• Doula et douleurs : dans les Cévennes, l’accompagnement à la naissance accouche de dérives - Le Poing
    https://lepoing.net/doula-et-douleurs-dans-les-cevennes-laccompagnement-a-la-naissance-accouche

    À Ganges, territoire héraultais rural aux portes des Cévennes, l’association Humanly, qui organise « le festival YONIVERSEL », propose des services de doulas (accompagnante en naissance, une profession non-reconnue) et des stages sur l’accouchement naturel et autres thérapies alternatives teintées de développement personnel, autour de la figure de la doula Maria Libera, alias « madame Ocytocine ». Le Poing a récolté huit témoignages de femmes qui évoquent des dérives, de manière anonyme par peur de représailles

    • Très violent à lire je n’ai pas pu aller jusqu’au bout ! Cette saloperie de femme mérite des dépôts de plainte. En tout cas important à partager avec un trigger warning .

  • NOUVELLE-CALÉDONIELa constante coloniale de l’État français- OCL
    http://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4215

    Les émeutes qui ont éclaté en Nouvelle-Calédonie le 13 mai dernier sont couramment présentées comme une rupture avec le « processus de paix » engagé avec les accords de Matignon en 1988 et celui de Nouméa en 1998. Elles sont en tout cas une conséquence logique de ces accords... - 342 été 2024 / (...) @Mediarezo Actualité / #Mediarezo

  • Opération « Sauver Sarko » : des images inédites montrent l’ampleur de la manipulation de BFMTV | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/160724/operation-sauver-sarko-des-images-inedites-montrent-l-ampleur-de-la-manipu

    Les images parlent d’elles-mêmes. Du contenu de l’interview de Ziad Takieddine, on ne connaissait jusqu’à ce jour qu’un court extrait de 32 secondes, diffusé le 11 novembre 2020 en « exclusivité » sur les antennes de BFMTV. Sur ces images, filmées avec un téléphone portable et coupées à la va-vite, l’architecte des relations entre Nicolas Sarkozy et la dictature de Mouammar Kadhafi revenait sur ses déclarations précédentes pour dédouaner subitement l’ancien président de la République dans l’affaire des financements libyens. Ziad Takieddine apparaissait avachi sur un muret, un micro mal attaché au revers de sa chemise, le propos balbutiant, comme s’il lisait un prompteur, ou tentait de répéter un texte comme on récite un poème à l’école.

    Mais ce qui n’a pas été montré à l’antenne était pire encore. Les rushs de l’entretien – que Mediapart a obtenus et diffuse ci-dessous – révèlent que BFMTV a non seulement relayé sans aucune vérification les propos douteux de l’intermédiaire (dont il est aujourd’hui avéré qu’il avait reçu des promesses de contreparties financières pour se dédire), mais que la chaîne a aussi sciemment coupé d’autres passages de l’entretien qui ne collaient pas au narratif du clan Sarkozy.

    Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir reçu des fonds du dictateur libyen Mouammar Kadhafi afin de financer sa campagne présidentielle victorieuse de 2007. Le procès de l’ancien président de la République devrait démarrer en janvier 2025.

    L’intégralité des images montre que Ziad Takieddine est très confus et se contredit. Il argue du fait que le juge d’instruction Serge Tournaire, qui fut l’un des magistrats chargés de l’enquête libyenne, lui aurait « fait dire des propos contraires à ce qu[’il a] toujours dit » – alors même que l’intermédiaire a réitéré ses accusations à plusieurs reprises sur procès-verbal ou même en interview. Ce point a d’ailleurs été immédiatement démenti par la propre avocate de Ziad Takieddine ainsi que par le Parquet national financier (PNF), la chaîne n’ayant manifestement pas pris la peine de vérifier ce témoignage auprès de sources extérieures.

    La direction de BFMTV, qui travaillait main dans la main avec la chargée de presse de l’ex-président Véronique Waché et la communicante Michèle Marchand, a également coupé de son montage tous les passages dans lesquels Ziad Takieddine soutient que les fonds libyens n’ont pas été versés à Nicolas Sarkozy... mais à son bras droit, Claude Guéant.

  • Avoir raison avec... Edward Saïd
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-avoir-raison-avec-edward-said

    Américano-palestinien, né à Jérusalem, nourri de l’exil, ce théoricien du post-colonialisme, et humaniste infatigable, n’a pas toujours été compris, particulièrement en France, son influence sur les études postcoloniales reste pourtant indéniable.

    #Edward_Saïd #audio #podcast

  • Gus Bofa au Festival du dessin de Arles du 20 avril au 19 mai 2024
    https://www.festivaldudessin.fr/fr/artistes/gus-bofa

    © Festival du Dessin Arles
    #Gus_Bofa, de son vrai nom Gustave Henri Émile Blanchot, est né en 1883 à Brive-la-Gaillarde, et mort en 1968 à Aubagne. Il se destine d’abord à la carrière militaire, mais y renonce au moment de présenter le concours de Saint-Cyr. Dès 1900, ses #dessins sont publiés dans des journaux illustrés comme Le Sourire, Le Rire ou La Risette. En 1906, il crée les « Affiches Gus-Bofa », qui connaissent un grand succès public. Auteur de contes pour la presse et de revues de music-hall, il dessine également des costumes et des décors pour le théâtre, et tient plusieurs chroniques théâtrales. Après la guerre qui le laisse infirme, il illustre pour des éditions de luxe les livres de Mac Orlan, Courteline, Swift, Voltaire, De Quincey, Cervantès ou encore Octave Mirbeau, dont il n’hésite pas à livrer sa propre interprétation. Désireux d’offrir un plus grand espace de liberté créatrice aux #dessinateurs, il fonde le Salon de l’Araignée, qui marquera un tournant dans l’histoire de l’illustration. À partir de 1930, son œuvre devient plus personnelle, plus angoissée, reflétant une vision pessimiste de l’humanité. Après la Libération et la fin des éditions de luxe, il plonge peu à peu dans l’oubli. Indifférent à la gloire, il travaille à des livres autobiographiques, dont il signe les dessins et les textes, où il approfondit sa réflexion désabusée sur la condition humaine. Injustement méconnu aujourd’hui, il a marqué ses contemporains autant par son talent foisonnant que par son intégrité, et influencé un nombre considérable d’auteurs de bandes dessinées.

    https://www.festivaldudessin.fr/fr/expositions/artistes

  • y réfléchit depuis presque vingt-quatre heures et ça la tarabuste : pourquoi 1 ÷ 0 = 1 alors que 1 ÷ 1 = 1 aussi ? Comment en divisant le même chiffre par deux dénominateurs si différents aboutit-on au même résultat ? D’autant que cela ne fonctionne pas dans l’autre sens : si 1 x 1 = 1, en revanche 1 x 0 = 0 !

    Ah la la, la vieille Garreau et l’arithmétique, on dirait monsieur Jourdain découvrant la prose.

    • mouais !
      il n’a le droit de faire ce qu’il fait que s’il a montré préalablement que ce qu’il appelle S (en fait Sn = somme de toutes les puissances de 2 de 0 à n) converge quand n tend vers l’infini

      moins formellement, l’infini est aussi une « solution » de l’équation qu’il résoud : 1 + 2 * ∞ -> ∞

      s’il passait une colle, il se taperait une bulle bien méritée…

    • en vérité, je n’ai regardé la vidéo qu’à cause de ton commentaire, me demandant quelles beautés il pouvait extraire d’un truc aussi simple… (je suis toujours preneur de ce genre de choses)

      la question est d’étudier Sn (somme des puissances de 2 avec un exposant allant de 0 à n), c’est-à-dire étudier sa limite quand n tend vers l’infini
      – aspect strictement scolaire : la somme des termes d’une suite géométrique est, j’imagine, toujours au programme des modules de maths en terminale. A l’époque, c’était un peu le pont aux ânes pour les élèves de TA, 3 fois sur 4, il y avait un des deux exercices qui tapait dans le domaine.
      – mais, astuce, le résultat est immédiat (et, évidemment, est celui que l’on obtient avec la formule évoquée ci-dessus) si on remarque que la représentation binaire de Sn est très simple : le chiffre 1 répété n+1 fois. Si on lui ajoute 1, la retenue se propage tout du long du nombre et vient basculer l’ordre supérieur pour obtenir un 1 suivi de n+1 0 soit 2 puissance n+1

      tiens, ça me rappelle quand, gamin, sur les longs trajets entre Paris et la Bretagne, les rares fois où nous le faisions en voiture, je guettais les roues dentées du compteur kilométrique pour saluer l’arrivée des chiffres ronds, centaine, millier ou - merveille - plus encore. L’idée que, quelque part, une fois ce seuil franchi, le voyage serait moins long n’est qu’une variante de celle, indéracinablement ancrée au fond de chaque humain, qu’après telle échéance, tel cap, …, la vie sera plus belle.

      Quoique…, arrivé, sans doute comme la Garreau, à un âge cacochyme (j’ai connu les compteurs kilométriques mécaniques !), je n’en suis peut-être plus tout-à-fait aussi assuré

  • Appel à désarmer l’empire Bolloré !
    https://desarmerbollore.net/appel

    Alors que l’Arcom étudie ce lundi 15 juillet la réattribution des fréquences TNT pour la chaîne #Cnews, une centaine d’organisations syndicales, antiracistes, féministes et écologistes lancent une campagne d’action contre le groupe #Bolloré. Si l’on peut se réjouir provisoirement que le Rassemblement National n’ait finalement pas réussi à l’emporter lors de ces élections, celui-ci compte bien poursuivre sa conquête des territoires et des imaginaires. Nous devons, sans attendre de prochaines échéances électorales, unir nos force contre les vecteurs de fascisation de la société.

    Nous appelons en ce sens à mener partout bataille contre Bolloré : parce que c’est un acteur du ravage écologique, de l’exploitation néo-coloniale mais aussi parce qu’il est devenu en quelques années un levier majeur de la conquête du pouvoir par l’extrême droite.

    Bolloré, directeur de la propagande

    Bolloré met un ensemble toujours plus grand de médias de masse à disposition d’une politique ouvertement raciste. Sur des chaînes, les Éric Zemmour, Pascal Praud et autres commentateurs radicalisés disent qu’ils œuvrent pour une mission « civilisationnelle ». Leur projet est clair : nourrir le fantasme d’une nation pure en organisant la grande remigration. Ce projet glaçant suit un plan précis dont Bolloré est devenu l’aiguille et le fil à coudre. Qui Éric Ciotti va-t-il voir avant d’appeler à l’alliance du RN et de LR ? Qui met Cnews, #Europe_1 et Hanouna au service de cette « union des droites » ? Vincent Bolloré 1 . C’est une question d’habitude pour le milliardaire déjà mis en cause pour la manipulation de plusieurs scrutins présidentiels en Afrique 2. Au-delà du déluge xénophobe,la bollosphère fait chaque jour la promotion de discours sexistes et homophobes légitimant les violences contre les femmes et les personnes LGBTQI+. Elle alimente la négation de la crise climatique et oeuvre sans relâche à ce qu’il ne soit pas fait obstacle à ceux qui tirent profit de la dévastation écologique. Bolloré est en guerre pour l’hégémonie culturelle, la conquête des imaginaires et la fabrique du consentement au pire. Si le #RN est passé tout prêt de gagner les élections et prendre le pouvoir, c’est en partie son œuvre 3. Il est la cheville ouvrière de l’union des droites, de l’alliance objective entre le bloc libéral et le bloc néo-fasciste. Cette alliance colle parfaitement à ses intérêts de classe et à ses convictions politiques.
    [...]
    La carte de l’empire économique et médiatique du groupe Bolloré
    https://desarmerbollore.net/la-carte

    #néo_fascisme

  • Épisode 1/2 : #17_août_1893, le massacre des Italiens

    Dans les rues d’#Aigues-Mortes, une #histoire restée muette ou presque, jusqu’à la fin des années 1970 reprend corps.

    À Aigues-Mortes, dans les marais salants qui entourent l’ancien port royal, des centaines d’ouvriers se côtoient en cette fin de XIXe siècle pour la récolte du #sel. La #Compagnie_des_Salins_du_Midi doit embaucher plus de mille #saisonniers pour ce #travail de forçat : le battage du sel, qui consiste à enlever à la pioche la croûte saline asséchée des marais et à la disposer en tas, et le levage, le transport du sel à l’aide de brouettes jusqu’aux lieux de stockage.

    Coup de feu du sel : le levage est rémunéré collectivement par équipe, au rendement, et une nombreuse main-d’œuvre piémontaise participe traditionnellement à cette opération. En cette période de crise, les saisonniers, trimards et Ardéchois, ont également afflué en masse des régions limitrophes, espérant se faire embaucher. Tous ne le seront pas. La #colère enfle et dégénère suite à une #rixe entre ouvriers, embrasant la ville entière. C’est une véritable battue à mort des Italiens qui se produit alors, faisant 8 victimes, plusieurs dizaines de blessés et des disparus. L’Armée ayant tardé à intervenir, l’#émeute durera deux longues journées...

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/17-aout-1893-le-massacre-des-italiens-2683413

    #audio #podcast #migrants_italiens #migrations #massacre #salines #travailleurs_étrangers #italiens

  • Aux Etats-Unis, la restriction du droit à l’IVG provoque une hausse de la mortalité infantile
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/07/10/aux-etats-unis-la-restriction-du-droit-a-l-ivg-provoque-une-hausse-de-la-mor

    Il ressort que les décès de nourrissons dans l’Etat ont augmenté de près de 13 % après cette décision, alors que, dans le reste du pays, la mortalité infantile a augmenté de moins de 2 % au cours de la même période. En 2022, 2 240 nourrissons de moins de 1 an sont décédés au Texas, dont plus de la moitié dans la période néonatale, c’est-à-dire avant vingt-huit jours de vie. En 2021, il y avait eu 1 985 décès de nourrissons, une différence jugée statistiquement significative.

    Progression des anomalies congénitales

    « Cette étude vient confirmer les résultats d’autres recherches, mais il s’agit de la première étude vraiment concluante et rigoureuse scientifiquement sur le sujet », commente Magali Barbieri, démographe de l’Institut national d’études démographiques et chercheuse associée à l’université de Californie, à Berkeley, qui n’a pas participé à l’étude.

    Parmi les causes identifiées de cette hausse de la #mortalité_infantile, l’une s’impose : les anomalies congénitales chez les enfants texans ont augmenté de 22,9 % entre 2021 et 2022, alors qu’elles ont diminué de 3,1 % dans le reste du pays. On appelle maladies congénitales des défauts structurels ou fonctionnels présents dès la naissance et pouvant être le résultat de facteurs génétiques, infectieux, nutritionnels ou environnementaux – aux causes souvent indéterminées. Aux Etats-Unis, il s’agit de la principale cause de mort infantile, responsable d’un décès sur cinq. Alors que la détection d’une maladie congénitale aurait sûrement poussé des femmes à interrompre leur grossesse, ces données montrent, selon les autrices, que la loi texane a « contraint » un grand nombre d’entre elles à la poursuivre.

    #avortement #IVG #contraception #femmes

    edit https://justpaste.it/feqwe

  • Chez Thierry Solère, les dîners secrets de la macronie et du RN
    https://www.liberation.fr/politique/chez-thierry-solere-les-diners-secrets-de-la-macronie-et-du-rn-20240709_X

    Le conseiller officieux d’Emmanuel Macron a reçu ces derniers mois à plusieurs reprises Marine Le Pen et Jordan Bardella, en présence notamment d’Edouard Philippe ou du ministre des Armées, en toute discrétion. Thierry Solère ["l’homme politique le plus mis en examen de France", selon wiki] aurait rempli un rôle d‘agent de liaison entre le camp présidentiel et le #RN.

    https://justpaste.it/9kngl

  • Une fois les illusions balayées, il y aura du temps pour la clarté. - Vu du Droit
    https://www.vududroit.com/2024/07/une-fois-les-illusions-balayees-il-y-aura-du-temps-pour-la-clarte

    Ceux qui ont installé Macron à l’Élysée par ce qui s’apparente à un coup d’état, nous ont fait vivre depuis sept ans une forme de cauchemar. On ne reviendra pas ici sur tous les épisodes que nous ont infligé le psychopathe de l’Élysée et la bande de gangsters politiques qui l’entourent. Simplement on s’arrêtera à une dimension particulière qui est celle du simulacre dans lequel nous vivons. Depuis sept ans, le système français fait semblant. Semblant d’être une démocratie alors que tous les traits essentiels qui la caractérisent sont foulés aux pieds tous les jours. Semblant d’être un pays prospère, alors que a été dépecé à vif par le Capital, il n’est plus qu’un espace de service désindustrialisé. Semblant d’être un pays normalement géré alors qu’il est en faillite. Semblant d’être gouverné, alors que les ministères sont occupés par de parfaits imbéciles en général corrompus, et l’Élysée par un psychopathe puéril et immature.

    Depuis l’annonce de la dissolution, les mensonges ont redoublé, et le théâtre s’est transformé en cirque. Pour une énième représentation de la « grande quinzaine antifasciste » qu’on nous inflige régulièrement depuis maintenant plus de 20 ans.

    Et puis, presque par hasard on tombe sur un long et remarquable article, qui déchire le voile à partir d’un lieu d’énonciation politiquement marxiste.

    Une véritable bouffée d’air frais dans un environnement vicié. Enfin, c’est l’impression qu’il m’a fait.

    J’ai donc décidé de le voler… J’ai essayé de joindre les auteurs sans succès. J’espère qu’ils ne m’en voudront pas, et ce d’autant que cette publication est un hommage.

    Pas le temps de reprendre des bouts du texte qui suit. Il est très intéressant en ce qu’il est sans concession pour notre paysage politique « de gauche ».

    • Le temps de la clarification : Chroniques d’une anarchie annoncée
      https://grosrougequitache.fr/le-temps-de-la-clarification-chroniques-dune-anarchie-annoncee

      4) L’illusion de « l’union de la gauche »
      Le deuxième grand bloc, qui, après deux ans d’invectives permanentes, s’est subitement reconstitué en un temps record, c’est bien sûr l’énième édition de la sempiternelle série de « l’union de la gauche », pour une NUPES 2.0, renommée pour l’occasion « Nouveau Front Populaire ».

      Il y aurait beaucoup à dire sur l’escroquerie de ce nouveau nom, qui pousse la falsification historique encore plus loin. Nous avions analysé en 2020 le mouvement historique du Front populaire du 1936, et nous y renvoyons pour constater l’écart avec cette réédition 2024 indigeste, que l’on ne pourra qu’écrire avec des guillemets16. Nous y avions également critiqué sévèrement toutes les précédentes tentatives « d’union de la gauche », comme étant des accords parfaitement électoralistes, et qui revenaient à s’aligner sur le programme le plus social-traître qui soit, et nous reprenons l’intégralité de ces critiques.

      Il faut cependant analyser la spécificité de cette union illusoire, et montrer pourquoi elle ne pourra rien donner, pourquoi elle est impuissante à gagner quoique ce soit, et pourquoi même si elle gagnait, elle serait incapable d’appliquer son propre programme, fort mauvais au demeurant.

      Pour cela, il faut analyser le passage de la « NUPES » de 2022 au « Nouveau Front Populaire » de 2024. La « NUPES » de 2022 était un coup de bluff électoraliste de Jean-Luc Mélenchon, après sa belle performance à la présidentielle, qui en avait surpris plus d’un. Gonflé par le vote utile, la nullité des candidats du PS, du PCF et de EELV, il avait réussi à concentrer sur sa personne l’intégralité du vote de gauche, qui aujourd’hui regroupe surtout des couches moyennes urbaines diplômées et tertiarisées, les banlieues immigrées (pour la faible proportion qui vote), et quelque maigres restes du mouvement ouvrier du XXe siècle, dernière roue du carrosse de cette alliage fourre-tout. Grâce à ce joli coup de force, Mélenchon était ensuite parvenu à imposer à ses concurrents à gauche un accord dont il était en mesure de dicter les termes, sur le programme notamment, et le nombre de circonscriptions. Le regroupement massif autour de sa candidature était d’ailleurs intéressant, car il signifiait que son électorat, désormais complètement concentré dans les grandes métropoles, était suffisamment déclassé, et essoré politiquement par le macronisme, qu’il était prêt à faire taire son narcissisme des petites différences entre sociaux-démocrates, afin de se grouper autour d’un bloc. La candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2022 a été le chant du cygne des nouvelles couches moyennes libéral-libertaires « de gauche », et le signe de son crépuscule proche. On l’a vu avec le macronisme : c’est quand un groupe social se rassemble sous une seule et même bannière qu’il est le plus proche de mourir, car alors les contradictions qui le faisaient vivre se sont éteintes. D’autant que ce rassemblement s’est fait dans l’intensification du délire idéologique que portent ces couches moyennes, et qui signe son isolement idéologique et social : écologisme, féminisme, antiracisme identitaire, sociétalisme à outrance… La candidature de Mélenchon en 2022 aura réussi le tour de force de faire pire en la matière que celle de 2017, déjà bien pourvue pourtant. Le tout bien sûr avec moins d’opposition encore à l’UE, si c’était possible, et un programme aussi social-démocrate qu’inapplicable avec la méthode proposée.

      La NUPES avait continué sur cette lancée, en ressuscitant au passage des partis laminés qui auraient pu disparaître, le PS et le PCF. En leur garantissant leurs députés, Mélenchon leur a sauvé la mise, en étant bien mal payé en retour, tout ça pour revenir une dernière fois dans le coup médiatiquement, et grappiller quelques députés pour LFI. Bref, ce fut une alliance purement opportuniste et électoraliste qui s’est faite sur des bases totalement confuses, et qui a relancé le pire de ce qui existait à gauche en matière de social-traîtrise, leur offrant un bain de jouvence dont le PS, et le PCF dans une moindre mesure, avaient cruellement besoin.

      Bien entendu, une fois sauvés du néant électoral qu’ils méritaient pourtant, les « alliés » de LFI ont entrepris de se sauver de ses griffes, de façon parfaitement malhonnête il faut le dire – mais qu’attendre de plus des coquins qui peuplent le PS, le PCF et EELV ? Ils sont tellement réactionnaires qu’ils sont parvenus à critiquer Mélenchon par la droite, pour sa position sur l’UE, sur l’Ukraine, sur Gaza – position ô combien timide pourtant, mais que ses « amis » de gauche se sont plu à durcir de façon absurde, jusqu’à le faire passer pour un frexiteur, un bolchévique, un pro-Kremlin (si seulement !), ou un pro-Iran. Dernier délire en date : LFI serait « antisémite », pour sa position sur le conflit israélo-palestinien, position pourtant identique à celle de l’ONU sur tous les points. Mais bon : au royaume des clones où tout le monde a le même programme et les mêmes idées, il faut bien hystériser le débat afin de faire passer la moindre nuance dans l’européisme atlantiste pour une hérésie intolérable.

      Parti dans ces conditions, le « Nouveau Front Populaire » allait donc parvenir à faire pire politiquement que la NUPES, ce qui est là encore une performance à saluer. D’autant qu’après les résultats du 9 juin, c’était ce qu’il faut bien appeler « l’agent de la CIA », à savoir Raphaël Glucksman, qui allait dicter ses conditions pour une union17. Ce bandit venu de la droite libérale et sarkozyste, agent des intérêts de l’OTAN en Géorgie sous Saakachvili18, et stipendié de son beau père Ghassan Salamé (agent dans le monde arabe des intérêts atlantistes, artisan de la destruction constitutionnelle de l’Irak post-husseinienne19, relai de l’Open Society de Soros dans le monde arabe20) s’est trouvé en mesure d’imposer à toute la gauche ses conditions léoniennes, et une capitulation sans condition devant l’UE et la politique internationale atlantiste.

      C’est donc une union parfaitement décrédibilisée d’avance que nous vend la gauche, car il est évident aux yeux des masses que cette alliance a uniquement pour but de les aider à conserver leurs misérables sièges, et que la farce de « la peur du fascisme à nos portes » n’est pas leur principale préoccupation. Et ce ne sont pas les pleurs d’un Corbière ou d’un Rufin devant « le danger fasciste » le soir des élections qui changeront les choses. Le programme se contente de mesures parfaitement social-démocrates, défensives, souvent confuses, notamment sur le sociétal, et est parfaitement réactionnaire sur le plan international21. Celui-ci soutient donc « indéfectiblement l’Ukraine », et l’envoi d’armes à celle-ci, s’alignant ainsi sur la politique macroniste, et au mépris de tout risque pour la France d’escalade militaire avec la Russie. Sur Gaza, il reprend le narratif mensonger d’Israël sur le 7 octobre, et s’enferme dans le ghetto mental d’occidental narcissique. Et sur l’UE, le programme lui déclare sa soumission, et son soutien à la construction européenne.

      Autant dire que dans ces conditions, le programme est inapplicable dans ses mesures sociales. Au mieux, nous aurons une réédition des mésaventures d’A. Tsipras en Grèce, qui se fit briser les reins par la commission européenne en 2015. Vu le montant de notre dette, le programme du « Nouveau Front Populaire » ne pourra se financer avec elle, et sans sortir de l’UE, aucune alternative d’application n’est même envisageable. Encore une fois, une gauche sans courage s’est pliée aux exigences d’une gauche crapuleuse, pour le plus grand bonheur des crédules qui y croient, bien naïvement encore. L’union de la gauche, c’est bien l’opium du peuple de gauche. Et il serait temps d’arrêter d’être addict à cette drogue malsaine.

      Le fond du problème, c’est qu’une nouvelle gauche est apparue dans les années 70, et a complètement bouleversé la base sociale et l’idéologie de l’ancienne gauche. Les nouvelles couches moyennes diplômées et urbaines ont remplacé le prolétariat comme classe sociale de base, et le libéralisme-libertaire, cet anti-autoritarisme individualiste et relativiste, a remplacé le marxisme. Nous vivons l’aboutissement de ce processus. On ne peut donc que souhaiter la mort de cette gauche, dans les circonstances les plus atroces et indignes possibles, afin qu’autre chose vienne la remplacer. Cette gauche ne vit que de confusions : confusions entre le social et le sociétal (l’économie, la géopolitique et le national mis au même niveau, et souvent au dessous, de l’écologie, du féminisme, de l’antiracisme, et de bien d’autres), confusions entre européisme et souverainisme (des critiques de l’UE qui s’allient sans voir le problème avec ses thuriféraires), confusion entre internationalisme et atlantisme (des critiques de l’Ukraine et d’Israël avec ses défenseurs acharnés). Faut-il être grand clerc pour voir que cela ne pourra mener à rien ?

      5) La question du « fascisme » :

      Enfin, et non des moindres, le dernier point aveugle de toute cette gauche, unie pour un « Nouveau Front Populaire » : son aveuglement complet sur la véritable nature du fascisme, et son réflexe pavlovien « d’antifascisme » ânonné de façon hystérique sans aucune réflexion élémentaire. Entendons-nous bien : la fascisme est l’ennemi mortel de la classe ouvrière. Seulement, pour bien le combattre, et être un anti-fasciste conséquent et efficace, il faut d’abord avoir bien identifié le fascisme dans notre séquence historique. Sinon, on risque de complètement se tromper, en plaquant sur notre époque des catégories qui n’y sont pas effectives. A ce titre, on ne peut être que consterné d’entendre un célèbre historien du nazisme, aux travaux universitaires au demeurant intéressants, déclarer que l’on peut « plaquer 1936 sur 2024 », car « les structures sociales, et les intérêts des acteurs sociaux n’ont pas beaucoup changé » (sic !)22. Il faut être bien assis pour lire ou entendre cela : la lutte des classes est la même en sa structure qu’en 1936 ! Visiblement, la destruction de la raison n’a pas frappé qu’à droite ces dernières décennies… Où sont les usines et les grands appareils productifs industriels de 1936 en 2024 ? Où est le grand parti ouvrier qu’était le PCF des années 30 ? Où est l’URSS ? Où sont les croix de feu, les vétérans d’une Grande Guerre, les relais d’un NSDAP en France (très nombreux à l’époque !) aujourd’hui ? Où est aujourd’hui la petite-bourgeoisie traditionnelle, l’une des bases sociales du fascisme français des années 30, et que les années post-plan Marshall a balayée ? Où est aujourd’hui la concurrence des impérialismes de tailles équivalentes ? Nul part, tout cela a disparu. A l’inverse, où est le libéralisme-libertaire dans les années 30 ? Les nouvelles couches moyennes urbaines, diplômées et improductives ? Un secteur tertiaire et financier hypertrophié ? Un pôle unique atlantiste pour l’impérialisme mondial ? La construction européenne et la destruction des souverainetés nationales ? L’immigration a-t-elle le même niveau et la même fonction en 2024 qu’en 1936 ? Le simple fait de poser la question montre l’absurdité d’une comparaison qui serait un plaquage pur et simple des situations. Pour comprendre le fascisme actuel, il faut faire une analyse concrète de celui-ci. Sans analyse concrète, on court le risque de tomber dans le verbiage vide et pavlovien. Certes, aujourd’hui comme en 1936, il y a toujours une lutte des classes, un prolétariat et une bourgeoise. Mais si on en reste là, ce sont des concepts abstraits, et parfaitement vides. Pour leur donner du contenu, et faire une vraie analyse marxiste, il faut faire ce que personne n’ose faire à gauche : ouvrir la boite de Pandore de l’économie. Les marxistes devraient plus souvent méditer cette sage maxime d’Engels : « Il y a action et réaction de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement économique finit par se frayer son chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards (c’est-à-dire de choses et d’événements dont la liaison intime entre eux est si lointaine ou si difficile à démontrer que nous pouvons la considérer comme inexistante et la négliger). Sinon, l’application de la théorie à n’importe quelle période historique serait, ma foi, plus facile que la résolution d’une simple équation du premier degré23. » Plus d’un marxiste et d’un universitaire semblent confondre l’analyse par la lutte des classes avec une équation du premier degré.

      Comprenons bien : tout l’enjeu est de savoir si le fascisme actuel est bien incarné par le RN, car si c’est le cas, alors toute les unions, mêmes les plus scandaleuses et les plus contre-natures, seraient permises pour lutter contre l’affreux fascisme. Or, tel est le drame actuel, et il faudra bien qu’un marxiste l’écrive un jour : le RN n’est pas un parti fasciste, en tout cas pas au sens classique du terme, et si on trouve indéniablement des traces en lui d’éléments fascistes, il n’est pas le parti le plus fasciste de la vie politique française, loin de là.

      On sait que cette thèse, parfaitement évidente de façon intuitive pour les masses à l’heure actuelle, serait extrêmement choquante pour beaucoup à gauche, et mérite donc d’être exposée méticuleusement. La démonstration est ici importante, parce que sa validité et son acceptation vont conditionner l’avenir de la « gauche » actuelle, surtout si, comme tout l’indique, le RN parvient au pouvoir à court terme (dans quelles conditions exactes et quelles alliances, c’est une autre affaire). Que les amis de la vérité qui souhaitent comprendre pourquoi leur camp politique est dans un ghetto social écoutent, et que les autres méditent la maxime du Machiavel de Stendhal : « et serait-ce ma faute si la chose est ainsi ? ».

      Tout d’abord, écartons le principal élément qui gêne l’analyse : la question de la genèse historique du RN. Certes, la genèse d’un parti en politique est extrêmement importante, mais elle ne détermine pas tout. Il existe une différence pour un marxiste entre la genèse historique d’une chose (l’ensemble des éléments traçables sur une frise chronologique qui lui ont donné naissance) et sa logique interne, son essence, ce qu’il est réellement (pour une entité politique, les intérêts de classe qu’elle défend)24. Or ce qui fait la caractérisation politique, ce n’est pas la genèse historique, mais sa composition de classe, en interne, et son rapport avec les autres classes sociales.

      Il est indéniable que le Front National ait été fondé par des anciens vichystes, des pétainistes, des anciens de l’OAS, et qu’il ait gardé très longtemps sa caractérisation fasciste de ses origines. Il est indéniable par exemple que les statuts du FN aient été déposés en 1972 par Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS de la division Charlemagne, et alors trésorier du mouvement. Les différentes sorties de Jean-Marie Le Pen, très connues au point qu’il est inutile ici de les énumérer, témoignent de cette origine.

      Seulement, et c’est ce que personne à gauche ne veut remarquer, si l’on en déduit de cette origine fasciste le fait que le RN actuel est fasciste, il faudrait alors appliquer cette logique à tous les partis politiques français (pourquoi faire une exception pour le RN ?). Et on aboutirait à un résultat absurde et ubuesque : le PS, dont l’ancêtre est la SFIO, serait un parti jaurésien (pauvre Jaurès !) ; les LR, lointain descendant du MRP serait un parti gaulliste authentique (pauvre Général !) ; le PCF serait un parti bolchévique et stalinien (si seulement…) ; et les différents débris du parti radical seraient les héritiers de Clemenceau (sans les bons mots, visiblement)… On pourrait continuer longtemps, et on voit qu’avec une telle logique, on ne parvient qu’à des absurdités sans nom25. Tous ces partis ont changé d’essence idéologique, parce qu’ils ont changé de base de classe : ils ont subi, comme on le disait à l’époque du PCF, une « mutation », un changement d’ADN, parce qu’ils se sont adaptés aux évolutions de classes sociales, souvent d’ailleurs dans le sens de l’opportunisme, et d’un compromis avec les trois éléments que nous avons énumérés en début d’article : soumission au carcan européen, adhésion au libéralisme-libertaire, participation à la destruction de la raison. Pour le PCF, le PS et les RPR/UMP/LR, c’est parfaitement clair. On voit mal pourquoi le FN aurait été épargné par sa mutation en RN. On peut même dire qu’au contraire, étant initialement le parti le plus compatible en soi avec ces trois éléments, il a été poussé, comme par une force centrifuge, au loin, comme par effet de répulsion par rapport aux autres partis qui convergeaient tous vers eux. Tous les thèmes classiques du fascisme traditionnel qui étaient ceux du FN historique (nationalisme agressif, antisémitisme et racialisme, pétainisme assumé, révisionnisme, défense de la peine de mort, ou encore l’expulsion des français d’origine étrangère….) ont été progressivement relayés à l’arrière-plan après le départ de Jean-Marie Le Pen, et largement édulcorés, au point qu’on a souvent du mal aujourd’hui à les retrouver dans le programme, voire même pas du tout. Il faut à ce sujet en finir avec un fantasme à gauche, celle d’une essence diabolique cachée et invisible d’un RN fasciste, qui n’attend que de parvenir au pouvoir pour réapparaître telle quelle, et intacte. Tous ceux qui ont étudié le processus de liquidation et de mutation du PCF savent qu’en la matière, il faut être hégélien26 : l’apparence exprime l’essence, elle en est une part, et on ne peut pas faire de division métaphysique entre les deux. Lorsque le PCF a commencé à changer son discours dans les années 70 pour devenir plus social-démocrate, en abandonnant par exemple la dictature du prolétariat de son programme, cela a changé son essence, et sa radicalité révolutionnaire n’est pas revenue une fois qu’il a participé au pouvoir en 1981. En politique, lorsque la radicalité se perd, elle ne revient jamais. Car changer l’apparence de son discours demande d’acquérir des habitudes mentales qui changent une façon même de penser le monde. Cela demande des compromis, et de montrer au système mondain dominant que l’on est prêt aux arrangements, et donc d’avoir déjà renoncé à l’essentiel. Le changement de discours ne fait toujours que refléter un changement de positionnement de classe. Il faut donc regarder la réalité en face : le RN est aujourd’hui devenu un parti de droite semblable aux autres, et qui n’est pas plus fasciste qu’eux – en témoigne la tentation très forte d’une fade « union des droites » initiée avec LR.

      Pour poursuivre sur la question des origines, et faire une comparaison internationale, le RN a subi selon nous une évolution assez semblable à celle du Kuomintang à Taïwan, et pour les mêmes raisons. A l’origine, comme le FN, le Kuomintang est un pur parti fasciste, né de l’opposition au Parti communiste chinois. Très atlantiste, et viscéralement anti-communiste, il impose une dictature militaire de fer à l’île de Taïwan. Seulement, l’évolution historique a suivi son cours : le fascisme taïwanais a laissé la place à la sociale-démocratie libéral-libertaire indépendantiste. Et, surprise, aujourd’hui, ce sont les sociaux-démocrates à Taïwan qui sont les plus anti-chinois, les plus anti-PCC, les plus portés à une guerre parfaitement fasciste contre la Chine, soutenue par l’impérialisme américain ; et à l’inverse, c’est le Kuomintang qui est devenu le parti le plus pro-PCC de l’île, le moins belliciste, et donc le moins fasciste objectivement. La raison de ceci en est simple : le fascisme historique a préparé l’avènement du libéralisme-libertaire, et une fois que celui-ci est parvenu à maturité, il s’est montré plus efficace et effectif que celui-ci pour combattre le communisme, et écraser les aspirations populaires. Le libéralisme-libertaire a été la réalisation de ce dont le fascisme n’était que le concept : en d’autres termes, il a été plus parfaitement fasciste que le fascisme lui-même, qui s’est retrouvé doublé par sa droite, et totalement dépassé par l’évolution historique. Il est donc devenu, par le jeu de cette dialectique, l’inverse de ce qu’il était : d’avant-garde de lutte contre le progrès humain, il est devenu l’arrière-garde de cette lutte. Il a donc dû muter en autre chose, qui n’a plus rien de sa virulence originelle.

      C’est l’évolution qui s’est produite en France même27 : après la destruction conjointe du gaullisme et du communisme dans les années 70, les anciens vichystes sont revenus au pouvoir, d’abord de façon cachée dans l’entourage de Giscard28, puis de façon ouverte en la personne de Mitterrand29. A partir de là, l’essentiel de la vie politique s’est en réalité scindée chez leurs héritiers entre vichystes opportunistes (le PS, le RPR), qui avaient eut le bon goût de passer à l’européisme atlantiste au moment où le fascisme historique avait mal tourné, et les vichystes sincères (le FN de Jean-Marie Le Pen), qui étaient les has been au cerveau un peu lent, les loosers qui n’avaient pas compris que le vent avait tourné, et qu’il fallait désormais jouer un autre air pour être « branché » et mondainement acceptable. Mais ne nous y trompons pas : le fond était le même – pourquoi réhabiliter Mitterrand pour honnir Jean-Marie Le Pen, si ce n’est finalement par concession mondaine à l’idéologie dominante ?

      Par ailleurs, pour clore ces questions de filiation idéologiques, s’il faut remonter aux origines fascistes des courants de pensées, il faut aller jusqu’au bout à gauche, et refuser tous les penseurs de gauche qui se sont inspirés pour leurs concepts et catégories fondamentales des deux plus grands penseurs fascistes qui eut été : à savoir Nietzsche, et Heidegger. Mais là, on voit ce qui blesse mondainement les intellectuels gauchistes, car alors c’est tous leurs penseurs chéris, toute la pensée d’après-guerre (les Sartre, les Camus), et la pensée soixante-huitarde qui tombe sous le coup de l’anathème : les Foucault, les Deleuze, les Derrida, les Badiou – tous ont bu à la source du nazi de la forêt de Todtnauberg, et de l’eugéniste équestre fantasque de Turin. Vous voulez dénazifier messieurs les jolis grands hommes de gauche ? Très bien, mais faites-le jusqu’au bout, et d’abord dans vos rangs et chez vos maîtres ! Gageons que vous ne relèverez pas le gant, et que vous préférerez concentrer vos attaques hystériques sur un RN aux épaules bien trop fragiles pour vos fantasmes.

      Il faut également écarter une autre erreur idéologique, mais très courante à gauche : l’idée saugrenue, devenu axiome intangible, qu’être pour l’immigration, c’était être progressiste, et qu’être contre, c’était être réactionnaire. On a donc l’idée qu’être internationaliste, c’est vouloir accueillir tous les immigrés du monde chez soi, tout le temps. Personne à gauche ne veut pourtant faire une analyse économique élémentaire des rapports de force entre les nations : dans une économie mondiale capitaliste, l’immigration, d’un pays à un autre, sans échange équivalent d’émigration, c’est du vol de main-d’œuvre pur et simple. Quand 100 000 africains arrivent chaque année en France30, c’est 100 000 personnes que l’économie française va pouvoir exploiter, et dont personne en France n’aura payé l’éducation. C’est 100 000 paires de bras en moins que les États africains auront éduquées et nourries en vain, et qui ne construiront pas ces pays. Défendre le sans-frontièrisme, c’est défendre le vol illimité et sans fard de main-d’œuvre des pays pauvres par les pays riches. Si quelqu’un voit quoi que ce soit de progressiste ou d’internationaliste dans ce processus, il n’est qu’un agent idéologique de l’impérialisme. S’il cherche à maquiller ce gigantesque vol de main-d’œuvre à l’échelle mondiale, et ce déracinement humain violent qu’est presque toujours l’immigration, en un « enrichissement culturel », il procède au travestissement le plus honteux. Il y a certes de très mauvaises raisons de s’opposer à l’immigration, et on peut tout à fait le faire en étant raciste ou xénophobe. Mais dans son essence, l’immigration de masse, c’est un vol impérialiste31. Considérer toute mesure limitant l’immigration comme étant du fascisme est donc une falsification politique, et un sophisme qui a trop souvent couvert les vilenies de la gauche européiste et atlantiste. Il faut donc cesser de s’appuyer uniquement sur la question de l’immigration pour accuser le RN d’être fasciste, et il faut arrêter d’avoir une vision humanitariste niaise, et anti-politique du phénomène : les États africains ne construiront leur souveraineté que lorsque leur jeunesse aura arrêté d’immigrer en occident, poussée par des illusions idéologiques. La seule question à poser, c’est comment les aider à construire leur souveraineté, et cela ne se fera pas par plus d’immigration.

      Enfin, il faut toujours rappeler la primauté de la question de classe dans la question de l’immigration : la bourgeoisie immigrée n’a rien à voir avec le prolétariat immigré. Ils ne viennent pas pour les mêmes raisons, et ne sont pas vecteurs des mêmes idées dans les sociétés qu’ils intègrent. Quoi de commun entre le pauvre qui fuit la misère et la guerre de son pays natal, même si c’est en partie par illusion idéologique, et l’enfant gâté du soleil qui vient « jouir sans entrave » de ce dont le prolétaire d’occident n’ose même pas rêver ? Le premier est un damné de la terre, l’autre une canaille sans frontière qui, comme le disait Rousseau, se sent partout chez lui « tant qu’il a des hommes à acheter, et des femmes à corrompre ». Au nom de quoi les marxistes et les internationalistes devraient les défendre ? C’est ce qui entraîne d’ailleurs un rapport parfaitement différencié à l’archaïsme entre le prolétariat immigré et la bourgeoisie immigrée. Le dur labeur capitaliste tend toujours à dissoudre l’arriération chez le prolétariat immigré, alors que la bourgeoisie immigrée trouve dans l’arriération de sa position de classe la confirmation de sa propre arriération anthropologique32. D’où sa parfaite bonne conscience, sa certitude d’être toujours dans son bon droit, d’opérer un hold-up pour son seul compte sur la question du racisme afin de monter mondainement, et d’où sa parfaite capacité faire corps avec le libéralisme-libertaire dominant, et d’en être le fer de lance. La bourgeoisie immigrée de notre temps est donc la couche sociale la plus arriérée de l’impérialisme actuel, tout comme celle de l’époque de l’impérialisme fasciste était la petite-bourgeoisie traditionnelle. On comprendra donc sans peine ce fait frappant que, comme le fascisme qui s’appuie sur les éléments les plus arriérés de la société pour prospérer, la base d’appoint de choc du libéralisme-libertaire, ce sont les éléments les plus arriérés de notre société, à savoir : la bourgeoisie immigrée, toujours prompte à donner un coup de main à la moindre initiative fasciste, pourvu qu’elle soit ludique, libidinale, et marginale.

      Une fois ces pré-requis posés, ouvrons donc enfin la boite de Pandore de l’économie, qui fait si peur à tant de marxistes, et étudions donc la sociologie électorale du RN, et sa base de classe, et voyons s’il s’agit d’un parti à la sociologie fasciste. Puisque le fascisme est l’idéologie de la bourgeoisie impérialiste contre le prolétariat, si le RN était un parti fasciste, on devrait y retrouver une surreprésentation du vote bourgeois, et des classes sociales dépendantes idéologiquement de la bourgeoisie, et un vote populaire moindre. Bien sûr, les prolétaires peuvent être individuellement trompés, et le fascisme s’appuie classiquement toujours sur les éléments arriérés du prolétariat. Cependant, si un individu, ou même un groupe d’individus, peut se tromper sur ses intérêts de classe, une classe sociale toute entière ne se trompe jamais sur ses intérêts de classe propres. Le prolétariat ne pourra jamais voter collectivement pour une idéologie qui le mène à sa destruction, ou alors il faut arrêter d’être marxiste. Ce n’est pas ici du « populisme », ou une mystique du peuple mal placée : si les groupes sociaux ne comprennent pas quel est leur intérêt de classe, alors l’analyse historique n’a plus aucun sens, et tout devient dans la société l’effet d’un chaos aléatoire, – pourquoi pas alors imaginer une bourgeoisie qui aurait mal compris ses intérêts, et qui déciderait d’instaurer le communisme par le plus grand des hasards ? Si la chose a peu de chances d’arriver, c’est bien parce que la bourgeoisie, comme le prolétariat, comprennent parfaitement leurs intérêts de classe.

      Ce préambule méthodologique était nécessaire pour prévenir la mauvaise foi habituelle qui s’empare des intellectuels de gauche dès qu’on aborde ce sujet. Comparons donc les résultats de 2022 et de 2024 par classe sociale, et par rapport aux autres candidats : en 2022, Marine Le Pen rassemblait au premier tour 35 % des ouvriers et des employés, soit 12 % de plus que sa moyenne nationale, contre seulement 11 % de cadres, et 17 % de retraités33. On a donc une surreprésentation du prolétariat dans l’électorat lepéniste, et une sous-représentation de la bourgeoisie. Jean-Luc Mélenchon fait certes 25 % chez les ouvriers, mais il n’y a pas là de vraie sur-performance par rapport à son électorat moyen, tandis que Macron sous-performe à 17 %. On a donc ici clairement un choix assez massif, même s’il n’est pas hégémonique, pour le RN, dans le prolétariat français, et à l’inverse une répugnance assez tenace dans la bourgeoisie française34. Ce simple fait interdit de considérer le RN comme un parti fasciste au sens classique du terme : les ouvriers ne sont pas trompés comme des enfants bêtes ici, ils sont les moteurs de ses succès. Rien à voir avec la dynamique du NSDAP dans les années 30 donc. Par ailleurs, le NSDAP se partageait l’électorat ouvrier à l’époque avec le SPD, et le KPD : on peut donc dire que tout le prolétariat ne votait pas pour le NSDAP, et qu’il s’agissait des éléments les plus arriérés de la classe ouvrière. Ici, on commence à le voir dans les résultats de 2022, et cela se précisera dans les résultats de 2024 : personne ne fait véritablement concurrence au RN dans le vote ouvrier. En effet, les résultats de 2024 des européennes sont encore plus nets35 : 52 % pour la liste RN ! Toute les autres listes choisies par les ouvriers sont à moins de 9 % : l’écart est énorme, et le RN est ici totalement hégémonique sur l’électorat ouvrier. Imagine-t-on sérieusement les ouvriers voter à 52 % pour un parti bourgeois extrémiste ? Si on le pense, il vaut mieux arrêter tout de suite d’être marxiste, car le prolétariat sera bien trop stupide pour faire la révolution et diriger la société dans ces conditions ! On retrouve en 2024 la même sur-performance chez les employés (41%) et la même sous-performance chez les cadres (18%), plus divisés pour cette élection.

      Ce simple tour d’horizon doit permettre de déduire que la meilleure conclusion est probablement ici la plus simple : le RN est vu par une bonne partie du prolétariat français et des couches populaires comme un défenseur de leurs intérêts, tandis que la bourgeoisie voit en Macron son champion. Nous sommes ici en pleine lutte des classes, tandis que la gauche type LFI n’arrive pas à percer sociologiquement, et joue le rôle de spectateur inutile. On rétorquera à raison que le RN n’a rien dans son programme de concret envers les classes populaires. C’est vrai, mais c’est également le cas de tous les partis depuis qu’ils se sont tous rangés derrière la construction européenne. Plus personne ne vote en fonction des programmes, puisque tout le monde sait qu’ils ne seront pas appliqués quelque soient les résultats. On vote donc pour une image, une certaine esthétique renvoyée par les partis. Or, à ce compte-là, il est indéniable que la gauche et le macronisme renvoient une image insupportablement libérale-libertaire aux couches populaires, ce qui est moins le cas du RN, plus à l’aise dans une esthétique débonnaire et jovialement franchouillarde, loin du puritanisme castré et castrateur de la gauche, et du macronisme. Quand on a renoncé à faire de la politique, et qu’on ne veut plus être jugé que sur l’image, on n’a que ce que l’on mérite. La réalité est dure, mais salutaire : l’électorat RN est celui qui a objectivement le plus intérêt à une transformation radicale de la société actuelle, et l’électorat macroniste et celui de la gauche, au maintien du statut quo. Ce vote RN est donc la manifestation d’une résistance inconsciente du prolétariat à l’ethos libéral-libertaire qu’on souhaite lui imposer : résistance en grande partie vaine, et seulement symbolique, mais résistance tout de même. La gauche qui a cédé à tout sur ce terrain devrait en prendre acte.

      Par ailleurs, nous avons la chance de pouvoir comparer la sociologie du RN avec celle de deux partis authentiquement fascistes : Reconquête en France, et Fratelli d’Itallia de Meloni en Italie. La comparaison va tout de suite permettre de mettre en avant la spécificité du RN. Reconquête a une base électorale trop petite pour être significative, mais on sait qu’en 2022, E. Zemmour a fait 18 % à Versailles, et 17 % dans le très chic XVIe arrondissement parisien : loin de ses 7 % nationaux36 ! Voilà donc un parti avec une sociologie électorale nettement bourgeoise. On découvre d’ailleurs un RN snobé dans ces deux circonscriptions. Car malgré des idées en apparences proches, il est parfaitement évident que la division très profonde entre le RN et Reconquête a été une question de classe : Reconquête a tout de suite assumé ouvertement une politique économique libérale, là où le RN s’est toujours montré, sinon étatiste, du moins plus interventionniste ; Reconquête part de façon hystérique dans des délires sur la « civilisation », concept peu employé par le RN, qui parle plus sobrement de « souveraineté » ou de « sécurité » pour justifier un contrôle des frontières ; enfin, Reconquête s’est rapidement rallié un électorat très catholique et bourgeois, obsédé par les questions sociétales, là où les électeurs et les cadres du RN affichent ostensiblement un agnosticisme tranquille, et se désintéressant parfaitement des questions comme « le mariage pour tous ». Reconquête a donc été une tentative bourgeoise, avec des mesures vraiment fascistes, comme la remigration, de couper l’herbe sous le pied à un RN jugé trop plébéien. Il est parfaitement ahurissant qu’à gauche personne n’ait voulu le noter publiquement alors que la chose crevait les yeux. Là encore, on constate que là où il y a du fascisme, il y a de la bourgeoisie, et là où elle manque, il n’y a pas vraiment de fascisme.

      Passons maintenant à l’Italie, terre éruptive et d’expérimentations politiques aussi audacieuses que sans lendemain. Le parti de G. Meloni, Fratelli d’Italia, est capital pour notre démonstration, puisqu’il s’agit d’un parti de masse, donc à la sociologie parfaitement significative et analysable, et qui synthétise parfaitement ce que peut être le fascisme européen : profondément européiste et soumis à la commission européenne, totalement atlantiste sur les questions internationales, – notamment le soutien fanatique à l’Ukraine, la haine de la Chine, et l’accord inconditionnel à la politique israélienne –, et totalement hystérique sur les questions d’identité (européenne, chrétienne, familiale, ect37). Or, que dévoile la sociologie de ce parti authentiquement fasciste38 ? Sans surprise, il s’agit d’un électorat complètement bourgeois, dont les scores montent avec la classe sociale : 10 % chez les plus modestes, 36 % chez les classes aisées, et la progression est linéaire chez les catégories intermédiaires. On a donc ici l’exact opposé de la sociologie de l’électorat du RN, et ses deux plus proches cousins en France au niveau de l’électorat seraient bien plutôt E. Zemmour, et E. Macron. On apprend aussi que la plupart de l’électorat de Meloni provient de celui de Berlusconi : on a donc un recyclage classique de l’électorat de droite chez un parti fasciste39. Or, on ne peut ici que penser au fait qu’en France 47 % de l’électorat sarkozyste de 2012 s’est retrouvé chez Macron en 2022. Dernier élément important de la comparaison italienne : autant en France l’électorat ouvrier s’est retrouvé quasiment monopolisé par le RN, ne laissant aux autres que les miettes, autant l’électorat populaire italien est totalement éclaté, ce qui correspond bien avec le schéma des éléments arriérés d’une classe ouvrière atomisée qui se retrouve à voter pour un parti fasciste. Si l’on prend par exemple le vote de la classe ouvrière italienne, on a : 27 % pour les fascistes de Fratelli d’Italia, 20 % pour la Lega d’extrême-droite, 19 % pour le Parti Démocrate de centre-gauche, et 11 % pour le mouvement 5 étoiles attrape-tout. On a donc un vote assez éclaté, loin des 52 % pour le RN aux mêmes élections en France.

      Il faut donc bien comprendre la chose suivante, synthétisable en un syllogisme clair : le parti de Meloni est un parti authentiquement fasciste ; or son arrivée au pouvoir n’a rien changé à la politique italienne ; donc en un sens, la politique dominante, pro-UE, et pro-OTAN, est, au mieux compatible avec le fascisme, au pire carrément fasciste. Ceux qui refusent de voir ce fait sont complices de la montée active du fascisme dans notre société, par le « centre », et les « partis de gouvernement ».

      Concluons donc ce tour d’horizon de la base de classe du RN. Il est clair que celui-ci n’a pas la sociologie d’un parti fasciste. S’il devait y avoir un parti en France à la base sociale proche de celle du fascisme, ce serait plutôt le parti Reconquête, ou celui d’E. Macron. En fait, quand on regarde le programme et la sociologie du RN, on a plutôt l’impression d’avoir affaire à un parti qui serait une sorte de « jacobinisme de droite » plutôt que du fascisme : une sorte de nationalisme souverainiste, avec une composante sociale et étatiste, centré autour de valeurs de droite, mais plutôt universaliste40. Bien sûr, son histoire a laissé des traces sur le RN, ce qui rend l’analyse de détail plus nuancée, mais on ne peut certainement pas analyser ces traces comme étant une preuve de fascisme.

      Ce qui occulte ce fait à gauche, c’est la survivance oubliée, refoulée, zombie en une sens, de l’analyse trotskiste du fascisme, qui a induit toute une partie des progressistes à mal évaluer la signification de classe du fascisme. Comme le fascisme est un mouvement barbare, on a voulu voir en lui un mouvement arriéré, presque archaïque en un sens : « le fascisme, c’est l’archaïsme technologiquement équipé » dira par exemple le situationniste Guy Debord. Comme si d’ailleurs il n’y avait pas de barbarie moderne, « branchée », ou « chic ». Or, si la fascisme est un mouvement arriéré, il doit s’appuyer sur des classes arriérées historiquement, condamnées à disparaître par l’évolution historique. C’est le sens du jugement de Trotski : le fascisme est un mouvement arriéré, et donc, il s’appuie sur la petite-bourgeoisie traditionnelle, qui se retrouve pris de rage par l’effet de leur déclassement. Comme il le dit lapidairement, « le fascisme s’appuie sur la petite bourgeoisie41 » : la thèse de Trotski n’est pas seulement que la petite-bourgeoisie peut-être une force d’appoint au fascisme (ce qui est vrai), mais qu’elle en est la base sociale principale (ce qui est différent), et donc qu’il aurait principalement à cœur de défendre les intérêts de la petite-bourgeoisie. Dans cette vision de classe du fascisme, le RN aurait un certain potentiel fasciste, du fait des nombreux éléments petits-bourgeois qui y sont effectivement agglomérés. Seulement, si le fascisme est un mouvement arriéré, on a du mal à voir comment il pourrait être l’avant-garde de la lutte contre le prolétariat. Comment expliquer son efficacité destructrice s’il s’appuie sur une classe condamnée par l’Histoire ? Et surtout, comment pourrait-il encore survivre de nos jours si la classe sociale sur laquelle il s’appuierait, la petite-bourgeoisie, avait quasiment disparu en France ? La réponse la plus simple à ces questions, c’est que l’analyse du fascisme par Trotski n’est pas la bonne, mais c’est celle de Dimitrov qui nous en donne la clé. La base sociale du fascisme, ce n’est pas la classe arriérée qu’est la petite-bourgeoisie ; sa base sociale, c’est la classe d’avant-garde parmi toutes dans le capitalisme impérialiste : le capital financier. En 1935, il livrait cette analyse célèbre, souvent citée, mais assez peu comprise : « Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même. C’est l’organisation de la répression terroriste contre la classe ouvrière et la partie révolutionnaire de la paysannerie et des intellectuels42. » Le fascisme, c’est la domination directe et terroriste de la bourgeoisie financière, c’est le nec plus ultra du développement de la société capitaliste : c’est cela qui explique son rôle d’avant-garde dans la lutte contre le prolétariat, c’est cela qui explique son efficacité et sa dangerosité, et c’est cela qui explique sa persistance, même après le déclin de la petite-bourgeoisie dans l’après-guerre. Le fascisme en son essence n’a pas disparu, il a changé de forme : le pouvoir terroriste du capital financier contre le prolétariat a simplement pris le nom de libéralisme libertaire. Le cœur de l’erreur d’analyse de la gauche, du à ses restes d’analyses trotskistes, c’est de ne pas voir que le danger fasciste prioritaire pour la France, c’est Macron, c’est Glucksman, c’est EELV et Zemmour, bien plus que le RN. C’est eux qui courent le risque d’emmener la France dans tous les conflits de l’UE, et de l’OTAN, c’est eux qui appuient sur tous les thèmes du fascisme contemporain otanisé. Tant que l’on ne comprend pas cela, on ne comprend rien à la question du fascisme en France.

      Car au final, il faut bien comprendre la signification historique du fascisme, car son interprétation sociale-démocrate en a souvent fait une simple question morale : le fascisme, c’est l’horreur, et s’y opposer, c’est être dans le camp du bien, et de la morale. Ce ne fut pas faux historiquement, mais il faut bien comprendre pourquoi, et à défaut, on risque de répéter cette posture morale de façon parfaitement vide, et inadaptée aux circonstances.

      Avec le recul que nous donnent les 80 ans de développement de l’impérialisme atlantiste, nous sommes désormais mieux en mesure d’apprécier la signification exacte du rôle du fascisme dans les années 30 et 40. Le fascisme, notamment allemand, italien et japonais, fut une tentative de ces bourgeoisies nationales pour à la fois reprendre la main sur leur prolétariat, et pour défendre leur propre impérialisme national contre les impérialismes concurrents. Le fascisme historique naquit donc à la fin de la période du poly-impérialisme, où tous les impérialismes occidentaux se faisaient concurrence. Or, à partir de 1945, l’impérialisme change de nature, et devient centralisé et unique : c’est la période du mono-impérialisme atlantiste, où l’impérialisme américain règne sans partage, et où les autres impérialistes lui sont strictement subordonnés, et perdent toute autonomie43. Dans ces conditions, le fascisme change de signification historique, et ce qui joue le même rôle social, c’est le libéralisme-libertaire. Le fascisme historique a donc été un phénomène de transition, et ce qui a survécu de lui, ce sont ses éléments libéraux-libertaires44.

      Il est donc évident que vu le changement structurel survenu dans l’impérialisme, il est impossible que le fascisme historique du poly-impérialisme revienne à l’identique, avec les mêmes thématiques et les mêmes forces sociales, à l’époque du mono-impérialisme. Croire le contraire revient à participer à une farce, celle de « l’anti-fascisme d’opérette », et à occulter les véritables enjeux. Le but du fascisme, c’est la défense par tous les moyens de l’impérialisme dominant. A notre époque, ce ne peut donc être que la domination du capital financier américain, des institutions supra-nationales comme l’UE, l’OTAN, le FMI ou la BCE. Le fascisme de notre époque ne sera certainement pas nationaliste, mais atlantiste et cosmopolite (ou « européiste », pour faire plus chic) ; il ne sera pas raciste, misogyne, homophobe, ou anti-écolo, mais comme tout le grand capital américain actuel, mondain, chic, et branché, il se dira anti-raciste, féministe, LBGT-friendly et écologiste. Il pourra à l’occasion brandir la défense hystérique de l’identité et de la civilisation occidentale contre les BRICS et autres, mais il préférera toujours le régionalisme à la nation45.

      On commence à comprendre un peu mieux le goût de la gauche pour la farce anti-fasciste, et son réflexe désormais pavlovien et anencéphalique à chaque élection : elle jouit de sa propre posture morale, sans se demander quel est son contenu concret. Pour des raisons parfaitement explicables matériellement, le fascisme s’est manifesté une fois historiquement, et la gauche communiste s’est alors retrouvée, de facto, dans une position d’incarner une forme de moralité concrète humaniste contre l’immoralisme fasciste décadent et nietzschéen. Et face à l’horreur fasciste, l’urgence a nécessité de s’allier avec toutes les bonnes volontés, furent-elles aussi crapuleuses que la SFIO d’alors, ou le parti radical. D’où le Front Populaire, version 1936. Mais la gauche, et malheureusement beaucoup de communistes, ont par la suite conservé cette position, parce qu’elle était intellectuellement confortable, et permettait de ne jamais se remettre sérieusement en question : la gauche était le camp du bien, et en face, il y avait le mal. Et dans cette équation, la gauche européiste, la droite libérale, et tout le libéralisme-libertaire étaient finalement lavés de tout pêché. Le salut, c’était de « jouir sans entrave », et tout ce qui avait l’air de faire mine de s’opposer à ce mouvement était damnation. Le plus ironique, c’est que cela bien sûr faisait apparaître le fascisme comme étant quelque chose de sérieux, de structuré, et de discipliné, ce qu’il n’était pas, bien au contraire. Il faut suivre pas à pas l’histoire du nazisme pour voir qu’ils furent les premiers promoteurs d’un « jouir sans entrave » macabre.

      On atteint ainsi le sommet du ridicule dans la séquence actuelle, où la gauche, incapable de regarder la réalité en face et de prendre en compte les données élémentaires, peut aller dans des manifestations à l’éthos et la phénoménologie parfaitement libéral-libertaires et pseudo-festives, hurler comme des déments que « la jeunesse emmerde le Front National ! ». Outre que l’appel à la jeunesse comme une force nécessairement bonne est pour le coup parfaitement fasciste, et totalement étrangère au mouvement ouvrier, le slogan révèle que la gauche est prisonnière de son imaginaire. Elle mobilise un imaginaire momifiée, où des vieux, forcément réactionnaires et pas cools, voudraient empêcher des jeunes, forcément progressistes et « branchés », de vivre comme ils le souhaitent. Les vieux castrateurs contre les jeunes jouisseurs en somme, avec le RN dans le premier rôle, et la gauche (et Macron, bien sûr) dans le second rôle. Las, l’image a depuis longtemps cessé de vivre : c’est l’électorat macroniste qui est composé de vieux boomers toujours bloqués dans un mai 68 éternel, tandis que Marine Le Pen caracole en tête dès la tranche d’âge des 25-35 ans, et s’effondre chez les plus de 65 ans46. Les manifestations actuelles ressemblent donc à des manèges abandonnés et sans vie, dans des endroits lugubres, où tournent désormais en rond des statues sans tête, mais qui produisent toujours le même son qu’au temps des grandes foires : « la jeunesse emmerde le Front National ! »…

      Cette longue démonstration était nécessaire pour comprendre ce qui va suivre. Cette gauche, qui se sera donnée à fond pour ses places, et pour un soi-disant « combat anti-fasciste », va mourir. Très bientôt. Car lorsque le RN parviendra au pouvoir, et que tout le monde verra que nous ne basculerons pas dans le fascisme hitlérien, que le bruit des bottes ne reviendra pas, que les camps de concentration ne vont pas rouvrir, alors tout ce beau monde va comme s’éveiller d’un rêve. Les masques tomberont, et le roi sera nu. Le RN sera au pouvoir, et tout se passera à peu près comme avant : sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan sécuritaire. Comme sous Macron. Comme sous Sarkozy. Comme sous Hollande. Peut-être un peu pire, peut-être un peu mieux, peut-être comme avant : les vrais bouleversements arriveront par les contradictions entre la base sociale du RN, et son programme aminci qu’il ne voudra pas appliquer. Ce qui se seront prêtés à ce spectacle désolant auront à jamais perdu toute crédibilité politique auprès des masses – si tant est qu’ils en aient un jour vraiment eu. Les plus fous continueront le délire sectaire bien sûr. Mais à l’avenir, ce sera une lubie marginale. Pour la première fois, ils sont allés jusqu’à convoquer le fantôme du Front Populaire, et c’est une faute qui ne leur sera pas pardonnée47. On aurait dit qu’ils voulaient à tout prix donner raison à Marx : « la première fois comme une tragédie, la deuxième fois comme une farce…. ».

      Quant à ceux qui n’appellent pas à voter pour le « Nouveau Front Populaire », mais qui persistent à qualifier le RN de « fasciste », on voit bien qu’ils ne sont pas sérieux, et qu’ils ne croient pas réellement eux-mêmes au fascisme du RN. Face au fascisme historique et à sa violence de classe, toutes les alliances étaient permises : faut-il rappeler que le PCF de Thorez s’est allié aux bouchers SFIO de la première guerre mondiale, aux frères des assassins de Rosa Luxemburg et de Karl Leibknecht, et aux radicaux qui faisaient quelques années avant tirer sur les ouvriers grévistes ? A côté, un Glucksmann ou un Hollande font figures d’enfants de chœur. Si réellement ils croyaient au danger fasciste, ils se rangeraient derrière eux. Leur contradiction signe leur insincérité à eux-mêmes.

      6) Le RN, une impasse nécessaire...

    • A lire aussi l’excellent rappel historique de LO !
      Le Front populaire : de la duperie au mythe
      https://www.lutte-ouvriere.org/portail/mensuel/2016-06-26-le-front-populaire-de-la-duperie-au-mythe_68931.html

      La célébration des 80 ans du Front populaire est l’occasion pour les partis de gauche, en particulier le PCF, de tenter de donner des couleurs plus chatoyantes à leur électoralisme stérile. Alors qu’ils ont largement contribué à faire élire Hollande en 2012, sans l’ombre d’une hésitation et sans exprimer la moindre mise en garde, ils utilisent cette commémoration pour recycler le mythe d’un bon gouvernement de la gauche unie qui aurait apporté des progrès aux classes populaires afin, espèrent-ils, de vendre leur marchandise frelatée à l’horizon 2017.
      Publié le 26/06/2016 Écouter la version audio

      Ainsi le PCF, lors de son dernier congrès, a appelé à la formation d’un nouveau «  Front populaire et citoyen, à la fois fait de mobilisations sociales, de constructions citoyennes et d’alliance avec des courants transformateurs et réformistes prêts à agir pour un projet de transformation sociale  ».

      Quant à Claude Bartolone, lors de l’inauguration d’une plaque à la mémoire de Léon Blum au Palais-Bourbon, il l’a présenté comme celui qui «  avait appris à la République ce que pouvait faire un peuple quand la gauche s’unit  ». Comme l’unité reste un des seuls arguments du PS pour appeler à voter pour lui, il a insisté  : «  La victoire et les réformes sociales demeurent  : seule l’unité les permit.  » Enfin, lancé dans cette voie, il a conclu en affirmant que Léon Blum, Jean Jaurès et François Mitterrand étaient «  trois astres qui éclairent l’histoire du socialisme  ». Pauvre Jaurès  !

      De ceux qui proclament l’existence de «  courants transformateurs et réformistes qui pourront agir dans le sens de la transformation sociale  » à ceux qui agitent l’unité de la gauche comme sésame des réformes sociales, tous veulent faire croire que le sort des travailleurs peut s’améliorer avec des gouvernements à leur service dans le cadre du système capitaliste. Mais rien n’est plus faux. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Présenter les avancées sociales de 1936 comme le produit de la victoire de cette combinaison électorale nommée Front populaire relève tout autant de la mystification.
      Aux origines du Front populaire

      Le Front populaire est né du choix fait en 1935 par le PCF de former une alliance électorale avec la SFIO et le Parti radical, c’est-à-dire le parti gouvernemental par excellence de la IIIè République, celui qui avait servi les intérêts du patronat depuis plus de soixante ans et participé à toutes les combinaisons politiciennes possibles. Quant à la SFIO, comme l’expliqua plus tard Léon Blum lui-même, elle voulait être le gérant loyal du capitalisme.

      Ce n’était pas le premier abandon des idées révolutionnaires pour le PCF. Alors que ce parti se réclamait de Lénine et de la Révolution russe, il n’était plus révolutionnaire. Mais, jusque-là, il avait couvert sa transformation par un discours, une politique gauchistes et sectaires baptisés «  troisième période  » (1928-1933). Au nom de ce sectarisme érigé en principe, il traitait la social-démocratie de social-fascisme. En Allemagne, cet aveuglement volontaire des staliniens avait abouti à la dramatique victoire d’Hitler sans lutte de la part du prolétariat.

      Désormais, le PCF effectuait un virage à 180 degrés. Il s’appuyait sur la volonté d’unité d’action des ouvriers. Celle-ci s’exprimait depuis l’émeute sanglante de l’extrême droite du 6 février 1934, qui avait laissé entrevoir le risque d’un régime fasciste français. Mais le PCF détournait cette aspiration vers une unité électorale, une alliance en vue de la formation d’un gouvernement bourgeois. Passer ainsi du terrain de la lutte de classe au terrain électoral, c’était lier les mains de la classe ouvrière  ; c’était à l’opposé des idées révolutionnaires des bolcheviks. Mais dix ans de stalinisme avaient suffi à faire accepter à bien des militants ces renoncements et ces virages. Comme autre forme d’allégeance à la bourgeoisie, dans la même période, le PCF se mit à arborer le drapeau bleu-blanc-rouge dans ses cortèges et à chanter la Marseillaise.

      Tout cela correspondait à la politique adoptée par Staline, qui voulait se rapprocher des démocraties bourgeoises (France, Grande-Bretagne), pour s’assurer une protection contre Hitler. Loin de répondre de près ou de loin aux intérêts du prolétariat, cette politique mettait le PCF à la remorque de sa propre bourgeoisie.

      Quant au programme du Front populaire, il n’avait pas de quoi enthousiasmer les travailleurs. Il ne comportait d’ailleurs aucune des futures mesures sociales emblématiques de 1936. Maurice Thorez s’en expliquait clairement, en affirmant qu’il ne s’agissait pas de détruire le capitalisme. La Bourse ne frémit même pas à l’annonce de la victoire du Front populaire aux élections législatives d’avril et mai 1936, tant le chemin avait été balisé par tous les acteurs.
      La grève générale de mai-juin 1936

      Ce qui fit de l’année 1936 un événement d’une autre ampleur, c’est bien l’irruption de la classe ouvrière sur la scène politique.

      Depuis 1934, on assistait à une remontée ouvrière. Durant deux ans, les grèves se multiplièrent, souvent isolées ou vaincues, parfois avec des morts. Cette reprise de la combativité prenait aussi la forme de marches de chômeurs contre la faim ou d’affrontements avec l’extrême droite.

      Pour le PCF, il n’était absolument pas question de donner une perspective politique à ces luttes. Le PCF stalinisé avait perdu la confiance dans la classe ouvrière, et donc la volonté de pousser les luttes jusqu’au bout de leurs possibilités en aidant la classe ouvrière à prendre conscience de sa force. Il avait ainsi abandonné ce qui fait l’essence de la politique des révolutionnaires communistes, et cela indépendamment de son cours droitier ou gauchiste.

      Ce sursaut ouvrier se traduisait aussi par une remontée électorale des partis de gauche, des radicaux à la SFIO et surtout au PCF. Mais le PC se servit du crédit gagné par ses militants exclusivement pour soutenir le gouvernement de Front populaire, auquel d’ailleurs il ne participait pas, pour ne pas le gêner. Trotsky analysait clairement sa politique  : «  Le ministérialisme dans les coulisses est dix fois pire que le ministérialisme ouvert et déclaré. En fait, les communistes veulent conserver leur indépendance extérieure pour pouvoir d’autant mieux assujettir les masses ouvrières au Front populaire, c’est-à-dire à la discipline du capital.  » («  L’étape décisive  », 5 juin 1936).

      Et c’est en effet ce qui était à l’ordre du jour. Car la victoire du Front populaire, que les travailleurs accueillirent sans réelle confiance, se traduisit par le déclenchement de grèves au Havre, à Toulouse et Courbevoie. Celles-ci furent le prélude à la grève générale. Le 24 mai, il y eut 600 000 travailleurs pour rendre hommage aux communards devant le mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise. Le 28 mai, les ouvriers de Renault Billancourt entraient dans la danse, entraînant derrière eux la métallurgie. Dans les jours suivants, le mouvement gagna peu à peu les secteurs les moins habitués à se battre, les plus opprimés, les plus divisés. Deux millions de grévistes participèrent à ce mouvement et quelque 9 000 entreprises furent occupées. La profondeur de cette lutte était réelle.

      Les historiens insistent souvent sur l’aspect joyeux, festif des grèves de mai-juin 1936. Mais elles avaient un point commun bien plus fondamental  : les occupations d’usines, d’ateliers, de bureaux. Pour se protéger des bandes fascistes, des milices patronales ou du recrutement de jaunes, les travailleurs partout prirent possession des lieux. Et c’est le sentiment de puissance conféré par cette prise de possession, en même temps que la libération d’un travail aliénant, qui brille dans les yeux des grévistes photographiés. Mais surtout, en agissant ainsi, à une échelle jamais vue en France, ils contestaient la propriété des usines aux capitalistes. Et les patrons sentirent clairement le danger de ces occupations, par ce qu’elles recelaient de possibilités pour les travailleurs.

      C’est pourquoi les patrons exigèrent eux-mêmes des négociations, le plus rapidement possible. Ils allèrent chercher Blum, fraîchement nommé président du Conseil, pour faire entendre raison aux dirigeants syndicaux. Avec les accords de Matignon signés les 7 et 8 juin 1936, ils acceptaient certes de céder sur les salaires, les droits syndicaux, la reconnaissance des délégués ouvriers et le principe des contrats collectifs. Mais ce qu’ils cédaient là n’était rien, face à la crainte de tout perdre. Ils savaient que ces grèves pouvaient être le début d’un processus allant jusqu’à la prise de conscience de la nécessité de renverser le pouvoir de la bourgeoisie. Et ils voulaient l’éviter à tout prix.

      Le gouvernement Blum fut complice de cette politique des patrons pour sauver leurs propriétés et donc leur mainmise sur la société. Le ministre de l’Intérieur socialiste de l’époque, Roger Salengro, menaçait les grévistes  : «  Entre l’ordre et l’anarchie, je maintiendrai l’ordre envers et contre tout.  » Comme quoi Valls n’a rien inventé. Mais en 1936 c’est le patronat qui interdit toute intervention policière pour évacuer les usines, car il craignait de ne pouvoir en récupérer la direction. Il redoutait qu’un affrontement entre l’État et les travailleurs pose plus clairement encore le problème du pouvoir à la classe ouvrière.

      Et si le gouvernement de Blum fit voter les lois sociales sur les congés payés et les 40 heures les 11 et 12 juin, c’est principalement parce que les accords de Matignon ne suffisaient pas à mettre fin aux grèves. Toutes ces avancées sociales émanaient de la grève générale, elles n’avaient aucunement été voulues par les dirigeants du Front populaire. S’ils se décidaient à les voter, ce n’était que pour arrêter le mouvement ouvrier, éviter un embrasement dont ils savaient qu’il pouvait mener loin. C’était moins de vingt ans après la révolution russe et ces politiciens bourgeois avaient appris à craindre la force de la classe ouvrière.
      De la grève trahie à la guerre

      Même avec le vote des lois sociales et les accords de Matignon, il restait à convaincre les travailleurs de cesser la lutte. Et cela, ni les patrons ni les politiciens de la SFIO ne le pouvaient. Ce furent les militants du PCF qui usèrent de leur crédit pour faire reprendre le travail. «  Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue  », écrivait Maurice Thorez dans L’Humanité du 11 juin. Le lendemain, en réponse à ceux qui au contraire évoquaient la possibilité de poursuivre la lutte, il écrivait  : «  Tout n’est pas possible maintenant.  » Le PCF mettait bien tout son poids pour faire stopper les grèves.

      Finalement, fin juin, le mouvement avait reflué. Pour les mystificateurs du PCF et les autres réformistes, le récit des premiers congés payés pour les plus chanceux des travailleurs permet de clore cette histoire. Mais tout cela est une duperie. Combien de familles ouvrières passèrent-elles cet été 1936 au bord de la mer  ? Aujourd’hui encore, la moitié seulement partent en vacances.

      Mais surtout la fin du Front populaire n’eut pas lieu là, mais trois ans plus tard, avec le début de la Deuxième Guerre mondiale puis la dictature du régime de Vichy. Et cette fin éclaire significativement ce qu’était le Front populaire, quand on sait que les députés élus en 1936, donc en majorité des élus Front populaire, votèrent les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. Le PCF était alors interdit et la plupart de ses parlementaires avaient été déchus de leur mandat.

      Et entre-temps, les différents gouvernements, celui de Blum puis celui de Daladier qui lui succéda, avaient repris les attaques contre la classe ouvrière. Les hausses de salaires disparurent dans l’inflation, les 40 heures ne furent pas respectées. Les militants furent à nouveau pourchassés et les grèves furent réprimées.
      Le mythe du Front populaire

      Depuis 80 ans, on nous raconte un mensonge sur le gouvernement de Léon Blum. Loin d’être l’exemple d’un gouvernement au service des classes populaires, il fut de bout en bout au service des intérêts de la bourgeoisie. Il n’eut pas même le courage de proposer le droit de vote des femmes. Il s’opposa à toute idée d’émancipation pour les peuples colonisés et mena la répression en Algérie et en Indochine pour le compte du grand capital.

      Et il se chargea, comme son homologue britannique, de tout faire pour étouffer la révolution ouvrière en Espagne. Blum refusa d’armer les travailleurs espagnols, qui devaient affronter non seulement les balles de Franco, mais aussi les bombardiers d’Hitler et les armées de Mussolini. Là encore, Blum agit en politicien bourgeois responsable.

      La mystification sur 1936 ne s’arrête pas aux mensonges sur ce prétendu gouvernement au service des classes populaires. Depuis 80 ans, le PCF ment aussi sur les grandes grèves de 1936 et sur le rôle qu’il y joua. Certes, ces grèves avec occupation ont été si puissantes qu’elles ont arraché au patronat des avancées comme jamais avant et jamais après. Mais, il n’en reste pas moins que la politique du PCF visant à les faire cesser à tout prix était une trahison des intérêts de la classe ouvrière. Car, à l’échelle internationale, l’enjeu était tout autre.

      Depuis le début des années 1930, le monde capitaliste était en crise, et cela s’était soldé par l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne en 1933, puis par l’écrasement du prolétariat autrichien en 1934. La crise et le danger fasciste étaient présents et constituèrent des ferments de la remontée de la combativité ouvrière à l’échelle internationale. Aux États-Unis, en Europe occidentale, dans les Balkans, au Moyen-Orient et même dans des colonies comme l’Algérie ou le Sénégal, les travailleurs entraient en lutte à des degrés divers. En Espagne, les prolétaires étaient engagés dans une révolution. Les grèves de mai-juin 1936 en France s’inscrivaient donc dans ce contexte marqué par une remontée ouvrière. Personne ne peut dire jusqu’où ces luttes auraient pu aller en France, sans le frein stalinien. Mais, dans ce monde où la marche à la guerre était déjà entamée, ce qui était en jeu fondamentalement c’était la survie des classes populaires.

      La seule politique qui aurait représenté un espoir consistait à permettre au prolétariat en France de pousser les luttes le plus loin possible. Car ce qui permet au prolétariat de se renforcer, d’acquérir une conscience politique qui lui permette de contester le pouvoir de la bourgeoisie, c’est justement l’expérience acquise dans les luttes, toutes les luttes, victorieuses ou pas, mais menées jusqu’au bout de leurs possibilités. En empêchant les travailleurs de le faire, le PCF a rendu un fier service à la bourgeoisie française.

    • Pour le dernier texte de FO :

      La mystification sur 1936 ne s’arrête pas aux mensonges sur ce prétendu gouvernement au service des classes populaires. Depuis 80 ans, le PCF ment aussi sur les grandes grèves de 1936 et sur le rôle qu’il y joua. Certes, ces grèves avec occupation ont été si puissantes qu’elles ont arraché au patronat des avancées comme jamais avant et jamais après. Mais, il n’en reste pas moins que la politique du PCF visant à les faire cesser à tout prix était une trahison des intérêts de la classe ouvrière. Car, à l’échelle internationale, l’enjeu était tout autre.

      […]

      La seule politique qui aurait représenté un espoir consistait à permettre au prolétariat en France de pousser les luttes le plus loin possible. Car ce qui permet au prolétariat de se renforcer, d’acquérir une conscience politique qui lui permette de contester le pouvoir de la bourgeoisie, c’est justement l’expérience acquise dans les luttes, toutes les luttes, victorieuses ou pas, mais menées jusqu’au bout de leurs possibilités. En empêchant les travailleurs de le faire, le PCF a rendu un fier service à la bourgeoisie française.

      Ce que ne veulent pas dire les trotskystes, c’est que les luttes sociales ne sont à peu près JAMAIS victorieuses sous un gouvernement fascistes. Les seules qui ont augmenté la qualité de vie, qui ont conquis des choses, c’est sous des gouvernements certes pas du tout révolutionnaires, mais un peu sociaux, pas fascistes.

      Une lutte sociale NON victorieuse sous un gouvernement de gauche réformiste, c’est soit du rien, soit parfois des droits qui continuent de reculer. Mais une lutte sociale NON victorieuse sous un gouvernement fasciste, c’est des PUTAIN DE MORTS et un écrasement total et parfois définitif de mouvements syndicaux, de partis entiers parfois, etc.

      Et avant même les mouvements sociaux, pareil pour les plus bas de l’échelle : des morts parmi les non-blancs, les précaires, les femmes, etc.

      Donc bien sûr que ce sont les luttes sociales qui font (presque) tout, genre on le savait pas… Mais elles ne le font que dans un contexte politique où on est pas dans un régime d’extrême droite ! Sinon là c’est sûr qu’on a juste rien.

      Et donc à par râler sur les sociaux-traitres (ce qu’il faut faire), mais en disant qu’il faut rien faire d’autre QUE les luttes sociales uniquement, ça avance à quoi ? En quoi ça va réduire les horreurs que les gens vont subir au quotidien encore plus sous Bardella que sous Macron (ce qui était déjà énorme donc imaginez la suite).

      C’est exactement comme pour le Covid : la stratégie du gruyère. JUSTE faire telle ou telle unique mesure de sert rigoureusement à rien. C’est l’addition d’avoir au pouvoir les moins fascistes (même sociaux traitres) ET de pousser les luttes sociales au max, qui fait qu’on gagne des nouvelles choses.

    • Assez d’accord avec @rastapopoulos (pour une fois :o))
      Et actuellement pas du tout envie d’autoflagellation et de yaka laisser faire les nazis qui seraient pas sinazis finalement.

      On n’est pas naïves et perso, j’ai aussi surtout besoin de reprendre souffle entre deux gerbes de vomi. Mes parents ont vécu la guerre et me l’ont raconté, une partie de ma famille a été exterminée, j’ai voyagé dans des pays en guerre. Je sais que la cruauté humaine se déclenche pour un rien. Je pense que cela me rend un peu plus réaliste que ce monsieur. Son discours me fatigue, j’ai renoncé à ne pas voter, je ne le fais pas par idéologie (et le ton donneur de leçons me fatigue davantage encore), je le fais pour celleux sur qui la répression va tomber encore plus fort.

    • A propos du texte du GRQT (Victor Sarkis) :
      Mis à part la première partie qui dépeint le macronisme (exercice facile et convenu à la portée du premier Juan Branco venu), tout le reste n’est qu’un gros gloubiboulga confus, dangereux et déconnecté de la réalité sociale actuelle.
      Ce mec issu de la petite bourgeoisie CSP++ s’emmêle les pinceaux avec ses allez-et-retour passé-présent-avenir. Déjà, confondre anarchie et désordre, pour moi c’est rédhibitoire. Victor Sarkis sous couvert d’une érudition révolutionnaire (de salon philosophique) dit vraiment de la merde.
      #vomi (avec des nuances de vieille vinasse mal digérée)

    • Et pour le résumé du texte de départ : c’est un groupe de marxistes clouscardiens (Michel Clouscard) paganiens (Dominique Pagani), qui déteste les libéraux-libertaires bobos urbains sociétaux sociaux-traitres post-soixante-huitards libidineux… Ça fait beaucoup de texte pour dire ça non ? 🤪

      D’autant que ce rassemblement s’est fait dans l’intensification du délire idéologique que portent ces couches moyennes, et qui signe son isolement idéologique et social : écologisme, féminisme, antiracisme identitaire, sociétalisme à outrance… La candidature de Mélenchon en 2022 aura réussi le tour de force de faire pire en la matière que celle de 2017, déjà bien pourvue pourtant

      Font chier ces hystériques éco-féministes non ?

      Cela dit je disais quasiment la même chose au final que ce que Victor Sarkis, l’auteur du premier texte dit à cet endroit de la présentation historique du Front Populaire d’origine dans cette vidéo (ouvrir dans un autre onglet pour tomber sur le bon endroit) : https://youtu.be/fTR31COer0M?t=1941

      Mais du coup je vois pas en quoi c’est pas toujours valable : plutôt NFP sociaux traitres que Bardella quand même ? (pas juste tel quel pour la vie quotidienne mais je parle bien pour les luttes sociales à venir, et pour les syndicats et partis de gauche).

      Sauf que son discours du dernier article, contrairement à la vidéo, c’est de dire « à l’époque du vrai FP, c’était du vrai fascisme, alors que là le RN ça va c’est pas si pire » et donc là ça mérite pas de faire des alliances de sociaux traitres pour être sûr de pas les avoirs au pouvoir.

      Imagine-t-on sérieusement les ouvriers voter à 52 % pour un parti bourgeois extrémiste ? Si on le pense, il vaut mieux arrêter tout de suite d’être marxiste, car le prolétariat sera bien trop stupide pour faire la révolution et diriger la société dans ces conditions !

      Sauf si on n’est pas un marxiste stalinien orthodoxe, mais un marxien qui aurait compris que le prolétariat en soi fait partie intégrante du fait social capitaliste. Et que les prolétaires seuls ne sont pas forcément les sauveurs du monde, ou bien peuvent être aussi les sauveurs du capitalisme (non pas nous sauver du capitalisme mais bien sauver le capitalisme).

    • Je reconnais que ma lecture, hier, en diagonale, était rapide. Une seconde lecture, et vos réactions, démontre que le texte crée beaucoup de confusion. Il a un côté jouissif, c’est ce que j’ai ressenti en premier lieu, concernant le point de situation. Le fait que les partis traditionnels de gauche doivent leur résurrection en 2017, et 2022 à la LFI, et à sa volonté systématique de faire front, volonté systématiquement foulée au pied, de la pire des façons, systématiquement mal rémunérée, par une lâcheté mainte fois répétée. Je parle, par exemple, des candidatures parasites aux moments les plus importants, je parle des anathèmes, qu’on attribue évidemment à LFI, parce qu’ils parlent forts, mais qu’on pourrait tout aussi bien attribuer aux cancrelats provocateurs que sont les Jadot et Roussel, pour ne nommer que ces deux-là. Je rigole (jaune) en constatant que Ruffin suit la même pente. Bon sang, vont-ils tous être contaminés par le même virus ? :-))

      Etc.

      Pour la suite du texte, je le vois comme une sorte de nihilisme non-opérationnel et confus, et oui, il n’a en conséquence, et malheureusement pas beaucoup d’intérêt.

      Il n’empêche que l’on doit pouvoir partager la même vision de l’avenir, sombre et insatisfaisant.

    • Notamment les auteur ne prennent pas du tout en compte ce genre de multiplications très claires depuis la possibilité du RN d’accéder aux vrais pouvoirs : https://seenthis.net/messages/1060561
      Et qui augmentera très très sûrement encore plus après, et en plus avec l’aval de la police aux ordres de chefs RN. Encore bien pire que sous Macron.

      C’est donc eux les bobos privilégiés qui prennent pas en compte le réel. :p

    • L’état macroniste est déjà un état fasciste. Darmanin est déjà un ministre fasciste. Dupont-Moretti est déjà un ministre factieux. Il est étonnant que notre justice parvienne encore à convoquer Sarkozy à la barre. Comme si ce n’était pas qu’une forme de décorum, ou de démonstration par l’absurde qu’il y a quelques gangs mafieux qui contrôlent nos institutions et qui pour se départager, utilisent les prétoires, plutôt que les Thompson.

      Découvrir, fort tardivement, que Frontex a été dirigée par un cadre FN/RN, ça éclaire d’une lumière aveuglante l’objet de cette institution européenne, institution que l’on savait au service d’un plan égoïste de création d’une forteresse contre les migrants, mais que l’on a découvert au service du rejet des migrants, à tout prix, et au nom de valeurs fascistes, par des fascistes. L’UE a-t-elle encore qq chose à voir avec la démocratie ? Qui pour commenter la désignation de la Commission Européenne ?

      Par quelque bout que tu prennes le sujet, nous y sommes. Déjà. Sans exagérer. Les camps de concentration, ils sont déjà là. OK, on ne gaze pas, mais tout le reste, on y est. Et on paie d’autres pays pour le faire à notre place. Et on protège ceux qui dans l’exercice de leurs fonctions appliquent les ordres trop visiblement.

      L’apocalypse israélienne est en quelque sorte, le point final de ce long chemin vers le pire, où les ministres t’annoncent tout de go que oui, il faut éliminer les ennemis, même quand ils sont en prison, qu’il ne faut plus les nourrir, qu’il faut leur mettre en balle. Et chez nous, on te dit que si tu vois à y redire, c’est que tu ne mérites pas ta place dans la société. On a déjà dépassé toutes les bornes du supportable. Mais ça se fait encore d’une façon civilisée. On te prépare petit à petit le passage au non-civilisé. Tranquillement. Mais on est déjà dans l’insupportable. Dans l’inacceptable. Macron devrait être destitué. Pour les propos qu’il a tenu, pour les campagnes de dénigrement qu’il a lancées, pour les actions qu’il a menées. Nous devrions le destituer. Et faire le ménage. Mais... Oui, je le vois l’écueil. Comment on procède, alors qu’on a 30 à 40% des votants qui donnent l’impression de vouloir aller encore plus loin ?

      J’arrête là. Les marxistes ou les trotskystes, ils sont gentils, mais oui, trop souvent, ils ressemblent à des bobos privilégiés, à t’expliquer doctement que ça pourrait être bien pire, et que tant que la classe ouvrière n’enverra pas tout bouler, ben z’avez qu’à vous en prendre qu’à vous même, on vous l’avait bien dit. Manque d’opérationnalité, et donc, manque d’utilité.

    • Les marxistes ou les trotskystes, ils sont gentils, mais oui, trop souvent, ils ressemblent à des bobos privilégiés, à t’expliquer doctement que ça pourrait être bien pire, et que tant que la classe ouvrière n’enverra pas tout bouler, ben z’avez qu’à vous en prendre qu’à vous même, on vous l’avait bien dit.

      Oui, justement, là où l’analyse de Sarkis (et son acolyte) est bien déconnante, c’est qu’il nous vend l’idée que la base électorale du FNRN serait la « classe ouvrière » (alors que la base du « vrai fascisme » serait la petite bourgeoisie provinciale) ... Mais elle est où la classe ouvrière en 2024 ?
      Sur France Inter (Radio Paris), il y a deux jours, on nous parlait doctement de « prolétariat pavillonnaire » qui soutiendrait majoritairement les fafs. J’y comprend plus grand chose à vrai dire à toute cette logorrhée hyper-bolloréenne ...

    • Le tweet du bonhomme :

      Depuis sept ans, le système français fait semblant. Semblant d’être une démocratie alors que tous les traits essentiels qui la caractérisent sont foulés aux pieds tous les jours. Semblant d’être un pays prospère, alors qu’il a été dépecé à vif par le Capital n’est plus qu’un espace de service désindustrialisé. Semblant d’être un pays normalement géré alors qu’il est en faillite. Semblant d’être gouverné, alors que les ministères sont occupés par de parfaits imbéciles en général corrompus et l’Élysée par un psychopathe puéril et immature.
      Depuis l’annonce de la dissolution les mensonges ont redoublé, et le théâtre s’est transformé en cirque. Pour une énième représentation de la « grande quinzaine antifasciste » qu’on nous inflige depuis maintenant plus de 20 ans.
      Et puis, presque par hasard on tombe sur un long et remarquable article, qui déchire le voile à partir d’un lieu d’énonciation politiquement marxiste.
      J’ai donc décidé de le voler. J’ai essayé de joindre les auteurs sans succès. J’espère qu’ils ne m’en voudront pas, et ce d’autant que cette publication est un hommage.

      La réponse du GRQT :

      Nous vous remercions de ce partage cher M. De Castelnau, et mille excuses d’être peu joignables. Ne parlez donc point de « vol », puisque comme le disait Socrate, " entre amis , tout est commun", et qu’en bons communistes, nous ne privatisons pas la pensée. Bon envol à cet article !

      Bien ouéj @rastapopoulos !

    • Tout comme Dominique de Villepin, des personnes commettant des erreurs avec des points de vue différents des nôtres, tel Régis de Castelnau, sans faire partie de notre famille politique, sont capables parfois d’assener des vérités.

      https://video.twimg.com/amplify_video/1811474228018888704/vid/avc1/1024x576/ALVsY_D6PMSkChUV.mp4?tag=16

      « Jupiter est mort et Jupiter a été battu dans les urnes »
      Des nouvelles du dernier représentant de la droite républicaine.
      Qui aurait pu prédire que le spectre politique se droitise au point d’aligner Villepin sur la gauche ?

      Et quant à Wikipédia au sujet de Castelnau qui cite le canard enchaîné :))))))

      Son positionnement le fait ainsi classer par un article du Canard enchaîné parmi les « idiots utiles français de Poutine », « mus par un antiaméricanisme compulsif et un insatiable appétit pour les fantasmes complotistes de l’extrême droite »

      il faut raison garder, car le canard devient de plus en plus puant ! ( il traite les antifascistes de « fachos ».)

    • Les communistes d’opérette (en rapport avec la note 49 de l’article du GRQT) :

      Il n’y a aujourd’hui pas de fascisation en France.

      Comment pouvons-nous affirmer cela ? N’y a-t-il pas une montée incontestable de l’extrême droite à chaque élection depuis 2002 ? N’y a-t-il pas une recrudescence des violences d’extrême droite ? N’y a-t-il pas une déviation vers la droite du discours dans tout le champ politique, par exemple, la banalisation des thèses racistes du « grand remplacement » ou de la « guerre civilisationnelle » ? Le candidat Zemmour, aux élections présidentielles de 2022, n’a-t-il pas porté une rhétorique parfaitement nazifiée ? La répression étatique ne s’est-elle pas progressivement élargie et intensifiée, lors des 2 dernières décennies ?

      Cette tendance, à la progression et au renforcement de la réaction, est réelle. Cependant, cette tendance n’est pas celle du fascisme — une fascisation.

      https://unitecommuniste.fr/non-classe/que-faire-le-30-juin

      Ou comment nous faire croire que le fascisme n’est pas consubstantiel à une économie en mode exploitation capitaliste ...

      #usure_du_monde

  • Il faudrait absolument que les sociaux_traitres, les macronards et les fafs prennent connaissance de ceci pour qu’ils se persuadent que, non, cent fois non, Mélenchon, LFI et le NFP ne sont pas d’extrême gauche ... :-))

    Le Nouveau Front populaire publie un programme électoral pro-guerre et pro-État policier - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/fr/articles/2024/06/29/fbbq-j29.html

    Le Nouveau Front populaire (NFP), formé par le parti « populiste » de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise (LFI), a publié son programme pour les élections anticipées françaises du 30 juin au 7 juillet dans un numéro spécial du quotidien stalinien L’Humanité.

    Les questions centrales des élections anticipées convoquées par Macron, après une poussée de l’extrême droite aux élections européennes du 9 juin, sont la guerre et la menace néofasciste. Le RN d’extrême droite est aux portes du pouvoir, les sondages montrant qu’il est proche d’obtenir une majorité à l’Assemblée. Après les élections anticipées le 4 juillet en Grande-Bretagne et le 7 juillet en France, l’OTAN tiendra un sommet le 9 juillet à Washington pour lancer une escalade militaire contre la Russie.

    Sur ces questions décisives, le NFP n’offre pas d’alternative à l’État policier de Macron ou au RN. Il dit présenter « un programme de rupture avec la politique d’Emmanuel Macron » et dénonce « le projet raciste et de casse sociale de l’extrême droite ». Mais le NFP rassemble LFI avec le PS, le PCF stalinien, les Verts et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) pabliste.

    Le programme adopté par le NFP confirme que ces partis participent à la restructuration de droite de la politique française que la classe dirigeante vise à mettre en œuvre via les élections anticipées, afin de préparer la guerre impérialiste à l’intéireur et la guerre de classe à l’intérieur. Le programme appelle à envoyer des troupes en Ukraine et à renforcer la gendarmerie et le renseignement.

    Le programme NFP ne reflète pas les intérêts ouvriers, mais de la base de classe des partis qui l’ont rejoint. Le NFP n’est pas le Front populaire des années 1930, qui comprenait le parti social-démocrate et un parti stalinien qui avaient tous deux une base ouvrière de masse. Sa base sociale est une alliance entre la bourgeoisie et les couches aisées de la classe moyenne qui véhiculent la politique raciale et d’identité de genre.

    La bourgeoisie française a dépensé d’énormes ressources, depuis la trahison de la grève générale de mai 1968 par le PCF, pour promouvoir ces forces en tant que « gauche ». Mais le PS, le PCF et les Verts ont formé plusieurs gouvernements – en 1981-1995, 1997-2002 et 2012-2017 – qui ont imposé la guerre et l’austérité. La formation du NFP est un avertissement : les descendants de la pseudo-gauche des renégats du trotskysme, comme LFI et le NPA, appuient l’État policier et la guerre avec la Russie, même ci cela menace de conduire à la guerre nucléaire.

    L’impérialisme a rendez-vous avec la catastrophe. Il y a une opposition profondément enracinée parmi les travailleurs et les jeunes en France et dans tous les pays de l’OTAN à l’escalade contre la Russie, au génocide à Gaza et au régime néofasciste. Quel que soit le gouvernement qui émergera des élections anticipées françaises, même s’il inclut le NFP, il entrera en collision avec les travailleurs.

    Mais la guerre, la montée du RN et sa promotion dans les médias sont un avertissement : l’opposition spontanée de manifestations ne vaincra pas le prochain gouvernement. La classe dirigeante travaille sans relâche pour s’assurer que la trahison du PS, de LFI et de ses alliés et l’amertume qu’elle produit dans la classe ouvrière profitent aux néo-fascistes. La classe ouvrière fait face à une classe dirigeante déterminée à faire la guerre contre le peuple et à utiliser un État policier fascisant pour réprimer l’opposition populaire.

    • Ils ont raison de le signaler. Parce que de l’autre côté, on ne cesse de te dire que LFI, ils sont sectaires, ils font des purges, ils ne savent pas faire de compromis, etc. Mais en fait, leur adhésion au NFP, leur volonté d’union, tout cela est manifeste, et cela s’est fait au prix de compromis parfaitement inadmissibles quand on est sincèrement progressiste, et par exemple, soucieux de voir advenir la paix en Israël, ou en Ukraine. Mais on va continuer de te dire que les LFI, ils ont le couteau entre les dents, ils sont les marionnettes de Poutine, et vraiment, ils nous mènent dans le mur depuis 25 ans qu’ils ont le pouvoir (oui, cette dernière phrase est absurde, mais c’est à peu près le cas de l’ensemble des raisonnements de l’officialité sur ces sujets depuis des mois).

  • Quand le corps détraque le cerveau : ces découvertes qui révolutionnent la psychiatrie – L’Express
    https://www.lexpress.fr/sciences-sante/sante/quand-le-corps-detraque-le-cerveau-ces-decouvertes-qui-revolutionnent-la-ps

    De récentes découvertes pointent le rôle de dérèglements de l’organisme dans l’apparition de maladies psychiatriques. Fascinant, et prometteur pour les malades.

    Sa descente aux enfers a duré plus de trois ans. Trois années pendant lesquelles Clotilde, 43 ans aujourd’hui, a souffert d’une maladie étrange et incompréhensible. Du moins au début. « C’était en 2017. Je venais d’accoucher d’une petite fille. J’étais une jeune maman heureuse. Après six mois de congé, j’ai repris mon travail de manager en fonction logistique. Et puis tout a basculé. » Les premiers symptômes apparaissent sans prévenir, en voiture, alors qu’elle se rend à Bruxelles. Une étrange sensation physique l’envahit : l’impression d’être vidée de son sang et ne plus rien ressentir. « Comme si j’étais spectatrice de tout », précise-t-elle. Les symptômes disparaissent au bout d’une heure. Mais ils reviennent au cours des semaines et mois suivants et durent chaque fois plus longtemps : deux heures, puis trois, quatre, et sont de plus en plus désagréables. Clotilde ne ressent plus la fatigue, devient insomniaque, s’évanouit parfois, souffre de vertiges et de spasmes : « Comme quand vous avez la paupière qui tremble à cause de la fatigue, mais à l’estomac… Ça me faisait parfois vomir. » Elle a l’impression de « perdre les pédales ».

    Les médecins diagnostiquent « une dépression très profonde » et prescrivent des antidépresseurs. Mais son état se dégrade encore. Des douleurs aux bras et aux jambes, comme des brûlures, apparaissent, ainsi que des migraines. Elle pleure, non pas parce qu’elle se sent triste - elle assure ne plus ressentir ni sentiment ni émotion -, mais parce que « les larmes coulent toutes seules ». Elle se met à fumer « comme une dingue », confie-t-elle, alors qu’elle n’avait jamais allumé une cigarette. Des hallucinations apparaissent : « Parfois, je voyais ma main gonfler », se souvient-elle. Quatre mois après les premiers symptômes, des idées suicidaires se manifestent. Les médecins ajoutent alors des anxiolytiques et des antipsychotiques. Clotilde est admise à l’hôpital psychiatrique. Deux fois. Rien n’y fait. Plus d’un an après son escapade belge, personne ne semble comprendre ce qu’il lui arrive.

    Les prémices de sa guérison viennent de recherches sur Internet qui la conduisent à lire la littérature scientifique. La jeune maman envoie alors des e-mails à de nombreux chercheurs, dont le Pr Marion Leboyer, psychiatre aux hôpitaux universitaires Henri-Mondor (AP-HP, Créteil) et directrice de la Fondation FondaMental, qu’elle rencontre mi-2019. Pour expliquer les troubles psychotiques de Clotilde, la chercheuse avance l’hypothèse d’une inflammation de son organisme et une réaction auto-immune. Une prise en charge en neurologie à Lyon permet de confirmer une inflammation, mais pas de déterminer son origine. Les traitements proposés échouent. En juin 2020, les perspectives de guérison s’éloignent.

    La suite relève presque du hasard. Une ostéopathe lui recommande d’aller voir un médecin du service de médecine interne du Centre hospitalier de Lens. L’homme se passionne pour le cas Clotilde. Il l’appelle toutes les semaines et lui fait passer une série d’examens. Au bout de deux mois, il décide de lui prescrire de fortes doses de corticoïdes. Le traitement commence en décembre 2020 et les premiers signes d’amélioration se manifestent déjà en janvier. En mars, Clotilde a récupéré « à 70 % ». Le médecin met alors en place un traitement immunosuppresseur, qui limite l’action du système immunitaire. Un an plus tard, après avoir modifié et réévalué les doses, elle est guérie et a retrouvé sa vie d’avant.
    Psychose auto-immune, quand le système immunitaire détraque le cerveau

    Que lui est-il arrivé ? D’abord, Clotilde a toujours été sujette aux maladies auto-immunes, qui se manifestent par un dysfonctionnement du système immunitaire qui « met le feu » à l’organisme et produit des anticorps qui se retournent contre les cellules de l’organisme (autoanticorps). En cas d’infection, la réaction normale du corps humain est de provoquer une inflammation afin de se défendre contre cette attaque extérieure. Mais si cette réponse persiste à bas niveau de façon chronique, cela peut provoquer des maladies auto-immunes, voire des maladies mentales. C’est le cas de Clotilde, qui a été victime d’une… « psychose auto-immune ». La cause reste inconnue, mais elle pourrait être liée aux changements hormonaux qui se sont déroulés pendant et après sa grossesse. Lors de ses premières règles, Clotilde avait d’ailleurs subi une dérégulation auto-immune de la thyroïde.

    La découverte d’autoanticorps dirigés contre des récepteurs cérébraux chez des patients psychotiques remonte à 2017, grâce à des équipes américaines et françaises, dont celles du neurobiologiste Laurent Groc (CNRS). Depuis, plusieurs autoanticorps responsables de psychose auto-immune ont été identifiés. Et notamment dans une étude publiée en mars dernier dans la revue Translational Psychiatry et cosignée par Uwe Maskos, chercheur en neurobiologie (Institut Pasteur, CNRS) et Marion Leboyer. Leurs travaux démontrent chez certains patients schizophrènes un lien entre leur maladie et la présence dans leur sang d’un autoanticorps qui attaque les récepteurs nicotiniques des macrophages (des globules blancs). Ces derniers sont impliqués dans la production de cytokines - les fameuses protéines popularisées lors de la pandémie de Covid-19 -, qui luttent contre les infections grâce à leur action inflammatoire. Mais lorsque ces macrophages sont perturbés, leur production de cytokines se dérègle. Les chercheurs ont pu montrer que ces autoanticorps provoquent une inflammation du corps, qui engendre ensuite les symptômes de la schizophrénie des patients. Lorsqu’on évoque avec lui le cas de Clotilde, Uwe Maskos confirme qu’il « colle parfaitement » avec les hypothèses actuelles concernant les psychoses auto-immunes. Et la jeune femme est loin d’être la seule concernée.
    Chez les souris, une simple grippe peut provoquer une psychose

    Ce sont 20 % des patients atteints de troubles psychotiques ou de troubles bipolaires qui souffriraient en réalité d’une psychose auto-immune. Les chercheurs ne parviennent pas encore à identifier les mécanismes responsables de la production des autoanticorps, mais des études sur des souris suggèrent qu’ils pourraient se déclencher après des infections virales ou bactériennes bronchiques, comme le virus de la grippe ! Plus généralement, les dysfonctionnements immunitaires concernent entre 30 et 40 % des patients atteints de maladies mentales", d’après les travaux de la Fondation FondaMental. « Avec, à chaque fois, des inflammations de bas niveau qui persistent dans le temps et qui sont déclenchées par divers facteurs environnementaux (infections, stress sévère, pollution) et leur interaction avec des facteurs génétiques », indique Marion Leboyer. Des variants génétiques responsables de défenses insuffisantes face à certains virus ou certaines bactéries permettent par exemple à ces infections de persister dans le sang, provoquant une inflammation puis des réactions auto-immunes. Ce qui peut entraîner des troubles psychotiques.

    L’enjeu des recherches est donc de repérer les biomarqueurs comme les autoanticorps - par exemple grâce à des prélèvements sanguins -, puis de trouver une solution adaptée à chaque patient. « Il n’y a pas eu d’énormes progrès dans les traitements des maladies mentales depuis des décennies, il faut trouver de nouvelles pistes, et l’étude du système immunitaire peut nous aider », plaide Uwe Maskos. Le scientifique souhaite que des essais cliniques sur l’humain soient rapidement lancés dans le but de tester des traitements qui stimuleraient les récepteurs nicotiniques afin de freiner la production de cytokines inflammatoires. Chez l’animal, l’administration de fortes doses de nicotine produit des effets anti-inflammatoires.

    Mais hors de question, évidemment, de faire fumer les patients schizophrènes, qui sont déjà 80 % à être de gros consommateurs de cigarettes. « L’idéal serait de développer un traitement qui produirait un meilleur effet que la nicotine, mais sans son effet addictif », poursuit-il. Cette piste est d’ailleurs explorée à l’Institut Pasteur. Le CNRS, l’université de Bordeaux, le Mircem (centre national de référence des maladies inflammatoires rares du cerveau et de la moelle), neuf centres hospitaliers et la Fondation FondaMental ont également lancé le programme TiM-DePist, un projet qui vise à tester le médicament Rituximab, un immunosuppresseur, en association au traitement habituel chez les personnes touchées par des psychoses auto-immunes.
    Une révolution en cours

    Etats-Unis, Allemagne, Royaume-Uni… De nombreux projets de ce type se lancent partout où les chercheurs ont détecté des liens entre inflammation et troubles psychiatriques. Belinda Lennox, directrice du service de psychiatrie de l’Université d’Oxford, a par exemple prélevé des échantillons sanguins de milliers de personnes atteintes de psychoses. Ses travaux montrent qu’environ 6 % des patients ont un taux supérieur d’un autoanticorps qui cible les récepteurs « NMDA », essentiels pour la mémoire et la plasticité des synapses. La chercheuse ne sait pas pourquoi ces autoanticorps sont produits par l’organisme, même si elle possède des pistes : tumeurs bénines, virus de l’herpès ou gènes défaillants. « Mais il est possible que ces autoanticorps puissent atteindre l’hippocampe, ce qui expliquerait les pertes de mémoire, les délires et les hallucinations dont souffrent certains patients », avance-t-elle. La chercheuse a lancé un essai clinique visant à trouver un traitement basé sur des immunothérapies qui devrait se terminer fin 2025. D’autres scientifiques tentent également de mieux comprendre les liens entre les micro-organismes de l’intestin - le microbiote - et la dépression. La fondation FondaMental a lancé un projet qui doit tester l’effet d’un complément alimentaire. Et à l’Université de Stanford, aux Etats-Unis, des patients atteints de diverses pathologies doivent suivre un traitement qui implique de suivre un régime cétogène, dans lequel l’apport en glucides est limité.

    Une véritable révolution est donc en cours au sein du monde de la psychiatrie, qui s’oriente désormais vers la découverte des causes sous-jacentes des maladies plutôt que la description et classification des symptômes. « Les maladies mentales sont aujourd’hui définies par des manuels de diagnostics internationaux [NDLR : comme le DSM]. Grâce à eux, nous parlons la même langue à Tokyo, Paris et New-York, résume Marion Leboyer. Mais cette catégorisation a abouti à identifier une large variété de profils cliniques pour une même maladie. Or ces différents profils n’ont jamais été validés sur le plan biologique : c’est-à-dire que ces différentes maladies mentales n’ont pas été associées avec précisions à des marqueurs objectifs mesurables dans le sang, par l’imagerie cérébrale ou par des marqueurs digitaux. » Or les recherches actuelles montrent que des troubles mentaux peuvent avoir des racines biologiques qui doivent être traitées comme des maladies « classiques ».

    Autre problématique liée à ces classifications internationales : certains essais cliniques visant à tester des médicaments ont échoué car ils regroupaient des patients qui semblaient partager des symptômes communs, mais dont les maladies n’étaient probablement pas liées aux mêmes mécanismes. Les manuels de diagnostics ont d’ailleurs évolué et parlent désormais de « troubles bipolaires », de « spectres schizophréniques », et évoqueront sans doute bientôt des « dépressions inflammatoires », « immunologiques » ou « de stress ».

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    Un article de l’hebdo du 27 juin 2024
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    Sa descente aux enfers a duré plus de trois ans. Trois années pendant lesquelles Clotilde, 43 ans aujourd’hui, a souffert d’une maladie étrange et incompréhensible. Du moins au début. « C’était en 2017. Je venais d’accoucher d’une petite fille. J’étais une jeune maman heureuse. Après six mois de congé, j’ai repris mon travail de manager en fonction logistique. Et puis tout a basculé. » Les premiers symptômes apparaissent sans prévenir, en voiture, alors qu’elle se rend à Bruxelles. Une étrange sensation physique l’envahit : l’impression d’être vidée de son sang et ne plus rien ressentir. « Comme si j’étais spectatrice de tout », précise-t-elle. Les symptômes disparaissent au bout d’une heure. Mais ils reviennent au cours des semaines et mois suivants et durent chaque fois plus longtemps : deux heures, puis trois, quatre, et sont de plus en plus désagréables. Clotilde ne ressent plus la fatigue, devient insomniaque, s’évanouit parfois, souffre de vertiges et de spasmes : « Comme quand vous avez la paupière qui tremble à cause de la fatigue, mais à l’estomac… Ça me faisait parfois vomir. » Elle a l’impression de « perdre les pédales ».

    Les médecins diagnostiquent « une dépression très profonde » et prescrivent des antidépresseurs. Mais son état se dégrade encore. Des douleurs aux bras et aux jambes, comme des brûlures, apparaissent, ainsi que des migraines. Elle pleure, non pas parce qu’elle se sent triste - elle assure ne plus ressentir ni sentiment ni émotion -, mais parce que « les larmes coulent toutes seules ». Elle se met à fumer « comme une dingue », confie-t-elle, alors qu’elle n’avait jamais allumé une cigarette. Des hallucinations apparaissent : « Parfois, je voyais ma main gonfler », se souvient-elle. Quatre mois après les premiers symptômes, des idées suicidaires se manifestent. Les médecins ajoutent alors des anxiolytiques et des antipsychotiques. Clotilde est admise à l’hôpital psychiatrique. Deux fois. Rien n’y fait. Plus d’un an après son escapade belge, personne ne semble comprendre ce qu’il lui arrive.
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    Les prémices de sa guérison viennent de recherches sur Internet qui la conduisent à lire la littérature scientifique. La jeune maman envoie alors des e-mails à de nombreux chercheurs, dont le Pr Marion Leboyer, psychiatre aux hôpitaux universitaires Henri-Mondor (AP-HP, Créteil) et directrice de la Fondation FondaMental, qu’elle rencontre mi-2019. Pour expliquer les troubles psychotiques de Clotilde, la chercheuse avance l’hypothèse d’une inflammation de son organisme et une réaction auto-immune. Une prise en charge en neurologie à Lyon permet de confirmer une inflammation, mais pas de déterminer son origine. Les traitements proposés échouent. En juin 2020, les perspectives de guérison s’éloignent.

    La suite relève presque du hasard. Une ostéopathe lui recommande d’aller voir un médecin du service de médecine interne du Centre hospitalier de Lens. L’homme se passionne pour le cas Clotilde. Il l’appelle toutes les semaines et lui fait passer une série d’examens. Au bout de deux mois, il décide de lui prescrire de fortes doses de corticoïdes. Le traitement commence en décembre 2020 et les premiers signes d’amélioration se manifestent déjà en janvier. En mars, Clotilde a récupéré « à 70 % ». Le médecin met alors en place un traitement immunosuppresseur, qui limite l’action du système immunitaire. Un an plus tard, après avoir modifié et réévalué les doses, elle est guérie et a retrouvé sa vie d’avant.
    Psychose auto-immune, quand le système immunitaire détraque le cerveau

    Que lui est-il arrivé ? D’abord, Clotilde a toujours été sujette aux maladies auto-immunes, qui se manifestent par un dysfonctionnement du système immunitaire qui « met le feu » à l’organisme et produit des anticorps qui se retournent contre les cellules de l’organisme (autoanticorps). En cas d’infection, la réaction normale du corps humain est de provoquer une inflammation afin de se défendre contre cette attaque extérieure. Mais si cette réponse persiste à bas niveau de façon chronique, cela peut provoquer des maladies auto-immunes, voire des maladies mentales. C’est le cas de Clotilde, qui a été victime d’une… « psychose auto-immune ». La cause reste inconnue, mais elle pourrait être liée aux changements hormonaux qui se sont déroulés pendant et après sa grossesse. Lors de ses premières règles, Clotilde avait d’ailleurs subi une dérégulation auto-immune de la thyroïde.

    La découverte d’autoanticorps dirigés contre des récepteurs cérébraux chez des patients psychotiques remonte à 2017, grâce à des équipes américaines et françaises, dont celles du neurobiologiste Laurent Groc (CNRS). Depuis, plusieurs autoanticorps responsables de psychose auto-immune ont été identifiés. Et notamment dans une étude publiée en mars dernier dans la revue Translational Psychiatry et cosignée par Uwe Maskos, chercheur en neurobiologie (Institut Pasteur, CNRS) et Marion Leboyer. Leurs travaux démontrent chez certains patients schizophrènes un lien entre leur maladie et la présence dans leur sang d’un autoanticorps qui attaque les récepteurs nicotiniques des macrophages (des globules blancs). Ces derniers sont impliqués dans la production de cytokines - les fameuses protéines popularisées lors de la pandémie de Covid-19 -, qui luttent contre les infections grâce à leur action inflammatoire. Mais lorsque ces macrophages sont perturbés, leur production de cytokines se dérègle. Les chercheurs ont pu montrer que ces autoanticorps provoquent une inflammation du corps, qui engendre ensuite les symptômes de la schizophrénie des patients. Lorsqu’on évoque avec lui le cas de Clotilde, Uwe Maskos confirme qu’il « colle parfaitement » avec les hypothèses actuelles concernant les psychoses auto-immunes. Et la jeune femme est loin d’être la seule concernée.
    Chez les souris, une simple grippe peut provoquer une psychose

    Ce sont 20 % des patients atteints de troubles psychotiques ou de troubles bipolaires qui souffriraient en réalité d’une psychose auto-immune. Les chercheurs ne parviennent pas encore à identifier les mécanismes responsables de la production des autoanticorps, mais des études sur des souris suggèrent qu’ils pourraient se déclencher après des infections virales ou bactériennes bronchiques, comme le virus de la grippe ! Plus généralement, les dysfonctionnements immunitaires concernent entre 30 et 40 % des patients atteints de maladies mentales", d’après les travaux de la Fondation FondaMental. « Avec, à chaque fois, des inflammations de bas niveau qui persistent dans le temps et qui sont déclenchées par divers facteurs environnementaux (infections, stress sévère, pollution) et leur interaction avec des facteurs génétiques », indique Marion Leboyer. Des variants génétiques responsables de défenses insuffisantes face à certains virus ou certaines bactéries permettent par exemple à ces infections de persister dans le sang, provoquant une inflammation puis des réactions auto-immunes. Ce qui peut entraîner des troubles psychotiques.

    L’enjeu des recherches est donc de repérer les biomarqueurs comme les autoanticorps - par exemple grâce à des prélèvements sanguins -, puis de trouver une solution adaptée à chaque patient. « Il n’y a pas eu d’énormes progrès dans les traitements des maladies mentales depuis des décennies, il faut trouver de nouvelles pistes, et l’étude du système immunitaire peut nous aider », plaide Uwe Maskos. Le scientifique souhaite que des essais cliniques sur l’humain soient rapidement lancés dans le but de tester des traitements qui stimuleraient les récepteurs nicotiniques afin de freiner la production de cytokines inflammatoires. Chez l’animal, l’administration de fortes doses de nicotine produit des effets anti-inflammatoires.

    Mais hors de question, évidemment, de faire fumer les patients schizophrènes, qui sont déjà 80 % à être de gros consommateurs de cigarettes. « L’idéal serait de développer un traitement qui produirait un meilleur effet que la nicotine, mais sans son effet addictif », poursuit-il. Cette piste est d’ailleurs explorée à l’Institut Pasteur. Le CNRS, l’université de Bordeaux, le Mircem (centre national de référence des maladies inflammatoires rares du cerveau et de la moelle), neuf centres hospitaliers et la Fondation FondaMental ont également lancé le programme TiM-DePist, un projet qui vise à tester le médicament Rituximab, un immunosuppresseur, en association au traitement habituel chez les personnes touchées par des psychoses auto-immunes.
    Une révolution en cours

    Etats-Unis, Allemagne, Royaume-Uni… De nombreux projets de ce type se lancent partout où les chercheurs ont détecté des liens entre inflammation et troubles psychiatriques. Belinda Lennox, directrice du service de psychiatrie de l’Université d’Oxford, a par exemple prélevé des échantillons sanguins de milliers de personnes atteintes de psychoses. Ses travaux montrent qu’environ 6 % des patients ont un taux supérieur d’un autoanticorps qui cible les récepteurs « NMDA », essentiels pour la mémoire et la plasticité des synapses. La chercheuse ne sait pas pourquoi ces autoanticorps sont produits par l’organisme, même si elle possède des pistes : tumeurs bénines, virus de l’herpès ou gènes défaillants. « Mais il est possible que ces autoanticorps puissent atteindre l’hippocampe, ce qui expliquerait les pertes de mémoire, les délires et les hallucinations dont souffrent certains patients », avance-t-elle. La chercheuse a lancé un essai clinique visant à trouver un traitement basé sur des immunothérapies qui devrait se terminer fin 2025. D’autres scientifiques tentent également de mieux comprendre les liens entre les micro-organismes de l’intestin - le microbiote - et la dépression. La fondation FondaMental a lancé un projet qui doit tester l’effet d’un complément alimentaire. Et à l’Université de Stanford, aux Etats-Unis, des patients atteints de diverses pathologies doivent suivre un traitement qui implique de suivre un régime cétogène, dans lequel l’apport en glucides est limité.
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    Une véritable révolution est donc en cours au sein du monde de la psychiatrie, qui s’oriente désormais vers la découverte des causes sous-jacentes des maladies plutôt que la description et classification des symptômes. « Les maladies mentales sont aujourd’hui définies par des manuels de diagnostics internationaux [NDLR : comme le DSM]. Grâce à eux, nous parlons la même langue à Tokyo, Paris et New-York, résume Marion Leboyer. Mais cette catégorisation a abouti à identifier une large variété de profils cliniques pour une même maladie. Or ces différents profils n’ont jamais été validés sur le plan biologique : c’est-à-dire que ces différentes maladies mentales n’ont pas été associées avec précisions à des marqueurs objectifs mesurables dans le sang, par l’imagerie cérébrale ou par des marqueurs digitaux. » Or les recherches actuelles montrent que des troubles mentaux peuvent avoir des racines biologiques qui doivent être traitées comme des maladies « classiques ».

    Autre problématique liée à ces classifications internationales : certains essais cliniques visant à tester des médicaments ont échoué car ils regroupaient des patients qui semblaient partager des symptômes communs, mais dont les maladies n’étaient probablement pas liées aux mêmes mécanismes. Les manuels de diagnostics ont d’ailleurs évolué et parlent désormais de « troubles bipolaires », de « spectres schizophréniques », et évoqueront sans doute bientôt des « dépressions inflammatoires », « immunologiques » ou « de stress ».
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    « Cette révolution va vers l’union du corps et de l’esprit en affirmant que les facultés et maladies mentales ne dépendent pas seulement de la boîte crânienne, qu’on a longtemps crue étanche alors que les échanges entre les systèmes nerveux et immunitaire sont très importants », confirme Pierre-Marie Lledo, directeur du département de neurosciences de l’Institut Pasteur et directeur de recherche au CNRS. L’idée de cette profonde mutation est d’arriver à soigner les maladies psychiatriques comme les autres. "Pendant des années, face à une dépression, les médecins disaient aux patients « vous broyez du noir », alors qu’il s’agit d’un symptôme qui peut être lié à plusieurs mécaniques, de la même manière que la fièvre peut être le témoin d’une infection bactérienne ou d’un virus, qui nécessitent des réponses différentes", poursuit le chercheur. Cette tendance vise, aussi, à remettre la biologie au centre du diagnostic de la santé mentale, mais également à unifier la neurologie, la médecine interne et la psychiatrie, en faisant sauter les cloisons construites à la fin du XIXe siècle entre ces différentes spécialités.

    Obtenir de meilleures connaissances des mécanismes à l’œuvre dans ces maladies aura de profondes conséquences pour les millions de personnes souffrant de maladies mentales et qui ne répondent pas aux traitements existants. Elles pourraient également donner de nouveaux espoirs à de nombreux malades, mais aussi permettre leur déstigmatisation. L’enjeu est de taille. Près de trois millions de patients souffrent de dépressions en France. Les deux tiers n’obtiennent pas de résultats avec leur premier traitement et 20 à 30 % d’entre eux résistent à l’ensemble des stratégies thérapeutiques. 90 % des malades atteints de troubles bipolaires (entre 650 000 et 1,6 million de personnes) souffrent de symptômes récurrents toute leur vie. Et seules 50 % des 600 000 personnes atteintes de schizophrénies obtiennent une rémission partielle. Malheureusement, la recherche académique en psychiatrie ne reçoit que 2 à 4 % du budget total de la recherche hexagonale. Avec 160 milliards d’euros en coûts directs et indirects, les maladies mentales sont pourtant la première cause des dépenses de santé en France.

  • Les attaques contre la gauche au nom de l’antisémitisme mettent les Juifs et Juives en danger | Le Club
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/280624/les-attaques-contre-la-gauche-au-nom-de-l-antisemitisme-mettent-les-

    Macron et Darmanin ont fait plus pour normaliser l’antisémitisme que n’importe quel militant d’extrême droite. Macron a voulu réhabiliter Pétain, ce « grand soldat » ; il a utilisé Maurras et son « pays réel/pays légal » comme référence ; Darmanin a loué la politique antijuive de Napoléon pour en faire un modèle pour sa politique contre les musulmans, disant qu’il « s’intéressa à régler les difficultés touchant à la présence de dizaine de milliers de juifs en France. Certains d’entre eux pratiquaient l’usure et faisaient naître troubles et réclamations ». Etc.

    Les manifestations de soutien aux communautés juives organisées par le pouvoir relèvent encore d’une mise à part, d’une extraction du corps national qui marque un processus de racisation et qui nous met en danger : la marche contre l’antisémitisme de novembre (dont l’appel et les contours portaient des dimensions islamophobes et de soutien à la politique du gouvernement israélien), la cérémonie de Hanouka à l’Élysée en contraste total avec les politiques islamophobes, la dissymétrie entre la valeur accordée aux vies israéliennes et aux vies palestiniennes…, tout cela concourt à exposer les Juifs et Juives comme allié.es du pouvoir et revient à nous instrumentaliser à des fins racistes. Cela relève en réalité encore d’une forme indirecte d’antisémitisme.

  • « Il était l’un des nôtres » : un robot fonctionnaire se « suicide » en Corée du Sud en se jetant d’un escalier
    https://www.leparisien.fr/high-tech/il-etait-lun-des-notres-un-robot-fonctionnaire-se-suicide-en-coree-du-sud

    La presse locale s’est emparée du sujet, déplorant le premier « suicide » de robot dans le pays, avec certains titres se demandant en première page, « pourquoi ce fonctionnaire assidu a agi de la sorte » ou si « le travail était-il trop dur pour le robot ? »