini et les discours mielleux de Luigi Di Maio, c’est la loi du marché la plus élémentaire : quand il y a une demande, il y a une offre, légale ou non.

    Pouvons-nous accueillir tout le monde ? Non. Mais la part assumée par l’Italie n’est pas telle que l’on pourrait dire : « Là, c’est bon, ça suffit ! » Je me demande souvent quelle est la solution, comme s’il existait une solution qui pourrait résoudre le phénomène de la migration. Il n’existe pas une solution définitive, mais plusieurs pas à accomplir.

    Premièrement : régulariser tous les immigrés clandestins qui se trouvent aujourd’hui en Italie : en 2002, Roberto Maroni l’a fait en donnant des papiers à 700 000 immigrés qui se sont aussitôt transformés en 700 000 contribuables ; l’actuel gouvernement peut et doit aussi le faire.
    Consicence endormie

    Deuxièmement : plancher sur la réglementation sur les visas et cesser de donner de l’argent aux mafias libyennes, parce que ce sont des geôliers que nous payons. Ces fonds pèsent sur notre budget mais surtout sur nos consciences, même si, après tant d’années de campagne électorale au ras des pâquerettes, bien des Italiens ont la conscience endormie.

    Troisièmement : passer des accords avec les pays européens pour que les permis délivrés en Italie permettent de circuler et de travailler dans l’ensemble de l’Union européenne. Ce qui signifie faire de la politique et arrêter de bavasser. Sans cela, il est facile de prédire ce que nous vivrons dans les prochains mois et les prochaines années.

    Ces derniers jours, les migrants de l’Aquarius ont été retenus en mer pendant deux jours, alors que ceux qui étaient à bord du Diciotti [navire de la garde côtière italienne] ont pu débarquer à Catane. Y aurait-il des migrants de classe A et d’autres de classe B ? Sur l’Aquarius, il y avait des gens provenant d’opérations de sauvetage de la garde côtière italienne ; la prochaine fois, j’imagine qu’aucun ne voudra quitter le navire des « secours » officiels pour aller sur celui d’une ONG pour qui, vraisemblablement, les ports resteront fermés dieu sait combien d’heures ou de journées.

    Mais les conséquences de tout cela, nous les vivons en Italie, où la guerre qui est en train de se jouer est une guerre fratricide entre des Italiens qui le sont depuis des générations et des migrants qui, en situation régulière ou irrégulière, vivent désormais dans ce pays et y travaillent souvent pour une misère, dans des conditions proches de l’esclavage.

    Paradoxalement, quand on se concentre sur ceux qui doivent encore arriver dans ce pays, on en perd de vue les droits de ceux qui s’y trouvent déjà : des droits qui appartiennent à tout être humain, en possession ou non d’un permis de séjour. Mais – et voilà le mal principal – la vague de haine que certains alimentent envers les Africains qui n’ont pas encore posé le pied en Italie se déverse sur les immigrés qui y vivent déjà. Nous assistons à une régression du lien social, à la montée d’une vague nationaliste et raciste envers tout ce qui est perçu comme un corps étranger.

    Et l’Europe dans tout cela ?

    Mais la triste vérité, c’est que, malgré tout, ce gouvernement plaît – et ses soutiens se multiplient – parce qu’il indique des cibles, des ennemis à lapider, des catégories de personnes contre lesquelles se battre. Que cela plaise ou non aux Italiens de se l’entendre dire, c’est comme cela. Or l’énorme masse des Italiens « d’origine contrôlée » qui vivent dans la souffrance et l’intolérance n’amélioreront en rien leur propre condition en s’armant contre les migrants, avec ou sans permis de séjour. Bien au contraire, quand les droits sont garantis même aux minorités, la communauté entière en bénéficie. Les retombées sur la société et la sécurité sont immédiates.

    Il a fallu des dizaines d’années à des communautés entières pour s’intégrer, et il en suffit de quelques-unes pour que tout s’effondre comme un château de cartes sous les coups portés par ce nationalisme qui est en train de tous nous faire devenir les ennemis de tous. Une fois encore, je pose la question : et l’Europe dans tout cela ? L’Europe s’est déjà faite à l’idée que l’Italie était perdue. Comment interpréter autrement les jugements d’Emmanuel Macron et de son entourage à propos de Matteo Salvini ? Si un écrivain, un intellectuel, un journaliste de quelque nationalité que ce soit disait que la stratégie de celui-ci est « à vomir », il ne ferait qu’exercer son droit à la critique, qui est légitime. Mais quand c’est l’équipe d’un chef d’Etat qui le dit, c’est la preuve que l’Italie est déjà sortie de l’Europe.

    Si l’Europe faillit à sa mission d’accueil et d’intégration, il est du devoir de l’Italie de se faire la chef de file d’un mouvement pour un changement vertueux, et non de sombrer dans le nationalisme le plus abject. Et les responsables européens qui ne sont pas à la hauteur de la situation feraient mieux de se taire plutôt que de lancer des insultes par calcul, parce que des vies humaines sont en jeu, et que quand des vies humaines sont en jeu, le calcul politique n’est que cruel cynisme.

    Traduit de l’italien par Valentine Morizot

    #Migrants #Italie #Europe #Humanisme


  • Qu’est-ce qu’un riche ?, dessin de L.L. de Mars

    Je voudrais revenir sur cette idée de la violence.

    La violence j’ai toujours été contre. Et je comprends aujourd’hui à quel point cela fait de moi un bon bourgeois. J’ai enfin compris. Il m’a fallu le temps. Et pourtant cela faisait des années que je remâchais sans cesse une citation de Jean-Luc Godard à propos du cadrage, mais à vrai dire j’ai tellement de mal, chaque fois que je veux la produire, d’en retrouver l’originale, au point même de douter de l’avoir jamais lue ― sans parler que chaque fois que je la cherche sur Internet, je retrouve des traces de mes citations précédentes, je crois que je devrais m’interroger à propos de cette citation dont Godard n’est peut-être pas l’auteur véritable pas plus que de Vent d’Ouest, passons ―, c’est une citation à propos du cadrage, mais dont l’exportation dans tant de champs est possible. À propos du cadrage donc, Godard aurait dit, pensé ou écrit, que l’on parle souvent de la violence des crues et nettement moins souvent de celle des berges qui enchâssent le fleuve dans son lit le reste de l’année. Et il me semble qu’avant même de parler de cadrage cette citation de Godard parle surtout de violence.

    Or la violence des berges n’a jamais été aussi violente, féroce même.

    Mais, la violence des berges est invisible, par définition, en grande partie parce qu’elle est quoti-dienne. Mais ce n’est pas parce qu’une chose est invisible qu’elle n’existe pas, a fortiori si elle est quotidienne.

    Je donne un exemple. Le premier mai, le cortège de tête aurait été violent. C’est possible. On doit pouvoir chiffrer la chose avec la comptabilité de quelques factures de vitrier, c’est-à-dire pas grand-chose, je ne sais même pas si on peut parler d’une crue, une vaguelette est passée au-dessus des berges. Or, au même moment ― et il y a une certaine violence dans ce au même moment ― les berges, elles, ont été d’une violence inouïe (et je ne parle pas, même pas de la violence policière ce jour-là, qui, nul doute, a sans doute été le déluge habituel), non : Macron a annoncé sa volonté de supprimer l’exit-tax, dispositif fiscal qui lutte contre l’évasion fiscale, veillant à poursuivre celles et ceux qui s’en rendent coupables, d’une part, mais aussi de leur faire payer leurs éventuelle velléités de relocaliser leurs capitaux échappés ― au motif, sans doute, qu’on ne peut pas se contenter de dépenser tout ce bel argent dans les pays pour lesquels l’argent n’a pas d’odeur, ou dit autrement, on peut seulement manger autant de chocolat et avoir autant de montres à ses poignet, pour les voitures de courses, on est coincé, le pays hôte ne semble pas en fabriquer. Il m’arrive de demander ce qu’il se passe dans la tête des adeptes de la grande théorie du ruissellement, se pourrait-il qu’ils et elles en soient convaincues elles-mêmes ? Des fois il est étonnant de voir comment tous ces penseuses et penseurs de droite parviennent surtout à se convaincre eux-mêmes. Passons. Dans le cas de l’annulation future de l’exit-tax, ce n’est plus une facture, voire des factures, de vitriers, ce sont carrément des millions, possiblement des milliards que l’on dérobe à des personnes qui en ont besoin, nous tous et toutes, certaines parmi nous, qui en ont crucialement besoin pour être logées, nourries soignées, autant dire des besoins tout ce qu’il y a de fondamentaux, et l’argent de ce rapt des berges est ensuite dirigé vers des organismes, des corps et des institutions qui d’une part n’en ont pas vraiment besoin, mais qui en plus n’en feront rien de bien, rien d’utile, rien de nourrissant, sauf pour eux-mêmes, mais plus j’y pense et plus je me demande qui sont-ils et elles celles et ceux qui effectivement y ont intérêt. En fait c’est toujours devant ce seuil infranchissable que ma compréhension des raisonnements économiques cesse, parce que cela devient littéralement abstrait, ce que j’en perçois c’est que cela relève du systémique, que le système profite au système, lequel ruisselle, en fait, le moins possible et dans des écuelles parfaitement désignées qui sont celles de celles et ceux les seuls vraiment affairés à travailler à cette limitation du ruissellement tout en expliquant à quel point il est vital. Bref pour singer Edouard Levé dans Autoportrait, je comprends le début de la fin et la fin du début, le début du début de la fin et la fin du de la fin du début, ou encore la fin du début de la fin et le début du début de la fin, c’est après que je ne comprends plus.

    Et jusqu’à maintenant, je me tenais hésitant sur ce seuil, puisque ma compréhension ne parvenait pas à aller plus loin quelle était ma légitimité à me joindre à celles et ceux qui elles et eux ont compris depuis longtemps, d’une part qu’il y a duperie, c’est entendu, un ruissellement vers l’amont et non vers l’aval n’est pas un ruissellement mais une captation, mais d’autre part aussi que pour rétablir le cours naturel du ruissellement, il n’y avait qu’une seule solution, le renversement, et étant donné la taille du plateau, cela ne se ferait sans doute pas sans violence.

    Et il aura fallu un dessin de mon ami L.L. de Mars pour que je comprenne qu’il n’y avait justement plus rien à comprendre. Ce dessin c’est celui que j’ai mis en tête de cet article. C’est ce dessin, comme aucun graphique, aucune courbe, aucun fait, qui décrit, avec précision, la violence des berges qui est normalement invisible, transparente.

    Un dessin vaut parfois de longs discours.

    #pendant_qu’il_est_trop_tard

    • On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent
      Mais on ne dit jamais rien de la violence
      Des rives qui l’enserrent

      Je comprends bien l’idée, mais.
      A part lorsque les rives sont fabriquées par les aménageurs des territoires, ce sont le plus souvent les fleuves qui creusent leur propre lit et de fait, s’enserre dans des rives créés par eux-mêmes. Sont-ce les pauvres qui s’enserrent dans des lois qu’ils auraient dictées ?

    • @philippe_de_jonckheere ça doit paraitre salement autocentré de relayer un article avec un dessin dedans, mais c’est pas le dessin qui me motive, j’ai quelques potes qui ne vous suivent pas dont j’aimerais qu’ils lisent l’article . Je crois que les processus de décillement sont des faits politiques moins observés et commentés que les autres, et pourtant vraiment passionnants (si quelqu’un a des références de travail là-dessus, ça m’intéresse). J’ai très brièvement évoqué je-sais-plus-où le long fondu enchaîné qui m’a conduit de gros con d’un tropisme socio-culturel misogyne à féministe, et de plus en plus, c’est ces moments rarement décrits qui m’intéressent (mes amitiés politiques, désormais, ne sont pas les choses les moins étranges au regard de mon espèce d’apolitisme misanthropique et de mon horreur apriorique du militantisme des années 80, celles de mon adolescence) ; en substance, quelque part, ils doivent contenir les modalités d’une action politique possible, d’un mouvement qui par le partage de l’expérience pourrait assez favorablement remplacer la tentative de conviction militante, l’argumentaire politico rationnel etc., utiles sans doute mais peu efficaces. Et même si l’efficacité est une notion dangereuse - je pense que devant la violence extrême qui « nous » est faite, nous avons besoin d’efficacité.

    • @philippe_de_jonckheere question, Phil : qu’est-ce qui dans ce faite précis -la décision de Macron de supprimer l’exit tax - s’est combiné à d’autres choses ( et auxquelles si ça vous revient) a rendu ce fait assez décisif pour que vous puissiez formuler plus clairement que jamais cette intériorisation nouvelle, cette clarté subite sur un truc auquel vous étiez confronté sans l’avoir jusque là compris de telle façon ? Dans un faisceau de choses quotidiennes (invisibles, donc), quel fait nouveau, ou quelle nouvelle combinaison déclenche leur nouvelle lecture ? Qu’est-ce qui nous change ? (obsession du moment, pardon)

    • Laurent

      Question plus difficile à répondre qu’une autre. Et je me la posais avant que vous ne me la posiez, c’est d’ailleurs le point de départ de cette rubique de « Pendant qu’il est trop tard ».

      La bascule complète, cela ne vous étonnera pas de trop, c’est le plan autisme du gouvernement avec cette parole délirante du premier sinistre, faut qu’on s’occupe des autistes parce que ce serait bête de passer à côté de leur force de travail future. Ca commençait déjà à craquer de partout, mais là, tout d’un coup j’ai vu au travers, j’ai vu ce qu’il y avait derrière (et d’ailleurs il n’y a rien derrière, et là autant vous dire cela rejoint la fin du Secret, votre merveilleux album de bandes dessinées).

      C’était comme si j’avais toujours su que cette histoire de travail était un mensonge, en plus d’être une aliénation, mais que chaque fois que je tentais de me le démontrer à moi-même, je butais sur un dernier petit doute, qui n’était pas toujours le même, et que ces petits doutes s’amalgamant les uns aux autres, m’empêchaient de bien voir, et puis cette parole délirante, on va coller les autistes au travail. Et là j’ai ma preuve, définitive, irréfutable.

      Et depuis que je sais ça, je m’emploie à rechercher et agrandir les coutures qui craquent, en espérant inviter d’autres à regarder par ces interstices. Mais je remarque que c’est très difficile à faire, parce que c’est comme le conte enfantin du roi nu. Moi-même j’ai refusé un temps d’admettre que le roi était et est nu, même quand on me le faisait remarquer (notamment vous ou certaines de mes lectures) et en cela j’ai souvent le sentiment honteux et rétropescitf d’avoir participé à l’aveuglement collectif en refusant d’admettre cette évidence.

      D’ailleurs pour moi l’exemple de l’aveuglement c’est les Papers. A chaque nouveau Papers, Paradise papers, Panama Papers, leaks etc..., on se dit cette fois c’est bon, on ne va pas pouvoir nous raconter de carabistouilles et c’est au même moment qu’on nous explique la théorie de ruissellement qui est naturellement une insigne fumisterie et pendant ce temps-là après les journaux ont fait coup double, à la fois en vendant du papier et s’achetant une nouvelle virginité, on oublie justement le contenu des Papers (une information insignifiante en chassant une autre, surtout si cette dernière était signifiante) et autres fuites d’informations parfaitement avérées, elles, au contraire des constructions et théories folles.

      Donc pour synthétiser la réponse, un jour que je portais mes lunettes, qu’elles étaient propres, que je venais de boire mon café que j’étais bien réveillé, le jour s’est fait au travers d’une déchirure de la toile de fond de scène, j’ai eu une vue imprenable sur les coulisses et depuis je tente de provoquer d’autres occasions d’être décillé et de déciller.

      Et pourquoi l’exit-tax et les casseurs-cueilleurs du premier mai, parce que c’était en même temps, les deux articles étaient l’un à côté de l’autre dans la un du Monde et qu’il n’y avait qu’un geste à faire, celui #de_la_dyslexie_créative en somme.

    • @intempestive @odilon je trouve votre interprétation limitative, elle rend la métaphore contreproductive.

      la légitimité de la berge en tant que contrainte ne découle pas du fait qu’elle ait été générée par le fleuve, elle en est tout autant le résultat d’une contrainte géologique. D’ailleurs, quelle part de décision, de libre arbitre dans la création des berges par le fleuve ? L’un n’est pas plus ni moins responsable que l’autre, susceptible d’être étudié que l’autre.

      Si la crue du fleuve est dangereuse, elle est aussi vitale : qu’en saurait-il été de l’agriculture égyptienne sans le dépôt des limons fertiles ?

      la métaphore est juste la aussi, si quelques âmes émoustillent leur sens artistique en satisfaisant une sorte d’exhibitionnisme, nombreux sont ceux qui ont besoin de tâtonner, de faire leurs erreurs ou leurs approximations dans leur coin sans publicité avant de montrer le fruit d’un travail « personnel ». Bien sûr qu’un besoin excessif de contrôle est dangereux pour l’innovation, la créativité (sur la zad de nddl ce n’est même plus métaphorique), bien sûr que c’est une violence et elle n’est pas plus acceptable ni légitime que la violence du fleuve.

      Le plus violent c’est justement qu’elle se prétende non susceptible d’être remise en question, tout en jugeant et condamnant le fleuve, et que bien des personnes y croient !

      There is no alternative !

      Alors, oui, parlons en des crues ! Mais oui, parlons aussi des berges ! Enfin, c’est mon point de vue, ma lecture, du coup la vôtre m’a fait tiquer ;)


  • Ce milliard d’euros que Pôle emploi réclame aux chômeurs
    https://www.franceinter.fr/emissions/secrets-d-info/secrets-d-info-17-mars-2018

    Pôle emploi a versé à tort près d’un milliard d’euros. C’est ce qu’on appelle des « trop-perçus ». Pour les demandeurs d’emploi qui doivent rembourser cet argent, c’est une véritable épreuve. Enquête.

    #radio #audio #chomage #guerre_aux_pauvres

    voire aussi :
    Rembourser Pôle emploi, le casse-tête de milliers de chômeurs
    https://www.mediapart.fr/journal/economie/290518/rembourser-pole-emploi-le-casse-tete-de-milliers-de-chomeurs

    Les personnes concernées ne font que rarement partie des 3,4 millions de chômeurs inscrits à Pôle emploi dans la « catégorie A », objets de tous les débats publics, qui cherchent un poste et n’ont pas du tout travaillé durant le mois. Ceux qui sont le plus touchés par les trop-perçus sont parmi les 2,1 millions d’inscrits des
    « catégories B et C », parce qu’ils cherchent un emploi mais travaillent un peu – moins de 78 heures dans le dernier mois pour les
    « catégorie B », et plus de 78 heures pour les « catégorie C » (lire ici le portrait de certains d’entre eux fait par Mediapart).

    Ces travailleurs à temps partiel subi (en « activité réduite » selon la terminologie officielle), très largement absents de la conversation nationale, sont en constante augmentation : 162 000 de plus en un an, et 419 000 en trois ans ! Tous peuvent cumuler le montant de leurs petits salaires avec une partie de leurs allocations chômage, s’ils y ont droit, dans la limite d’un plafond calculé pour chacun. Dans la pratique, ils sont environ 800 000 à avoir recours à ce cumul chaque trimestre.

    Ce sont ces « cumulards » qui se voient réclamer, à plus de 80 %, les trop-perçus versés par Pôle emploi. L’Unédic, l’association qui gère les ressources financières dévolues à l’assurance-chômage, s’est émue l’an dernier de ces « indus ». Entre août 2016 et juillet 2017, elle a dénombré 2,2 millions d’indus mensuels, pour un total d’un milliard d’euros (alors qu’environ 30 milliards d’euros d’allocations ont été versées en 2017). Les montants en jeu ont explosé, avec une hausse de 36 % entre janvier 2015 et décembre 2017, et cela ne devrait pas s’améliorer tant qu’augmente le nombre de demandeurs d’emploi en activité réduite.

    • oui et dans l’émission radio il est question des personnes qui renoncent à leurs droits par peur des poursuites pour trop percu. C’est exactement la raison pour laquelle j’ai renoncé à mes droits. Lorsque tu est indiqué comme trop percu on te met sur un registre de fraude, j’ai une connaissance qui a eu ce problème. Après moultes galères elle a pu prouvé que c’etait une erreur de la CAF et non d’elle et qu’elle était irréprochable. Mais elle est toujours inscrite comme fraudeuse car parait il on ne peu pas etre effacé de ce fichier. Ce qui veux dire que lorsqu’elle fait un payement par CB ou n’importe quel démarche elle est signalé comme fraudeuse.

      Sachant plusieurs histoires de ce genre j’ai laissé tombé après 2 ans de démarches et 10 mois de mise en attente de mon dossier et le recours à 5 assistantes sociales différents. 6 mois après mon abandon la CAF me telephone et me dit que j’ai le droit à quelquechose. J’ai raccroché le tel au nez du mec.

      Le fait de poursuivre pour fraude permet une prescription de 10 ans au lieu de 3 ans.


  • À Vittel, Nestlé privatise la nappe phréatique
    https://reporterre.net/A-Vittel-Nestle-privatise-la-nappe-phreatique

    Une longue file de camions coule à travers les rues de Vittel en direction de l’autoroute A31. Dans leurs immenses bennes, des milliers de bouteilles d’eau attendent de se déverser dans les rayons des supermarchés français et européens… D’Allemagne au Japon, on s’abreuve d’eau vosgienne. Qu’elles s’appellent Hépar®, Contrex®, Vittel®, chaque goutte provient de ces sous-sols vosgiens riches en minéraux. Et chaque centime revient dans le portefeuille de #Nestlé Waters, propriétaire des marques.

    Des centaines de millions de litres du précieux liquide sont ainsi extraits, chaque année, des profondeurs lorraines. Tant et si bien qu’une de ces nappes souterraines, la plus profonde et la plus importante, est menacée d’épuisement. Mais plutôt que d’exiger de la multinationale qu’elle réduise ses prélèvements, élus et industriels envisagent ni plus ni moins de serrer la ceinture hydrique des habitants. Bientôt, à Vittel, l’eau des robinets ne proviendra peut-être plus du sous-sol, mais sera acheminée par pipeline sur des dizaines de kilomètres.

    #eau #privatisation #prédation


  • L’homme qui a utilisé l’art moderne pour torturer des détenus | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/161005/histoire-guerre-espagne-alphonse-laurencic-checas-torture-art-moderne

    Pour bien cerner cette histoire, il faut tout d’abord rappeler le contexte de cette période sombre qui a marqué l’Espagne. En 1936, après le coup d’État de l’armée, deux camps s’affrontent : les nationalistes et les républicains du Front populaire.

    Dans le second, le Service d’information militaire (SIM), un service de contre-espionnage, est créé à l’été 1937 pour débusquer les espions infiltrés ou les ennemis présumés. Parmi ces derniers, des nationalistes, mais aussi des anarchistes et des communistes libertaires anti-staliniens.

    Pour les faire parler, des cellules appelées « checas » sont créées. À l’intérieur de ces gêoles basées principalement dans trois villes –Madrid, Valence et Barcelone– et inspirées par celles de l’Union soviétique (« Tchéka » étant le nom de la police politique combattant les ennemis du bolchevisme), plus de 8.500 personnes ont été tuées.

    Si le SIM n’a pas attendu Laurencic pour construire ces cellules, c’est bien le Français qui a imaginé les plus perverses.
    Armoires diaboliques


    À la demande des chefs du SIM, Laurencic a d’abord dessiné des pièces dans lesquelles les détenus étaient placés dans des armoires d’une hauteur variant de 1m40 à 1m60, de cinquante centimètres de largeur et quarante de profondeur. Les hommes y étaient enfermés pendant des heures, évidemment incapables de se tenir droit.

    Dessin des « cellules armoires » | DR

    Ils pouvaient s’asseoir, mais le siège était incliné, de façon à ce qu’ils soient toujours sur la pointe des pieds. L’espace était tellement étroit que le détenu ne pouvait changer de position, de même qu’il lui était impossible de se protéger les pupilles de l’ampoule électrique constamment allumée au niveau de leur visage.

    « Urduena [l’un des bourreaux, ndlr] pensait que le fait de rester cinq à dix minutes dans cette position saurait calmer les plus récalcitrants », expliquait Laurencic lors de son procès.


    Dessins qui rendent fou

    Laurencic a également utilisé les couleurs pour faire craquer les détenus dans quatre « cellules psychotechniques », en privilégiant des vitraux verts.

    C’est Santiago Garces, le chef du SIM, qui lui a conseillé cette couleur « triste, lugubre, comme un jour de pluie, qui prédispose à la mélancolie et à la tristesse ».

    Carnet de dessins des cellules d’Alphonse Laurencic | DR

    Ces pièces construites dans l’ancien jardin du couvent de Santa Maria Magdalena Madres Agustinas, situé dans la rue Vallmajor de Barcelone, étaient toutes goudronnées –à l’intérieur comme à l’extérieur– et orientées vers le sud, de telle sorte qu’elles étaient quasiment constamment baignées par la lumière du soleil.

    On imagine sans mal la peine que les détenus avaient pour respirer, en raison de la chaleur étouffante et de l’odeur.


    Dessin d’une « cellule psychotechnique » | DR

    Autre ignominie, le « lit ». Mesurant 1m50 de long et soixante centimètres de large, il était incliné de vingt degrés, pour éviter que le détenu puisse se reposer : quand ce dernier s’endormait, son corps s’affaissait.

    Il était également impossible de marcher dans la cellule, puisque des briques étaient apposées sur le sol. Pour déstabiliser encore davantage les prisonniers, une horloge était quotidiennement avancée de quatre heures, sans qu’ils ne puissent s’en apercevoir.

    Pour couronner le tout, les murs étaient incurvés et couverts de motifs géométriques –cubes, dés, damiers, spirales, points, cercles, lignes horizontales– de différentes couleurs, ainsi que d’œuvres abstraites et surréalistes inspirées notamment par l’école du Bauhaus et ses figures majeures : Kandinsky, Moholy-Nagy, Itten...

    « Laurencic avait travaillé dans le Berlin de la République de Weimar en tant que musicien et décorateur. Il s’est imprégné de toutes les sources de l’école du Bauhaus, très à la mode dans les années où il y a vécu, entre 1926 et 1933 », explique Susana Frouchtmann, auteure de l’ouvrage qui lui est consacré et qui a découvert par hasard leur « lien de parenté ».


  • IMPORTANT : Ma collaboration avec Orient XXI a pris fin.
    Il y a 5 ans, je rejoignais un beau projet qui n’était alors qu’une idée. J’y ai mis toute mon énergie, mes compétences et mon coeur. Je m’y suis entièrement consacrée, le plus souvent dans l’ombre. Aujourd’hui cette aventure se termine pour moi. Je tiens à remercier tou-te-s les personnes qui m’ont soutenue et ont soutenu ce média, par amitié pour moi, par intérêt pour mon travail et pour le Journalisme.
    Je n’aurais pas fait tout ça sans vous et si ce n’était pour vous. J’espère avoir prochainement des annonces à vous faire mais n’ai rien de concret pour le moment. Je reste joignable par mail wardamdjournaliste@gmail.com.
    Encore merci à chacun-e de vous. Avec toute mon amitié.