sodaa

’Je me fracasserai. Je ne suis pas situé en ce monde’ L. Calaferte

  • Stopper la montée de l’insignifiance
    https://www.monde-diplomatique.fr/1998/08/CASTORIADIS/3964

    par Cornelius Castoriadis

    Il manque la voix de Cornelius Castoriadis, ce dissident essentiel, en ces temps de « non-pensée ». Il n’a pas sombré dans le renoncement esthète, ni dans le cynisme ni dans cette apathie repue qui dit : « Tout se vaut, tout est vu, tout est vain. » Il dénonce une élite politique réduite à appliquer l’intégrisme néolibéral, mais souligne aussi la responsabilité du « citoyen » que la précarité désengage de l’activité civique. Silencieusement, s’est mise en place cette formidable régression : une non-pensée produisant cette non-société, ce racisme social. Jusqu’au bout Castoriadis a recherché une radicalité : « Je suis un révolutionnaire favorable à des changements radicaux, disait-il quelques semaines avant sa mort. Je ne pense pas que l’on puisse faire marcher d’une manière libre, égalitaire et juste le système français capitaliste tel qu’il est. »

    #révolution #époque #Castoriadis


  • Des enfants emprisonnés à vie | Métro

    http://journalmetro.com/opinions/trajectoires/2048810/des-enfants-emprisonnes-a-vie

    Bravo à Andréane pour l’article.

    Cyntoia Brown avait 16 ans lorsque, en 2004, sans domicile ni argent, elle a été forcée à la prostitution par un proxénète surnommé Kut-Throat. Le soir du 5 août 2004, craignant pour sa vie, elle tire sur Johnny Allen, un homme de 43 ans à qui elle avait été vendue. Deux ans plus tard, sa sentence tombe : coupable de meurtre au premier degré et de vol. Elle devra purger une peine à vie, avec libération conditionnelle possible après 51 ans.

    La réalisation d’un documentaire sur Brown par PBS (2011), l’intérêt de certains législateurs et la médiatisation du cas ont permis une modification de la loi du Tennessee afin d’éviter qu’une personne de moins de 18 ans puisse être reconnue coupable de prostitution. Et pourtant, malgré ce changement législatif, la Cour suprême de l’État a jugé, en décembre 2018, que Brown devait servir 51 ans de prison avant d’être éligible à une libération conditionnelle.


  • "Je cite souvent Spinoza : « il n’y a pas de force intrinsèque de l’idée vraie. » C’est une des phrases les plus tristes de toute l’histoire de la pensée. Cela signifie que la vérité est très faible, sans force. Par conséquent, nous qui travaillons à produire de la vérité, qui croyons tacitement qu’il est important de produire de la vérité, qui croyons tacitement qu’il est important de diffuser la vérité puisque nous enseignons, nous parlons, nous écrivons, etc. est-ce que, pour être en accord avec nous-mêmes, pour ne pas être trop contradictoires et trop désespérés, nous ne devons pas essayer de réfléchir sur la nécessité de nous unir pour donner collectivement un peu de force sociale à la vérité ?"

    [ Bourdieu , Dévoiler et divulguer le refoulé ]

    #Bourdieu
    #Spinoza
    #Vérité
    #Lutte


  • Les forcenés, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 8 janvier 2019)
    https://blog.mondediplo.net/les-forcenes

    propos recueilli d’un « haut responsable des forces de maintien de l’ordre » : « c’est nous, l’institution, qui fixons le niveau de violence de départ. Plus la nôtre est haute, plus celle des manifestants l’est aussi ». Voilà ce qu’on ne lira jamais dans la presse mainstream.



  • Manifestants blessés : le fabricant du «Flash-Ball» parle du LBD40: « C’est un calibre de guerre » - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/manifestants-blesses-le-fabricant-du-flash-ball-plaide-non-coupable-09-12

    Remplacé par une arme plus précise… mais plus puissante

    En 2015, la police des polices, l’IGPN, a jugé l’usage des Flash-Ball dépassé, et préconisé son retrait progressif de l’équipement des policiers. A la place, les forces de police ont été encouragées à se munir de LBD40
    #Maintien_de_L'ordre
    Le LBD40, comme le Flash-Ball, est une arme de quatrième catégorie. Mais contrairement au second, il est utilisé pour les longues distances. Il a été mis au point en 2008 par la police après les émeutes de Villiers-le-Bel en novembre 2007, au cours desquelles des armes à feu avaient été utilisées pour la première fois contre les policiers.

    « La balle est d’un calibre de 40 mm… c’est beaucoup plus dangereux que le Flash-ball. C’est un calibre de guerre », avance Jean-Verney Carron. Sur de courtes distances, le risque de traumatismes graves existe, voire de décès dans des cas exceptionnels.

    #Maintien_de_L'ordre


  • « Avec les Gilets jaunes, Facebook dispose d’une formidable base de données d’opinion »
    https://www.alternatives-economiques.fr/gilets-jaunes-facebook-dispose-dune-formidable-base-de-donnees/00087367

    Manifestation sur les Champs-Elysées, occupation de ronds-points, de péages... Les Gilets jaunes se sont exprimés dans de nombreux lieux, mais celui d’où le mouvement est parti et où il s’est organisé est le réseau social Facebook. Que ce soit les Facebook live (vidéo en direct), les groupes Facebook avec quelques millions de membres ou encore les événements Facebook pour se donner rendez-vous, la plate-forme a servi d’outil de mobilisation. Mais cette dernière est avant tout une entreprise (...)

    #CambridgeAnalytica #Facebook #algorithme #manipulation #données #électeurs #profiling #BigData


  • Appel à action : le Conseil européen doit rejeter la « définition IHRA » de l’antisémitisme !
    https://nantes.indymedia.org/articles/43826

    Sous la pression de lobbys favorables au gouvernement israélien à Bruxelles, un projet de résolution « pour la lutte contre l’antisémitisme et la protection des communautés juives en Europe » sera soumis à la décision finale du Conseil européen « Justice et affaires intérieures » ce jeudi 6 décembre 2018. Ce projet demande aux États membres d’adopter la « définition IHRA » de l’antisémitisme qui assimile la critique de l’État d’Israël à de l’antisémitisme et vise à criminaliser les défenseurs des droits des Palestiniens.

    #Racisme #Répression #Resistances #antifascisme #Racisme,Répression,Resistances,antifascisme


  • Europe is using smartphone data as a weapon to deport refugees

    European leaders need to bring immigration numbers down, and #metadata on smartphones could be just what they need to start sending migrants back.

    Smartphones have helped tens of thousands of migrants travel to Europe. A phone means you can stay in touch with your family – or with people smugglers. On the road, you can check Facebook groups that warn of border closures, policy changes or scams to watch out for. Advice on how to avoid border police spreads via WhatsApp.

    Now, governments are using migrants’ smartphones to deport them.

    Across the continent, migrants are being confronted by a booming mobile forensics industry that specialises in extracting a smartphone’s messages, location history, and even #WhatsApp data. That information can potentially be turned against the phone owners themselves.

    In 2017 both Germany and Denmark expanded laws that enabled immigration officials to extract data from asylum seekers’ phones. Similar legislation has been proposed in Belgium and Austria, while the UK and Norway have been searching asylum seekers’ devices for years.

    Following right-wing gains across the EU, beleaguered governments are scrambling to bring immigration numbers down. Tackling fraudulent asylum applications seems like an easy way to do that. As European leaders met in Brussels last week to thrash out a new, tougher framework to manage migration —which nevertheless seems insufficient to placate Angela Merkel’s critics in Germany— immigration agencies across Europe are showing new enthusiasm for laws and software that enable phone data to be used in deportation cases.

    Admittedly, some refugees do lie on their asylum applications. Omar – not his real name – certainly did. He travelled to Germany via Greece. Even for Syrians like him there were few legal alternatives into the EU. But his route meant he could face deportation under the EU’s Dublin regulation, which dictates that asylum seekers must claim refugee status in the first EU country they arrive in. For Omar, that would mean settling in Greece – hardly an attractive destination considering its high unemployment and stretched social services.

    Last year, more than 7,000 people were deported from Germany according to the Dublin regulation. If Omar’s phone were searched, he could have become one of them, as his location history would have revealed his route through Europe, including his arrival in Greece.

    But before his asylum interview, he met Lena – also not her real name. A refugee advocate and businesswoman, Lena had read about Germany’s new surveillance laws. She encouraged Omar to throw his phone away and tell immigration officials it had been stolen in the refugee camp where he was staying. “This camp was well-known for crime,” says Lena, “so the story seemed believable.” His application is still pending.

    Omar is not the only asylum seeker to hide phone data from state officials. When sociology professor Marie Gillespie researched phone use among migrants travelling to Europe in 2016, she encountered widespread fear of mobile phone surveillance. “Mobile phones were facilitators and enablers of their journeys, but they also posed a threat,” she says. In response, she saw migrants who kept up to 13 different #SIM cards, hiding them in different parts of their bodies as they travelled.

    This could become a problem for immigration officials, who are increasingly using mobile phones to verify migrants’ identities, and ascertain whether they qualify for asylum. (That is: whether they are fleeing countries where they risk facing violence or persecution.) In Germany, only 40 per cent of asylum applicants in 2016 could provide official identification documents. In their absence, the nationalities of the other 60 per cent were verified through a mixture of language analysis — using human translators and computers to confirm whether their accent is authentic — and mobile phone data.

    Over the six months after Germany’s phone search law came into force, immigration officials searched 8,000 phones. If they doubted an asylum seeker’s story, they would extract their phone’s metadata – digital information that can reveal the user’s language settings and the locations where they made calls or took pictures.

    To do this, German authorities are using a computer programme, called Atos, that combines technology made by two mobile forensic companies – T3K and MSAB. It takes just a few minutes to download metadata. “The analysis of mobile phone data is never the sole basis on which a decision about the application for asylum is made,” says a spokesperson for BAMF, Germany’s immigration agency. But they do use the data to look for inconsistencies in an applicant’s story. If a person says they were in Turkey in September, for example, but phone data shows they were actually in Syria, they can see more investigation is needed.

    Denmark is taking this a step further, by asking migrants for their Facebook passwords. Refugee groups note how the platform is being used more and more to verify an asylum seeker’s identity.

    It recently happened to Assem, a 36-year-old refugee from Syria. Five minutes on his public Facebook profile will tell you two things about him: first, he supports a revolution against Syria’s Assad regime and, second, he is a devoted fan of Barcelona football club. When Danish immigration officials asked him for his password, he gave it to them willingly. “At that time, I didn’t care what they were doing. I just wanted to leave the asylum center,” he says. While Assem was not happy about the request, he now has refugee status.

    The Danish immigration agency confirmed they do ask asylum applicants to see their Facebook profiles. While it is not standard procedure, it can be used if a caseworker feels they need more information. If the applicant refused their consent, they would tell them they are obliged under Danish law. Right now, they only use Facebook – not Instagram or other social platforms.

    Across the EU, rights groups and opposition parties have questioned whether these searches are constitutional, raising concerns over their infringement of privacy and the effect of searching migrants like criminals.

    “In my view, it’s a violation of ethics on privacy to ask for a password to Facebook or open somebody’s mobile phone,” says Michala Clante Bendixen of Denmark’s Refugees Welcome movement. “For an asylum seeker, this is often the only piece of personal and private space he or she has left.”

    Information sourced from phones and social media offers an alternative reality that can compete with an asylum seeker’s own testimony. “They’re holding the phone to be a stronger testament to their history than what the person is ready to disclose,” says Gus Hosein, executive director of Privacy International. “That’s unprecedented.”
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    Everything we know about the UK’s plan to block online porn
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    By WIRED

    Privacy campaigners note how digital information might not reflect a person’s character accurately. “Because there is so much data on a person’s phone, you can make quite sweeping judgements that might not necessarily be true,” says Christopher Weatherhead, technologist at Privacy International.

    Bendixen cites the case of one man whose asylum application was rejected after Danish authorities examined his phone and saw his Facebook account had left comments during a time he said he was in prison. He explained that his brother also had access to his account, but the authorities did not believe him; he is currently waiting for appeal.

    A spokesperson for the UK’s Home Office told me they don’t check the social media of asylum seekers unless they are suspected of a crime. Nonetheless, British lawyers and social workers have reported that social media searches do take place, although it is unclear whether they reflect official policy. The Home Office did not respond to requests for clarification on that matter.

    Privacy International has investigated the UK police’s ability to search phones, indicating that immigration officials could possess similar powers. “What surprised us was the level of detail of these phone searches. Police could access information even you don’t have access to, such as deleted messages,” Weatherhead says.

    His team found that British police are aided by Israeli mobile forensic company Cellebrite. Using their software, officials can access search history, including deleted browsing history. It can also extract WhatsApp messages from some Android phones.

    There is a crippling irony that the smartphone, for so long a tool of liberation, has become a digital Judas. If you had stood in Athens’ Victoria Square in 2015, at the height of the refugee crisis, you would have noticed the “smartphone stoop”: hundreds of Syrians, Iraqis, and Afghans standing or sitting about this sun-baked patch of grass and concrete, were bending their heads, looking into their phones.

    The smartphone has become the essential accessory for modern migration. Travelling to Europe as an asylum seeker is expensive. People who can’t afford phones typically can’t afford the journey either. Phones became a constant feature along the route to Northern Europe: young men would line the pavements outside reception centres in Berlin, hunched over their screens. In Calais, groups would crowd around charging points. In 2016, the UN refugee agency reported that phones were so important to migrants moving across Europe, that they were spending up to one third of their income on phone credit.

    Now, migrants are being forced to confront a more dangerous reality, as governments worldwide expand their abilities to search asylum seekers’ phones. While European countries were relaxing their laws on metadata search, last year US immigration spent $2.2 million on phone hacking software. But asylum seekers too are changing their behaviour as they become more aware that the smartphone, the very device that has bought them so much freedom, could be the very thing used to unravel their hope of a new life.

    https://www.wired.co.uk/article/europe-immigration-refugees-smartphone-metadata-deportations
    #smartphone #smartphones #données #big_data #expulsions #Allemagne #Danemark #renvois #carte_SIM #Belgique #Autriche


  • GILETS JAUNES ACTE IV : RECIT D’UN STREET-MEDIC A TOULOUSE
    (quelque part sur Facebook)

    La sidération. J’ai passé la soirée à y réfléchir, et ce matin je pense que c’est le mot qui convient le mieux à ce que j’ai ressenti en rentrant chez moi, vers vingt heures. Hier, Toulouse a flambé, Toulouse a crié, Toulouse s’est révoltée. Le temps d’une journée, Toulouse la rose est devenue Toulouse la rouge. D’épaisses fumées en ont strié le ciel, fendant sa clarté, comme autant de points de rendez-vous et d’appels, dissimulant, derrière elles, les multitudes d’avions qui font d’ordinaire sa fierté. Des barricades se sont érigées l’une après l’autre, partout dans ses rues, formant l’écume de cette houle de colère, de violence et d’embrasement. Des milliers de projectiles, tirés par les deux camps, en jonchent le sol ce matin, tandis que le froid mordant et irrésistible a regagné son lit, et les bris de verre dans les allées me font penser à de la neige. Sidéré, c’est bien le mot, après cet après-midi passé au coeur des affrontements, porté par l’arrogance de vouloir me rendre utile en pareilles circonstances.
    J’ai manifesté pour la première fois quand j’avais quinze ans, et je crois être descendu dans la rue chaque année depuis. Non pas que je sois un « dur » ou un « révolutionnaire » (on ne s’auto-proclame pas révolutionnaire, on l’est ou on ne l’est pas), mais je crois profondément que la mobilisation est un point de rupture qui permet d’ouvrir les yeux sur le monde, de rencontrer des gens hors de notre zone de confort, de s’en rendre solidaire, de s’engager, et surtout, d’échanger, de se confronter à des idées parfois en rupture avec les nôtres, mais qui sont les adversaires nécessaires de l’esprit critique. Je crois qu’agir fait grandir, et que même si on se trompe parfois, on mûrit d’avoir essayé.

    C’est lors de la mobilisation « Loi Travail » en 2016 que mon regard sur les manifestations a changé. C’est là que j’ai vu, pour la première fois, des violences parfois insoutenables, des « bavures », des crânes fissurés, des litres de sang versés, et la sensation d’une injustice flagrante. Et encore, je n’avais pas fait les pires si j’en crois les médias. Les images de Nantes, Rennes, Paris défilaient sur mon écran sans que je puisse y croire. C’est à ce moment que j’ai commencé à faire le « street medic », tout en me disant que j’étais dingue d’en arriver à penser à ça alors qu’il ne s’agissait que d’une manifestation. En théorie me disais-je, car la naïveté est parfois persistante, les forces de l’ordre ne sont pas sensées « casser », si ?

    Eh bien si. Et ça s’est normalisé. Mais jamais je n’avais vécu ce que j’ai vécu hier.

    Les appels au cortège unitaire s’étaient succédé toute la semaine, la convergence était réclamée afin de former un bloc massif. Le trajet et l’horaire des manifestations étaient incertains du fait des multiples retournements de veste de la préfecture, dont il était clair qu’elle cherchait à diviser les cortèges afin que tout le monde ne parte pas en même temps. Raté. Des lycéens avaient été nationalement humiliés dans la semaine, et à travers eux toute une partie de la jeunesse qui s’est enfin lassée d’être le défouloir permanent de la violence d’Etat, tout à tour muselée, molestée ou infantilisée par des porte-paroles toujours zélés quand il s’agit d’étouffer tout ce qui ne leur ressemble pas. Des étudiants avaient rejoint le mouvement, les AG se mettaient en place, les blocages furent réclamés ou actés (Université du Mirail, Sciences Po). Certains, dont moi, pressentant peut-être les événements de samedi, avaient choisi de s’organiser pour mettre en place un comité de secours volontaire, ou « street-medic », composé d’étudiants, de pompiers, d’infirmiers ou de simples citoyens. Nos compétences étaient inégales, mais l’organisation permettait à chaque unité de quatre ou cinq personnes de disposer d’un « confirmé », d’un soutien et de deux personnes faisant les aller-retour dans la foule pour repérer, extraire et ramener les blessés à des arrière-postes de fortune, improvisés dans les halls, les ruelles ou simplement derrière les buissons. Plusieurs comités similaires s’étaient formés, rassemblant à mon avis une bonne centaine de medics dispersés dans le cortège. Je profite de ce témoignage pour remercier toutes les pharmacies qui ont accepté avec bienveillance de nous donner du matériel de premiers secours (kits médicaux, sérum phy, compresses, gaze, mallox, bandes, etc.). La ligne était claire : on ne participe pas à la manifestation, on se contente de soigner les blessés, manifestants comme policiers. Je sais que certains s’en étonneront, mais pour moi, si la cause du désordre est le système, on ne peut pas en vouloir seulement aux individus. Les victimes de la violence sociale sont des deux côtés.

    Ce matin, la presse parle de douze blessés à Toulouse. Ce n’est même pas le nombre de personnes que j’ai pu prendre en charge dans l’après-midi. Certains parmi nous ont raconté avoir chargé les personnes quatre par quatre dans les véhicules de secours qui parvenaient jusqu’à nous. J’ai même du mettre un blessé à bord de la voiture d’un riverain qui passait par là, à quelques mètres de la charge de police, et qui a rapidement accepté de le conduire à l’hôpital. En ne parlant que des flash-balls, je me suis occupé de dix personnes : deux blessés à la tête, un à la poitrine, un à la main, un au coude, trois au pied, un à l’aine et un à la hanche. Et nous n’étions qu’une unité medic parmi une vingtaine. Ce matin, la préfecture comptait 5.500 manifestants dans Toulouse : il faut vraiment être resté chez soi toute la journée pour y croire. A 14h, le boulevard Lacrosses dégueulait une foule compacte, un cortège tellement long qu’il permettait aux premiers de ne pas entendre les grenades qui visaient les derniers.

    C’est en effet l’arrière du cortège qui était en situation d’émeute hier. Moins de quinze minutes après le départ de la manifestation, toute l’esplanade de Compans était noyée de fumée, de gazs lacrymogènes. Tout est parti d’un face à face entre quelques manifestants et une unité de la BAC (du moins, je crois). Et puis le coup classique : une bouteille en plastique vole, les gazs lacrymogènes sont tirés sans sommation, tout le monde s’énerve, le premier tir de flash-ball part, tout s’embrase. Il était 14h15. La situation, très tendue, se résume au même mouvement répétitif : gazs, riposte, charge sur vingt mètres, recul de la foule qui reforme le bloc quelques minutes après et reprend le terrain. C’est une guerre de position usante physiquement, mentalement, nerveusement. Les blessés commencent à affluer : le premier, un homme de quarante ans, est touché à la tempe par un tir. Je commence les aller-retours entre le lieu des affrontements et un abri improvisé sur un banc derrière les immeubles, où je ramène blessé après blessé. La manifestation avance de quelques dizaines de mètres, les premières barricades s’enflamment, la stratégie de maintien de l’ordre échoue déjà : trop peu nombreux pour contenir une telle foule, les gendarmes laissent les rues adjacentes ouvertes et la foule les envahit et s’y disperse. Conséquence : les gendarmes se dispersent aussi. En trois heures, ils ont à peine repris le boulevard : la vérité, c’est que la manif s’étire, avance, et que la queue de cortège suit mécaniquement. Les gens sont en colère...

    Je n’ai pas envie ici d’exprimer mon point de vue sur la violence en manifestation ; la vérité, en tout cas, est qu’il ne s’agissait pas d’une « centaine de casseurs » comme l’évoquent les journaux, mais de milliers de personnes qui se succédaient, se soutenaient, se soignaient, s’encourageaient. Impossible pour les gendarmes de faire quoi que ce soit, hormis contenir bien imparfaitement l’émeute et répliquer à coups de flash-balls et de grenades. Médiatiquement, les violences qui ont eu lieu sont peut-être un mauvais coup (les photos sont nombreuses sur les réseaux, je ne vais pas tout détailler), mais elles ont été un vrai coup de génie tactique. La queue de cortège a concentré l’essentiel de l’attention sur elle, servant de point de fixation pour les forces de l’ordre qui étaient déjà trop peu nombreuses pour l’enrayer. Pendant ce temps, la tête de cortège continuait sa route et s’emparait de la ville. A 17h, les trois ponts étaient pris (Pont des Catalans, Pont Saint-Pierre et Pont-Neuf). On comptait quatre manifestations sauvages en même temps dans la ville -le cortège des Gilets Jaunes, de la CGT et de la marche pour le Climat ayant emprunté différents chemins pour accéder à la place du Capitole- et une émeute -il n’y a pas d’autre mot- à l’entrée de Saint-Cyprien, qui a rapidement contaminé tout le quartier. Sans la queue de cortège, jamais la manifestation n’aurait réussi à remonter jusqu’au coeur de la ville et à se visibiliser : vers 17h30, c’est une marée de gilets jaunes qui a déferlé dans un centre-ville que la préfecture souhaitait précisément préserver. Les théâtres d’affrontements se sont multipliés dans le quartier de Saint-Cyprien jusque tard dans la soirée, poussant même les gendarmes à tirer les lacrymos depuis un hélicoptère.

    La presse raconte que les « casseurs » étaient des banlieusards profitant de l’occasion pour « tout casser » -comme si la violence révolutionnaire était un simple loisir. De mon côté, j’ai passé la journée à soigner des gens très divers : lycéens voulant riposter à la violence subie toute la semaine, étudiants, travailleurs de tous secteurs et tous âges (vers 18h30, j’ai même administré du sérum phy à un retraité qui avait été gazé), filles et garçons, « anars » comme gilets jaunes et écolos, tous unis et constamment solidaires sans regarder leur origine. Moudenc (le maire), disait sur BFM avoir vu des gens de l’ultradroite et de l’ultragauche main dans la main. Premièrement, il faudra qu’il m’explique comment, d’un seul regard, il devine l’orientation politique des gens. Deuxièmement : tout le monde s’en foutait. La barrière politique s’était effacée entre les uns et les autres, pour la raison très simple que par-delà la divergence des solutions, il y a une convergence réelle des problèmes. Sur le référentiel médiatique, j’appartiens à l’ultragauche ; pour autant, hier, je ne sais absolument pas qui j’ai soigné en termes d’appartenance politique, parce que le même sentiment de foutage de gueule était partagé finalement par tout le monde. Et au milieu de tout ça, oui, il y avait des banlieusards (enfin, si tant est qu’on puisse le deviner à l’apparence). Mais je pense ne pas avoir besoin de lister le nombre de raisons qu’ils auraient de toute façon à être en colère, eux qui sont sans doute la partie de la population qui connaît le mieux ce que veut dire « violence d’Etat ». Je me fous de savoir pour qui votent les manifestants qui étaient présents, car hier ils étaient ensemble, vraiment ensemble, pour dénoncer la même chose et s’entraider. Le reste du discours n’est qu’une tentative de dispersion. Le problème est identifié. On discutera des solutions plus tard.

    Si j’ai arrêté ma mission de street-medic vers 19h, ce n’est pas parce que la manif était terminée, c’est parce que j’étais épuisé, comme tous les autres. On a été complètement dépassés. Je n’avais pratiquement plus une cartouche de sérum phy. J’avais la peau brûlée par les gazs, les poumons en feu, les jambes lourdes et l’esprit en éclats. Je n’arrivais plus à réfléchir et je ne me sentais plus capable de prendre les bonnes décisions en cas d’urgence. Physiquement, nerveusement, psychologiquement, j’étais épuisé. Je n’avais jamais connu ça.
    Ce matin, les médias ne parlaient que de Paris, en disant que tout avait été contrôlé. Ne doit-on pas voir dans ce parisiano-centrisme la preuve que le message n’a toujours pas été entendu ? Hier, toute la province était en feu : j’ai vu les images de Caen, Nantes, Bordeaux, Lyon, Saint-Etienne, et j’ai vu le mouvement prendre en ampleur et en force. J’ai vu la répression policière s’accroître encore et mettre à nouveau le feu aux poudres, tout comme j’ai vu un haut degré de violence chez des manifestants qui n’ont plus le coeur pour se laisser faire et ripostent. Cela fait trop longtemps qu’on casse les gens, qu’on les arrête, qu’on les condamne, au seul motif qu’ils crèvent la faim et qu’ils osent se montrer. Il n’y a eu aucune réponse politique majeure à ces revendications, et c’est trop tard. Tout le monde est à cran, y compris chez les forces de l’ordre. J’espère au moins qu’ils ont conscience que c’est précisément parce que les manifestants ne chargent pas encore et se « contentent » de caillasser qu’ils sortent presque indemnes de cette journée. Je me pose quand même la question : combien de temps est-ce que ça durera ..?
    Je ne sais pas comment ça va finir, mais je suis à peu près sûr d’une chose : je ferais mieux de garder mon matériel de medic sous la main, parce que je risque de courir encore longtemps avec mon sac sur le dos avant de ne plus en avoir besoin.

    • Ce matin, la presse parle de douze blessés à Toulouse. Ce n’est même pas le nombre de personnes que j’ai pu prendre en charge dans l’après-midi. Certains parmi nous ont raconté avoir chargé les personnes quatre par quatre dans les véhicules de secours qui parvenaient jusqu’à nous. J’ai même du mettre un blessé à bord de la voiture d’un riverain qui passait par là, à quelques mètres de la charge de police, et qui a rapidement accepté de le conduire à l’hôpital. En ne parlant que des flash-balls, je me suis occupé de dix personnes : deux blessés à la tête, un à la poitrine, un à la main, un au coude, trois au pied, un à l’aine et un à la hanche. Et nous n’étions qu’une unité medic parmi une vingtaine. Ce matin, la préfecture comptait 5.500 manifestants dans Toulouse : il faut vraiment être resté chez soi toute la journée pour y croire. A 14h, le boulevard Lacrosses dégueulait une foule compacte, un cortège tellement long qu’il permettait aux premiers de ne pas entendre les grenades qui visaient les derniers.

      @davduf


  • Julien Coupat, le Préfet de Police Delpuech, les Gilets Jaunes, Tarnac et moi
    http://www.davduf.net/julien-coupat-le-prefet-de-police-delpuech-les

    Sitôt connue, l’interpellation de Julien #Coupat « à titre préventif », le matin de l’acte IV des #GiletsJaunes, a tourné en boucle sur les radios et TV.

    Lors de l’affaire dite de « #Tarnac », j’avais rencontré celui qui n’était pas encore Préfet de Police de Paris, mais qui avait été à la manœuvre lors de l’affaire. Michel #Delpuech était l’ancien directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie au plus fort des événements.

    Afin d’éclairer les événements du week-end, voici le chapitre complet que je lui consacre dans mon livre « Tarnac, Magasin général » (Calmann Lévy / Pluriel)

    #Police #Justice #Répression



  • Dans le complotisme de Laurence Marchand-Taillade qui dénonce sur CNews le rôle des « Frères musulmans » dans les événements de samedi dernier, un aspect est insuffisamment mis en avant : elle se base ouvertement sur la seule propagande officielle de la dictature égyptienne pour assoir son explication. Elle commence ainsi :
    https://www.youtube.com/watch?v=LbyFCE-bVX8

    Ce qui est inquiétant, c’est qu’on a quand même des journaux étrangers, notamment des journaux égyptiens [elle insiste par son intonation sur « égyptiens »] qui rapportent que les modes opératoires correspondent aux modes opératoires qui étaient employés en Égypte au moment des Printemps arabes. [blah blah]… issus des Frères musulmans.

    Puis :

    C’est une hypothèse qui est soulevée par des journaux tout à fait sérieux égyptiens.

    M’enfin ça devrait faire bondir. « Des » journaux égyptiens ? La dame ne sait pas que l’Égypte est une épouvantable dictature, dirigée par le maréchal Sissi, dont l’intégralité de la propagande est basée sur la dénonciation des Frères musulmans, puisqu’il est arrivé au pouvoir en renversant le Président élu Mohamed Morsi (issu des rangs des Frères) ?

    Et que, de manière très inquiétante, ce complotisme anti-Frères, seule parole autorisée dans les médias égyptiens, sert à justifier la répression des manifestations, notamment à Rabaa en août 2013, qui a vu la mort de plusieurs centaines de manifestants (au moins 800, sans doute plus de 1000).

    Sur la crédibilité (ou la gravité) d’une information qui reposerait « notamment » sur « des journaux tout à fait sérieux égyptiens », voir par exemple la loi de 2015 :
    https://www.lexpress.fr/actualite/medias/l-egypte-promulgue-une-loi-menacant-la-liberte-de-la-presse_1707470.html

    Alors que l’Egypte détient dans ses geôles dix-huit journalistes, le chef de l’Etat a ratifié dimanche une loi plus que litigieuse.

    […]

    Ainsi, par cette nouvelle loi promulguée dimanche, les journalistes de toutes nationalités qui contrediraient les communiqués officiels s’exposeraient à de lourdes poursuites. Parmi les sanctions possibles : une amende pouvant aller de 200 000 à 500 000 livres égyptiennes (entre 23 000 et 58 000 euros) et une interdiction d’exercer la profession de journaliste durant un an maximum.


  • #Cartographie_des_colères_françaises avec #Emmanuel_Todd
    https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/cartographie-des-coleres-francaises-avec-emmanuel-todd

    Un sondage Elabe pour BFMTV publié la semaine dernière montre que 75% des Français approuvent le mouvement des « #gilets_jaunes ». Le mouvement semble dès lors parti pour durer, d’autant que les propositions formulées mardi dernier par Emmanuel Macron pour répondre aux revendications des « gilets jaunes » n’ont pas convaincu, et que la rencontre avec le Premier ministre qui devait avoir lieu vendredi a été largement boycottée par leurs représentants.

    Après la nouvelle manifestation de samedi dernier, nous nous penchons sur la complexité et la diversité sociale de ce mouvement. Peut-on savoir qui sont les « gilets jaunes » ?

    #france
    Pour en discuter, nous recevons Emmanuel Todd, historien et anthropologue, auteur de Après la démocratie (Gallimard, 2012) et Où en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine (Seuil, 2017).




  • Tracking China’s Muslim Gulag
    https://www.reuters.com/investigates/special-report/muslims-camps-china

    China is accused of incarcerating hundreds of thousands of Muslims in detention camps that are rising from the desert sands in Xinjiang. A forensic analysis of satellite images of 39 of these facilities shows they are expanding at a rapid rate.

    #chine #camps_de_travail #musulman #Ouïghours #détention

    • Très belle illustration visuelle !

      La légende des différentes étapes :

      Here are the footprints of all 39 camps. Prior to April 2017, these facilities had a total of 539 buildings covering 379,000 square meters.

      By August this year, the number of buildings at these facilities had more than doubled to 1,129. The area they covered had almost tripled to more than 1 million square meters - roughly the size of 140 soccer fields.

      And the expansion continues. A further 67 buildings, covering an area of 210,000 square meters, are now under construction in these compounds, according to the most recent satellite imagery that was analyzed.

      Infographie vraiment remarquable.

      #merci @odilon

    • Opinion: The Strange Silence Over China’s Muslim Crackdown

      President Trump says trade talks between the United States and China have been, “going very well.” The United States put $250 billion worth of tariffs on Chinese goods last year, to counter what it considers unfair trade practices and theft of U.S. technology.

      But there are no indications the United States, the United Nations, or any government is prepared to use any economic or diplomatic leverage to oppose China locking up between 800,000 and 2 million Uighurs, Kazakhs and other Chinese Muslims into internment camps in the western Xinjiang region.

      The camps are in remote locations — closed to the world — and ringed with barbed wire. But they have been photographed by satellite. The Chinese government calls them “re-education centers,” a phrase that carries a sinister history from the murderous purges of Mao Zedong’s Cultural Revolution.

      The people in the camps are forced to denounce their faith and pledge loyalty to the Communist Party. According to multiple reports, a number of people in the camps have also been tortured.

      As Sophie Richardson, China director at Human Rights Watch, told The Independent, “If any other government in the world was locking up a million Muslims I think we can reasonably expect to have seen demands for a debate at the U.N. Security Council or an international investigation. That’s generally unlikely to happen with China.”

      There were calls in the U.S. Congress last fall for the Trump administration to consider sanctions against China for what Secretary of State Mike Pompeo denounced as “awful abuses.”

      But China is America’s largest creditor: it holds more than a trillion dollars in U.S. Treasury securities. Look down at whatever you’re wearing, carrying, riding in or working on right now. American businesses get rich relying on Chinese workers who earn low wages to produce our clothing, mobile phones, building materials, and dazzling new tech devices.

      The Trump administration imposed tariffs on China over unfair trade practices. But it has offered no more than a few rhetorical flourishes over human rights crimes. Neither did the Obama administration, or the European Union.

      And Muslim countries — including Saudi Arabia and Iran — have been similarly, conspicuously, silent. China invests heavily, and strategically in their nations too.

      Sometimes, the price of human rights just cannot compete.

      https://www.npr.org/2019/01/12/684687441/opinion-the-strange-silence-over-chinas-muslim-crackdown
      #disparitions



  • « Une taxe sur les transactions financières pourrait remplacer tous les impôts actuels » - Le Temps

    https://www.letemps.ch/economie/une-taxe-transactions-financieres-pourrait-remplacer-impots-actuels

    Dans son dernier ouvrage*, Marc Chesney dresse un parallèle entre la Première Guerre mondiale et la crise financière de 2008. Pour le professeur de finance de l’Université de Zurich, une société civilisée vacille dans les deux cas. Aujourd’hui, une aristocratie financière a pris le pouvoir au détriment du reste de la population, dénonce-t-il, tout en proposant des solutions. Entretien.

    Lire aussi : « Un jour, nous nous demanderons comment nous avons pu vivre sans revenu universel de base »

    #finance #criminalité_financière #banque #capitalisme #impôts


  • Gilets jaunes : ne croyez pas la télé !
    http://imagesociale.fr/6807

    Qu’on était loin de l’obéissance syndicale, incarnée par le respect du tracé préfectoral Bastille-Répu, et par la pression des rangées de CRS venues intimider les manifestants. Grâce à cette mobilité tactique, hier, ce qui sautait aux yeux, c’est que les gilets jaunes avaient pris Paris. Avec force, mais sans violence. Car à l’exception des points de crispation qui attiraient les caméras, dans le reste de l’espace urbain, la manifestation des gilets était plutôt bon enfant. Des visages joviaux accueillaient les demandes de franchissement des barrages, sûrs de la sympathie du public à l’égard du mouvement. Source : Culture (...)


  • La #prison est « un moyen onéreux de fabriquer de la délinquance » | Public Senat
    https://www.publicsenat.fr/article/debat/la-prison-est-un-moyen-onereux-de-fabriquer-de-la-delinquance-135988

    Pour Léa Grujon, qui dirige l’association « Chantiers Passerelles », il est d’abord nécessaire de développer les peines de travail d’intérêt général. Les fameux « TIG », créés en 1983 ne représentent aujourd’hui que 7 % des peines exécutées. Une alternative qui peut s’appliquer aux individus de plus de 16 ans condamnés pour des petits délits ou des contraventions de cinquième classe. Pour cette jeune femme engagée, la prison reste « un moyen onéreux de fabriquer de la délinquance » de plus elle favorise la récidive  : 61 % après une peine de prison contre 34 % après un TIG, et coûte bien plus cher à la société qu’une peine de travail d’intérêt général. Encore faut-il qu’il y ait des places… Aujourd’hui le système montre ses limites faute de structures d’accueil, et de places suffisantes.




  • Le Macron nouveau est arrivé, il se nomme Raphaël Glucksman.
    « De L’Obs à L’Humanité en passant par Mediapart, on s’arrache l’homme providentiel. »
    https://www.monde-diplomatique.fr/2018/12/RIMBERT/59364

    Il a 39 ans, des diplômes clinquants, un regard habité et des envies de changement. Entouré de jeunes chefs d’entreprise et de « porteurs de causes » issus de la « société civile », il lance un « mouvement politique » destiné à « sauver les démocraties libérales » menacées par l’« insurrection populiste ». Parce que c’est notre projet, exhorte-t-il, « à nous, désormais, de marcher ».

    Après la formation de M. Emmanuel Macron, voici Place publique, fondée en novembre par l’essayiste Raphaël Glucksmann. L’un domine le centre droit ; l’autre investit le centre gauche, où la désintégration du Parti socialiste laisse un vide et des classes moyennes cultivées désemparées. D’où va-t-on désormais proclamer que rien ne va plus et qu’il faut tout changer — sauf l’essentiel : les structures économiques et sociales ? Avec Les Enfants du vide (Allary Éditions), livre-manifeste publié cet automne, Glucksmann a d’un coup comblé la béance. De L’Obs à L’Humanité en passant par Mediapart, on s’arrache l’homme providentiel. Il est chez lui sur France Inter, louangé permanent au Monde, en « une » de Libération, en couverture de Politis. Des personnalités socialistes, écologistes ou communistes projettent sur son visage souriant leurs aspirations ravalées. Glucksmann a compris que son public cible n’aimait rien tant que battre sa coulpe, triturer sa mauvaise conscience, ruminer ses échecs et y remédier au moyen de recettes toujours identiques, mais ripolinées aux couleurs du jour — le vert, en l’occurrence. Cela tombe bien : Raphaël, qui s’est souvent trompé, met en scène confessions et conversion. À L’Obs (4 octobre 2018), il confie : « Je dois réapprendre à m’oublier. » Ambitieux programme.

    Lui qui fut tour à tour admirateur de M. Nicolas Sarkozy en 2008, animateur de la revue néoconservatrice Le Meilleur des mondes, conseiller du président géorgien néolibéral et atlantiste Mikheïl Saakachvili, lui qui admettait volontiers : « Ça ne m’a jamais fait vibrer de manifester pour les retraites » (M Le magazine du Monde, 22 mars 2014) et se déclarait au printemps 2017 « fier » de l’élection de M. Macron, revendique à présent Occupy Wall Street et dit « nous » quand il parle de la gauche. « On a zappé complètement la question sociale », admet-il. « Mon logiciel de pensée a contribué à former l’impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui » (Mediapart, 14 novembre 2018). La mise à jour dudit « logiciel » copie-colle les constats effectués depuis des lustres par ceux que combattait hier Raphaël : « On voit les entreprises multinationales refuser les lois des nations et chercher à leur imposer les leurs. On voit les banques sauvées par l’argent public maquiller leurs comptes et cacher leurs fonds dans des paradis fiscaux. » À tout cela s’ajoute la menace d’un anéantissement de la planète par le réchauffement climatique.

    Alors, que faire ? Contre « les anciennes idéologies, les vieux partis, les antiques structures », contre les inégalités et le gaz carbonique, Glucksmann propose plus de participation citoyenne, plus d’écologie, plus d’Europe. « Nous assumons l’horizon d’une République européenne », écrit-il. Des « porteurs de causes » aussi frétillants que MM. Valéry Giscard d’Estaing, François Bayrou, Daniel Cohn-Bendit et Bernard-Henri Lévy ânonnent les éléments de ce credo depuis bientôt quatre décennies. Les papys du vide ont trouvé leur héritier.

    • Merci Marielle pour l’info, un homme marqué, il était le conseiller du corrompu, criminel recherché Saakashvilli, de même que lui même s’est enrichi en tant que « conseillé » il a participé au coups d’état pro-européen du Maidan. Humainement il n’a aucun crédit, proche des néocons ayant voulu ces guerres post-11 septembre meurtrière dans les pays arabes (remodelage du grand moyen-orient) il est même dangereux pour le peuple. Qu’il n’oublie pas son discrédit surtout ..


  • Un autre Macron est possible, par Pierre Rimbert (décembre 2018)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2018/12/RIMBERT/59364

    Il a 39 ans, des diplômes clinquants, un regard habité et des envies de changement. Entouré de jeunes chefs d’entreprise et de « porteurs de causes » issus de la « société civile », il lance un « mouvement politique » destiné à « sauver les démocraties libérales » menacées par l’« insurrection populiste ». Parce que c’est notre projet, exhorte-t-il, « à nous, désormais, de marcher ».

    Après la formation de M. Emmanuel Macron, voici Place publique, fondée en novembre par l’essayiste Raphaël Glucksmann. L’un domine le centre droit ; l’autre investit le centre gauche, où la désintégration du Parti socialiste laisse un vide et des classes moyennes cultivées désemparées. D’où va-t-on désormais proclamer que rien ne va plus et qu’il faut tout changer — sauf l’essentiel : les structures économiques et sociales ? Avec Les Enfants du vide (Allary Éditions), livre-manifeste publié cet automne, Glucksmann a d’un coup comblé la béance. De L’Obs à L’Humanité en passant par Mediapart, on s’arrache l’homme providentiel. Il est chez lui sur France Inter, louangé permanent au Monde, en « une » de Libération, en couverture de Politis. Des personnalités socialistes, écologistes ou communistes projettent sur son visage souriant leurs aspirations ravalées. Glucksmann a compris que son public cible n’aimait rien tant que battre sa coulpe, triturer sa mauvaise conscience, ruminer ses échecs et y remédier au moyen de recettes toujours identiques, mais ripolinées aux couleurs du jour — le vert, en l’occurrence. Cela tombe bien : Raphaël, qui s’est souvent trompé, met en scène confessions et conversion. À L’Obs (4~octobre~2018), il confie : « Je dois réapprendre à m’oublier. » Ambitieux programme.