• Face aux enfants tyrans, des parents en détresse se forment à la non violence
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/12/11/face-aux-enfants-tyrans-la-resistance-non-violente_5395979_1650684.html

    Au CHU de Montpellier, un programme inspiré de Gandhi aide les parents à désamorcer les comportements agressifs de leur enfant.

    « Mon fils, il se sent propriétaire de la maison, c’est comme si c’était nous qui vivions chez lui. Il voit déjà comment déshériter sa sœur, mettre des appartements en location… », raconte une femme, dont la lassitude perce dans la voix. « Ma fille, c’est un peu pareil. Elle dit : “c’est Ma partie de canapé. Mon chat. Mon assiette.” Si je veux entrer dans sa chambre, elle m’attaque », soupire une autre.
    Dans une grande salle de réunion du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Saint-Eloi, au CHU de Montpellier, ils sont une dizaine, femmes seules ou couples. Devant chacun, une étiquette avec un prénom, celui de leur enfant, devenu pour certains leur « bourreau ». « C’est sa chambre, mais c’est aussi chez vous, rebondit le docteur Nathalie Franc, praticien hospitalier, qui coanime cette réunion. Les parents doivent reprendre leur territoire, et c’est pour cela que faire un sit-in dans la chambre de l’enfant est intéressant. C’est un moyen pacifiste de dire : je suis là, je n’ai pas peur. »
    Hiérarchie familiale inversée

    « Reprendre le territoire », mais aussi « présence parentale », « réseau de soutien », « réagir à froid »… Autant de mots-clés avec lesquels ces parents apprennent ici à se familiariser. Depuis des mois, voire des années, ils avaient vu la hiérarchie familiale s’inverser, leur enfant ou adolescent prendre le pouvoir par la violence, les menaces, les manipulations. Ces familles sans antécédent de problème éducatif ont souffert le plus souvent dans le secret, d’autant plus facile à garder que les comportements tyranniques de ces jeunes sont en général ­concentrés au sein de la famille, et quasi inexistants à l’extérieur.
    Depuis six semaines, chaque jeudi à l’heure du déjeuner, ils se retrouvent pour une séance de groupe d’une heure trente, animée par Nathalie Franc et Florence Pupier, une autre pédopsychiatre du service.

    Objectif de ce program­me, quasi unique en France : désamorcer la violence, éviter l’escalade, et reprendre l’autorité grâce à une approche de résistance non violente (RNV). Inspiré des actions politiques de Gandhi et de Martin Luther King, le concept a été décliné et validé pour des jeunes violents ou autodestructeurs par le psychothérapeute israélien Haim Omer. Depuis trois ans, l’équipe de Montpellier l’a adapté pour des accompagnements parentaux en groupe, en treize séances. Une étude scientifique est en cours sur une soixantaine de familles, avec une comparaison sur un groupe témoin placé sur liste d’attente.

    Dans les premières séances, les deux animatrices ont donné beaucoup d’informations sur ce phénomène méconnu des enfants tyrans, posé les bases de la stratégie RNV. « Si on ne prend pas ce temps, ils ont l’impression que l’anxiété de l’enfant ou d’autres troubles psychologiques peuvent excuser son comportement. Il faut bien expliquer qu’aucun diagnostic ne justifie la violence de l’enfant », souligne Nathalie Franc.

    L’une des premières actions consiste en une déclaration solennelle, où les parents signifient au principal intéressé qu’ils ne vont plus tolérer ses comportements et vont – c’est l’un des points fondamentaux de la méthode – se faire aider d’un réseau de soutien.

    Avant d’aborder le menu du jour, la gestion des crises et le réseau de soutien, Florence Pupier et Nathalie Franc demandent aux participants ce qu’ils ont pu ou pas mettre en place depuis la précédente séance. Certains prendront souvent la parole, d’autres resteront mutiques. Tous n’en sont pas au même stade. Une maman n’a pas commencé, car « il faut trouver un moment où il n’a pas les écouteurs sur la tête ». Un couple dit avoir « préparé psychologiquement » son fils à la déclaration, mais qu’il n’était « pas content ». « Et vous, vous vous êtes sentis comment ? », interroge Florence Pupier. « J’ai réussi à mieux éviter l’escalade de la violence, mais maintenant le numéro trois recopie son frère. En tout cas j’évite de rentrer dans des discussions interminables », raconte la mère. « Désormais, elle gère mieux les crises que moi », acquiesce son mari. Plus tard dans la séance, il reconnaîtra qu’il en était arrivé à frapper son garçon, en se retenant pour ne pas y mettre les poings.

    Perte de contrôle

    A chaque occasion, les deux animatrices décryptent les mécanismes, rappellent les conseils fondamentaux du programme. Puis Florence Pupier fait un topo sur les crises émotionnelles. « Quand une crise a commencé, c’est trop tard, on ne peut plus raisonner l’enfant. L’idée, c’est de ne pas rester dans le rôle du punching-ball, sinon c’est comme s’il vous invitait à un match de boxe », explique-t-elle. « Ils ont perdu le contrôle et cherchent à ce que le parent se mette en crise lui aussi. La seule stratégie, à ce moment-là, c’est de se mettre à l’écart, voire de partir de la maison », complète Nathalie Franc.

    En fin de journée, les deux médecins passeront une heure à faire le bilan de la séance. Si elles connaissent bien les situations, elles n’ont pas toujours vu ces enfants tyrans en consultation, ceux-ci refusant souvent un suivi médical. La prise en charge et le contexte sont assez différents des émissions de télé-réalité comme « Super Nanny » ou « Ma famille a besoin d’aide ». « Ce sont des émissions intéressantes, mais qui axent sur le tout-éducatif, sans prendre en compte la vulnérabilité psychologique sous-jacente des enfants, pointe le docteur Franc. En outre, le profil n’est pas le même : dans ces deux programmes, ce sont souvent des familles avec des carences éducatives, ce qui n’est pas le cas avec les enfants tyrans. »
    Selon la pédopsychiatre, qui a une expérience sur 150 familles, tous ont des troubles psychologiques, même si un diagnostic précis n’est pas toujours posé.

    « Il y a souvent un trouble déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH), une anxiété. Ces enfants, souvent issus de milieux favorisés, font de gros efforts pour s’adapter à l’extérieur et explosent en rentrant à la maison. »

    Quasiment seule en France à proposer ces prises en charge pour ces situations dont la prévalence reste inconnue, l’équipe de Montpellier croule sous les demandes. « Si les résultats de notre étude sont positifs, cela nous donnera des moyens et de la crédibilité pour que d’autres équipes nous suivent », pronostique Nathalie Franc.
    De façon générale, l’implication des familles est l’une des marques de fabrique de ce service dirigé par la professeure Diane Purper-Ouakil. « On lutte pour positionner les parents et travailler avec eux », insiste la pédopsychiatre, dont l’équipe propose des programmes d’entraînement aux habiletés parentales validés comme la métho­de Barkley pour le TDAH, et plus récemment « Incredible Years », une stratégie destinée aux parents d’enfants (de 3 à 6 ans) avec des troubles du comportement. Des projets de recherche sont aussi en cours pour développer des programmes innovants.



  • Un brouillon de texte sur les gilets jaunes et l’écologie...

    Quelque chose du gilet jaune

    C’est bientôt Noël et c’est déjà l’overdose. Des pubs qui dégoulinent de rouge, des passant·es avec leurs gros sacs en papier remplis de cadeaux venus du cœur et d’usines où le travail est bon marché, des questions existentielles sur ce qu’on aimerait recevoir alors qu’il faut bien l’admettre, on n’a franchement besoin de rien… ou bien de tout. C’est la grande bouffe et il y a du monde à table. Des week-ends en avion dans une ville où on n’a personne à aller voir (à part un hôte AirBnB) aux changements d’équipement parce qu’un nouveau vient de sortir qui est tellement mieux (et pas parce que l’ancien ne marche plus), tout déborde.

    Et à côté de ça, les histoires de ces familles qui payent les activités de leurs enfants, vingt euros l’année grâce aux aides municipales, en trois fois sans frais ou de ce petit garçon qui raconte à ses copains de classe qu’hier il a dîné – parce que c’est pas tous les soirs que ça arrive.

    Je suis à peu près aussi en colère en écoutant ces histoires de misère sordide qu’en entendant des discours dans lesquelles elles sont censées représenter les fins de mois difficiles des 80 % que je croise dans les magasins en train de s’acheter des merdes (car même si une sortie en magasin me semble plus relever de la nécessité que du loisir, on m’y croise également). Depuis le mouvement des gilets jaunes, je suis sommée d’entendre des adultes sans enfant me tirer des larmes avec leur plein temps au Smic qu’ils doivent absolument compléter d’heures sup pour « [s’]en sortir » alors que notre mode de vie (le monsieur au Smic est tout près du revenu médian avec ses heures sup) est un désastre écologique et que j’ai passé quinze ans à promouvoir un mode de vie plus sobre, à m’organiser avec des gens dont beaucoup étaient aux minima sociaux pour vivre en coloc, manger bio, réparer nous-même nos vélos et ne pas avoir besoin d’autant que ce Smic, que ce soit pour libérer un peu de temps de cerveau disponible que pour penser autrement la vie dans cette société, de manière plus écologique, plus autonome et politiquement plus enthousiasmante. (Tout en acceptant les contraintes pas toujours agréables qui vont avec notre mode de vie.)

    Alors quand j’ai vu débarquer le mouvement des gilets jaunes, j’ai soufflé un bon coup. Les déçu·es du macronisme, il y a dix ans déjà déçu·es du sarkozysme (« travailler plus pour gagner plus » !) et à qui on n’allait pas la refaire, hein, prennent la rue pour défendre leur pouvoir d’économiser toute une année pour aller passer une semaine en club en Tunisie. Merde alors ! Pourquoi est-ce que mon ancien coloc David, fils d’ouvrier·es, vit correctement depuis des années avec son RSA alors que mon ancien coloc Nicolas, lui aussi fils d’ouvrier·es, a une pauvre vie avec ses plus de deux mille euros par mois ? Les yeux rivés sur le petit pavillon pour lequel il économise (et escroque ses colocs (1)), sur tous les objets de consommation qui lui passent devant les yeux (il a craqué l’an dernier pour un gros 4x4 BMW blanc qu’il a été contraint de revendre quelques mois plus tard), Nico pleurniche. Il a beau ne plus être au Smic, il transpire la frustration et le besoin de reconnaissance. Je doute que Nicolas soit sur les barricades, il croit encore pouvoir réussir seul, mais je l’imagine facilement sympathisant : il joue le jeu et c’est comme ça qu’il est récompensé ? Il a beau ne pas être le mec bien qu’il rêve d’être, il a, comme tout le monde, de bonnes raisons.

    Et ces raisons sont plus convaincantes que les arguments d’un gouvernement qui se fait passer pour le moteur de la « transition écologique » après avoir pleuré de joie lors de l’inauguration du plus grand porte-container de France, promu le car pour pauvres à la place d’un train écologique et attractif, gelé les aides aux paysan·nes qui ne pourrissent pas les nappes phréatiques, grassement subventionné l’industrie de l’extraction au cyanure en Guyane et j’en passe. (Non, je fais pas la liste, je me suis déjà assez fait chier en 2016 pour les camarades de CQFD avec le bilan écolo du précédent et ce sera à peu près la même chose.) Les discours (pro-)gouvernementaux qui mettent en scène l’écologisme de façade de la Macronie m’ont donné envie de revoir ma copie de bobo pauvre devant les perspectives ouvertes par les gilets jaunes.

    D’abord, depuis quinze ans que je bouffe bio, le seul truc qui s’est passé, c’est que c’est devenu un marché plus attractif pour la grande distribution et l’industrie agro-alimentaire. La première ouvre des magasins bio à tous les coins de rue un peu « bien fréquentés » pour fourguer les merdes industrielles que la deuxième nous vend sous l’étiquette rassurante de vrai bio pas industriel qu’elle rachète à des petits producteurs bien connus. Ça n’a servi à rien, d’être consom’actrice et de promouvoir tout ça – sauf à bien bouffer. Et bien bouffer, ça n’a jamais aidé à bien penser, que ce soit après une bonne soupe au potimarron ou après un gros Noël écœurant au foie gras qui pique un peu mais au moins il y en a plein.

    Entre les familles qui sont à vingt euros près et les Nicolas qui galèrent avec deux mille euros mensuels, il y a un monde. Mais entre eux et les bien-pensants qui refusent de comprendre leurs contraintes, il y a peut-être un fossé encore plus grand. Ces contraintes, elles sont de plusieurs ordres mais elles ont en commun de faire des vies pauvres. Les dépenses contraintes (2), justement, font diminuer le revenu disponible. La course à la métropolisation fait grimper en flèche les loyers des villes où on a une chance de trouver du boulot tandis que les autres deviennent d’abordables déserts dotés de services publics encore plus dégradés. Et je vais consacrer un petit développement à une autre de ces contraintes, qui a justement été au centre du débat : la bagnole. (Sans amour excessif pour cet objet puisque la lutte contre la culture de la voiture est mon premier engagement politique et que sur mon vélo je subis presque tous les jours négligence coupable et parfois violence routière gratuite.)

    La dépendance à la bagnole est un trait regrettable des sociétés qui ont été riches et ont créé autour de la tonne de métal qui roule toute seule un monopole radical, c’est à dire une difficulté très forte à vivre sans, quand bien même on le voudrait, notamment parce que, tout le monde ou presque pouvant s’en payer une, les transports en commun sont tombés en déshérence partout où ce n’était pas embouteillé et les formes urbaines ont été adaptées pour devenir hostiles aux autres usages. Cette dépendance ne baisse pas et les budgets qu’elle pompe dans les ménages augmentent, sans rendre plus heureuses les personnes qui ont des bagnoles. La voiture dite « propre », qui semble être le seul argument écolo de la Macronie, est un bon prétexte pour envoyer à la casse une Seat de 1999 avec un contrôle technique toujours plus drastique alors qu’il est possible qu’en dix ans de modestes usages elle pollue moins qu’une Prius avant son premier kilomètre (3). Et cela fait deux ou trois décennies que nos brillants dirigeants, qui se flattent d’avoir une si longue vue, ne touchent pas à la fiscalité du diesel alors qu’on connaît sa nocivité et que plus les ménages sont pauvres, plus leurs investissements automobiles les engagent à long terme. Un terme dans lequel l’action politique, elle, semble incapable de s’inscrire. Une temporalité un peu décente qui donne au moins cinq ans – il en faudrait plus – aux personnes qui viennent d’acquérir un diesel en prenant comme repère les prix à la pompe en 2018. Moi aussi, je serais en rogne si je prenais la bagnole tous les jours, sans plaisir, pour mes obligations et sans véritable choix, si j’étais sommé·e de tirer la croissance avec mes dépenses automobiles et qu’en échange je me faisais traiter de seule responsable de l’état inquiétant dans lequel se trouve la planète.

    Certes, les ravages que l’économie inflige au climat, aux forêts tropicales ou aux sols prend comme prétexte les besoins des classes consommatrices. Des besoins dopés aux amphétamines publicitaires, aux efforts des départements de R&D qui s’emmerdent à trouver des trucs nouveaux à nous vendre et qui au fond ne servent qu’à concentrer les richesses. Les rêves des ménages sont toujours moins toxiques que l’activité économique que s’acharnent à défendre des dirigeants qui se payent ensuite des déclarations écologistes en pointant du doigt le consommateur final. Une écologie dévoyée est devenue le nouveau visage du mépris de classe et une nouvelle menace autoritaire. Ça suffirait presque à donner envie de se vautrer dans tout ce qu’on peut acheter, de se faire un beau Noël qui déborde de partout, de s’acheter la belle bagnole qui fait rêver. Être « rien », mais avoir. C’est le même mécanisme dans les autres classes qui n’ont pas la maîtrise de leur vie même si elles ont la ressource pas négligeable de pouvoir éditorialiser dessus. Et même si elles adoptent des manières de compenser (apparemment) plus immatérielles et plus sortables : le tourisme (4) et le loisir sont de nouvelles drogues qui nous font supporter d’habiter dans des métropoles saturées, de voir nos métiers et nos richesses collectives disparaître sous les politiques d’austérité, de voir les réflexes fascistes et racistes bridés par aucun « barrage démocratique » de la part des élites politiques de ce pays. Tout le monde se soigne comme il peut en compensant, à coups de distinction ou de distraction (et pas assez de révolution). Finalement, nous sommes nombreuses et nombreux à avoir quelque chose du gilet jaune.

    (1) Je remercie ici l’Atelier populaire d’urbanisme de Fives qui m’a permis de de faire valoir mon droit comme à tant d’autres de locataires démuni·es.
    (2) Loyer, énergie et toutes ces dépenses qui ne sont pas du « tiens, je vais m’offrir ça » mais qui font que la plupart des dépenses sont déjà fléchées, pré-dépensées.
    (3) J’exagère mais la part des nuisances écologiques à la fabrication ne cesse de croître et les voitures dites « propres » polluent plus que les autres avant leur premier kilomètre. Lire Airvore de Laurent Castaignède (Écosociété, Montréal, 2018) pour en savoir plus sur ce symbole du capitalisme verdi.
    (4) « Le tourisme est une industrie de la compensation : je souffre, je travaille toute l’année, donc je m’octroie ces quelques semaines de répit. » Rodolphe Christin dans CQFD n°167 de juillet-août 2018. Un mécanisme qu’il doit être possible de retrouver dans d’autres dimensions de nos vies, y compris les plus nobles…

    • C’est assez juste, mais il faut mettre en perspective effectivement l’organisation du territoire, avec la métropolisation qui colonise les zones rurales, c’est-à-dire qui les dépouillent de leurs ressources pour satisfaire les besoins exponentiels des grosses villes qui concentrent les jobs à valeur ajoutée, les services publics, les infrastructures, tout.
      Il faut voir que cette concentration, c’est aussi du contrôle de population comme jamais et que le plus gros contrôle, en dehors de l’emploi, c’est la voracité immobilière qui, elle transforme les classes moyennes un peu à l’aise en quasi-indigents.

      Qui se souvient de la fin des années 90 et le début des années 2000, quand déjà, les bicoques voyaient leur prix exploser partout et où le conseil aux locataires strangulés était : « si tu ne peux pas payer un loyer, achète ! ». Sauf que si tu es trop pauvre pour un loyer de proche banlieue, tu ne risques pas d’être assez riche pour un studio de centre-ville.

      Bref, les prolos ont acheté. Massivement. Portés par la propagande gouvernementale et par les émissions télé débiles qui faisaient de chaque petit proprio un millionnaire (en francs !). Et plus ils se sont éloignés des centres-villes bourgeois qui leur sont à présent définitivement interdits et plus on a fermé les moyens de transport qui les desservaient, les services publics, tout.

      La dette, c’est le pouvoir.

      Dans mon coin, il y a des usines qui se sont ouvertes. Vous savez pourquoi : parce que chez nous, les ouvriers sont une population captive . Ils sont prisonniers de leur crédit immobilier qui leur coute 4 fois la valeur réelle de leur bicoque de promoteur : ils ne peuvent plus partir et revendre, il n’y a plus d’acheteurs. Ils doivent rester et prendre ce qu’on veut bien leur donner. Du coup, ton usine, c’est les salaires au plancher et tout le monde qui ferme bien sa gueule, trop contents de ne pas devoir cumuler 3 jobs pour rembourser la banque.
      Ici, c’est banal de faire une heure de route aller et autant au retour pour bosser. 150 km/jour, 5 jours par semaine : je vous laisse sortir les calculettes.

      Oui, il est facile de se foutre de la gueule des Nicolas qui se font des 2000 €/mois et qui ont l’air de chialer la bouche pleine, mais faut voir la réalité en face : ils sont les cocus de la France des propriétaires et des travailler plus pour gagner plus de Sarko.
      Au final, ils sont juste locataires de leur banque pratiquement jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le fric s’évapore dès qu’il arrive sur le compte en banque. Alors oui, ils ont l’air de bien vivre dans de petites maisons encore bien propres et récentes, mais en vrai, quand tu rentres chez eux, tu vois le petit poêle à pétrole planqué dans un coin qui puent et embrume l’atmosphère, parce que la clim’ réversible vendue avec la baraque, ça finit de leur casser les reins avec la note d’électricité, tu vois les patates, riz et pâtes comme aliments de base et des privations à n’en plus finir.
      Et tu vois aussi les iPhone, parce qu’il faut bien avoir l’air de vivre comme tout le monde, ne pas avouer qu’avec 4 fois plus de fric que les vieux parents retraités, tu vis encore et toujours comme un gueux.

      Le bout du chemin.

      Le pire, c’est que rien ne leur sera épargné, aux Nicolas. Leurs gosses grandissent et bientôt, ils découvriront que le ticket d’entrée dans les études supérieures (toutes concentrées dans les métropoles) est hors de leur portée. Déjà, les lycées sont rares et les options-clé encore plus. À résultats égaux, il y a nettement moins de collégiens des bleds qui continuent dans la filière générale que dans les villes, y compris les « quartiers ». Et ne parlons pas de la fac ou des grandes écoles.

      Et à la fin, quand Nicolas n’en pourra plus d’arquer comme un fou pour entretenir sa banque, il lui faudra payer une maison de retraite qui coute encore plus cher que son salaire qui avait l’air si bien.
      Alors, il vendra sa maison, cette source de tous les sacrifices, et il découvrira à ce moment-là à quel point elle ne vaut rien, à quel point, il s’est bien fait rouler dans la farine, toutes ces années.

      Alors ouais, ils sont pathétiques, les Nicolas avec leur « gros » salaire et leur vie de privations, mais ils sont aussi les plus escroqués de l’histoire et il conviendrait plutôt de s’intéresser à ceux qui leur ont fait les poches aussi méthodiquement et qui eux, vont très bien, merci !

    • Complètement d’accord avec toi @monolecte.
      Oui, je me souviens très bien de l’explosion du prix de l’immobilier, notamment quand l’encadrement du prix des loyers autorisait une augmentation annuelle de 5 % par les propriétaires ! 5% par an ! Et c’est que je rappelle toujours toujours autour de moi lorsqu’on aborde ces questions.

    • @odilon : c’est la quadrature du cercle. Quand je vivais à Paris, il en fallait un qui bossait pour le loyer et l’autre pour les factures… et ça ne suffisait pas… et c’était avant le grand boum. On a dû partir.
      Et maintenant, le ticket d’entrée dans les métropoles est le premier obstacle à ma recherche d’emploi. 98% des jobs auxquels je peux prétendre, c’est à Paris (quel manque d’imagination, merde ! Et comment ne pas y voir la cause de l’incapacité de penser le reste de la France !). Mais rien que la double résidence pendant la période d’essai, il faut vraiment un salaire conséquent pour ne pas se retrouver à 0.

    • Gloire à notre bon maitre du mépris et de la récompense.

      Perso je n’ai rien contre les indigents, mais pour les opposer aux travailleurs, il faudrait quand même savoir où est la classe des indigents ? elle existe vraiment ? c’est un peu facile quand même d’opposer les indigents aux travailleurs, distribuer le mépris et les récompenses.
      Et c’est pourtant ce qu’à fait Macron dans son dernier discours : créer une scission dans la distribution des bons points qui à l’air de bien marcher, ainsi on ne tape plus sur les véritables responsables qui sont devenus inatteignables. (au-dessus de 200.000€, on décroche par réflexe de protection ?)

      Tu peux avoir un indigent du CAC40 ou loueur de logement merdique (30 ans à payer des locations insalubres pour permettre aux propriétaires de payer leurs crédits, j’en sais quelque chose)
      Mais de l’autre côté des indigents, tu as aussi, et ce ne sont pas des exceptions, les précaires qui ne partent jamais en vacances, artist·e, écrivain·e, penseur, ouvrier·e, agriculteurice, chomeur·se ou punk à chien ou la nana qui croit choisir sa décroissance bio en yourte pour sauver le monde. (J’en ai fait partie, aussi)

      Et le droit à la paresse bordel ?

      J’ai du travailler un temps pour Pierre&Vacances (2 mois au service photo), le réflexe pavlovien des loisirs/vacances est très très bien entretenu. C’est la base même du système consumériste dans lequel nous sommes et où les 80% de personnes que tu croises dans les magasins vont se récompenser en achetant des merdes. C’est un peu naïf de penser que donner l’exemple en bouffant bio et en se chauffant au solaire va modifier ces positions. J’y ai quand même gagné la haine du travail salarié et j’ai ensuite fait le choix de la pauvreté, pour être « indépendante » (quelle blague sémantique). Il est très bien entretenu le mythe de la récréation/vacance qui doit suivre le travail/souffrance. Chez P&V (ce n’est qu’un exemple) tout est fait pour te faire croire que tu es libre pendant 15 jours dans un monde idéal et sans voitures (de grands parkings aux portes de ces cités du bonheur), que les autres vont te servir, que tu grimpes dans l’échelle sociale et que l’argent n’existe pas (tu payes en collier) pendant ce laps de temps ou tu claques tout pour oublier que tu vas retourner bosser. Il ne faut pas s’étonner que les beaufs si bien éduqués depuis l’école de la république (8h sur un banc pour 30min de récréation) visitent la belle planète des autres pauvres pour 30€ l’aller/retour et en rammène les trophées de leurs souffrances. Faut-il encore qu’ils aient les 30€ et le temps dans la course à chacun pour soi et surtout où chaque individu ne doit surtout pas se sentir responsable du bordel créé, ben oui, ça a été construit sciemment. Depuis Giscard, avec ce que rappelle @monolecte, la maison individuelle tout comme la voiture individuelle c’était la suprème récompense, prime à l’appui, le livret A à 6%, et cela au prix de la destruction du sentiment de communauté, de solidarité, de politique. (tu as vu comment les syndicats vendus lui lèche les chaussettes à force d’avoir cirer ses pompes)

      Et là, ça rediscute de politique aux ronds-points, mais c’est génial, tant mieux ! Aujourd’hui, pour aller se prendre des coups, se faire gazer, revenir estropier par les flics, faut vraiment avoir envie d’en démordre, être dans la merde et ne plus avoir à manger. Et pour ceux qui restent devant la télé ou qui rechignent à rejoindre les GJ ne serait-ce que pour leur apporter du thé chaud, ben, faites un peu acte de solidarité avant que ce mot ne disparaisse totalement des dictionnaires.


  • Irak. Les “gilets jaunes” sont mobilisés à Bassorah depuis 2015 | Courrier international
    https://www.courrierinternational.com/article/irak-les-gilets-jaunes-sont-mobilises-bassorah-depuis-2015

    Des manifestants se mobilisent à nouveau à Bassorah, ville pétrolière, mais pauvre, du Sud irakien. Ils portent des gilets jaunes, “comme à Paris”, souligne la presse locale. Mais ils revendiquent l’antériorité quant à l’utilisation de ce symbole.


  • (16) Face aux lycéens, des policiers sans expérience de maintien de l’ordre - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2018/12/11/face-aux-lyceens-des-policiers-sans-experience-de-maintien-de-l-ordre_169

    Des scènes devenues banales. Pratiquement lors de chaque mobilisation lycéenne, l’intervention des forces de l’ordre est sujette à critique et controverse. Avec une mécanique classique : un blocage de lycée, des élèves rassemblés devant, des heurts d’intensité variable et une réponse policière parfois disproportionnée. Puis ce sont des vidéos virales qui attestent de dérives et mobilisent l’opinion publique.

    Jeudi dernier, à Mantes-la-Jolie et dans toute la France, 700 lycéens ont été interpellés. Un lycéen d’un établissement huppé de Saint-Cloud raconte la même montée en tension lors de l’intervention de la police devant son lycée : « Les policiers ont envoyé du gaz lacrymogène un peu au hasard alors que c’était un blocus sans violence. Ça a attisé la haine des lycéens et créé une guerre de positions. » Selon lui, la situation s’est aggravée dans les jours qui ont suivi. « Lundi, ils ont interpellé un élève en se jetant à plusieurs dessus et l’un des policiers hurlait qu’ils allaient le tuer », assure-t-il encore sous le choc. Un exemple parmi tant d’autres des tensions de ces derniers jours.

    Non formés

    Si ces situations ne sont évidemment pas systématiques, elles s’expliquent, notamment, par le profil des policiers envoyés au contact des élèves. Avant l’affaire de Mantes-la-Jolie, le 6 décembre, les événements survenus au lycée Henri-Bergson, à Paris en mars 2016 lors de la mobilisation contre la loi travail, l’avaient parfaitement illustré. Deux policiers du commissariat du XIXe arrondissement ont été condamnés à des peines de prison avec sursis pour des coups portés à plusieurs lycéens. L’un d’eux avait, dans le cadre de l’enquête, évoqué sa totale inexpérience de ce genre de situation. Agent de police administrative, il était chargé ce jour-là d’établir des « physionomies ». Sa fiche de poste comprenait une consigne claire : « Eviter tout contact avec les manifestants. » Lui et une quinzaine de policiers, mal équipés, avaient pourtant tenté de disperser la foule et d’interpeller des lycéens. Une vidéo où un policier porte un violent coup au visage d’un élève, aura été vue plus de 2 millions de fois en quelques jours.

    Contrairement à l’encadrement des manifestations, ce ne sont pas des unités de forces mobiles - #CRS et #gendarmes mobiles - qui interviennent devant les établissements scolaires. « Pour ce genre d’événement, c’est l’unité disponible au moment où ça se passe qui intervient, donc la sécurité publique. Ils sont les premiers à arriver sur les lieux et les premiers à gérer. Ils ont la possibilité d’appeler en renfort des unités de forces mobiles, mais il n’y en a pas toujours de disponible », analyse un colonel de gendarmerie. A Mantes-la-Jolie, jeudi dernier, ce sont plusieurs policiers d’unités différentes de proximité qui sont intervenus, peu nombreux et non formés au maintien de l’ordre, un savoir-faire bien à part dans la police et la gendarmerie.
    Mâchoire

    Une autre donnée a alourdi les conséquences des interventions de la police devant les lycées : l’arrivée depuis une dizaine d’années des armes dites « intermédiaires ». La semaine dernière, au moins quatre lycéens ont été touchés au visage par des tirs de lanceurs de balles en caoutchouc (armes de type « #FlashBall »). L’un d’eux aurait perdu un œil, les autres ont été touchés gravement à la mâchoire. En 2010, c’est aussi un lycéen qui avait été l’une des premières victimes de cette arme, alors nouvellement utilisée à l’occasion de mobilisations sociales.

    #Maintien_de_l'ordre #police #manifestations #lycées


  • L’éternel retour de la loi anticasseurs
    https://www.nouvelobs.com/justice/20181210.OBS6865/tribune-gilets-jaunes-l-eternel-retour-de-la-loi-anticasseurs.html

    Par Vincent Tolédano, avocat au barreau de Paris.

    Qui s’en souvient ? Le 5 mai 2009, Christian Estrosi et un groupe de députés UMP, dont son ancien collaborateur Eric Ciotti, déposent sur le bureau de l’Assemblée nationale une proposition de loi « renforçant la lutte contre les violences de groupes et la protection des personnes chargées d’une mission de service public ».

    Un an plus tard, la proposition des parlementaires devient la loi du 2 mars 2010 promulguée sous la signature de Nicolas Sarkozy, François Fillon, Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux. Elle insère dans le Code pénal un article 222-14-2 ainsi rédigé :

    « Le fait pour une personne de participer sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende. »

    A défaut des 35 heures, la droite vient de renverser l’un des totems de la gauche en rétablissant de fait la loi anticasseurs dont l’abrogation en décembre 1981 réalisait l’une des 101 propositions de François Mitterrand.

    Elu deux ans après, François Hollande n’abrogera pas le texte qui permet aujourd’hui d’arrêter et poursuivre les « gilets jaunes » pourtant soutenus par Christian Estrosi et Eric Ciotti, qui ne sont plus amis, du seul fait de leur présence à une manifestation. Et tant pis si les « faits matériels » sont des plus ténus. A charge pour les juges, dernier rempart de la démocratie, de faire primer les principes fondamentaux du droit sur la communication du pouvoir exécutif. « Il n’y a point de crime ou de délit sans intention de le commettre », dit aussi le Code pénal.

    En finir avec la chienlit

    Promulguée sous la signature de Georges Pompidou, Jacques Chaban-Delmas et René Pleven, la loi du 8 juin 1970 tendait « à réprimer certaines formes nouvelles de délinquance ». Elle punissait jusqu’à cinq ans d’emprisonnement, outre les organisateurs, les participants volontaires à une manifestation ayant entraîné des violences ou des dégradations. Après le joli mois de mai, le retour à l’ordre. Sous les pavés, la prison.

    « Les casseurs seront les payeurs », plaidait Chaban. Cette mauvaise loi limite le droit de manifester en introduisant une responsabilité collective, répondit Mitterrand qui fit de l’abrogation de la loi anticasseurs l’un de ses chevaux de bataille vers la victoire finale.

    Après les violences du 1er mai 2018, la droite qui a la mémoire courte demandait encore le rétablissement de la loi anticasseurs pourtant effectué huit ans plus tôt par Nicolas Sarkozy. Eternel retour. Président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau qui vote la loi mais ne la lit pas, proposait d’introduire « dans notre droit une responsabilité pénale et pécuniaire collective de ceux qui, en bande, cassent et brûlent ce qui leur tombe sous la main ». Les Black Blocs seront les payeurs. Il faut en finir avec la chienlit.

    50 ans après mai 68, le débat demeure. Responsabilité collective ou personnelle. Délit intentionnel ou restriction du droit de manifester. Politique pénale ou communication gouvernementale. Les arrestations « préventives » du week-end dernier réalisent la prophétie du François Mitterrand de 1970 qui sonne comme un avertissement à Emmanuel Macron : « Craignez que demain l’opinion ne se retourne contre vous. Un jour, elle saura qu’elle a été trompée. Elle voulait réduire la violence. Vous lui avez offert en prime la fin du droit de rassemblement. Bientôt la somme des injustices réveillera ceux qui vous approuvent aujourd’hui ».

    #gilets_jaune #état_d'urgence


  • Identité et immigration : à quoi joue Emmanuel Macron ? - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2018/12/11/identite-et-immigration-a-quoi-joue-emmanuel-macron_1697271

    Les oreilles traînaient ailleurs. Du côté de ces acronymes synonymes de hausses ou de baisses de revenus, les smic, CSG et autres ISF… Pourtant, après une avalanche de formules alambiquées annonçant de vraies fausses mesures économiques, l’allocution présidentielle a dérivé vers un rivage qu’il avait jusqu’alors évité. En parallèle de « l’état d’urgence économique et social », Emmanuel Macron veut mettre « d’accord la Nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde ». Il faut « que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter », a glissé le chef de l’Etat à la fin de son allocution, après avoir ajouté à la liste des « malaises » français la « laïcité bousculée ».

    L’incrédulité est d’autant plus grande que cette phrase – dans un discours où chaque mot était pesé au milligramme près sur la balance de la colère – est venue se glisser juste avant l’annonce, évasive, d’un « débat sans précédent » sur tous les « changements de fond » nécessaires pour le pays. Débat, laïcité, identité, immigration, affronter. L’association politiquement sulfureuse rappelle les grandes heures du sarkozysme, quand « l’identité nationale » était un concept logé dans un ministère en bonne et due forme. C’est la résurgence des « démons de l’ancien monde », s’alarme David Cormand, secrétaire général d’Europe Ecologie-les Verts.

    #racisme #clivage #nationalisme #EnMarcheVersLeFN

    • Diviser pour mieux régner : ses conseillers ont lu toutes les analyses et ils savent que c’est le point de friction du mouvement.
      Diversion et stratégie du bouc émissaire : tout le monde a aussi remarqué que les gilets jaunes ont visé les quartiers à PIB stratosphériques, c’est à dire qu’ils ont enfin compris qui était l’ennemi. Et ça, c’est l’horreur pour eux. Ils aimeraient bien qu’on se rappelle que l’ennemi, ce sont les pauvres types basanés du palier d’en face et surtout pas eux.

      Autrement dit, nous sommes vraiment gouvernés par des ordures qui aimeraient par dessus tout qu’on s’entre-tue entre nous, qu’on disparaisse et qu’on les laisse se gaver en paix.
      CQFD


  • « #Gilets_jaunes » : une #enquête pionnière sur la « révolte des revenus modestes »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/11/gilets-jaunes-une-enquete-pionniere-sur-la-revolte-des-revenus-modestes_5395

    Une équipe de 70 #universitaires mobilisée
    Collectif d’universitaires, nous avons lancé, dès la fin du mois de novembre, une enquête de terrain pour comprendre le mouvement des « gilets jaunes ». Nous sommes allés les rencontrer dans différentes régions de France, dans les manifestations et sur les ronds-points. Nous livrons ici les premiers résultats sur les profils et les motivations qui apparaissent derrière les « gilets jaunes ».

    Le 21 octobre, Priscillia Ludosky crée une pétition en ligne « Pour une baisse des prix du carburant à la pompe ! ». Rapidement et massivement diffusée sur les réseaux sociaux, relayée par les médias, la pétition atteint 200 000 signataires en quelques jours, et plus de 1 million aujourd’hui.

    Une journée d’action est prévue le 17 novembre, avec pour mots d’ordre la baisse des taxes et du prix des carburants. Cette mobilisation est préparée de manière décentralisée et autonome par des groupes locaux et nationaux, qui s’organisent notamment sur la plate-forme Facebook. Le 17 novembre, ce sont plus de 280 000 personnes, vêtues d’un gilet jaune, qui participent à cette mobilisation dans la France entière, principalement à travers des actions de blocage des routes, au niveau des ronds-points ou péages. A Paris, une manifestation a lieu sur les Champs-Elysées et certains manifestants tentent de se rendre au palais de l’Elysée, avant d’être bloqués par la police. Dans les jours qui suivent cette journée de mobilisation, les blocages continuent et d’autres journées de manifestations sont lancées pour les samedis suivants.

    Au lendemain du 17 novembre, des chercheuses du Centre Emile-Durkheim (Bordeaux) lancent un appel à participation auprès de la communauté des chercheurs et chercheuses en science politique pour comprendre le mouvement. Le collectif compte aujourd’hui près de 70 personnes, qui sont des enseignants-chercheurs, des chercheurs au #CNRS et à l’#INRA, des docteurs sans poste, des étudiantes et étudiants. #Sociologues, #politistes et #géographes travaillent ensemble sur la base du volontariat.

    L’ampleur du mouvement et la rapidité avec laquelle il s’est constitué, en dehors des organisations syndicales et des partis, tout comme ses modes d’action et ses mots d’ordre interpellent. Qui sont les « gilets jaunes » ? Que souhaitent-ils ? Assiste-t-on à un renouvellement profond des modalités de la protestation et de la politique ? Faut-il y voir un retour de formes traditionnelles de révoltes populaires ? Comment un tel mouvement est-il susceptible d’évoluer dans le temps et comment comprendre sa portée ?

    166 #questionnaires analysés
    L’objectif de l’enquête « gilets jaunes » est de récolter des données pour saisir sociologiquement ce mouvement. Il s’agit de comprendre sa complexité, sa composition et son évolution, de recueillir les revendications de ses participants et participantes et de mesurer la variété de ses modalités d’organisation et de mobilisation. Des groupes de travail se sont mis en place à partir de différentes méthodes : observation sur le terrain, analyse lexicométrique des réseaux sociaux, questionnaires, entretiens, cartographie. Parallèlement à ce questionnaire, une équipe de géographes mène une enquête complémentaire en Normandie. Les données sont toujours en cours de décryptage. Les premiers résultats présentés ici sont basés spécifiquement sur l’analyse des questionnaires administrés dans les manifestations, sur les ronds-points et aux péages.

    • Nous partons du terrain pour établir nos résultats. La parole des personnes et leurs attentes sont au cœur de l’enquête, notre objectif a été de les récolter et de les restituer le plus fidèlement possible. Les données sont traitées selon des méthodologies croisées qui rendent compte du mouvement d’une manière plus approfondie et complexe qu’un seul point de vue ne permet de le faire.

      L’équipe « questionnaires » se compose de 13 personnes basées à Bordeaux et sa région, Marseille, Caen et sa région, Rennes, Montpellier, Grenoble et sa région. Pour cette enquête, nous avons décidé de nous concentrer sur les personnes actives dans le mouvement, ayant participé au moins à une manifestation ou un blocage, et avons pu analyser jusqu’ici 166 questionnaires diffusés les 24 novembre et 1er décembre. L’enquête est toujours en cours et se poursuivra dans les semaines qui viennent. Nous avons choisi de mener des entretiens en face à face, démarche qui permet de recueillir des témoignages plus riches, plus précis et plus longs que la passation de questionnaires indirecte ou en ligne. Le questionnaire compte en tout 28 questions, 5 d’entre elles sont ouvertes, et nous avons en outre pris soin de noter les commentaires sur l’ensemble des questions posées. Concernant les sujets abordés, 15 questions portent sur les motivations des participants, les réformes souhaitées, les modes d’action privilégiés et leur rapport au politique ; les 13 dernières portent sur le profil sociodémographique des personnes mobilisées.

      Les questionnaires ont été majoritairement administrés par les enquêteurs. Le temps requis à recueillir les réponses varie d’une dizaine de minutes à quarante minutes. L’administration de questionnaires en manifestation est un exercice délicat en raison de la mobilité et, dans ce contexte particulier, de l’incertitude sur le parcours du cortège et des dispositifs de maintien de l’ordre. Cette recherche est réalisée sans fonds spécifiques et n’a été rendue possible que par le travail de nombreuses et nombreux collègues, étudiantes et étudiants volontaires.

    • S’il n’y a pas de portrait type des manifestants, puisqu’une des caractéristiques du mouvement est sa diversité, les « gilets jaunes « sont d’abord des personnes, hommes et femmes, qui travaillent (ou, étant retraités, ont travaillé), âgées de 45 ans en moyenne, appartenant aux classes populaires ou à la « petite » classe moyenne.
      Les résultats, encore très provisoires, présentés ici s’appuient sur l’analyse de 166 questionnaires distribués auprès des participants aux actions sur les ronds-points et aux péages, ou lors des manifestations ayant eu lieu les 24 et 1er décembre, par une équipe d’une dizaine de chercheurs et d’étudiants. Le questionnaire a été élaboré de manière à recueillir des informations détaillées et précises sur les participants.

      • Une surreprésentation des employés et une sous-représentation des cadres
      Certaines catégories apparaissent comme particulièrement surreprésentées au sein des « gilets jaunes » qui nous ont répondu. C’est le cas des employés, qui constituent 33 % des participants (soit 45 % des actifs présents, contre 27 % de la population active française). Ils sont plus de deux fois plus nombreux que les ouvriers, qui représentent 14 % des participants. Les artisans, commerçants et chefs d’entreprise sont également particulièrement nombreux : 10,5 % des participants (14 % des actifs présents, contre 6,5 % de la population active française).
      A l’inverse, les professions intermédiaires et les cadres sont peu représentés : les premiers comptent pour 10 % des participants (13 % des actifs présents, contre 26 % de la population active française) ; les seconds sont à peine 5 % des participants (7 % des actifs présents, contre 18 % de la population active française) dans les cortèges et blocages qui ont eu lieu entre le 24 novembre et le 1er décembre. Un quart des participants au mouvement des « gilets jaunes « appartiennent à la catégorie « inactifs » ; pour la majeure partie, il s’agit de retraités.

    • • Des manifestants « d’âge moyen »
      Les « gilets jaunes » participant à l’enquête ont en moyenne 45 ans, un peu plus que l’âge moyen de la population française, qui s’élève à 41,4 ans. Les classes d’âge les plus mobilisées sont les 35-49 ans (27,2 %), puis les 50-64 ans (26,6 %) et les 25-34 ans. Les 18-24 ans représentent 6,2 % des participants ; les plus de 65 ans, 17,3 %.
      • Un mouvement mixte
      Les hommes (54 %) sont un peu plus nombreux que les femmes (45 %). Cependant, la forte proportion de femmes, appartenant souvent aux classes populaires, une catégorie sociale traditionnellement peu mobilisée politiquement, est un fait notable. On y lit une propension de femmes à manifester identique à celle que nous avons observée dans les cortèges des 24 novembre et 1er décembre. Un écart comparable (55 % d’hommes, 44 % de femmes parmi les répondants) était observé dans le questionnaire administré dans la Manif pour tous du 16 octobre 2016.
      Les femmes ont toujours manifesté, comme le montrent de nombreux travaux historiques. Elles sont en revanche ici plus visibles. A cela plusieurs raisons : sans porte-parole officiel, représentants syndicaux et politiques, qui sont habituellement des hommes, et en absence de structures, les médias sont contraints de tourner le regard vers les participantes et participants « ordinaires ». La forte dimension sociale du conflit et la centralité des revendications sur les conditions matérielles d’existence dans le mouvement social participent à la visibilité des femmes.
      • Une surreprésentation des bacheliers et des titulaires de CAP et BEP
      Quelque 20 % des personnes interrogées sont diplômées du supérieur (contre 27 % de la population générale, données Insee 2014) ; 5 % des participants ont un bac + 4 et au-delà, tandis que les deux niveaux de diplôme les plus représentés sont les détenteurs de BEP et CAP, qui sont 35 % (contre 24 % dans la population générale), et les bacheliers (29,3 % des répondants, contre 16,5 % de la population générale). Seuls 15,4 % des participants ont un diplôme inférieur au brevet (31,4 % de la population générale). Toutefois, le 8 décembre, nous avons reçu davantage de réponses de la part de personnes ayant un diplôme de master ou équivalent. Se dessine ainsi une population de participants ayant des niveaux de qualification intermédiaires.
      • Des mobilisés aux revenus modestes
      Quelque 55 % des répondants nous déclarent être imposables (une proportion presque identique à la population générale) et 85 % indiquent posséder une voiture. Le revenu médian du foyer déclaré représente 1 700 euros par mois, soit environ 30 % de moins que le revenu médian moyen déclaré de l’ensemble des ménages (enquête « Revenus fiscaux et sociaux » 2015 de l’Insee). Les participants aux actions des « gilets jaunes » sont donc pour la majorité d’entre eux des individus aux revenus modestes. Ils n’appartiennent pas aux catégories les plus précarisées économiquement : 10 % d’entre eux déclarent avoir un revenu inférieur à 800 euros par mois (contre 519 euros pour les 10 % des ménages français les plus pauvres).
      • Des primo-manifestants en nombre et des modes d’action variés
      Pour presque la moitié des répondants (47 %), le mouvement des « gilets jaunes » constitue leur première mobilisation. Seuls 44 % ont déjà participé à une grève. Il s’agit donc de participants peu rompus à l’action collective. Aux questions posées sur les formes d’action collective que la personne serait prête à accomplir ou à laquelle elle a déjà participé, la manifestation est le mode d’action le plus plébiscité (81 %), suivi par la pétition (69,4 % d’entre eux déclarent en avoir déjà signé une). Presque 9 participants sur 10 rejettent les modes d’action impliquant des violences aux biens, mais 58,8 % d’entre eux se déclarent par exemple prêts à occuper un bâtiment administratif. La moitié exclut également l’idée d’aller manifester à Paris, les répondants évoquant des raisons économiques, la violence et la nécessité de rester visible en province pour justifier ce choix. Sur le consentement à l’impôt, seuls 5 % des participants déclarent avoir déjà refusé de payer l’impôt, tandis que 58,4 % l’excluent complètement comme moyen d’action. Des analyses séparées ont d’ailleurs relevé très peu de différences entre les réponses des hommes et des femmes.
      • Un rejet des organisations représentatives traditionnelles et des orientations politiques atypiques
      Notre enquête confirme également le large rejet des organisations représentatives traditionnelles : 64 % considèrent que les syndicats n’ont pas leur place dans le mouvement, 81 % pensent de même pour tous les partis politiques.
      Ce rapport de distance ou de méfiance à l’égard du système de représentation institué se retrouve lorsque les répondants sont invités à se situer sur l’échelle gauche-droite. La réponse dominante consiste à se déclarer comme apolitique, ou « ni de droite ni de gauche » (33 %). En revanche, parmi ceux qui se positionnent, 15 % se situent à l’extrême gauche, contre 5,4 % à l’extrême droite ; 42,6 % se situent à gauche, 12,7 % à droite et, surtout, seulement 6 % au centre. En comparaison, un sondage conduit par Ipsos en avril montrait que 22 % des Français rejettent le clivage gauche-droite, quand 32 % se situent à gauche et 39 % à droite. Cette grande diversité du rapport au politique est un élément majeur de la singularité du mouvement.

    • • Les motivations : pour le pouvoir d’achat et contre une politique favorable aux riches
      Pour les répondants, il s’agit moins d’une révolte contre une taxe en particulier, ou pour la défense de l’usage de la voiture, qu’une révolte contre un système fiscal et de redistribution jugé inique. Une révolte contre les inégalités, mais aussi contre une parole politique qui les méprise et les infériorise symboliquement. Il s’agit à la fois de défendre leur pouvoir d’achat et leur accès à un standard de vie (notamment les loisirs, de plus en plus inaccessibles) et d’une exigence de respect à leur égard et de reconnaissance de leur dignité de la part du personnel politique (gouvernement et président de la République).

      Nous avons invité les participants à s’exprimer sur leurs motivations à travers une question ouverte en début du questionnaire (« Pourquoi manifestez-vous aujourd’hui ? »). Un pouvoir d’achat trop faible est le premier motif évoqué (plus de la moitié des répondants). Plusieurs personnes se plaignent de ne plus pouvoir s’offrir le moindre plaisir (« J’ai la vingtaine et j’ai pas une thune. Si je veux sortir, je dois me mettre à découvert »). Des mères de famille nous font part de leurs fins de mois difficiles (« J’aimerais bien que mes enfants puissent avoir à manger dans leurs assiettes, et pas que des patates les deux dernières semaines du mois »), qui entraînent parfois des difficultés de logement, dont ont témoigné aussi bien des jeunes étudiants (« Je n’ai pas les moyens de me loger, je vis dans la dépendance d’une amie ») que cette mère de famille (« Nous étions obligés de descendre dans le Sud pour vivre chez ma belle-mère »).
      Suit, dans la liste des motivations, le fardeau fiscal trop important (69 répondants, dont 18 qui pointent explicitement le prix élevé du carburant). Près d’un sur cinq déclare être là pour protester contre le gouvernement actuel et demande la démission d’Emmanuel Macron, évoquant l’« arrogance » de l’exécutif. Les termes de « monarchie », d’« oligarchie » ou de « dictature » reviennent pour souligner son caractère illégitime. On voit poindre le 24 novembre, puis se confirmer le 1er décembre, la demande de réformes institutionnelles. Un dixième des enquêtés demandent des réformes institutionnelles. Cette tendance semble accentuée chez les participantes et participants aux cortèges du 8 décembre.
      Une deuxième question ouverte portait sur les mesures que le gouvernement devrait prendre pour répondre aux revendications des « gilets jaunes ». La réponse la plus fréquente est sans surprise une baisse des taxes et impôts, évoquée spontanément par un tiers des répondants. Pour 48 enquêtés, des mesures pour augmenter le pouvoir d’achat sont également nécessaires. Parmi eux, 28 personnes demandent une augmentation du smic, voire des salaires en général, 14 une augmentation générale du pouvoir d’achat, 8 une augmentation des retraites. Des demandes de reditsribution des richesses reviennent dans les réponses de 36 participants : 19 demandent spontanément la réintroduction de l’ISF, 5 une répartition plus juste des impôts.

      « Une des spécificités de ce mouvement est la présence de revendications institutionnelles, en plus des revendications sociales »

      Plus d’un cinquième des répondants demandent d’ailleurs tout simplement que le gouvernement écoute les citoyens, « qu’il se mette à [leur] place ». Il s’agit ainsi d’une des préoccupations principales des personnes rencontrées. Enfin, une des spécificités de ce mouvement est la présence de revendications institutionnelles, en plus des revendications sociales. Ainsi, 26 personnes ont déclaré que des réformes institutionnelles importantes seront nécessaires pour qu’elles puissent considérer que le mouvement est un succès : 18 en demandant des changements parfois fondamentaux (par exemple, en réclamant une « réforme totale de l’Etat », « un autre système politique »), 8 en demandant la fin des privilèges des parlementaires et 4 en se disant convaincus de la nécessité d’une VIe République.
      Il est à noter que seulement 2 des 166 personnes interrogées ont mentionné la gestion de l’immigration dans leurs réponses aux deux questions présentées. Cela invite à reconsidérer les analyses qui font du mouvement une émanation de l’extrême droite.

      « Les deux principales motivations des personnes mobilisées apparaissent comme étant une plus grande justice sociale et la demande d’écoute de la part du pouvoir »

      Les deux principales motivations des personnes mobilisées apparaissent donc comme étant une plus grande justice sociale (qu’il s’agisse d’un système fiscal faisant davantage participer les plus aisés, d’une meilleure redistribution des richesses ou encore du maintien des services publics) et la demande d’écoute de la part du pouvoir. Au contraire, les revendications nationalistes, liées notamment à l’identité ou à l’immigration, sont très marginales, démentant l’idée d’un mouvement qui serait noyauté par les électeurs ou les militants du Rassemblement national. Comme le souligne le sociologue Alexis Spire, auteur de Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat (Seuil, 312 pages, 22 euros), c’est avant tout le sentiment d’injustice fiscale, plus prégnant chez les classes populaires, qui explique cette mobilisation.

      En résumé, cette révolte est bien celle du « peuple » – comme se revendiquent nombre de personnes interrogées – au sens des classes populaires et des « petites » classes moyennes, celle des revenus modestes. Dès lors, plusieurs éléments font des « gilets jaunes » une contestation singulière par rapport aux mouvements sociaux des dernières décennies. Outre son ampleur, la forte présence des employés, des personnes peu diplômées, des primo-manifestants et, surtout, la diversité des rapports au politique et des préférences partisanes déclarées font des ronds-points et des péages des lieux de rencontre d’une France peu habituée à prendre les places publiques et la parole, mais aussi des lieux d’échange et de construction de collectifs aux formes rarement vues dans les mobilisations.

      Camille Bedock, Centre Emile-Durkheim, Sciences Po Bordeaux, CNRS �Antoine Bernard de Raymond, Irisso, université Paris-Dauphine, INRA �Magali Della Sudda, Centre Emile-Durkheim, Sciences Po Bordeaux, CNRS �Théo Grémion, diplômé d’un master de géopolitique de l’université de Genève et d’une maîtrise d’urbanisme de l’université Paris-X �Emmanuelle Reungoat, Centre d’études politiques de l’Europe latine, université de Montpellier �Tinette Schnatterer, centre Emile-Durkheim, Sciences Po Bordeaux, CNRS


  • 1976 : Le viol existe t-il ? | Archive INA #culture_du_viol
    https://www.youtube.com/watch?v=BeVA8vlkbwU

    Sujet issu d’une émission consacrée au viol, fait de société dans les années 1970 dont les médias s’emparent pour la première fois. Le sujet se construit autour du témoignage de Liliane, une femme agressée et violée alors qu’elle faisait de l’auto-stop. En parallèle de son récit, d’autres points de vues se croisent, comme celui du président de la Cour d’assise de Paris Monsieur Ullman ou celui de l’avocate de la Ligue du droit des femmes Madame Martine Le Peron.


  • GILETS JAUNES ACTE IV : RECIT D’UN STREET-MEDIC A TOULOUSE
    (quelque part sur Facebook)

    La sidération. J’ai passé la soirée à y réfléchir, et ce matin je pense que c’est le mot qui convient le mieux à ce que j’ai ressenti en rentrant chez moi, vers vingt heures. Hier, Toulouse a flambé, Toulouse a crié, Toulouse s’est révoltée. Le temps d’une journée, Toulouse la rose est devenue Toulouse la rouge. D’épaisses fumées en ont strié le ciel, fendant sa clarté, comme autant de points de rendez-vous et d’appels, dissimulant, derrière elles, les multitudes d’avions qui font d’ordinaire sa fierté. Des barricades se sont érigées l’une après l’autre, partout dans ses rues, formant l’écume de cette houle de colère, de violence et d’embrasement. Des milliers de projectiles, tirés par les deux camps, en jonchent le sol ce matin, tandis que le froid mordant et irrésistible a regagné son lit, et les bris de verre dans les allées me font penser à de la neige. Sidéré, c’est bien le mot, après cet après-midi passé au coeur des affrontements, porté par l’arrogance de vouloir me rendre utile en pareilles circonstances.
    J’ai manifesté pour la première fois quand j’avais quinze ans, et je crois être descendu dans la rue chaque année depuis. Non pas que je sois un « dur » ou un « révolutionnaire » (on ne s’auto-proclame pas révolutionnaire, on l’est ou on ne l’est pas), mais je crois profondément que la mobilisation est un point de rupture qui permet d’ouvrir les yeux sur le monde, de rencontrer des gens hors de notre zone de confort, de s’en rendre solidaire, de s’engager, et surtout, d’échanger, de se confronter à des idées parfois en rupture avec les nôtres, mais qui sont les adversaires nécessaires de l’esprit critique. Je crois qu’agir fait grandir, et que même si on se trompe parfois, on mûrit d’avoir essayé.

    C’est lors de la mobilisation « Loi Travail » en 2016 que mon regard sur les manifestations a changé. C’est là que j’ai vu, pour la première fois, des violences parfois insoutenables, des « bavures », des crânes fissurés, des litres de sang versés, et la sensation d’une injustice flagrante. Et encore, je n’avais pas fait les pires si j’en crois les médias. Les images de Nantes, Rennes, Paris défilaient sur mon écran sans que je puisse y croire. C’est à ce moment que j’ai commencé à faire le « street medic », tout en me disant que j’étais dingue d’en arriver à penser à ça alors qu’il ne s’agissait que d’une manifestation. En théorie me disais-je, car la naïveté est parfois persistante, les forces de l’ordre ne sont pas sensées « casser », si ?

    Eh bien si. Et ça s’est normalisé. Mais jamais je n’avais vécu ce que j’ai vécu hier.

    Les appels au cortège unitaire s’étaient succédé toute la semaine, la convergence était réclamée afin de former un bloc massif. Le trajet et l’horaire des manifestations étaient incertains du fait des multiples retournements de veste de la préfecture, dont il était clair qu’elle cherchait à diviser les cortèges afin que tout le monde ne parte pas en même temps. Raté. Des lycéens avaient été nationalement humiliés dans la semaine, et à travers eux toute une partie de la jeunesse qui s’est enfin lassée d’être le défouloir permanent de la violence d’Etat, tout à tour muselée, molestée ou infantilisée par des porte-paroles toujours zélés quand il s’agit d’étouffer tout ce qui ne leur ressemble pas. Des étudiants avaient rejoint le mouvement, les AG se mettaient en place, les blocages furent réclamés ou actés (Université du Mirail, Sciences Po). Certains, dont moi, pressentant peut-être les événements de samedi, avaient choisi de s’organiser pour mettre en place un comité de secours volontaire, ou « street-medic », composé d’étudiants, de pompiers, d’infirmiers ou de simples citoyens. Nos compétences étaient inégales, mais l’organisation permettait à chaque unité de quatre ou cinq personnes de disposer d’un « confirmé », d’un soutien et de deux personnes faisant les aller-retour dans la foule pour repérer, extraire et ramener les blessés à des arrière-postes de fortune, improvisés dans les halls, les ruelles ou simplement derrière les buissons. Plusieurs comités similaires s’étaient formés, rassemblant à mon avis une bonne centaine de medics dispersés dans le cortège. Je profite de ce témoignage pour remercier toutes les pharmacies qui ont accepté avec bienveillance de nous donner du matériel de premiers secours (kits médicaux, sérum phy, compresses, gaze, mallox, bandes, etc.). La ligne était claire : on ne participe pas à la manifestation, on se contente de soigner les blessés, manifestants comme policiers. Je sais que certains s’en étonneront, mais pour moi, si la cause du désordre est le système, on ne peut pas en vouloir seulement aux individus. Les victimes de la violence sociale sont des deux côtés.

    Ce matin, la presse parle de douze blessés à Toulouse. Ce n’est même pas le nombre de personnes que j’ai pu prendre en charge dans l’après-midi. Certains parmi nous ont raconté avoir chargé les personnes quatre par quatre dans les véhicules de secours qui parvenaient jusqu’à nous. J’ai même du mettre un blessé à bord de la voiture d’un riverain qui passait par là, à quelques mètres de la charge de police, et qui a rapidement accepté de le conduire à l’hôpital. En ne parlant que des flash-balls, je me suis occupé de dix personnes : deux blessés à la tête, un à la poitrine, un à la main, un au coude, trois au pied, un à l’aine et un à la hanche. Et nous n’étions qu’une unité medic parmi une vingtaine. Ce matin, la préfecture comptait 5.500 manifestants dans Toulouse : il faut vraiment être resté chez soi toute la journée pour y croire. A 14h, le boulevard Lacrosses dégueulait une foule compacte, un cortège tellement long qu’il permettait aux premiers de ne pas entendre les grenades qui visaient les derniers.

    C’est en effet l’arrière du cortège qui était en situation d’émeute hier. Moins de quinze minutes après le départ de la manifestation, toute l’esplanade de Compans était noyée de fumée, de gazs lacrymogènes. Tout est parti d’un face à face entre quelques manifestants et une unité de la BAC (du moins, je crois). Et puis le coup classique : une bouteille en plastique vole, les gazs lacrymogènes sont tirés sans sommation, tout le monde s’énerve, le premier tir de flash-ball part, tout s’embrase. Il était 14h15. La situation, très tendue, se résume au même mouvement répétitif : gazs, riposte, charge sur vingt mètres, recul de la foule qui reforme le bloc quelques minutes après et reprend le terrain. C’est une guerre de position usante physiquement, mentalement, nerveusement. Les blessés commencent à affluer : le premier, un homme de quarante ans, est touché à la tempe par un tir. Je commence les aller-retours entre le lieu des affrontements et un abri improvisé sur un banc derrière les immeubles, où je ramène blessé après blessé. La manifestation avance de quelques dizaines de mètres, les premières barricades s’enflamment, la stratégie de maintien de l’ordre échoue déjà : trop peu nombreux pour contenir une telle foule, les gendarmes laissent les rues adjacentes ouvertes et la foule les envahit et s’y disperse. Conséquence : les gendarmes se dispersent aussi. En trois heures, ils ont à peine repris le boulevard : la vérité, c’est que la manif s’étire, avance, et que la queue de cortège suit mécaniquement. Les gens sont en colère...

    Je n’ai pas envie ici d’exprimer mon point de vue sur la violence en manifestation ; la vérité, en tout cas, est qu’il ne s’agissait pas d’une « centaine de casseurs » comme l’évoquent les journaux, mais de milliers de personnes qui se succédaient, se soutenaient, se soignaient, s’encourageaient. Impossible pour les gendarmes de faire quoi que ce soit, hormis contenir bien imparfaitement l’émeute et répliquer à coups de flash-balls et de grenades. Médiatiquement, les violences qui ont eu lieu sont peut-être un mauvais coup (les photos sont nombreuses sur les réseaux, je ne vais pas tout détailler), mais elles ont été un vrai coup de génie tactique. La queue de cortège a concentré l’essentiel de l’attention sur elle, servant de point de fixation pour les forces de l’ordre qui étaient déjà trop peu nombreuses pour l’enrayer. Pendant ce temps, la tête de cortège continuait sa route et s’emparait de la ville. A 17h, les trois ponts étaient pris (Pont des Catalans, Pont Saint-Pierre et Pont-Neuf). On comptait quatre manifestations sauvages en même temps dans la ville -le cortège des Gilets Jaunes, de la CGT et de la marche pour le Climat ayant emprunté différents chemins pour accéder à la place du Capitole- et une émeute -il n’y a pas d’autre mot- à l’entrée de Saint-Cyprien, qui a rapidement contaminé tout le quartier. Sans la queue de cortège, jamais la manifestation n’aurait réussi à remonter jusqu’au coeur de la ville et à se visibiliser : vers 17h30, c’est une marée de gilets jaunes qui a déferlé dans un centre-ville que la préfecture souhaitait précisément préserver. Les théâtres d’affrontements se sont multipliés dans le quartier de Saint-Cyprien jusque tard dans la soirée, poussant même les gendarmes à tirer les lacrymos depuis un hélicoptère.

    La presse raconte que les « casseurs » étaient des banlieusards profitant de l’occasion pour « tout casser » -comme si la violence révolutionnaire était un simple loisir. De mon côté, j’ai passé la journée à soigner des gens très divers : lycéens voulant riposter à la violence subie toute la semaine, étudiants, travailleurs de tous secteurs et tous âges (vers 18h30, j’ai même administré du sérum phy à un retraité qui avait été gazé), filles et garçons, « anars » comme gilets jaunes et écolos, tous unis et constamment solidaires sans regarder leur origine. Moudenc (le maire), disait sur BFM avoir vu des gens de l’ultradroite et de l’ultragauche main dans la main. Premièrement, il faudra qu’il m’explique comment, d’un seul regard, il devine l’orientation politique des gens. Deuxièmement : tout le monde s’en foutait. La barrière politique s’était effacée entre les uns et les autres, pour la raison très simple que par-delà la divergence des solutions, il y a une convergence réelle des problèmes. Sur le référentiel médiatique, j’appartiens à l’ultragauche ; pour autant, hier, je ne sais absolument pas qui j’ai soigné en termes d’appartenance politique, parce que le même sentiment de foutage de gueule était partagé finalement par tout le monde. Et au milieu de tout ça, oui, il y avait des banlieusards (enfin, si tant est qu’on puisse le deviner à l’apparence). Mais je pense ne pas avoir besoin de lister le nombre de raisons qu’ils auraient de toute façon à être en colère, eux qui sont sans doute la partie de la population qui connaît le mieux ce que veut dire « violence d’Etat ». Je me fous de savoir pour qui votent les manifestants qui étaient présents, car hier ils étaient ensemble, vraiment ensemble, pour dénoncer la même chose et s’entraider. Le reste du discours n’est qu’une tentative de dispersion. Le problème est identifié. On discutera des solutions plus tard.

    Si j’ai arrêté ma mission de street-medic vers 19h, ce n’est pas parce que la manif était terminée, c’est parce que j’étais épuisé, comme tous les autres. On a été complètement dépassés. Je n’avais pratiquement plus une cartouche de sérum phy. J’avais la peau brûlée par les gazs, les poumons en feu, les jambes lourdes et l’esprit en éclats. Je n’arrivais plus à réfléchir et je ne me sentais plus capable de prendre les bonnes décisions en cas d’urgence. Physiquement, nerveusement, psychologiquement, j’étais épuisé. Je n’avais jamais connu ça.
    Ce matin, les médias ne parlaient que de Paris, en disant que tout avait été contrôlé. Ne doit-on pas voir dans ce parisiano-centrisme la preuve que le message n’a toujours pas été entendu ? Hier, toute la province était en feu : j’ai vu les images de Caen, Nantes, Bordeaux, Lyon, Saint-Etienne, et j’ai vu le mouvement prendre en ampleur et en force. J’ai vu la répression policière s’accroître encore et mettre à nouveau le feu aux poudres, tout comme j’ai vu un haut degré de violence chez des manifestants qui n’ont plus le coeur pour se laisser faire et ripostent. Cela fait trop longtemps qu’on casse les gens, qu’on les arrête, qu’on les condamne, au seul motif qu’ils crèvent la faim et qu’ils osent se montrer. Il n’y a eu aucune réponse politique majeure à ces revendications, et c’est trop tard. Tout le monde est à cran, y compris chez les forces de l’ordre. J’espère au moins qu’ils ont conscience que c’est précisément parce que les manifestants ne chargent pas encore et se « contentent » de caillasser qu’ils sortent presque indemnes de cette journée. Je me pose quand même la question : combien de temps est-ce que ça durera ..?
    Je ne sais pas comment ça va finir, mais je suis à peu près sûr d’une chose : je ferais mieux de garder mon matériel de medic sous la main, parce que je risque de courir encore longtemps avec mon sac sur le dos avant de ne plus en avoir besoin.

    • Ce matin, la presse parle de douze blessés à Toulouse. Ce n’est même pas le nombre de personnes que j’ai pu prendre en charge dans l’après-midi. Certains parmi nous ont raconté avoir chargé les personnes quatre par quatre dans les véhicules de secours qui parvenaient jusqu’à nous. J’ai même du mettre un blessé à bord de la voiture d’un riverain qui passait par là, à quelques mètres de la charge de police, et qui a rapidement accepté de le conduire à l’hôpital. En ne parlant que des flash-balls, je me suis occupé de dix personnes : deux blessés à la tête, un à la poitrine, un à la main, un au coude, trois au pied, un à l’aine et un à la hanche. Et nous n’étions qu’une unité medic parmi une vingtaine. Ce matin, la préfecture comptait 5.500 manifestants dans Toulouse : il faut vraiment être resté chez soi toute la journée pour y croire. A 14h, le boulevard Lacrosses dégueulait une foule compacte, un cortège tellement long qu’il permettait aux premiers de ne pas entendre les grenades qui visaient les derniers.

      @davduf


  • Ce qu’il nous a déjà pris : Les prises de guerre (des classes) de Macron – an I - FRUSTRATION
    https://www.frustrationlarevue.fr/ce-quil-nous-a-deja-pris-les-prises-de-guerre-des-classes-de-macr

    « La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! ».

    Cet agenda libéral n’est pas un complot que les dirigeants, au MEDEF ou au club du Siècle, ont véritablement mis au point sur un tableur excel comportant les réformes à mener. Non, même si le macronisme clarifie la situation du camp libéral, ils n’ont pas la franchise de publier un programme comme le fit le CNR. Leurs réformes doivent passer pour des idées neuves issues du jeu démocratique. L’agenda libéral, c’est la guerre que les puissances économiques et leurs représentations politiques mènent contre tout échappatoire au système capitaliste. Un service public ? Un marché régulé ? Un système socialisé ? On privatise. On libéralise. On ouvre à la concurrence. De l’ « intérêt général » porté par les forces politiques héritières du CNR, on est revenu au pur intérêt économique de quelques-uns.

    Concrètement, l’agenda libéral consiste en une lutte féroce contre le « modèle social français », modèle que ceux qui sont nés après les années 1970 avons entendu vilipendé et foulé aux pieds pendant toute notre vie pour louer le sage néolibéralisme allemand. Mais l’élection d’Emmanuel Macron semble constituer un tournant : nous sommes passés d’une guerre de position sous les gouvernements qui se sont succédés disons depuis 1983 (la rigueur sous Mitterrand), qui avançaient à petits pas et reprenaient deux années de retraites par-ci, quelques droits syndicaux en moins et quelques déremboursements de médicaments par-là, à une guerre éclair extrêmement violente, la « blitzkrieg » prônée par François Fillon durant la campagne présidentielle. Les réformes socio-économiques de la première année du quinquennat Macron renversent complètement le sens de certaines institutions sociales.


  • Des ateliers d’auto-gynécologie pour se réapproprier son corps | Juliette Loiseau
    https://information.tv5monde.com/terriennes/des-ateliers-d-auto-gynecologie-pour-se-reapproprier-son-corps

    Les femmes témoignent de plus en plus des violences gynécologiques et obstétricales, et les récits d’insultes, d’humiliations ou d’actes non consentis sont courants. En parallèle, et depuis plusieurs années, des groupes d’auto-gynécologie s’organisent. Ils proposent un espace de parole et d’auto-observation, loin du cadre médical, pour redécouvrir son corps. Reportage dans l’un de ces lieux alternatifs à Paris. Source : Terriennes


  • Lettre à celles et ceux « qui ne sont rien », depuis le Chiapas rebelle

    Jérôme Baschet

    https://lavoiedujaguar.net/Lettre-a-celles-et-ceux-qui-ne-sont-rien-depuis-le-Chiapas-rebelle

    On l’entend partout ces jours-ci : c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et là où beaucoup s’affligeaient de ne voir que le marécage stagnant d’une majorité dite silencieuse et passive ont surgi mille torrents impétueux et imprévisibles, qui sortent de leur cours, ouvrent des voies inimaginables il y a un mois encore, renversent tout sur leur passage et, malgré quelques dévoiements initiaux, démontrent une maturité et une intelligence collective impressionnantes. C’est la force du peuple lorsqu’il se soulève, lorsqu’il reprend sa liberté. C’est une force extraordinaire et ce n’est pas pour rien que l’on invoque tant 1789, mais aussi 1793 et les sans-culottes. Ami·e·s gilets jaunes, vous avez déjà écrit une page glorieuse de l’histoire de notre pays. Et vous avez déjà démenti tous les pronostics d’une sociologie compassée sur le conformisme et l’aliénation du grand nombre.

    Mais qu’est-ce donc que ce « peuple » qui, d’un coup, se réveille et se met à exister ? Rarement comme aujourd’hui le mot aura paru aussi juste, même à ceux d’entre nous qui pourraient le juger périmé, parce qu’il a trop souvent servi à capturer la souveraineté au profit du Pouvoir d’en haut, et qu’il peut aujourd’hui faire le jeu des populismes de droite ou de gauche. (...)

    #gilets_jaunes #peuple #intelligence_collective #Chiapas #zapatistes #rébellion #autogouvernement


  • Bò kho sả
    https://cuisine-libre.fr/bo-kho-sa

    Ragoût vietnamien de bœuf à la citronnelle et aux carottes. Peler et hacher l’oignon et l’ail. Couper la viande de bœuf en gros cubes de 3-4 cm de côté. Dans un saladier, mélanger l’oignon, l’ail, le nuoc mam pur, le sucre, la poudre de 5 épices. Faire macérer les morceaux de bœuf pendant 30 minutes. Dans une grosse marmite, faire chauffer 2 CàS d’huile de colza. Sur feu vif, faire revenir les cubes de bœuf avec sa marinade. Dès que les morceaux sont bien saisis, ajouter le concentré de tomates, les anis…

    #Bœuf, #Citronnelle, #Ragoûts / #Sans_œuf, #Sans_lactose, #Mijoté


  • « Un coup de poignard dans le dos de ceux qui luttent », la CGT Chimie se désolidarise du communiqué signé par Martinez
    http://www.revolutionpermanente.fr/Un-coup-de-poignard-dans-le-dos-de-ceux-qui-luttent-la-CGT-Chim

    L’heure n’est pas au « dialogue social », il est à imposer des négociations sous le contrôle du rapport de forces.

    Dans une période de tension sociale, le rôle de la CGT est d’être auprès des travailleurs et non, supplétif du pouvoir patronal et gouvernemental dans un appel au calme auprès de ceux qui n’ont d’autre choix que de lutter.

    La violence n’est en rien dans l’expression des revendications, elle est dans les rapports sociaux subis par les plus démunis, par les petites gens, les sans-dents, tous ces salariés qui ne sont reconnus ni dans l’emploi, ni par le salaire, ni par des conditions de travail décentes. Si violence il y a, la responsabilité est à rechercher du côté des oppresseurs et non des opprimés.

    La FNIC-CGT condamne la violence patronale, la répression syndicale et policière, la violence d’Etat, la complicité réformiste, qui sont la seule réponse des promoteurs de l’ordre capitaliste, Macron, Roux de Bézieux et la liste des autres organisations syndicales signataires de la déclaration.

    La FNIC-CGT appelle ses syndicats à entrer massivement en grève dès à présent comme dans le pétrole, le caoutchouc, la chimie, et pour le 14 décembre, journée de grève interprofessionnelle.


  • Le balayeur vient de sonner pour nous donner son calendrier des étrennes. Évidemment il est en gilet et en pantalon jaune, il doit être repérable même la nuit. Je lui lance « vous avez un beau gilet jaune vous au moins », il me rétorque « oui, mais faut que je l’enlève quand j’ai fini sinon j’ai des problèmes avec la police qui me regarde d’un sale œil ».
    #gilets_jaunes

    Bientôt, au bord de l’autoroute on se fera tabasser quand on change une roue ?




  • Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir | Samuel Hayat -
    https://samuelhayat.wordpress.com/2018/12/05/les-gilets-jaunes-leconomie-morale-et-le-pouvoir

    (...)Difficile de ne pas être saisi par le mouvement en cours. Tout y est déconcertant, y compris pour qui se fait profession de chercher et d’enseigner la science politique : ses acteurs et actrices, ses modes d’action, ses revendications. Certaines de nos croyances les mieux établies sont mises en cause, notamment celles qui tiennent aux conditions de possibilité et de félicité des #mouvements_sociaux. D’où sinon la nécessité, du moins l’envie, de mettre à plat quelques réflexions issues de la libre comparaison entre ce que l’on peut voir du mouvement et des connaissances portant sur de tout autres sujets. A côté des recherches sur le mouvement en cours, espérons que l’éclairage indirect que donne la confrontation à d’autres terrains pourra dire quelque chose de différent sur ce qui a lieu.

    La situation

    Les images rapportées par les médias comme les déambulations personnelles pendant les événements du 1er décembre ont donné à voir un Paris jamais vu, ni en 1995, ni en 2006, ni 2016, trois moments pourtant où l’espace-temps habituel des mobilisations parisiennes s’était trouvé profondément déformé. Certains ont pu parler d’émeutes ou de situation insurrectionnelle. C’est possible, et pourtant rien ne ressemble à ce qui a pu avoir lieu durant les insurrections de 1830, 1832, 1848 ou 1871. Toutes ces insurrections avaient lieu au quartier, mettant en jeu des sociabilités locales, un tissu relationnel dense permettant aux solidarités populaires de se déployer. Mais le 1er décembre, le feu a pris au cœur du Paris bourgeois, dans ce nord-ouest parisien qui n’avait jusqu’ici jamais été vraiment le théâtre de telles opérations. Loin d’être menées par des forces locales, érigeant des barricades pour délimiter un espace d’autonomie, ces actions ont été le fait de petits groupes mobiles, habitant souvent ailleurs.

    Évidemment, les sociabilités locales jouent dans la formation de ces groupes. Il suffit de regarder ailleurs qu’à Paris pour voir la réappropriation collective d’un territoire, la formation de liens durables… Mais le 1er décembre, ces solidarités se sont déplacées dans un espace de manifestation lui-même plutôt habituel : les lieux du pouvoir national. On est là dans un registre tout à fait moderne, n’en déplaise à ceux qui parlent de jacqueries : c’est bien d’un mouvement national et autonome dont il s’agit, pour reprendre les catégories clés par lesquelles Charles Tilly qualifie le répertoire d’action typique de la modernité. Mais les règles de la manifestation, fixées de longue date (on situe généralement leur formalisation en 1909[3]), sont ignorées : pas de cortège, pas de responsables légaux, pas de parcours négocié, pas de service d’ordre, pas de tracts, de banderoles, d’autocollants, mais des myriades de slogans personnels inscrits au dos d’un gilet jaune.

    Toute la pratique du #maintien_de_l’ordre en est bouleversée, et on a pu voir combien les professionnels de la répression, malgré leur nombre, leur armement, leur entraînement, s’étaient trouvés débordés, incapables d’assurer même leur propre sécurité, sans parler de celle des biens et des personnes. On peut penser que les forces de l’ordre ne vont pas accepter longtemps de se faire ainsi malmener, et les violences policières, déjà très nombreuses, risquent d’encore s’amplifier [comme le confirme déjà des lynchages policiers le 1/12 et les innombrables tirs #policiers qui ont mutilés au moins quatre #lycéens ce derniers jours, ndc] , comme les appels à l’extension de l’usage de la force, voire à l’état d’urgence. Cet échec du maintien de l’ordre physique est allé de pair avec un échec encore plus complet du maintien de l’ordre symbolique : un président en déplacement pour un sommet international, un gouvernement inaudible (la rançon à payer pour un pouvoir personnel s’étant entouré de courtisans médiocres pour qu’aucune ombre n’en affaiblisse l’éclat), le pseudo-parti au pouvoir (LREM) occupé le même jour à élire un nouveau délégué général, comme si de rien n’était. (...)

    Les #revendications, justement, méritent qu’on s’y attarde. On en sait peu sur la manière dont elle a été composée, mais une liste de 42 revendications a été diffusée et largement reprise, tant dans les groupes que par les médias. Ces revendications possèdent quelques traits remarquables qui ont déjà été relevés : elles sont majoritairement centrées sur les #conditions_de_vie, bien au-delà de la seule question du prix de l’essence ; elles contiennent des prises de position contre la libre circulation des #migrants ; elles proposent des changements institutionnels qui renforcent le contrôle citoyen sur les élu.e.s, dont la rémunération se trouverait d’ailleurs ramenée au #salaire_médian. Cette liste a été qualifiée de « magma de revendications hétéroclite ». Il me semble au contraire qu’elle est profondément cohérente, et que ce qui lui donne sa cohérence est aussi ce qui a permis à la mobilisation des gilets jaunes de prendre et de durer : elle s’ancre dans ce que l’on peut appeler l’#économie_morale des #classes_populaires.

    L’économie morale des #Gilets_Jaunes

    Le concept d’économie morale est bien connu des chercheur.e.s en sciences sociales. Il a été développé par l’historien E. P. Thompson pour désigner un phénomène fondamental dans les mobilisations populaires au XVIIIe siècle : celles-ci faisaient appel à des conceptions largement partagées sur ce que devait être un bon fonctionnement, au sens moral, de l’économie. Tout se passait comme s’il allait de soi que certaines règles devaient être respectées : le prix des marchandises ne devait pas être excessif par rapport à leur coût de production, des normes de réciprocité plutôt que le jeu du marché devaient régler les échanges, etc. Et lorsque ces normes non écrites se trouvaient bafouées ou menacées par l’extension des règles du marché, le peuple se sentait tout à fait dans son droit en se révoltant, souvent à l’initiative de #femmes, d’ailleurs. Leur mobile était bien économique, mais pas au sens habituel : ils n’étaient pas mus par des intérêts matériels au sens strict, mais par des revendications morales sur le fonctionnement de l’économie.


  • Yasser, 17 ans, est sorti cet après-midi de garde à vue. Il y a passé la nuit après avoir été interpellé à Mantes-la-Jolie.

    Sihame Assbague sur son compte FB :

    Yasser, 17 ans, est sorti cet après-midi de garde à vue. Il y a passé la nuit après avoir été interpellé à Mantes-la-Jolie. Il raconte l’humiliation subie hier et les insultes, notamment racistes : « sale arabe », « sale gros », « avec vos gueules là ».

    Il fait partie de ceux qui étaient face au mur, les mains attachés avec des rilsans. « Il y avait des filles & des garçons qui pleuraient...on n’a jamais vécu ça. Il y en a aussi qui disaient que les zip étaient serrés trop fort. Moi, j’ai encore les traces tellement ça nous a fait mal. Et les policiers se moquaient de nous. »

    Yasser explique que ses camarades & lui se sont retrouvés à 15 dans une cellule prévue pour 5 : « Moi j’ai dormi par terre, il y en a ils ont essayé de se serrer sur les banquettes mais il n’y avait pas de place. »

    Il a pris le temps de répondre à mes questions malgré la fatigue & des émotions encore palpables..."parce que c’est important".

    Il est sorti aujourd’hui avec un rappel à la loi. « Je suis choqué. C’était très difficile je vais pas mentir mais je savais que j’allais sortir. Mais c’est pas normal. Ce matin, en nous voyant en cellule une policière a dit ’on se croirait au zoo de Thoiry’. Ça veut dire quoi, on est des animaux, nous ? »

    #lycéens #police #racisme #mantes #mantes_la_jolie #manteslajolie #banlieue #mantes_la_jolie #manteslajolie #banlieue



  • Slate x Titiou

    Je n’ai présentement le popotin sur aucune chaise. Mon suivi des actualités ressemble à une immense partie de ni oui, ni non. Quand j’écoute les infos, je suis étonnée de l’étonnement face à ce mouvement. Le plus surprenant a toujours été pour moi de constater que les gens ne se révoltaient pas et acceptaient un système profondément injuste qui jouait en leur défaveur. Pourquoi accepter les règles d’un jeu auquel on est toujours perdant ?

    D’un autre côté, quand je vais lire les publications sur les pages Facebook des « gilets jaunes », je suis écœurée par le nombre de propos sexistes, racistes, antisémites, homophobes –grosso modo, Emmanuel Macron serait un homosexuel à la solde des banquiers juifs et arabes, avec une épouse qui serait évidemment une catin. Je suis atterrée par le nombre d’intox complotistes qui circulent et me font m’interroger sur la pertinence d’un système démocratique dans ce contexte.

    Je suis sincèrement convaincue que ce système économique et politique est moisi, mais le genre de société à laquelle j’aspire ne pourra pas être mise en place par des mecs avec des barres de fer.

    Et en même temps, je trouve un peu paradoxales ces condamnations unanimes de la violence. Je ne dis pas qu’il ne faut pas condamner la violence, mais enfin, ayez un minimum de cohérence. On nous serine, comme fondement du roman national, la Révolution française ; on se glorifie des insurrections populaires ; dans les livres scolaires, on a des gravures représentant des têtes coupées que l’on promène gaiement au bout d’une fourche ; on nous fait apprendre « La Marseillaise »... Bref, on nous élève dans l’idée que la France, c’est du sang et des barricades face aux injustices, et ensuite, on nous dit qu’aucune injustice présente ne justifierait de recours à la violence –et en même temps que le recours à la violence de la police contre des lycéennes et des lycéens serait normal. C’est le monde à l’envers.

    On ne peut pas dire que 1789, c’était merveilleux et casser la mâchoire d’un jeune à coup de flashball parce qu’il aurait incendié une poubelle. Même au nom de l’État de droit, selon la formule consacrée. Vous pouvez demander à n’importe quel éducateur ou éducatrice, on n’obtient jamais l’ordre par les coups, les menaces ou l’humiliation. Ce que l’on voit dans la vidéo des jeunes à Mantes-la-Jolie ne se discute pas sous l’angle de ce qu’ils ont fait. Ils peuvent être interpellés et jugés, mais dans cette séquence, les policiers cherchent à obtenir leur soumission par l’humiliation –et c’est le meilleur moyen d’obtenir l’effet inverse. Je souscris à cette pétition en tant qu’ancienne lycéenne ayant participé à des manifs et des blocages mais n’a jamais subi une telle répression.

    Et je ne parle même pas de celles et ceux qui s’offusquent de tags sur l’Arc de triomphe, alors que c’est quand même un monument moche célébrant des batailles dont la plupart des gens ne connaissent pas le nom. Et tiens, tant qu’on y est : les Champs-Élysées, c’est l’un des endroits les plus laids de Paris.

    Victor Hugo, qui a assisté à plusieurs émeutes –et au XIXe siècle, on ne se contentait pas de brûler des abribus–, distinguait émeute et insurrection, mais expliquait que l’insurrection elle-même commençait toujours par une émeute.

    « De quoi se compose l’émeute ? De rien et de tout. D’une électricité dégagée peu à peu, d’une flamme subitement jaillie, d’une force qui erre, d’un souffle qui passe. Ce souffle rencontre des têtes qui parlent, des cerveaux qui rêvent, des âmes qui souffrent, des passions qui brûlent, des misères qui hurlent, et les emporte. Où ? Au hasard. À travers l’État, à travers les lois, à travers la prospérité et l’insolence des autres. [...] Quiconque a dans l’âme une révolte secrète contre un fait quelconque de l’état, de la vie ou du sort, confine à l’émeute, et, dès qu’elle paraît, commence à frissonner et à se sentir soulevé par le tourbillon.

    L’émeute est une sorte de trombe de l’atmosphère sociale qui se forme brusquement dans de certaines conditions de température, et qui, dans son tournoiement, monte, court, tonne, arrache, rase, écrase, démolit, déracine, entraînant avec elle les grandes natures et les chétives, l’homme fort et l’esprit faible, le tronc d’arbre et le brin de paille.

    Malheur à celui qu’elle emporte comme à celui qu’elle vient heurter ! Elle les brise l’un contre l’autre.
    Elle communique à ceux qu’elle saisit on ne sait quelle puissance extraordinaire. Elle emplit le premier venu de la force des événements ; elle fait de tout des projectiles. Elle fait d’un moellon un boulet et d’un portefaix un général. »

    (C’est dans Les Misérables.) Victor Hugo se moque ensuite de la bourgeoisie, qui se plaint déjà à l’époque du coût des émeutes : « Toute émeute ferme les boutiques, déprime le fonds, consterne la bourse, suspend le commerce, entrave les affaires, précipite les faillites ; plus d’argent ; les fortunes privées inquiètes, le crédit public ébranlé, l’industrie déconcertée, les capitaux reculant, le travail au rabais, partout la peur ; des contre-coups dans toutes les villes. De là des gouffres. On a calculé que le premier jour d’émeute coûte à la France vingt millions. »

    Dans la suite de son texte, où il défend les insurgés –RIP Gavroche–, il met toutefois en garde. Le peuple n’a pas toujours raison, il peut suivre une mauvaise voie/voix. [Je me permets de souligner des phrases en les mettant en gras.] « Quelquefois le peuple se fausse fidélité à lui-même. La foule est traître au peuple. [...] Il y a des rages folles, il y a des cloches fêlées ; tous les tocsins ne sonnent pas le son du bronze. Le branle des passions et des ignorances est autre que la secousse du progrès. Levez-vous, soit, mais pour grandir. Montrez-moi de quel côté vous allez. Il n’y a d’insurrection qu’en avant. Toute autre levée est mauvaise. Tout pas violent en arrière est émeute ; reculer est une voie de fait contre le genre humain. L’insurrection est l’accès de fureur de la vérité ; les pavés que l’insurrection remue jettent l’étincelle du droit. Ces pavés ne laissent à l’émeute que leur boue. »

    Sa conclusion : « Le suffrage universel a ceci d’admirable qu’il dissout l’émeute dans son principe, et qu’en donnant le vote à l’insurrection il lui ôte l’arme. »

    Il se battait pour le suffrage universel –enfin, dit universel mais en réalité masculin–, mais il n’envisageait peut-être pas que ce vote puisse donner le pouvoir à un parti autoritaire. Or quand tout cela sera retombé sans être apaisé, quand on aura eu une formidable occasion de changer notre modèle et que l’on sera passés à côté, quand la société que j’aimerais voir n’aura pas encore été ébauchée, j’ai bien peur que ce soit celle qui m’effraie le plus qui advienne.

    Et devant les images de lycéennes et de lycéens le visage en sang, je me demande si elle n’est pas déjà là.

    • Je trouve que le texte sur l’« économie morale » de Samuel Hayat est instructif à ce sujet :
      https://seenthis.net/messages/741622

      Cela a un coût dont il faut prendre la mesure : les mouvements fondés sur l’économie morale s’inscrivent dans le rappel d’une coutume, la soumission à un ordre juste, mais aussi dans le cadre d’une communauté. L’économie morale est conservatrice non seulement parce qu’elle rappelle des normes intemporelles, mais aussi parce qu’elle lie entre elles des personnes définies par une commune appartenance. Dès lors, ses potentialités d’exclusion ne sont pas que des scories dont on pourrait aisément se débarrasser : elles sont au cœur du mouvement. Pour ne prendre que l’exemple le plus flagrant, les revendications contre la libre circulation des migrants, pour les expulsions d’étrangers, et plus encore pour l’intégration forcée des non-nationaux (« Vivre en France implique de devenir Français (cours de langue française, cours d’histoire de la France et cours d’éducation civique avec une certification à la fin du parcours) »), tout ceci est indissociable du mouvement, car c’est la conséquence logique de la mise en œuvre d’une économie morale d’abord communautaire, même si elle peut ensuite être travaillée par le mouvement dans différentes directions. L’économie morale est la proclamation des normes d’une communauté, elle n’étend pas la logique de l’égalité des droits aux étrangers, pas plus qu’elle ne reconnaît les conflits internes, en particulier idéologiques.

      […]

      Peut-être indique-t-il aussi que l’on n’est qu’au début d’une nouvelle histoire, que les conditions d’une repolitisation sont là, hors du cadre des vieux partis et des vieilles formes de la politique instituées. A Anzin, les mineurs n’en sont pas restés aux grèves s’appuyant sur une économie morale. Au contact des premières forces socialistes et syndicales de la région, ils s’en sont appropriés les idées et les formes, jusqu’à devenir l’un des foyers d’où est sorti l’anarcho-syndicalisme. Certains comités locaux de gilets jaunes, loin de s’en tenir à une protestation au nom de l’économie morale, en appellent à la formation de comités populaires et à la démocratie directe, c’est-à-dire à une émancipation politique radicale[15]. Rien n’est garanti, mais tout est ouvert.


  • Dans les lycées, le grand tohu-bahut - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2018/12/06/dans-les-lycees-le-grand-tohu-bahut_1696497

    « Il y a de réels facteurs d’inquiétude. Nous faisons face à des situations d’une extrême violence, comme nous n’en avons jamais connues au sein de l’Education nationale, s’alarme Gabriel Attal, secrétaire d’Etat en charge de la jeunesse auprès du ministre de l’Education, dans une interview à Libération. Jeudi matin, par exemple, un appel à la guérilla a été lancé sur les réseaux sociaux à Clermont-Ferrand. » A Vénissieux, près de Lyon, « des individus s’en sont pris physiquement à des personnels de l’Education nationale qu’ils ont poussés à terre et aspergés d’essence. Les limites du tolérable sont largement dépassées et nous appelons tout le monde à la responsabilité ».

    La situation est aussi très tendue à Toulouse, Lille ainsi qu’en région parisienne, dans les Yvelines, le Val-d’Oise et la Seine-Saint-Denis. A La Courneuve, « des individus cagoulés ont jeté jeudi matin des cocktails Molotov et des bouteilles de verre sur les CRS », raconte Gabriel Attal, qui ajoute qu’une cellule de crise a été activée depuis une semaine, en lien avec le ministère de l’Intérieur, pour « réagir au plus vite ». A Mantes-la-Jolie, 148 personnes ont ainsi été interpellées dans un seul et même lycée… Le commissaire de police a voulu « interrompre un processus incontrôlé », a-t-il déclaré à l’AFP.

    "la Fédération des parents d’élèves (FCPE) regrette que « le gouvernement n’ait pas réussi à stopper la spirale de la violence lycéenne. Depuis trois semaines, la situation devant les établissements n’a cessé de se dégrader, des lycéens se retrouvent en garde à vue, certains sont blessés voire hospitalisés ». La FCPE demande que des consignes soient données aux forces de l’ordre « pour que les lycéens puissent manifester en toute sécurité sans qu’aucun d’entre eux ne finisse à terre »."


  • Rapport d’enquête « cadre de vie et sécurité » 2018 / L’enquête Cadre de vie et sécurité (CVS) / Interstats - Ministère de l’Intérieur
    https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/L-enquete-Cadre-de-vie-et-securite-CVS/Rapport-d-enquete-cadre-de-vie-et-securite-2018

    L’enquête « Cadre de vie et sécurité » est conduite chaque année depuis 2007 par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), en partenariat avec l’Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale (ONDRP) et avec le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) depuis la création de ce dernier en 2014.

    Cette enquête nationale, dite de « victimation », a pour objectif d’évaluer et de décrire les infractions (vols ou tentatives, actes de vandalisme, escroqueries et arnaques, menaces et injures, violences physiques et sexuelles) dont sont victimes les ménages et les individus. Elle complète ainsi les données administratives sur les infractions enregistrées au quotidien par les services de police et de gendarmerie car les victimes ne déposent pas toujours plainte. L’enquête s’intéresse en outre aux opinions de l’ensemble de la population (victimes et non victimes) en matière de cadre de vie et de sécurité.

    Cette année pour la première fois, les premiers résultats de l’enquête sont présentés simultanément par l’ONDRP et le SSMSI dans leurs rapports annuels respectifs. Ces résultats sont également diffusés sur les espaces internet de chaque organisme.Des études thématiques issues de l’enquête sont publiées régulièrement par l’Insee, l’ONDRP, le SSMSI et différents organismes de recherche.

    L’objet du présent rapport est de présenter, de façon systématique, les réponses des ménages à toutes les questions qui leurs sont posées, dans chacun des domaines de la victimation couverts par l’enquête. Combien de victimes chaque année  ? Quelles sont leurs caractéristiques ? Que sait-on du déroulé des faits  ? Et de leurs auteurs  ? Dans quels espaces géographiques la victimation est-elle la plus importante  ? Et dans quelles catégories sociales  ?

    Ce travail est donc complémentaire des autres exploitations de l’enquête Cadre de vie et sécurité. Il ne prétend pas épuiser les problématiques qu’une enquête aussi riche permet d’éclairer, mais plutôt de poser des cadres, de proposer des réponses de premier niveau, et peut-être de suggérer des approfondissements.

    Il a été réalisé par Hélène Guedj, chargée d’études au SSMSI.