• Lettre ouverte aux militant-e-s d’Extinction Rebellion – ACTA
    https://acta.zone/lettre-ouverte-aux-militant-e-s-dextinction-rebellion

    Dès qu’un policier décède, toute la France est en deuil. Dès qu’un-e jeune meurt sous les coups de la police, dès qu’un-e manifestant-e perd un oeil, l’Etat sort des communiqués expliquant qu’il n’est jamais responsable. Et de la part d’un mouvement écologiste qui a trop vite oublié Rémi Fraisse assassiné sur la ZAD de Sivens par la gendarmerie en 2014, (dont le procès se tient à Toulouse ce 10 octobre 2019, avec la présence d’une cinquantaine de militants) un mouvement se voulant socialement inclusif, mais qui refuse de reconnaître la souffrance et la rage des quartiers populaires, qui refuse de se souvenir que certain-e-s ont été mutilé-e-s ou incarcéré-e-s pour s’être rebellé-e-s pendant les Gilets Jaunes, même pas un mot, pas une pancarte commémorant Ibrahima et les autres victimes des violences policières ?
    Plus généralement, se revendiquer “contre toutes les violences” est indécent et profondément violent.

  • Quitte à écouter un hommage à Jacques Chirac, autant se mettre celui de #Megacombi entre les esgourdes, mis en ligne quasi pile poil il y a 4 ans (le 23 septembre 2015) et avec une superbe playlist !
    https://audioblog.arteradio.com/blog/97295/podcast/106450/jacques-chirac

    On a eu la confirmation juste avant 18h. A quelques minutes du direct, on a décidé de monter une émission en temps réel sur l’évènement pour partager cette information exclusive. C’est donc une grosse édition spéciale qu’on vous a proposé ce mercredi 23 septembre.

    Playlist
    Ultra Vomit - Jacques Chirac
    Jah Free - Jack Chirac
    Frères misères - La débâcle
    Jacques Chirac Maintenant - Chanson de campagne 1981
    Zebda - Le bruit et l’odeur

    Et grand merci à la personne qui m’a rappelé l’existence de cette perle #audio #radio #cœur_avec_les_doigts <3

  • « Tontons », « cousins » ou « balances »... Les indics se mettent à table
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/09/24/tontons-cousins-ou-balances-les-indics-se-mettent-a-table_6012764_3224.html

    Alexandre Kauffmann, auteur du « Troisième Indic » (à paraître chez Flammarion le 25 septembre), s’est immergé dans le monde des informateurs de la police, où gravitent petits dealeurs et escrocs sans envergure et où tout se monnaye, surtout les confidences.
    Sur les boulevards des Maréchaux du 17e arrondissement de Paris, Lakhdar – les noms des indicateurs et des policiers ont été modifiés – désigne un bar à l’auvent défraîchi. « Je vais le faire fermer, annonce-t-il tout en conduisant sa voiture jaune citron. Dans ce trou à rats, il n’y a que des tapins [des prostituées]. Le patron, c’est le frère de ma femme. Il dit du mal de moi. Je l’ai balancé cette semaine à la police. Ils vont s’occuper de lui. »

    Plus loin, les jardins suspendus du nouveau tribunal de grande instance, édifice dominant tout le Nord-Ouest parisien, se découpent sur un ciel blanc. « Si l’affaire se passe bien, poursuit Lakhdar, je toucherai une prime et la Préfecture renouvellera mon APS [autorisation provisoire de séjour]. »

    Dos voûté, traces de brûlures dans le cou, lunettes de vue relevées sur le front : cet homme de 57 ans, ancien proxénète, dealeur occasionnel de cocaïne, ressemble davantage à un retraité nécessiteux qu’à un informateur de la police judiciaire. Après avoir fui le Maroc, au milieu des années 1980, où ses vols répétés lui avaient attiré bien des ennuis, il s’était d’abord réfugié chez un cousin installé à Marseille. Mais la cité phocéenne l’a déçu : « J’étais venu voir la France, et il n’y avait que des Arabes ! » Une semaine plus tard, il prenait un train pour Paris. « Je suis arrivé à la gare de Lyon sans un sou, raconte-t-il. J’ai rencontré une vendeuse dans un magasin. Le coup de foudre ! On s’est mariés et je l’ai mise sur le trottoir, avenue Foch. »

    Lakhdar est devenu indicateur au début des années 2000, en sortant de la prison de Fleury-Mérogis, où il purgeait une peine de deux ans pour « proxénétisme ». « Un ancien détenu m’a présenté le commandant Christophe [son officier traitant au sein de la police judiciaire parisienne]. C’est la seule personne que je ne trahirai jamais. » Et pour cause : c’est de lui qu’il tient son pouvoir. Avant toute considération morale, Lakhdar cherche d’abord à dominer son entourage, de préférence ceux qui lui ressemblent : les membres de sa famille, les proxénètes à la petite semaine, les dealeurs sans envergure. C’est là sa revanche sur une existence misérable. Elle illustre à merveille les consignes que donnaient les services de renseignement soviétiques, au temps de la guerre froide, pour recruter des traîtres à l’Ouest : « Cherchez d’abord des gens que le destin ou la nature a blessés, (…) qui souffrent d’un complexe d’infériorité, qui rêvent de pouvoir et d’influence. » Le même principe s’applique à l’échelle de Lakhdar : l’appétit d’autorité prime sur le reste. Le prestige est préférable à l’honneur.

    « Avec moi, c’est propre »

    Depuis plusieurs jours, le Marocain prépare une autre affaire pour le commandant Christophe. Un « salafiste de Seine-Saint-Denis » qui vendrait des pistolets-mitrailleurs Uzi. « Il s’appelle Lamine, nous indique Lakhdar. Entre nous, il n’est pas plus salafiste que moi… Il vend juste de l’héroïne, parfois un ou deux flingues. Christophe voulait que je lui trouve un musulman avec des armes. C’est bon pour ses chiffres. Je lui donne un dealeur du 93. Tout le monde est content. » Lakhdar a déjà dénoncé Lamine à deux reprises, sans jamais éveiller ses soupçons.

    « La dernière fois, il m’a appelé en sortant de prison pour s’excuser de ne pas avoir donné de nouvelles. Je l’ai engueulé ! Je l’aime bien, Lamine, vraiment.

    – Alors pourquoi le balancer ? », demande-t-on.

    Le quinquagénaire nous considère avec étonnement.

    « Il faut bien que quelqu’un le fasse. Et avec moi, c’est propre. Cette fois-ci, je dois encore trouver quelqu’un pour jouer le rôle du client : Lamine ira chercher les armes, et la police pourra identifier sa planque. »

    Lakhdar se considère comme un professionnel. Selon lui, si Lamine n’a pas su le repérer comme indicateur après deux dénonciations, c’est qu’il manque de prudence. Il ne peut s’en prendre qu’à son amateurisme. Vendre de l’héroïne et des armes est un métier dangereux : c’est à lui, et à lui seul, d’assumer les conséquences de son incurie. L’informateur marocain n’éprouve aucune animosité envers ceux qu’il appelle ses « victimes ». Il « donne » Lamine parce que c’est son métier et le signe de son pouvoir. Le geste – quand il ne s’inspire pas des haines recuites de famille – n’a rien de personnel.

    Comme Lakhdar, près de 2 000 informateurs sont inscrits au bureau central des sources (BCS), établi à Nanterre (Hauts-de-Seine). Chaque identité y est référencée sous un code secret. La majorité de ces « indics » renseignent la police sur des délits de petite et moyenne envergure – vol à l’arraché, cambriolage, trafic de stupéfiants… Autant d’affaires qui permettent au ministère de l’intérieur d’embellir les statistiques.

    Récompense officieuse

    Avant la création du BCS, au début des années 2000, aucune règle n’encadrait l’activité des « tontons », le surnom des indicateurs dans le jargon policier. Nombre d’enquêteurs s’accommodaient de cette liberté, d’autres en faisaient les frais.

    En 2002, trois officiers d’un groupe « stups » des Hauts-de-Seine sont mis en examen pour avoir rétribué l’un de leurs informateurs avec une saisie de 9 kilos de haschisch. Les syndicats de police les soutiennent. Ils exigent un statut légal pour les sources, se souciant moins de les protéger que d’assurer leur propre sécurité juridique. Thierry Mariani, alors député UMP du Vaucluse – passé depuis au Rassemblement national –, porte ce combat à l’Assemblée nationale. En 2004, après de multiples amendements, la loi Perben 2 aligne le statut des indicateurs de police sur celui des « aviseurs » des douanes, lesquels bénéficient depuis près d’un demi-siècle d’un « droit à rémunération ».

    « Pour bien connaître les criminels, il faut l’avoir été soi-même »
    Eugène-François Vidocq (1775-1857), délinquant puis indicateur
    Le législateur est demeuré silencieux sur les autres avantages accordés aux « personnes étrangères aux administrations publiques », comme sont qualifiés les indicateurs. Rien sur l’obtention d’une carte de séjour, la levée des fiches de recherche ou la tolérance de certaines infractions. Officiellement, ces privilèges n’existent pas.

    Depuis sa création, le BCS n’a qu’une vocation : recenser les informateurs pour les rémunérer. A elle seule, cette mission pose de nombreuses difficultés au service d’assistance technique de Nanterre. En échange d’avantages non déclarés, une part importante des informateurs – plus de la moitié, selon certains magistrats – renseigneraient en effet la police sans que ceux-ci soient répertoriés. Et parmi ceux qui le sont, beaucoup rempliraient de manière approximative les fiches destinées à les identifier.

    Lakhdar se vante ainsi d’être inscrit sous deux noms différents au BCS. « Ça me permet de travailler avec plusieurs services, confie l’informateur. C’est pas de trop, vu le montant des primes… » Lorsque son beau-frère a été interpellé, au bout d’un mois d’investigation, il a reçu 1 500 euros en espèces. Au sein de sa famille, personne ne soupçonne son rôle dans cette arrestation. Il a même rendu une visite de courtoisie à sa « victime » en prison.

    Au-delà de l’argent, Lakhdar s’intéresse surtout à la partie officieuse de sa récompense : le renouvellement de ses papiers. Son APS expire prochainement. Etant donné l’épaisseur de son casier judiciaire, les sursis que lui accorde la Préfecture de Paris ne dépassent jamais six mois. Ils sont délivrés à titre exceptionnel par le « bureau des affaires générales », autrefois « bureau des affaires réservées ». Lakhdar doit ainsi se rendre plusieurs fois par an au cœur de Paris pour solliciter ce service aux activités confidentielles.

    Une « charte » rarement respectée

    Ce matin, son officier traitant – le commandant Christophe – l’attend près du parvis de Notre-Dame pour le conduire sur place. L’indic se présente en retard, la mine chiffonnée, une chemise en carton sous le bras. « Les parties de rami se sont enchaînées toute la nuit, j’ai pas vu l’heure passer, s’excuse-t-il. J’ai perdu 400 euros… »

    Le commandant exhibe sa carte à l’entrée de la préfecture. « Ces personnes sont avec moi », prévient-il en nous désignant. Une atmosphère de caserne studieuse règne dans la cour centrale. En conduisant seul sa « source » au bureau des affaires générales, l’officier contrevient à la « charte du traitement des informateurs ». Etabli il y a une dizaine d’années, réactualisé en 2018, ce document du ministère de l’intérieur, que Le Monde s’est procuré, précise que « les rendez-vous du traitant avec l’informateur doivent se dérouler en présence d’un autre agent ».

    En réalité, dans la gestion quotidienne de la plupart des « tontons » – des profils semblables à celui de Lakhdar –, les vingt-huit articles de cette charte sont rarement respectés, sinon jamais. A commencer par la prescription n° 3 : « L’immatriculation au bureau central des sources n’exonère pas l’informateur de ses responsabilités civiles ou pénales. » Le commandant n’a pourtant jamais empêché Lakhdar de vendre de la cocaïne. « Ça ne gêne personne, plaide l’indicateur marocain. En plus, je refourgue souvent du speed en disant que c’est de la coke. Ça me coûte moins cher, même pas 1 euro le gramme. Et tout le monde en redemande ! »

    Nous gagnons un bureau étroit au premier étage, où flotte une odeur de peinture fraîche. Deux fonctionnaires, assises sur des sièges aux longs dossiers, compilent des documents en silence.

    « Je vous amène mon meilleur élément, M. Lakhdar B. !, lance l’officier à l’une des employées. Vous le connaissez déjà ? »

    La femme considère l’informateur avec une courtoisie administrative :

    « Oui, je crois me souvenir… »

    Elle ouvre son dossier.

    « Combien d’enfants avez-vous, monsieur B. ? »

    Lakhdar hausse les épaules.

    « Deux garçons et une petite fille. Ils sont tous Français. Et moi, je continue à galérer avec mes papiers. Je suis comme en liberté provisoire. Avec votre APS, on n’a même pas le droit de louer une piaule. »

    Condamnés à la précarité, les informateurs étrangers multiplient les délits pour survivre : escroqueries, vols, trafics de stupéfiants… Cette instabilité, propice à la collecte de renseignements, est loin de déplaire aux services de police.

    « Vous n’avez pas fait que des actions humanitaires en France, reprend la fonctionnaire. Six condamnations…

    – J’ai aussi apporté un tas d’affaires.

    – Et pas les plus mauvaises, intervient le commandant Christophe. La semaine prochaine, grâce à Lakhdar, on va interpeller un salafiste à la tête d’un trafic d’armes. Vous savez bien qu’on n’obtient pas ces renseignements au couvent des Carmes… »

    « Citez-moi des honnêtes gens qui pourraient faire ce métier », demandait déjà aux professeurs de morale Antoine de Sartine, lieutenant général de police sous Louis XV. « Pour bien connaître les criminels, il faut l’avoir été soi-même », abondait, au siècle suivant, Eugène-François Vidocq, tour à tour bagnard, indicateur et policier.

    L’entremise du « Libyen »

    Figures sulfureuses, les « sources » sont tenues à l’écart des procès-verbaux, où toute trace de leurs activités est effacée. Pour les protéger contre d’éventuelles représailles, mais aussi pour se débarrasser d’un statut légal ambigu. « Selon un renseignement émanant d’une personne digne de confiance et désirant garder l’anonymat » : les procédures réduisent le plus souvent l’implication des informateurs à cette formule elliptique. « Ce “camouflage” est déjà une entorse à la vérité, admet un magistrat du parquet de Paris. Les poursuites pénales doivent être transparentes, loyales et contradictoires. En acceptant d’arranger les faits pour effacer le rôle des indicateurs, policiers et magistrats sont dans une zone de non-droit. »

    « Avant le début d’une audience, j’ai précisé au substitut du procureur que mon client était inscrit au Bureau central des sources. Il m’a répondu : “Ça n’est pas un métier !” »
    Anne-Claire Le Jeune, avocate

    Le ministère public soupçonne certains officiers traitants d’utiliser ces actes hors procédure pour manipuler le cours des enquêtes. C’est pourquoi le parquet est peu enclin à fermer les yeux lorsque l’infraction d’un « tonton » est portée à sa connaissance. « Un indic peut être interpellé par des agents de la sécurité publique [les policiers en tenue] qui refusent de le relâcher malgré nos appels, précise le commandant Christophe. Quand il se retrouve au tribunal, on a l’impression que les magistrats considèrent son activité comme une circonstance aggravante – surtout s’il s’agit d’un petit informateur comme Lakhdar. En reconnaissant la rémunération des sources, la loi Perben 2 a jeté la suspicion sur tout le reste. Le parquet doit comprendre que sans renseignement humain, la police est aveugle. »

    L’avocate parisienne Anne-Claire Le Jeune, connue pour avoir défendu des indicateurs dans une trentaine d’affaires, affirme constater une détérioration des relations entre les officiers traitants et les magistrats du parquet d’un dossier à l’autre : « Il n’y a pas longtemps, avant le début d’une audience, j’ai précisé au substitut du procureur que mon client était inscrit au bureau central des sources. Il m’a répondu : “Ça n’est pas un métier !” »

    Beaucoup d’enquêteurs – à commencer par les adhérents d’Alliance, l’un des principaux syndicats de policiers – regrettent ce « dévoiement » de la loi Perben 2, qui inciterait les magistrats à limiter les « coups de pouce » aux tontons, quand ils ne les poursuivent pas.

    Après avoir obtenu le renouvellement de son APS, Lakhdar s’est employé à resserrer son piège autour de Lamine, le trafiquant d’armes et d’héroïne. Ce soir, il a promis de lui présenter un « client sérieux ». But de la manœuvre ? Organiser un « coup d’achat », c’est-à-dire pousser le trafiquant à dévoiler son mode opératoire.

    L’indic a cherché toute la journée un partenaire pour jouer le rôle de l’acheteur. « Je n’ai trouvé qu’Ayoub, regrette-t-il. Il vendrait son propre nez. C’est un tonton du commandant Christophe, lui aussi. Il fume trop de crack. On l’appelle “le Libyen”, parce qu’il ressemble à Kadhafi. En fait, c’est un Algérien. » Lakhdar l’a rencontré en 2003, à Fleury-Mérogis. Au cours d’une promenade, le Libyen lui avait offert un joint. Ils s’étaient revus une fois libres, à Paris. Lakhdar était alors en relation avec un semi-grossiste en cocaïne. S’improvisant intermédiaire, il avait proposé à Ayoub de lui en obtenir 250 g. Le Libyen lui avait donné rendez-vous dans un café du 13e arrondissement. Juste avant de le rejoindre, Lakhdar avait été pris d’un doute. Il s’était présenté au bar sans la marchandise. « T’as bien fait !, lui avait dit le Libyen. Je t’avais balancé aux flics ! Tu devrais travailler avec eux, toi aussi. Je vais te mettre en contact. » C’est ainsi, par l’entremise du Libyen, que le nom de Lakhdar a pour la première fois été inscrit au bureau central des sources (BCS).

    « Achète d’abord 5 grammes d’héro »

    Alors que la nuit est déjà tombée, le Marocain gare sa voiture jaune devant le métro Bonne-Nouvelle. Un homme d’une quarantaine d’années, la peau mate, une frange de moine au front, s’avance vers notre véhicule. « Attention, virus libyen ! », avertit Lakhdar. Voici donc Ayoub, le fumeur de crack, l’indicateur revenu de toutes les embuscades. Traits tirés. Bottes de daim bleu. Chemise mal repassée. Il s’assied en silence sur la banquette arrière.

    Après avoir grillé une dizaine de feux rouges, nous rallions le bar du 18e arrondissement où doit se tenir le rendez-vous avec Lamine, présenté à la police comme un salafiste par l’ancien proxénète marocain. Un rideau de fer couvre la devanture de l’établissement. Lakhdar chausse ses lunettes à verres grossissants et se penche sur l’écran de son portable. « Il faut prévenir le patron qu’on est là », soupire-t-il. Un vieil homme au crâne dégarni soulève le rideau de fer. « C’est lui le patron, commente Lakhdar, un abruti, mais un bon cuisinier. Il nous a préparé un agneau. » Les plaisirs de la table occupent une place importante dans sa vie d’indic. Il a beau snifer de la mauvaise cocaïne, porter de fausses marques, il a ses exigences en matière de gastronomie. La cuisine est sans doute le dernier bonheur franc et entier d’une existence falsifiée par le mensonge.

    A l’intérieur du bar, nous suivons un couloir humide jusqu’à une arrière-salle en travaux. Une table ronde est disposée sous des ampoules suspendues à des fils électriques. Dans l’attente du trafiquant, alors que nous dégustons un agneau savoureux, Lakhdar rappelle au Libyen sa partition.

    « Achète d’abord 5 grammes d’héro. Tu dis que c’est un test. Après, tu promets d’en prendre plus. »

    Ayoub se gratte le cou avec impatience.

    « Tu me prends pour un débutant ?

    – Des affaires, t’en as plantées pas mal… Quand Lamine est en confiance, tu parles des fusils Uzi. Sinon, on attend la prochaine fois. »

    Le Libyen nous prend à témoin :

    « Je lui ai appris le métier, et il croit que c’est lui le chef !

    – L’écoutez pas, supplie Lakhdar. C’est un escroc. Il est prêt à balancer tout le monde, même le commandant Christophe ! »

    L’envers des procédures

    De fait, il arrive que des indicateurs insatisfaits dénoncent leur officier traitant. Ils se rendent à l’inspection générale de la police nationale (IGPN) pour détailler l’envers des procédures : les filatures sauvages, la perception de « primes » en produits stupéfiants ou l’organisation de « coups d’achat ». « Un tonton trouvera toujours quelque chose d’irrégulier à raconter, se désole le responsable d’une cellule de renseignements opérationnels au sein de la police judiciaire. Des officiers qui gagnent à peine 3 000 euros par mois risquent de perdre leur boulot pour avoir aidé un informateur ou au contraire pour avoir refusé de le faire… »

    D’autant que les affaires de policiers ayant dépassé le cadre du simple arrangement avec leurs sources se sont succédé ces dernières années : en 2011, avec la chute du commissaire Neyret à Lyon ; en 2014, avec le vol de 52 kg de cocaïne au Quai des Orfèvres, à Paris ; sans oublier, entre 2012 et 2015, le dévoiement des livraisons surveillées de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) – service remanié et rebaptisé en raison de ce scandale.

    Depuis trois ans, des réunions entre les ministères de la justice et de l’intérieur se tiennent à la Chancellerie pour dessiner les contours d’une réformer du statut des informateurs
    Les ministères de l’intérieur et de la justice ont conscience qu’il est urgent de réformer le statut des informateurs. Depuis trois ans, des réunions interministérielles se tiennent à la chancellerie pour en dessiner les contours.

    Jusqu’à présent, les pistes de travail se sont avérées infructueuses. Le régime des repentis ne s’applique actuellement qu’à deux personnes en France. Il est jugé trop sélectif pour les indicateurs, comme celui des infiltrés, conçu avant tout pour les agents de l’Etat. Le modèle belge, en revanche, est étudié avec une attention particulière. Dans ce pays, les agissements des sources sont consignés au sein d’une procédure annexe. Soumise à une cour indépendante par un magistrat spécialisé, cette procédure est « fermée » après validation, devenant inaccessible aux autres parties. « Pour que ce système fonctionne, un minimum de confiance est nécessaire entre policiers et magistrats, observe un participant aux réunions de travail de la chancellerie. C’est loin d’être le cas en France. Quand il est question des tontons, l’incompréhension entre [les ministères de] l’intérieur et [de] la justice freine toute avancée. »

    En attendant, la direction générale de la police nationale inonde ses services de notes et de mises en garde et multiplie les formations destinées à rappeler les principes cardinaux de la « charte du traitement des informateurs » – comme l’interdiction faite aux hauts gradés de gérer directement une source.

    Dans le bar du 18e arrondissement, alors que le vieux patron s’est éclipsé, un homme à la carrure massive fait son entrée. Yeux de velours, baskets montantes, veste en lin. C’est Lamine, un colosse taiseux et élégant. L’indicateur marocain lui présente son « client », en la personne du Libyen. Le trafiquant s’assoit à ses côtés et entame une négociation à voix basse. Il semble déçu qu’Ayoub ne lui achète que cinq grammes d’héroïne : « J’suis pas Carrefour, j’vends pas des clopinettes… » Il est ensuite question des pistolets Uzi. « 1 000 euros pièce ?, suffoque Lamine, déçu par l’offre jugée trop faible. Pourquoi pas 10 centimes ? »

    Les risques du « métier »

    Curieusement, Ayoub semble moins se soucier des dangers de l’opération que du prix des armes. Les deux informateurs n’ignorent pourtant pas les risques du « métier ». Entre eux, ils évoquent souvent le destin des indicateurs démasqués au prix de leur vie : Gabriel Chahine, artiste peintre ayant permis l’arrestation de plusieurs membres d’Action directe, retrouvé mort chez lui au début des années 1980, ou Lyes Gouasmia, jeune Marseillais assassiné en 2008, que Lakhdar prétend avoir connu.

    Ce soir, face au trafiquant d’armes, les deux compères ne demeurent pas moins sereins. D’abord parce qu’ils n’ont rien à perdre, ensuite parce qu’ils savent que leurs « victimes » – loin de la stature d’un Jacques Mesrine ou d’un Pablo Escobar – se risquent rarement à inquiéter des hommes « protégés » par la police.

    Lamine fait grincer sa chaise sur le carrelage :

    « Bon, je vous laisse. On se revoit pour l’héro. Et peut-être pour les fusils, si les offres sont plus sérieuses…

    – Attends, on se casse ensemble ! », lance Lakhdar avec empressement.

    Dehors, la vie nocturne bat son plein. Les cafés sont bondés, des rires nous viennent des terrasses. Le Libyen prend place dans la voiture de Lamine pour arranger un autre rendez-vous. Nous patientons avec Lakhdar à l’extérieur du véhicule. Penchant la tête vers une terrasse de café, de l’autre côté de la rue, il nous donne un léger coup de coude :

    « La blonde assise toute seule, vous la reconnaissez ? »

    C’est une femme aux cheveux courts, engagée dans une discussion animée au téléphone.

    « C’est la chef du groupe terrorisme. »

    Ayoub sort bientôt de la voiture en bâillant. Nous saluons Lamine, le trafiquant, d’un geste discret de la main. Sa berline s’éloigne en direction du périphérique. La femme blonde quitte la terrasse à la hâte pour monter à bord d’une camionnette blanche, qui s’engage dans le sillage du dealeur.

    La semaine suivante, à l’aube, son appartement, à Pierrefitte (Seine-Saint-Denis), est perquisitionné. Les enquêteurs y saisissent 10 grammes d’héroïne et deux armes de poing 6,35. Aucun pistolet-mitrailleur. Aucune trace d’appartenance à l’islam radical. Un brassard rouge autour du bras, la chef du groupe terrorisme confie son amertume au commandant Christophe : plusieurs semaines de filatures, de planques et d’interceptions téléphoniques pour un sachet de poudre et deux « calibres ». Les saisies n’étant pas à la hauteur de ses promesses, Lakhdar ne percevra qu’une prime minorée. Mais il a déjà trouvé un moyen de se dédommager : soutirer de l’argent à Lamine en lui assurant qu’un policier est prêt à arranger son dossier.

    #police #poukaves #dénonciation #justice

  • Grande manifestation en faveur du climat policier sur BFMTV | Samuel Gontier
    https://www.telerama.fr/television/grande-manifestation-en-faveur-du-climat-policier-sur-bfmtv,n6434911.php

    Depuis l’arrivée de Marc-Olivier Fogiel à la tête de BFMTV, tout a changé dans la couverture des manifestations : les journalistes se vantent d’être “embarqués avec la police”, les experts saluent la violence “légitime” de la répression, Dominique Rizet insinue que les voltigeurs ne sont pour rien dans la mort de Malik Oussekine… Source : Ma vie au poste

  • RSA, APL, AAH : le compte bancaire des allocataires peut être consulté par un contrôleur CAF lors d’un contrôle à domicile [titre revu pour ce rappel]
    https://www.20minutes.fr/societe/2609227-20190921-rsa-compte-bancaire-beneficiaire-peut-etre-consulte-cadre

    FAKE OFF L’affirmation a été avancée ce week-end. Des contrôles sont bien effectués, « seulement en cas de doute sur le niveau des ressources », précise la Caisse nationale des allocations familiales

    Les #contrôleurs des #CAF peuvent-ils examiner les relevés bancaires des bénéficiaires du #RSA ? L’affirmation a été avancée ce week-end.
    En 2018, le ministère des Solidarités et de la Santé avait confirmé cette pratique.

    Celle-ci est encadrée.
    Le #compte_bancaire d’un bénéficiaire du RSA peut-il être examiné en cas de contrôle ? L’affirmation a été avancée samedi par Marie Wilhelm, une auteure de polars, dans un tweet largement repris. « J’apprends qu’un décret est passé cet été permettant de fouiller les comptes bancaires des gens au RSA afin de le leur retirer s’ils ont touché autre chose, y compris les étrennes envoyées par mamie, écrit cet internaute. Pour la fraude fiscale, les moyens dévolus au fisc ont encore été restreints. »

    L’internaute a ensuite précisé que cela fait déjà « beau temps qu’on dénie toute dignité et vie privée aux gens au RSA ».

    Les CAF et la #MSA, qui versent le RSA pour le compte des départements, « sont en droit de demander aux bénéficiaires de leur communiquer la copie de leurs relevés de compte bancaire afin de contrôler l’exactitude des déclarations concernant les ressources », expliquait en 2018 le ministère de Solidarités et de la Santé, en réponse à une question d’un député.

    Ces deux organismes « sont habilités par la loi à vérifier les déclarations des bénéficiaires du RSA », ajoutait le ministère.

    Un contrôle « seulement en cas de doute sur le niveau des ressources »
    Pourquoi une telle demande ? « Le droit au RSA est calculé pour chaque foyer en prenant en compte toutes les ressources, de quelque nature qu’elles soient, de tous les membres du foyer », répondait le ministère.
    Ces contrôles sont encadrés et ne peuvent pas être effectués par tous les agents des CAF, rappelle la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) auprès de 20 Minutes : « Seuls les contrôleurs des CAF sur place, dans le cadre d’un contrôle au domicile des allocataires, peuvent demander aux banques (…) des relevés du compte. » Cette demande intervient « seulement en cas de doute sur le niveau des ressources suite aux premières investigations réalisées ».

    Une « quinzaine de cas » en Alsace
    La pratique est bien établie : en avril, les délégués du défenseur des droits en Alsace alertaient sur une « quinzaine de cas », où des parents ont versé des « petites sommes régulières à leurs enfants ». Ces sommes « apparaissent sur les relevés bancaires (des enfants) et la CAF les compte comme un #revenu supplémentaire. Cela peut avoir des conséquences assez redoutables comme la suppression du RSA. » Le département du Haut-Rhin avait tempéré auprès de 20 Minutes : « Si les sommes sont modiques, elles ne seront pas prises en compte. »
    En 2016, la Cnil précisait à 20 Minutes que le bénéficiaire, pour des raisons de confidentialité, « pourra occulter toutes les autres informations qui ne sont pas nécessaires à l’appréciation du bénéfice du droit en question – en l’occurrence les dépenses figurant sur les relevés » .

    Des informations croisées avec d’autres organismes
    Les agents des CAF peuvent également accéder au #Ficoba, le fichier national des comptes bancaires et assimilés, qui contient les coordonnées de la personne ayant ouvert le compte (son nom, son prénom, son adresse ainsi que sa date et son lieu de naissance). Il ne donne pas d’informations « sur les opérations effectuées ou sur son solde », précise la Cnil sur son site.
    Le but ? Croiser les informations déclarées par les allocataires avec celles d’autres organismes pour détecter soit les sommes d’argent dues par la CAF aux allocataires, soit les sommes trop perçues par les bénéficiaires.

    Si l’allocataire refuse un contrôle ou refuse de fournir les pièces justificatives qui lui sont demandées, « le paiement de ses prestations pourra être interrompu », explique la Cnaf.
    En 2017, les CAF ont effectué 35,4 millions de contrôles (toutes prestations sociales confondues) dont près de 172.000 à domicile, rappelle la CNAF. Ces contrôles ont permis de régulariser 1,12 milliard d’euros. Sur ce montant, 316 millions ont été versés à des allocataires qui ne percevaient pas assez et 802 millions ont été réclamés aux allocataires qui avaient trop perçu. Les CAF ont détecté la même année pour 291 millions d’euros de fraude : le montant moyen d’une fraude était de 6.455 euros. Ces fraudes représentent 0,36 % des allocataires.

    • préférer des versements en liquide et bien choisir les dates de déclaration des autres versements, lorsque c’est possible...

    #contrôle_au_domicile #relevés_bancaire #suspicion_de fraude #suppression_d'_allocation

  • Bill Gates : L’incroyable arnaque derrière sa fondation - Le Média –YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=Dqzt6yAmdDE

    Le journaliste Lionel Astruc a enquêté sur la fondation de l’ex-patron de Microsoft, Bill Gates, l’un des hommes les plus riches de la planète. Avec un budget annuel de près de 5 milliards de dollars, et sous prétexte de lutter contre les inégalités, la fondation Gates nourrirait un système destructeur. Entretien.

  • Travaux herculéens à #New_York pour résister à la #montée_des_eaux
    https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201909/21/01-5242230-travaux-herculeens-a-new-york-pour-resister-a-la-montee-des-eaux

    Dans une ville si dense que personne n’imagine déserter les quartiers côtiers les plus exposés, la municipalité a fait de la fortification de ses 850 kilomètres de côtes une priorité. Et annoncé une série de mesures pour se protéger des eaux – qui pourraient monter de 1,80 m d’ici 2100 – et des tempêtes à répétition qui s’annoncent.

    Au sud-est, sur la presqu’île des Rockaways, proche de l’aéroport J. F. Kennedy, et au sud, à Staten Island, deux quartiers durement frappés par Sandy, 15 kilomètres de dunes ont été érigées, et des millions de tonnes de sable déversées pour consolider les plages des Rockaways ou de Coney Island, à Brooklyn.

    Plusieurs milliards de dollars ont été dépensés pour protéger le réseau électrique et le métro, indispensable à la circulation des 8,5 millions de New-Yorkais.

    Des murets faits de conteneurs de sable spécialement conçus contre les inondations sont apparus dans plusieurs quartiers, notamment à Brooklyn ou à Manhattan, près de Wall Street : une mesure de protection temporaire, pour cinq ans, en attendant des fortifications plus pérennes pour protéger le cœur historique et financier de New York.

    #climat

  • « Une goutte d’eau peut faire déborder un vase » !
    Les anciens Premiers ministres conserveront voiture et chauffeur à vie !
    https://www.capital.fr/economie-politique/les-anciens-premiers-ministres-conserveront-voiture-et-chauffeur-a-vie-13508

    En pleine crise des Gilets jaunes, Edouard Philippe avait promis, en février dernier, que les avantages accordés aux anciens Premiers ministres ne soient plus illimités dans le temps, mais seulement pendant dix ans."Vous allez me dire que c’est trop, moi je vous dis que c’est mieux qu’avant", avait alors justifié le chef du gouvernement sur LCI. Vendredi 20 septembre, la promesse a été maintenue et Emmanuel Macron a signé un décret qui a été publié au Journal officiel dimanche 22 septembre, comme le rapporte le Huffington Post. Seulement le résultat n’est pas à la hauteur des espérances. Le décret prévoit la mise à disposition d’un agent « pour leur secrétariat particulier » qui sera limité à « une durée maximale de dix ans à compter de la fin de leurs fonctions et au plus tard jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de soixante-sept ans ». En revanche, quid de la voiture et du chauffeur ? Leur mise à disposition ne sera pas limitée dans le temps...

    Un véritable scandale ! PAS UN MOT DANS LES JT OU CHAÎNES D’INFOS ! Alors que les indemnités de chômage sont diminuées par décret, voici l’immonde décret signé en douce par Emmanuel Macron vendredi 20 septembre !

  • Reportage écrit & sonore : Black bloc : en cendres, tout devient possible
    par Tristan Goldbronn & Pierre·Olivier Chaput pour Radio Parleur
    https://radioparleur.net/2019/09/22/black-bloc-possible

    Récits, témoignages, analyses, perspectives et Histoire autour de la stratégie politique par le faire du #Black_Bloc, loin du fantasme des mainstream. On sent que le sujet a été longuement préparé, avec en plus un support sonore qui complète le document.
    Attention cependant aux oreilles sensibles, l’hymne du Black-bloc est tenace, nana nana na na na... ;)

    Informel, protéiforme et éphémère, il est difficile de savoir qui sont précisément les participant·es au black bloc. Si vous vous attendiez à trouver une organisation permanente aux ramifications internationales et structurées, vous serez déçu·e. « Le Black Bloc c’est une pratique. Il n’y a pas d’amicale ou d’organisation officielle », sourit Vixen, pour qui le phénomène du black bloc ne saurait être considéré comme un ensemble de groupuscules organisés. Mais bien comme une tactique adoptée lors des manifestations par certains individus de différences tendances politiques, où un certain nombre d’idées politiques convergent.

    « Elles ont en commun de lutter contre différents types de dominations : politiques, économiques et sexistes », détaille Camille, un étudiant de 27 ans, engoncé dans son imperméable. Pas de chef donc, ni de porte-parole officiel, contrairement à ce que pourrait penser certains médias. « Personne n’est le bloc. Il n’appartient à personne et il n’y a aucun dirigeant ni porte-parole. » Camille ajoute : « C’est cohérent avec nos idées politiques : la délégation et la représentation sont des pièges qui amènent toujours la hiérarchie et la domination. »

  • C’est quand qu’on arrête ? | Emma
    https://emmaclit.com/2019/09/23/cest-quand-quon-arrete

    Ces derniers jours, j’ai voulu savoir ce qui nous attendait avec la réforme des retraites. Conclusion : le rapport Delevoye, c’est le coup final porté à la solidarité intergénérationnelle. J’explique pourquoi, en images.

    Merci aux camarades du NPA pour leurs dossiers sur le sujet, et pour leurs conseils et relectures 🙂

    Les dossiers sont accessibles ici
    https://npa2009.org…/retraites-par-points-le-jeu-de-bonnet…
    https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Faisons-les-ba

  • « Gilets jaunes » : le jour où les quartiers chics ont eu peur
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/07/19/gilets-jaunes-le-jour-ou-les-quartiers-chics-ont-eu-peur_5491188_4500055.htm


    ARTUS DE LAVILLÉON POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »

    Depuis l’automne 2018, les « gilets jaunes » saturent l’actualité. Cet été, « M » revient sur des aspects méconnus de cette crise sociale inédite. Après les violences sur les Champs-Elysées, la panique s’était emparée des habitants des arrondissements voisins.

    Elle est arrivée d’un coup, comme une soudaine chute de grêle au cœur d’un hiver doux. Elle a saisi ceux qui s’y attendaient le moins, s’est glissée dans les maisons et s’est faufilée dans les esprits. Le samedi 1er décembre 2018, la peur s’est abattue sur les beaux quartiers de Paris. Elle a revêtu une couleur, le jaune, celle des gilets du même nom, et un slogan, « sus aux riches », qui les fait encore frémir.
    Pour la première fois de leur vie, les habitants des 8e et 16e arrondissements parisiens, les plus huppés de la capitale, ont subi la violence aux portes de leurs appartements, craignant pour leurs biens et parfois pour leur vie.
    La casse, les voitures en feu, les vitrines brisées, ils les voyaient jusqu’alors sur les chaînes tout-info confortablement installés dans leurs salons douillets. Ils se sentaient à l’abri, si loin des cortèges habituellement cantonnés dans l’est de la capitale, sur les grandes artères qui relient les places de la Nation, de la Bastille ou de la République. N’était-ce pas pour le calme et la tranquillité qu’ils avaient choisi de vivre ici, dans cet Ouest aux vastes avenues élégantes et aux parcs parfaitement entretenus ?
    « C’était la première fois qu’on assistait à des actes de vandalisme, on n’avait pas d’expérience. » Yves, habitant du seizième arrondissement
    Le fameux samedi 1er décembre où, pour eux, tout a basculé, ce grand patron a bondi de son fauteuil en entendant les grilles de sa demeure céder sous les bras de manifestants enragés. Propriétaire d’un hôtel particulier doté d’un jardin avec vue sur l’Arc de triomphe, il était en train de suivre l’acte III de la mobilisation des « gilets jaunes » à la télévision, regardant, éberlué, des groupes de casseurs vandaliser le monument. Il n’aurait jamais imaginé qu’il les retrouverait sur sa pelouse.
    Sans réfléchir, il s’est précipité dehors en hurlant : « Sortez de là ! Vous êtes chez moi ! » Le petit groupe d’énervés, qui n’avait sans doute pas pensé qu’une telle bâtisse puisse appartenir à une famille – le siège d’une banque ou d’une grande entreprise, une ambassade, peut-être ? –, a reculé, surpris et penaud. L’hôtel particulier a été préservé ; la peur, elle, s’est durablement installée. « Les casseurs ont tapé sur les fenêtres pour essayer d’entrer dans la maison. C’était l’anarchie, j’espère ne jamais revivre ça », racontait quelques heures plus tard un voisin encore sous le choc au micro de France Bleu.

    Le patron a fait renforcer son enceinte et s’est offert les services d’une société de sécurité. Il a surtout beaucoup raconté sa mésaventure dans les dîners en ville, et la terreur s’est propagée tel un poison, de table en table, de déjeuners en soupers, de coups de téléphone en messages. Avec un terrible constat partagé par tous : c’était bien eux qui étaient visés, les nantis, les riches ou supposés l’être, ces privilégiés dont la foule en colère demandait la tête.

    Restaurants saccagés
    Le lendemain, dimanche 2 décembre, les riverains de la place de l’Etoile sont sortis constater les dégâts, hébétés. L’avenue Foch offre alors un spectacle de désolation avec ses rangées de voitures cramées jusqu’au châssis. Avenue de la Grande-Armée, ce sont les restaurants qui ont été saccagés. Les alentours sont dévastés : feux de circulation et panneaux arrachés, bitume fondu formant de larges crevasses, barricades de fortune abandonnées, devantures éventrées, vitrines en miettes, magasins pillés.
    Au total, ce samedi-là, les pompiers de Paris sont intervenus sur 239 départs de feu, dont 112 voitures, 116 incendies de mobilier urbain, et même six immeubles. Ici et là, des tags griffent les façades. « On va casser du riche », lit-on avenue Kléber. « On va faire danser la bourgeoisie », voit-on ailleurs. « Vous avez cherché la merde, vous l’avez eue », a écrit une main anonyme un peu plus loin.

    Même les sapins de Noël de la bijouterie Chopard du quartier de la Madeleine ont été renversés et piétinés. « C’était épouvantable, notre rue a été massacrée, se souvient Yves, chef d’entreprise à la retraite qui habite avenue Kléber depuis douze ans. Une colonne de fumée noire montait jusqu’à notre appartement, au huitième étage, on a cru être intoxiqué au monoxyde de carbone, l’odeur était insupportable, on a eu peur qu’ils mettent le feu à l’immeuble. On appelait les pompiers, mais ils étaient débordés. C’était la première fois qu’on assistait à des actes de vandalisme, on n’avait pas d’expérience. » Les week-ends suivants, ses enfants lui ont interdit de mettre un pied dehors : trop dangereux.
    « J’ai essayé de discuter avec eux plusieurs fois, c’était impossible : on devait être les premiers à monter sur l’échafaud. » Didier, locataire près de l’Etoile
    « J’ai vécu dans des pays violents mais, pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur, renchérit Isabelle, cadre dans l’assurance, qui habite le 16e arrondissement avec son mari et ses deux jeunes enfants. Il y avait cette fumée permanente, des barricades partout, le bruit des bombes lacrymogènes résonnait dans les appartements. » « C’était la guerre », résume Didier, cadre commercial de 43 ans, locataire à deux pas de l’Etoile. Le 1er décembre, de retour d’un déplacement professionnel en Polynésie, il a eu un mal fou à regagner son domicile, situé dans une petite rue jouxtant l’Etoile. Une galère qui a duré des mois.
    Comme Yves, il était plutôt favorable aux revendications des « gilets jaunes ». Mais son empathie s’est émoussée au fil des pillages : « C’était le chaos, l’anarchie, ils frappaient sur les poteaux, cassaient tout ce qui leur passait sous la main, ils étaient souvent très alcoolisés, certains avaient l’air possédés, comme s’il fallait détruire à tout prix. Notre quartier était devenu une “no-go zone”. Nous n’étions plus les bienvenus chez nous, plus en sécurité. »
    Une violence vécue comme une injustice : « Je ne roule pas sur l’or, je n’ai pas de voiture ni de maison de campagne, je paye mes impôts, je vis normalement, je n’ai pas l’impression de profiter du système, mais ils nous voyaient comme des nantis. J’ai essayé de discuter avec eux plusieurs fois, c’était impossible : on devait être les premiers à monter sur l’échafaud. »

    Les patrons s’affolent
    La peur n’épargne personne, retraités, familles, simples salariés, mais aussi les grandes fortunes. Certains puissants perdent leur sang-froid. Dans les jours et les semaines qui suivent les violences du 1er décembre, une poignée de grands patrons qui ont l’oreille du président appellent, affolés, leur ami Emmanuel Macron. « Il faut céder comme en 68 ! », lui répètent-ils en substance.
    Tout à leur frayeur, d’aucuns vont même jusqu’à suggérer le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Plutôt tout lâcher que finir sur la guillotine. Les mêmes téléphonent à Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. « C’est la première fois qu’ils se sont retrouvés confrontés à des manifestants dans leur rue, à leur porte », excuse ce dernier tout en soulignant que la « panique » n’a touché qu’une minorité de ses adhérents.

    Lorsque Emmanuel Macron demande aux chefs d’entreprise de l’aider à améliorer le pouvoir d’achat dans son allocution du 10 décembre, ils sont mûrs pour contribuer à « l’effort de guerre ». C’est à qui fera montre de la plus grande prodigalité. « Total a commencé très fort, puis tout le CAC s’est emballé », se souvient Geoffroy Roux de Bézieux un brin amusé. Le patron d’Iliad, Xavier Niel (actionnaire à titre personnel du Monde), promet une prime exceptionnelle de solidarité de 1 000 euros à 6 000 de ses salariés installés en France.
    Patrick Drahi, d’Altice, embraye. Publicis annonce un coup de pouce pour 1 587 de ses bas salaires. Stéphane Richard, le PDG d’Orange, distribue entre 500 et 1 000 euros à 20 000 salariés. Les directions des grands groupes se mobilisent. LVMH, qui a salué bruyamment « l’excellente mesure de nature à soutenir sans délai le pouvoir d’achat », s’engage également à verser des primes à ses petits salaires.

    L’écrin des puissances de l’argent
    Au plus haut niveau de la holding, après la mise à sac de Dior joaillerie, on craint le pire. Plusieurs scénarios d’attaque sont envisagés, et notamment l’incendie de la Fondation Louis Vuitton, Porte-Maillot. Une étude montre que, si le bâtiment peut être sauvé des flammes, la fumée, en revanche, endommagerait gravement les collections. Il est conseillé à Bernard Arnault de renforcer la sécurité de l’institution ainsi que celle de sa famille. Il refuse. Les grands patrons comprennent vite qu’ils ne sont pas dans le viseur des « gilets jaunes ».
    Les sièges des élus sont davantage attaqués que ceux des entreprises. Une seule permanence territoriale du Medef a été taguée sur les cent vingt que compte la confédération patronale.
    « Au début, beaucoup de “gilets jaunes” étaient des artisans ou des dirigeants de PME. Le mouvement n’était pas dirigé contre les patrons. Je dirais même que c’est le premier mouvement social dans l’histoire qui ne s’est pas fait contre le patronat », analyse Geoffroy Roux de Bezieux. Il en veut pour preuve l’absence de grèves pendant cette période. « Quand ils ont réalisé qu’ils ne craignaient rien, les mêmes qui étaient prêts à tout céder quelques jours plus tôt disaient qu’il fallait tenir bon, se souvient, en souriant, le président du Medef. La grande peur des bien-pensants était passée. »

    Plus que les entreprises, c’est le pouvoir qui est visé ; l’élite, les riches ou ceux désignés comme tels. A ce titre, les habitants du 16e arrondissement de Paris sont spontanément considérés par la foule comme l’incarnation de cette France des possédants et des privilégiés. « Le seizième a toujours été stigmatisé. Cela remonte aux années 1930 et au mythe des deux cents familles [selon lequel un petit groupe contrôlerait l’économie du pays], quand la bourgeoisie s’y installait en masse », note Claude Goasguen, député (Les Républicains) et ancien maire de l’arrondissement.
    Une réputation injustifiée, selon lui. « On a certes un gros ISF immobilier avec 70 000 contributeurs, mais c’est loin derrière le 7e et le 8e, qui ne sont jamais vilipendés. Sans compter que les vrais riches ne sont pas à Paris, ils habitent depuis longtemps au Luxembourg ou en Belgique. » Il n’empêche, le 16e reste dans l’imaginaire collectif l’écrin des puissances de l’argent.

    La fuite à Deauville
    Alors que les samedis de mobilisation se suivent et se ressemblent, les habitants de l’arrondissement sont contraints de changer leurs habitudes. Dès le 8 décembre, les voitures disparaissent des rues, notamment les plus luxueuses. Le vendredi, on les cache au fond des parkings souterrains ou à la campagne.
    Les plus inquiets et les plus fortunés ont recours à des sociétés de sécurité privées. Quelques hôtels particuliers s’équipent de safe room, pièce sécurisée avec eau, nourriture et moyens de communication pour se replier en famille en cas de grabuge. L’habitude est rapidement prise de s’exiler tous les week-ends. Les maisons de campagne sont ouvertes dès le vendredi après-midi jusqu’au dimanche tard dans la nuit, les chambres d’hôtel réservées d’une semaine sur l’autre.
    « Je ressens un malaise à me frotter les mains. J’aurais préféré moins bien travailler et que la société se porte mieux. » Serge Salmon, restaurateur à Trouville
    Le premier trimestre enregistre un boom de fréquentation sur la côte normande, mais aussi en Bretagne et dans les Hauts-de-France. Plus 70 % de réservations hôtelières en Seine-Maritime par rapport à 2018, + 55 % dans le Calvados, + 40 % dans la Manche, + 35 % dans l’Eure ou dans les Côtes-d’Armor. La seule commune de Deauville (Calvados) voit son taux augmenter de 55 % selon les chiffres de la plateforme de voyages Expedia Group.
    Une manne pour les économies locales : Montfort-l’Amaury, Fontainebleau, Forges-les-Eaux (Seine-Maritime), Le Touquet (Pas-de-Calais), Deauville, Trouville… Les restaurateurs et les commerces en profitent. Car, plutôt que de rester à Paris regarder brûler leurs grosses cylindrées, certains préfèrent aller faire chauffer leurs cartes bleues à l’abri des casseurs.
    Deauville devient ainsi un refuge idéal : deux heures et demie de Paris par l’autoroute, hôtels et restaurants en pagaille. Avec un atout supplémentaire en période de fête sur les autres destinations : une offre pléthorique d’enseignes allant d’Hermès à Benetton en passant par les marques de prêt-à-porter haut de gamme. Sans compter les joailleries, antiquaires ou magasins de décoration, il y en a pour tous les goûts.
    C’est ici que les « exilés du week-end » en profitent pour faire leurs courses de Noël. « Nous avons constaté une activité économique en hausse, des records de flux et de consommation, reconnaît le maire (Nouveau Centre) de la ville, Philippe Augier. Les gens ne voulaient pas rester à Paris à cause des exactions des “gilets jaunes”. A cela s’est ajoutée une météo très douce pour la saison qui a favorisé les déplacements. »

    Résultat : 20 % à 30 % de bénéfices supplémentaires pour les commerces de la région fin 2018 et une affluence remarquable en janvier et février, généralement considérés comme période creuse pour les hôteliers et les restaurateurs. Serge Salmon, le patron des Quatre Chats, restaurant en vue de Trouville, avoue avoir fait une excellente saison. « On a travaillé à merveille », confie-t-il, en ayant néanmoins du mal à se réjouir : « J’ai commencé dans ce restaurant avec un smic à deux. Même si ça marche bien aujourd’hui, je ressens un malaise à me frotter les mains. J’aurais préféré moins bien travailler et que la société se porte mieux. »

    Un traumatisme profond
    Pour tous les autres, ceux qui ne disposent pas de résidences secondaires et de comptes bancaires opulents, il a fallu s’organiser. L’épouse d’Yves, le retraité de l’avenue Kléber, était si inquiète après le 1er décembre que son mari l’a emmenée dormir le week-end suivant dans un hôtel de Neuilly. Le dimanche, ils ont croisé une dizaine de « gilets jaunes » en sortant de l’établissement et se sont dit que décidément ils ne seraient tranquilles nulle part. Alors autant rester chez eux, fenêtres et volets fermés. « Quand le vendredi soir on voyait les banques recouvrir leurs façades, on savait que ça allait casser le lendemain », raconte Yves.

    « Jusqu’en mars, on a vécu sous couvre-feu. » DIdier, habitant du seizième arrondissement
    Claude Goasguen pointe le rôle des chaînes d’information en continu qui donnent à voir une guérilla urbaine permanente et celui des réseaux sociaux où se propagent photos et vidéos-chocs, témoignages, rumeurs et « fake news ».
    « Il n’y a pas eu de mise à sac du 16e, assure-t-il. Néanmoins, pour les gens, c’était l’horreur. L’inquiétude a gonflé par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Les mères de famille – très puissantes dans cet arrondissement et regroupées en associations – considéraient qu’il y avait un risque majeur à envoyer leurs enfants à l’école. Des groupes Facebook composés de milliers de personnes échangeaient au sujet des violences et relayaient les angoisses, parfois à l’excès. Il a fallu essayer de rassurer. »

    Pour Noël, les habitants ont fait au plus simple et ont tout acheté sur Internet. « Le grand bénéficiaire a été Amazon », soupire Claude Goasguen, qui assure que certaines enseignes de son arrondissement ont vu leur chiffre d’affaires baisser des trois quarts.
    Isabelle, avec ses deux enfants en bas âge, s’est arrangée pour fuir les gaz lacrymogènes de son quartier tous les week-ends, ou presque, en partant dès le vendredi dans la maison normande d’amis proches. Le reste du temps, elle a pris l’habitude de faire ses courses dans d’autres arrondissements de la capitale. Dans son immeuble, le gardien a fait office de vigie, distribuant les consignes : « laissez vos voitures dans les parkings dès ce soir », « ne sortez pas aujourd’hui ».

    Didier, lui, n’a pas voulu « déserter », même si sa rue se transformait en souricière le week-end avec des cars de CRS barrant le passage et des groupes entiers de manifestants menottés en bas de chez lui : « On devait montrer notre carte d’identité sans cesse. Jusqu’en mars, on a vécu sous couvre-feu. On n’était pas libres de nos mouvements. » Avec quelques voisins, ils se relayent le samedi matin tôt avant l’arrivée des « gilets jaunes » pour ramener des provisions aux personnes âgées qui ont peur de sortir.
    « Les habitants du seizième vivent mal d’être montrés du doigt et caricaturés. Ce qui s’est passé avec les “gilets jaunes” a ravivé la mauvaise image qu’ils ont d’eux-mêmes. » Claude Goasguen, député LR
    Alors qu’ils commençaient à peine à s’habituer à vivre au rythme des samedis de colère, mi-mars, une vidéo postée sur les réseaux a tétanisé les riverains. Un « gilet jaune », face caméra, lance une « lettre ouverte aux habitants du 16e » : « On connaît vos adresses, on va faire brûler votre arrondissement. » Une nouvelle étincelle qui enflamme le quartier. Le député Claude Goasguen saisit la justice et fait interdire la vidéo. Les veilles de week-end, les résidents sont alors informés par SMS du parcours des manifestations d’après les informations données par la Préfecture. Mais « ça ne servait à rien, déplore le député. Les gens n’avaient plus confiance. »
    Huit mois plus tard, les « gilets jaunes » ne pénètrent plus dans l’arrondissement, les rues ont repris leur allure d’antan, mais la confiance n’est pas revenue. Les commerçants peinent à attirer à nouveau les clients. Les habitants ont changé leurs habitudes. Le week-end, ils ne se promènent plus, et la rue de Passy, naguère si animée, a perdu de son panache.
    Au-delà des conséquences économiques lourdes, c’est le moral de tout un quartier qui est profondément atteint. « Les habitants du 16e vivent mal d’être montrés du doigt et caricaturés, explique Claude Goasguen. Ils ont une forme de mauvaise conscience. Ce qui s’est passé avec les “gilets jaunes” a ravivé la mauvaise image qu’ils ont d’eux-mêmes. »

    « Gilets jaunes » : le 1er décembre, le jour où tout a basculé avec la « prise » de l’Arc de triomphe
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/16/gilets-jaunes-le-1er-decembre-le-jour-ou-tout-a-bascule-avec-la-prise-de-l-a

    Lors de l’acte III du mouvement, l’éruption de violences a sidéré les responsables des forces de l’ordre. « Le Monde » a reconstitué cette journée exceptionnelle, telle qu’elle a été vécue par les policiers.

    Quand il raconte la « prise » de l’Arc de triomphe, le 1er décembre 2018, Ali (le prénom a été modifié) se masse machinalement l’épaule. La droite, celle avec laquelle il a donné les premiers coups de boutoir sur la poterne du monument. « J’ai eu mal pendant une semaine, la porte était blindée », raconte cet artisan d’une cinquantaine d’années. L’épaule n’a d’ailleurs pas suffi. « J’ai pris un plot en acier et j’ai cogné, encore et encore. A un moment, un mec a ramené un banc en béton, on a fait levier, on a tapé et la porte s’est enfin ouverte. »

    Des dizaines de manifestants vêtus de gilets jaunes s’engouffrent alors dans le monument, direction le musée et le toit. « Je voulais juste qu’ils mettent un drapeau tricolore en haut », assure Ali, qui affirme pour sa part, photos et objets à l’appui, s’être saisi d’une écharpe et d’une mallette de soins de secours situées derrière l’entrée et avoir soigné des manifestants blessés. « On a tout entendu derrière, que c’était une attaque contre la République, etc. Mais le mec qui a ouvert la porte, ce n’est pas un facho, mon père était un militaire décoré de la croix de guerre. »

    Il est aux alentours de 16 heures, en ce 1er décembre 2018, Paris brûle littéralement, et le saccage de l’Arc de triomphe vient de commencer. Le point d’orgue des violences d’une journée que Le Monde a reconstituée à l’aide de sources policières et de témoignages inédits.

    « Autant de monde aussi tôt, on n’avait jamais vu ça »
    Car quatre mois après le début de la mobilisation des « gilets jaunes », la journée du 1er décembre demeure comme le tournant majeur de ce mouvement social inédit. Tant par son retentissement dans l’opinion que par les décisions en matière de politique et de maintien de l’ordre qu’elle a engendrées.
    Il n’est que 4 h 40, ce matin-là, quand les policiers stationnés aux abords de la grille du Coq, l’entrée du jardin du palais de l’Elysée, constatent, stupéfaits, la présence des premiers manifestants. Une heure plus tard, ils sont déjà près de 700 à se masser dans le quartier.
    « Autant de monde aussi tôt, on n’avait jamais vu ça », résume un cadre de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police de Paris. « On n’avait jamais vu ça » : cette formule revient comme une antienne dans la bouche de toutes les sources policières interrogées.
    Même les plus anciens écarquillent les yeux en racontant la suite. « Les heurts ont commencé dès 8 h 45, il y avait 5 000 personnes, on recevait des pavés, des tirs de mortier, se remémore un haut gradé. Autant de violences dès le matin, ce n’était jamais arrivé. On a compris que la journée allait être chaude et longue. »

    Depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes », les forces de l’ordre éprouvaient des difficultés à jauger en amont la teneur des rassemblements. Les services de renseignement territoriaux, qui transmettent des notes évaluant les risques, sont bousculés par la dynamique du mouvement. « Les gens qui tout à coup montent à Paris, on les connaît mal, les réseaux sociaux, ce ne sont pas des indicateurs fiables », résume une source policière.

    Zone sanctuarisée autour des Champs-Elysées
    Lors de son habituel briefing de veille de manifestation, le préfet de police ne se montre d’ailleurs pas particulièrement alarmiste devant les quelque 120 responsables du maintien de l’ordre, réunis dans la salle de commandement de la DOPC située au sous-sol de la préfecture. « Ce qui est frappant dans ce mouvement, c’est la rapidité avec laquelle le niveau de violence est monté d’un coup, analyse un cadre de la préfecture. Le 17 novembre c’était assez calme, il y a eu une petite émotion, quand certains ont voulu aller à l’Elysée, mais ça restait dans l’ordre des choses. Le 24 novembre, c’est monté d’un cran, et le 1er décembre ça a explosé. »
    Le dispositif retenu, avec 5 000 hommes, dont 45 unités de forces mobiles, est celui d’une zone sanctuarisée autour des Champs-Elysées, à l’intérieur de laquelle les « gilets jaunes » sont invités à venir manifester après avoir été fouillés. Un schéma consommateur en troupes, qui ne laisse que deux compagnies autour de l’Arc de triomphe et qui sera largement contesté par la suite.

    Le 1er décembre au matin, une visite ministérielle est organisée aux abords de l’artère, tandis que les principaux directeurs des services de police prévoient de faire le tour des troupes, comme à leur habitude. « Dès 8 h 45, on a eu des alertes sur le niveau de violence, tout le monde est rentré pour rejoindre les salles de commandement », raconte une source policière.

    Très vite la situation se dégrade. Les manifestants refusent le sas des Champs-Elysées et se massent à l’Etoile. Les engins lanceurs d’eau, qui n’entrent généralement en scène que l’après-midi, sont utilisés dès 9 heures aux abords du rond-point. « L’Elysée et le président étaient clairement les cibles, mais comme ils ne peuvent pas l’atteindre, ils cassent tout », résume un cadre de la préfecture.

    Une grande barricade flambe avenue Foch
    Des attroupements se forment dans les artères voisines, aux noms prestigieux. Des barricades sont érigées sur les avenues Mac-Mahon, Wagram, Hoche, Friedland… A 11 h 30, le « plateau » de l’Arc de triomphe, comme il est désigné dans le langage des forces de l’ordre, est envahi une première fois et la tombe du Soldat inconnu encerclée par des manifestants, qui veilleront tout du long à la protéger. Les policiers sur le terrain peinent à identifier les dynamiques à l’œuvre.
    Des drapeaux de l’extrême droite ont bien été brandis sur les barricades, mais des profils davantage affiliés aux black blocs ont été aperçus. Les gilets portés par quasiment tous les manifestants brouillent les repères, noyant dans un océan canari les schémas classiques. « Les membres de l’ultragauche et de l’ultradroite se sont battus entre eux dans des rues voisines, mais sur l’Arc de triomphe, tout le monde s’y est mis. Il n’y a qu’à regarder les tags sur le monument, il y a un ACAB antifasciste [pour « All cops are bastards »] à côté d’une croix celtique de l’ultradroite », remarque un cadre de la préfecture.

    Le long rapport de synthèse de neuf pages qui sera rédigé à l’issue de la manifestation ressemble, lui, à une anthologie des meilleurs feux de la Saint-Jean. A 13 h 45, plusieurs individus s’appliquent à incendier, avec détermination, des préfabriqués empilés sur six étages, rue du Faubourg-Saint-Honoré, sous les yeux médusés des policiers qui suivent l’opération depuis les écrans de la préfecture. Des flammes de plusieurs mètres de haut s’élèvent bientôt dans le ciel, menaçant l’immeuble voisin.
    A 14 h 20, une grande barricade flambe avenue Foch. Un magasin prend feu à 16 heures rue Saint-Florentin. A 16 h 30, c’est au tour d’un hôtel particulier rue de Presbourg. Au total, les pompiers seront amenés à intervenir sur 239 départs de feu, dont 112 voitures, 116 incendies de mobilier urbain, et six immeubles. Là encore, du jamais-vu.

    « Paris, symbole du pouvoir et de la richesse »
    Depuis le ciel de Paris, le pilote de l’hélicoptère de la préfecture tente d’alerter sur les brasiers les plus imposants. « On n’aime pas le faire voler, ça fait ville en état de siège », assure un haut gradé. Mais l’appareil s’avère indispensable. Il permet notamment de repérer des manifestants en train de s’en prendre à l’hôtel Salomon de Rothschild, rue Berryer. Savent-ils que le bâtiment n’a rien à voir avec la banque homonyme, ex-employeuse d’Emmanuel Macron, mais qu’il appartient à l’Etat ?

    Pour Michel Delpuech, le préfet de police, il n’y a pas de hasard : « Il y a eu un degré de violence inouï qui visait les symboles – l’Arc de triomphe, l’Elysée, les forces de l’ordre – et les biens – les belles voitures, les banques, les beaux quartiers. Pour les “gilets jaunes”, Paris est un double symbole, celui du pouvoir et celui de la richesse. »
    A 66 ans, le gardien de l’ordre parisien croyait avoir tout vu au cours de sa longue carrière. Ces dernières semaines, il s’est même replongé dans les mémoires de son prédécesseur, Maurice Grimaud, préfet de police lors des événements de Mai 68. Il assure que si les nuits de barricades ont alors marqué les esprits, aucune n’a atteint le degré de violence du 1er décembre, « qui marquera une page dans l’histoire contemporaine ». Ce jour-là, il suit les événements depuis la salle de la DOPC, où les nombreux moniteurs permettent de suivre en direct la situation dans l’ensemble de la capitale et de diriger toutes les opérations de maintien de l’ordre.

    A l’autre bout de la préfecture, au sein de l’autre grande branche de la maison, la direction de la sécurité publique de l’agglomération parisienne (DSPAP), qui gère tous les commissariats, les regards surveillent également un mur d’écrans. Alors que la DOPC s’occupe du cœur de la manifestation, la DSPAP est chargée des abords, pour prévenir la « casse d’appropriation », les pilleurs de magasins. Elle pilote à distance les brigades anticriminalité (BAC) et les compagnies de sécurité et d’intervention (CSI), qui réalisent les interpellations. Mais le 1er décembre, la définition des « abords » de la manifestation est plus que floue. « Ça partait dans tous les sens ! Le pire en maintien de l’ordre, ce n’est pas un cortège violent, ça on sait faire, c’est la dissémination dans tous les coins », explique un spécialiste maison.

    « Un caractère largement insurrectionnel »
    A la manifestation des « gilets jaunes » s’ajoute un autre rassemblement au départ de Saint-Lazare, avec des « antifa » et des collectifs comme les Chômeurs précaires, La Vérité pour Adama, pour protester contre les violences policières, ou la « Fête à Macron », proche du député (La France insoumise) de la Somme François Ruffin. « On les a vus descendre l’avenue de l’Opéra, puis s’éparpiller dans tous les sens, on en a retrouvé à Concorde, d’autres aux Tuileries, à République, à Bastille… », explique une source policière.

    Aux alentours de 16 h 30, alors que le saccage de l’Arc de triomphe est en cours, les événements prennent une tournure incontrôlable avenue Kléber, où les manifestants se massent autour des carcasses carbonisées des voitures de luxe. Une section de CRS se positionne dans l’artère, avant de finalement reculer, submergée par le nombre. Au milieu des manifestants fous de joie qui célèbrent cette « victoire », les pompiers tentent de se frayer un passage pour éteindre les incendies. « Il y avait un caractère largement insurrectionnel : la ville brûle et on chante la Marseillaise », estime un haut fonctionnaire.

    Sur le « plateau », que les forces mobiles n’arrivent pas à reprendre, la situation n’est guère plus brillante. Un homme de la 11e compagnie d’intervention de la DOPC est bousculé puis roué de coups au sol, avant d’être relevé par un « gilet jaune » qui l’aide à s’échapper. Une enquête sera ouverte pour tentative d’homicide volontaire et un homme interpellé quelques semaines plus tard. Un gendarme est aussi la cible de bombes agricoles et s’en sortira grièvement blessé.
    A quelques rues de là, six fonctionnaires sont pris au piège dans leur fourgon, assaillis par une bande de manifestants. Le véhicule est pillé et un fusil d’assaut HK G36 est volé, ainsi que plusieurs équipements. Au volant de leur voiture, d’autres policiers débouchent par erreur au beau milieu d’une rue tenue par les « gilets jaunes ». Dans l’incapacité de reculer, ils préfèrent abandonner le véhicule – il est immédiatement détruit – et s’enfuir. Plusieurs de ces fonctionnaires pris à partie témoigneront quelques jours plus tard devant Emmanuel Macron, jurant avoir aperçu une flamme meurtrière dans le regard des manifestants.

    15 000 grenades lacrymogènes utilisées, un record
    Parfois les auteurs de violences sont aussi les principales victimes. Au jardin des Tuileries, un groupe de « gilets jaunes » dégonde une grille, qui s’abat sur l’un d’entre eux. Dans la salle de commandement de la préfecture, on observe la scène, désabusé, tout en enregistrant les images qui serviront pour les enquêtes ultérieures.
    On planifie surtout la reconquête de la zone, rue par rue. « Dans ce métier, il faut être patient et avoir beaucoup de sang-froid, on finit toujours par reprendre la main : ils se fatiguent avant nous et nos fonctionnaires ont l’expérience. Mais il y a eu des situations très critiques, avec des moments d’inquiétude », témoigne Eric Belleut, le directeur adjoint de la DOPC, à la manœuvre ce jour-là.
    Les chiffres sur les efforts déployés parlent d’eux-mêmes : 15 000 grenades lacrymogènes utilisées pendant la journée, quand le précédent record, de mémoire de DOPC, ne dépassait pas la barre des 1 000. Les lanceurs de balles de défense ont également été mis à contribution avec 1 100 munitions tirées.

    Priorité est donnée à certains objectifs, quand d’autres sont abandonnés. « C’est dur à entendre, par exemple, pour certains commerçants qui se font saccager leur magasin, mais dans ces moments-là, il y a des choses essentielles et des choses qu’on laisse faire faute de moyens », confie une source policière. Deux cent cinquante demandes d’indemnisation pour préjudice matériel ou pour perte d’exploitation sont depuis parvenues à la préfecture.
    A la nuit tombée, entre 17 h 30 et 21 heures, les unités de maintien de l’ordre prennent peu à peu le dessus sur des manifestants de moins en moins nombreux et de plus en plus alcoolisés. Les troupes de la DSPAP, chargées d’empêcher les pillages, entrent en action et réalisent près de la moitié des 412 interpellations du jour.

    Les images font le tour du monde
    L’examen de la liste des 392 gardes à vue recensées le 1er décembre illustre bien ces deux temps de la manifestation. « On a deux vagues très nettes : jusqu’à 16 heures, on a des profils provinciaux, puis ensuite on passe sur une délinquance d’acquisition, davantage francilienne », explique une source policière. Parmi les « gilets jaunes » arrêtés, quasiment aucun n’est « criblé » par les services de renseignement, témoignage d’une journée où la masse a largement dépassé les groupes d’ultragauche et d’ultradroite.

    Les images marqueront durablement les esprits des hauts fonctionnaires de la préfecture de police de Paris, pourtant éprouvés. Frédéric Dupuch, qui à la tête de la DSPAP commande quelque 20 000 fonctionnaires, n’en revient toujours pas : « Je n’ai pas douté qu’on l’emporterait à la fin, mais pour la première fois de ma vie, j’ai compris que la République, les institutions, toutes ces choses qui nous sont chères et que nous croyions acquises de toute éternité, pouvaient tomber du jour au lendemain, renversées par une foule haineuse. »
    La réaction politique et policière dans les heures et les jours qui suivent est à la hauteur du choc ressenti. Si le bilan humain est relativement « léger » par rapport au niveau de violence – 153 blessés dont vingt-trois parmi les forces de l’ordre –, les dégâts symboliques sont importants et les images font le tour du monde.

    La première des consignes est surtout d’éviter un bis repetita la semaine suivante. Au sein de la direction générale de la police nationale (DGPN), qui fournit le gros des troupes mais n’a plus autorité quand elles sont à Paris, les critiques sont virulentes à l’égard de la stratégie choisie par la préfecture de police, qui dirige les opérations sur la capitale et la petite couronne. Entre ces deux entités, la guerre de territoire et de compétence remonte à loin. Mais pour beaucoup, l’heure n’est pas aux querelles, l’affront est global. « Le 1er décembre, c’est la journée de l’humiliation de la police nationale, il n’y a pas d’autre mot », tranche un haut gradé.

    En quelques jours, ce sont plusieurs années de doctrine de maintien de l’ordre qui vont être revues avec un changement profond de stratégie. Priorité est donnée à la mobilité des unités. Le périmètre statique autour de l’Elysée est allégé (on passe progressivement de onze à sept unités) et les forces sont redisséminées dans la capitale. Les détachements d’action rapide, qui permettent aux effectifs de BAC et de CSI de se projeter plus vite par petits groupes, sont créés, tandis que les blindés de la gendarmerie, efficaces pour déblayer les barricades, entrent en scène.

    Des dizaines d’heures de vidéos décortiquées
    Les grands moyens juridiques sont déployés. Consigne est donnée de réaliser des contrôles en utilisant une loi votée sous Nicolas Sarkozy, celle pénalisant « la participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences ». Plus de 1 000 interpellations seront réalisées le 8 décembre, un record.
    Le préfet de police utilise également l’article 40 du code de procédure pénale, qui permet à toute autorité qui acquiert la connaissance d’un délit de le signaler à la justice, pour aiguillonner le parquet sur les profils les plus dangereux, repérés sur les réseaux sociaux. En tout, une quarantaine de signalements ont été effectués depuis le 1er décembre pour des messages divers, parmi lesquels des appels à « tuer des flics », à « brûler les locaux » de BFM-TV et CNews, à « décapiter Macron »…

    L’accent est également mis pour « sortir » le plus rapidement possible les affaires liées au 1er décembre. La direction régionale de la police judiciaire, le fameux « 36 », emploie la grosse artillerie pour retrouver les auteurs des principaux délits. « Il n’y a pas eu de moyens démesurés, eu égard à la sensibilité des faits, estime Christian Sainte, le directeur de la PJ. L’épisode de l’Arc de triomphe va rester gravé dans les mémoires. C’est une affaire hors norme. » Quatre cents photos sont réalisées par l’identité judiciaire, la police scientifique parisienne, ainsi qu’une centaine de prélèvements biologiques sur cette scène de « crime » pas comme les autres. Des dizaines d’heures de vidéos sont par ailleurs décortiquées, permettant d’interpeller une quinzaine de suspects.

    Dans la semaine qui suit le 1er décembre, la police judiciaire tente d’aller vite, pour éviter que les individus les plus remontés reviennent à Paris pour l’acte IV, le 8 décembre. La brigade de recherche et d’intervention, une unité d’élite, perquisitionne dans la semaine dans les milieux d’extrême droite, interpellant des auteurs de dégradations. La brigade de répression du banditisme est, elle, envoyée à Rouen, afin de cueillir l’écrasé des Tuileries, qui s’est enfui de l’hôpital. La « crim » s’occupe des affaires de tentatives d’homicide volontaire sur le policier et le gendarme.

    Un fusil d’assaut dans la nature
    Quant au premier district de police judiciaire, qui a autorité sur l’ouest de Paris, il hérite des dégradations de l’Arc de triomphe, des pillages de magasins les plus importants, ainsi que d’une affaire de viol d’une manifestante par un autre « gilet jaune », dans les sanitaires d’un restaurant McDonald’s. « Un viol pendant une manifestation revendicative, on n’avait jamais vu ça », note, incrédule, un policier expérimenté.

    Quatre mois après les événements du 1er décembre, parmi les affaires les plus symboliques, celle du vol du fusil d’assaut demeure toujours un mystère. Si deux personnes présentes pendant le pillage ont été interpellées, l’auteur principal et l’arme n’ont pas été retrouvés. Mais les services ne renoncent pas à enquêter, même sur des dégradations moins médiatisées.
    Ces derniers jours, deux « gilets jaunes » ont eu la surprise de voir la police sonner chez eux, dans le Sud-Ouest. Ils sont suspectés d’avoir participé au saccage de la voiture des policiers qui s’étaient malencontreusement trompés de rue. « Ils ne s’attendaient pas à nous voir débarquer quatre mois plus tard », s’amuse un haut gradé, pas mécontent de faire passer le message à tous ceux qui, le temps d’une journée, ce 1er décembre, se sont transformés en émeutiers.

    #Gilets_jaunes #émeutiers #riches #panique #fun

  • [video] « Revenants du #Rojava ». Après André Hébert, c’est au tour de Qandil Azad d’atomiser le communiqué de presse de la #DGSI transmis par Matthieu Suc et Jacques Massey via Mediapart. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’y a eut visiblement AUCUNE enquête !
    https://vimeo.com/358423018

    Il ajoute des sources et deux autres réponses parues sur @lundimatin :

    Réponse de André Hebert :
    https://lundi.am/Andre-Hebert-ancien-volontaire-du-Rojava-repond-a-Mediapart

    Réponse de Corrine Morel Darleux :
    https://lundi.am/Mediapart-et-le-Rojava-la-DGSI-en-embuscade

    Qui est Henry Krasucki :
    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Henri_Krasucki

    Mort de Gabar légionnaire :
    https://rojinfo.com/gabar-legionnaire

    Cérémonie d’hommage à Kendal Breizh :
    https://20minutes.fr/monde/2235479-20180311-bretagne-hommage-rendu-kendal-breizh-combattant-breton-tu

    Ravachol mytho et balance :
    https://kurdistan-au-feminin.fr/2019/03/29/ravachol-mediatisation-de-la-mediocrite-et-tribune-pour-une-bar

    Pour rappel, l’article de @mediapart : https://seenthis.net/messages/799620

    #renseignements #guerre #Daesh #terrorisme #mythe #ennemi_interieur

    • Qandil Azad vient de transmettre la triste information suivante :

      Jamie Janson s’est suicidé mercredi dernier.
      Membre des YPG, il avait participé à plusieurs opérations en Syrie, contre Daesh ainsi que contre l’État turc, à Afrin.
      Il n’est pas impossible que les poursuites contre lui (comme contre d’autres volontaires) des autorités britanniques et l’absence de fait de soutien psycho-social aient pu conduire à un tel geste.
      Il s’agit du 6eme volontaire international des YPG qui ait mis fin à ses jours.
      (Texte du camarade Stéphane Barth)

      #suicide #veterants

    • « Revenants » du Rojava : Mediapart face aux critiques

      L’enquête de Mediapart sur "les revenants du Rojava qui inquiètent les services de renseignement" a suscité un tollé sur le site Lundi matin, où plusieurs militants pointent "une enquête biaisée" relayant sans distance les vues de la DGSI. Mediapart, qui reconnaît une erreur, a modifié son article. Un des coauteurs de l’enquête nous répond.

      "Ces revenants du Rojava qui inquiètent les services de renseignement". C’est le titre d’une enquête de Mediapart qui a fait s’étrangler une partie de la gauche libertaire ces derniers jours. Publiée le 1er septembre, l’enquête s’intéresse aux quelques militants français partis combattre Daech aux côtés des Kurdes dans l’enclave autonome du Rojava.

      En février 2018, nous consacrions une émission à cette expérimentation politique complexe, qui s’élabore sur ce territoire kurde du nord de la Syrie.
      Un territoire où les combattants des milices kurdes YPG (les Unités de défense du peuple) ont été rejoints par une foule hétéroclite d’Occidentaux venus prendre les armes contre l’Etat islamique, dont certains voient dans le Rojava, son organisation autonome et sa constitution (droit des minorités, égalité des sexes), le moteur d’une révolution sociale. Mais l’angle choisi par Mediapart est tout autre.

      Les journalistes Jacques Massey, spécialisé dans les questions de sécurité, et Matthieu Suc, qui suit les affaires de terrorisme pour Mediapart, ont entrepris de raconter la façon dont les services de renseignement perçoivent le retour en France de ces quelques militants français : comme "une menace". L’enquête fait la part belle aux déclarations de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure, fusion des RG et de la DST) et aux confidences d’agents des services qui agitent le spectre du risque de "passage à l’acte" que constituerait le retour en France de ces "militants d’ultragauche", ayant suivi "une formation militaire au Rojava".
      En introduction de son enquête, Mediapart résume : "Certains d’entre eux voudraient passer à l’acte en France. Les services ont la conviction que l’homme ayant tiré sur un hélicoptère de la gendarmerie lors de l’évacuation de NotreDame-des-Landes était un vétéran du Rojava."

      Lundi matin : "la dgsi en embuscade"
      Depuis sa parution, l’article de Mediapart n’en finit plus de susciter un tollé. En deux jours, le site de gauche radicale Lundi Matin a publié pas moins de trois contenus pour dénoncer une "enquête biaisée" relayant sans distance la voix de la DGSI.
      Lundi 4 septembre, Lundi Matin publie "Mediapart et le Rojava, la DGSI en embuscade ?", une tribune signée de Corinne Morel Darleux, conseillère régionale de Rhône-Alpes (ex-France insoumise et ex-secrétaire nationale du Parti de Gauche). Elle éreinte l’enquête du site d’information, qui selon elle "livre un dossier à charge, clé en main" avec "tout l’attirail de l’« ultra-gauche » fantasmée par la DGSI".
      Dans les heures qui suivent, Lundi matin enchaîne avec un article signé de la rédaction, expliquant : "Si Mediapart est connu pour la rigueur, la qualité et la précision de ses enquêtes, celle de Matthieu Suc et Jacques Massey, rubriquée dans la section « terrorisme » du site, nous est apparue pour le moins légère si ce n’est même salement biaisée." A l’appui de ces propos, le site, qui s’est entretenu avec des ex-volontaires du Rojava, apporte des éléments de contre-enquête factuels qui vont être étayés dans les heures qui suivent par la publication d’une troisième article : une tribune d’André Hébert, ancien volontaire du Rojava, le seul nommément cité dans l’article de Mediapart, et qui pointe lui aussi une "narration anxiogène" et un "article insultant, plein d’insinuations et de rumeurs" qui selon lui "a tout l’air d’une commande de la DGSI aux journalistes de Mediapart." Suite à cette salve d’articles, interpellé sur Twitter, le journaliste Mathieu Suc a reconnu une "erreur matérielle" (voir ci-dessous) et procédé à une mise à jour de l’article. Nous passons en revue les principaux points de discorde et les réponses que nous a apportées Matthieu Suc. des services qui soufflent le chaud et le froid.
      Avec cet article, Mediapart a donc choisi de s’intéresser aux suspicions du renseignement à l’égard de ces militants. Soit. Le site nous en prévient assez tôt dans l’article : "Ces derniers mois, les services de renseignement se sont inquiétés à plusieurs reprises de « la menace » représentée selon eux par ces « activistes d’ultragauche », qu’ils soient militants marxistes ou anciens zadistes, de retour du Rojava." Mediapart rapporte en effet que les services surveillent ces militants très en amont "si d’aventure certains revenants du Rojava passaient à l’acte." Le profil de ces militants poserait "un important problème sécuritaire". En cause, " la formation militaire qu’ils y ont acquise", écrit Mediapart, qui précise : "Dans le lot, certains ont même suivi une formation aux explosifs." Ces militants partis combattre Daech aux côtés des unités de combat kurdes, arabes et yézidies menaceraient donc la France ? A l’appui, Mediapart cite "un haut gradé" qui souffle le chaud et le froid : ces militants "se constituent en cellules que l’on pourrait qualifier de préterroristes", affirme-t-il, tout en ajoutant aussitôt : "Et c’est tout. Même si cela reste une préoccupation, la violence exprimée par ces militants ne s’est pas pour l’heure matérialisée." C’est-à-dire ? La DGSI, citée par Mediapart, est tout aussi peu claire : "Les membres de l’ultragauche n’ont pas encore franchi la ligne ténue qui les sépare du terrorisme". Soulagement ? Pas si vite. Car, si l’on en croit "un haut gradé d’un service de renseignement" dont Mediapart rapporte là encore les propos : "La menace que certains d’entre eux peuvent faire peser sur les institutions françaises, sur les forces de l’ordre, est une préoccupation générale et constante."

      Mediapart : "Notre erreur est incontestable"

      Mais quid de la dite "menace" ? Très tôt dans l’article, les journalistes de “Mediapart” l’accréditent, en avançant que la justice partagerait elle aussi cette suspicion. Ainsi Mediapart écrit : "Ce « savoir-faire » est suspecté de pouvoir servir « dans le cadre d’actions violentes de l’ultragauche révolutionnaire », selon les termes d’une décision de justice rendue en décembre 2016, qui privait un militant de son passeport et l’empêchait de repartir sur zone." Seulement voilà, il n’y pas eu de décision de justice contre les combattants français. C’est même l’inverse. Ce que Mediapart a pris ici pour une décision de justice est en réalité un arrêté du ministère de l’Intérieur. Qu’est-ce que ça change ? "Le problème, ici, c’est que l’arrêté a été contesté mais surtout annulé, par une décision de justice cette fois-ci", rappelle Lundi Matin, qui produit l’arrêté ainsi que la véritable décision du tribunal administratif de Paris. Lequel estimait, le 31 mars 2017, que les "éléments ne suffisent pas à démontrer que les convictions et engagements politiques de M. XXX sont susceptibles de le conduire à porter atteinte à la sécurité publique lors de son retour sur le territoire français." En d’autres termes, loin d’établir sa dangerosité, la justice a au contraire donné raison au militant, ordonné que son passeport lui soit restitué et condamné l’Etat à lui verser la somme de 1000 euros. "Bref, une toute autre histoire que celle racontée par la DGSI, Matthieu Suc et Jacques Massey", raille Lundi matin.
      Interpellé sur Twitter, Matthieu Suc parle d’une "erreur matérielle". Dans la foulée, sur Mediapart, le passage en question est corrigé et une mise à jour renvoie désormais à l’article de Lundi matin. "Notre erreur est incontestable. D’autant que la condamnation du ministère de l’Intérieur par le tribunal administratif est assez sévère", reconnaît d’emblée Matthieu Suc auprès d’Arrêt sur images, en expliquant, au sujet des documents sortis par Lundi matin, qu’il aurait été "ravi de les mettre dans l’enquête".
      Le plaignant, lui, n’a pas tardé à se manifester après la parution de l’enquête. Le militant "blanchi" par la justice, "c’est moi" explique ainsi l’ex-volontaire du Rojava, André Hébert, dans la tribune parue le 4 septembre sur Lundi matin. Il a rencontré un des deux journalistes. Hébert explique qu’il lui avait pourtant proposé d’avoir accès à ce jugement, ce que le journaliste a refusé. "Oui, on aurait dû prendre connaissance de ce document à ce moment-là", reconnaît Suc auprès d’Arrêt sur images, sans apporter plus d’explications. Si pour Hébert le contresens manifeste de Mediapart sur la décision de justice est "l’erreur la plus grossière" de l’enquête, ce n’est pas le seul point qui a fait tiquer les militants. un ancien du rojava attaque un hélico de la gendarmerie ?
      Toujours à l’affût de "la menace" que représenteraient les anciens du Rojava, et juste après avoir expliqué à tort que la justice la considérerait comme fondée, les auteurs écrivent : "Cette crainte qu’inspirent les militants d’ultragauche de retour du front syrien se serait matérialisée le 9 avril 2018". Tout du moins, "à en croire les services de renseignement", précise l’article. Et Mediapart de rappeler que ce jour là, à Notre-Dame-des Landes, "un hélicoptère de la section aérienne de la gendarmerie nationale essuie plusieurs tirs de fusée éclairante". Quel rapport avec les volontaires du Rojava ? "Sans pouvoir l’établir judiciairement, les services de renseignement ont la conviction d’avoir identifié l’auteur de cette attaque, un zadiste vétéran du Rojava."
      Dans sa tribune publiée sur Lundi matin, Corinne Morel Darleux écrit :"Nul besoin au demeurant d’être un « vétéran du Rojava » pour manier une fusée éclairante, une rapide recherche indique qu’elles sont vendues sur Internet pour les « soirées illuminées, fêtes nationales, départ en retraite, événements, fiançailles, mariage, baptême »."
      De son côté, Lundi matin considère que "si la mise en scène peut prêter à rire, les accusations n’en sont pas moins graves et sans autre fondement qu’une « conviction » que les services de renseignement reconnaissent être incapables d’établir judiciairement." Pour sa part, Matthieu Suc nous répond : "Je conçois que notre enquête puisse susciter de l’émotion et de la contestation. Mais si vous regardez bien, toutes les informations qui proviennent des services de renseignements, on les a mises dans la bouche des services de renseignement."

      Un "haut gradé croit savoir..."

      Ce que reprochent surtout Lundi matin, Morel Darleux et Hébert à Mediapart, c’est de relayer sans distance les convictions réelles ou supposées des services. Notamment au sujet des liens supposés entre les combattants du Rojava et des faits survenus en France. "Moins sanglante, la perspective d’une convergence des luttes avec la mouvance anarchiste, qui s’adonne depuis l’été 2017 à une activité incendiaire, inquiète", écrivent les journalistes, au sujet de "mystérieux incendiaires qui multiplient les actions de sabotage et de dégradation, en solidarité avec des anarchistes actuellement incarcérés en France et en Italie."

      Mediapart égrène la liste des forfaits : gendarmeries attaquées en 2017 à Limoges, Grenoble et Meylan, incendies de la radio France Bleu Isère et d’un relais radio à Grenoble en janvier 2019, de véhicules de la mairie à Paris en mars et d’un véhicule de l’armée lors du mouvement des Gilets jaunes à Saint-Nazaire. Quel rapport avec le Rojava et ses combattants français ? "Le choix de s’en prendre aux symboles de l’État et à ses forces de l’ordre épouse les objectifs de certains revenants du Rojava", écrit Mediapart qui à l’appui cite un "haut gradé" qui "croit savoir" que les volontaires de retour en France "sont en contact avec d’autres franges de l’ultragauche, dont les incendiaires qui sont des militants aguerris, déployant de solides techniques de clandestinité." Dans son article, Lundi matin tacle : "En tout cas, ce haut gradé n’a visiblement pas jugé utile de partager ses informations avec ses collègues enquêteurs, qui n’ont jusqu’à présent inquiété personne pour ces incendies."

      "Ce n’est pas du tout une commande des services"

      Plus généralement, Lundi matin estime au sujet de l’enquête que "l’action des services, ici, est d’ordre psychologique et éditorial : profiler une menace, convaincre qu’elle est bien réelle, imposer un imaginaire, des éléments de langage et une grille de lecture." Et d’ajouter : "La cible première, ce ne sont pas les volontaires qui reviennent du Rojava mais bien Mediapart et ses abonnés." Matthieu Suc récuse l’accusation de téléguidage, rappelant qu’il a publié plusieurs enquêtes à charge contre les renseignements. Suc l’assure : "Pour cette enquête, on a vu une dizaine de personnes, parmi eux certains qu’on pourrait qualifier de serviteurs de l’Etat à des degrés divers, mais aussi des gens qui sont de l’autre côté de la barrière." Il ajoute : "Au delà de ça, le plus important pour moi, c’est cette fameuse vidéo-communiqué où un petit nombre de militants appelle à frapper la France. " Dans cette vidéo diffusée en français, en avril 2018, par l’Antifascist Forces in Afrin (AFFA), titrée "Contre Macron et son monde", on entend : "Nous avons combattu l’État islamique et l’État turc. Nous combattrons l’État français avec la même détermination. […] Ouvrons de nouveaux fronts et détruisons nos cibles." Dans sa tribune, André Hébert parle simplement de "vidéos faites sur le coup de l’émotion, qui n’engagent que leurs auteurs." Même... Mediapart, dans ce même article, rappelle que face "au tollé suscité au sein même de la mouvance, la proclamation est vite effacée" et que "l’auteur s’en mord encore les doigts."

      "revenants"

      Certains termes, également, font réagir. Notamment celui de "revenants" pour qualifier ces combattants de retour, terme utilisé pour désigner les vétérans du djihad. "On n’y a pas vu une charge particulière. Pour moi, c’était presque plus doux que combattant. Il n’y avait pas une volonté de dramatiser", estime Suc.
      Corinne Morel Darleux dénonce elle aussi dans sa tribune la tonalité anxiogène de l’article ("cette Une, entre radicalisation et film de zombie", "cette photo hérissé de kalachnikovs" qui accompagne l’article). "On frémit", ironise-t-elle en rappelant, comme le précise au fil de son article Mediapart, que ces internationalistes français sont loin d’être légion, "une douzaine" rentrés en France, "moins de dix" encore sur place. Elle regrette que Mediapart ne se penche pas davantage "sur les tenants et aboutissants" des combats que ces militants ont rejoint.
      De fait, dans cet article, Mediapart ne s’étend guère sur les motivations des militants partis au Rojava. On saura juste qu’à l’origine il s’agit de "jeunes révolutionnaires émus par les images de Kobané assiégé par les troupes de l’État islamique." Quant au sens de leur engagement ? Mediapart cite brièvement André Hébert, "convaincu d’avoir contribué à éradiquer Daech, lutté pour un monde meilleur et soutenu la révolution du Rojava." Auprès d’Arrêt sur images, Suc confie : "Dans l’enquête, le passage concernant André Hébert devait permettre de contre-balancer la parole des services. Manifestement, on ne l’a pas fait assez."
      Après la série d’articles publiées par Lundi matin, Mediapart a ajouté dans le corps de l’article une brève mention à l’émotion suscitée par son enquête, avec un lien vers la tribune d’Hébert.

      https://www.arretsurimages.net/articles/revenants-du-rojava-mediapart-face-aux-critiques

  • Comment lutter contre les #squats ? En ouvrant une porte legale à celleux qui acceptent le tri et de faire de leur vie des "projets".

    #Paris rend officiel « l’occupation temporaire » de sites vides

    "Dix-huit grands opérateurs immobiliers ont signé, ce lundi, une charte autorisant l’occupation des locaux vides par des acteurs sociaux ou culturels, dans l’attente de travaux."

    Paris a du stock de foncier. Un appel à projets est en cours pour l’animation des anciens ateliers de la porte d’Ivry, dans le XIIIe. Avant d’enter dans le concret, « d’inventer Bruneseau » également dans le XIIIe, 100 000 m2 vont s’ouvrir à une nouvelle programmation temporaire. Même chose dans l’ancienne usine de pompage d’eau de la Seine à Auteuil. Cela devrait permettre, dès 2020, à des groupements de riverains de créer des ateliers et des activités à destination de familles du quartier…

    http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-rend-officiel-l-occupation-temporaire-de-sites-vides-26-08-2019-813 #logement #gentrification

  • [Dans tes oreilles !]
    Résistance ? Violence ? Pacifisme ? Collaboration ?

    Alors que le #G7 pérore et que le contre G7 s’endort, je viens d’enchainer 2 écoutes que je trouve plutôt complémentaires :

    Damasio, Dufresne, Lordon : Résistance, résistances
    https://ecrits-aout.fr/articles/damasio-dufresne-lordon

    G7 de Biarritz : le contre-sommet peine à déborder
    https://radioparleur.net/2019/08/25/g7-de-biarritz-le-contre-sommet-peine-a-deborder

    pitch du premier :

    C’est le Dictionnaire amoureux de la Résistance, de #Gilles_Perrault, qui sert de point de départ à cette rencontre. L’esprit de la Résistance peut-il encore nous être utile aujourd’hui ? Peut-on le voir à l’œuvre dans les #mouvements des peuples actuels ?
    Cette question qui leur est proposée, #Alain_Damasio, #David_Dufresne [@davduf] et #Frédéric_Lordon la débordent bien vite. Peut-on échapper à la #société-de-contrôle ou doit-on la renverser ? Est-il possible de construire un archipel de #dissidences qui résiste à la #répression ? Le Grand soir n’est-il qu’un fossile d’une pensée politique ensevelie ?

    pitch du second :

    Samedi 24 août, deux manifestations, l’une pacifique, l’autre plus radicale ont illustré les dissensions du contre-sommet du G7. Entre volonté de respecter un #consensus d’action non-violentes, #critiques #stratégiques réciproques et présence policière permanente, la journée a été mouvementée…
    [ lire aussi l’article qui retranscrit les journées]

    Je termine ces écoutes comme je le souhaitais, avec bien plus de questions que de réponses et c’est tant mieux. Mon expérience m’a appris que c’est lorsqu’on ne montre qu’une seule voie pour atteindre un but, pis encore, quand elle ressemble à une autoroute de la mi-août, qu’on va le plus souvent droit dans le mur. Je ne crois pas en une « masse critique » unie qui ferait basculer les choses et surtout les pouvoirs, fédérée par UNE parole, encore moins UNE personne.

    Et puis, objectivement, force est de reconnaître que l’injonction au #pacifisme, comme toute #injonction, est une #violence. Même combat, d’ailleurs, concernant l’injonction à la non-violence !
    Elle l’est d’autant plus que dans 90% des cas elle est un non-sens dû une méconnaissance historique (voire un #déni, une #dissonance_cognitive). Le pacifisme c’est croire en la #Paix, la rechercher et tout faire pour y parvenir. Qui peut actuellement dire que nous vivons en paix sauf à s’extraire de toutes les crasses et casses sociales locales, sauf à s’extraire de nos responsabilités internationales et ne pas reconnaitre les multiples chemins (#kyriarchie) de la domination ? Le pacifisme c’est résister pour la paix, et la #résistance, ne serait-ce que par l’auto-défense, implique parfois de se battre. Sinon nous basculerions dans un dogme du #sacrifice.

    C’est dans la reconnaissance de ces voie multiples des multitudes de luttes à mener que se situe, selon moi, ce #résistances avec un petit « r » et beaucoup de « s » auquel il est fait référence dans le premier enregistrement.

    Quand à la #non-violence, une fois encore je renverrai vers la tribune de #Juliette_Rousseau, qui a été la porte-parole de la Coalition climat 21, collectif de la société civile créé en 2014 pour préparer les mobilisations pendant la #COP21, et qui en a tiré cette leçon : La non-violence doit accepter la pluralité des formes de lutte
    https://archive.org/details/20170419_La_Non-Violence


    (https://seenthis.net/messages/591248)

    Et pour un peu de légèreté, ce mini clip du compte Illuminati Reptilien sera parfait en clap final : https://twitter.com/IllumiReptilien/status/1165255537652568064

  • L’exposition sur Adolfo Kaminsky au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme donne lieu à l’édition d’un livre de photographies inédites de Kaminsky :

    Adolfo Kaminsky, changer la donne
    https://centmillemilliards.com/wp/produit/adolfo-kaminsky-changer-la-donne

    Mais Gilles Manceron pointe quelques « oublis » fâcheux dans cette exposition et de la préface de ce livre :

    Une belle exposition sur Adolfo Kaminsky…et quelques compléments sur son engagement anticolonialiste
    Gilles Manceron, Histoire Coloniale et Postcoloniale, le 24 juillet 2019
    https://histoirecoloniale.net/Une-belle-exposition-sur-Adolfo-Kaminsky-et-quelques-complements-

    Dans la préface de cet ouvrage, écrire, comme le fait Paul Salmona, qu’Adolfo Kaminsky a été « au service de la Haganah et du groupe Stern » sans rien dire de ses réflexions sur la question de la Palestine n’est-il pas un raccourci qui témoigne d’une volonté de ne pas contrarier les idéologues qui, au mépris de l’histoire du judaïsme français et européen, voudraient faire croire que judaïsme et sionisme iraient forcément de pair ?

    Comme son père, Juif né en Russie et qui avait choisi de vivre en France, malgré la part sombre de ce pays, et qui croyait, non à l’idéologie sioniste mais aux idées socialistes et laïques du Bund [16], Adolfo Kaminsky n’était pas favorable à « un pays pour les Juifs ». Il pensait que « la religion ne devait surtout pas coïncider avec une nation [17] ». Le rôle du MahJ n’est-il pas de dire l’histoire, toute l’histoire, même si ça ne plait pas à certains.

    Sachons gré à l’une des autrices du livre/catalogue, l’historienne Sophie Cœuré, d’avoir rappelé dans son article qu’Adolfo Kaminsky avait refusé « de rallier Israël : trop de religion, trop de nationalisme [18] ». Les visiteurs de l’exposition doivent acheter ce livre et lire son article pour l’apprendre. Souhaitons que le MahJ sache, encore mieux que dans cette belle exposition, faire pleinement leur place aux nombreux itinéraires de Juifs universalistes et non sionistes de notre histoire, comme Adolfo Kaminsky, dont l’ensemble du parcours et des réflexions sur la question de la Palestine, méritent d’être restitués.

    #Adolfo_Kaminsky #faux_papiers #résistance #photographies #Palestine #judaïsme #sionisme #Histoire #mensonges #révisionnisme #censure #Gilles_Manceron

  • A propos de la flic infiltrée débusquée au contre-sommet du #G7

    source instable :
    https://nantes.indymedia.org/articles/46321
    sauvegardes :
    http://web.archive.org/web/20190827073324/https://nantes.indymedia.org/articles/46321
    http://archive.is/kWZEJ
    https://iaata.info/A-propos-de-la-flic-infiltree-debusquee-au-contre-sommet-du-G7-3547.html
    https://sansattendre.noblogs.org/post/2019/08/27/de-toulouse-a-bayonne-a-propos-de-la-flic-infiltree-debusquee-

    Sur le camp du contre-sommet, lors d’une assemblée assez sensible portant notamment sur l’organisation du départ de la manif de Bayonne, cette femme a été remarquée (par des personnes la connaissant du mouvement GJ à Toulouse) en train de prendre discrètement, avec son téléphone portable, des photos des gens participant à l’AG. Ces personnes ont décidé d’intervenir et de se confronter à elle, à l’écart de l’AG.

    Nous sommes donc loin d’avoir affaire à une simple indic de la police, comme il y en a bien sûr ici et là. Cette personne organisait, impulsait et poussait à des actions ; elle mettait en relation des gens afin que la police puisse procéder à des arrestations. C’est l’État qui organisait ses coups de filet...

    J’imagine qu’il va y avoir des enquêtes, en attendant y’a un appel à rassembler toutes les infos à l’adresse deratisation1312@riseup.net

    Ça rappelle l’affaire de flic infiltré qui avait été révélée en 2011 : Mark Kennedy / #Mark_Kennedy, espion dans les milieux politiques britanniques et européens... jusqu’à #Tarnac !
    L’occasion de ré-écouter la super émission de France Culture signalée par @davduf ici https://seenthis.net/messages/672015 . Y’avait aussi eut un article de @camillepolloni chez les inrock : https://www.lesinrocks.com/2012/03/13/actualite/actualite/mark-kennedy-la-taupe-de-tarnac
    et pour les passionné-e-s, un travail de titan sur lui est disponible sur la base anti-infiltration montée en angleterre suite au scandale : https://powerbase.info/index.php/Mark_Kennedy

    #NoG7 #G7EZ #g7welcometoparadise #infotraflicsG7 #police #infiltration #manipulation

  • https://desarmons.net/index.php/2019/08/27/declararation-sur-limposture-plateformiste

    Déclaration sur l’imposture “plateformiste”
    Sur le contre-sommet du G7 au Pays Basque

    La plateforme G7EZ, requinquée par sa promenade du samedi 24 août à Hendaye, dont le chiffre des participant.e.s a clairement été gonflé, y compris par la préfecture, écrivait avec une assurance tout a fait déplacée au vu des multiples critiques dont elle fait l’objet : « Ce contre-sommet est d’ores et déjà une réussite ».

    Par ailleurs, il n’y a eu absolument aucun mot de la plate-forme sur la répression en cours ce samedi à Bayonne, sur les 68 arrestations préventives ou arbitraires, ni sur les lourdes condamnations de trois allemands de 18 à 23 ans incarcérés depuis la veille à l’issue d’un procès expéditif, alors même qu’il s’agit d’un scandale absolu.

    • Sans compter que ces organisations surfent sur un imaginaire libertaire et anti-autoritaire, alors même que leurs structures internes, modes de fonctionnement et la sélection par l’argent qu’ils impliquent, témoignent de logiques autoritaires. La seule évocation d’un consensus d’action décidé à quelque-un.e.s pour servir de ligne de conduite à des milliers d’autres est une insulte à 200 ans de combats libertaires et anarchistes pour promouvoir le libre-arbitre et l’autonomie de chacun. e. Qu’on ne nous prenne pas pour des con.ne.s, on ne passe pas de trente ans de lutte armée au sein de groupes communistes autoritaires à un alternativisme babos sans conserver les vieux réflexes disciplinaires qui permettent de garder la face…et de régler ses comptes avec ses détracteur/ices. Sans compter les leaders charismatiques qui interagissent avec leur entourage comme des gourous de sectes, suscitant fascination et crainte, tout en ayant le quasi monopole de la communication officielle de leurs organisations…

      Guerre à l’État de Jtxo Estebaranz – Luttes autonomes au pays basque (1982_1992) Libertalia 2011
      Je finis de lire ce livre, en ce moment. Ce G7 à Biarritz aura, au moins, ouvert ma curiosité sur l’histoire de ces luttes. Ce bouquin donne un bon état des lieux sur ce mouvement autonome, il y a près de trente ans et donc avant l’arrivée des réseaux sociaux mais une pléiade de publications papiers débordaient de contre-informations et d’initiatives politiques aussi riches que diverses.
      http://editionslibertalia.com/catalogue/hors-collection/guerre-a-l-etat
      http://editionslibertalia.com/blog/des-basques-en-guerre

      En miroir, une reprise en mains des récits des évènements, ici c’est en Catalogne :
      http://www.article11.info/?Reprendre-en-main-le-recit-des#nh3
      https://directa.cat
      #autonomie #Euskadi #Catalogne #Euskal_Herria

    • Cerise sur le gâteau : dans le document présenté par Desarmons-les, je découvre que l’organisation « pacifiste » ANV a utilisé une de mes photos, celle de Damien T., énucléé en 2014, faisant passer son action pour de la provocation violente 🤮
      https://pbs.twimg.com/media/EC-61h0XoAIyw6K?format=jpg&name=small
      Pour rappel, Damien T. fait partie des victimes de #violences_policières pendant la manif du 22 février 2014 à #Nantes. Sur la photo en question, il pose TRANQUILLEMENT et sans AUCUNE PROVOCATION devant un groupe de « forces de l’ordre » 3 mois plus tard : https://www.flickr.com/photos/valkphotos/14019801089/in/album-72157644302321600

      Flickr

      Je les ai donc interpellé sur twitter où ils sont actifs, pas de réponse pour le moment...
      https://twitter.com/ValKphotos/status/1166356285023039489

    • A I’occasion des manifestations sur la voie publique, l’acharnement de ces organisations à penser des dispositifs pour neutraliser toute colère et toute révolte, notamment en déployant des volontaires en chasubles ou affublés de blanc pour protéger les banques, canaliser la foule, faire des chaînes ou ramper à terre devant les forces de l’ordre, sont autant de façons de matérialiser avec leurs corps leur refus de se battre pour I’avenir des nouvelles générations et de confier leur sort au bon vouloir d’éventuels tyrans éclairés qui leur épargneraient toute souffrance. Ou à la police, avec cette croyance ou certitude naïve que la violence d’État peut être évitée si l’on se montre gentil, niant du même coup des décennies d’histoire populaire faite d’oppressions de classe, racistes et sexistes : non, il ne suffit pas de « ne rien avoir à se reprocher » pour échapper à l’arbitraire.

      Ces organisations, après avoir rendu les armes face à l’impérialisme de l’Etat capitaliste, font pression sur les mouvements sociaux pour les pacifier à l’excès, devenant ni plus ni moins des auxiliaires de police. Dans d’autres contextes, on appelle ça des traîtres.

    • Comme beaucoup je suis aussi déçu à de nombreux niveaux de la façon dont le contre-sommet a été mené, la « cerise » ayant été la décision improvisée de changer le format de la « manif arc-en-ciel » prévue dimanche, puis son annulation pure et simple à la dernière minute, suivie lundi d’une marche (également improvisée à la dernière minute) vers Biarritz des porte-paroles des plateformes, pour remettre au G7 une « déclaration d’illégitimité » puis s’asseoir 7 minutes, ça faisait peine à voir.

      Je ne vais pas commenter en détail l’article de désarmons, qui mélange des interrogations justifiées avec des accusations de mauvaise foi ou dumoins à côté de la plaque. Mais je comprends et partage en partie le sentiment de colère vis à vis des plateformes. Tout ça aura besoin d’explications posées.

      Sur le fond (je vais pas dire sur la « longue durée » mais disons le quart de siècle écoulé), je dirais que c’est l’histoire d’un mauvais timing, entre d’un côté une dynamique autogestionnaire où les ZAD (notamment nddl) et les GJ ont été très moteurs en France sur les derniers mois/années, de l’autre des changements stratégiques au sein de la majeure partie de la gauche abertzale au Pays Basque (notamment autour du parti Sortu et du syndicat LAB), qui paie aujourd’hui le prix de n’avoir pas su se distancier à temps de l’ETA, et qui après avoir passé trop longtemps à refuser de condamner explicitement une organisation devenue un monstre sans tête (les liens postés par @vanderling en donnent un aperçu), trainent aujourd’hui une espèce de culpabilité qui ne dit pas son nom, et continuent à se faire salir par l’opinion publique espagnole sans oser ouvrir leur gueule à la hauteur des insultes reçues, alors même que l’exécutif de Madrid est plus inflexible aujourd’hui qu’à la fin des années 1990 (zéro reconnaissance du désarmement et de la dissolution d’ETA, zéro avancée sur le sort des prisonniers, emprisonnement de 8 jeunes d’Altsasu pour une bagarre de bistrot qualifiée en « terrorisme », etc la liste est longue) et que le franquisme est plus explicite dans le paysage qu’il ne l’a été depuis les années 1970 (avec l’apparition du parti Vox, qui eux n’ont aucune culpabilité à déverser leur vomi idéologique et à côté de qui le RN fait petit joueur en terme d’extrême droite).

      Dans ce contexte-là, ce souci de la majorité de la gauche abertzale de faire bonne figure part rapport à un passé qui leur est sans arrêt renvoyé à la gueule a probablement contribué à une inflexibilité de la plateforme G7-EZ (puis des deux plateformes par extension) quant au refus de la moindre action qui ne s’inscrive pas dans un cadre strictement légaliste. Et ça, quand on est GJ ou qu’on a bataillé à NDDL (et qu’on était à mille lieues du bourbier basque des années 1990-2000), ça reste en travers.

      C’est en tout cas l’interprétation que j’en fais depuis ce que j’ai vu et entendu ces derniers jours, ça me trottait dans la tête et je le pose ici.

    • Merci de ce commentaire, et je suis assez d’accord qu’il faut le mettre en perspective avec le paysage et les événements politiques de cette région. Ce qui permet d’expliquer, sans forcément justifier :)

      Car du coup certaines orgas se retrouvent avec un raisonnement un peu manichéen, trop de temps sans condamner et du coup maintenant totalement inverse hyper (trop) sur la légalité et la non-violence absolue y compris même dans les mots, les regards… Alors qu’il y a quand même tout un éventail, et que ce que prônent plein d’orgas (anar, autonome, GJ, etc) c’est que le mot violence ne peut pas être utilisé seul et ne veut rien dire (les personnes, les biens, etc) et que certaines sont ok pour celleux qui veulent les utiliser. C’est pas tout ou rien.

    • y compris même dans les mots, les regards

      pas à ce point. Je repense par exemple à un débat récent où Oskar Matute a quand même remis à sa place une crapule de Vox au passé judiciaire peu brillant.
      Mais sinon généralement oui, le retournement de cap affiché depuis 2011 a mis une sorte de tabou sur la question. Ce qui ne manque pas d’énerver la branche ATA (amnistie et liberté), qui fait désormais ses actions de son côté et qu’on n’a pas vue au contre-sommet.

    • Non non là c’est le gros hasard parce que t’as parlé d’Oskar Matute. :D
      Mais je parlais bien d’Alternatiba à Bayonne, dont ANV est issu, sachant que bizi est issu aussi de l’expérience des demos avant, enfin bref, la construction d’ANV, ça vient pas de l’autre bout de la France, c’est bien en lien avec cette partie du mouvement abertzale d’actions non-violentes, non ?

      (Pour la photo oui, après, il reste que le document en question même sans photos parle bien de refuser toute violence, y compris les mots, les regards, ce qui se comprend dans le cadre d’actions légalistes juste pour médiatiser, voler des bustes, des chaises, des photos… mais bon, on peut pas demander ça de tout manifestant)

    • c’est bien en lien avec cette partie du mouvement abertzale d’actions non-violentes, non ?

      Alors, ANV est une émanation d’Alternatiba, mouvement lancé en 2013 par Bizi, dont quelques membres initiaux étaient aupravant chez les Démos, mais ça reste des liens assez distendus (ANV est née en 2015, les Démos c’était les années 2000, et sans lien avec le climat, d’ailleurs bon nombre des anciens Démos ne sont pas dans les mouvements climat, et l’origine de Bizi est dans des débats consécutifs à un cycle de conférence de Hervé Kempf en Pays Basque nord autour de son bouquin « comment les riches détruisent la planète »)

      Mais par contre et surtout, c’est pas du tout lié à la tendance majoritaire de la gauche abertzale, celle dont je parlais plus haut qui ne s’est pas distanciée assez tôt d’ETA et se retrouve emmerdée avec ça aujourd’hui.

      Quant à la plateforme G7-EZ, ANV et Alternatiba (le mouvement climat) n’en faisaient pas partie, par contre plusieurs partis, syndicats et assos liés à la tendance majoritaire de la gauche abertzale y étaient, dont EH Bildu (qui comporte Alternatiba le parti, d’où ma remarque précédente).

    • Merci @koldobika pour le suivi sur l’histoire de la photo, et plus largement, de cette ébauche de plaquette de ANV, horrible, qui, m’a-t-on dit depuis plusieurs sources, n’aurait pas circulé à l’époque (2015). Le texte de la plaquette sur leurs bases de non-violence, lui, n’a pas changé et il contient pas mal de passages qui permettent à des initiatives comme les blancs-blocs d’affirmer que non, entourer des « casseurs, black-blocs » ou pseudo « flics infiltrés » (comment viser les black-blocs sans les nommer) jusqu’à l’intervention des forces de l’ordre, non, ça n’est pas faire de la délation... Bref, je suis encore pas mal énervée : ça a été super détestable de contacter le copain mutilé pour le rappeler à de mauvais souvenirs...

      Je voudrais revenir sur un de tes commentaires @koldobika quand tu sépares le Pays Basque et la ZAD : je ne peux pas être d’accord ! Ca fait plusieurs années que l’Ambazada est le lieu basque sur la zad et il y a eut énormément d’échanges de savoirs, des réfléxions communes aussi sur la préparation du G7 avec, entre autre, visible, la charpente, certes, mais beaucoup beaucoup de choses moins visibles.

      Non, ce qui est sûr c’est que certaines orgas basques à visée électorales ont fait comme tu le soulignes le choix de se policer, mais beaucoup de gens du pays basques sont tout aussi vénères que d’autres sur l’énorme gâchis qu’est ce contre sommet et encore les chiffres des investissements financiers n’ont pas été communiqués officiellement, desmilliers et des milliers d’euros ont été dépensés en locations diverses, communications « officielles », mais jusqu’à ce week-end, PAS UN CENTIME pour la legal team, par exemple...

      J’arrête là, je vais essayer de mettre dans un deuxième commentaire pas mal de liens que j’ai dans plein d’onglets ouverts, histoire de les rassembler quelque part !

    • Incidents en marge du G7, l’opinion fabriquée. Témoignage de gardé à vue | Le Club de Mediapart
      https://blogs.mediapart.fr/fabrice-loi/blog/280819/incidents-en-marge-du-g7-lopinion-fabriquee-temoignage-de-garde-vue

      (et aussi https://seenthis.net/messages/799133 & https://seenthis.net/messages/799741 )

      Me voilà au sol, comme six autres manifestants d’un cortège de deux cents personnes qui n’ont pas eu de chance. Je me retrouve à côté de citoyens tout sanglants, avec un hélicoptère qui tourne au-dessus de nous, et dix flics cuirassés par manifestant, à trente kilomètres de la zone interdite du G7. Allô l’ONU ? A côté de moi, un pacifique chercheur de l’INRA, myope, ayant perdu ses lunettes en fuyant l’assaut de la police, le crâne entaillé par un coup de matraque, s’entend dire par un flic ricanant que « tes lunettes, on n’en a rien à foutre ». Une jeune femme, les menottes trop serrées, effondrée dans l’herbe, grimace de douleur. Le voltigeur qui me plaque au sol, lui, a l’air plutôt ennuyé de faire partie d’un dispositif aussi honteux. Tout de même, on a sa dignité. Nous convenons d’un regard que chacun de nous deux fera son boulot sans taches : moi d’assistant bénévole tous risques Mediapart, et lui de salarié de l’oligarchie. Le flic et moi contemplons la mer en faisant semblant de travailler. C’est un beau jour pour être interpellé et foutu au trou, et quand même mieux qu’une matraque dans le cul en Seine-Saint-Denis. Remarquez que je suis blanc, ce qui en France, dans ce genre de situations, a son importance.

    • @val_k oui il y a eu pas mal d’échanges et de boulot commun entre des gens d’ici et la ZAD (et encore je n’ai suivi ça que de loin, je me doute qu’il y a eu plus que ce que j’en sais) je sais que parmi eux il y avait des gens d’Askapena.
      http://www.askapena.eus/content/euskal-herritik-zadera-zadetik-euskal-herrira
      http://www.askapena.eus/node/3554
      Mais chez Askapena le focus est sur les liens internationaux et il n’y a pas ce souci de distanciation d’un certain passé malaisant (et encore moins de souci électoraliste), qui est par contre présent chez le courant majoritaire de la gauche abertzale (notament autour de Sortu et LAB, pour le dire vite car dans les détails c’est moins simple mais bref).

      Pendant le contre-sommet un des soucis récurrents que j’ai entendus de la part des plateformes c’était « il faut pas que ça pète ». Ce que j’interprète derrière ça c’est la crainte d’être renvoyé à ce dont le courant en question essaie de se distancier : la lutte armée et la guerrilla urbaine. La crainte que sur le long terme ils en auraient payé le prix en terme d’image, que ça sape de longs efforts de « relégitimation » auprès de l’opinion publique.
      Il n’y avait rien de cet ordre dans les autres contre-sommets de ces dernières années, pas un tel enjeu local autour du « risque de débordements ».
      Et cette primauté au « il faut pas que ça pète » a généré les colères qu’on entend ça et là, chez ceux d’ailleurs qui se sont retrouvés « pris en otage » d’un contexte politique auquel ils sont étrangers, et chez ceux d’ici qui trouvent que tout ça va trop loin dans l’acquiescement aux règles du jeu étatique (qui elles ne vont pas en s’assouplissant, que ce soit côté Fr ou Esp https://seenthis.net/messages/799589 ).

      J’ai aussi entendu dire que la location du Ficoba a coûté 36000 euros (!).
      Pour moi, à partir du moment où les plateformes ont accepté de faire ce contre-sommet à cet endroit (loin de Biarritz, logistiquement difficile, cher...) tel qu’imposé par la préfecture, c’était cuit d’emblée. Ensuite les non-dits, les crispations autour du « il faut pas que ça pète », et les improvisations au jour le jour ont amené à l’eau de boudin qu’on a pu voir.

    • [Tribune] Contre sommet anti #G7 : dépasser l’amertume pour imaginer l’avenir
      par Laurent Thieulle,
      militant ATTAC Pays Basque Nord
      membre de la plateforme G7 Ez !
      commissions communication, action, logistique,
      responsable transport et accueil presse sur le camp.

      https://ecologuesenrages.home.blog/2019/09/03/tribune-contre-sommet-anti-g7-depasser-lamertume-pour-imagin & https://seenthis.net/messages/799932

      Le contre-sommet est un échec. Quand on a fait partie de l’organisation, il est important de le dire et de reconnaître les manquements à nos engagements. Mais le constat n’est pas suffisant, il est nécessaire de comprendre les raisons de cet échec pour aller de l’avant, anticiper les prochains mouvements sociaux et imaginer l’avenir de nos approches alternatives. Surtout, il est nécessaire de faire un point objectif au milieu de tout le fatras (généralement non signé) lu sur internet ou dans la presse, mêlant intox, rumeurs, paranoïa ou plus souvent simple méconnaissance.

      /.../

      Quand au mois de juin, on nous annonce que le FICOBA nous coûtera 3 fois plus cher que prévu (plus de 40.000 € contre 16.000€ initialement retenu), la tension entre les deux groupes d’intérêt de la plate-forme explose. Le FICOBA aura permis de siphonner tout le budget du camp, de la legal-team et des cantines. Pour se justifier, certains Nostradamus nous promettent une mobilisation atone des militants et demandent à dimensionner le camp pour seulement 500 personnes (nous serons plus de 4.000 sur le camps le vendredi). Le budget de la legal-team passe d’un coup de 20.000€ à 1.000€. Si on rajoute les discussions insensées autour du consensus d’action ainsi que des mots malheureux écrits (« isoler » et « désavouer » les mouvements violents) mais finalement supprimés suite à une réunion houleuse, les groupes anti-fascistes ont également préféré se retirer.

      /.../

      Tout s’est accumulé pour accoucher d’un grand vide. Rien. Aucune action. Une grande frustration, et une plate-forme qui reçoit même le baiser de la mort de la Préfecture : nous l’avons aidé à conserver le calme dans le Pays Basque ! C’est douloureux parce que c’est mortellement vrai.

      /.../

      Ajout perso : Un bilan encore en dessous de la réalité : il y a eut moins de 15000 personnes lors de la « grosse manifestation unitaire » et à ce jour, à ma connaissance, la Legal Team n’a toujours pas reçu la moindre aide...
      Clairement les anars et antifas se sont officiellement barré mais sans leurs compétences (cuisines, medics, antirep...) même le camp aurait ressemblé à un pétard mouillé :/

    • https://bizimugi.eu/contre-g7-cure-de-desintox

      nous devons aujourd’hui nous exprimer publiquement au vu du nombre d’attaques et d’intox qui circulent sur nous, en lien avec le G7, voire d’insultes et de menaces. Nous devons remettre quelques pendules à l’heure et rectifier mensonges, contre-vérités et amalgames multiples. Nous essaierons de le faire le plus sereinement et objectivement possible.

      1) Bizi n’a rien négocié avec les autorités

      Bizi est entré, tardivement, dans la plateforme G7EZ à la demande de celle-ci. Quand nous avons commencé à participer à ses réunions, bien des mois après sa naissance, la plateforme avait déjà décidé d’organiser un contre-sommet et une grande manifestation, ainsi qu’une action de désobéissance civile (les 7 rassemblements, appelés “arc-en-ciel”). Elle avait déjà participé à des négociations avec l’État et ses services, et accepté l’interdiction du contre-sommet initialement prévu à Bayonne. Elle avait déjà accepté d’organiser ce contre-sommet et cette manifestation à Hendaye et Irun, et le campement à Urrugne dans un terrain proposé par l’État. A cette époque, certains de celles et ceux qui nous donnent aujourd’hui des leçons de radicalité, certains anars ou antifas et autres collectifs ou personnes, étaient pourtant bien dans cette plateforme, et y sont restées même après ces négociations et décisions.
      Bizi a commencé à suivre les réunions parce que la plateforme nous l’a demandé, nous disant qu’il y avait besoin de tout le monde et qu’elle croulait sous le travail. Nous l’avons fait par solidarité, mais en précisant dès le départ les limites de notre engagement, et alors même que nous ne nous sentions pas en phase avec la composition même de la plateforme et les choix stratégiques retenus (1). Nous l’avons fait en toute responsabilité, non pas par rapport aux autorités mais par rapport au mouvement alternatif et à la population du Pays Basque, afin de contribuer à ce que le contre-sommet, qui a été décidé et négocié par d’autres que nous, se passe globalement le mieux possible.
      Quant à celles et ceux qui ne faisaient partie d’aucune des 2 plateformes (la plateforme basque G7EZ ou la plateforme hexagonale Alternatives G7) et qui nous insultent, nous menacent, nous traitent de collabos, elles et ils ont pourtant participé aux diverses activités (semaine intergalactique, manifs ou divers débats) à Hendaye, ont vécu et se sont réunis au campement d’Urrugne. Ils ont donc accepté de vivre et s’organiser dans un campement trouvé par l’État pour qu’ils ne soient surtout pas à proximité de Biarritz, dans un lieu appartenant et prêté par la multinationale Nestlé, et pour se rendre à Hendaye, ils ont pris des navettes de bus affrétés par la communauté d’agglomération du Pays Basque qui se fera sans doute rembourser par le budget d’organisation du G7. Restons donc toutes et tous humbles et modestes quant à nos niveaux respectifs de radicalité et de rupturisme réels.

      2) Alternatiba et ANV-COP21 n’ont pas plus négocié que Bizi avec les autorités

      Alternatiba et ANV-COP21 n’ont jamais été membres d’aucune des 2 plateformes et n’ont participé à aucune de leurs réunions respectives. Leurs militant-e-s, sollicité-e-s chaque fois par Bizi, ont pu aider à diverses activités que ce soit sur le campement (service de médiation par exemple) ou au contre-sommet lui-même (ateliers, formations, service de médiation).
      Mais les 2 mouvements n’ont organisé que deux actions pendant la semaine du G7, les deux en coopération avec Bizi : le décrochage d’un portrait présidentiel à la mairie basque d’Irissary et la marche des portraits du dimanche 25 août. Aucune négociation n’a eu lieu avec les autorités à ce sujet. Ces dernières sont pourtant rentrées en contact à plusieurs reprises avec Bizi pour avoir des informations au sujet de la marche des portraits et pour tenter d’en négocier des aspects. Elles voulaient connaître le parcours de la marche, le lieu de la conférence de presse, le nombre de portraits présidentiels qui seraient présents et ce que nous comptions en faire. Il nous a été demandé si nous comptions défiler en brandissant les portraits, et précisé que les services de l’État ne pouvaient pas l’accepter.
      Le sous-préfet a même demandé une réunion avec un représentant de Bizi le mardi précédant la marche (nous nous y sommes rendu à deux militant-e-s). Nous n’avons jamais donné à ces autorités aucune autre information que ce que nous avions communiqué publiquement. Nous n’avons rien dit sur le parcours, sur le lieu de la conférence de presse et sur nos intentions quant aux portraits. Le sous-préfet nous a informés sur un ton très courtois, mais que nous comprenions évidemment comme une tentative d’intimidation, que les autorités ne pouvaient pas accepter ce qui pourrait constituer “une dégradation de l’image présidentielle”. Nous ne lui avons rien indiqué de nos intentions mais n’avons pas imaginé une seconde ne pas les brandir pendant la marche, qui plus est la tête de Macron à l’envers. Nous n’avons jamais connu les intentions de l’État (laisser la marche des portraits se faire ou tenter de l’empêcher, par exemple en encerclant les quartiers concernés, ou intervenir à partir du moment où des portraits seraient brandis et arrêter les militant-e-s qui les porteraient, etc.).
      Les autorités, quant à elles, ne semblaient pas connaître nos plans ni nos intentions réelles et pour cause : depuis des mois, les réunions préparant cette marche des portraits se déroulaient dans des appartements ou locaux “safe”, avec des activistes sans téléphone et suivant des protocoles de sécurité que nous ne détaillerons pas ici.

      3) Le succès de la marche des portraits

      Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Qui veut prouver que les non-violent-e-s sont des collabos se ruent sur toutes les intox qui semblent le montrer, même quand elles sont de toute évidence d’origine policière, devenant soi-même un relai et un collabo de cette intox policière. Une brève du Canard enchaîné affirme le mercredi suivant le G7 qu’ “en échange d’une annulation des sept rassemblements de désobéissance civile, les responsables des deux groupes d’activistes locaux ont eu l’autorisation officieuse de défiler le dimanche dans Bayonne, lors de la marche dite “des portraits” (à l’envers). » Le journaliste anonyme auteur de cette brève n’a respecté aucune règle déontologique et n’a à aucun moment pris contact avec les organisateurs de la marche des portraits pour confronter son information, venant probablement du ministère de l’intérieur, à leur propre version des faits. Pas mal de « radicaux-cales » se sont précipités dans les réseaux sociaux pour relayer cette « information » et insulter Bizi, ANV-COP21 et Alternatiba, les traiter de complices de l’État, etc.

      Or, cette intox défiait toute logique et servait clairement l’intérêt des autorités :
      a) Cette intox défiait toute logique. En effet, aucun des trois organisateurs de la marche des portraits n’était partie prenante de l’organisation des 7 rassemblements, et vice versa. Nous ne suivions pas les réunions concernant leur organisation (2) et n’avons pas assisté aux discussions et à la réunion ayant décidé de leur annulation. Aucun organisateur de ces 7 rassemblements n’était partie prenante de l’organisation de la marche des portraits. Aucun contact n’a eu lieu entre les 2 parties au sujet de l’annulation de ces 7 rassemblements. Nous avons quant à nous appris cette annulation après la fin de la marche des portraits, au moment où se tenait la conférence de presse qui la clôturait.

      D’après ce que les 2 plateformes nous ont précisé, la réunion qui a conduit à l’annulation de ces 7 rassemblements a eu lieu à 8H30 au campement d’Urrugne. A cette heure-là, le dispositif policier concernant la marche des portraits était déjà en place et n’a pas été modifié après. Et de toutes façons, nous avions déjà gagné notre pari : depuis bien des jours, voire des semaines déjà, nous avions déjà fait rentrer et caché dans divers endroits du centre ancien les portraits présidentiels qui devaient être brandis pendant la marche. Nous avions fait rentrer et caché dans divers appartements et locaux du Petit et du Grand Bayonne, dès le samedi en début d’après-midi, 200 activistes, toutes et tous prêt-e-s à être arrêté-e-s et mis-e-s en garde-à-vue, afin d’assurer la marche des portraits même si le centre ancien, composé de ces deux quartiers, devait être complètement encerclé. Nous étions déjà gagnant-e-s à tous les coups : soit nous arrivions à faire notre marche des portraits, soit la police avait pour consigne d’arrêter nos activistes, démultipliant l’impact médiatique international et la portée de notre message. Nous n’avions donc rien à négocier !

      b) Cette intox servait l’intérêt des autorités : outre les divisions et affrontements supplémentaires qu’elle allait inévitablement créer dans le camp des anti-G7, elle leur sauvait un peu la face. Si des portraits présidentiels réquisitionnés et recherchés par police et gendarmerie de toute la France pouvaient ressurgir dans une des zones les plus sécurisées de l’Hexagone, ce ne devait pas être parce que les autorités avaient été incapables de l’empêcher mais parce qu’elles l’avaient autorisé, dealé : « Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs. »

      Celles et ceux qui s’étonnent de voir que les autorités n’aient pas eu la même attitude avec la marche des portraits qu’avec le rassemblement du samedi après-midi, pour lequel le Petit Bayonne était entièrement encerclé par un dispositif policier disproportionné, et à l’occasion duquel la police a procédé à plusieurs dizaines d’arrestations, sont soit très naïfs politiquement, soit particulièrement de mauvaise foi. Bien évidemment, cela ne représente pas le même coût médiatique et politique pour l’État d’arrêter, devant des centaines de médias nationaux ou internationaux, des activistes au visage masqué et accusés de jeter des pavés sur la police, que d’arrêter des militants climat non-violents, à visage découvert, parce qu’ils sont porteurs de tableaux emballés. Le premier cas de figure ne représente aucun coût politique pour l’État et lui permet même de justifier le véritable état de siège qu’il a imposé aux villes de Biarritz, Anglet et Bayonne. Le second cas de figure met un plus grand coup de projecteur sur le fait que les militant-e-s climat de son propre pays se font arrêter parce qu’ils dénoncent l’inaction écologique du président Macron. C’est un des points forts des stratégies non-violentes, à savoir que la répression et les arrestations, loin de constituer des échecs et des affaiblissements de l’action, en accentuent souvent le succès et l’écho positif (exemples du McDo de Millau ou des Artisans de la Paix à Louhossoa), les rendant plus difficiles à manier pour le pouvoir que dans le cas des stratégies violentes.

      4) « Bizi collabo, protège les banques »

      C’est un des graffitis réalisés sur notre local après le G7, et le message amplement relayé par les réseaux sociaux dits “radicaux” qui l’illustrent d’une photo du service de médiation de la manifestation du samedi 24 août, placé devant une agence du Crédit Maritime.
      Bizi a effectivement activement participé au service de médiation de la manifestation du 24 août à Hendaye, et l’assume pleinement. Nous avons dû fournir un tiers des 300 membres de ce service de médiation et une bonne partie de l’encadrement. Nous n’étions pas les seuls, loin de là, et diverses organisations basques notamment, de la gauche indépendantiste et anticapitaliste abertzale, y ont activement contribué. Ce service de médiation était placé en tête et en fin de manif, et devant tous les commerces et établissements qui longeaient son parcours, dont cette agence du Crédit Maritime. Alors, avons-nous protégé “les banques” ? Non, nous avons protégé et fait respecter la décision collective des 2 plateformes organisatrices de la manif, qui était de réaliser une grande manifestation populaire et pacifique.

      Quand la plateforme G7EZ est venue demander à Bizi de s’investir dans ses rangs, nous avons rappelé que nous ne participions qu’à des actions et mobilisations 100 % non-violentes. Il nous a alors été répondu que la plateforme n’organisait que des mobilisations pacifiques, libre à celles et ceux qui voulaient organiser d’autres types de mobilisations de le faire en dehors. Un tel choix était fait avant même que Bizi ne s’investisse dans la plateforme.
      Quant à nous, nous ne faisons qu’être cohérents et honnêtes envers celles et ceux qui nous suivent et nous font confiance. A partir du moment où l’on déclare que la manifestation du 24 août à Hendaye sera pacifique et populaire, alors il faut s’en donner les moyens et ne pas se contenter d’un vœu pieux. Et cela d’autant plus au cours d’une année marquée par une succession de manifs ayant connus affrontements à répétition et violente répression, et dans un contexte de G7 et d’occupation policière.
      Bref, notre conception de l’action militante est de se donner les moyens de garantir le résultat recherché, et non de se contenter de le désirer. Et de respecter la partie de la population qui nous fait confiance : si on l’invite à participer à une manifestation pacifique, nous devons faire le maximum -rien n’étant jamais sûr à 100 %- pour que ce soit le cas.
      Au-delà de ce devoir de cohérence et d’honnêteté, cela correspondait également à notre analyse politique de ce qu’il fallait faire et de ce qu’il fallait éviter, comme nous l’écrivions dans le texte interne de Bizi déjà cité : “Nous devons maintenant faire en sorte que cette manifestation se déroule le mieux possible car si elle dégénérait en affrontement, l’État gagnerait la partie dès le début du G7. Il aurait beau jeu en effet d’expliquer que la tenue du contre-sommet à Hendaye et à Irun déclenche affrontements et dégradations et qu’il avait donc bien fait d’interdire ce contre-sommet à Bayonne, et de militariser la zone autour de Biarritz. Même si des affrontements éclataient par la suite autour de Biarritz, pour la plupart des gens, tout ça aurait démarré du fait de la mobilisation anti-G7 et non pas du fait de l’occupation policière et militaire de Biarritz, Anglet et Bayonne. Nous aurions dès lors perdu la bataille de l’opinion publique pour la plus grande satisfaction de Macron et des organisateurs du G7.”

      Quant à protéger les banques, que celles et ceux qui comptaient s’y attaquer sachent qu’il n’y a pas que l’agence du Crédit Maritime d’Hendaye en Pays Basque nord. Des dizaines et des dizaines d’agences HSBC, BNP, Société Générale, Crédit Agricole, LCL etc. sont présentes dans ses villes et ses villages. Aucune ne semble pourtant avoir été la cible d’une quelconque attaque durant la semaine du contre-G7 et du G7. Par contre, depuis que Bizi existe, nous attaquons régulièrement, d’une manière non-violente et permanente, ces banques-là et leur politique (campagnes de boycott, premières réquisitions de chaises anti-évasion fiscale, multiples occupations et actions pour dénoncer leurs investissements climaticides, etc.). Et cela nous a régulièrement valu passages au commissariat, procès, descente policière et perquisition du local (à la recherche des sièges réquisitionnés à l’agence HSBC de Bayonne) qui vient d’être graffité “Bizi collabo, protège les banques”.

      5) Aveu d’impuissance

      Cette rage à vouloir faire endosser aux stratégies et mouvements non-violents la quasi-absence d’affrontements ou de perturbations violentes contre le G7 (qui rappelons-le ne se tenait pas à Hendaye ni à Irun mais à Biarritz) cache surtout un refus de regarder la vérité en face et de tirer les vrais bilans politiques de ce G7. Celles et ceux qui avaient pour objectif de bloquer le G7, voire d’en empêcher la tenue (Bizi de son côté ne s’est jamais fixé ces objectifs stratégiques-là, ne les pensant pas possibles), n’ont pas réussi à le faire de par leur faible mobilisation d’une part, et du fait des moyens énormes mis en place par l’État d’autre part. Bizi a participé au service de médiation de la manifestation d’Hendaye, que ses organisateurs voulaient pacifique, mais nous n’avons jamais tenté d’empêcher ni de gêner quelque action que ce soit, violente ou non-violente, du moment qu’elle n’affectait pas les événements et mobilisations dont nous étions co-organisateurs.
      Nous ne portons aucun jugement sur les stratégies autres que la nôtre, et ne perdons pas d’énergie ni de temps à les attaquer, du moment qu’elles se font de leur côté et qu’elles ne prétendent pas s’imposer dans celles que nous organisons ou co-organisons.
      Bien que présents en nombre dans les rues, appartements et locaux du Petit Bayonne le samedi 24 août, il ne nous serait pas venu à l’idée d’essayer d’empêcher celles et ceux qui voulaient s’affronter avec les forces de l’ordre de le faire. Pourtant, nous pensions qu’il s’agissait d’une erreur. Les manifestants étaient pris dans une véritable nasse, et la disproportion des forces en présence ne laissait présager qu’un seul scénario : les forces de l’ordre -encore moins le G7- ne souffriraient d’aucune perturbation conséquente, et par contre elles disposeraient enfin des quelques images d’escarmouches violentes justifiant l’occupation policière de la côte basque, et de quelques dizaines d’arrestations. Mais nous n’étions pas partie prenante de cette manifestation et n’avions pas à y introduire nos visions stratégiques ou nos mots d’ordre. Nous demandons juste que les partisans de la violence fassent de même avec nous, et se concentrent plutôt à gêner l’État et le système capitaliste, que les mouvements avec lesquels ils ne sont pas d’accord.
      Quand nous lisons “Le vrai ennemi de ce sommet ne résidait pas dans le carnaval de Biarritz, inatteignable, mais bel et bien dans une gauche qui tente de se recomposer à travers des mobilisations pacifistes. Détruire leur mobilisation, les déborder, a été la chose la plus productive qui a été faite cette semaine-là. Ce qu’il fallait faire ? Déborder la manifestation d’Hendaye. Montrer à ce vieux monde qu’il n’a plus aucune place dans le nouveau contexte.” (3)” ou bien encore “Les altermondialistes comme Bizi ou Attac sont nos pires ennemis” (4), cela ne nous intimide pas plus que la répression policière. Par contre, nous y voyons un aveu d’impuissance de certaines stratégies. Se révélant incapables de détruire le système, elles se fixent un objectif paraissant plus à leur portée : détruire celles et ceux qui ne pensent pas comme elles et eux.

      Pour conclure, nous utilisons régulièrement les guillemets quand nous utilisons le mot « radical ». Car nous ne confondons pas radicalité et violence. Sont pour nous radicales les stratégies et les actions qui affaiblissent l’adversaire et renforcent le camp alternatif.
      Nous essayons au quotidien, à travers les luttes auxquelles nous participons et les alternatives que nous contribuons aux côtés de beaucoup d’autres à construire, d’être radicales et radicaux. Nous avons pour notre part choisi la stratégie 100 % non-violente. Nous avons le sentiment au cours de ces 10 ans d’avoir globalement renforcé le camp alternatif, et à certains moments d’avoir aidé à remporter des victoires qui ont gêné le système que nous combattons, même si c’est à notre -très- humble niveau.

      Bizi, le 4 septembre 2019

    • Deux traducs de tribunes publiées ces derniers jours, qui donnent un aperçu assez limpide des positions exacerbées au Pays Basque suite au contre-sommet. cc @val_k @rastapopoulos @vanderling

      Réflexions après le G7 : du ghetto à la politique en majuscules
      https://www.naiz.eus/es/iritzia/articulos/reflexiones-tras-el-g7-desde-el-ghetto-a-la-politica-con-mayusculas
      Miguel Angel Llamas Montoya « Pitu »
      (journaliste chez ahotsa.info, précédemment chez apurtu.org, webtélé antirépressive, son travail d’information sur la situation des prisonniers politiques basques et de leurs familles l’ayant amené à être incarcéré sans jugement en 2011 pour 18 mois, sur ordre du juge Grande-Marlaska, devenu entre-temps ministre de l’intérieur, NdT)

      La frustration de certains éléments « super-révolutionnaires » basques qui n’ont même pas été en mesure de se mobiliser contre la présence du G7 est maintenant destinée à critiquer la gauche abertzale, pilier fondamental de l’organisation de ce contre-sommet.

      Après le contre-sommet contre le G7, une réflexion sur ce qui s’est passé à Irun-Hendaia et sur les mobilisations et les activités organisées par la plate-forme G7Ez devient nécessaire.

      Tout d’abord, il est essentiel d’analyser le contexte dans lequel le G7 est arrivé en Lapurdi : Euskal Herria est plongé dans un « processus de paix » guidé par le changement de stratégie de la gauche abertzale et par son engagement à adopter des méthodes exclusivement démocratiques. ; le G7 était protégé par des milliers et des milliers de policiers de toutes les couleurs qui ont imposé un état d’exception dans lequel tout mouvement contestataire devait être réprimé, ce qui a semé la peur avec un message clair : ne venez pas en Euskal Herria, ne sortez pas dans la rue pour protester.

      Dans ce contexte, le pari de la plate-forme G7Ez était de démontrer qu’il existe des alternatives au capitalisme sauvage et d’essayer de donner une réponse aussi massive que possible à l’occupation militaire. Pour cela, et en raison des relations et des complicités tissées pendant des mois avec des secteurs très divers, une série de conférences et d’activités de hauts niveau et qualité a également été organisée, qui ont disposé également de toutes les infrastructures nécessaires pour que des milliers de personnes puissent y participer : Ficoba , des locaux et des espaces publics à Hendaye, le camp d’Urruña ... Que tout cela se soit passé de manière normalisée malgré la grande présence policière et l’arrivée de centaines de personnes en dehors de l’organisation interne des événements, a exigé un grand effort militant. En soi, cela a mis à l’épreuve la capacité de la plate-forme et montre que l’organisation populaire peut être une alternative au capitalisme.

      Les activités réalisées au Ficoba se sont passé comme prévu, ainsi que la manifestation massive organisée entre Hendaye et Irun. En ce sens, l’évaluation de la plate-forme G7Ez a été très positive. Cependant, ils ont décidé de suspendre certains actes, en comprenant que les garanties pour la sécurité des personnes qui allaient y participer étaient insuffisantes. Quelques heures avant de prendre cette décision, de graves incidents s’étaient produits dans le camp. Certaines personnes extérieures à la plate-forme G7Ez ont fait face à la police qui se trouvait à proximité immédiate du camp samedi soir, créant une situation dangereuse pour tous ceux qui dormaient déjà sur les lieux. Deux jours auparavant, des incidents similaires avaient eu lieu et la police était sur le point de l’expulser. La médiation de la plate-forme G7Ez l’a empêché.

      Des groupes extérieurs à la plate-forme G7Ez et certains gilets jaunes ont critiqué le pari de la plate-forme de faire en sorte que leurs actes soient toujours pacifiques, et ont opté pour une action directe sans éviter la confrontation avec la police. Mais la forte présence policière et le petit nombre de personnes rassemblées ont rendu impossible la réussite de ces actions : la marche qui a quitté jeudi le camp pour tenter de couper l’autoroute à Urruña a été interceptée par la police et s’est terminée par plusieurs arrestations et charges à proximité immédiate du camp ; la manifestation de samedi dans la capitale labourdine n’a pas réussi à esquiver le contrôle de fer imposé par la police autour du Petit Bayonne, et il y avait presque autant de journalistes que de manifestants dans la marche ; d’autres mobilisations en dehors de la plateforme n’ont rassemblé que plusieurs dizaines de personnes totalement contrôlées par la police française, comme ce fut le cas dimanche à Bidart. Tout cela montre que la stratégie de ces groupes n’était rien de plus qu’un coup de spectacle, un pari sans véritable base, un château de cartes qui au moindre vent contraire s’écroulait. Une fois encore, des groupes avec des slogans plus révolutionnaires et ultra-gauches ont démontré leur manque de réalisme et leur capacité à faire de la politique avec des lettres majuscules. Bien entendu, leurs critiques de la plate-forme G7Ez les accusant de collaborateurs et de fascistes ont été entendues dans toutes les assemblées.

      D’ailleurs, totalement inacceptables les graffitis et dégâts dans le camp construit avec l’infrastructure du mouvement populaire et dans les maisons voisines, les manques de respect dans les assemblées, les agressions et menaces à l’encontre de journalistes couvrant certaines mobilisations, l’agression sexiste produite la veille du contre-sommet ... En outre, il a été découvert qu’au moins une flic s’était infiltrée dans un groupe venant de France. Il y en avait sûrement plus, et je ne serais pas surpris que ce soit une de ces personnes qui, à tout moment, incitait à la violence. L’histoire nous montre que les appareils d’État utilisent ces infiltrations pour conduire les mouvements révolutionnaires à des paris stratégiques insensés. Parce que nous savons déjà que dans certaines ambiances, le plus révolutionnaire est celui qui se montre le plus radical, bien que ce qu’il énonce manque de réalisme.

      Il y a ceux qui sur les réseaux sociaux ont fait des comparaisons entre le sommet de Biarritz de 2000 et celui-ci, avec la nostalgie des incidents survenus à l’époque. Ni l’appareil de police n’a été le même (de tels incidents n’auraient plus été possibles aujourd’hui) ni l’enjeu du contre-sommet n’était d’offrir cette image. La frustration de certains éléments « super-révolutionnaires » basques qui n’ont même pas été en mesure de se mobiliser contre la présence du G7 est maintenant destinée à critiquer la gauche abertzale, pilier fondamental de l’organisation de ce contre-sommet. Mais c’est une pure frustration, ni plus ni moins. Pratiquement, aucune organisation située dans ce que nous appelons « la dissidence de la gauche abertzale » n’a appelé à des mobilisations ou n’a été vue en Pays Basque Nord.

      Je crois que la gauche abertzale et son projet politique anticapitaliste sortent renforcés après le G7. J’aurais aussi aimé que les mobilisations soient plus fortes et massives, mais il ne faut pas perdre de vue le contexte marqué par cette militarisation de l’ensemble du territoire. Et l’important, à cette occasion, a été de montrer qu’il existe une alternative au capitalisme que dirigent ces pays, et de tisser des alliances avec les secteurs politiques qui se trouvent dans ces éléments clé, projetant envers l’ensemble de la société une image de sérieux et de crédibilité qui manque à ceux qui évoluent encore dans les mêmes ghettos politiques d’il y a 20 ans. Lorsque le système capitaliste est plus cruel que jamais et que ses interrogations se développent dans de larges couches de la société, c’est là que l’offre d’une alternative réelle devient plus nécessaire. Et là, la gauche abertzale a été le protagoniste incontesté.

      Enfin, je tiens à remercier l’organisation du contre-sommet pour le travail accompli et les facilités accordées aux journalistes qui ont couvert les événements, eskerrik asko !

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      Suite au contre-sommet du G7
      https://www.argia.eus/albistea/g7aren-kontragailurraren-harira-sendoa-jurado-eta-ziortza-fdez-larrazabal-sup
      Sendoa Jurado et Ziortza Fernandez Larrazabal, "super-révolutionnaires"
      (membres du mouvement ATA, Amnistie et Liberté, NdT)

      Après l’article de Miguel Ángel Llamas publié dans Naiz (« Réflexions après le G7 », 2019/08/27), nous ne pouvions pas rester sans répondre. Ce désir ne vient pas du fait que nous croyons devoir répondre à quiconque ne correspond pas à notre opinion, mais parce qu’il rassemble des idées que Sortu répand depuis un certain temps et, en outre, parce que nous pensons que cela inclut une tentative d’essayer de criminaliser d’autres secteurs.

      Pour commencer, nous t’expliquerons quel est le rôle de la social-démocratie vis-à-vis du mouvement populaire et, le cas échéant, vis-à-vis des expressions révolutionnaires. Nous n’expliquerons rien que tu ne saches pas déjà, car nous supposons qu’à une autre époque, tu as également critiqué l’attitude des sociaux-démocrates, puisqu’ils ont longtemps eu pour fonction de ne rien laisser protester contre les différents sommets capitalistes, y compris à des moments où ils nous ont tous et toutes, y compris toi, mis dans le même sac de "super-révolutionnaires".

      Le rôle de la social-démocratie est de désactiver le mouvement populaire et de faire en sorte que personne ne dépasse le cadre juridique de ceux qui nous piétinent. Pour cela, elle occupe et contrôle les espaces naturels du mouvement populaire, elle le fait avec son message et convertit ces espaces, au nom du possibilisme et du pacifisme, en slogans vides.

      La social-démocratie est la carotte que nous montre le capitalisme, tandis que le bâton est celui de la police. Les deux se sont retrouvés à Biarritz lors du sommet du G7 et cherchent à désactiver le mouvement populaire. Le premier par l’assimilation et le second par la peur.

      La social-démocratie n’accepte rien de ce qui se trouve à sa gauche, et pour cela elle remplit de merde tout l’espace entre le mur et elle. Comment ? En méprisant et caricaturant les personnes et les mouvements qui veulent occuper cet espace. Avec des expressions comme « super-révolutionnaires », « ils sont loin de la réalité », « ils font le jeu de l’ennemi » et autres du même genre. Certainement, Miguel-Angel, que cela t’est également familier, car ça ressemble à des expressions que tu utilises également dans ton article. Pour maintenir l’hégémonie, la social-démocratie juge essentiel de détruire tout ce qui reste à sa gauche. Ils sont la gauche.

      Pour expliquer la façon de faire de la plateforme G7 Ez ! tu mentionnes le contexte politique d’Euskal Herria et le « processus de paix ». Dans le même paragraphe, tu expliques l’état d’exception imposé par la police. Alors quel processus de paix, bordel ! Il s’agit ici d’un processus de désactivation du mouvement populaire et de la ligne révolutionnaire, joint à l’acceptation du monopole de la violence pour les gestionnaires du système. Ce processus a eu lieu à partir de 2009 sur les conseils des faux pacifistes venus en Euskal Herria main dans la main avec l’impérialisme, et a bénéficié de l’aide essentielle du réformisme, comme l’a expliqué Otegi [secrétaire général de la coalition EH Bildu dont la composante majoritaire est Sortu, a été membre d’ETA dans les années 70 et à oeuvré à sa dissolution à partir des années 2000, NdT] dans le procès Bateragune [voir https://seenthis.net/messages/799589 ]. Contrairement au militantisme, il l’a bien expliqué au juge, marquant une ligne de démarcation entre les "bons" et les "mauvais". Cette ligne tu la traces également dans ton article, et c’est vraiment pas beau : "C’était pas moi, monsieur !"

      En quelques années, certains ont fait l’innommable pour faire éclater le mouvement populaire, ont rompu les relations avec ceux qui n’entrent pas dans la bergerie, en sont venus à voler des bureaux en utilisant les outils de la légalité bourgeoise, ont discuté avec la police (nous attendons toujours des explications à propos de la rencontre avec Ares [ancien ministre de l’intérieur de la Communauté Autonome du Pays Basque, NdT]), ils ont tabassé des jeunes, ils ont censuré ... et pourtant, Miguel-Angel, il te semble étrange que la "dissidence" n’ait pas eu la force d’organiser quoi que ce soit contre le G7. Vous avez volé le papier toilette et vous dénoncez maintenant le fait que chez nous il n’y a pas moyen de se nettoyer le cul.

      Ceux d’entre nous qui n’ont pas eu la capacité d’organiser quoi que ce soit contre le G7 ont des questions sur lesquelles réfléchir et sur quoi travailler. Nous vivons dans une autocritique constante. Nous pensons que sur cette voie il y a de quoi être optimiste et que, à l’avenir, nous pourrons développer une ligne révolutionnaire renforcée. Vous autres, Miguel-Angel, vous avez le droit de prendre le chemin que vous voulez, c’est tout ce qui manquait. Continuez à louer des salles de congrès coûtant des milliers d’euros, continuez à pacter votre activité politique avec l’ennemi, continuez à donner de la stabilité au gouvernement espagnol, continuez à transformer ceux qui ont été libérés en fonctionnaires politiques, continuez à mettre des cordons humains pour protéger les banques, continuez à essayer d’obtenir que les familles reçoivent les prisonniers en privé [référence aux ongi etorri cf https://seenthis.net/messages/799589 ], mais de grâce, arrêtez d’occuper avec vos pieds la chaise que vous avez abandonnée il y a longtemps.

      [edit du 07/09 : quelques corrections de passages mal traduits]

    • Au sommaire du dernier CQFD n°179
      http://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no179-en-kiosque

      La société civile « Bayonnée » – G7 : un contre-sommet noyé dans le kaki > Depuis l’émergence du mouvement altermondialiste, jamais un contre-sommet du G7 n’avait connu une si faible mobilisation. En cause notamment, la militarisation du maintien de l’ordre, la « neutralisation stratégique » du mouvement social, des arrestations arbitraires et des interdictions administratives de territoire.

      pas encore lu because pas encore reçu peut être plus tard sur leur site mais je préfère lire CQFD sur le papier.


      https://commesuit.tumblr.com
      #Pirikk pour la couverture de ce 179 ème numéro de CQFD

    • @rastapopoulos anars français qui pour le coup sont assez en phase avec la ligne ATA. La ligne Sortu, celle qui a changé de stratégie ce dernières années, laisse l’impression d’avoir gardé certains réflexes d’une autre époque, en termes de dirigisme (en ce sens la remarque de désarmons "on ne passe pas de trente ans de lutte armée au sein de groupes communistes autoritaires à un alternativisme babos sans conserver les vieux réflexes disciplinaires qui permettent de garder la face…et de régler ses comptes avec ses détracteur/ices" met le doigt sur un malaise, même s’il ne s’adresse pas à la bonne cible).

      Pitu c’est quelqu’un que je trouve respectable mais sa tribune là c’est presque une caricature dans l’autosatisfaction aveuglée.
      Et les ATA même si je partage pas leur vision stratégique j’ai de la sympathie pour eux vu ce qu’il se prennent dans la gueule.

      Bref de quoi relire Simone https://seenthis.net/messages/326630

  • Vincenzo Vecchi. La justice demande un supplément d’information [Vidéo] - Rennes - LeTelegramme.fr
    https://www.letelegramme.fr/ille-et-vilaine/rennes/vincenzo-vecchi-la-justice-demande-un-supplement-d-information-23-08-20

    Les autorités italiennes devront donc fournir des détails à la justice française concernant les deux procès lors desquels il a été condamné. Le mandant d’arrêt européen, selon la défense, serait « incomplet ». L’homme avait été arrêté le 8 août dernier dans son village et incarcéré le 9 août à la prison de Vezin-le-Coquet près de Rennes, après huit ans de « cavale ». En 2012, ce militant anticapitaliste de 46 ans avait été condamné à 12 ans de prison en Italie pour « dégradations et saccages » lors des manifestations anti G8 à Gênes (Italie) en 2001. Il a également été condamné pour sa participation à une manifestation anti-fasciste en 2006.

    « Peines disproportionnées »
    Un comité de soutien composé d’amis et de connaissances a rapidement pris forme, dénonçant des peines de prison « disproportionnées » par rapport aux faits qui lui sont reprochés. L’homme « discret et sympathique » s’était fait une place au cœur de son village.
    Dans un arrêt distinct, la même chambre de l’instruction s’est prononcée pour une enquête de faisabilité afin de placer l’homme sous assignation à résidence sous bracelet électronique. Jeudi, il avait demandé par le biais de la visioconférence à être remis en liberté au domicile de sa compagne en attendant que la justice ne se prononce sur sa remise aux autorités italiennes. La chambre de l’instruction rendra sa décision après retour de l’expertise de faisabilité dans deux ou trois semaines.

  • Vulgarité, #Masculinisme : équation pour un avenir politique
    https://joellepalmieri.wordpress.com/2019/08/23/vulgarite-masculinisme-equation-pour-un-avenir-politique

    Salvini, Trump, Johnson, Bolsonaro… la liste est longue des chefs d’État dont les xénophobie, homophobie, #Racisme et sexisme sont dénoncés par les commentateurs et parfois par quelques homologues. Banalisés, fers de lance des différentes campagnes électorales, ces axes de haine sont conjoints. Ils ont de plus en commun de placer la sexualité (masculine hétérosexuelle) au … Lire la suite →

    #Humeurs #Afrique_du_Sud #Brésil #Etats-Unis #Fascisme #Italie #Royaume_uni #Traditionalisme #Violences


    https://0.gravatar.com/avatar/9756ba41fe8333157071419a20733f4a?s=96&d=https%3A%2F%2F0.gravatar.com%2Fa

  • Le nouveau conseiller d’Édouard #philippe est un ancien militant de l’extrême-droite italienne
    https://lemediapresse.fr/international/le-nouveau-conseiller-dedouard-philippe-est-un-ancien-militant-de-lext

    Sandro #Gozi, 51 ans, conseiller d’Edouard Philippe depuis ce mois d’août, a été membre d’une formation d’extrême droite italienne dans les années 1980 et 1990. C’est ce que révèle, preuves à l’appui, le journal Il Primato Nazionale, proche de la formation néo-fasciste italienne Casa Pound.

    #International #fascisme #Italie #Lega #M5S #Macron #Matignon #MSI

  • L’invention du #capitalisme : comment des #paysans autosuffisants ont été changés en #esclaves #salariés pour l’#industrie (par Yasha Levine) – Le Partage
    https://www.partage-le.com/2018/10/linvention-du-capitalisme-comment-des-paysans-autosuffisants-ont-ete-cha

    Patrick Colquhoun, un marchand qui monta la première « police de prévention » privée d’Angleterre pour empêcher les travailleurs des docks d’arrondir leurs maigres salaires avec de la marchandise volée, fournit ce qui est peut-être l’explication la plus lucide sur la manière dont la #faim et la #pauvreté sont corrélés à la productivité et la création de #richesse :
    « La pauvreté est l’état et la condition sociale de l’individu qui n’a pas de force de travail en réserve ou, en d’autres termes, pas de biens ou de moyens de subsistance autres que ceux procurés par l’exercice constant du travail dans les différentes occupations de la vie. La pauvreté est donc l’ingrédient le plus nécessaire et indispensable de la société, sans lequel les nations et les communautés ne pourraient exister dans l’état de civilisation. C’est le destin de l’homme. C’est la source de la richesse, car sans pauvreté, il ne pourrait y avoir de travail  ; et il ne pourrait donc y avoir de biens, de raffinements, de conforts, et de bénéfices pour les riches. »

    La formule de Colquhoun est si juste qu’elle mérite d’être répétée. Car ce qui était vrai à l’époque l’est encore aujourd’hui :
    « _La pauvreté est donc l’ingrédient le plus nécessaire et indispensable de la société […], c’est la source de la richesse, car sans pauvreté, il n’y aurait pas de #travail  ; et il ne pourrait donc y avoir de biens, de raffinements, de conforts, et de bénéfices pour les #riches_ . »

  • En 2009, le groupe de rap électro américain #N.A.S.A sort son premier disque. Depuis, ils sortent des titres de temps en temps, en général avec des invités au chant.

    Leur version de 2014 de I Shot The Sheriff, avec #Karen_O, la chanteuse des Yeah Yeah Yeahs, est déjà passée ici :
    https://seenthis.net/messages/790992
    https://www.youtube.com/watch?v=n8GTewTUQeg

    En 2015 c’est à #Lizzo qu’ils font chanter une version déjantée de Iko Iko :
    https://www.youtube.com/watch?v=wYagu-vGqRs

    Et cette même année, c’est avec le rappeur #KRS_One qu’ils décident d’écrire une chanson contre l’#islamophobie, une chanson qui présente l’#islam de façon positive, et une #jihadiste de l’amour, qui fait exploser l’amour autour d’elle : Jihad Love Squad
    https://www.youtube.com/watch?v=Qdc6faYk3hs

    #Musique #Musique_et_politique #USA