• Rester fidèle au sang | À propos du travail de Sara Sadik | Par Félix Boggio Éwanjé-Épée & Stella Magliani-Belkacem | CAC Brétigny
    https://www.cacbretigny.com/fr/631-rester-fidele-au-sang

    La recherche de Sara Sadik tourne autour d’un premier mot : fragilité. Fragiles, ses protagonistes, réels et imaginaires, le sont—même s’ils veulent « ne rien laisser paraître »—par leur condition sociale et politique. « Mecs de quartiers », Noirs, Arabes, musulmans, les sujets qui peuplent et nourrissent son travail sont ce qu’on appelait il n’y a pas si longtemps des « damnés de la terre ». Maudits par le champ politique, par le racisme institutionnel, par le chômage et la précarité, maudits pour leur religion, leur culture, leur langue. Cette fragilité est « objective », elle ne dit rien en elle-même sur ce dont parlent les textes et les images de Sara Sadik. L’évoquer est toutefois indispensable pour saisir ce que n’est pas son travail : quand un objet est fragile, on ne veut pas qu’il tombe entre de mauvaises mains. Depuis que le rap et la « culture urbaine » sont partout—dans la mode, la musique, la publicité, le sport, la radio, les réseaux sociaux—, la figure du « lascar », du « jeune » potentiellement producteur et consommateur, devient un objet esthétique de premier ordre pour le monde marchand. Il va de soi que les artistes ne peuvent manquer de voir leurs travaux sollicités et digérés pour mieux conquérir des imaginaires : ou bien flairer la tendance, ou bien la susciter, la produire en même temps qu’elle est en train de naître au cœur des subcultures.

    Ce pillage en règle des cultures minoritaires n’est pas pour autant une voie de salut pour ceux qui en sont les acteurs—loin s’en faut. La recherche de Sara Sadik est un antidote à cette esthétique du pillage. Plutôt qu’exploiter la fragilité de ses protagonistes, elle cherche à l’accueillir et en faire une force subjective. Les textes et les images ne proposent jamais au spectateur étranger aux cultures urbaines—qu’elle met en scène et auquel elle s’adresse par la voix quasiment robotique qu’elle incarne dans plusieurs de ses films et performances—d’aller au frisson, à la rencontre de l’image choc, la dernière punchline, ou la « vanne » à la mode. L’univers de Sara Sadik est pourtant bien ancré dans l’univers matériel et l’imaginaire connecté des jeunes hommes des quartiers populaires. Et une part notable de son œuvre consiste à documenter ces mondes subjectifs—à partir d’un ancrage marseillais qui a lui-même ses propres codes, son rap, ses références.

    Si Sara Sadik accueille cette fragilité, c’est qu’elle la connaît trop bien. Dès lors que vous sortez des terrains balisés par l’apartheid socio-économique et symbolique, vous n’êtes « pas chez vous ». Vous ne serez ni chez vous dans le « monde de l’entreprise », ni à l’école, ni sur les bancs de la fac, ni dans le milieu de l’art. Au mieux, on vous prendra ce qui se vend bien. On vous demandera toutefois d’oublier d’où vous venez, d’oublier vos amis, vos familles, votre accent et votre argot ; on attendra de vous que vous changiez votre manière de parler, de voir le monde, de sentir, de manger, de marcher, de prier, de vous habiller ; on cherchera à vous insuffler la honte de qui vous étiez et de ceux avec qui vous étiez.

    La récupération des modes de vie subalternes (populaires, « de cité », urbains) par une esthétique du pillage ne constitue en aucun cas un geste rédempteur. Sara Sadik nous enseigne que pour résister à la honte, on ne peut pas se contenter de mousser trois influenceurs étiquetés « banlieue », de se transformer en coupure de mode, ou d’imprimer de belles photos de son bâtiment et de ses copains fumant la chicha sur du papier glacé. On peut se faire plaisir, gagner un peu d’argent (ce qui n’est pas rien), mais réapprendre à s’aimer (aimer les siens), c’est autre chose.

    Trop souvent le débat en esthétique se focalise sur la « représentation des minorités ». La libération est ainsi décrite comme un au-delà des stéréotypes : les fils d’immigrés ne sont pas si chômeurs, pas si incarcérés, pas si délinquants, pas si machos, pas si radicalisés. Pour Sara Sadik, pourtant, les images ne sont pas à réparer. Pour autant qu’une esthétique « correctrice » soit possible, elle n’aurait comme résultat que de promouvoir de (bien fades) modèles d’intégration.

    Les images des siens, elle veut les agrandir. Comme dans Zetla Zone (2019), elle fabrique une oasis dans un désert. Elle invente des superpouvoirs, empruntés aux Saiyans de Dragon Ball Z, à l’OVNI de Jul, elle fait des sodas Oasis ou Capri-Sun de merveilleux élixirs. Sara Sadik travaille en réalité augmentée ; elle façonne des mondes dans lesquels les motifs fantastiques ou futuristes offrent aux « corps d’exception » d’autres façons de se connaître, de se reconnaître, de se rencontrer et de s’aimer.

    La connaissance de soi que propose Sara Sadik n’est ni celle des gravures de mode ni celle des sociologues et de leur « misère du monde ». Le miroir qu’elle tend aux damnés de la terre est d’abord un miroir qui reflète l’âme, ou plutôt le cœur. Ses textes, ses sculptures, ses images, sont autant de pièces d’une archive de soi-même—mais d’une archive qui serait celle du secret, d’un lieu intime qui pourtant se livre partout où l’on veut bien le trouver. Sara Sadik ne travaille pas en psychologue mais en archéologue du présent. Elle glane dans les expressions culturelles, les réseaux sociaux, les chansons de rap, les clips Tiktok, les Insta de prisonniers, tout ce qui laisse paraître une intériorité, une affectivité, un lieu souterrain où une émotion en train de naître est tuée dans l’œuf par la guerre de tous contre tous—et la « cuirasse caractérielle » comme seul refuge face à la violence entre pauvres que le système nourrit.

    Ainsi, la reconnaissance de soi qui émerge de ses créations n’est pas un simple pot-pourri identitaire—ce que des spectateurs pressés ne manqueront pas de voir dans son œuvre. La quête de phrases, de références, sont autant de manières de « citer des gestes », comme a pu écrire Walter Benjamin à propos du théâtre de Bertolt Brecht. Si le philosophe avait vu l’importance de cet aspect chez Brecht, c’est parce que pour Benjamin, c’est le collage, l’image composite qui seule est véritablement à même de faire naître une allégorie. Ainsi, se reconnaître dans les trajectoires fantastiques que Sara Sadik propose à ses protagonistes, c’est faire entrer sa vie imaginaire et culturelle dans le domaine de la fable. Retrouver—non sans plaisir—ses propres références, ses manières de faire, de parler, n’est pas un loisir de complaisance. Les fameux « codes » culturels, vernaculaires, minoritaires, pour la plupart illégitimes, y reflètent des réalités intérieures inexplorées, et qui n’ont pas droit de cité. C’est cette beauté que Sara Sadik fait émerger, la beauté même du geste, de la petite phrase qui d’un seul coup donne à la vie de la rue la force du mythe.

    Ce que nous apprend aussi Sara Sadik—car elle se met elle-même en scène comme celle qui enseigne—, c’est que les damnés de la terre sont aussi des oubliés de la rencontre, des oubliés de l’amour. Comme il faudra le dire plus loin, l’amour ne se réduit pas à la rencontre amoureuse, mais celle-ci—ou son absence—occupe une place d’importance dans l’ensemble de l’œuvre. Les lecteurs de Fredric Jameson savent combien l’utopie de science-fiction s’avère utile pour représenter d’autres modes de faire-relation, d’autres quotidiennetés. Sara Sadik imagine quant à elle des mondes dans lesquels les machines nous réapprennent à aimer et dans lesquels la rencontre amoureuse (re)devient un jeu— comme l’environnement virtuel et construit à partir de GTA de Khtobtogone (2021) ou la compétition du Carnalito Full Option (2020) nous le font apparaître. Il n’est pas anodin que cette dernière œuvre ait été créée avec la participation de jeunes en centre éducatif fermé. La prison tout court, la prison du quartier, la prison de la précarité, sont autant de prisons des cœurs. Pour autant, Sara Sadik ne cherche pas à réparer « le genre » ou les rapports hommes-femmes. Elle fait plutôt état d’un deuil de la rencontre, et en propose la relève par une régression féconde—non pas celle du divan ou du face-à-face des psys, mais celle du groupe, de la bande de garçons.

    La bande désigne un autre lieu de l’amour, au-delà de la rencontre amoureuse : l’amour des potes, de la mama, ceux pour qui on peut donner sa vie. Les scénarios virtuels de Sara Sadik sont autant de façons de réapprendre à s’aimer, et pouvoir s’aimer résume à soi seul les motifs les plus intimes et les plus politiques que porte son travail : quand le monde blanc vous renvoie l’image du barbare, du violeur, de l’agresseur, du voyou, que ce monde ne veut pas que vos mères et vos sœurs voilées accompagnent les sorties scolaires, que ce monde vous promet la prison, le bracelet électronique ou l’intérim à vie, s’aimer devient un combat. S’aimer, ce n’est dès lors pas seulement le narcissisme consumériste qu’incarne le selfie. L’amour de soi et des siens s’avèrent indissociables et constituent le désir secret qui oriente le travail du rêve dans les compositions et les collages de l’artiste, tout en étant au cœur d’un questionnement éthique : comment donner sans me perdre alors que j’ai déjà tout donné ? comment échapper aux traîtres et rester fidèle au sang ?

    L’amour, omniprésent sous cette acception élargie dans le travail de Sara Sadik, fait objection à la guerre de tous contre tous. Elle fait aussi objection à l’indignité dans laquelle l’appareil médiatique et politique entend réduire les habitants des quartiers populaires et à l’illégitimité qui frappe leurs imaginaires. Le spectateur sceptique ne manquera pas de demander : n’est-ce pas plaquer indûment un romantisme sur ces jeunes hommes dont « on connaît bien » les frasques et les turpitudes ? Une telle question en dira plus long sur celui qui la pose que sur les jeunes hommes non-blancs et la fantasmagorie sexuelle et agressive qu’on veut leur prêter—quand bien même le fantasme rejoindrait la réalité. 

    L’excitation du petit ou grand bourgeois à aller fouiller dans les sales histoires, les petites perversions ou les anecdotes morbides ou pornographiques de ses pauvres ne rappelle pas seulement les portraits classiques—et au fond, hyper-moralistes—d’une certaine tradition naturaliste française, dénoncée à l’époque par tous les théoriciens socialistes—lisez les pages acerbes de Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, sur les romans de Zola ; ce dévergondage par procuration nous rappelle aussi qu’on attend du monde de l’art—même chez les critiques ou les spectateurs prétendument « progressistes »—qu’il épouse l’époque dans ses abords les plus cyniques et qu’il abandonne définitivement tout attachement à la vérité et à la beauté qu’elle recèle.

    Alors que le pouvoir politique français légifère et communique sur le bobard raciste du « séparatisme », Sara Sadik nous rappelle combien la « communauté » n’est pas un choix ou une solution qui s’offrirait aux exclus du monde blanc, mais bel et bien une question. L’amour ne représente pas seulement une aspiration frustrée ; il est aussi un sentiment profond qui bouleverse ce qu’on attendait de soi-même et de la vie—tel le protagoniste de Khtobtogone qui réinterroge ses choix existentiels profonds. La force politique des créations de Sara Sadik est de montrer le travail complexe et toujours recommencé des cultures subalternes pour rapprocher et grandir des gens que tout un monde cherche à diviser, à écraser, à humilier. Les incrédules, ceux qui se croient « savants » et sages, n’y voient qu’une grande industrie peuplée de fausses chanteuses autotunées, de rappeurs semi-illettrés, d’ados perdus accros à leurs « écrans », de mecs lourdingues shootés aux jeux vidéo.

    Bien loin de ces lieux communs de l’opinion dominante—des plateaux télé zemmourisés aux salles des profs—, et en rupture avec le pillage commercial, l’art peut être aussi un véritable contemporain des subalternes et de leur propre « travail de culture ».

  • Fiche « L’enfer numérique », par @stephane
    https://www.bortzmeyer.org/enfer-numerique.html

    Et l’article du @mdiplo du mois où l’auteur présente le propos de son livre (paywall) : https://www.monde-diplomatique.fr/2021/10/PITRON/63595

    Nous sommes désormais noyés sous les publications qui parlent de l’empreinte environnementale du numérique et notamment de l’Internet. Mais ce nouveau livre est plus approfondi que beaucoup de ces publications et contient des récits intéressants.

    Au passage, je ne sais pas si quelqu’un a calculé l’empreinte environnementale des livres qui critiquent l’empreinte environnementale de l’Internet ☺. Plus sérieusement, une bonne partie de ces livres sont juste de l’anti-numérique primaire, par des auteurs nostalgiques d’un passé où seule une minorité d’experts pouvaient décider et s’exprimer, auteurs qui regrettent le bon vieux temps (ils critiquent le numérique mais jamais l’automobile). Ces défauts se retrouvent aussi dans le livre de Guillaume Pitron (par exemple quand il mentionne, même s’il n’insiste pas là-dessus, qu’il faudrait que des autorités décident des usages légitimes de l’Internet) mais heureusement cela ne fait pas la totalité du livre.

    Donc, de quoi parle ce livre ? De beaucoup de choses mais surtout des conséquences environnementales et (à la fin) géopolitiques de l’usage de l’Internet. L’auteur insiste sur la matérialité du monde numérique : loin des discours marketing lénifiants sur le « virtuel » ou sur le « cloud », le monde numérique s’appuie sur la matière, des métaux rares, des centrales électriques fonctionnant au charbon ou au nucléaire, des centres de données énormes. Ce discours n’est pas très original, cet argument de la matérialité a été souvent cité ces dernières années mais le poids du discours commercial est tel que beaucoup d’utilisateurs du numérique n’ont pas encore conscience de cette matérialité. Et elle a des conséquences concrètes, notamment en matière environnementale. Le numérique consomme de l’énergie, ce qui a des conséquences (par exemple en matière de relâchement de gaz à effet de serre, qui contribuent au réchauffement planétaire) et des matériaux dont l’extraction se fait dans des conditions souvent terribles et pas seulement pour l’environnement, mais surtout pour les humains impliqués.

    Quelle que soit la part réelle du numérique dans les atteintes à l’environnement (les chiffres qui circulent sont assez « doigt mouillé »), il n’y a pas de doute que, face à la gravité du changement climatique, tout le monde devra faire un effort, le numérique comme les autres. Des techniques frugales comme LEDBAT (RFC 6817) ou Gemini sont des briques utiles de cet effort (mais l’auteur ne les mentionne pas).

    C’est après que les choses se compliquent. Qui doit agir, où et comment ? Le livre contient beaucoup d’informations intéressantes et de reportages variés et met en avant certaines initiatives utiles. C’est par exemple le cas du Fairphone, un ordiphone conçu pour limiter l’empreinte environnementale et sociale. Beaucoup de critiques ont été émises contre ce projet, notant que les objectifs n’étaient pas forcément atteints, mais je les trouve injustes : une petite société locale n’a pas les mêmes armes qu’un GAFA pour changer le monde, et ses efforts doivent être salués, il vaut mieux ne faire qu’une partie du chemin plutôt que de rester assis à critiquer. C’est à juste titre que le projet Fairphone est souvent cité dans le livre. (Sur ce projet, je recommande aussi l’interview d’Agnès Crepet dans la série audio « L’octet vert ».)

    Ces reportages sont la partie la plus intéressante du livre et une bonne raison de recommander sa lecture. Il comprend également une partie géopolitique intéressante, détaillant notamment l’exploitation de plus en plus poussée de l’Arctique (à la fois rendue possible par le changement climatique, et l’aggravant) et les projets gigantesques et pas du tout bienveillants de la Chine. Même si beaucoup de projets (comme le câble Arctic Connect) se sont cassés la figure, bien d’autres projets leur succèdent.

    Par contre, le livre ne tient pas les promesses de son sous-titre « Voyage au bout d’un like ». S’il explique rapidement que le simple fait de cliquer sur un bouton « J’aime » va mettre en action de nombreuses machines, parcourir un certain nombre de kilomètres, et écrire dans plusieurs bases de données, il ne détaille pas ce parcours et ne donne pas de chiffres précis. Il est vrai que ceux-ci sont très difficiles à obtenir, à la fois pour des raisons techniques (la plupart des équipements réseau ont une consommation électrique constante et donc déterminer « la consommation d’un Like » n’a donc guère de sens) et politiques (l’information n’est pas toujours disponible et le greenwashing contribue à brouiller les pistes). L’auteur oublie de rappeler la grande faiblesse méthodologique de la plupart des études sur la question, et des erreurs d’ordre de grandeur comme l’affirmation p. 157 que les États-Unis produisent… 640 tonnes de charbon par an n’aident pas à prendre aux sérieux les chiffres.

    Mais le livre souffre surtout de deux problèmes : d’abord, il réduit l’utilisation de l’Internet au Like et aux vidéos de chat, souvent citées. D’accord, c’est amusant et, comme beaucoup d’utilisateurs, je plaisante moi-même souvent sur ce thème. Mais la réalité est différente : l’Internet sert à beaucoup d’activités, dont certaines sont cruciales, comme l’éducation, par exemple. L’auteur critique le surdimensionnement des infrastructures par les opérateurs, jugeant qu’il s’agit d’un gaspillage aux conséquences environnementales lourdes. Mais il oublie que ce surdimensionnement est au contraire indispensable à la robustesse de l’Internet, comme on l’a bien vu pendant le confinement, avec l’augmentation du trafic (voir le RFC 9075). Outre les pandémies, on pourrait également citer les attaques par déni de service (la cybersécurité est absente du livre), qui sont une excellente raison de surdimensionner les infrastructures.

    Et le deuxième problème ? Parce que l’auteur pourrait répondre qu’il est bien conscient de la coexistence d’usages « utiles » et « futiles » de l’Internet et qu’il suggère de limiter les seconds. C’est là qu’est le deuxième problème : qui va décider ? Personnellement, je pense que le sport-spectacle (par exemple les scandaleux jeux olympiques de Paris, monstruosité environnementale) est à bannir des réseaux (et du reste du monde, d’ailleurs). Mais je ne serais probablement pas élu avec un tel programme. Personne n’est d’accord sur ce qui est sérieux et ce qui est futile. Qui va décider ? Des phrases du livre comme le fait d’ajouter « sacro-sainte » devant chaque mention de la neutralité de l’Internet ont de quoi inquiéter. J’avais déjà relevé ce problème dans ma critique du dernier livre de Ruffin. Une décision démocratique sur les usages, pourquoi pas ; mais je vois un risque sérieux de prise de pouvoir par des sages auto-proclamés qui décideraient depuis leurs hauteurs de ce qui est bon pour le peuple ou pas.

    • Notons que l’article du Monde Diplo n’est qu’un parmi les nombreux articles de la campagne de promotion du bouquin. Aucun de ces articles n’émet la moindre critique ou la moindre nuance. Soit les médias servent la soupe à un collègue, soit c’est simplement une réaction anti-Internet classique dans les médias (ils n’ont jamais digéré de devoir partager leur pouvoir de communication).

  • TikTok dépasse YouTube en termes de temps passé par utilisateur - Les Numériques
    https://www.lesnumeriques.com/vie-du-net/tiktok-depasse-youtube-en-termes-de-temps-passe-par-utilisateur-n1680

    TikTok continue son ascension fulgurante. Au Royaume-Uni et aux États-Unis, le service chinois a surpassé YouTube quant au temps passé par utilisateur. Les deux plateformes sont aussi rivale sur la question de l’argent dépensé par les internautes.

    #reseau-social #tiktok

    • En pleine promotion pour la sortie de son nouveau film France, le metteur en scène plusieurs fois récompensé à Cannes a exprimé son profond mépris pour le groupe télévisuel public au micro d’Europe 1.

      « Ils sont aseptisés, bien-pensants, bienséants. Je ne supporte pas cette espèce de ton, cette espèce de représentation des choses très puritaine, très morale. » Bruno Dumont n’a pas mâché ces mots au sujet de #France_Télévisions dans l’émission de radio, « Culture médias ».

    • Bruno Dumont, réalisateur de « France » : « J’ai appuyé fort pour y voir plus clair »

      Le cinéaste, dont le film cruel contre l’information-spectacle et le journalisme était en compétition au Festival de Cannes, réagit aux critiques parfois sévères qu’il a suscitées.

      France est le onzième long-métrage de Bruno Dumont. Présentée en compétition en juillet au Festival de Cannes, cette charge cruelle, contre l’information-spectacle et le journalisme, a divisé la critique. Le cinéaste dit qu’il comprend que son film, qui mélange mélo et tragique, romanesque et comédie, l’amour et la mort, ait pu désarçonner.

      Vous clouez au pilori dans ce film l’obscénité d’une époque dominée et abêtie par le système de l’information-spectacle et la culture du clash. Concevez-vous votre film comme une satire ?

      France est une franche satire de l’information-spectacle où, sous ce ridicule, bien appuyé en surface, perce une quête tragique et romantique de nous-mêmes dans ce monde numérique hypertrophié dans lequel beaucoup perdent naturellement les pédales. Le film y mélange tout à tour de bras le mélo, le tragique, le romanesque, la comédie, le sentimentalisme outré, le film français, le grotesque, la mort, l’amour, pour représenter ce que nous sommes devenus : des déséquilibrés ! J’ai appuyé fort, pour y voir plus clair !

      C’est donc un film enlevé qui – à ce régime artistique forcené – fait autant froid dans le dos que rire à s’en tenir les côtes et pleurer. Notre époque est abêtie par le filtre d’écrans où sévit une nouvelle pensée quasi démente, par sa simplification, sa disproportion et sa moralisation de tout. Les héros de France sont comme ça, aplatis !

      Le genre du film n’est pourtant pas si facile à définir…

      Il relève à la fois du mélodrame, genre « roman-photo » à l’eau de rose, et de la tragédie grecque. France se débat dans un monde aliéné dont elle est la vedette et, pourtant, regimbe comme une vraie héroïne de cinéma, mais cette fois-ci très humaine, petite, pleine de ses vicissitudes, de sa grâce et de ses turpitudes.

      Et comme c’est bête, France, ça tourne en rond et c’est pareil à une danse, un boléro : ça tourne, ça se développe, mais ça se répète, ça ressasse, ça énerve ! Ravel disait lui-même du thème de son Boléro : « Je sais bien que c’est nul, mais il fallait le trouver quand même ! » Ici, c’est à peu près pareil. C’est nul, mais à répéter avec insistance, ça commence à prendre tournure, non ?

      Les premières réactions de la presse au festival de Cannes ont témoigné d’un rejet du film. Un de vos précédents films, « Ma Loute », qui fut plus apprécié, ne parlait pourtant pas d’autre chose : l’aveuglement des élites devant l’injustice et la souffrance dont elles sont la cause. Comment expliquez-vous cette différence d’accueil ?

      Ma Loute se passait loin, au début du XXe siècle, dans la villégiature bourgeoise de l’élite industrielle provinciale. C’était poétique. C’était tranquille. On allait facilement dans le métaphorique. C’était bête aussi, mais on était tenu à distance. Avec France, on est tout près, on a le nez dans le contemporain.

      Dans du stuc pourtant, mais dans du naturel aussi, alors on ne sait plus très bien où on est, on s’y croirait même parfois, alors difficile de faire le malin. Parce que la presse, cette fois-ci, c’est elle qui a les honneurs de la satire ! Alors, oui, le film aurait été hué à la projection de presse. Il faut dire que beaucoup de journalistes en prennent pour leur grade. C’est parfois à la louche ! Mais la satire réclame son dû.

      Le film montre d’entrée la manière dont la presse peut arranger le réel comme bon lui semble. La fiction rôde dans l’information-spectacle, parce que les images et les sons font naturellement d’abord ce qu’ils savent faire : du cinéma – de la fiction – et c’est déjà le monde à l’envers. D’où la haine résiduelle des gens, leur haine du journaliste pour la fiction qu’il renvoie du réel ! Une journaliste d’une TV allemande, lors des inondations de juillet, ne s’est-elle pas mis de la boue sur elle pour faire genre, comme si elle avait aidé les sinistrés, et nous raconter des salades et tout bidonner ? Du France toute crue, non ?

      Le journalisme ne se résume pourtant pas à ces travers…

      C’est pourquoi il ne se borne pas à la seule satire d’une profession de spectacle en perdition, et creuse dans l’âme humaine. Ces héros de l’information sont, au fond, tragiques. Nombre d’entre eux lâchent prise et s’anéantissent. D’autres pas.

      A bien y regarder, le film ne désespère pas d’une profession décriée, fort diverse au demeurant, bien capable de se relever de ses travers et dont France va être paradoxalement l’héroïne. Alors, dans son bouillon, la satire se poétise, elle s’évapore, elle se romance ! J’ai toujours cherché à glorifier humainement mes héros. Si petits soient-ils, je filme leurs sursauts, toujours !

      Pourquoi ce nom, « France » ? N’avez-vous pas eu peur de charger un peu la barque ?

      La Vie de Jésus, déjà, ne fut-elle pas, à cette bascule, la vie d’un homme bien ordinaire ? France, c’est aussi la France, mais dans le rayonnement ! Quand on entend dire à la journaliste en visite « Madame France, on est tellement content de vous voir, chez nous » : ça fait quelque chose, non ? Au fond, selon moi, ce n’est même plus une femme, France. Ni même une journaliste. C’est un ectoplasme cinématographique qui sonde le temps présent où nous sommes.

      Léa Seydoux n’a jamais été aussi magnifiquement filmée. Vous la transformez, entre le kitsch et la rédemption, en une icône de notre temps. Quels ont été vos partis pris formels pour y parvenir ?

      C’est le tour de force que le film devait réussir à représenter sous un régime si théâtral : la transformation continuelle d’une anti-héroïne en héroïne. Si Léa Seydoux est pitoyable et bouleversante, c’est réussi ! Tout l’enjeu du film était là. Cette ligature si humaine et dont Hugo avait fait de Jean Valjean Monsieur Madeleine.

      France, c’est un boléro, et c’est Madeleine. Il fallait que Léa Seydoux soit éblouissante pour sortir France de là où elle était et, surtout, pour en être, de ce barnum de l’information-fiction. Et c’est toute notre vie qui est dans ce dilemme : d’être ou pas, et toujours de tout ! Le cinéma, à transfigurer, nous aide tant à voir clair dans ce magma.

      Comment avez-vous obtenu, sur la foi d’un tel scénario, l’ouverture des portes de l’Elysée et de CNews ?

      On a demandé. Ils ont accepté. Plus facile de tourner à l’Elysée que près de chez moi dans les dunes de la Slack. J’imagine qu’ils doivent avoir le sens de l’humour, à l’Elysée. C’est tellement un signe d’intelligence l’humour, l’ironie surtout. A l’Elysée je me suis senti direct chez moi. On a fait nos plans prévus sans encombre. CNews pareil. On fait du cinéma, vous savez, que du faux, on est des rigolos.

      Ne craignez-vous pas que la violence de votre peinture des élites corrobore un populisme d’autant plus simplificateur et irrationnel qu’il est instrumentalisé par des mouvements totalitaires ?

      Ces mouvements totalitaires n’attendent pas après moi pour avoir de l’eau à leur moulin ; ils viennent mécaniquement des peintures insipides et autres croûtes qu’on a faites des gens eux-mêmes, au cinéma et à la télévision, avec la presse qui va avec, depuis des décennies, et qui, à force, en aura bien décérébré des millions. Les « gilets jaunes » étaient rendus à moitié déments à force de visionner des images dégénérées.

      C’est l’asepsie générale de cette pensée numérique que diffuse l’information-spectacle des élites qui engendre et pond la pensée rance des vindicatifs. C’était au cinéma digne de ce nom d’instrumentaliser la pensée totalitaire pour la garder dans son théâtre et l’y transfigurer à l’éther de sa fiction. Sinon, tout file dans la rue. A tout divertir, tout le temps, on aura rendu les gens moins humains. Voilà tout.

      https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/08/25/bruno-dumont-j-ai-appuye-fort-pour-y-voir-plus-clair_6092272_3246.html

      #blabla

  • Pierre Bourdieu, nous sommes déterminés, mais sommes-nous libres ?
    https://www.franceinter.fr/emissions/intelligence-service/intelligence-service-19-decembre-2020

    Excellent et stimulant portrait par Jean Lebrun avec des archives et Philippe Raynaud. Ça parle un peu #intersectionnalité à la fin avec Gisèle Sapiro. Et se détermine par cette phrase de Lebrun : « Et si comme disait Bourdieu la sociologie pouvait aider à organiser le retour du refoulé ? »

  • Manifestation anti-passe sanitaire : Le cabinet occurrence admet son impuissance !
    https://blogs.mediapart.fr/sidoinec/blog/200821/manifestation-anti-passe-sanitaire-le-cabinet-occurrence-admet-son-i

    David Dufresne, qui se souvient de ses années 1990 à Libération : "Il y avait des journalistes qui savaient compter les manifestants, et qui les comptaient ! C’est une culture journalistique qui s’est perdue, j’ai l’impression. Maintenant, les journalistes attendent le chiffre officiel et celui des organisateurs, ce que je trouve un peu exaspérant. Vu le mouvement qui se crée, ne pas faire cet effort de compter, c’est participer à cette espèce de « voix officielle » et n’est bon pour personne." Alors, il propose que les médias recommencent à compter eux-mêmes les manifestants dans toute la France, quitte à mutualiser leurs moyens sur place, et à recouper les décomptes locaux au niveau national – un peu à la manière du Nombre Jaune, finalement.

    Mais les médias ne s’étaient-ils pas réunis en 2017 afin de connaître précisément et de manière indépendante l’affluence aux manifestations parisiennes ? Cet été, les 70 médias partenaires (tels que Mediapart ou Le Parisien) finançant ces décomptes ont bien sollicité le cabinet Occurrence, qui se charge de l’installation d’un système de captation et de mesure en un point du cortège. Mais Occurrence a tenu compte des échecs répétés qui s’étaient produits lors des manifestations parisiennes des Gilets jaunes, les cortèges s’étant scindés à plusieurs reprises ou n’étant que partiellement passés devant l’emplacement de mesure, faussant ses décomptes. "Quand c’est un rassemblement statique, on n’a pas suffisamment testé la technologie pour être sereins à 100 %. Et quand il y a plusieurs cortèges, le comptage devient trop difficile car on pourra compter un maximum de deux cortèges", détaille auprès d’ASI celui qui supervise les comptages d’Occurrence, Jocelyn Munoz.

    Car le cabinet n’est pour l’instant pas en mesure de s’implanter dans autant d’endroits qu’il y a de cortèges, faute de moyens et de salariés en plein été. "Médiatiquement, ça donne un chiffre partiel, trop compliqué à annoncer, expose Munoz. On a un petit peu laissé tomber, on se rend bien compte que les technologies développées l’ont été pour compter une manifestation syndicale bien structurée qui va d’un point A à un point B. Mais c’est très frustrant pour nous de ne pas pouvoir compter quand on voit les débats sur Twitter !" Munoz envisage désormais des décomptes dans d’autres villes que Paris, dont les manifestations ne comptent qu’un cortège au trajet bien défini : "Peut-être qu’on essaiera à la rentrée." Quoi qu’il en soit, les médias feraient bien de ne pas tabler sur la seule Occurrence pour éviter de n’être que des relais de la communication gouvernementale.

    Extrait : MANIFESTANTS : LES MÉDIAS SE CONTENTENT DU DÉCOMPTE OFFICIEL, ASI, Loris Guémart @lorisguemart, 09 août 2021

  • Google, entreprise malfaisante | Étienne Gernelle
    https://www.lepoint.fr/editos-du-point/etienne-gernelle/gernelle-google-entreprise-malfaisante-21-07-2021-2436385_782.php

    Ce journal, chers lecteurs, n’est pas, vous le savez, un bureau de propagande anticapitaliste ou altermondialiste. Mais quand notre business est à son tour victime d’une entreprise, nous sortons le couteau, et le mettons entre les dents. Source : L’édito à deux balles

    • Haha j’adore.

      Ce journal, chers lecteurs, n’est pas, vous le savez, un bureau de propagande anticapitaliste ou altermondialiste. On y préfère souvent Tocqueville à Marx, et Aron à Sartre. Précisément. Parmi les grands penseurs libéraux se trouve le génial Frédéric Bastiat. Celui-ci a écrit un petit opus intitulé Physiologie de la spoliation. Il en recense quatre formes principales : la guerre, l’esclavage, la théocratie et… le monopole.

      Lors de notre rendez-vous avec Google, en septembre dernier, nous nous sommes permis, pour voir, d’en citer quelques passages, que vous connaissez peut-être, car nous nous y référons régulièrement. Celui-ci, notamment : le monopole, selon Bastiat, consiste à « faire intervenir la force dans le débat, et par suite, d’altérer la juste proportion entre le service reçu et le service rendu ». Et Bastiat d’ajouter - et nous avec - que « le monopole aussi fait passer la richesse d’une poche à l’autre ; mais il s’en perd beaucoup dans le trajet ». Cela s’appelle une rente.

      Sourires jaunes chez nos « négociateurs » de Google, qui ne sont pas là pour philosopher sur le juste échange ou le libéralisme selon David Ricardo, celui de la valeur-travail, mais pour exécuter un plan de marche établi en Californie.

      #droits_voisins #monopole #presse

  • Géographie de la fracture vaccinale : pourquoi la défiance prospère dans le sud
    https://www.lefigaro.fr/politique/geographie-de-la-fracture-vaccinale-pourquoi-la-defiance-prospere-dans-le-s

    Sur la base des données de l’Assurance Maladie, le géographe de la santé de l’université de Montpellier, Emmanuel Vigneron, a dressé à une très fine échelle une carte inédite de la couverture vaccinale. Le chercheur a calculé pour chaque territoire un « indice comparatif de vaccination » qui neutralise statistiquement l’effet de l’âge des populations locales pour faire ressortir d’autres paramètres influant sur le taux de vaccination. En Ile-de-France ou dans l’agglomération lyonnaise par exemple, la carte fait ainsi apparaître les clivages sociologiques avec un taux de vaccination nettement moins élevé dans les banlieues populaires que dans les arrondissements bourgeois.

  • Filmer sa démission sur TikTok, une tendance devenue virale aux États-Unis - Edition du soir Ouest-France - 19/08/2021
    https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2021-08-19/filmer-sa-demission-sur-tiktok-une-tendance-devenue-virale-aux-etats-un

    En avril, 4 millions de personnes ont volontairement quitté leur emploi aux États-Unis. Soit 2,7 % des actifs américains, selon le Bureau of Labor Statistics, du Département du travail. Ce taux de démission serait le plus important depuis la création de ce bureau des statistiques sur le monde du travail en 1884, rapporte un article de l’Agence France-Presse publié par la RTBF.

    • Une vague de « grande démission » touche les salariés américains selon une étude
      https://www.rtbf.be/tendance/detail_une-vague-de-grande-demission-touche-les-salaries-americains-selon-une-e

      La "grande démission" touche les Etats-Unis, selon une étude de l’entreprise Gallup. Un taux de démissions élevé à cause d’un engagement plus faible des salariés au sein de leurs entreprises depuis la pandémie de Covid-19.
      Tristes et stressés par la pandémie, les employés craquent

      La pandémie marque de son empreinte le monde du travail et les employés du monde entier se désengagent de leurs tâches. D’après une étude de Gallup, société de services en gestion de management et de ressources humaines, le taux d’engagement des travailleurs dans le monde atteint 20%.

      "L’engagement des employés a diminué de 2 points de pourcentage entre 2019 et 2020. Ils ont déclaré être plus inquiets, stressés, en colère et tristes en 2020 qu’ils ne l’avaient été l’année précédente", note l’étude.

      Ce niveau de désengagement entraîne une forte hausse de démissions aux Etats-Unis en 2021. Moins concernés, intégrés à des équipes "peu engageantes", les salariés américains à avoir démissionné étaient 4 millions en avril 2021 selon le Bureau of Labor Statistics (2,7%).

      C’est le taux le plus élevé depuis le début du Bureau of Labor Statistics, selon plusieurs médias américains spécialisés dans le travail. A tel point que “beaucoup l’appellent ’la grande démission’”, écrit Gallup.
      Lieu de travail, lieu de tous les maux ?

      En 2020, le Covid-19 a attaqué la santé mentale des employés. Le télétravail augmente le temps passé au travail (49%), demande une nouvelle organisation et réduit la séparation entre vie professionnelle et personnelle.

      La hausse des démissions dans les différents secteurs n’est pas "une question de rôle ou de salaire. C’est un problème lié au lieu de travail", expliquent les experts.

      Ainsi les termes de travail hybride, de flexibilité gèlent les modes de fonctionnement du travail de demain.

      Si les projections de retour au bureau pouvaient enthousiasmer certains, le variant Delta compromet le retour des employés dans les locaux. Apple exige le télétravail auprès de ses employés jusqu’en octobre tandis qu’Amazon a annoncé le retour début 2022.
      Le managers face à leurs responsabilités

      Ces modes de fonctionnement impliquent d’adapter le management de façon pérenne. Un management de supervision et empathique afin que les salariés soient plus autonomes, qu’ils aient les moyens d’être confortablement installés. Il faut également individualiser les gestions de performances…

      Autant d’enjeux qui posent finalement la question du vrai défi de la crise sanitaire : le management n’est-il pas l’unité de moyen, le vrai levier de l’entreprise, du travail hybride ?

  • Des milliers de feuillets inédits : les trésors retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
    http://www.davduf.net/des-milliers-de-feuillets-inedits-les-tresors

    Trésor ! Jean-Pierre Thibaud ; ex critique théâtre de Libé : « Il y a de nombreuses années, un lecteur de Libération m’a appelé en me disant qu’il souhaitait me remettre des documents. Le jour du rendez-vous, il est arrivé avec d’énormes sacs contenant des feuillets manuscrits. Ils étaient de la main de Louis-Ferdinand Céline. Il me les a remis en ne posant qu’une seule condition : ne pas les rendre publics avant la mort de Lucette Destouches, car, étant de gauche, il ne voulait pas “enrichir” la veuve de (...) #blogger|fcuker

    / #Livres

    • Des milliers de feuillets inédits : les trésors retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
      https://www.lemonde.fr/livres/article/2021/08/04/les-tresors-retrouves-de-louis-ferdinand-celine_6090546_3260.html

      Il l’a hurlé si fort et si souvent que même ses plus fervents admirateurs avaient fini par en douter. Et pourtant, jusqu’à son dernier souffle, Louis-Ferdinand Céline, mort en 1961, n’a cessé de le répéter : en 1944, alors qu’il venait de s’enfuir en catastrophe vers l’Allemagne nazie avec les ultras de la Collaboration, des pillards ont forcé la porte de son appartement de Montmartre et lui ont volé de volumineux manuscrits, pour une large part inédits. Parmi eux, a-t-il toujours proclamé, celui de Casse-pipe, le roman qui devait former un triptyque avec ses deux chefs-d’œuvre Voyage au bout de la nuit (1932) et Mort à crédit (1936). Seules quelques pages de ce roman étaient parvenues jusqu’à nous.

      Oui, Céline l’a hurlé sur tous les tons. Dans D’un château l’autre, en 1957 : « Ils m’ont rien laissé… pas un mouchoir, pas une chaise, pas un manuscrit… » Dans une lettre à son ami Pierre Monnier, en 1950 : « Il faut le dire partout si Casse-pipe est incomplet c’est que les Epurateurs ont balancé toute la suite et fin, 600 pages de manuscrit dans les poubelles de l’avenue Junot. » Et d’ajouter que ces « pillards » avaient également dérobé un épais manuscrit intitulé La Volonté du roi Krogold, quasiment inédit lui aussi. Quelques jours avant sa mort, le romancier écrivait encore dans Rigodon : « On m’a assez pris, on m’a assez dévalisé, emporté tout ! Hé, je voudrais qu’on me rende ! »

      https://actualitte.com/article/101770/archives/les-feuillets-perdus-de-louis-ferdinand-celine-enfin-retrouves

      #Céline

    • ah oui, j’ai trouvé cet article de Le Monde sur internet, il est chouette, il restitue bien l’époque en plein dans ta gueule

      « Et, pour qu’un résistant soit emprisonné en 1944, il fallait vraiment qu’il ait fait des choses graves » , observe Emile Brami [biographe de L-F. C.]

      [...]

      « Cela paraît fou, mais Céline, auteur de pamphlets antisémites, avait choisi Rosembly pour tenir sa comptabilité, justement parce qu’il pensait qu’il était juif ! » , commente Emile Brami.

      [...] S’il n’a pas collaboré au sens « technique » du terme – trop maladivement indépendant pour cela –, il passe pour être l’un des plus célèbres amis français des nazis. [et là, c’est pas du Brami]

      Edit

      Pendant l’Occupation, [la prison de Fresnes] prend une dimension nouvelle, hautement symbolique, avec la présence dans ses murs de grandes figures de la Résistance : le lieutenant de vaisseau d’Estienne d’Orves, le général Delestraint, Edmond Michelet, Pierre Brossolette, Missak Manouchian, Geneviève Anthonioz-de Gaulle… et bien d’autres encore, connus ou inconnus, communistes ou gaullistes... Pour tous ces détenus, Fresnes n’est qu’une étape, ils doivent y séjourner quelques mois seulement, le temps de l’instruction de leur affaire, puis la plupart partiront en Allemagne (Buchenwald, Ravensbrück…) ou seront conduits devant un peloton d’exécution au Mont-Valérien.

      http://museedelaresistanceenligne.org/media5275-Plaque-apposA

      https://justpaste.it/37tvr

    • Dingue.

      Soixante ans après sa mort, du fond de sa tombe du cimetière des Longs-Réages, à Meudon (Hauts-de-Seine), Louis-Ferdinand Céline doit savourer cet incroyable coup du destin. Et se remémorer sa supplique prophétique : « Hé, je voudrais qu’on me rende ! » C’est désormais chose faite.

      c’est @chirine qui doit être contente

  • Agamben WTF, or How Philosophy Failed the Pandemic, Benjamin Bratton, Verso
    https://www.versobooks.com/blogs/5125-agamben-wtf-or-how-philosophy-failed-the-pandemic

    Benjamin Bratton on why philosophy failed us in facing up to the pandemic, and why we need to rethink biopolitics as a matter of life and death.

    As yet another wave of infection blooms and the bitter assignment of vaccine passes becomes a reality, societies are being held hostage by a sadly familiar coalition of the uninformed, the misinformed, the misguided, and the misanthropic. They are making vaccine passports, which no one wants, a likely necessity. Without their noise and narcissism, vaccination rates would be high enough that the passes would not be needed. 

    But it is not simply the “rabble” who make this sad mess, but also some voices from the upper echelons of the academy. During the pandemic, when society desperately needed to make sense of the big picture, Philosophy failed the moment, sometimes through ignorance or incoherence, sometimes outright intellectual fraud. The lesson of Italian philosopher, Giorgio Agamben, in part tells us why.

    Famous for critiques of “biopolitics” that have helped to shape the Humanities’ perspectives on biology, society, science and politics, Agamben spent the pandemic publishing over a dozen editorials denouncing the situation in ways that closely parallel right-wing (and left-wing) conspiracy theories. 

    Over the past two decades, the soft power influence of his key concepts in the Humanities - homo sacer, zoē /bios, the state of exception, etc. - has been considerable. This has also helped to cement in a stale orthodoxy suspicious of any artificial governing intervention in the biological condition of human society as implicitly totalitarian. In the name of being “critical”, the default approach to any biotechnology is often to cast it as a coercive manipulation of the sovereignty of the body and lived experience. 

    If one were to imagine Alex Jones not as a Texas good ol’ boy, but rather as a Heideggerian seminary student, this would give a sense of how Agamben himself approached the requests for public comment on the COVID-19 pandemic. Beginning in February 2020, with “The Invention of an Epidemic”, he called the virus a hoax and the belated lockdowns in Italy a “techno-medical despotism”. In “Requiem for the Students”, he denounced Zoom seminars as acquiescence to a Silicon Valley concentration camp condition (his words). In “The face and death”, he derided the use of masks as sacrificing the ritual humanity of the naked face.

    Each short essay was more absurd and strident than the last. Upon publication of the earliest of these, Agamben’s friend, the French philosopher Jean-Luc Nancy, warned us to ignore him, and that if he himself had followed Agamben’s medical advice discouraging a heart transplant that saved his life, that he would be dead. 

    Earlier this month, Agamben went all in, directly and explicitly comparing vaccine passes to Nazi ‘Juden’ stars. In a short piece called, “Second class citizens”, he connects the fates of those who refuse vaccination to that of Jews under fascism and concludes that “The ‘green card’ (Italy’s vaccine pass) constitutes those who do not have it in bearers of a virtual yellow star.” After picking up my jaw, I cannot help but compare Agamben’s analysis to that of QAnon-influenced United States congressperson, Marjorie Taylor Greene, who beat him to the punch when she tweeted back in May that “Vaccinated employees get a vaccination logo just like the Nazi’s forced Jewish people to wear a gold star.” 

    In this ongoing performance, Agamben explicitly rejects all pandemic-mitigation measures on behalf of an ‘embrace tradition, refuse modernity’ conviction which denies the relevance of a biology that is real regardless of the words used to name it. Something seems to have recently cracked open for him, and yet at the same time, re-reading his foundational texts in the light of the pandemic pieces is illuminating. His position has not suddenly changed. It was there all along.

    Romanticism has been a permanent passenger on the flights of Western Modernity, and its mourning for ‘lost objects’ always just-out-of-reach vacillates between melancholia and revolt. Romanticism’s aesthetic disgust with rationality and technology finally has less to do with their effects than with what they reveal about how differently the world really works from how it appears to myth. Its true enemy is less alienation than demystification, and so it will always accept collaboration with Traditionalists. 

    It is not surprising then that Agamben earned the thanks of both Lega Nord and the anti-masker/vaccine movements. His conclusions are also similar to those of the Brazilian populist president Jair Bolsonaro, who sees the virus as an over-blown plot by techno-medical globalists to undermine traditional authority and natural bodily and communitarian coherency. What is the lost object? Agamben’s contributions are, at their core, an elaborate defense of a pre-Darwinian concept of the human and the mystical attachments it provided. Ultimately, he is not defending life, he is refusing it. 

    As of today, Agamben’s biggest online supporters are not his many long time readers but rather a squad of new fans, primarily a Based coalition of wounded contrarian man-childs. From vitalist Reactionaries quoting Julius Evola and Alexander Dugin to the anti-vaxxer roommate who puts energy drinks in his bong, these and other lonely anti-heroes are doomed by their burden to see clearly through the hypocrisies of our Matrix reality. For them, Agamben’s principled stand unites them with the legacy of Romanticist glorious and occult refusals. At work is perhaps less a horseshoe theory of Red-Brown alliance, than the tender bond between outcasts and idiots. 

    In my book, The Revenge of The Real: Politics for a Post-Pandemic World, I consider the origins and doomed future of Agamben’s brand of negative biopolitics. “While Agamben’s own worldview is classically Europeanist, dripping with lurid Heideggerian theology, his influence on the Humanities is much wider and deeper” and so the reckoning due goes well beyond revised syllabi. “The question is how much of the philosophical traditions to which Agamben has been attached over the last decades will also need to be shelved. What then to do with the artifacts of Agamben’s life work? It is a traditionalist, culturalist, locally embedded doctrinal edifice, protecting the ritual meaningfulness of things against the explicit nudity of their reality: like the defiant monologues of a Southern preacher, his sad, solemn theory is undeniably beautiful as a gothic political literature, and should probably be read only as such”

    Even so, the reckoning with legacies of his and other related projects is long overdue. His mode of biopolitical critique blithely ventures that science, data, observation and modeling are intrinsically and ultimately forms of domination and games of power relations. Numbers are unjust, words are beautiful. To accept that real, underlying processes of biochemistry are accessible, and generative of both reason and intervention, is presumed naive. It’s a disposition also found in different tones and hues in the work of Hannah Arendt, Michel Foucault, and especially Ivan Illich, who died from a facial tumor he refused to treat as doctors recommended. Even here at University of California, San Diego, a hub of interdisciplinary biotechnology research, many colleagues insist that the “digitalization of Nature” is “an impossible fantasy”, even as they accept an mRNA vaccine based on a prototype bioprinted from a computational model of the virus’ genome uploaded from China before the actual virus even made it to North America. 

    As I have suggested elsewhere, this orientation is exemplary of the drawn-out influence of Boomer Theory. The baby boomers have tyrannised the Left’s imagination - bequeathing tremendous capacities to deconstruct and critique authority but feeble capacities to construct and compose. Perhaps the ‘68 generation’s last revenge upon those who inherit their messes, is the intellectual axiom that structure is always more suspicious than its dismantling and composition more problematic than resistance, not just as political strategies but as metaphysical norms. Their project was and remains the horizontal multiplication of conditional viewpoints as both means and ends, via the imaginary dismantling of public reason, decision and structuration. This is how they can at once fetishize “the Political” while refusing “governmentality.” 

    I grew up in this tradition, but the world works very differently than the one imagined by soixante-huitards and their secretaries. I hope that philosophy will not continue to fail those who must create, compose and give enforceable structure to another world than this one.

    Agamben’s pandemic outbursts are extreme but also exemplary of this wider failure. Philosophy and the Humanities failed the pandemic because they are bound too tightly to an untenable set of formulas, reflexively suspicious of purposeful quantification, and unable to account for the epidemiological reality of mutual contagion or to articulate an ethics of an immunological commons. Why? Partially because the available language of ethics is monopolized by emphasis on subjective moral intentionality and a self-regarding protagonism for which “I” am the piloting moral agent of outcomes.

    The pandemic forced another kind of ethics. The Idealist distinction between zoē and bios as modes of “life” around which Agamben builds his biopolitical critique is a conceit that snaps like a twig in the face of the epidemiological view of society. Why did we wear masks? Because of a sense that our inner thoughts would manifest externally and protect us? Or was it because we recognize ourselves as biological organisms among others capable of harming and being harmed as such?

    The difference is profound. As we pass by a stranger, how do the ethics shift from subjective intention of harm or endearment to the objective biological circumstance of contagion? What is then the ethics of being an object? We will find out. But when presented with the need for intensive sensing and modeling in the service of highly granular provision of social services to those in need, many public intellectuals choked, only able to offer hollow truisms about “surveillance”. 

    At stake is not just some obscure academic quarrel, but rather our ability to articulate what it means to be human, that is to be all together homo sapiens, in connection with all the fraught histories of that question. I argue that we need instead a positive biopolitics based on a new rationality of inclusion, care, transformation and prevention, and we need a philosophy and a humanities to help articulate it. 

    Fortunately, in many ways we already do. A short and very incomplete list of such might include Sylvia Wynter’s mapping of “who counts” as Human in Colonial Modernity in ways that open the category to reclamation: “We” have been defined by exclusion. It includes those studying the microbiome including the role of microbial life inside of human bodies to keep us alive: The human is already inclusive of the non-human. It includes those studying Anthropogeny and common evolutionary origins of the human species and planetary future: The human is continuous, migratory and changing. It includes those studying experimental Astronautics and the limit conditions of survival in a fragile artificial environment: At thresholds of survivability the human is like a fish discovering water. It includes those studying CRISPR and other re-weaving technologies for genetic therapy: The human can recompose itself at the deepest levels. 

    The affirmation or negation of what the human is also plays out through what humans can be. This animates the cultural controversies over gender reassignment therapies and techniques. The human is also a contingent, complex and pluralistic assemblage available to self-fashioning so that one may finally feel at home in their own skin. But the general availability of synthetic androgens, estrogens and progesterone draws on Modern laboratory biotechnology that Agamben’s biopolitics sees as invasive and unnatural.

    If Philosophy and the Humanities are to claim due legitimacy for present and future challenges, the collective conception of another positive biopolitics –based in the reality of our shared technical and biological circumstances–is absolutely essential. 

    Toward that, I conclude with another passage from The Revenge of The Real: “A laissez-faire vitalism for which “life will find a way” is not an option; it is a fairy tale of a comfortable class who don’t live with the daily agency of sewage landscapes and exposed corpses…” Instead, “(This positive) biopolitics is inclusive, materialist, restorative, rationalist, based on a demystified image of the human species, anticipating a future different from the one prescribed by many cultural traditions. It accepts the evolutionary entanglement of mammals and viruses. It accepts death as part of life. It therefore accepts the responsibilities of medical knowledge to prevent and mitigate unjust deaths and misery as something quite different from the nativist immunization of one population of people from another. This includes not just rights to individual privacy but also social obligations to participate in an active, planetary biological commons. It is, adamantly, a biopolitics in a positive and projective sense.”

    The pandemic is, potentially, a wake-up call that the new normal cannot be just the new old normal. This means a shift in how human societies —which are always planetary in reach and influence— make sense of themselves, model themselves and compose themselves. This is a project that is as philosophical as it is political. Failure is not an option.

    #Agamben #Heidegger #philosophie #biopolitique #vitalisme #soin #pandémie #masques

  • Apophenia - by Edward Snowden — How the Internet Transforms the Individual into a Conspiracy of One
    https://edwardsnowden.substack.com/p/conspiracy-pt2

    The easier it becomes to produce information, the harder that information becomes to consume — and the harder we have to work to separate the spurious from the significant.

    Humans are meaning-making machines, seeking order in the chaos. Our pattern recognition capabilities are a key determinant in defining intelligence. But we now live in a dystopian digital landscape purpose-built to undermine these capabilities, training us to mistake planned patterns for convenient and even meaningful coincidences.

    You know the drill: email a colleague about the shit weather and start getting banner ads for cheap flights to Corsica (I hear it’s nice?); google “ordination license” or “city hall hours” and watch your inbox fill with rebates for rings and cribs. For those of us who grew up during the rise of surveillance capitalism, our online experience has been defined by the effort of separating coincidence from cause-and-effect. Today we understand, if not accept, that hyper-consumption of information online comes at the cost of being hyper-consumed, bled by tech companies for the that data our readings secrete: You click, and the Big Five scrape a sample of your “preferences”—to exploit.

    The real cost to this recursive construction of reality from the ephemera of our preferences is that it tailors a separate world for each individual.

    And when you do live at the center of a private world, reverse-engineered from your own search history, you begin to notice patterns that others can’t. Believe me when I say I know what it feels like to be told that you’re the only one who sees the connection—a pattern of injustice, say—and that you’re downright crazy for noticing anything at all. To manufacture meaning from mere coincidence is the essence of paranoia, the gateway to world-building your own private conspiracies—or else to an epiphany that allows you to see the world as it actually is.

    I want to talk about that epiphany, about taking back control of our atomized, pre-conspiracy world.

    #conspirationnisme cf. les écrits d’Hakim Bey aussi sur le sujet. De la Toile au faisceau… #néolibéralisme aussi

    • Pourquoi les parquets financiers étrangers ne semblent pas se soucier des sommes folles siphonnées des comptes publics haïtiens et qui ne peuvent que transiter ou sinon atterrir dans leurs systèmes bancaires ?

      Pourquoi le pays a attendu juillet pour enfin recevoir ses premières doses de vaccin anti-Covid ?

      Pourquoi le président s’est-il fait tuer dans sa chambre, dans la résidence sans doute la mieux protégée du pays sans que personne d’autre que son épouse ne soit blessée ?

      Oui “Haïti, c’est compliqué” et il faut continuer à poser sans relâche ces questions. Aux chefs haïtiens, à tous les échelons. Aux chefs blan (en créole tout non-Haitien est un blan, sans “c” quelle que soit sa couleur de peau).

      Il faut aussi poser ces questions à certains diplomates de carrière autoproclamés experts es Haiti qui cumulent les “missions”, et gloussent parfois devant le surréalisme atteint par la crise, en oubliant que la dangerosité des rues de Port-au-Prince, qu’ils évitent en circulant dans leurs voitures blindées, leur fait bénéficier -cerise sur leurs déjà copieux salaires- de primes de risque supérieures au montant que gagne un policier, quand celui-ci parvient à toucher sa paie.

      Il nous faut demander pourquoi car la jeunesse haïtienne qui ne demande qu’à vivre décemment dans son pays le mérite. “Le peuple souffre mais on vit. On exulte, on tombe, on se redresse, on continue, on crève de faim mais ça bouge et ça bouge tout le temps”. Extrait d’interview de Toto Bissainthe, chanteuse et comédienne, 1984.

  • How much more can Netflix grow? | The Economist
    https://www.economist.com/podcasts/2020/09/10/how-much-more-can-netflix-grow
    Entretien avec Reed Hastings, PDG (j’archive)
    https://sphinx.acast.com/theeconomistasks/theeconomistasks-reedhastings/media.mp3

    Netflix had a blockbuster year as lockdowns supercharged subscriptions. But competition is intensifying and the American streaming market is close to saturation. Anne McElvoy asks the company’s co-founder and co-CEO how much more Netflix can still grow. How does he respond to the charge that its data-driven entertainment is creating a monoculture? And, why he envies the BBC but fears Disney.

  • Le groupe Facebook des films introuvables fermé
    https://www.liberation.fr/culture/cinema/films-introuvables-la-fin-dun-miracle-20210713_OXQEUYXT5BBLTCNQEL34MRBIZA

    Tandis que se déverse sur les écrans cannois le feu roulant des nouveautés, et qu’en marge du festival, une vingtaine de films dits de patrimoine sont eux aussi projetés dans des copies restaurées (cette année, par exemple, l’Etang du démon de Masahiro Shinoda ou Mulholland Drive de David Lynch), on apprenait lundi la mort discrète du groupe la Loupe, fermé sans préavis par Facebook. Née au cœur du premier confinement, sous l’impulsion notamment du cinéaste et collectionneur de raretés cinéphiles Frank Beauvais, qui s’en était ensuite éloigné, la Loupe a fédéré depuis des « amis » virtuels en cinémathèque alternative permettant d’avoir accès à des œuvres ne figurant en France dans aucune offre VOD légale ni, a fortiori, au format DVD ou Blu-ray. Il était possible de poser à la communauté aux yeux rougis la colle d’un incunable sri-lankais des années 80 réputé définitivement perdu ou d’un western queer vaguement évoqué dans une conversation avinée et, miracle ! souvent le fichier sortait des oubliettes et se trouvait versé, au fil des mises à disposition et téléchargements évidemment illégaux, et dans ce temps d’extrême disponibilité offert par la pandémie, à une utopie de programmation vertigineuse rassemblant plus de 18 000 abonnés.

    Libération, Télérama, le Monde rendirent compte du phénomène au début de l’été 2020 et le patron de Carlotta, Vincent Paul-Boncour, éditeur reconnu de films de patrimoines (il sort cet été la trilogie Musashi de Hiroshi Inagaki) s’était offusqué dans les colonnes du Film Français qu’on promeuve ainsi le piratage : « Il faut mettre fin à cette illusion que tout doive /puisse être accessible quelles qu’en soient les conséquences… » Eloge de la mesure et de la rareté difficilement soluble dans une voracité grandissante à proportion de la vitesse actuelle des échanges, de la taille des plateformes américaines et de leur politique d’épandage mondial de nouveautés. La lenteur, la prudence et la minutie de notaire qui préside au monde territorialement délimité et économiquement asphyxié de l’édition vintage laissent craindre une désaffection mémorielle inexorable.

    #propriété_intellectuelle (désolé @lucile).
    #incunables aussi

  • Algérie. Le coup d’État de juin 1965, la révolution et l’Internationale situationniste | Walid Bouchakour
    https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/coup-de-semonce-situationniste-en-algerie,4891

    Le 19 juin 1965, Houari Boumediene renverse le président algérien Ahmed Ben Bella et lance une répression contre la gauche. L’Internationaliste situationniste s’apprête alors à publier une sévère critique du régime avec son Adresse aux révolutionnaires d’Algérie et de tous les pays. Des archives dévoilent l’histoire de ce fameux tract et de sa diffusion sous le manteau dans un contexte désabusé. Source : Orient XXI

  • Cinquante ans avant la Convention pour le climat : l’incroyable histoire des quatre chercheurs qui avaient déjà tout prévu
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/cinquante-ans-avant-la-convention-pour-le-climat-lincroyable-histoire-des-q

    1972, Massachusetts. Quatre étudiants chercheurs sont chargés de réfléchir aux conséquences de la croissance sur la planète. En sortira le rapport Meadows, vendu à dix millions d’exemplaires. Avec enthousiasme, ils arpentent le monde pour convaincre les décideurs d’agir. Lesquels décident de ne rien faire. Ils nous racontent leur fantastique aventure.

    C’est l’histoire d’un rendez-vous manqué. Manqué en 1972, en 1992, en 2012. Et 2022 ne s’annonce pas bien. Un rendez-vous avec la planète, ou plus précisément avec ceux qui la dirigent et qui, décennie après décennie, sur l’environnement, écoutent sans entendre, font mine de s’inquiéter puis atermoient.

    En 1972, les Américains Dennis Meadows, son épouse Donella, Bill Behrens et le Norvégien Jørgen Randers ne forment encore qu’une bande de très jeunes étudiants chercheurs – 26 ans de moyenne d’âge – au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Cambridge (États-Unis). Quatre « mousquetaires » au pedigree varié : un peu baba pour les deux premiers, rentrés deux ans plus tôt d’un long road-trip en Asie ; moins cool pour Jørgen, « jeune homme suffisant et parfaitement représentatif des milieux favorisés d’Oslo, confesse aujourd’hui l’intéressé. J’étais ce garçon doué en maths qui découvre, en intégrant le MIT pour y faire son doctorat de physique, qu’il y a un monde au-delà de la Norvège ». Quant à Bill Behrens, il fêtait tout juste ses 22 ans. Son nom, comme celui des trois autres, apparaît sur la couverture de The Limits to Growth (Les Limites à la croissance), un petit livre de 125 pages décrivant sans fioritures, et sur un ton politique neutre, l’impact destructeur des activités humaines sur notre planète. Les ressources de la Terre ne sont pas infinies, prévenaient les auteurs ; passé un cap, la charge devient trop lourde et les effets cumulés d’une démographie galopante, d’une pollution excessive, d’une consommation sans frein pourraient provoquer un effondrement. Troublé dans sa tranquillité, le gratin politique et économique mondial a lu cette enquête minutieuse, traduite en trente langues et vendue à 10 millions d’exemplaires… puis a choisi de ne rien faire.

    L’organisation était méticuleuse : « Chacun de nous s’occupait d’un secteur, détaille Bill Behrens, 71 ans, contacté par Zoom dans sa maison du Maine. Jurgen se cognait la pollution, je m’occupais des ressources naturelles, Donella de la démographie mondiale… Mais en découvrant les premières projections, nous étions tellement secoués que nous nous sommes dit : “Ce n’est pas possible, on a dû se planter.” On a repris nos calculs, fait quelques modifs ici et là… mais les nouvelles n’étaient pas meilleures. » Ou bien le monde développé réduisait son empreinte écologique avant de crever le plafond, ou bien la nature se chargerait de faire redescendre l’humanité sur terre…

    Une des premières recensions du livre paraît dans The New York Times Book Review : trois économistes en vue tournent en ridicule les conclusions de l’irritant bouquin. Si quelques critiques se montrent plus ouvertes, la plupart des commentaires sont négatifs, voire agressifs. Mais les débats sont passionnants. Et les années qui suivent, euphorisantes pour le quatuor. « C’était une période dingue, se souvient Bill Behrens. J’étais invité dans des colloques aux quatre coins du monde pour débattre de nos conclusions. Des organismes nous payaient le billet d’avion, et nous rémunéraient 1 000 dollars pour parler d’une enquête qu’on avait non seulement adoré faire, mais dont on pensait qu’elle allait changer le cours du monde. » À la longue, pourtant, l’ironie des mandarins, les sempiternelles réserves et ce satané déni vont avoir raison de l’enthousiasme.

    Bill Behrens, comme les autres, avait rendez-vous… avec lui-même. Il a acheté une cabane sans électricité dans les bois, et s’est lancé dans l’agriculture bio, avec vaches et moutons. « Je ne faisais qu’appliquer l’enseignement numéro un des Limites : arrêter de traiter la Terre comme un être à qui on ne cesse de prendre, sans rien lui donner en échange. » Dennis Meadows, lui, continuera longtemps de sillonner le monde pour secouer ses dirigeants. En vain. « Les grandes réformes politiques sont confrontées à un problème de taille, rappelle-t-il, elles exigent que les gens fassent un sacrifice aujourd’hui pour des bénéfices qui ne tomberont que bien plus tard. Et elles exigent des plus riches qu’ils fassent des sacrifices dont d’autres – généralement les plus pauvres – bénéficieront ailleurs. Aucun système politique occidental n’est capable de faire ce choix. Je me souviens d’un dirigeant européen qui, dans les années 1970, m’avait lancé : “Bravo, professeur Meadows, vous nous avez convaincus. Maintenant, expliquez-nous par quel miracle nous pourrons être réélus si nous faisons ce que vous dites ?” »

    Devant l’inaction crasse des responsables politiques et économiques, Donella a insisté pour qu’on ajoute un dernier chapitre, légèrement ésotérique. Les auteurs y proposaient cinq « outils » pour la transition qu’ils appelaient de leurs vœux : l’inspiration, l’honnêteté, le travail en réseau, l’apprentissage et… l’amour. « Du pur Donella, sourit Jørgen Randers. Si j’étais un grand sceptique, elle était une idéaliste qui avait connu la vie communautaire. Ce chapitre sur l’amour, les 3 % de la population mondiale qui partageait ses idées l’ont sûrement adoré. Les 97 % autres considèrent sûrement que c’est de la foutaise. »

    Il y a au moins deux morales à cette histoire. L’une, très sombre, l’autre lumineuse. Et les deux viennent de la bouche de Dennis Meadows, cueillies au tout petit matin – il se lève à 5 heures – alors qu’il faisait encore nuit noire dans le New Hamsphire : « J’ai passé cinquante ans à tenter d’expliquer aux dirigeants d’une cinquantaine de pays les enjeux des Limites à la croissance. Il est trop tard. Cognez-vous la tête contre un mur de pierre, ça fait mal au crâne mais ça n’a aucun effet sur le mur. Donc j’arrête. Et je me replie sur l’action locale, en utilisant la dynamique des systèmes sur les ressources naturelles, et en m’intéressant aux problèmes d’urbanisme de ma ville, Durham. » Des regrets ? « Très peu. Si vous faites dépendre votre bonheur de votre capacité à changer le monde, vous ne serez jamais heureux, car vous avez trop peu de chances de gagner. Quand des jeunes gens s’adressent à moi aujourd’hui, je leur dis les choses suivantes : “Apprenez la résilience, car les décennies qui viennent vont être semées de crises sévères ; apprenez des choses pratiques comme le jardinage ou la plomberie, car elles vous seront très utiles ; et lisez de l’histoire longue, celle des Phéniciens, des Romains, ou de la dynastie Qing.” Ces civilisations ont grandi, elles ont décliné, elles ont disparu. Imaginer que la nôtre pourrait suivre un autre destin me paraît un doux fantasme. Mais j’ajoute toujours ceci : “N’oubliez jamais qu’il existe deux façons de toucher au bonheur. La première est d’obtenir plus – c’est celle après laquelle notre civilisation a couru à perdre haleine –, et la seconde, de vouloir moins.” Philosophiquement, et de manière très pragmatique, je privilégierais le deuxième chemin. »

    #Rapport_Meadows #Club_de_rome #Ecologie #Climat #Histoire_contemporaine

  • Les auditeurs continuent de faire faux bond à la radio
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/07/13/les-auditeurs-continuent-de-faire-faux-bond-a-la-radio_6088116_3234.html

    A quoi bon communiquer sur des chiffres s’il n’est pas permis de les interpréter ? Une nouvelle fois, mardi 13 juillet, les opérateurs de la radio tentent une mission impossible, à savoir trouver des motifs de satisfaction dans une mesure de l’audience qu’ils ne peuvent pas exploiter selon les critères habituels. La seule donnée qui ne prête à aucun commentaire hasardeux est une nouvelle fois inquiétante : les auditeurs continuent de fuir les ondes.

    Entre avril et juin 2021, la #radio a perdu un million d’auditeurs par rapport à la même période de 2020, selon Médiamétrie. A l’époque, le média radio venait déjà d’afficher une chute vertigineuse de quatre points, soit environ 2 millions d’individus, installant son audience cumulée à 73,6 %. Rétrogradée à 71,3 %, cette audience établit que, désormais, le nombre d’auditeurs quotidiens est inférieur à 40 millions (39,1 millions), un plancher jamais atteint.

  • Crispations à France Inter
    https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2021/07/08/a-france-inter-les-nouveautes-de-la-grille-crispent-la-redaction_6087427_323

    « Les chefs ont tellement peur qu’on soit catalogués gauchistes ou islamo-gauchistes que, à force, on est devenus autre chose », laisse pourtant tomber un journaliste. Comprendre : une antenne « plus lisse », « avec moins d’aspérités », où on ne serait « pas très différents de ce qui se fait ailleurs ». « On est plusieurs à ressentir une pression, corrobore une de ses collègues. Factuellement, elle est difficile à définir. Mais on sent que dans nos reportages et nos journaux, il faut positiver et ne pas trop parler des choses qui fâchent. » Une autre rapporte : « Il y a une attention portée au fait de bien relayer l’action gouvernementale. »

    #VIVRE_ENSEMBLE

    Imperturbable, Laurence Bloch se défend de toute décision opérée en réaction aux critiques de la concurrence, qui la « laissent de marbre ». « Le seul juge de paix qui compte à mes yeux, tranche-t-elle, ce sont les auditeurs, qui sont de plus en plus nombreux, de tous les âges, et de toutes les origines. France Inter doit être un territoire commun où l’on peut s’écouter, échanger, et s’entendre. »

  • Décès de Philippe Aigrain : une grande perte pour les libertés numériques

    Philippe Aigrain est inclassable. Randonneur émérite, il aimait tant arpenter les chemins des Pyrénées qu’il en avait fait son twitname (@balaitous). Pourtant une chute lors d’une sortie en montagne vient de lui être fatale. Une grande tristesse pour toutes celles et ceux qui l’ont croisé et accompagné dans ses multiples projets. Avec les quelques mots qui suivent, je voudrais adresser toute mon amitié à Mireille qui l’accompagnait depuis si longtemps, en souvenir d’une belle ballade tous les trois autour de leur maison.

    Philippe a été un inlassable défenseur des logiciels libres quand il œuvrait dans les bureaux de la Commission européenne. Partant ce ce mouvement, il a découvert très tôt l’enjeu des communs, notamment des communs numériques et de la connaissance. Avec son ouvrage Cause commune, l’information entre bien commun et propriété, il fut le premier à ré-introduire en France la notion de communs en relation avec le nouveau statut de la connaissance à l’ère des réseaux numériques. Un projet sans cesse à remettre sur le chantier, comme par exemple aujourd’hui autour de la question des brevets sur les vaccins contre le Covid.

    Je me souviens de la préparation de la conférence et du livre Pouvoir savoir, Le développement face aux biens communs de l’information et à la propriété intellectuelle , en 2005, sur la relation entre la connaissance et le développement. Alors qu’à la suite des débats de l’époque j’étais principalement focalisé sur le côté négatif, sur le poids que les extrémistes de la propriété intellectuelle faisaient peser sur le développement, Philippe a longuement insisté sur la nécessité de parler des biens communs comme de l’alternative adaptée à cette question. Il avait totalement raison.


    (Philippe Aigrain lors de la rencontre internationale des communs. Berlin, 2010.)

    Inlassable défenseur des libertés, Philippe a très tôt compris le risque que le numérique faisait peser sur les libertés individuelles. En créant en 2008 La Quadrature du Net avec Benjamin Sonntag et Jérémie Zimmermann, il a lancé un grand mouvement d’opinion et de plaidoyer. Les évolutions ultérieure de la technopolice partout dans le monde ont validé très largement son intuition. Les techniques de traçage et leur usage tant par les entreprises privées du numérique que par les États et les autres collectivités se renforcent chaque jour. Et c’est bien par une action juridique et politique déterminée que l’on pourra éviter la mise en place d’un nouveau régime de gouvernement appuyé sur une connaissance des activités et des affects de chaque individu.

    Mais Philippe Aigrain ne saurait se résumer à cet aspect de militant du numérique. Il est aussi un poète, tant par ses oeuvres que par l’appui qu’il a essayé de porter constamment à la poésie vivante. En 2014, il a repris le flambeau de Publie.net , la maison d’édition créée par François Bon. Il a ainsi participé à construire une indispensable maison d’édition de poésie et de littérature contemporaine française, présentant un modèle hybride de livres imprimé et numériques.

    Philippe, tes intuitions, tes saines colères, ta détermination et la clarté de tes positions vont nous manquer.

    #Philippe_Aigrain #Libertés_numériques #Communs #Tristesse

  • An In-Depth Look at How a Mob Stormed the Capitol
    https://www.nytimes.com/video/us/politics/100000007606996/capitol-riot-trump-supporters.html

    A six-month Times investigation has synchronized and mapped out thousands of videos and police radio communications from the Jan. 6 Capitol riot, providing the most complete picture to date of what happened — and why.

    Assez dingue. Ça rappelle ce qu’avait fait Le Monde sur le tir de LBD place d’Italie. Ou c’était Médiapart je sais plus.

  • Série, films... Après le placement de produit, voici venu le placement… d’idées (@onecop, Marianne, 19/06/2021)
    https://www.marianne.net/culture/la-fabrique-culturelle/serie-films-apres-le-placement-de-produit-voici-venu-le-placement-didees

    Mai 2016. Six millions de personnes se passionnent chaque semaine pour les aventures d’une jeune professeure de français, Sam, incarnée par Mathilde Seigner dans la série du même nom. Plusieurs séquences mettent en scène l’héroïne buvant l’eau du robinet. Un geste anecdotique pour ce personnage rejetant la société de consommation et son injonction à acheter des bouteilles d’eau en plastique ? Il s’agit pourtant d’un message tarifé destiné à se frayer un chemin dans les consciences du plus grand nombre. Combien de téléspectateurs se seraient doutés que, derrière ces images, se cachait le Centre d’information sur l’eau (Cieau), sorte d’observatoire qui se propose d’élargir le champ des connaissances de cette ressource ?

    Le petit pictogramme placé dans un coin de l’écran est pourtant là pour prévenir que le programme visionné a recours au placement de produit : une simple lettre « P » noire sur fond de cercle blanc apparaît discrètement pendant une minute au début du programme, après chaque interruption publicitaire, et durant le générique de fin. Cette pratique de publicité dissimulée, qui consiste à inclure un produit, un service ou une marque à l’écran, moyennant contrepartie, est aujourd’hui bien connue.

    Autorisé à la télévision depuis 2010 seulement, le placement de produit, dûment réglementé, cache cependant une large palette de réalités : produits de consommation, marques en tout genre… mais aussi valeurs et idées. Opération plus subtile, ce placement « nouvelle génération » a des implications morales et éthiques d’un tout autre type. Comment calibrer le coût d’une idée ? Et comment celle-ci chemine-t-elle ensuite jusqu’à nos écrans, et, in fine, jusqu’à notre for intérieur ? D’ailleurs, toutes les idées ont-elles le droit de s’inviter en douce dans nos films et séries ?

  • Ecoutez les forêts, écoutez le monde, grâce aux cartes sonores
    https://www.rtbf.be/info/societe/detail_ecoutez-les-forets-ecoutez-le-monde-grace-aux-cartes-sonores?id=10598391

    Les organisateurs du Timber Festival, un festival anglais qui célèbre nos liens avec les arbres, ont été frustrés par le Coronavirus. Ils ont dû annuler. Alors, ils ont imaginé ce beau projet : créer une carte sonore des forêts de la planète.

    https://timberfestival.org.uk/soundsoftheforest-soundmap

    About / Sounds of the Forest

    We are collecting the sounds of woodlands and forests from all around the world, creating a growing soundmap bringing together aural tones and textures from the world’s woodlands.

    The sounds form an open source library, to be used by anyone to listen to and create from. Selected artists will be responding to the sounds that are gathered, creating music, audio, artwork or something else incredible, to be presented at Timber Festival 2021.

    #forêts #cartes_sonores

  • De la téléréalité à la sphère politique, comment les influenceurs imposent leurs goûts au public | Enquête sur le « marketing d’influence » (Claudia Cohen, Le Figaro, 21/06/2021)
    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/de-la-telerealite-a-la-sphere-politique-comment-les-influenceurs-imposent-l

    La vidéo du président de la République Emmanuel Macron aux côtés des youtubeurs McFly et Carlito fut sans précédent dans l’histoire de la communication politique française. Un temps décriés, les influenceurs ont rebattu les cartes de la communication. Des créateurs de contenus passionnés par un domaine sur YouTube aux personnalités populaires sur les #réseaux_sociaux comme Instagram, TikTok, Snapchat ou Twitch, en passant par les candidats d’émissions de téléréalité, la France compte aujourd’hui près de 150 000 influenceurs. EnjoyPhoenix (3,7 millions d’abonnés), Tibo InShape (6 millions d’abonnés) ou Nabilla (5,6 millions d’abonnés), comment expliquer un tel succès ?

    Porté par la pandémie, le business mondial du marketing d’influence a dépassé 15 milliards de dollars l’an passé. Un influenceur est « une personne qui influence l’opinion, la consommation par son audience sur les réseaux sociaux », selon les lexicographes du Petit Robert. Leur capacité à fidéliser de jeunes communautés virtuelles fascine jusqu’à la sphère politique, à la veille d’une nouvelle campagne présidentielle. Celle-ci y voit l’opportunité de toucher un public d’ordinaire très peu réceptif à la #communication traditionnelle. Lors du premier tour des régionales, dimanche, l’#abstention chez les jeunes a atteint des records : 87 % des 18-24 ans ne se sont pas exprimés dans les urnes, selon Ipsos.

    La promotion de projets gouvernementaux par des influenceurs, qui se définissent comme « apolitiques », s’est accélérée avec La République en marche. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, s’est affiché avec eux pour discuter des préoccupations étudiantes. Le ministère de la Jeunesse et des Sports en a fait une stratégie de communication à part entière. Plusieurs youtubeurs, dont Tibo InShape, avaient fait la promotion du service national universel (SNU), destiné aux 15-17 ans. Lorsque les partenariats sont rémunérés, les rétributions peuvent atteindre jusqu’à 30 000 euros, selon nos informations. Une communication qui reste moins coûteuse et plus ciblée qu’une campagne de publicité classique. Et qui présente l’intérêt de s’exprimer sans filtre.

    Avant que certains n’envahissent l’espace politique, les influenceurs étaient surtout connus pour la vente de produits à la manière d’un téléachat 2.0. Thé amincissant, ceinture gainante ou robot de cuisine : ils mettent en scène l’utilisation d’un produit au quotidien à partir d’un brief rédigé par la marque. Grâce à des codes promotionnels personnalisés proposés aux abonnés, les annonceurs peuvent mesurer la rentabilité de chaque influenceur. Depuis quelques années, des agences comme Webedia, We Events ou Shauna Events s’attachent à monétiser la popularité de leurs poulains. « Nous gérons la carrière de nos influenceurs comme les agents de la série Dix pour cent s’occupent de leurs talents », résume Hugues Dangy, patron de la chaîne Non Stop People, associé au groupe Banijay (en 2018, Banijay intégrait le capital de l’agence Shauna Events). Dans les prochains jours, la société de production va annoncer le lancement de l’entité Banijay Talent, qui regroupe l’ensemble de ses activités de #marketing d’influence. Pour constituer son catalogue, elle signe des contrats d’exclusivité avec des candidats d’émissions de télévision comme le concours de beauté Miss France, le jeu d’aventures « Koh-Lanta » ou la téléréalité « Les Marseillais ».

    Certains candidats devenus influenceurs peuvent gagner entre 80 000 et 300 000 euros par mois. Cinq cents personnalités issues de la téléréalité sont sous le feu des projecteurs. Voyages de rêve, opérations de chirurgie esthétique et premiers pas de leurs enfants, elles alimentent leurs réseaux sociaux en filmant leur vie, entre deux placements de produits. Du moins ce qu’elles souhaitent en montrer. Instagram peut s’apparenter à un temple du bonheur de pacotille.

    Parfois, le placement de produit sur les réseaux sociaux vire à l’absurde. Il n’est pas rare de croiser sur Snapchat un jeune homme faisant la promotion d’une culotte menstruelle ou mettant en avant de fausses promotions. « Les influenceurs ont un devoir de responsabilité. Certains se servent du lien de confiance avec leur communauté, souvent très jeune, pour vendre des produits de mauvaise qualité et réaliser des bénéfices démesurés », explique Sam Zirah, créateur de contenu aux plus de 2 millions d’abonnés sur YouTube et spécialiste du milieu. Conscient de ces quelques dérives, Bercy a récemment renforcé plusieurs dispositifs pour protéger le consommateur.

    À l’image des gagnants du Loto, certains influenceurs connaissent une gloire soudaine et amassent des sommes considérables en peu de temps. Les plus malins se tournent vers des avocats fiscalistes pour gérer leur rémunération. D’autres préfèrent fuir le pays pour s’installer à Dubaï. Ce nouvel eldorado dispose d’un taux d’imposition proche de zéro.

    Devenir un influenceur, c’est le rêve de nombreux jeunes qui se voient déjà en haut de l’affiche. Abandonner une partie de sa vie privée au public est perçu par certains comme un moyen de parvenir à une réussite financière sans être issu d’un milieu social favorisé ou passer par la case études. Et ce, parfois, sans aucun talent. Cependant, les candidats de téléréalité ne sont pas représentatifs de cet écosystème très hétérogène, explique Guillaume Doki-Thonon, fondateur et directeur général de l’entreprise experte du marketing d’influence Reech. En effet, la majorité des influenceurs français sont des personnes devenues célèbres sur internet grâce à leur passion pour la cuisine, le sport, l’humour ou les cosmétiques, et la qualité de leurs contenus. Ces personnalités consacrent des dizaines d’heures par semaine à leurs vidéos pour ravir leurs fans.

    Mais le chemin est long pour parvenir à conquérir de nouveaux abonnés. Et les places sur le devant de la scène sont peu nombreuses. Malgré une professionnalisation du métier, très peu réussissent à vivre de cette activité. En France, 85 % d’entre eux gagnent moins de 5 000 euros par an. Et ils ne sont que 6 % à gagner plus de 20 000 euros par an. Face à cette réalité du marché, de nouvelles agences s’ouvrent pour mettre les marques en relation avec ces micro-influenceurs, suivis par 10 000 à 100 000 abonnés sur un réseau social, et ces nano-influenceurs, qui comptent entre 1 000 et 5 000 abonnés.

    Outre son nombre d’abonnés, la valeur d’un influenceur réside surtout dans la qualité des connexions qu’il crée avec le public. Pour scanner les réseaux sociaux, les agences et les marques utilisent désormais des outils technologiques. En France, plusieurs acteurs, dont l’entreprise parisienne Reech, développent ces algorithmes. « Nous avons créé un “Google de l’influence”, explique Guillaume Doki-Thonon. Notre technologie permet d’identifier, à partir de mots-clés, l’influenceur idéal pour maximiser le taux d’engagement d’une campagne. » Il a déjà vendu sa technologie à de grandes marques comme Yves Rocher et Boulanger, ou à l’agence de #publicité BETC. Les équipes de communication de l’Élysée et plusieurs ministères ont également recours à ce type d’outils, selon nos informations.

    À l’ère de la bataille pour l’#attention, les agences #médias traditionnelles commencent, elles aussi, à recourir à ces personnalités. « Face à la perspective d’un monde sans cookies publicitaires, les influenceurs représentent un vrai avantage pour les annonceurs car ils sont parfaitement intégrés dans le contrat de lecture des internautes », analyse Mathieu Morgensztern, country manager de WPP France. Récemment, GroupM (WPP) et Dentsu, en partenariat avec TF1 PUB et Unify, se sont lancés dans le live streaming e-commerce.

    Entre téléréalité et téléachat, la pratique a déjà révolutionné le commerce en ligne en Chine, où elle a généré 154 milliards de dollars de ventes en 2020, selon KPMG et Alibaba. Pendant des dizaines de minutes, les produits d’une marque sont testés en direct par des influenceurs dans un décor semblable à une virée shopping entre amis. Une mini-boutique en ligne permet aux internautes de commander en profitant de codes promo. Réalisés dans des studios professionnels, ces contenus se veulent plus créatifs et engageants. De quoi ringardiser le simple placement de produits ?