Rezo

Le portail des copains

  • Les services de santé ont fiché des « gilets jaunes » blessés

    Lors des journées d’action des 8 et 15 décembre, la Direction générale de la santé a activé le dispositif SIVIC, normalement prévu pour les situations d’attentat afin d’assurer un suivi des victimes et aider à la recherche de personnes. Depuis mars 2018, ces données sont ouvertes aux agents du ministère de l’intérieur. « Le personnel de santé se transforme peu à peu en auxiliaire de police », dénonce l’Association des médecins urgentistes de France.

    Mediapart, 11 janvier 2019
    Par Mathilde Goanec et Jérôme Hourdeaux
    https://www.mediapart.fr/journal/france/110119/les-services-de-sante-ont-fiche-des-gilets-jaunes-blesses

    Les autorités ont déployé durant certaines journées d’action des « gilets jaunes » un dispositif d’identification et de suivi des manifestants blessés à l’origine prévu pour les situations d’attentat et auquel le ministère de l’intérieur peut, en théorie, accéder.

    Ce système, baptisé SIVIC, a été mis en place progressivement à la suite des attentats de novembre 2015 afin de faciliter l’identification et le décompte des personnes touchées lors d’attaques ainsi que la recherche de celles portées disparues.

    Lorsque le dispositif est activé, chaque personne prise en charge doit se voir attribuer un numéro SINUS par le personnel soignant qui doit ensuite remplir, sur un site internet, un formulaire détaillant son identité, ses coordonnées, le service l’ayant pris en charge ou l’identité et les coordonnées d’un éventuel accompagnant. Le patient se voit ensuite doter d’un bracelet permettant son suivi durant son parcours médical. Une autre interface permet de renseigner l’identité d’une personne recherchée (voir ici une présentation du dispositif).

    Des secours emportant un manifestant blessé, à Paris le 1er décembre 2018. © Reuters Des secours emportant un manifestant blessé, à Paris le 1er décembre 2018. © Reuters

    Ce sont donc des informations particulièrement sensibles qui sont ainsi collectées. Dans une délibération en date du 7 juillet 2016, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) avait donné son feu vert à la création du SIVIC. Mais celui-ci était assorti de recommandations.

    La Cnil relevait notamment que des personnes, certes soumises au secret professionnel, mais extérieures au parcours médical du patient, auraient accès à des informations confidentielles. Elle s’interrogeait ainsi sur l’articulation du droit « au respect de sa vie privée et du secret des informations, (…) avec l’accès, prévu dans le dossier de demande d’autorisation à des informations nominatives relatives à des personnes hospitalisées, par des personnels, fussent-ils tenus au secret professionnel, autres que les professionnels qui les prennent en charge et hors les cas autorisés par la loi ».

    La Cnil soulignait également que le SIVIC lui avait été présenté comme « une solution provisoire, dans l’attente du développement d’un outil interministériel destiné au suivi des victimes d’attentat dont les modalités restent à définir et qui fera l’objet de formalités propres auprès de la Commission ». Son autorisation, précisait-elle, valait donc « jusqu’à la mise en place de l’outil interministériel annoncé, qui devra, par ailleurs, être entouré de toutes les garanties légales adéquates ».

    Le SIVIC n’a pour l’instant toujours pas été remplacé. Le 9 mars 2018, le gouvernement a même pris un nouveau décret précisant les conditions de stockage et d’accès aux données collectées. Le texte précise par exemple que les données ne peuvent être conservées que « pendant la durée de prise en charge de la personne dans le système de santé ». Il fixe également la liste des ministères dont les agents sont autorisés à les consulter. Et parmi ceux-ci figurent ceux « de l’intérieur, de la justice et des affaires étrangères », « dans la stricte mesure où elles sont nécessaires à l’exercice des missions qui leur sont confiées ».

    À nouveau saisie, la Cnil avait également validé ce décret tout en recommandant de préciser « les catégories de données relatives aux utilisateurs finaux du système d’information ». À chaque fois, les avis de la Cnil se basent sur l’hypothèse d’une utilisation du SIVIC dans le cadre d’une situation d’attentat. Ainsi, pour expliquer l’ouverture des données aux agents du ministère de l’intérieur et de la justice, la commission précise que « dans le cas d’attentats, certains agents habilités de ces ministères participent à la cellule interministérielle d’aide aux victimes ».

    Comment expliquer que ce dispositif normalement réservé aux attentats ait été activé lors de mouvements sociaux ? En réalité, le texte régissant la création du fichier de suivi des victimes, l’article L3131-9-1 du code de la santé publique, introduit par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2017 votée en décembre 2016, ne fait pas explicitement référence aux attentats. Elle parle d’une « situation sanitaire exceptionnelle », en référence au dispositif ORSAN (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles) qui a remplacé en 2014 les différents plans blancs.

    Contactée par Mediapart, la Direction générale de la santé (DGS) indique ainsi que le SIVIC « a été activé en situation réelle plus d’une centaine de fois ». Ce fut le cas lors des attentats de Trèbes, Marseille et Strasbourg mais également « lors d’événements avec de nombreuses victimes », comme le passage de l’ouragan Irma, ou encore à la suite d’accidents de transports en commun ou d’incendies. « Le dispositif SIVIC a été également activé suite à des événements survenus à l’étranger impactant des ressortissants français, comme l’attentat de Barcelone, le séisme en Indonésie, et l’effondrement du viaduc de Gênes », précise la DGS.

    Concernant les gilets jaunes, la direction indique avoir activé le dispositif en amont des rassemblements dès les samedis 8 et 15 décembre. Il s’agit dans ce cas d’un usage « en prudentiel afin de quantifier l’impact du nombre de blessés sur l’offre de soins et anticiper la mise en place, le cas échéant, des mesures de régulation des flux de blessés ou de renforcement capacitaire des établissements de santé ». Dans le même esprit, le SIVIC avait été activé à l’occasion du dernier réveillon de la Saint-Sylvestre.

    La DGS précise que le SIVIC permet à chaque agence régionale de la santé (ARS) « de mesurer l’impact sur l’offre de soins, de faciliter la régulation des destinations hospitalières des blessés et éviter la création de tensions hospitalières sur un nombre limité d’établissements de santé, et, le cas échéant, permettre la mise en œuvre de mesures de gestion ou de renforcement capacitaire ».

    « Les bilans quantitatifs issus de SIVIC ont été communiqués au ministère de l’intérieur, poursuit la DGS. Ces informations ont également permis de répondre aux questions des journalistes concernant le nombre de blessés. Ce dénombrement concernait l’ensemble des personnes blessées dans le cadre du mouvement gilets jaunes (forces de l’ordre, pompiers, manifestants ou simples passants). »

    Lire aussi

    Notre dossier « gilets jaunes » : la colère des oubliés Par La rédaction de Mediapart

    Cette extension du domaine d’application du SIVIC aux mouvements sociaux, dans un cadre de répression accrue, peut placer les personnels soignants dans une situation délicate. « Le patient a le droit au secret médical. Sauf qu’il est référencé dans un fichier que le ministre de l’intérieur aurait le droit de consulter ! » regrette ainsi Christophe Prudhomme (CGT), porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), qui avait déjà critiqué à la mise en place du dispositif SINUS, semblable au SIVIC, utilisé par les pompiers.

    « Que le personnel de santé se transforme peu à peu en auxiliaire de police pose problème, poursuit le porte-parole de l’AMUF. Ce n’est pas le premier glissement de ce type. Il a été demandé au secteur psychiatrique de signaler les patients qui montreraient des tendances à la radicalité religieuse… Nous sommes dans une période politique inquiétante, qui met en danger les libertés individuelles. Il y a une volonté de contrôle du pouvoir politique sur le système de santé et des contre-pouvoirs très faibles. Ce sont des dérives inacceptables. »

    De son côté, la DGS assure que « les forces de l’ordre ne disposent pas d’un accès aux données de l’outil SIVIC ». Selon elle, « le décret du 9 mars 2018 autorise uniquement l’accès à la base SIVIC pour les agents du ministère de l’intérieur en cas d’attentat. Il s’agit ici d’une autorisation exceptionnelle donnée aux agents des directions nationales de police judiciaire, habilités, nommément désignés et participant à la Cellule interministérielle d’aide aux victimes (CIAV) activée exclusivement en cas d’attentat ».

    #attentats #fichage #giletsjaunes #sante #SIVIC


  • Le Caire-Paris, d’une révolution à l’autre | Warda Mohamed
    https://ehko.info/le-caire-paris-dune-revolution-a-lautre

    La révolution égyptienne a pu être analysée en comparaison avec la Révolution française. Et si le mouvement des « Gilets jaunes  » ressemblait à celui porté par des millions d’Egyptiens et Egyptiennes, aboutissant au départ d’un indéboulonnable président et de son successeur ? [Une détonation] au loin. Des personnes réunies, en groupe, derrière une barricade de fortune dans le centre-ville de la capitale pour se protéger des forces de l’ordre. Un feu. Une insupportable odeur de gaz lacrymogène. Cette scène qui se déroule à Paris en cette fin d’année 2018 renvoie immédiatement à celle observée (...) Source : (...)


  • « On est torturés, on est humiliés » : 44 sans-papiers en grève de la faim au CRA de Vincennes | Arno Pedram
    https://www.bondyblog.fr/reportages/au-poste/est-tortures-est-humilies-44-sans-papiers-en-greve-de-la-faim-au-cra-de-vi

    Le mouvement est parti de Vincennes, où une grève de la faim et une mobilisation ont émergé pour faire valoir les droits des sans-papiers retenus au centre de rétention administrative (CRA). A Vincennes comme ailleurs en France, les femmes et les hommes retenus dénoncent des conditions de vie inhumaines et des violences policières récurrentes. Source : Bondy Blog


  • David Dufresne : « La police s’est enfermée dans une logique d’escalade et d’affrontement »
    https://www.nouvelobs.com/societe/20190110.OBS8278/david-dufresne-la-police-s-est-enfermee-dans-une-logique-d-escalade-et-d-

    Les images d’un « gilet jaune » de 72 ans violemment projeté au sol par un CRS samedi 5 janvier à Paris. Le témoignage d’un homme à « Sud-Ouest », photos de son visage blessé à l’appui, affirmant avoir reçu un projectile non identifié – tir de Flash-Ball ? éclat de grenade ? – le même jour à Bordeaux. D’autres images prises à Aix-en-Provence samedi dernier qui montrent, face à des « gilets jaunes », deux membres des forces de l’ordre, l’un d’eux bras levé, une grenade dans sa main qu’on entend crier « Le premier qui avance, il est mort ». Autant de « signalements » que le journaliste indépendant David Dufresne, spécialiste de la question du maintien de l’ordre dans la police, recense depuis début décembre. Il en a aujourd’hui 253, qu’il a tous notifiés, via Twitter, au ministère de l’Intérieur. Interview.

    Quel regard portez-vous sur le maintien de l’ordre à la française ?

    Il s’est enfermé dans une logique contraire à celle des polices européennes comparables comme en Angleterre ou en Allemagne... Alors que celles-ci sont dans une logique de désescalade – c’est-à-dire dans l’idée du dialogue et de montrer sa force pour ne pas l’utiliser –, la police française s’est enfermée dans une logique d’escalade et d’affrontement.
    « Aujourd’hui, pour de nombreuses raisons, et alors qu’il existe d’autres méthodes, on demande aux policiers d’aller au contact. C’est évidemment multiplier les risques de blessures, de bavures… »

    De plus, on fait des effets d’annonces et dramatiser en annonçant un déploiement inouï de policiers – comme l’a fait Edouard Philippe lundi en annonçant 80.000 forces de l’ordre pour samedi –, on envoie des policiers au front qui ne sont absolument pas formés et entraînés au maintien de l’ordre. Ils ont l’habitude d’être gardiens de la paix, policier de l’anti-gang ou de la Brigade anti-criminalité (BAC). Ils viennent avec leur culture, leurs méthodes, leurs appréhensions, ils ne sont pas du tout préparés à se retrouver face à une foule de manifestants.

    Enfin, la France utilise massivement des armes prohibées dans le reste de l’Europe en matière de maintien de l’ordre : je pense aux Flash-Balls et LBD (lanceurs de balles de défense). Rappelons que le Défenseur des droits recommande depuis des années, et encore très récemment dans son rapport de 2017, l’interdiction du Flash-Ball en maintien de l’ordre. Ces armes provoquent des dégâts invraisemblables.

    Les policiers, sur-sollicités depuis des mois, font face à certaines personnes au comportement particulièrement violent...

    Il ne s’agit pas de contester la difficulté du travail policier. Mais avancer la fatigue comme argument justifiant leur violence ne tient pas. Ce n’est pas aux gens mutilés de payer la fatigue du policier. Je dis « mutilés » car il faut employer les bons mots : ceux qui perdent un œil le perdent à vie, ne parlons donc pas de simples blessures.
    « La société doit réfléchir au fait de savoir si sa conversion au tout sécuritaire mérite que les policiers travaillent 15 heures par jour. Avec les risques inhérents. »

    Quelle serait, selon vous, la réponse policière proportionnée face aux manifestants violents, pour certains dotés de bombes artisanales ou autres ?

    Question insidieuse : aucun des blessés graves n’était porteur de menaces dont vous faites état. La question est, comme le dit un syndicat puissant de commissaires, de sortir du côté match de foot manifestants vs. policiers. C’est à l’arbitre – le politique – de donner une réponse proportionnée. Elle sera politique, sociale, économique. Pas répressive.

    Vos signalements ne concernent pas seulement des violences physiques.

    En effet. Certains portent sur des manquements potentiels à la déontologie. Briser le téléphone portable d’un manifestant qui filme n’est pas physiquement violent, mais ça reste illégal. Idem quand un policier arrache un gilet jaune. Ou quand les canons à eau visent, comme à Toulouse samedi dernier, des secouristes volontaires.

    Fin décembre, l’Inspection générale de la police nationale avait été saisie par la justice pour 48 affaires de violences policières présumées. [78 selon les derniers chiffres de France Inter, publiés après cette interview].

    On en est maintenant à 53 saisines. C’est-à-dire autant de dossiers que l’IGPN a accepté de traiter. Quid des autres ? Pour l’heure, c’est cinq fois plus que lors des manifestations contre la loi travail. De mon côté, je compile ce qui est traçable visuellement, photos et vidéos à l’appui. C’est donc sans compter les violences non filmées, probablement plus nombreuses, que je ne peux, faute de temps, pas documenter.

    Selon l’AFP, les forces de l’ordre annonçaient de leur côté plus de 1.000 blessés fin décembre.

    Le problème, c’est qu’on a des chiffres extrêmement précis concernant les forces de l’ordre, mais pas concernant les manifestants. Les chiffres varient, on serait entre 1.200 et 1.700 blessés côté manifestants. Tout le monde n’est pas blessé au Flash-Ball bien sûr, mais ces chiffres sont considérables. L’omerta sur ces chiffres est tout proprement incompréhensible.

    « La Nouvelle République » rapporte que mercredi soir, à Tours, un Comité de défense des victimes des violences policières a lancé un appel à témoignages.

    Je constate en effet une évolution. Au début du mouvement, les gens filmaient la manifestation. Maintenant, ils filment pour contester les violences policières. Comme la justice va commencer à passer, certains demandent aussi à d’autres s’ils ne possèdent pas des images de tel ou tel acte pour les produire en justice.

    Comment expliquez-vous que vous recensiez autant de signalements ?

    Je ne m’attendais pas, au début, à ce que ça dure aussi longtemps. Le drame, c’est ça : la masse. Au-delà de l’irresponsabilité policière, il y a les autorisations, donc le politique. En France, politique et maintien de l’ordre sont intimement liés. Dans le maintien de l’ordre, une arme ne sort que sur autorisation du commandement préfectoral qui prend ses ordres à Beauvau, qui les prend à Matignon, qui éventuellement les prend à l’Elysée. Les 250 cas que je soulève sont autant de cas politiques.
    « La seule réponse politique, à coups de déclarations ministérielles voire présidentielles avant chaque acte, c’est d’envoyer la police. »

    Une réponse tout à fait insuffisante qui ne réglera jamais la question. La preuve : tous les samedis, des gens vont manifester en sachant qu’ils peuvent perdre un œil. Par ailleurs, certains policiers me contactent aussi pour exprimer leur exaspération, leur colère, leur désarroi face à des ordres, à un jeu qu’on leur demande de jouer pour lequel ils considèrent ne pas être efficaces.

    Ma démarche est de lutter contre le déni médiatique – après l’effroi face à une telle violence, j’étais sidéré, dans les premiers temps, de voir que les images n’étaient pas diffusées – mais aussi contre le déni politique. Quand on reprend les déclarations de Christophe Castaner, Edouard Philippe, ou Emmanuel Macron, il n’y a pas un mot pour les victimes.

    Qu’avez-vous à répondre à ceux affirmant qu’on ignore dans certains cas ce qu’il s’est passé avant et/ou après ces signalements, qu’il manque la mise en contexte ?

    Je m’évertue à essayer de donner une source menant à des témoignages écrits. La justice passe son temps à juger des choses qu’elle n’a pas vues. Bien sûr, chercher le contexte est plus que légitime et nécessaire, mais il peut s’établir autrement qu’en vidéo. Le maintien de l’ordre obéit à deux règles : l’absolue nécessité de l’usage de la force et la proportionnalité. Dans les vidéos de bavures recensées, ces deux principes sont bafoués. Et aucune ne peut se justifier par tel ou tel événement s’étant déroulé auparavant. Sinon, c’est la loi du talion, et la police n’est pas, justement, la loi du talion. La République non plus.

    Aujourd’hui, en matière de maintien de l’ordre, en France, les samedis, pendant le mouvement des gilets jaunes, la République est en dessous de ses valeurs. C’est ce que montrent ces vidéos.

    Propos recueillis par Céline Rastello

    #maintien_de_l'ordre




  • Les dents de la ville : un mobilier urbain anti-social

    Des pans inclinés, des picots, des douches…Ils s’intègrent parfaitement au paysage urbain. Pourtant, ces aménagements symbolisent le rejet des personnes à la rue. La matérialisation d’une violence sociale envers des gens trop souvent jugés « indésirables ». Pour mieux comprendre, écoutez notre documentaire sonore « les dents de la ville ».

    Le 25 décembre 2017, Christian Page, sans-abri de 45 ans tweete : « Salut à tous. Rue de Meaux 75019. Grilles d’air chaud où parfois se posaient les #SDF. Sauf que maintenant voilà. » Son texte est accompagné d’une photographie montrant une bouche d’air chaud entourée de grilles, inaccessible. Relayé plus de 2000 fois, son message pousse la mairie de Paris a retirer le dispositif anti-SDF dès le lendemain. L’homme au bandana rouge devient alors le « SDF le plus médiatisé de France » en dénonçant ce mobilier répulsif sur les réseaux sociaux. En août 2018, après trois ans et demi de vie à la rue, Christian obtient un logement social à Paris, partageant sa joie avec ses followers.

    Une nécessaire adaptation

    Mars 2018, rencontre avec Christian Page, place Sainte-Marthe, un jour de pluie. Il ramène avec lui « quelques copains », vivants à la rue, tout comme lui, pour discuter devant une cantine du Secours catholique. Il nous décrit sa vie à la rue ; l’errance permanente à la recherche d’un « spot » sécurisé, propre et isolé du monde. Face au mobilier urbain anti-social, Christian a dû s’adapter. Dans l’un de ses lieux refuges, où il a entassé plusieurs matelas, il dort sur des galets coulés dans du béton devant un bâtiment. « On s’adapte où on crève », résume-t-il crûment.

    Emmanuel Macron l’avait pourtant promis, en juillet 2017, à l’aube de son mandat présidentiel. « Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus » (NDLR : il a depuis reconnu « son échec »). Pourtant, les politiques publiques et coupes budgétaires mises en oeuvre par le gouvernement inquiètent plus qu’elles ne rassurent les associations et fondations en lutte contre les problèmes de mal-logement en France. Le budget des centres d’hébergement et de réinsertion sociale (44 000 places dans l’Hexagone) va subir une coupe brutale de 57 millions d’euros sur quatre ans, dont 20 millions déjà amputés en 2018. Une décision qui entraîne une importante réduction des services et de l’accompagnement proposés aux personnes les plus précaires.

    « Invisibiliser un problème, plutôt que de le résoudre »

    Autre inquiétude, la hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG) pour les retraités, mais aussi la suppression de l’Impôt sur la fortune (ISF), qui a fait chuter les dons aux associations d’au moins 50% l’an passé selon l’organisme France Générosités. Pour rappel, les personnes assujetties à l’ISF pouvaient faire le choix de reverser cet impôt directement à des fondations, profitant par ce biais de la défiscalisation d’une partie de la somme versée. Face à la suppression de cette taxe, l’Institut Pasteur a, par exemple, perdu environ 1,5 millions d’euros de dons cette année. Action contre la faim a essuyé une perte de 60% des volumes de ses dons soit presque 2 millions d’euros. C’est aussi 600 000 euros de moins pour la Fondation Abbé Pierre, avec une chute du montant moyen du don, passant de 1 050 euros l’an dernier, à 650 euros cette année.

    Moins de budget mais toujours plus de demandes

    En février 2018, la mairie de Paris annonçait avoir recensé » près de 3000 sans-abris dans l’espace public parisien ». Il y a quelques jours, ce sont 200 personnes SDF qui ont occupé quelques heures un immeuble vide, pour protester contre le manque de solutions de logement. Pour Yves Collin, directeur de la communication de la Fondation Abbé Pierre, le mobilier urbain anti-social est le symptôme d’un problème de logement « que l’on a pas envie de voir et surtout que l’on a pas envie de traiter ». Grâce à la campagne de communication « #Soyonshumains« , la fondation s’est attachée à recenser ces aménagements offensifs, accentuant un « phénomène de chasse ».

    Circulez, il n’y a rien à voir

    Sophie Rouay-Lambert est urbaniste et sociologue à l’Institut catholique de Paris. Ces « embellissements » anti-SDF cachent généralement « une criminalisation des plus précaires », estime la chercheuse. Ils révèlent aussi notre perception de l’espace public. Au-delà des dispositifs qui découragent l’installation, c’est l’espace public en général qui se mue en « une zone de transit », où il devient inconfortable de stationner. Cette tendance, dont le mobilier n’est finalement qu’un symptôme, estime Sophie Rouay-Lambert, découle d’une privatisation grandissante de l’espace public. Une tendance que dénonce la fondation Abbé Pierre. En 2017, elle dénombrait plus de 216 dispositifs de ce genre recensés à Paris. « Il ne faut pas s’habituer à la misère, il faut apporter des réponses », affirme Christophe Robert, délégué général de l’association. D’après le dernier rapport du collectif Morts de la rue, publié au mois de septembre, plus de 500 personnes SDF décèdent chaque année, faute de prise en charge.

    https://radioparleur.net/2019/01/08/ville-mobilier-urbain-sdf

    #urban_matter #villes #anti-sdf #mobilier_urbain #France #Paris



  • Une infirmière condamnée pour avoir dessiné des coquelicots sur les marches de l’Hôtel de Ville de Reims - France 3 Grand Est
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/marne/reims/infirmiere-condamnee-avoir-dessine-coquelicots-marches-

    Elle était venue manifester de manière pacifique. On ne lui fera, aucune fleur... 15 h de garde à vue, 500 euros d’amende, et un stage de citoyenneté. La raison de cette condamnation est d’avoir dessiné des coquelicots sur les marches de la mairie.

    C’était le 2 novembre dernier, Katia, une infirmière de 38 ans, maman célibataire, travaillant dans un service de réanimation néonatale et pédiatrique, manifestait ce jour-là au côté des Coquelicots, un mouvement qui lutte pour l’interdiction des pesticides de synthèse. Deux mois après cette affaire, elle s’interroge, et est partagée entre colère et incompréhension.

    Venus en soutien, d’autres membres des Coquelicots présents ce soir-là, s’indignent de la sévérité des sanctions. « Quand on parle de dégradation d’un monument alors qu’en fait c’est de la peinture à l’eau, c’est aberrant » souligne le collectif.

    #autoritarisme #répression


  • Laetitia Monsacré, journaliste qui co-dirige la version française du NewYorker : « aujourd’hui on n’informe plus, on fait de la fabrique d’opinion ».
    http://www.jimlepariser.fr/la-grande-manipulation
    https://youtu.be/5tyBVbyFz4c

    Etre journaliste depuis plus d’un mois en France lorsque l’on couvre les “Gilets jaunes”, c’ est en effet- n’en déplaise à Emmanuel Macron qui a essayé de nous associer dans ses voeux aux homosexuels, juifs et autres victimes de ces “gaulois” forcément incultes- devoir porter un casque et afficher “Presse” comme pour couvrir une guerre lointaine avec l’espoir que cela nous protège. De qui ? Certainement pas des gilets jaunes qui, lorsque j’ai dû courir avec eux pour échapper aux grenades lacrymogènes lancées sans aucune raison, m’ont tendu mon portable tombé dans la tourmente. Ma carte de presse perdue en même temps a fini dans la poche d’un Baqueux, un policier, qui m’a lancé “J’en fait collection”. Ces mêmes “représentants de l’ordre”-sic, qu’Emmanuel Macron ne cesse de féliciter comme ce jour de Noël où il est allé visiter les motards de la police ayant été “violemment agressés”. Stéphanie Roy, @Steph_Roy_, une ancienne journaliste de l’agence mondiale de presse, Associated Press-une référence- travaillant désormais pour l’agence de presse indépendante LinePress, a filmé la scène. Toute la scène. Trois motards arrivant comme des cow-boys sur l’avenue Georges V alors que des gilets jaunes descendent joyeusement les Champs Elysées, bonnets de Noël et Marseillaise reprise en coeur. Les touristes sourient, quelques restaurateurs s’inquiètent pour leur terrasse, mais l’ambiance est comme le disent les journalistes “bon enfant”. Mais voilà que les trois policiers lancent des grenades comme on lance des confettis, l’un d’eux tellement à son excitation qu’il en fait tomber sa moto. Alors évidemment ça tourne mal. Tu donnes de la merde, tu reçois de la merde. Une, deux trottinettes, des sapins, la riposte fuse. Légitime ? Dans tous les cas, compréhensible et c’est là, que le dimanche 23 décembre fut un jour de deuil pour le journalisme. Images tronquées diffusées en boucle sur les chaînes du service publiques et d’information continue, infox répugnante amalgamant les gilets jaunes à des racistes pour trois quenelles, à des antisémites pour une vidéo qui tourne sur les médias classiques alors qu’elle n’aurait jamais du quitter les réseaux sociaux ou encore à des homophobes en opposant le Mariage pour tous au RIC, bref une volonté éditoriale écoeurante de faire passer un message de propagande digne d’une dictature : “Les Gilets jaunes sont l’ennemi du peuple”. On minore, on diabolise- selon.

    • Toujours vérifier, meme si elle ne dit pas que des conneries.
      Le NewYorker ne possède pas de version française.
      https://twitter.com/ParisPasRose/status/1083478421982855168

      LaetitiaMonsacré se présente comme journaliste, et explique diriger la version française du @NewYorker : http://jimlepariser.fr , un *magazine en ligne cosmopolitain et sophistiqué, créé en 2011 avec @ulyssepariser, éditorialiste sur @BFMTV

      elle n’est pas journaliste, elle est critique de cinéma et son site internet est au nom de son chien « Jim »
      Jim le pariser n’est donc pas la version française du New Yorker mais du New Yorkshire

      https://twitter.com/NicolasQuenel/status/1083310750398074880

      il est juste fait mention sur internet que vous avez été présentatrice à @France5tv de 1998 à 2000 mais je ne trouve aucune trace de cette période. Du coup je m’interroge.

      Voilà la tenue de guerre pour couvrir des manifs de 2200 gilets jaunes pacifistes ! Failli être placée en garde à vue si j’avais donné ma carte de presse le flic de la BAC m a dit “j en fait collection “ Macron démission ?

      Mais ele n’a pas de carte de presse.

      Pour votre info : je l ai bien croisée en reportage en zone de guerre (Rwanda été 1994) . Dire que #LaetitiaMonsacre serait une « fausse journaliste » serait aussi inepte que de dire que « les médias sont aux ordres ».

      Preuve s’il en fallait une que certains ne veulent pas d’un journalisme plus objectif mais bien d’un journalisme qui pense comme eux

      Et ile me semble avoirlu que son mari possède 2 sociétés de promotion immobilière. A confirmer.


  • Le gouvernement ne veut pas interdire le dioxyde de titane, pourtant proscrit par les députés
    https://reporterre.net/Le-gouvernement-ne-veut-pas-interdire-le-dioxyde-de-titane-pourtant-pros

    Mardi 8 janvier, dans une interview accordée à l’émission « C à vous », le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire a annoncé qu’il ne comptait pas signer l’arrêté d’interdiction du dioxyde de titane, comme l’y enjoint pourtant la loi Alimentation, adoptée en novembre 2018.

    Le #dioxyde_de_titane est une #nanoparticule utilisée comme #additif_alimentaire, sous le nom d’#E171. D’après les études scientifiques, il aurait un effet non seulement délétère pour le système immunitaire, mais aussi #cancérogène. C’est pourquoi les parlementaires l’avaient interdit lors des débats sur la loi #Alimentation.


  • Gilets jaunes : Eric Drouet lance une cagnotte pour les manifestants blessés
    https://lemediapresse.fr/actualites/gilets-jaunes-eric-drouet-lance-une-cagnotte-pour-les-manifestants-ble

    Eric Drouet, une des figures populaires du mouvement des Gilets jaunes, a lancé ce mercredi 9 janvier ne cagnotte pour les manifestants blessés sur la plateforme Paypal. « J’adresse un message a tous les personnalités qui on dit nous soutenir (politiques, chanteurs, humoristes etc ), c’est maintenant qu’il faut agir !! Cette cagnotte dont le montant visé […]



  • Le délitement sans fin de la médecine scolaire
    https://www.liberation.fr/france/2019/01/02/le-delitement-sans-fin-de-la-medecine-scolaire_1700758

    Un élève qui peine en classe simplement parce qu’il a besoin de lunettes. Un autre qui n’arrive pas à entrer dans les apprentissages parce qu’en fait, il entend mal. En principe, tous les enfants de 6 ans, à leur arrivée au CP, doivent être auscultés par un médecin scolaire pour un bilan de #santé. C’est obligatoire. « Sauf que seuls 24,88 % des enfants ont effectivement fait ce bilan, avec des écarts entre départements allant de 0,8 % à 100 %», déplore Marianne Barré, la secrétaire générale du SNMSU-Unsa, le syndicat majoritaire représentant les médecins scolaires.

    Elle a devant les yeux les résultats de la dernière enquête menée par son syndicat et soupire : « En réalité, je me demande si ces études ont un quelconque intérêt. On empile les rapports établissant l’état catastrophique de la #médecine_scolaire. Mais rien ne change. Pire, la situation se dégrade encore. » Le nombre de médecins scolaires vient de tomber sous la barre des 1 000 : ils sont 976 professionnels en activité pour… 12,5 millions d’élèves. « Certains départements n’ont aujourd’hui plus du tout de médecin scolaire, comme l’Indre par exemple », déplore Patricia Colson, du Snamspen Sgen-CFDT (deuxième syndicat représentatif). Un tiers des postes de médecins scolaires ne sont pas pourvus, et même un sur deux en Seine-Saint-Denis, par exemple.

    En octobre 2017, l’Académie de médecine avait rendu un rapport « sur la situation alarmante de la médecine scolaire en France », faisant état par endroits d’un seul médecin censé prendre en charge 46 000 élèves… Les conséquences de cette pénurie, très concrètes, touchent en premier lieu les enfants de familles défavorisées. Ceux-là mêmes dont les parents connaissent déjà de telles difficultés pour payer la nourriture et un logement qu’ils n’ont ni le temps ni les moyens de faire les démarches pour aller voir un médecin de ville. En France, 14 % de la population (soit 8,8 millions de personnes) vit sous le seuil de pauvreté, dont des enfants. 1,2 million d’entre eux sont dans une très grande précarité, selon un rapport qui fait autorité datant de 2015 (1). L’école est censée être un refuge pour ces enfants. « Evidemment, les écoles en #éducation prioritaire et dans les territoires ruraux sont nos priorités, mais nous ne parvenons même plus à couvrir nos priorités », constate Marianne Barré avec amertume.

    Le plan pauvreté, annoncé début septembre par Emmanuel Macron, l’a déçue. « Il n’y a pas grand-chose nous concernant, si ce n’est cette idée de faire appel à la médecine générale pour le bilan de santé à 6 ans. Ce n’est absolument pas une solution. Ce bilan de santé est surtout important pour les enfants de milieux défavorisés, et tout l’intérêt justement était que l’examen se fasse à l’école, sans que les parents n’aient à faire de démarche ni avancer les frais. » Patricia Colson : « Les médecins généralistes sont débordés, ils n’arrivent déjà pas à assurer toutes leurs missions, alors comment pourraient-ils prendre en charge aussi la médecine scolaire ? » Elle pointe aussi le manque de formation spécifique pour détecter les pathologies induites par l’école, type stress, peur de l’échec, harcèlement… « Nos métiers sont complémentaires. Ils doivent le rester. Il faut rendre notre métier attractif. En revalorisant les salaires, mais pas seulement. Cela passe aussi par redonner du sens, que l’on puisse accomplir nos missions de prévention. Aujourd’hui, l’état de pénurie est tel, que c’est impossible. »


  • Fascists are the Tools of the State: Peter Gelderloos
    https://libcom.org/library/fascists-are-tools-state-peter-gelderloos

    An essay published in 2007 about the relationship of Fascism (in broad strokes, nationalistic movement terms) and the State.


    [1]Fascism is widespread in many industrial and postcolonial countries, existing as extreme nationalism, neo-Nazism, or some other extreme authoritarianism. In nearly all cases, the rank-and-file of the fascist movements tend to be dispossessed members of a privileged group in society (e.g. poor whites). In pre-WWII Germany, most working-class Germans were impoverished by the Depression, in contrast to their self-image as a wealthy, powerful nation. In modern Germany, neo-Nazi political parties win the most votes, often more than 10% of the total, in states where unemployment is highest. In the US, poor southern whites who do not enjoy the wealth promised to white people of the richest nation on earth often join the Ku Klux Klan. In Rwanda the Hutus, impoverished and in great need of land, expressed their desire for more wealth and power by identifying with the majority ethnicity, joining the fascist Hutu parties responsible for the genocide. There has been a similar fascist movement among Hindus in India, asserting their power as the majority ethnicity. Thus, fascism can be seen as a response to disempowerment and broken promises of privilege.

    [2]Fascism can also be seen as an elite phenomenon, a gentleman’s movement. The German Nazi party included many of the richest industrialists, the Spanish fascists behind Franco were an alliance of generals, landowning aristocracy, and church leaders, while Mussolini said fascism should better be called “corporatism” because it is the blending of state and corporate power. In the US, the KKK was originally a gentleman’s club, and before WWII, the richest industrialists (Hearst, Rockefeller, Ford, DuPont, Morgan) supported the fascists in Europe. Currently in the US, many elite conservatives support the anti-immigrant group Minutemen and other crypto-fascist groups. Fascism is especially connected to conservative segments of the elite who are afraid the expansive strategies of the progressive elite will backfire and destabilize the whole system. In these manifestations, fascism is a way the elite preserve traditional morality, strengthen social hierarchy, and defend against revolutionary activity among the lower classes.


  • La #dépression de l’époque
    #Dalila_Awada, Métro (Montréal), le 8 janvier 2019
    http://journalmetro.com/opinions/dalila-awada/2034903/la-depression-de-lepoque

    Peut-être ressentez-vous une sensation étrange lorsque vous entendez parler de crise écologique ? Lire des articles qui projettent les scénarios catastrophes fait naître chez plusieurs une anxiété diffuse, comme si le corps et le cerveau cherchaient à nous préparer aux bouleversements à venir.

    Il y a quelques jours, lors d’un souper, une amie racontait qu’elle avait passé le temps des Fêtes déprimée parce que la prise de conscience est soudainement devenue plus concrète que jamais. Bien sûr, elle sait depuis longtemps que la situation environnementale est alarmante, mais là, c’est différent : le point de non-retour arrive à une vitesse vertigineuse. Elle comprenait que nos vies seraient radicalement changées dans un avenir rapproché.

    Quand l’horizon semble aussi obstrué, comment ne pas ressentir de l’abattement ?

    Plusieurs chercheurs et chercheuses ont étudié les réactions psychologiques liées aux changements climatiques qui s’opèrent sur la planète. Un philosophe australien, Clive Hamilton, fait le lien avec les différentes phases traversées lors d’un deuil : d’abord le déni, suivi de la colère et du marchandage, puis la dépression, et enfin l’acception. C’est une hypothèse que fait également la biologiste Anne-Caroline Prévôt, qui explique, dans un article publié sur Reporterre, que le cerveau cherche à se protéger face à des informations qui seraient trop déstabilisantes. C’est là qu’apparaissent divers mécanismes de rejet et d’évitement.

    Toutes ces réactions psychiques de détresse ne sont donc pas étonnantes puisque les informations qu’on reçoit sur l’état de la planète Terre ont quelque chose d’assommant. C’est extrêmement troublant d’avoir à assimiler l’idée que le monde tel que nous le connaissons est en déliquescence.

    Mais c’est désormais bel et bien notre réalité.

    La bonne nouvelle, c’est qu’une fois qu’un deuil est surmonté, on regagne la capacité d’agir et de se projeter dans l’avenir. Il ne s’agit donc pas de démissionner, mais de renouer avec la volonté de se battre. Chercher coûte que coûte à renverser le cours des choses. Ça ne sera possible qu’en cessant le marchandage avec le modèle économique actuel qui nous a propulsés tout droit dans le mur. La tâche est colossale face à des gouvernements et industries qui cherchent le profit à court terme au détriment de notre avenir à long terme, mais il est dit que de se mettre en action contribue déjà à sortir de la noirceur.

    On l’ajoute à la troisième compilation :
    https://seenthis.net/messages/680147

    #effondrement #collapsologie #catastrophe #fin_du_monde #it_has_begun #Anthropocène #capitalocène


  • How Cities Make Money by Fining the Poor - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2019/01/08/magazine/cities-fine-poor-jail.html

    The Federal Reserve Board has estimated that 40 percent of Americans don’t have enough money in their bank accounts to cover an emergency expense of $400.

    Et pourquoi ces #amendes ?

    Why they do so is in part a matter of economic reality: In areas hit by recession or falling tax revenue, fines and fees help pay the bills. (The costs of housing and feeding inmates can be subsidized by the state.) As the Fines and Fees Justice Center, an advocacy organization based in New York, has documented, financial penalties on the poor are now a leading source of revenue for municipalities around the country.

    #sans_vergogne #etats-unis #pauvres #prisons


  • En capturant de banals objets du quotidien devenus armes de crime, la photographe française Camille Gharbi sensibilise au phénomène des homicides conjugaux. Minimaliste. Glaçant.

    Preuves d’amour

    https://www.camillegharbi.com/copie-de-lieux-de-vie

    Cette série de photographies cherche a questionner la violence domestique et la réponse que nous lui faisons, à travers son expression la plus extrême : l’homicide conjugal.

    En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon.

    Cette information est une statistique relativement stable, qui ressort ponctuellement dans la presse écrite ou audiovisuelle.

    Les « drames conjugaux » ou autres « crimes passionnels », ponctuent les rubriques « faits divers » des presses locales avec une constance qui flirte avec la banalité.

    Quelques lignes, précédées d’un titre laconique, relatent des affaires qui se répètent ou se déclinent. C’est l’histoire d’un homme qui a tiré sur sa femme qui souhaitait le quitter, avant de retourner l’arme contre lui. Ou bien celle d’un autre, qui a poignardé sa compagne dans un « coup de folie », car il la soupçonnait de le tromper.

    Certains détails glaçants attirent parfois plus particulèrement l’attention des médias, et la nôtre par la même occasion. Comme l’histoire de Marcelle, retraitée, décédée le 2 mars 2017 à l’âge de 90 ans, tuée par son mari à coups de casserole. Ou celle de Thalie, consultante, décédée le 19 août 2017 à l’âge de 36 ans, battue à mort par son conjoint à coups de robinet neuf non monté. Le sordide appelle l’indignation, et soudain, par le truchement de l’objet, la violence d’un acte qui aurait presque pu passer inaperçu prend toute sa dimension.

    Ainsi, pour parler de ce sujet à la fois terrible et si commun, j’ai pris le parti de concentrer mon travail photographique sur ces objets du quotidien qui se voient transformés en armes de crimes. Ces artefacts familiers, issus pour la plupart de mon propre domicile et photographiés sur un fond bleu clair sobre, ne permettent pas de saisir de prime abord la violence des faits auxquels ils font référence. Cette prise de distance impose un temps de réflexion.

    Les meurtres de femmes par leur conjoint, ex-conjoint, ou amant, ne sont pas de simples cas isolés qui toucheraient une certaine catégorie de la population.

    L’analyse des articles de presse rapportant les décès des 251 femmes qui ont -à ce jour- « succombé aux coups de leur compagnon ou ex » en 2017 et 2016 montre qu’il s’agit d’un phénomène de société qui touche toutes les catégories socio-culturelles, qui peut avoir lieu au sein de couples de tous âges et de toutes professions.

    Ces drames montrent des similarités trop prononcées pour être anodines : tous surviennent presque systématiquement dans des contextes de couples en crise ou au bord de la séparation, de jalousie, ou de possessivité exacerbée d’un conjoint sur sa « moitié ».

    La récurrence de ces crimes est trop forte pour être forfuite. Elle révèle au contraire un profond malaise sociétal dont il est grand temps de prendre toute la mesure.


  • Schiappa et Leetchi : violer la #loi c’est open bar - Vu du Droit
    http://www.vududroit.com/2019/01/schiappa-leetchi-violer-loi-cest-open-bar

    Résumons-nous : la #cagnotte a été lancée pour venir en aide à Christophe Dettinger dans la procédure intentée contre lui (frais de défense) et à sa famille mise en difficulté par l’incarcération. C’est bien sur cette base que les sommes ont été versées par les donateurs et sont désormais entre les mains de Leetchi. Et c’est la raison pour laquelle elles doivent être remises à l’organisateur qui les utilisera sous sa responsabilité. En violant ses propres règles, et en disposant à sa guise à l’encontre de la volonté des donateurs, ce qui constitue un détournement, Leetchi semble bien avoir commis le délit d’ABUS DE CONFIANCE prévu et réprimé par l’article 314-1 du code pénal. L’organisateur et les donateurs devraient immédiatement saisir le procureur de la république pour déposer plainte entre ses mains.

    Au-delà de l’impact commercial que l’on espère désastreux pour Leetchi on peut s’interroger sur ce zèle à exécuter des ordres aussi manifestement illégaux émis par Marlène Schiappa lors d’une émission de télévision.

    #démocratie


  • Communs & Non-Humains (1ère partie) : Oublier les « ressources » pour ancrer les Communs dans une « communauté biotique » | Calimaq
    https://scinfolex.com/2019/01/10/communs-non-humains-1ere-partie-oublier-les-ressources-pour-ancrer-les-co

    Comme je l’avais indiqué dans l’introduction de cet essai, les Communs sont habituellement définis à partir d’un triptyque utilisé par exemple dans ce rapport de la fondation Heinrich Böll sur les biens communs[1] : Source : : : S.I.Lex : :


  • Vieilles, et alors ?
    https://www.arteradio.com/son/61660809/un_podcast_soi_ndeg15_vieilles_et_alors

    Pourquoi des hommes de 50 ans se sentent incapables d’aimer des femmes de leurs âge ? Pourquoi beaucoup d’entre eux quittent leurs femmes pour des plus jeunes ? Pourquoi, alors que plus je vieillis, plus je me sens sereine, emplie de joie, de désirs, de force, je me suis écroulée à la vue de mon premier cheveu blanc ? Au delà de la peur de la mort et du temps qui passe, qu’est-ce que la vieillesse révèle des normes de genre ? Et comment lutter ensemble contre les injonctions jeunistes et sexistes de notre société ? Source : Un podcast à soi

    • On devrait trouvé plutot positif d’être débarrassé des bitards et leur regard objectivant. Un mec qui se désintéresse de ce que tu dit au prétexte qu’il a pas envie de te baiser c’est bien d’enfin pouvoir les détecté facilement. Faudrait aider les femmes plus jeunes à les identifié et les boycottés comme ils devraient l’être.

      –---

      Je découvre le mode de production des hormones qu’on donne aux femmes en ménopause et post ménopause.
      On l’extrait d’urine de jument. Les juments sont enfermées toute leur vie, avec une sonde directement dans l’uretre. On leur donne peu à boire pour que l’urine soit concentré. Puis une fois malades ou ménaposées les juments sont abbatus. On les trouve peut etre dans les lasagnes de boeuf.

      #nos_ennemis_les_betes #hommerie #big_pharma


  • Les blessés éborgnés par les forces de l’ordre ne le sont pas par accident | Reflets.info
    https://reflets.info/articles/les-blesses-eborgnes-par-les-forces-de-l-ordre-ne-le-sont-pas-par-accident

    Plusieurs policiers interrogés par Reflets plaident l’erreur lorsque les tirs de LBD atteignent les visages. « Vous savez, en manif, vous faites des tirs réflexe, ça peut très bien atteindre le visage par erreur. Il y a de la fumée partout… Et puis on trimbale les armes dans des sacs, dans des coffres de voiture, les viseurs peuvent être déréglés », explique l’un d’eux. Mais cette théorie ne tient pas.

    En effet, comme l’a relevé un internaute, les LBD 40 sont tous équipés d’un viseur électronique (holographique) de la société EOTech, réglés et scellés.

    Selon le fabriquant, il est très compliqué de rater sa cible avec un tel viseur.

    Selon un document de formation à l’usage des LBD mis en ligne par Taranis, « le viseur électronique permet des tirs réflexe précis et rapides ou des tirs ajustés par mauvaises conditions de visibilité ».

    #Maintien_de_L'ordre



  • Ma première manif et la grenade « GLI-F4 »
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/ma-premiere-manif-et-la-grenade-gli-f4

    Ils sont cadre, ouvrier ou auto-entrepreneur et ont fait leur première manif avec les gilets jaunes. A cause de la grenade #GLI-F4, cela aurait pu être leur dernière. Ils racontent leurs blessures et leur détermination. Reportage : Elodie Maillot

    #Maintien_de_L'ordre


  • Les vertus de l’inexplicable – à propos des « gilets jaunes » | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/opinion/2019/01/08/vertus-de-linexplicable-a-propos-gilets-jaunes

    par Jacques Rancière

    Les révoltes n’ont pas de raisons. En revanche, elles ont une logique. Et celle-ci consiste précisément à briser les cadres au sein desquels sont normalement perçues les raisons de l’ordre et du désordre et les personnes aptes à en juger. Ces cadres, ce sont d’abord des usages de l’espace et du temps. Significativement ces « apolitiques » dont on a souligné l’extrême diversité idéologique ont repris la forme d’action des jeunesses indignées du mouvement des places, une forme que les étudiants en révolte avaient eux-mêmes empruntée aux ouvriers en grève : l’occupation.

    l y a là assurément bien des raisons de souffrir. Mais souffrir est une chose, ne plus souffrir en est une tout autre. C’est même le contraire. Or les motifs de souffrance que l’on énumère pour expliquer la révolte sont exactement semblables à ceux par lesquels on expliquerait son absence : des individus soumis à de telles conditions d’existence n’ont en effet normalement pas le temps ni l’énergie pour se révolter.

    Il faudrait parfois prendre les choses à l’envers : partir précisément du fait que ceux qui se révoltent n’ont pas plus raisons de le faire que de ne pas le faire – et souvent même un peu moins. Et à partir de là, s’interroger non sur les raisons qui permettent de mettre de l’ordre dans ce désordre mais plutôt sur ce que ce désordre nous dit sur l’ordre dominant des choses et sur l’ordre des explications qui normalement l’accompagne.

    Plus que tous ceux des années récentes, le mouvement des gilets jaunes est le fait de gens qui normalement ne bougent pas : pas des représentants de classes sociales définies ou de catégories connues pour leurs traditions de lutte. Des hommes et femmes d’âge moyen, semblables à ceux que nous croisons tous les jours dans les rues ou sur les routes, sur les chantiers et les parkings, portant pour seul signe distinctif un accessoire que tout automobiliste est tenu de posséder. Ils se sont mis en marche pour la plus terre-à-terre des préoccupations, le prix de l’essence : symbole de cette masse vouée à la consommation qui soulève le cœur des intellectuels distingués ; symbole aussi de cette normalité sur laquelle repose le sommeil tranquille de nos gouvernants : cette majorité silencieuse, faite de purs individus éparpillés, sans forme d’expression collective, sans autre « voix » que celle que comptent périodiquement les sondages d’opinion et les résultats électoraux.

    Occuper, c’est aussi créer un temps spécifique : un temps ralenti au regard de l’activité habituelle, et donc un temps de mise à distance de l’ordre habituel des choses ; un temps accéléré, au contraire, par la dynamique d’une activité qui oblige à répondre sans cesse à des échéances pour lesquelles on n’est pas préparé. Cette double altération du temps change les vitesses normales de la pensée et de l’action. Elle transforme en même temps la visibilité des choses et le sens du possible. Ce qui était objet de souffrance prend une autre visibilité, celle de l’injustice.

    Il est vrai que cette « volonté » peut prendre elle-même la forme d’une revendication : le fameux référendum d’initiative citoyenne. Mais la formule de la revendication raisonnable cache en fait l’opposition radicale entre deux idées de la démocratie : d’un côté la conception oligarchique régnante : le décompte des voix pour et des voix contre en réponse à une question posée. De l’autre, sa conception démocratique : l’action collective qui déclare et vérifie la capacité de n’importe qui à formuler les questions elles-mêmes. Car la démocratie n’est pas le choix majoritaire des individus. C’est l’action qui met en œuvre la capacité de n’importe qui, la capacité de ceux qui n’ont aucune « compétence » pour légiférer et gouverner.

    #Gilets_jaunes #Démocratie

    • Expliquer les « gilets jaunes » ? Qu’entend-on par expliquer ? Donner les raisons pour lesquelles advient ce qu’on n’attendait pas ? Celles-ci, de fait, manquent rarement. Et pour expliquer le mouvement des « gilets jaunes », elles viennent à foison : la vie dans des zones périphériques abandonnées par les transports et les services publics comme par les commerces de proximité, la fatigue de longs trajets quotidiens, la précarité de l’emploi, les salaires insuffisants ou les pensions indécentes, l’existence à crédit, les fins de mois difficiles…

      Il y a là assurément bien des raisons de souffrir. Mais souffrir est une chose, ne plus souffrir en est une tout autre. C’est même le contraire. Or les motifs de souffrance que l’on énumère pour expliquer la révolte sont exactement semblables à ceux par lesquels on expliquerait son absence : des #individus soumis à de telles conditions d’existence n’ont en effet normalement pas le temps ni l’énergie pour se révolter.

      L’explication des raisons pour lesquelles les gens bougent est identique à celle des raisons pour lesquelles ils ne bougent pas. Ce n’est pas une simple inconséquence. C’est la logique même de la #raison_explicatrice. Son rôle est de prouver qu’un mouvement qui a surpris toutes les attentes n’a pas d’autres raisons que celles qui nourrissent l’ordre normal des choses, qu’il s’explique par les raisons mêmes de l’immobilité. Elle est de prouver qu’il ne s’est rien passé qui ne soit déjà connu, d’où l’on tire, si l’on a le cœur à droite, la conclusion que ce mouvement n’avait pas de raison d’être, ou, si l’on a le cœur à gauche, qu’il est tout à fait justifié mais que, malheureusement, il a été mené au mauvais moment et de la mauvaise façon par des gens qui n’étaient pas les bons. L’essentiel est que le monde reste divisé en deux : il y a les gens qui ne savent pas pourquoi ils bougent et les gens qui le savent pour eux.
      Il faudrait parfois prendre les choses à l’envers : partir précisément du fait que ceux qui se révoltent n’ont pas plus raisons de le faire que de ne pas le faire – et souvent même un peu moins. Et à partir de là, s’interroger non sur les raisons qui permettent de mettre de l’ordre dans ce désordre mais plutôt sur ce que ce désordre nous dit sur l’ordre dominant des choses et sur l’ordre des explications qui normalement l’accompagne.
      Plus que tous ceux des années récentes, le mouvement des gilets jaunes est le fait de gens qui normalement ne bougent pas : pas des représentants de classes sociales définies ou de catégories connues pour leurs traditions de lutte. Des hommes et femmes d’âge moyen, semblables à ceux que nous croisons tous les jours dans les rues ou sur les routes, sur les chantiers et les parkings, portant pour seul signe distinctif un accessoire que tout automobiliste est tenu de posséder. Ils se sont mis en marche pour la plus terre-à-terre des préoccupations, le prix de l’essence : symbole de cette masse vouée à la consommation qui soulève le cœur des intellectuels distingués ; symbole aussi de cette normalité sur laquelle repose le sommeil tranquille de nos gouvernants : cette majorité silencieuse, faite de purs individus éparpillés, sans forme d’expression collective, sans autre « voix » que celle que comptent périodiquement les sondages d’opinion et les résultats électoraux.

      Les #révoltes n’ont pas de raisons. En revanche, elles ont une logique. Et celle-ci consiste précisément à briser les cadres au sein desquels sont normalement perçues les raisons de l’ordre et du désordre et les personnes aptes à en juger. Ces cadres, ce sont d’abord des #usages de l’espace et du temps. Significativement ces « apolitiques » dont on a souligné l’extrême diversité idéologique ont repris la forme d’action des jeunesses indignées du mouvement des places, une forme que les étudiants en révolte avaient eux-mêmes empruntée aux ouvriers en grève : l’#occupation.
      Occuper, c’est choisir pour se manifester comme collectivité en lutte un lieu ordinaire dont on détourne l’affectation normale : production, circulation ou autre. Les « gilets jaunes » ont choisi ces #ronds-points, ces non-lieux autour desquels des automobilistes anonymes tournent tous les jours. Ils y ont installé matériel de propagande et baraquements de fortune comme l’avaient fait ces dix dernières années les anonymes rassemblés sur les places occupées.
      Occuper, c’est aussi créer un #temps_spécifique : un temps ralenti au regard de l’activité habituelle, et donc un temps de mise à distance de l’ordre habituel des choses ; un temps accéléré, au contraire, par la dynamique d’une activité qui oblige à répondre sans cesse à des échéances pour lesquelles on n’est pas préparé. Cette double altération du temps change les vitesses normales de la pensée et de l’action. Elle transforme en même temps la visibilité des choses et le sens du possible. Ce qui était objet de souffrance prend une autre visibilité, celle de l’#injustice. Le refus d’une taxe devient le sentiment de l’injustice fiscale puis le sentiment de l’injustice globale d’un ordre du monde. Quand un collectif d’égaux interrompt la marche normale du temps et commence à tirer sur un fil particulier – taxe sur l’essence, aujourd’hui, sélection universitaire, réforme des pensions ou du code du travail, hier – c’est tout le tissu serré des inégalités structurant l’ordre global d’un monde gouverné par la loi du profit qui commence à se dérouler.

      Ce n’est plus alors une demande qui demande satisfaction. Ce sont deux mondes qui s’opposent. Mais cette opposition de mondes creuse l’écart entre ce qui est demandé et la logique même du mouvement. Le négociable devient #non_négociable. Pour négocier on envoie des #représentants. Or les « gilets jaunes », issus de ce pays profond qu’on nous dit volontiers sensible aux sirènes autoritaires du « populisme », ont repris cette revendication d’horizontalité radicale que l’on croit propre aux jeunes anarchistes romantiques des mouvements Occupy ou des ZAD. Entre les égaux assemblés et les gestionnaires du pouvoir oligarchique, il n’y a pas de négociation. Cela veut dire que la #revendication triomphe par la seule peur des seconds mais aussi que sa victoire la montre dérisoire par rapport à ce que la révolte « veut » par son développement immanent : la fin du pouvoir des « représentants », de ceux qui pensent et agissent pour les autres.
      Il est vrai que cette « volonté » peut prendre elle-même la forme d’une revendication : le fameux référendum d’initiative citoyenne. Mais la formule de la revendication raisonnable cache en fait l’opposition radicale entre deux idées de la démocratie : d’un côté la conception oligarchique régnante : le décompte des voix pour et des voix contre en réponse à une question posée. De l’autre, sa conception démocratique : l’#action_collective qui déclare et vérifie la capacité de n’importe qui à formuler les questions elles-mêmes. Car la démocratie n’est pas le choix majoritaire des individus. C’est l’action qui met en œuvre la capacité de n’importe qui, la capacité de ceux qui n’ont aucune « compétence » pour légiférer et gouverner.

      Entre le pouvoir des égaux et celui des gens « compétents » pour gouverner, il peut toujours y avoir des affrontements, des négociations et des compromis. Mais derrière ceux-ci, il reste l’abîme du rapport non négociable entre la #logique_de_l’égalité et celle de l’inégalité. C’est pourquoi les révoltes restent toujours au milieu du chemin, pour le grand déplaisir et la grande satisfaction des savants qui les déclarent vouées à l’échec parce que dépourvues de « stratégie ». Mais une stratégie n’est qu’une manière de régler les coups à l’intérieur d’un monde donné. Aucune n’enseigne à combler le fossé entre deux mondes. « Nous irons jusqu’au bout », dit-on à chaque fois. Mais ce bout du chemin n’est identifiable à aucun but déterminé, surtout depuis que les États dits communistes ont noyé dans le sang et la boue l’espérance révolutionnaire. C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre le slogan de 1968 : « Ce n’est qu’un début, continuons le combat. » Les commencements n’atteignent pas leur fin. Ils restent en chemin. Cela veut dire aussi qu’ils n’en finissent pas de recommencer, quitte à changer d’acteurs. C’est le réalisme – inexplicable – de la révolte, celui qui demande l’impossible. Car le possible lui est déjà pris. C’est la formule même du pouvoir : no alternative .

      #égalité #égaux