• Les erreurs d’un livre | Michelle Zancarini-Fournel (sur Beaud & Noiriel)
    https://www.en-attendant-nadeau.fr/2021/02/25/erreurs-livre-beaud-noiriel

    On pourrait taxer mes remarques de pointillisme ; cependant, l’exigence de neutralité savante et de scientificité revendiquée tout au long du livre par les auteurs – et attestée dans les notes par leurs publications antérieures – est contredite par ces nombreuses erreurs et leur interprétation orientée. Or il existe une série d’études sérieuses (aucune n’est citée) sur ces différentes configurations socio-historiques qui auraient pu leur éviter ces bévues.

    Mais ce qui frappe en fin de compte dans ce livre, outre la délégitimation des jeunes chercheurs et chercheuses « adeptes de la question raciale » (p. 203) et « qui se trompent de combat » (p. 250), c’est tout ce qui est « mis à l’écart de la discussion », comme disait Pierre Bourdieu. Le concept de classe n’est jamais interrogé, ni dans sa définition, son extension et ses contours, ni dans l’historicité de son usage dans la production scientifique historique et sociologique. Plus étonnant encore, les mutations économiques et sociales dues au système capitaliste néolibéral depuis quarante ans ne sont pas prises en compte dans les explications : la délocalisation des activités industrielles, le chômage de masse malgré les luttes pour l’emploi contre les fermetures des entreprises, l’effondrement de pans entiers de l’activité économique, le développement du travail précaire, tous ces éléments qui expliquent le déclin de l’influence de la classe ouvrière, bien documenté par l’historien Xavier Vigna. Les antiracistes, qui ne sont pas à l’origine de ces profondes transformations, ne sont pas non plus responsables des discriminations et des violences policières, dont il n’est fait aucunement mention.

    Méconnaître et mettre en cause les mouvements antiracistes d’aujourd’hui qui dénoncent « un racisme systémique » (expression reprise dans le jugement d’un conseil de prud’hommes en 2019), c’est refuser de voir que, dans les slogans de novembre 2005, sur les pancartes des manifestations ou encore dans le discours d’Assa Traoré place de la République à Paris le 13 juin 2020, s’exprime une exigence d’universalité plurielle pour que la République française soit conforme à sa devise de liberté, d’égalité et de fraternité. Publier un tel livre dans le contexte politique actuel en France est, pour le moins, une ultime erreur.

  • La corde du diable | La Lucarne | ARTE
    https://www.youtube.com/watch?v=hte_XRH5nnU

    « La corde du diable » est le nom du barbelé, ce fil de fer inventé à la fin du XIXe siècle aux États-Unis qui emprisonne les hommes et les bêtes, de la prairie à la prison, de la base militaire à la frontière. C’est à travers ce prisme que Sophie Bruneau approche l’épineuse question de la surveillance et du contrôle. Un essai documentaire exigeant, à la force plastique stupéfiante qui présente une poignante réflexion sur la gestion politique de l’espace.

    « La corde du diable », c’est le nom donné par ses détracteurs au barbelé, ce fil de fer inventé à la fin du XIXe siècle aux États-Unis. Le film s’ancre dans les grands espaces américains et leurs kilomètres de clôture, comme si la trame narrative se dévidait en miroir de ces millions d’épissures acérées derrière lesquelles lorgnent les têtes de bétail. Point de départ : Omaha, dans le Nebraska, entre foire aux bestiaux, bottes rutilantes et Stetson poussiéreux. Claquements de fouet et musique bluegrass en fond sonore. De la prairie à la prison, de la base militaire à la frontière, la corde du diable emprisonne les hommes et les bêtes. C’est à travers le prisme de cet objet universel que Sophie Bruneau – coréalisatrice du remarquable documentaire Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, sur la souffrance au travail – aborde l’épineuse question de la surveillance et du contrôle.

    Intensité
    « J’ai été saisie, dit-elle, par la force révélatrice du fil de fer barbelé et la possibilité de raconter, à travers lui, tout un pan significatif de l’histoire contemporaine. » Cet essai documentaire exigeant, à la force plastique stupéfiante, rappelle le cinéma de Chantal Akerman par sa capacité à dilater le temps, insufflant une saisissante intensité aux témoignages qui l’émaillent : un Indien à la frontière entre le Mexique et l’Arizona, une anthropologue qui conserve les effets posthumes de ceux qui tentent de franchir le désert les séparant de l’eldorado, et qui meurent de soif avant de l’atteindre. Elle-même anthropologue de formation, Sophie Bruneau signe une poignante réflexion sur la gestion politique de l’espace.

    Documentaire de Sophie Bruneau (France/Belgique, 2014, 1h29mn)

  • « Irak, destruction d’une nation » : la série documentaire événement à voir en avant-première sur Mediapart | Documentaires | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/international/irak-destruction-d-une-nation-la-serie-documentaire-evenement-voir-en-avan

    Des premiers jours de la guerre Iran-Irak, en 1980, à la défaite de l’État islamique, en 2017, quatre documentaires exceptionnels racontent quarante ans de conflits qui ont conduit le pays au chaos et ont changé le monde.

    Des premiers jours de la guerre Iran-Irak, en 1980, à la défaite de l’État islamique, en 2017, cette série documentaire de Jean-Pierre Canet, diffusée dimanche 31 janvier sur France 5 et à voir en avant-première sur Mediapart, raconte quarante ans de conflits qui ont conduit l’Irak au chaos.

    Une histoire irakienne autant qu’américaine et française où se mêlent intérêts diplomatiques, économiques et militaires, racontée par ceux qui l’ont vécue, à Washington, Paris ou en Irak. Une plongée sur 40 ans qui ont changé le monde.

    Épisode 1 – L’allié

    Aux premiers jours de 1980, Saddam Hussein, alors perçu comme un moderniste par les nations occidentales, s’engage dans une guerre totale contre son voisin iranien. L’Europe et les États-Unis voient le raïs comme un bouclier contre l’obscurantisme islamiste des mollahs.

    Épisode 2 – L’adversaire

    Persuadé que les grandes puissances le laisseront faire, Saddam Hussein envahit le #Koweït le 2 août 1990. Américains, Britanniques et Français s’accordent pour punir l’Irak, sans vraiment chercher de solution diplomatique. La guerre du Golfe enclenchée en janvier 1991 est aussi rapide que dévastatrice : les Irakiens sous un déluge de feu voient leurs infrastructures rasées. 100 000 soldats et au moins 60 000 civils meurent. S’ensuit un embargo long de douze ans, qui va faire payer au peuple irakien la mégalomanie de son président.

    Épisode 3 – Le condamné

    Pour une partie de la classe politique américaine, faire chuter le dictateur irakien est une obsession. Les attentats du 11 septembre 2001 leur offrent une opportunité unique d’y parvenir. Pour justifier la guerre à venir, Washington ment et accuse Saddam Hussein de posséder des armes de destruction massive et d’avoir soutenu les terroristes d’Al-Qaïda. Après une guerre éclair, la Maison Blanche administre le pays dans l’improvisation. Le chaos s’installe. D’un statut de libérateurs, les soldats américains deviennent des envahisseurs aux yeux des Irakiens.

    Épisode 4 – Le fantôme

    En 2007, en pleine guerre civile, le fantôme de #SaddamHussein, exécuté un an plus tôt pour crimes contre l’humanité, plane sur l’#Irak. Le raïs était un dictateur, mais il avait réussi à tenir le peuple irakien composé de sunnites, de chiites, et de minorités ethniques et religieuses. Les Américains, eux, sont dépassés par la violence qui déchire le pays où le terrorisme islamiste prospère. À coups de millions de dollars, ils financent les tribus sunnites pour combattre #Al-Qaïda et soutenir le nouveau régime. Mais #BarackObama décide le retrait des troupes américaines d’Irak en 2011 et laisse ainsi le champ libre au voisin iranien qui impose son influence. Une seconde guerre civile éclate.

  • ANTIFA – Chasseurs de skins – Marc-Aurèle Vecchione, Resistance films
    https://youtu.be/Fjw9ct1xjzg

    https://www.resistancefilms.com/fr/portfolios/antifa-chasseurs-de-skins

    Paris début 80, le mouvement Skinhead arrive en France, et s’apprête à defrayer la chronique pour la décennie à suivre, à coup de provocations, d’agressions et de crimes racistes.
    Des bandes vont se former et réagir ces agression en contre attaquant, dans une guérilla urbaine pour le contrôle des rues de Paris. Ils sont les Red Warriors, les Ducky Boys ou les Ruddy Fox et les jeunes parisiens les ont surnomés les “Chasseurs de Skins”.
    Leur motivation combattre le fascisme et les actes racistes par tous les moyens nécéssaires, quitte à retourner contre leurs adversaires la violence qu’ils ont subis.
    À travers des interviews exclusives, les membres des bandes les plus reconnus, reviennent sur leur histoire, leur engagement et livrent le témoignage de la situation de la jeunesse des rues d’ il y’ a 20 ans.
    À l’aide d’archives vidéos et photos exceptionnelles « ANTIFA » est un retour dans la rue des années 80 et la société de cette époque.

    #Paris #redskins #film

    • Furie Rock
      https://www.youtube.com/watch?v=Lpy7wAgJsIk

      Furie Rock est un court-métrage réalisé en 1988 dont le sujet est : 2 bandes rivales s’affrontent pour une fille qui partage sa vie entre les 2 groupes. Ces bandes sont les Asnays (joués par eux mêmes) et les Crazy Cats (jouées par des Ducky Boys et des #Red_Warriors). La qualité de la vidéo est pas terrible et ça tombe bien car ça s’accorde parfaitement avec le jeu des acteurs (qui n’en sont pas pour la plupart mais juste des figurants). J’avoue que je n’ai pas réussi à le regarder en entier et que j’ai zappé les 20 minutes pour voir les scènes les + cruciales. Bref, pas un chef d’oeuvre mais c’est quand même à voir car très rare.

      Et aussi :
      HAMSA, la rage au ventre - #Skins des Halles - Paris 1995
      https://seenthis.net/messages/682091

    • Je ne me doutais pas qu’une partie de ces « Chasseurs de skins » revendiquaient leur rôle de supplétifs du #PS et de SOS Race (qui n’a pas « récupéré » comme c’est dit dans le film mais bien cassé les mobilisations autonomes des jeunes issus de l’immigration) durant la deuxième moitié des années 80. Je ne savais d’ailleurs pas que cela avait été si régulier, me souvenant principalement de leur petit jeu de SO au service de l’Unef-Mnef-PS lors de la mobilisation contre la loi Devaquet.

      #apolitisme #conscommedesbites

  • Affaire Duhamel : Jean Veil, l’ami avocat qui savait tout - Potins glauques de la 5ème
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/27/affaire-duhamel-jean-veil-l-ami-avocat-qui-savait-tout_6067714_3224.html

    Ce pénaliste de renom, connu pour avoir défendu Dominique Strauss-Kahn, est un intime du politologue Olivier Duhamel, accusé d’inceste. Il admet avoir eu connaissance des faits, et peine à dessiner sa défense.

    Il savait tout. Il n’a rien dit. Il a laissé filer et il assume. « Secret professionnel » : sa ligne de défense tient en ces deux mots et confine au verrouillage. Bravache et sacrément « ancien monde », quand on parle d’un crime tel que l’inceste, imposé selon la victime plusieurs années durant par son ami et associé Olivier Duhamel à son beau-fils, alors âgé de 13 ou 14 ans. C’est ainsi chez l’avocat Jean Veil : pas de place pour la morale, le doute ou l’apitoiement ; le droit, rien que le droit.

    Il savait depuis au moins dix ans. « C’était entre 2008 et 2011 », raconte-t-il au Monde. A 73 ans, Me Veil consigne encore soigneusement tous ses rendez-vous, au quart d’heure près, dans des agendas rangés près de lui. Mais pour celui-là, aujourd’hui si important, il reste dans le flou. Dans son souvenir, l’actrice Marie-France Pisier était venue « au bureau ou à déjeuner, je ne sais plus ». Depuis qu’elle a appris que son neveu a été abusé sexuellement, une vingtaine d’années plus tôt, par Olivier Duhamel, mari de sa sœur Evelyne, elle veut crier sa colère au Tout-Paris et au célèbre avocat. « La conversation sur ce sujet a duré peu de temps, témoigne Me Veil. Je n’ai pas trouvé opportun d’en parler avec Olivier. Je ne suis pas un type curieux ; dans les drames de famille, je n’aime pas être indiscret. »

    L’actrice n’a pas choisi n’importe quel interlocuteur. Voilà un demi-siècle que Jean Veil et Olivier Duhamel se fréquentent. Tous deux sont des enfants de ministres du même bord, centristes et européens. Ils se sont connus adolescents dans des salons remplis de gens importants où régnaient leurs parents, Simone et Antoine d’un côté, Jacques et Colette de l’autre – un mélange très français de politique, d’affaires et de culture . L’avocat fut d’abord l’ami de Jérôme, l’aîné des Duhamel. A la mort de ce dernier dans un accident de voiture, en juillet 1971, son amitié se cristallise sur Olivier, le frère cadet.

    Jean Veil savait, mais se contentait d’observer son « ami absolu » poursuivre son ascension, happé vers le haut malgré le poids du secret
    Jusqu’à son troisième mariage, en 1987, Jean Veil a passé tous ses étés à Sanary, dans la propriété varoise des Duhamel. « Amis absolus », c’est ainsi qu’il a un jour désigné Olivier et son autre intime, feu le constitutionnaliste Guy Carcassonne. Un trio pour lequel il n’y avait pas de secrets, où les services se rendaient sans poser de questions. A la vie à la mort, comme dans les clans, et bouche cousue.

    Fidèle à ces principes, Jean Veil a excusé la faute sans voir le délit ou le crime, ni rien changer à ses habitudes ou prendre ses distances. Jean Veil savait, mais se contentait d’observer son « ami absolu » poursuivre son ascension, happé vers le haut malgré le poids du #secret, jusqu’à la tête de ce qu’il y a de plus sélect et de plus fermé chez les élites intellectuelles françaises : la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques (#FNSP) puis celle du #Siècle, ce club qui réunit tous les mois le gratin du pouvoir.

    Les deux hommes ont partagé jusqu’au plaisir d’écrire à quatre mains. Ce livre, notamment : La Parole est à l’avocat, sorti chez Dalloz en 2014 et réédité en 2020, l’année où Jean Veil publie pour sa part, chez L’Archipel, un recueil « des plus belles citations sur le courage ». Dans le dictionnaire du duo Veil-Duhamel, les entrées « enfant », « inceste », « #viol », « consentement » et « #famille » sont absentes.

    Leur première collaboration, c’est encore Olivier Duhamel qui en parle le mieux. En 2018, alors qu’il préside la FNSP, il consacre un « roman vrai » ["Colette et Jacques", Plon] à son père et à sa mère, Colette, une femme de caractère qui, après la mort de son mari, en 1977, épousa Claude Gallimard, patron de la prestigieuse maison d’édition. Celui-ci est vite gagné par la maladie. Colette, redoutable femme d’affaires, le conseille sur sa succession. Parfois, elle rêve tout haut et se dit que le meilleur pour diriger pareille institution serait son propre fils, Olivier. Mais puisqu’il faut un héritier Gallimard à la tête de la maison, elle affiche ses préférences : Antoine plutôt que son frère Christian.

    Etranges méthodes de persuasion

    « Colette voulait que Gallimard édite la revue Pouvoirs », créée par son fils Olivier en 1977, nous confie ce même Christian Gallimard, fondateur de la maison d’édition Calligram et désormais installé en Suisse. « J’avais deviné que c’était un moyen de le faire entrer dans la maison », poursuit-il. Il croit deviner des manœuvres et compte bien s’y opposer. Colette s’en émeut auprès d’Olivier, qui la rassure : « Ne t’inquiète pas, maman chérie, je vais trouver le moyen de le faire taire. » Dans la foulée, il appelle Jean Veil, lequel tente d’intervenir auprès des avocats de Christian.

    La suite, c’est Olivier Duhamel en personne qui l’écrit, dévoilant au passage d’étranges méthodes de #persuasion. Face à Christian Gallimard, il décide d’employer ce qu’il appelle les « grands moyens ». Son récit, façon polar, se passe de commentaires :

    « Tu arrêtes, sinon je te ferai taire, lance l’auteur à l’héritier Gallimard (…).

    – C’est une menace ?, répond ce dernier.

    – Absolument, répond alors Duhamel. J’ai un ami dans le grand banditisme. S’il le faut, j’embaucherai un tueur à gages.

    – Tu plaisantes ?

    – Pas le moins du monde. Si tu n’arrêtes pas, dans un mois tu es mort », écrit encore Olivier Duhamel, en concluant son récit par ces deux mots : « Il arrêta. »

    Jean Veil assure n’avoir pas lu le livre de son ami, mais il se souvient, en riant, que pour sa petite intervention dans ce dossier le groupe l’avait rémunéré « avec une collection complète de “La Pléiade” ».

    Ce cynisme rigolard et blasé, Jean Veil en a longtemps fait sa marque de fabrique. Emporté par la tourmente publique de cette affaire d’inceste, il peine encore à y résister. Reste qu’à l’heure de #metoo, il est des proximités difficilement défendables, même recouvertes de l’habit de l’amitié. Ses propres enfants, notamment sa fille, journaliste, sont furieux – effet de génération. Son frère cadet, Pierre-François, associé dans son cabinet, le soutient sans états d’âme apparents, mais à côté, combien de regards qui se détournent ?

    La récente publication chez Seuil de La Familia grande, de Camille Kouchner, sœur jumelle de l’adolescent abusé, a changé la donne. Pourquoi n’avoir rien dit ? Jean Veil n’exprime aucun remords. « Que fallait-il faire ? La victime ne parlait pas, Camille Kouchner me demandait des conseils sur son avenir de juriste, j’ai su que son jumeau s’était marié et avait eu des enfants. Au passage, la gémellité est importante dans cette histoire. »

    Pour la première fois de sa vie, il assume sa défense et non celle des autres ; et ses arguments glacent souvent au lieu de convaincre. Et puis, rien n’est clair dans cette affaire… A-t-il vraiment assuré au directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, alerté au sujet des agissements d’Olivier Duhamel, que cette histoire d’inceste n’était qu’un pur racontar ? L’avocat confirme ce témoignage si utile à l’institution, elle aussi critiquée. « C’est vrai, Frédéric Mion est venu à mon bureau. Je lui ai caché la vérité. » Il y a quelques jours, il s’est excusé, par SMS, auprès de l’intéressé « de ne pas avoir pu lui dire ».

    Le 15 janvier, nouveau coup de projecteur sur lui : il démissionne avec fracas du Siècle. La fille du fondateur du club, Marianne Bérard-Quelin, a osé lui demander ses intentions après le départ d’Olivier Duhamel et du préfet d’Ile-de-France, Marc Guillaume. Cette simple question l’a mis hors de lui. « J’ai été assez désagréable, convient-il, ça m’arrive souvent. Et je suis parti. » Il joue maintenant au fier en expliquant que, de toute façon, il allait bientôt atteindre la limite d’âge, et que, « franchement, on s’emmerde beaucoup au Siècle. Au conseil d’administration, il y a désormais la parité, on ne peut plus blaguer. »

    Habile manœuvrier

    Les pirouettes, il en a l’habitude. En janvier 2017, tout juste sacré avocat « le plus puissant de l’année » par le magazine GQ, il est invité à la télévision. Question d’une journaliste : « Ne faut-il pas mentir quand on est avocat ? » Esquive du pénaliste : « Il ne faut pas être pris quand on ment. » Trois ans plus tard, en pleine affaire Duhamel, l’habile manœuvrier ne peut plus s’en tirer par des parades. Avec Jacques Chirac, Dominique Strauss-Kahn ou Jérôme Cahuzac, il s’était pourtant rodé à défendre les puissants lorsqu’ils mordaient la poussière…

    Ses grandes années professionnelles commencent en 1998. Cette année-là, alors qu’il n’est pas encore une puissance du barreau, l’occasion se présente de sortir du rang. Dominique Strauss-Kahn, ministre de l’économie, est rattrapé par une vieille histoire : des honoraires perçus de la MNEF, une mutuelle étudiante proche du #PS et pour laquelle, comme avocat, il a – un peu… – travaillé. Alors qu’on parle d’une prochaine mise en examen de DSK, Jean Veil appelle son épouse, Anne Sinclair. « Je peux peut-être rendre service à Dominique ? »

    Le voici désormais dans une autre sphère. En marge de ce dossier, il perfectionne une méthode bien à lui. Règle de base : toujours s’entendre en amont avec les juges, souvent sensibles à son statut de fils de Simone Veil. Rester dans l’ombre et empêcher la diffusion d’images de ses clients à l’arrière de leur voiture et, pour cela, décaler, au dernier moment, les dates d’audition. Trouver pour ces occasions des entrées discrètes. Ne pas hésiter à monter au front avant le combat judiciaire, rechercher des soutiens, parfois intimider.

    DSK lui a trouvé un allié : Ramzi Khiroun, un jeune homme rencontré à Sarcelles (Val-d’Oise), qui, à force de débrouillardise, a vite su se rendre indispensable. « Jean, voilà ton cauchemar, lui lance DSK. Il ne fait pas ce que tu fais, tu ne fais pas ce qu’il fait. Ensemble, on va s’en sortir plus facilement. » A 49 ans, Ramzi Khiroun est aujourd’hui le principal conseiller d’Arnaud #Lagardère et membre du comité exécutif du groupe de communication dont Jean Veil a longtemps été l’un des avocats. Depuis un an, les deux hommes sont brouillés. « Nous nous sommes séparés sur des désaccords stratégiques », élude M. Khiroun. Jusqu’à l’affaire du Sofitel, en mai 2011, puis du procès du Carlton, le duo avait pourtant travaillé harmonieusement sur les diverses affaires concernant DSK.

    A gauche comme à droite, la palette des amitiés de Jean Veil est impressionnante. Mais c’est bien là, en Strauss-Kahnie, qu’il a trouvé ses meilleurs dossiers. En 2013, il hérite ainsi de celui de Jérôme Cahuzac, ce ministre du budget détenteur d’un compte en Suisse. Il travaille de nouveau avec une autre alliée : la communicante Anne Hommel, déjà sollicitée après l’arrestation de #DSK dans l’affaire du Sofitel de New York. Ensemble, pour le protéger, ils ont orchestré des campagnes pour discréditer ou affaiblir le témoignage de victimes d’agressions. Anne Hommel pense aussi que, dans son boulot, « la vérité n’est pas un sujet ».

    Aveux de Cahuzac, chute politique de DSK, Jean Veil en a déjà beaucoup vu quand, en 2013, il déjeune avec son vieil ami Duhamel, désormais associé à son cabinet. Ce jour-là, le politologue lui avoue, « sans détails » d’après lui, son « histoire avec le fils d’Evelyne ». Et pose une question : « Si ça éclate, seras-tu mon avocat ? » Jean Veil sait que cela ne sera pas possible, sans imaginer que ce pas de côté ne suffira pas à le protéger, à l’heure de la déflagration.

    « J’ai répondu que nous étions beaucoup trop proches pour que je puisse avoir de l’autorité sur lui, que je serais trop dans l’affect, précise-t-il. J’ai dû aussi essayer de le rassurer. » Ce jour-là, autour de la table, les deux amis soupèsent les chances de voir le scandale éclater. S’interrogent-ils aussi sur la manière de l’empêcher ? Jean Veil sort une fois de plus son joker : « secret professionnel », une formule magique censée le protèger même lorsqu’il ôte sa robe d’avocat.

    #pédigrées

    Comment Olivier Duhamel, accusé d’inceste, a cultivé son art du secret
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/14/olivier-duhamel-l-art-du-secret_6066184_3224.html

    Qui savait ? L’onde de choc des accusations d’inceste contre le politiste rattrape certains de ses proches. Notre enquête montre comment il a longtemps réussi à faire régner le silence en contrôlant ses réseaux.

    21 avril 2017. Les amis parisiens d’Evelyne Pisier sont réunis dans l’hôtel particulier qui abrite le Centre national du livre, le CNL, pour célébrer la mémoire de l’universitaire, deux mois après sa mort. La fin du quinquennat de François Hollande approche et le président est passé se joindre au groupe des fidèles de celle qui pilota la direction du livre du temps de Jack Lang. Avant de s’asseoir à ses côtés, le politiste et juriste Olivier Duhamel, l’époux de la défunte, a passé son bras au-dessus de l’épaule du chef de l’Etat, comme pour signer leur complicité. C’est lui qui chante le plus fort et tape des mains avec le plus d’entrain lorsque Teo Saavedra, un Chilien emprisonné sous Pinochet, prend sa guitare pour entonner Hasta Siempre, ce chant révolutionnaire cher à « Evelyne », qui, au milieu des années 1960, aima Fidel Castro quatre ans durant.

    Olivier Duhamel tient la main de Nadia Marik, la veuve de l’ancien directeur de Sciences Po Richard Descoings, qui passe désormais l’été dans la maison de vacances d’« Olivier », à Sanary-sur-Mer (Var). Le politiste paraît insouciant. Bien sûr, il a aperçu les regards des trois enfants de sa femme (nés de son premier mariage, avec Bernard Kouchner) se détourner quand il les a croisés, mais, en ce jour particulier, il est le veuf, et c’est lui qu’on réconforte. Ce soir, plus que jamais, il se sent intouchable.

    Depuis qu’en 2008 les trois enfants d’Evelyne Pisier (une fille et deux garçons) sont venus dire à leur mère que ce beau-père autrefois admiré avait abusé sexuellement du plus jeune des garçons lorsque celui-ci avait 13 ou 14 ans, Duhamel vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Jusque-là, ses beaux-enfants sont restés dans l’ombre et le silence. Sa réputation et sa surface sociale le protègent plus sûrement qu’un bouclier, mais quelques mots dans la presse pourraient couper net cette carrière si soigneusement bâtie.

    Jeux d’influence

    Qui le sait ? Une semaine exactement après la cérémonie d’avril 2017, Olivier Duhamel se retrouve à la table de la salle à manger de Sciences Po avec le directeur, Frédéric Mion, et Brigitte Macron. Depuis des mois, il distribue conseils et notes à son mari qui, maintenant il en est sûr, sera bientôt élu. Duhamel fait déjà la bise à Ismaël Emelien, le conseiller politique du futur président, qui a été son élève ici même, rue Saint-Guillaume. « Mon meilleur poulain », répète le politiste. En cette fin avril, chacun, devant Brigitte Macron, dresse à son tour le portrait-robot du premier ministre idéal. Un jeu, bien sûr, mais Duhamel en est.

    Les présidents changent, les ministres passent. Olivier Duhamel est déjà du côté du nouveau pouvoir. Il a été à bonne école. Dans le vaste appartement parisien de son père, Jacques, plusieurs fois ministre de Pompidou, des kyrielles d’hommes politiques, comme Edgar Faure, viennent déguster avenue Raymond-Poincaré le koulibiac de Benita, la cuisinière des Duhamel. Plus tard, Olivier Duhamel aimait lui-même aller jouer au poker et partager un whisky en bord de Seine dans la maison de Boissise-la-Bertrand (Seine-et-Marne) de l’ancien président du conseil – un as de toutes les combinaisons de la IVe et de la Ve.

    En ce printemps 2017, personne ne devine qu’avec la disparition d’Evelyne Pisier l’une des chaînes qui enserrent le secret d’Olivier Duhamel vient de sauter. Lui-même en a-t-il conscience ? Depuis des années, il n’a pas été vraiment inquiété. En 2009, lorsque la rumeur de relations sexuelles avec le plus jeune des fils d’Evelyne a commencé à circuler, l’incrédulité générale a été sa meilleure protection. « Un inceste ? Lui ? Impossible », répondaient les nouveaux initiés. Comment imaginer pareil comportement d’un homme qui dit le droit toute la journée ? L’inceste traverse toutes les couches sociales, mais, dans son monde, cercle de sociologues, de juristes, de médecins, de psys, de cinéastes et de journalistes, on semble encore l’ignorer. La révolution #metoo n’a pas encore fait basculer ces esprits soixante-huitards et féministes qui ont accompagné la révolution sexuelle et ne jurent que par la « liberté ».

    Les ficelles du régime

    Rares sont ceux – des femmes, en majorité – qui ont osé affronter Olivier Duhamel directement. C’est un détail oublié de cette histoire : l’homme n’est pas facile. Il a pourtant l’air cool, avec ses bracelets brésiliens, son briquet pendu par un cordon autour du cou et ses éternels polos. Même aux dîners du Siècle, ce club où se croise l’élite du pouvoir, il refuse la cravate, pourtant longtemps obligatoire. D’un côté, il cultive son allure anti-establishment ; de l’autre, il navigue avec une belle aisance au cœur de la nomenklatura. Il est puissant et influent ; ses colères sont intimidantes, sa façon d’humilier écrasante, ses blagues et ses remarques souvent liées au sexe.

    Il adore arranger des couples ou parrainer les nouvelles unions. Dans la vie professionnelle, il a la passion du piston. Devant lui, on a toujours un peu l’impression de passer un examen. Suis-je bon ? Serais-je invité dans son émission ? Il est le prof, toujours, malgré – ou peut-être à cause de – la menace d’opprobre qui plane au-dessus de lui. Au lieu de rentrer la tête, il continue d’échafauder des plans de carrière. Il « regrette », assurait sa femme, qui le soutenait sans réserve. « Tu sais, il n’arrête pas de se torturer », a-t-elle ajouté un jour devant son jeune fils. Pourtant, dans le même temps, il juge sa carrière entravée par les reproches de ses beaux-enfants. Julien Kouchner, l’aîné, entend même sa mère soupirer : « A cause de tout ça, Olivier a dû renoncer à être membre du Conseil constitutionnel. »

    Entrer au Conseil « constit », c’est le Graal de Duhamel. Superviser les lois, censurer les gouvernements, surplomber les partis, imprimer sa marque par-delà les alternances, voilà, à ses yeux, la quintessence du pouvoir. Il a été, en 2001, l’un des initiateurs de l’inversion du calendrier entre législatives et présidentielle, puis l’un des concepteurs des primaires socialistes. A défaut des couloirs feutrés du siège des gardiens de la Constitution, il tient au Palais-Royal les conférences de rédaction de sa revue, Pouvoirs, qu’il codirige un temps avec son ami Marc Guillaume, un conseiller d’Etat aussi agile que lui pour tisser sa toile. Lorsqu’ils sont ensemble, ces spécialistes de la chose politique et des institutions ont l’impression de tenir les ficelles du régime.

    Dans des cercles qui leur sont parfois communs, il arrive que Bernard Kouchner éreinte publiquement ce « salaud » de Duhamel. Informé en 2009 par son fils des abus sexuels subis vingt ans plus tôt, l’ancien ministre et son épouse, la journaliste Christine Ockrent, se sont rangés au souhait du jeune homme de ne pas porter plainte, mais ils aimeraient qu’on ne déroule pas pour autant le tapis rouge au politiste.

    Des dizaines de personnes entendent ainsi, par eux, parler des agissements de Duhamel, comme le conseiller Alain Minc – « Il y a trois ans ; depuis, je ne lui ai plus serré la main » –, le communicant Jacques Séguéla – « En 2011 » – et la patronne de France Culture, Sandrine Treiner, la même année – contrairement à ce qu’elle a affirmé le 7 janvier aux auditeurs devant la médiatrice de la chaîne. Dès ce moment, la directrice s’arrange pour que le politologue ne soit plus convié à l’antenne : « Je faisais explicitement part de mes préventions devant mes équipes. Cela a créé une zone de vigilance. »

    Un appétit d’ogre pour le pouvoir

    A l’extérieur, la statue qu’Olivier Duhamel s’est acharné à construire se lézarde, mais tient encore parfaitement debout. Le politiste reçoit l’admiration et la reconnaissance que, dans son cercle familial, ne lui offrent plus ses beaux-enfants. Depuis 2009, ceux-ci ne descendent plus passer l’été dans le Var, comme autrefois. A Paris ou à Sanary, une nouvelle bande les remplace un temps, sans savoir ni comprendre ce qui se joue dans l’intimité : la chercheuse Géraldine Muhlmann, élève chérie d’Evelyne, les journalistes Ali Baddou et Nicolas Demorand, qui aiment taper le carton avec le constitutionnaliste. Chaque sujet d’actualité chasse l’autre. Olivier Duhamel défend Dominique Strauss-Kahn, accusé de viol à New York, Richard Descoings, retrouvé mort dans un parfum de scandale, ou le réalisateur Roman Polanski. Toujours dissocier l’homme de l’artiste…

    Il approche les 70 ans mais conserve un appétit d’ogre pour le pouvoir. Boulimique de jetons de présence et d’honneurs, il empile les titres de manière étourdissante. Il est déjà, depuis 2016, président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), institution au cœur de Sciences Po, et directeur de collection chez #Dalloz, la maison d’édition juridique. Il a aussi pris la présidence du conseil d’administration de Teach for France, une association créée par Nadia Marik. On le compte encore au sein du Club des juristes, et, depuis 2010 et sa retraite de professeur, il émarge comme avocat associé au sein du cabinet de son vieux complice Me Jean Veil.

    Au-dessus du seuil d’alerte

    Professeur honoraire à Sciences Po, Olivier Duhamel est devenu une diva. Outre sa retraite de professeur, il a obtenu de la FNSP, en 2018, une rémunération mensuelle de 3 000 euros brut, alors que ses prédécesseurs ne bénéficiaient que d’un défraiement de quelques centaines d’euros. Les conseils d’administration qu’il préside sont animés par ses blagues, auxquelles tout le monde rit bruyamment, et les rentrées scolaires par ses conférences inaugurales. Dans la salle à manger de l’institut d’études politiques, il trône comme aux banquets de Sanary, lâchant ses volutes de fumée malgré les interdictions.

    Il se grise aussi de #médias : en plus de « Mediapolis », son émission hebdomadaire sur Europe 1, lui, l’homme de gauche, a décroché une chronique à #Valeurs_actuelles. C’est comme si la mort de son épouse, en 2017, avait fait tomber les ultimes garde-fous. Ce n’est jamais assez. « Au moins, cache-toi », conseillent pourtant les rares qui osent lui parler, mais il n’écoute plus personne. En janvier 2020, il accepte, pour deux ans, la présidence du Siècle. Et prend tous les risques, dont le plus gros : la télévision. Deux fois par semaine, le voici sur LCI, distribuant d’un ton péremptoire éloges et mauvais points.

    Pendant des années, le prof de droit public a martelé dans son cours de droit constitutionnel ces phrases de L’Esprit des lois, de Montesquieu : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser : il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » Personne ne lui applique l’adage. Il pointe à plusieurs conseils d’administration, prend des actions dans une maison de production à Marseille, se montre de plus en plus gourmand pour ses conférences : en 2020, il demandait – sans succès – 10 000 euros pour une intervention sur les questions prioritaires de constitutionnalité.

    Il ne s’est pas retiré à Sanary, comme il le dit à la presse, mais a conservé un petit studio au cœur de Paris, afin de courir conseils d’administration et médias. Et, désormais, les enterrements. Le 18 septembre 2020, au cimetière parisien du Père-Lachaise, les amis entourent le producteur de documentaires Michel Rotman, qui vient de perdre sa femme, Josée. Une nouvelle fois, Olivier Duhamel est au centre, juste derrière le micro, appuyé sur une tombe. Personne ne l’entend interroger l’un de ses neveux occupé à l’éviter : « Pourquoi une telle distance ? »

    C’est la énième alerte qu’Olivier Duhamel prend pour la première fois au sérieux. Il ignore encore que sa belle-fille Camille Kouchner a déjà bouclé le manuscrit de son livre La Familia grande (Seuil, 208 pages, 18 euros) et qu’il va bientôt entraîner dans sa chute tous ceux qui, jusque-là, s’inclinaient devant son pouvoir.

    #macronie

    • L’Elysée et l’entourage d’Edouard Philippe tentent de tenir « l’affaire Olivier Duhamel » à distance, Potins de la 5ème
      https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/01/25/l-elysee-et-l-entourage-d-edouard-philippe-tentent-de-tenir-l-affaire-olivie

      Le constitutionnaliste, accusé d’inceste, était proche du PS avant de se rapprocher d’Emmanuel Macron et de son premier ministre. Depuis que « l’affaire » a éclaté, l’Elysée la surveille de près.

      Depuis que « l’affaire Olivier Duhamel » a éclaté, début janvier, Emmanuel Macron surveille chacun de ses rebondissements comme le lait sur le feu. Le président de la République a pu mesurer combien le livre de Camille Kouchner, La Familia grande, récit de l’inceste pratiqué à la fin des années 1980 par le juriste Olivier Duhamel sur son beau-fils, alors âgé de 13 ou 14 ans, scandalise les Français. « Ces témoignages, ces paroles, ces cris, plus personne ne peut les ignorer », a reconnu le chef de l’Etat dans une vidéo publiée samedi 23 janvier. « Le silence construit par les criminels et les lâchetés successives, enfin, explose », a ajouté Emmanuel Macron sans mâcher ses mots.

      Son épouse, Brigitte Macron, s’était déjà exprimée en faveur d’une évolution de la législation sur le sujet. « On doit regretter qu’il y ait eu une telle omerta pendant toute cette période. Que ceux qui ont su et ne l’ont pas dit aient honte. Qu’ils aient vraiment pleinement honte », avait aussi lancé sur RTL le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Quant à Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne et proche d’Emmanuel Macron, il avait expliqué le 12 janvier à Libération que son ami Olivier Duhamel lui avait « dit qu’il avait fait des choses “affreuses”, c’est le mot qu’il a employé ». Une manière de montrer que la Macronie avait déjà renié ce compagnon de route.

      L’opprobre qui s’est unanimement abattu sur l’ex-président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) et la recherche des complices du silence qui a entouré son comportement ont imposé une mise à distance aussi urgente que stratégique. Les descriptions dans la presse de l’étendue des réseaux d’Olivier Duhamel ont tétanisé aussi bien l’Elysée que l’ancien locataire de Matignon Edouard Philippe. Homme de pouvoir, le constitutionnaliste, naguère proche du Parti socialiste, avait en effet tissé sa toile jusqu’à l’Elysée et Matignon. Avant de fêter la qualification d’Emmanuel Macron pour le second tour de l’élection présidentielle, le 23 avril 2017, à la brasserie La Rotonde, il avait fait passer plusieurs notes au candidat et participé à quelques meetings de campagne.

      Fébrilité

      Olivier Duhamel ne s’est pas arrêté là. Après la victoire, l’ancien député européen se passionne pour ce jeune président « et de droite et de gauche ». Dans sa revue, Pouvoirs, il le compare au général de Gaulle et fait la leçon aux médias qui ont le tort de le surnommer « Jupiter ». Il prend aussi la plume avec Laurent Bigorgne pour analyser la doctrine présidentielle dans un livre, Macron, et en même temps (Plon, 2017). Olivier Duhamel se vante aussi de ses rendez-vous au « Château ». Selon nos informations, il a été consulté sur la première mouture d’un plan de lutte en faveur de la laïcité – le futur projet de loi contre le séparatisme – dans le cadre d’entrevues organisées par l’Institut Montaigne et Laurent Bigorgne, encore lui. Dans son numéro du 20 janvier, Paris Match racontait que le juriste a même donné quelques conseils sur la gestion de l’« affaire Benalla », à l’été 2018.

      Olivier Duhamel déjeune alors régulièrement avec son amie la garde des sceaux Nicole Belloubet, longtemps membre du comité de rédaction de Pouvoirs aux côtés du secrétaire général du gouvernement, Marc Guillaume. Encore un expert du droit, encore un proche. Marc Guillaume a par exemple fourni des arguments juridiques à Olivier Duhamel pour nourrir une tribune vengeresse contre le Conseil constitutionnel, publiée en mai 2019 dans Le Monde. L’institution était coupable selon lui d’avoir ouvert la voie à un référendum d’initiative partagée contre la privatisation d’ADP (Aéroports de Paris) décidée par le gouvernement.

      Le président de la FNSP disposait d’autres portes d’entrée autour de l’ancien premier ministre Edouard Philippe. Thierry Solère, conseiller politique et ami du juppéiste, est un proche : c’est Olivier Duhamel qui l’a parrainé au Siècle, dont il était le président. Le constitutionnaliste conseillait le député des Hauts-de-Seine lorsqu’il organisait la primaire de la droite, en 2016. Deux autres intimes d’Edouard Philippe l’ont aidé à se propulser à la tête de la FNSP. Le premier, Frédéric Mion, directeur de Sciences Po, est le parrain d’un des enfants de l’ex-chef du gouvernement, un de ses camarades du Conseil d’Etat. Quant à Marc Guillaume, que Jean Castex a débarqué du poste de secrétaire général du gouvernement à son arrivée à Matignon, en juillet 2020, c’est un ami de longue date de M. Philippe. Il est présent à tous ses anniversaires.

      Un indice de la fébrilité qui a gagné l’équipe du désormais maire du Havre ? Le 13 janvier, Charles Hufnagel, l’ancien communicant d’Edouard Philippe à Matignon, aujourd’hui à la tête de la communication de Carrefour, décroche son téléphone. C’est lui qui annonce à l’Agence France-Presse (AFP) que Marc Guillaume, désormais préfet d’Ile-de-France, abandonne sa place dans les deux conseils d’administration de Sciences Po et du Siècle. Frédéric Mion, de son côté, s’est choisi comme conseiller en communication de crise Laurent Glépin, ex-conseiller de Jacques Chirac à l’Elysée, et juppéiste de cœur.

  • Bruno Latour : « Un conflit oppose les Extracteurs et les Ravaudeurs... »
    https://www.liberation.fr/debats/2021/01/21/bruno-latour-un-conflit-oppose-les-extracteurs-et-les-ravaudeurs_1818077

    C’était, dès le premier confinement, l’une de ses grandes convictions  : crise écologique et pandémie sont liées. Bruno Latour confirme l’intuition dans son nouveau livre, Où suis-je  ? (La Découverte). Suite de son précédent ouvrage à succès Où atterrir  ?, dans lequel il décrivait une humanité hors-sol sous l’effet de la mondialisation – et déchirée entre ceux qui veulent poursuivre sur cette lancée et ceux qui cherchent à retrouver un ancrage terrestre – ce nouvel opus prépare la piste d’atterrissage  : entamer la transition écologique, c’est être capable de se localiser sur Terre, en étant lié au reste du monde vivant. C’est aussi prendre le temps de décrire à la fois ce dont on estime avoir besoin pour vivre, et ce à quoi l’on tient.

    #Bruno_Latour #Paywall (Quelqu’un.e aurait accès à cet article ?) #Où_suis_je ?

    • La pandémie nous a-t-elle métamorphosés  ?

      En tout cas, elle nous a montré à quel point cette métamorphose est nécessaire. Comme dit le dicton, il ne faut jamais gâcher une crise. Pour l’heure, les Gafa ne l’ont pas gâchée du tout, tant ils ont réussi à nous transporter dans un monde « distanciel » qui les enrichit par milliards. Mais dans le même temps, malgré l’étendue de la crise, les questions écologiques n’ont pas été mises de côté. Les divers plans de relance économique – comme ceux qui ont été votés en France ou en Union européenne – incluent par exemple des fonds destinés à la transition écologique. L’esprit n’est plus seulement « on fonce et on se remodernise ». Une métamorphose s’amorce, comme le montre aussi le fait que, lorsque Macron a comparé les opposants à la 5G à des Amish, il a été assez largement moqué. Il n’y a pas si longtemps, cette phrase aurait été prise comme un mot d’ordre. Plus personne ne s’imagine que l’on va « moderniser » sans fin la Terre, car cela impliquerait d’utiliser bien plus de ressources que la planète ne peut nous en fournir  ! Il faut maintenant que les Terrestres, ceux qui souhaitent opérer ces transformations et habiter l’unique planète dont nous disposons, commencent par penser la façon dont ils veulent être dans le monde. La localisation est une expérience métaphysique nécessaire.

      Pour cela, il faudrait commencer par réduire notre « empreinte écologique ».

      Oui, et c’est d’ailleurs à cause de ce que tout cela implique que beaucoup de personnes n’ont pas précisément envie d’amorcer cette réflexion. La deuxième étape, c’est de se poser cette simple question  : « Où suis-je  ? ». La réponse nous est donnée par l’expérience de ces derniers mois. Nous sommes confinés, non pas dans nos logements, mais dans ce que les scientifiques appellent la « zone critique ». Cette fine couche de sol et d’air, épaisse de quelques kilomètres à la surface du globe, est le monde construit depuis presque quatre milliards d’années par l’ensemble des êtres vivants, dont nous ne sommes qu’une espèce. Observer ce qui nous entoure, c’est prendre conscience de l’omniprésence du vivant et des interactions qui s’opèrent en permanence entre les êtres. Cela est vrai partout, que ce soit dans le centre des grandes métropoles ou à la campagne. Se situer dans le monde, en interaction et en interdépendance avec le reste du vivant, doit nous conduire à dépasser le clivage traditionnel entre le naturel et le culturel. Héritée de la philosophie moderne, cette opposition a bloqué notre inventivité, qu’il s’agit aujourd’hui d’égailler en explorant des pistes qui ne s’inscrivent pas dans la conception traditionnelle du progrès. Il y a deux erreurs à ne pas commettre  : continuer comme avant, et vouloir abandonner tous nos acquis scientifiques et technologiques pour revenir dans un passé jugé plus respectueux de la Terre. Pour réduire notre empreinte terrestre, il faut donc augmenter notre capacité d’innovation, de la même manière que les vivants ont innové au cours des quatre derniers milliards d’années.

      Cela implique-t-il une forme de repli sur le local  ?

      Aujourd’hui, beaucoup de gens se demandent comment maintenir l’habitabilité du petit coin de planète dans lequel ils vivent. Il est utile de se demander d’où vient l’énergie que nous consommons, quel trajet ont parcouru les produits que nous consommons, etc. Mais l’une des leçons utiles du Covid est la démonstration du caractère global, globalisateur, des phénomènes liés au vivant. Si le monde est habitable, c’est grâce à des connexions qui prennent un caractère multiscalaire  : l’oxygène de l’atmosphère provient d’organismes microscopiques vivant dans les océans à des centaines de kilomètres de chez nous, la richesse des sols dépend de la vie microscopique de ce qui se trouve sous nos pieds. En d’autres termes, il nous faut prendre conscience des limites de la notion de limite  : à part pour quelques « capsules » dans l’espace, la seule véritable limite est celle qui délimite la zone critique, puisque la vie est impossible ailleurs. Inversement, les séparations entre régions ou entre Etats-nations ne sont pas hermétiques. La globalisation économique nous avait déjà permis de saisir à quel point un lieu est toujours ouvert et connecté. Il s’agit de réinvestir cette idée, non pas à travers la question des circuits de production et d’échanges commerciaux, mais à travers celle des conditions d’habitabilité de la Terre. C’est à partir de cette compréhension que l’on peut vraiment se réapproprier le lieu où l’on est, et réfléchir à ce dont nous dépendons par nos habitudes de consommation, nos émissions de polluants, etc. C’est, au sens littéral, un atterrissage sur Terre.

      Diriez-vous qu’il s’agit de renouer avec une forme d’empirisme qui avait disparu, faute de rapport direct avec le terrain  ?

      J’ai beaucoup étudié les scientifiques de laboratoire au cours de ma carrière. Les phénomènes qu’ils étudient en « vase clos » sont extraits du contexte dans lequel ils se ­déroulent habituellement. Ce réductionnisme est utile à la compréhension théorique, mais il ne correspond pas à la réalité de terrain, car il ne prend pas en compte les mille autres paramètres qui interviennent. Ceux qui étudient la zone critique mêlent le terrain et le laboratoire  : ils adaptent leurs analyses aux territoires qu’ils étudient – une vallée, un versant de montagne… – mais en utilisant tous les moyens scientifiques à disposition pour analyser les dynamiques physiques, chimiques ou encore biologiques. Cette redécouverte du territoire peut renvoyer au savoir empirique des paysans d’autrefois. Mais celui-ci se trouve complété, précisé, par les outils scientifiques. De la même manière, nous sommes tous appelés à retrouver cette sensibilité au territoire. C’est le sens du questionnaire que j’avais publié au printemps dans le journal en ligne AOC, ou des exercices que nous organisons dans le cadre des ateliers « Où atterrir  ? » Les participants sont invités à dire de quoi ils dépendent. Cela amorce un exercice de description du monde dans lequel ils vivent, des activités qui leur semblent essentielles et des choses dont ils estiment pouvoir se passer.

      A partir de ces façons de se localiser dans le monde, vous opposez deux camps en guerre  : ceux qui veulent « atterrir », et ceux qui poursuivent l’exploitation destructrice de la planète.

      Je distingue les Extracteurs, qui veulent exploiter les ressources de la terre, et les Ravaudeurs, ceux qui essaient de la « réparer ». Il est difficile de proposer une cartographie précise de ce conflit, tant l’enjeu qui se présente à nous est nouveau  : il ne s’agit pas d’une révolution que certains veulent faire et que d’autres voudraient empêcher. Il s’agit de réparer les conséquences d’un événement enclenché au moins depuis le milieu du XXe siècle avec l’accélération de l’urbanisation et de l’industrialisation du monde, et auquel nous avons tous plus ou moins directement participé. Il s’agit de l’anthropocène, c’est-à-dire la période géologique actuelle dans laquelle les humains influent sur les cycles biogéochimiques de la planète. Lorsque vous vous placez du côté des Ravaudeurs, la difficulté est que vous devez apprendre à reconnaître vos ennemis, mais que vous ne pouvez pas les répartir en camps, parce que nous avons tous des positionnements différents sur des questions aussi variées que la consommation de viande, le nucléaire, ou la production agricole. Et nous sommes en partie notre propre ennemi, parce que nous portons tous avec nous des comportements de consommation susceptibles de s’opposer à nos convictions. Tout cela est normal  : de même qu’il a fallu cent ans pour créer une classe ouvrière en Angleterre, il faudra aussi du temps pour créer une population écologique consciente de sa classe géo-sociale.

      Que peut l’Etat pour amorcer une transition écologique et ­favoriser l’émergence de ces classes géo-sociales  ?

      Comme l’a expliqué le philosophe John Dewey, l’Etat n’est pas fait pour résoudre les problèmes actuels, mais ceux que la société civile s’est déjà donnée par le passé. Il sait administrer une population nombreuse, organiser le travail, mettre en place des mécanismes de solidarité comme la Sécurité sociale. Mais personne n’a la moindre idée de ce que serait un Etat écologique, une société d’abondance compatible avec le « confinement » dans la zone critique où les ressources sont limitées. Combien de personnes, au sein de l’appareil d’Etat, comprennent réellement quoi que ce soit à la question écologique  ? D’une ­certaine manière, je dirais qu’il ne faut pas que les partis écologistes arrivent trop vite à l’Elysée, car rien ne changera vraiment tant que la société civile ne saura pas où elle est, connaissant son territoire, ses amis et ses ennemis. Des changements sont envisageables à l’échelle des communes, où l’on peut mener des initiatives concrètes. Mais pour opérer vraiment une métamorphose, il faut d’abord multiplier les expériences écologiques locales comme à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

      Vous citez beaucoup la Bible. Pourquoi la question de la religion est-elle nécessaire pour préparer l’atterrissage  ?

      Parce que le texte le plus avancé sur la question du lien géo-social entre pauvreté et écologie est l’encyclique Laudato si’ écrite par le pape François en 2015. Dire que le cri de la Terre et celui des pauvres sont un seul et même cri, cela fait partie des événements intellectuels fondamentaux de l’époque. Ce texte embarrasse les catholiques, peu habitués à ce que l’Eglise s’intéresse à l’écologie, qui plus est en la mêlant à la question de la charité. On ne peut donc pas dire que les catholiques soient plus avancés que les autres sur ces questions. En revanche, il y a une prise de conscience.

      Vous parlez du danger des religions sécularisées. De quoi s’agit-il  ?

      La religion est une forme d’organisation théologico-politique, un arrangement historique qui fixe des croyances et un dogme. Lorsque vous êtes croyant, vous assumez cela en connaissance de cause, mais avec les textes originaux vous avez aussi les « contre-poisons » contre les excès des institutions ou des pensées religieuses. Le problème actuel est que notre Etat laïc fonctionne selon cette même forme d’organisation, en fondant ses croyances autour de l’idée de progrès ou de marché économique. Mais comme nous pensons être sortis de la religion, nous refusons de remettre en cause cette vision des choses. Cela nous empêche de voir que le discours économique n’est pas le seul possible et que la prise en compte des enjeux écologiques passe par d’autres récits.

      Vous prenez beaucoup de plaisir à inventer images et formules. Cette écriture proche du récit ou du conte philosophique vous semble-t-elle nécessaire  ?

      En tout cas, c’est comme ça que j’écris. Je dirais qu’il faut dramatiser. Le mot « tragédie » renvoie à la fois à une situation tragique, mais aussi à une œuvre collective interprétée à plusieurs. Cette forme d’écriture est la machinerie nécessaire pour que la fiction nous aide à passer du tragique de la situation à un projet commun.

  • « J’ai dérapé à tous les niveaux » : les confessions d’« Haurus », ex-policier de la DGSI - Le Parisien
    https://www.leparisien.fr/faits-divers/j-ai-derape-a-tous-les-niveaux-les-confessions-d-un-ex-policier-de-la-dgs

    Son métier d’enquêteur en #contre-terrorisme l’a habitué à rester dans l’ombre. Mais deux ans après son arrestation, Cédric D., alias « Haurus », a accepté de raconter pour la première fois sa dérive au cœur de l’un des services de #police les plus prestigieux : la Direction générale de la sécurité intérieure (#DGSI). Soupçonné d’avoir vendu des informations confidentielles tirées de fichiers de police sur le Darknet, ce brigadier de 34 ans tombé en disgrâce sera bientôt jugé : la procureure de la République de Nanterre a requis en personne le 18 décembre son renvoi devant le tribunal correctionnel.

    [...]

    On peut faire dire n’importe quoi à la téléphonie dans une enquête, qu’on présente comme une preuve irréfutable. J’ai décidé de rédiger cet ouvrage en vulgarisant mon expérience du fonctionnement des investigations : factures détaillées, écoutes, #géolocalisations …*

    (...) L’ex-agent vient de publier à compte d’auteur un livre [« Investigations et téléphonie mobile », autoédition, 183 pages, 22,90 euros./LP/Jean-Baptiste Quentin ] qui risque de faire parler dans la police : il y donne des clés pour comprendre les techniques d’investigation policière dans la #téléphonie : #fadettes, #écoutes, #Imsi_Catcher, #messageries_chiffrées…❞

    #preuve #PNIJ (plateforme nationale des interceptions judiciaires) #magistrats

  • France : mise au point sur notre refus de participer au comité de l’IGPN - Amnesty International France
    https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/france-mise-au-point-refus-participation-comite-igpn

    La directrice de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a déclaré vouloir créer un comité d’évaluation de la déontologie policière au sein de l’IGPN. À cette occasion, elle a annoncé que nous pourrions faire partie de ce comité. En réalité, nous avons décidé de ne pas accepter cette proposition.

    Nous sommes extrêmement surpris que l’IGPN ait annoncé publiquement notre possible participation à leur comité d’évaluation de la déontologie policière. Si nous avons effectivement reçu une sollicitation de leur part, nous nous apprêtions à leur communiquer notre refus d’être membre de ce comité. En effet, si la décision de créer un tel comité semble montrer la volonté de l’IGPN de se pencher sur la question essentielle de la déontologie de la police, il ne nous semble pas que toutes les conditions sont réunies pour un travail permettant d’améliorer substantiellement les pratiques de la police et leur conformité avec les droits humains.  

    La présence d’une seule association, au milieu de nombreux représentants des forces de l’ordre, l’opacité quant au choix des membres de ce comité tout comme sur son mandat et ses pouvoirs réels, et l’absence de représentation des associations et collectifs travaillant dans les quartiers populaires (où les pratiques de la police posent régulièrement des questions de déontologie), sont les facteurs principaux nous conduisant à refuser d’être membre de ce comité. 

    Nous demandons depuis longtemps que les associations soient consultées sur ces questions et que le ministère de l’intérieur ouvre la concertation aux acteurs associatifs de terrain et à ceux qui militent pour les droits humains. De manière ponctuelle, nous avons déjà participé à des consultations organisées sous l’égide du ministère de l’intérieur, notamment dans le cadre de la préparation pour le nouveau schéma national du maintien de l’ordre (SNMO). Or ce SNMO démontre que nos préconisations n’ont pas été suivies.   

    Dans ce contexte, nous attendons maintenant des gestes forts du ministère de l’Intérieur montrant que nos recommandations sont prises en compte, à commencer par la suspension de certaines armes et techniques (LBD, plaquage ventral), l’interdiction des grenades de désencerclement, et la mise en place d’un mécanisme d’enquête indépendant et impartial sur les cas de violences ou de discrimination de la part des forces de l’ordre.

    #IGPN

    • Non, cette fois-ci Amnesty a refusé l’invitation de la directrice de l’Inspection générale de la police nationale.
      Amnesty International France n’est pas la Cnil. Quoi qu’on en pense, ils sont indépendants.

    • Tu n’es pas obligé de partager mon analyse @vanderling
      Je maintiens que ce gouvernement autoritaire s’essuie sur la CNIL ou Amnesty (et surement d’autres encore) comme sur des paillassons.

      Et dans ce que renverront les médias, personne ne retiendra la grossière entourloupe faite à la CNIL ni la tentative de faire croire qu’Amnesty jouera pour Darmanin. Mais le mensonge de la consultation est inscrite. C’est aussi pour ça que je colle le sinistre de la #propagande.

      https://seenthis.net/messages/892686

      le texte a été réécrit après sa consultation pour y introduire sa mesure la plus polémique : le fichage des opinions politiques.

    • Mais oui, CNIL et Amnesty n’ont rien en commun hormis le fait que le #syndrome_consultatif du gvt lui garantit son auto-absolution en utilisant l’une et l’autre comme étendards démocratiques (ou paillassons selon).
      Et nous sommes d’accord que la CNIL a été réduite depuis longtemps à son plus simple appareil « consultatif », mais que même à ce stade de dégradation de son rôle de garde-fou, l’humiliation se poursuit sans vergogne. Pour Amnesty, c’est une tentative échouée à moitié, parce que le Ministère de l’Intérieur ne s’est même pas donné la peine de savoir si l’association était ou non d’accord, comme si seule suffisait l’invocation symbolique.
      La preuve de l’ignominie que je souligne étant là même.

  • Arts plastiques : mutations à marche forcée - Culture / Next
    https://next.liberation.fr/arts/2020/12/27/arts-plastiques-mutations-a-marche-forcee_1809743

    Par Clémentine Mercier et Elisabeth Franck-Dumas
    -- 27 décembre 2020
    Institutions muséales bouleversées, grandes foires et biennales chamboulées, désarroi des artistes et des travailleurs indépendants du secteur : en France comme à l’étranger, la pandémie a plongé le monde de l’art dans un marasme économique l’obligeant à remettre en question ses modes de fonctionnement pour survivre.

    C’est l’heure des bilans, vaste programme dans un secteur des arts visuels plus déboussolé que jamais. Impossible de recenser toutes les mutations que ces douze mois auront ramassées, toutes les situations inédites, voire surréalistes, qui semblaient impossible à envisager à la même date l’an passé. Des expositions accrochées que personne ne peut voir, des semaines durant ? Des musées qui vendent leurs collections ? Des foires suivies sur un écran d’ordinateur, à s’en dessécher les pupilles ? Des artistes privés de reconnaissance ? Des vœux pieux en pagaille, dans un milieu qui courait après les grands raouts ? L’on ne sait si ces mutations s’installeront pour de bon, mais aujourd’hui l’on voit surtout du mauvais, du gros temps, une vraie tempête qui risque de laisser sur le carreau quantité de travailleurs du secteur, des artistes aux régisseurs, des galeristes aux conservateurs, des critiques aux médiateurs. Et que dire des nouvelles résolutions de faire plus avec moins (de voyages, de dépenses, d’emprunts, de moyens) : nous promettent-elles, en plus d’un milieu plus écolo et économe, des projets au rabais ? Alors que, justement, l’on a besoin des artistes, ces personnalités « non essentielles », pour tout simplement nous raconter ce que nous vivons ? Bilan en six points d’une année terrible.

    Les musées américains asphyxiés
    Si la crise sanitaire de 2020 a eu des répercussions graves pour tous les musées, elle a pris aux Etats-Unis un tour catastrophique : un tiers des institutions pourraient fermer, a mis en garde cet automne l’alliance des musées américains (AAM). En l’absence de billetterie, de revenus liés à la location d’espaces et de galas de charité, leurs pertes collectives s’élèvent à près de 30 milliards de dollars. En conséquence, les institutions ont tranché dans la masse salariale - le Metropolitan Museum de New York a ainsi supprimé 20 % de ses effectifs, citant des pertes de 150 millions de dollars, et de l’autre côté de Central Park, le musée d’Histoire naturelle a licencié 200 employés et mis 250 autres au chômage technique (sur 1 100 personnes). Les institutions américaines, majoritairement privées, n’étant pas soumises au principe d’inaliénabilité des collections mais encadrées par l’association des directeurs de musées (AAMD), qui a assoupli ses règles jusqu’en 2022 en raison de la pandémie, plusieurs musées se sont résolus à vendre des œuvres pour tenter de rester à flot. Le Brooklyn Museum, déjà en difficulté financière avant l’arrivée du Covid, a mis aux enchères des trésors de ses collections chez Christie’s et Sotheby’s en octobre, dont une toile de Courbet et une de Cranach, pour un total de 26 millions de dollars.

    L’emprise grandissante du virtuel
    Tout n’a pas été que temps perdu en 2020 : le centre Pompidou a profité du deuxième confinement pour lancer son nouveau site web, mettant fin au grand mystère de navigation à quoi se résumait l’ancien. Mais partout, institutions, galeries et manifestations ont été obligées de réinventer leur rapport au virtuel, pour tenter de « garder le lien » avec un public de plus en plus soumis au bombardement d’images en ligne. Les foires TEFAF et ArtBasel ont rivalisé d’initiatives pour justifier leur existence, alors que ce qui fait le sel de ces grandes manifestations, découvertes et rencontres, échanges d’informations, se passe en général dans leurs allées bondées. Certains musées se sont mis aux visites payantes - telle la National Gallery de Londres, qui propose sur son site un parcours guidé de son exposition « Artemisia » autour de 9 euros. Mais en douce, tous regrettent la chaleur du contact et avouent espérer que personne ne s’habituera à ce nouveau rapport aux œuvres, qui priverait in fine ces lieux de leur raison d’être.

    Le casse-tête des foires et biennales
    Adieu vernissages dispendieux, à bas foires internationales au bilan carbone désastreux, au feu les biennales d’art contemporain tout aussi peu écologiques, ciao expositions blockbusters racoleuses… En 2021, le monde de l’art - friand de raouts cosmopolites avec brassages de populations et risques de contamination - fait son autocritique nécessaire et flagellatoire. Indexée sur une mondialisation florissante, l’expansion dans les vingt dernières années du modèle des foires (près de 300 en 2019 selon le site Artnet News) et de la formule des biennales (environ 150 selon le Quotidien de l’art), est mise à mal par la fermeture des frontières et les difficultés de faire voyager œuvres, artistes et visiteurs. Alors, tout foutre en l’air pour repenser le système avec les meilleures intentions du monde ? Se réinventer en serrant les dents et les budgets ? La multiplication événementielle donnait le vertige à tout le secteur - journalistes compris -, et la décélération planétaire fait ressortir les excès et contradictions d’un milieu coincé entre marché, concurrence et ambitions esthétiques. L’échec critique de la biennale itinérante Manifesta à Marseille, les fermetures anticipées de celles de Riga, Sydney ou Berlin vont dans le sens de plus d’austérité : promis juré craché, les acteurs réfléchissent à d’autres modèles. La Biennale de Lyon est déjà reportée à 2021, celle de Venise à 2022. Et les foires s’interrogent sur des formules plus intimistes, comme le fait le salon Galeristes depuis plusieurs années. Mais comment découvrir de nouveaux artistes hors des échanges internationaux ? Comment vendre à un marché élargi quand on est une galerie essentiellement locale ? Et qui sait si tous ces vœux pieux ne seront pas vite oubliés, une fois la crise écartée ?

    Programmations de plus en plus acrobatiques
    Le public pourra-t-il enfin découvrir les expositions « Les Louvre de Pablo Picasso » au Louvre-Lens ou « Noir et blanc, une esthétique de la photographie, collection de la BNF » au Grand Palais en 2021 ? Ceux qui n’ont pas eu le temps de voir la rétrospective Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton ou la monographie de Léon Spilliaert au musée d’Orsay pourront-ils se rattraper ailleurs ? Rien n’est moins sûr, tant les programmations de l’année 2020 ont rimé pour les institutions culturelles avec prolongations, reports ou annulations. En France, les deux confinements - et particulièrement le second, qui ne s’est pas associé à une réouverture le 11 décembre - ont eu raison des plannings serrés des musées et centres d’art habitués à des rotations rapides pour attirer toujours plus de visiteurs.
    L’incertitude de l’année 2021, soumise aux aléas de la crise sanitaire, grandit, et à ce jour, la réouverture du 7 janvier a été mise en doute par la ministre de la Culture elle-même. Désormais habitués au casse-tête et aux agendas acrobatiques, les directeurs d’institutions doivent faire preuve d’adaptabilité pour bâtir des programmes sur des sables mouvants. Abandonner les expositions blockbusters trop coûteuses et peu écologiques, se recentrer sur ses collections, ménager les artistes déçus qui doivent patienter, fermer pour effectuer des travaux sont les options et contraintes qui s’offrent à eux. Pour les projets partis en fumée, seules les publications pourront témoigner du travail scientifique fourni par les experts sur plusieurs années.

    Inquiétudes autour de la place de l’artiste
    S’il y a une chose que les artistes ont comprise cette année, c’est que leur activité a été rangée parmi les « non essentielles de la nation ». Sans même une mention du président de la République pour la culture lors de sa dernière allocution, les plasticiens, photographes, peintres - dernière roue du carrosse après le cinéma ou le spectacle vivant - n’avaient plus qu’à aller « hypnotiser le tigre » tout seuls dans leur atelier. Expos déprogrammées, workshops annulés, résidences ajournées, production d’œuvres retardées, vernissages fantômes se sont ajoutés à l’interdiction de circuler pendant les confinements : un handicap de plus pour des professions habituées aux échanges et aux déplacements. Question finances, seulement 2 % des 265 000 inscrits à la Maison des artistes et à l’Agessa (6 000 personnes) ont bénéficié du fonds TPE du ministère des Finances et 1 500 d’entre eux ont pu recevoir les aides du ministère de la Culture. Il a alors fallu trouver en soi la motivation pour continuer : certains en ont profité pour aménager leur atelier, faire du tri, lancer un site internet (Eric Tabuchi et Nelly Monnier) et d’autres se sont mis sérieusement à la vidéo (Chloé Poizat). D’autres ont continué, pressés par l’urgence. Laurent Tixador, expert dans l’art de la survie, s’est offert de bons moments de bricolage en fabriquant deux fours à briques lors de sa résidence confinée à la Maison forte de Monbalen près d’Agen (Lot-et-Garonne). Antoine d’Agata a traqué le virus au plus près des malades et a sorti un livre et monté une expo en un temps record. Nicolas Floch, photographe plongeur, compte les jours avant de pouvoir à nouveau s’immerger et Marina Gadonneix se désespère et trépigne en attendant le moment où elle pourra à nouveau photographier dans un laboratoire scientifique. Croisons les doigts pour que rouvre la belle exposition « la Vie des tables » au Crédac, à Ivry-sur-Seine : 49 artistes y ont envoyé des œuvres pouvant tenir sur une table, qui toutes disent quelque chose du moment qu’ils ont traversé, le confinement et ses espaces contraints, ses heures perdues, ses angoisses… Et malgré tout, la persistance de la création.

    Un secteur fragilisé à tous les niveaux
    Et les installateurs d’œuvre d’art ? Les régisseurs ? Les médiateurs culturels ? Les guides ? Les vacataires des musées ? Les attachés de presse ? Les critiques ? La crise sanitaire a soudain révélé la fragilité de nombreux travailleurs indépendants du monde de l’art, ceux qui œuvrent dans l’ombre ou ceux chargés du lien avec le public. Plus de visites, plus de travail… En l’absence de statut précis et de conventions collectives pour les médiateurs culturels, par exemple, l’idée de l’extension de l’intermittence aux travailleurs des arts visuels fait son chemin chez certains militants pour assurer une meilleure protection sociale à ces métiers. En France, dans l’ensemble, si la tutelle de l’Etat ou des collectivités locales a permis aux équipes salariées des structures culturelles d’être plutôt protégées par les fermetures pendant les deux confinements, tous les métiers périphériques ont été touchés par la baisse d’activité.
    Quant aux structures mêmes, dans un contexte de baisses régulières de subventions, elles doivent chercher des financements et sont d’autant plus soumises à leurs tutelles. Les restrictions budgétaires ont eu la peau du centre d’art de Pougues-les-Eaux dans la Nièvre, vendu par le département cet automne. A Sérignan, le Mrac, musée régional d’Art contemporain, n’a plus de direction depuis le départ de Sandra Patron en 2019. Autre exemple, à Montpellier, suite à l’arrivée d’un nouveau maire, le projet de l’Hôtel des collections, dirigé par Nicolas Bourriaud, est remis en cause. Les difficultés touchent tous les métiers, des plus cachés aux plus en vue.

    Restitution au cas par cas d’œuvres à l’Afrique
    Indépendamment de la crise, l’année 2020 aura été marquée par un geste important. Cela aura mis trois ans. En novembre 2017, à l’université de Ouagadougou, Emmanuel Macron avait appelé à ce que « d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». Le 17 décembre, par dérogation au principe d’inaliénabilité des collections, le Parlement a voté pour la restitution au Bénin du « Trésor de Béhanzin », 26 œuvres provenant du palais des rois d’Abomey conservées au musée du Quai-Branly, et pour le transfert du sabre avec fourreau attribué à El Hadj Oumar Tall, jusqu’alors en dépôt au musée des Civilisations noires à Dakar, au Sénégal. Ce vote fait suite au rapport commandé par Emmanuel Macron à l’historienne de l’art Bénédicte Savoy et à l’écrivain et économiste sénégalais Felwine Sarr, qui avait créé un pataquès dans les musées en prônant le retour massif d’artefacts pillés ou spoliés pendant la colonisation, et en recommandant le passage d’une loi-cadre. « Ce projet de loi n’aura pas pour effet de créer une jurisprudence, s’est empressé de réaffirmer la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot. Il n’institue aucun droit général à la restitution en fonction de critères abstraits définis a priori. » E.F.-D."
    Clémentine Mercier , Elisabeth Franck-Dumas

    • Merci pour ce texte qui me parle bien, deux expos annulées, une grosse publication annulée, un salon en Italie ou je devais exposé annulé et mon expo à Nancy qui n’a été publique que 15j et j’apprend que Nancy va etre probablement reconfinée ! Et je m’en tire pas si mal mon expo à été vu au moins 15j. On verra ce qui sera annulé l’an prochain...

    • Après, le texte a le défaut de ses qualités : c’est-à-dire qu’en faisant un large tour d’horizon des problématiques, il agrège un peu largement des choses très différentes. Les musées américains et les musées français, les gros musées publics et les galeries privées, les fonctionnaires, les salariés de musées publics, et les prestataires non salariés, les musées publics et les expos qui visent le grand public et les foires destinées à vendre des œuvres à des clients fortunés… ça va forcément un peu vite, et ça donne une impression d’unité que je trouve très factice.

      Et je note quelques trucs qui à mon avis n’ont rien à voir avec le confinement.

      – la refonte du site Web de Pompidou, je doute que ça ait quoi que ce soit à voir avec le confinement. Ce genre de sites, ce sont plusieurs mois d’études avant la rédaction d’un cahier des charges, puis un appel d’offre de plusieurs mois, et ensuite des mois de développements ; or le premier confinement devait être le dernier, aucun investissement numérique lourd n’a été démarré au nom de ce confinement, notamment parce qu’on n’a jamais su combien de temps il durerait, et parce que le second n’était pas du tout prévu ;

      – l’« emprise du numérique » est une tarte à la crème qui n’a rien à voir avec le confinement. D’abord parce que ça ne veut pas dire grand chose, cette histoire d’« emprise » : les musées ne vont pas devenir virtuels, ça n’a pas de sens. Le virtuel est un outil de médiation supplémentaire, évidemment qu’il n’a pas vocation à remplacer (par son « emprise ») la confrontation physique avec les œuvres. L’exemple donné de la visite virtuelle payante, c’est pour les très très grosses structures à la renommée internationale, qui ont trouvé qu’elles peuvent « vendre » une visite virtuelle aux japonais et aux chinois, à qui ça fait quand même un peu cher de venir au Louvre. Je n’imagine pas que le musée des Beaux Arts de Marseille parvienne à vendre des visites virtuelles, et qu’en plus ce soient des habitants de PACA qui se mette à acheter de ce genre de prestation au lieu d’aller visiter l’endroit.

      – je doute que les tensions autour du MOCO (hôtel des collections) de Montpellier ait quoi que ce soit à voir avec les confinements.

  • La seconde [deuxième, comme le dit d’ailleurs explicitement l’article qui suit...] vague de #Covid-19 en France est plus meurtrière que la première, Delphine Roucaute
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/12/29/une-deuxieme-vague-plus-meurtriere-que-la-premiere_6064736_3244.html


    Saint-Etienne, le 23 décembre 2020. Un homme agé de 84 ans, décédé de la Covid-19 arrive au crématorium Montmartre pour la cérémonie funéraire. Bruno Amsellem / Divergence pour « Le Monde »

    Si le taux de mortalité dans les hôpitaux a été divisé par deux depuis avril, près de 32 500 personnes sont mortes des suites de la maladie lors des cinq derniers mois, contre un peu moins de 30 300 entre février et juillet.

    Alors que la pandémie de Covid-19 s’est déclenchée il y a près d’un an, le monde compte ses morts et se rapproche dangereusement des deux millions au rythme de quelque 15 000 décès par jour. En France, depuis février, l’épidémie a d’ores et déjà causé la mort de 62 746 personnes, dont 43 551 à l’hôpital, selon Santé publique France. Ces données agrègent les chiffres issus des hôpitaux et des Ehpad et ne comptent donc pas les quelques milliers de personnes mortes chez elles.

    La #deuxième_vague, qui a débuté dès août alors que celle du printemps finissait à peine, se révèle plus longue et plus meurtrière : 32 481 personnes sont mortes des suites de la maladie lors des cinq derniers mois, quand elles étaient 30 265 entre février et juillet. Le déséquilibre va encore s’intensifier dans les semaines voire les mois à venir, puisque la cinétique de cette deuxième flambée épidémique marque actuellement un #plateau élevé : la deuxième vague n’est pas finie. La saison hivernale et les retrouvailles de fin d’année font par ailleurs craindre une augmentation de la circulation du virus, d’autant plus qu’un nouveau variant plus contagieux a été identifié au très proche Royaume-Uni.

    Moins de malades en services de réanimation

    Ce tableau noir est toutefois à nuancer : une vague plus meurtrière ne signifie pas nécessairement un virus plus létal. « Si la deuxième vague s’était déroulée avec les mêmes paramètres de transmission que la première, c’est-à-dire avec un taux de reproduction de l’ordre de 3 au mois de mars, alors qu’il était inférieur à 1,5 au mois d’octobre, sa violence aurait été incomparablement plus grande », souligne l’épidémiologiste Antoine Flahault. Par ailleurs, « le taux de #mortalité dans les hôpitaux a été divisé quasiment par deux par rapport au début de la première vague, et cela sans grande innovation thérapeutique, seulement par une meilleure gestion des soins des formes sévères de la maladie », explique le directeur de l’Institut de santé globale à Genève. A nombre d’hospitalisations comparables, beaucoup moins de malades ont été admis en services de réanimation.

    Cependant, l’automne a été marqué par un confinement moins strict qu’au printemps, qui n’a pas réussi à faire chuter l’incidence aux niveaux espérés par le gouvernement pour maîtriser l’épidémie – l’objectif de 5 000 nouveaux cas par jour établi par le président Emmanuel Macron s’éloigne, avec une moyenne de 15 000 tests positifs ces derniers jours. Par ailleurs, la saison hivernale est [avec les gouvernants, les charlatans, les complotistes et d’autres catégories de bipèdes pas toujours très définies] la meilleure alliée du virus. Une étude française publiée dans Plos One en novembre établit une corrélation entre la température ambiante et la sévérité de l’épidémie à partir de données hospitalières de la région parisienne. « Lorsque la température baisse, on observe alors une augmentation significative des admissions en réanimation huit jours après et des décès hospitaliers quinze jours après », écrivent les auteurs.

    Certaines régions paient toutefois de plus lourds tributs à l’épidémie, comme c’est le cas du Grand-Est, d’Auvergne-Rhône-Alpes et de la Bourgogne-Franche-Comté. Selon la plate-forme de visualisation de données CovidTracker, 47 départements étaient, au 28 décembre, dans une situation pire que le pic de la première vague au niveau des hospitalisations.

    #décès_à_domicile

    Il était temps que ce soit dit, même si c’est pas à la télé, même si il n’y a pas les données qui font mal.

  • Cinq dossiers d’ultradroite ( sic ) suivis par le Parquet national antiterroriste, Samuel Laurent et Parquet national antiterroriste
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/12/26/cinq-dossiers-d-ultradroite-suivis-par-le-parquet-national-antiterroriste_60

    Depuis 2017, les services spécialisés ont eu affaire à plusieurs reprises à des projets terroristes aux motivations islamophobes, antisémites ou identitaires, le plus souvent issus de groupes actifs en ligne.

    Les projets d’attentats venus des franges extrêmes de la droite sont plus rares que ceux de la mouvance djihadiste, mais ils existent bel et bien et vont croissant depuis 2017. Le Parquet national antiterroriste (PNAT), créé en 2019, est actuellement saisi de cinq dossiers de ce type. Le plus avancé est celui de Logan Alexandre Nisin, jeune nationaliste fondateur d’un groupe baptisé Organisation armée secrète (en référence à l’OAS, bras armé de l’opposition à l’indépendance de l’Algérie au début des années 1960), arrêté en juin 2017 à Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Le jeune homme d’alors 21 ans projetait des assassinats de responsables politiques ou des attaques de mosquées et administrait une page Facebook à la gloire d’Anders Breivik, terroriste norvégien ayant assassiné 77 personnes en 2011 à Oslo et sur l’île d’Utoya. M. Nisin est toujours incarcéré à Marseille dans l’attente d’un procès qui devrait se tenir d’ici quelques mois. Neuf autres personnes sont mises en examen dans ce dossier.

    Internet et les réseaux sociaux sont bien souvent le moyen par lequel ces militants se radicalisent, jusqu’à projeter des actions violentes. A l’instar de l’organisation Action des forces opérationnelles (AFO), démantelée en juin 2018. Derrière des pseudonymes inspirés de personnages de l’histoire et de la littérature française, comme « Ferragus », « Fermat » ou « Ninon de Lenclos », et regroupés sur un site Web, une poignée de personnes originaires de toute la France, âgées de 32 à 69 ans, voulaient « lutter contre le péril islamique » au moyen d’actions terroristes.

    Les membres, parmi lesquels d’ex-policiers, envisageaient, en réplique aux attentats islamistes commis en France, d’assassiner des imams radicaux ou encore d’empoisonner les produits des rayons halal des supermarchés. Seize personnes ont été mises en examen dans ce dossier : treize lors d’un premier coup de filet en 2018, qui avait permis de découvrir des armes et des éléments permettant de fabriquer des explosifs, trois autres depuis. Parmi les dernières mises en examen, on compte un diplomate, numéro deux de l’ambassade de France au Salvador, arrêté en juin 2019.

    Groupuscules et « loups solitaires »

    Le groupe des Barjols, démantelé en 2018 alors qu’il envisageait d’assassiner Emmanuel Macron, obéit à une logique similaire. Ce qui n’est au départ qu’un groupe privé Facebook, fondé en avril 2017 durant la présidentielle, devient, au fil des mois, le foyer d’une radicalisation. Parmi les 2 400 membres, nationalistes et islamophobes, mais en pratique plus préoccupés par le prix de l’essence et le coût de la vie que par l’idéologie nazie, une poignée va envisager de lancer des opérations armées contre les musulmans ou les institutions. Ils planifient ainsi de tuer le chef de l’Etat en marge des cérémonies du 11- Novembre, lorsqu’une opération de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) met fin à leur projet. Neuf personnes sont mises en examen dans ce dossier, dont trois sont en détention provisoire.

    Deux autres affaires sont actuellement suivies par le PNAT. L’Oiseau noir, un groupe d’ultradroite qui échangeait sur un forum, a été démantelé entre septembre 2018 et juin 2019 à Grenoble. Composé notamment d’un ex-gendarme adjoint, mais aussi d’un mineur, ce groupuscule planifiait des attentats contre des lieux de culte musulmans et juifs. Il avait réuni des armes et des explosifs. Cinq personnes sont mises en examen dans ce dossier.

    Outres ces groupuscules, il existe des « loups solitaires » envisageant des passages à l’acte individuels. Ce fut le cas de Claude Sinké, cet octogénaire bayonnais, ex-candidat Front national aux départementales de 2015, qui a tenté en octobre 2019 de mettre le feu à la mosquée de Bayonne et tiré sur deux fidèles musulmans, les blessant grièvement. Il est mort en détention en février.

    Plus récemment, en mai, un ancien militaire et « gilet jaune » de 36 ans, Aurélien C., a été arrêté à Limoges. Outre des propos de plus en plus véhéments sur les réseaux sociaux, il projetait des attaques contre des lieux de culte juifs. Des explosifs ont été découverts à son domicile. Il a été mis en examen pour « entreprise individuelle terroriste ».

    #extreme_droite

  • Un conseiller d’Emmanuel Macron a déjeuné secrètement avec Marion Maréchal en octobre à Paris
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/12/27/un-conseiller-d-emmanuel-macron-a-dejeune-secretement-avec-marion-marechal-e


    Marion Maréchal et Bruno Roger-Petit ont tous deux confirmé avoir déjeuné ensemble en octobre.

    Bruno Roger-Petit, conseiller mémoire du chef de l’Etat, a invité la nièce de Marine Le Pen et figure de l’extrême droite identitaire dans un restaurant parisien.

    Le déjeuner a eu lieu le 14 octobre, à la brasserie Le Dôme, à Paris. Bruno Roger-Petit, l’un des plus anciens collaborateurs d’Emmanuel Macron à l’Elysée, et Marion Maréchal, ex-députée du Vaucluse, ont partagé un repas, dans le petit salon confidentiel de cette brasserie de Montparnasse où l’on peut entrer par l’arrière de l’établissement et s’attabler loin des regards indiscrets. C’est là d’ailleurs que François Mitterrand donnait rendez-vous à sa fille, Mazarine, dans les années 1980, après l’école, lorsque le grand public ignorait encore son existence.
    Selon un habitué du restaurant, qui n’avait pas vu la petite-fille de Jean-Marie Le Pen entrer, le déjeuner s’est terminé à 14 heures. Le conseiller du président a payé l’addition, et ni le compte rendu des échanges ni la tenue de cette rencontre n’ont filtré hors de l’Elysée.

    • Ancien admirateur de François Mitterrand, Bruno Roger-Petit, lui, a suivi la campagne présidentielle d’Emmanuel #Macron pour le magazine Challenges avant d’entrer à l’Elysée. Depuis, il pousse le président à « trianguler », comme il dit. Avant la prochaine présidentielle, il veut piocher des propositions dans les thèmes fédérateurs des uns et des autres et transgresser les clivages traditionnels pour séduire des électeurs du camp adverse, ou ceux qui ne sont pas acquis naturellement.
      Il évoquait même sa curieuse formule dans une note adressée au président de la République, le 15 novembre 2019, dont Le Monde a eu connaissance. Roger-Petit lui proposait de « #trianguler avantageusement les positions de tous [ses] adversaires » en célébrant le 200e anniversaire de la mort de Napoléon, en mai 2021, en compagnie de Vladimir Poutine – manière selon lui d’« obliger » les pro-Russes français, présents à droite et à gauche, à « saluer l’initiative ».

      Décourager droite et gauche traditionnelles

      « BRP » entretient d’ailleurs des liens assez privilégiés avec Geoffroy Lejeune, ami très proche de Marion Maréchal et directeur de la rédaction de #Valeurs_actuelles https://seenthis.net/messages/876106, l’hebdomadaire de la #droite_identitaire, depuis que, encore journaliste, le conseiller l’avait rencontré sur un plateau de la chaîne i-Télé (devenue #Cnews en 2017).
      Le conseiller de l’Elysée a d’ailleurs l’habitude de tester des formules sur son ami de Valeurs. L’idée, c’est d’installer dans l’opinion un tête-à-tête entre la « Macronie » et l’#extrême_droite, afin de décourager droite et gauche traditionnelles avant la prochaine présidentielle. C’est encore Roger-Petit qui, en octobre 2019, avait organisé l’entretien du président de la République avec Valeurs afin d’évoquer, pour la première fois, la laïcité, le droit d’asile, l’immigration et l’islam. C’est aussi le conseiller élyséen qui avait organisé avec Geoffroy Lejeune la remise de la Légion d’honneur de Michel Houellebecq à l’Elysée, en avril 2019.

      On avait eu le « progressisme » et l’"émancipation". Quant à une réhabilitation de Pétain qui picore à droite et à l’extrême droite, le copyright est en attente. Idem pour la touche souverainiste du « Nous, Français » qui est le slogan actuel de campagne de cet ex-chevenementiste.

      Alain Minc : « Désormais chacun sait où se situe Macron, c’est un chevènementiste européen »

      https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/alain-minc-desormais-chacun-sait-ou-se-situe-macron-c-est-un-chevenementist

      Tout ça montre que pour l’instant le capitalisme français n’a pas d’autre canasson. Même si des fuites en provenance du groupe Canal + attribuent à Bolloré l’intention d’utiliser Cnews pour faire gagner MLP.

      #cuisine

  • Emmanuel Ndione : La recherche populaire, dynamique pratique de l’émancipation collective | Afrotopiques
    https://www.r22.fr/antennes/afrotopiques/podcasts-afrotopiques/emmanuel-ndione-la-recherche-populaire-dynamique-pratique-de-l-emancipation-coll

    Dans cet épisode on rencontre Emmanuel Ndione, chercheur militant génial et très indiscipliné, fondateur de ENDA GRAF SAHEL - « Graf » qui signifie Groupe de Recherche Action Formation - c’est une organisation de recherche-action née dans les années 1980 à Dakar. Durée : 1h02. Source : R22

    https://www.r22.fr/media/pages/antennes/afrotopiques/podcasts-afrotopiques/emmanuel-ndione-la-recherche-populaire-dynamique-pratique-de-l-emancipation-collective/-80254192-1608574027/ep-emmanuel-ok-12-dec-mix_01.mp3

  • Troisième partie : La mission

    SCI Galeano

    https://lavoiedujaguar.net/Troisieme-partie-La-mission

    De comment Defensa Zapatista tente d’expliquer à Esperanza quelle est la mission du zapatisme et autres heureux raisonnements.

    « Bon, alors je vais t’expliquer quelque chose de très important. Mais tu ne peux pas prendre de notes, ce que je veux c’est que tu le gardes en tête. Parce que le cahier, tu le laisses traîner n’importe où, mais ta tête t’es forcée de l’avoir toujours sur toi. »

    Defensa Zapatista marche de long en large, comme on dit que faisait le défunt quand il expliquait quelque chose de très important. Esperanza est assise sur un tronc et, prévoyante, elle a posé un plastique sur le bois humide, florissant de mousse, de champignons et de rameaux secs.

    « Est-ce que nous allons voir l’endroit où nous arrivons pour la lutte ? » lâche Defensa Zapatista tendant ses menottes vers nulle part.

    Esperanza réfléchit à une réponse, mais il est évident que Defensa a posé une question rhétorique, autrement dit ce n’est pas la réponse qui l’intéresse, mais les interrogations qui suivent la première question. Defensa Zapatista, d’après elle, suit la méthode scientifique.

    « La problème donc n’est pas d’arriver, mais de s’ouvrir un chemin. Autrement dit, s’il n’y a pas de chemin, eh bien, il faut en faire un, parce que sinon, comment ? » La fillette brandit un machete qui est sorti allez savoir d’où, mais c’est sûr que dans une des cahutes on doit être en train de le chercher.

    « Alors la problème, comme qui dirait, a changé, et le plus premier, c’est le chemin. Parce que, s’il n’y a pas de chemin vers là où tu veux aller, ça sert à rien que tu en restes à cette préoccupation. Donc, qu’est-ce que nous allons faire s’il n’y a pas de chemin vers là où nous allons ? » (...)

    #zapatisme #SupGaleano #EZLN #préparatifs #voyage

  • Une base regroupant les liens vers les pages des sites sérieux racontant les histoires des groupes et artistes en France, de l’orchestre au hardcore, en passant par les sixties, la prog et la soul . Incluant les pages déjà écrites pour Cameleon Records et Mémoire Neuve, des articles de presse et l’aide de l’ancien site 45toursderockfrançais.
    http://www.45vinylvidivici.net
    https://cameleonrecords.bandcamp.com

    https://cameleonrecords.bandcamp.com/track/betty-ford-clinic

    https://cameleonrecords.bandcamp.com/track/artificial-joy

    #musique #cameleon_rds #vinyle

  • #Covid-19 : « La plupart des pays avaient besoin d’un #vaccin que l’on aurait pu produire, stocker et administrer simplement et à bas coût », William A. Haseltine
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/12/24/covid-19-la-plupart-des-pays-avaient-besoin-d-un-vaccin-que-l-on-aurait-pu-p

    L’efficacité des vaccins anti-Covid-19 de Pfizer et Moderna, démontrée à plus de 90 % lors de l’essai clinique de phase 3, a été acclamée aux Etats-Unis et en Europe, et le gouvernement britannique a même autorisé le vaccin Pfizer pour une campagne massive. Or, si ces vaccins sont à l’évidence révolutionnaires, l’accomplissement qu’ils représentent à l’échelle de la planète doit être relativisé. Pfizer et Moderna ont créé une Lamborghini quand la plupart des pays avaient besoin d’une Toyota – c’est-à-dire d’un vaccin que l’on aurait pu produire, stocker et administrer simplement et à bas coût, de préférence en utilisant les chaînes de distribution déjà existantes.

    Pour rester stable, le vaccin Pfizer doit être stocké dans des congélateurs spéciaux maintenus à ultrabasse température (− 70 °C). Ces conteneurs, qui ne sont fabriqués que par quelques rares « fermes de congélation », coûtent entre 10 000 dollars et 15 000 dollars (soit de 8 200 à 12 300 euros) pièce. Même si le vaccin Moderna n’exige pas une telle congélation – les − 20 °C requis correspondent à un congélateur domestique standard –, les deux vaccins doivent être pareillement administrés en deux doses espacées d’un mois. Ces difficultés logistiques ne sont certes pas rares, mais elles ne sont clairement pas idéales quand l’objectif est une inoculation mondiale.

    Des alternatives existent

    Même aux Etats-Unis et en Europe, où les gouvernements ont déjà acheté des centaines de millions de doses de vaccin à ARN messager, les hôpitaux peineront à sécuriser les équipements nécessaires à leur stockage et à leur acheminement – notamment ceux dans les petites villes et zones rurales dont les habitants, exposés à de mauvaises conditions socio-économiques et sanitaires, sont particulièrement vulnérables au Covid-19.

    Cela vaut également pour les régions reculées d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Airlangga Hartarto, à la tête du groupe de travail sur le Covid-19 indonésien, a déclaré à Reuters que dans son pays, le vaccin Pfizer avait d’ores et déjà été écarté car il est peu probable qu’il puisse être distribué à 270 millions d’individus dispersés sur plus de 17 000 îles. D’après l’Organisation mondiale de la santé, c’est essentiellement l’incapacité à préserver la chaîne du froid qui explique pourquoi plus de 50 % de vaccins sont perdus chaque année.

    Heureusement, des alternatives existent, comme le vaccin adénovirus développé par les entreprises AstraZeneca et Johnson & Johnson. Celui-ci utilise un virus respiratoire bénin comme vecteur plutôt que des protéines synthétiques, comme c’est le cas des vaccins ARN. Les vaccins adénovirus présentent toutefois un défaut profond et fondamental : les récipiendaires risquent de développer une immunité non seulement au Covid-19, mais aussi au vecteur lui-même, ce qui voudrait dire qu’il faudrait alors recommencer à zéro et développer un autre candidat-vaccin. Le vaccin AstraZeneca et d’autres de ce genre sont un peu comme une Mercedes – ça ne demande pas le même entretien qu’une Lamborghini, mais reste clairement moins pratique qu’une Toyota.

    Les exemples de l’hépatite B et de la polio

    La vaccination anti-Covid-19 ne sera très probablement pas l’affaire d’une seule fois ; comme pour la grippe saisonnière, il faudra certainement prévoir une vaccination annuelle voire bisannuelle. Le vaccin le plus efficace sera donc celui que l’on pourra déployer pendant des années.

    Deux types de vaccins rentrent dans cette catégorie : les vaccins sous-unités et les vaccins inactivés. Dans le premier cas, des particules virales fractionnées sont injectées par voie intramusculaire. Cette technologie est à la base du vaccin qui a joué un rôle crucial dans l’élimination de l’hépatite B, une infection particulièrement répandue en Afrique et dans le Pacifique occidental, qui s’attaque au foie et peut provoquer des cancers lorsqu’elle est contractée à un jeune âge.

    Dans le deuxième cas, le virus est cultivé, tué et transformé pour susciter une forme de défense de l’organisme. Le meilleur exemple en est le « vaccin Salk » contre la poliomyélite. Mis au point en 1955, il fut essentiel pour éradiquer la polio. Il fait partie, à ce jour, des vaccins les plus sûrs et les plus efficaces : bien administré, il protège 99 enfants sur 100. Si le vaccin antipolio oral coûte moins cher et est plus facile à administrer, à l’inverse du vaccin inactivé, il peut générer des souches affaiblies de poliovirus.

    Aucun pays n’est une île

    Trois des quatre candidats vaccins anti-Covid-19 retenus en Chine sont de type inactivés. Alors que l’on attend encore la publication des données sur leur innocuité et leur efficacité, des centaines de milliers de doses auraient déjà été administrés. De nouveaux essais cliniques de phase 3 sont en cours dans plusieurs pays à travers le monde, de Bahreïn aux Emirats arabes unis, de l’Argentine au Pérou.
    Les vaccins inactivés ne sont pas sans risque : plusieurs, par le passé, ont déjà mal tourné à cause d’une évaluation insuffisante de leur sûreté ou par manque de contrôle. Mais, bien faits, ils représentent aussi le moyen le plus éprouvé dont nous disposons.

    D’autres vaccins que ceux de type ARN messager, plus viables d’un point de vue logistique et en termes de rentabilité, ne seront pas disponibles dans l’immédiat. Mais quand ils seront commercialisés, ils toucheront sûrement beaucoup plus de gens dans le besoin. Je dirais qu’il nous faudra attendre encore deux à trois mois, et que nous saurons alors quelles populations les vaccins Pfizer et Moderna ne pourront pas concerner.

    Dans une pandémie, aucun pays n’est une île – une leçon répétée chaque semaine à la Chine, chaque fois que de nouveaux cas d’infections arrivent sous une forme ou une autre depuis l’étranger. Un vaccin exclusivement réservé aux pays urbains à hauts revenus ne suffira pas. La solution la plus pragmatique est un vaccin viable et à un prix abordable pour tous.

    Traduit de l’anglais par Pauline Colonna d’Istria
    William A. Haseltine est un scientifique américain, ancien professeur à l’école de médecine de Harvard et président d’Access Health International, une ONG dédiée à l’amélioration de l’accès aux soins de santé dans le monde.

    #santé_publique #pandémie

  • « Violences policières, généalogie d’une violence d’État »
    https://lundi.am/Repartir-Ordonner-Tuer-Une-genealogie-des-violences-policieres-Entretien-avec

    Alors que le dégoût de la police semble gagner chaque jour un peu plus de voix dans la population française, le sociologue Michel Kokoreff vient de publier « Violences policières. Généalogie d’une violence » d’Etat aux éditions Textuel. Du massacre de Sétif, aux émeutes de 2005 en passant par les manifestations des Gilets jaunes, le sociologue identifie des continuités et des ruptures dans les pratiques policières. Source : Lundi matin

  • Des insectes et des humains, ép. 1 : S’organiser et cohabiter | La série documentaire
    https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/des-insectes-et-des-hommes-14-sorganiser-et-cohabiter

    De l’anarchie bien ordonnée, l’observation et la recherche autour des insectes sociaux. La première partie se focalise sur le collectif. La parole de deux spécialistes de fourmis et de termites s’entrecroise pour nous raconter le monde de la lutte des castes mais aussi de l’altérité. Le duo amical de Jean Poinsignon et Fernand Deroussen nous offre des sons de fourmilières réelles ou musicales. Tandis qu’en contrepoint, des extraits du texte « Le chez-soi des animaux » (éd. Actes sud) de la philosophe et éthologue Vinciane Despret, font réfléchir à l’habitat, au territoire. De l’humain à l’animal qui habite chez qui ? Durée : 55 min. Source : France (...)

    https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10177-21.12.2020-ITEMA_22520610-2020C26362E0356.mp3

  • Entretien avec Juliette Vocler
    http://www.radiorageuses.net/spip.php?article1173
    https://www.radiosaintfe.com/media/com_podcastmanager/EPHEMERES/LesTatiesGeek/PAD_TATIESGEEKS_6_julietteVoclerOK.mp3

    "M’appropier les outils dont je me sers au quotidien, que ce soit l’ordinateur ou la machine à coudre !"
    contacter Les taties geeks

    On ne nait pas geek, on le devient ...parce qu’on en a besoin !

    Entretien avec Juliette Vocler, geek du quotidien qui partage son amour de la radio libre, sa conviction que tout le monde est légitime à se former à tout, ses expériences diverses et varié.e.s autour de la création de podcast, des collectifs de médias libres, de son activité de chercheuse indépendante et des autres outils du quotidien...
    AVEC UN GRAND GRAND MERCI ET DES COEURS pour ses encouragements et les chouettes formations à SPIP qu’elle a donné aux Radiorageuses en herbeil y a 10 ans ! C’est son soutien qui a permis la naissance de la plateforme Radiorageuse et la création d’une équipe de gros bidouilles passionné.e.s !

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    Radiophile, critique sonore et chercheuse indépendante, Juliette est l’autrice de deux essais passionnants sur le son aux éditions La Découverte : « Le son comme arme, les usages policiers et militaires du son » et « Contrôle ou comment s’inventa l’art de la manipulation sonore »

    Pour écouter ses productions sonores : www.intempestive.net

    Pour lire quelques uns de ses articles : revue synthone, actualité et critique de l’art radiophonique

    On peut retrouver la rubrique "Attention les oreilles", flux RSS et sélection d’émissions à écouter à laquelle contribue Juliette sur : https://rezo.net/audio

    Le projet Internet Archive (ou IA), organisme à but non lucratif consacré à l’archivage du Web qui agit aussi comme bibliothèque numérique c’est ici :https://archive.org/index.php

    Sons de machines à coudre sont tirés de :

    – extrait du spectacle La Fabrique de la compagnie La pluie qui tombe

    – « Song of a sewing machine », DJ question Mark

  • Le Conseil d’Etat interdit l’usage de drones pour surveiller les manifestations à Paris
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/12/22/le-conseil-d-etat-interdit-l-usage-de-drones-pour-surveiller-les-manifestati

    Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, « doit cesser, sans délai, de procéder aux mesures de surveillance par drone des rassemblements de personnes sur la voie publique », a décidé la plus haute juridiction administrative.

    Le Conseil d’Etat a interdit, mardi 22 décembre, l’usage de drones pour surveiller les manifestations sur la voie publique à Paris. Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, « doit cesser, sans délai, de procéder aux mesures de surveillance par drone des rassemblements de personnes sur la voie publique », conclut la plus haute juridiction administrative dans sa décision.

    Le Conseil d’Etat avait été saisi par l’association La Quadrature du Net (LQDN), qui s’inquiétait de l’usage de drones « à des fins de police administrative ». En mai, la juridiction administrative avait déjà interdit l’usage de drones pour surveiller la capitale durant le déconfinement.

    « Doute sérieux sur la légalité »

    Pour le Conseil d’Etat, une surveillance policière par drone ne pourrait être envisagée « sans l’intervention préalable d’un texte » qui l’autorise et en fixe les modalités d’utilisation. Sinon, rappelle la justice administrative, « il existe un doute sérieux sur la légalité » d’opérer une surveillance à l’aide de drones.

    La loi sur la « sécurité globale » qui vient d’être adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale prévoit notamment d’encadrer l’usage des drones par les forces de l’ordre.

    Ainsi, l’article 22 de cette proposition de loi étend la capacité des forces de l’ordre à utiliser les images filmées dans l’espace public et prévoit notamment que, dans le cadre de manifestations, les vidéos tournées par drone ou hélicoptère pourront être diffusées en direct dans la salle de commandement du dispositif de maintien de l’ordre puis conservées, pour une durée de trente jours ou davantage si elles sont utilisées dans le cadre d’une enquête.

    #drone #activisme #surveillance #LaQuadratureduNet

  • La nature sublime | Bernard Aspe et Lena Balaud à propos de : #Jacques_Rancière, Le Temps du paysage. Aux origines de la révolution esthétique
    https://www.terrestres.org/2020/12/19/la-nature-sublime

    Les jardiniers-paysagistes Price et Knight nous appelaient à une expérience d’agrandissement sensible en résonance avec la grandeur des paysages qui se laissent compléter (dans une complémentation bien sûr inachevable) par l’imagination. Cet agrandissement qui se place dans la dimension du sensible suspend les opérations de l’esprit, dans un « contentement sans nom » (p. 78) et un « enthousiasme tranquille » (p. 79). Ce sont ce contentement et cet enthousiasme que Kant évacue en faisant disparaître cette qualité particulière que partagent la nature-artiste et le nouveau sujet esthétique qu’elle convoque : celle de pouvoir grandir encore.

  • Nuit Dickens 1/2 – série de podcasts à écouter – France Culture
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/nuit-dickens-12
    Philippe Garbit vous propose une 1ère Nuit Dickens (11 épisodes) en compagnie de Sarah Thornton, Céline Prest, Clémence Folléa et Aurélien Bellanger.

    « Pourquoi suis-je devenu fabricant de jouet ? » s’interroge un personnage-de « méchant » -dans l’un des #Contes_de_Noël de #Charles_Dickens. « Mais parce que je déteste les enfants –c’est sale, c’est cruel, ça bave, ça crie… et tout le reste ! D’où ce métier de fabricant de jouet : pour donner des cauchemars aux enfants. »

    [The Posthumous Papers of the Pickwick Club]
    Trad. de l’anglais par Sylvère Monod. Édition de Céline Prest
    http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Quarto/Les-Papiers-posthumes-du-Pickwick-Club

  • «Nous voulons qu’ils soient infectés»: comment les États-Unis ont subi 300.000 décès par #COVID-19 - World Socialist Web Site
    https://www.wsws.org/fr/articles/2020/12/19/pers-d19.html
    https://www.wsws.org/asset/1177c834-4c57-4780-95c5-56e3998a69d4?rendition=image1280

    Dans un courriel envoyé le 4 juillet, Paul Elias Alexander, conseiller du secrétaire adjoint aux affaires publiques de la santé et des services sociaux, Michael Caputo, a déclaré que le gouvernement devrait ouvrir les entreprises et les écoles pour infecter le plus grand nombre possible de personnes.

    « Les nourrissons, les enfants, les adolescents, les jeunes, les jeunes adultes, les personnes d’âge moyen sans pathologie, etc. ont un risque nul ou faible… Donc nous les utilisons pour développer [l’immunité] collective … nous voulons qu’ils soient infectés », a écrit Alexander.

    Les mémos d’Alexander expriment l’opinion que la vie des personnes âgées et des malades a moins de valeur que celle des jeunes. « Les données montrent que j’ai entendu dire que seulement 3,5 pour cent des décès se produisent maintenant chez des personnes de moins de 44 ans », a écrit Alexander. Il a ajouté que « Dieu nous en préserve » que cela change.

    Ces déclarations ne peuvent être décrites que comme des divagations fascistes. La population est considérée comme un ensemble de cobayes, à infecter à volonté, et la vie des personnes âgées est traitée comme sans valeur.

    Dans un autre e-mail, Alexander a poursuivi : « Donc, si la population est plus infectée maintenant, la question est de savoir qui s’en soucie ? Si elle provoque plus de cas chez les jeunes, je pose la question : qui s’en soucie… qui se soucie de savoir si nous faisons plus de tests et nous obtenons plus de tests positifs ».

    Dans ses divagations meurtrières, Alexander s’exprimait à la fois au nom de la Maison-Blanche et des sections dominantes de l’establishment politique américain. Avec son patron, Michael Caputo, Alexander a réussi à empêcher la publication des chiffres de mortalité et d’infection aux Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Il a pu convaincre les scientifiques de minimiser la menace posée par la pandémie.