Supergéante

Retoquée profesionnelle.

  • Les résistances françaises aux vaccinations : continuité et ruptures à la lumière de la pandémie de Covid-19
    https://www.cairn.info/revue-herodote-2021-4-page-227.htm

    Parallèlement aux représentations paternalistes ancrées dans les discours de l’époque [~dernier quart du 19e siècle], de la part des #médecins libéraux, première profession en nombre représentée à la Chambre des députés et au Sénat, la résistance provient en grande partie d’une répulsion de l’intrusion de l’État dans le cadre de leur exercice professionnel. La lecture des négociations à l’Académie de médecine au temps du premier projet de loi d’obligation vaccinale fait apparaître que ce n’est pas tant l’inoculation qui est discutée par les médecins récalcitrants que les enjeux pour la profession médicale. Les médecins sont en effet en quête de légitimité après la dissolution des corporations sous la Monarchie constitutionnelle par la loi Le Chapelier du 14 juin 1791. « Il ne s’agit pas encore de la liberté du citoyen livrée à l’arbitraire de la loi », annonce ouvertement le médecin Jules Guérin, « c’est la liberté du médecin couvrant de sa volonté et de son droit la liberté de son client [...] la #vaccine obligatoire serait donc une atteinte portée à la liberté professionnelle, et une source de conflit perpétuel entre le droit du médecin et l’arbitraire de la loi » [5]. Ces débats s’inscrivent clairement dans un climat d’affirmation corporatiste de la profession médicale puisque dans le même temps est créé le premier syndicat de médecins (1881).

    [...] Les systèmes de santé favorisant l’exercice de la médecine dans un cadre libéral, comme en France, ou au contraire l’extension d’un modèle de soins médicaux publics et la fonctionnarisation des médecins, vers lequel se dirigent alors des pays comme la Suède ou l’Allemagne, impactent le statut social de ces professionnels. Le positionnement social qu’implique le cadre libéral favorise davantage le recrutement politique et de fait l’influence de la profession au sein du Parlement, ce qui n’est ainsi pas sans lien avec le retard français à adopter l’obligation vaccinale. Après plusieurs années de débats houleux, la vaccination antivariolique obligatoire est finalement votée par le Parlement avec la loi du 15 février 1902 consacrant pour la première fois la notion de santé publique.

    • C’est au tournant des années 1950 que l’antivaccinalisme contemporain puise ses sources, porté par certains acteurs de l’agriculture biologique dont les contours politiques ne sont pas si évidents qu’ils le paraissent. La question est importante car l’identification des idéologies politiques véhiculées par les planificateurs de la résistance vaccinale sous-tend les alliances, les stratégies et la portée du mouvement auprès de la population.

      En 1954, Marcel Lemaire crée la Ligue nationale contre les vaccinations obligatoires issue de la fusion de l’Association des parents des victimes des vaccinations, de la revue naturaliste La Vie claire (qui deviendra plus tard une enseigne commerciale pionnière de l’alimentation biologique) et de la ligue Santé et Liberté s’érigeant contre ce qu’elle désigne comme les « dogmes pasteuriens » et comptant dans ses rangs l’homéopathe qui a élaboré l’oscillococcinum®. Un détail qui a son importance car la marginalisation des homéopathes perçus comme des charlatans par le corps médical traditionnel et une partie de la société les amène à chercher des soutiens. Les milieux anti-vaccins ont très tôt saisi cette occasion pour rallier ces adeptes de choix au vu de leur activité professionnelle et de leur influence auprès des patients.

      Avant de participer à la fondation de la Ligue nationale contre les vaccinations obligatoires, la revue La Vie claire diffuse ses convictions naturalistes et végétaliennes et se fait le porte-voix d’une morale conservatrice et nationaliste, dénigrant l’État-providence, le matérialisme, l’effritement de la famille et de la religion, et s’opposant à l’avortement et la contraception au travers de discours portés sur un passé mythifié.

    • En étudiant le discours porté par les publications de La Vie claire, Christine César démontre le basculement de l’idéologie extrême-droitiste de ce pilier de l’agriculture biologique en France vers une idéologie environnementaliste de gauche à partir des années 1970-1980. Cette évolution répond de la labellisation des produits issus de l’agriculture biologique (1981), de la normalisation progressive qui en a découlé et des orientations commerciales consécutives au rejet de la société de consommation prôné par la pensée libertaire soixante-huitarde, l’émergence de l’écologie politique et la diffusion de théories du New Age.

      Ce détour par les liaisons réticulaires entre la Ligue nationale contre les vaccinations obligatoires, la revue La Vie claire et la pensée des pionniers de l’alimentation biologique permet ainsi de comprendre comment l’idéologie antivaccinale a infiltré les courants d’extrême droite avant d’atteindre la pensée environnementaliste de gauche et d’extrême gauche à partir des années 1970.

      C’est assez excellent de lire cet historique en même temps que « Q comme complot » que j’ai enfin presque fini, où Wu Ming 1 démontre en long et en large comment la diffusion du New Age et des fantasmes de complots se sont diffusés dans la gauche après être passé par l’extrême droite, dans les années 70 notamment, partout dans le monde.

      #complotisme #new_age #années_70 #histoire

    • En France, en dehors des déterminants géographiques soulignés plus tôt, il apparaît que les médecins qui respectent le moins les recommandations vaccinales pratiquent généralement un mode d’exercice particulier de type médecine douce (acupuncture, homéopathie), sont plutôt âgés (plus de 60 ans) et, lorsqu’ils ont des enfants, ils les vaccinent peu [Collange et al., 2015], ce qui traduit une cohérence entre leurs comportements professionnels et personnels, ainsi qu’un fort attachement à leurs convictions. À l’opposé, les médecins les plus favorables à la vaccination sont le plus souvent des jeunes femmes, appartenant à un réseau, effectuant un volume d’actes élevé (plus de 15 par jour), conventionnées en secteur 1, accueillant une proportion plus élevée de bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU) et évoluant dans un cabinet de groupe

      Mais à bas les vieux boomers riches !

    • Si l’on étudie plus attentivement les causes systémiques qui expliquent en partie les différences de perception vaccinale observées entre le Royaume-Uni et la France au cours de la pandémie, on retrouve le rôle crucial de l’architecture du système de santé. Au Royaume-Uni, ce dernier repose sur un modèle beveridgien (ou « universaliste »), du nom de l’économiste britannique Lord Beveridge (1879-1963) qui, en 1942, en a déterminé les caractéristiques selon trois axes : l’universalité de la protection sociale, l’unicité de sa gestion étatique et l’uniformité des prestations. Avec la création du NHS en 1948 par le Labour Party, le gouvernement britannique est le premier à avoir proposé des soins gratuits, financés par l’impôt, à l’ensemble de sa population. Cette institution nationale n’a pas sa pareille dans le monde : avec plus de 1,5 million de salariés, le NHS est le premier employeur britannique et le cinquième plus importants au monde après le département américain de la Défense, l’Armée populaire de libération chinoise, la chaîne de magasins américaine Walmart et le groupe McDonald’s.

      Le système de santé français repose à l’inverse sur un modèle de logique assurantielle dit bismarckien (ou « corporatiste »), en référence au chancelier allemand Otto von Bismarck (1815-1898) qui, en 1880, ordonne la dissolution des syndicats par crainte de la montée du parti socialiste tout en cherchant à améliorer les conditions de vie du prolétariat et décide d’institutionnaliser la protection sociale avec la mise en œuvre d’assurances obligatoires pour les personnes accédant à un emploi à partir de 1883. Ce modèle est majoritairement financé par des assurances obligatoires issues de cotisations professionnelles et se caractérise par sa décentralisation. Alors que dans le système français les médecins sont rémunérés sous forme de rétribution mixte à dominante de paiement à l’acte, les médecins généralistes britanniques sont rémunérés par l’État en fonction du nombre de patients inscrits à leurs cabinets, de plus ils doivent remplir des objectifs de santé publique.

      L’enrôlement des médecins libéraux dans des objectifs de santé publique fait particulièrement défaut au système français et peut expliquer les écarts de perception vaccinale avec le Royaume-Uni, notamment du fait de la place du colloque singulier entre patient et médecin dans le secteur libéral où l’attention des prescripteurs est davantage portée sur la conception individuelle de la santé que sur une vision communautaire.

      #santé_publique

  • Troll farms reached 140 million Americans a month on Facebook before 2020 election | MIT Technology Review
    https://www.technologyreview.com/2021/09/16/1035851/facebook-troll-farms-report-us-2020-election

    As of October 2019, around 15,000 Facebook pages with a majority US audience were being run out of Kosovo and Macedonia, known bad actors during the 2016 election.
    Collectively, those troll-farm pages—which the report treats as a single page for comparison purposes—reached 140 million US users monthly and 360 million global users weekly.

    (ça date d’il y a un an et qqs)

  • 7 Covid-19 Realities To Consider In 2023
    https://www.forbes.com/sites/stephenbrozak/2022/12/31/7-covid-19-realities-to-consider-in-2023

    In May 2020, Dr. Rick Bright, former director of BARDA, warned Congress that, without ramped up coronavirus pandemic preparedness, we would face the darkest winter in modern history. His warnings were spot on, however there has been precious little follow through and that will be a problem in 2023. Source: Forbes

  • « Le travail a remplacé la religion dans la Silicon Valley » - Numerama
    https://www.numerama.com/tech/1222956-le-travail-a-remplace-la-religion-dans-la-silicon-valley.html

    Si l’heure est à la grande démission dans beaucoup de secteurs professionnels aux États-Unis, les grandes firmes américaines de la Tech semblent en partie épargnées par ce mouvement. Mais comment expliquer l’attachement des travailleurs qualifiés à leurs entreprises dans la Silicon Valley ? Une sociologue américaine, Carolyn Chen, apporte une réponse : selon elle, le travail est devenu une religion pour les salariés des grandes firmes de la vallée.
    « Techtopie », c’est le terme que Carolyn Chen a imaginé pour qualifier le mode d’organisation qui semble prévaloir dans la baie de San Francisco, lieu de résidence des plus grandes firmes technologiques du monde telles qu’Apple, Facebook ou Google. La « Techtopie », est une société dans laquelle les travailleuses et travailleurs qualifiés se dévouent entièrement à leurs professions et à leurs entreprises, encouragés par leurs responsables, désormais prêts à prendre en charge leur bien-être spirituel pour accroître leur productivité. 

    Carolyn Chen est sociologue des religions, professeure à l’Université de Berkeley en Californie. Elle publie en 2022 un essai intitulé Work Pray Code : When Work Becomes Religion in Silicon Valley (Priceton University Press, 2022).

    #économie_de_la_connaissance #travail #religion #silicon_valley #management #culture_d'entreprise

  • Les Gafam mettent la main sur les câbles sous-marins pour mieux contrôler Internet
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/01/01/les-gafam-mettent-la-main-sur-les-cables-sous-marins-pour-mieux-controler-in

    Depuis Unity, premier câble transpacifique dans lequel il a embarqué, en 2011, Alphabet a construit ou mis en projet vingt autres lignes, soit cinq de plus que Meta. Le groupe français Alcatel Submarine Networks (ASN), premier fabricant européen de câbles sous-marins de fibre optique, estime que 70 % des projets mondiaux actuels, notamment transpacifiques et transatlantiques, sont supportés par Google, Facebook et Cie. « Sur le transatlantique, il est impossible aujourd’hui de faire un câble sans un Gafam », confirme Jean-Luc Vuillemin, directeur de l’entité opérant l’ensemble des réseaux internationaux de l’opérateur Orange, lui-même propriétaire de lignes sous-marines.

  • On m’a parlé trois fois de cette histoire de Documenta cette semaine, alors je colle ce lien de documenta(tion) sur le sujet, puisqu’à la base, c’est pas que je m’en fous de ce qui se passe dans ce genre de raouts artistiques, mais un peu, donc je n’ai ni suivi les ramifications ni trop réfléchi à cette histoire.

    #Taring_Padi #documenta #ruangrupa

    Learning and Unlearning with Taring Padi : Reflections on Documenta

    Our inability to make any kind of definitive statement about the case does not prevent us from reflecting on what has happened. Indeed, I’d like to argue that it is precisely because there is no possibility of having the “right” response to the scandal that we might be able to start a new dialogue about art, antisemitism, and Israel in the German context. In other words, I’m suggesting that the enforced humility of not having all of the necessary evidence for definitive judgments opens a needed space of potential dialogue and an opportunity to unlearn what we think we know. However tentative, this process of unlearning allows us to glimpse just how entangled histories of racism, colonialism, antisemitism, and genocide are—often in unexpected and contradictory ways.

    https://newfascismsyllabus.com/opinions/documenta/learning-and-unlearning-with-taring-padi-reflections-on-document

    • (pour avoir un peu de contexte en Fr) https://www.lefigaro.fr/arts-expositions/vandalisme-et-accusation-d-antisemitisme-en-allemagne-la-documenta-sous-hau

      Un message de blog anonyme, signé par une certaine « Alliance contre l’antisémitisme Cassel » a accusé en janvier ces artistes d’être liés au mouvement Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS), qui prône le boycott d’Israël en raison de son occupation des Territoires palestiniens.

      Le BDS a été étiqueté comme « antisémite » par le parlement allemand en 2019 et n’a pas le droit de toucher d’argent public. Or, environ la moitié du budget de la Documenta - 42 millions d’euros - provient de l’État fédéral. Plusieurs médias allemands ont à leur tour critiqué la participation du collectif, poussant Ruangrupa à condamner dans une lettre ouverte « des tentatives de mauvaise foi de délégitimer des artistes et de les censurer préventivement sur la base de leur héritage ethnique ».

      Le mois dernier, des vandales se sont introduits dans l’espace où les œuvres des artistes palestiniens sont exposées, recouvrant les murs de graffitis menaçants. Au moins l’un des tags était encore visible cette semaine entre des peintures et des photographies documentant la dureté de la vie dans la bande de Gaza, a constaté l’AFP lors d’une visite.

  • Soirée difficile hier, puisque j’ai voulu expliquer aux petits (en sixième) pourquoi leur prof de techno mettait 1024 octets dans un kilooctet, au lieu de 1000 comme dans les kilogrammes et les kilomètres.

    Et évidemment, la seule chose qu’ils ont retenu c’est que « ah ah, papa il a dit “bit” ».

  • Lopmi : « On observe un déploiement de moyens différent de celui réservé à la criminalité organisée » | Héléna Berkaoui
    https://www.bondyblog.fr/opinions/interview/lopmi-on-observe-un-deploiement-de-moyens-qui-nest-pas-le-meme-que-celui-r

    La loi de programmation et d’orientation pour le ministère de l’Intérieur (Lopmi) est en cours d’adoption. Plusieurs dispositions du texte, telles que les amendes délictuelles forfaitaires, sont décriées par les professionnels. Évelyne Sire-Marin de la Ligue des droits de l’homme fait le point sur les dangers de ce texte. Source : Bondy Blog

  • Le communisme rendait son jeu vidéo « trop facile » : le développeur de « Victoria 3 » corrige le tir
    https://www.radiofrance.fr/franceinter/le-communisme-rendait-son-jeu-video-trop-facile-le-developpeur-de-victor

    Un joueur explique en quelques points comment gagner à presque tous les coups : après avoir instauré un système de « coopérative ouvrière » où les travailleurs possèdent leur entreprise, « les capitalistes ne touchent rien, et toute la richesse supplémentaire va aux ouvriers, qui deviennent plus riches. Leur pouvoir d’achat augmente, la demande augmente, leur niveau de vie augmente, l’immigration augmente. » Le tout donne (dans le jeu, en tout cas) une économie florissante grâce à un cercle vertueux quasi-miraculeux.

  • Netflix, Amazon, Tesla… Derrière les modèles d’abonnements et de location, les déboires des clients
    https://theconversation.com/netflix-amazon-tesla-derriere-les-modeles-dabonnements-et-de-locati

    Tesla a déjà retiré à distance, en 2020, une fonctionnalité d’autopilote à un propriétaire ayant acheté son véhicule d’occasion, au motif qu’il n’avait pas payé le constructeur pour cette fonctionnalité lors de l’achat à l’ancien propriétaire – lequel en avait pourtant fait l’acquisition.

    #propriété #abonnement

  • L’épidémie de grippe est désormais déclarée en métropole
    https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/l-epidemie-de-grippe-est-desormais-declaree-en-metropole-2379997

    L’épidémie de grippe saisonnière est désormais déclarée en métropole française, ont annoncé mercredi les autorités sanitaires. La Bretagne et la Normandie sont les premières à basculer en stade épidémique.

    Après l’épidémie de syndromes de bronchiolites, dites bonjour à l’épidémie de syndromes grippaux.

    • De même, la situation commence à se voir à l’hôpital. Les passages aux urgences pour syndrome grippal ont, eux aussi, augmenté de moitié. Pour l’heure, le niveau des cas graves et des décès reste néanmoins limité, avec une vingtaine de patients en réanimation et trois décès, précisent les autorités sanitaires.

  • Les Inrocks - Lukas Ionesco : « je ne serai jamais un des kids de Larry Clark »

    http://www.lesinrocks.com/2015/01/18/cinema/lukas-ionesco-je-ne-serai-jamais-un-des-kids-de-larry-clark-11547802

    Pour cette scène, je devais me faire lécher les pieds par un mec qui allait être joué par Gaspar Noé. Mais le jour du tournage, Larry a débarqué en disant qu’il voulait remplacer Gaspar et a exigé que l’on tourne à huis clos. C’est devenu très bizarre, très crade : il m’a léché les pieds pendant deux heures, en murmurant “mon petit garçon, mon petit garçon”. Là, il a dépassé les limites. Je crois d’ailleurs que c’est ce que voulait Larry, il jouait avec mes émotions.

    • A demi-mot, il expliquera qu’il veut tuer l’image que lui renvoie le film de Larry Clark, faire le deuil de cette expérience dont il ressort lessivé, abattu.

      (...)

      Mais je connaissais aussi la réputation de Larry Clark. Je savais qu’il pouvait être très dur et exigeant, pour les scènes de cul notamment. Alors je lui ai tout de suite expliqué mes limites, et on a longuement parlé. Pendant les deux ans de la préparation, on se voyait très souvent, on allait à des fêtes ensemble, à des contests de skate… Il m’a eu à la confiance.

      (...)

      En voyant le film, j’ai compris qu’il avait eu dès le départ l’intention de me manipuler. Mon personnage est un jeune paumé, triste, dur, qui vit dans ses rêves. Et Larry a tout fait pour me plonger dans cet état pendant la durée du tournage. Il m’a trahi, en fait. Mais j’ai résisté, et pour ça je crois que je ne serai jamais un des kids de Larry Clark.

    • En fait j’ai compris plus tard qu’il s’est servi de moi pour me mettre dans l’état favorable au rôle de paumé que je devais incarner. Tout était calculé. Il fallait que je sois ensuite déboussolé, c’était prémédité, c’est sa méthode de travail. Je me suis senti trahi parce que cette relation intime qu’il a voulait nouer, c’était de la manipulation, il a utilisé mes émotions. Depuis, je n’ai aucune nouvelle, et c’est tant mieux.

      https://i-d.vice.com/fr/article/kzbzg3/presque-sans-regrets-lukas-ionesco-renat

  • We Were Once Kids - Trailer
    https://www.dailymotion.com/video/x8b9ke5

    The cult film ‘Kids’ was a scandalous succes in 1995. But the semi-documentary about young, sex-crazed skaters in New York had big consequences for the cast, who finally speak out 25 years later.

    In 1995, everyone was talking about ‘Kids’. Larry Clarke’s semi-documentary about a group of young skaters in New York was an international scandal and a massive success, nominated for the Palme d’Or at Cannes and causing a furore for its transgressive portrayal of teenage sex, violence and drugs. 25 years later, the cast tell their own version of the story, and it’s not pretty. ‘We Were Once Kids’ is a tale of solidarity, delusion and exploitation. The young people were cast on the street for a film where few in the audience could tell reality from fiction. And once the film hit, it was too late to draw the lines.
    https://cphdox.dk/film/we-were-once-kids

    #larry_clark #heroin_chic #addiction #jeunes #cinema

    • W e Were Once Kids addresses the still tender and painful heart of the 1995 film’s aftermath, the deaths of Pierce and Hunter, who could be understood as best embodying the ethos portrayed in Kids. It conveys the difficulties that both of them, like other cast members, faced after the movie had been released: struggling with addiction and alcoholism while facing the challenge of maintaining authenticity after being made into an image, and navigating what must have felt like a make-believe world.

      https://www.artforum.com/print/202209/lila-lee-morrison-on-kids-and-the-surplus-of-the-image-89462

    • tiens c’est Disney qui a distribué Kids :
      https://www.nytimes.com/1995/05/24/style/IHT-kids-grabs-spotlight-at-cannes.html

      Ce qui a permis à Clark d’assurer que personne ne s’est vraiment drogué sur le tournage, et que tout les kids du film sont plus vieux que ce qu’ils ont l’air à l’écran.

      The director claimed that the kids on screen were older than they looked, and that none were doing drugs.He even got in a pitch for Disney, the distributor.

      J’ai tout de même littéralement adoré Whassup rockers à l’époque. Faudrait que je le revois.

      Ce qui est dingue c’est d’avoir aimé à ce point la vision de Clark sur les gamins. ça me fait beaucoup (re)penser à cette citation de Dworkin :

      « Parce que la plupart des adultes mentent aux enfants la plupart du temps, l’adulte pédophilique semble honnête, quelqu’un qui dit la vérité, le seul adulte justement, prêt à découvrir le monde et à ne pas mentir. »

      Un exemple :

      “Larry doesn’t do kids the way other people do,” said Fitzpatrick. “Larry knew early on that to make a film like this he needed to be on the inside of this sort of counterculture.” So at 50 years old Clark taught himself how to skateboard and hung around Washington Square Park everyday getting to know the kids. In Fitzpatrick’s opinion, that time commitment was absolutely necessary, because “teenagers don’t trust adults”, and it was the only way Clark could convince the skaters to take part in his film. “He knew that to get respect from these kids he would have to give them respect,” said Fitzpatrick. “Larry gave them respect and they trusted him to tell their story.”

      https://www.theguardian.com/film/2015/jun/22/harmony-korine-kids-20th-anniversary

    • Peu ont montré avec autant de réalisme le quotidien d’une certaine jeunesse
      Dans une interview pour le Guardian, Larry Clark a dit que le plus beau compliment qu’il n’ait jamais reçu venait d’un garçon qui a défini Kids en ces termes : ’’Ce n’était pas comme un film. C’était comme dans la vraie vie.’’

    • Tiens ils ont parlé du doc dans el pais :

      https://english.elpais.com/culture/2022-07-14/kids-the-indie-movie-sensation-with-a-darker-side.html

      In 2021, #Hamilton_harris – one of the boys featured in the film – participated in a documentary titled We were once kids, directed by Eddie Martin. Harris pursued this project after becoming alarmed when he discovered that a large part of the movie’s viewership mistakenly believed that they were watching a documentary.

      “My feelings towards the movie started to change after seeing the global reaction it got,” he told Variety. At the same time, he felt that the creators outside the group – Korine and director Larry Clark – failed to capture the strong sense of community that the teenagers had created. While the film reduced the existence of its protagonists to a devastating nihilism, the truth is that those kids – who used skateboarding as an outlet – had formed a family. They were protecting each other, escaping from homes where drug usage and violence were common. Carefree sex was not at the center of their lives: in fact, many of the protagonists were virgins.

      (...)

      The problematic part came with the female roles. When the women in the gang read the script, they refused to participate. It did not reflect the relationship of camaraderie that united them: it was simply a festival of sex and drugs, a film “about rape and misogyny” says Priscilla Forsyth, who ended up participating in a minor role with only one sentence for posterity (“I’ve fucked and I love to fuck”). On the other hand, the boys could be of non-normative beauty, but the girls chosen to star in the film included 15-year-old Rosario Dawson – whom Korine discovered in a social housing project where she lived with her grandmother – and Chlöe Sevigny, a New York club regular who, after being featured in two fashion editorials and a Sonic Youth video, had become the city’s great underground sensation.

      (...)

      The director of We were once kids does not point to a culprit, but hints that many powerful people made a fortune while the protagonists were exposed to the world with their allegedly amoral lifestyle.

    • On parlait de cette divergence, en 2015, dans le guardian :

      https://www.theguardian.com/film/2015/aug/19/kids-film-larry-clark-skateboarding-culture-new-york-east-coast-supreme

      High says the added storyline was a distortion: “The true story [of Kids] is about a bunch of kids who grew up with literally nothing,” she says. “We might have been from different areas and different races but we came from the same income bracket of broke. We learned how to take care of each other at a time that was one of the rougher periods in New York City’s history.

      “The film portrays segregation between girls and guys, which wasn’t reality. The main point [of the film] – the whole virgin-fucking, misogynistic thing – was not necessarily how we lived our lives.”

      (...)

      To Harris, the group was ahead of its time in a country mired in racism and recession. Intuitively post-racial in a colour-conscious society, the crew formed its own world around skateboarding despite being tethered to a socioeconomic bracket that deemed it invisible

      .

      Le sujet du film aurait pu être ça :

      “In the early 90s we were dealing with crack, the Aids epidemic, racism and all kinds of social injustices. We were totally aware of the social dynamic in the world around us. We were constantly trying to change that, and foster that change as an example,” he said

      En terme de révolution, une toute autre paire de manche...

    • (déso je spam un peu)

      Cette #ruse, de faire passer sa vision des choses pour des #preuves.

      https://www.theguardian.com/fashion/fashion-blog/2014/jun/25/larry-clark-t-shirts-dressing-young-teenagers

      Still, he rejects claims that his previous work is either exploitative or luridly voyeuristic: "I would go to these parties and see fucking, gangbanging and drugs. To me it’s historical evidence. I can only shoot what I see.

      “Back then it was a secret world but you know what? Kids was based on reality. That’s what these kids on the street tell me, they say: ’Larry that’s how it is.’ Personally, I feel there’s the argument that if it’s not documented, how would we know it’s going on at all?”

  • LIVING MEMORY
    Lila Lee-Morrison on Kids and the surplus of the image
    https://www.artforum.com/print/202209/lila-lee-morrison-on-kids-and-the-surplus-of-the-image-89462

    But while Clark’s photography falls within the genre of documentary in all these respects, the “truth” his images communicate is personal and deeply subjective. There is a tenderness toward the individuals he captures, no matter how brutal the content of their actions. These images and their aestheticization of the rawness of youth culture became central to the ’90s trend of “heroin chic.” Clark has said that he was addicted to heroin until 1998. As an addict, he was also an enabler of other people’s habits, including those of the teenage skateboarders he befriended and who worked on the film. As is not uncommon in the blur of addiction, he tried to get some individuals clean and sober while being unable to get clean and sober himself. Driven by his long-standing impulse to counteract the socially conservative denial of the experiences of young people, he wound up myopically projecting his concerns with addiction and teenage male sexuality onto the film’s subjects. In doing so, Clark identified with those subjects and, as he did in his photographs, created a world in which adults have no part to play except as voyeurs and adolescents make their own rules. With its polychrome palette, Kids departs dramatically from Clark’s previous black-and-white aesthetic, while the grim ambience of his still photography gives way to urban splendor and emotive close-ups. But the throughline is sustained. Here, as in his earlier work, the self-destructive and violent tendencies of his subjects form a narrative of trauma that is his own.tes her belief that Justin would still be alive if the movie had never been made.

    On the other hand, there is Clark’s focus on teenage boys as vectors of violence, sexual violence in particular. If the film were really honest, it would have been titled Boys. The narrative is driven by the motivation of the protagonist, Telly (played by Fitzpatrick), to “fuck virgins”; he calls himself the “virgin surgeon.” This plot was so ridiculous and contrary to reality that most of us just laughed at it at the time. It so obviously came from the mind of an adult. Every boy I knew was interested in experienced, if not older, sexual partners, not virgins. The “virgin surgeon” plot device underscored a narrative central to Clark’s own artistic vision, namely the destruction of innocence .

    ping @tintin
    #larry_clark #heroin_chic #addiction #jeunes #cinema

    • I DON’T REALLY TALK ABOUT KIDS. I had a very small part in the film, though it absorbed my whole life for a summer and more. I failed the audition for a part that was written for me. It was as one of the girls who makes out with another girl in a pool. Once I was actually standing in front of Harmony, Larry, and the casting director in the production offices in a building on the corner of Broadway and Houston, I felt a dissonance with my role in the script and the way girls’ roles in general were written. My speech, my behavior, my physical presence—my self—was something I couldn’t perform. I forgot all my lines. Afterward, I was awash with a sense of failure. I had failed at being myself. At seventeen, I found that feeling pretty familiar. I felt as awkward simulating a sex act as I did with the real thing. In the end, Carisa Glucksman and Michelle Lockwood played the girls in the pool.

      #chosification #réification #objectification #résistance (à)

  • Covid-19 : Un hiver imprévisible sous le sceau de la diversification massive et inédite d’Omicron
    https://theconversation.com/covid-19-un-hiver-imprevisible-sous-le-sceau-de-la-diversification-

    Oui, quand un pays développé et riche comme la France décide de sacrifier son université, sa recherche, de transformer celle-ci en une collection « d’appels d’offre » et les chercheurs et chercheuses en administrateurs de dossiers... les conséquences finissent par se faire sentir. Cela prend du temps, mais on est maintenant au bord de la falaise. Bon, on le dit depuis des années que la méthode par appel d’offre et comptage des publications n’est pas la bonne méthode pour avoir une recherche pérenne et à la hauteur des enjeux.
    Ca n’empêche pas de continuer à foncer dans le mur, ce qui dans tous les domaines est la politique de référence en France.

    TC : Comment surveille-t-on ces sous-variants préoccupants ? D’où proviennent les données épidémiologiques ?

    SA : Au niveau épidémiologique, la qualité du système de surveillance britannique est toujours remarquable. Leur dernier rapport du 7 octobre 2022, qui combine données de dépistage et de séquençage, offre une vision particulièrement claire de leur situation épidémique.
    Phylogénie du SARS-CoV-2
    Phylogénie radiale de Nextstrain.org à partir des données GISAID qui montre que la diversification des lignées Omicron est bien supérieure à celle du variant Delta (en bleu) ou Alpha (en violet). nextstrain.org/ncov

    Pour les autres pays, dont la France, on s’en remet aux données de séquençage partagées sur la plate-forme GISAID. Plusieurs sites Internet, dont Nextstrain.org mais aussi l’excellent covSPECTRUM de l’équipe du Pr Tanja Stadler, en Suisse, permettent de visualiser la dynamique des variants en temps réel (dans la limite des données fournies par chaque pays).

    Mircea Sofonea : Notons que contrairement aux précédentes vagues causées par l’arrivée d’un nouveau variant, les données de criblage issues des dépistages RT-qPCR (qui repèrent des mutations définies au préalable, et servent donc à traquer des variants déjà connus) ne permettent plus de distinguer ces nouvelles lignées.

    Cela nous prive d’un signal précoce et donc précieux pour informer en temps réel les modèles de la dynamique courante de remplacement. Celle-ci ne peut alors être connue qu’au moyen du séquençage, avec un retard d’au moins une semaine après le prélèvement (lui-même arrivant plusieurs jours après le début de l’infection) et sur un échantillon qui, pour des raisons matérielles, est réduit – les enquêtes Flash réalisées par le consortium EMERGEN portant sur 1000 à 2000 séquences interprétables.

    Le problème est que, cette fois-ci, la France se retrouve la première à connaître la prédominance du nouveau (sous-)variant (BQ.1.1). On ne pourra donc plus compter sur les tendances observées Outre-Manche !

    Alors que la diversité génétique du SARS-CoV-2 met une nouvelle fois à l’épreuve notre système de surveillance et de soins, la chaîne technico-scientifique, du prélèvement individuelle à l’analyse populationnelle, sur laquelle repose notre anticipation collective, a besoin d’un investissement immédiat à la hauteur de l’enjeu de santé publique.

    TC : Qu’est-ce que cela peut avoir comme conséquences éventuelles pour cet hiver ? Des prévisions sont-elles encore possibles ?

    SA : C’est très difficile, car au-delà de la difficulté scientifique, les équipes de recherche en France n’ont quasiment plus de financements annuels de base (appelés « récurrents »), et de nombreux projets ont été refusés cette année. Bref, nous ne sommes plus en mesure d’explorer des scénarios prospectifs. Et contrairement à 2020 et 2021, il n’y a plus de conseil scientifique pour solliciter de telles analyses. Les inconnues sur le déroulement de l’hiver sont donc énormes.

    #Recherche_scientifique #Séquençage #Covid-19 #Politique_recherche

  • Europe prepares to rewrite the rules of the Internet | Ars Technica
    https://arstechnica.com/tech-policy/2022/10/europe-prepares-to-rewrite-the-rules-of-the-internet

    Next week, a law takes effect that will change the Internet forever—and make it much more difficult to be a tech giant. On November 1, the European Union’s Digital Markets Act comes into force, starting the clock on a process expected to force Amazon, Google, and Meta to make their platforms more open and interoperable in 2023. That could bring major changes to what people can do with their devices and apps, in a new reminder that Europe has regulated tech companies much more actively than the US.

    “We expect the consequences to be significant,” says Gerard de Graaf, a veteran EU official who helped pass the DMA early this year. Last month, he became director of a new EU office in San Francisco, established in part to explain the law’s consequences to Big Tech companies. De Graaf says they will be forced to break open their walled gardens.

    “If you have an iPhone, you should be able to download apps not just from the App Store but from other app stores or from the Internet,” de Graaf says in a conference room with emerald-green accents at the Irish consulate in San Francisco, where the EU’s office is initially located. The DMA requires dominant platforms to let in smaller competitors and could also compel Meta’s WhatsApp to receive messages from competing apps like Signal or Telegram, or prevent Amazon, Apple, and Google from preferencing their own apps and services.

    #Economie_numérique #régulation #DMA #DSA

  • Philippe Descola, Bruno Latour et Ramsès II - La Hutte des Classes
    http://www.lahuttedesclasses.net/2022/11/philippe-descola-bruno-latour-et-ramses.html

    (...) j’avais souligné à quel point les positions philosophiques de l’anthropologue Philippe Descola, tout en se gardant de l’assumer trop clairement, ouvraient la porte à un relativisme dévastateur. Et je tentais de montrer que la manière dont il abordait sa classification des «  ontologies  » (le terme lui-même est tout sauf innocent) suggérerait qu’il n’est pas de représentation du monde plus juste, ou plus fidèle, qu’une autre. Il suffit d’un peu de logique pour comprendre que cette position revient à affirmer que la réalité elle-même n’existe pas indépendamment de l’idée qu’on s’en fait – même si, une fois encore, P. Descola se gardait bien de tirer cette conclusion explicitement.

    Or, ce pas avait été franchi sans ambages par son collègue et ami Bruno Latour, qui vient de décéder et qui était considéré depuis longtemps comme un intellectuel majeur par de nombreux chercheurs en sciences sociales (je crois nos collègues des sciences expérimentales globalement beaucoup moins sensibles à sa rhétorique, pour des raisons assez évidentes).

    Parmi les nombreux écrits de B. Latour, il en est un qui possède le mérite d’être bref, relativement simple, et de permettre à tout un chacun de juger des fruits que porte son arbre. Il s’agit d’un article paru en 1998 dans La Recherche, sous le titre «  Jusqu’où faut-il mener l’histoire des découvertes scientifiques  ?  », où l’auteur explique en substance que Ramsès II n’a pas pu mourir de la tuberculose étant donné que le bacille n’a été découvert par Koch qu’au 19e siècle. Je renvoie tous ceux, incrédules, qui pensent que j’invente, que je caricature ou que je déforme ses propos, à l’article en question, en y relevant notamment ce passage  :

    Avant Koch, le bacille n’a pas de réelle existence. Avant Pasteur, la bière ne fermente pas encore grâce à la Saccharomyces cerevisiae. (...) Affirmer, sans autre forme de procès, que Pharaon est mort de la tuberculose découverte en 1882, revient à commettre le péché cardinal de l’historien, celui de l’anachronisme .

    (...) on peut, et on doit, tout autant s’interroger sur les raisons qui font que des positions aussi manifestement absurdes exercent une fascination sur une large fraction du monde intellectuel. Tout comme pour la religion, la persistance (ou la résurgence) d’idées aberrantes ou réfutées depuis longtemps ne peut s’expliquer que par des causes étrangères à leur force de conviction propre  : ces idées satisfont un besoin, et possèdent une fonction sociale.

    #Philippe_Descola #Bruno_Latour #relativisme_généralisé #idéalisme_philosophique

    • Citons le texte de Latour, qui, de mon point de vue, ne dit rien de bien méchant.

      Jusqu’où faut-il mener l’histoire des découvertes scientifiques ?
      https://books.openedition.org/pressesmines/170

      On peut croire que Ramsès II crachait déjà des bacilles de Koch en postillonnant contre Moïse ; on ne peut le savoir avec certitude qu’en le faisant venir au Val de Grâce.

      C’est ce que le journaliste de Paris-Match a si bien compris : 3 000 ans plus tard, « nos savants » rendent enfin Ramsès II malade et mort d’une maladie découverte en 1882 et diagnostiquée en 1976.

      L’an – 1000 se compose, par exemple, d’un Pharaon mort de cause inconnue, et, à partir de l’année 1976, d’un Pharaon mort de cause parfaitement connue. Toutes les années – 1000 produites « à partir » de 1976 vont comporter ce trait nouveau : un Ramsès II dont la bouche était remplie de bacilles de Koch.

      L’an – 1000, solidement ancré, grâce au Val de Grâce, dans la médecine moderne, comprend dorénavant et jusqu’à preuve du contraire, un bacille qui causa la mort de son plus célèbre Pharaon.

    • Je crois qu’elle sert – et là est la clé de son succès – précisément à ne servir à rien. Son utilité consiste à permettre à qui l’endosse de se perdre dans les infinies circonvolutions et dans les faux-semblants d’une prétendue profondeur, sans jamais l’engager à quelque confrontation que ce soit avec le réel. Elle sert, par essence, à prendre des poses.

    • Ramsès II à Paris :

      Sa momie, gravement endommagée par des parasites, avait besoin d’une sérieuse restauration. Les savants français ont été choisis pour en être les maîtres d’œuvre.

      Où l’on voit que « Bruno » ne voyait que ce qu’il voulait voir, puisque ce n’est pas la tuberculose qui amenait le pharaon à Paris mais une exposition et des parasites.

      Donc @lyco, tout comme il fait dire à James des choses qu’il ne dit pas, Nono le sacro-saint, fait dire à Paris Match des choses qu’il ne dit pas et tous les graphiques du monde n’y changeront rien, dans le passé ou le présent, quel que soit le moment de la découverte (ou redécouverte donc) de ses raccourcis expéditifs ravageurs.

      Ce ne serait pas bien méchant, si certains milieux, notamment artistiques et culturels, ne lisaient pas de travers en plus, ses idées ou leurs succédanés pour achever une dépolitisation encore plus grande de ces espaces sociaux, et finir par mettre sur le même plan des chamans et des laboratoires d’analyses médicales. Ou dire que les virus ne sont qu’une question de point de vue.

      https://www.lhistoire.fr/rams%C3%A8s-ii-%C3%A0-paris

    • mais aussi sans doute @supergeante qu’il a récemment remis en cause son relativisme généralisé en raison d’un contexte de catastrophe écologique. en venir, par exemple, à évoquer Schmitt pour ne défendre la nécessité de ne pas rester neutre dans un polythéisme des valeurs où le climatonégationnisme (comme le déni de la pandémie) aurait non seulement une existence mais une légitimité.

      le souci, pour s’en tenir à un pragmatisme des effets, c’est que la réception fait l’oeuvre (d’où l’utilité du papier de Jeanpierre), et que des artistes aux académiques, des journalistes aux révolutionnaires (LM et d’autres), ça baigne dans un brouet de confusion qui crée des conflits superflus et nuisibles au lieu d’orienter une écologie politique consistante (cf. encore, le déni de la pandémie, entre autres).

    • Y’a beaucoup de choses à redire sur Latour, c’est dommage d’aller l’asticoter sur Ramses (j’étais sûr que c’était déjà sorti sur ST, mais j’ai dû rêver). Pour moi ça se résume à : Un événement datant de -1000 a été écrit de plusieurs façons depuis ; en 1976 on a fait une découverte importante sur cet événement qui ne nous fera plus l’écrire de la même façon ; cette découverte ne doit pas pour autant justifier de tout réécrire rétrospectivement, au risque d’aplatir l’histoire et d’en faire perdre la dimension sédimentaire. Ca me semble assez banal comme propos.

      Quand il dit : Grâce à la science moderne on sait maintenant avec certitude que Ramsès 2 est mort de la tuberculose, le gars conclut : Latour ne tient aucun compte des faits, il se fout de la réalité. Je comprends pas…

      Alors y’a cette phrase citée qui vient du début du texte de Latour :

      Affirmer, sans autre forme de procès, que Pharaon est mort de la tuberculose découverte en 1882, revient à commettre le péché cardinal de l’historien, celui de l’anachronisme.

      L’important là-dedans c’est « sans autre forme de procès ». Bien sûr que les petits gènes du bacille de Koch n’ont pas attendu Koch pour avoir une existence matérielle. Ce serait en effet stupide de dire le contraire (et c’est pour ça que personne ne dit le contraire – vaut toujours mieux partir du principe que personne n’est stupide). Mais Latour rejette cette idée que l’action des scientifiques ne consiste qu’à lever le voile sur une réalité déjà là à côté de nous. Pas parce qu’il n’y a rien à côté de nous, mais parce que les scientifiques ne lèvent pas de voile – ils produisent des faits. Et c’est bien plus compliqué. (C’est d’ailleurs parce qu’il sait que c’est plus compliqué qu’il met en valeur la découverte scientifique faite au val de grâce - c’est aussi pour ça qu’il ne discute pas les faits scientifiques, qu’il fait confiance à l’institution et qu’il prône le recours positif à l’argument d’autorité, etc.) Et ces faits ont une histoire, etc.

      Bref, je vois pas où ça peut se résumer à « tout se vaut » ou « tout n’est qu’une question de point de vue ».

      Par contre je sais que sur seenthis y’a plein de critiques intéressantes de Latour (le Latour écolo dernière période), par exemple ce très bon texte de LM (j’arrange pas mon cas) : https://seenthis.net/messages/699971

      ... où d’autres, de Frédéric Neyrat ou Andréas Malm :
      https://seenthis.net/messages/492604
      https://seenthis.net/messages/772354

  • Coupe du Monde 2022 : le Qatar refuse d’indemniser les ouvriers étrangers tués ou blessés sur les chantiers
    https://www.lemonde.fr/international/article/2022/11/02/coupe-du-monde-2022-le-qatar-refuse-d-indemniser-les-ouvriers-etrangers-tues

    Beaucoup d’organisations dénoncent, en plus du fait que le droit du travail est bafoué sur les chantiers de construction, l’insoutenabilité des conditions de travail et les pertes humaines, importantes. Selon des études de l’Organisation internationale du travail et des ONG de défense des droits humains, le bilan humain de la Coupe du monde au Qatar s’élève à des centaines, voire des milliers de morts – Amnesty International et Human Rights Watch évoquent des milliers de morts.

  • Avec ses annexes à Paris et dans toute l’Europe, le bras long de la police chinoise

    La présence de plusieurs bureaux censés faciliter le travail des policiers chinois témoigne des pratiques extraterritoriales de Pékin. L’usage qui pourrait être fait de ces structures informelles inquiète.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/11/01/avec-ses-annexes-a-paris-et-dans-toute-l-europe-le-bras-long-de-la-police-ch

    C’est une tour entre deux restaurants du quartier chinois, avenue de Choisy, dans le 13e arrondissement de Paris. L’immeuble résidentiel n’a rien de particulier, sauf à aller consulter le site Internet de la police de Fuzhou, une grande ville du sud-est de la Chine : l’adresse y est listée comme l’un des deux bureaux en France des forces policières locales, avec une autre dans une zone commerciale le long de l’autoroute A4 à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Le communiqué de la police de Fuzhou de janvier vante l’ouverture de trente « postes de service 110 à l’étranger », référence au numéro chinois de police secours.

    Une organisation de lutte contre les violations des droits humains, Safeguard Defenders, a repéré en septembre l’existence de ces bureaux informels en Europe, et notamment en France, qui sinon auraient pu passer inaperçus. L’identification de deux postes à Rotterdam et Amsterdam a depuis fait grand bruit. La police néerlandaise a ouvert une enquête, suivie par celles du Canada, du Portugal et d’Allemagne, tandis que les autorités irlandaises ont ordonné la fermeture d’un bureau à Dublin.

    Contacté par Le Monde, le ministère de l’intérieur français n’a pas souhaité « entrer dans le détail de ce dont les services spécialisés assurent le suivi ». Il a simplement précisé : « la DGSI [direction générale de la sécurité intérieure] déploie des moyens très importants (et croissants) pour assurer le suivi de l’action des services ou des structures étatiques étrangères susceptibles de venir heurter notre propre souveraineté. A chaque fois qu’une initiative susceptible d’être en contradiction avec nos lois est détectée, le ministre a donné comme instruction qu’elle donne lieu à réaction immédiate. Nous ne tolérerons pas que de telles pratiques aient lieu sur le territoire national ».

    Paywall

    et

    https://seenthis.net/messages/977529#message978082

    #Chine#Police#Sécurité_publique#dissidents#Repression

  • Hat der Hipster-Lifestyle ein Rassismus-Problem?

    COSMO. 28.10.2022. 10:43 Min.. Verfügbar bis 28.10.2023. COSMO.

    Es gibt sie überall, aber niemand will einer sein: die Hipster. Dabei prägen sie unsere Stadtviertel, was wir lesen und was für Musik wir hören. Ein neues Buch fragt jetzt danach, was die Hipster-Szene mit Rassismus zu tun hat. „Dekolonisiert den Hipster“ heißt es und COSMO-Reporter Christian Werthschulte hat es gelesen.
    https://www1.wdr.de/mediathek/audio/cosmo/audio-hat-der-hipster-lifestyle-ein-rassismus-problem-100.html

  • Expo sur Fela à la Philarmonie : la star, son image célébrée et sa part d’ombre

    par Paco Tizon

    https://blogs.mediapart.fr/paco-tizon/blog/311022/expo-sur-fela-la-philarmonie-la-star-son-image-celebree-et-sa-part-d

    Elle est intéressante l’expo sur Fela, même pour moi qui ai découvert l’artiste en 1989 et qui ai suivi son parcours. Mais je m’interroge sur les mythes « officiels » qu’on propage sur lui. Vous aussi vous vous questionnez sur le statut de l’artiste rebelle ?

    Extraits :

    On sait qu’en guise d’action politique, et pour « rendre le pouvoir au peuple », il créa la république de Kalakuta qui ressemblait surtout fort à une communauté sectaire, et dont le Shrine fut le temple. On sait qu’il y régna, lui-même opposé au régime nigérian, mais sans tolérer de démocratie au Kalakuta ("Je ne crois pas à ce concept inventé par les blancs", disait-il).

    On sait aussi qu’il s’arrangea avec les traditions yoruba pour pouvoir épouser des dizaines de jeunes femmes qui furent ses domestiques, ses danseuses, ses gardes du corps. On sait qu’il organisa sa mort en public, comme une célébration digne d’un être divin. Ce n’est pas manquer de respect que de le rappeler : Fela, génie musical et politique, était aussi une sorte de gourou. Et si ça nous embête de l’entendre, posons-nous la question : est-ce parce que c’est faux, ou est-ce parce que ça écorne sa réputation ?

    J’ai suivi Meissonnier, Van Eersel ou les gars de Actuel qui glorifièrent Fela. Mais ces passeurs occidentaux sont aussi... des hommes blancs, sans doute fascinés par le charisme viril de l’artiste. Compagnons des luttes décoloniales, défenseurs des cultures traditionnelles, ils ne s’exprimèrent jamais sur le sexisme du gars et sur l’emprise qu’il exerça.

    On sait que Fela refusa longtemps de reconnaître avoir contracté le sida, qu’il considérait comme « une invention des blancs », et qu’il contamina très probablement plusieurs de ses femmes.

    #Fela_Kuti #afrobeat #Nigeria #néocolonialisme #musique_et_politique#secte#Actuel