• « La lenteur de la vaccination française est un symptôme de notre déclassement »
    Une tribune à lire absolument...
    Levy, Antoine
    https://www.lefigaro.fr/vox/politique/la-lenteur-de-la-vaccination-francaise-est-un-symptome-de-notre-declassemen

    FIGAROVOX/TRIBUNE - Le Royaume-Uni a déjà vacciné 1 million de personnes alors que la France au soir du 30 décembre n’en était qu’à 138, rappelle Antoine Levy. L’économiste et doctorant au MIT dresse une liste des différents dénis de notre administration qui expliquent ce retard ainsi que huit solutions potentielles pour le combler.

    Antoine Levy, normalien, diplômé d’HEC et de la Paris School of Economics, est économiste et doctorant au Massachusetts Institute of Technology, où il a reçu la Castle Krob Fellowship et la Kenan Sahin Presidential Fellowship.

    Au soir du 30 décembre, après 4 jours de vaccination, 138 personnes avaient reçu une dose d’immunisation contre le #Covid en France. En une dizaine de jours, les États-Unis ont vacciné près de 3 millions de personnes. Israël, dans le même temps, a administré la première dose du vaccin à 7.5% de sa population (l’équivalent de près de 5 millions de Français), dont près de 30% des plus de soixante ans, les plus fragiles, ce qui lui permet d’entrevoir la fin de l’épidémie pour le début du mois de février.

    Le Royaume-Uni, un pays comparable au notre en population, a déjà vacciné près d’un million de personnes. L’Allemagne, handicapée par la même lenteur d’approbation du vaccin que la France (celle de l’Agence Européenne du Médicament et de sa coupable négligence) et armée de doses attribuées de manière symétrique, a commencé sa campagne le même jour : elle a vacciné, en trois jours, près de 80 000 citoyens, à un rythme qui s’accélère chaque jour.

    L’ampleur surréaliste de l’échec français interroge ; elle ne devrait pourtant pas surprendre. La lenteur de la campagne de vaccination française, n’est que la suite logique de notre gestion des masques, des tests, du traçage, de l’isolation. C’est le symptôme d’un déclassement et d’un appauvrissement organisationnel et technologique effarant.

    C’est aussi le produit de l’arrogance d’un État imbu de lui-même et imperméable à la critique, de la suffisance d’une administration et d’une classe politique auto-satisfaites, boursouflées, et incapables de la dose d’humilité nécessaire pour faire machine arrière et s’inspirer simplement de ce qui fonctionne ailleurs. C’est en somme la révélation de la disparition totale de notre state capacity , la faculté de l’action publique à agir efficacement tout en préservant les libertés, la simple capacité d’accomplir quelque chose en commun. Cinq raisons s’imposent, d’évidence, pour expliquer cet échec, cinq dénis de réalité.

    Le premier des dénis, c’est celui du primat absolu de la logistique. « L’intendance suivra », aime-t-on à répéter en France depuis le Général, et l’on semble fier d’y confier son ignorance de ces questions bassement matérielles. Voilà que, comme un symbole, l’on entend le présumé grand ordonnateur de la stratégie vaccinale française, Alain Fischer, se gausser à la télévision en avouant, sans y voir la moindre contradiction avec son rôle, qu’il « ne connaît pas grand-chose à la logistique », comme s’il s’agissait là d’un domaine bien trop vulgaire pour un homme de sa trempe.

    Il faut voir dans ce mépris de l’organisation concrète l’origine de l’échec français dans l’approvisionnement en masques, qui n’a fonctionné que dès qu’il a été confié aux acheteurs de la grande distribution, dont c’est le métier ; ou dans la réquisition des laboratoires vétérinaires, dont on n’a pas su dès février inventorier la capacité en tests. La gestion publique de la Santé n’est pas organisée pour peser et arbitrer des contraintes de ressources en temps réel.

    Dans l’une des économies les plus administrées et socialisées du monde développé, où l’on aime à multiplier les commissariats au Plan et autres conventions citoyennes, on demeure parfaitement incapable de dépasser les incantations, et, si l’on sait bien y théoriser l’économie de guerre, on semble n’avoir aucune idée de comment en impulser la pratique.

    Le second déni, c’est celui des fautes par omission. À force de vouloir à tout prix éviter de commettre des erreurs spécifiques qui risqueraient de la mettre face à leurs responsabilités pénales (le syndrome du « sang contaminé »), l’administration et le gouvernement ont fait le choix délétère d’une inaction facile, mais non moins hautement coupable. Ne pas agir, et surtout ne pas agir à temps, c’est condamner à mort (du Covid, mais aussi d’autres pathologies non détectées par des hôpitaux encombrés) des dizaines de milliers de français supplémentaires, tout en se lavant les mains de la moindre culpabilité, puisque l’on n’a rien fait.

    Il est évidemment confortable de se rassurer en se convaincant que personne n’est mort des effets secondaires d’un vaccin que l’on n’a pas distribué, sans se rendre compte que cette non-assistance à un pays en danger est elle-même responsable de milliers de morts et de pathologies graves qui s’accumulent chaque jour.

    Le troisième déni, c’est celui des proportions. Quand il s’agit d’assigner des mois durant un pays à résidence, le « quoi qu’il en coûte » s’imposerait, et l’on n’aurait que faire des libertés publiques - mais l’on s’en préoccupe soudain de façon obsessionnelle pour refuser l’obligation vaccinale, pourtant la norme pour onze autres inoculations. Dans un plan de relance qui se chiffre en centaines de milliards d’euros, nul n’a jugé utile de dédier des investissements aussi immenses qu’indispensables à ce que des le mois de mars, l’on savait être la seule solution durable à la pandémie : le déploiement d’un vaccin aussi vite et efficacement qu’il est humainement possible sur l’ensemble du territoire.

    Si le vaccin ne permettait que d’en finir une journée plus tôt avec les confinements à répétition, il serait un investissement au rendement social chiffrable en milliards d’euros, mais après avoir dépensé sans compter pour financer chômage partiel et prêts garantis, on semble réticent a investir ne serait-ce que quelques centaines de millions dans le financement de l’infrastructure logistique indispensable à l’immunisation collective - congélateurs, centres de vaccination, transport réfrigéré, collecte informatisée des données.

    Cette absence totale de sens des proportions, ce refus de l’arbitrage coûts-bénéfices, c’est aussi la conséquence logique d’une inculture quantitative grandissante, dont témoignent les résultats du pays en mathématiques dans les enquêtes internationales, et qui se retrouve au plus haut niveau de l’État.

    Le quatrième déni, c’est celui de la responsabilité, qui a désormais laissé place à une omniprésente culture de l’excuse. Le Covid, c’était d’abord la faute des pangolins et des marchés en plein air. Puis ce fut celle la Chine, avant d’être celle du capitalisme. C’est la faute de la mondialisation, celle de Bruxelles, celle des Français eux-mêmes, querelleurs et indisciplinés… cette fois, plus d’excuse. Cet échec, il est celui de l’État, de notre État.

    Huit mesures simples à mettre en oeuvre

    Assumons-le pleinement, il n’y a plus d’arbre derrière lequel cacher la forêt de notre incompétence administrative, technique, industrielle, scientifique. La France est le seul parmi les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (Chine, États-Unis, Royaume-Uni - sans compter l’Allemagne) à ne pas avoir développé son propre vaccin. Elle n’a pas su organiser un système de quarantaine centralisée, pas su se procurer à temps masques et tests pendant la première vague. Elle se place aujourd’hui en dernière position dans le déploiement des vaccins, parmi les pays ayant débuté leur campagne. Comment esquiver, cette fois encore, nos responsabilités ?

    Le dernier déni, le plus grave, c’est celui du réel. Le gouvernement, fasciné par la pédagogie, passionné par la communication, semble avoir oublié, tout à sa performativité obsessionnelle, que face à une crise véritable et non pas fantasmée, seule l’action sauve. Il faut, nous dit avec solennité le Ministre de la Sante, se battre contre la désinformation - et si on se préoccupait plutôt, d’abord, de se battre contre le Covid ? Le gouvernement semble tourner à vide dans une logorrhée sans adversaire clairement identifié.

    Les fameux « modèles » épidémiologiques, jamais mis à disposition du public, de l’institut Pasteur, qui motivent les confinements et re-confinements successifs, sont un exemple parmi d’autres de ces mantras discursifs. L’obsession maladive du discours poli et sans aspérités, pour ne jamais déplaire, au détriment de la sobre confrontation aux choix que le réel impose dans toute sa difficulté, est le plus grave de nos oublis.

    Mais alors, que faire ? Voici huit mesures simples, sans aucune originalité, inspirées simplement de ce qui se pratique dans les pays qui ont su efficacement vacciner leur population.

    1. Affirmer le principe de « La première dose avant tout ». Les résultats des essais cliniques de tous les vaccins jusqu’ici mis sur le marché semblent confirmer que l’essentiel de l’immunité vaccinale est acquise après la première dose. Le rapport coûts-bénéfices est clair : il faut vacciner un maximum de citoyens avec une première dose, même si l’on n’est pas absolument certain de pouvoir leur administrer la seconde dans le délai initialement prévu.

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    Cette stratégie est d’ores et déjà celle du Canada et du Royaume-Uni, qui ont su avec agilité changer de braquet devant les données cliniques. Deux fois plus d’individus vaccinés avec une seule dose est infiniment préférable, du point de vue de la réduction de la mortalité et des pathologies graves, que de laisser des doses inutilisées par souci absurde de perfectionnisme sans justification scientifique.

    2. Rendre immédiatement la vaccination obligatoire pour les publics fragiles. La vaccination doit être rendue obligatoire pour les plus de 80 ans, et en particulier au sein des EHPAD, comme elle l’est déjà pour bien des maladies au sein des crèches et des écoles, puisque les non-vaccinés exercent dans ces lieux de rassemblement et de contamination une externalité négative. Le pays entier, au nom de la fameuse « nation d’individus solidaires », a accepté de mettre pendant un an sa vie en suspens pour sauver la vie des seniors, qui représentent l’essentiel des décès et des cas graves, en attendant l’arrivée d’un vaccin. Il est maintenant indispensable que les personnes âgées se mettent, elles aussi, au service du bien commun, et rendent au reste du pays la pareille.

    3. Simplifier radicalement la trajectoire vaccinale. Il faut sans attendre en finir avec l’obligation de consultation pré-vaccinale et le consentement écrit, deux absurdités technocratiques sans aucune justification scientifique ou médicale autre que de ralentir et d’encombrer les cabinets des généralistes, et qui ne font que céder un terrain précieux aux anti-vaccins. La remontée des données doit être transparente, intervenir en temps réel, et permettre a minima un suivi journalier de la progression de l’immunité collective.

    4. Mettre en place un principe de heap priority queue en fonction de la date de naissance et du numéro de sécurité sociale. En cas de refus par un citoyen de recevoir le vaccin, la queue de priorité nationale passe au suivant. Si un individu initialement prioritaire change d’avis après un premier refus, il peut reprendre sa place initialement attribuée dans l’ordre de priorité ; mais grâce à cette méthode, les refus de vaccination ne deviennent que très tardivement un facteur limitant de la vitesse de vaccination dans la population, puisqu’un individu disposé à prendre le vaccin peut se substituer à tous ceux qui l’ont refusé avant lui.

    Reconnaître l’ensemble des vaccins permettra plus d’efficacité

    5. Mobiliser l’ensemble des personnels productifs capables de vacciner. Confier un monopole de la vaccination aux médecins généralistes, c’est rendre impossible l’immunisation rapide de la population, du simple fait de la contrainte de ressources et de nombre : il faudrait pour vacciner la moitié du pays avant juin trois à cinq fois plus de médecins qu’il n’en existe. Pharmaciens, infirmiers, aides-soignants, étudiants en médecine, hôpitaux, cliniques vétérinaires, laboratoires d’analyse, armée, doivent pouvoir administrer des doses dès aujourd’hui. Si les vaccinateurs venaient à manquer, il faut d’ores et déjà lancer une formation éclair des personnels administratifs, et attribuer des primes financières aux soignants et vaccinateurs qui excèdent leurs objectifs.

    6. Permettre la reconnaissance mutuelle de l’ensemble des vaccins. Tout vaccin approuvé dans l’un des pays aux standards similaires à ceux de l’Agence Européenne du Médicament peut être approuvé et utilisé immédiatement en urgence en France. En particulier, les vaccins Astra Zeneca et Moderna, déjà approuvés dans plusieurs pays dont le Royaume-Uni, doivent pouvoir être immédiatement déployés sur le territoire français. Le rapport bénéfices-risque est, là encore, bien trop grand pour laisser la lenteur administrative des autorisations de mise sur le marché coûter leur vie à des dizaines de milliers d’Européens.

    7. Lancer des human challenge trials pour tout nouveau vaccin. Le vaccin Moderna existe depuis le mois de janvier. S’il avait été inoculé à cette époque, en même temps que le Covid lui-même, à des patients volontaires, jeunes et à faible risque de développer une pathologie grave, son efficacité aurait été démontrée dès le mois d’avril, et son déploiement aurait pu avoir lieu au printemps et à l’été, sauvant plusieurs centaines de milliers de vie en Europe. Ces volontaires existent, par dizaines de milliers. La France doit approuver le principe des human challenge trials pour tout nouveau vaccin après examen préliminaire de sa fiabilité.

    8. Instaurer une clause de revoyure. Il est essentiel, cette fois et contrairement à toutes les mesures précédentes, d’anticiper d’éventuels échecs. Le gouvernement doit prévoir, non seulement un horizon auquel il aura vacciné un certain pourcentage de la population ; mais il doit aussi définir dès aujourd’hui, en cas d’objectif non atteint, quels paramètres de la stratégie vaccinale devront être modifiés pour en permettre le succès.

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    De telles stratégies contingentes sont la norme en termes de planification militaire ou de gestion de désastres naturels. Par exemple, si l’objectif de 20% de la population vaccinée avant le mois de mars n’est pas atteint, couper les aides publiques à ceux qui refusent d’être vaccinés pourrait être envisagé et annoncé dès aujourd’hui.

    Une prise de conscience est indispensable. Elle devrait peut-être commencer par un mea culpa. Mais elle doit se poursuivre par une remise en cause radicale et immédiate des choix faits jusqu’ici, qui impose de revenir sur des dogmes auto-imposés comme autant de boulets aux pieds du pays, comme celui de s’interdire de rendre la vaccination obligatoire, ou de passer obligatoirement par les médecins généralistes.

    Elle requiert un renversement total des priorités du gouvernement, qui semble s’endormir dans une lente léthargie au gré de confinements successifs imposés à une population au bord de l’explosion sociale et politique, et elle impose la réquisition de l’ensemble des forces vives du pays pour accélérer le processus de #vaccination.

    • « notre déclassement » me semble en référence à ceci :

      La France est le seul parmi les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (Chine, États-Unis, Royaume-Uni - sans compter l’Allemagne) à ne pas avoir développé son propre vaccin. Elle n’a pas su organiser un système de quarantaine centralisée, pas su se procurer à temps masques et tests pendant la première vague. Elle se place aujourd’hui en dernière position dans le déploiement des vaccins, parmi les pays ayant débuté leur campagne.

      Je m’interroge plutot sur cette proposition très macron-compatible :

      De telles stratégies contingentes sont la norme en termes de planification militaire ou de gestion de désastres naturels. Par exemple, si l’objectif de 20% de la population vaccinée avant le mois de mars n’est pas atteint, couper les aides publiques à ceux qui refusent d’être vaccinés pourrait être envisagé et annoncé dès aujourd’hui.

      Illes le feront probablement dans qq temps sans prévenir à l’avance pour évité les remous.

    • La France est le seul parmi les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (Chine, États-Unis, Royaume-Uni - sans compter l’Allemagne) à ne pas avoir développé son propre vaccin

      un gars de Pasteur disait l’autre jour sur la radio exactement le contraire : Pasteur développe un vaccin - déjà en phase II ou III je sais plus - sur base (plateforme) classique du vaccin contre la rougeole, adapté pour la covid, qui stimule la fabrication d’anticorps spécifiques qui reconnaissent le même bout de spike que les vaccins Moderna ou BioNTech ; l’avantage du choix de la plateforme « rougeole » de Pasteur, c’est que c’est moins cher et plus facile à conserver - pas besoin de frigo à -80°C

    • Penser ça en terme de déclassement est à mon avis erroné. Il s’agit plus d’une tradition bien française, en tout cas peut-être plus prégnante qu’ailleurs, du côté de nos bourgeois, qui vivent entre eux et sont tous issus du même moule, de mépriser l’intendance et tous les aspects pratiques, tout cela se révélant de façon flagrante en cas de crise. Cela se termine en énorme décalage entre les grands discours présidentiels et la réalité sur le terrain. Le patronat français fait aussi partie du problème, ne l’oublions pas. Le MEDEF a poussé à en faire le moins possible pour « ne pas perturber l’économie ». Dans ma boîte il y a toujours des réunions physiques régulièrement, il y a même eu un repas de Noël, avec des salariés volontaires, comme s’il n’y avait aucun souci. C’est comme ça qu’on se retrouve être un des pires pays dans la gestion de cette pandémie.

  • EXCLUSIF : L’équipe de graffeurs revient sur sa performance avec une vidéo spectaculaire (et le texte intégral de leur revendication) ! #MariannePleure
    https://hiya.fr/2020/12/15/exclusif-lequipe-de-graffeurs-revient-sur-sa-performance-avec-une-video-spectac

    HIYA ! RÉDACTION
    Après leur opération remarquée et maintenant adoubés par Shepard Fairey himself, les graffeurs ont partagé aujourd’hui une vidéo. Elle mêle images de leur action et d’actualité, sur une bande son entêtante accompagnée de la lecture d’extraits de leur texte de revendication. Nous partageons aussi ce manifeste, reproduit tel que nous l’avons reçu lundi matin. C’est à lire et visionner avec ce rappel d’Obey pour guide : « Si certains sont en désaccord avec le détournement de l’œuvre Liberté, Égalité, Fraternité parce qu’ils ne sont pas d’accord avec les auteurs, alors ma réponse est claire : je ne suis pas prêt à la leur donner et vous ne devriez pas l’être non plus. »

    #LREM-NRV

  • Le #Liban à la croisée des chemins
    A l’invitation du MUCEM dans le cadre du cycle Les lundis d’après, en réponse aux questions de Joseph Confavreux de Médiapart, je dialogue avec Ziad Majed sur les enjeux de la réponse à la #crise économique, financière et politique au Liban environ cent jours après l’#explosion du 4 août. Débat enregistré le 13 novembre 2020.
    https://www.youtube.com/watch?v=1R3IjpS0eXk&ab_channel=Mucem

  • Le Liban dans l’urgence de trouver un remplaçant à Sonatrach
    https://www.lecommercedulevant.com/article/30130-le-liban-dans-lurgence-de-trouver-un-remplacant-a-sonatrac


    Intéressant article qui montre la diversité des réseaux d’intérêt lié au champ de l’énergie et de l’électricité, qui ne se limite donc pas au clan Bassil-Aoun. Même si l’article, ici, n’explique pas pourquoi les frères Rahmé sont controversés, et quelles sont leurs connexions politiques. Au-delà de Joumblatt on ne sait pas vers qui regarder...

    Longtemps présenté comme un accord d’État à État, le contrat accordé de gré à gré en 2005 [à Sonatrach], et reconduit cinq fois en Conseil des ministres, était en réalité sous-traité à deux sociétés libanaises proches du pouvoir : BB Energy, de l’homme d’affaires Bahaa Bassatne, par ailleurs partenaire de Walid Joumblatt dans la société Cogico ; et ZR Energy, à partir de 2017, une entreprise de négoce d’énergie fondée par deux frères à la réputation controversée, Teddy et Raymond Rahmé, qui a remporté ces dernières années de nombreux contrats auprès du ministère de l’Énergie.

    #Liban #fuel #électricité #énergie #Bassil #CPL #Joumblatt

    • Selon Al Arabiya, ZR Energy est une firme spécialisée dans l’importation de diesel pour les générateurs et serait proche de BAssil et du CPL
      https://englishbeta.alarabiya.net/en/features/2020/05/14/Hezbollah-ally-embroiled-in-Lebanon-s-defective-fuel-scandal-

      Despite the FPM’s attempts to take credit for the investigation into the scandal, a second company headed by Teddy Rahmeh – who is reportedly close with the FPM’s Bassil – has also been charged in connection with the scandal.

      Rahmeh, who denies allegations he is close to Bassil, runs ZR Energy.

      ZR Energy SAL Holding (ZR Energy) is 50 percent owned by ZR Group, founded by Teddy and Raymond Rahmeh in Lebanon in 2005, according to the country’s commercial registry.

      A statement provided by ZR Group to Al Arabiya English said that “There are no contracts between ZR Group and the Lebanese government, and there never have been. ZR Energy SAL’s main commercial activity is the distribution of diesel for residential sectors in the north of Lebanon.”

      #générateurs

  • Thomas Piketty : « La planète est traversée par de multiples fractures inégalitaires, que la pandémie va encore aggraver » Le cas du #Liban et du #Moyen-Orient #Golfe
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/11/14/thomas-piketty-la-planete-est-traversee-par-de-multiples-fractures-inegalita

    De façon générale, la carte des inégalités mondiales reflète à la fois les effets de discriminations raciales et coloniales anciennes et l’impact de l’hypercapitalisme contemporain et de processus sociopolitiques plus récents. Dans plusieurs des pays les plus inégalitaires de la planète, comme le Chili ou le Liban, les mouvements sociaux des dernières années portent l’espoir de transformations profondes.

    Le Moyen-Orient apparaît comme la région la plus inégalitaire de la planète, à la fois du fait d’un système de frontières concentrant les ressources sur les territoires pétromonarchiques et d’un système bancaire international permettant de transformer la rente pétrolière en rente financière éternelle. Faute d’un nouveau modèle de développement régional plus équilibré, social-fédéral et démocratique, il est à craindre que les idéologies totalitaires et réactionnaires actuellement à l’œuvre continueront d’occuper le terrain, comme en Europe il y a un siècle.

    • INCOME INEQUALITY IN THE MIDDLE EAST
      https://wid.world/fr/news-article/income-inequality-in-the-middle-east-2

      KEY RESULTS:
      The Middle East is the most unequal region worldwide: 56% of national income accrues to the top 10%, and only 12% goes to the bottom 50%.
      Gulf countries have been the most unequal of the region during the last three decades: 54% of national income accrues to the top 10%. (Bahrain, Kuwait, Oman, Qatar, UAE, Saudi Arabia)
      Extreme concentration at the top of the distribution: the top 1% income earners own 23% of total income in 2019, almost twice as high as the share earned by the bottom 50%.
      Inequality levels have remained extremely high for the last decades, with a slight decline in the top 10% income share from 60% in 2019, to 56% in 2019 due to the narrowing income gap between Gulf and Non-gulf countries.
      Despite the high levels of inequality, they remain underestimated. The lack of quality survey data with huge gaps between survey years leads to an underestimation of the share of national income accruing to the top 10% income earners.

      voir aussi : https://wid.world/wp-content/uploads/2020/11/WorldInequalityLab_IssueBrief_2020_06_RegionalUpdatesMiddleEast.pdf

  • En Célébration du « Mouvement » #El_Kamour : Vive Le Régionalisme !!!, par Habib Ayeb
    https://www.facebook.com/habib.ayeb/posts/10158936649625645

    Voilà un titre qui va m’attirer inévitablement plusieurs critiques et probablement quelques insultes… Mais, ce blasphème suprême doit être osé pour provoquer le débat de fond sur la double question du droit au ressources et du droit au développement. Le tabou doit être levé et le silence rompu si l’on veut réellement comprendre ce qui s’est passé ces derniers temps à El-#Kamour et pourquoi la victoire, même relative, du mouvement mérite d’être célébrée et considérée comme un exemple à suivre.
    Depuis le début de ce mouvement qui revendique le droit au ressources naturelles locales, rejoignant en cela d’autres mouvements « locaux » dont, #Jemna depuis 2011 et le #bassin_minier du Sud-Ouest, à partir de 2008, un discours de rejet s’est développé dans le pays sous le prétexte d’un risque que ces revendications régionales aboutissent au développement du « régionalisme » au détriment de l’Etat et de la Nation. « Les ressources locales sont et doivent rester « communes » à l’ensemble de la population » constitue le cœur des discours qui se multiplient contre ces luttes régionales.
    En réalité, il existe un énorme malentendu de fond qui vient de très loin.
    En effet nous n’assistons pas tant à un développement d’une forme de régionalisme qui serait nouveau, qu’à une sorte de régionalisme inversé qui vise à récupérer une partie des richesses dont les régions marginalisées en avaient été dépossédées au profit d’autres régions qui devenues politiquement et économiquement centrales grâces des ressources arrachées aux marges dans un processus complexe de dominations et d’accumulations par dépossessions.
    En effet depuis de très nombreuses décennies, les quelques régions côtières arrachent des richesses considérables à la plus grande partie du territoire pour leur propre développement économique sans pratiquement aucune répartition des richesses, projets, infrastructures et services au profit de l’ensemble du pays et de la population. Ainsi nous avons cette Tunisie à double faces : coté pile, la Tunisie dépossédée, appauvrie, dépourvue des moindres bases de développement… (tout le Sud, le Centre et tout l’Ouest du pays) et coté face, la Tunisie des usines, des infrastructures, de l’emploi, de la finance, des écoles et des universités, des hôpitaux et des transports… (les Nord-Est ; de Bizerte à Sfax). Mais paradoxalement ce régionalisme-là n’avait visiblement pas choqué grand monde et certainement pas ceux/celles qui crient aux dangers régionalistes et, pire encore, « tribaliste », alors même que c’est d’abord (pas uniquement) grâces aux mouvement sociaux dans ces régions marginalisées que la révolution, dont on s’apprête à célébrer le 10èmeanniversaire, était devenu possible, à un moment ou personne n’aurait parier un sou (sourdi, aurait dit ma mère) sur une possible fin de la dictature. On connait la logique : le centre, qui a profité pendant plus de siècle de la rente du monopole de la décision, a peur de l’interruption des routes de la dépossession qui menacent (en fait c’est très relatif) la rente économique, politique et symbolique…
    Ainsi ce qui est présenté, par les dépossédées (régions et populations) comme une revendication de réparation des injustices accumulées n’est perçu par le centre que comme contestation de son monopole de sa centralité imposée.
    C’est pour cette raison politique et économique que la victoire, même relative, du mouvement d’El-Kamour est perçue comme une perte de centralité considérée comme légitime alors qu’elle n’est que négation du droit, de la justice et de la dignité… Crier au « loup » du régionalisme, n’est en fait qu’une démarche de stigmatisation de la plus grande partie de la population qui souffre de la dépossession de la misère et qui revendique juste une petite part du gâteau…
    Alors oui. Vivre le régionalisme dès lors qu’il consiste à rejeter la permanence des processus d’exclusion, de dépossession et de marginalisation.
    Quant au risque du tribalisme, c’est toute une autre histoire qui relève beaucoup plus du fantasme que de l’analyse rigoureuse… Mais comme dit le proverbe chinois : « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.
    J’y reviendrai dans les jours ou les semaines qui viennent…
    En attendant, je célèbre El-Kamour et je dis : Pourvu que ce régionalisme là s’élargisse pour toucher d’autres régions notamment celles qui souffrent de la soif pendant que leurs eaux servent à irriguer des produits destinés à l’export…

    #Tunisie #régionalisme

  • A propos du livre de Philippe Pelletier, Effondrement et capitalisme vert, par Habib Ayeb
    https://www.facebook.com/habib.ayeb/posts/10158931706685645

    La critique, plus que justifiée et indispensable, du capitalisme vert et des théories de l’effondrement (la collapsologie) peut amener à des positions totalement climatosceptiques.


    J’ai rarement été dérouté par un livre qu’en lisant celui de #Philippe_Pelletier (géographe libertaire, français) « Effondrement & Capitalisme vert ; La collapsologie en question ». Nada 20V0. Dérouté parce que l’auteur fait une analyse précise, détaillée, argumentée et très richement documentée des discours dominants actuellement à propos des diverses questions en relation avec l’environnement, pour en souligner l’origine, les contradictions internes et surtout la « cohérence et la continuité » avec le système capitaliste.
    Une analyse critique qui déconstruit un certain nombre de « concepts », d’idées reçues et de solutions qui sont sensés répondre à l’urgence écologique (environnementale, climatique, pandémique et sanitaire…) imminente (catastrophisme ou collapsologisme) : la protection de la nature, la fin du monde, les limites de la planète, la déforestation, la désertification, le dérèglement climatique, le développement durable, la bonne gouvernance… le capitalisme vert (généralement proposé comme solution…).
    Non seulement, il démontre que le capitalisme vert n’est qu’un mécanisme inventé dans le double objectif de a) consolider le système capitaliste de plus en plus « globalisé » et le protégeant contre les crises, telle que la crise financière de 2008, en le contournant et/ou en lui donnant un « visage » plus humain et surtout plus « environment friendly » ; b) maintenir et renforcer les relation de domination/dépendance Nord/Sud…, mais Philippe Pelletier rappelle, à raison, que pour expliquer la détérioration de l’environnement , le discours dominant désigne toujours les petits paysans, les petits entrepreneurs, les marginalisés, les populations du grand Sud… tous désignés comme obstacles aux progrès scientifiques et technologiques et contraintes majeures au développement…
    Jusque-là, tout va très bien d’autant plus que l’auteur, qui fait preuve de beaucoup de rigueur dans sa démonstration, propose un texte accessible sans trop de difficultés, le style étant à la fois étant fluide, clair et simple… Sur ces éléments de l’ouvrage, peu de choses me dérangent ou me semblent nécessiter davantage de discussions, justifications ou preuves. L’auteur rejoins à ce niveau la très majorité de la littérature marxiste ou marxienne, plus ou moins radicale (même si lui-même se dit libertaire (« disciple » d’Elisée Reclus, un autre géographe anarchiste) et donc plus proche de Bakounine que de Marx… )… Mais, comme dirait quelqu’un « le diable est dans le détail ».
    En effet, plus on avance dans la lecture et plus on est surpris par des raccourcis déroutants et autres affirmations sans « preuves ». Ainsi sous le prétexte de « démonter » les discours et autres affirmations « collapsologistes », l’auteur nous sert un florilège d’affirmations intelligemment parsemées « entre les lignes », le long des quelques 320 pages (+ une longue bibliographie) que compte le livre. Quelques exemples très (trop ?) rapides et non détaillés d’affirmations pour le moins surprenantes :
    – Tout en affirmant, à juste titre, que la « capacité de charge » démographique de la planète est loin d’être atteinte par la population mondiale actuelle, Pelletier passe sous silence l’exploitation intensive des ressources par une économie capitaliste de plus en plus extractiviste. Il multiplie même les (contre) exemples pour affirmer la limite est loin d’être atteinte… On serait même tenté de se demander « si le capitalisme « classique » n’est pas si nuisible qu’on le dit, pourquoi, diable, fallait-il inventer le « capitalisme vert » pour en couvrir les impacts ?
    – Le dérèglement climatique : climat n’a jamais cessé de changer et le GIEC qui développe les discours les plus alarmiste n’est en réalité qu’un club de riches scientistes généreusement payés pour nourrir les discours apocalyptiques les plus culpabilisateurs tout en évitant de désigner les vrais coupables et de remettre en cause le modèle économique dominant. En s’appuyant sur plusieurs exemples, l’auteur remet en question l’accélération vertigineuse et brutale des phénomènes tels que le réchauffement climatique, l’effet de serre, l’augmentation de dioxyde de carbone, les déplacements des étages écologiques, les remontées des niveaux de la mer et des océans…
    – La déforestation : Le constat est implacable, contre toute évidence : l’espace forestier n’a jamais été aussi large que ces dernières années !!! En fait, ce n’est pas totalement faux dès lors qu’on considère comme espace forestier tout espace « boisé ». Mais un géographe aussi soucieux du détail et de l’argument que Pelletier ne peut ignorer la grande différence entre les deux.
    – Aucune relation prouvée entre l’élevage intensif et industriel, la déforestation et les pandémies. Vraiment ?!! Le livre est sortie il y a à peine quelques semaines et l’auteur aborde donc la pandémie Covid 19 qui bloque le monde depuis plusieurs mois maintenant… Mais paradoxalement, la riche bibliographie ne compte aucune référence des recherches récentes et précisément publiées avant le mois d’août 2020, date à laquelle l’auteur aurait terminé son manuscrit.
    Alors, une conclusion ? En fait, j’en ai deux :
    1) N’hésitez pas à lire le livre (sans vouloir en faire la pub), vous ne serez pas déçu.e.s par sa richesse factuelle et, pour la grande partie, par la qualité de la démonstration… mais attention, N’oubliez jamais que le « diable est dans le détail » et, j’ajouterai, dans les tournures des phrases et l’art du déguisement intellectuel.
    2) Entre chaque deux lignes ou deux pages de ce livre, il y a un grand climatosceptique qui se cache assez bien derrière un discours sans concessions contre le système capitaliste dominant.
    C’est étonnant ? Non, pas vraiment. être de gauche protège pas contre certaines dérives intellectuelles... Est-ce qu’on peut être marxiste/marxien, libertaire, anticapitaliste… et climatosceptique ? Ce livre en donne la meilleure preuve…
    Encore un petit effort camarades…

    #climatoscepticisme #capitalisme_vert #écologie #effondrement #anarchisme

  • Georges Haddad sur Twitter : “I was walking around Gemayze, Mar Mikhael, and Martyrs’ Square and took some pictures of graffitis and a couple of other things that pretty much illustrate the situation in #Lebanon. Thread. https://t.co/SFHavMGeJg” / Twitter
    https://twitter.com/Georges__Haddad/status/1321012140715757568

    Superbe thread, photos et commentaires très utiles. J’en sélectionne ici qqsunes, les autres à voir sur le fil.
    https://threadreaderapp.com/thread/1321012140715757568.html


    #Liban #révolte #révolution #jeunesse #art

  • Une analyse critique des impasses de la révolution libanaise par Jamil Mouawad : « Au #Liban, le système s’impose en contrôlant l’imaginaire »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/10/23/jamil-mouawad-au-liban-le-systeme-s-impose-en-controlant-l-imaginaire_605711

    Le soulèvement a diminué en termes d’énergie et d’impact avant même l’épidémie de Covid-19, qui a entraîné un repli forcé. L’élan d’octobre 2019, quand les places publiques étaient occupées par des contestataires, de Tripoli [ville du nord du Liban] à Tyr [dans le sud], s’est essoufflé dès janvier. Le problème ne tient pas au manque de mobilisation, mais à l’absence d’une alternative politique sérieuse. Ce mouvement n’est pas parvenu à produire un programme, ni même un discours politique. Son principal slogan – « Tous, ça veut dire tous ! » – a d’abord permis de faire abstraction des communautés religieuses et des partis, mais son caractère trop général a mené vers une impasse. En outre, aucun leadership politique n’a été créé. Les manifestants voulaient des résultats tangibles. Après avoir perdu confiance dans la classe politique, ils ont perdu confiance dans la mobilisation de rue.
    [...]
    Parmi les changements notables, le soulèvement de 2019 a su recentrer le discours politique sur les problèmes du pays, à la différence des dirigeants qui posent toujours l’équation en termes régionaux. On a ainsi pu parler d’électricité, de corruption, d’espace public… Le mécontentement des citoyens envers la classe politique, jusqu’alors contenu dans l’espace privé, a déferlé sur la place publique. Pour autant, il n’y a pas eu de révolution, de rupture avec le passé.
    [...]
    Après le 17 octobre [2019], l’espace s’est organisé. A Beyrouth, chacun a planté sa tente, énoncé son discours. Cet espace a reflété la division, bien plus qu’une unité entre ces groupes. Beaucoup d’initiatives ont été menées, mais sans consensus sur les grandes questions.
    [...]
    Il faut discuter des sujets qui divisent : les armes du Hezbollah ; le laisser-faire économique libanais, etc. Sans ces débats, il ne peut pas y avoir de vision.
    Un autre écueil tient à la culture de « l’expertise » et des ONG, qui a dominé la société civile depuis l’après-guerre [à partir de 1990]. Prenons l’exemple des élections : s’arc-bouter sur la loi électorale est une erreur [le dernier scrutin législatif a eu lieu en 2018, avec une nouvelle loi électorale qui, comme les précédentes, a favorisé les grands partis communautaires]. Il ne s’agit pas seulement d’emporter des voix selon des conditions imposées par la loi, mais de savoir s’adresser aux électeurs. Les partis, eux, font appel aux appartenances communautaires, familiales… Une loi équitable ne peut pas, seule, changer le paysage politique. Il faut sortir des approches techniques et aller vers le contenu politique.
    [...]
    La période est très difficile, mais le Liban ne va pas disparaître. On a tout perdu matériellement, mais la structure sociétale libanaise existe toujours. Le risque est de voir la classe politique se présenter en sauveuse, en distribuant quelques aides – un peu de pain par-ci, un billet par là – qui entretiennent le système clientéliste. Il faut cesser de parler uniquement d’effondrement. Les Libanais doivent défendre l’idée de l’Etat et de la chose publique, et arrêter de dire que l’Etat n’existe pas. L’Etat existe, mais ses ressources ont été capturées par la classe politique. L’Etat n’est pas seulement une institution, c’est aussi un imaginaire.

    #révolution #thawra

  • Mona Harb décrypte les enjeux de la reconstruction de Beyrouth après l’explosion du 4 aout
    Beirut Reconstructions - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=wQEeV3lopx0


    Dans cette vidéo, un premier exposé de Elie Haddad est centré sur la présentation historique des zones touchées et celle des dégâts d’un point de vue architectural, patrimonial et urbanistique. Ensuite, l’intervention de Mona Harb, professeure à l’Université américaine de Beyrouth et directrice scientifique du Beirut Urban Lab vaut vraiment la peine d’être regardée (de la 38ème minute à 1h06 environ).
    J’en ai tiré un résumé, accompagné de quelques commentaires, sur mon blog : https://rumor.hypotheses.org/?p=5025.
    #beyrouth #reconstruction #explosion

  • Les mesures contre Khalil et Fenianos, des messages de haute tension - L’Orient-Le Jour
    https://www.lorientlejour.com/article/1232098/les-mesures-contre-khalil-et-fenianos-des-messages-de-haute-tension.h

    Scarlett Haddad explique que lorsque les médias disent « chiites » dans cette affaire, il faut comprendre Amal et non pas Hezbollah (en tout cas pas directement). Article pour « libanologues »...

    C’est dans ce sens que les sanctions annoncées hier ont constitué une véritable surprise. Les milieux proches d’Amal établissent justement un lien entre cette décision du Trésor américain et les négociations sur le tracé des frontières, dans le sens d’exercer des pressions sur le président de la Chambre, en charge de ce dossier, afin d’accélérer l’aboutissement d’un accord qui permettrait aux Israéliens d’exploiter les ressources pétrolières et gazières dans la zone conflictuelle en toute sérénité.

    D’autres milieux politiques estiment que la décision américaine est destinée à compliquer les négociations pour la formation du gouvernement et représente ainsi un coup porté à l’initiative française notamment au niveau du calendrier-programme annoncé par le président Macron. Mais, pour certains, au contraire, les sanctions seraient peut-être destinées à pousser les chiites à renoncer au portefeuille des Finances.

    Quelle que soit l’interprétation faite de la portée de la décision américaine, celle-ci a mélangé les cartes internes libanaises. À ce sujet, les condamnations hier sont restées plutôt timides, exception faite de celles du mouvement Amal et du mufti jaafarite..

    #liban

  • Beirut explosion: The missing Lebanese link | Middle East Eye
    Article by Mayssoun Sukarieh
    https://www.middleeasteye.net/opinion/beirut-explosion-how-much-responsibility-lies-world-global-shipping
    http://www.middleeasteye.net/sites/default/files/images-story/beirut+port%202020%20afp_0.jpg

    Is it certain that the ammonium nitrate arrived in Beirut purely accidentally and remained there purely through local incompetence and international shipping lawlessness? Or was political agency involved?

    Interesting discussion on Facebook between Reinoud Leenders and Laleh Khalili, among others.

    Before we let this getting buried by the ‘this is all to blame on global neoliberalism’ mantra. Besides, how many other cities in the world get blown up at 4.5 on the scale of Richter just because global shipping is so awfully capitalist and unruly?

    https://www.facebook.com/reinoud.leenders/posts/3272992076122766
    The first criticizes a neoliberal understanding of the blast that is used by Lebanese elites to divert responsability outside of Lebanon.

    Laleh Khalili answers that her argument, in the Guardian article (https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/aug/08/beirut-explosion-lawless-world-international-shipping-) linking the blast to the lawless world of international shipping has been edited by the Gardian in a way that almost absolves the local elites.

  • Un mois après l’explosion au port de Beyrouth, l’enquête pointe la négligence des autorités
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/09/04/un-mois-apres-l-explosion-au-port-de-beyrouth-l-enquete-pointe-la-negligence

    En l’absence de communication officielle, les Libanais en sont réduits à spéculer sur les origines du drame qui a causé la mort d’au moins 190 personnes le 4 août.

    Par Hélène Sallon Publié aujourd’hui à 06h46, mis à jour à 13h49
    Rumeurs, fuites et informations parcellaires scandent, depuis un mois, l’avancée de l’enquête sur la double explosion au port de Beyrouth, qui a fait au moins 190 morts, le 4 août. En l’absence de communication officielle, les Libanais en sont réduits à spéculer sur les pièces d’un puzzle, encore largement incomplet, avec le sentiment que ni la vérité ne sera faite ni la justice rendue. Une vingtaine de responsables liés à l’administration du port et à sa sécurité, ainsi que trois ouvriers, ont été arrêtés. Le premier ministre démissionnaire, Hassan Diab, a été entendu, jeudi 3 septembre, par le juge Fadi Sawan, en charge de l’instruction.

    La cargaison était-elle au cœur d’un trafic de contrebande ? L’explosion était-elle accidentelle ou d’origine criminelle ?

    La négligence des autorités du port, qui sont considérées comme l’une des institutions les plus corrompues du Liban, semble faire peu de doute pour expliquer comment 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium ont été entreposées durant six ans au cœur de Beyrouth. Les sources judiciaires et sécuritaires proches du dossier que Le Monde a interviewées, ainsi que les journalistes qui enquêtent sur l’affaire, pointent de nombreuses zones d’ombre et des questions encore en suspens. La cargaison était-elle au cœur d’un trafic de contrebande ? L’explosion était-elle accidentelle ou d’origine criminelle ? Les responsabilités s’étendent-elles au sommet de l’Etat ?

    Spéculations
    La première zone d’ombre concerne l’arrivée du Rhosus, avec à son bord le nitrate d’ammonium, dans le port de Beyrouth, en novembre 2013. Parti de Géorgie en septembre avec pour destination annoncée le Mozambique, le cargo sous pavillon moldave a fait escale en Turquie et en Grèce, avant de rejoindre le Liban. Il devait y charger une cargaison supplémentaire, selon son capitaine Boris Prokoshev. Il s’agissait de machines d’études sismiques que le ministère de l’énergie et de l’eau, alors dirigé par Gebran Bassil, le gendre du président Michel Aoun, devait renvoyer en Jordanie. M. Bassil a affirmé, par la voix de son avocat, n’être pas intervenu dans le choix du navire.

    Lire aussi Drame de Beyrouth : le nitrate d’ammonium, un engrais explosif
    La cargaison n’a pas pu être embarquée sur le vieux cargo surchargé. Constatant d’importants problèmes techniques, les autorités portuaires l’ont empêché de reprendre la mer. Il a été saisi, en décembre 2013, à la suite de plaintes déposées au Liban par deux sociétés réclamant au propriétaire du Rhosus le recouvrement de dettes. Ce dernier a été identifié comme étant le Russe Igor Grechushkin, résident à Chypre. Mais, le 21 août, un rapport publié par l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) a semé le doute. L’OCCRP a établi que le bateau appartenait au Chypriote Charalambos Manoli. Ce dernier a assuré à la presse l’avoir vendu en mai 2012.

    M. Manoli, poursuit l’OCCRP, aurait bénéficié, en 2011, d’un prêt de quatre millions de dollars de la banque libanaise Federal Bank of the Middle East (FBME). En juillet 2014, la FBME a été sanctionnée par le Trésor américain pour blanchiment d’argent. Elle est soupçonnée par Washington de financer le parti chiite libanais Hezbollah et de faciliter l’achat d’armes chimiques pour le gouvernement syrien. L’existence de ce prêt n’atteste aucunement de liens entre le Rhosus, le Hezbollah et le gouvernement syrien. Le rapport de l’OCCRP alimente toutefois les spéculations. Le Mozambique était-il un leurre ? Le nitrate d’ammonium était-il destiné à des parties libanaises, et au-delà à l’un des belligérants syriens ?

    Négligence
    La suite des événements démontre ne serait-ce que la négligence des autorités portuaires. Le bateau menaçant de couler, la justice libanaise a autorisé, en juin 2014, le ministère des transports à décharger la cargaison, jugée « dangereuse » et comportant un « risque environnemental », dans un « endroit sûr » et gardé, selon une source proche du dossier. Le nitrate d’ammonium a été entreposé dans le hangar n° 12, réservé aux matériaux dangereux, là où il a explosé le 4 août dernier. Pendant trois ans et demi, la direction des douanes a adressé au moins six requêtes pour obtenir l’autorisation de vendre la marchandise ou de la réexporter, pour lesquelles le juge des référés s’est déclaré incompétent.

    « Personne n’est jamais allé récupérer les décisions au tribunal. Ils n’ont pas non plus respecté la procédure de dépôt des requêtes, en les envoyant par simple courrier », s’étonne une source proche du dossier, qui s’interroge sur la bonne foi de la direction des douanes, qui a cessé toute procédure début 2018. Le journaliste d’investigation Riyad Al-Qobeissi, de la chaîne de télévision Al-Jadeed, est convaincu que les douanes « ont harcelé le juge pour qu’il les autorise à revendre la marchandise. (…) Il y avait une compétition entre le ministère des transports et les douanes pour mettre la main sur la cargaison. Ils ont juste vu le potentiel de se faire 1,5 million de dollars et n’ont même pas considéré la dangerosité du produit ».

    Article réservé à nos abonnés Lire aussi A Beyrouth, Macron obtient des partis libanais un calendrier de réformes
    Aucune des autorités présentes sur le port ne semble avoir réalisé la dangerosité de la marchandise. Sollicitée par les douanes pour récupérer le produit, l’armée s’est contentée de décliner. Ce n’est qu’en décembre 2019 que l’alerte a été donnée sur le risque que le nitrate d’ammonium, concentré à 35 % d’azote, soit utilisé pour fabriquer des explosifs. Dans un rapport que Le Monde a pu consulter, la direction générale de la sûreté de l’Etat a notifié avoir constaté que le hangar n’était pas gardé et qu’il y avait un trou dans la façade sud et une porte forcée. Des photos prises à travers de trou montrent des sacs ouverts et incomplets.

    « L’enquête avance »
    Ce constat suggère que des vols ont pu avoir lieu dans le hangar n° 12. Le résultat de l’enquête technique, menée avec l’aide d’experts internationaux, dont des Français, permettra peut-être de déterminer quelle quantité de nitrate d’ammonium a explosé et donc si une partie de la marchandise avait déjà quitté le hangar. Le 1er septembre, depuis le Liban, le président Emmanuel Macron s’est contenté de dire que « l’enquête avance » et que « les coopérations techniques se passent bien ».

    Le rapport de la sûreté de l’Etat a été transmis au procureur de la République, Ghassan Oweidat, en mai 2020, en pleine pandémie de Covid-19. Le juge Oweidat a ordonné de sécuriser les lieux. Aucune mesure n’avait été encore prise lorsque, en juin, le directeur de la sûreté de l’Etat a prévenu un conseiller du premier ministre Diab de l’affaire, selon une source au sein des renseignements. Le rapport a été transmis au président Aoun et à M. Diab le 20 juillet. Dix jours se sont encore écoulés avant que des ouvriers ne soient dépêchés pour effectuer les travaux requis. Ces travaux de soudure pourraient être à l’origine de l’incendie qui s’est déclaré dans le hangar, vers 17 h 50, le 4 août.

    Article réservé à nos abonnés Lire aussi Après la démission du gouvernement, le Liban plongé dans l’incertitude politique
    L’incendie pourrait avoir, à son tour, entraîné l’explosion de produits chimiques et de matériaux explosifs ayant causé la première déflagration, celle qui a précédé l’explosion du nitrate d’ammonium. Le juge Oweidat a confirmé au Washington Post que l’enquête avait déterminé la présence dans le hangar de « kérosène, de gasoil, de 25 tonnes de matériel pour feux d’artifice, de fusées détonantes utilisées dans les mines et les carrières et de solvant ».

    La piste accidentelle est privilégiée par les enquêteurs, sans qu’ils excluent à ce stade de l’enquête une possible piste criminelle. Dans une société habituée aux affres de la guerre et de plus en plus polarisée politiquement, la thèse d’une attaque a les faveurs de nombreux Libanais, qui veulent voir dans l’accident la responsabilité d’Israël et du Hezbollah, qui détient de nombreux dépôts d’armes illégales dans le pays. Beaucoup d’autres encore restent convaincus d’avoir entendu des avions dans le ciel juste avant l’explosion.

  • Une nouvelle grave : Salah Hamouri est menacé d’expulsion - Association France Palestine Solidarité
    https://www.france-palestine.org/Une-nouvelle-grave-Salah-Hamouri-est-menace-d-expulsion

    Ce jeudi 3 septembre 2020, Salah Hamouri a été convoqué au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh, à Jérusalem. Une lettre du ministre de l’intérieur israélien, Aryé Deri, membre du parti ultra-orthodoxe Shas, lui a été remis. Par cette missive, le ministre indique sa décision de retirer purement et simplement la carte de résidence permanente de Salah Hamouri, seul papier officiel lui permettant de vivre, chez lui, à Jérusalem. A cette fin, il invoque incroyablement une loi de 1952 sur « l’entrée en Israël » alors que Salah est né et vit à Jérusalem depuis 1985.

    Cette révocation aboutirait à une expulsion définitive de Salah. Elle est arguée pour des faits supposés, et jamais prouvés, pour lesquels néanmoins il a déjà effectué plus de 8 années de prison (5 incarcérations). Le ministre de l’intérieur israélien, par cette lettre supplante le système judiciaire, ainsi que le droit de chaque "accusé" à se défendre. Nul ne peut être puni deux fois et encore moins par simple décision d’un ministre !

    Il prend une décision politique et uniquement politique, une décision par ailleurs arbitraire, inhumaine et extrêmement rare : celle de déchirer, en quelque sorte, la carte de résident de Salah Hamouri afin de procéder à son expulsion de sa terre natale.

    @loutre

    • ElsaLefort
      @ElsaLefort
      ·3h
      https://twitter.com/ElsaLefort/status/1301753193714638849

      1- Bafouer le droit international, harceler les Palestiniens
      2- Chouiner à la moindre réaction de la communauté internationale

      La méthode ne prend plus, tout comme @francediplo
      , on vous voit

      Un ministre qui juge un individu ≠ indépendance de la justice ≠ démocratie
      https://pbs.twimg.com/media/EhDBoXuWoAAwvr2?.jpg

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      Ambassade d’Israël
      @IsraelenFrance
      https://twitter.com/IsraelenFrance/status/1301567102499852288
      Surpris que @francediplo
      apporte son appui sur twitter à LibertéPourSalah qui incrimine Israël des pires maux et remet en cause l’indépendance de la justice et l’Etat de droit israéliens. Le dialogue entre nos 2 démocraties suppose une confiance entre nos institutions mutuelles.
      7:05 PM · 3 sept. 2020·Twitter for iPhone
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      C’est : l’ @ambfranceisrael qui avait retwitté hier le message du Comité de soutien de Salah Hamouri, depuis la réprimande israélienne, il l’a effacé.
      #Salah_Hamouri

    • Israël entame des démarches pour expulser le franco-palestinien Salah Hamouri
      Par Le Figaro avec AFP
      Publié hier à 22:18
      https://www.lefigaro.fr/flash-actu/israel-entame-des-demarches-pour-expulser-le-franco-palestinien-salah-hamou

      Les autorités israéliennes ont entamé des démarches pour expulser l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri, au cœur d’un différend entre Israël et la France, a indiqué jeudi à l’AFP le ministère israélien de l’Intérieur. Salah Hamouri, un militant de la cause palestinienne accusé par Israël -malgré les dénégations de l’avocat- d’être un membre actif du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), un mouvement jugé terroriste par l’Etat hébreu, avait été arrêté le 30 juin à Jérusalem, puis libéré après une semaine de détention.

      D’après l’ambassade d’Israël en France, l’avocat, qui défend des prisonniers palestiniens, avait été arrêté « dans le cadre d’une opération policière antiterroriste ». Pour être libéré, Salah Hamouri a dû payer une caution, s’engager à ne pas parler pendant trois mois à certaines personnes et se tenir prêt à se rendre « disponible pour d’éventuelles convocations de la justice », avait indiqué en juillet le Quai d’Orsay qui avait suivi le dossier. Mais, jeudi, le ministre israélien de l’Intérieur Arié Dery, figure de proue du parti ultra-orthodoxe Shass, a informé Salah Hamouri de « son intention (...) de révoquer son statut permanent en Israël », selon les services du ministère.

      Né à Jérusalem de mère française et de père palestinien, Salah Hamouri avait été emprisonné entre 2005 et 2011, un tribunal israélien l’ayant reconnu coupable de projet d’assassinat d’Ovadia Yossef, ancien grand rabbin d’Israël et fondateur du parti Shass, décédé en 2013. Les Palestiniens nés à Jérusalem, ville dont la partie orientale a été annexée par l’Etat hébreu en 1967, n’ont pas la nationalité israélienne, à moins d’en faire la demande, mais un permis de résidence permanent les autorise à vivre et travailler sur le territoire israélien. Sans ce permis, Salah Hamouri ne pourrait donc plus rester à Jérusalem ou sur le territoire israélien, ce qui conduirait à son expulsion.

      « Israël n’ayant pas réussi à le contraindre (...) à quitter la Palestine, il entend maintenant l’expulser purement et simplement de sa terre natale », a réagi jeudi dans un communiqué l’ONG France-Palestine qui a demandé aux autorités françaises et européennes d’intervenir. Après l’arrestation de Salah Hamouri en juin, la France avait demandé des « éclaircissements » sur les raisons de son arrestation et déclaré tout mettre en oeuvre pour que sa situation soit « réglée au plus vite ».

  • Exclusive: French reform proposal for Lebanon delves into details | News | Al Jazeera
    https://www.aljazeera.com/news/2020/09/exclusive-french-reform-proposal-lebanon-delves-details-200902111359654.h

    La feuille de route pour le nouveau Protectorat français au Levant selon Al-Jazeera...

    Here are the main points:

    COVID-19 and the humanitarian situation

    The government will prepare and disseminate a coronavirus pandemic control plan “that includes support for the most vulnerable people”.
    It will strengthen social safety net programmes for the population.

    Aftermath of the Beirut explosion

    The government will facilitate the distribution of humanitarian aid - provided by the international community and coordinated by the United Nations - in an “expeditious, transparent and effective manner”.
    It will put in place governance mechanisms to allow the disbursal of aid in a “transparent and traceable manner”.
    It will begin reconstruction based on a needs assessment by the World Bank, EU and UN that estimated the value of damages caused by the explosion at up to $4.6bn.
    The government will rapidly launch tenders for the reconstruction of Beirut’s port according to “neutral” standards.
    It will conduct an “impartial and independent investigation” into the port explosion “that enables the full truth to be established regarding the causes of the explosion, with the support of Lebanon’s international partners ... within a reasonable timeframe”.

    Reforms
    The government will regularly exchange views with civil society regarding its programme and the reforms it entails.
    It will immediately resume stalled negotiations with the IMF and rapidly approve measures requested by the lender, including a capital controls law and a “full audit” of the Central Bank’s accounts.
    The French proposal also called for the approval of a timetable for working with the IMF within 15 days of the government gaining confidence.

    It goes on to propose time limits for sector-specific reforms.
    Electricity sector
    Within one month, the government will:
    Appoint officials to the National Electricity Regulatory Authority according to Law 462/2002 “without amendments”, and provide the Authority with the resources to carry out its work.
    Launch tenders for gas-fired power plants to plug Lebanon’s massive energy gap.
    “Abandon” the controversial Selaata power plant project in its current form. The project is one President Michel Aoun and his Free Patriotic Movement party have insisted on.
    Within three months, the government will:
    Announce a timetable for raising the price of electricity, “provided that this will first affect the most financially wealthy consumers”.

    Capital controls
    Within one month:
    Parliament should finalise and approve a draft law on capital control that should “immediately be implemented for a period of four years” after it is approved by the IMF.

    Governance, judicial and financial regulations
    Within one month, the government will:
    Hold a meeting to follow up on the 2018 donor conference in which the international community pledged $11bn in soft loans, and launch a website dedicated to following up on projects, financing and related reforms.
    Complete judicial, financial and administrative appointments, including members of the Supreme Judicial Council, the Capital Markets Authority and regulatory bodies in the electricity, telecommunications and civil aviation sectors, “in accordance with transparency and competency-based standards”.
    Approve in Parliament a law on the independence of the judiciary.
    Launch a study on Lebanon’s public administration by an “independent international institution” such as the World Bank or the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD) “with a specialised office”.

    Fighting corruption and smuggling
    Within one month, the government will:
    Appoint members of the National Anti-Corruption Commission and grant it the resources to launch its work.
    Launch the track to accede to a 1997 OECD treaty on combating corruption.
    Implement customs reforms with immediate effect.
    Within three months, the government will:
    Establish “control gates” and strengthen oversight at the Beirut and Tripoli ports and at the Beirut airport, as well as at other border crossings.

    Public procurement reform
    Within one month:
    Parliament will prepare, adopt and implement a bill on public procurement reform.
    The government will grant the Higher Council for Privatization the human and financial capabilities necessary to carry out its tasks.

    Public finances
    Within one month:
    Prepare and vote on a “corrective finance bill that explicitly clarifies the status of accounts for the year 2020”.
    By the end of the year:
    Prepare and approve a “harmonised” budget for the year 2021.

    Elections
    “The government will ensure that new legislative elections are organised within a maximum period of one year.”
    "The electoral law will be reformed with the full inclusion of civil society, allowing Parliament to be more representative of the aspirations of civil society."

    Dans sa généralité, le dernier point résume la modestie des réformes fondamentales : "The electoral law will be reformed with the full inclusion of civil society, allowing Parliament to be more representative of the aspirations of civil society."

    #liban

  • Au Liban, l’#électricité, un calvaire continu depuis trente ans - Libération
    https://www.liberation.fr/planete/2020/08/31/l-electricite-un-calvaire-continu-depuis-trente-ans_1798242

    Zeina n’en revient pas : « Dix heures d’électricité de suite sans coupure ! » s’exclame cette mère de trois enfants en ce début de soirée, trois jours après l’explosion dans le port de Beyrouth. « J’aurais eu largement le temps de faire tourner une deuxième machine de draps et de serviettes, après les vêtements des enfants », regrette cette habitante d’Achrafieh, un des quartiers très abîmés par l’explosion. Hasard ou calcul politique pour désamorcer la colère des habitants de la capitale après le drame du port ? Alors qu’il n’y avait pas de courant plus de trois ou quatre heures par jour au cours des semaines précédentes, voilà qu’il était disponible jusqu’à douze heures sur vingt-quatre dans les jours qui ont suivi la déflagration du 4 août. « Le gars chargé d’actionner l’interrupteur compterait-il parmi les victimes de l’explosion ? » se demandaient des Libanais à l’humour noir.

  • Dans le bourbier libanais, faute d’un gouvernement fonctionnel, la société civile prend le relais
    https://www.lefigaro.fr/international/dans-le-bourbier-libanais-faute-d-un-gouvernement-fonctionnel-la-societe-ci

    Bienvenue dans la « Zone à défendre » (ZAD) de Beyrouth, cet immense espace dévasté par la double explosion du port survenue le 4 août. Bien sûr, la Quarantaine, Gemmayzé ou Mar Mikhael, tous ces quartiers en ruine ne se sont pas constitués en une république autonome. Mais l’esprit communard est là tant la colère des habitants gronde. « Quelles que soient les causes des explosions, la responsabilité de la classe politique libanaise est engagée. Leur âpreté au gain, leur incompétence et finalement leurs indescriptibles magouilles ont abouti à cela : près de 200 tués et 6500 blessés », lance Joumana Asseilly, dont la galerie d’art Marfa, installée à l’entrée du port, a été soufflée.

    #ZAD
    c’est la seule source que j’ai lue qui évoque une ZAD. Est-ce une facilité journalistique ou une dénomination vraiment pratiquée par des membres de la société civile beyrouthine ?

  • Sortir le Liban de l’ornière
    https://orientxxi.info/magazine/sortir-le-liban-de-l-orniere,4106
    Charbel Nahas interrogé par Dominique Eddé pour @OrientXXI

    La transition n’est pas une position politique volontaire ou arbitraire de l’ordre du « je veux mettre en œuvre un changement ». Quand toute l’institution, réelle et imaginaire, de la société tombe, ce n’est pas parce que les gens se sont rebellés contre elle. Elle tombe parce que les conditions assurant sa survie se sont effondrées, indépendamment des prouesses et des artifices des opérateurs. Ces conditions sont au nombre de deux : un afflux persistant de capitaux et une bienveillance régionale pour encadrer les tensions internes consubstantielles au modèle communautaire. L’équilibre est définitivement rompu.
    [...]
    Le principe de base est que personne n’appartient à aucune communauté. Dans un deuxième temps, chacun a la latitude de proclamer, par un acte positif, son désir de ne pas avoir de relation directe avec l’État, mais à travers sa communauté. En résumé, la validité d’un acte communautaire sera reconnue comme telle par l’État à deux conditions. La première est que cet acte procède du choix explicite des personnes. La seconde est que l’ordre communautaire ne contrevienne pas aux principes d’ordre public.
    [...]
    D. E. — Quelles missions en ce sens assignez-vous au gouvernement de transition pendant les 18 mois qui lui seront impartis ?

    C.N. — Il devra entreprendre trois actions immédiates :

    ➞ le recensement de la population existante complété par le recensement des émigrés. Ce recensement de la population, le premier depuis 1932, assignera à chaque habitant un lieu de résidence, mais aucune appartenance communautaire. Au-delà de ce qu’il signifie pour la gestion des politiques publiques, en matière de chômage, de fiscalité, de santé, etc., cette action a une portée fondatrice, parce qu’elle démantèle les relations de parentèles qui sont le socle sur lequel l’édifice communautaire politique est assis ;

    ➞ la mise en place d’un régime de droit personnel qui instaure dès le départ :

    les principes généraux du statut personnel qui s’appliquent à tout le monde ;
    le fait que chaque adulte aura le choix de rester par défaut citoyen en relation directe avec l’État, ou bénéficier de la tolérance dérogatoire qui lui est reconnue de s’affilier à un statut personnel communautaire ;
    les règles du statut personnel s’appliquant à ceux qui n’auront pas choisi, par un acte volontaire, de passer par l’intermédiation des communautés.
    ➞ La promulgation d’une loi électorale fondée sur le principe que les candidats quand ils se présentent et les électeurs au moment où ils votent auront le choix entre une représentation directe non communautaire, avec tous les effets que cela entraîne, et une représentation communautaire qui sera régie par des règles strictes empêchant que les communautés n’entrent en conflit les unes avec les autres.

    [c’est quand on passe aux modalités concrètes que les choses sont floues]

    D.E. — Comment constituer un front politique suffisamment fort et fédérateur pour avoir les moyens d’une telle négociation ? Les Libanais sont très impatients de voir les différents partis, tel que le vôtre, le Bloc national et bien d’autres, se fédérer.

    C.N. - La négociation, ça veut dire arriver avec des partenaires à un accord fondé sur des attentes différentes. Dans une transaction commerciale, l’acheteur et le vendeur veulent tous deux faire une bonne affaire. En politique, c’est la même chose. Une grande partie de la population continue d’être attachée aux chefs communautaires, mais ceux-ci, en particulier les plus forts d’entre eux, sont exposés à des risques énormes, et aujourd’hui incapables de faire face à cette situation pour des raisons fonctionnelles. Il ne s’agit pas d’aliéner les communautés confessionnelles, mais de les mettre face à la situation. La transaction consisterait donc à gérer la faillite générée par l’incompétence, et à provoquer une transition en rupture avec le mode actuel de légitimité sociopolitique. Les chefs communautaires pourront penser : « Ce sont des fous, nous les utiliserons comme des fusibles et nous reviendrons dans 18 mois ; s’ils réussissent, nous n’aurons que des pertes relatives ». C’est un double pari politique essentiel, et l’une des raisons pour lesquelles nous réclamons un gouvernement provisoire de 18 mois. Il s’agit de bâtir le premier État laïque de cette région du monde.

  • Explosion au Liban : les pertes pourraient s’élever à plus de 8 milliards de dollars

    https://www.lefigaro.fr/conjoncture/explosion-au-liban-les-pertes-pourraient-s-elever-a-plus-de-8-milliards-de-

    Le pays a besoin dans l’immédiat de 605 à 760 millions de dollars pour se relever, selon une estimation publiée ce lundi par la Banque mondiale.

    L’explosion au port de Beyrouth a causé entre 6,7 et 8,1 milliards d’euros de dégâts et pertes économiques, et le Liban a besoin urgemment de 605 à 760 millions de dollars pour se relever, selon une estimation publiée lundi par la Banque mondiale.

    L’explosion du 4 août, qui a dévasté une grande partie du port et au-delà, a causé des dommages matériels de l’ordre de 3,8 à 4,6 milliards de dollars, tandis que les pertes économiques, résultant de la baisse de la production des différents secteurs de l’économie, représentent entre 2,9 et 3,5 milliards de dollars, selon les résultats de cette « évaluation rapide des dommages et des besoins » (« Rapide damage and needs assessment ») menée conjointement avec l’Onu et l’Union européenne entre le 5 et le 31 août.

    Les secteurs les plus gravement touchés sont le logement, les transports et le patrimoine culturel (dont les sites religieux et archéologiques, les monuments nationaux, les théâtres, les archives, les bibliothèques et autres monuments), précise la Banque mondiale dans un communiqué accompagnant son rapport, publié à la veille de la seconde visite du président français Emmanuel Macron au Liban.

    L’institution de Washington a chiffré les besoins de reconstruction immédiats (d’ici la fin de l’année) de 605 à 760 millions de dollars, et de 1,18 à 1,46 milliard de dollars pour l’année 2021. C’est le secteur des transports qui a le plus besoin d’aide, suivi par la culture et le logement.

    Sur un plan macroéconomique, la Banque mondiale note que « l’explosion a entraîné trois effets économiques majeurs : les pertes d’activité économique causées par la destruction du capital physique, les perturbations des échanges commerciaux et la perte de recettes budgétaires ». Dès lors, le produit intérieur brut du Liban devrait s’enfoncer de 0,4 point supplémentaire en 2020 et de 0,6 point l’an prochain, selon ses prévisions.

    Avant même l’explosion, qui a détruit ou endommagé les domiciles de quelque 300.000 personnes, le Liban était confronté à une crise multiforme (économique, financière et monétaire) qui, aggravée par les effets de la pandémie de Covid-19, avait déjà conduit la Banque mondiale à anticiper un recul du PIB de 10,9% en 2020. Or « non seulement la catastrophe va exacerber la contraction de l’activité économique, mais elle va également aggraver la pauvreté, qui touchait déjà 45% de la population juste avant l’explosion ».

    Si le pays, compte tenu de son « insolvabilité » et de son « manque de réserves de change », ne pourra compter que sur « l’aide internationale et l’investissement privé », il « devra impérativement mettre en œuvre un programme de réformes crédible » afin de « prévenir la corruption et briser l’emprise de l’élite », juge l’organisation économique.

    #reconstruction #Liban #Beyrouth

  • Macron revient au Liban, face aux chefs de clan

    Pour la deuxième fois en un mois, le président se rend à Beyrouth, où il espère arracher « un gouverne ment de mission » pour sauver le pays.

    Malbrunot, Georges
    https://www.lefigaro.fr/international/macron-revient-au-liban-face-aux-chefs-de-clan-20200830

    Pression multiforme

    Les chefs de parti ont compris que le serment de fidélité d’Emmanuel Macron était à double tranchant : amical certes, mais intimidant aussi. « Oui, on pense aux sanctions, mais il faut le faire avec les Américains pour que ce soit efficace » , nous confiait le chef de l’État, le soir de sa première visite à Beyrouth. « Brandir l’arme des sanctions a fait frémir beaucoup de gens , constate Alain Bifani. Il y a eu comme une onde de choc chez les politiques. » « Est-ce vrai qu’il vous a dit envisager de sanctionner des responsables, s’ils ne coopéraient pas ? » , téléphonait, inquiet, Simon Abiramia, un député proche du président de la République, Michel Aoun, peu après la mise en garde du chef de l’État français. De fait, « Macron a commencé de travailler avec Donald Trump sur un régime de sanctions avec déjà des noms » , confirme une source informée.

    Quelques jours après l’appel téléphonique du président de la République à Donald Trump, dans la foulée de son premier déplacement au Liban, la visite à Beyrouth le 13 août du secrétaire d’État adjoint pour le Proche-Orient, David Hale, s’inscrivait dans cette épure de sanctions à mettre en place. Oui mais lesquelles ? « Il faut que sur la première liste figurent des noms de toutes confessions et de toutes les mouvances, sinon elle ne sera pas crédible » , recommande un connaisseur du dossier.

    « La liste est facile à faire , confie un expert économique. Si vous dites à Gebran Bassil , (ex-ministre chrétien des Affaires étrangères et gendre de Michel Aoun), Nabih Berri (président chiite du Parlement) et à Saad Hariri (ex-premier ministre sunnite) que s’ils persistent à ne rien faire, ils ne pourront plus se déplacer dans aucun pays de l’OCDE et que leurs avoirs à l’étranger, financiers et immobiliers, seront gelés, ça devrait porter, car il n’y a qu’en tapant au portefeuille qu’ils comprendront » , ajoute cet expert, familier du Liban.

    Le message commence à être reçu par certains. « J’irai jusqu’au bout dans la lutte contre la corruption. Tous les responsables devront répondre de leurs agissements. La justice tranchera. Il n’y aura ni concession ni exception » , déclare le président libanais au Figaro. « Ce n’est pas Michel Aoun qu’il faut sanctionner c’est le clan, avertit l’expert économique : Gebran Bassil, Mireille et Claudine (deux filles du président, NDLR), Sélim Jreissati (ex-ministre des Affaires présidentielles) et surtout Cedrus Bank, la banque de leur parti, le Courant patriotique libre (CPL), c’est là que sont tous les comptes de la famille Aoun » .

    La pression multiforme porte ses fruits. Vendredi, après plus de deux semaines de tergiversations, la présidence libanaise s’est finalement décidée à fixer à lundi - soit quelques heures avant l’arrivée de Macron - la date des consultations parlementaires à l’issue desquelles devrait être désigné un nouveau premier ministre. C’est la première étape du processus de désignation du chef de gouvernement. Elle pourrait durer 48 heures, c’est-à-dire jusqu’au départ d’Emmanuel Macron. Arracher aux partis le nom d’un chef de gouvernement (sunnite) au cours de sa visite serait un premier succès. Le plus dur - composer un gouvernement - restera à faire.

    La fin des chèques en blanc

    L’ex-ministre de l’Intérieur, Mme Raya al-Hassan, est sur la liste, Tammam Salam et Najib Mikati, eux, ont décliné le poste, tandis que le Hezbollah s’oppose à Nawwaf Salam... mais verrait d’un bon oeil le retour aux affaires de Saad Hariri, ex-chef de gouvernement faible que le parti chiite pro-iranien contrôle ? L’intéressé a, lui, décliné un poste qu’il a déjà occupé à trois reprises, sans grand succès. Dimanche soir, les anciens Premiers ministres, dont Saad Hariri, ont annoncé à l’issue d’une réunion être parvenus à s’entendre sur le nom de Moustapha Adib, ambassadeur du Liban en Allemagne.

    « Saad Hariri a été chassé par le peuple avec la révolte d’octobre 2019 , rappelle un diplomate français, si Paris, qui assure écouter le peuple, le soutenait, ce serait à n’y rien comprendre » . Le fils de Rafic Hariri, l’ancien premier ministre assassiné en 2005, n’est plus en odeur de sainteté à l’Élysée, depuis le 20 septembre 2019, date de son dernier entretien en tête-à-tête avec Emmanuel Macron. Le chef de l’État venait de le sauver des griffes du prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman qui l’avait détenu deux ans plus tôt à Riyad, et tança alors le premier ministre de n’avoir rien fait, depuis que la communauté internationale s’était engagée, seize mois plus tôt, à offrir 11 milliards de dollars à son pays, en échange de réformes. « Ils n’ont même pas été fichus d’établir un site internet » , fustige un autre diplomate, au coeur du dossier de financement de 280 projets au profit du Liban.

    Écoeuré par la prédation à laquelle les parrains du système ont à l’époque voulu se livrer, un autre expert témoigne, anonymement : « Ces 11 milliards promis au Liban ont fait l’objet d’un partage entre les partis politiques et les structures qui devaient en bénéficier. Des projets devaient aller à Amal, le parti chiite de Nabih Berri, d’autres au Courant du futur de Saad Hariri et d’autres enfin au CPL de Gebran Bassil. Ils se disaient : il y a onze milliards à la clé, on peut espérer en récupérer 20 % en surfacturant d’autant, et ces 20 % iront dans notre poche. Deux milliards que les trois grands partis devaient récupérer, donc 700 millions chacun . » Et dans les négociations face aux Français, l’homme de Saad Hariri ne se gênait absolument pas pour réclamer cette commission de 20 %. « Heureusement , se réjouit le témoin de ces manigances, la communauté internationale n’a pas marché dans la combine. » Emmanuel Macron n’ignore rien de ces turpitudes. Fini l’ère des chèques en blanc, initiée du temps de Jacques Chirac, grand ami du Liban et de Rafic Hariri. Mais le chef de l’État parviendra-t-il à imposer ses vues aux dinosaures libanais ? « Les partis ont toujours bloqué. Mais avec la menace de leur taper sur les doigts, ça pourrait marcher cette fois » , veut croire Alain Bifani.

    « Ils rêvent tous que Zorro va une nouvelle fois arriver pour les sauver , tempère un diplomate français qui les connaît très bien. Comme dans le passé avec Jacques Chirac ou les pays du Golfe, ils pensent qu’un généreux bienfaiteur va débarquer. Maintenant ils misent sur le gaz découvert au large du Liban ou sur la géopolitique, en nous répétant que le Liban est central au Moyen-Orient et que sinon, tout va s’écrouler. Mais tout s’est déjà écroulé ! » , constate ce diplomate.

    #sanctions

    • asad abukhalil أسعد أبو خليل sur Twitter : “تعليقاً على مقالة مالبرونو: الذي يظنّ ان دول الغرب, باسم مكافحة الفساد, ستفرض عقوبات على أمثال جنبلاط وجعجع وميقاتي والحريري وبري والسنيورة والمرّ لا يفهم مقاصد ودوافع دول الغرب. اقصى ما يمكن ان يصدر عنهم باسم مكافحة الفساد عقوبات ضد محمد رعد وجبران باسيل.” / Twitter
      https://twitter.com/asadabukhalil/status/1300490400910647296

      Commentaire sur l’article de Malbrunot : quiconque pense que les pays occidentaux, au nom de la lutte contre la corruption, imposeront des sanctions à des gens comme Joumblatt, Geagea, Miqati, Hariri, Berri, Siniora et Murr, ne comprend pas les intentions et les motivations des pays occidentaux. Le maximum qu’ils peuvent faire au nom de la lutte contre la corruption : des sanctions contre Muhammad Raad [membre du hezbollah] et Gebran Bassil [du parti chrétien allié au Hezbollah].

    • https://middleeasttransparent.com/fr/macron-revient-au-liban-face-aux-chefs-de-clan

      (...) Dans une indiscrétion au Figaro à la fin de sa visite éclair, le 6 août dernier, le président français a brandi la menace d’imposer des sanctions aux leaders politiques, réfractaires aux réformes et au « nouveau contrat » qu’il appelle de ses vœux au Liban. Cette épée de Damoclès incitera-t-elle les parrains d’un système épuisé et miné par la corruption à enfin bouger ? Le déplacement du chef de l’État, qui commence ce lundi soir par une rencontre chez une icône, la chanteuse Fayrouz, s’annonce ardu.
      Capacité d’entraver les réformes

      La France veut « un gouvernement de mission », « un gouvernement propre, efficace, capable de mettre en œuvre les réformes souhaitées par les Libanais », dit-on à l’Élysée. Réforme des secteurs de l’électricité et des télécommunications (pompes à finances de certains partis), audit de la Banque centrale (boîte noire de la corruption), ouverture des négociations avec le FMI… La liste est longue au-delà même de la lutte anticorruption – création d’un Sénat, autorisation du mariage civil – dans un pays où la moitié de la population vit désormais sous le seuil de la pauvreté. Grâce à la majorité dont ils disposent au Parlement, les principaux chefs de parti ont encore la capacité d’entraver le chemin des réformes.

      Pour contourner cet obstacle – sans vouloir revenir sur le pacte national de 1943 qui partage le pouvoir entre confessions – l’idée d’Emmanuel Macron est de « geler le temps politique jusqu’au rendez-vous des prochaines élections législatives, que les partis traditionnels fassent un pas de côté pendant un temps nécessaire », selon l’entourage du chef de l’État. Il s’agit d’obtenir « un gouvernement de mission fort, d’une douzaine de techniciens avec des pouvoirs exceptionnels octroyés par le Parlement, afin de lui donner le temps de réaliser des réformes et d’engranger ensuite une victoire électorale », décrypte Alain Bifani, directeur général du ministère libanais des Finances, jusqu’à sa démission en juin.

      Ce sera l’objectif de la rencontre mardi soir à la résidence des Pins avec les chefs de ces principaux partis, qu’Emmanuel Macron a déjà houspillés, le 6 août. « Obtenir, à défaut de majorité au Parlement, une couverture politique pour avancer », ajoute une source libanaise à Beyrouth. « Macron n’est pas sorti de l’auberge, prévient-elle. Il va demander aux partis de se saborder alors qu’ils vont se faire cracher dessus au cours des prochains mois, car on est au fond de l’abîme. Son voyage est risqué. » « C’est vrai, répond un proche du chef de l’État, mais les leaders libanais n’ont plus le choix, ils couleront avec le Titanic, s’ils n’acceptent pas de mettre de l’huile dans les rouages. »

      Pression multiforme (...)

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      "Ce que vous avez fait est grave" : quand Macron s’emporte contre un journaliste français à Beyrouth
      OLJ / le 02 septembre 2020 à 17h51
      https://www.lorientlejour.com/article/1231244/ce-que-vous-avez-fait-est-grave-quand-macron-semporte-contre-un-journ

      L’Orient-Le Jour a pu obtenir confirmation que la colère du président français a été provoquée par un article de Georges Malbrunot daté du 30 août et dans lequel il évoque des sanctions françaises contre la classe politique libanaise.
      (...)
      « Surpris »
      L’Orient-Le Jour a pu obtenir confirmation que l’article qui a suscité la colère du président Macron est daté du 30 août et intitulé : Macron revient au Liban, face aux chefs de clans. Dans cet article, Georges Malbrunot, spécialiste du Moyen Orient et ancien otage de l’Armée islamique en Irak, affirme que « dans une indiscrétion au Figaro à la fin de sa visite éclair, le 6 août dernier, le président français a brandi la menace d’imposer des sanctions aux leaders politiques, réfractaires aux réformes (...) ».

      « Je suis très surpris de la virulence de cette attaque, qui est inacceptable et à laquelle j’ai répondu. Je me suis expliqué avec l’Élysée, pour moi l’incident est clos », a commenté Georges Malbrunot interrogé l’AFP. « Ce que le président lui a reproché, c’est de ne pas avoir donné à l’Elysée la possibilité de réagir à des informations qui le mettaient en cause », a de son côté réagi l’Elysée. « Nous avons échangé avec Georges Malbrunot et le Figaro. L’incident est clos ».

      Pendant la conférence de presse de mardi soir, Emmanuel Macron avait déjà épinglé l’article, sans le nommer, en critiquant ceux qui « écrivent les pires bêtises sur le sujet sans vérification aucune » et en les invitant à « lui poser directement la question ». Interrogé sur l’hypothèse de sanctions individuelles contre les leaders libanais, il a ensuite démenti cette hypothèse, sans écarter complètement, à plus long terme, « un mécanisme de sanctions plus large ».

      C’est la première fois que le président français s’emporte publiquement contre un journaliste. Emmanuel Macron s’est efforcé depuis des mois d’apaiser ses relations avec les journalistes, très tendues au début du quinquennat. A Beyrouth, interrogé sur le procès de l’attentat contre Charlie Hebdo, il a d’ailleurs répété mardi son respect pour la liberté de la presse.

      https://seenthis.net/messages/874008#message874248

  • Ce que l’épidémie de Covid-19 révèle de l’orientalisme de nos catégories d’analyse du politique - #démocratie #dictature #Chine #occident #Asie_orientale
    Eugénie Mérieau
    http://sciencespo.fr/ceri/fr/content/quel-meilleur-regime-politique-face-au-covid-ce-que-l-epidemie-revele-de-

    La dichotomie à l’épreuve des faits : contrat social autoritaire et processus de légitimation

    Les régimes autoritaires ont longtemps été étudiés sous l’angle uniquement répressif et souvent de façon caricaturale. Depuis une vingtaine d’années, les chercheurs en sciences sociales s’attachent à rattraper le temps perdu en s’intéressant aux modes de légitimation, notamment en analysant les modes de négociation du contrat social autoritaire, producteur de consentement29. Ce dernier repose souvent sur les résultats plus que sur les processus, et notamment sur le développement économique. Cette observation fait écho au large soutien de la population chinoise à son président Xi Jinping (ou de la population singapourienne à l’égard du Premier ministre Lee Hsien Loong), taux de soutien parmi les plus élevés au monde30. 

    Il en découle que les régimes autoritaires, dont la légitimité, fondée sur le principe méritocratique, repose sur les résultats (output legitimacy), peuvent plus difficilement se permettre de faire preuve d’incompétence face à une gestion de crise que les démocraties dont la légitimité, issue du principe représentatif, repose sur le processus de l’élection (input legitimacy)31. En ce qui concerne le volet répressif, il faut noter que les régimes autoritaires ont moins eu recours à l’état d’urgence face au coronavirus que les démocraties, qui se sont massivement engagées dans cette voie32 – or l’état d’urgence, qui vise précisément à déroger à l’état de droit, considéré comme l’un des marqueurs ultimes de la dichotomie démocratie-dictature33. 

    Ainsi, l’idée longtemps admise qu’il était impossible qu’un scénario apocalyptique de lockdown massif à la chinoise puisse être déclaré en démocratie, où la « transparence » et les flux d’information, combinés à l’existence d’une société civile organisée et mobilisée, seraient autant de leviers pour déclencher l’action d’un gouvernement qui, anticipant qu’il devra « rendre des comptes », ne pourrait être, par nature, que respectueuse des libertés, s’est heurtée à la réalité, révélant l’aveuglement idéologique né du narcissisme de nos catégories politiques. 

    La dichotomie comme obstacle épistémologique à l’analyse comparée des politiques publiques

    Pourquoi les informations sur ce « virus chinois » n’ont-elles pas alerté à temps les autorités du monde occidental ? A côté des biais cognitifs habituels, les démocraties occidentales n’ont pas pris la mesure du danger du fait de leur représentation d’elles-mêmes comme fondamentalement distinctes de la Chine, appréhendée uniquement au prisme de son régime politique considéré comme totalitaire, dès lors ontologiquement incomparable à la France. L’association de la démocratie à l’Occident et de la dictature à l’Orient dans le cadre de la construction sociale de leur irréductible altérité est un obstacle épistémologique majeur à l’exercice nécessaire de la comparaison internationale. Cette association a eu pour effet de jeter une suspicion d’autoritarisme sur toute « bonne pratique » en provenance d’Orient et de provoquer son rejet, comme l’ont montré l’affirmation initiale de l’inutilité du port du masque et de la dangerosité du contact tracing alors que ces solutions étaient mises en œuvre avec succès dans toute l’Asie, démocratique comme non-démocratique34. 

    Le 24 janvier 2020, lors de son retour d’Israël, le président Emmanuel Macron déclarait : « La dictature est un régime où une personne ou un clan décide des lois. Une dictature est un régime où l’on ne change pas les dirigeants, jamais ». Une telle méconnaissance du monde au plus haut niveau de l’Etat révèle une faillite, en amont, des catégories construites et analysées par les sciences sociales, enseignées dans les universités et reprises par les médias. Mais les crises sont des moments de fluidité extrême, propices à l’anomie35. C’est ainsi qu’à la faveur de l’épidémie de Covid-19, l’ensemble du dispositif identitaire-idéologique démocratie-autoritarisme/Orient-Occident connaît un ébranlement profond. Si cette crise vient rappeler aux démocraties occidentales que leurs populations ne sont pas moins mortelles que celles des régimes autoritaires non-occidentaux, elle devrait également leur rappeler que la démocratie non plus n’est pas immortelle. Les illusions des régimes démocratiques quant à leur propre invulnérabilité sont en train d’accélérer leur déclin – quitte à emporter dans leur chute l’ensemble du modèle libéral occidental36.