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Le désordre des êtres est dans l’ordre des choses

  • Venus du Mexique, des responsables autochtones dénoncent les « méga-projets destructeurs »
    "Trois membres du Congrès National Indigène du Mexique étaient de passage à Paris, mardi 19 octobre, dans le cadre de la tournée européenne d’une délégation zapatiste. Ces représentants de peuples autochtones ont alerté sur les dommages causés par des méga-projets industriels, portés pour certains par des multinationales françaises. Face aux dégâts environnementaux à venir, la résistance de ces populations affectées s’organise. "
    https://rapportsdeforce.fr/classes-en-lutte/venus-du-mexique-des-responsables-autochtones-denoncent-les-mega-pro
    #ezln #voyagepourlavie

  • Décomposition idéologique de la gauche française : un article de Philippe Marlière qui vient éclairer l’ouvrage de Philippe Corcuff sur le #confusionnisme politique

    Prendre au sérieux le « confusionnisme politique » - AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/opinion/2021/10/06/prendre-au-serieux-le-confusionnisme-politique

    jeudi 7 octobre 2021
    Politique
    Prendre au sérieux le « confusionnisme politique »
    Par Philippe Marlière
    Politiste
    À la suite de Philippe Corcuff, on peut définir le confusionnisme comme le développement d’interférences rhétoriques et idéologiques entre des postures et des thèmes d’extrême droite, de droite, de gauche modérée et de gauche radicale, le plus souvent au profit des thèmes que l’extrême-droite cherche à imposer dans le débat public. Mais il ne s’agit pas seulement d’objectiver ce phénomène : il faut le comprendre dans toutes ses conséquences, élucider la manière dont la trame confusionniste se construit et chercher à s’en prémunir, sous peine de voir la gauche abandonner ses valeurs fondamentales.
    Notre socialisation politique tient pour acquis que les débats d’idées s’organisent selon des clivages idéologiques clairement identifiables : le socialisme, le conservatisme, le libéralisme, le fascisme, l’écologisme, le féminisme, etc. En réalité, le contenu de ces catégories s’est non seulement affadi, mais les repères et valeurs propres à chacune d’entre elles sont aujourd’hui indistincts. 
    Avec le politiste Philippe Corcuff, qui vient de consacrer une étude stimulante au phénomène du « confusionnisme » politique, on peut essayer de comprendre les raisons et les conséquences de cet affadissement. L’exercice est utile à l’heure des réseaux sociaux et de la déconfiture des partis politiques. 
    Corcuff estime que nous sommes entrés dans l’ère des « bricolages idéologiques confusionnistes » qui comprend des « intersections et des interactions avec la trame idéologique ultraconservatrice » (p. 14). L’ultra-droite serait parvenue à rendre hégémonique son interprétation de questions identitaires (la nation, la laïcité, la république) ou à saturer le champ des débats de guerres culturelles incessantes (sur les migrants, l’islam, l’homophobie, l’antisémitisme, le climatoscepticisme, l’opposition au vaccin contre le Covid-19 ou au pass sanitaire).
    Une dynamique politique
    Le confusionnisme n’est pas un état confus ou chaotique du débat public (même si nombre de débats politiques sont, de fait, cacophoniques). Contrairement à ce qu’affirment ses détracteurs, les études sur le confusionnisme ne mettent pas au pilori des acteurs politiques ou des chercheurs qui s’écarteraient d’un récit idéologique « politiquement correct ». La notion sert à décrire, non un état, mais un processus ou une dynamique de recoupements de récits issus de traditions politiques différentes, souvent antagoniques. Et c’est dans ce clair-obscur discursif que surgissent des monstres idéologiques.
    Corcuff analyse ce processus de la manière suivante : « Le confusionnisme est le nom actuel d’une désagrégation relative des repères politiques antérieurement stabilisés autour du clivage gauche/droite et du développement de passerelles discursives entre extrême droite, droite, gauche modérée et gauche radicale. Confusionnisme, au sens retenu ici, n’est donc pas synonyme de “confusion”, mais revêt un sens politico-idéologique précis. La trame confusionniste a pour principal effet, dans le contexte politico-idéologique actuel, de faciliter l’extension de postures et de thèmes venant de l’extrême droite » (p. 31).
    On le voit, le confusionnisme n’est pas synonyme d’égarement étourdi de la part des acteurs concernés, mais de dynamique politique[1]. Cette dernière tend à revêtir la forme d’une critique sociale (qui se veut, notamment, anticapitaliste) et se niche, dans une large mesure, dans l’espace nébuleux des réseaux sociaux. Il comporte des relais éditoriaux avec la publication de livres ou d’articles à portée scientifique ou de vulgarisation. Il est repris et amplifié par les acteurs politiques et les médias. Le confusionnisme pose les jalons d’une hypercritique vaguement « antisystème », visant principalement les « élites » (politiques, économiques, médiatiques).
    Le confusionnisme met en scène un radicalisme verbal, qui personnalise ses cibles et supplante peu à peu la critique sociale issue du mouvement ouvrier. Cette dernière, principalement de facture marxiste, se penche sur des structures sociales impersonnelles (le capitalisme, l’étatisme, les rapports de classe, de genre, de race, le nationalisme, le colonialisme ou l’impérialisme). À l’inverse, le confusionnisme enfante une critique sociale qui met davantage à l’index des personnes (par exemple, Emmanuel Macron, objet de toutes les détestations) que les structures sociales et économiques qui les produisent.
    Philippe Corcuff utilise la notion de « formation discursive », empruntée à Michel Foucault[2], pour indiquer que les récits confusionnistes s’inscrivent dans une « trame idéologique impersonnelle tendant à échapper aux intentions des divers locuteurs » (p. 37). En d’autres termes, un locuteur de gauche peut inconsciemment articuler un discours confusionniste dans un domaine et, dans d’autres, participer pleinement à un récit émancipateur de gauche.
    L’étude du confusionnisme ne met pas en cause des personnes. Ceci dit, s’intéresser de près aux trames confusionnistes nécessite de se pencher sur des trajectoires personnelles. Il faut bien nommer les locuteurs et leurs propos, sinon la démonstration serait abstraite et stérile. Notons que le « brouillard confusionniste », qui enveloppe des acteurs politiques de gauche et de droite, bénéficie, à la fin, aux idées ultraconservatrices (c’est-à-dire à une droite illibérale, libertarienne ou autoritaire).
    Une « guerre de position » idéologique
    On peut voir dans le confusionnisme une « guerre de position » idéologique (dans le sens gramscien) dans laquelle l’extrême droite mène une offensive avec le concours, volontaire ou pas, de forces de droite et de gauche. Les exemples de « déplacements confusionnistes » sont légion : Alain Soral, Éric Zemmour, Renaud Camus ou Hervé Juvin sont, entre autres individus d’extrême droite, et selon des modalités différentes, aux avant-postes de ce mouvement. Des personnalités venues de la gauche lancent des passerelles entre la gauche et l’extrême droite : l’économiste Jacques Sapir, Jean-Claude Michéa et, de plus en plus nettement, Michel Onfray, sont parmi les cas les plus probants.
    Les interactions entre les deux camps se réalisent autour de quelques thématiques-clés : la valorisation patriotique de la nation, la critique du niveau international (qui se traduit par un discours aux accents europhobes et anti-migrants sous couvert de critique de l’Union européenne et de la mondialisation néolibérale) et la promotion d’un « universalisme républicain » théorique qui disqualifie tout discours examinant les apories pratiques du républicanisme français (allergie au multiculturalisme, désintérêt pour les discriminations raciales et liées au genre, racisme et islamophobie). Les contributions au débat de personnalités de gauche aussi diverses que Frédéric Lordon, Jean-Pierre Chevènement, Emmanuel Todd, Arnaud Montebourg, François Ruffin ou Jean-Luc Mélenchon, pour ne citer que les cas de figure les plus connus, favorisent la pénétration des thématiques patriotique et nationaliste dans les schèmes idéologiques de la gauche.
    Le dénigrement du cadre international permet des rapprochements indirects mais réels entre Mathieu Bock-Coté, essayiste ultraconservateur québécois qui met en scène la nation comme « enracinement », Jacques Julliard, ancien penseur de la Deuxième gauche passé à un républicanisme autoritaire et pourfendeur de « communautarisme », et Frédéric Lordon qui discourt sur « l’appartenance nationale ». L’exaltation du cadre national est souvent synonyme de glissements progressifs (revendiqués ou pas) vers le nationalisme.
    La valorisation du cadre national aux dépens du cadre européen ou international induit des incursions sur le terrain du chauvinisme. On se souvient de l’intervention de Jean-Luc Mélenchon au Parlement européen en juillet 2016 à propos du « travailleur détaché, qui vole son pain aux travailleurs qui se trouvent sur place ». Aujourd’hui, la candidature aux accents para-pétainistes d’Arnaud Montebourg à l’élection présidentielle magnifie le terroir (refus de la ville et « retour à la terre » dans le cadre du « Made in France »).
    Un confusionnisme de gauche prend appui sur une hypercritique du « système » et des « élites mondialisées », en défense de la « souveraineté du Peuple » (toutes ces notions n’étant jamais définies ou précisées). Il place la gauche sur la pente savonneuse du complotisme, souvent à connotation antisémite comme ce fut le cas lors des manifestations contre le pass sanitaire. Depuis 2017, ce mantra a été réactivé dans une gauche verbalement radicale qui concentre sa colère contre des personnes (« Macron le tyran », « Macron, le banquier de Rothschild »), plutôt qu’elle n’analyse les structures de domination et d’exploitation du capitalisme.
    Cette tendance a été perceptible au sein du mouvement des Gilets jaunes, puis plus clairement dans le mouvement anti-pass sanitaire. Le « populisme de gauche » théorisé par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, popularisé en France par Jean-Luc Mélenchon, a contribué à davantage affadir le clivage gauche/droite. Dans ce schéma de pensée, un « Peuple », aussi indéfini que magnifié, est censé s’unir contre des « élites », au-delà des clivages de classe et des dominations liées au genre ou à la race. Cette construction politique a permis nombre de bricolages confusionnistes autour des thèmes de la nation, du rapport aux niveaux national et international ; elle a renforcé la personnalisation du pouvoir autour de la figure du leader ou, encore, elle a dénigré les combats contre le sexisme ou le racisme considérés comme des champs de lutte secondaires par rapport au champ des luttes économiques. 
    Le confusionnisme est transpartisan, dans le sens où il parcourt toutes les familles et les mouvements politiques (de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par les divers dégradés de gauche, du centre et de droite), mais aussi dans le sens où il fusionne des pans de culture de gauche avec d’autres, de droite ou réactionnaires.
    Le métadiscours républicain
    Le constat de départ de l’analyse du confusionnisme par Philippe Corcuff est que « l’extrême droite parvient à imposer ses haines et ses obsessions au cœur du débat ». Nous assisterions donc à une offensive de l’extrême droite, soutenue par les forces réactionnaires dans le monde politique, médiatique et intellectuel. Une analyse minutieuse de la situation montre au contraire que la situation est plus dialectique qu’il n’y paraît au premier abord. En d’autres termes, le confusionnisme naît également au sein de la gauche et de la gauche radicale.
    Il est ici important d’observer de près le rôle joué par le métadiscours républicain en France. Le républicanisme en France est une idéologie qui ne propose plus de pistes de réflexion politiques ou programmatiques, mais qui est devenu, ces dernières années, un outil de contrôle qui exprime des rappels à l’ordre normatifs (le « respect des valeurs républicaines », un « comportement républicain », et son envers, le « communautarisme », le « séparatisme »).
    Les protagonistes majeurs de ce « discours sur le discours » républicain apparaissent dans l’ouvrage de Corcuff – Jean-Pierre Chevènement, Laurent Bouvet ou Pierre-André Taguieff – mais sans que le fil conducteur de ce confusionnisme néo-conservateur ne les réunissent. Or, pour comprendre le point de départ de nombre de sous-récits confusionnistes aujourd’hui, il convient de partir des péroraisons réitératives (pour ne pas dire obsessives) sur le républicanisme (et ses corollaires : l’universalisme et la laïcité).
    C’est bien sûr l’interprétation illibérale et de l’usage néoconservateur de ces notions politiques qui sont en cause, non les concepts eux-mêmes. On pourrait résumer la trajectoire du confusionnisme néo-républicain de la manière suivante : lors du tournant néolibéral du Parti socialiste en 1983, le CERES, son ex-aile gauche jacobine et marxiste, abandonne le socialisme et trouve refuge dans un républicanisme reposant sur le patriotisme, l’invocation de la grandeur de la France, la discipline et la souveraineté des grands corps (et non celle des citoyens). Le retour à la république d’une partie de l’ex-gauche marxiste (Régis Debray en est l’exemple type), participe de la première acclimatation de la gauche aux idées de droite, notamment le nationalisme.
    Cette inflexion ne fera que se renforcer au sein du PS, puis elle gagnera la rive droite à partir de la campagne présidentielle de Chevènement en 2002 lors de sa tentative de rassembler les « républicains de deux rives ». À partir des années 2000, elle s’enrichit de deux leitmotiv : la promotion du cadre national qui prend appui sur une critique radicale de l’Union européenne, et l’exaltation d’un universalisme abstrait, hostile à la nature multiculturelle de la France. Ce courant « républicain de gauche » va progressivement afficher une islamophobie décomplexée au motif de lutter contre les « dérives communautaristes des quartiers » (le réseau d’élus Gauche populaire au PS, Manuel Valls, le Printemps républicain, Henri Peña-Ruiz, etc.).
    La droite et l’extrême droite vont profiter de l’aubaine : elles vont surinvestir la thématique d’une république et d’une laïcité autoritaires. Ce récit va esquisser les contours d’une citoyenneté qui épouse les valeurs autochtones dominantes (l’athéisme et le catholicisme), et rejette toute autre forme d’altérité, surtout quand elle est musulmane.
    Les attentats terroristes contre les dessinateurs de Charlie Hebdo, puis contre Samuel Paty, les controverses sur les caricatures de Mahomet vont définitivement arrimer ce métadiscours républicain à droite. De supposés opposants aux « valeurs républicaines » vont être désignés comme « ennemis de la République ». Plus récemment, la controverse portant sur le soi-disant « islamogauchisme » au sein de l’université française a été orchestrée par plusieurs ministres du gouvernement et relayée par l’extrême droite.
    On le voit, les débats épars sur les « valeurs de la république » structurent aujourd’hui les débats publics ainsi que les représentations idéologiques. Ces discussions posent les bases d’un confusionnisme épais et peu argumenté. Identifier cette problématique permettrait de montrer que les notions de république et de la laïcité, nées à gauche, sont passées à droite avec le concours actif de personnalités de gauche.
    La dynamique confusionniste est une agency
    La notion de confusionnisme, une fois définie, a des vertus heuristiques : elle éclaire des trames et des repositionnements idéologiques insoupçonnés. Il convient maintenant de préciser le modus operandi du confusionnisme. Se livre-t-on, notamment à gauche, au confusionnisme de manière inconsciente et involontaire ou, au contraire, peut-on aussi être confusionniste consciemment et volontairement ?
    Philippe Corcuff est prudent sur ce dernier point. Il n’aborde pas la question en ce qui concerne le confusionnisme de droite, et il ne la tranche pas non plus à propos des motivations propres aux confusionnistes de gauche. Dans les sciences sociales, il est de coutume d’opposer l’agency (« agentivité », c’est-à-dire la capacité d’action d’un individu sur le monde, les choses, les autres personnes, pour les influencer ou les transformer) à une interprétation structurelle (l’environnement social s’impose aux individus et restreint d’autant leur capacité à modeler leur vie de manière consentie et autonome). En réalité, la sociologie (par exemple celle de Pierre Bourdieu) s’intéresse à la fois à l’agency et aux structures.
    Avec l’exemple du glissement des notions de république et de laïcité de la gauche vers la droite, nous avons vu que des acteurs politiques, des journalistes et des intellectuels avaient fait, sciemment, le choix de recouper et de fusionner des thèmes de gauche avec d’autres de droite. Ils ont, ce faisant, objectivement prêté main forte aux forces réactionnaires. D’autres choix et interprétations de la république et de la laïcité étaient possibles.
    C’est ici que la définition du confusionnisme proposée par Philippe Corcuff (citée supra) pourrait être davantage précisée (la partie en italique est mon ajout) : « Le confusionnisme est le nom actuel d’une désagrégation relative des repères politiques antérieurement stabilisés autour du clivage gauche/droite et du développement de passerelles discursives entre extrême droite, droite gauche modérée et gauche radicale. Confusionnisme, au sens retenu ici, n’est donc pas synonyme de “confusion”, mais revêt un sens politico-idéologique précis. La trame confusionniste est construite, consciemment ou pas, par des agents qui se positionnent à droite et à gauche du champ politique. En recoupant et fusionnant des idées de gauche et de droite, ces agents (qu’ils soient de droite ou de gauche) créent des schèmes de pensée hybrides dont le centre de gravité penche à droite ou à l’extrême droite. »
    La tolérance du confusionnisme à gauche : un fait nouveau
    En définitive, étudier le confusionnisme, tel qu’il a été défini en rapport aux travaux de Philippe Corcuff, c’est jeter une lumière crue sur l’état intellectuel de la gauche française. On peut multiplier à l’infini les exemples de situations confusionnistes, en comparant directement des agents de droite et de gauche aux trajectoires très différentes. L’exercice est utile car il constitue une banque de données très riche. Il n’est cependant pas suffisant d’un point de vue heuristique. Quelles conclusions tirer, en fin de compte, de l’objectivation de tant de situations confusionnistes ?
    Une approche thématique (la république, l’hypercritique anticapitaliste, la promotion du cadre national vs. le cadre international, universalisme vs. multiculturalisme, l’islamophobie et l’antisémitisme, etc.), semble offrir des cadres de réflexion clairs et tangibles. Elle permet surtout de constater que le confusionnisme est un phénomène qui touche profondément la gauche et lui pose problème.
    Que la droite et l’extrême droite soient confusionnistes n’est pas une surprise. Le confusionnisme est même consubstantiel à des traditions politiques souvent faibles et mouvantes sur le plan idéologique. De tout temps, la droite a tenté de s’approprier des auteurs de gauche (Marx, Gramsci, Jaurès), afin d’en dévoyer le message égalitaire et émancipateur.
    Ce qui, par contre, est nouveau, c’est l’acceptation résignée du confusionnisme ou, à tout le moins, le refus de reconnaître l’existence du confusionnisme à gauche. Celui-ci existait déjà dans les années 1930 et 1940. Mais les confusionnistes d’alors (le socialiste Marcel Déat ou le communiste Jacques Doriot) furent exclus de leur parti pour avoir tenté d’orienter le combat révolutionnaire de la classe ouvrière vers les thématiques fascistes de l’époque. D’une certaine manière, le danger d’un effondrement de tout ou partie des schèmes et valeurs de la gauche est plus élevé aujourd’hui que dans l’entre-deux guerres. Dans les années 1930, le mouvement ouvrier reposait sur des forces partisanes fortement mobilisées qui se référaient à un corpus idéologique homogène. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
    La volumineuse étude de Philippe Corcuff, qui a inspiré l’objectivation de la notion de « confusionnisme politique », laisse entrevoir la décomposition idéologique de la gauche française. Les idéologies politiques sont en évolution constante. Certaines des valeurs propres à une idéologie sont, au fil du temps, critiquées, écartées ou réagencées. C’est le cas, notamment, des idées socialiste et communiste depuis plus d’un siècle. Mais une idéologie a une élasticité limitée : si les valeurs périphériques d’une idéologie peuvent être transformées, on ne saurait remettre en cause ses valeurs cardinales (core values). Que deviendrait le socialisme si on lui retirait la valeur d’égalité ? Le libéralisme devenu indifférent aux libertés pourrait-il continuer d’exister ? En réalité, non.
    À force de bricolages confusionnistes divers, la gauche pourrait, sans le vouloir, renier ses valeurs fondamentales, et cesser ainsi d’être la gauche. C’est une bonne raison pour prendre au sérieux la notion de « confusionnisme politique », ainsi que ses conséquences.
    Philippe Marlière
    Politiste, Professeur de science politique à University College London

    [1] Comme l’explique Philippe Corcuff dans un article publié le 10 mars 2021 dans AOC, « La grande confusion ou les gauches dans le brouillard ».
    [2] Michel Foucault, L’archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969. 

    http://ovh.to/AHFjgYN

  • « On apprend aux femmes à ne pas parler d’argent » : comment le couple hétéro nous lèse
    "On dit souvent que les femmes ne produisent pas beaucoup d’argent, que ce n’est pas leur domaine mais en réalité elles produisent une valeur immense. Seulement cette dernière ne se retrouve pas toujours directement dans leur bourse, mais plutôt dans le bulletin de salaire de leur conjoint qui peut viser une belle carrière puisque quelqu’un s’occupe gratuitement du foyer et des enfants. Et cela bénéficie aussi à l’État qui est, par exemple, bien content de compter sur ces femmes pour pallier le manque de crèches."
    https://www.madmoizelle.com/on-apprend-aux-femmes-a-ne-pas-parler-dargent-comment-le-couple-hetero-

    + interview sur TV5 monde : https://youtu.be/EO5MMRZ7Yko

    #féminisme

  • Du Chiapas à Dijon - Interview d’un membre de l’équipe d’accueil de la délégation zapatiste

    Les 10, 11 et 12 octobre, 180 zapatistes venu·es à la rencontre des luttes européennes se sont réuni·es à l’Espace autogéré des Tanneries pour organiser la suite de leur voyage. Un membre de l’organisation nous raconte cette aventure incroyable et le sens qu’il a mis à relever ce défi.

    https://dijoncter.info/du-chiapas-a-dijon-interview-d-un-membre-de-l-equipe-d-accueil-de-la-del

    #ezln #zapatistes #mexique #voyagepourlavie

  • Quelques nouvelles du “Voyage pour la vie” des zapatistes...

    Annoncé en octobre 2020 dans le communiqué « une Montagne en haute mer », le voyage pour la vie des délégations zapatistes en Europe va véritablement commencer ces prochains jours

    https://communaux.cc/2021/10/quelques-nouvelles-du-voyage-pour-la-vie-des-zapatistes

    #zapatistes #chiapas #autonomie #luttes

  • Tout le monde déteste Fabien Roussel
    "Le 10 septembre dernier, le rappeur marseillais Soso Maness donne un concert à la fête de l’Huma. Au détour d’un morceau, il fait scander au public un slogan devenu viral en manif : « Tout le monde déteste la police ». Rien de bien étonnant, quand on daigne se souvenir de toutes les violences policières des dernières années. Guère plus étonnante : la réaction du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui demande aux partis de gauche « une condamnation ferme » de ces « propos injurieux contre la police de la République ». Et qui s’exécute illico au micro de BFM-TV ? Fabien Roussel. « Je ne cautionne pas du tout ces propos que je ne partage pas », lance le patron des communistes. « Ils sont très infimes, très peu nombreux ceux qui ont dit ça », ose le candidat du parti à la présidentielle, avant de jurer ses grands dieux qu’il ne cesse de défendre les forces de l’ordre, « ces ouvriers de la sécurité » qui « travaillent dans de si mauvaises conditions... »"
    https://cqfd-journal.org/Tout-le-monde-deteste-Fabien

  • Ce « fil » historique est beaucoup trop ironico-comique pour ne pas le partager icite !

    Moi aussi je vais me reconvertir en historien de droite. Apparemment il y a moyen de se faire du blé. Et il n’y a pas besoin de faire des études.
    A la base, on était un peuple, les Gaulois. Oui un seul.Arrêtez vos conneries de diversité, on était tous pareils avant et ça se passait très bien
    Bon, on s’est battu contre les Romains,on a fait match nul et on a intégré la République de Rome, parce que porter des toges et manger du raisin allongé c’était pas si mal.
    Ensuite on est devenus chrétiens. Mais c’est pas comme les musulmans, c’est pas une religion étrangère imposé par une colonisation. Jésus avait de très bons arguments, tout simplement.
    Puis on a choisi de prendre notre indépendance, et preuve qu’on est pas raciste, on a choisi un étranger, Clovis, pour négocier pacifiquement. On a voté pour lui comme roi de France, mais il faut être totalement honnête, il y a eu un fort taux d’abstention.
    Donc ça allait bien, on était tous pareil et après, on a subi une vague d’immigration massive en 732. Grâce à Charles Martel on a évité le premier grand remplacement.
    Certains enculeurs de mouches gauchistes diront que c’étaient pas des Arabes mais des Wisigoths et des Berbères convertis mais en fait c’est pareil, vu qu’ils étaient convertis c’était plus des blancs donc ça reste un grand remplacement.
    Il y a eu par la suite des tentatives de construction d’une Union européenne, comme l’Empire Carolingien par exemple, mais bon, le couple franco-allemand n’a pas tenu, dommage. Mais on a fait des bons trucs ensemble par la suite, comme les croisades.
    Comment ça, islamophobes ? Non mais rien à voir, on a attaqué des chrétiens aussi.Les croisades contres les musulmans, les cathares et les byzantins c’était une opération conjointe de lutte contre des dérives sectaires.
    Bon après on a découvert l’Amérique. On est les premiers à être allés la-bas. Ce n’est pas rien on peut être fiers quand même !! Il y avait des gens qui vivaient là bas mais eux c’est pas pareil, ils y vivaient donc ils n’ont pas découvert, il faut rester neutre et objectif.
    On a décidé de faire 50/50 sur le partage des terres mais pas de bol, le choc sceptique a eu raison d’une bonne partie de la population. C’est ballot quand même. Mais faut pas culpabiliser, eux ils nous ont filé la syphilis. De par mon expertise, je considère qu’on est quitte
    Comme il y a tout un territoire à développer, on décide de faire appel à de la main d’oeuvre africaine en Amérique. Certains accuseront la France de participer à une traite esclavagiste mais il convient de rétablir la vérité factuelle.
    L’esclavage a été aboli dans le Royaume de France au XIème siècle donc à un moment il faut arrêter les mensonges historiques. L’esclavage dans les colonies, ce n’est pas la France parce que les colonies ce ne sont pas la France. Je ne cèderai rien au politiquement correct.
    Et ce n’était pas du racisme, puisque les huguenots aussi étaient condamnés à l’esclavage, mais ça, ça n’intéresse pas les antiracistes BLM et compagnie. Et les huguenots en esclavage, c’était pas de l’intolérance, juste de la lutte contre les dérives sectaires.
    Certains aiment bien mettre en avant la Saint-Barthélémy, mais en bon historien, je me dois de préciser qu’ils s’agissait d’individus isolés, dont l’état psychiatrique est à considérer et voir des motivations politiques dedans relève du raccourci idéologique.
    Bon, il est temps de parler de cette insurrection gauchiste qu’on appelle Révolution Française. J’insiste sur « gauchiste » parce que des famines et des crises économiques, il y en a eu bien avant, c’est pas pour autant qu’on a pris la Bastille.
    Au nom de ces pseudos-Lumières, on a aboli des privilèges pour essayer de créer une société égalitariste. On voit bien comment des bourgeois déconnectés des réalités, surement par marxisme, ont essayé de faire croire que les paysans et les nobles ne s’entendaient pas.
    Le plus aberrant a été de déclarer des droits de l’Homme. Comme s’il existait un homme universel, qu’il n’y avait ni nation ni ethnie ni race. On ne parle pas encore d’égalité hommes-femmes mais quand même, Heureusement les déclarations n’engagent que ceux qui y croient.
    Et on a arrêté ce cirque grâce à un homme qui, permettez-moi l’expression, a eu les plus grosses couilles de l’Histoire de France. Je parle bien entendu de Napoléon. Je suis sorti de ma neutralité habituelle, excusez-moi.
    Napoléon a renoncé à ce marxisme et cet antiracisme pour se concentrer sur des projets plus ambitieux, comme la constitution d’une nouvelle Union européenne. Malheureusement, l’Angleterre s’en est mêlé. Comme quoi, leur euroscepticisme ne date pas d’hier.
    Mais les idées marxistes-léninistes ont progressé dans la population et tout les 20 ans, on fait des révolutions en France. On pensait avec Louis-Napoléon Bonaparte que la France retrouverait une certaine stabilité.
    Mais après l’échec des négociations de Sedan avec l’Allemagne sur l’Autre Europe, vous savez ce qu’on fait les gauchistes ? Ils ont transformé Paris en ZAD géante. Heureusement la collaboration franco-allemande a permis d’empêcher que la situation devienne dramatique.
    On a eu par la suite des vagues d’immigration européenne, qui ont été très largement acceptés et qui se sont très bien intégrés. Quand les immigrés sont blancs, il n’y a aucun problème, ce n’est pas un jugement que je fais mais un constat neutre et objectif d’historien
    Même avec les minorités religieuses, ça allait. On nous ressort sans cesse l’affaire Dreyfus mais cette affaire est une manipulation ou on a inventé de toute pièce un antisémitisme qui n’a jamais existé dans la population française, comme l’islamophobie aujourd’hui
    Voyant l’engouement qu’il y avait à devenir français, on s’est dit que ce serait bien de directement donner la nationalité française au monde entier, et ça a donné la période coloniale, ou la France a décidé de tout donner aux autres peuples.
    On leur a donné une belle langue, une vraie religion, des routes et les mathématiques. Quand certains parlent de « crime contre l’humanité », je conçois que Pythagore ne soit pas un sujet très passionnant mais je trouve les termes très excessifs.
    Quand aux soi-disantes exactions, il s’agissait avant tout d’opérations de police pour faire face à l’insécurité. Ce n’est pas la faute de la France si ces populations sont plus criminogènes que d’autres. Encore une fois il s’agit ici d’un constat scientifique et apolitique.
    Ensuite les guerres mondiales. Il n’y pas grand-chose à dire dessus. Vous savez les guerres, ça fait des morts des deux côtés, c’est triste ..... Ces conflits n’ont rien de spécifiques, ils ne méritent pas spécialement qu’on s’y attarde, ce sont des points de détails.
    Cependant, je voudrais corriger un mensonge historique colporté par la gauche. Tout la France a été résistante, même Pétain et Vichy qui ont constitué un formidable bouclier qui a protégé les Français contre la barbarie nazie.
    Et je me permettrais d’être un poil provocateur en disant que même l’extrême-droite à résisté. Quand on lit des gens comme Maurras, viscéralement anti-allemands, on peut pas considérer une seconde que ces gens aient pu collaborer...
    Pour lire la suite, je vous invite à commander mon ouvrage « Comprendre la Douille, comment les bobos-gauchos marxistes ont ruiné notre belle nation » aux Editions Patrie Famille Travail.

    source : https://twitter.com/SimonTo79502447/status/1445378359291166721
    archive : https://web.archive.org/web/20211008170200/https://twitter.com/SimonTo79502447/status/1445378359291166721

    • Stimulé par les réactions de ses cibles, il a fait un second fil ... attention, ça pique encore plus !

      Je ne savais si je ferais une suite, je pensais attendre un peu avant de me décider

      Puis j’ai vu ce tweet...
      https://twitter.com/Produkteef/status/1446433624505700380

      Donc encore une fois, je vais tenter de rétablir des vérités historiques sur notre grande nation suite à sa diabolisation par la gauche woke et sa cancel culture.
      Donc la dernière fois, j’étais passé assez rapidement sur la colonisation, et bien évidemment, les bobos droit-de-l’hommistes ont aussi un autre argument pour tenter de gâcher cette magnifique épopée
      Une politique soi-disant raciste a été engagée par la France à cette époque là. C’est abject. Je vais vous citer l’historien Jacques Bainville :"Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation". Vous voyez ? En France on ne voit pas les couleurs !!
      La Première guerre Mondiale serait une conséquence du fait colonial... C’est ridicule ! Il y a eu des guerres sur tous les continents tout le temps. On allait forcément finir par se battre tous en même temps. J’y vois une convergence des peuples à titre personnel.
      D’ailleurs pour revenir sur le racisme. On aimait tellement les autres peuples qu’on les a exposés en plein milieu de Vincennes, au milieu de macaques et d’animaux tropicaux pour montrer à quel point on était fiers qu’ils soient français. Et après ça on est toujours racistes ?
      Je rappelle que dans ces années, les Allemand devenaient de moins en moins corrects avec les Juifs, je trouve cela beaucoup plus grave et condamnable. J’en parlais avec mon ami Finkielkraut la semaine dernière d’ailleurs.
      La Shoah, je n’ai pas voulu en parler la dernière fois. Après tout, on est pas sur Arte, et on en parle trop. Vous savez qu’il y a plus d’Allemands qui sont morts durant cette guerre. Ils sont les premières victimes de cette guerre, mais bon, on sait QUI décide des sujets.
      20 millions de soviétiques morts ? Bah voyons ! Pourquoi pas 40 ? Ce sont des statistiques truquées de Staline, j’attends de vraies sources pour corroborer ces affirmations. Comme pour tout ce qui vient de gauche.
      Autre chose : en 1946, on a aboli le travail forcé dans l’Afrique coloniale. Encore une chose positive, non ? C’est le genre d’anecdote qu’on ne relève jamais et qui pourtant est tout à notre gloire. A croire qu’il existe un complot antifrançais chez les universitaires.
      Comment ça de l’esclavage ? C’est ridicule. Les esclaves étaient la propriété du maitre, alors que les travailleurs forcés étaient libre de droit. Ok, ils ne pouvaient pas dire non mais ils avaient des compensations, par exemple en sel ou en tissu. Pourquoi on ne le dit pas ?
      Les colonies étaient un petit peu les enfants de la France. Et ses enfants, on les éduque, on investit en eux, puis ils grandissent, on se dispute et à la fin ils demandent leur indépendance. C’est normal, ces relations ont toujours été saines.
      D’ailleurs, nous ne sommes jamais vraiment partis. Vous savez, quand la France a porté des enfants aussi longtemps, elle ne peut pas les abandonner. Enfin, ça c’était avant la loi Veil mais je m’égare.
      Pour le cas de l’Indochine, ça s’est mal fini. Mais ce n’est pas la France qui est responsable mais cette infâme engeance communiste qu’était Ho-Chi-Minh. Pardonnez mon langage mais vous allez comprendre pourquoi. Et vous savez c’est quoi le pire dans cette histoire ?
      Dans la déclaration d’indépendance de l’Indochine, cet enfoiré de trotkiste cite un passage de la Déclaration des Droits de l’Homme !!! Non mais jusqu’au bout, jusqu’au bout on va nous faire chier avec ces conneries de Droits de l’Homme !!
      Dans le cas de l’Algérie, je suis beaucoup plus perplexe à titre de chercheur. Pour une fois qu’il y avait une colonie ou l’on partait réellement vivre et pas juste faire de l’exploitation économique et du tourisme sexuel, vraiment ça me dépasse. Surement l’islamisme.
      D’ailleurs le Parti Communiste a largement collaboré avec les terroristes du FLN en Algérie. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est l’acte de naissance de l’islamo-gauchisme mais vous admettrez que c’est troublant n’est-ce pas ?
      Bien vous retrouverez plus de détails dans mon livre « Le temps béni des colonies », préfacé par Michel Sardou et dans mon prochain ouvrage, j’aborderais notre Prophète Charles de Gaulle et la guerre civile de 1968.

      source : https://twitter.com/SimonTo79502447/status/1446536936240422915
      archive : https://web.archive.org/web/20211008210843/https://twitter.com/SimonTo79502447/status/1446537065278197763

    • Pas mal ce texte mais ca manque de chattes toutes ces gaules. Il faut complété le travail de cet historien avec un travail d’herstorienne.

      La gaule avec ces gaulois gaulerent les droits de l’homme puis ils eurent De Gaulles et ils firent tous comme si le programme de Zob n’était pas aussi misogyne qu’il est raciste.

      Pour les historiens de gauche on ne perd pas son temps avec cette moitié de l’humanité qui ne compte pas. A peine une mention vite fait du tourisme sexuel (mais peut etre déplore t’il seulement les viols des garçons colonisés puisque seul les hommes comptent en histoire) et de l’égalité femmes-hommes au détour d’une phrase dans ces deux textes, comme si la remise en servitude gestatoire des femmes n’était pas un des deux pilier fondamentaux des discours de droite à la Zob -

      Grand remplacement = SEXISME + RACISME

      Les deux doivent être dénoncé. Or, ici encore une fois le sexisme est dénoncé à la marge, en filigrane comme un sujet mineur. Sortons de l’invisibilité la moitié de l’humanité.

      Le premier livre de Zob De Gaule, c’est « le premier sexe », c’est par là que ca commence le Zobisme, exactement comme le Jupiterisme, le Saucissalisme et le Communisme (qui est en fait la mise en commun les femmes, les chèvres et les chèvreries pour les hommes de gauche) et sur ce bouquin là, il y a consensus entre historiens de droit comme historiens de gauche. Sinon il y aurais autant de dénonciation du sexisme que du racisme. Et même il devrait y avoir plus de dénonciation de la part des hommes qui ont personnellement beaucoup à gagné de l’exploitation des femmes prôné par Zob.

      Dénoncer seulement le racisme de Zob, c’est dire aux femmes que votre problème c’est seulement le mode de partage de nos corps. Les hommes de droite voulant un partage raciste des corps des femmes, et les hommes de gauche voulant un partage fraternel entre hommes, des corps des femmes indifféremment de leurs racialisation.

      Mais à part ca le texte est bien, faut juste le châtrer de la zoberie ordinaire typique d’un membre du premier sexe au clavier qui protège ses privilège de dominant sans en avoir l’air. Voila qui est fait, je me remercie moi même de l’avoir fait car on est jamais mieu servie que par soi même.

  • L’écoféminisme : qu’est-ce donc ?
    « Dans les milieux militants et académiques français, l’heure semble à la découverte progressive de l’écoféminisme. En manifestation, on ne compte plus les pancartes tout à la fois féministes et écologistes. Né aux États-Unis contre l’industrie nucléaire dans les années 1970 et 80 — et désormais porté en Amérique latine, en Inde ou en Indonésie —, ce mouvement politique et philosophique hétéroclite (culturel, spiritualiste, matérialiste, socialiste, queer ou encore végétarien) corrèle la mise à sac des écosystèmes par le capitalisme et l’oppression séculaire des femmes par le patriarcat. Deux reproches lui sont régulièrement adressés : l’essentialisme et le mysticisme. Reproches plus que légitimes pour toute perspective socialiste matérialiste digne de ce nom. Seulement voilà, l’affaire est plus compliquée : c’est ce que l’animatrice de la chaîne YouTube Game of Hearth, spécialisée en écologie politique et en féminisme, entend défendre ici, déplorant de concert les récupérations réactionnaires et commerciales de ce mouvement. Une invitation à la discussion. »
    https://www.revue-ballast.fr/lecofeminisme-quest-ce-donc#identifier_11_70620

    liens vers les vidéos de Game of Hearth sur l’écoféminisme :
    – spiritualité 1 (https://youtu.be/2wIrvzQNPMI

    ) & 2 (https://youtu.be/F3w8ASEWXa8
    )
    – la question de l’essentialisme https://youtu.be/2TZF6lYK5ho

    – introduction à l’écoféminisme https://youtu.be/bbob6LLaBx8

    • un long article du Monde sur l’écoféminisme :
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/10/22/l-ecofeminisme-contre-les-dominations-croisees-des-femmes-et-de-la-nature_60

      L’écoféminisme, contre les « dominations croisées » des femmes et de la nature
      Claire Legros

      Bousculant l’écologie et le féminisme, l’analyse des causes communes de la domination masculine et du saccage de la planète a donné naissance à un mouvement pluriel et divisé.

      C’est un cri de ralliement qui séduit et inquiète, une pensée qui fédère et divise à la croisée des combats. Longtemps ignorés en France, les travaux sur les liens entre genre et écologie, médiatisés à l’occasion des candidatures à la primaire écologiste de Sandrine Rousseau et Delphine Batho, autoproclamées « écoféministes », suscitent autant d’enthousiasme que de rejet. On aurait tort d’y voir une simple péripétie de campagne. L’épisode est, au contraire, le signe de mutations profondes à l’œuvre en France dans le champ de l’écologie politique comme dans celui de la pensée féministe.

      « La sensibilité écoféministe est devenue l’une des caractéristiques centrales de ce qu’on appelle “le féminisme de la troisième vague”, alors qu’elle constituait un courant très marginal et périphérique dans la génération précédente », constate l’historienne Christine Bard, autrice de Féminismes. 150 ans d’idées reçues (Le Cavalier bleu, 2020). On assiste à « un renouvellement au sein du mouvement écologiste chez une nouvelle génération de militants qui porte des formes différentes de féminisme », analyse, de son côté, la politiste Vanessa Jérome, autrice de Militer chez les Verts (Presses de Sciences Po, 304 pages, 22 euros).

      Foisonnement de textes de référence

      De ce renouvellement attestent, ces dernières années, les succès en librairie de Sorcières. La puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet (La Découverte, 2018), et de Reclaim, l’anthologie de textes écoféministes coordonnée par la philosophe Emilie Hache (rééditée en 2019, Cambourakis), de même que le foisonnement de parutions, depuis quelques mois, de textes de référence : les ouvrages de la militante Françoise d’Eaubonne, de la poétesse Susan Griffin, de l’historienne et philosophe Carolyn Merchant, de la « sorcière », activiste antinucléaire et militante féministe Starhawk, ou encore ceux de la philosophe australienne Val Plumwood (1939-2008).

      Mais de quel écoféminisme parle-t-on ? Cette effervescence éditoriale met en lumière un patchwork d’actions et d’idées qui a évolué selon les époques et les territoires géographiques. Dans la marmite écoféministe bouillonne un étonnant mélange, « un joyeux bordel », ose la philosophe Jeanne Burgart Goutal dans son livre-enquête Etre écoféministe (L’Echappée, 320 pages, 20 euros), qui a reçu, en mai, le Prix de l’écologie politique. « Il serait plus juste de parler “des” écoféminismes, comme il y a “des” écologies et “des” féminismes », constate Vanessa Jérome, pour qui « il existe, au sein du mouvement, cent mille lignes de fracture et autant de lignes de convergence ».

      « L’écoféminisme s’est nourri d’apports multiples, issus de trajectoires militantes et de généalogies intellectuelles variées. Ses sensibilités et rapports au genre différents l’ont métamorphosé, depuis le différentialisme des origines jusqu’au matérialisme que l’on connaît aujourd’hui, lié à l’imprégnation des luttes LGBTQI+ [personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, intersexes et autres] », précise Christine Bard.

      Nouvelles lectures anthropologiques

      Cette épaisseur historique, sous-tendue par un riche travail théorique, va bien au-delà des slogans et des caricatures auxquels on veut parfois l’identifier. « Ce sont des théories qui pour être intelligentes doivent être complexes », prévient Jeanne Burgart Goutal. « Elles ont eu le mérite d’introduire les questions de genre dans la pensée écologique, où elles étaient jusqu’alors peu présentes. Il serait dommage de ramener les questions de fond qu’elles posent à certaines simplifications contemporaines forcées, voire ridicules », assure le philosophe Dominique Bourg.

      En explorant « les dominations croisées » des femmes et de la nature, selon les mots de la philosophe Catherine Larrère, ces idées méritent mieux que des petites phrases. Elles détricotent l’histoire de la pensée moderne et proposent de nouvelles lectures anthropologiques, bousculant, au passage, des concepts que l’on croyait acquis : la distinction entre culture émancipatrice et nature supposée brouillonne, entre progrès linéaire et rythme cyclique, ou encore la primauté des sciences modernes sur les savoir-faire traditionnels.

      Mais cette pluralité est aussi leur talon d’Achille, source de possibles dérives et récupérations. Retracer l’histoire de cette pensée protéiforme et des cousinages qui l’ont inspirée permet donc de mieux cerner ses contours et ses apports, mais aussi de mettre en lumière ses écueils et ses contradictions. Ces théories sont-elles réactionnaires ou bien, au contraire, visionnaires, à l’heure des crises environnementales ? Comment expliquer qu’elles enthousiasment autant qu’elles dérangent ? Que révèle ce regain d’intérêt de l’état de notre société, de ses fractures générationnelles, des peurs qui l’habitent, mais aussi de sa capacité à réagir aux catastrophes qui s’annoncent ?

      Droits des femmes et des animaux

      S’il est vrai que le néologisme « écoféminisme » apparaît dans les années 1970, certaines idées préexistent dans l’Europe de la révolution industrielle. Dès la fin du XIXe siècle, des militantes féministes établissent un lien entre la cause des femmes et celle des animaux, et mettent en lumière « la notion d’un continuum de violence organisé par le système patriarcal », note l’historienne Christine Bard. Ces pionnières s’engagent à la fois pour les droits des femmes et contre la vivisection ou en faveur du végétarisme, préfigurant ce qui deviendra l’écoféminisme animal ou végan.

      En Grande-Bretagne, c’est une suffragette, Frances Power Cobbe (1822-1904), qui fonde la Société britannique contre la vivisection. « Pour Cobbe, les deux questions étaient liées par le fait que les femmes et les animaux étaient appropriables et essentialisés, les unes étant réduites à leur genre, les autres à leur espèce, à une époque où les femmes mariées n’avaient pas le droit de propriété et ne pouvaient gérer leur procréation », explique la chercheuse Emilie Dardenne, autrice d’Introduction aux études animales (PUF, 2020). En France, la journaliste et poétesse féministe Marie Huot (1846-1930), connue notamment pour avoir agressé, en 1883, un scientifique au Collège de France, alors qu’il s’apprêtait à réaliser une expérience sur un singe, affirme que les hommes assouvissent un même désir de pouvoir en violentant les femmes comme les animaux.

      Pour Françoise d’Eaubonne, « la même matrice idéologique a conduit à la domination des hommes sur les femmes et au saccage de la nature », note l’historienne Caroline Goldblum

      Un siècle plus tard, lorsque la militante et écrivaine française Françoise d’Eaubonne (1920-2005), électron libre du féminisme, publie, en 1974, Le Féminisme ou la mort (réédité en 2020, Le Passager clandestin), elle étend les points de convergence de cette oppression commune à l’ensemble du vivant. « En postulant que la même matrice idéologique a conduit à la domination des hommes sur les femmes et au saccage de la nature, [elle] dénonce non seulement l’organisation sexiste de la société, mais surtout lui impute la responsabilité de la destruction de l’environnement », note l’historienne Caroline Goldblum, autrice de Françoise d’Eaubonne et l’écoféminisme (Le Passager clandestin, 2019).

      Le monde a déjà basculé, même si beaucoup l’ignorent encore. En 1962, le Printemps silencieux de la biologiste américaine Rachel Carson a montré de façon implacable l’effet des pesticides sur la disparition des oiseaux et la santé humaine. Dix ans plus tard, le rapport Meadows met en évidence les relations entre systèmes de production industrielle et épuisement des ressources naturelles. Mais c’est contre d’autres excès que l’écoféminisme va véritablement prendre son essor.

      L’occupation de la base de Greenham Common

      En 1980, 2 000 femmes marchent vers le Pentagone, à Washington, en chantant et dansant autour de quatre poupées géantes : blanche pour le deuil, rouge pour la colère, dorée pour l’empowerment, noire pour le défi. « Nous avons peur pour nos vies, pour la vie de cette planète, notre terre, et pour la vie de nos enfants, qui sont notre avenir humain. (…) Nous sommes entre les mains d’hommes que le pouvoir et la richesse ont séparés non seulement de la réalité quotidienne mais aussi de l’imagination », déclarent-elles face au symbole de la puissance militaire américaine. Un an plus tard commence, en Grande-Bretagne, l’occupation de la base militaire de Greenham Common contre l’installation de missiles nucléaires, qui va durer près de vingt ans. Les manifestantes britanniques enlacent la base dans une chaîne humaine, certaines d’entre elles réussissant à y pénétrer pour danser sur le toit des silos où sont stockés les missiles.

      Impossible de comprendre l’écoféminisme « si l’on ne prend pas en compte le contexte politique des années 1980 duquel il émerge », écrit la philosophe Emilie Hache dans l’introduction de Reclaim. Et, en premier lieu, l’angoisse de fin du monde qu’a pu susciter la course folle à l’armement nucléaire. Les mobilisations féministes, pacifistes et antinucléaires vont se multiplier jusqu’à la fin de la guerre froide aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne. Elles esquissent déjà ce qui sera l’un des positionnements majeurs du mouvement : pluriel et inclusif, il rassemble des femmes « au nom de toutes sortes d’engagements politiques, philosophiques et spirituels », constate Christine Bard, et fait « passer la diversité des pratiques, source de vitalité et de créativité politiques, avant l’éventuelle unité d’une doctrine », estime Catherine Larrère.

      Des pratiques joyeuses et innovantes

      Car l’écoféminisme se vit dans l’action. Pour l’éditrice Isabelle Cambourakis, responsable de la collection « Sorcières » (Cambourakis), « les idées sont indissociables de pratiques, joyeuses, innovantes, en non-mixité choisie, inséparables d’une certaine utopie. Ces femmes ont créé des camps pour inventer immédiatement le monde dont elles rêvaient, et vivre débarrassées du patriarcat, du militarisme, du racisme ». Leur engagement est à la fois une philosophie contre le capitalisme et une « praxis », une mise en action de la théorie.

      Ces mobilisations festives incarnent elles-mêmes un projet politique. Il ne s’agit pas de prendre le pouvoir mais d’affaiblir les structures du pouvoir en se reliant les unes aux autres, afin de renforcer ce que l’activiste altermondialiste Starhawk appelle le « pouvoir du dedans », et qu’elle distingue du « pouvoir sur », domination qui passe par un rapport de force. « Cette distinction est importante pour empêcher la banalisation du terme en politique », constate Catherine Larrère, pour qui « il existe une contradiction entre l’idée de briguer un titre de présidente de la République et l’action écoféministe ».

      A côté de ces mouvements engagés dans l’action politique se développe un écoféminisme plus académique. Aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxon, des universitaires introduisent la question du genre dans les études environnementales, particulièrement en éthique. Dès 1980, la philosophe et historienne des sciences Carolyn Merchant retrace l’histoire des oppressions croisées et en démonte les mécanismes conceptuels dans La Mort de la nature (Wildproject, 454 pages, 25 euros). Si l’analogie entre femme et nature est ancienne, la terre étant « vue de façon universelle comme une mère nourricière, sensible, vivante et réactive aux actions humaines », écrit-elle, la révolution scientifique des XVIe et XVIIe siècles va marquer un tournant. A partir de cette période, la nature est envisagée comme un objet inerte, propre à l’observation, mais aussi à la domination, dans une approche mécaniste réfléchie par Descartes. Cette nouvelle conception de la nature, dont l’homme devient « comme maître et possesseur », selon les mots du philosophe, va aussi s’appliquer aux femmes, affirme Merchant, l’analogie ancestrale se muant en rapport d’oppression commune. Elle devient même l’un des ressorts qui vont conduire au développement du capitalisme et à sa logique d’extraction et de pillage.

      Procès des sorcières

      Les théories écoféministes ne sont pas seules à remettre en cause la neutralité de la science moderne. Elles s’inscrivent dans un courant de pensée plus large qui vise à dépasser le dualisme entre la nature (tout ce qui ne serait pas humain) et la culture (propre à l’humain). Mais elles s’en distinguent par une analyse fine de la double dévalorisation des femmes et de la nature qui se renforcent l’une et l’autre.

      Les procès des sorcières – qui conduiront des dizaines de milliers de femmes au bûcher à partir du XVIe siècle – constituent, selon elles, l’une des manifestations de la violence avec laquelle la science moderne s’est imposée, au détriment de savoirs traditionnels jugés irrationnels. L’universitaire Silvia Federici, autrice d’Une guerre mondiale contre les femmes. Des chasses aux sorcières au féminicide (La Fabrique, 176 pages, 15 euros), établit ainsi un parallèle entre la privatisation, à partir du XVIe siècle, des communs fonciers par le biais des enclosures et la relégation des femmes au travail domestique non payé, alors que leur sexualité et leur procréation sont, à la même époque, placées sous contrôle.

      Faut-il voir dans ces idées une « essentialisation » de la femme, promue plus « naturelle » que l’homme ? La critique, insistante, est formulée dès les débuts du mouvement. On reproche à la pensée écoféministe de conforter l’idée selon laquelle les femmes seraient par essence proches de la nature. Pour Janet Biehl, militante de l’écologie sociale théorisée par Murray Bookchin (1921-2006), l’écoféminisme est « une réédition de (…) stéréotypes oppressifs » qui, « tout remis à neuf et “verdis” » qu’ils sont, n’ont « pas leur place dans la lutte féministe ».

      La journaliste et essayiste Caroline Fourest qualifiait récemment d’« essentialiste, identitaire, victimaire » la candidature de Sandrine Rousseau

      En France, c’est la philosophe Elisabeth Badinter qui, à l’occasion de la sortie de son ouvrage Le Conflit. La femme et la mère, livre, en 2010, dans Le Monde, une charge sévère contre le « féminisme naturaliste, différentialiste, victimaire » qui « s’est peu à peu imposé à la société occidentale » et s’oppose, selon elle, à « un féminisme de conquête, celui qui défend l’égalité », qu’elle affirme mis « en sommeil ». Plus récemment, la journaliste et essayiste Caroline Fourest qualifiait d’« essentialiste, identitaire, victimaire » la candidature de Sandrine Rousseau, porteuse, selon elle, d’« une vision très, très binaire des identités et des rapports de force ». Au pays de Simone de Beauvoir, où la féminité est définie comme une construction sociale, les idées écoféministes « sont perçues comme essentialistes par un féminisme universaliste qui laisse peu de place à d’autres manières d’appréhender le genre et le rapport avec la nature », souligne Christine Bard.

      De fait, si la majorité des théoriciennes écoféministes défendent clairement un lien historique entre les femmes et la nature, certaines voix sont plus ambiguës et opposent, comme la théologienne Mary Daly (1928-2010), la féminité, proche de la « Nature » et de la « Vie » (avec des majuscules), à une civilisation patriarcale mortifère. De même, les références spirituelles au culte de la « Déesse », censé remplacer les monothéismes patriarcaux, suscitent méfiance et incompréhension au pays des Lumières et de la laïcité à la française.

      L’héritage des transcendantalistes américains

      Selon Jeanne Burgart Goutal, « cette vision reste pourtant minoritaire et assez caricaturale, celles qui se revendiquent de tels courants ne sont pas représentatives du mouvement. Il suffit de lire les textes pour constater que l’écoféminisme n’est pas essentialiste et que le concept de nature qui y est mobilisé n’est pas réactionnaire ». Pour la professeure de philosophie, l’une des origines de cette incompréhension réside d’ailleurs dans la filiation intellectuelle de l’écoféminisme, qui s’appuie sur une perception de la nature héritée des philosophes transcendantalistes américains du XIXe siècle Ralph Waldo Emerson (1803-1882) et Henry David Thoreau (1817-1862). « Ces critiques des excès de la civilisation industrielle considèrent la nature comme une source de liberté contre une civilisation aliénante, dans un projet politique progressiste », quand le féminisme universaliste se fonde sur l’idée kantienne d’une nature dont « il faudrait s’arracher pour devenir un humain pleinement libre », explique-t-elle.

      De son côté, Catherine Larrère estime que « ceux qui dénoncent chez les écoféministes la naturalisation de la femme confondent un rapport et une identité : ce n’est pas parce que les hommes ont le même rapport de domination à l’égard des femmes et de la nature que les femmes “sont” la nature ». L’idée n’est donc pas de dire que les femmes seules seraient naturelles, mais de rappeler que l’humanité tout entière fait partie de la nature. Plus qu’un différentialisme, il s’agit donc d’un autre universalisme, estime la philosophe. « L’écoféminisme rejette l’idée que les femmes doivent ressembler aux hommes pour obtenir l’égalité. Pour elles, cela n’en vaut pas la peine au vu du résultat pour la planète ! Elles vont chercher ailleurs, d’autres manières qui excluent, non pas les hommes mais le patriarcat. Et appeler les hommes à les rejoindre. »

      Travail invisible

      Dans cette recherche, les théoriciennes écoféministes vont croiser un autre concept, lui aussi né aux Etats-Unis dans les années 1980. L’éthique du soin (« care », en anglais) s’attache à montrer que la spécificité des femmes dans le domaine du soin et de l’attention aux autres est réelle, mais que, loin d’être une propension naturelle, elle est le fruit d’une assignation historique. Ce travail invisible et nécessaire à la survie de la société mérite d’être mieux considéré et partagé.

      A partir des années 1990, des universitaires écoféministes anglo-saxonnes, dont les philosophes Karen Warren et Val Plumwood, lisent et se réfèrent aux travaux sur le « care ». « Il existe une proximité des mouvements écoféministes avec ce qu’on appelle le “care environnemental”, qui théorise le fait de prendre soin à la fois de la nature et des personnes », estime la philosophe Sandra Laugier, qui a dirigé l’ouvrage collectif Tous vulnérables ? Le care, les animaux et l’environnement (Payot, 2012).

      Parce qu’elles sont historiquement assignées à prendre soin du foyer, les femmes sont aussi plus souvent responsables de la protection des ressources qui assurent sa subsistance. « Non seulement elles protègent l’environnement mais le reproduisent pour les autres », note Sandra Laugier. En reconnaissant ces compétences, il ne s’agit pas pour les écoféministes de renvoyer les femmes à la cuisine et au jardin, mais d’« alerter sur l’importance de ce rôle, et sur les savoir-faire qu’elles détiennent dans ce domaine. Il y a un aspect subversif dans leur démarche », constate Catherine Larrère.

      « Ecologie de l’ordinaire »

      Dans cette logique, deux approches se distinguent. A un environnementalisme qui vise à protéger la nature sauvage, l’écoféminisme oppose « une écologie qui défend un environnement quotidien à travers le travail ordinaire des femmes », précise la philosophe Sandra Laugier. Cette « écologie de l’ordinaire » ou « féminisme de subsistance » trouve un écho dans les mouvements locaux de femmes qui, en Inde, en Amérique latine ou en Afrique, luttent contre un développement économique qui les prive des ressources nécessaires à leur famille. Sans toujours s’identifier à l’écoféminisme, ces communautés de femmes « ont relancé la pensée environnementale en montrant de façon radicale comment, dans des pays qui souffrent de l’héritage d’une domination coloniale (…), les conséquences environnementales du développement atteignent plus lourdement les femmes », écrivent en 2020, dans la revue Multitudes, la géographe Nathalie Blanc, Sandra Laugier, la psychologue Pascale Molinier et la sociologue Anne Querrien.

      En 1973, les femmes du mouvement Chipko, médiatisé par l’écoféministe indienne Vandana Shiva dans Staying Alive (North Atlantic Books, non traduit, 2016), s’enlacent aux troncs des arbres pour lutter contre la déforestation. Un peu plus tard au Kenya, la biologiste Wangari Maathai, futur Prix Nobel de la paix, crée le Mouvement de la ceinture verte, qui propose aux femmes de planter des arbres autour des villages pour stopper l’érosion du sol liée à la déforestation et à la plantation massive de café destiné à l’exportation. Plus récemment, en Amérique latine, des militantes souvent issues de communautés autochtones jouent un rôle de premier plan dans les luttes contre les violences sexuelles et contre les pollutions liées à l’extractivisme ou à l’agro-industrie qui hypothèquent la santé de leurs enfants.

      Pour Sandra Laugier, « c’est sans doute à travers ces luttes que se dessine aujourd’hui une nouvelle étape, à la fois pratique et théorique, d’un écoféminisme qui bouscule un peu plus la conception jusque-là dominante d’un féminisme occidental universaliste et favorisé ». En juin, des militantes du Honduras, du Guatemala et d’Afrique du Sud en ont témoigné lors d’un colloque organisé à Paris par l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne et l’université de Chicago sur le thème « Femmes, écologie et engagements politiques du Sud au Nord ». Ces combats sont aussi retracés dans le documentaire Ni les femmes ni la Terre !, dont le titre reprend un extrait du slogan « Ni les femmes ni la Terre ne sont des territoires à conquérir ! », scandé par des opposantes au projet de construction d’une autoroute à travers la forêt amazonienne en Bolivie.

      La notion de « vivant »

      Cette évolution peut-elle expliquer le regain d’intérêt dont bénéficie la pensée écoféministe en France depuis quelques années ? L’urgence de la crise climatique et l’émergence du mouvement mondial #metoo contre les violences sexuelles ont changé la donne. Chez une nouvelle génération d’écologistes, la notion de « vivant », riche d’interdépendances entre espèces et avec la terre, s’est substituée à l’idéalisation d’une nature réduite à un simple décor. « Le slogan de Notre-Dame-des-Landes “Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend” peut être considéré comme un mot d’ordre écoféministe », constate Catherine Larrère.

      Chez les jeunes féministes, le rapport au corps et à la science a évolué. Il ne s’agit plus tant de maîtriser la nature pour s’émanciper que d’écouter celle-ci. « On le voit avec la pilule, hier synonyme de progrès, et qui fait moins rêver aujourd’hui, car elle est vécue comme une prise de contrôle du corps par l’industrie pharmaceutique, constate Christine Bard. Un certain nombre de jeunes femmes ont envie de prendre le problème autrement, dans un souci de réappropriation de leur corps. »

      Les écologistes aussi ont changé. « Le parti Vert a été secoué par l’affaire Baupin [le député écologiste de Paris, accusé, en 2016, de harcèlement et agressions sexuelles par plusieurs femmes de son parti, Europe Ecologie-Les Verts], note Vanessa Jérome. Depuis cinq ans, on constate une forme de retour, non pas à ce que d’Eaubonne aurait pu porter mais à un féminisme plus ouvert aux questions de genre, qui fait des ponts avec les minorités, de sexe ou d’origines. Les féministes intersectionnelles sont plus visibles, elles ont renoué avec les représentants des droits LGBTQI+. »

      L’écoféminisme « pose des questions capitales, notamment celle de la distribution du travail dans un monde qui disposera de moins d’énergie », selon le philosophe Dominique Bourg

      Dans un contexte pandémique de prise de conscience de la vulnérabilité de la vie humaine sur la planète, l’écoféminisme propose de nouveaux récits. Il « pose des questions capitales à l’aune des bouleversements qui se profilent, notamment celle de la distribution du travail dans un monde qui disposera de moins d’énergie », estime le philosophe Dominique Bourg. Il renouvelle aussi les modalités d’actions dont s’inspire aujourd’hui le collectif Les Bombes atomiques lorsqu’il manifeste contre le projet de centre de stockage de déchets nucléaires à Bure (Meuse), ou les communautés autonomes de femmes décrites par la sociologue Geneviève Pruvost dans son ouvrage Quotidien politique. Féminisme, écologie, subsistance (La Découverte, 400 pages, 22 euros). En articulant des phénomènes et des luttes jusqu’alors pensés séparément, il tisse des liens entre les combats dans une démarche inclusive. « Il y a comme un effet de surprise, note Isabelle Cambourakis. On découvre la richesse d’un gisement théorique qui peut aider à penser le monde qui vient. »

      Mais sa diversité revendiquée porte aussi en elle ses limites. Au sein même du mouvement, le récent engouement pour cette pensée plurielle inquiète celles qui y voient un risque de dilution des idées. Dans un article au sous-titre explicite (« L’écoféminisme aux abois. Marchandisation, manipulation et récupération d’un mouvement radical », La Revue du crieur, 2021/1), la doctorante en sciences sociales Anne Berrard s’alarme des « discours et pratiques » qui « réutilisent des symboles et références propres à l’écoféminisme tout en visant un objectif politique radicalement différent ». Dans son viseur, le vaste marché des recettes, coachings et autres « festivals “écolos” soutenus par des start-up », qui proposent d’« aider à retrouver son moi intérieur », ou à « renouer avec son féminin sacré » au nom d’une pensée écoféministe caricaturée.

      Positions réactionnaires

      Une autre critique cible sa récupération par des milieux catholiques conservateurs hostiles à la contraception et à l’avortement. « Il existe, en effet, des zones d’ombre, confirme Christine Bard. Des discours sacralisent la “nature” du corps féminin pour mieux défendre des positions réactionnaires, dépossédant les femmes du droit à maîtriser efficacement leur fécondité. »

      Comment démêler le vrai du faux ? Faut-il distinguer le bon grain écoféministe de l’ivraie, alors que ce courant d’idées se définit justement par son ouverture et fait de sa pluralité un garde-fou à l’apparition de nouvelles dominations ? Face à cette contradiction, Anne Berrard refuse de « détenir [ou] de défendre une “vérité” de l’écoféminisme », mais propose d’assumer l’« héritage politique radical » des pionnières. Une façon de réaffirmer que le mouvement reste « avant tout une politique de résistance ».

  • Dangereux militant enfonçant un pieu dans la herse du #ChantDesBatons pour la défense de la #zad #NDDL, contre VINCI et son monde...
    https://www.flickr.com/photos/valkphotos/24343359747

    Flickr

    ValK. a posté une photo :

    « Que résonnent les chants de nos bâtons ! » Appel commun aux diverses composantes de la lutte. Le 8 octobre, sur la Zone A Defendre de Notre-Dame-des-Landes. +> infos sur acipa-ndl.fr et zad.nadir.org ++> photos sur frama.link/ValK

    • Ce côté « caméléon » ne doit pas surprendre : c’est le signe d’une parfaite maîtrise d’une règle d’or de la rhétorique comme art du langage : connaître son auditoire et s’y adapter pour « convaincre et séduire ». Pour autant cela comporte aussi un risque : celui d’apparaître du coup inauthentique, insincère voire manipulateur. Ce n’est jamais « Emmanuel » qui parle, mais toujours un rôle (le Président jupitérien ; le « Obama » français jeune et cool quand il est au Burkina Fasso, etc.). Cela va avec son goût des déguisements (aviateur, tennisman, joueur de l’OM) et de la mise en scène (intronisation au Louvre, discours depuis l’Acropole). L’autre risque, est que cet art du pastiche ne le fasse paraître condescendant, car toujours supérieur à ceux dont il imite les sociolectes [variétés de langues propres à un groupe social].

      #business_langue

  • texte intéressant qui inscrit les zad dans une histoire politique, loin des clichés véhiculés par les médias, sans parler des délires de certains tentant de faire passer la zad de nddl pour un « vietnam des pauvres » (lire l’hilarant et intelligent article de Télérama : http://www.telerama.fr…/a-notre-dame-des-landes,-le-vietna… )
    par contre il me semble que l’auteur - Guillaume Origoni - ne fait que caresser un aspect politique sans jamais le nommer : l’écologie. il me semble que c’est pourtant un aspect essentiel des zones à défendre... car ce qu’elles défendent c’est aussi un rapport à notre environnement, en questionnant la société productiviste et marchande dans laquelle nous vivons, ainsi que les politiques d’aménagement du territoire. c’est un point de rencontre entre la tradition urbaine de la mouvance libertaire et celle de l’écologie radicale (qui peut parfois être éloignée dans sa vision du monde de celle des libertaires). l’auteur le décrit sans l’écrire quand il parle des zad comme des usines pour « la légitimité et l’identité de l’ultra-gauche actuelle ». car cette identité a du intégrer - ou développer - l’écologie dans son corpus idéologique. on pourrait alors ouvrir les références vers Murray Bookchin (qui irrigue également peut-être moins pour l’écologie que pour le le communalisme libertaire, le combat des Kurdes), vers d’autres expériences de vie collectives comme Tarnac, Longomaï ou la Vieille Valette. il faudrait aussi parler de l’influence qu’ont pu avoir les expériences de campements provisoires contre les frontières (comme le camp no border à Strasbourg en 2002), qui eux-même influencèrent la forme des mobilisations contre les sommets internationaux avec par exemple en 2003 le Village alternatif anticapitaliste anti-guerres (vaaag) à Annemasse, en plein mouvement altermondialiste. ces expériences portaient en elles les germes des zad. les questions écologiques étaient déjà fortement inscrites dans les fondations de ces expériences. il y eut d’ailleurs un camp action climat en 2009 à nddl à la suite duquel les premiers zadistes s’installèrent.

    sinon, deux remarques. il me semble qu’il y a une erreur dans ce passage de l’article : « Le gouvernement d’Édouard Philippe semble à son tour inquiet de la charge qui lui incombe quant à la prochaine évacuation des militants restés présents à Notre-Dame-des-Landes, malgré le résultat de la consultation locale qui a dégagé une majorité favorable à l’extension de l’aéroport de Nantes. »
    Quand il parle de la consultation locale, l’auteur parle bien du referendum, on est d’accord ? mais il me semble pourtant que le referendum a donné une majorité à la construction du nouvel aéroport justement, et non l’extension de l’aéroport actuel. à moins que j’ai mal compris ce passage ?

    et plus trivialement (quoi que ?) pourquoi une affiche zapatiste pour illustrer l’article (dans la version publiée sur tempsprésents.com) ? il y aurait certainement bien des choses à dire sur l’influence que le mouvement indigène du sud-est mexicain peut avoir, aussi bien sur les aspects organisationnels, que dans le rapport à l’environnement sur une partie de la mouvance libertaire présente sur les zad. les zapatistes ne sont-ils pas d’une certaine manière à l’origine de la vague altermondialiste quand ils organisaient leurs rencontres intergalactiques, abandonnant la voie historique de la guérilla au sud des usa pour se muer en un mouvement mêlant mouvement armé et mouvement de la « société civile ». en cela la transition du pouvoir militaire de l’ezln vers un pouvoir civil dans les zones zapatistes, symbolisée par la transformation des « aguascalientes » en « caracoles », est révélatrice d’un changement d’époque.

    #zad #nddl

    https://jean-jaures.org/nos-productions/zad-zones-a-defendre-se-defendre-de-qui-pour-defendre-quoi

  • #Nantes : communiqué à propos de l’occupation du #Château_du_Tertre
    https://fr.squat.net/2017/12/03/nantes-communique-a-propos-de-l-occupation-du-chateau-du-tertre

    – Résumé des ces derniers jours d’occupation – Point juridique – convocation au tribunal de Nantes – Point sur l’état du Château et des négociations Lundi 4 décembre : RDV 11h devant le Tribunal administratif pour soutenir les personnes convoquées. Puis pique-nique au château du Tertre ! Mercredi : #manifestation, RDV Bouffay à 17h30 pour soutenir […]

    #ouverture #procès #sans-papiers #Université

  • L’incroyable histoire de l’Encyclopédie anarchiste

    « Quatre tomes, plus de 1600 entrées, 2893 pages… Et ce n’était censé être que le début d’un projet encore plus vaste ! Mais pourtant qui connaît encore aujourd’hui l’existence d’une encyclopédie anarchiste ? Certainement pas assez de monde en tout cas, au regard de l’œuvre accomplie et de la richesse de cette ressource pour les militant-e-s, universitaires et chercheurs/ses en tout genre s’intéressant au mouvement libertaire. »

    https://paris-luttes.info/l-encyclopedie-anarchiste-9159

    et consultez ou téléchargez l’encyclopédie ici : http://www.encyclopedie-anarchiste.org

    #anarchie

  • Mexique, justice pour les disparus
    (sur Arte ce soir et en replay sur leur site)

    « Cette enquête raconte le combat acharné des défenseurs des droits de l’homme pour réunir des témoignages et saisir la Cour pénale internationale. Ils espèrent ainsi faire comparaître les plus hautes autorités de leur pays sur les bancs des accusés. Un défi aussi titanesque que crucial pour l’avenir d’un Mexique en quête de dignité. »

    https://www.arte.tv/fr/videos/070826-000-A/mexique-justice-pour-les-disparus

    #Mexique #NarcoÉtat #Corruption #CrimeOrganisé #CPI

  • #Nantes : un chateau réquisitionné par les #étudiant-e-s
    https://nantes.indymedia.org/articles/39264

    En direct de l’université de Nantes ce dimanche soir. Toujours plus fort : après l’école des Beaux-Arts et une aile du bâtiment Censive, sur le campus, c’est le superbe Chateau du Tertre qui vient d’être investi par 200 personnes pour loger les jeunes exilés !

    #/ #squat #lutte #logement #lycéen-ne-s #mouvement #immigration #sans-papieres #frontieres #/,squat,lutte,logement,étudiant-e-s,lycéen-ne-s,mouvement,immigration,sans-papieres,frontieres

  • Révolutions (par Aldous Huxley, 1929) – Le Partage
    http://partage-le.com/2017/11/8354

    « La colos­sale expan­sion maté­rielle de ces dernières années a pour destin, selon toute proba­bi­lité, d’être un phéno­mène tempo­raire et tran­si­toire. Nous sommes #riches parce que nous vivons sur notre #capi­tal. Le char­bon, le pétrole, les phos­phates que nous utili­sons de façon si inten­sive ne seront jamais rempla­cés. Lorsque les réserves seront épui­sées, les hommes devront faire sans… Cela sera ressenti comme une catas­trophe sans pareille. »