• C’est toujours pénible (et un peu risqué, en ces temps de fichage S) à rappeler, mais organiser de grandes manifestations sur le thème unique de la « liberté d’expression », après chaque tuerie liée aux caricatures de Mahomet, c’est largement un thème imposé par l’extrême-droite depuis les assassinats de Pim Fortuyn (2002) et de Theo van Gogh (2004). Les caricatures sont nées dans Jyllands-Posten, explicitement en référence à ces meurtres, en 2005.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Caricatures_de_Mahomet_du_journal_Jyllands-Posten

    Les « caricatures de Mahomet » sont les caricatures de douze dessinateurs parues le 30 septembre 2005 dans le quotidien danois Jyllands-Posten, en réponse à Kåre Bluitgen, un écrivain se plaignant que personne n’ose illustrer son livre sur Mahomet depuis l’assassinat de Theo van Gogh aux Pays-Bas le 2 novembre 2004.

    Ce sont ces mêmes caricatures qui sont « republiées » par Charlie Hebdo en 2006, agrémentées de nouveaux dessins maison.

    C’est un piège, puisqu’évidemment il est impossible de discuter réellement de liberté d’expression, alors que l’horreur des assassinats interdit (implicitement et explicitement) de dire ce que l’on pense, par ailleurs, de ces dessins. En France, c’est très explicite : on doit « accepter » la liberté d’expression de ces dessins, mais si on exprime mal le fait qu’on trouve ces dessins gerbants, on est bien prévenu que ce sera conseil de discipline et signalement aux autorités.
    https://www.20minutes.fr/societe/2888467-20201019-attentat-conflans-lr-propose-serie-mesures-urgence-partic

    A l’école, il estime que les élèves à partir du collège devront lors de la rentrée du 2 novembre avoir « des débats sur ce qui s’est passé à Conflans-Sainte-Honorine », pour « crever l’abcès », et « en cas de manifestation d’une forme ou d’une autre de soutien à cette action barbare, il faudra convoquer les parents et un conseil de discipline ! »

    Encore ce mois-ci, pendant le procès du massacre de Charlie Hebdo, on a largement fait savoir que Mediapart, la France insoumise et plus généralement les islamo-gauchistes étaient carrément complices des frères Kouachi. C’est tout de même une vision très orientée de la liberté d’expression.

    On ne peut pas aborder la liberté d’expression en répétant l’apocryphe voltairien « Je déteste ce que vous dites, mais je me battrai pour votre droit à le dire » (comprendre ici : les musulmans doivent accepter les caricatures), tout en interdisant d’exprimer que l’« on déteste ce que vous dites ». Je veux bien qu’on se « batte » pour que Charlie ait le droit de publier ses merdes, mais je dois avoir le droit de dire que je déteste ces merdes ; c’est le fondement de la branchitude voltairienne. Pourtant on se souvient à quel point il fallait manifester « pour » la liberté d’expression, mais à quelle point il était dangereux de dire qu’« on n’était pas Charlie » pour autant. Des familles convoquées parce que le gamin n’était pas assez Charlie… jusqu’au pourtant très poli Emmanuel Todd et les polémiques autour de son bouquin Qui est Charlie ? :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Qui_est_Charlie_%3F

    Parmi les membres de la rédaction de Charlie Hebdo, Patrick Pelloux estime que l’ouvrage d’Emmanuel Todd constitue une insulte aux millions de manifestants et « soutient en quelque sorte l’intégrisme religieux ». Le journaliste Philippe Lançon, blessé dans l’attentat, compare la démarche d’Emmanuel Todd à celle d’« un corbeau, les corbeaux qui se déposent sur les champs de cadavres une fois que la bataille a eu lieu » et s’agace du « mépris » exprimé envers « les gens qui avaient été, je crois pour la plupart, sincèrement horrifiés par cet événement ». Pour lui, l’ouvrage de Todd constitue « une prime à la pensée pour la violence, une sorte de justification sous-jacente à l’acte qui avait été commis en faisant des frères Kouachi les représentants d’un peuple, d’une population ou d’une communauté opprimés ». La dessinatrice Coco juge quant à elle qu’« Emmanuel Todd s’est branlé sur des trucs sociologiques à la mords-moi-le-nœud ».

    Par ailleurs, le choix unique des caricatures comme héritage de Theo van Gogh, c’est encore une indication nette du piège que représente cette « défense et illustration de la liberté d’expression en Europe » dans ces conditions. Si l’on reprend la fiche Wikipédia du bonhomme, on a aussi un assez brillant passif antisémite :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Theo_van_Gogh_(réalisateur)

    Ses propos sur « la préoccupation juive autour d’Auschwitz » provoquent une vive indignation de la part de nombreux intellectuels juifs. Critiqué par l’historienne juive Evelien Gans, il écrit dans le magazine Folia Civitatis : « Je pense que madame Gans fait des rêves érotiques où elle se fait baiser par Josef Mengele ». En 1991, il est condamné à une amende pour ses propos dans le magazine Moviola où il parle d’« étoiles jaunes copulant dans la chambre à gaz » et l’« odeur de caramel » qu’il sent alors qu’on brûle des juifs diabétiques. En 1995, une autre plainte suit un éditorial dans lequel il reprend la formule de l’écrivain Robert Loesberg qui qualifie Jésus de « poisson pourri de Nazareth ».

    De fait, dans leur « défense de la liberté d’expression », il est particulièrement criant que ni le Jyllands-Posten ni Charlie Hebdo n’ont fait le choix d’illustrer ces désopilantes plaisanteries sur les chambres à gaz.

    Je ne fais pas cette remarque par whataboutisme (ne serait-ce que parce que je n’ai non plus envie qu’on s’impose les spectacles de Dieudonné en primetime sur France 2, au motif qu’il faudrait à tout crin défendre la liberté d’expression), mais pour bien faire ressortir que, dans leur approche de la liberté d’expression qu’il faudrait défendre après l’assassinat de Theo Van Gogh, Jyllands-Posten et Charlie Hebdo ont eux-mêmes fait un choix dans le nauséabond, choix qui permet de défendre une idée ainsi orientée de la liberté d’expression. Non comme un absolu libertaire au cœur de la « civilisation européenne », mais comme un provocation, une de plus, contre les populations racisées d’Europe.

    Je suppose que ceux qui réclament bruyamment qu’on affiche les caricatures du prophète dans toutes les classes et au fronton des mairies, au motif qu’elles incarneraient les valeurs de la République, auraient beaucoup plus de mal avec l’idée de baser des cours de « liberté d’expression » républicaine sur « l’odeur de caramel des juifs diabétiques à Auschwitz », en affichant ça dans toutes les classes ou sur les façades des bâtiments publiques. On aurait là un excellent sujet sur la persistance de l’antisémitisme en Europe, mais un cours très problématique sous l’angle de la seule liberté d’expression.

    Le choix de l’angle unique de la défense de la liberté d’expression est un piège, en ce que, très visiblement, il sert à légitimer (tu me diras : la faute aux assassins, oui pourquoi pas) des formes d’expression qui, auparavant, étaient déjà extrêmement problématiques. Parce que la question est vite réglée : évidemment que personne ne devrait mourir pour des dessins.

    Mais pour autant, cela ne fait pas de ces discours et de ces dessins des martyrs idéalisés des « valeurs » républicaines.

  • Mélenchon, « République » etc. « La créolisation n’est pas un projet ou un programme, c’est un fait » https://www.nouvelobs.com/debat/20200925.OBS33823/tribune-jean-luc-melenchon-la-creolisation-n-est-pas-un-projet-ou-un-prog

    « Créolisation ». Un mot dans mon discours sur la République a fait parler. Je laisse de côté la poignée de sots pour qui ce fut une nouvelle occasion d’essayer de me faire endosser la camisole de force de leurs hantises identitaires. Ainsi de madame Saporta. Son ignorance crasse éclata quand elle affirma que le concept de créolisation renvoyait aux « origines » de chacun. Elle ignore donc ce que veut dire ce mot depuis qu’Edouard Glissant l’a mis en scène. Commençons donc par lire ce qu’en disait Edouard Glissant en 2005 dans une interview au journal « le Monde » :

    « La créolisation, c’est un métissage d’arts, ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. C’est la création d’une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques. Elle se fait dans tous les domaines, musiques, arts plastiques, littérature, cinéma, cuisine, à une allure vertigineuse… »

    Le verbe riche d’Edouard Glissant fonctionne ici dans toute sa performance. Il permet de comprendre ce que désigne le mot « créolisation » sans aucun doute d’interprétation.

    Notons l’essentiel. Primo : la créolisation n’est ni un projet ni un programme. C’est un fait qui se constate. Il se produit de lui-même. D’où la sottise de ceux qui m’attribuent la créolisation comme un objectif politique. Veulent-ils s’opposer au processus spontané de la créolisation ? Mais alors il faudrait qu’ils disent pourquoi. Et surtout comment comptent-ils s’y prendre. Secundo : la créolisation ne concerne pas exclusivement la langue comme fait semblant de le croire Eric Zemmour. Elle implique bien davantage l’ensemble des usages de l’existence sociale. Ce sont ces habitudes par lesquelles chacun accède à la vie en société et qui lui paraissent naturelles, évidentes. J’aurais dû écrire « habitus » pour être aussi précis que possible. Cela désignerait alors la façon personnelle avec laquelle cette intégration des usages se fait pour chacun, en relation avec ses appartenances sociales telles que le lieu de vie, la classe sociale, les réseaux de vie collective.

    Le vieux Thomas Legrand en faisait sa chronique ce matin : https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-30-septembre-2020

    Au moins, en posant ce débat, Mélenchon fait-il réfléchir… On l’avait oublié [non, toi], mais ce devrait être aussi ça, la politique.

    Faut que je regarde ça maintenant, je ne te remercie pas @fil.
    https://www.youtube.com/watch?v=4nNP1g5_6-M

    Anyway, depuis le temps que je veux lire ceci de feu Alain Ménil :

    Édouard Glissant, signataire du Manifeste des 121 en 1960, « pour un droit à l’insoumission », jusqu’à la créolisation de la FI en 2020, tout s’explique — en attendant le ticket Mélenchon-Taubira : )

    Déformation professionnelle oblige, deux archives du @mdiplo :

    Il n’est frontière qu’on n’outrepasse (octobre 2006)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2006/10/GLISSANT/13999

    La Martinique : une société morbide et ses pulsions (juin 1977)
    https://www.monde-diplomatique.fr/1977/06/GLISSANT/34289

    Dépouillée de ses valeurs culturelles, condamnée à une mendicité officielle, parée d’une bourgeoisie de pure fiction, la Martinique pourtant résiste à la politique d’assimilation.

    • écrire en compagnie - Vacarme
      https://vacarme.org/article2999.html

      Dire « le monde », c’est penser avec Édouard Glissant ?

      Tiphaine Samoyault : Glissant est central pour moi. Avec lui, on quitte l’équivalence entre monde et universel et on rattache monde et divers. Il y a eu un moment historique où mondial fonctionnait avec universel et avec cosmopolitisme. Ce moment est passé. Monde doit être branché sur d’autres mots. J’emprunte à Glissant la façon dont il s’en sert comme d’un adjectif, comme dans « littérature-monde ». Quand il parle du « Tout-monde », il créolise le français, parce que monde en créole, c’est « les gens ». « Tout moun » est une expression des plus courantes pour dire « les autres », « la bande », « la fine équipe ». Glissant ne l’invente pas, mais il en joue, parce que « Tout-monde » en français a une résonance autrement plus autoritaire, avec laquelle il ironise.

    • Dans le fond, on ne peut que se féliciter qu’un penseur comme Édouard Glissant puisse être pris comme référence dans les débats politiques que connaît la France aujourd’hui. Et cela, pour tout un tas de raisons qui me conduisent à dire (avec d’autres) que Glissant fait partie de ces penseurs dont on a besoin en ces temps de confusion, tant il a envisagé je crois des perspectives qui peuvent être très utiles face aux enjeux que l’on connaît aujourd’hui en France. Je ne crois pas personnellement qu’en évoquant la notion glissantienne de créolisation, Jean-Luc Mélenchon puisse être accusé en quoi que ce soit d’opportunisme, de récupération ou même de provocation comme cela a été dit par ceux qui ont voulu créer là une polémique stérile. Certaines voix ont tenté de simplifier ce qu’il a dit, qui me paraît au contraire non seulement bienvenu, mais de surcroît porteur de pistes stimulantes pour le présent. On pourra bien sûr étayer çà et là, discuter, préciser (et c’est nécessaire parce que Glissant est un penseur de la nuance et de la complexité du réel), mais justement, c’est ce que je trouve stimulant : le fait que cette évocation ouvre des voies intéressantes dont il est nécessaire de débattre. Donc oui, pour le redire, je pense que cette référence a été faite à bon escient.

      https://blogs.mediapart.fr/loic-cery/blog/111020/edouard-glissant-la-creolisation-et-son-interpretation

  • The OAS Accusation of Electoral Fraud Against Evo Morales Is Bullshit — And Now We Have the Data to Prove It
    https://jacobinmag.com/2020/09/oas-evo-morales-bolivia-coup-fraud-cepr

    The day after the Bolivian election, the Organization of American States suggested the result was fraudulent — then took months to provide any proof. Last month, it finally released its data — and researchers at the Center for Economic and Policy Research found a basic coding error that destroys the OAS’s case against Morales.

  • Le Monde annonçait dès ce matin son article hagiographique du jour, devenu depuis le sublime : Au Panthéon, Emmanuel Macron précise sa vision de la République
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/09/04/emmanuel-macron-celebre-la-republique-au-pantheon-pour-en-devoiler-sa-concep

    Et donc, le bulletin érémiste (je veux dire : de la REM) se fend d’un paragraphe d’introduction digne de Jaurès :

    Emmanuel Macron devait apporter, vendredi 4 septembre, une nouvelle touche à son tableau impressionniste. Celui d’un chef de l’Etat sans histoire politique qui esquisse depuis trois ans sa vision de la République, de la citoyenneté, de la laïcité, reprenant son travail par endroits, laissant des blancs à d’autres, quand certains (rares) pans de la fresque apparaissent, eux, figés pour de bon.

    Oui, sans déconner : « une nouvelle touche à son tableau impressionniste ». (Mon dieu mon dieu mon dieu…)

    Alors en fait, en guise de « tableau impressionniste » et de « vision de la République », tout ça pue le frelaté :
    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/la-republique-n-admet-aucune-aventure-separatiste-declare-emmanuel-macron-2

    Le président a toutefois mis en garde : la République est « précaire » et est « toujours à protéger ». Il a pointé du doigt « ceux qui, souvent au nom d’un dieu, parfois avec l’aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi d’un groupe ». « La République, parce qu’elle est indivisible, n’admet aucune aventure séparatiste », a affirmé Emmanuel Macron, rappelant qu’un projet de loi serait débattu à l’automne sur le sujet.

    Ah tiens donc, « un dieu », une « aventure séparatiste » ? Mais de quelle religion parle-t-il de manière aussi mystérieuse ? Quelle religion menace ainsi sa « vision de la République », sur les marches du Panthéon ?

    Le chef de l’État a notamment salué « les policiers, les gendarmes, les magistrats, les maires, toutes celles et ceux qui luttent contre la violence, contre le racisme et l’antisémitisme » et qui « jouent un rôle déterminant » dans la République. « Ceux qui s’en prennent à eux, doivent être lourdement condamnés », a réclamé le président alors que les violences se sont multipliées au cours de ces derniers mois.

    Oui, « les violences se sont multipliées », mais quand on parle des policiers, j’ai comme qui dirait l’impression que c’est avec une vue un peu borgne de la question…

    Enfin, sur le déboulonnement des statues, réclamé par plusieurs mouvances de l’antiracisme, Emmanuel Macron a répliqué que « La République ne déboulonne pas de statues ». « On choisit la France, on ne choisit pas une part de son histoire », a demandé le chef de l’État.

    Et aïe donc. Outre exiger que l’on remette en place les statues de Pétain, j’aimerais bien savoir ce que c’est que cette histoire de « on choisit la France »… C’est quoi, c’est genre « la France, on l’aime ou on la quitte ? » Parce que ceux qui gueulent contre les statuts de négriers sont forcément d’origine pas-de-chez-nous ? (Moi j’ai choisi que dalle, je suis né là, et je peux te dire que la critique des statues d’entrecouillistes racistes, je comprends très bien.)

    Bon, bref, le Monde t’annonce une grandiose vision de la République, du chéfissime qui t’affine l’idéal républicain, et au final on a une parodie des Mégret gèrent la ville : les narabes, les narabes, les narabes !

  • Le pire du #fact-checking

    En Bolivie, le journal Pagina Siete ouvertement anti-Evo et anti-MAS (le parti de gauche) se sert du fact-checking pour propager de fausses rumeurs l’air de rien, grâce à une forme complètement malhonnête.

    https://twitter.com/pagina_siete/status/1299346135182577664

    Il faut vraiment avoir un oeil averti pour se rendre compte que c’est une vérification d’info et qu’il s’agit d’une fausse rumeur (la fausse rumeur serait que le MAS aurait un projet de loi pour baisser l’âge de mariage légal à 14 ans) :

    – publié sur le compte officiel du journal https://mobile.twitter.com/pagina_siete, au lieu d’utiliser un compte dédié. Le tweet est donc mélangé à des informations réelles
    – il n’est pas clair qu’il s’agit d’une rumeur ("Untel est accusé de ...")
    – rien ne dit que c’est une fausse rumeur
    – le tweet montre l’affirmation mensongère deux fois et en très gros : dans le texte, et dans l’image
    – vu la formulation du tweet, même si on comprend qu’il s’agit de fact-checking, on a plutôt l’impression que le journal valide la rumeur ("Bolivia Verifica")...

    #vomi

  • “The dark side of .io: How the U.K. is making web domain profits from a shady Cold War land deal

    The .io domain is a hit, but few startups using it appreciate the associations it carries — a mass expulsion that took place within living memory, and a crucial staging-post for the “War on Terror”.”

    http://gigaom.com/2014/06/30/the-dark-side-of-io-how-the-u-k-is-making-web-domain-profits-from-a-shady-co

    #ccTLD

  • Je découvre le Territoire britannique de l’océan Indien, qui gère le .io (les TLD de deux lettres sont toujours des ccTLD, c’est-à-dire des noms de domaines gérés par des États ou assimilés - merci @stephane).

    C’est avant tout une base militaire commune entre le Royaume Uni et les États Unis, et le tourisme n’y est pas autorisé.

    The British Indian Ocean Territory is not a tourist destination. Access is restricted and a permit is required in advance of travel. There are no commercial flights and permits are only issued to yachts for safe passage.

    https://www.gov.io/visiting/current-travel-advice

    Les 2000 habitants ont été expulsés en 1965.

    #visa #déplacement_de_population #dns

  • Incroyable !

    Enfin, un chercheur a réussi à reproduire l’analyse statistique de l’OEA sur les élections en Bolivie en octobre 2019.

    https://twitter.com/JakobJohnston/status/1296589462990983169

    Il fallait juste... formater les dates n’importe comment puis les trier par ordre alphabétique :

    – 21/10/2019 02:06am
    – 21/10/2019 02:06pm
    – 21/10/2019 02:07am
    – 21/10/2019 02:07pm
    – ...

    Évidemment, les données n’ont alors plus aucun sens, ce qui a permis à l’OEA de conclure le lendemain de l’élection que :

    los cambios en la tendencia del TREP eran difíciles de explicar y que no coincidían con las otras mediciones de las que se disponía

    L’erreur statistique de la part de l’OEA donne des résultats incompréhensibles, forcément, ce qui sert ensuite à justifier la théorie d’une fraude électorale. Le tour est joué.

    #oea #bolivie #oas #coup #élections

  • "Aucune communauté sur le sol de la République ne fait sa loi", déclare Gérald Darmanin à Saint-Dizier, après l’arrestation de plusieurs Tchétchènes
    https://www.francetvinfo.fr/politique/gerald-darmanin/aucune-communaute-sur-le-sol-de-la-republique-ne-fait-sa-loi-declare-ge

    Le ministre a rappelé que « c’est la police de la République, la gendarmerie, les forces légitimes d’intervention des forces de l’ordre qui font la loi dans notre pays ».

    Je vois ce qu’il veut dire, mais qu’il est con mon dieu qu’il est con. (Et le journaliste qui a utilisé la tournure « rappelé » pour énoncer une telle connerie est lui-même un abruti qui a visiblement raté ses études.)

    Parce que c’est pas les flics qui « font la loi dans notre pays », Dieu merci : tout le monde sait que ceux qui font la loi, ce sont les députés godillots de LaREM.

    • Et une tournure à la Sarkozy, typique dog whistle lepéniste (les étrangers qui profitent et qui foutent le bordel) :

      « Avoir l’asile sur le territoire national ne crée par des droits de faire le bordel, des règlements de comptes ou d’attenter à la vie des uns et des autres », a-t-il justifié.

      (Sinon, j’aurais tendance à penser que le bordel, il faut bien que quelqu’un le fasse pour que les politiciens puissent y aller.)

  • Hors-Série - Des entretiens filmés avec de la vraie critique dedans
    https://www.hors-serie.net/emission.php?id=358
    https://www.hors-serie.net/medias/vimeo/=358/=358_medium.jpg
    Est encore en libre accès pour la journée.

    Le capitalisme patriarcal
    Dans le Texte
    Silvia Federici
    Judith Bernard

    De Silvia Federici, j’ai lu il y a quelques années Caliban et la sorcière. Et j’en avais été éblouie et ravagée à la fois. L’immense féminicide perpétré aux XVIème et XVIIème siècles, cette « chasse aux sorcières » dont l’école nous parle si peu, prenait sens sous la plume de Federici comme un phénomène lié à la structuration capitaliste de nos sociétés. Au sortir du Moyen-Age, alors que s’élaborait l’assignation des femmes dans la sphère domestique et les tâches reproductives, désormais séparées du travail de la production, les femmes qui tentaient d’échapper à cette assignation, en cultivant leur autonomie culturelle et économique, firent l’objet d’une vaste criminalisation qui les vit souvent finir au bûcher. Cette thèse, paraît-il, est discutée par certains historiens ; elle n’en est pas moins saisissante tant elle permet de rendre intelligible un événement qui, sans cela, risque de rester pris dans les ténèbres de l’incompréhensible.

    Elle est d’autant plus convaincante, cette thèse, que Federici détecte dans l’histoire du XIXème siècle un phénomène analogue ; non pas une nouvelle « chasse aux sorcières », mais une nouvelle opération d’assignation des femmes à résidence, sous l’empire du capital. C’est dans sa dernière publication, Le capitalisme patriarcal, que la féministe marxiste propose une série d’articles examinant les relations structurelles entre capitalisme et patriarcat, et notamment l’invention, par les structures économico-politiques, de la « ménagère prolétaire », vers la moitié du XIXème : le capital passe alors de l’industrie légère (textile, où les femmes travaillaient aux côtés des hommes) à l’industrie lourde (métallurgie, travail de force dont les femmes seront évincées), il est las des contestations ouvrières que lui oppose la force de travail, il veut un ouvrier robuste, bien nourri, et pacifié... Alors il lui offre une esclave domestique (la fameuse ménagère) en interdisant aux femmes le travail à l’usine, et fait du travailleur masculin son meilleur allié en augmentant son salaire assez généreusement pour qu’il suffise à nourrir la famille ; et voici les femmes entièrement dépendantes des hommes pour leur survie économique, assujetties à leur époux et exclusivement vouées à reproduire la force de travail.

    Ce à quoi elles doivent désormais exclusivement se consacrer, c’est ce que les féministes appellent le travail de la reproduction : invisible, gratuit, nié, ce travail est le pilier du capitalisme, que Marx a pourtant complètement ignoré et occulté - peut-être fallait-il être une femme pour mesurer l’ampleur de ce travail, et percevoir que c’était bien un travail, contraint par les conditions matérielles d’existence, et non pas l’expression d’une « nature » obéissant à son seul « instinct ». Bien sûr les femmes ont multiplié les stratégies pour tenter de déjouer cette assignation : qu’elles cherchent leur autonomie économique dans la prostitution - et aussitôt le corps social venait jeter l’opprobre sur ces conduites dépravées qui les détournaient de leur vocation ménagère - ou qu’elles opposent à leur esclavage sexuel et domestique des indispositions chroniques (frigidité, hystérie, et toute cette psychopathologie du féminin dont le XIXème a le secret) et c’est la psychanalyse en plein essor qui venait au secours de l’ordre social, en tâchant de rendre les femmes à la jouissance (des hommes).

    On le voit, la puissance politique du féminisme marxiste, sa capacité à éclairer les rapports d’exploitation dans leur profondeur la plus intime, la plus « invisible », est considérable : Federici n’est pas pour rien une figure tutélaire incontournable du féminisme contemporain. Puissent ses travaux connaître la descendance qu’ils méritent, surtout en France où le féminisme marxiste a peu essaimé : en déplaçant ainsi le centre de gravité du marxisme, depuis le travail de la production qui obnubilait Marx, vers le travail de la reproduction qui le rend possible, elle joue Marx contre Marx, comme elle dit, et nous offre des outils politiques d’une exceptionnelle robustesse. En nous évitant de nous en remettre à un féminisme d’Etat très indifférent à la persistance de structures de discrimination et d’exploitation que seules mesurent celles qui sont le plus directement concernées, Federici maintient la lutte à son niveau d’exigence, que bien des femmes prétendument « émancipées » pourraient avoir perdu de vue. Certes, en Occident, on se prétend souvent « libérée », sans voir forcément qu’on ne s’est soulagée du travail reproductif qu’en déléguant ses tâches aux migrantes et à leurs héritières. En conjugant marxisme et féminisme, l’auteure du Capitalisme patriarcal propose une critique sociale beaucoup plus exhaustive, capable de rendre compte des formes les plus sourdes de l’aliénation, et, partant, de leur opposer une lutte aussi lucide que déterminée.

  • Nouvelle trouvaille de l’extrême-droite (pardon, du Ministre de la violence légitime) : retourner le vocabulaire des victimes pour lui faire perdre son sens. « J’étouffe » (I can’t breath ») devient donc : « Quand j’entends le mot "violences policières" personnellement je m’étouffe ».

    Violences policières : Un terme qui fait « s’étouffer » Gérald Darmanin
    https://www.20minutes.fr/politique/2830615-20200728-violences-policieres-terme-fait-etouffer-gerald-darmanin

    « Quand j’entends le mot "violences policières" personnellement je m’étouffe », a déclaré le ministre de l’Intérieur. « La police exerce une violence certes mais une violence légitime. (…) Elle doit le faire de manière proportionnelle, elle doit le faire de manière encadrée. Que quelques personnes le fassent en dehors des règles déontologiques, la sanction doit être immédiate », a-t-il ajouté. « Mais il est normal que les policiers et gendarmes soient armés, interviennent par la force, pour que la force reste à la loi de la République et pas celle des bandes ou des communautés », selon lui.

    Et donc, oui, on peut très bien faire plus ignoble que Castaner. (« Non, les policiers ne mutilent pas les manifestants, j’y mettrais ma main à couper. D’ailleurs ça crève les yeux. »)

  • Linux team approves new terminology, bans terms like ’blacklist’ and ’slave’ | ZDNet
    https://www.zdnet.com/article/linux-team-approves-new-terminology-bans-terms-like-blacklist-and-slave

    Going forward, Linux developers have been asked to use new terms for the master/slave and blacklist/whitelist terminologies.

    Proposed alternatives for master/slave include:

    primary/secondary
    main/replica or subordinate
    initiator/target
    requester/responder
    controller/device
    host/worker or proxy
    leader/follower
    director/performer

    Proposed alternatives for blacklist/whitelist include:

    denylist/allowlist
    blocklist/passlist

    The Linux team did not recommend any specific terms but asked developers to choose as appropriate.

    The new terms are to be used for new source code written for the Linux kernel and its associated documentation.

    The older terms, considered inadequate now, will only be allowed for maintaining older code and documentation, or “when updating code for an existing (as of 2020) hardware or protocol specification that mandates those terms.”

    The move to phase out the master/slave and blacklist/whitelist terminologies came after a proposal filed by Linux kernel maintainer Dan Williams on July 4. Linux creator Linus Torvalds approved the proposal on Friday in a pull request for the Linux 5.8 repository.

    #Linux #Language #Racisme_systémique #Antiracisme

  • https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/07/01/comment-emmanuel-macron-veut-contrer-la-poussee-ecologiste_6044816_823448.ht

    « Il faut faire attention, car l’envie que la transition écologique soit la première priorité des élus, tant au plan local que national, est très forte chez les Français », met en garde le député LRM de l’Isère, Jean-Charles Colas-Roy, chargé de cette thématique.

    Tu as raison, Jean-Charles, il ne faudrait quand même pas que l’écologie soit la priorité des élus.

  • Le même jour :

    – Le Monde nous fait l’article usuel sur Poutine, au pouvoir depuis 20 ans (les jeunes gens n’ont connu que lui à la tête du pays) : « Poutine, ce n’est pas un président, c’est devenu un mode de vie » : avoir 20 ans en Russie
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/07/01/generation-poutine_6044824_3210.html

    – Libération panthéonise Angela Merkel, pourtant au pouvoir depuis 15 ans (les jeunes Allemands n’ont connu qu’elle)… En quittant le club des radins, Merkel aux portes du Panthéon européen
    https://www.liberation.fr/planete/2020/06/30/en-quittant-le-club-des-radins-merkel-aux-portes-du-pantheon-europeen_179

    Note : ça n’est pas un argument sur le fait que l’Allemagne et la Russie auraient les mêmes conditions de démocratie. Mais juste remarquer que les considérations sur la seule durée du pouvoir personnel, c’est problématique si elle rend aveugle : Angela Merkel, pour les Allemands, ce n’est pas un « mode de vie » aussi ?

  • 110 km/h sur l’autoroute, semaine de 28h... La Convention citoyenne pour le climat à l’heure des choix | LCI
    https://www.lci.fr/planete/convention-citoyenne-pour-le-climat-limitation-de-vitesse-a-110-km-h-sur-l-autor

    Parmi ses propositions phares, on peut retenir le recyclage obligatoire de l’ensemble du plastique ainsi que la suppression de tous les plastiques à usage unique dès 2023, ou bien la réduction du temps de travail hebdomadaire qui passerait de 35h à 28h avec un salaire inchangé.

    Ah ah, devine quelle mesure sera éventuellement soumise à référendum populaire, et quelle mesure ne le sera jamais.

    • Les boulets du NYT d’après l’OEA :
      – négation de l’Holodomor en 1931
      – refus de publication de l’existence de camps d’extermination en 1944
      – récit pro-castriste en 1957.

      Et ce morceau de bravoure : le NYT a, bien sûr, le droit de mentir, le secrétariat général de l’OEA, de son côté, préfère exercer avec prudence son droit de dire la vérité.

      Por su parte, aunque menos relevante, un artículo del NYT también ha intentado de alguna manera ir por ese camino de negar el fraude electoral en las elecciones de octubre de 2019 en Bolivia. Una vez más, no corresponde a este comunicado entrar en una discusión política con el equipo del NYT, pero sí es necesario contextualizar esta campaña. El NYT tiene una historia controversial con la verdad en contextos de dictaduras y totalitarismos que ha sido documentada. Por ejemplo, en 1931 el corresponsal del NYT en la Unión Soviética Walter Duranty falló en identificar y reportar la hambruna de millones de ucranianos provocada por el régimen totalitario de Joseph Stalin. El corresponsal del NYT terminó representando más defensa de Stalin que de la verdad. Se podrá decir que era “otro” NYT, aun así, el Premio Pulitzer que Duranty obtuvo por este trabajo sobre la Unión Soviética, no ha sido despojado por la Junta del Pulitzer ni rechazado por el “actual” NYT.

      Por alguna inaceptable e incomprensible razón, el NYT tampoco reportó en sus primeras planas la evidencia del genocidio del Holocausto y los campos de concentración Nazi en los últimos años de la Segunda Guerra Mundial. El criterio de publicación de NYT no pasa por las coordenadas de veracidad y objetividad, sino más bien de conveniencia política. En este Hemisferio, en 1957, su corresponsal Herbert Matthews fue instrumental en la construcción de una narrativa pro-Castro del cual el mismo Fidel Castro se burló y se benefició en su proceso de destrucción totalitaria. Nada de esto ha sido objeto de revisión por el actual NYT. Hoy, por su parte, pretende negar al pueblo boliviano la posibilidad de elegir un nuevo presidente que no sea Evo Morales en una nueva elección.

      Obviamente le reconocemos al NYT su derecho a mentir, tergiversar, distorsionar la información, los datos y los hechos, así como a mezclar verdad y mentira todas las veces que quiera; reconociendo que estos derechos que tiene son inalienables y pertenecen a la esencia del ejercicio de la libertad de prensa y de expresión y definitivamente haremos todo lo que sea necesario siempre para asegurar el ejercicio de estos derechos. Por parte de la Secretaría General, ejerceremos, con prudencia, nuestro único derecho a decir la verdad y a presentar los hechos tal cual son.

      Sur le Venezuela, Almagro observe tout aussi scrupuleusement son droit de dire sa vérité…

  • Je ne suis pas fan de Trudeau, mais je remarque qu’après son petit sketch (20 secondes silence) pour (ne pas) dire ce qu’il pense des positions de Trump, il ajoute ceci :
    https://nationalpost.com/news/canada/as-u-s-boils-over-trudeau-says-systemic-racism-in-canada-must-be-addre

    “But it is a time for us as Canadians to recognize that we too have our challenges, that black Canadians and racialized Canadians face discrimination as a lived reality every single day.

    “There is systemic discrimination in Canada, which means our systems treat Canadians of colour, Canadians who are racialized, differently than they do others.”

    En France on en est encore à :
    https://www.liberation.fr/france/2020/05/28/laurent-nunez-le-racisme-n-a-pas-sa-place-dans-la-police_1789710

    Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur défend des forces de sécurité mises en cause pour leur action pendant le confinement et réfute la défiance d’une partie de la jeunesse et des mouvements sociaux.

    • Je ne comprends pas qu’on puisse monopoliser la machine judiciaire pour interdire à une personne d’exprimer son ressenti.

      Quand tu dis « je me sens ceci » ou « je ne me sens pas cela », je ne vois pas comment, cela peut être attaquable, comment quelqu’un d’autre — et à forciori une institution — peut te dire  : « non, tu as tort, tu ne ressens pas ça, tu n’as pas le droit de ressentir ceci, tu dois ressentir cela, ton ressenti offense telles personnes ou valeurs… »

    • @monolecte Alors autant je pense que les personnes racisées ont à la fois raison et le droit de dire qu’elles ont peur, autant le côté « exprimer son ressenti donc pas de poursuites » ne me semble pas totalement défendable.

      Si quelqu’un va à la télévision et déclare : « quand je croise un arabe dans le métro, je me sens menacé/en danger », « si j’apprend qu’un commerçant est juif, j’ai peur de me faire arnaquer », je pense qu’il est légitimement passible de poursuites.

      (Après, deux poids deux mesures tout ça, le type qui a explicitement dit qu’il préférait descendre du bus quand il y a une femme voilée, je ne crois pas qu’un ministre ait annoncé qu’il allait porter plainte.)

    • Il nous faudrait un philosophe, dans le coin.

      Je te suis parfaitement dans ce que tu dis (le mec utilise son ressenti pour exprimer une pensée raciste), mais de la même manière, je me sens menacée quand je croise un chasseur ou un skin. Ou une femme se sent généralement menacée dans l’espace public.

      Oui, je vois qu’il y a la dissymétrie oppresseur/opprimé, mais il y a un loup à attaquer un sentiment.