• Seenthis cité dans cet article : "Mastodon, Diaspora, PeerTube... : des alternatives « libres » face aux géants du Net et à leur monde orwellien"

    Réseau social original, Seenthis (« Vu ça » en français) a été lancé en France en 2011. Il s’apparente par certains aspects à Twitter, mais propose bien d’autres fonctionnalités. L’utilisateur peut y tenir un blog personnel constitué de billets courts, dans lesquels il recommande à ceux qui le suivent la lecture d’articles (comme ceux de Bastamag, par exemple).

    https://www.bastamag.net/Mastodon-Diaspora-PeerTube-Qwant-framasoft-logiciels-libres-open-street-ma

    #LogicielsLibres #Logiciels_Libres #MondeDuLibre #SeenThis

  • ça n’a pas fait de bruit, la vente de l’aéroport de Toulouse a été confirmé par le conseil d’état
    https://www.20minutes.fr/toulouse/2624319-20191009-toulouse-vente-aeroport-blagnac-actionnaires-chinois-vali

    En 2015, un consortium chinois achetait 49,99 % des parts de l’Etat dans l’aéroport de Toulouse-Blagnac.
    Une privatisation partielle attaquée devant les tribunaux par des opposants à cette vente.
    S’ils avaient obtenu l’annulation de la procédure de privatisation au printemps dernier par la Cour administrative d’appel de Paris, le Conseil d’Etat vient de les débouter en jugeant la procédure régulière.

    #privatisation #arnaque_d'état #aéroport #politique

  • L’improbable renaissance du #train_de_nuit en #Allemagne
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/08/06/l-improbable-renaissance-du-train-de-nuit-outre-rhin_5497033_3234.html

    […] le succès d’#ÖBB, là où le géant #Deutsche_Bahn a échoué, tient davantage de l’importance vitale de ce segment pour la compagnie autrichienne qui représente 20 % de son chiffre d’affaires. En outre, les #cheminots d’ÖBB étant moins bien payés que leurs confrères allemands, et la #fiscalité autrichienne plus favorable, les coûts sont moins élevés.

    De plus, la compagnie autrichienne a fait des choix judicieux financièrement. Elle opère sa ligne Vienne-Düsseldorf avec une seule équipe. « Si ÖBB prolongeait la ligne jusqu’à Amsterdam, comme certains passagers le souhaitent, elle serait obligée d’embaucher une deuxième équipe, et cela renchérirait considérablement l’activité », explique M. Naumann.

  • Omerta sur une catastrophe industrielle majeure aux portes de Paris, par Marc Laimé (Les blogs du Diplo, 27 septembre 2019)
    https://blog.mondediplo.net/omerta-sur-une-catastrophe-industrielle-majeure

    En plein été, une installation stratégique de la plus grande station d’épuration des #eaux usées d’Europe est totalement détruite par le feu à trente kilomètres de la capitale. Il faudra entre trois et cinq ans pour la reconstruire, au prix, dans l’intervalle, d’une #pollution gravissime de la Seine. Ce site n’a cessé d’enregistrer des sinistres de plus en plus graves depuis plusieurs années. Sa gestion est entachée par des dévoiements sans précédent en matière de marchés publics. Un #désastre absolu, qui ne suscite qu’une inquiétante indifférence.

    par @marclaime

  • Facebook expérimente la disparition du nombre de « j’aime » en Australie afin d’alléger la « pression » sociale.
    https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2614655-20190927-australie-facebook-experimente-disparition-nombre-aime

    Facebook a annoncé vendredi avoir commencé à cacher le nombre de mentions « j’aime » récoltées par les publications sur son réseau en Australie. Cette mesure à l’essai vise à alléger la « pression » sociale et pourrait être étendue à l’échelle mondiale.

    Depuis vendredi, les utilisateurs australiens ne peuvent plus voir le nombre de « j’aime » récoltés par une publication ni le nombre de fois où une vidéo a été visionnée sur le réseau social. Seul l’auteur de la publication sait combien de personnes l’ont appréciée. [Les #CM sont rassurés]

    « Nous ne voulons pas que [les utilisateurs de] Facebook se sentent en compétition », a expliqué le géant américain des réseaux sociaux dans un communiqué. « C’est un test destiné à étudier comment les gens réagissent à ce nouveau format », souligne Facebook qui souhaite « tirer les leçons » de cette expérience, « afin de voir si nous allons la déployer plus largement ».

    Cette modification majeure a pour objectif d’alléger quelque peu la pression sociale liée au besoin de gagner l’approbation des autres, et de concentrer davantage l’#attention sur la publication elle-même, plutôt que sur sa popularité. Plus d’un milliard de personnes utilise Facebook à travers la planète, mais le géant des réseaux sociaux est accusé d’avoir un impact sur la santé mentale, notamment des jeunes.

    En Australie, un enfant sur cinq serait victime de harcèlement en ligne, selon le délégué australien à la cybersécurité. L’an dernier, le suicide d’une adolescente de 14 ans, star des publicités d’une célèbre marque australienne, après avoir été harcelée en ligne, avait particulièrement sensibilisé la population à ce problème. Facebook a décrit cette mesure, sans en préciser la durée, comme « un test limité afin d’en tirer rapidement des enseignements ».

    L’essai intervient près de trois mois après celui conduit sur Instagram, son réseau de partage d’images comptant un milliard d’utilisateurs dans le monde.

    Instagram a fait disparaître le nombre de « j’aime » de ses publications d’abord au Canada avant d’étendre l’expérience à l’Australie et au Brésil entre autres. « Bien que cela ait été essayé sur Instagram, Facebook et [Instagram] sont des plateformes différentes et nous observerons probablement des résultats différents », a précisé Facebook.

    Jocelyn Brewer, chercheuse spécialiste de cyberpsychologie, a accueilli cette annonce avec « un mélange de scepticisme et d’intérêt ». Si elle se félicite que Facebook étudie l’impact des « indicateurs de vanité » sur le bien-être des gens, elle s’attend aussi à ce que les utilisateurs trouvent vite d’autres moyens d’exprimer leurs appréciations.

  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers | Sarah Belhadi
    https://www.bondyblog.fr/reportages/au-poste/assa-traore-mise-en-examen-le-monde-lenvers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d’Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l’auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d’Adama Traoré dans le collimateur de la justice. Source : Bondy Blog

  • Louis Joinet, la liberté et les raisons d’État
    https://www.lemonde.fr/justice/article/2013/12/20/louis-joinet-la-liberte-et-les-raisons-d-etat_5995548_1653604.html

    « Casamayor savait s’en prendre à l’arrogance sociale de certains de ses collègues, si souvent couchés devant la pire déraison d’Etat », écrit Joinet dans ses Mémoires. Il disait aux juges que « l’#attention ne suffit pas » : il y fallait aussi « l’#inquiétude ».

  • Ouhhh, le coup de « ne pas être “un parti bourgeois” » sur « le sujet de l’immigration », y’en a vraiment qui osent tout, là. Y’a du pubard qu’a phosphoré…
    https://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/emmanuel-macron-veut-regarder-le-sujet-de-l-immigration-en-face-et-ne-p

    Emmanuel Macron veut regarder le sujet de l’immigration « en face » et demande à la majorité de ne pas être « un parti bourgeois »

  • Le Seamen’s club de Brest
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/le-seamens-club-de-brest-0
    http://rf.proxycast.org/1606497403953750016/10078-21.08.2019-ITEMA_22128824-0.mp3

    En 1994, à l’initiative d’un prêtre ouvrier, le Seamen’s club de Brest est créé pour accueillir tous les marins de commerce et leur permettre de vivre dans de bonnes conditions le temps d’une escale. Rencontre avec des marins malgaches qui travaillent sur le Raymond Croze, le bateau d’Orange, chargé de la maintenance des câbles sous-marins transatlantiques.

  • « Le mouvement des gilets jaunes a permis à beaucoup d’inventer une parole politique », Laurent Jeanpierre
    https://www.liberation.fr/debats/2019/08/23/laurent-jeanpierre-le-mouvement-des-gilets-jaunes-a-permis-a-beaucoup-d-i

    Si on raisonne à l’échelle du mouvement, il faut distinguer deux moments : une phase ascendante à partir de novembre 2018, puis une phase de déclin qui débute avec la destruction des abris sur les ronds-points fin janvier 2019. Dans la première période, on observe un des effets quasi miraculeux du mouvement : des divisions très ancrées dans les imaginaires, entre « ceux qui bossent » et « ceux qui ne foutent rien », s’estompent (elles reviendront lors du déclin du mouvement).

    #Gilets_jaunes #subjectivité #reproduction

    • « In girum », de Laurent Jeanpierre : situer les « gilets jaunes » ?, Jean Birnbaum
      https://www.lemonde.fr/livres/article/2019/08/29/in-girum-de-laurent-jeanpierre-situer-les-gilets-jaunes_5504038_3260.html

      Dans un essai captivant « In girum », le professeur de science politique et intellectuel de gauche tente de cerner la « révolte des ronds-points », en se laissant ébranler par elle.

      Des « gilets jaunes » au « rond point des Gaulois », à Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme), le 15 décembre 2018. THIERRY ZOCCOLAN/AFP

      Si l’essai de Laurent Jeanpierre émeut d’emblée, c’est qu’il assume la fragilité qui donne force à ce genre : méditant le mouvement des « gilets jaunes », l’auteur « essaye » pour de bon, et proclame la nécessité d’un humble tâtonnement. Ici, la modestie requise est à la fois scientifique et politique. Laurent Jeanpierre dit en substance : comme professeur de science politique mais aussi comme intellectuel de gauche, je suis l’héritier de modèles qui menacent d’écraser la nouveauté des actions vécues sous le poids d’une spéculation vétuste ; voilà pourquoi je ne prétends pas énoncer la « vérité cachée » de la rébellion jaune, je souhaiterais simplement me « laisser ébranler » par elle.

      Cette révolte a ruiné les certitudes des docteurs en insurrection
      De fait, l’ensemble de l’ouvrage, rédigé d’une plume sensible, se déplie au conditionnel. Son auteur rappelle d’abord les traits spécifiques de cette révolte : en rupture avec les légitimités traditionnelles, apparemment privée de cohérence idéologique et de débouchés politiques, obtenant par l’émeute ce que les défilés syndicaux étaient impuissants à conquérir, elle a ruiné les certitudes des docteurs en insurrection, militants de gauche comme chercheurs en sciences sociales.

      Les uns et les autres vacillent devant les ronds-points ? Oui, parce que leur culture commune demeure ancrée dans une certaine période, celle du capitalisme fordiste. A l’époque, le mouvement ouvrier formait l’archétype de tout combat émancipateur ; l’usine se tenait au centre des ­conflits ; les syndicats comptaient ; et même la sociologie. Quiconque a lu Alain Touraine, entre autres, sait que ce monde-là est entré en crise depuis des lustres. Mais Jeanpierre montre bien que le « moment jaune » marque son cruel enterrement.

      Au point d’ouvrir un nouveau cycle de luttes ? Laurent Jeanpierre se garde de toute réponse trop assurée. Mais il suggère une hypothèse. Par-delà leur diversité générationnelle et sociale, avance-t-il, les « gilets jaunes » auraient en commun d’être des « entravés », dont la mobilité spatiale ne recoupe plus aucune mobilité sociale ; sur les ronds-points, ils et elles auraient voulu rebâtir un lieu de vie, des espaces de rencontre et de solidarité ; sans rêver de révolution anticapitaliste, les « gilets jaunes » appelleraient donc de leurs vœux « le réencastrement de l’économie dans les réseaux de solidarité effectifs, plutôt que dans le marché, et au service des individus ». Conclusion : leur action viendrait essentiellement conforter une « relocalisation de la politique », à rebours de l’élan internationaliste qui avait animé, au tournant des années 2000, la galaxie « altermondialiste ». Afin d’étayer cette hypothèse, Laurent Jeanpierre situe la révolte des ronds-points dans une constellation planétaire « d’utopies politiques locales », dont il décrit avec finesse les succès et les impasses : zadisme, mouvement des « places » grecques, kibboutzim israéliens, révolte au Chiapas, « mairies rebelles » de Catalogne…

      Cette façon de prendre recul et hauteur produit des effets ambivalents. D’une part, elle permet à Laurent Jeanpierre de signer les pages les plus passionnantes de son livre. Mais, d’autre part, elle en ­exhibe la contradiction intime, celle qu’endure tout théoricien de l’émancipation confronté à un mouvement social, et désireux de dévoiler sa signification. A l’origine de ce bref essai, on s’en souvient, il y a le refus des jugements surplombants. En cela, Laurent Jeanpierre se place dans le sillage d’une certaine pensée anarchiste : pure dissidence des âmes et des corps, la révolte se passerait d’explication.

      Psychanalyste malgré lui

      Mais on ne se refait pas. Le savant a la mémoire longue et l’esprit conquérant. Si bien qu’au fil des pages Laurent Jeanpierre prête aux révoltés des ronds-points telle ambition « inconsciente », telle intention « qui leur échappe ». Sous sa plume, on voit alors resurgir ce maudit lexique de la « vérité cachée » dont il prétendait s’affranchir. Psychanalyste malgré lui, il évoque même les « tendances conservatrices ou néofascistes qui ont traversé le mouvement ».

      Ce point est mentionné à plusieurs reprises, comme en passant. L’approfondir aurait ­permis de « se laisser ébranler » jusqu’au bout en posant les questions suivantes : est-il possible de refuser, comme Laurent Jeanpierre le fait, la disqualification globale du mouvement par ceux qui le réduisent à ces « tendances néofascistes », tout en interrogeant le sens de ces pulsions ? Alors que d’autres mobilisations, au cours des dernières décennies, avaient aussi imposé un nouveau répertoire d’action collective (happenings d’Act Up, occupations par les sans-papiers, coordinations infirmières, forums altermondialistes…), comment expliquer qu’aucune d’entre elles n’ait jamais été suspectée d’une quelconque « tendance néofasciste » ? S’il y a là une singularité, se pourrait-il que la mobilisation des « gilets jaunes », loin de s’inscrire dans l’histoire des gauches et des luttes d’émancipation, ait eu pour vocation de rompre avec la tradition du mouvement ouvrier, voire d’en finir avec elle ?

      « In girum. Les leçons politiques des ronds-points », de #Laurent_Jeanpierre, La Découverte, « Cahiers libres », 192 p., 12 €.

      #livre #révolte #insurrection #émeute #militants #capitalisme-fordiste #usine #Mouvement_ouvrier #entravés #rupture #utopies_politiques_locales #néofasciste (tendance)

    • In Girum - Les leçons politiques des ronds-points, Laurent Jeanpierre, extrait
      https://books.google.fr/books?id=uAaqDwAAQBAJ&pg=PT10&source=kp_read_button&redir_esc=y#v=onepa

      « ... la politique en trouve pas sa consistance dans les discours et n’est pas avant tout une affaire d’opinion, de revendications, de programmes. »

      #entravés #espoirs_périphériques #reproduction #communes
      @monolecte @parpaing @kaparia @cie813 @vanderling @mona @recriweb et aux autres, bien sûr.

    • Rencontre avec l’auteur ce soir vendredi 6 septembre 2019.

      « La Librairie Petite Egypte (35 Rue des Petits Carreaux, 75002 Paris, Métro Sentier) me fait l’amabilité de m’inviter à présenter l’essai que je viens de publier aux Éditions La Découverte (In Girum. Les leçons politiques des ronds-points).
      J’en présenterai quelques aspects sous forme de dialogue à partir de 19 heures. La discussion sera suivie d’un pot amical. »

  • L’hégémonie de la race : de Gramsci à Lacan. Entretien avec Richard Seymour – Revue Période @periode
    http://revueperiode.net/lhegemonie-de-la-race-de-gramsci-a-lacan-entretien-avec-richard-seymou

    Même dans ses interprétations les plus sophistiquées, le #marxisme a une fâcheuse tendance à lire le #racisme de façon instrumentale. Telle idéologie est adoptée par une série d’acteurs parce qu’elle est conforme à certains intérêts, parce qu’elle consolide une forme ou une autre d’hégémonie, parce qu’elle entretient des privilèges blancs. Pour le journaliste et chercheur indépendant Richard Seymour, ces explications sont insuffisantes. Issu d’un parcours militant au sein de la gauche révolutionnaire, Seymour montre dans cet entretien combien il est fâcheux pour les marxistes de rationaliser à outrance les comportements parfois les plus irrationnels, tels que les lynchages, les formes de violence de masse racistes. Pour faire face à ce défi théorique, il convoque Poulantzas, Stuart Hall et même Lacan. Au-delà de ces préoccupations, Seymour nous propose ici une véritable leçon de rectification, d’autocritique, pour être à la hauteur de la contre-révolution préventive des classes dominantes.

  • PS, sept ans de trahisons (1/6) : François Hollande, la faute originelle, par Gérard Davet et Fabrice Lhomme
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/08/25/francois-hollande-la-faute-originelle_5502751_823448.html

    (…) Désabusé, Christian Eckert, ancien secrétaire d’Etat au budget, ne nie pas qu’au terme du quinquennat la déception a été au rendez-vous : « On a eu le sentiment d’accoucher d’une souris. On s’est fait un peu rouler. » Cruel sans même le vouloir, il rapporte cette interrogation formulée un jour devant lui par Hollande, alors en pleine préparation d’une interview post-quinquennat : « Quand on me reparle de cette phrase sur la finance – je sais que la question va m’être posée –, rafraîchis-moi la mémoire : qu’est-ce qu’on a fait contre la #finance ? » Les questions, parfois, en disent plus long que les réponses.

    Premier volet d’une série en six épisodes que j’ai la flemme de lire en entier mais @baroug avait l’air d’apprécier. #socialistes

  • Bifurcation dans la « fin » du capitalisme. Réponse à Immanuel Wallerstein | Contretemps
    https://www.contretemps.eu/fin-capitalisme-wallerstein-balibar

    En guise d’hommage à un penseur fondamental tant pour l’#anticapitalisme que pour l’anti-impérialisme, Immanuel Wallerstein, qui vient de décéder à l’âge de 89 ans, nous publions ici un texte du philosophe Étienne Balibar. Ce dernier avait eu l’occasion de dialoguer directement avec I. Wallerstein dans le livre classique Race, nation, classe (La Découverte), initialement publié en 1988 et issu d’un séminaire animé en commun au milieu des années 1980.

    Ce texte est tiré du livre La Gauche globale, paru aux éditions de la Maison des sciences de l’homme en 2017.

    via @prac_6

  • Sco pa tu manaa, le « #mème de l’été »
    https://www.marianne.net/societe/sco-pa-tu-manaa-le-premier-meme-de-l-ete-que-personne-ne-comprend

    Et sur le fond, que veut signifier l’internaute qui partage une photo avec l’expression « sco pa tu manaa » ?

    Albin Wagener, enseignant-chercheur en sciences du langage à l’unversité de Nantes, spécialisé dans l’étude des réseaux sociaux : Chacun y met un peu ce qu’il veut, mais je comprends ça comme un moyen d’attirer l’#attention de ses suiveurs sur quelque chose. C’est une invitation au questionnement, parfois au troisième ou quatrième degré. Chacun peut mettre son grain de sel, ça met du lien, sans se prendre au sérieux, et c’est ça qui fait du bien.

    Sait-on comment est apparu ce mème ?

    Non, et c’est un peu la marque de fabrique des phénomènes viraux sur internet. Mais grosso modo, le processus est toujours le même. La phrase est d’abord lancée sur un forum anglophone comme 4Chan, Reddit ou 9Gag, puis quelque temps plus tard, elle bifurque sur Twitter, où elle rencontre un grand succès, parfois après avoir été traduite en français. Mais comment savoir pourquoi, parmi des milliers de mèmes, c’est celui-là qui finit par percer ? Il y a là un mystère. Parfois, ils représentent des figures de la pop culture, facilement identifiables, comme Keanu Reeves, qui fait l’objet d’énormément de mèmes. Dans le cas de « sco pa tu manaa », c’est tout le contraire. On peut supposer que justement, parce que chacun peut se l’approprier, ce mème a une portée plus universelle, ce qui favorise sa diffusion.

    Sur les #mèmes et leur #viralité, voir @fil en 2001 dans le @mdiplo : https://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/RIVIERE/8153

    Grand biologiste néodarwinien, Richard Dawkins nomme « mèmes » ces fragments d’idées ou de discours dotés, à l’instar des gènes de la biologie, d’une faculté de reproduction. Pour les théoriciens modernes de l’évolution des espèces, les êtres vivants ne sont que des véhicules pour les gènes, conduisant ceux-ci d’une génération à la suivante. Les gènes montés à bord d’un « bon » véhicule — soit par chance, soit par leur implication directe dans la conduite de ce véhicule — seront, de génération en génération, plus nombreux, et sortiront gagnants de l’évolution.

    Dans le cyberespace (la partie numérique du monde dans lequel évoluent les mèmes) et la noosphère (l’ensemble des pensées humaines, selon une expression trouvant son origine chez Teilhard de Chardin), un mème sort gagnant s’il est capable de monter rapidement à bord d’un grand nombre de « bons véhicules ». Spécialistes de ce type d’infection sans intervention humaine, les « vers » et autres virus informatiques exploitent les failles des logiciels les plus répandus, s’exécutent sur la machine cible qui les répercute vers des centaines de nouvelles cibles, dans une boucle exponentielle.

  • Gérard #Noiriel : « Eric Zemmour légitime une forme de délinquance de la pensée »

    L’historien de l’immigration s’attache dans son dernier livre, « Le Venin dans la plume » (La Découverte), à montrer comment la rhétorique identitaire du polémiste est comparable aux imprécations antisémites d’Edouard Drumont. Il détaille son travail dans un entretien au « Monde ».

    Propos recueillis par Nicolas Truong

    Historien et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Gérard Noiriel est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’immigration en France, sur le #racisme, sur l’histoire de la classe ouvrière et sur les questions interdisciplinaires et épistémologiques en #histoire. Après Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours (Agone, 2018), il publie Le Venin dans la plume . Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République (La Découverte, 252 pages, 19 euros, à paraître le 12 septembre), dans lequel il compare la grammaire identitaire des deux pamphlétaires nationalistes.

    On compare souvent la situation politique actuelle à celle des années 1930. Or, dans ce livre, vous expliquez que, pour comprendre la rhétorique réactionnaire d’aujourd’hui, il faut partir des années 1880. Comment avez-vous eu l’idée de croiser ces deux figures que sont Zemmour et Drumont ? Quelles sont les ressemblances qui vous ont le plus frappé et les divergences les plus notables ?

    L’histoire montre que, depuis le XVe siècle et la redécouverte de l’imprimerie en Europe, les révolutions de la communication ont toujours eu des conséquences extrêmement importantes sur la vie économique, sociale et politique. L’explosion de l’Internet, des réseaux sociaux et la multiplication des chaînes d’information en continu illustrent une nouvelle révolution de ce type, comparable à celle que les Français ont connue à la fin du XIXe siècle, lorsque le triomphe de la presse de masse a provoqué une profonde restructuration de l’espace public. Je montre dans ce livre que l’important écho rencontré par des polémistes comme Drumont, à la fin du XIXe siècle, et Zemmour aujourd’hui est la conséquence de ces révolutions communicationnelles. Les années 1930 ont porté au paroxysme les effets politiques du discours antisémite de Drumont et consorts, mais c’est à la fin du XIXe siècle qu’il a été élaboré.

    J’avais déjà beaucoup travaillé sur les écrits d’Edouard Drumont dans mes précédentes recherches. Ce qui m’avait permis de repérer un point commun avec Eric Zemmour : le recours constant aux polémiques, aux scandales pour exister dans l’espace public. Toutefois, c’est seulement lorsque je me suis attelé à la rédaction du présent livre que j’ai comparé minutieusement les discours de ces deux polémistes. J’ai découvert alors, avec stupéfaction, que les points communs allaient bien au-delà de ce que je pensais au départ. Certes, il y a des différences indéniables dans leur prose car, aujourd’hui, on ne peut plus insulter les gens de la même manière que Drumont le faisait au XIXe siècle. Néanmoins, si l’on analyse ce que j’appelle la « grammaire », c’est-à-dire les règles qui sous-tendent leur discours identitaire pour dire le vrai et le faux, on constate qu’elles sont quasiment identiques ; sauf que Drumont s’en prend aux juifs et Zemmour, aux musulmans.

    Peut-on mettre l’antisémitisme de Drumont et l’islamophobie de Zemmour sur le même plan ? Est-il possible de comparer la haine d’un peuple avec la crainte d’une religion ?

    Je sais bien que certains considèrent que le génocide perpétré contre le peuple juif au XXe siècle interdit qu’on puisse comparer l’antisémitisme et l’islamophobie. Mais, dans mon livre, j’utilise le mot « antisémitisme » au sens que lui donnaient les adversaires de Drumont à la fin du XIXe siècle. Notamment Anatole Leroy-Beaulieu, qui définissait l’antisémitisme comme une « doctrine de haine » tournée contre les juifs. J’utilise le mot « islamophobie » pour désigner la « doctrine de haine » qui s’attaque aux musulmans. En ce sens, la comparaison me semble légitime. Je montre que la stigmatisation des musulmans qu’alimente Zemmour dans ses livres mobilise le même genre de rhétorique identitaire que celle de Drumont à l’égard des juifs.

    Quels sont les méthodes, thèmes et exemples récurrents de l’histoire identitaire ? Quelles sont les règles de leur « grammaire identitaire » ?

    Sans pouvoir détailler ici l’analyse que j’ai développée dans le livre, je voudrais insister sur le rôle capital que joue la rhétorique (entendue comme l’art de la persuasion) dans la diffusion du type d’histoire identitaire qu’a inventé Drumont et que Zemmour a adaptée au contexte d’aujourd’hui. Je reproche à mes collègues universitaires qui ont travaillé sur ces questions de se limiter le plus souvent aux arguments avancés par les auteurs réactionnaires, en laissant de côté la réception de ces discours dans le public.

    Les journalistes polémistes comme Drumont ou Zemmour n’ont fait que reprendre à leur compte des thèmes qui ont été mis en circulation par d’autres avant eux. Leur art (on pourrait même dire leur talent) se situe au niveau des techniques de persuasion qu’ils mobilisent pour diffuser ces thèses dans le grand public. Ce qui m’a frappé, c’est qu’Eric Zemmour utilise aujourd’hui les mêmes recettes qu’Edouard Drumont il y a cent trente ans. Il s’agit d’une histoire identitaire qui met en scène des personnages (et non des individus réels) et qui est tout entière centrée sur le clivage entre « eux » (les étrangers) et « nous » (les Français). La France est elle-même présentée comme une personne possédant une identité immuable, cimentée par la religion catholique ; ce qui explique que l’étranger soit défini lui aussi par référence à la religion.

    Cette histoire identitaire prend la forme d’une tragédie. Elle annonce la disparition de la France vaincue par « le parti de l’étranger », en faisant constamment le lien avec l’actualité. Son efficacité tient au fait qu’elle mobilise le sens commun, c’est-à-dire ce que tous les Français savent car ils l’ont lu dans le journal ou qu’ils l’ont vu à la télévision. D’où l’importance capitale accordée aux faits divers, aux crimes, aux attentats, etc. Plutôt que de parler de « racisme », je dirais qu’il s’agit de deux formes de nationalisme : au nationalisme antisémite de Drumont a succédé le nationalisme islamophobe de Zemmour. Il faut toutefois préciser que la force de persuasion de ce type de discours tient aussi au fait que la dénonciation de la menace étrangère s’inscrit dans une vision plus globale de la société, centrée sur le thème de la décadence. Comme on le sait, Zemmour s’en prend aussi aux femmes, aux homosexuels, aux universitaires, etc. Mais on a oublié que Drumont s’attaquait déjà aux mêmes cibles.

    En quoi la « rhétorique de l’inversion » – qui fait des dominés des dominants – est-elle si importante à leur entreprise idéologique ?

    J’ai été frappé, en effet, de constater que nos deux polémistes nationalistes mobilisaient constamment la rhétorique de l’inversion dominants/dominés. Autrement dit, ils ne nient pas l’existence des relations de pouvoir, mais ils les renversent. C’est une pièce maîtresse dans un discours qui vise à avoir toujours le dernier mot. Drumont et Zemmour prétendent élaborer une contre-histoire, qu’ils opposent à « l’histoire officielle ». Elle consiste à présenter les minorités qui ont été persécutées au cours du temps comme des dominants qui mettaient en péril l’identité de la France. Comme Drumont l’avait fait avant lui, Zemmour va jusqu’à justifier la Saint-Barthélemy ou le massacre des protestants de La Rochelle par Richelieu.

    Cette « contre-histoire » a bien sûr pour but de légitimer la politique répressive qu’ils prônent à l’égard des minorités du présent (les juifs pour Drumont, les musulmans pour Zemmour). La rhétorique de l’inversion dominants/dominés permet aussi à ces polémistes omniprésents dans les médias de faire croire à ceux qui les lisent ou qui les écoutent qu’ils sont eux-mêmes des dominés, victimes des universitaires « bien-pensants ». Drumont dénonçait les « élites enjuivées », Zemmour s’en prend aux « islamo-gauchistes » ; les mots ont changé mais la rhétorique est identique. Dans les deux cas, il s’agit de discréditer les vrais savants en les présentant comme des dominants qui ont falsifié l’histoire de France pour servir ce que Zemmour appelle « le parti de l’étranger ». L’analyse que j’ai faite, dans mon livre, des commentaires mis en ligne sur les sites qui font la promotion des thèses de Zemmour montre clairement l’efficacité de cette rhétorique. Tous ceux qui s’efforcent de lutter contre ces discours de haine sont présentés comme des « collabos » au service des islamistes.

    Vous écrivez que ce que vous avez vous-même éprouvé en lisant les pages de Destin français (Albin Michel, 2018) consacrées à votre communauté professionnelle est comparable à « ce que ressentent les membres des communautés musulmanes quand Zemmour discrédite leur religion, ou les homosexuels quand il s’en prend au « lobby gay » ». Quels ont été les ressorts émotionnels de votre indignation ? Pourquoi vous était-il impossible d’entonner personnellement, comme Eric Zemmour, la rengaine du « C’était mieux avant » ? Pourquoi était-il important de parler de vos propres origines sociales ?

    L’autonomie qu’ont acquise progressivement les sciences sociales est indispensable au progrès de la connaissance, mais elle incite les chercheurs à voir la société comme une immense salle de cours. C’est ce qui explique le peu d’attention qu’ils accordent à la réception du savoir. Tous ceux qui se préoccupent de ce qu’on appelle « la fonction civique de l’histoire » devraient pourtant tenir compte du rôle essentiel que jouent les émotions dans l’adhésion ou le rejet d’un discours public.

    C’est ce souci qui m’a incité à commencer le livre en évoquant ma propre trajectoire. Dans les quelques pages de cet avant-propos, je me suis placé finalement sur le même terrain que Zemmour, qui ne cesse de mettre en avant ses origines populaires pour discréditer les universitaires et nous seriner que « c’était mieux avant ». Comme je suis issu d’un milieu plus populaire que le sien, il m’a semblé que j’étais bien placé pour rappeler tous les obstacles qu’ont dû franchir les « transclasses » de ma génération afin d’échapper au destin social que l’école républicaine leur avait fixé. Quand on me dit : « C’était mieux avant », je réponds : « Ça dépend pour qui. » Si nous étions dans un monde où seul compte l’échange d’arguments, je n’aurais pas eu besoin d’évoquer mon parcours. Je l’ai fait parce que je sais que cela aura un impact dans le public, surtout auprès de ceux qui n’ont pas les compétences pour arbitrer les querelles historiographiques.

    C’est ce qui m’a poussé aussi à informer les lecteurs des raisons subjectives qui m’ont conduit à écrire ce livre, à savoir le sentiment d’indignation que j’ai ressenti quand j’ai lu les pages du Destin français où les enseignants-chercheurs de mon genre sont traînés dans la boue. Je ne pouvais pas admettre que le monde savant auquel j’ai eu accès au prix de mille sacrifices et d’efforts soit piétiné sans aucune preuve par un journaliste qui distille continuellement son venin avec la complicité des médias les plus puissants.

    Pourquoi la structuration du champ médiatique est-elle déterminante pour comprendre leur émergence ?

    Ce n’est pas un hasard si La France juive , publié en 1886, a été le premier best-seller des livres politiques de la IIIe République. La presse de masse s’impose à ce moment-là en introduisant la logique capitaliste dans l’univers de la communication. De nouveaux quotidiens voient le jour, qui peuvent toucher jusqu’à un million de lecteurs, tout en se livrant une concurrence acharnée. Les recettes qu’ils inventent pour élargir leur audience sont toujours en vigueur aujourd’hui. Elles relèvent de ce que j’appelle la « fait-diversion de l’actualité ». Les crimes, les catastrophes, les scandales occupent une place de plus en plus grande car ce sont des thèmes porteurs.

    Drumont a été le premier à exploiter cette logique nouvelle. Il fait scandale en insultant ses adversaires pour que ces derniers le provoquent en duel ou le traînent en justice, ce qui alimente sa notoriété et son statut de victime. C’est ainsi que Drumont est devenu un « bon client » pour les journalistes de son temps. La majorité d’entre eux n’étaient sans doute pas antisémites. Mais comme ses scandales à répétition permettaient de gonfler les tirages, la grande presse les a amplement relayés, légitimant du même coup la prose de Drumont. Il faut dire que personne ne pouvait imaginer à cette époque les horreurs auxquelles conduiraient ces délires.

    Eric Zemmour utilise aujourd’hui les mêmes recettes, mais en les adaptant à l’âge d’Internet et des chaînes d’info en continu. Les duels ne se déroulent plus au petit matin dans le bois de Boulogne mais le soir sur les plateaux télévisés. Les journalistes d’aujourd’hui qui relayent complaisamment les obsessions zemmouriennes ne les partagent pas toujours, mais comme c’est bon pour l’Audimat, ils les diffusent eux aussi sans état d’âme.

    De la tuerie de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, à celle de Dayton, aux Etats-Unis, les idées de l’écrivain Renaud Camus sur le « grand remplacement », dont certaines sont partagées par Eric Zemmour, sont lues et revendiquées par des terroristes suprémacistes. Les mots de ces polémistes d’extrême droite sont-ils des mots qui tuent ?

    Curieusement, ceux qui ne cessent d’affirmer que le Coran est la source de tous les attentats commis par les terroristes se réclamant de l’islam réfutent énergiquement ce genre d’arguments quand leurs adversaires accusent Camus ou Zemmour d’inspirer les terroristes suprémacistes. Là encore, le chercheur doit se tenir à distance de ces polémiques pour analyser au cas par cas comment ces criminels s’approprient les discours racistes qui sont à leur portée, le plus souvent pour justifier leurs actes. Il est certain qu’un livre à lui seul ne suffit pas pour déclencher un passage à l’acte. Cela n’empêche pas que les flots de haine qui sont diffusés par ces pamphlétaires et leurs alliés peuvent être reçus par les extrémistes comme une légitimation de la violence à l’égard des « étrangers ».

    Par conséquent, je ne dirais pas que les mots d’Eric Zemmour sont des mots qui tuent, mais je suis bien obligé de constater que, d’un côté, ses propos insultants humilient ceux qui en sont les cibles et que, d’un autre côté, ils confortent la vision du monde de ceux qui sont envahis par la haine de l’autre. Dans mon livre, j’ai fait une petite analyse des commentaires concernant Eric Zemmour mis en ligne sur des sites d’extrême droite comme Riposte laïque. C’est assez terrifiant. On constate que les écrits du polémiste libèrent chez ces lecteurs des pulsions que le droit actuel s’efforce de contenir. En répétant sans cesse qu’il est victime des « bien-pensants », que la liberté d’expression est bafouée par ses contradicteurs, Eric Zemmour légitime une forme de délinquance de la pensée comparable à celle que Drumont légitimait à l’égard des juifs.

    Edouard Drumont a prolongé son engagement de polémiste en se lançant dans la politique active, puisqu’il fut élu député en 1898. Pensez-vous qu’Eric Zemmour suivra la même voie ?

    Ses partisans annoncent « une première grande convention de la droite, qui a vocation à devenir le lieu incontournable des débats philosophiques et politiques de demain » pour le 28 septembre, en présence de Marion Maréchal, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, et d’Eric Zemmour (Le Monde du 5 septembre). On verra ce qu’il en sortira. Mais je doute fort que le polémiste du Figaro franchisse le pas. La tentative de Drumont pour fonder un parti antisémite fut un échec et sa carrière de député prit fin à l’issue de son premier mandat. Plus prudent, Zemmour se contentera sans doute de jouer les éminences grises de cette nouvelle droite extrême.

    Comment contrer Zemmour et ses avatars aujourd’hui ?

    Le principal message que j’ai voulu faire passer dans ce livre est le suivant : je suis absolument convaincu que si nous voulons éviter qu’à brève échéance un Trump, un Johnson, un Salvini ou un Bolsonaro made in France s’installe à la tête de l’Etat, tous ceux qui ont l’immense privilège de pouvoir parler en public – experts, artistes, journalistes, universitaires, politiciens, etc. (je m’inclus évidemment dans le lot) – doivent aujourd’hui s’interroger sans faiblesse sur leur propre rôle.

    Dans son dernier livre, intitulé Destin français , Zemmour a accusé les historiens comme moi d’obéir à une « logique mafieuse », de tenir « les manettes de l’Etat », de manipuler une « grande machinerie » qui « euthanasie la France ». Ce livre a bénéficié, à l’automne 2018, d’une formidable campagne de promotion ; non seulement dans Le Figaro et ses filiales, mais aussi à la radio, sur les chaînes d’info en continu (BFM-TV, CNews, LCI), sur plusieurs chaînes de la TNT. A ma connaissance, aucun de ces journalistes n’a demandé à Zemmour quelles étaient les preuves qu’il pouvait produire à l’appui de ces accusations contre les historiens. Aucun d’entre nous n’a été invité pour défendre la dignité de notre profession face à ces calomnies.

    L’entretien publié dans Le Point pour faire la promotion du livre de Zemmour a repris en titre l’une de ses phrases affirmant : « La plupart des historiens n’assument plus l’histoire de France ». Bel exemple de « fake news », puisque rien qu’entre 2016 et 2018 trois volumineuses histoires de France ont été publiées par des universitaires, notamment la mienne, parue en même temps que l’ouvrage de Zemmour, mais dont Le Point n’a évidemment pas dit un mot. Il s’agit de Les Luttes et les rêves. Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours , de Michelle Zancarini-Fournel (La Découverte, 2016) ; Histoire mondiale de la France , sous la direction de Patrick Boucheron (Seuil, 2017) ; Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours (Agone, 2018).

    Voilà comment ces journalistes conçoivent le pluralisme ! Comment, dans ces conditions, prendre au sérieux leurs propos quand ils affirment combattre le populisme et les fausses nouvelles ?

    Mais le plus inquiétant, c’est que les institutions qui représentent notre communauté professionnelle ne se sont pas mobilisées, elles non plus, pour défendre les enseignants-chercheurs mis en cause par le polémiste. Beaucoup d’universitaires estiment en effet qu’ils n’ont pas à répondre à ce genre de provocations. C’est une lourde erreur car nous ne sommes pas des chercheurs de droit divin. Nous avons des comptes à rendre aux citoyens puisque c’est grâce à leurs impôts que nous percevons nos salaires. Si, comme le dit encore Eric Zemmour, dans Le Figaro, « la plupart des historiens qui se prétendent scientifiques sont devenus de nouveaux prêtres qui servent les nouveaux dieux », autant fermer tous les départements d’histoire dans les universités. Mais si le métier de journaliste se résume à faire la promotion commerciale de la prose des pamphlétaires nationalistes parce que c’est bon pour l’audience, autant fermer aussi les écoles de journalisme et recruter des animateurs en CDD.

    Le grand point commun entre les dirigeants populistes qui sont aujourd’hui au pouvoir dans le monde, c’est que leur nationalisme s’accompagne toujours d’un puissant anti-intellectualisme. Si on laisse le champ libre à Zemmour pour labourer le terrain, il ne faudra pas s’étonner du résultat. Marc Bloch a écrit son Apologie pour l’histoire ou métier d’historien (1949), livre dans lequel il défend le métier d’historien, pendant la Résistance, au moment où il combattait l’occupant nazi les armes à la main. Défendre la science historique était à ses yeux, en effet, une autre manière de résister. Dans ce livre, il déplore le repli de ses collègues universitaires dans leur tour d’ivoire et leur « ésotérisme rébarbatif ». Ce qui conduit « à livrer sans défense la masse des lecteurs aux faux brillants d’une histoire prétendue, dont l’absence de sérieux, le pittoresque de pacotille, les partis pris politiques pensent se racheter par une immodeste assurance ». Et les noms qui s’imposent sous sa plume pour illustrer ce type d’histoire réactionnaire sont Charles #Maurras et Jacques Bainville, les deux « historiens » dont se réclame constamment Eric #Zemmour dans ses livres.

    #antisémitisme #islamophobie

  • Decathlon, à fond la street | StreetPress
    https://www.streetpress.com/sujet/1558715335-decathlon-fond-la-street

    « Ça représente le quartier, c’est nos valeurs. Que je perce ou pas, je vais continuer à porter ça », balance Stavo, membre de 13 Block, groupe de rap phénomène. Dans un de leurs morceaux, Zidane, ils rappent « Toujours en Quechua, taille M Quechua, taille M Kipsta ». La phrase est instantanément devenue un mème sur les réseaux sociaux. JUL, SCH, RK, Koba la D, Nihno, PLK, Sofiane, 4Keus, Naps, Zola et bien d’autres stars du rap citent régulièrement les marques du groupe Decathlon. « C’est incroyable le nombre de ref qu’on a », commente Yann Amiry, à la fois amusé et impressionné. Depuis 2 ans, il co-gère la stratégie réseaux sociaux des différentes filiales du magasin. Et sur Twitter, il est devenu une petite célébrité, à force de répondre aux rappeurs, mais aussi pour avoir géré la polémique autour du hijab de running du magasin. Résultat : le nombre d’abonnés de certains comptes Twitter de l’entreprise a bondi de 20 à 30%. S’y ajoute un capital sympathie énorme.

    « Depuis petit, on est accrochés à cette marque », explique Stavo, 25 ans, par téléphone. Le rappeur de Sevran raconte qu’enfant il avait la panoplie Kipsta pour le foot, et les vêtements Quechua pour le reste du temps. « C’est pas cher et de bonne qualité. On n’avait pas d’argent pour du Nike. Imagine, en hiver, avec 20 euros dans la poche, tu peux acheter des vêtements de randonneur et ne pas avoir froid. » Aujourd’hui, il a toute une collection de lunettes et de vestes de la marque. Récemment, il a interpellé Decathlon sur les réseaux sociaux pour réclamer un survet Quechua, « haut et bas. Faut penser aux mecs des quartiers maintenant ».

    #CM #médias_sociaux #quartiers_populaires cc @baroug

  • Facebook anéantit l’audience d’une partie de la gauche radicale
    https://www.mediapart.fr/journal/france/290819/facebook-aneantit-l-audience-d-une-partie-de-la-gauche-radicale

    Confrontée à une soudaine chute du nombre de vues de leurs publications, plusieurs pages Facebook de collectifs de la gauche radicale cherchent à comprendre ce qui leur est arrivé. Censure politique, économique, algorithmes ? Leurs questions, et celles de Mediapart, restent sans réponse.

    #INTERNET #Facebook,_gauche_radicale,_Censure,_algorithmes

    • La même chose est arrivé à la page de Nantes Révoltée qui a communiqué sur twitter ce soir :

      Comme d’autres pages militantes, nous vous annonçons ce soir que Nantes Révoltée vient d’être totalement déréférencée de facebook. 99% de chute d’audience d’un coup.
      On vous invite donc à suivre notre site internet, en attendant qu’on trouve une solution.
      https://twitter.com/Nantes_Revoltee/status/1167175023699877891
      Quelques stats. Depuis ce soir, on passe donc de, entre 30 et 300 000 personnes touchées par article à ... 52 personnes touchées pour notre dernière publication. Audience quasiment divisée par 1000.
      https://twitter.com/Nantes_Revoltee/status/1167181464338911232

      bon, ce qui est ballot c’est de ne pas avoir mis l’adresse du blog https://www.nantes-revoltee.com dans le message et que la bio du compte renvoie vers la page facebook. Mais au moins, depuis plusieurs moins, Nantes Revoltée utilisait enfin son blog de manière de plus en plus active hors facebook pour renvoyer vers ses articles...

      Lorsque je faisais partie de l’équipe de gestion de la page de soutien à la zad NDDL, nous avions déjà remarqué des soucis, mais c’était surtout dû au fait que nous ne correspondions pas aux attentes commerciales de facebook, avec beaucoup de publications automatisées depuis les blogs de la lutte et des liens qui incitaient donc à sortir de facebook. Il y a eut quelques cas pendant lesquels on a soupçonné une censure, mais extrêmement rares et improuvables. Je me permets de "libérer" l’article complet de médiapart :

      Facebook anéantit l’audience d’une partie de la gauche radicale
      Par Géraldine Delacroix

      Confrontée à une soudaine chute du nombre de vues de leurs publications, plusieurs pages Facebook de collectifs de la gauche radicale cherchent à comprendre ce qui leur est arrivé. Censure politique, économique, algorithmes ? Leurs questions, et celles de Mediapart, restent sans réponse. Ils s’appellent Lille insurgée, Bretagne noire, Collectif Auto Média énervé, Cerveaux non disponibles, Groupe Lyon Antifa…

      Plusieurs collectifs qui administrent des pages Facebook font état depuis quelques jours de la chute libre du nombre de vues sur leurs publications, alors qu’elles touchaient jusque-là des milliers de lecteurs, souvent des dizaines de milliers, parfois des centaines.
      Pour ces groupes qui partagent des informations sur les mouvements sociaux et se présentent comme très à gauche, le soupçon est fort d’une censure politique, pour les uns avant le G7, pour les autres après qu’ils ont partagé, en début de semaine, un article d’Indymedia Nantes. Le site affirme qu’une militante bien connue des mouvements de « gilets jaunes », notamment à Toulouse, et des organisations présentes au contre-sommet de Biarritz serait en réalité une policière infiltrée.

      Cerveaux non disponibles
      Paul* est fondateur et administrateur des Cerveaux non disponibles, « collectif qui a pour ambition de relayer des contenus (articles, vidéo, photos) alternatifs mais aussi d’en produire ». Après une époque où la page Facebook du collectif se contentait de partager ses lectures, les choses ont changé avec le mouvement des gilets jaunes : « On a rapidement pris position, écrit des textes, on est globalement marqués à gauche, gauche radicale, on a appelé à rejoindre les gilets jaunes… On est sortis du cadre, on a écrit nous-mêmes. Aujourd’hui, on est entre un média et un relais d’infos. »
      La chute du nombre de vues des publications de la page Cerveaux non disponibles.
      Quand un utilisateur ou une utilisatrice se connecte sur son compte Facebook, il ou elle voit apparaître dans son « fil d’actualités » une sélection algorithmique des
      publications de ses ami·e·s, des groupes auxquels il ou elle appartient, des pages qu’il ou elle suit. Depuis le mercredi 22 août, explique Paul, « [la]page [des Cerveaux non disponibles] a perdu la quasi-totalité de son audience : 200 personnes touchées par post, alors qu’on est habituellement sur une moyenne de 20 000 par post (avec des pics à 300 000) ». « Ce n’est jamais arrivé », ajoute-t-il.
      Dans un billet de blog publié dès le 23 août sur Mediapart, Zazaz, lectrice habituelle de la page, témoigne de la disparition des Cerveaux non disponibles : « Ça faisait plusieurs jours que je ressentais un vide, quelque chose me manquait, mais je n’arrivais pas à déterminer vraiment de quoi il s’agissait. Ce matin, j’ai compris, la disponibilité de mon cerveau à une autre information était censurée. » L’administrateur envisage une explication possible : « Il y a 10 jours, quelqu’un a fait une réclamation sur une vidéo pour atteinte au droit d’auteur. »
      « Forcément, on se demande ce qui se passe. Est_ce que d’autres ont ce même problème ou est-ce que c’est seulement des pages militantes ? Le silence de Facebook alimente les questions, c’est hyper opaque et très difficile, s’interroge Paul. On peut aussi se dire que ç’a été discuté en interne puisqu’on sait qu’ils discutent avec le gouvernement. Il suffit d’un employé de Facebook qui a eu des consignes orales… »

      L’administrateur de la page a bien tenté de contacter Facebook et posé cette question : « Depuis quelques jours, et surtout hier, nous avons constaté une très forte baisse de la visibilité de nos posts (près de 95 % de moins qu’en moyenne !). Pourriez-vous nous expliquer les raisons de ce changement brutal ? Et nous dire comment y remédier ? Notre média étant particulièrement axé sur le traitement de l’actualité médiatique, il est très problématique pour nous de ne pas pouvoir toucher notre public au moment d’un événement aussi important que le sommet du G7.
      Merci d’avance pour votre compréhension et votre retour. »
      Réponse : « Votre avis sera utilisé pour améliorer Facebook. Merci d’avoir pris le temps de nous envoyer votre signalement. »« Une réponse automatisée », « qui n’est même pas adaptée… », souligne Paul. « L’idée d’être moins dépendant de Facebook » avait déjà conduit le groupe à créer son propre site : « Pour nos textes importants et nos vidéos : on n’a pas envie de tout perdre si la page est supprimée. »
      Jeudi 29 août, alors que Mediapart avait contacté Facebook la veille pour obtenir des explications, la page commençait à reprendre des couleurs, et des abonnés témoignaient de ce que ses publications étaient réapparues dans leur fil. Faut-il y voir un lien de cause à effet ? « Cela semble revenir depuis ce matin. Pas autant qu’avant le 22 août, mais largement mieux que depuis une semaine. Sans raison ni explication », nous dit un membre du collectif.

      Collectif Auto Média énervé
      Basé à Toulouse et « fondé en 2016 pendant la loi travail », le Collectif Auto Média énervé s’appelait il y a encore deux semaines le Collectif Auto Média étudiant. C’est mardi 27 août que ses difficultés ont commencé, « une forme de censure », regrette Léon*, un des animateurs du groupe. « On a publié l’article sur l’indic à Toulouse et au contre-sommet, suite à ça on a été de suite déréférencés de Facebook…, nous explique-t-il. D’un coup, on n’apparaît plus sur le fil d’actu des personnes, même moi je ne vois plus les posts qu’on fait… »
      Confronté à la disparition de ses lecteurs pour la première fois, le collectif a tenté de contacter Facebook, puis « supprimé le post qui pouvait poser problème » : « Si jamais ça pouvait résoudre le problème… On s’est dit que c’est peut-être des algorithmes… »
      Jeudi 29, Léon a trouvé un message de Facebook daté du 27 et titré : « Your page has a breach » (« Votre page est en infraction »), dans lequel le réseau social explique qu’un contenu a été supprimé car il allait à l’encontre des « standards de la communauté », mais sans préciser de quel contenu il s’agit. Le collectif n’avait pas eu de problème pendant le G7 : « On a vachement produit sur le G7 en photos ; on a écrit des petits articles, qui ont fait plusieurs centaines à plusieurs milliers de vues. Le dernier truc, c’est quatre personnes ! Les stats ont été constantes jusqu’au G7, puis en hausse parce qu’on a couvert le G7, puis c’est redescendu après et aujourd’hui on n’a plus rien… »
      « On reste radicaux », admet Léon, mais le groupe se veut sérieux et prudent : « On partage de l’info, on recoupe, on vérifie, on floute les visages, que ce soit ceux des flics ou des manifestants ; on fait attention, on travaille avec des avocats. »

      Lille insurgée
      Léon ne voit plus les publications de Lille insurgée. Car le groupe lillois rencontre les mêmes difficultés : « Avant, on faisait plusieurs dizaines de milliers de personnes (28 000 vues, 68 000 vues) et là, on passe à 400 vues depuis les 22-23 août », témoigne un membre du collectif, Camille*. La rencontre Macron-Poutine, « c’est la dernière publication qui fait pas mal de vues ».
      La chute du nombre de vues des messages de la page Lille insurgée. Fataliste, le collectif a « juste interrogé le compte Twitter de Facebook. On sait pas trop quoi faire, on sait pas trop comment faire pour les contacter, je vois pas l’intérêt ».
      En l’absence de justification, d’éléments de compréhension, les hypothèses fleurissent : « Une possibilité, c’est que Facebook ait envie de nous inciter à faire de la pub. Donc ils nous coupent notre audience pour qu’on prenne de la pub. » Mais « si c’est une censure délibérée, il y a un lien avec le G7, forcément ».
      Sur Twitter, le Groupe Antifa Lyon relaie les Lillois et fait le même constat :
      Bretagne noire, habitué à ce genre de traitement, a invité dès le 25 août à se rendre sur sa deuxième page :
      « [INFO] Vous l’avez peut-être remarqués, cette page-ci est une nouvelle fois censurée, nous vous invitons donc à rejoindre notre 2nde page
      Merci à vous tous pour vos messages de soutien. »
      Contacté par Mediapart mercredi après-midi, Facebook nous a fait savoir le lendemain en début de soirée ne pas être en mesure de donner une réponse précise dans ce délai, et réserver les explications circonstanciées aux administrateurs des pages concernées.

      Boite noire
      Cet article a été mis à jour après sa parution avec la réponse de Facebook.
      Nos interlocuteurs ont été joints par mail et téléphone mercredi 28 et jeudi 29 août.
      * Certains prénoms ont été modifiés.

    • Ce n’est pas tout à fait pareil : #Google a exclu de la liste des sites web qu’elle consultait pour faire sa revue de presse les sites qu’elle considérait comme non-fiable, dont des sites d’extrême gauche. C’est scandaleux, mais c’est « officiel ». #Facebook a modifié son algorithme secret qui fait que des pages disparaissent sans aucune justification...

    • Je ne suis pas étonnée et je n’ai toujours pas compris comment on peut se revendiquer de gauche et utiliser facebook. C’est confondre la maison des associations avec la place beauvau. Et je désespère de voir encore des groupes organiser des actions sur Gmail ou ne pas retirer leur batterie de téléphone lors des réunions.

      #boycott_facebook

    • Article, même on peut dire communiqué, de Nantes Révoltée sur le sujet : https://www.nantes-revoltee.com/facebook-censure-t-il-les-medias-independants

      Nantes Révoltée n’est pas seule : il semble que cette invisibilisation touche d’autres pages facebook de médias indépendants : Lille Insurgée, ou Cerveaux non Disponibles, entre autres. C’est une censure qui ne dit pas son nom, une manœuvre ambivalente et sournoise. La page n’est pas supprimée, il ne s’agit donc pas d’une véritable censure. Elle est « déréférencée » : elle n’apparaît plus sur les comptes de ses abonnés. C’est comme couper l’électricité d’un concert mais dire au chanteur qu’il peut continuer sans micro : il ne sera plus entendu que par le premier rang. Le concert ne sera pas pour autant interdit. La sournoiserie est la marque du régime en place.

    • analyse de Benjamin Bayart sur la question :

      Un certain nombre de pages militantes, ancrées très à gauche, ont perdu quasiment tout leur lectorat (chute de 99,9% dans au moins un cas) autour de la période du G7. (L’article de Mediapart est intéressant à lire). Analysons un peu...
      La baisse d’audience (les messages postés sur les pages en question ne sont plus affichés, ou quasiment plus) est un fait.
      On peut décider d’y voir des choses, des explications, des interprétations.
      Le plus évident est de se dire « Ah les salauds, c’est la censure ». Soit à supposer que le Gouvernement a demandé à Facebook de couper. Soit à supposer que Facebook a décidé tout seul de couper. Cette une analyse possible, mais elle est tout sauf certaine, et hasardeuse à prouver.
      En effet, l’autre piste est que ce soit (plus ou moins) automatique : l’audience des pages très à gauches monte en flèche autour du G7, or au-delà d’une certaine audience Facebook coupe/ralenti et demande des sous pour diffuser (faut bien vivre...)
      Mais ce qui m’intéresse là-dedans, c’est le rôle de l’intermédiaire technique. Vis-à-vis des pages en question, et vis-à-vis des lecteurs. Donc, on découpe ça en deux temps.
      Du point de vue des gens qui font la page Facebook en question, on peut les considérer comme un média, un journal militant. Facebook est alors leur diffuseur. Je ne suis pas certain du tout que le contrat de service, même implicite, soit clair.
      Genre un contrat qui dit « jusqu’à XXX objets affichés chez vos lecteurs, c’est gratuit, au-delà il faut payer X euros pour Y affichages ». Ce serait un contrat de diffusion, clair, piloté, affiché. Où du coup Facebook aurait tout intérêt à être clair.
      Or les animateurs de ces pages se posent la question de « pourquoi ça coupe ? ». Ça montre bien que le contrat n’est pas clair, ou n’est pas clairement compris. On est dans une relation malsaine de dépendance, mal affichée, donc impossible à traiter sereinement.
      Prenons maintenant le point de vue des lecteurs. Ce sont des particuliers, des quidams, qui ont cliqué sur « je souhaite recevoir ce que diffuse cette page pour me tenir informé ». Le contrat qui les lie à Facebook est encore plus flou que celui entre Facebook et la page.
      Ce contrat implicite dit « En échange de ta vie privée, et du droit de te manipuler en permanence pour le plaisir de mes clients publicitaires, je te donne accès aux contenus que les autres publient et que tu as envie de voir ».
      Or ce contrat tacite est rompu : les lecteurs ont souhaité recevoir ces flux d’information, et ne les reçoivent plus, sans la moindre petite explication. Juste, curieusement, le silence. Mais du silence pas trop visible, rien qui dise « On a coupé tel fil ».
      Si on suppose que c’est une censure « politique » (qu’elle soit gouvernementale, ou d’entreprise), on a atteint un sommet, cette censure est le fait d’une décision silencieuse, non affichée, donc impossible à contester. L’exact contraire de la notion d’état de droit.
      C’est ce qui me fait douter que ce soit une censure politique. Qu’une trace, n’importe laquelle, sorte dans la presse, et ça va être la java des tribunaux pour les fonctionnaires impliqués.
      Une censure de l’entreprise ? Moui. Techniquement possible
      Si c’est une coupure technique, genre un quota de diffusion et Facebook veut des sous, c’est épouvantablement malsain, parce que ce n’est pas assumé, pas affiché, pas négocié. C’est le contraire d’un contrat, en fait.
      Un contrat, c’est un truc théoriquement négocié, entre deux parties qui peuvent en choisir les termes, et accepter ces termes librement. Bon, de nos jours un contrat c’est un truc que t’impose un fournisseur avec qui tu ne peux pas discuter.
      Essayez de discuter les termes de votre contrat d’abonnement à EDF, par exemple.
      Mais... ce contrat est connu, affiché, assumé. Revendiqué, même.
      Quand une entreprise normale fait une offre gratuite jusqu’à XX, puis payante au delà, elle est ravie de vous envoyer une facture en PDF tous les mois disant « c’est gratos, t’as vu, ch’uis gentil ». Et donc, par là, affiche les limites et le fait honnêtement.
      Comme je suis plutôt gentil, je suppose que ce n’est pas une censure gouvernementale (ce serait trop grave), ni d’entreprise (quel serait leur intérêt ?), mais bien la relation pourrie d’une entreprise sans morale avec le monde qui l’entoure.
      C’est pas que ce soit nouveau.
      Mais c’est intéressant quand ça se voit bien.
      Ils vous méprisent. Vous lecteurs, qui êtes leur marchandise. Vous auteurs, qui attirez les lecteurs. Ils vous méprisent. Et vous maltraitent. Et cependant vous restez... piégés.
      Triste monde.
      On a proposé au Gouvernement une porte de sortie de ce monopole piégeux et malsain : l’interopérabilité.
      La réponse du ministre : il craint que ce ne soit trop agressif pour le modèle économique des grands groupes américains concernés.
      Voilà.

      https://twitter.com/bayartb/status/1167478087031906306
      cc @stephane @hlc

    • https://www.businessinsider.fr/facebook-est-aussi-nefaste-pour-vous-que-fumer-selon-experts-tech

      « Ça crée une dépendance, ce n’est pas bon pour vous, il y a des gens qui essaient de vous faire utiliser ce réseau, même si vous ne comprenez pas ce qui se passe », avait-il déclaré (Marc Benioff ).

      Depuis, Facebook a continué à être utilisé comme un outil d’ingérence démocratique et a été au centre de scandales mondiaux liés aux données, notamment la fuite de Cambridge Analytica. Et les personnes à qui Benioff donne du mérite pour l’avoir aidé à se faire entendre sont plus convaincus que jamais que Facebook est aussi néfaste pour la démocratie que fumer l’est pour la santé, et que des mesures s’imposent.

      #The_Great_Hack

  • Intersectionnalité
    http://mouvements.info/intersectionnalite

    À l’automne 2018, l’historien Gérard Noiriel a publié sur son blog personnel1 un long texte particulièrement relayé et discuté parmi les chercheur.e.s en #sciences_sociales sur les réseaux sociaux. Il y commente la controverse entre Mark Lilla et Eric Fassin au sujet du concept de « #gauche_identitaire » et élargit son propos à l’écriture de l’histoire des #classes_populaires. Il reprend notamment une idée développée dans l’introduction de son nouveau livre, Une histoire populaire de la France : « la crise du mouvement ouvrier a considérablement affaibli les #luttes_sociales au profit des conflits identitaires. Le projet d’écrire une #histoire_populaire du point de vue des vaincus a été accaparé par les porte-parole des #minorités (religieuses, raciales, sexuelles) pour alimenter des histoires féministes, multiculturalistes ou postcoloniales, qui ont contribué à marginaliser l’histoire des classes populaires. Il suffit de consulter la bibliographie des articles et ouvrages publiés en histoire ces dernières années ou de regarder les recrutements sur des postes universitaires pour être convaincu de cette remarque »2. L’accueil enthousiaste de ce texte auprès de certain.e.s chercheur.e.s en sciences sociales nous a étonné.e.s et interpellé.e.s. En tant que chercheur.e.s travaillant sur ces questions, il nous était difficile de rester silencieux/euses, pour au moins deux raisons.

    Dossier #intersectionnalité (lu que l’intro) #genre #minorités

  • Tarantino à Hongkong (Les blogs du @mdiplo, 26 août 2019)
    https://blog.mondediplo.net/tarantino-a-hongkong

    Le propre des mythes est d’être toujours un peu dans l’air du temps. Bruce Lee est mort en 1973, mais il défraie toujours la chronique. Ces dernières semaines, l’artiste martial a resurgi deux fois coup sur coup dans l’actualité : lors des manifestations à Hongkong, et dans le dernier film de Quentin Tarantino.

    Avec ce commentaire de @cie813 :

    Heureusement que tu parles de Bruce Lee et non de Tarantino, contrairement à ce que laisse entendre le titre... je trouve le film très mauvais - inspiration en panne, recyclage sans fond, parodie de parodie de parodie, énième degré, etc, bref bien adéquat à notre époque pourrie.

    #shameless_autopromo

  • Le gouvernement secret (3/5) : Témoignage d’un ancien agent du service de la #DGSE https://www.franceculture.fr/emissions/matieres-a-penser/le-gouvernement-secret-35-temoignage-dun-ancien-agent-du-service-de-la
    http://rf.proxycast.org/1606578586007904256/16274-21.08.2019-ITEMA_22128844-0.mp3

    « On voit aussi des choses très très très négatives (…) La violence ? Mais à la limite la #violence c’est un sous produit de défauts humains qui sont la cause profonde d’un certain nombre de situations désagréables à gérer. Donc la violence n’est pas le dernier problème, c’est « ce pour quoi on est violent » ? Exactement, c’est « ce pour quoi on est parfois obligés d’être violent. La violence, on l’anticipe. J’ai jamais été très affecté par la violence, mais beaucoup plus par les facettes les plus noires de l’âme humaine, qu’on est obligés de travailler au corps, parce qu’on joue, c’est un des leviers, qui est la matière même de notre métier ». (vers 14’30)

    #services_secrets

  • G7 : Mediamanif.com la cartographie collaborative mise à jour

    Des icônes figurent désormais à gauche de la carte et vous permettent de visualiser directement la situation à Biarritz, à Hendaye ou à Paris (en cas de diversion).

    Rappelons-le, Mediamanif.com est un site collaboratif, une sorte de Waze pour manifestants consciencieux, sa fiabilité repose en partie sur le nombre d’utilisateurs qui confirment et mettent à jours les informations, il n’est donc pas inutile d’en partager l’adresse.

    Pour plus d’informations : https://lundi.am/MediaManif-com-une-cartographie-collaborative-des-gilets-jaunes

  • Incessants débats ici : l’effondrement est-il imminent ? Quelles sont ses causes ? Quelles sont les solutions ? Est-il utile de le dénoncer ? Est-il encore possible de l’éviter ou faut-il plutôt préparer l’après ? N’y a-t-il pas de solutions individuelles en attendant un hypothétique renversement du système ?

    J’avoue être convaincu, par des articles lus ici, de la relative inutilité des actions individuelles, mais je dis bien « relative » car ici #Titiou_Lecoq, que j’aime bien et qui n’est pas naïve, pointe les avantages de telles actions, indépendantes de celles que chacun.e peut proposer par ailleurs pour renverser le capitalisme :

    Je n’ai pas investi dans un lombricomposteur pour m’acheter une bonne conscience
    Titiou Lecoq, Slate, le 26 octobre 2018
    http://www.slate.fr/story/169083/ecologie-achat-lombricomposteur-geste-individuel-conscience-politique-planete-

    Ce qu’on entend chez une partie de la gauche, c’est que ce serait inutile, et même pire, contre-productif. Le problème écologique étant indissociablement lié au capitalisme, nous serions des idiots utiles en nous focalisant sur des micro-actions individuelles qui ne changent rien. L’idée est qu’on s’achète ainsi une bonne conscience (« moi j’ai fait ma part ») et qu’on laisse le système perdurer en toute tranquillité.

    Il y a angoisse, il y a prise de décision individuelle du type « on va réduire nos déchets », mais ça ne s’arrête pas là, ce n’est que le démarrage d’un long processus.

    On l’ajoute à la troisième compilation :
    https://seenthis.net/messages/680147

    #effondrement #collapsologie #catastrophe #fin_du_monde #it_has_begun #Anthropocène #capitalocène