• La peinture est une lecture.
    Un bon tableau se doit d’exciter en nous faim où nous jette en substance un poème bien viandard.
    Il n’est pas donné à qui veut d’apprécier le goût de la chair, de se sentir de l’encorps. De s’éprouver être.

    La voix, où se pavanent les couleurs de l’être, les silhouettes dansantes – ou pas – de ses corps, la qualité même, plus ou moins aigüe, de sa pensée, est un appel à être touché, souvent à commencer par soi-même. Et, encore plus souvent, pour n’être touché, que par soi-même.

    Klimà Witzenko, auteur ukrainien anonyme. Aphorismes de la Faim et de la Nuit.


  • Serpentines

    La lecture est une écriture en chemin entre matérialité et langage. Elle se niche dans le corps. L’écriture est une lecture des niches du corps ; la littérature est un serpent qui se mord la queue.

    La lecture est la fécondation de l’esprit par l’oreille, l’écriture sa parturition par la troisième main ; la littérature est un serpent spasmodique d’inoculations réussies.

    Le ventre est le singe de l’homme, l’attrape-mouche de Vénus le lit de la femme ; la femme est la guenon de l’homme.

    Klimà Witzenko, auteur ukrainien anonyme, Printemps d’Aphorismes.


  • Invocation à la pleine lune

    Toute la flotte du ciel pavane saluer son aspect des plus splendides
    Et à chaque badaud des nuées elle offre sa superbe en corps d’astre à boire
    Corne d’abondance, porte-voix du poète qui divague d’amour à perte de vue

    Des affreux difformes le temps de leur course lente et malade épousent le sombre de poix bleue ?
    L’engeance refoule de son fuligineux son visage tremblant ? (car pur !)
    Te suffit d’invoquer son nom - qui est son Être - bénissant ton front, qui est l’oeil de ton dôme, ton poitrail, qui est ta forge, ton portail dans le sang d’encre noire d’où tu prends le large de l’accord à corps, là, corps, d’encre noire, et ton ventre, mât de ta douceur, pour qu’elle déchire les voiles de la nuit ballottées d’un enfer de souffles aveugles qui aspirent à la lumière.

    La nuit n’est plus la nuit. Elle s’irise d’un soleil d’ivoire. S’amenuise le brouillard de l’esprit.
    Et toi non plus, touchée, n’es l’ombre de toi-même.
    Son chant est ton visage. Son ivoire te pèse lourd, comme un serpent scapulaire. Et son lyrique veiné de sang est ton seul souper ce soir.
    Car à travers la buée elle te semble verser dans une note untantinet plus rousse. Une goutte de ton sang coulée en poinçon de cire qui perle, joyau parmi les rats.
    Pierre de touche, pierres de lune, enchâssée en toi, en croix dans les insomnies de veille de grands départs, danseuse en soif de désert, couronne du ciel de ta conscience, comme en elle tu demeures, perles, parles, pleures, t’empierres, mais au grand jamais ne meurs.

    Tu as perdu une dent d’un mal de chien ? Est-elle en son ciel en pétale de rose ?
    Le chiendent couvre le clavecin des prés ?
    Quelle lune illune sa face sombre ?
    Une ombre voilée te râcles, nouée, dans ta rouge gorge ?
    Tu t’encombres ?

    Or elle a soufflé son ivoire d’oracle dans ta voix ! Les nuages se trépanent comme une maudite légion de rats. Tu claironnes le lieu ! et fontaines le temps de la formule.
    Le temps et tes pleurs sonnent, après ces cloches, comme un coup d’archet qui réveille les vocations de tous les fils de l’aurore. Le soleil est à saute mouton sur ton sourire bon et cruel dans la même corde qui est ta veine d’ocre et d’or.
    Tes pas, d’un ailan qui fuit de la voix sautent dans la nuée, d’encore en encore.

    L’amour, hérault tragique, le coeur cadet de ses mille couleurs est poète d’or
    et tu es tout ce qui porte un nom
    tout ce qui porte un nom, sanctifié, baigne dans tes coupes aux croupes toutes de grâce.

    Tout doux, le chien dans les boyaux a cessé - pour l’heure où tout dort - d’aboyer.
    La nuit est une dague se pendant dessus le coeur des amants - qui de concert se font fleur de plus chaude palette -
    Plus rien ne sortira d’entre tes dents.

    Quetzalcoatl


  • Queen of Salad Days

    On her varnished throne
    barge of guardians
    dragons of desire

    the Nile goes fins of fire

    She knows more ways
    to love
    than thunder
    when her sigh is a zebra in the fuming skies

    Her dancing pain
    a dagger in every pore, a snake in every vein
    and the world a shooting mandragore

    Stick to the core of Tropics
    young lad
    and see how air and trees are like mist and mast

    Such ghastly ghosts nodding
    affirmation
    Now the octopus may descend in a silky tread
    and gulp the fluffy leaves of knowledge.

    Lo and hark ! the crocodile bellows its bark
    from the mound of the beauteous one

    A symphony in watery green
    fountains keen
    on water
    and negroes perched on top of the trees
    waiting on the orders of their lusty queen

    The barge is adrift
    Time, unmade
    The dragons have shut their eyes.

    Quetzalcoatl.

    Reine de la verte jeunesse, traduction Tarek Mokhtari

    Sur son trône vernis,
    Gardiens en barge,
    Des dragons d’envie

    Le Nile s’en va, ailerons en feu

    Elle sait plus de façons
    D’aimer
    Que le tonnerre
    Quand son soupir zèbre le ciel embrasé

    Sa danse lacère
    D’une dague chaque pore, d’un serpent chaque veine
    Et le monde d’un lancinant mandragore

    Tiens-en toi au cœur des Tropiques
    Jeune homme
    Et sens comme l’air et les arbres sont comme les mâts dans la brume

    Tels effroyables fantômes hochent
    D’approbation.
    La pieuvre descend alors d’un soyeux mouvement
    Engloutir les douces feuilles de la connaissance.
    Là et entend ! Le crocodile vagit son lamentement
    De la hauteur de son sublime.

    Une symphonie en des verts aquatiques
    D’une vive fontaine
    Sur l’eau
    Et des nègres perchés à la cime des arbres
    Attendant les ordres de leur inusable reine

    La barge à la dérive
    Le temps, vidé
    Les dragons ont fermé leurs yeux.

    Quetzalcoatl.


  • La mort est le repos éternel - à l’image de l’éternité qui nous précède, et qu’on a osé déranger de notre passage dissonant. A l’inverse, l’idée de la mort est une ordalie.

    L’idée de l’amour est un paradis. Si on appelle paradis le neurasthénique qu’on ingère pour allèger la chair de ses lourdeurs. L’amour lui-même est quant à lui un enfer lyrique.

    Ainsi le corps déteste-t-il, corrompu par la raison, son bien, seulement pour aimer son mal.

    Klimà Witzenko, Paradoxes d’hiver.


  • Lorsque, laissé pour compte de la fortune et des hommes,
    esseulé, je déplore mon lot de rebut,
    et irrite le ciel, devenu sourd à mes plaintes,
    me considère, et sitôt maudit mon sort,
    me souhaitant à l’un égal en espérance,
    pareil en apparence, ainsi paré d’amis,
    désirant le talent de l’un, de l’autre la portée,
    malcontent de ce dont je suis doté ;
    pourtant, à m’insupporter de telles pensées,
    par chance, je pense à toi – et dès lors mon état, tel
    celui de l’alouette qui, au lever du jour élève ses hymnes,
    depuis la terre maussade, jusqu’à la porte du ciel ;
    Tant de richesse le souvenir de ton amour engendre
    qu’au lot même d’un roi je ne daignerais descendre.

    Piou piou serpent.


  • Toi, qui n’es que musique à écouter,
    comment la musique peut-elle t’attrister ?
    Les douceurs entre elles ne sont guère adverses,
    la joie dans la joie respire, jouit, s’aère,
    ce qu’on ne reçoit d’une bonne oreille, à l’aimer, qui t’engage ?
    ce qui ennuie, à quoi bon en affliger le plaisir ?
    Si l’union juste de deux airs en corps accord
    offusque ton ouïe, elle te gourmande seulement,
    de donner pâture au trépas ta partition solitaire.
    Tends l’oreille à cette corde qui vibre en écho à
    – se verse dedans - une autre qu’elle épouse,
    ainsi le conjoint, l’enfant, et l’épouse,
    Trois gorges ; un seul chant,
    sans langage,
    que les trois en un entonnent,
    te disant ceci : seul, tu n’es personne.

    Ourobouros à plumes.


  • Ah.. de peur que le monde te soumette à l’épreuve
    de relater de quel mérite de mon vivant je faisais preuve
    ainsi digne de m’attirer tes faveurs, mon amour,
    après ma mort oublie de penser
    à moi d’où nulle valeur ne peut voir le jour.
    À moins que tu ne me forges
    de bonne grâce, cher ange, quelque faux mérite,
    d’une main virtuose me fasse meilleur que je ne pus l’être,
    et orne de plus de louange ma mémoire
    que la vérité sécheresse n’y voudrait voir.
    Oh que de peur que ton amour constant et si vrai,
    semble tel le meilleur grain gangrené par l’ivraie,
    mon nom soit scellé sous terre avec ma dépouille,
    et ne respire plus pour te causer de cette honte qui souille,
    car honteux je suis, de ce qui de moi s’exprime,
    et ainsi devrais-tu être, à aimer ce qui n’a raison ni rime.

    Ourobouros plumé.


  • Portrait de l’artiste en poulpe, Plumed Serpent

    Jetant son encre vers les cieux,
    Suçant le sang de ce qu’il aime
    Et le trouvant délicieux,
    Ce monstre inhumain, c’est moi-même.
    ’Le Poulpe’, le Bestiaire d’Apollinaire.

    Impossible de penser au poulpe sans que surgisse l’invocation de Maldoror comme si à jamais le comte de Lautréamont avait chargé le mot poulpe de cette acception désormais inévitable, du moins pour celui qui trace ces mots. Quant à celui qui penche à présent son visage sur ces lignes oisives, il ne saura tarder à les (re)lire : ’Ô poulpe, au regard de soie ! toi, dont l’âme est inséparable de la mienne ; toi, le plus beau des habitants du globe terrestre, et qui commandes à un sérail de quatre cents ventouses ; toi, en qui siègent noblement, comme dans leur résidence naturelle, par un commun accord, d’un lien indestructible, la douce vertu communicative et les grâces divines, pourquoi n’es-tu pas avec moi, ton ventre de mercure contre ma poitrine d’aluminium, assis tous les deux sur quelque rocher du rivage, pour contempler ce spectacle que j’adore !’. Une lecture biographique des Chants de Maldoror aurait fiché un prénom sur l’animal, qui ne serait autre que celui d’un intime d’Isidore Ducasse.

    De toute évidence le poulpe intrigue, passionne, ne serait-ce que pour la façon dont il occupe la langue, à la fois masculin, poulpe, et féminin, pieuvre. Et si son nom scientifique augure de bonhommie, l’octopus vulgaris s’avère être d’une nature prédatrice et hautement carnivore. Gourmand de ses quelques deux cents ventouses le long de chaque bras – huit de leur nombre -, sa bouche, planquée dans un bec de perroquet au centre de ses tentacules, raffole de homards, de langoustes, et de crabes, tourteaux, cancers pagures, pouparts, ou encore de poing-clos. Et outre le vice de gourmandise, il partage avec le caméléon l’art du camouflage, capable qu’il est d’amonceller des objets chinés au fin fond de l’océan pour boucher son terrier, souvent un lieu creux,de grand aristocatique ; le poulpe aussi a sa petite musique solitaire. Nulle surprise si, ainsi tapi à l’abri des regards et hors de portée des dauphins, le cartilagineux de ses ganglions cérébraux muscle sa mémoire à long terme, aussi est-il, rare dans le règne animal pour ne pas dire humain, capable d’apprendre par l’observation. Car le poulpe jouit également d’un système d’accomodation tel que son acuité visuelle est pour le moins dite très bonne. De surcroît, pour peu qu’un trou présente un diamètre un tantinet supérieur à celui de son œil, orbicule légèrement placé dessus son siphon, le poulpe peut alors onduler son corps au travers l’orifice et le traverser devant le regard médusé de l’observateur. Tout chez lui atteint à une dimension esthétique qui confine à la cruauté. De cette même cruauté qui lui fait en toute lenteur infuser ses enzymes digestives qui ont pour but, venin redoutable, de lentement décomposer et digérer les corps de ses proies. Grand prince jusqu’en ses coïts, c’est sa troisième tentacule en partant de la droite qui va s’introduire en fine goutière pour injecter les spermatozoïdes dans l’orifice féminin. Quant à elle, quand elle accouche après une des plus longues périodes de gestation, la femelle meurt radicalement d’épuisement.

    Pline l’Ancien, dans son Histoire Naturelle en fait l’éloge bien que sa conclusion semble mésestimer la bête : ’Le coquillage n’a ni la vue ni aucune autre sensation que celle qui lui fait connaître l’aliment et le danger. En conséquence, les poulpes guettent le moment où il est ouvert, et mettent un petit caillou entre les valves, mais en dehors du corps même de l’animal, de peur qu’il ne chasse le caillou par ses contractions : dès lors ils attaquent leur proie avec sécurité, et ils extraient les chairs ; l’animal se contracte, mais en vain ; un coin rend ses efforts inutiles. Tant est grande l’habileté des animaux même les plus stupides !’

    Corrigeons le tir en exprimant toute la bravoure livresque de ce prince des ondes : car s’il est vrai que le poulpe soit allègrement porté sur le déguisement, une attaque frontale ne le laisse pas de marbre. C’est alors qu’il déploie son seul moyen de défense : une poche à encre qui trace à la portée de l’onde noire un nuage pétrole qui irrite non seulement la vue, mais terrasse aussi l’olfaction de ses prédateurs désormais comme anesthésiés.

    Quand il ne souffle pas des poches d’encre dans la face de ses miroirs, le poulpe se ganglionne. Le poulpe s’engangue. Sa capacité digestive à entendre la vérité, devenu devin, se dilate, au sommet de son libre. Jusqu’à ce que le ventre sableux de l’océan s’enfièvre. Il trace alors à même les parois de ses tentacules des phrases à portée ; grappes de phrases triomphalement musicales.

    Le poulpe, phoenix1 d’encre ; fleuron de la haute des bas-fonds.


  • Grappes catholiques, Plumed Serpent

    Il y a dans l’acte de l’amour une grande ressemblance avec la torture ou avec une opération chirurgicale.
    Baudelaire, Mon coeur mis à nu.

    Operated. The surgeon’s knife has probed in her entrails and withdrawn, leaving the raw jagged gash of its passage on her belly. I see her full dark suffering eyes, beautiful as the eyes of an antelope. O cruel wound !
    Libidinous God !
    James Joyce, Giacomo Casanova.

    L’Être le plus prostitué , c’est l’être par excellence, c’est Dieu, puisqu’il est l’ami suprême pour chaque individu, puisqu’il est le réservoir commun, inépuisable de l’amour.

    Qu’est ce que l’amour ?
    Le besoin de sortir de soi.
    L’homme est un animal adorateur.
    Adorer, c’est se sacrifier et se prostituer.
    Aussi tout amour est-il prostitution.
    Baudelaire, Mon coeur mis à nu.


  • Poème métaphysique sur le néant, traduction Serpent à Plumes

    Rien, de l’ombre même le frère aîné,
    Entité bien avant que le monde fut créé,
    Et bien fixe, seul ne craignant de cesser.

    Avant d’être, Espace et Temps n’étaient pas,
    Quand le Rien premier Quelque Chose engendra,
    Puis tout provint de leurs grands ébats.

    Quelque Chose, de tout l’essentielle propriété,
    Qui de son original fut écarté,
    Doit sombrer fatalement en ton infinité.

    Toutefois, Quelque Chose, aux commandes de ton pouvoir majestueux,
    A arraché de la main de ton vide fructueux,
    Humains, bêtes, oiseaux, air et terre, eau et feu.

    De tous tes descendants, le plus pernicieux, la Matière,
    Aidée de la Forme a fui ton étreinte,
    Et ta face vénérable fut éteinte, par la rebelle Lumière.

    Le Temps et l’Espace, la Forme et la Matière,
    Puis ton ennemi, le Corps, avec eux se mit de concert,
    Pour miner ton paisible règne et ruiner ta lignée entière.

    Or le Temps, tournant casaque, par toi corrompu,
    Détruit leur règne court, son aide peine perdue,
    Tes esclaves en ton giron sont de nouveau retenus.

    Aux communs mortels tes mystères sont cachés,
    Et seul l’oeil divin est libre de déchiffrer
    Tes secrets où se trouve cryptique la vérité.

    Pourtant les gens sages de toi pourront vraiment dire ceci :
    Avec toi, Rien, la vertu a perdu de son vernis,
    Et pour te rejoindre sans cesse les vilains prient.

    Grand négatif, combien vainement les sages devisent,
    Enquêtent, enseignent, définissent, individualisent,
    Si tu n’es là pour souligner leur philosophique bêtise.

    Etre ou ne pas être sont les fins que le sort poursuit,
    Vrai ou faux est le sujet de conflit
    Qui ou parfait les desseins de l’état, ou les détruit.

    Quand elles ont creusé le cerveau du politicien,
    Elles viennent retrouver la sécurité en ton sein,
    Et sont mieux, une fois devenues à rien.

    Mais, Rien, pourquoi Quelque Chose laisse faire chose pareille
    Que des rois sacrés siègent en conseil
    Avec une engeance au jugement loin d’être une merveille,

    Tandis que le pesant Quelque Chose s’absente modestement
    Et des coffres et des cervelles des dirigeants ;
    Si bien que rien n’y règne comme le Rien imposant.

    Rien, qui vis avec les bouffons aux accoutrements graves
    Pour qui ils révèrent la forme, et la forme conçoivent,
    Tout les tralalas robins, qui comme toi l’oeil déçoivent.

    Déloyauté, bravoure née de beuveries, politique Anglaise,
    Erudition Irlandaise, courtoisie Ecossaise,
    Promptitude des Espagnols, le trait d’esprit Danois en toi se basent.

    La gratitude du grand homme pour son ami le meilleur,
    Les promesses des rois, les serments des catins, courbent l’échine vers toi
    Fluidement affluent, et en toi finissent toujours.


  • « Impuissance » ou « Jouissance à contre-temps », traduction Serpent à Plumes

    Nue s’étendait-elle, dans mes bras pleins d’envie étreinte,
    Moi, empli d’amour, elle, tout de charmes empreinte,
    L’un tant que l’autre d’un feu impatient consumés,
    A se fondre en flammes, tout de désirs animés ;
    Nos bras, jambes et lèvres tout près de s’étreindre,
    Elle m’enlace en son sein, son visage prêt à m’espreindre.
    Sa langue preste – petite foudre de l’amour – s’amusait
    En ma bouche et envers ma pensée conduisait
    L’orde prompt pour que je me dispose à
    Me dissoudre en coup de tonnerre plus bas.
    Mon âme, vague, jaillie d’un baiser affiné,
    Aux bords de ces joies, flotte, en doux parfums déclinées,
    Or, quand d’une main leste elle se voudrait l’éclaireur,
    De cette partie là qui hisserait mon âme à son cœur,
    En divine exstase me liquéfie, expire,
    Me répand en foutre, et de tous mes pores transpire.
    M’eût-elle effleuré de quelque brin de peau, elle eût de même incité le dard,
    Un sexe lui bat en sa main, en son pied, même en ses regards.
    Là voilà qui sourit, sussure un blâme tout clémence,
    Et sur son corps de nos efforts essuie la semence,
    Quand sur ma poitrine hors d’haleine dansent
    Mille baisers, ’Est-ce donc tout ?’ qu’elle me lance,
    ’Passés l’extase de l’amour, le premier ravissement,
    Attelons-nous à honorer le plaisir également !’
    On ne peut plus désespéré, solitaire,
    Je tente en vain de remettre le plaisir,
    Soupire, embrasse, mais ne puis roidir.
    De fervents désirs mon mouvement déconcertent,
    De honte, tout succès tourne à la perte,
    Et enfin la rage vient me confirmer inerte.
    Même ses mains vives, qui sauraient rappeler à la glace
    La chaleur, et pousser un ermite à brûler sur place,
    Sur mon tas de cendres ne réchauffe guère plus ces reliques,
    Que le feu ne les pourraient rendre à leurs flammes antiques.
    Frissonnant, flasque, sans courage, piteux et du reste
    Assoiffé, faible, empoté, je m’étends sans un geste.
    Cette flèche d’amour, dont la pointe acérée a maintes
    Fois éprouvé cent mille vierges de leur sang repeintes,
    Que la Nature guide avec grand art et de tels tours
    A convier depuis leur mont-de-Vénus à leur cœur l’amour ;
    Fermement résolue à envahir femme ou garçon à la légère,
    Sans jamais perdre une once de sa fureur première ;
    A l’endroit où elle perce, des lèvres elle ouvre ou s’avèrent.
    Sans sève, telle une fleur flétrie, atrophiée, réduite,
    A présent se mourant en cette heure maudite.
    O toi, perfide déserteur de mes flammes,
    Fatal à ma renommée, à ma passion sans âme,
    Par quel magie ingrate et sous quel jour
    S’avèrer fidèle au vice, ainsi faillir à l’amour ?
    Quelle vendeuse d’huîtres, quelle indigente, Cendrillon, fille de joie,
    N’as-tu honorée de ton vivant et de bon aloi,
    Quand le scandale, le malsain, le vicieux te guident
    Quelle hâte ne déploies-tu pas sous leur égide ?
    Telle une brute, tonnant de par les rues,
    se bagarre, giffle, sur tout ce qui croise sa route se rue,
    Mais si c’est son roi ou sa patrie qui l’appellent,
    Qui rentre la tête, le dissolu recule ;
    Toutefois, tu étales ton brutal courage,
    A violer bordels, chaque fille légère engages,
    Mais si l’amour commande qui a les rênes,
    Déloyal et lâche, ton prince tu réfrènes.
    Pars pessima nostri, objet donc de mon dégoût,
    De par la ville, commun relais sans goût,
    Sur lequel viennent à se soulager les prurits des putains sans vergogne,
    Comme les porcs en rut contre les poteaux se frottent et puis grognent,
    Puissent des chancres voraces t’avaler,
    Puisses-tu en purulentes pertes t’écouler.
    Puissent les pierres et les ténesmes en tes jours s’établir,
    Puisses-tu ne jamais uriner, qui n’as conssenti à jouir,
    Quand mes joies par le traître que tu fais respirent.
    Et puissent dix mille verges puissantes consentir,
    A te racheter, et Corinna noyer dans le plaisir.


  • ’Le Monstre’, by Serpent à Plumes - avec petite digression sur le Poulpe -

    D’entrée de jeu, plût au ciel que le lecteur crédule, devenu hardi, et, le temps de sa lecture, féroce, à l’image de la puissance pharamineuse de mon verbe, s’accointe avec mon tempérament disputeux, verveux, rancuneux, et torrentueux, tempérament que j’hérite d’un atavisme de dérèglement pour le moins ancestral. Mais il n’est pas bon que celui qui promène un œil médusé sur cette page de plus en plus suppureuse s’en aille croire que j’impute en quoi que ce soit à l’hérédité les débordements que je suis à deux doigts de relater ; cela serait du goût le plus lâche. Non que la fougue exclue de quelque façon la lâcheté. Seulement, débuter avec une idée de quelque faiblesse chez moi, de quelque complaisance, ne conduirait le lecteur quand il aura fini de me lire qu’à réaliser qu’il est le pire fat qui se puisse concevoir.

    Que mon lecteur me prête son oreille tandis que je lui sussure que mon désir le plus fébrile est d’expier mes vices passés, si tant est qu’expiation me soit encore possible, mais qu’il ne se complaigne pas davantage dans l’association trop facile des mots ’expier’, ’désir’ et ’relater’.

    Toute cette sombre affaire débuta un sombre jour d’automne, saison de brumes et d’oisivetés, où je rendais péniblement à mon frère, le comte de M*****, une de mes rares visites. Comme j’approchais sa demeure, elle me parut, majestueuse, couronnée de pignons, et pour faire court, à l’image de la maison d’Usher. Je trouvai ma relation dans sa bibliothèque. La porte était entr’ouverte ; j’ai pénétré la pièce tout acajou. Je le trouvai penché à muser dessus un de ses ouvrages, le pied droit piétinant pour les soins du tableau un coussin à glands, la main droite quant à elle enlaçant amoureusement le pommeau d’une canne marbrée. De dos, je vis qu’il remâchait les cendres maternelles, sa face lugubre et noircie tournée vers la fenêtre comme s’il attendait la mort elle-même de surgir et de l’emporter comme une fleur fânée. Ainsi le trouvai-je prostré, à attendre sa fin, le coeur aussi vermoulu que ses meubles. Et si mon lecteur a les resources pour excuser mon outrageuse lévité sur le sujet, je coucherai la vérité nue sur ma page, terriblement offerte à ses entrailles joyeuses. Oui car mon parent souffrait de dyspepsie, grande évidence du tourment atrabilaire qui lui rongeait l’âme selon l’expression consacrée. En sa présence contristée je devins assidument muet, tout comme il était fatalement frappé de surdité ; autant dire que nous faisions bon ménage, ainsi celui qui écrit et celui qui le lit. Que mon lecteur n’attende aucunement donc d’assister à quelque dialogue. J’ai étudié ce sujet avant mon procès : les conversations sont des échanges de nouvelles (exemple : météorologiques), d’indignations ou de joies (exemple : intellectuelles) déjà connues ou éprouvées par les interlocuteurs.le moteur est toujours le goût de parler, d’exprimer des accords ou des désaccords. Et pour tout à fait déshabiller la vérité je dirais même que j’avais maille à partir avec mes créanciers, et que c’était bien là, plus qu’une quelconque amitié fraternelle, la seule rime et la seule raison à ma visite. Je n’avais cure de la société des quelques invités qui venaient hanter le château de mon fraternel de leur commotion pleurarde et servile. Je m’épanchais plutôt en promenade, espérant trouver dans le sein de la nature quelque secours à mes esprits discordants. Quelque chose de résolument sauvage et de fanatiquement aristocratique me tenait à l’écart des vagues humaines qui venaient parader un semblant de bonne santé et de bonne humeur à l’arrière-goût grinçant et morbide. Seule la nature avait assez de générosité et de grandeur pour que je puisse y épancher mes humeurs en un chapelet de pensées ou chaque pas foulé était une peau muée, une nouvelle lumière, un nouvel aplomb. Cependant, le feu qui se nourrissait de mes entrailles dansait de plus belle. J’attendais l’inattendu au détour d’une campagne rase. Je devenais au coeur de mon désœuvrement sans raison gai. Pur. Méchant. Quels idiots ils faisaient à feindre des civilités quand leure seule pensée est : hé quoi, vous, toujours en vie ? Et avec cela lâches, trop lâches pour se l’avouer sans avoir à taire cette vérité, la seule, dans un flot mensonger d’honteuses agaceries. Le vent. Le vent. Et venant de plus en plus loin. Avec le vent on quitte sa carcasse et on embrasse la substance de ce qui nous entoure. Il n y avait pas une note d’odeur de la terre retournée sans qu’elle ne se fut immiscée en mes veines. Le soleil, me dardait droit des yeux, branlant tout autour, d’une beauté convulsive. L’air même n’était plus qu’une aorte géante, qui tambourinait mon désir. Je rêvai d’être comme avec une femme. Aussitôt dit, une oasis s’écarquilla sans déciller, dans un coin de bourrasque. Un corps ferme se tenait, l’eau à la cheville. Ma première pensée fut de noyer cette insolence dans si peu d’eau. Cette pensée me rendit à fleur de nerfs. Je décidai de rester sec, prêt à faire feu de tout bois. Je me remémorai ces vers :

    O temps, suspends ton vol ! Et vous heures propices,
    Suspendez votre cours !
    Laissez-nous savourer les rapides délices,
    Des plus beaux de nos jours !

    et les trouvai mauvais ; je les chassai d’un revers. Je flottai au bord de moi, ma petite musique aveugle emplissant peu à peu l’air virginal. L’aorte battait la chamade, à un doigt d’une plosion. Dans mon équippée de sang noir je me fis l’enfant de la géante. Et quant à moi, je ne m’endormis point. Elle, tout au contraire, se fendit en un rire. Comme qui dirait sardonique. Cruelle, je la vis se dissoudre dans l’onde. Des bois me poussèrent dessus les oreilles. Plus Actéon que moi-même – et qu’était-ce à présent qu’être moi-même ? - je marchai sur le retour, couronné de ce nouveau savoir.

    Il coula de source que je me devais de retrouver la belle nymphe. J’en parlai d’abord à mon parent, qui n’eût pas l’air de comprendre.
    Il ne me fallut pas moins d’un mois avant de connaître le vrai nom de la beauté. Nous convolâmes vite en noces, heureux en calèche bien avant que d’atteindre ma propriété nichée en haut d’un mont comme un nid d’aigle. Mon épousée respirait aussi bien que moi l’air des cimes. A deux, nous fûmes un moment heureux, comme un lac dessus une montagne, joyeux néant à l’abri des abattoirs. Nous n’avions cesse de lire, voix contre voix, fracas de rires. Mais comme dirait Villiam Shakespeare :

    Momentary as a sound
    Swift as a shadow
    So quick do bright things come to confusion...

    Ce qui voulait dire, que les femmes, quoiqu’on dise, aiment passionément à chier sur les tombes. J’avais engrossé la nature à force d’un regard. Un abîme s’ouvrit à mes pieds. Ma vie menaçait ruine. A quoi cela rimait-il que je crie nuit et jour ? Que je tende la voix comme pour être touché par la grâce ? C’en était fait de moi ; la géante allait m’enfanter dans le temps, après m’avoir volé mes traits les plus intimes. Que ne l’ai-je d’abord laissée noyer dans sa fange !

    Les jours s’envolaient à tire d’aile et c’était bien une mort hideuse qui me souriait au bout. Mais il faut dire que la géante ne fut pas épargnée : d’heure en heure sa grâce cédait terrain à une protubérance assez monstrueuse qui lui arrondissait les boyaux. Un poulpe perfide y avait élu foyer.

    Impossible de penser au poulpe sans que surgisse l’invocation de Maldoror comme si à jamais le comte de Lautréamont avait chargé le mot poulpe de cette acception désormais inévitable, du moins pour celui qui trace ces mots. Quant à celui qui penche à présent son visage sur ces lignes oisives, il ne saura tarder à les (re)lire : ’Ô poulpe, au regard de soie ! toi, dont l’âme est inséparable de la mienne ; toi, le plus beau des habitants du globe terrestre, et qui commandes à un sérail de quatre cents ventouses ; toi, en qui siègent noblement, comme dans leur résidence naturelle, par un commun accord, d’un lien indestructible, la douce vertu communicative et les grâces divines, pourquoi n’es-tu pas avec moi, ton ventre de mercure contre ma poitrine d’aluminium, assis tous les deux sur quelque rocher du rivage, pour contempler ce spectacle que j’adore !’. Une lecture biographique des Chants de Maldoror aurait fiché un prénom sur l’animal, qui ne serait autre que celui d’un intime d’Isidore Ducasse.

    De toute évidence le poulpe intrigue, passionne, ne serait-ce que pour la façon dont il occupe la langue, à la fois masculin, poulpe, et féminin, pieuvre. Et si son nom scientifique augure de bonhommie, l’octopus vulgaris s’avère être d’une nature prédatrice et hautement carnivore. Gourmand de ses quelques deux cents ventouses le long de chaque bras – huit de leur nombre -, sa bouche, planquée dans un bec de perroquet au centre de ses tentacules, raffole de homards, de langoustes, et de crabes, tourteaux, cancers pagures, pouparts, ou encore de poing-clos. Et outre le vice de gourmandise, il partage avec le caméléon l’art du camouflage, capable qu’il est d’amonceller des objets chinés au fin fond de l’océan pour boucher son terrier, souvent un lieu creux,de grand aristocatique ; le poulpe aussi a sa petite musique solitaire. Nulle surprise si, ainsi tapi à l’abri des regards et hors de portée des dauphins, le cartilagineux de ses ganglions cérébraux muscle sa mémoire à long terme, aussi est-il, rare dans le règne animal pour ne pas dire humain, capable d’apprendre par l’observation. Car le poulpe jouit également d’un système d’accomodation tel que son acuité visuelle est pour le moins dite très bonne. De surcroît, pour peu qu’un trou présente un diamètre un tantinet supérieur à celui de son œil, orbicule légèrement placé dessus son siphon, le poulpe peut alors onduler son corps au travers l’orifice et le traverser devant le regard médusé de l’observateur. Tout chez lui atteint à une dimension esthétique qui confine à la cruauté. De cette même cruauté qui lui fait en toute lenteur infuser ses enzymes digestives qui ont pour but, venin redoutable, de lentement décomposer et digérer les corps de ses proies. Grand prince jusqu’en ses coïts, c’est sa troisième tentacule en partant de la droite qui va s’introduire en fine goutière pour injecter les spermatozoïdes dans l’orifice féminin. Quant à elle, quand elle accouche après une des plus longues périodes de gestation, la femelle meurt radicalement d’épuisement.

    Pline l’Ancien, dans son Histoire Naturelle en fait l’éloge bien que sa conclusion semble mésestimer la bête : ’Le coquillage n’a ni la vue ni aucune autre sensation que celle qui lui fait connaître l’aliment et le danger. En conséquence, les poulpes guettent le moment où il est ouvert, et mettent un petit caillou entre les valves, mais en dehors du corps même de l’animal, de peur qu’il ne chasse le caillou par ses contractions : dès lors ils attaquent leur proie avec sécurité, et ils extraient les chairs ; l’animal se contracte, mais en vain ; un coin rend ses efforts inutiles. Tant est grande l’habileté des animaux même les plus stupides !’

    Corrigeons le tir en exprimant toute la bravoure livresque de ce prince des ondes : car s’il est vrai que le poulpe soit allègrement porté sur le déguisement, une attaque frontale ne le laisse pas de marbre. C’est alors qu’il déploie son seul moyen de défense : une poche à encre qui trace à la portée de l’onde noire un nuage pétrole qui irrite non seulement la vue, mais terrasse aussi l’olfaction de ses prédateurs désormais comme anesthésiés.

    Bref. En trois mots comme en mille : j’allais être père. Et ce monstre des bas-fonds non seulement empêchait mon sommeil, mais menaçait d’effilocher la santé de la voleuse des ténèbres. Je ne saurais dire par quelle raison perfide il tenait à cette proximité calculée. Je dis adieu à mes dernières illusions. L’éternité était un mot bien anémique. Je faiblissais de concert, enfin, jusqu’à cette nuit mémorable.

    Que mon lecteur me laisse, sans trop tarder, courir à ma conclusion.
    Une nuit, comme une insomnie téméraire me tenait éveillé par les bouts des cils aux confins de la conscience, les cris du monstre vinrent à se saccader outre mesure. Je décidai de me rendre chez la belle endormie, et ne pus, pénétrant son antre, interdire une grimace tant cela sentait le ranci, la bière et le cadavre. Je rampai jusqu’à son lit et entendit d’abord le souffle de la bête, bien avant de soupçonner la vie à travers ses tentacules. Le lâche se faisait silence en ma présence, ce qui ne m’empêcha pas de brandir mon glaive et de le planter en son siphon. Ni de renouveler l’entreprise tant que souffle se pouvait entendre.

    Les lèvres de la géante bougèrent. Aucun mot n’a pu les franchir.
    Quant à moi, enivré de vengeance, je sombrai dans un sommeil salutaire. Et je rêvai. D’une joyeuse confrérie qui vivait dans une région montagneuse sous l’égide d’un vieux sage et qui soignait ses disciples à coups de chants tyroliens.

    Au réveil, la géante gisait dans sa flaque de sang. Mais il n y avait nulle trace de mon poulpe.


  • Je suis précis, d’argent.
    En moi, nulle idée préconçue.
    Ce que je vois, j’avale sur le champ ; sans surtout d’amour ou de haine.
    Point cruel, seulement dénué de mensonge. Œil carré de quelque dieu caméléon, souvent ma pensée se promène sur le mur d’en face.
    C’est un mur où courent des tâches sur fond d’éclaboussure de rose. Je l’ai tellement envisagé ce mur qu’il me semble y voir pulser mon propre sang.
    Or le mur me tremble.
    Visages et ténèbre y défilent et m’en séparent.

    A présent me voici dans la peau d’un lac.
    A guetter son être intime en mes méandres une femme en mon ventre affleure. Puis, elle me tourne le dos, pour l’amour du mensonge d’une chandelle ou d’un rayon de lune.
    J’ai, dans mon champ de vision, son dos, que je reflète avec rigueur. Je reçois des larmes et une gifle en guise de récompense.
    Si je compte pour elle ! chaque nouveau matin c’est son nouveau visage qui dissipe l’obscur. Le temps est son va et vient.
    Une jeune fille s’est noyée en moi, et en moi, un visage parcheminé de jour en jour menace, comme, des bas-fonds, sans pitié émergerait un monstre.

    Serpent à plumes


  • ici tu vois des ballerines toutes pleines de grâce dans les allées fleuries où un jeune plumbago se dresse, légèrement la tête jettée en arrière, cambré, prêt à turlututupiner un entrechat

    les après-midi filantes, endanse étoile, les soupapes hors-temps où tu oublies légèrement la pensée du mourir
    tant le regard est gorgé de désir et de pensée
    tant les peaux s’abouchent
    et la musique opère au présent son charme de derviche trembleur

    ici, les tires d’ailes se font légion
    les pensées floppées d’ailes
    hors temps pour mieux retrouver le temps
    les noms prennent des allures d’oiseaux
    la hâte éveille
    les sens s’aiguisent
    le coeur s’afflûte, ce ventre !, se couronne de son désir dans la possible légèreté de l’être

    le temps tient en battements de toles
    six toles
    dix toles
    l’oisillon bondit de sa cage d’osselets pour donner corps au monde

    les nombres sont rois
    l’allégresse mathématique
    joyeuse science de fugue en fugue !

    ici, le bureau du professeur est à l’ombre de ses fleurs
    de pensées
    le professeur se perche dessus sa chaise
    oiseau de proie
    sa main posée sur le dossier
    soulève, chef d’orchestre, comme une mélopée de battements d’ailes contre un ciel fait pour un seul envol

    sa main sur la chaise est la pensée incarnée de la dame à la licorne
    et la pensée se matérialise de plus en proche aigüe
    toutes les dames à la licorne ont la main affairée
    ou distraitement occupées
    sa pensée est dans sa main
    son coeur lui galope sur le derme
    son regard intérieur est dans sa paume aveugle

    et qu’est ce que la main ?
    avoir le coeur sur la main
    main : préhension, saisie, manuelle, et conceptuelle, du monde

    la main se tend vers la cage d’osselets
    et ouvre à la dame les espaces dans
    les pourpris

    la dame devient la dame
    le regard devient la dame
    se met en sa scène
    dans sa peau d’âme
    comme elle vient souffler ce petit vent de chair sur toute l’étendue de ses profondeurs
    et incarner
    incarner sa pensée

    le singe disparaît des tapisseries flottantes quand la pensée jaillit en musique
    la musique : singe - c’est-à dire ventre - de la pensée ?

    le désir se carne
    boulverse la pensée
    le désir, de même essence que la musique
    du même paradis
    savant
    mathématique
    précis
    polychromatique
    affleure
    de peau
    à peau
    emparadise
    à fleur de nerfs
    comme la végétation qui danse
    à l’air
    au gré
    d’une plus belle partition

    le ventre du poète - professeur rebelle de rythme - est pour une fois bien nourri

    Serpent à plumes



  • « Les stabilités bancales, les quiètudes aiguës des embrassades, les élèvations symphoniques, la palpitation spasmodique de la vie, les états saints dans l’ordre physique et moral, les vivacités de l’esprit de négation de la négation, la volonté au service de la déraison, les apaisements en fièvre, le sourire porte de l’édifice, les tempérances des fontaines, les affranchissements des imaginations fructueuses enchâssées d’oiseaux, la poésie de la vie pratique où l’on découvre le prix du pack de 6 canettes de Coca, ce qui n’est pas inattendu & ce qu’il faut faire, la simplicité chimique des oiseaux de proie, les expériences précoces et qui s’inscrivent dans le temps, les illuminations à visage d’ange, la polyphonie des modesties, l’impulsion des désirs profonds, les joies baptismales, les ataraxies, les loyautés irréductibles, les justices, les Fois, les attendrissements, les bienveillances, les échanges fertiles, le sain d’esprit (le Saint Esprit), les gaietés mélodiques, les sérénités réfléchies, les béatitudes communes, que le lecteur n’objecterait pas à éprouver, les visages relâchés, la symétrie des volutes des serpents du Caducée – le corps de chair et d’os enfin libre ! -, les filières innocentes de l’assasinat de la logique, la juste mesure, la sincérité, les baumes, les courbes & reliefs, le lumineux, le vif, les tartares de joie arrachés au flan du néant, la science de l’où source la poésie, le romancier intelligent – qui informe son lecteur du prix du pack de 6 canettes de Coca -, la légèreté profonde, les extrêmes non-disjoints, la défaite des ennemis de la déraison, le courage d’être lâche, les rehaussements en couleurs, le bestiaire des vertus chantées, ce qui est pleinement conscient, lucide, vigoureux, sain de corps, point malade, noble et non ignoble, sans déviance, ni flou ni vague ni sanglot long des violons, les éclaircies soûles de foi enthousiaste, les sobriétés, les suavités et les indemnes, les moralisateurs et rhéteurs non abusifs, les choses bonnes, ce qui réfléchit comme l’enfant, la joie et les masques qui tombent, le se taire quand on n’a rien à dire, le ne jamais se trahir, les desseins mûrement échaffaudés où s’abolit l’auto-destruction, les louanges humbles des axiomes sacrés, la mise à distance méthodique des parasites, les préfaces intelligentes, comme celle de Cocteau pour les Chants de Maldoror intitulée ’Une superbe Solitude’ (Noël 1962 pour l’édition de 1963 chez Nouvel Office d’Edition), le bien fondé, la hardiesse non outrancière, les bols d’air à pleins poumons, les respirations dans les sangs d’encre, la grâce--- devant ces mérites glorifiants, que je suis fier d’invoquer, il est temps d’aller enfin vers ce qui s’attire notre approbation et nous dilate si généreusement. »

    Serpent à plumes


  • Ma débauche au sommeil arrachée chevauche des baisers qui me couraient sur le flanc – autant de juments qui cavalcadent la croupe folle, bientôt grâcieuse – sur l’étendard de ton désir c’est califourchon de langue. Adada ondule ton dos.
    Quat’ cinq six, elle rentre en lice.
    Dans les cou.. cou.. cou..
    Coulisses
    Un fakir joue de la flûte au serpent vert qui danse

    Serpent à plumes


  • Valvà

    Cime eshti ?

    Acolo unde zgonotul este tu nu eshti
    Acolo unde eshti zgonotul nu este

    Tu eshti îndeparat
    Shi apropiat

    Tu eshti nou
    Shi vechi

    Tu eshti plin
    Shi gol

    Imposibil
    Shi posibil

    Cime eshti ?

    Mic
    Shi
    Mare

    Strain
    Shi
    Singur

    Cime eshti ?

    Valva
    Inghite shi dà-ne înepoi
    Vioele
    La fel
    De cîte ori

    Sistolà
    Diestolà

    Viatà
    Shi m-aortà

    Cime eshti ?

    Aràta-ti mi e mea libertate
    Afarà de zgonotul
    Eu doresc a fi
    Sàrbatoare
    Sàrbatoare
    Sàrbatoare
    Acolo unde zgonotul este tu nu eshti
    Sàrbatoare

    Acolo unde eshti zgonotul nu este
    Sàrbatoare pîna là
    Luminà

    A auzi
    A repeta
    Sistolà
    Diestolà
    Sistolà
    Diestolà

    Valva
    Inghite shi dà-ne înepoi
    Vioele
    La fel
    De cîte ori
    Sistolà
    Diestolà

    Tu ai ai mei plecari
    Shi ale mele sosire

    Al meu drum
    E mea floare
    Pe
    Mare

    îndeparat
    Shi apropiat

    nou
    Shi vechi

    plin
    Shi gol

    Imposibil
    Shi posibil

    E mea cheie
    Shi ushà

    Mic
    Shi
    Mare

    Strain
    Shi
    Singur

    E mea casà
    Shi al meu inimà

    E mea cheie
    Shi ushà
    Sistolà
    Diestolà
    Sistolà
    Diestolà
    Sistolà
    Diestolà

    Sàrbatoare
    Sàrbatoare
    Sàrbatoare
    Sàrbatoare
    Sàrbatoare
    Sàrbatoare
    Sàrbatoare

    etc etc

    Le Serpent Plumé

    • Traduction Qtzlktl

      Valve

      Qui es-tu ?

      Là où le bruit est tu n’es
      Là où tu es le bruit n’est

      toi, lointain et proche à la fois

      nouveau et ancien

      plein et si vide

      possible tant qu’impossible

      Qui es tu ?

      petit
      et grand

      étranger,
      seul

      Qui es-tu ?

      Valve, qui siphonne et recrache nos rêves
      autant de fois qu’elle tambourine le temps

      systole
      diastole

      vivante aorte
      porte-voix de mon désir contre
      les gémissements des maux par delà les mots des mortes contre
      les bégueules et les sales gueules de bidet
      contre

      qui es-tu ?

      Donne-moi, hors du bruit pleurard,
      le La du large
      une issue
      de la langue
      le plein à toi
      le plein au corps
      je danse
      entrechats d’étoile en
      soif d’infini

      d’éboulement
      lumière
      je ne veux être que lumière
      au plus près de source battre
      battre
      battre pleine pleine pleine
      mesure

      Là où le bruit est
      tu n’es ; je danse

      Là où tu es le bruit n’est
      au plus près de source battre
      battre
      pleine pleine mesure

      systole
      diastole
      systole
      diastole
      systole
      diastole
      systole
      diastole

      valve, qui siphonne et recrache nos souffles autant de fois qu’elle fontaine le temps

      qui signes mes départs
      consignes mes tire-d’ailes
      grand route d’échauffourrées à
      fleur de nerfs

      toi, lointain et proche, à la fois, nouveau et ancien, plein et vide

      mon liminal
      rouge-gorge où je rencontre le monde

      menu et si grand

      tu t’étranges, seul
      solaire
      canon à la chamade
      l’air aorte
      tambourine tes désirs

      La du large

      où le bruit n’est tu naîs ; je danse

      Là où tu n’es le bruit naît

      au plus près de source battre

      systoLa
      diastoLa

      systoLa
      diastoLa

      systoLa
      diastoLa

      systoLa
      diastoLa

      systoLa
      diastoLa

      systoLa
      diastoLa

      .
      .
      .
      .