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récoltes et semailles

  • After Iran, gold is looking less glittery (The Economist, 30 mars 2026) https://www.economist.com/finance-and-economics/2026/03/30/after-iran-gold-is-looking-less-glittery

    In the fortnight to March 20th Turkey sold $8bn-worth of gold to prop up the lira. India may be doing something similar. The governor of Poland’s central bank recently mused about locking in some of the profits from the run-up to help bankroll defence spending. Other such opportunistic divestments would explain some of the latest drop.

    Yet neither rising real yields nor central banks’ sales fully explain gold’s recent behaviour. Another explanation of what is going on with gold is to think of it as becoming like the asset that was meant to replace it. Bitcoin was once heralded as “digital gold”—a haven protecting investors against inflation and profligate governments, and insulated from the long arm of Uncle Sam. Instead it developed the unfortunate habit of trading in line with the market’s basest, speculative animal spirits.

    Now gold, too, is looking like a meme trade. Its rise, by some 60% between last summer and late February, coincided with a boom in gold exchange-traded funds. These increased their holdings by 25% in the past year, to around 4,200 tonnes. Its fall is being accelerated by some of those speculative bets being rapidly unwound.

  • (...) La France insoumise pourrait être dissoute. Et ceux qui contemplent éberlués ces hypothèses comme fantasmagories délirantes n’indiquent rien d’autre que leur incompréhension profonde des processus en cours. Dans les situations « propices », les incendies de Reichstag n’ont jamais cessé d’être disponibles. Pour prendre la mesure de pareils événements, l’analyse des processus doit être complète, or elle ne peut l’être que dans la compréhension de toutes les forces à l’œuvre : c’est-à-dire celles de toutes les structures. Les structures sociales, en premier lieu, mais relayées par les structures psychiques qui leur sont adéquates. C’est quand l’analyse est complète que la mesure des possibilités institutionnelles restantes redevient exacte. Nous savons déjà qu’elles passeront nécessairement par la constitution d’une force oppositionnelle aussi massive que radicale. Et, autrement, qu’il faudra se préparer à envisager des réponses extra-institutionnelles.

    On ne propose donc pas de rétablir la psychanalyse sous sa forme montagne magique, où la bourgeoisie internationale, réunie dans un sanatorium aux « excellentes chaises longues », se dissèque l’âme pendant que s’organise la marche à la guerre. Bien au contraire : la psychanalyse, pour autant qu’elle soit préoccupée d’une saisie matérialiste des forces politiques, est indispensable pour éclairer les voies des catastrophes en train d’advenir — et pour s’en prémunir.

    In. « Psychés débridées pour capitalisme déchaîné », par Frédéric Lordon & Sandra Lucbert, Le Monde diplomatique, janvier 2026 https://www.monde-diplomatique.fr/69186

  • « Les Orphelins », d’Éric Vuillard : le pauvre gosse et la méthode de l’écrivain | France Culture @lucile
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-regard-culturel/le-regard-culturel-chronique-du-jeudi-19-fevrier-2026-4160478

    L’auteur de 14 juillet publie chez Actes Sud un récit centré sur la figure de Billy the Kid, petit voleur et vagabond devenu célèbre, et en fait un curseur affectif de la montée du capitalisme aux États-Unis.

    Intitulé Les Orphelins, et sous-titré Une histoire de Billy Bud, le livre d’Éric Vuillard tourne autour de ce qui est, un vide ou un trop-plein : la figure de Billy the Kid, gamin paumé de l’Amérique de la fin du 19ᵉ siècle, bandit, voleur, tantôt à la solde des puissants tantôt à leur barbe, mort à guère plus de vingt ans dans une embuscade tendue par le même shérif qui ensuite écrivit sur lui une pièce de théâtre à grand succès. Billy the Kid, on connaît tous la mine hollywoodienne sous des traits d’acteurs plus ou moins connus, et qui, à force d’avoir été enseveli sous la mythologie, est devenu une fiction parmi d’autres dans la grande histoire américaine. Billy the Kid à qui Éric Vuillard tente de donner sa petite histoire à lui – parce qu’il semble que sur la figure de cet orphelin misérable la méthode Vuillard achoppe, elle s’enraye – le récit est sans doute moins brillant, moins gourmand de lui-même que ses précédents, et a quelque chose de décevant. Mais c’est probablement fait exprès, et significatif d’un projet littéraire toujours politiquement parfaitement droit.

    Je parle de « méthode Vuillard » car sans nul doute il est de ces écrivains qui ne la cachent pas : il travaille en chercheur, fouine dans les recoins de la grande histoire pour exhumer des lieux parallèles, des personnages secondaires, des objets et des dates apparemment moins cruciaux pour en représenter tournants et mouvements : la prise de la Bastille avec 14 juillet, le début de la seconde guerre mondiale avec L’Ordre du jour (prix Goncourt 2017), notamment. Toujours, il s’agit de mettre à nu des mécanismes de domination, d’articuler les idéologies et les intérêts économiques, et de rendre justice aux petits – de la même manière que la méthode Vuillard se donne limpidement, le projet politique est clair et net. Billy the Kid constitue dans ce projet un personnage naturel : Eric Vuillard fait de lui la victime d’un système qui se met spectaculairement en place, en ce lendemain de guerre de Sécession : la collusion entre un projet colonial et génocidaire, l’essor de la démocratie des notables et l’entreprise capitaliste.

  • Star Wars: Andor’s Tony Gilroy Gives Interview He Couldn’t Before
    https://www.hollywoodreporter.com/tv/tv-features/andor-creator-tony-gilroy-gives-the-interview-1236510166

    (...) So I’m not sure if we’ll ever see something like Andor again — made live, not by AI. Will someone ever spend that kind of money to make something live again [on streaming]? I don’t know if that will ever happen again, but what a great thing it is to be able to have done it. We got away with it, and we feel pretty good about it.

    #fascisme

    « Aujourd’hui, avec la totalisation des contrôles, c’est l’autre côté qui a l’initiative. Un nouveau système social est peut-être en train de naître : un régime néo ou semi-fasciste avec de larges assises populaires. Certains signes pointent dans cette direction : le rétrécissement de l’expansion capitaliste, la croissance de la population dépendante, la contagion de la violence, le racisme endémique, la concentration des armes d’annihilation, la corruption qui infecte l’ensemble du procès démocratique. Contre le spectre du fascisme à l’américaine, la gauche, rongée par ses divisions, sans organisation efficace, livre un combat très inégal. Son arme principale reste l’éducation politique — la contre-éducation — dans la théorie et dans la pratique : longue et pénible opération qui consiste à faire prendre conscience aux gens que les répressions qu’exige le maintien de la société établie ne sont plus nécessaires, et qu’il est possible de les abolir sans pour autant les remplacer par un autre système de domination » (Marcuse).

    Ces conclusions de Marcuse apparaissent comme le point de départ des analyses que Bertram Gross consacre au « fascisme à visage humain » dans un ouvrage, largement ignoré par la presse américaine, qui porte le titre de Friendly Fascism (2) — le fascisme amical — par opposition au fascisme classique d’un Hitler ou d’un Mussolini. On ne trouve pas ici de schématisation irritante : l’Amérique des années 80 n’est certes pas la réplique de l’Allemagne des années 30 et le « fascisme » à l’américaine — s’il l’emportait — ne saurait être assimilé au fascisme historique. Ce sont les aspects multiples et contradictoires du nouveau visage du pouvoir aux Etats-Unis qui sont analysés ainsi que leurs incidences sur la vie démocratique.

    Professeur de sciences politiques à l’université de la ville de New-York, Bertram Gross étudie, depuis de nombreuses années, ce concept de « fascisme multi-ethnique, superdémocratique, style Madison Avenue » (3). Conseiller auprès des administrations Roosevelt et Truman pour les problèmes d’urbanisme, de planification et de contrôles des prix, puis secrétaire général de 1946 à 1951 de la Commission des conseillers économiques du président (Council of Economic Advisors), Gross est le principal artisan des deux projets de loi sur la garantie de l’emploi : celle de 1946 sur le plein emploi, et la loi Humphrey-Hawkins de 1978, votées sous des formes si édulcorées qu’elles entrent dans le domaine de ce que le politologue américain appelle la « signification symbolique », l’une des armes du système.

    (marrant à lire après cinquante ans)

  • La crise financière qui vient, par Frédéric Lordon (16 mars 2026)

    Il avait fallu qu’une pleine année s’écoule pour passer des premières secousses de Bear Stearns en 2007 à l’effondrement de Lehman en septembre 2008. Michael Burry, immortalisé par The Big Short, avait dû attendre pour que ses positions short finissent par payer. Le dialoguiste lui met dans la bouche cette réplique fameuse : « I may be early but I’m not wrong ». Accessoirement, le Michael Burry d’aujourd’hui a massivement désinvesti pour retourner au cash, comme Warren Buffet... On ne prendra pas les oracles pour argent comptant, mais il y a quand même comme qui dirait un « tableau ».
    https://blog.mondediplo.net/la-crise-financiere-qui-vient

    Accessoirement, Michael Burry a shorté massivement Nvidia et autres géants de l’IA : https://www.lesechos.fr/tech-medias/intelligence-artificielle/apres-avoir-parie-a-la-baisse-contre-nvidia-et-palantir-le-celebre-investis

  • Palantir CEO Makes Shocking Confession on Disrupting Democratic Power
    https://www.yahoo.com/news/articles/palantir-ceo-makes-shocking-confession-160030835.html

    Palantir CEO Alex Karp thinks his AI technology will lessen the power of “highly educated, often female voters, who vote mostly Democrat” while increasing the power of working-class men.

    “This technology disrupts humanities-trained—largely Democratic—voters, and makes their economic power less. And increases the economic power of vocationally trained, working-class, often male, working-class voters,” Karp said in a CNBC interview Thursday. “And so these disruptions are gonna disrupt every aspect of our society. And to make this work, we have to come to an agreement of what it is we’re going to do with the technology; how are we gonna explain to people who are likely gonna have less good, and less interesting jobs.”

  • Clémence Guetté ou l’impasse bureaucratique de LFI – Créteil Insoumise (janvier 2026)
    https://www.insoumisdecreteil.fr/2026/01/12/clemence-guette-ou-limpasse-bureaucratique-de-lfi

    Fin 2021, Clémence Guetté, après un début de carrière dans l’appareil politique LFI suite à des études notamment à Science Po, cherche à s’implanter politiquement après un échec aux élections régionales dans la région Aquitaine. Elle est alors en concurrence féroce avec David Guiraud qui lorgne également sur la circonscription qui selon les sondages est acquise à notre mouvement. Lors d’une rencontre à l’Assemblée nationale sous l’égide de Mathilde Panot, il est proposé à Thomas Dessalles, tête de liste LFI aux municipales 2020 à Créteil, d’être le suppléant sur la circonscription n° 2 du Val-de-Marne réunissant les villes de Créteil, Orly, Choisy-le-Roi.

    Les insoumis.e.s de Créteil se réunissent et décident de refuser cette proposition car ils n’acceptent pas la méthode du parachutage alors qu’une implantation s’est construite progressivement, depuis la création du mouvement en 2016, de l’excellent résultat aux législatives de 2017 où nous passons devant le PS, et suite aux élections municipales de 2020. Le travail programmatique de Clémence Guetté était certes reconnu par toutes et tous mais son parachutage apparaissait comme une reproduction des réflexes des vieux partis de la Vème République qui entretiennent une classe politique professionnelle.

    Après une première assemblée générale de circonscription qui montrait les fortes réticences pour une telle opération, le comité électoral au service de la direction nationale décida d’accélérer la procédure. Sans aucune autre discussion collective, ils imposent Clémence Guetté comme candidate pour les législatives. Un insoumis de Choisy-le-Roi est désigné alors comme son suppléant car il ne voit rien à redire à ces méthodes et trouve son profit politique à accepter ce parachutage.

    De nombreus.e.s insoumis.e.s de Créteil, d’Orly et de Choisy s’éloignent alors du mouvement face à cette première brutalité politique qui méprise toute délibération collective sérieuse.

    Lors des présidentielles de 2022 et avant même que Clémence Guetté ne mette un pied à Créteil, le travail militant réalisé depuis de nombreuses années permet de constaterla progression la plus importante au sein du département du Val-de-Marne. Ainsi, Créteil apparaît comme la ville où la progression est la plus forte en voix et en pourcentage dans les 26 villes où Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête pour l’élection présidentielle de 2022. C’est sur cette dynamique populaire et militante que Clémence Guetté arrive et se fait élire sans problème.

    En responsabilité, les militant.e.s de base ont tendu immédiatement la main à Clémence Guetté suite à son élection pour tourner la page de ce coup de force et engager un travail en complémentarité, dans l’intérêt du mouvement LFI et de l’alternative politique que nous portons. Une assemblée générale est organisée avec les militant.e.s pour tenter de tirer les bilans de la séquence électorale qui a profondément divisé. Ce sera la première et la dernière réunion collective interne avec tous les insoumis.e.s de Créteil, où Clémence Guetté accepte d’être présente.

    Cette tribune a valu à son auteur d’être mis à pied par le parti. C’est dans Le Parisien : « Municipales à Créteil : après la tribune “Clémence Guetté ou l’impasse bureaucratique”, deux historiques de LFI suspendus » https://www.leparisien.fr/val-de-marne-94/municipales-a-creteil-apres-la-tribune-clemence-guette-ou-limpasse-bureau

    Est-ce l’insoumission de trop ? Jean-Louis Héricher et Thomas Dessalles - tête de liste de La France Insoumise (LFI) aux municipales 2020 à Créteil - ont été suspendus du mouvement le 23 janvier dernier. À l’origine de ce que certains présentent comme une purge : un long article, publié le 12 janvier sur le site Internet Créteil insoumise , au titre coup de poing : « Clémence Guetté ou l’impasse bureaucratique de LFI ».

    Les premiers mots mettent tout de suite dans le bain, celui des élections municipales dont le 1er tour aura lieu le 15 mars prochain : « Nous savons désormais que les investitures au sein du mouvement LFI sont le moment des règlements de compte », assènent les auteurs de cette déclaration, très critiques concernant la désignation d’Abdoulbar Djaffar, 28 ans, comme tête de liste LFI à Créteil pour ce scrutin.

    « À Créteil, jamais le candidat n’a milité avec nous sur le terrain, il est un inconnu pour les militants », écrivent-ils.

    Dénonçant une mise à l’écart des « militants historiques de Créteil de la direction de la campagne LFI des municipales 2026 », ils pointent comme responsable Clémence Guetté, la députée de la 2 du Val-de-Marne (Créteil, Choisy-le-Roi, Orly). S’il y a mise à l’écart, c’est selon eux parce que ces militants « ont contesté il y a quatre ans le parachutage de Clémence Guetté et n’ont eu de cesse depuis lors de défendre une voie plus démocratique pour le mouvement ».

    Contacté, Thomas Dessalles ne dira rien de plus sur le sujet, en nous renvoyant vers la déclaration publiée voilà près d’un mois. Même chose pour Jean-Louis Héricher, qui glisse tout de même : « Nous voulons que LFI appartienne à ses membres et que les candidats aux élections soient élus par la base. Ce qui n’empêche nullement une concertation avec le départemental. »

    Face à ces frondeurs, dans l’entourage de la députée Clémence Guetté, on oppose un processus de désignation qui « est connu de tous à la France insoumise » et qui « a été respecté à la lettre ». « Plusieurs candidats se sont manifestés pour devenir chef de file à Créteil », nous explique-t-on. Parmi eux : Abdoulbar Djaffar, Thomas Dessalles, « et d’autres ».

    « Les têtes de liste de La France insoumise pour les élections municipales sont désignées par les insoumis réunis en assemblée municipale, avant validation par le Comité électoral de la France insoumise, qui tranche notamment en cas de désaccords locaux, nous explique un membre de ce comité électoral en charge du Val-de-Marne. À Créteil, cette procédure à conduit à la désignation d’Abdoulbar Djaffar comme tête de liste, à la suite de deux assemblées municipales et d’auditions par le comité électoral. »

    « Tous les militants de la ville ont été invités à venir et à participer à la discussion », ajoute ce proche de Clémence Guetté. Il précise au passage qu’« elle n’y a pas participé et n’a rien à voir dans tout cela, elle ne réside pas à Créteil ».

    Écartés « jusqu’au lendemain de l’élection municipale »

    Quant aux décisions sur ces suspensions, elles « relèvent du Comité de respect des principes de la France insoumise , selon les règles publiées en avril 2025 ». L’une d’entre elles prévoit que ce comité peut prononcer « la suspension ou l’exclusion des insoumis qui ne respectent pas les procédures d’investitures et d’organisation des assemblées municipales ».

    « En l’espèce, ce comité a été saisi par des militants locaux et a considéré que les éléments portés à sa connaissance visaient à dénigrer publiquement les candidatures désignées par la France insoumise et à faire explicitement campagne contre elles, ce qui justifiait une suspension des auteurs de cette publication jusqu’au lendemain de l’élection municipale », précise le membre du comité électoral.

    À moins de cinq semaines du 1er tour, Abdoulbar Djaffar et sa camarade tête de liste Flavie Lambelain ne dévient pas de leur route, malgré des attaques pas seulement en interne. « On reste focalisés sur le terrain et la défense du programme », assure cet enfant de Créteil.

    Lui voit « une preuve de légitimité » dans les retours que sa campagne provoque chez les habitants de Créteil rencontrés en campagne. « Il y a une formidable dynamique, apprécie celui qui espère l’emporter sur Laurent Cathala (PS), l’indéboulonnable maire de Créteil depuis près de 50 ans. Cet élan populaire, on va s’employer à l’entretenir. »

    La gauche autocannibale, épisode 2348, d’autant plus hilarant quand on sait qu’à la ville, Thomas Dessalles est inspecteur du travail et qu’en 2022, lorsqu’il « tendait la main » à Clémence Guetté, il était (hasard extraordinaire) l’inspecteur du travail du mensuel Le Monde diplomatique, alors en pleine crise. C’est lui qui, en janvier 2023, autorisa le licenciement du délégué syndical alors opposé à la direction du Diplo (premier licenciement subi de l’histoire de ce journal, créé en 1954).

  • Revoir la procédure budgétaire v/ https://substack.com/@samuellegoff
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    Clément Beaune et Benjamin Morel viennent de publier une courte note du haut-commissariat au Plan, pour revoir une procédure budgétaire qui a montré ses limites. Ils ouvrent des pistes, pour un débat qui ne fait que commencer, et qui ne pourra aboutir que lorsque la stabilité politique sera revenue, si jamais c’est encore un sujet à ce moment là.

    Ils proposent une procédure plus étalée dans le temps, au cours de l’année, avec également un cadre pluriannuel permettant de donner stabilité et visibilité à la politique fiscale. Ils souhaitent fusionner PLF et PLFSS et supprimer l’article 40 de la Constitution, qui contraint la recevabilité financière des initiatives parlementaires. Enfin, ils suggèrent qu’il seront bon de clarifier les procédures exceptionnelles, comme la loi spéciales ou les ordonnances de l’article 47 de la Constitution.

    https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/2026/2026-01-15+-%20PDV%20-%20Proc%C3%A9dure%20budg%C3%A9gtaire/HCSP-2026-POINT-DE-VUE_Proc%C3%A9dure%20budg%C3%A9taire_16janvie

  • À propos des mails dévoilés de Jeffrey Epstein, cet article (accessible seulement ce week-end) a le mérite de poser les mots sur ce que nous pressentions depuis fort longtemps en explicitant une collusion entre des acteurs de tout bord et de toute « profession », celles ou ceux que nous appelons communément les « élites ».
    Petite remarque : quand dans l’article on nous parle de « capital intellectuel » chez ces gens-là, je préfèrerais lire « capital lucratif » au service d’un réseau de connivences.

    Ce que les e-mails de Jeffrey Epstein révèlent d’une élite américaine qui a perdu pied
    https://www.courrierinternational.com/long-format/analyse-ce-que-les-e-mails-de-jeffrey-epstein-revelent-d-une-

    Ce que ces correspondants avaient en commun, c’était d’appartenir à une élite résolument contemporaine : une classe dirigeante pour qui le nomadisme à 10 000 mètres de hauteur, la citoyenneté mondiale et les retours fréquents de Dubaï tiennent lieu d’enracinement, comme les attaches locales autrefois ; une sphère où le capital intellectuel universitaire vaut ce que valait jadis le pedigree ; où les anciennes frontières de caste se sont dissoutes, permettant d’alterner – ou de cumuler – les rôles de gouvernant, d’investisseur, de penseur et de bienfaiteur. Certains, comme Larry Summers, baignent dans toutes ces dimensions ; d’autres, un peu moins.

    https://archive.is/0vW7b

    Constat aisément transposable à de nombreuses « démocraties » de l’Occident global.

    Cet article du Courrier International est une traduction en français d’un article de Anand Giridharadas paru initialement dans le NYT le 23/11/2025 :
    https://archive.is/BO6IK

    • Tourner en ridicule ceux qui croient aux complots revient à mépriser ce qu’ils tentent d’exprimer : qu’ils ne se sentent plus associés à la décision collective, plus concernés par le choix de leur avenir. Qu’il s’agisse du prix des œufs ou de l’importance accordée aux violences sexuelles sur mineurs, ils perçoivent une indifférence hautaine. Une propension à détourner le regard.

      Et voilà que ceux qui ont capitalisé sur la révolte contre l’indifférence de l’élite sont au pouvoir. Surprise : ils se révèlent encore plus indifférents que leurs prédécesseurs. Le marchandage entre initiés et la moralité à géométrie variable de la “classe Epstein” sont devenus les piliers de la philosophie qui gouverne les États-Unis.

    • Foire à la farfouille, Chomsky qui signe Noam et raconte des potins de riches sur les Blair en Arabie Saoudite.

      I read what his ghost-writer said about him. Pretty scary.

      Reminds me of something I was told by Jon Snow, one of England’s most sensible newsmen. He was with the press entourage accompanying Tony Blair on his visit to Saudi Arabia, and walking around one of the palaces one day, he saw Blair sitting in a room with a book in his lap, which greatly surprised him — until he came over to talk. It was the New Testament.

      And then Blair started telling about how delighted he and Cheri were with the gold door handles,....

      I notice that your prediction was right about Trump’s avoiding the White House as far too primitive. Must be driving the Secret Service up the wall.

      I’ll keep in mind what you say about Trump’s tweets, but they are hard to ignore. Whatever he may think, others here and abroad can’t help considering the meaning of the words, and take action accordingly.

      About meaning, It’s not clear to me how to distinguish the meaning of “New York” (however it is correctly specified) from the concept. Still don’t see how to work out field models.

      Noam

      Epstein qui répond à Peter Thiel

      jeffrey E.
      toPeter Thiel <███████████>
      Sep 09, 2014 11:53 AM

      13 th afternoon you and I . then bill burns . the diplmats diplomat. eveing dinner with woody all casual.. if you choose we can bring in kathy ruemmler. former obama counsel for 5 years. and or sen Bob kerrey, former senate intellignece

    • Au cœur du récit : un criminel sexuel, ses victimes et ses liens avec le président Trump. Mais cette histoire est aussi celle d’un puissant écosystème grâce auquel certains, selon ce qu’ils savaient, ont pu fermer les yeux sur les souffrances dont ils avaient connaissance, parce qu’ils avaient appris à le faire par le passé sur quantité d’autres abus : les crises financières qu’ils avaient contribué à déclencher, les guerres hasardeuses qu’ils avaient encouragées, la crise des opioïdes qu’ils avaient facilitée, les monopoles qu’ils avaient défendus, les inégalités qu’ils avaient alimentées, la crise du logement dont ils avaient profité, les citoyens qu’ils n’étaient jamais parvenus à protéger contre les technologies. L’affaire Epstein touche un public bien plus large que la plupart des scandales actuels, ce qui en crispe plus d’un dans certains cénacles.

    • @touti
      Je crois savoir que tu avais des problèmes de captcha avec archive.ph. C’est pour cela que j’ai changé la nationalité du nom de domaine.
      Avec Firefox, j’ai désormais des captcha sur archive.ph mais pas avec archive.is. C’est compliqué la « navigation sur la toile », non ?

    • Je ne sais pas ce que tu veux dire par

      C’est compliqué la « navigation sur la toile », non ?

      Je pointe un problème politique et pas personnel, ou alors je suis politique. Simplement je trouve anti démocratique de devoir se fader des scripts google et d’entrainer leur saloperie d’IA tout en leur laissant prélever des infos sur les IP.

    • @touti : Tu as raison de pointer le problème politique en l’occurrence la grosse machinerie déployée par l’industrie de la surveillance et de la captation des données. Je n’en ai pas forcément conscience, l’essentiel pour moi étant de relayer des infos. Et c’est désormais techniquement compliqué d’avoir une navigation « safe ».

    • It is unclear whether Chomsky sent the letter to anyone. Nonetheless, it exalts Epstein for teaching Chomsky “about the intricacies of the global financial system” in a way “the business press and professional journals” had not been able to do. It boasted about how well connected Epstein was.

      “Once, when we were discussing the Oslo agreements, Jeffrey picked up the phone and called the Norwegian diplomat who supervised them, leading to a lively interchange,” the letter read. The letter recounted how Epstein had arranged for Chomsky – a political activist, too – to meet with someone he had “studied carefully and written about”: the former Israeli prime minister Ehud Barak.

      Epstein had – “with limited success” – aided efforts from Chomsky’s second wife, Valeria, to introduce him “to the world of jazz and its wonders”, the letter continued.

      It concluded, “The impact of Jeffrey’s limitless curiosity, extensive knowledge, penetrating insights and thoughtful appraisals is only heightened by his easy informality, without a trace of pretentiousness. He quickly became a highly valued friend and regular source of intellectual exchange and stimulation.”

      Another notable communication involving Chomsky and Epstein is a 2015 email in which the latter offers the former use of his residences in New York and New Mexico.

      The emails don’t indicate whether Chomsky took advantage of the offer, whose particulars surfaced as certain officials are striving to investigate allegations of crimes by Epstein at a ranch compound he owned outside Santa Fe, New Mexico.

    • Sauf que les défenseurs de Chomsky persistent à banaliser son soutien (sans adhésion) au négationisme du génocide nazi, parfaitement démontré par Pierre Vidal-Naquet dans l’article cité.

      Par ailleurs, un article critique de Paolo Virno met en cause ses conceptions les plus fondamentales

      Histoire naturelle. Le débat entre Chomsky et Foucault sur la « nature humaine »
      https://shs.cairn.info/revue-rue-descartes-2015-4-page-84?lang=fr

      Le fait que le rapport entre la faculté de langage et l’action politique qu’il propose soit sans fondement, ne témoigne pas contre sa politique, mais plutôt contre sa manière de concevoir la faculté de langage (et, donc, la nature humaine invariante). La question philosophiquement considérable est la suivante : quels aspects de la linguistique chomskyenne bouchent dès le début la possibilité d’articuler un rapport fiable entre l’inné et l’acquis, l’invariant et le variable, le métahistorique et l’historique ? Quels aspects de cette linguistique se révèlent incompatibles, donc, avec une historiographie naturaliste ?

      [...]

      Et nous en venons à la deuxième question. Chomsky et les sciences cognitives établissent un court-circuit pernicieux entre l’espèce et l’individu isolé. Ils n’ont aucune hésitation, bien au contraire, à identifier sans restes les deux termes. À ce sujet, qu’ils le sachent ou non, ils sont très chrétiens : « Le paganisme ne voyait dans l’individu qu’un membre distinct et dépendant de l’espèce ; le christianisme, au contraire, l’identifiait avec l’espèce, ne le comprenait que dans une unité immédiate et sans différence avec elle […] Pour le chrétien, Dieu est le concept de l’espèce considérée en tant qu’individu. » (Feuerbach 1841, p. 165 sq.) L’erreur n’est pas, bien entendu, dans le fait de prendre comme point de départ l’esprit linguistique unique, mais dans le fait de méconnaître ou d’enlever ses caractères transindividuels. Attention : par « transindividuel » il ne faut pas entendre l’ensemble de qualités qui rapprochent l’individu des autres individus, mais ce qui concerne uniquement la relation entre individus, sans appartenir solidairement à aucun d’eux en particulier. La transindividualité est la manière dont s’articule, à l’intérieur du même esprit individuel, l’écart entre l’espèce et l’individu. Elle est un espace potentiel encore vide, non pas un ensemble de propriétés positives : ces dernières, loin de se situer dans un « entre », constitueraient en effet le patrimoine exclusif d’un certain Moi. Dans le particulier, dans l’individu, les aspects transindividuels de la faculté de langage, à savoir de la nature humaine, se présentent inévitablement comme incomplétude, lacune, potentialité. Et alors, ces caractères défectifs, et cependant innés, signalent que la vie de l’esprit est, depuis le début, une vie publique. Ayant négligé la dimension transindividuelle, Chomsky et les cognitivistes croient que l’intellect de chacun est autosuffisant et, donc, dépolitisé. Dans leur scénario, la pratique sociale ne monte sur scène que dans le deuxième acte, lorsque des esprits déjà complets en eux-mêmes interagissent, des esprits essentiellement privés. La sphère publique est donc un élément optionnel dont on peut toujours se passer. L’« animal qui a le langage » n’est pas, en tant que tel, un « animal politique ». Le vacarme de l’histoire ne plonge pas ses racines dans la nature humaine : voire, c’est au nom de cette dernière qu’il faut s’efforcer d’atténuer ce vacarme, en amoindrissant les dissonances.

      3 – Invariance biologique et horizon religieux

      L’histoire naturelle vise à recenser les formes très différentes sous lesquelles les présupposés biologiques de notre espèce émergent en tant que tels sur le plan empirique, en s’incarnant dans des phénomènes sociopolitiques absolument contingents. Elle prête une attention spéciale à la manière dans laquelle les conditions phylogénétiques qui garantissent l’historicité de l’animal humain prennent parfois l’apparence de faits historiques bien déterminés. Elle défend avec fermeté, donc, aussi bien l’invariance de l’invariant, que la variabilité du variable, en excluant des compromis qui ne sont judicieux qu’en apparence. Pour faire valoir ses instances propres, l’histoire naturelle doit repousser en bloc les orientations opposées et symétriques qui se heurtèrent dans la discussion de 1971. Elle doit repousser l’une et l’autre orientation, mais surtout l’alternative qu’elles représentent ensemble : ou bien dissolution de la métahistoire dans l’histoire empirique (Foucault), ou bien réabsorption de l’histoire dans la métahistoire (Chomsky). Tant que le domaine des choix possibles semblera saturé par ces deux polarités, l’histoire naturelle restera un migrant clandestin sans droit de citoyenneté.

  • La lente dérive du Point, torchon bourgeois et fascisant
    https://frustrationmagazine.fr/le-point

    Le célèbre magazine Le Point a publié une énième « enquête » clickbait, cette fois un article grossier contre l’une des plus importantes maisons d’éditions indépendantes françaises, La Fabrique, qui édite parmi les plus grands penseurs français et internationaux, intitulé : « la lente dérive de la Fabrique, maison d’édition radical-chic ». Culotté de la […]

    #Antiracisme #Désintox #Médias

    • Compilation de nombreuses fakes news du Point.

      En 1976, un des co-fondateurs du Point, le grand bourgeois Georges Suriel, fait une “enquête” contre le militant révolutionnaire Henri Curiel. La couverture du magazine, fidèle à sa sobriété habituelle, titrait à son sujet : “le patron des réseaux terroristes ». En effet, Le Point accusait Curiel, sans la moindre preuve, d’être un complice du terroriste Carlos et un agent du KGB soviétique. Il le qualifiait aussi de “moine rouge”.

      Moins de deux ans plus tard, Henri Curiel est assassiné par un commando d’extrême droite.

      « L’enquête » du Point : https://pastebin.com/n3mY0Rud

      Concernant les éditions La Fabrique, il n’y a pas de mauvaise pub, confère leur compte Instagram (l’article a probablement été encadré et affiché dans le bureau comme un trophée).

  • Comme souvent, c’est bien dit :

    Un film moral se distingue d’un film politique en ce qu’il scénarise un cas de conscience. En ce qu’il met en scène les tourments de la mauvaise conscience plutôt que la situation objective qui les provoque. La tempête sous un crâne et non le chaos sous les bombes.

    – « Oui », l’impossibilité d’un film, par François Bégaudeau (LMD, nov 2025)

    • Un cinéaste israélien est-il tenu de faire des films sur Israël, et si possible en soutien au peuple qu’Israël annihile méthodiquement ? Question morale, générale, et insoluble, que la militance fébrile, peu encline à tolérer une moindre implication politique que la sienne, a déjà tranchée. Question à laquelle l’impossibilité de Oui souffle au moins une réponse technique, esthétique : si le cinéaste concerné porte l’impératif d’engagement comme une croix, mieux vaut pour lui et pour nous qu’il s’en déleste. Nous nous engageons solennellement à lui pardonner ce désengagement. Nous sommes au bord de l’y encourager. Au cas où, pour son prochain film, Lapid serait tenté de ne pas évoquer Israël ni le crime contre l’humanité en cours, qu’il ne se gêne pas. Qu’il tourne au cœur de l’Amazonie si tel est son désir. Son art gagnera à se passer de politique, et la politique se passera très bien de son art.

    • Jean Stern a très bien détesté le film pour Orient XXI : « Oui », mais non. Nadav Lapid oublie Gaza dans les brumes
      https://orientxxi.info/oui-mais-non-nadav-lapid-oublie-gaza-dans-les-brumes,8573

      Le réalisateur israélien en exil à Paris est retourné dans son pays pour y tourner Oui. Il affiche une colère louable contre son gouvernement, mais rate sa cible avec un film vaniteux et autocentré, aussi laid que la société va-t-en-guerre qu’il prétend dénoncer.

  • Le « magot » de 1,8 milliard d’euros du Sénat, qui sert notamment pour les retraites des anciens sénateurs (ft. DSK toujours dans les bons coups
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/11/12/le-precieux-magot-de-1-8-milliard-d-euros-du-senat_6653118_823448.html

    (...) Or, en 1997, le fisc s’intéresse aux revenus de Philippe de Canson, ancien député RPR du Var (1994-1997). N’ayant retrouvé aucune dépense liée au mandat, l’administration considère que l’indemnité de secrétariat n’est pas un remboursement de frais, mais un revenu imposable. L’Assemblée obtient alors du ministre de l’économie, Dominique Strauss-Kahn, et du secrétaire d’Etat chargé du budget, Christian Sautter, qu’ils désavouent leurs services. Datée du 4 novembre 1997, cette note au directeur général des impôts, que nous avons retrouvée, résout le problème en trois phrases : « A titre de règle pratique, il y a lieu de considérer que l’indemnité représentative de frais de mandat (…) est utilisée conformément à son objet. Cette indemnité est donc exonérée en totalité d’impôt sur le revenu sans qu’il soit nécessaire d’exiger des justifications. Les redressements en cours sur cette question seront abandonnés. » Cette note permet à l’IRFM d’être un véritable revenu parallèle en plus de l’indemnité. L’administration est priée de regarder ailleurs.

    (...) Les parlementaires suppriment progressivement leurs avantages : les frais de mandat sont contrôlés à partir de 2017, les prêts à taux zéro disparaissent, et le régime de retraite des députés s’aligne sur le droit commun : depuis 2018, un député ne peut plus espérer que 700 euros de retraite par mandat de cinq ans. Mais si les avantages ont disparu, l’image de « privilégié » reste gravée dans l’opinion.

    D’autant que, grâce à ses réserves, le Sénat a, lui, gardé un régime de retraite très généreux. Jusqu’en 2023, un sénateur obtenait 2 200 euros net mensuel de retraite par mandat de six ans, voire plus pour certains dignitaires. En 2023, au moment de la réforme des retraites, outre le passage aux 64 ans, le Sénat a décidé de réduire les pensions futures de 20 %, promettant qu’elles ne pourront dorénavant plus être supérieures à l’indemnité parlementaire.

  • La Révolution française et Saint-Just : grand entretien avec Marc Belissa et Yannick Bosc, coauteurs d’un livre sorti l’année dernière aux éditions Sociales, Découvrir Saint-Just.
    https://frustrationmagazine.fr/revolution-francaise-saint-just-yannick-bosc

    Qu’entendent les révolutionnaires comme Saint-Just par “République” ? Est-ce seulement l’opposition à la monarchie, un synonyme de démocratie, ou le suffrage universel ?

    Marc Belissa : En 1789, “République” signifie d’abord res publica, la “chose publique”. Le mot est très large : il peut désigner l’État, le gouvernement, la société dans son ensemble. Dès les débuts de la Révolution, certains affirment déjà que la France est une république, même avec un roi. Burke, grand contre-révolutionnaire, explique en 1790 que la France compte “40 000 républiques” en référence aux communes, preuve selon lui qu’il s’agit bien d’un système républicain. Le terme a un sens politique mais aussi social : c’est le lieu où règne l’égalité des droits.

    Quand la République est officiellement “proclamée” en septembre 1792, beaucoup considèrent qu’ils y vivaient déjà depuis 1789. L’abolition de la royauté vient simplement confirmer une évidence : le roi n’a plus de place dans la chose publique.

    Yannick Bosc : C’est d’ailleurs parlant : on ne “proclame” pas la République, on abolit la royauté. On était déjà en République, mais désormais sans roi.

    Marc Belissa : D’ailleurs, entre 1789 et 1792, seuls les monarchistes insistaient sur le fait que la France était encore une monarchie. La plupart des observateurs, y compris étrangers, parlaient déjà de République. Jefferson aux Etats-Unis, par exemple, disait en 1789 que la France était une république.

    Yannick Bosc : Attention toutefois : ce que nous appelons aujourd’hui “la République” est une construction postérieure. À partir de Thermidor (ndlr : le moment en 1794 où Robespierre et ses alliés sont renversés), le mot perd sa dimension de principes universels – liberté, égalité – et devient surtout une forme de gouvernement opposée à la monarchie. Les Thermidoriens veulent tourner la page des déclarations des droits jugées responsables de “l’anarchie” et de la “Terreur”. Ils fabriquent un récit, repris ensuite par la IIIe République, qui fait de la République un négatif : l’inverse du roi, du clergé, de la noblesse.

    Marc Belissa : Robespierre, lui, ne met pas la solution politique dans le mot “République”. Pour lui, ce n’est pas seulement une forme de régime. On peut avoir une “république” avec un roi – la Pologne, par exemple, ou les Provinces-Unies (les Pays-Bas actuels) qui ont un prince. Ce qui compte, c’est que la République soit aussi un état social.

    Yannick Bosc : Exactement. Pour Robespierre et Saint-Just, il ne suffit pas de supprimer le roi pour avoir une République. Il faut des lois républicaines, une éducation républicaine, une société républicaine. D’où l’importance des fêtes civiques, des lois sociales, ou encore des réformes successorales qui visaient à limiter la concentration des richesses et à favoriser l’égalité d’accès à la propriété. Être républicain, ce n’est pas seulement détester les rois, c’est garantir à tous un droit égal à la liberté.

    Marc Belissa : Le terme “République” va d’ailleurs survivre à la République elle-même. Napoléon continue de se dire “républicain”, même après son sacre. Officiellement, le mot disparaît seulement en 1806, avec l’Empire – bien après la mort de la République dans les faits.

  • Aaron Slodov / X – any product containing >0.1% chinese rare earth materials needs beijing’s approval before re-export
    https://x.com/aphysicist/status/1976272490172231701

    CHINA JUST WEAPONIZED THE ENTIRE RARE EARTH SUPPLY CHAIN

    get used to reading chinese MOFCOM bulletins because they’re writing american industrial policy now.

    announced today: any product containing >0.1% chinese rare earth materials needs beijing’s approval before re-export to third countries.

    doesn’t matter if you manufactured it in taiwan, vietnam, or texas.

    chinese dysprosium in your magnet? chinese gallium in your chip? beijing gets veto power over the sale.

    this is the nuclear option. US spent 3 years trying to deny china access to advanced chipmaking tools. china just responded with chokehold on literally every semiconductor fab, AI data center, defense contractor, and EV manufacturer on earth.

    everything runs on chinese rare earths. building alternative supply chains takes 5-10 years minimum.

    we don’t have 5-10 years. effective december 1st.

    the AI boom just hit a hard ceiling and we’re still pretending we can offshore our way to prosperity.

    time to reindustrialize like our lives depend on it. because they do.

    • China expands rare earth restrictions, targets defence, semiconductor users | Reuters
      https://www.reuters.com/world/china/china-tightens-rare-earth-export-controls-2025-10-09

      • China curbs export of five new rare earth elements
      • New rules come weeks ahead of Trump-Xi meeting
      • Foreign producers who use Chinese tech, material required to comply
      • Foreign semiconductor users will face more scrutiny

      BEIJING, Oct 9 (Reuters) - China dramatically expanded its rare earths export controls on Thursday, adding five new elements and extra scrutiny for semiconductor users as Beijing tightens control over the sector ahead of talks between Presidents Donald Trump and Xi Jinping.
      The world’s largest rare earths producer also added dozens of pieces of refining technology to its control list and announced rules that will require compliance from foreign rare earth producers who use Chinese materials.

      The Ministry of Commerce’s announcements follow U.S. lawmakers’ call on Tuesday for broader bans on the export of chipmaking equipment to China.
      They expand controls Beijing announced in April that caused shortages around the world, before a series of deals with Europe and the U.S. eased the supply crunch.
      “The White House and relevant agencies are closely assessing any impact from the new rules, which were announced without any notice and imposed in an apparent effort to exert control over the entire world’s technology supply chains,” a White House official told Reuters on Thursday.
      The new curbs come ahead of a scheduled face-to-face meeting between Trump and Xi in South Korea at the end of October.

      “This helps with increasing leverage for Beijing ahead of the anticipated Trump-Xi summit in (South) Korea later this month,” said Tim Zhang, founder of Singapore-based Edge Research.
      China produces over 90% of the world’s processed rare earths and rare earth magnets. The 17 rare earth elements are vital materials in products ranging from electric vehicles to aircraft engines and military radars.

      Exports of 12 of them are now restricted after the ministry added five - holmium, erbium, thulium, europium and ytterbium - along with related materials.

      Foreign companies producing some of the rare earths and related magnets on the list will now also need a Chinese export licence if the final product contains or is made with Chinese equipment or material. This applies even if the transaction includes no Chinese companies.
      The regulations mimic rules the U.S. has implemented to restrict other countries’ exports of semiconductor-related products to China.
      It was not immediately clear how Beijing intends to enforce its new regime, especially as the U.S., the European Union and others race to build alternatives, opens new tab to the Chinese rare earth supply chain.

      “We’re likely entering a period of structural bifurcation — with China localizing its value chain and the U.S. and allies accelerating their own,” said Neha Mukherjee, a rare earths analyst with Benchmark Mineral Intelligence.

    • Terres rares : la Chine renforce son contrôle des exportations mondiales
      https://www.latribune.fr/article/economie/international/9345853546532/terres-rares-la-chine-renforce-son-controle-des-exportations-mondiales


      Des échantillons de minéraux de terres rares (à gauche, oxyde de cérium, bastnasite, oxyde de néodyme et carbonate de lanthane) sont exposés à Mountain Pass, en Californie.
      /FW1FP/Sandra Maler - REUTERS - David Becker

      Les annonces de Pékin sont lourdes de conséquence pour les chaînes d’approvisionnement déjà fragilisées : désormais, n’importe quel produit, composant, ou technologie incorporant des terres rares ou savoir-faire chinois, devra obtenir une licence de Pékin pour être exporté, y compris si le produit se trouve déjà hors de Chine et si l’expédition se fait entre deux pays tiers.

      En 3 ans, plus de 140 entités chinoises ont été ajoutées à la liste noire américaine des entreprises sous sanction. Pour elles, impossible de s’approvisionner en puces de dernière génération, semi-conducteurs et logiciels de conception. À chaque vague de sanction, Pékin répond au coup par coup : mise en place de licences d’exportation sur le graphite, puis l’antimoine, le germanium et enfin, en avril, sur les terres rares.

      Cette semaine, la donne semble changer.
      La Chine n’a pas attendu les annonces officielles de Washington pour dégainer des méthodes coercitives. À peine des sénateurs américains avaient-ils appelé, mardi, à durcir les sanctions, que le ministère chinois du Commerce annonçait déjà des mesures d’envergure sur les terres rares.

    • commentaire du premier tweet

      Bill Bishop / X
      https://x.com/niubi/status/1976319737173856447

      I did a translation of all 6 related announcements here. Today’s actions go way beyond semiconductors. You company needs drill bits for oil and gas drilling? You will need a PRC license... The PRC just showed that it can control the supply chains for “new quality productive forces” globally. I am skeptical this is just signalling as part of US-China negotiations. This seems more like the PRC saying “enough, no more screwing around”, and calling the US bluff. How the Trump admin responds is going to be interesting, the US does have areas of real leverage with the PRC, but so far has been unwilling to exercise that leverage, and if they do now the escalation cycle is going to accelerate and get increasingly painful
      https://sinocism.notion.site/October-9-2025-Ministry-of-Commerce-Export-Control-actions-28784ec
      Today’s announcements are numbered 55, 56 ,57, 58, 61 and 62. They issue these in sequence, so there must be a 59 and a 60, but those have not been publicized. What are they?

    • Donald Trump et la Chine repartent en guerre : les prix des produits chinois pourraient doubler et la bourse s’effondre - Numerama
      ça a pas trop l’air d’intéresser les grands médias…
      https://www.numerama.com/politique/2092569-donald-trump-et-la-chine-repartent-en-guerre-les-prix-des-produits

      Alors que la bourse ne cesse de battre des records depuis le début d’année, en grande partie grâce à l’IA et à la tech, le président américain a publié plusieurs tweets assassins contre la Chine, à qui il reproche sa nouvelle politique sur les exportations de terres rares. D’ici au 1er novembre, Donald Trump compte imposer 100 % de taxes douanières supplémentaires.

      On pensait la guerre économique entre les États-Unis et la Chine en pause, voilà qu’elle repart de plus belle. La Chine, le 9 octobre, a annoncé une nouvelle terrible pour les industries du monde entier : l’exportation de terres rares et de produits qui contiennent des terres rares est désormais soumise à une approbation du gouvernement. Un coup dur pour toute l’industrie de l’électronique, qui ne peut quasiment rien fabriquer sans ces matériaux. Face à des États-Unis qui taxent et interdisent, la Chine se lance dans une guerre de matériaux.

      Donald Trump, sur Truth Social, n’a pas tardé à réagir à la décision chinoise. Le président américain dénonce « des choses très bizarres qui se passent en Chine » et fait mine de ne pas comprendre pourquoi la Chine, avec qui il entretient « une très bonne relation depuis six mois », décide de faire ça. « Personne n’a jamais rien vu de tel, cela reviendrait essentiellement à « boucher » les marchés », indique Donald Trump. En réaction à ce message alarmiste, les fameux marchés se sont effondrés. Le S&P500 a perdu 2,71 % en une journée, avec des actions comme Apple (-3,45 %), ARM (-9,26 %) ou Nvidia (-4,91 %) dans le rouge. D’autres industries sont concernées, notamment dans le textile, puisque Donald Trump veut taxer toutes les exportations chinoises en représailles.

    • Donald Trump relance l’offensive commerciale contre la Chine
      https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20251010-donald-trump-relance-l-offensive-commerciale-contre-la-chine

      Les nouveaux contrôles annoncés jeudi par Pékin concernent l’exportation des technologies liées à l’extraction et la production de ces matériaux, selon un communiqué du ministère chinois du Commerce. « Cela a été une vraie surprise », a admis le président américain. « Je devais rencontrer le président Xi dans deux semaines au sommet de l’Apec (Coopération économique Asie-Pacifique) en Corée du Sud mais il ne semble plus y avoir de raison » pour le faire, a encore écrit le dirigeant républicain.

    • C’est vrai qu’on pourrait trouver cocasse cette partie de bras de fer entre un « empereur incendiaire » et cet autre, imperturbable, de « l’Empire du Milieu ». Sauf que notre problème à nous, les « Européens », c’est qu’on se retrouve fatalement entre un marteau hyperactif et une enclume solide qui a la capacité d’encaisser les coups et de les rendre. On peut le déplorer mais pour l’instant, nos dirigeants sont contraints de s’arc-bouter sur des postures souverainistes pour se soustraire aux #impérialismes et leur hubris. Et vu le court-termisme et l’impéritie de nos élites falotes, ce n’est pas demain que l’on verra émerger un « monde tripolaire ». Ce n’est sûrement pas souhaitable non plus vu que les seules options disponibles dans le logiciel des dirigeants européens, ce sont celles de la militarisation et de la guerre.

  • Pour en finir avec le chantage à la dette (Frédéric Lordon, octobre 2025)

    Un ministre américain vient de suggérer un moyen pour l’État de reprendre le contrôle du financement de l’économie. D’orienter l’épargne vers les secteurs industriels stratégiques. De gérer la dette publique sans dépendre des caprices des marchés. Délicieux paradoxe ou occasion à saisir ?

    C’est le cœur de l’été et personne ou presque ne prête attention. M. Scott Bessent, le secrétaire au Trésor de M. Donald Trump, se produit sur Fox News (13 août 2025) et, avec la décontraction dont le nouveau pouvoir américain est désormais coutumier, lâche sa bombinette : les épargnes non résidentes investies aux États-Unis pourraient être, pour une part, regroupées dans une sorte de « fonds souverain interne » à la discrétion du gouvernement — du président —, qui déciderait comme bon lui semble de leur allocation dans les secteurs qu’il entend développer.

    Seuls quelques internautes qui ne se sont pas affranchis de la veille estivale voient passer la déclaration, en mesurent l’énormité… mais pour aussitôt l’agonir, à la manière réflexe dont à peu près tout ce qui émane du trumpisme peut être reçu. Or, ici, précisément, il faudrait prendre le temps de la réflexion. Car MM. Trump et Bessent, en toute inconscience évidemment, ne font rien d’autre que réinventer le principe du « circuit du Trésor ». Soit l’instrument de reprise de contrôle sur le financement de l’économie.

    Installé d’abord sous Vichy, mais mobilisé surtout pendant la reconstruction, le circuit du Trésor consistait en la mise à disposition de l’État des liquidités déposées par les agents auprès d’institutions financières publiques ou parapubliques, à l’image par exemple des comptes chèques postaux. Ces institutions, recevant le statut de « correspondants du Trésor », avaient aussi obligation de diriger une partie des épargnes qu’elles collectaient vers les titres de la dette publique, dont la souscription était ainsi garantie, en une époque où l’étroitesse des marchés obligataires empêchait d’en faire un lieu de financement de l’État.

    Ramené à son principe, le circuit du Trésor peut donc en toute généralité être redéfini comme un mécanisme d’allocation dirigiste des épargnes privées. À l’avantage de l’État dans le cas historique français. En faveur du développement de certains secteurs industriels jugés stratégiques dans le cas bizarre des États-Unis de M. Trump, et par application sélective aux seules épargnes non résidentes — puisqu’il va sans dire que la liberté d’investir des citoyens américains est inaliénable… C’est cette dernière clause restrictive qui a induit en erreur jusqu’aux esprits les plus déliés, pour ne leur faire voir dans l’idée Trump-Bessent qu’un grossier avatar de « colonialisme financier », doublé d’une humiliation supplémentaire infligée dans l’ordre économique aux Européens, vassalisés par captation d’épargne interposée (1). Qu’on puisse en dire autant, la chose n’est pas douteuse. L’erreur cependant serait de s’en tenir là et de ne pas voir le délicieux paradoxe par lequel M. Trump réveille dans nos esprits ni plus ni moins que le souvenir d’un mécanisme antimarché de financement de l’économie. Dans son cas, aux fins d’une politique industrielle — ce qui est loin de manquer d’intérêt. Pour notre compte, à l’usage du financement de la dette publique — le moins qu’on puisse dire étant qu’en ces temps de « pédagogie » apocalyptique, la question se pose à nouveau, et de manière aiguë.

    Le tiers intrus

    Du moment où le financement de l’État a été remis aux marchés de capitaux, d’ailleurs libéralisés à cette fin expresse, la prise d’otages a été armée. Pas celle des cheminots ni celle des éboueurs : celle des investisseurs institutionnels. Selon une anecdote désormais bien connue, M. James Carville, qui fut directeur de campagne de M. William Clinton, et qui n’était pas exactement un demi-sel en matière de rapport de forces, avait déclaré que, s’il devait être réincarné, il souhaitait que ce soit en « marché obligataire » — dont il avait fini par comprendre qu’il était le lieu du vrai pouvoir : le lieu d’un pouvoir supérieur à celui des États, puisque les investisseurs, par leur réaction collective, y forment les conditions, notamment de taux, dans lesquelles la dette publique peut être émise. Et que ces conditions reflètent très exactement leur opinion, et leurs desiderata, quant à ce que doit être, pour eux, la « bonne politique économique ». Hors de ce respect de leur norme, les gouvernements s’exposent à rencontrer des conditions d’émission si défavorables que la charge de la dette peut leur devenir insupportable, le cas échéant jusqu’à les conduire à un défaut. Avant d’en arriver à ces aberrantes extrémités, les États ont le temps de souffrir et de serrer la vis — au nom des « marchés », de la « note du pays » et de la « crédibilité » réunis. Alors il faut se soumettre, tout accepter de ce qui peut complaire aux « investisseurs », et ceci jusqu’au point d’absurdité où les gouvernements, ayant épousé le dogme néolibéral avec la foi du charbonnier, finissent par soutenir que l’indépendance du pays n’est gagnée que par le respect scrupuleux de cette discipline, c’est-à-dire par le dernier degré de la soumission et de l’hétéronomie. Asservissons-nous, et ainsi nous serons libres…

    C’est le moment où il va falloir cependant commencer à faire quelques distinctions dans le « nous ». Car tout le monde n’y est pas logé à la même enseigne. La camisole des « marchés » a été conçue à l’avantage exclusif des investisseurs, pour les garantir contre l’inflation, qui éroderait leurs avoirs, et bien sûr contre le défaut, qui leur en ferait perdre tout ou partie. C’est bien pourquoi les politiques économiques nationales sont priées de filer doux — en réalité de ne veiller qu’aux « cibles » qui intéressent la finance : la stabilité nominale (celle des prix) et la stabilité financière (celle du service de la dette et de la trajectoire de solvabilité). De là que la « stabilité » soit devenue par excellence la catégorie du discours économique néolibéral : c’est la stabilité des, la stabilité pour les investisseurs — et ceci jusqu’à la stabilité politique, qui est comme la garantie des deux autres : que rien ne vienne inopportunément déranger l’ordre du bon plaisir de la finance.

    Une souveraineté en a donc évincé une autre, celle des investisseurs est venue se substituer à celle des citoyens — à quelques ultraminoritaires près, dont les intérêts sont alignés sur les vues de la finance, parce qu’ils sont riches et assis sur de gros patrimoines-titres. Les intérêts de tous les autres passeront après — si seulement ils passent. Les structures de la finance déréglementée ont donc fait entrer dans le contrat social un tiers intrus, à qui tout est consacré, autour de qui tout est organisé, pour qui toute la politique économique est faite, négation absolue du principe démocratique, dont on découvre ce qu’il vaut en capitalisme néolibéral. Les dirigeants tiennent donc systématiquement un double discours, le premier fait de mots creux à l’adresse du bon peuple qu’on promène entre « bon sens » et terreur, le second en direction des investisseurs, à qui les choses sérieuses sont réservées. Discours clivé en raison d’un contrat clivé, où tout a été fait pour que le contractant intrus évince le contractant historique.

    L’Union européenne, par excellence machine à dé-démocratiser, pour reprendre les termes de la philosophe Wendy Brown, machine à annuler les souverainetés politiques pour instituer le règne de la souveraineté du capital, ne s’y est pas trompée. Toute son organisation, et notamment l’article 63 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), qui interdit d’attenter si peu que ce soit à la liberté des mouvements de capitaux, a été pensée à cette fin d’en finir avec les foucades de la politique pour garantir la paix des investisseurs, c’est-à-dire l’éternité de leur empire sur les politiques économiques.

    Attenter, il va donc falloir commencer à y songer, et un peu sérieusement. Merveilleuse providence, c’est à ce moment que M. Trump nous en remet en tête le moyen par excellence : un circuit du Trésor. Telle est bien, par construction, la vertu première de la chose puisqu’elle nous dispense d’avoir à plonger dans les marchés de taux internationaux pour financer les déficits en permettant d’orienter directement — et, oui, coercitivement — une partie des épargnes privées vers les titres publics. M. Trump, avec son circuit à lui, fait de la politique industrielle, nous pouvons parfaitement en faire autant, si c’est à notre manière, pour financer par exemple de grands programmes d’investissement public, dont il est très légitime qu’ils donnent lieu à déficit puisque, engageant l’avenir, ils échappent à la logique des dépenses courantes. Et sans préjudice d’autres usages plus étendus.

    Sans préjudice de vues stratégiques plus larges également. Car un circuit du Trésor est par excellence également l’instrument de la sortie de l’Union européenne. La zone euro nous tient par l’enfermement dans les marchés ? C’est simple comme l’œuf de Colomb : sortons des marchés. Mais qui, dans le champ politique institutionnel, cette perspective peut-elle intéresser ? Plus le Rassemblement national (RN), dont la normalisation eurolibérale est parachevée. La France insoumise (LFI) ? La question est des plus indécises. À l’évidence, la sortie de l’euro a disparu de son discours. L’idée a jeté ses derniers feux lors de la campagne de 2017. Deux ans après le pic de la crise grecque, et sa résolution dramatique par la renégation- Tsipras, il y avait assurément lieu d’en parler encore. Plus rien ou presque depuis.

    Une interprétation charitable mettrait cette disparition au compte d’une rationalité tactique bien comprise : la sortie de l’euro, comme celle des marchés de capitaux, fait partie de ces questions qu’il est impossible de poser dans le débat public de la fausse démocratie bourgeoise, celle qui se targue pourtant de pouvoir discuter de tout, et qui laisse en fait discuter de si peu. Impossible, en effet, car il suffit que le débat renaisse pour qu’aussitôt la finance s’en émeuve — on la comprend : c’est bien elle qui est visée — et réagisse, comme à son habitude, en abandonnant les titres de la dette publique, donc en en faisant monter les taux, on ne sait pas jusqu’où, possiblement très haut si la crise s’envenime, le cas échéant au point de rendre l’équation budgétaire insoluble. Régis Portalez, polytechnicien passablement dissident et intervenant, disons, tonique sur les réseaux sociaux, écrit fin août, au moment où se profile la chute de M. François Bayrou : « Les macronards seraient capables de lancer une attaque des marchés spéculatifs de la dette française, juste pour se dédouaner et conserver un pouvoir qu’ils ont usurpé après les dernières législatives » (26 août 2025). Le style est fleuri mais on pourra difficilement lui en vouloir : car l’analyse est bien fondée — et d’une grande généralité. On s’en apercevra lorsque LFI, à la prochaine élection présidentielle, s’approchera du pouvoir — et cela sans même avoir dit « sortie de l’euro ». Tout projet politique de modification significative du rapport de pouvoir entre le corps social et le capital se heurtera à la fureur du capital, et celle-ci aura pour premier lieu d’expression les marchés obligataires. On en ferait presque un baromètre de la teneur « en gauche » d’une ligne politique : déclencher, ou non, la tempête spéculative.

    Avant l’ouverture des hostilités

    Il reste que, déclenchée, la tempête met en grande difficulté, peut-être en échec, sa politique, et ceci possiblement, c’est d’ailleurs la chose la plus remarquable, avant même l’arrivée au pouvoir de cette gauche. Tel est le pouvoir insensé des anticipations financières, qui ramènent dans le présent immédiat une représentation de l’avenir et, ce faisant, refaçonnent entièrement la trajectoire temporelle. On comprend qu’une telle arme ne restera pas inutilisée dans le combat politique, et que le camp de la bourgeoisie radicalisée, déjà prêt à tout, ne se privera pas d’en faire usage : mettre en échec l’opposant politique qui menace de prendre le pouvoir avant même qu’il ait pris le pouvoir, quelle merveilleuse possibilité. Voilà les conditions dans lesquelles « on peut débattre de tout » dans la démocratie capitaliste. On comprend, dans telles conditions, que la prudence s’impose, que l’évitement des questions explosives puisse être de rigueur — et même que la dissimulation soit entièrement légitime.

    La question reste cependant ouverte de savoir où en est réellement la principale force de gauche institutionnelle sur l’euro et la finance : dissimulation… ou abandon ? L’hypothèse de l’abandon ne peut malheureusement être complètement écartée. On pourrait en effet prêter à LFI une ligne d’accommodation qui convaincrait la Commission européenne de laisser faire le relèvement de fiscalité sur les riches et les grosses entreprises, solution somme toute simple et logique pour revenir dans les clous budgétaires. Et pour qu’on ne se fâche pas inutilement.

    Il ne faut pas se faire d’illusions pour autant : la construction européenne a été fondamentalement conçue pour écarter des projets politiques de gauche. En fait : pour les rendre impossibles — et ceci, de nouveau, grâce à, et par, la coercition des marchés, dont elle a très sciemment organisé le règne. Il existe donc quelque part (mais on ne sait pas où) un point critique au-delà duquel, mis bout à bout, orientations impies, projets de régulation variés, nationalisations et aides publiques, désobéissances à des traités (marchés de l’électricité, traités commerciaux aux pesticides, etc.) conduiraient à l’ouverture des hostilités. Aussitôt mise en cacophonie par la caisse de résonance des marchés. Nul ne peut dire ex ante jusqu’où celle-ci portera les niveaux de l’adversité financière par taux d’intérêt interposés, dûment encouragée par les discours incendiaires des institutions européennes, des médias capitalistes (comme de service public…) et de tous ceux qui ne louperont pas pareille occasion d’en finir immédiatement avec un pouvoir de gauche. Car, en effet, ce peut être au point d’en finir — comme le savent les Grecs après l’expérience Syriza-Tsipras.

    Dans un long entretien, M. Jean-Luc Mélenchon, il y a quelques années, a répondu par anticipation à l’objection. La France n’est pas la Grèce, dit-il, et on ne joue pas avec une économie à banques systémiques et à 3 000 milliards de dette publique. « Je recommande à tout le monde d’être raisonnable », laisse-t-il planer en guise de menace — ce qui est, en effet, la meilleure façon de parler aussi bien aux marchés qu’aux institutions européennes. Le fait est qu’on imagine à peine l’ampleur du désastre financier que représenterait un défaut sur la dette française. Mais qui est ce « tout le monde » appelé à être raisonnable ? La Commission et le Conseil européen bien sûr. Et « les marchés » ? Le problème avec « les marchés » est qu’on n’en a pas le numéro de téléphone, et qu’on ne négocie pas avec eux. En première approximation, les marchés sont une entité acéphale, sans aucune rationalité d’ensemble, et sans autre coordination que les bourrasques mimétiques qui les parcourent parfois dans les crises. Or ce sont bien eux qui font l’état — ou les cataclysmes — de la finance… le cas échéant jusqu’à leur propre ruine collective. Tous ceux qui connaissent les charmes de la finance savent que des ruées peuvent survenir du seul et simple fait que les investisseurs ont peur d’une ruée — des autres. Il suffit que quelques éléments objectifs traînent dans le paysage, un gouvernement de gauche-épouvantail, des données économiques qu’on ne lui passera pas alors qu’on les passerait à n’importe quel gouvernement de droite, une situation de conflit empoisonné avec l’Union européenne, pour que tout parte en fusée. Et peut-être jusqu’au point où, en retour, Bruxelles préférerait sortir le plan de sauvetage du siècle, pour toutes ses banques… sauf celles du pays qu’elle aura choisi de jeter dehors.

    On peut bien espérer que les institutions européennes « n’oseront pas ». Et c’est vrai : elles préféreraient ne pas. Mais c’est un espoir joueur. Et si le pari tourne mal, il s’agira de ne pas se retrouver à poil. Seule la disposition d’un plan en bonne et due forme, peut-être tenu dans les cartons jusqu’ici, mais prêt à en sortir à tout instant, nous extirpe de la passivité. Dans ce plan, il y aura nécessairement un circuit du Trésor.

    Il y en aura nécessairement un car, que ce soit pour une sortie voulue ou pour une sortie forcée, il faudra être équipé. Il le faudra d’autant plus qu’au-delà de l’Union européenne et de l’euro un circuit du Trésor est la silver bullet contre le chantage par « la dette », contre ses gramophones médiatiques et gouvernementaux, contre le tiers intrus qu’il est temps de dégager du contrat social. Que ce soit M. Trump qui nous fasse nous en ressouvenir est sans doute une ironie à mettre au compte de temps décidément troublés. Mais il est différentes manières de troubler les temps, et pourvu qu’on ait la bonne, il ne faut pas craindre d’y ajouter. En finir avec le règne de la finance et des investisseurs est indiscutablement la meilleure. En réalité, elle est même l’étalon, le critère de ce en quoi consiste, de ce que doit être une politique de gauche. À force de renoncements, nous en sommes arrivés à un point de rétrécissement de nos ambitions où les patchs fiscaux à la Piketty-Zucman nous semblent un summum d’audace, peut-être même les ultimes marqueurs de « la gauche », le seuil au-delà duquel commencerait la déraison — comme en témoigne l’assaut de prudents codicilles dont Gabriel Zucman assortit ses propositions : « Non, non, non, pas d’inquiétude, les riches ne partiront pas. » La demeure des riches, ou l’indice de la raison aliénée.

    Liquider les liquidateurs

    Or on pourrait imaginer de se désorbiter des riches, de leur approbation ou de leur présence supposée bienfaisante à maintenir — dit autrement : de cesser d’en faire les preneurs d’otages de la société entière. On pourrait rappeler aussi que les corrections fiscales, précisément, ne sont que des corrections, qui laissent largement inchangés les mécanismes structurels générateurs des inégalités — soit la social-démocratie réduite au passage de la serpillière. Il est maintenant plus qu’établi que la financiarisation est le facteur numéro un des enrichissements obscènes, en même temps que des épreuves subies par tous les autres, comme salariés, comme (petits) contribuables au nom de la dette, ou comme usagers des services publics paupérisés (pour mieux faire place aux services privés). Il n’y a pas d’autre critère de « la gauche » — précisons tout de même : de la gauche dans le capitalisme… — que la rupture avec la finance. Le circuit « Donald » n’est donc même pas une affaire d’Europe et d’euro, de sortie dissimulée ou de sortie subie. Il est l’un des indispensables instruments d’une politique déterminée à en finir avec la financiarisation, c’est-à-dire à refermer une parenthèse historique maintenant vieille de quatre décennies. Dont on ne se lassera jamais de rappeler qu’elle fut ouverte par une autre « gauche », celle des prétendus socialistes, en les personnes de François Mitterrand, Jacques Delors, Pierre Bérégovoy et tous leurs continuateurs, à qui l’on devra les règnes combinés de la finance et de l’Europe libérale, c’est-à-dire la liquidation de toute politique de gauche. Nous savons donc quel sens politique prendrait la « refermeture » de cette séquence historique : celui de la liquidation des liquidateurs. Et de la réouverture d’autre chose.

  • L’IA, une machine à dégrader le travail | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/010925/l-ia-une-machine-degrader-le-travail

    « La perspective défendue ici est une invitation à repolitiser la technologie », résume d’emblée Juan Sebastián Carbonell. Si la technologie est politique, c’est parce qu’elle n’est pas que le simple produit d’un « progrès » irréductible de la science. Elle est le fruit de choix sociaux qui sont, eux-mêmes, le produit d’une organisation sociale. En conséquence, il y a des gagnants et des perdants dans toute révolution technologique.
    Comment les technologies s’imposent

    Et cette répartition reproduit la structure de domination de la société. Si une technologie est présentée comme un « progrès » pour la « société », c’est qu’elle est, d’abord et avant tout un progrès pour la « société » telle qu’elle est, c’est-à-dire pour ceux qui dominent ladite société. Tous les autres arguments servent à couvrir cette réalité.

    « Une technologie ne s’impose pas inéluctablement parce qu’elle est plus “efficiente”, mais parce que des acteurs qui contrôlent les ressources économiques, considérant qu’elle correspond mieux à leurs intérêts, décident de lui donner réalité », résume l’auteur. Autrement dit, le changement technologique est toujours construit et il est toujours construit à dessein. C’est précisément ici que l’aspect politique est central.

    La question n’est plus la « disparition du travail », mais bien davantage une « dégradation du travail entre les mains des entreprises ».

    Les technologies en général, et l’IA en particulier, sont donc des phénomènes socialement construits. « Les voies du changement technologique sont multiples », rappelle l’auteur, qui décrit de façon très précise le mécanisme médiatique, économique et politique qui conduit l’IA à devenir incontournable.

    Des « attentes technologiques » se mettent alors en place, lancées par l’industrie et relayées par des médias. Ces attentes forgent un « rêve » et permettent de diriger les financements et les recherches dans un sens très précis. « Les prédictions de l’IA se réalisent, non pas parce que les prédictions sont vraies, mais parce que les bons acteurs se saisissent des bonnes promesses au bon moment », résume Juan Sebastián Carbonell.

    • Pour mémoire (la mienne surtout), un peu de « théorie »

      https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-2C.htm

      Un chapitre inédit du Capital
      Karl MARX

      Ces particularités du procès capitaliste de valorisation ne sont pas sans entraîner, dans le procès de production, certains changements de la forme réelle du capital, de sa forme de valeur d’usage. Premièrement, les moyens de production doivent être disponibles en une quantité assez grande pour absorber, non seulement le travail nécessaire, mais encore le surtravail. Deuxièmement, l’intensité et l’extension du procès de travail réel s’en trouvent modifiées.

      Les moyens de production utilisés par l’ouvrier sont certes la propriété du capitaliste et, comme nous l’avons déjà montré, ils s’opposent, en tant que capital, au travail, qui est l’expression même de la vie de l’ouvrier. Mais, il n’en reste pas moins que c’est l’ouvrier qui les utilise dans son travail. Dans le procès réel, il use des moyens de travail comme d’un support de son travail, et de l’objet du travail comme d’une matière dans laquelle son travail se manifeste. Ce faisant, il transforme les moyens de production en la forme appropriée du produit.

      Mais, tout change, lorsqu’on examine le procès de valorisation. Ici, ce n’est pas l’ouvrier qui utilise les moyens de production, mais les moyens de production qui utilisent l’ouvrier. Ce n’est pas le travail vivant qui se réalise dans le travail matériel comme en son organe objectif, mais le travail matériel qui se conserve et s’accroît, en absorbant du travail vivant, si bien qu’il devient valeur créant de la valeur, capital en mouvement.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_de_la_valeur_(marxisme)

      La théorie de la valeur est un concept marxiste d’analyse et de critique de l’économie. Karl Marx reprend partiellement l’idée de la valeur-travail développée par David Ricardo, mais la complète par une critique radicale (en utilisant la notion de travail abstrait) : la valeur d’un bien dépend de la quantité de travail direct et indirect nécessaire à sa fabrication. Marx utilisera le terme de « quantité de travail socialement nécessaire », la quantité de travail moyenne, changeante au fil du temps et qui explique les fluctuations des prix, une distinction fondamentale avec les théories de la valeur précédentes. Mais alors que Ricardo considère le travail comme une marchandise ordinaire[1], Marx juge impropre l’expression « valeur du travail », puisque le travail est à l’origine de toute valeur d’échange. Pour autant, Marx précise que « Le travail n’est pas la source de toute richesse. La nature est tout autant la source des valeurs d’usage (qui sont bien, tout de même, la richesse réelle !) que le travail, qui n’est lui-même que l’expression d’une force naturelle, la force de travail de l’homme »[2].

      Pour Marx, les salaires ne représentent pas la valeur du travail mais la location de la force de travail du salarié (Arbeitskraft). Il propose d’expliquer l’origine du profit de la façon suivante : de la valeur nouvellement créée, le salaire du travailleur ne représente que la part nécessaire à sa propre survie, le reste constituant la plus-value qui est empochée par les capitalistes.

      Egalement, selon l’économiste marxiste Isaak Roubine, la théorie de la valeur selon Marx doit être comprise en lien avec le concept de fétichisme de la marchandise : la « théorie du fétichisme est, per se, la base de tout le système économique de Marx, et en particulier de sa théorie de la valeur »[3].

      #théories_de_la_valeur #travail_mort #capitalisme #libéralisme #plus-value

  • Comment les Israéliens ont élevé le déni d’atrocités au rang d’art

    Par Ron Dudai

    (...) Et pourtant, face au flot incessant de photos et de vidéos de civils morts, d’enfants affamés et de quartiers entiers réduits en ruines, une grande partie de l’opinion publique israélienne – et une part importante des partisans d’Israël à l’étranger – réagit de deux manières : soit tout cela est faux, soit les Gazaouis le méritaient. Souvent, paradoxalement, c’est les deux à la fois : « Il n’y a pas d’enfants morts à Gaza, et c’est une bonne chose que nous les ayons tués. »

    Une nouvelle ère de déni

    Le déni des atrocités est un phénomène mondial, mais la société israélienne en a fait un véritable art. Ce n’est pas un hasard si l’un des ouvrages universitaires les plus importants sur le sujet, « States of Denial » (2001), du sociologue Stanley Cohen, s’inspire de son expérience de militant des droits humains en Israël pendant la première Intifada, à la fin des années 1980.

    S’appuyant sur ces expériences, Cohen décrit un répertoire de déni employé tant par les États que par les sociétés : « cela n’a pas eu lieu » (nous n’avons torturé personne) ; « ce qui s’est passé est autre chose » (il ne s’agissait pas de torture, mais de « pressions physiques modérées ») ; « il n’y avait pas d’alternative » (la « bombe à retardement » a fait de la torture un mal nécessaire).

    En Israël, cette logique s’enracine dans le mythe de la « pureté des armes » (la croyance qu’Israël n’agit que par légitime défense) et dans la vieille mentalité du « tirer et pleurer » (l’idée que les Israéliens peuvent commettre des actes de violence tout en conservant une moralité singulière parce qu’ils en portent le deuil par la suite). Mais aussi odieux que puisse paraître cet état d’esprit, il repose néanmoins sur deux hypothèses importantes : que des atrocités comme la torture, le meurtre de civils et les déplacements forcés sont fondamentalement mauvaises et nécessitent donc d’être justifiées ou dissimulées ; et que la documentation et la révélation de la vérité ont une valeur, ne serait-ce que comme un obstacle à contourner.

    Aussi répugnante soit-elle, l’hypocrisie inhérente au mythe de la « pureté des armes » a son utilité : elle laisse une marge de manœuvre, aussi étroite soit-elle, pour corriger le tir. Une fois révélé, le fossé entre la rhétorique et la réalité peut provoquer l’embarras, voire exercer une pression pour le changement. Dans un tel monde, les images prises avec un téléphone et partagées instantanément ont un poids réel.

    Mais ce n’est pas le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. En Israël, l’instinct de rejeter toute documentation provenant de Gaza comme étant « fake » a été intégré au discours dominant, des plus hautes sphères du pouvoir politique jusqu’aux commentateurs anonymes des sites d’information. Ce réflexe est ancré dans un esprit conspirationniste importé des milieux de droite américains, à l’image de la rhétorique de « l’État profond » du président Donald Trump, devenue l’un des arguments favoris du Premier ministre Benjamin Netanyahou et de ses partisans. (...)

    Ce type de discours a commencé à s’infiltrer dans la société israélienne avant même le 7 octobre, d’abord en ligne, puis dans les arènes officielles. À mesure que la guerre s’éternise, il est devenu une réaction répandue, souvent un réflexe : une vidéo de parents palestiniens berçant le cadavre d’un nourrisson dans leurs bras ? « Des acteurs tenant une poupée. » Des photos de civils filmées par des soldats israéliens ? « Générées par l’IA, manipulées ou prises ailleurs. » Et ainsi de suite, à l’infini.

    Cette rhétorique a souvent été associée au terme « Pallywood », un mot-valise à partir de « Hollywood palestinien ». Importé des milieux d’extrême droite américains au début des années 2000, il suggère que les images de la souffrance palestinienne ne sont absolument pas réelles, mais relèvent d’une industrie cinématographique élaborée : une vaste conspiration dans laquelle Palestiniens, organisations de défense des droits humains et médias internationaux collaborent pour fabriquer des atrocités.

    À une époque où les atrocités étaient niées, les accusations de mise en scène étaient pour le moins élaborées. Nombreux sont ceux qui se souviennent encore du cas de Muhammad Al-Durrah, le garçon de 12 ans tué à Gaza en septembre 2000, dont la mort est devenue un symbole de la deuxième Intifada. Les Israéliens et leurs partisans ont déployé des efforts considérables pour tenter de discréditer les images : des centaines d’heures d’analyse, de reportages et même de documentaires, analysant les angles de prise de vue, la balistique et les détails médico-légaux pour affirmer que l’événement avait été entièrement mis en scène [par le journaliste franco-israélien Charles Enderlin, correspondant de France 2, qui avait filmé la scène et a été harcelé pendant des années].

    Aujourd’hui, le déni ne requiert plus de tels efforts. Les théories du complot complexes du passé ont cédé la place à une forme plus grossière de négationnisme que les spécialistes appellent conspirationnisme : le rejet réflexif de toute preuve contraire à leurs intérêts, la qualifiant de fabriquée. La documentation des faits est simplement balayée d’un seul mot : « Fake ».

    Post-vérité, post-honte

    Prenons, par exemple, les preuves irréfutables de la famine massive à Gaza. La logique est d’une simplicité déconcertante : une population assiégée, dont tous les moyens d’autosuffisance ont été détruits, mourra inévitablement de faim. Pourtant, en Israël, des commentateurs anonymes en ligne aux plus hautes sphères du gouvernement, le réflexe reste le même : « Tout cela est faux. »

    Netanyahou a évoqué la « perception d’une crise humanitaire », prétendument créée par des « photos mises en scène ou manipulées » diffusées par le Hamas. Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a qualifié les images d’enfants émaciés de « réalité virtuelle », citant comme preuve la présence d’adultes « bien nourris » à leurs côtés. L’armée a affirmé que le Hamas recyclait des images d’enfants yéménites ou fabriquait des fausses images générées par l’IA. Le journaliste de Ynet, Itamar Eichner, par ailleurs très critique à l’égard du gouvernement, a partagé le même sentiment : « Ils [les Palestiniens] comprennent que les photos d’enfants affamés sont un point faible. Ces photos sont probablement mises en scène, et les enfants pourraient être atteints d’autres maladies. »

    Ce déni récurrent transparaît même dans le discours universitaire. Un rapport récent du Centre Begin-Sadat d’études stratégiques de l’Université Bar-Ilan, intitulé « Démystifier les allégations de génocide : un réexamen de la guerre Israël-Hamas (2023-2025) », comportait une section intitulée « Fausses sources et autres sources générées par l’IA ». (...)

    Parallèlement, le refus répréhensible de la grande majorité des médias israéliens de montrer ce qui se passe réellement à Gaza signifie que, lorsque des images parviennent à s’infiltrer, la réaction du public se résume souvent à un haussement d’épaules. Pourtant, presque à chaque fois, ce haussement d’épaules s’accompagne d’un « ils l’ont mérité », le déni et la justification s’entremêlant dans ce qui peut paraître paradoxal, mais qui reflète en réalité les deux faces d’une même médaille.

    Comme l’a récemment déclaré le ministre du Patrimoine, Amichai Eliyahu : « Il n’y a pas de famine à Gaza, et quand on vous montre des photos d’enfants affamés, regardez bien : vous en verrez toujours un gros à côté d’eux, en train de bien manger. C’est une campagne montée de toutes pièces. » Dans la même interview, il a ajouté : « Aucune nation ne nourrit ses ennemis. Avons-nous perdu la raison ? Le jour où ils rendront les otages, il n’y aura plus de faim. Le jour où ils tueront les terroristes du Hamas, il n’y aura plus de faim. »

    Après deux décennies de siège, durant lesquelles nous, Israéliens, avons tenté de faire disparaître Gaza et ses deux millions d’habitants palestiniens, le massacre du 7 octobre a brutalement ramené au premier plan ce que nous avions cherché à oublier. C’est peut-être à ce moment-là que les deux réponses – « faux » et « ils l’ont mérité » – ont pleinement convergé. La première sert l’image nationale (« nos enfants ne commettent pas d’atrocités ») et les exigences de la hasbara [propagande], gagnant du temps sur la scène internationale. La seconde est une réaction crue et viscérale à la douleur et à l’humiliation d’avoir été frappé par ceux longtemps considérés comme inférieurs. Ensemble, elles fusionnent en une réaction qui outrepasse tout appel à la moralité, ne nécessite aucune pause et n’exige aucune excuse.

    Et c’est là que réside le deuxième défi à la croyance selon laquelle les smartphones et les réseaux sociaux peuvent mettre fin aux atrocités. La lutte pour les droits humains a longtemps supposé que documenter les abus « pousserait » les auteurs à changer de comportement. Mais que se passe-t-il lorsque les auteurs n’éprouvent plus de honte et ignorent ouvertement la censure morale, voire l’idée même de vérité ? Dans ce cas, la documentation et la diffusion, aussi rapides et généralisées soient-elles, perdent leur pouvoir.

    En effet, comme l’ont montré les rapports sur les droits humains et les requêtes déposées devant les tribunaux internationaux ces deux dernières années, les dirigeants militaires, politiques et culturels israéliens admettent désormais ouvertement – ​​et de leur propre chef – ce que, dans d’autres circonstances, les groupes de défense des droits humains se seraient efforcés de prouver avec acharnement.

    Après des décennies de déni de la Nakba, allant jusqu’à interdire le terme lui-même, les législateurs israéliens déclarent aujourd’hui fièrement qu’Israël commet une seconde Nakba à Gaza. Alors qu’autrefois les bénévoles de B’Tselem devaient filmer minutieusement les atrocités en Cisjordanie, pour se voir opposer une excuse ou une autre, comme celle de dire que les incidents avaient été « sortis de leur contexte », aujourd’hui, les soldats israéliens enregistrent eux-mêmes les violations des droits humains et les publient sans hésiter sur les réseaux sociaux.

    Nous assistons à l’effondrement du cycle traditionnel de révélation, de déni et de confirmation. Dans une telle réalité, à quoi servent les smartphones et les réseaux sociaux ?

    Fissures dans l’édifice

    Si l’intérêt de documenter les atrocités est bien moindre que ce que nous espérions par le passé, il n’en demeure pas moins significatif. Au moment où j’écris ces lignes, il semble que les réflexes du « fake » et du « ils l’ont mérité » se heurtent enfin à des obstacles solides.

    Face aux preuves abondantes et inexorables de la famine à Gaza, les dénonciations de "fake" se font de plus en plus frénétiques et désespérés. L’allégation virulente, sans cesse répétée dans le discours israélien, selon laquelle un enfant gazaoui souffrant d’une maladie préexistante absoudrait en quelque sorte Israël de sa responsabilité dans la famine dont il est victime, n’a apparemment pas réussi à enrayer la reconnaissance croissante en Israël de la souffrance des Palestiniens et de son injustice fondamentale.

    Les contorsions désormais courantes dans les arguments israéliens – qu’il y a bien une famine à Gaza, mais que le Hamas en est responsable ; qu’il s’agit d’une conséquence involontaire de la guerre ; ou que le monde fait preuve d’hypocrisie en ne traitant pas la famine au Yémen de la même manière – nous renvoient tous au répertoire de dénégations décrit par Stanley Cohen. Pourtant, ils suggèrent aussi autre chose : la réapparition hésitante de la gêne, voire de la honte, au moins dans certains segments de la population israélienne.

    Ce qui semble avoir contribué à ce changement, ce sont, d’une part, les réactions de la communauté internationale face à la famine, et, d’autre part, la possibilité de reconnaître la faim sans impliquer directement les soldats et les pilotes (nos « meilleurs fils »). Pourtant, l’accumulation de photos et de documents incontestables provenant de Gaza a également joué un rôle. La persévérance des individus et des organisations à documenter et à dénoncer la situation – depuis Gaza et au-delà –, ainsi qu’à valider et diffuser ces informations en Israël et dans le monde, a finalement eu un impact.

    Mais le projet israélien d’occuper la ville de Gaza et de déplacer de force ses habitants vers ce qui pourrait s’apparenter à un camp de concentration, en prévision de leur éventuelle expulsion définitive, menace de transformer un désastre déjà grave en une situation encore pire. L’opinion publique israélienne va-t-elle s’enfoncer davantage dans le déni ou être enfin contrainte d’affronter la réalité ?

    https://www.972mag.com/israelis-atrocity-denial-gaza

    • Très juste. Article essentiel pour comprendre l’usage des mots et des « éléments de langage ».
      par exemple « la guerre Israël-Hamas », expression qui voulait simplement supprimer Gaza du paysage. Comme si les Gazaouis n’existaient déjà pas/plus, et que les armes « justes » ne visaient que les « terroristes ».
      La guerre, c’est toujours une affaire de territoire : imposer sa domination sur une portion du monde et ses habitants (ou alors supprimer les habitants).
      Cela a toujours été une guerre Israël-Gaza (qui d’ailleurs à commencé il y a plusieurs décennies).
      Qu’il ait fallu deux ans de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, et de génocide pour que les journaux arrêtent d’employer cette expression montre bien la force de ceux qui tiennent le langage et en font une arme de guerre (psychologique).
      Même chose dans la reprise durant deux années de l’expression « xxxx morts selon le Ministère de la santé du Hamas », alors qu’il s’agissait du ministère de la Santé de Gaza, certes détenu par le Hamas, mais qui assurait en l’occurrence une mission de service public. Mais prononcer « Hamas » dans une phrase avait pour mission de décrédibiliser tout ce qui constituait une information.
      Il aura fallu cet été pour que les chiffres soient corroborés par « des données confirmées par l’ONU ».
      Mais ce doit être parce que les journalistes ne peuvent pas entrer dans Gaza que les images qui en viennent sont soumises au doute ou à la dépréciation langagière. Les journalistes occidentaux sont tellement crédibles et indifférents aux pressions langagières des dominants qu’on en oublie que des journalistes locaux existent et sont sur place, décrivent, documentent. Certains ont même obtenu un Prix Pulitzer... avant d’être délibérément assassinés par l’armée israélienne, comme plusieurs centaines de ses confrères. Ne pas être présent n’a jamais empêché les journalistes de traiter de tas de sujets, de s’appuyer sur le travail de leurs confrères locaux, et aussi parfois de se servir de leur simple jugeote : sans eau, sans production locale, sans entrée de vivres... deux millions de personnes déplacées, vivant souvent dehors souffrent forcément au delà du dicible.

  • #Logique_du_chaudron — Wikipédia
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Logique_du_chaudron

    L’histoire racontée par Freud est la suivante :

    « A a emprunté à B un chaudron de cuivre et après l’avoir rendu, il est mis en accusation par B parce que le chaudron présente désormais un grand trou qui le rend inutilisable.

    Voici sa défense :

    “Premièrement je n’ai absolument pas emprunté de chaudron à B ;

    deuxièmement le chaudron avait déjà un trou lorsque je l’ai reçu de B ;

    troisièmement je lui ai rendu le chaudron intact ».“

    • L’anecdote du chaudron apparaît chez Vidal-Naquet comme manière de caractériser les « logiques » du révisionnisme (Les assassins de la mémoire, 1995) :
      http://www.anti-rev.org/textes/VidalNaquet87b/part-3.html

      Nadine Fresco a opportunément rapproché la méthode révisionniste d’un Witz freudien bien connu, celui du chaudron[51] : « A a emprunté à B un chaudron de cuivre. Lorsqu’il le rend, B se plaint de ce que le chaudron a un grand trou qui le met hors d’usage. Voici la défense de A : "1, je n’ai jamais emprunté de chaudron à B. 2, le chaudron avait un trou lorsque je l’ai emprunté à B. 3, j’ai rendu le chaudron intact." » Les exemples sont multiples. Du « Protocole de Wannsee » (20 janvier 1942), qui montre un certain nombre de fonctionnaires à l’oeuvre autour de la « solution finale », on dira à la fois - ou on suggérera - qu’il est un document peu fiable, parce que non signé, et qu’il ne comporte rien de bien dramatique[52]. Une sorte de record est atteint à propos des Discours secrets de Himmler, dans lesquels la théorie et la pratique du meurtre collectif sont exposées avec relativement peu de dissimulation[53]. On dira à la fois que ces textes, publiés sous un titre non prévu par leur auteur, ont été trafiqués, qu’on y a introduit des mots qui ne figuraient pas dans l’original, le mot « tuer » (umbringen) par exemple, qui est sans doute là pour autre chose, évacuer, peut-être, et que leur sens est en vérité bénin : l’extermination du judaïsme (Ausrottung des Judentums) n’est pas l’extermination des Juifs[54].

  • L’ONU reconnaît l’état de famine dans la bande de Gaza
    https://www.lemonde.fr/international/live/2025/08/22/en-direct-gaza-l-onu-declare-officiellement-la-famine-a-gaza_6632172_3210.ht

    Après des mois de mise en garde, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un organisme des Nations unies dont le siège est à Rome, confirme qu’une famine est en cours dans le gouvernorat de Gaza et qu’elle devrait s’étendre à ceux de Deir Al-Balah et de Khan Younès d’ici à la fin du mois de septembre.

    « C’est une famine que nous aurions pu éviter si on nous l’avait permis. Pourtant, la nourriture s’accumule aux frontières en raison de l’obstruction systématique d’Israël », a déclaré Tom Fletcher, responsable de la Coordination des affaires humanitaires des Nations unies, lors d’un point de presse à Genève, ajoutant que cette crise « va et doit nous hanter tous ».

  • Le Monde dans ses (basses) œuvres : Gaza : onde de choc dans le monde arabe après une frappe d’Israël qui a tué six journalistes
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/08/12/gaza-une-frappe-israelienne-deliberee-tue-six-journalistes-palestiniens-dont
    Heureusement donc, cette « onde de choc dans le monde arabe » n’a pas atteint la personne qui rédige les titres du quotidien de référence français. Faudrait pas qu’on soit choqués par l’assassinat ciblé de journalistes palestiniens.

  • Après #12train.com, le super site pour acheter des billets de #train pour la France (et que je recommande plus que vivement...) :
    https://www.12train.com

    #Railfinder pour les billets en #Europe :


    https://www.railfinder.eu

    –-> comme le dit Jean-Baptiste qui a créé 12train,
    « Nous ne sommes vraiment pas nombreux a essayé d’exister face aux mastodontes comme la SNCF ou la Deutsche Bahn.

    Chaque initiative indépendante mérite d’être saluée et soutenue 🙂 »

    #12train #billetterie #billets #transport #transport_ferroviaire

  • La France malade du cadmium, une « bombe sanitaire », alertent les médecins libéraux
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/06/05/la-france-malade-du-cadmium-une-bombe-sanitaire-alertent-les-medecins-libera

    Les Français, en particulier les enfants, sont massivement contaminés par ce cancérogène présent dans les engrais phosphatés, à travers la consommation de céréales, de pain ou de pâtes. Santé publique France fait le lien avec l’explosion des cancers du pancréas.

    ... Selon la Société nationale française de gastro-entérologie, le cancer du pancréas sera le deuxième plus mortel dans les années 2030-2040. La France se classe déjà parmi les dix pays ayant le plus grand nombre d’apparitions de nouveaux cas.

    [...]

    L’imprégnation moyenne des Français au cadmium a pratiquement doublé en dix ans entre les deux grandes enquêtes épidémiologiques pilotées par Santé publique France : elle est passée de 0,29 µg/g sur la période 2006-2007 (Etude nationale nutrition santé, ENNS) à 0,57 µg/g sur la période 2014-2016 (Etude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition [Esteban]).
    C’est plus que la « concentration critique » de 0,5 µg/g fixée par l’Anses. Selon l’étude Esteban publiée en juillet 2021, la première à mesurer à l’échelle du pays le niveau d’exposition des enfants aux métaux lourds, 47 % des Français dépassaient déjà cette concentration critique, et 18 % des enfants. Pierre Souvet pointe un autre marqueur frappant de cette accentuation considérable de la contamination des Français, la « flambée » observée chez les enfants âgés de 6 à 10 ans : leurs données affichaient une concentration supérieure à celle des 10-18 ans, mais également à celle des adultes de l’étude ENNS (0,31 µg/g, contre 0,29 µg/g).

    Rien d’étonnant. En 2016, déjà, la seule grande étude sur l’alimentation infantile menée jusqu’à ce jour par l’Anses révélait que 14 % des enfants de 3 à 17 ans et plus d’un tiers (36 %) des moins de 3 ans dépassaient la dose journalière tolérable de cadmium dans l’alimentation. Chez les 13-36 mois, l’Anses signalait que « les aliments les plus contributeurs » étaient les pommes de terre, les légumes à feuilles (épinards) et les pâtes. L’étude Esteban attire l’attention sur les céréales du petit déjeuner : les enfants (moins de 18 ans) qui en consomment 20 grammes par jour ont une imprégnation au cadmium augmentée de plus de 8,5 % par rapport à ceux qui en consomment très peu (4 grammes par jour). Recommandation de Pierre Souvet soutenue par le docteur Meyvaert : « Il faut arrêter de donner des céréales à gogo au petit déjeuner aux enfants. »

    Engrais phosphatés importés

    Fixée à 0,35 µg par kilogramme de poids corporel, la dose journalière tolérable française est 3,5 fois plus élevée que la dose maximale recommandée aux Etats-Unis. L’imprégnation moyenne des Français est d’ailleurs trois fois supérieure à celles des Américains et plus de deux fois supérieure à celle des Italiens. Elle dépasse même celle des fumeurs américains, passée de 0,61 µg/g à 40 µg/g en quinze ans. Chez les enfants, la différence est encore plus marquée : les jeunes Français (6-10 ans) sont cinq fois plus contaminés que les jeunes Américains (0,06 µg/g), six fois plus que les Allemands du même âge (0,05 µg/g) et quinze fois que les petits Danois (0,02 µg/g).

    https://archive.ph/xZhXD

    #France_cancer #engrais_phosphatés #agriculture #cancer