• Corona Chroniques, #Jour19 - davduf.net
    http://www.davduf.net/corona-chroniques-jour19

    Didier en #Lallement. Il est chez lui (à Paris, et en direct sur BFM), cassant, dominateur, sorti d’on ne sait quelle caserne d’arrogance, caporal de briefing, fixant le périphérique à ses pieds, comme on foule ses propres limites ; il expose ses rêves de puissance élargie et d’autorité étendue jusque sur la moindre route secondaire de France, de Navarre et de Virus (le message : « à ceux qui persisteraient sur leur intention stupide » de partir en vacances, « nous serons là au départ, nous serons là pendant le trajet et nous serons là à leur arrivée »). C’est morgue contre morgue, celle du préfet versus la chambre bientôt froide de nos libertés. Il a les circonstances pour lui — les exigences sanitaires — mais nous avons l’Après #Corona à sauvegarder.

    • Casquette de militaire nord-coréen

      Cerise sur le gâteau, Didier Lallement, le tristement célèbre préfet de Paris qui a choisi son camp (qui n’est pas le nôtre, comme il le répète à l’envi) y va de sa petite tirade fielleuse : « Ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés sont ceux qui, au début du confinement, ne l’ont pas respecté. » Il y a quelque chose de fascinant à voir éclore à l’air libre une saloperie chimiquement pure, à entendre la jouissance badine dans ce propos. Ce mélange de cruauté rance et de stupidité à front bas restera dans les annales. Il faudrait avoir un minimum d’empathie pour comprendre que ceux qui arrivent en suffoquant dans les services de réa aujourd’hui peuvent avoir été contaminés par leurs proches en confinement, ou en étant obligés de travailler pour faire fonctionner le pays, ou en soignant des malades. Mais Lallement est trop occupé à jubiler pour réfléchir. Et c’est à des hommes de cette trempe qu’on donne le pouvoir de faire tirer sur la foule. Emmanuel Macron, vous avez pour vous entourer un incroyable talent.

      Big up quand même à votre équipe de gestion de crise pour la conférence de presse qui suivit, où, ayant délaissé son costume Hugo Boss pour une simple chemise blanche, sa casquette de militaire nord-coréen pour une perruque blondinette espiègle qui lui donnait l’air d’un fils Le Quesnoy dans La vie est un long fleuve tranquille, son rictus habituel pour une douceur contrite, Lallement y alla de ses regrets et présenta ses excuses. Depuis l’épisode Benalla, rasé et cerclé de fines lunettes relooké en gendre idéal en langues orientales à Sciences-Po, on n’avait pas vu tel foutage de gueule.

      https://www.liberation.fr/france/2020/04/06/encore-un-peu-et-vous-serez-intubes-par-des-gynecologues_1784329

  • L’agriculture libanaise s’effondre
    https://www.lecommercedulevant.com/article/29653-lagriculture-libanaise-seffondre

    La baisse du PIB agricole, combinée à la chute des importations, soulève la question de possibles pénuries. Les experts écartent toutefois le risque de crise alimentaire aiguë à court terme.

    #Liban #agriculture #crédit #banques #financiarisation

    • Dans son dernier rapport, le Centre de recherche et d’études agricoles libanais (Creal) n’y va pas par quatre chemins : la production agricole libanaise va s’effondrer en 2020, si rien n’est fait pour aider les agriculteurs à passer cette “annus horibilis”. Selon les projections de l’organisme privé, qui collecte des données sur le monde agricole, la baisse devrait avoisiner les 40 % du PIB agricole global, qui ne dépassera pas 1,2 milliard de dollars cette année.

      Sur certaines cultures, les chutes pourraient aller jusqu’à 70 % (en valeur) et plus de 50 % (en volume) par rapport aux récoltes de 2018. C’est le cas notamment de certains des aliments courants de la cuisine libanaise, comme la pomme de terre ou l’oignon, qui figurent parmi les cultures les plus affectées.

      La raison de cet arrêt aussi brutal que violent est connue. C’est la crise bancaire et financière qui met en danger les saisons agricoles de l’année en cours et, plus sûrement encore, celles à venir en 2021.

      Pour comprendre pourquoi l’agriculture est peut-être davantage affectée que d’autres secteurs, il faut savoir que depuis la fin de la guerre de 1975, ses principaux acteurs – grossistes et revendeurs régionaux, agriculteurs… – vivent à crédit. Même leur trésorerie courante est financée par les crédits que leur consentent les sociétés d’importations d’intrants, qui y voient un moyen de garantir la vente de leurs semences, engrais et autres produits phytosanitaires.

      « Rien n’a été fait pour le développement du secteur agroalimentaire. On a presque toujours favorisé le commerce à travers notamment la signature d’accords de libre-échange. Cela s’est fait au détriment de l’agriculture locale, dont les coûts la rendent peu compétitive face aux productions étrangères, qui sont toutes, de surcroît, subventionnées », explique Moussa Freiji, fondateur du groupe Tanmia et président du syndicat des éleveurs de volailles.

      La culture de la Pomme de terre pourrait baisser de 70 % en valeur

      Pour un secteur déjà moribond, le coup de grâce a été porté lorsque les banques ont imposé le gel des lignes de crédit. « Ceux qui n’avaient pas une gestion saine de leurs finances auront du mal à survivre, pronostique Riad Saadé, directeur du Creal. Il y aura des fermetures d’entreprises dont certaines pourraient toucher les plus grands noms du secteur. »

      Les dettes ne sont pourtant pas énormes à l’échelle de l’économie libanaise : selon le Creal, il s’agit de 140 millions de dollars d’impayés. Mais faute d’avoir été acquittées, elles prohibent l’importation de nouvelles semences, des engrais ainsi que des autres produits phytosanitaires de qualité.

      « Il faut en urgence décider d’un moratoire sur la dette agricole afin de permettre au secteur de redémarrer. Autrement, la catastrophe interviendra en 2021, prévient Riad Saadé. Là, nous n’aurons vraiment plus de moyens pour redémarrer. »

      Une crise alimentaire en vue ?

      Faute d’outils statistiques fiables, difficile de mesurer précisément l’impact qu’aura la chute de la production locale sur l’approvisionnement alimentaire du pays. « D’une manière générale, le Liban importe 80 % de ses besoins, qu’il s’agisse de produits agricoles ou agro-industriels », assure Maurice Saadé, représentant de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) au Liban. Problème : les importations agricoles sont, elles aussi, en chute libre. Elles se sont effondrées de près de 32 % au mois de décembre 2019 – dernier chiffre disponible – par rapport à la même période en 2018, selon les douanes.

      Corrélées à la chute du PIB agricole, cette tendance soulève la question de possibles pénuries. Certains produits vont sans doute disparaître du marché, mais le scénario d’une crise aiguë est toutefois écarté dans l’immédiat. « Personne ne va mourir de faim au Liban », promet Maurice Saadé.

      D’abord, parce que si l’agriculture est en très mauvaise posture, l’agro-industrie, elle, se porte mieux. Une majorité de ces entreprises ont malgré tout accès à des devises pour payer leurs fournisseurs étrangers. C’est le cas notamment de la filière avicole, qui parvient encore à importer les aliments nécessaires aux élevages en se fournissant en devises auprès des changeurs. Mais « cela signifie un surenchérissement de nos coûts de l’ordre de 20 %, que nous avons répercuté sur nos prix de vente », précise Moussa Freiji.

      Cette situation va affecter les plus vulnérables, sachant que sur la période 2016-2018, 11 % des Libanais étaient déjà sous-alimentés, selon l’Université américaine de Beyrouth.L’impact inflationniste pourrait toutefois être atténué par les importations agricoles en provenance de Syrie, qui pénètrent, la plupart du temps, de manière illégale sur le territoire national. La dévaluation de la livre syrienne les rendant encore plus compétitifs dans le contexte de la crise économique libanaise.

      « À part le fait que les prix agricoles suivent très rarement l’inflation dans les mêmes proportions, ils sont continuellement soumis à la concurrence des produits syriens introduits dans leur grande majorité en contrebande et bradés sur le marché libanais de gros », précise Riad Saadé. Ce qui devrait in fine limiter l’inflation des prix à la consommation, voire même offrir une porte de sortie possible à certaines entreprises agro-industrielles, qui pourraient chercher certaines de leurs matières premières en Syrie.

      Davantage que le risque de pénuries alimentaires dans l’immédiat, le danger pourrait être social et se situer du côté des quelque 250 000 à 300 000 foyers qui vivent en tout ou en partie de l’agriculture. « L’agriculture et l’agro-industrie représentent 25 % des emplois du privé », rappelle Maurice Saadé.

      Or, ces fermiers pourraient préférer laisser leurs terres en jachère et se débarrasser de leur bétail plutôt que de vendre à prix coûtant ou à perte. « C’est déjà le cas chez de petits agriculteurs », s’inquiète Saïd Gédéon, directeur du département de l’agriculture au sein de la Chambre du commerce et de l’industrie de Zahlé et de la Békaa (CCIZ). « Si rien n’est fait, le phénomène va s’accélérer. Ces familles risquent d’aller gonfler les rangs des personnes en extrême précarité », ajoute-t-il.Malgré cette situation inquiétante, les autorités n’ont pour l’heure rien fait. « Le ministère n’a pas de solution, assène Moussa Freiji. Le ministre est totalement ignorant des problèmes de l’industrie agricole. »

      Le gouvernement a bien créé un Comité de sécurité alimentaire, sous la direction du nouveau ministère de l’Agriculture et de la Culture, mais celui-ci ne s’est encore jamais réuni. Le ministère a même vu son budget amputé de 11,4 % cette année pour atteindre une cinquantaine de millions de dollars. La baisse des financements portant principalement sur les trop rares subventions qu’il attribuait jusqu’ici aux petits agriculteurs.

      « Pourtant la crise pourrait être une opportunité », veut croire Moussa Freiji. « D’ici à trois ou quatre ans, cela pourrait créer une dynamique différente », espère également Maurice Saadé.

      La dévaluation de la livre libanaise va rendre, il est vrai, la production “Made in Lebanon” plus compétitive et les cessations d’activités de petits agriculteurs participer à une consolidation du secteur. « Le nombre d’exploitations pourrait diminuer, celles qui survivront devraient gagner en efficacité », contine Maurice Saadé. Un vœu pieux, dont l’expert se sert comme “message d’espoir” pour inciter les acteurs du secteur à tenir le coup, malgré tout.

  • Dès qu’un travailleur est malade, ils le jettent à un checkpoint comme un chien
    Suha Arraf, +972 Magazine, le 24 mars 2020
    https://agencemediapalestine.fr/blog/2020/03/27/des-quun-travailleur-est-malade-ils-le-jettent-a-un-checkpoint-

    Qu’arrive-t-il aux Palestiniens qui travaillent en Israël et qui sont soupçonnés d’avoir contracté le nouveau coronavirus ? Sur la base de deux histoires récentes, il apparaît que les autorités israéliennes jettent tout simplement les travailleurs palestiniens malades à un checkpoint en Cisjordanie occupée sans aucun souci pour leur santé et leur sécurité.

    #coronavirus #Palestine #travail #racisme

    Voir compile des effets délétères indirects de la pandémie :
    https://seenthis.net/messages/832147

  • Le #Liban menacé par une accélération de la fuite des cerveaux
    https://www.lecommercedulevant.com/article/29732-le-liban-menace-par-une-acceleration-de-la-fuite-des-cerve

    Quelque 66 000 Libanais ont émigré en 2019, soit deux fois plus que l’année précédente. Si l’épidémie du coronavirus a momentanément freiné l’hémorragie, l’aggravation de la crise économique en l’absence de mesures spécifiques ne fera que renforcer la tendance.

    #émigration #crise #paywall je n’accède pas à la totalité de l’article

  • Le Covid-19, la Chine et les autres, par Jean-Louis Rocca (Les blogs du Diplo, 25 mars 2020)
    https://blog.mondediplo.net/le-covid-19-la-chine-et-les-autres

    il semble bien qu’il existe un lien étroit entre ces phénomènes et le développement de nouveaux virus (1). Il est donc ridicule de rendre responsable la Chine, son gouvernement, son parti unique ou encore son « mode de développement » dans la situation actuelle : la délocalisation des activités agro-alimentaires, les investissements étrangers, l’adoption d’un modèle économique destructeur de l’environnement sont autant de phénomènes mondiaux et non limités à un espace précis.
    [...]
    Un autre point commun entre ce qui s’est passé en Chine d’une part, et ce qui se passe en France et dans d’autres pays d’Europe est le recours à un même discours nationaliste mettant l’accent sur l’unité, la solidarité, la discipline et la légitime acceptation par l’individu d’un recul des libertés publiques.
    [...]
    Faillite des analyses culturalistes
    Un autre intérêt du comparatisme tient à la faillite des analyses culturalistes. La Chine continentale, Hongkong, la Corée, Singapour et Taiwan ont des approches très diverses. Taiwan s’est contenté de bloquer l’arrivée des citoyens chinois et de mettre systématiquement à l’écart les personnes venant de zones à risque sans pour autant bloquer le pays. Tout le monde était porteur de masques. Un système de soins de très grande qualité a fait le reste. La Corée du Sud s’est appuyée sur un large système de détection afin d’isoler les milieux infectés ; le gouvernement a joué la transparence, informant quartier par quartier du nombre de cas. Pour Hongkong et Singapour, on a eu à la fois une fermeture des frontières et un traçage des gens contaminés. Pour la Chine continentale, qui est dans une situation différente vu l’immensité de son territoire, on sait que la mise à l’isolement de la province du Hubei (et des malades) a joué un rôle majeur. Mais dans les autres villes, il n’y pas eu de confinement radical comme en France. Les résidences n’étaient accessibles qu’aux résidents ; il y avait bien des contrôles de la température pour entrer dans les lieux publics mais le confinement total était limité aux malades.

    #covid-19 #coronavirus #Chine #Asie #autoritarisme #dictature #Europe #USA

  • Pandémie, résilience, villes : Deux ou trois choses que nous savons d’elles par Jérôme Baratier
    https://www.linkedin.com/pulse/pand%25C3%25A9mie-r%25C3%25A9silience-villes-deux-ou-trois-choses-que-nous-baratier/?trackingId=ofYErnv4Q%2FeJmV9EbyEnRg%3D%3D

    Cet article tente de cerner ce que le COVID-19 nous dit de nos territoires et de nos actions collectives. Il ne s’agit pas d’un guide de recommandations[1] et encore moins d’un exercice prophétique. L’objectif est de commencer à identifier les questions que la pandémie pose à l’urbanisme et à l’organisation de nos territoires, puisqu’on ne saurait reprendre les choses telles qu’ont les a laissées avant le grand confinement.
    [...]
    Pandémie et solidarité : L’articulation du proche et du lointain plutôt que l’autarcie
    [...] Cette subite conversion aux joies du voisinage recèle de nombreux bienfaits. [...] On peut se féliciter de cette résilience du proche, il faut cependant se garder d’en faire LA parade aux menaces actuelles et futures.
    [...Néanmons] elles sont nombreuses les connexions qui, aux différentes échelles, augmentent notre résilience territoriale. Les lignes à grandes vitesses mobilisées pour désengorger les hôpitaux du Grand Est, les médecins cubains au chevet de l’Italie, le milliard de masques commandé à la Chine, les données compilées chaque jour par l’université Johns-Hopkin, autant de liens et de relations qui participent de notre capacité de résistance.

    Où l’on voit que la résilience nécessite l’activation de systèmes territoriaux multi-échelles et l’invention de nouvelles proximités articulant le proche et le lointain. Tachons de nous en souvenir quand nous retournerons dans nos « périmètres » respectifs.

    Pandémie et action collective : Prime à l’horizontalité et aux initiatives décentralisées

    [...] les organisations qui se sont montrées les plus agiles, et donc les plus résilientes, sont celles qui avaient déjà mis en place le télétravail. La mise en place d’un système managériale fondé sur un rapport de confiance entre les acteurs donnait ici un avantage comparatif indéniable. Tout le monde ne peut évidemment pas télétravailler mais certaines entreprises, parce qu’elles n’ont pas su sortir de la verticalité et du contrôle, ont pris du retard et sont aujourd’hui en plus grande difficulté. La résilience passait ici par une intelligence collective fondée sur la confiance.
    [...] On observe également une myriade d’initiatives décentralisées et collaboratives qui participent de la résilience globale. [...] Citons enfin l’engagement de la Région Grand Est qui s’est affirmée comme l’ajusteur en chef de la résilience locale. On voit ici se développer un « art de faire » la résilience qui ne repose pas sur des mots d’ordre centralisés mais sur de multiples initiatives proches ou lointaines, le plus souvent connectées. Soulignons l’importance du numérique dans cette mise en relation, internet jouant un rôle équivalent à celui de la canalisation d’assainissement au temps des hygiénistes.

    Pandémie et aménagement du territoire : maillage et extension du domaine des communs
    [...] La question de la relocalisation des moyens de production de biens essentiels est d’ores et déjà posée. Les logiques d’optimisation et de concentration des services urbains dans de grandes infrastructures pour chercher des économies d’échelle est également réinterrogée. Le maillage en offre de soin ne saurait obéir à une seule logique de massification. N’est-il ainsi pas préférable pour une métropole de province de bénéficier d’un CHU multisites plutôt que de tout concentrer au même endroit ? Il est probable que cette pandémie nous fasse voir avec de nouvelles lunettes des projets qui, à force de sembler évidents, n’étaient plus regardés.

    Enfin, la liste des secteurs d’activités qui nécessiteraient de ne pas être régis par le seul jeu du marché s’allonge. Après l’eau, la culture, l’éducation, la biodiversité et l’énergie, la santé, la recherche, l’alimentation, et le numérique semblent devoir émarger dans cette liste. Gageons que nous saurons traduire dans l’organisation de nos territoires, ces pivots de notre résilience.

    #coronavirus #covid-19 #territoire #urbanisme #localisme #interdépendance #marché

    • La résilience est un concept que j’ai toujours trouvé abominable. On te détruit, on de violente, on te spolie, on te viol et après on te refuse la justice et la reconnaissance de ce que tu as subit et si après tout ca tu va très bien (par le miracle du déni) tout le monde est content et on te félicite pour ta résilience. Mais rien ni personne n’est résilient. Ce qu’il faut c’est de la justice, des réparations, des soins...
      La résilience c’est une forme de négationnisme intégré par les victimes et encouragé par les bourreaux et leurs complices pour ne rien changer à leur comportement prédateurs.
      Ce dont Jérôme Baratier parle avec le mot de novlangue « résilience » c’est de l’autorganisation pour pallié aux carences d’un gouvernement criminel. La résilience si ca existe c’est après le trauma et là le trauma tout le monde est en plein dedans.

    • D’accord sur cet usage non-critique de la résilience. Ces dernières années, plusieurs critiques de cette notion dans les contextes de catastrophes ont souligné que la résilience peut s’interpréter comme une stratégie néolibérale visant à reporter sur les individus ou en tout cas des collectifs infra-étatiques sommés d’apporter des réponses là où et quand l’Etat n’assume plus son rôle de prévention et de solidarité. En ce sens, qui dit résilience reporte sur les individus la responsabilité d’une réponse, qui pourtant reflète surtout des ressources et des capacités inégalement distribuées. L’injonction à la résilience a donc pour corollaires de rendre responsables les individus de ces inégalités.

    • Oui, la #résilience est évidemment utilisée comme vous le dites, comme une modalité d’#individualisation. Mais il s’agit ici d’un autre emploi, centré sur l’aptitude collective à remédier. On voit bien avec les fabrication de masques, les dons, les réseaux divers qui s’activent face à l’épidémie pour répondre à des besoins (y compris existentiels) qu’il y des formes de résilience qui tissent au lieu d’atomiser, et qui serviront aussi pour #l'après (dont nos gouvernants ont si peu).
      Et oui, on sait bien que la prise en charge collective, associative, communautaire, est dans tous les domaines utilisée pour réduire les coûts publics. Une modalité de sous traitance, rentable, précaire et précarisante. Mais cette mécanique là est elle aussi grosse de renversements potentiels.
      Sauf à considérer qu’il faudrait s’en remettre à des États qui pourraient être moins mauvais ou meilleurs, ce qui n’a jamais été le cas sans que des initiatives non étatiques, populaires, des mobilisations, de la conflictualité, des critiques et des défections, la trouille, l’ont imposé.

      #collectif

    • Ca s’appel alors de l’auto-organisation collective, de la résistance, de la débrouille...
      pas besoin d’aller chercher le vocabulaire des psy misogynes. Tout ce que tu décrit @colporteur c’est très bien mais l’appeler Résilience je suis contre pour les raisons que j’ai déjà dite. C’est pas un problème de détournement du mot résilience, le mot en soi est pourri et il l’est aussi bien pour décrire des situations individuelles que collectives.
      #résilience

  • (893) CHRONIQUE GEOVIRALE 3 par Michel Lussault
    https://www.youtube.com/watch?v=BsaKg8bbgVQ

    Le coronavirus est un opérateur spatial très puissant, capable de franchir les frontières et d’atteindre des territoires très lointain. Il est doté d’une grande force géographique, tirant parti des caractéristiques spatiales de notre monde.
    La carte de son déploiement coïncide avec les concentrations humaines fortes, là où les liens sont puissants, avec la carte des agglomérations principales. Les lieux de rassemblements sont des vecteurs majeurs (église, temple, etc.) : des lieux de coprésence forte, d’interaction sociale intense.
    Le confinement se traduit par remise en question de l’urbanité, cad la vie relationnelle au fondement de l’avantage comparatif des villes. Géographie du virus suit celle de l’urbanisation planétaire. Elle emprunte les réseaux de liens entre les villes. Le virus s’est adapté à la mobilisation générale : tout, tous et toutes circulent tout le temps. Il devient un voyageur planétaire. Accompagne ses hôtes dans leurs déplacements. Il a pris l’avion, mais pas que. Il témoigne de combinaison mobilitaires. Chacun d’entre nous est devenu le logisticien de sa vie quotidienne.
    Il n’est pas étonnant que le tourisme mondialisé soit un vecteur de la diffusion du virus, comme l’ont montré plusieurs cas de croisiéristes contaminés. Le premier touriste planétaire est le virus. Il a joui de l’hyperspatialité contemporaine, cad cette caractéristique du monde de nous mettre au contact immédiat d’autres acteurs spatiaux, y compris les plus distants.
    How The Virus Got Out, The New York Times, https://www.nytimes.com/interactive/2020/03/22/world/coronavirus-spread.html
    Conseil de lecture : J. Lévy, D. Retailé et F. Durand, Le monde espaces et systèmes, 1992, Presses de ScPo
    #coronovirus #mondialisation #tourisme #rapidité #circulation

  • Henri Lefebvre – Le droit à la ville. Un film de Jean Louis Bertuccelli, 1974 – ETEROTOPIA FRANCE
    http://www.eterotopiafrance.com/television/le-droit-a-la-ville-henri-lefebvre

    HENRI LEFEBVRE – LE DROIT À LA VILLE. UN FILM DE JEAN LOUIS BERTUCCELLI, 1974
    Henri Lefebvre (1901-1991), est un marxiste « indépendant », en cela il se présente comme « marxien », même si à plusieurs reprises il chemine avec le Parti communiste français (PCF). Il se dit également « utopien » et un temps « situationniste ». Incroyablement inventif et intuitif, il perçoit l’importance de la vie quotidienne et y consacre trois ouvrages majeurs (Critique de la vie quotidienne, 1947, 1962 et 1981), de l’urbanisation et de la ville qu’il analyse dans six ouvrages (Le droit à la ville, 1968 ; Du rural à l’urbain, 1970 ; La révolution urbaine, 1970 ; La pensée marxiste et la ville, 1972 ; Espace et politique, 1973 et La production de l’espace, 1974), de l’informatique (Vers le cybernanthrope, contre les technocrates, 1973), de l’altérité (Manifeste différentialiste, 1971), sans compter ses réflexions sur l’État, la dialectique, le marxisme…

    #ressources #géographie #urbanisme

  • Michel Lussault Chronique géo-virale n°4 27 mars 2020 : où il est question de vitesse d’expansion de la pandémie et du brouillage des espaces et des temps que cela provoque
    https://www.youtube.com/watch?v=lKPfjj4wnLw&feature=youtu.be


    Extraordinaire rapidité de diffusion du virus. Il touche la CHine, puis l’Europe et les USA : les centres de la mondialisation. Cette géographie explique sans doute l’attention que nous portons àc e virus. On néglige dans le même temps sa diffusion dans les pays pauvres, ou ceux qui comme l’Iran s’inscrive en opposition à cette logique de la mondialisation de l’économie.
    Qu’est ce qui différencie ce virus d’autres maladies également très virulentes et aux effets quantitatifs très importants ? 1,5 M de personnes meurent chaque année de pathologies pulmonaires, sans même parler la tuberculose ou de la malaria. Quant à la grippe saisonnière, elle tue jusqu’à plus de 10.000 personnes par an en France.
    Le COVID-19 est une maladie spécifique, dont on traite les symptomes sans la soigner. On porte longtemps ce virus.
    Son originalité n’est pas que biologique. Elle vient aussi de son insertion dans nos rythmes spatio-temporels : sa cinétique est impressionnante => il reflète l’accélération des processus sociaux et géographiques. La mondialisation urbaine induit une accélération des espaces temps de nos villes et des non-humains. Ce virus est un cohabitant pressé de ce monde urbain. Il va plus loin en bénéficiant de l’exhaustivité géographique des circulations. Cela va jusqu’au confins peu denses. Ce virus est diffusable en tout point du monde, avec une rapidité unique. Les courbes exponentielles traduisent la massivité de sa diffusion => malgré sa mortalité mesurée il fait exploser les systèmes de soin : engorgement des services d’urgence. Echec à faire face s’explique par le fait que le virus exige bcp de soins longs et difficiles. Il implique le passage non pas une médecine de crise, mais de catastrophe, comme dans le cas d’un tsunami pour traiter synchroniquement des cas lourds. cf hopitaux provisoires, construits très vite en Chine.
    Face à cette situation, se révèle notre impréparation, mais aussi la vulnérabilité de nos systèmes spatio-temporels. Nous nous découvrons fragiles, démunis. Par ex en masques.
    Conseil de lecture : Harmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps. Ed. La découverte (2010).
    #coronovirus #covid-19 #mondialisation #urbanisation #mobilité #accélération

    • géovirale n°5
      hyperscalarité du virus
      suivi en temps réel de la maladie : un péril imminent ? En fait, brouillage et emballement de l’information
      crise sanitaire, et politique, qui se fondent sur une crise informationnelle et sémiologique.
      Sarscov2 perturbe le récit officiel de la mondialisation.
      https://youtu.be/obI8BipvOQs


      Référence bibliographique : Jean Delumeau, 1978, La peur en Occident, Fayard

    • Géovirale n°6 - https://youtu.be/tRT3rgQzsgQ


      une lecture par Foucault (Surveiller et Punir, p.406 L’art des répartitions)
      la discipline c’est la répartition des individus dans l’espace - rôle des clôtures
      Mais le principe de clôture n’est pas stable, ni suffisant : il existe aussi un principe de localisation élémentaire, à chaque individu sa place : décomposer les implantations collectives. espace disciplinaire divisé en parcelles selon les corps des indiv. connaître, maitriser, utiliser : organisation d’un espace analytique.
      Toutefois, cette lecture inspirante n’est pas suffisante pour saisir l’expérience actuelle et notamment l’échelle d’application du confinement (=le monde), qui est une nouveauté radicale. Ce ne sont pas non plus les espaces disciplinaires habituelles (prison, école, usine) mais chaque logement = c’est un autocontrôle. Chaque individu s’astreint lui même à son domicile, s’impose sa clôture - atténuée par l’ouverture numérique. Délégation à chacun de la réalisation d’une procédure d’Etat. Mélange de volontarisme et de surveillance d’Etat (police)
      Convergence entre les champs sanitaire et sécuritaire. Consentement indiv et collectif à cet enfermement inédit.
      Une référence historique : non pas la mise en place des établissements sécuritaires, mais plutôt constitution de l’hygiénisme au début du 19e s. Nouvelle doctrine, voire science urbaine, de contrôle de la vie sociale et spatiale via l’assignation au domicile. Doctrine scientifiquement orientée par la visée sanitaire
      Références biblio :
      Surveiller et Punir de Michel Foucault
      Gille Deleuze , « Post scriptum sur les sociétés de contrôles », in Pourparlers (Minuit) : http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Pourparlers_(1972_1990)%C2%A0-2023-1-1-0-1.html

  • Le foyer mulhousien : nb de décès par département au 26/3/2020
    alors oui, amis cartographes, il faudrait pondérer par la population résidente. Mais aussi c’est autant un phénomène temporel que spatial qu’on met en avant
    source : https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/27/covid-19-quels-sont-les-departements-les-plus-touches-en-nombre-de-deces_
    https://pbs.twimg.com/media/EUHP-AIXgAEDyKn?format=png&name=900x900
    #cartographie #coronovirus #covid-19

  • Frédéric Rolin : cadre juridique de la lutte contre la pandémie Belgique Suisse Allemagne France - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=otS0Ik1HhVY


    Le juriste Frédéric Rolin présente une analyse comparative du cadre juridique de la lutte contre la pandémie entre quatre pays européens, envisageant entre autre la répartition des compétences et prérogatives entre le niveau national et les échelons territoriaux. Il met en avant une affirmation des autorités nationales par rapport à ces derniers.

  • Savoir et prévoir - La Vie des idées
    http://www.laviedesidees.fr/Savoir-et-prevoir.html

    e 28 février est publié le rapport crucial de l’OMS sur ce qui a été fait en Chine. Il montre que seule une mobilisation de « tout le gouvernement » (all-of-government) et « toute la société » (all-of-society) permet de vaincre l’épidémie. On se souviendra sans doute longtemps du fait que le lendemain, le samedi 29 février d’une année bissextile, le premier ministre Édouard Philippe a décidé de détourner un conseil des ministres « exceptionnel dédié au Covid-19 » pour annoncer l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution afin d’adopter sans vote la réforme des retraites. Alors que l’OMS démontrait l’urgence de l’action collective et solidaire face à une pandémie bientôt incontrôlable, le gouvernement s’est dit que le plus urgent était de profiter de la dernière fenêtre de tir pour faire passer son projet de loi tant décrié.
    Lorsque le temps de la justice et des comptes sera venu, il nous faudra comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle : une pénurie absolue de masques, ne permettant pas de protéger convenablement les soignant.es qui sont au front – qui sont infecté.es, et infectent à leur tour –, bien trop peu de tests de dépistage (ce qui semble avoir été une décision assumée, y compris aux temps où l’épidémie était encore balbutiante en France, et n’est pas une fatalité en Europe, comme le montre l’exemple de l’Allemagne), et finalement la décision de dernier ressort de confiner toute la population pour une période indéterminée, une arme non discriminante qui est terriblement coûteuse en termes humains, sanitaires (santé mentale) et économiques.

    #irresponsabilité #coronavirus #Chine #France #Edouard_Philippe #Agnès_Buzyn

  • « De la crise du coronavirus, on peut tirer des leçons pour lutter contre le changement climatique »
    François Gemenne,
    Chercheur en science politique
    Anneliese Depoux,
    Spécialiste de la santé publique

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/18/de-la-crise-du-coronavirus-on-peut-tirer-des-lecons-pour-lutter-contre-le-ch

    Quatre leçons

    1 Tout d’abord, si la menace du coronavirus nous inquiète autant, et davantage que celle du changement climatique, c’est sans doute d’abord parce que nous craignons de contracter le virus nous-mêmes. Le virus représente un danger concret, proche et immédiat.

    A l’inverse, nous avons encore l’impression que le changement climatique se produira d’abord pour les autres, dans le futur et ailleurs. Nous ne craignons pas de contagion liée au changement climatique, et nous le traitons donc à distance. Cette distanciation sociale, c’est nous, chercheurs, qui l’avons en partie créée. Avec des modèles climatiques calibrés sur des horizons à long terme et des cartes qui pointaient vers l’Afrique subsaharienne ou l’Asie du Sud-Est comme les régions les plus touchées.

    Même si elle reflète une réalité scientifique, cette communication crée une distance entre ceux qui doivent agir pour lutter contre le changement climatique et les impacts de celui-ci. Ce que la crise du coronavirus nous suggère, c’est que nous devrions abandonner les objectifs à long terme pour nous concentrer sur des buts plus immédiats : le but des mesures de confinement ne consiste pas à limiter la surmortalité dans dix ou vingt ans, mais bien à freiner la propagation de l’épidémie, ici et maintenant. C’est cela qui permet de légitimer les mesures drastiques de confinement.

    Des mesures perçues comme temporaires
    2*Ensuite, les impacts du changement climatique sur la santé publique demandent à être davantage mis en évidence. De nombreux travaux montrent que l’argument de santé publique est l’un de ceux qui résonnent le plus fort auprès des populations et qui sont les plus enclins à induire des changements de comportement.

    Or, on connaît les impacts dramatiques du changement climatique sur la santé, notamment sur les maladies infectieuses. Ces impacts restent insuffisamment soulignés dans notre communication sur le climat.

    *3 En troisième lieu, il nous faut aussi nous interroger sur la temporalité des mesures : si celles-ci sont acceptées par la population, à défaut d’être parfaitement mises en œuvre, c’est parce qu’elles sont perçues comme temporaires. Si ces mesures étaient annoncées comme permanentes, nul doute qu’elles généreraient davantage de débat et de contestation.

    Pour cette raison, nous croyons qu’il faut éviter de parler du changement climatique comme d’une « crise » : une crise est par nature éphémère, et suppose ensuite un retour à la normale. Le changement climatique est une transformation irréversible : il n’y a pas de retour à la normale, pas de baisse de la température ou du niveau des océans – en tout cas pas avant très longtemps.

    De même, les mesures que nous devons prendre pour endiguer le changement climatique ne peuvent être temporaires : elles devront être des transformations permanentes de nos économies et de nos modes de vie. C’est pourquoi il faut absolument éviter de nous bercer de l’illusion que les mesures prises en réaction au coronavirus pourraient être simplement transposées pour lutter contre le changement climatique : si nous acceptons les mesures drastiques prises pour contrer la pandémie, c’est parce que nous savons qu’elles seront temporaires.

    4 Enfin, l’éducation est souvent présentée comme un outil essentiel de la lutte contre le changement climatique : si tous les citoyens disposaient d’une connaissance suffisante du phénomène, on suppose volontiers qu’ils en prendraient alors la mesure et agiraient en conséquence. Les mesures contre le coronavirus, pourtant, n’ont pas été demandées par les citoyens, mais imposées par les gouvernements, alors que les citoyens n’avaient guère de connaissances médicales ou épidémiologiques. La lutte contre le changement climatique aura également besoin de mesures décidées verticalement : si nous attendons que chacun prenne les mesures qui s’imposent, nous risquons d’attendre longtemps.

    Le nécessité d’une solidarité planétaire
    Le changement climatique et la pandémie du coronavirus présentent de nombreuses caractéristiques communes : l’ensemble des pays du monde, ou presque, sont touchés, et les scientifiques recommandent la mise en place urgente de mesures drastiques. Dans les deux cas, les réponses mises en œuvre ont d’abord pour but de protéger les plus vulnérables.

    En cela, c’est une remarquable leçon de solidarité. Mais cette solidarité reste pour l’instant confinée aux frontières nationales, qui d’ailleurs se ferment de plus en plus : il n’y a pas une gestion mondiale de la crise, mais une myriade de gestions nationales, souvent très différentes d’un pays à l’autre. Le changement climatique nous demande une solidarité au-delà des frontières, et pas uniquement à l’intérieur de celles-ci : on peut questionner l’utilité de fermer les frontières pour ralentir la propagation du virus, mais il est certain que les émissions de gaz à effet de serre ne s’arrêteront pas aux frontières.

    Et surtout, les mesures de lutte contre le coronavirus sont des mesures imposées par l’état de nécessité : nous ne les avons pas choisies, nous les subissons. Les mesures pour lutter contre le changement climatique devront être choisies. Comment passer de l’un à l’autre, du subi au choisi ? Tout l’enjeu est là. Car les réponses à la crise du coronavirus sont aussi un appel à retrouver le sens du commun. Et elles nous montrent qu’il est possible de prendre des mesures radicales et urgentes face à un danger imminent. Puissions-nous en tirer les leçons qui s’imposent dans le combat contre le changement climatique.

  • Le confinement, une question politique - par Eric Charmes dans Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/20/le-confinement-une-question-politique_1782450

    Hors des questions sanitaires, sur lesquelles je n’ai guère de compétences, un tel confinement a des coûts très élevés. Des coûts économiques d’abord. Les milliards qui pleuvent ces derniers jours en donnent une idée. Des coûts sociaux et humains ensuite. Beaucoup de personnes, de ménages ne tiendront pas longtemps. Tout le monde en effet n’a pas les moyens d’être confiné dans sa résidence secondaire en bord de mer. Les prisons commencent déjà à bouillir. Des personnes seules s’angoissent. Des couples mal assortis suffoquent. Les personnes âgées sont isolées de leurs proches. Dans les logements suroccupés des familles pauvres, des tensions montent. Dans les quartiers populaires, ceux qui vivent de l’économie informelle savent que le gouvernement ne compensera pas leurs pertes (1). Et ceux qui sortent tous les jours pour travailler se posent aussi des questions. Ils s’interrogent sur leur droit de retrait, car ils ont peur d’être malades et ils ont raison, vu le peu de moyens de se protéger et de protéger les autres qu’on leur donne. Pourrons-nous tenir, devons-nous nous demander ? La Chine a eu les moyens d’imposer un confinement extrêmement dur. Nos démocraties libérales le pourront-elles sans se renier ?

    Ces questions ne visent pas à désespérer. Elles doivent être posées, car d’autres options existent. D’abord, trouver un traitement ou un vaccin, mais rien n’est garanti et ce n’est de toute façon pas pour tout de suite, disent les experts. En attendant, l’option consistant à laisser le virus se diffuser en espérant obtenir une hypothétique immunité collective était il y a peu privilégié par de nombreux pays (dont semble-t-il la France, même si le gouvernement ne semble pas avoir eu le courage de ses convictions, contrairement à Boris Johnson). Cette option a l’avantage de ne guère affecter l’activité économique, d’autant que la maladie touche avant tout des personnes âgées et des personnes déjà malades, qui, d’un point de vue strictement économique, sont des charges pour la société. Cette considération a probablement pesé, au moins inconsciemment, lorsque les pays occidentaux ont décidé de laisser le virus venir, plutôt que de tenter de le stopper. Mais les populations ont fort heureusement d’autres considérations. Elles sont attachées à leurs aînés et ne semblent pas prêtes à consentir à ce qu’ils disparaissent en masse. En outre, la maladie ne fait pas que des morts, beaucoup de ceux qui sont atteints subissent une rude épreuve avant de guérir. L’un des premiers malades en Italie, un homme de 38 ans très sportif, a passé dix-huit jours en soins intensifs. La perspective est assez dissuasive.

    Une autre option, inspirée des expériences singapouriennes et coréennes notamment, suscite aujourd’hui un intérêt croissant. Le cas de la Corée du Sud est sans doute le plus intéressant, car ce pays revendique la compatibilité de son approche avec la démocratie. Dès le départ en effet, le gouvernement sud-coréen a considéré qu’une démocratie ne pouvait pas suivre la voie choisie par la Chine. La Corée a certes fermé ses écoles, interdit les rassemblements, confiné des « foyers » épidémiques, mais dans ce pays de 52 millions d’habitants, les gens continuent à vivre comme la France avant le confinement qui a débuté mardi. Outre les désormais célèbres « mesures barrières » (complétées par le port du masque) et la distanciation sociale, le pays a mis en place une politique de contrôle strict de la diffusion du virus, avec notamment un suivi très intrusif des déplacements des personnes qui apparaissent contaminées. Par ailleurs, les personnes malades, mais ne nécessitant pas une hospitalisation, sont strictement confinées chez elles si leurs symptômes sont très légers ou regroupées dans des bâtiments dédiés à leur accueil. Le résultat est que le pays a très fortement aplati la courbe de diffusion du virus. Très loin devant la France en nombre de cas début mars (la Corée du Sud a été prise par surprise par la membre d’une secte très contagieuse et refusant d’être contrôlée, aujourd’hui connue sous le nom de « patiente 31 »), elle est désormais derrière.

    Ce modèle sanitaire est aujourd’hui défendu par l’Organisation mondiale de la santé, l’OMS, mais est-il transférable en France ? Difficile de le dire. Les politiques sanitaires suivent par exemple des trajectoires très différentes depuis des années, avec aujourd’hui un nombre de lits d’hôpitaux par habitant très supérieur en Corée. D’après les données de l’OCDE, la Corée du Sud a aujourd’hui 12 lits de tous types pour 1 000 habitants, deux fois plus que la France, ceci alors que les deux pays en avaient encore le même nombre en 2007. Voilà un sujet dont on reparlera quand il faudra faire le bilan de la crise. Mais la question n’est pas seulement affaire d’équipements de santé : les rapports à l’autorité et aux organisations collectives ne sont aussi pas les mêmes. En outre, face à l’épidémie, la France est partie sur une autre voie que la Corée du Sud. Est-ce que le confinement actuel peut permettre de changer de trajectoire pour rejoindre la voie coréenne ?

    Les politiques coréennes ont de toute façon aussi été appliquées à Wuhan. Il faut donc se préparer à ce qu’elles soient reproduites en France et pour cela en débattre en termes politiques. Deux débats semblent d’ores et déjà importants à lancer. Le premier est que penser de la gestion par la Corée des cas les moins graves ? Les lieux de rassemblement ne risquent-ils pas de vite ressembler à des « camps » ? Comment organiser ces lieux avec humanité ? Le second concerne le respect de la vie privée. En effet, pour rationaliser l’usage des tests (dont le nombre est limité) et mieux repérer les personnes potentiellement contaminées, la Corée utilise toutes les traces laissées par entre autres les téléphones ou les cartes de crédit pour retrouver les contacts des malades. Comment peut-on donner un tel pouvoir à un gouvernement ?

    S’il se confirme que la Corée du Sud peut être un modèle à suivre, il est urgent que notre pays se saisisse de ces questions. Pour cela, notre gouvernement devra écouter non seulement celles et ceux qui ont un savoir spécialisé mais aussi la société civile. Le conseil scientifique constitué par le gouvernement l’a souligné dans son avis du 12 mars, la crise a des dimensions politiques, sociales et économiques majeures. Ces questions ne peuvent être confisquées par les experts. Il faut donner la parole à la population, lui permettre de débattre en connaissance de cause des mesures d’une ampleur coercitive inédite auxquelles elle doit déjà se soumettre. C’est cela rester une démocratie. La convention citoyenne pour le climat ou le « grand débat » qui a suivi le mouvement des Gilets jaunes l’ont montré, la population sait se montrer pertinente quand on lui donne la parole. D’ailleurs, en Grande-Bretagne, c’est la population qui oblige Boris Johnson à réorienter progressivement sa stratégie face à la crise sanitaire. Reste à savoir l’écouter. La confiance demandée par le gouvernement est à ce prix.

    #Corée_du_Sud #Chine #coronavirus #immunité_collective #autorité #société_civile

  • Coronavirus : dans les quartiers populaires, l’incompréhension face aux mesures de confinement
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/23/coronavirus-dans-les-quartiers-populaires-l-incomprehension-face-aux-mesures

    Si la Seine-Saint-Denis concentrait dans les premiers jours du confinement près de 10 % des infractions nationales, dans nombre de quartiers populaires de France, et principalement dans les grands ensembles, les consignes peinent à se faire respecter.

    Grappes de jeunes dans les stades de foot municipaux, adolescents qui fument la chicha aux pieds des immeubles, mères avec de jeunes enfants aux agrès… Les habitudes ont la peau dure et les conditions de vie – familles nombreuses, logements exigus et mal insonorisés, illettrisme, illectronisme… – rendent le quotidien entre quatre murs particulièrement pénible. Les relations très dégradées avec la police n’arrangent rien. Depuis le début du confinement, les échanges musclés et les tensions se multiplient.
    [...]
    Jeudi à Saint-Denis, la tension était montée dans le quartier Franc-Moisin, autour de la place Rouge, au centre du grand ensemble, entre des agents déployés sur le terrain et des habitants du quartier. « Trop difficile » d’être enfermés avec leurs frères et sœurs, avaient expliqué ces derniers. Les policiers se sont contentés de rappeler les consignes de confinement. « On fait tout pour éviter de déclencher des émeutes », assure un policier de Seine-Saint-Denis.

    « Les adolescents et les jeunes adultes sont le public le plus difficile à confiner », observe Christelle Leroy, directrice de deux centres sociaux, Belencontre et Phalempins, à Tourcoing (Nord). Les images de personnes en train de se faire bronzer à la plage, de se balader le long du bord de mer, de déambuler côte à côte sur les quais de Seine à Paris ou parmi les étals des marchés, brouillent encore un peu les cartes. « Tout ça crée beaucoup de confusion, remarque un médiateur de la ville du Nord. Ils se disent “et pourquoi pas nous ?” Ils n’ont pas la notion du danger qu’ils représentent. Ils s’amusent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, ça les occupe. »
    [...]
    Au-delà du message « difficile à faire passer », des conditions de vie difficiles, des réticences à suivre les règles et des relations dégradées avec la police, d’autres freins au respect des consignes existent, notamment en ce qui concerne les attestations. « Avec cette épidémie, la fracture numérique nous explose au visage », remarque Christelle Leroy, à Tourcoing, qui enchaîne les réunions virtuelles avec tous les autres directeurs de centres sociaux de la ville : « On appelle les plus fragiles, on crée des tutos, on liste le matériel dont on dispose et que l’on pourra prêter, comme les tablettes, on imprime attestations et devoirs que l’on dépose ensuite dans les boîtes aux lettres. »

    « Ils sont très nombreux, illettrés ou éloignés du numérique, à ne pas savoir ou ne pas pouvoir remplir les attestations », confirme Florian Soudain, coordinateur des Centres sociaux connectés de la métropole lilloise. Jeudi, en urgence, ils ont lancé le projet Mon centre social à la maison pour « garder le lien avec les habitants et les aider à rester chez eux », détaille M. Soudain, qui pilote le projet. Le site propose notamment des tutos vidéo pour les aider à acquérir des compétences numériques et offre une permanence téléphonique pour assister à distance les plus dépassés par la dématérialisation des démarches.

    Les habitants des quartiers populaires disposent rarement d’une imprimante et pas toujours d’un ordinateur (surtout les personnes âgées). A Poitiers, 2 000 photocopies d’attestations ont ainsi été distribuées en vingt-quatre heures dans les commerces et les boîtes à livres.

    Plusieurs villes à travers le pays ont pris des arrêtés au cours du week-end pour imposer un couvre-feu à la population la nuit. Mais la plupart des quartiers populaires de France ne sont pas concernés par ces mesures difficiles à appliquer sur le terrain. « Le problème avec le fait d’imposer un couvre-feu c’est qu’ensuite, si vous ne faites pas respecter la mesure, vous passez pour un idiot. » Certains maires, notamment en Ile-de-France, ne sont pas pressés d’en arriver là.

    #coronavirus #jeunesse #quartiers_populaires #police
    Tiens, curieusement, l’article n’évoque pas la question des #trafics et plus largement, celle de l’#économie_informelle.

  • CHRONIQUE GEOVIRALE 2 par Michel Lussault, directeur de l’École urbaine de Lyon - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=cYJ7GpK7uHA

    La puissance géopolitique du virus, au-delà de son « ordre de grandeur » attendu celui des organismes vivants. « émergence systémique globale » = réaction immunitaire du système monde qui a la fièvre, et nous devons rester chez nous. Virus, minuscule de taille « mais mégaopérateur. Il agit grand ».
    Conseil de lecture : Freddy Vinet, La grande grippe. 1918, la pire épidémie du siècle, 2018, Vendémiaire
    #coronavirus #anthropocène #géopolitique #finance #interdépendance

  • La France en pénurie de masques : aux origines des décisions d’État
    Analyse factuelle et sourcée d’Arnaud Mercier
    http://theconversation.com/la-france-en-penurie-de-masques-aux-origines-des-decisions-detat-13

    À l’heure de la polémique sanitaire interne à la pandémie – l’absence de masques de protection efficaces pour les soignants et pour le personnel indispensable afin de faire fonctionner l’économie du pays même en temps de crise –, il est essentiel de rétablir la chronologie des faits qui a conduit notre pays à se désarmer face au risque de pandémie.

    Sans doute qu’après le retour à une ère de sécurité sanitaire, des commissions d’enquête vont se créer pour faire toute la lumière sur les faits. Avec des moyens d’investigation autres que les nôtres aujourd’hui. Mais déjà, la lecture complète de nombreux documents officiels publiés permet de rétablir une archéologie des choix de politique publique.

    Pour faire ce travail, il faut se garder d’une approche simpliste, personnalisée, excessive et expiatoire. Pas simpliste et personnalisée, car on ne trouvera pas un texte signé un jour dans un bureau obscur par un ministre ou un haut fonctionnaire et qui aurait dit « maintenant plus de stocks de masques ». Pas excessive et expiatoire non plus, car il ne s’agit pas ici de chercher un bouc émissaire commode pour expier ce qui est plus vraisemblablement le fruit de fautes collectives.

    La plupart des décisions ont été prises dans le cadre d’une chaîne de responsabilités partagées et nous conduisent à la situation actuelle, quand beaucoup parlent désormais de chaîne d’irresponsabilités.

    Nous focaliserons notre attention uniquement sur la question de l’équipement de l’État en masques, à la fois en masques chirurgicaux réputés être suffisants pour les malades qui ne postillonnent pas ainsi à la face des autres, mais aussi en masques dits FFP2, qui garantissent une véritable barrière de protection faciale pour toutes les personnes exposées aux projections de gouttelettes porteuses de virus, à commencer par l’ensemble du corps médical.

    Pour retracer cette généalogie d’une suite de décisions qui ont désarmé la France en masques face à une pandémie pourtant annoncée comme certaine dans le futur par de nombreux experts, nous suivrons un strict récit chronologique qui commence en 2005 avec un rapport parlementaire d’alerte sur les risques épidémiques présents et à venir qui oblige l’État français à s’organiser en conséquence, pour anticiper le pire, selon le célèbre adage : « gouverner c’est prévoir ».

    Le récit sera forcément un peu long, mais comprendre la généalogie de faits aussi graves exige un peu de temps, surtout si on veut ajouter des citations concrètes.

    [2005-2009] Une analyse en plusieurs temps
    Une anticipation du risque
    Le masque, une arme jugée efficace en cas d’épidémie
    La France s’équipe massivement en masques
    [hiver 2009-2010] L’épidémie H1N1, le point de bascule
    [2011-2015] Le début du désarmement sanitaire
    Le masque FFP2 ne serait plus utile ?
    Bas les masques ! Ou le piège qui se referme

    Le principe comptable supplante le principe de précaution
    La préoccupation managériale et uniquement comptable finit donc ici de prendre le dessus et conduit à l’oubli des raisons mêmes pour lesquelles on prévoyait de faire ces stocks, selon une logique du « au cas où », en ne prenant jamais le risque d’être à la merci d’une rupture d’approvisionnement chez les industriels français ou étranger par exemple.

    Car le court-termisme de la vision ainsi défendue oublie totalement qu’une pandémie, par définition, est une épidémie mondialisée, qui peut provoquer des ruptures des chaînes d’approvisionnement. Du coup, même l’appareil industriel national peut-être gravement perturbé, notamment si les ouvriers en charge de la fabrication des futurs masques refusent de se rendre dans les usines pour une légitime crainte pour leur santé
    [...]
    Au principe de précaution : stocker pour être sûr d’avoir en cas de crise, car c’est vital, se substitue la logique : être sûr de ne pas trop stocker car c’est essentiel de ne pas dépenser plus qu’il ne faut.

    Raisonnement critiqué aujourd’hui par nombre d’experts, quand par une approche bureaucratico-comptable, s’éloignant de toute vision politique anticipatrice, on a oublié, étape par étape, les alertes sanitaires majeures qui prévalaient à ces choix de stocks préventifs de masse.

    L’État s’est donc désarmé peu à peu, au risque de mettre en danger les citoyens, à commencer par les professionnels de santé non hospitaliers, tout aussi directement en contact avec les malades que leurs collègues des hôpitaux.

    Tout ceci s’est fait avec la parfaite bonne conscience de hauts fonctionnaires et d’un personnel politique de droite et de gauche qui avaient à cœur de participer à un « bonne gestion des deniers publics », oubliant peu à peu les finalités premières, engagés qu’ils étaient sur un chemin (les politistes parlent de « path dependancy ») qui les font aller toujours plus loin vers un nouvel objectif dans lequel ils sont entrés, en perdant de vue le point de départ.

    Ceci oblige les actuels membres du gouvernement à expliquer péniblement, au détriment des recommandations de l’OMS et à rebours des cas asiatiques, que le masque ne sert à rien pour une grande partie de la population ou qu’on ne sait pas s’en servir. Et que ce serait donc à propos que l’État n’adopte pas une stratégie « asiatique » de protection de ses citoyens par des masques et du gel de désinfection massivement distribué, couplée à des tests massifs.

    Les autorités placent aussi de nombreux travailleurs et leurs employeurs face à une injonction contradictoire : « nous vous demandons d’aller travailler » mais « nous ne pouvons pas vous fournir les moyens garantissant votre protection minimale ».

    Les commandes annoncées samedi de 250 millions de masques ne changent rien au fait qu’une drastique remise à plat de notre corps de doctrine préventive sera nécessaire avant que la prochaine pandémie ne déferle. Il faudra tirer toutes les conséquences de la crise actuelle.

    #COVID19 #coronavirus #masques #H1N1

    • On n’en a pas parce qu’un jour on en a eu trop qui n’ont servi à rien.

      "La France a acquis d’importants moyens de protection, déclare Roselyne Bachelot le 1er octobre 2009 : un milliard de masques anti-projections, destinés aux malades, 900 millions de masques de protection, dits « FFP2 », pour les personnes particulièrement exposées et 33 millions de traitements antiviraux."

      Face à la polémique, elle doit s’expliquer devant deux commissions d’enquête à l’Assemblée nationale et au Sénat. « J’ai eu le sentiment d’avoir fait mon devoir », explique aujourd’hui Roselyne Bachelot. "Mais cela a été pour moi dix ans d’épreuves et de moqueries incessantes. J’ai été l’objet d’un incroyable « bashing » par une commission d’enquête parlementaire qui s’est érigée en tribunal. Il y a eu un rapport cinglant de la Cour des comptes stigmatisant les dispositions de prévention que j’avais prises, qui se sont révélées évidemment surdimensionnées après coup, mais quand l’épidémie démarre et que l’OMS sonne le tocsin le 24 avril 2009, la situation est décrite comme extrêmement grave, elle va s’adoucir par la suite, mais l’épidémie a quand même fait 600 000 morts sur la planète. Pour une « grippette » c’est quand même beaucoup."

      Juger d’un risque en raison d’un précédent, c’est pas hyper malin... #in_retrospect.

  • Des chauve-souris et des hommes : politiques épidémiques et coronavirus
    https://lundi.am/Des-chauve-souris-et-des-hommes-politiques-epidemiques-et-coronavirus

    DES CHAUVE-SOURIS ET DES HOMMES : POLITIQUES ÉPIDÉMIQUES ET CORONAVIRUS
    Passionnant entretien avec l’anthropologue Frédéric Keck

    paru dans lundimatin#234, le 21 mars 2020

    Les mesures de quarantaine, de confinement, et de surveillance arrivent toujours trop tard. Elles ne font qu’amoindrir des effets déjà actifs et envahissants, mais n’agissent en rien sur les causes du problème. Le Covid-19 est, rappelons-le, une zoonose : une maladie qui s’est transmise des animaux aux humains. C’est précisément dans nos rapports aux animaux qu’il faut chercher la raison de nombreuses crises sanitaires récentes : ESB, SRAS, grippes « aviaire » et « porcine ». Nous avons donc interrogé Frédéric Keck, un anthropologue qui travaille sur les normes de « biosécurité » appliquées aux humains et aux animaux, et sur les formes de prévision qu’elles produisent à l’égard des catastrophes sanitaires et écologiques.
    [...]
    Quelles sont les « leçons » des épidémies précédentes qui pourraient nous être utiles pour la pandémie de coronavirus ?
    La Chine a fait du SRAS un épisode fondateur comme l’est pour nous la Révolution Française ou l’Affaire Dreyfus : ce sont des histoires de héros qui se sacrifient, de ministres corrompus qui démissionnent, de scientifiques qui font triompher la vérité. Nous n’avons pas compris cet épisode en France parce que nous n’en avons perçu que les échos assourdis à travers la crise de la canicule et du chikungunya. Nous allons nous-mêmes devoir inventer des récits pour donner sens à l’épreuve sanitaire, économique et militaire qui vient. Mais nous avons aussi des ressources qui sont moins disponibles dans l’espace chinois, notamment le fait que les lanceurs d’alerte soient protégés. Peut-être que le « sacrifice » de Li Wenliang, ce jeune opthalmologiste qui est mort du Covid-19 en février après avoir donné l’alerte en décembre et soigné des patients en janvier, sera un tournant dans la défense des lanceurs d’alerte en Chine. Peut-être que cette pandémie sera l’occasion d’échanger nos récits fondateurs pour construire ensemble une politique écologique adaptée aux nouvelles maladies, par exemple en croisant notre tradition libérale destructrice de l’environnement et une tradition chinoise plus attentive aux cycles de la nature.
    [...]
    Quel rôle jouent ceux que vous appelez les sentinelles et les lanceurs d’alerte dans la circulation de l’information sur le virus ?
    Les sentinelles perçoivent les pathogènes dès leur transmission aux frontières entre les espèces : ce sont à la fois des animaux placés sur des lieux intenses d’émergence virale (hotspots), comme des volailles non vaccinées dans un élevage, et des territoires équipés pour percevoir ces signaux (comme Hong Kong, Taïwan ou Singapour dans le cas de la grippe aviaire, ou Wuhan pour les coronavirus). Les lanceurs d’alerte portent leurs signaux dans l’espace public pour prendre les mesures sanitaires adaptées, : Li Wenliang a joué ce rôle pour le Covid-19, mais le géographe militant Mike Davis a joué un rôle similaire aux États-Unis pour la grippe aviaire. Ce sont deux types d’acteurs très différents mais qui doivent travailler ensemble. La Chine a développé ses sentinelles mais peu ses lanceurs d’alerte. Nous avons fait le choix inverse.

    Dans leurs manières de réagir face à la progression du virus, les gouvernements semblent pris entre deux impératifs difficilement conciliables, l’impératif du maintien de l’économie et l’impératif sanitaire, ce qui suscite différents types de réaction, même s’ils semblent converger actuellement dans le modèle chinois. Comment expliquez-vous le décalage temporel entre la France et la Chine, par exemple ?
    La Chine semble en effet avoir inventé un modèle qui rend compatible la protection de l’économie et la mobilisation sanitaire, parce qu’elle a les moyens d’intervenir rapidement et massivement en cas de nouveau foyer épidémique. Notre tradition libérale va à l’encontre de ce genre de gouvernance sanitaire, parce que nous privilégions la liberté de circuler et les bienfaits politiques qui en découlent. Nous allons devoir trouver dans notre propre tradition libérale les moyens de justifier les mobilisations sanitaires qui s’imposeront face aux nouvelles épidémies causées par les transformations écologiques.

    Y aurait-il une forme de réponse au coronavirus qui serait à la fois protectrice, mais qui ne signifie pas un surcroît de surveillance et de contrôle des populations ?
    C’est tout l’enjeu des semaines qui viennent : un effort de mobilisation collective qui ne repose pas sur une surveillance militaire et un contrôle de l’État mais sur une vigilance sanitaire et un partage d’informations dans la population.

    En janvier, le coronavirus était une petite « grippe », et la France attribuait à l’incurie des dirigeants chinois la propagation de l’épidémie sur leur territoire. Aujourd’hui, la Chine apparaît comme un modèle de gestion de crise sanitaire, les pays européens sont dépassés par les progrès de la pandémie, et les « experts » médicaux ou scientifiques en France tiennent un discours beaucoup plus alarmiste. Que dire de ce revirement complet dans le discours scientifique et politicien ?
    Cela dit beaucoup à la fois sur la difficulté de la France à tenir une place centrale sur un échiquier géopolitique bouleversé par l’entrée de la Chine il y a une quarantaine d’années, et sur la difficulté à gouverner un État lorsque les transformations écologiques produisent des pathogènes aussi imprévisibles que le SARS-Cov2.

    Le président de la République vient d’annoncer des mesures d’une radicalité sans précédent pour contenir l’épidémie en France. Quels vont être les enjeux des prochaines semaines, mois, années ? Quelle est la nouveauté de cette pandémie selon vous ?
    Toute la question est de savoir si le confinement, qui est une mesure inédite en France alors que les Chinois s’y préparent depuis 2003, est compatible avec notre tradition libérale. Nous avons beaucoup critiqué les excès du libéralisme, dont cette crise est un des effets, mais nous allons voir dans les semaines qui viennent à quel degré minimal de liberté nous tenons. Les animaux domestiques ont très peu de liberté : nous les avons confinés et parfois abattus pour nous protéger d’eux et nous en nourrir depuis une trentaine d’années. Le coronavirus de chauve-souris nous pose la question : quel degré minimal de liberté fait que vous êtes différents des autres animaux ?

    #France #Chine #coronavirus

  • L’humanité malade du corona : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. » par Olivier Ertzscheid sur affordance.info :
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/03/corona-ils-ne-mourraient-pas-tous-mais-tous-etaient-frappes.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef025d9b3ea44c200c-600wi

    En lisant, en notant...

    Xavier Bertrand si véhément sur les « salopards » qui volent des masques FFP2, lui qui alors ministre de la santé en 2011, juste après la crise du H1N1 et succédant à Roselyne Bachelot, avait refusé d’en renouveler le stock. Et 18 000 lits de nuit supprimés depuis 6 ans. 100 000 lits d’hôpital supprimés en 20 ans. Qui sont les salopards ? Qui ?

    Et pour le reste, pas besoin de héros, comme le soulignait Baptiste Beaulieu avec une infinie justesse : 

    « L’héroïsation du personnel soignant est un narratif commode pour dépolitiser nos revendications et nous enfermer dans une posture intenable : un héros, ça ne demande pas du personnel supplémentaire, ni ce truc un peu sale qu’on appelle des sous. »

    Nous n’avons pas besoin de héros mais d’argent, de lits d’hôpitaux, et plus globalement de services publics enfin installés en dehors du champ de la concurrence, de la performance, de la rentabilité ou de tout autre miroir tendu par la main du marché dans la gueule de la nation et de ses enfants.

    [...plus loin ...]

    là encore, il faudra expliquer les choix de l’exécutif de ne pas mettre en place de détection systématique.

    • Pendant ce temps là, les Hôpitaux se dirigent vers la faillite.
      Plus rien n’est facturé, plus rien ne rentre dans les caisses.

      Arrêt des consultations et des opérations non urgentes, qui génèrent leurs revenus.
      + Absence du personnel administratif nécessaire à la facturation, en confinement.
      + Les lits ont été vidés, en attendant les contaminés au #coronavirus, et ne rapportent rien.

      On attend les insultes, pour manque de rentabilité de la part de ce gouvernement #EnMarche vers le désastre.

  • La peste et le corona.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/03/la-peste-le-corona.html par Olivier Ertzscheid sur affordance.info :

    (4 mars 2020)

    Osons une hypothèse. Si le coronavirus Covid-19 est sans précédent c’est parce qu’il est celui auquel nous sommes en train d’être les plus attentifs, parce qu’il est celui sur lequel nous avons le plus porté notre attention, individuelle et collective. Et si nous y portons particulièrement notre attention, c’est parce qu’il nous raconte une histoire qui n’est pas l’histoire de sa propagation, de sa nuisance ou de sa dangerosité. Mais l’histoire de la plupart des enjeux primaires du siècle à venir.

  • Comment ne pas apprendre les leçons sanitaires asiatiques

    Jean-François Delfraissy : « Nous avons une vision à quatre semaines » - ce monsieur est le président du conseil scientifique du gouvernement sur le COVIS-19
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/20/jean-francois-delfraissy-nous-avons-une-vision-a-quatre-semaines_6033854_324

    Parmi les stratégies envisageables, il y a celle qu’a appliquée la Corée du Sud. Elle associe une très large quantité de tests et un suivi des personnes testées positives en ayant recours à une application numérique permettant de tracer les individus, ce qui représente une atteinte aux libertés.
    [...]
    Pourquoi ne pas avoir mis en œuvre sans attendre cette stratégie ?

    Parce que nous en sommes incapables et que ce n’est pas l’enjeu dans la phase de montée de l’épidémie. Nous ne possédons pas les capacités de tester à la même échelle que la Corée du Sud. En France, environ 8 000 tests sont réalisés chaque jour. Les laboratoires privés vont s’y ajouter mais nous avons un énorme problème avec les réactifs utilisés dans les tests. Ces réactifs de base proviennent de Chine et des Etats-Unis. La machine de production s’est arrêtée en Chine et les Etats-Unis les gardent pour eux.

    Quand avez-vous perçu que notre système de soins aurait des difficultés à faire face à l’épidémie ?
    Au début de la crise sanitaire italienne. Des discussions avec des collègues scientifiques et des modélisations que j’ai pu consulter fin février-début mars m’ont convaincu des difficultés à venir.

    Autrement dit, les responsables sanitaires de notre pays ont mis un mois à comprendre ce qui se passait en Chine, et ont complètement ignoré les réponses mises en oeuvre en Asie, avec une efficacité certaine.
    Par ailleurs, notre système sanitaire se révèle totalement dépendant de fournisseurs qui, en tant de crises, sont eux mêmes à l’arrêt ou mettent en oeuvre une stratégie de réquisition - ce que la France a d’ailleurs décidé il y a quelques jours pour les masques.

    Et les masques justement ?
    Le dénigrement du masque en Europe suscite la consternation en Asie, par Brice Pedroletti, correspondant du Monde en Chine
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/21/le-denigrement-du-masque-en-europe-suscite-la-consternation-en-asie_6033926_

    Le port préventif du masque a contribué à juguler les contaminations dans les pays développés d’Extrême-Orient, où l’appel à ne pas en porter en France si l’on n’est pas malade est vu comme une grave erreur.
    Le confinement généralisé de la population en France, après l’Italie et l’Espagne, rend perplexes les pays développés d’Asie. Ceux-ci voient tout à coup des sociétés aux économies sophistiquées n’avoir comme seule solution pour contrer l’explosion des contaminations que de recourir à une méthode primitive, au coût économique immense, que seule la Chine autoritaire, la première touchée par l’épidémie, a dû mettre en œuvre.

    En serions-nous arrivés là si nous n’avions pas regardé de haut les mesures prophylactiques mises en place par les tigres asiatiques ? Celles-là même qui ont permis à Taïwan, Hongkong, la Corée du Sud et Singapour, et aussi, jusqu’à aujourd’hui le Japon, de se protéger d’une propagation exponentielle du virus. Voire, comme pour la Corée du Sud, de la juguler.

    Une telle riposte, aux allures de ratage, laisse aujourd’hui un goût amer à ces pays qui doivent désormais se barricader contre l’arrivée de personnes infectées, venues non plus de Chine directement, mais de pays contaminés dans un deuxième temps.

    Tous ces Etats asiatiques ont tiré des leçons de l’épisode de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) survenu en 2003, du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) en 2015 et de plusieurs accès de grippe aviaire. Les aéroports de la région s’étaient alors dotés de caméras infrarouges mesurant la température des passagers, une mesure écartée en France au prétexte que « son efficacité n’est pas prouvée ». Les voyageurs ont pris l’habitude de remplir des formulaires de santé pour les remettre à des préposés en blouse blanche.

    Face à l’épidémie de Covid-19, ces protocoles ont été très vite activés et enrichis de nouveaux dispositifs, afin d’établir la traçabilité des personnes déclarées plus tard infectées. Des mises en quarantaine ont ciblé les individus venant de zones infectées, ainsi que des restrictions à l’entrée du territoire – du moins à Taïwan, Hongkong et Singapour.

    La mise à disposition de gels hydroalcooliques dans les lieux publics et la désinfection régulière des surfaces ont été la règle depuis le début. Enfin, les gouvernements se sont vite assurés que des masques étaient disponibles – tout en en réservant suffisamment, et de qualité supérieure, au personnel médical. Certains pays comme la Corée du Sud ont misé sur le dépistage massif, avec succès.

    Mode de confinement ambulant
    En France, comme dans le reste du Vieux Continent, cette chaîne prophylactique est largement incomplète, du moins vue d’Asie. Ainsi du port préventif du masque, qui n’est autre qu’un mode de confinement ambulant et individuel très largement présent dans la panoplie de la région.

    A Hongkong, le microbiologiste Yuen Kwok-yung qui conseille le gouvernement de la région autonome et a fait partie de la délégation de scientifiques qui a visité la ville chinoise de Wuhan en janvier, épicentre de l’épidémie, a immédiatement préconisé le port « universel » du masque du fait des caractéristiques du virus, très présent dans la salive : pour se protéger soi, mais aussi les autres, en raison de la contagiosité de personnes asymptomatiques ou ressentant peu de symptômes.

    Le masque relève en Asie du « bon sens » : une rame de métro bondée où des gens discutent entre eux, soupirent et toussent est le scénario idéal de propagation de l’infection. Dans les villes chinoises, il est ainsi devenu au plus fort de l’épidémie interdit de se déplacer sans masque – ce qui a permis d’autoriser les sorties, tout en régulant leur fréquence au niveau de chaque immeuble. « Vous voulez stopper l’épidémie ? Mettez un masque ! », a lancé Hu Shuli, la fondatrice du site d’information chinois Caixin, dans un édito daté du 19 mars à l’attention des Occidentaux.

    Née il y a des décennies au Japon, où c’est une politesse pour les gens se sentant malades d’en porter, la culture du masque s’est généralisée lors de la crise du SRAS dans toute l’Asie du Nord-Est. En Chine, la pollution de l’air en a fait un attribut normal du citadin, qui en fait des réserves chez lui.

    Aussi, les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), reprises par les pouvoirs publics en France, de n’en porter que si l’on est « malade » ont dérouté en Asie, tout comme l’argument selon lequel les différentes normes de masques rendent compliquée son utilisation.

    Résultat du déni initial
    Cela a nourri une culture du déni, et du dénigrement : des vidéos d’incidents montrant des Asiatiques conspués précisément parce qu’ils portaient des masques dans le métro à Paris ont profondément choqué en Asie. Comme le fait que le personnel en contact avec le public français – les policiers, les caissières, les serveurs et le personnel médical non urgentiste – susceptible de propager le virus n’en porte pas. Le port de masque est même parfois proscrit pour le personnel de vente en France par crainte de « faire fuir le client » – l’inverse de l’Asie où un vendeur sans masque indispose.

    L’autre argument mis en avant en Europe est de prévenir la pénurie de masques pour le personnel médical. Or, celle-ci a bien lieu, alors que la Chine a rétabli ses stocks et souhaite en livrer aux Etats européens. Les pays d’Asie ont connu des difficultés d’approvisionnement en masques en janvier. La Corée du Sud a mis en place des mesures de rationnement. D’autres ont dopé leurs productions face à la demande.

    A Hongkong, des fabriques ont surgi pour en confectionner. A Taïwan, des associations industrielles ont uni leurs forces pour monter soixante lignes de production en un mois. En Chine, General Motors et le constructeur de voitures électriques BYD ont décidé d’en fabriquer en masse. Une réponse dans l’urgence en forme de leçon pour l’Europe.

    Je pense qu’il faudra à un moment donné s’interroger sur les préjugés anti-chinois et anti-asiatiques qui sont derrière ce déni, où les habitants de ce continent sont vus comme sales, crachant partout, et mangeant des animaux sauvages, comme le pointe Anna Moï, écrivaine franco-vietnamienne, qui relate comment, à l’inverse, ce sont les touristes occidentaux comme porteurs insouciants du virus qui sont stigmatisés au Vietnam :

    Coronavirus : « Cela n’arrive qu’aux autres, aux pauvres, aux consommateurs de chauve-souris et autres animaux dégoûtants »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/22/coronavirus-cela-n-arrive-qu-aux-autres-aux-pauvres-aux-consommateurs-de-cha

    Nous ignorons les avertissements. Le fait de vivre en France nous immunise. Cela n’arrive qu’aux autres, aux pauvres, aux consommateurs de chauve-souris et autres animaux dégoûtants.
    [...]
    Après la patiente n° 17, on passe aux cas n° 39 puis n° 76, un Français de 52 ans. Sur l’ensemble des malades, vingt-deux sont des étrangers. La presse parle de progression exponentielle. La plupart des nouvelles contaminations ont pour origine des voyageurs venus du vieux continent.

    Sur la route du delta du Mékong, aux aires de repos, des vigiles armés de drapeaux rouges frénétiquement agités s’opposent au stationnement des cars de touristes occidentaux. Les hôtels et restaurants ferment les uns après les autres. Les bateaux de tourisme de la baie d’Halong sont interdits de croisière après que des passagers anglais ont été testés positifs au coronavirus sur une jonque. A Hanoï, les visiteurs d’origine caucasienne font profil bas.

    La discrimination a changé de visage.

    En France, pendant la même période, la contamination est également exponentielle. Neuf mille individus sont infectés par le virus. Tous ne sont pas des croqueurs de chauve-souris.

    #coronavirus #Asie #masques #tests #distance_sanitaire

    • Le titre est mensonger, c’est juste un extrait du texte qui remercie par ailleurs cette solidarité. Les grincheux qui tapent continuellement sur les comportements individuels c’est une violence insupportable, un déni des responsabilités politiques.

      Mais comme d’hab, les médias aiment à trouver la voix discordante pour briser les élans solidaires, au lieu de taper sur les causes politiques qui poussent les populations dans la tombe qu’ils se sont évertués à nous creuser.

      Donc, comme beaucoup en ville, je sors tous les soirs à 20h devant chez moi, pour soutenir les soignants et toutes celles qui servent les confinés, parce qu’à chaque fois je suis émue d’entendre ces applaudissements collectifs des enfermés et que j’aime ce moment ensemble.