• « Arrêtez de tuer les paysans », la colère des campagnes en Inde
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/09/23/arretez-de-tuer-les-paysans-la-nouvelle-colere-des-campagnes-en-inde_6053293
    New Delhi veut libéraliser la commercialisation des produits agricoles, en permettant aux producteurs de vendre directement aux sociétés privées
    Sophie Landrin

    Une nouvelle révolte paysanne gronde en Inde contre le gouvernement Modi. Alors que l’agriculture est le seul secteur à ne pas subir les contrecoups désastreux de l’épidémie de Covid-19, les syndicats ont appelé à une mobilisation nationale vendredi 25 septembre. Voilà plusieurs jours que les paysans du Pendjab (nord), de l’Haryana (nord) et du Bengale-Occidental (nord-est), furieux, manifestent, bloquent les routes et les chemins de fer pour protester contre la réforme de la commercialisation des produits agricoles proposée par le gouvernement et que le Parlement vient d’adopter. « Arrêtez de tuer les paysans ! », scandent inlassablement les manifestants sur leurs tracteurs et dans la rue. Mais il ne reste à obtenir que la signature du président de la République pour que la loi entre en application, une simple formalité.

    Cette colère paysanne s’est muée en crise politique. La ministre de la transformation alimentaire, Harsimrat Kaur Badal, alliée du parti nationaliste au pouvoir, a démissionné, dénonçant une législation « anti-agriculteurs . A la Chambre haute, dimanche 20 septembre, les députés en sont presque venus aux mains. Huit députés ont été suspendus pour le reste de la cession parlementaire et campent, depuis, en signe de protestation, sur une pelouse devant la statue du Mahatma Gandhi, non loin du Parlement. L’opposition a décidé de boycotter les travaux de la Chambre haute et pourfend « la mise à mort » de l’agriculture, qui emploie 50 % de la population, mais ne représente que 14 % du produit intérieur brut.

    Désastre écologique et nutritif

    Les experts sont beaucoup plus mesurés sur la portée et le bien-fondé de la réforme, qui autorise les agriculteurs à vendre leurs produits en dehors des « mandis », les marchés agricoles réglementés, qui, aujourd’hui, régulent la commercialisation et assurent aux paysans un prix minimum sur la vente de leurs produits. La loi supprime les obstacles au commerce interétatique. Les agriculteurs pourront, à l’avenir, vendre directement à des entreprises privées agroalimentaires sans intermédiaire. Le gouvernement affirme qu’ils pourront céder leur récolte à meilleurs prix. Rien ne l’assure.

    L’exécutif a également décidé de supprimer la taxe que percevaient les Etats pour l’entretien des mandis, qui implique de gros investissements. Dans les faits, ces mandis sont souvent dans un état lamentable. Les chefs des gouvernements régionaux dénoncent une attaque du principe du fédéralisme et veulent saisir la Cour suprême. Dans une tribune publiée mercredi 23 septembre dans le quotidien The Indian Express, le chef du gouvernement du Pendjab, Amarinder Singh, membre du Parti du Congrès, éreinte un projet destiné « à remplir les poches des copains capitalistes du Bharatiya Janata Party [BJP, le parti au pouvoir], au détriment des pauvres agriculteurs », qui seront la proie « des grands requins . Les paysans, eux, redoutent la disparition des prix minimum garantis. La colère est si vive que le premier ministre, Narendra Modi, est intervenu pour tenter de convaincre les paysans de la justesse de sa réforme.

    En 2014, M. Modi avait promis de doubler le revenu des agri culteurs d’ici à 2022. Un pari impossible, tant la crise agricole est profonde, structurelle et enracinée. L’agriculture indienne souffre d’un modèle de développement issu de la « révolution verte » lancée dans les années 1970, qui a imposé un système de production subventionnée par l’Etat, qui garanti aux paysans un débouché, par des achats publics qui sont ensuite redistribués à bas prix aux pauvres 75 % de la population a accès à un quota de produits de première nécessité.

    Ce modèle a certes assuré l’indépendance alimentaire de l’Inde et mis un terme aux terribles famines qui décimaient le pays, mais il a promu des cultures à haut rendement blé, riz, canne à sucre, coton , qui nécessitent une irrigation intensive et l’utilisation massive de pesticides et d’engrais. C’est un désastre sur le plan écologique et nutritif. Les Indiens se nourrissent essentiellement de riz et de blé, au détriment des légumineuses, des fruits et légumes qui ne sont pas subventionnés. Quant aux paysans, sous la pression démographique, la taille de leurs exploitations s’est réduite, diminuant leurs revenus, augmentant leur endettement et le nombre de suicides.

    La colère paysanne, entretenue par l’opposition, est peut-être le signe de l’érosion de la confiance des Indiens dans les réformes de Modi. Sa gestion calamiteuse de l’épidémie de coronavirus, ces derniers mois, a mis l’économie à terre. Le deuxième pays le plus peuplé de la planète, 1,3 milliard d’habitants, aura le plus grand mal à se relever.

    #inde #liberalisation #privatisation #paysans

  • Des milliers d’agriculteurs, qui dénoncent l’ouverture au privé imposée par le premier ministre, menacent de bloquer les accès à New Delhi.
    Sophie Landrin dans Le monde du 1er décembre.

    Révolte des paysans indiens contre la libéralisation de Modi

    New Delhi correspondante - Des milliers de paysans indiens en colère sont massés aux portes de Delhi, stoppés à deux postes-frontières entre l’Etat de l’Haryana et la capitale indienne, avec la ferme intention de couper l’approvisionnement de la ville en bloquant les routes d’accès.

    Leur cortège s’étend sur plusieurs kilomètres. Le gros des bataillons vient du Pendjab, le grenier à riz et à blé de l’Inde, où la révolte gronde depuis près de trois mois. Les cheveux cintrés dans des turbans colorés, portant moustache et longue barbe, une armée de vieux paysans sikhs sont équipés pour tenir plusieurs mois.

    Derrière leurs tracteurs, les remorques sont remplies de chaudrons et de vivres, riz, oignons, lentilles, farine, et de paille pour y dormir. « Nous resterons ici tant que le gouvernement ne reviendra pas sur les lois qui vont tuer les paysans », crie un Pendjabi, propriétaire de deux hectares, qui a effectué quatre cents kilomètres sur son tracteur pour atteindre Delhi.

    Des heures d’affrontements

    Le gouvernement de Narendra Modi les a trop longtemps ignorés. Le 20 septembre, sans aucune concertation préalable avec le monde agricole, ni avec les responsables régionaux, il avait fait adopter au Parlement trois textes libéralisant la vente des produits agricoles. En vertu de la réforme, les paysans ont dorénavant la liberté de vendre leur production à un acheteur et au prix de leur choix et non plus seulement sur les marchés régulés par l’Etat (les « mandis ») avec des prix fixés, comme c’était le cas jusque-là. Ce système permettait au gouvernement de constituer des stocks stratégiques, en priorité de riz et de blé, qui sont ensuite redistribués à bas prix aux pauvres et assurent aux producteurs un revenu décent.

    Le dialogue avec le gouvernement est au point mort. Une rencontre entre syndicats et agriculteurs à la mi-novembre n’a rien donné. Une autre est prévue le 3 décembre avec le ministre de l’agriculture.

    Les paysans se sont mis en branle jeudi 26 novembre, à l’appel des syndicats, pour une campagne baptisée « Dilli chalo », « la marche vers Delhi . Le cortège du Pendjab a grossi, rejoint par des paysans de l’Haryana, de l’Uttarakhand, de l’Uttar Pradesh, mais, en chemin, ils ont été violemment arrêtés par la police qui a fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau. Celle-ci a même demandé au chef de gouvernement de Delhi de pouvoir utiliser les stades de cricket de la capitale comme prisons temporaires pour y enfermer les manifestants. Arvind Kejriwal, un centriste, a refusé, prenant la défense des paysans. « Au lieu de retirer des lois antipaysans, on empêche les agriculteurs d’organiser des manifestations pacifiques. On utilise contre eux des canons à eau. Manifester pacifiquement est un droit constitutionnel », a-t-il assuré sur les réseaux sociaux.

    Vendredi, après des heures d’affrontements, le gouvernement a finalement proposé de leur allouer un terrain, Sant Nirankari Park, dans le nord de Delhi, mais seulement une centaine de paysans a accepté de s’y rendre, parfois contraints par la police. Dimanche, le camp, une immense friche terreuse était presque vide. Des tentes ont été montées, l’électricité amenée, des cuisines installées, où des hommes préparent chapatis (petits pains) et dhal de lentilles mais pour une poignée de convives.

    Aux portes de Delhi, les paysans affirment qu’ils n’iront pas àSant Nirankari. « Nous resterons là, nous n’irons pas dans cette prison ouverte », ont-ils prévenu lors d’une conférence de presse, conscients qu’ils imposent un rapport de force beaucoup plus important en bloquant les routes de la capitale. « Nous sommes des paysans indiens, pas des terroristes », annoncent des pancartes brandies par les hommes en colère.

    Depuis des mois, les paysans du Pendjab manifestent, campent sur des routes et les rails pour dénoncer cette ouverture au privé. Ils redoutent d’être étranglés par les grosses entreprises de la distribution qui viendront directement leur acheter leur production et visent particulièrement Mukesh Ambani, le patron de Reliance, et Gautam Adani, deux milliardaires proches de Narendra Modi. Malgré leur mobilisation, le gouvernement s’est montré sourd à l’inquiétude des paysans continuant d’affirmer que la législation permettra de stimuler la production grâce à des investissements privés. Narendra Modi, qui s’exprimait, dimanche, à l’occasion de Maan Ki Baat, son allocution radiophonique mensuelle, a répété l’argumentaire.

    La situation s’est tellement tendue que le ministre de l’intérieur, Amit Shah, le plus proche de M. Modi, a proposé ses services, en transmettant une lettre aux manifestants, leur proposant de discuter avec eux à la condition qu’ils rejoignent le camp de Sant Nirankari. La réponse des organisations agricoles a été cinglante : « Ce n’est pas de la compétence du ministre de l’intérieur. » Les syndicats demandent une « réunion au plus haut niveau » avec des ministres « compétents » et habilités à prendre des décisions.

    Stratégie de tensions

    Cette nouvelle révolte souligne à la fois la crise structurelle traversée par l’agriculture paysanne et le manque d’empathie et de dialogue du gouvernement Modi qui avait pourtant promis, lors de son élection en 2014, de doubler leurs revenus d’ici à 2022.

    Les agriculteurs représentent près de la moitié de la population - 650 millions d’Indiens mais seulement 14 % du produit intérieur brut. Ils détiennent des parcelles de plus en plus petites et sont de plus en plus endettés sous la pression d’un mode de production intensif issu de la « révolution verte » des années 1970.

    Les paysans réclament le retrait des trois lois adoptées le 20 septembre. Mais il est peu probable que le gouvernement recule. Depuis sa réélection, en mai 2019, Narendra Modi, joue une stratégie de tensions, exacerbe les antagonismes pour discréditer les opposants à ses réformes. En décembre 2019, une loi attribuant la nationalité indienne aux réfugiés, sauf s’ils sont musulmans, avait suscité un mouvement de protestation d’une ampleur inédite dans tout le pays. Durant des mois, des Indiens étaient descendus dans la rue et la contestation n’avait pris fin qu’avec l’arrivée du Covid-19 et le confinement général ordonné par le premier ministre.

    #paysans #inde #privatisation #liberalisation #

  • Les jeunes femmes sont les premières concernées par le retrait de l’État en milieu rural

    Les soudaines phases d’intérêt politique pour les jeunes ruraux aboutissent habituellement sur des mesures « volontaristes » qui prennent le cadre urbain comme référence et supposent de se projeter vers la ville pour vivre sa jeunesse et se réaliser.

    Ces injonctions unilatérales à la « mobilité » ou à « l’ouverture » pâtissent du manque de connaissances sur des groupes juvéniles que l’on a longtemps uniformisés sous l’image d’une société paysanne immuable.

    Les jeunesses urbaines, plus visibles, font alors office de point de comparaison avec les jeunesses rurales, selon un principe de définition par le manque. Par ce prisme, on tend à méconnaître les conditions d’existences et les visions du monde des jeunes ruraux, mais surtout on gomme les fractures qui existent au sein même de ce large groupe.
    La crainte de la « sale réputation »

    En son sein, on pourrait par exemple évoquer la double relégation, matérielle et symbolique, que subissent les jeunes chômeurs dans des milieux ruraux de forte interconnaissance où la « sale réputation » colle à la peau et au patronyme.

    Ici, nous allons nous évoquer les cas de jeunes femmes des classes populaires rurales, donc issues de familles ouvrières ou employées principalement (les classes populaires étant surreprésentées en milieu rural).

    Peu diplômées et peu dotées en capital économique, elles ont tendance à évoluer dans des sociabilités où ce sont avant tout les jeunes hommes qui peuvent occuper le devant de la scène et profiter des ressources liées à l’autochtonie.

    Dans nos enquêtes de terrain respectives, Les filles du coin et Ceux qui restent (2019) c’est notamment à travers les âges d’entrée sur les marchés professionnels et conjugaux que nous avons pu saisir ces rapports de genre.

    Dans leurs trajectoires individuelles, ou encore le fonctionnement des couples et des groupes d’amis, nous retrouvons les conséquences des inégalités à grande échelle entre femmes et hommes, en premier lieu celles qui structurent le marché de l’emploi rural dans les régions anciennement industrielles où l’on rencontre les jeunes les plus exposés à la précarité.
    Des offres d’emplois dans des secteurs dominés par les hommes

    À rebours de la tendance nationale, ces zones rurales qui ont tendance à se dépeupler concentrent les offres d’emploi dans des secteurs professionnels considérés comme masculins.

    Sur certains territoires, le chômage des jeunes femmes de moins de trente ans s’avère plus élevé que celui des jeunes hommes, et plus largement en milieu rural elles trouvent moins souvent un emploi à l’issue de leurs études que les jeunes hommes (59 % vs 54 %).

    Ce que l’on observe à l’échelle nationale en termes d’inégalités liées au genre sur le marché du travail se trouve dès lors exacerbé par ces effets de lieu.

    Tandis que les jeunes femmes rurales issues de milieux plus aisés partent massivement pour les études supérieures et s’installent en ville, celles qui restent, lorsqu’elles parviennent à avoir un travail proche de chez elles, sont souvent en contrat précaire, à temps partiel, avec des horaires fractionnés dans les secteurs de l’aide à la personne, les ménages, la petite enfance ou les postes d’ouvrières à l’usine, ou encore caissières dans le supermarché du coin.

    Entre autres choses, ces conditions d’emploi les exposent davantage aux contraintes de la route et des différents coûts liés aux déplacements (financiers, organisationnels…).

    De manière plus informelle, les jeunes femmes sont surtout assignées à des tâches moins ou non rémunérées, telles que l’aide et le soin aux personnes fragiles, le travail domestique (notamment les ménages) ou encore la garde des enfants.
    Des formes d’entraides féminines cruciales

    Cette répartition genrée du travail d’aide va de pair avec des formes d’entraides féminines importantes, mais elle participe aussi à distinguer les jeunes femmes entre elles : l’exclusion par la non-sollicitation des unes permettant aux autres d’espérer une place plus centrale dans les réseaux locaux de sociabilité et d’atteindre une relative stabilité économique. Comme le résument deux jeunes femmes :

    « Quand on pense jamais à toi quand y’a un poste quelque part, t’as compris que t’étais pas du bon côté »

    « Quand t’as pas de réseau, c’est pas possible »

    Aussi dans un contexte de rareté de l’emploi, trouver un travail par réseau d’interconnaissance peut aboutir sur des situations de domination inextricable.

    Quand « tout se sait » là où « tout le monde se connaît », « ne pas chercher les problèmes » et « ne pas causer de problèmes » à sa famille ou aux amis qui ont aidés sont les deux principes qui participent à l’indicibilité des violences qui, y compris en milieu professionnel, sont subies par les jeunes femmes.

    Par allers-retours, ces situations précaires des femmes sur le marché du travail déterminent (et sont déterminées par) leur place dans toutes les sphères de vie sociale, en particulier les sociabilités amicales qui sont primordiales en milieu rural, et bien sûr dans les relations amoureuses, conjugales.
    « Couper les ponts » et ne plus « faire n’importe quoi »

    Lors de la mise en couple et la (re)formation des groupes d’amis, les jeunes femmes tendent plus souvent à rejoindre leur conjoint dans un réseau qui était le sien depuis longtemps, généralement depuis l’enfance.

    Elles ont alors, disent-elles, dû « couper les ponts » avec leur « vie d’avant », alors que les jeunes hommes peuvent faire partie des mêmes clubs de loisirs et cercles amicaux, y compris après l’arrivée des enfants.

    Certaines justifient ce « choix de vie » par l’injonction à « se poser », ne plus « faire n’imp(orte quoi) » au moment de l’entrée dans l’âge adulte, afin de se consacrer plutôt à leur rôle conjugal et/ou maternel.

    Généralement plus doté en capital économique, car plus âgé, entré plus tôt en emploi et héritant plus souvent de biens familiaux, le conjoint aura eu aussi davantage de facilités à devenir propriétaire avant la mise en couple, avec l’aide notamment de ses amis pour l’aider à « retaper » une maison à moindre coût.

    Il pourra dans ce cas justifier aisément que sa compagne s’installe « chez lui ». Enfin, il aura toutes les chances d’appartenir à des groupes de loisirs liés à des activités masculines pérennes et valorisées, comme le football, la chasse, le motocross par exemples, qui viendront justifier, avec la proximité de la famille, d’installer le couple là où lui peut bénéficier de capital d’autochtonie, ici lié à son inscription dans les « bandes de potes » et dans la sociabilité professionnelle.

    Dans cette configuration conjugale inégalitaire, majoritairement rencontrée dans nos enquêtes, les sociabilités des couples « tournent autour » des hommes et de leur réseau, tandis que les jeunes femmes sont placées dans des rôles plus ou moins ingrats et isolés dont elles s’accommodent, ou non.

    Bien sûr, des solidarités et amitiés féminines peuvent se recomposer au fil du temps. Néanmoins, elles s’inscrivent rarement (cela varie là aussi selon que l’on se trouve ou non dans une zone rurale en déclin) au sein de collectifs encadrés par des institutions pérennes (de travail, de loisir). On comprend que les jeunes femmes soient attachées au fait de garder leur « meilleure amie » de longue date, alors que les jeunes hommes envisagent davantage la solidarité à l’échelle de toute leur « bande ».
    Mobilité et rapports de pouvoir

    Nos enquêtes ont forcément rencontré l’enjeu de la mobilité, puisque dès l’adolescence, dans des zones rurales appauvries où le maillage des transports en commun (cars, bus, trains régionaux) est faible, voire inexistant, les inégalités face aux possibilités de se déplacer sont grandes entre les jeunes : plus rares sont les jeunes femmes à avoir un deux-roues, d’abord parce que la route leur serait plus risquée (les jeunes hommes sont plus souvent socialisés à la conduite et à la mécanique, y compris des engins agricoles, mais aussi de la voiture familiale par leur père), ensuite en raison de leur milieu social, compte tenu des coûts afférents.

    Le pendant de cet investissement masculin dans les transports résulte dans les risques pris par les jeunes hommes. Cela constitue l’un des coûts d’adaptation à la masculinité conforme à ce milieu social, les jeunes hommes sont davantage exposés aux accidents de la route dont on sait qu’ils touchent tout particulièrement les jeunes de classes populaires rurales.

    Ensuite, il y a toutes les inégalités en matière de déplacements entre jeunes femmes elles-mêmes. D’un côté, celles qui partent vivre en ville pour leurs études vont être amenées à parcourir de grandes distances, à s’autonomiser par la voiture ou simplement rompre avec les sociabilités rurales et acquérir davantage de capital social, d’autant plus qu’elles proviennent des milieux plus dotés en capital économique et culturel. Quant à celles qui restent et qui n’ont pas le permis ou de voiture, elles tendent à dépendre de leur conjoint ou d’un proche pour se déplacer, d’autant plus si elles sont sans travail et plus jeunes que lui, dans un village ou bourg qu’elles n’habitent que depuis la mise en couple.

    La moindre intégration et l’assignation aux rôles genrés dans des collectifs familiaux et amicaux fait écho aux inégalités sur le marché du travail.

    Premières victimes du retrait de l’État, et tout particulièrement depuis le démantèlement engagé des services publics ruraux dans le secteur de la santé ou de l’éducation, les jeunes femmes ont tendance à occuper des emplois plus solitaires et précaires.

    https://theconversation.com/les-jeunes-femmes-sont-les-premieres-concernees-par-le-retrait-de-l

    #femmes #genre #retrait_de_l'Etat #campagne #rural #mobilité #rapports_de_pouvoir #réputation #sale_réputation #emploi #travail #entraide #entraide_féminine #mobilité #rapports_de_pouvoir

  • Comment être une agricultrice en 2020 ?

    Entre mai et août 2020 j’ai lancé sur le compte Twitter d’AgriGenre une série de sondages afin de comparer (i) les résultats que pouvaient m’offrir ces type de sondages – tout en ayant conscience des limites de cet outil – (ii) aux tendances de certaines problématiques de genre que je rencontrais sur le terrain dans les mondes agricoles.

    La population qui a voté aux sondages d’AgriGenre sur Twitter peut être classée en :

    Population agricole : sur Twitter les agriculteurs sont surreprésentés par rapport aux agricultrices. On a tendance à les retrouver plus fréquemment comme producteurs de tweets, de commentaires, de votes.
    Population non agricole : composée de citoyen.ne.s, de militant.e.s, d’universitaires, de chercheur.euse.s, etc. Les réponses à certaines questions ont plutôt un caractère général et distancié. Il n’y a pas forcément de connaissance directe ni d’expérience concrète avec les mondes agricoles.

    Les sondages de Twitter ne permettant pas de distinguer les différentes populations (agricole, non agricole) ni le genre des votants, j’ai souhaité comparer les précédents résultats, (i) votes des sondages Twitter et (ii) tendances de terrain, aux (iii) votes d’une troisième population composée uniquement d’agriculteurs et d’agricultrices, avec un large spectre géographique.

    A l’aide de contacts dans le monde agricole, une population de cent cinquante agricultrices et agriculteurs a accepté de répondre à l’ensemble des questions posées préalablement sur le compte Twitter d’AgriGenre. Afin de ne pas influencer les votes, aucun lien n’a été indiqué entre ce nouveau sondage et les précédents.

    Composition de l’échantillon :

    Effectif : 150
    Population : chef.fe.s d’exploitation agricole et coexploitant.e.s
    Proportion : 53,3 % de femmes et 46,7 % d’hommes
    Âge : entre 30 ans et 65 ans
    Zone géographique : France métropolitaine
    Types de production : maraîchage, arboriculture, grande culture, viticulture, élevage, apiculture
    Syndiqué.e.s : Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, Jeunes Agriculteurs, Mouvement de Défense des Exploitants Familiaux, Coordination Rurale, Confédération Paysanne
    Non syndiqué.e.s

    J’ai pu croiser (i) les résultats des sondages hybrides de Twitter avec (ii) les résultats que je recueillais directement sur le terrain et (iii) les résultats du sondage spécifique des agricultrices et agriculteurs de France métropolitaine.

    I. L’agriculteur n’est pas l’agricultrice

    A la question :
    « Quand vous entendez ou lisez le mot agriculteur, vous pensez à :
    – Un homme
    – Un homme ou une femme
    – Un homme et une femme
    – Une femme »

    Le sondage issu de Twitter (AgriGenre, août 2020, 580 votes) indique que l’on pense d’abord à un homme à 75,7 %, à un homme ou une femme à 18,6 %, à un homme et une femme à 5,3 %, à une femme à 0,3 %

    Le mot agriculteur désignerait :

    dans une version exclusiviste, un homme à 75,7 %, une femme à 0,3 %
    dans une version relativiste, quelquefois un homme ou une femme à 18,6 %
    dans une version universaliste, indistinctement un homme et une femme à 5,3 %

    Le sondage issu du milieu agricole indique que l’on pense d’abord à un homme à 56,7 %, à un homme ou une femme à 37,2 %, à un homme et une femme à 10,7 % et à une femme à 0 %

    Le mot agriculteur désignerait :

    dans une version exclusiviste, un homme à 56,7 %, une femme à 0 %
    dans une version relativiste, quelquefois un homme ou une femme à 37,2 %
    dans une version universaliste, indistinctement un homme et une femme à 10,7 %

    Les deux sondages font ressortir un accord d’ensemble.

    Ces deux sondages font également ressortir que :

    Le mot « agriculteur » représente strictement un homme entre 56,7 % et 75,7 % et il représente strictement une femme entre 0 % et 0,3 %.
    Le mot « agriculteur » intègre le fait d’être parfois une femme entre 18,6 % et 37,2 % .
    Le mot « agriculteur » intègre le fait d’être une femme entre 5,3 % à 10,7 %

    Le mot « agriculteur » ne représente :

    Ni « un homme et/ou une femme » (entre 5,3 % et 37,2 %)
    Ni une « femme » (entre 0 % et 0,3 %)

    Mais il représente bien un « homme » (entre 56,7 % et 75,7 %).

    La femme agricultrice reste majoritairement invisible quand il est question du mot « agriculteur » à l’oral ou à l’écrit.

    Parmi les femmes agricultrices :

    63,75 % pensent à un homme quand elles lisent ou entendent le mot « agriculteur »
    25 % pensent à un homme ou une femme
    11, 25 % pensent à un homme et une femme
    0% pensent à une femme

    Parmi les hommes agriculteurs :

    48,57 % pensent à un homme quand ils lisent ou entendent le mot « agriculteur »
    41,43 % pensent à un homme ou une femme
    10 % pensent à un homme et une femme
    0 % pensent à une femme

    Le mot « agriculteur » représente majoritairement un homme à la fois pour les femmes agricultrices et les hommes agriculteurs (entre 48,57 % et 63,75 %) qui s’entendent sur le fait que ce mot ne représente pas une femme (0 %), quelquefois un homme ou une femme (entre 25% et 41,43 %), et très peu un homme et une femme (entre 10 % et 11,25 %).

    Il reste pour la femme agricultrice l’usage du mot « agricultrice », rentrée dans le dictionnaire Larousse en 1961.

    Pour une agricultrice, la distinction entre agriculteur et agricultrice est bien marquée : « Agriculteur : nom masculin, personne qui cultive la terre. Agricultrice : nom féminin, personne qui s’occupe des enfants, de la maison, des courses, des repas, de la traite, des veaux, de la comptabilité et l’administratif de l exploitation. N’en jetez plus ! » (Josianne).

    Une autre agricultrice s’empara également de son expérience pour résumer la chose de la manière suivante : « Dans l’esprit des gens, le mot agriculteur définit bien un homme. Dans le mien, j’ai la même côte, les mêmes bottes et les mêmes charges à payer, il ne me définit pas et le mot agricultrice n’est pas utilisé suffisamment et à sa juste valeur » (Laurence).

    Ce qui est vaut pour les mots « agriculteur » et « agricultrice » vaut aussi pour les mots « paysan » et « paysanne ».

    Dans un autre sondage issu de Twitter (AgriGenre, juin 2020 (A), 1 417 votes) portant sur la question « Faites-vous une différence entre agriculteur/agricultrice et paysan/paysanne ? » , 63,5 % ne font pas de différence contre 36,5 %.

    Le retour du sondage issu des agricultrices et agriculteur va dans le même sens, 58,7 % ne font pas de différence contre 41,3 %.

    Les deux sondages font ressortir un accord d’ensemble (entre 58,7 % et 63,5 %).

    Parmi les femmes agricultrices :

    52,5 % ne font pas de différence contre 47,5 %

    Parmi les hommes agriculteurs :

    65,7 % ne font pas de différence contre 34,3 %

    Parmi les multiples témoignages, un type d’argument tend à revenir fréquemment : « Paysan ou agriculteur, qu’importe, Mais surtout pas « exploitant agricole ». Je considère que je n’exploite rien ni personne » (Gilles).

    Plus critique, une femme agricultrice explique que « Certains veulent avoir à faire à des paysans ( du genre authentiques) alors que ce mot a été et l’est encore péjoratif . Paysan c’est une condition dont celle de femmes pour qui c’est pas jojo , alors que agriculteur, agricultrice c’est un métier avec des connaissances technique » (Clémentine).

    Pour une autre femme agricultrice, « Le nom agricultrice a été donnée plus récemment avec la technicité et la modernisation de l’agriculture. Pour moi, paysanne contient le mot pays. Selon le contexte, les deux sont à employer et ont la même valeur à mes yeux » (Laurence).

    Si ne pas nommer c’est ne pas faire exister, alors le mot « agriculteur » ne représente pas la femme, mais seul le mot « agricultrice », écrit ou parlé, représente bien une femme agricultrice, comme le mot « paysanne », écrit ou parlé, représente la femme paysanne.

    II. Le difficile remplacement de l’agricultrice par l’agriculteur

    En 1982, l’agricultrice Anne-Marie Crolais publiait un ouvrage témoignage où l’on pouvait lire qu’ « en agriculture, il est souvent plus facile de remplacer l’homme car pour remplacer l’agricultrice il faut à la fois travailler sur l’exploitation et remplir le rôle de femme d’intérieur et de mère de famille ». Le sondage demandait si le constat de 1982 était encore d’actualité en 2020 ?

    Les résultats du sondage Twitter (AgriGenre, juillet 2020 (B), 164 votes) indiquent que les votants sont d’accord à 82,3 % (Tout à fait d’accord : 56,7% ; Plutôt d’accord : 25,6%) et pas d’accord à 17,7% (Pas vraiment d’accord : 12,8% ; Pas du tout d’accord : 4,9 %).

    Les résultats du sondage issu du monde agricole indiquent être à d’accord à 54 % (Tout à fait d’accord : 19,3 % ; Plutôt d’accord : 34,7%) contre à 46 % (Pas vraiment d’accord : 30 % ; Pas du tout d’accord : 16 %).

    Les deux sondages font ressortir un accord d’ensemble (entre 54 % et 82,3 %).

    Parmi les femmes agricultrices :

    28,75 % sont tout à fait d’accord, 38,75 % sont plutôt d’accord, 26,25 % ne sont pas vraiment d’accord et 6,25 % ne sont pas du tout d’accord.

    Parmi les hommes agriculteurs :

    8,57 % sont tout à fait d’accord, 30% sont plutôt d’accord, 34,29 % ne sont pas vraiment d’accord et 27,14 % ne sont pas du tout d’accord.

    L’opposition entre les femmes agricultrices et les hommes agriculteurs est marquée :
    67,5 % d’accord pour les agricultrices vs 61,43 % pas d’accord pour les agriculteurs.

    J’ai pu constater sur le terrain que ce sujet restait sensible. Il pouvait être balayé d’un revers de manche, principalement par des agriculteurs, comme susciter un certain malaise chez des agricultrices. Sur ce point une agricultrice m’exprima le fait qu’elle se voyait dans l’exploitation familiale un peu comme « un couteau Suisse » (Marie).

    Les questions liées à la place des femmes dans les exploitations agricoles, à leur pleine reconnaissance et considération, comme les questions portant sur la répartition sexuée des tâches restent toujours d’actualité, trente-huit après le témoignage d’Anne-Marie Crolais.

    III. Des syndicats agricoles en peine avec les agricultrices

    A la question : « Pensez-vous que les questions liées au partage des tâches domestiques, à la pénibilité au travail, aux inégalités de salaire… qui touchent les agricultrices sont suffisamment prises en compte par l’ensemble des syndicats agricoles ? », les résultats sortis de Twitter (AgriGenre, juillet 2020 (A), 63 votes) étaient sans appel : négatif pour 85,8 % des votants (Pas vraiment d’accord : 42,9% ; Pas du tout d’accord : 42,9%) contre 14,3% (Tout à fait d’accord : 9,5% ; Plutôt d’accord : 4,8%).

    Le sondage issu du monde agricole donne un résultat proche : négatif pour 75,7 % des votants (Pas vraiment d’accord : 45,3 % ; Pas du tout d’accord : 30,4%) contre 24,3 % (Tout à fait d’accord : 3, 4 % ; Plutôt d’accord : 20,9 %).

    Les deux sondages font ressortir un accord d’ensemble (entre 75,7 % et 85,8 %).

    Parmi les femmes agricultrices :

    1,25 % sont tout à fait d’accord, 12,5 % sont plutôt d’accord, 48,75 % ne sont pas vraiment d’accord et 37,5 % ne sont pas du tout d’accord

    Parmi les hommes agriculteurs :

    5,71 % sont tout à fait d’accord, 30 % sont plutôt d’accord, 42,86 % ne sont pas vraiment d’accord et 21,43 % ne sont pas du tout d’accord

    Les femmes agricultrices considèrent à 86,25 % que les questions liées au partage des tâches domestiques, à la pénibilité au travail, aux inégalités de salaire… qui touchent les agricultrices ne sont pas suffisamment prisent en compte par les syndicats agricoles. Les hommes agriculteurs les rejoignent à 64,29 %.

    Ces résultats marquent un échec de l’action des syndicats agricoles, toutes tendances confondues, face aux conditions des agricultrices. Ces résultats concentrent toute une série de problèmes, comme ceux évoqués ci-dessus : l’invisibilisation des agricultrices facilite la moindre attention des problèmes que subissent spécifiquement des agricultrices au sein des exploitations agricoles.

    Cette situation n’a pas laissé indifférent des agricultrices : « Malheureusement ce n’est pas un sujet qui est majeur à leurs yeux. Pourtant ce sont des questions primordiales pour la vie des agricultrices » (Laurence), « Effectivement c’est un sujet qu’aucun syndicat ne traite à part entière, c’est vraiment navrant » (Clémence).

    J’ai souligné dans un précédent article le côté masculin marqué des mondes agricoles, tant au niveau syndical que ministériel :

    Au niveau syndical, entre 1946 et 2020, sur cinquante deux représentants nationaux, cinquante ont été des hommes et seulement deux des femmes (50 vs 2).
    Au niveau ministériel, entre 1836 et 2020, sur un effectif de cent quarante cinq ministres ou secrétaires d’État à l’agriculture, cent quarante trois ont été des hommes et seulement deux des femmes (143 vs 2).

    Une agricultrice me rapportait qu’elle regrettait qu’en 2020 les agricultrices soient encore considérées comme « une sorte de caution morale que l’on sort de temps en temps du placard pour se donner une bonne conscience dans une profession majoritairement masculine où les hommes monopolisent toujours les postes de représentation et de responsabilité » (Nathalie).

    Si ne pas nommer c’est ne pas faire exister, ne pas être représenté.e c’est aussi ne pas faire exister.

    IV. Des espaces non-mixtes en question

    La question posée sur Twitter était la suivante : « Depuis de nombreuses années des agricultrices se réunissent en groupes et espaces non-mixtes. Comprenez-vous que ce choix persiste de nos jours ? ».

    Les votants de Twitter (AgriGenre, juin 2020 (B), 796 votes) ont répondu à 83,5% oui et 16,5% non.

    Or sur le terrain les positions que je rencontrai – sans distinction de genre , d’âge ou de position politique/syndicale – n’étaient pas aussi tranchées (pratiquement autant d’avis positifs que négatifs). Je n’ai pas observé un raz-de-marée aussi flagrant d’avis positifs (sauf à penser que mes échantillons et mes terrains étaient systématiquement biaisés).

    Les votants du sondage issu du monde agricole ont répondu à 61,5 % oui et 38,5 % non, ce qui me semble plus près de la réalité de terrain.

    Les deux sondages font ressortir un accord d’ensemble (entre 61,5 % et 83,5 %).

    Parmi les femmes agricultrices :

    62,5 % comprennent ce choix contre 37,5 %

    Parmi les hommes agriculteurs :

    58,57 % comprennent ce choix contre 41,43 %

    Cette question des espaces non-mixtes fait toujours l’objet de débat au sein des mondes agricoles.

    Pour certaines agricultrices la non-mixité de réunion « est une porte ouverte à la ségrégation » (Marie).

    Dans le camps des opposé.e.s à ce type de réunion, je rencontre plus couramment des agricultrices qui mettent en avant leur fort caractère et leur volonté de ne pas se laisser faire : « Je comprends pas du tout ce genre de comportement moi. Qu’il y ait des hommes ou des femmes ma parole est libre et franche et sans entraves. De toute façon, et tant pis pour les réflexions et les regards, je m’exprime de toute façon et je tacle si besoin ! » (Clémence).

    D’autres enfin sont plutôt favorables à la mixité mais elles comprennent ce besoin temporaire en #non-mixité : « Pour avoir animé des formations en groupe mixte ou non, je trouve que la mixité est très enrichissante pour les participants. Mais certaines personnes préfèrent les groupes non mixtes où leur parole sera plus libérée » (Charlotte).

    Chez les agriculteurs et agricultrices totalement acquis à la non-mixité, celle-ci est légitimée par l’expérience au sein du monde agricole :

    « Pour avoir fait une partie de mes études en lycée agricole, j’ai pu malheureusement constater que le sexisme est très (très) présent, et les femmes très minoritaires, donc je comprends qu’elle ai besoins de se retrouver ensemble pour lutter contre cette discrimination » (Nicolas).

    « La non mixité permet de libérer la parole donc par moments elle est indispensable » (Philomène).

    « La « mecterruption » et la « mecxplication » sont manifestes, comme la misogynie en général. On peut comprendre le besoin de certaines femmes de vouloir se retrouver entre-elles. On ne se pose d’ailleurs pas la question quand un groupe est uniquement composé d’hommes. Du reste, les réunions féminines non-mixtes n’empêchent pas leurs participantes d’assister à des réunions mixtes en parallèle » (Stéphanie).

    V. Un matériel agricole encore trop peu adapté aux femmes agricultrices

    A la question « Pensez-vous que le matériel agricole (outil, machine) utilisé par les agriculteurs/agricultrices doit tenir compte du genre ou être indifférent au genre ? »

    Les résultats issus de Twitter (AgriGenre, mai 2020, 125 votes) indiquent un vote majoritaire à 78,8% pour l’indifférence au genre contre 27,2% qui demandent à tenir compte du genre.

    Les résultats issus du monde agricoles indiquent que 45,3 % souhaitent une indifférence au genre et 54,7 % souhaitent tenir compte du genre.

    Les deux sondages font ressortir un désaccord d’ensemble.

    Parmi les femmes agricultrices :

    75 % pensent que le matériel agricole doit tenir compte du genre contre 25 %

    Parmi les hommes agriculteurs :

    68,57 % pensent le matériel agricole ne doit pas tenir compte du genre contre 31,43 %

    Des femmes agricultrices voient des problèmes de force, de poids, de taille… là où des hommes agriculteurs semblent les ignorer.

    Mes retours de terrain indiquent que la population agricole féminine interrogée fait pencher la balance du côté de la prise en compte du genre dans l’usage des outils et machines agricoles.

    Encore de nos jours, pour certains agriculteurs ou personnes du monde agricole, la profession reste un domaine réservé, masculin et viril, où la femme n’est pas toujours bien acceptée comme agricultrice, ou alors à côté de l’homme, comme une aide complémentaire, une sorte de side-farmer.

    Une agricultrice m’expliquait récemment toutes les difficultés qu’elle avait dû rencontrer « lors de formations sur certains aspects techniques et tout particulièrement lors des formations avec l’utilisation des machines » (Isabelle) . Elle s’était heurtée à « l’impossibilité d’accéder aux outils » et « si la formatrice faisait en sorte que les femmes aient le même temps que les garçons » une crise s’en suivait. A quoi se rajoutait le fait qu’elle n’arrivait pas à avoir un « accès égal et de loin » aux machines comme les tracteurs, les tronçonneuses, les pelleteuses…

    Que retenir ?

    Le mot « agriculteur » ne représente pas les femme agricultrices.
    Pour des femmes agricultrices interrogées, il est plus facile de remplacer un homme agriculteur qu’une femme agricultrice sur une exploitation agricole. Ce que contestent des hommes agriculteurs interrogés.
    Pour des hommes agriculteurs et des femmes agricultrices interrogé.e.s, les syndicats agricoles ne prennent pas en compte les questions liées au partage des tâches domestiques, à la pénibilité au travail, aux inégalités de salaire… qui touchent des femmes agricultrices.
    Pour des hommes agriculteurs et des femmes agricultrices interrogé.e.s, les espaces en non-mixité sont légitimes.
    Pour des femmes agricultrices interrogées, il est justifié de tenir compte du genre quand il est question du matériel agricole. Ce que contestent des hommes agriculteurs interrogés.

    Si des hommes agriculteurs interrogés ne sont pas insensibles à certains problèmes que rencontrent des femmes agricultrices (points 3 et 4) une partie de leurs positions rentre en contradiction avec ce qu’expriment des femmes agricultrices (points 2 et 5). Pourrait-on émettre l’hypothèse qu’une égalité idéalisée tendrait à se substituer à une inégalité réelle dans les mondes agricoles entre les hommes et les femmes ?

    Alors, comment être une agricultrice en 2020 dans ces conditions ?

    https://agrigenre.hypotheses.org/846

    #femmes_agricultrices #agriculture #femmes #sondage #chiffres #paysannes #syndicat #syndicats_agricoles

    • Le poids du quantitatif : genre et référencement

      Quelle est la part de certains mots sur le Net ? Et plus précisément, quels sont les poids des mots « agriculteur.s », « agricultrice.s », « paysan.s », « paysanne.s » ?

      Pour répondre à cette question j’ai choisi d’utiliser quatre outils fournis par Google :

      Son moteur de recherche
      Google Trends, permet « de connaître la fréquence à laquelle un terme a été tapé dans le moteur de recherche Google »
      Ngram Viewer, « application linguistique proposée par Google, permettant d’observer l’évolution de la fréquence d’un ou de plusieurs mots ou groupes de mots à travers le temps dans les sources imprimées »
      Google Scholar, permet « la recherche d’articles et de publications scientifiques (…) il inventorie des articles approuvés ou non par des comités de lecture, des thèses de type universitaire, des citations ou encore des livres scientifiques »

      J’ai sélectionné pour chaque couple (agriculteur/agriculteurs, agricultrice/agricultrices, paysan/paysans, paysanne/paysannes) le mot qui avait le plus de poids.

      I. Selon que vous soyez agriculteur ou agricultrice

      Quand j’ai tapé le mot « agriculteur », au singulier, dans le moteur de recherche Google, ce dernier m’a retourné environ 30 000 000 résultats, et quand j’ai cherché le mot « agricultrice » il m’a retourné environ 1 300 000 résultats.

      Le mot « agriculteur » désigne un homme agriculteur et une profession générique accolée aux hommes et quelquefois aux femmes qui l’exercent. Mais ce mot est loin d’être neutre.

      Ce même jour, quand j’ai tapé le mot « agriculteurs », au pluriel, dans le moteur de recherche Google ce dernier m’a retourné environ 900 000 000 résultats, et il m’a retourné environ 440 000 résultats pour le mot « agricultrices ».

      On remarque, dans ces deux exemples, que le mot « agriculteur » est plus souvent référencé que le mot « agricultrice », au singulier comme au pluriel.

      Le mot « agriculteur » est majoritaire au pluriel pour les hommes agriculteurs, tandis que pour les femmes agricultrices c’est le mot « agricultrice » au singulier qui est majoritaire.

      Est-ce à dire que les femmes agricultrices seraient plus individualistes et moins grégaires que les hommes agriculteurs ? Ou que les références sur le Net portant sur les femmes agricultrices sont plus individualisées (portraits…) que pour les hommes agriculteurs ? Je proposerai une autre hypothèse à la fin de cet article.

      Autre enseignement, si au lieu de rechercher les mots d’ « agriculteur.s » et « agricultrice.s » on prenait les mots « paysan.s » et « paysanne.s » ?

      On retrouverait les mêmes dispositions : le mot « paysan » est plus référencé que « paysanne », d’abord au pluriel puis au singulier, et le mot « paysanne » au singulier l’est plus qu’au pluriel.

      La comparaison du référencement des mots agriculteur.s et agricultrice.s puis des mots paysan.s et paysannne.s peut être représentée de la manière suivante

      Les agricultrices et paysannes sont plus souvent référencées au singulier qu’au pluriel, tandis que les paysans et les agriculteurs le sont plus souvent au pluriel.

      Pour chaque couple, avec le mot qui a le plus de poids, le classement est ici « agriculteurs », « paysans », « paysanne », « agricultrice ». La distinction entre les hommes et les femmes du monde agricole est nette.

      II. A chacun son rythme

      Google Trends permet « de connaître la fréquence à laquelle un terme a été tapé dans le moteur de recherche Google ».

      De 2004 à aujourd’hui, soit sur seize ans, pour la France, le terme « agriculteur » (en bleu) est majoritaire, suivit par les termes « agriculteurs » (en rouge), « agricultrice » (en jaune) et « agricultrices » (en vert). On trouvera le même classement pour les termes « paysan », paysans », « paysanne » et « paysannes ».

      Les courbes des agricultrices restent stables, tout en bas, quasi-linéaires, tandis que celles des agriculteurs les survolent avec de nombreux pics.

      Sur la même période, le terme « agriculteur » (en bleu) est majoritaire, suivi par les termes « paysan » (en jaune), « paysanne » (en vert) et « agricultrice » (en rouge).

      Les courbes des agricultrices, terme « agricultrice » (rouge) et paysannes, terme « paysanne » (vert), sont presque parallèles avec une plus légère hauteur pour le terme « paysanne » , tandis que le terme « agriculteur » (bleu) a commencé à prendre le dessus sur le terme « paysan »(jaune) à partir de 2015.

      Pour chaque couple, avec le terme qui a le plus de poids, le classement est ici « agriculteur », « paysan », « paysanne » et « agricultrice ». La distinction entre les hommes et les femmes du monde agricole est toujours aussi nette.

      III. La lutte des places

      Ngram Viewer permet « d’observer l’évolution de la fréquence d’un ou de plusieurs mots ou groupes de mots à travers le temps dans les sources imprimées »

      Entre 1800 et 2020, soit deux cent vingt ans, pour la France, les termes « paysan » et « paysanne » sont restés largement majoritaires. Le mot « agricultrice » arrive dernier de ce classement.

      Le mot « agriculteurs » domine celui d’ « agriculteur » (chose identique entre « paysans » et « paysan »).

      Le mot « agricultrices » a longtemps dominé celui d’ « agricultrice ».

      Mais en 2016 le mot « agricultrice » passe devant celui d’ « agricultrices »

      Alors que le mot « paysanne » domine le mot « paysannes »

      Pour chaque couple, avec le mot qui a le plus de poids, le classement est ici « paysans », « paysanne », « agriculteurs », « agricultrice ». La distinction entre les hommes et les femmes du monde agricole est ici croisée.

      IV. Un référencement masculin

      Dans Google Scholar, aucune limite de date n’a été sélectionnée pas plus que le choix de la langue, et j’ai choisi de conserver les brevets et les citations dans la recherche des termes.

      Les termes « agriculteurs » et « agriculteur » sont majoritaires.

      Tout comme « paysans » et « paysan »

      Pour chaque couple, avec le mot qui a le plus de poids, le classement est ici « paysans », « agriculteurs », « paysanne », « agricultrices ». La distinction entre les hommes et les femmes du monde agricole est nette.

      V. Que conclure de ces quatre exemples ?

      Si on donne une valeur de 4 au mot qui arrive en tête, une valeur de 3 au deuxième, une valeur de 2 au troisième et une valeur de 1 au dernier, on obtient le tableau suivant

      Le classement final indique que les termes qui ont les valeurs les plus élevées sont « paysans » (11), « agriculteurs » (9), « paysanne » (9), « agriculteur » (4), « paysan » (3), « agricultrice » (3), « agricultrices » (1) . Le mot « paysannes » ayant obtenu une valeur de 0.

      Les hommes agriculteurs sont nommés quatre fois (« paysans », « agriculteurs », « agriculteur », « paysan ») et les femmes agricultrices trois fois (« paysanne », « agricultrice », « agricultrices »). Les hommes agriculteurs/paysans obtiennent une valeur totale de 27 tandis que les femmes agricultrices/paysannes obtiennent une valeur totale de 13.

      Lors de nos recherches sur le Net et/ou dans la littérature et la bibliographie nous devrions trouver un poids quantitatif beaucoup plus important de fréquences d’hommes (avec les termes « paysan.s » et « agriculteur.s ») et moindre de fréquences de femmes (avec les termes « paysanne.s » et « agricultrice.s »).

      VI. Agriculteur dopé, agricultrice spoliée

      Au cours d’enquêtes de terrain, quand je pose cette question à des hommes agriculteurs : « Comment nommez-vous la profession d’un homme qui travaille dans le domaine de l’agriculture et qui met en culture ou élève des animaux… ? » j’obtiens comme réponse que cet homme exerce la profession d’ « agriculteur » . Par la suite si je pose la question « Comment nommez-vous la profession d’une femme qui travaille dans le domaine de l’agriculture et qui met en culture ou élève des animaux… ? » la réponse obtenue sera (quasi systématiquement) que cette femme exerce la profession d’ « agriculteur » .

      Maintenant, si je pose la question à des femmes agricultrices « Comment nommez-vous la profession d’un homme qui travaille dans le domaine de l’agriculture et qui met en culture ou élève des animaux… ? » j’obtiens la réponse que cet homme exerce la profession d’ « agriculteur » , mais si je pose ensuite la question « Comment nommez-vous la profession d’une femme qui travaille dans le domaine de l’agriculture et qui met en culture ou élève des animaux… ? » j’obtiens la réponse (systématiquement) que cette femme exerce la profession d’ « agricultrice » .

      Dans le premier exemple, des femmes agricultrices sont comptées comme « agriculteurs » et non comme « agricultrices » par des hommes agriculteurs, ce qui participent à leur moindre poids tout en augmentant artificiellement le poids et la visibilité du mot « agriculteur ».

      Elles sont intégrées, assimilées, diluées et invisibilisées au sein du mot « agriculteur » (à gauche).

      De leur côté, des femmes agricultrices font la distinction entre le mot « agriculteur » et « agricultrice » (à droite).

      Les femmes agricultrices n’intègrent aucun homme agriculteur comme « agricultrice » alors que des hommes agriculteurs intègrent des femmes agricultrices comme « agriculteur » et non comme « agricultrice ».

      Si des hommes agriculteurs intègrent des femmes agricultrices comme « agriculteur » d’autres professions ont conservé ce réflexe qui biaise les résultats.

      https://agrigenre.hypotheses.org/1519

      #recensement #invisibilisation #statistiques #mots

  • Topophilie, rencontres intimes avec le paysage
    https://topophile.net/savoir/topophilie-rencontres-intimes-avec-le-paysage

    1961, le géographe sino-américain Yi-Fu Tuan émet ses premières réflexions sur la topophilie qu’il définira en 1974 dans le livre éponyme comme « le lien affectif entre les gens et le lieu ». Nous en proposons la traduction inédite. Vraisemblablement nourri par les pensées topophiles et poétiques de W. H. Auden et Gaston Bachelard, il appelle les... Voir l’article

  • Texte saisissant et synthétique :

    Corps humains traités comme de la viande. Corps d’animaux maltraités, bourrés d’hormones puis massacrés, transformés en hamburgers qui provoqueront chez ceux qui les mangent obésité et diabète, tout cela pour que les actionnaires de McDo et de Burger King puissent s’offrir de parties fines aux Baléares. Femmes pauvres tringlées dans tous les sens par des inconnus malheureux, esseulés, loin de chez eux, tout cela pour que nous puissions zigzaguer autour du monde en auto et en avion, permettant aux actionnaires de Total et de Suncor de s’acheter des yachts. Ce n’est pas le Covid-19 qui doit nous effrayer, c’est le CAC40.

    https://www.liberation.fr/france/2020/04/24/chair-fraiche-et-vieilles-habitudes_1786055
    #covid #cac40 #mauvaistraitements

  • « Nos mains ne peuvent vous applaudir, mais elles continueront à vous nourrir » : des paysans aux côtés des soignants
    https://www.bastamag.net/dons-aliments-paysans-soignants-ehpad-associations-demunis-solidarites-loc

    Des hôpitaux, des Ehpad et des associations d’aide aux plus démunis ont été approvisionnés, ce 3 avril, par des dizaines de paysannes et de paysans en Ardèche et dans la Drôme. Voici le texte qui expose la démarche de ces paysans solidaires. Le gouvernement semble avoir découvert la précarité des soignants, projetés en première ligne d’un combat et d’une prétendue ‘"guerre’". « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » disait Jaurès. Mais cette précarité n’est en rien une découverte (...) ça bouge !

    / #Agriculture, Economie partagée et gratuité

    #ça_bouge_ ! #Economie_partagée_et_gratuité

    • Un pantalon usé, quatre chemises, quelques paires de chaussettes, et la petite valise est prête pour le voyage. L’objet le plus précieux a été caché entre les vêtements : une photo encadrée de son épouse Oana, 28 ans, et de leur petite fille Erika, 4 ans. Adrian Stanica se prépare pour le départ que la crise du coronavirus avait retardé. Direction : l’Allemagne, où il est attendu pour ramasser des asperges.

      Agé de 29 ans, ce jeune père de famille est un employé #saisonnier qui fait la navette entre l’est et l’ouest de l’Europe en fonction des travaux agricoles. « Nous sommes confinés à la maison depuis la mi-mars, affirme-t-il. Ce coronavirus a tout bloqué. J’ai compris qu’on devait rester enfermés chez nous pour empêcher le virus de se répandre. Mais il faut nous laisser partir pour travailler. Je n’ai pas d’autres solutions pour nourrir ma famille. Que faire alors ? Se bouffer les uns les autres enfermés dans nos maisons ? »

      La bonne nouvelle est tombée le 9 avril, lorsque les autorités roumaines ont donné le feu vert pour les départs vers l’Allemagne. Le 2 avril, les autorités allemandes ont décidé d’ouvrir leurs #frontières aux saisonniers de l’est de l’Europe pour sauver leurs récoltes d’asperges. Selon le syndicat agricole Deutscher Bauernverband, l’Allemagne accueille près de 300 000 #travailleurs_saisonniers par an pour son #agriculture, dont la majorité vient de Roumanie et de Pologne.

      Main-d’œuvre bon marché

      Selon l’Institut démographique de Vienne, depuis l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale à l’Union européenne (UE), environ 18 millions de travailleurs de l’ancien bloc communiste sont partis vers l’ouest à la recherche d’un travail mieux rémunéré. Depuis l’adhésion de la Roumanie à l’UE, environ 4 millions de Roumains sont partis travailler sur les marchés occidentaux, soit un cinquième de la population. Il y a ceux qui se sont installés et ont emmené leurs familles, et il y a ceux qui viennent pour effectuer des travaux saisonniers.

      Cette main-d’œuvre bon marché est une manne pour l’agriculture occidentale mais l’arrivée du Covid-19 a changé la donne. Une bonne partie des travailleurs de l’Est sont revenus dans leurs pays d’origine. En Roumanie, plus de 200 000 personnes qui travaillaient en Italie et en Espagne sont revenues au pays, au risque d’y faire grimper le nombre de contaminations. Et les saisonniers attendus à l’Ouest se sont trouvés bloqués à l’Est.

      Ionut Stanica fait la navette entre l’Est et l’Ouest depuis cinq ans. « J’ai ramassé des pommes de terre et des fraises en Espagne, puis des pommes et des poires en Italie et des tomates en Belgique, raconte-t-il. J’ai fait le tour de l’Europe, maintenant je suis chez moi partout. Mais ma famille reste en Roumanie parce que je ne veux pas quitter mon pays. Je veux seulement travailler et je le fais là où il y a du travail. »

      L’apparition du coronavirus a changé ses plans. Il s’apprêtait à partir en Espagne avec quelques amis, mais a dû annuler son billet d’avion : les pays où il avait des contacts pour travailler ont fermé leurs frontières.

      « Je suis expert en débrouillardise »

      L’ouverture des frontières allemandes est pour lui une aubaine, même s’il ne parle pas la langue. « Je ne vais pas en Allemagne pour faire un doctorat, j’y vais pour travailler la terre. Je vais me débrouiller, je suis expert en débrouillardise. » Après son arrivée en Allemagne, Ionut Stanica devra attendre deux semaines avant de travailler dans les champs. La loi prévoit une période de #quarantaine et des #examens_médicaux avant de commencer à travailler.

      D’autres pays pourraient emboîter le pas à l’Allemagne. L’Italie est à la recherche de 370 000 saisonniers pour sauver ses récoltes d’asperges et de fraises, selon l’organisation agricole Coldiretti. Le 6 avril, l’ambassadeur roumain en Italie, George Bologan, a rencontré la ministre de l’agriculture, Teresa Bellanova. « La Roumanie est prête à collaborer avec l’Italie pour trouver une solution, a déclaré M. Bologan. Nous avons déjà un certain nombre de travailleurs roumains en Italie qui ont perdu leur #emploi à cause du coronavirus. Ceux-ci peuvent d’ores et déjà être réorientés vers les travaux agricoles. » Plus de 15 000 saisonniers roumains devraient renforcer les effectifs des saisonniers en Vénétie.

      Dès l’annonce de l’ouverture des portes de l’Allemagne, l’aéroport de Cluj, dans le nord-ouest de la Roumanie, a été pris d’assaut par 1 800 saisonniers souhaitant embarquer dans l’un des douze charters que les agences de recrutement avaient réservés pour l’Allemagne. Pris de court, les responsables de l’aéroport n’ont pas réussi à faire respecter les consignes sanitaires sur la distanciation physique et le port du masque par des travailleurs qui s’étaient massés aux portes d’embarquement.

      Il a fallu l’intervention du premier ministre, Ludovic Orban, pour rétablir l’ordre dans les aéroports. Depuis le 10 avril, les opérateurs doivent demander une autorisation gouvernementale préalablement à tout vol, augmenter les délais d’embarquement et organiser la mise à distance des voyageurs. « Ils ont raison de le faire, déclare Ionut Stanica. Après un mois de confinement les gens sont désespérés et veulent partir au plus vite, ils oublient les règles. On ne demande pas la lune, ce que l’on veut c’est travailler pour nos familles. »

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      #UE

  • Le gouvernement a créé une #cellule_militaire pour surveiller les opposants à l’agro-industrie

    Le gouvernement veut « faire taire tous ceux qui mènent des actions symboliques contre le système de l’#agriculture_industrielle », dénoncent de multiples défenseurs de l’#agriculture_paysanne et biologique, réunis dans cette tribune. Ils s’inquiètent fortement de la création de la #cellule_de_renseignement #Demeter, lancée fin octobre, soi-disant destinée à lutter contre l’« #agribashing ».

    Il y aura un avant et un après Demeter. Le 13 décembre, le ministre de l’Intérieur de la République française Christophe #Castaner s’est rendu dans le Finistère en compagnie de la présidente de la #FNSEA #Christiane_Lambert. Dans le cadre d’une #convention signée entre son ministère et ce #syndicat_agricole. Cette première anomalie démocratique — depuis quand la #police républicaine est-elle aux ordres d’une structure privée ? — n’est pas la dernière, de loin.

    En effet, ce voyage avait pour but principal de lancer une cellule de la #gendarmerie_nationale appelée Demeter, la déesse grecque des moissons. Et marque reconnue, depuis des lustres, de l’agriculture sans pesticides. Quel en est le but affiché ? La lutte contre « l’agribashing ». Ce terme est une invention des communicants de la FNSEA, qui prétend sans en apporter la moindre preuve qu’on assisterait en #France à une entreprise concertée de dénigrement du monde agricole. Elle permet à ce syndicat de maintenir ce qu’elle fait depuis des dizaines d’années : une pression lobbyiste pour obtenir en retour des avantages économiques.

    Le ministre, confronté avec son gouvernement à une situation politique difficile, a donc décidé de jouer ce rôle dangereux, affirmant par exemple : « Depuis quelques années, un phénomène grandit, inacceptable. De plus en plus, nos agriculteurs sont visés par des intimidations, des dégradations, des insultes. »

    Empêtré dans cette imprudente déclaration, le ministre démontre dans le même texte qu’il est incapable de prouver par le moindre fait la réalité de ce phénomène. Les #chiffres qu’il cite pour 2019 parlent d’eux-mêmes : sur la base de 440.000 exploitations agricoles, les plaintes portent sur 314 tracteurs volés, 24 vols avec violence, 657 voitures dérobées.

    Encore faut-il préciser que les vols avec violences ont diminué en un an de 31,4 %. La plupart des centres urbains se damneraient pour de telles #statistiques. Il est visiblement plus simple de mobiliser la police que de régler la situation dramatique de la #paysannerie française.

    Il y a encore plus grave. Volontairement, n’en doutons pas, M. Castaner mélange dans un stupéfiant gloubi-boulga la #délinquance vile — cambriolages, vols de matériel, incendies, dégradations —, les #occupations_de_terres_agricoles par des #gens_du_voyage, les actions antifourrure ou antichasse. C’est mettre sur le même plan criminel le vol, le droit des populations nomades, celui de la critique sociale et politique.

    Il y a encore plus grave. M.Castaner entend s’attaquer dans le cadre de Demeter, ainsi qu’il l’écrit, aux « actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples #actions_symboliques de #dénigrement du milieu agricole ou d’#actions_dures ayant des répercussions matérielles ou physiques ». Cette fois, on aura compris : il s’agit de faire taire tous ceux qui mènent des actions symboliques contre le système de l’agriculture industrielle, dont la FNSEA est le principal soutien.

    La #démocratie, ce n’est pas pactiser avec les #lobbies dans le dos de la société

    Qui mène « des actions symboliques » contre ce système ? Le mouvement des #Coquelicots, qui réclame la fin des #pesticides, soutenu par un million de citoyens. Les #maires qui prennent des arrêtés contre ces poisons chimiques. Des dizaines de milliers de paysans qui ont déjà choisi l’agriculture biologique. Beaucoup d’autres, qui défendent le modèle de l’agriculture paysanne contre les projets délirants d’usines à vaches, à cochons ou à poulets. Et au total des centaines de milliers de citoyens engagés contre l’importation massive de #soja_transgénique et donc l’#élevage_industriel, contre la mort des oiseaux et des insectes, pour des rivières débarrassées de la pollution et des rivages sans algues vertes, enfin pour une #alimentation de haute qualité.

    Il ne fait aucun doute, à nos yeux, qu’une ligne a été franchie. La démocratie, ce n’est pas pactiser avec les lobbies dans le dos de la société. Et quand le ministre parle « d’améliorer [la] coopération avec le monde agricole et de recueillir des renseignements », chacun comprend ce que cela veut dire. Cela signifie l’#intimidation accrue de tous les adversaires décidés de la FNSEA, qui passe nécessairement par la #surveillance_électronique et informatique, d’éventuelles #écoutes_téléphoniques, voire des #filatures, des #infiltrations, ou pire encore, la #délation.

    Nous prévenons solennellement le gouvernement que nous refusons cette #criminalisation et que nous demandons le démantèlement de la cellule Demeter. Notre contestation de l’agriculture industrielle, non-violente, se fait et se fera au grand jour, dans la conviction d’exprimer la volonté majoritaire de la société française. Nous voulons beaucoup de paysans, beaucoup plus de paysans, heureux et fiers de leur métier, enfin payés au prix convenable pour leur participation au bien commun. C’est en effet un autre monde que celui de la FNSEA.

    https://m.reporterre.net/Le-gouvernement-cree-une-cellule-militaire-pour-surveiller-les-opposan
    #répression #surveillance #résistance #industrie_agro-alimentaire #agriculture_biologique

    ping @davduf @odilon @fil @etraces
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    • Présentation de « DEMETER », la cellule nationale de suivi des atteintes au monde agricole

      Edito

      Depuis quelques années, un phénomène grandit, inacceptable. De plus en plus, nos agriculteurs sont visés par des intimidations, des dégradations, des insultes. Des individus s’introduisent dans leurs exploitations agricoles et les bloquent. Ils font des films aux commentaires orduriers, avant de jeter les exploitants en pâture sur les réseaux sociaux. Parfois même, les intrus dégradent, cassent et volent.

      En se multipliant, certains actes confinent à l’absurde. Je pense à ces militants animalistes responsables de la mort de plus de 1 400 animaux dans l’Eure pour leur avoir fait peur en s’introduisant dans un élevage de dindes.

      Ces phénomènes, nous devons les prendre très au sérieux : ils gâchent la vie des agriculteurs, inquiets chaque jour de savoir ce qui peut leur arriver. Ils nourrissent l’agribashing, la défiance et l’hostilité.

      Comme élu des Alpes-de-Haute-Provence, terre d’élevage, j’ai vu tous les sacrifices que doivent accepter nos agriculteurs, toute la passion qu’ils mettent dans leur métier et le soin qu’ils donnent à leurs animaux.

      La réalité, c’est que nos agriculteurs font un travail difficile, exigeant, essentiel. Ils ne connaissent pas de repos, font une partie de la renommée de la France et nous permettent de bénéficier de produits de qualité exceptionnelle. Ils se soumettent à des contrôles stricts et réguliers, s’investissent pour améliorer le bien-être animal. La loi est particulièrement vigilante, c’est elle seule qui doit s’appliquer, et l’État est là pour y veiller. Rien ne justifie une quelconque intimidation.

      Nous devons assurer la sécurité des agriculteurs et les défendre, impérativement.

      J’ai donc décidé d’une série d’actions pour mieux protéger nos agriculteurs et c’est l’objet, notamment, de la Cellule Demeter. Créée au sein de la Gendarmerie nationale, la cellule Demeter va permettre :

      d’améliorer notre coopération avec le monde agricole et de recueillir des renseignements ;
      de mieux connaître les groupes extrémistes à l’origine des atteintes et de pouvoir anticiper et prévenir leurs actions ;
      de pouvoir gagner en efficacité par des actions et des enquêtes mieux coordonnées.

      Cette cellule est un signal fort envoyé aux agriculteurs : les forces de l’ordre se tiennent à leur côté et sont là pour les aider.
      La création de la cellule est également une étape dans un plan plus vaste encore pour la sécurité du monde agricole. Ainsi, par la signature d’une convention entre le ministère de l’Intérieur, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs :

      nous nous assurons que des échanges d’information réguliers se fassent entre agriculteurs et forces de l’ordre ;
      nous renforçons la prévention en garantissant des diagnostics de sécurité pour les exploitations ;
      nous nous engageons à donner priorité aux interventions pour les agriculteurs victimes d’actions violentes.

      Cette convention, tout comme la Cellule Demeter, ce sont des actes forts et concrets. Ils s’inscrivent pleinement dans la stratégie déployée par le Gouvernement en faveur du monde agricole et le ministère de l’Intérieur participe ainsi à la mise en place des Observatoires de l’agribashing créés à l’initiative du ministère de l’agriculture.

      Avec Laurent Nuñez, nous sommes déterminés à combattre de toutes nos forces les atteintes contre les agriculteurs et leurs exploitations. Nous sommes déterminés à ce que chacun puisse exercer sa profession librement. Nous sommes résolus à protéger notre agriculture.

      Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur
      Les objectifs de la cellule DEMETER :

      Créée début octobre 2019 par la direction générale de la gendarmerie nationale, la « Cellule nationale de suivi des atteintes au monde agricole » (cellule DEMETER) est destinée à apporter une réponse globale et coordonnée à l’ensemble des problématiques qui touchent le monde agricole en menant collégialement les actions dans les 4 domaines :

      de la prévention et de l’accompagnement des professionnels du milieu agricole par des actions de sensibilisation et de conseils destinées à prévenir la commission d’actes délictueux, en lien avec les organismes de représentation du monde agricole (SDSPSR) ;
      de la recherche et de l’analyse du renseignement en vue de réaliser une cartographie évolutive de la menace et détecter l’émergence de nouveaux phénomènes et/ou groupuscules (SDAO en coordination avec SDPJ) ;
      du traitement judiciaire des atteintes visant le monde agricole par une exploitation centralisée du renseignement judiciaire, un partage ciblé de l’information et une coordination des investigations le nécessitant (SDPJ) ;
      de la communication, en valorisant opportunément toutes les actions menées dans ces différents domaines par la gendarmerie au nom de la cellule DEMETER et par des actions ciblées destinées à rassurer le monde agricole par la prise en compte de ses problématiques par les forces de l’ordre (SIRPA).

      Le périmètre de compétence de la cellule DEMETER :

      La nécessité d’appréhender la globalité du phénomène des atteintes au milieu agricole implique que le périmètre de compétence de la Cellule DEMETER englobe la prévention et le suivi :

      des actes crapuleux, qu’il s’agisse d’une délinquance de proximité et d’opportunité (ex : vol isolé de gasoil ou d’outillage,etc.) ou d’une criminalité organisée voire internationale (ex : filière de vol de GPS agricole, etc.) ;
      des actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques.

      Peuvent ainsi être citées, de manière non exhaustive :

      les vols (d’engins, de matériels, de production, etc.) visant les exploitations agricoles de tous types (élevage, pisciculture, culture, viticulture) ;
      les dégradations (incendies, sabotage de matériel, etc.) commises à l’encontre des exploitations agricoles de tous types ;
      les cambriolages commis aux seins des exploitations agricoles (hangars, etc.) ou aux domiciles des agriculteurs ;
      les violations de domiciles ou intrusions visant des exploitations agricoles ou des professionnels de l’agro-alimentaire aux fins d’y mener des actions symboliques (libération d’animaux, tournage de vidéos clandestines,etc.) ;
      les occupations illégales de terrains agricoles aux fins d’installation temporaire par des groupes
      constitués de gens du voyage ou d’organisation d’événements festifs non autorisés (free-parties) ;
      les dégradations commises à l’encontre de certains professionnels liés aux milieu agricole ou agro-
      alimentaire (boucheries, abattoirs, activités de transport d’animaux d’élevage, etc.) ;
      les actions anti-fourrure liées à des élevages spécifiques ;
      les actions menées par certains groupes antispécistes vis-à-vis du monde de la chasse, intimement
      lié au monde agricole (impact de la régulation cynégétique sur la protection des cultures, identité
      rurale, etc.) peuvent être intégrées à la cellule DEMETER en fonction des circonstances.

      L’organisation de la cellule DEMETER :

      Destinée à garantir une approche transverse et globale, la Cellule DEMETER implique, au niveau central, la participation prioritaire et permanente :

      de la SDSPSR au titre des diverses actions de prévention et de suivi de la convention de partenariat entre la DGGN et la FNSEA/JA ;
      de la SDAO au titre du recueil et de l’exploitation du renseignement et de l’analyse de la menace ;
      de la SDPJ, du SCRC et de l’OCLDI, au titre de l’analyse des phénomènes de délinquance et du suivi et de la coordination des affaires judiciaires ;
      du SIRPA au titre de l’accompagnement médiatique du dispositif.

      À cet effet, la Cellule DEMETER est une structure :

      fonctionnelle, n’imposant pas de mise à disposition co-localisée des personnels des entités impliquées ;
      permanente afin d’assurer néanmoins un suivi constant de la problématique.

      Elle est un réseau de référents (titulaire/suppléant) spécifiquement chargés, au sein de leurs sous-directions ou services, de la centralisation et de l’analyse des informations.
      Signature d’une convention avec la fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles et jeunes agriculteurs

      La signature d’une convention tripartite entre la FNSEA, les JA et le ministère de l’intérieur est destinée à :

      instaurer un échange réciproque et régulier avec la profession
      généraliser les dispositifs de prévention technique de la malveillance (diagnostics de sureté des exploitations)
      à prioriser l’intervention au profit des agriculteurs confrontés à des infractions violentes

      Les atteintes au milieu agricole (Données GN - Actualisation au 30 novembre 2019)

      Les tensions pesant sur le monde agricole ont conduit à la mise en place, le 3 octobre 2019, de la cellule « Demeter », au sein de la GN. Depuis le 1er janvier 2019, les atteintes à l’encontre du milieu agricole sont en hausse (+1,5%). Une étude plus approfondie fait apparaître des disparités géographiques importantes et révèle l’émergence de phénomènes ciblés (vols de matériels agricoles). Le regain d’attention des professionnels du secteur sur les risques auxquels ils sont exposés s’amplifie au regard de la hausse des audits et consultations de sûreté réalisés (+22,4 % soit 333 audits et consultations). Ces actions se poursuivent pour répondre aux inquiétudes des 440.000 exploitants de métropole.
      Un bilan en voie d’amélioration

      Le bilan 2019 des atteintes aux biens commises au préjudice du monde agricole affiche une hausse de +1,5 % (+216 faits) pour un total de 14 498 faits enregistrés (2 atteintes chaque
      heure). Deux tiers d’entre-elles (64,5%) sont constituées de vols simples (sur ou hors exploitations agricoles), en baisse de -2,2 %.

      Dans le détail, les vols avec violences (24 faits) comme les vols dans ou sur véhicules (1 310 faits) reculent respectivement de -31,4 % et -10,1 %. A contrario, on assiste à une recrudescence des destructions et dégradations (+23,3 % pour un total de 1 675 faits), des cambriolages et vols par ruse (+16,2 % pour un total de 1 484 faits) et des vols de véhicules (+10,2 % pour un total de 657 faits). Les crimes et délits dont sont victimes les agriculteurs se caractérisent par une forte logique saisonnière, connaissant leurs pics au printemps et en été. Après un début d’année marqué par la hausse continue de ces actes à l’encontre du monde agricole, une inversion de tendance s’observe à compter du mois d’août 2019, comparé aux mêmes mois 2018. L’étude géographique de l’évolution des AAB dans le milieu agricole témoigne de situations contrastées selon les territoires d’outre-mer ou de métropole. On enregistre en moyenne 133 faits de délinquance/an par département.

      La cartographie des départements les plus impactés par les atteintes dans les exploitations agricoles trouve une certaine cohérence avec celle des grandes zones de culture et d’élevage. Les régions à dominante céréalière sont notamment très concernées. Ce phénomène peut notamment s’expliquer par la présence de nombreux engins agricoles qui sont l’objet de trafics.
      Des vols de matériels agricoles à haute valeur ajoutée en augmentation

      Depuis le 1er janvier, 314 tracteurs et 307 accessoires agricoles ont fait l’objet d’une inscription pour vol dans le FOVES, en hausse par rapport à l’année 2018. Cela représente près d’1 tracteur volé chaque jour. Les préjudices qui résultent de ces vols peuvent s’avérer particulièrement élevés. Selon l’indice mensuel des prix d’achat des moyens de production agricole (Ipampa), publié chaque fin de mois par l’Insee, le prix moyen des tracteurs agricoles a ainsi progressé de +20,8% en 10 ans (2008 à 2018), soit une moyenne de 2% par an.
      Une sensibilisation en hausse

      Depuis le 1er janvier 2019, 264 exploitations agricoles (+24,5%) et 69 (+15%) concessionnaires agricoles ont fait l’objet d’un audit ou d’une consultation de sûreté. L’implication des référents et consultants sûreté est à souligner mais l’effort doit se poursuivre au regard des 440 000 exploitations agricoles installées en métropole.

      https://www.interieur.gouv.fr/Le-ministre/Dossiers-de-presse/Presentation-de-DEMETER-la-cellule-nationale-de-suivi-des-atteintes-a

  • L’atlas des alternatives communales : un hors-série commun de Basta ! et Politis - Basta !
    https://www.bastamag.net/elections-municipales-atlas-des-alternatives-communales-Basta-Politis-hors

    J’ai fait la déco :)

    Ce hors-série est le fruit du travail de deux médias, de deux rédactions : Politis, un hebdomadaire « papier  » que vous retrouvez depuis près de trente ans dans les kiosques, et Basta !, un média « pure-player » auquel vous accédez librement sur le web depuis plus de dix ans. Nos lignes éditoriales, nos équipes, partagent bien des points communs : un attachement profond à l’émancipation et à la justice sociale, une préoccupation constante pour l’écologie et la justice climatique, la volonté de demeurer indépendants des grands groupes industriels qui possèdent de larges pans de la presse hexagonale. Nous sommes animés par une même conviction : dans un contexte politique inquiétant, où néolibéralisme autoritaire et nationalisme xénophobe s’entremêlent de plus en plus, renforcer une presse indépendante attachée aux valeurs d’émancipation est plus que jamais nécessaire.

  • Bandes de potes
    http://www.laviedesidees.fr/Benoit-Coquard-Ceux-qui-restent-Faire-vie-campagnes-declin.html

    À propos de : Benoît Coquard, Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin, La Découverte. Études courtes, accès précoce à l’emploi et au couple, goût du travail manuel, démonstrations de virilité, tels sont les traits caractéristiques des relations qui unissent les jeunes hommes des régions rurales, qu’étudie l’enquête de B. Coquart.

    #Société #pauvreté #lien_social #culture_populaire #masculinité
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20200205_masclet.pdf
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20200205_masclet.docx

  • « Nous avons besoin de vivre toute l’année. »

    Entretien croisé sur les luttes contre la touristification
    Par Alexane Brochard et Lucile Dumont

    Des responsables de la planification urbaine aux multipropriétaires, les protagonistes de l’économie touristique traitent les territoires comme des capitaux à faire fructifier. Dans une métropole ou dans un village côtier, l’augmentation des loyers, la réduction du parc locatif à peau de chagrin et les mutations des commerces affectent en premier les habitant·es. Jef Klak a rencontré les membres de trois collectifs de lutte contre la touristification  : Dispac’h en Bretagne, Droit à la (Belle) Ville à Paris et l’Assemblea de Barris per un Turisme Sostenible (ABTS 1) à Barcelone  ; l’occasion de comparer les situations qu’ils combattent, les manières dont ils y répondent et affûtent leurs stratégies.

    https://www.jefklak.org/nous-avons-besoin-de-vivre-toute-lannee

  • Ainsi brament-ils de Matthieu Cornélis (2019 - 44’)

    Benoît et Baptiste sont passionnés par le cerf. Ensemble, ils suivent sa piste, l’appellent, l’écoutent, l’observent, le photographient, le comprennent. Une compétence que père et fils exposeront au Championnat national d’imitation du brame de Saint-Hubert.
    Expression bestiale de la rivalité, le brame affectera-t-il leur complicité ? C’est l’histoire d’une transmission, d’un lien fort entre la nature et l’homme, d’une passion commune pour le cerf avec toute sa symbolique, et, au bout du compte, d’une inévitable confrontation.

    #Podcast #Nature #Adolescence #Animaux #Documentaire #Portrait #Championnat

    https://soundcloud.com/acsr/ainsi-brament-ils

  • Le gouvernement secret (3/5) : Témoignage d’un ancien agent du service de la #DGSE https://www.franceculture.fr/emissions/matieres-a-penser/le-gouvernement-secret-35-temoignage-dun-ancien-agent-du-service-de-la


    http://rf.proxycast.org/1606578586007904256/16274-21.08.2019-ITEMA_22128844-0.mp3

    « On voit aussi des choses très très très négatives (…) La violence ? Mais à la limite la #violence c’est un sous produit de défauts humains qui sont la cause profonde d’un certain nombre de situations désagréables à gérer. Donc la violence n’est pas le dernier problème, c’est « ce pour quoi on est violent » ? Exactement, c’est « ce pour quoi on est parfois obligés d’être violent. La violence, on l’anticipe. J’ai jamais été très affecté par la violence, mais beaucoup plus par les facettes les plus noires de l’âme humaine, qu’on est obligés de travailler au corps, parce qu’on joue, c’est un des leviers, qui est la matière même de notre métier ». (vers 14’30)

    #services_secrets

  • Le vieil homme et la mer Isabelle Paré - 2 Aout 2019 - Le devoir

    Depuis 50 ans, il observe les mers se vider et combat l’océan de mensonges servi par une industrie des pêches toujours plus gourmande. Les requins qu’il décrie n’ont pas d’ailerons, mais pourchassent les derniers poissons jusqu’en Antarctique. Lanceur d’alertes, Daniel Pauly se bat contre la mer de notre indifférence.

Il est peu connu du grand public, mais ce Jacques Cousteau de l’ombre a érigé des systèmes qui permettent aujourd’hui de mesurer le piteux état de santé des océans, siphonnés jusque dans leurs plus profonds abysses.

    Après avoir sillonné les mers de la planète, Daniel Pauly, expert mondial des ressources marines, a aujourd’hui jeté l’ancre à Vancouver, où il dirige le Fisheries Center de l’Université de la Colombie-Britannique. Arête dans la gorge, ce vigile des milieux marins peine à penser que l’humanité n’aura bientôt plus que du plancton à se mettre sous la dent si elle continue de raboter les fonds océaniques.

    Ses combats répétés contre de nobles instituts maritimes ont de quoi laisser muet comme une carpe. Si le fléau de la surpêche est maintenant sur l’écran radar, c’est parce que Daniel Pauly y a attaché un grelot il y a déjà plus de 30 ans. Ses travaux ont démontré que l’industrie noyait le poisson avec de faux chiffres sur ses captures et prouvé que les stocks de poissons étaient en chute libre depuis le tournant du XIXe siècle.

    « Il ne reste que 1 % de l’état des stocks de #morue par rapport au milieu du XXe siècle, et 2 à 3 % des stocks de #thon. En gros, 90 % de la biomasse des grands poissons a disparu en 100 ans », affirme d’une douce voix à la Henri Salvador celui qui fait rager les plus grands armateurs de la planète.

    Toujours plus loin
    La surpêche n’est pas née d’hier, raconte Daniel Pauly. Depuis l’ère des bateaux à vapeur, la course vers les mers plus lointaines, partie en vrille depuis, n’a jamais cessé. On a longtemps perçu chaque effondrement des stocks de façon isolée. Au cas par cas, les experts ont observé l’affaire, sans longue-vue pour venir voir l’incendie. « C’est comme tenter de prédire le temps en regardant les nuages au-dessus de votre tête. Pour prévoir le temps, il faut analyser sur de longues périodes l’évolution des systèmes partout dans le monde. C’est pareil pour les poissons », affirme-t-il.

    Pauly a mis une paire de lunettes sur la cécité et le #déni généralisés qui aveuglaient l’industrie de la pêche jusqu’au début des années 1980.

    En créant d’abord #FishBase, puis #Sea_Around_Us, la première banque mondiale colligeant des millions de données récoltées par des scientifiques pour quantifier l’état et l’évolution des stocks de poissons et autres animaux marins. En 1996, son premier brûlot publié dans Science a fracassé le mythe de l’océan inépuisable.

    L’anguille sous la roche
    Alors que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) évalue à 86 millions de tonnes la totalité des poissons pêchés dans les océans, l’équipe de Pauly l’établit plutôt à 130 millions de tonnes, si on tient compte des prises accidentelles, des rejets et des pêches illégales et artisanales, occultées par l’ONU. Du nombre, 10 millions de tonnes de crustacés rejetées en pure perte à l’échelle de la planète. L’industrie hurle, et Pauly la compare à un malade suicidaire courant à sa propre perte en réclamant sans cesse plus de corde.

    Jeune scientifique embarqué à bord d’un #navire-usine, c’est à Terre-Neuve qu’il a constaté de visu les ravages causés par la pêche industrielle. « Les chalutiers raclaient les fonds à 200 mètres, arrachant poissons et cailloux. Des blocs erratiques aussi gros que des Volkswagen atterrissaient sur le pont », rappelle-t-il dans la biographie que lui consacre l’océanologue David Grémillet.

    Vidées, les côtes ont été délaissées au profit de mers toujours plus lointaines. Armés comme des engins militaires, les chalutiers vont traquer les poissons jusqu’en Antarctique, à plus de 600 mètres de profondeur. « La pêche locale n’existe pratiquement plus », dit encore Daniel Pauly. Dans l’insouciance généralisée, le chalutage ratisse 150 fois l’équivalent de la surface déforestée chaque année sur la planète. Une coupe à blanc sous-marine et invisible de la taille de la superficie des États-Unis, où plusieurs zones sont ratiboisées jusqu’à huit fois l’an.

    Daniel Pauly dénonce cette #razzia. « Et dans bien des cas, les pays riches bouffent les poissons des pays pauvres », affirme le Franco-Canadien, né après la guerre d’une mère française et d’un G.I. afro-américain, révolté du pillage éhonté des mers de l’Afrique de l’Ouest par des bateaux occidentaux et asiatiques. Sa solution : interdire la pêche en haute mer, protéger 20 % des océans et abolir les subventions aux industries qui encouragent la sur pêche. Car c’est le bacon qui fait le poisson, affirme ce chercheur. Grâce aux subventions allant jusqu’à 30 % en Chine, pêcher demeure rentable là où les ressources sont déjà anémiées, martèle-t-il.

    L’or blanc
    « En Antarctique, ceux qui pêchent la #légine de façon illégale peuvent perdre un bateau sur cinq tellement ils gagnent de #fric. Pour ne pas être attrapés, des capitaines coulent eux-mêmes leurs bateaux. Et ça reste rentable ! » décrie l’écologiste, considéré parmi les 50 scientifiques les plus influents de la planète par le magazine Scientific American en 2003. La légine, cet or blanc recherché des gourmets occidentaux, se vend jusqu’à 40 $ la livre.

    « Après avoir vidé les plaines marines, les bateaux vident les canyons des océans où se terrent les derniers poissons », relance Pauly. À elle seule, la Chine déploie 3400 navires-usines qui pompent 4 millions de tonnes de poissons dans les eaux de 93 États, dont 75 % dans les eaux africaines.

    Noyer le poisson
    Daniel Pauly rage aussi contre l’autre grand « mensonge » du siècle : l’#aquaculture, parfois présentée comme un remède à la faim dans le monde. Or, selon lui, l’aquaculture de poissons carnivores accélère le sac des océans. « En Mauritanie et au Sénégal, 40 usines sont plantées sur les côtes pour faire de la farine de sardinelles, qui étaient avant pêchées, fumées et mangées en Afrique. Là, on produit de la farine pour engraisser des cochons ou du saumon. C’est un truc innommable ! »

    Le maître de la #biomasse parle en connaissance de cause. Produire une seule livre de saumon dépouille l’océan de trois ou quatre livres de petits poissons. « C’est une perte sèche de protéines, c’est révoltant ! Dire que ça nourrit le monde, c’est une fraude intellectuelle. Ceux qui s’alimentaient de sardinelles n’ont pas l’argent pour acheter ce saumon. C’est un vol global. J’appelle ça l’aquaculture B, pour bad. Cette aquaculture ne produit pas de poissons, elle bouffe du poisson ! »

    Médusé par la surpêche
    Un jour, un étudiant de Daniel Pauly a mesuré l’explosion des populations de #méduses partout dans le monde. En mer de Namibie, ces invertébrés ont complètement remplacé les poissons : 14 millions de tonnes de méduses ont évincé 10 millions de tonnes de poissons. « Les poissons qui mangeaient les larves de méduses ont disparu, laissant leurs proies sans prédateurs », explique Daniel Pauly.

    Des océans « gélifiés », c’est la vision d’horreur qui hante le biologiste, qui a signé en 2013 Manges tes méduses. Ces masses gélatineuses sont, en effet, faites sur mesure pour survivre aux zones lessivées de poissons que laisse la surpêche dans son sinistre sillage, explique le scientifique couronné en 2005 du prix Cosmos, l’équivalent du Nobel en écologie.

    « Pour que les poissons puissent se repeupler en haute mer et revenir ensuite vers les côtes, il faut dès maintenant créer des zones protégées. Avant, on n’avait pas les moyens techniques de pêcher jusqu’au dernier poisson. Aujourd’hui, plus rien n’est impossible », déplore-t-il.

    Cet éternel indigné, rescapé d’une enfance douloureuse vécue au sein d’une famille adoptive abusive, Pauly en connaît long sur la capacité de résilience des hommes, comme des autres espèces. « C’est toujours possible de renverser la vapeur, assure-t-il, si l’on réagit à temps. »

    Source : https://www.ledevoir.com/societe/environnement/559908/le-vieil-homme-et-la-mer
    Tiré de la revue de Presse : https://www.les-crises.fr/revue-de-presse-du-06-08-2019

    #surpêche #mer #alimentation #poissons #pêche_industrielle #pêche_illégale #aquaculture #Daniel_Pauly #ressources_marines

  • Les eaux glacées du calcul égoïste — Chlordécone : 17 années d’archives « disparues » au ministère de l’Agriculture !
    http://www.eauxglacees.com/Chlordecone-17-annees-d-archives

    Vers un scandale d’Etat ? Au détour des investigations conduites par la commission d’enquête parlementaire sur l’utilisation du chlordécone et du paraquat comme insecticides aux Antilles, une audition conduite le 2 juillet dernier à Paris a révélé que 17 années d’archives datées de 1972 à 1989 auraient « disparu » du ministère de l’Agriculture ! L’un des plus graves désastres sanitaires contemporains est donc désormais en passe de tourner au scandale d’Etat, comme vient de le révéler un reportage choc de notre consoeur Cécile Marre de Martinique 1ère.

    C’est au deuxième jour d’audition, le 2 juillet 2019, que la bombe a éclaté au grand jour. Dix-sept années d’archives du ministère de l’agriculture, disparues, envolées !

    Des documents cruciaux datant de 1972 à 1989. Une découverte incroyable qui révèle un vrai problème car ces archives contiennent les avis de la commission de toxicité de l’époque. Comment et pourquoi ont-elles disparues ? Quelle est donc la teneur de ces autorisations de prolongation ?

    Ce sont les procès verbaux qui contenaient les autorisations de mise sur le marché du chlordécone qui se seraient mystérieusement volatilisés…

    Pour mieux entraver des actions en justice qui pourraient coûter des milliards d’euros à l’Etat ?

    https://www.youtube.com/watch?v=akuJXynn1E4&feature=youtu.be

  • Le vrai coût de la #viande pas chère - Pauvre cochon, riche affaire | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/064368-000-A/le-vrai-cout-de-la-viande-pas-chere

    Complète et très documentée, l’édifiante enquête de Jens Niehuss dresse le bilan sans appel d’une situation peu reluisante, où seuls les grands groupes industriels semblent trouver leur compte. Sans oublier les conséquences de cette industrie mortifère sur notre #santé – notamment la multiplication de germes résistants aux #antibiotiques chez l’homme, ou la #pollution des nappes phréatiques par les nitrates contenus dans les lisiers.

    #eau #antibiorésistance

  • There’s No Continent, No Country Not Impacted by Land Degradation | Inter Press Service
    http://www.ipsnews.net/2019/06/theres-no-continent-no-country-not-impacted-land-degradation

    The report shows that 75 percent of the land area is very significantly altered, 66 percent of the ocean area is experiencing increasing cumulative impacts, and 85 percent of the wetland area has been lost.

    “There are of course areas which are harder hit; these are areas which are experiencing extreme drought which makes it even more difficult to sustainably use land resources,” Akhtar-Schuster said.

    “On all continents you have the issue of land degradation, so there’s no continent, there’s no country which can just lean back and say this is not our issue. Everybody has to do something.”

    #sols #dégradation_des_sols merci @fil

  • Le bon flexitarien et le mauvais végan ? - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/06/18/le-bon-flexitarien-et-le-mauvais-vegan_1734581

    La captation du flexitarisme par l’industrie de la viande n’a pas comme seule conséquence de favoriser l’immobilisme aux dépens d’une transition alimentaire pourtant nécessaire. L’association de la flexibilité à la consommation de viande permet aussi par contraste d’associer aux végétariens ses antonymes : rigidité, inflexibilité. La flexibilité est une caractéristique hautement valorisée par nos sociétés modernes. Dans des contextes économiques sujets à des transformations rapides, la flexibilité des emplois, des horaires, l’aptitude à changer facilement pour s’adapter aux circonstances sont considérées essentielles à la survie des entreprises. Dans une certaine conception du darwinisme, la flexibilité, la capacité à s’adapter est la marque des gagnants. Sur un plan plus émotionnel, un caractère flexible définit une personne conciliante, tolérante, facile à vivre. Ces qualités désirables contrastent avec celles des personnes rigides, inflexibles, par exemple des végétariens qui refusent en toute occasion de consommer de la viande.

    Son ambiguïté et ses connotations positives font donc du flexitarisme un concept marketing idéal pour l’industrie de la viande, qui permet à la fois de promouvoir le statu quo, voire la progression de la consommation carnée et de discréditer subrepticement les végétariens. Il n’en reste pas moins que les problèmes sanitaires, éthiques et écologiques demeurent, et que la promotion d’un terme séduisant mais dévoyé de son sens originel et encourageant l’immobilisme dans le domaine de l’alimentation est socialement délétère.

    #vegan #vegetarien #flexitarien #agroalimentaire

  • Are crystals the new blood diamonds? | The Guardian
    https://www.theguardian.com/global/2019/jun/16/are-crystals-the-new-blood-diamonds-the-truth-about-muky-business-of-he

    “It would be a great shame,” says Sophia Pickles, the campaign leader at Global Witness, “if consumers buying goods that they believe help them ‘connect with the Earth’ are, in fact, making purchases that are connected to grave human-rights abuses, environmental destruction, conflict and corruption. Unfortunately, this is a very real risk for products like crystals.”

  • Lustucru: From Severed Heads to Ready-Made Meals

    Jé Wilson charts the migration of the Lustucru figure through the French cultural imagination — from misogynistic blacksmith bent on curbing female empowerment, to child-stealing bogeyman, to jolly purveyor of packaged pasta.

    https://publicdomainreview.org/2019/06/13/lustucru-from-severed-heads-to-ready-made-meals

    via https://www.metafilter.com/181455/Lustucru-From-Severed-Heads-to-Ready-Made-Meals

    • Wahoo quelle histoire !

      The sign of the shop, hanging at upper left, displays a decapitated woman’s body above the words “Tout en est bon”, from the saying, “Une femme sans tête: tout en est bon”, meaning “A woman without a head: everything is good”. To make the message absolutely clear, the block of text encourages men to bring their difficult wives to this head doctor, where their brains will be reforged and purged of all screechy, angry, lunatic, obstinate, rebellious, willful, and lazy ways. Any woman with a mind of her own is guaranteed a graphically brutal straightening out.

      As sexist satire goes, this is dark. Even darker is the fact that, as soon as the image appeared, the head-pounding blacksmith “became all the rage” in France.2 Publishers began to churn out stand-alone broadsheets of his image in order to feed a demand for cheap copies, and versions of him in his forge spread from France to Germany and Italy.3 An entire almanac calendar for 1660 was dedicated to Lustucru.4 He was written into the latest comic plays and poems, and his image was even stamped on tokens or “jetons” (metal coins used mainly as counters in the age before calculators). In today’s terms, he went viral.

      His name, Lustucru, comes from a slurring of “L’eusses-tu-cru?”, a stock phrase used in that period by theatrical fools, which meant, “Would you have believed it?” or in this case, “Would you have thought a woman’s head could be fixed?” According to the seventeenth-century French writer Gédéon Tallemant des Réaux, Lustucru was born from a desire for male revenge.

      Je me demande bien de quelle revenche contre les femmes auraient les hommes de cette époque et dont parle ce Gédéon Tallemant.

      Male anxiety regarding the growing influence and power of women was generally on the rise in France during the 1650s. Women had begun to gain some standing in the literary arts and were established enough to have been satirized as “les précieuses”, a type of clever woman who frequented Parisian salons, wrote books, and favored an elegantly refined (or, to other minds, affected and pretentious) speaking and writing style.

      Les femmes n’ont pas gagné en puissance vers 1650, c’est même tout l’inverse, c’est la période de la création de l’académie française, institution dont le but principale est de baillonner les femmes et excisé la langue de toute trace de féminin qui ne soit pas humiliant. C’est aussi la période de la chasse aux sorcière, des interdictions de reprendre le commerce familial en cas de veuvage,

      #séduction_à_la_française #inversion_patriarcale #blâmer_la_victime #misogynie #féminicide #domination_masculine #mégèrisme #histoire #marque #cannibalisme #lobotomie #hystérie #femmes #guerre_des_sexes #couple #amour #hétérosexualité #domination_masculine #chirurgie #violences_médicale #patriarcat #matriarcat

  • Agriculture de conservation : quand le « sans-labour » gagne du terrain AFP - 13 Juin 2019 - ngu/im/tq/eb
    https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/agriculture-de-conservation-quand-le-sans-labour-gagne-du-terrain-8ae226

    « A certains moments, la chimie ne marche plus. Qu’est-ce qu’on fait ? Il faut qu’on remette de l’agronomie dans notre système » : comme Stéphane Schoumacher, céréalier dans la Marne, de plus en plus d’agriculteurs tentent l’agriculture sans labour, pour réduire leurs charges et ramener de la vie dans les sols.


    Stéphane Schoumacher, céréalier à Cuchery, le 5 juin 2019 dans la Marne ( AFP / FRANCOIS NASCIMBENI )

    Abrités sous un hangar, alors que la pluie tombe dru sur les champs de blé et de colza de la Marne, une dizaine d’agriculteurs écoutent avec attention un ingénieur agronome, animateur du club Agrosol pour le compte de la coopérative Vivescia, leur expliquer comment modifier leurs pratiques et passer en agriculture de conservation des sols (ACS).
    Jean-Luc Forrler brandit des pieds de colza, attaqués par des charançons (coléoptères blottis dans les tiges qui éclatent, NDLR) : « Il faut nourrir vos plants, les insectes vont privilégier les colzas les plus chétifs », explique à ces paysans de tous âges M. Forrler, véritable « coach » des paysans.

    « Entre 1998 et 2000, les cours des céréales étaient très bas, il fallait trouver des moyens de baisser les charges », rappelle-t-il pour expliquer son engagement dans ces pratiques.
    Dans le viseur, la mécanisation, qui représente "plus de 50% des charges", selon Stéphane Schoumacher, hôte de ce tour de plaine.


    Stéphane Schoumacher, céréalier à Cuchery, le 5 juin 2019 dans la Marne ( AFP / FRANCOIS NASCIMBENI )

    Car ce type d’agriculture, qui repose sur trois leviers -suppression du labour, modification des rotations et couverts végétaux entre les cultures pour ne jamais laisser les parcelles à nu, vise aussi à « assurer un revenu correct sur l’exploitation », explique Savine Oustrain, de Vivescia.

    La moisson catastrophique de 2016 a, selon elle, agi comme un déclic : « Depuis trois ans, le club Agrosol est passé de 100 membres à 350 dans le Grand Est. Certains agriculteurs se sont rendu compte qu’il fallait peut-être changer de système ».
    Sous un ciel chargé de nuages gris, M. Schoumacher admire ses champs de blé d’un beau vert tendre, avant d’arracher une motte de terre pour montrer la qualité retrouvée de ses sols, dans lesquels on observe les restes de cultures précédentes, comme des résidus de maïs.
    « Les résidus se décomposent plus lentement et servent de garde-manger pour les vers de terre. Plus vous avez de résidus, plus vous avez de vie du sol », explique-t-il.

    Une aubaine pour le revenu... et le climat
    Mais ces techniques peuvent également servir contre le changement climatique : les couverts végétaux plantés entre les cultures, souvent des légumineuses comme le pois, captent l’azote de l’air pour le fixer dans le sol.


    Stéphane Schoumacher, céréalier à Cuchery, le 5 juin 2019 dans la Marne ( AFP / FRANCOIS NASCIMBENI )

    Outre cet apport d’azote, « les insecticides, ça fait quatre ans qu’on s’en passe en colza, dans les cultures céréalières, ça fait deux ans et demi, sans impact sur le rendement », assure Etienne Mignot, en école d’ingénieur, dont le père est engagé en agriculture de conservation depuis cinq ans.

    Mais, car il y a un « mais », « aujourd’hui, les plus grosses difficultés, c’est avec les herbicides, on n’arrive pas à faire sans », explique M. Mignot.
    Une fois par an, les agriculteurs en ACS recourent au glyphosate, cancérogène probable selon une agence internationale, pour nettoyer leur parcelle des couverts végétaux, afin que la culture qu’ils plantent puisse se développer.

    Sur la ferme familiale, assure Etienne Mignot, c’est 0,2, 0,3 litre par hectare, pas plus.
    En contrepartie, « on a moins de travail (superficiel) du sol. On est en moyenne à 40 à 50 litres de fioul à l’hectare. En système conventionnel, c’est 70 à 80 litres ».

    « Face à des incidents climatiques de plus en plus fréquents, et de plus en plus accentués, on est plus résilient », fait valoir M. Schoumacher, qui assure que « le fait de ne pas travailler les sols, ça protège votre sol du gros orage, de la sécheresse », car l’eau « va s’infiltrer plus vite », grâce aux vers de terre et aux racines qui aèrent le sol.
    « Toutes les charges phytosanitaires sont divisées par deux », ajoute-t-il. Il voit dans l’interdiction du glyphosate le seul frein potentiel au développement de cette pratique.
    Mais selon M. Forrler, pour les néophytes, « le problème est beaucoup plus psychologique que technique. La question qui revient le plus, c’est : +Je ne sais pas si je fais bien ?+. Du jour au lendemain, vous changez totalement de mode d’emploi. C’est là que la notion de groupe est importante ».
    ngu/im/tq/eb

    #fuel #carburant #engins_agricole #mécanisation de l’#agriculture #céréales #glyphosate #phytosanitaires #labourage #céréales #climat

  • François Léger : « Les microfermes sont le chemin vers l’autonomie alimentaire et sociale »
    https://reporterre.net/Francois-Leger-Les-microfermes-sont-le-chemin-vers-l-autonomie-alimentai

    J’ai passé une bonne partie de ma vie à côtoyer des paysans qui ne travaillaient pas comme on leur disait de faire, et qui devaient donc inventer leurs propres corpus de savoirs et de savoir-faire. Ils m’ont montré que l’une des grandes forces de cette intelligence écologique pragmatique, c’est qu’elle ne relève pas d’une connaissance analytique exhaustive, mais plutôt d’une connaissance holiste, intuitive, poétique et sensible.(...)Nous devons repartir de l’intime et du sensible pour repenser nos systèmes politiques

    #agroecologie #permaculture #paysannerie #autonomie

  • J’ai traduit ce début d’article de Michael Kimmerlman du New York Times. Difficile en effet de ne pas faire de parallèle entre ce symbole de la France en flamme et la situation politique du pays....

    "Une France en plein bouleversement pleure un symbole de l’identité profonde de Paris." par MIchael Kimmelman du New York Times. article du 15 avril 2019.

    " Le feu à Notre-Dame est arrivé le jour où le président, sur la sellette, du pays, Emmanuel Macron, devait expliquer comment il allait répondre aux exigences du mouvement des Gilets Jaunes. Une nation angoissée et agitée s’est battue pour faire face à des mois de soulèvement et à un filet de sécurité mité qui avait déclenché les manifestations. Des générations qui comptaient sur ce filet de sécurité, comme fierté nationale et symbole d’identité, le voit partir en fumée.
    Lundi, la cathédrale partait aussi en fumée, elle qui a consacré pendant des siècles une notion évolutive de la francité. Il était difficile de rater la symbolique."

    A France in Turmoil Weeps for a Symbol of Paris’s Enduring Identity par Michael Kimmelman -New York Times.
    "The fire at Notre-Dame happened on the day that the country’s troubled president, Emmanuel Macron, was supposed to explain how he intended to address the demands of the “Yellow Vest” movement. An anguished, restless nation has struggled to cope with the monthslong uprising and with the frayed social safety net that spurred the protests. Generations that had come to rely on this social safety net, as a matter of national pride and identity, see it going up in smoke.
    On Monday, so was the cathedral, which for centuries has enshrined an evolving notion of Frenchness. The symbolism was hard to miss."

    https://www.nytimes.com/2019/04/15/world/europe/notre-dame-france-fire.html?action=click&module=Top%2520Stories&pgtype=Home

    #paris #cathedrale #france #giletsjaunes

  • « Les #GAFA veulent-ils nous rendre #végans ? »

    https://www.wedemain.fr/Les-GAFA-veulent-ils-nous-rendre-vegans_a3957.html

    « Mais qui se cache derrière les mouvements d’action végans ? Notre enquête montre que des milliardaires de la Silicon Valley financent des associations militantes comme L214, tout en investissant dans une nouvelle industrie agro-alimentaire. »

    #le_Gorafi_encore_plagié