• Citizen4Science sur Twitter :

    “⏭️WEAR & REUSE A MASK 😷

    Lavez, réutilisez les #masques chirurgicaux, c’est efficace et écologique, jusqu’à 10 passages machine

    Bravo CHU_Grenoble pour cette étude !

    Des économies pour les #citoyens, et sur les 400 000 tonnes de déchets/an

    cc @AFNOR” / Twitter
    https://twitter.com/Citizen4Sci/status/1450053062400303106

    Reuse of medical face masks in domestic and community settings without sacrificing safety: Ecological and economical lessons from the Covid-19 pandemic - PubMed
    https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34600007

    The type IIR polypropylene medical masks can be washed up to 10 times, washed 5 times and autoclaved 5 times, or washed then sterilized with radiations or ethylene oxide, without any degradation of their filtration or breathability properties.

    • Cool… plus d’un an après :
      https://seenthis.net/messages/879404

      C’est quand même dommage de confirmer cela un an et demi plus tard, après des milliards de jetage et, j’en ai bien peur, après une éducation, une habitude désormais tenace de considérer comme devant absolument être à jeter ensuite les masques chirurgicaux (à peu près personne au monde ne jette les masques « en tissu » qui ne protègent de rien et ne suivent aucune vraie norme de filtrage, alors que des masques chirurgicaux yen a partout dans les poubelles + directement par terre en ville comme les mégots). Mais le temps de la science, des études, etc, ok (mais quand même).

      Le seul moyen désormais serait d’avoir une campagne massive, télé + radio + affichage public, disant qu’il faut laver les masques et ne pas les jeter direct. Mais ça m’étonnerait qu’il y aura ça. Et donc ça continuera comme actuellement maintenant que l’habitude est prise.

      #jetable #écologie

    • J’exagère un peu : l’afnor a normalisé par le bas et promu ces masques pour les raisons que l’on sait : 1) il n’y avait plus assez de masques chirurgicaux au départ pour la population entière et donc ça a été priorisé pour les personnels de santé (ce qui prouve donc que c’est bien plus protecteur) et 2) ils n’avaient jamais testé le pouvoir filtrant des masques chirurgicaux après lavage. Et donc promouvoir des masques moins bien a été leur méthode pour que les gens trouvent et portent plus souvent des masques.

      Les masques grand public (et attention seulement ceux clairement marqué de « catégorie 1 ») filtrent maximum à 90% les petites particules < 10µ, alors que les masques chirurgicaux c’est 98% et en plus sont majoritairement bien mieux collés au visage (et 100% avec pince nez), ce qui fait une très grosse différence. Ces masques ont été promu, non pas parce qu’ils protégeaient bien, mais parce que pénurie de masques chirurgicaux qui suivaient vraiment une norme plus drastique (ce pourquoi ils sont utilisés par les soignants). Mais maintenant qu’on peut aussi les laver…

      En revanche quand on reste vraiment longtemps dans un lieu fermé (donc forte accumulation d’aérosols dans l’air), ou qu’il s’agit d’un lieu mal aéré, alors seuls les FFP2/N95 filtrent vraiment les encore plus petites particules < 1µ.

    • Via reddit

      Libération » a identifié plus d’un millier de sites complotistes en France. Certains d’entre eux génèrent d’importants revenus grâce à des audiences colossales. Jackpot pour leurs propriétaires, qu’ils soient groupes politiques, Etats étrangers ou particuliers.

      par Maxime Macé et Pierre Plottu

      Plus de 33 millions de visites par mois. Ce chiffre hallucinant est celui des visites cumulées du seul top 10 des sites internet de désinformation en français recensés par Libération. Au total, après plusieurs mois d’enquête, ce sont plus d’un millier de plateformes en activité que nous avons pu identifier, allant du blog pas si confidentiel au site dont l’allure professionnelle peut tromper un œil non averti. Impossible de calculer précisément le nombre total de Français pris dans les filets de cette « désinfosphère ». Mais un autre chiffre frappe : les 100 plus importantes de ces plateformes totalisent au bas mot 60 millions de visites et 150 millions d’articles consultés chaque mois, selon les données accessibles publiquement. C’est l’équivalent de l’audience (calculée par l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias) des sites de Libé, le Point, France Bleu et Europe 1… réunis.

      « Pansionisme » et « complot » du 11 Septembre, Eric Zemmour et le professeur Raoult, prétendu grand remplacement, mesures sanitaires comparées à des « crimes contre l’humanité », « nanoparticules » dans les vaccins contre le Covid-19… Parcourir ces sites est une plongée dans ce qui se fait de pire en matière de fausses informations. Un contenu qui oscille entre titres accrocheurs, petites manipulations et gros mensonges, et qui viendra ensuite inonder les réseaux sociaux.

      Ciblage des internautes

      Un documentaire de Complément d’enquête (diffusé en septembre sur France 2) a mis en exergue les revenus parfois importants que peuvent dégager ces plateformes. Car « elles exploitent, si ce n’est détournent, les outils de publicité ciblée sur Internet », explique à Libé Nicolas Lebrun, fondateur de l’entreprise Ad Safe as Possible, spécialiste de la protection d’image de marque contre ces discours. Il ajoute que « pour le moment, le marché est relativement neuf et les annonceurs ou prestataires n’ont pas encore pris la mesure du sujet ».

      La technique tout d’abord. La publicité en ligne fonctionne désormais massivement sur le ciblage des internautes via des outils automatisés, appelés « programmatiques ». Concrètement, une marque indique à ses prestataires qu’elle souhaite, par exemple, toucher les hommes âgés de 25 à 35 ans, urbains, de région parisienne, passionnés de tennis et plutôt diplômés du supérieur – autant d’éléments connus grâce aux cookies internet notamment. La machine fait le reste : les encarts publicitaires de ladite marque sont diffusés aux internautes collant à ces critères, quel que soit le site sur lequel ils se trouvent.

      Une révolution : les marques n’achètent plus une pub dans un titre de presse précis ou sur le panneau d’une ligne de bus présélectionnée, mais elles ciblent désormais des personnes (ou plutôt des groupes de personnes) sans se préoccuper du support de diffusion. Selon la réglementation, les prestataires doivent lister, pour leurs clients, les sites sur lesquels leurs publicités sont diffusées. Mais en pratique, ce n’est pas souvent le cas, nous glisse une source interne à une entreprise spécialisée. Dès lors, il est difficile pour une marque de savoir avec précision où est visible sa pub.

      Administrations ou entreprises privées peuvent ainsi se retrouver exposées sur des sites haineux ou complotistes. A l’image, comme a pu le constater Libération, de ces campagnes de recrutement pour l’armée de terre diffusées sur des plateformes ouvertement racistes ou dénonçant la « franc-maçonnerie luciférienne »… « Ces sites se jouent des outils de détection sémantique des discours haineux qui ne peuvent analyser la zone grise, celle où on use de périphrases pour tenir des propos qui tombent sous le coup de la loi, explique Nicolas Lebrun. Quant aux fake news, aucun outil sémantique ne peut les repérer avec certitude : il faut des moyens humains. »

      Une manne bien identifiée

      Marques ou intermédiaires mis face à cet état de fait par Complément d’enquête ont eu tendance à botter en touche, mais certains ont préféré assumer. Comme ce haut fonctionnaire du fisc qui, sous couvert d’anonymat, a répondu en substance que son sujet n’était pas de contrôler où sont diffusées ses pubs, quand bien même elles financeraient des sites de désinformation, mais de faire payer leurs impôts aux contribuables.

      Une manne qu’ont bien identifiée les acteurs de la désinfosphère. Tel ce site américain fort de dizaines de millions de visites mensuelles dont Complément d’enquête a estimé le revenu publicitaire à 200 000 euros par mois. C’est aussi la foule de plus petites plateformes identifiées par Libé qui, en France, monétisent leurs pages pour des revenus certes bien inférieurs, néanmoins intéressants à l’échelle d’un particulier.

      Si les standards de rémunération du marché sont très variables en fonction de la qualité de la publicité diffusée, l’IAB France, une association de professionnels du secteur, a calculé que le revenu moyen est de 96 centimes pour mille impressions d’un encart publicitaire (le nombre de fois où il est « vu »). Un site qui enregistre un million d’impressions par mois peut donc espérer générer entre 900 et 1 000 euros de chiffre d’affaires mensuel. L’estimation est basse, compte tenu de ce que confirme en off l’administrateur d’un de ces sites que nous avons pu contacter. Or nous avons identifié plus d’une quarantaine de sites qui dépassent ce seuil, certains montant même beaucoup plus haut, avec deux, trois, quatre et jusqu’à près d’une dizaine de millions de pages vues. Jackpot.

      « La séquence pandémique a accéléré la diffusion de toutes les théories complotistes, celles liées au Covid-19 comme celles du “complot juif”. Ça a été une opportunité inédite pour la désinfosphère de pousser ses contenus ».

      — Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l’université Paris-Diderot

      Des revenus qui permettent aux acteurs de la désinfosphère de se professionnaliser et d’accroître encore une influence déjà loin d’être négligeable. Par exemple, si la pseudo-théorie du « grand remplacement » truste désormais les plateaux de télévision, ce concept est en réalité réapparu sur les sites d’extrême droite il y a quelques années, notamment à travers la figure de Renaud Camus. La désinfosphère a ensuite donné de la visibilité à son discours raciste, le répandant dans des cercles de moins en moins confidentiels au point qu’il est désormais porté par un quasi-candidat à l’élection présidentielle.

      « Il est parfois difficile de traduire l’effervescence en ligne dans le réel. Toutefois ,le film Hold-Up, qui a incubé dans les marginalités de la désinfosphère et qui est subitement devenu un objet médiatique, n’aurait intéressé que quelques milliers de personnes sans accélération algorithmique et militante. Grâce à l’audience des sites qui en ont fait la promotion, des centaines de milliers de personnes ont pu le voir », explique Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l’université Paris-Diderot et observateur du conspirationnisme. Mais c’est aussi l’exemple du rôle joué par la désinfosphère américaine dans l’accession au pouvoir de Trump.

    • Les sites d’extrême droite fortement avantagés
      https://www.ladn.eu/media-mutants/presse-et-nouvelles-ecritures/audience-site-desinformation-france

      [...] Bien que très médiatisé depuis la crise du Covid, France Soir ferait office d’outsider dans la galaxie des médias de la désinformation. Les géants du secteur existent depuis plus de 10 ans. Égalité et Réconciliation, Fdesouche ou bien encore Boulevard Voltaire sont des affaires qui roulent avec des audiences respectives de 20, 8,3 et 5 millions de visites par mois. De quoi amasser un bon pactole.

  • Église, la mécanique du silence

    2016, année noire pour l’Église catholique française, confrontée aux plus grands scandales de pédophilie de son histoire.
    Les auteurs ont enquêté pendant un an. De Lyon, où leur travail commence autour de l’affaire #Barbarin, à la Guinée, en passant par #Montauban, le Canada, Paris et Rome, ils révèlent de multiples affaires de #prêtres pédophiles dissimulées par l’institution catholique.
    Ils ont écouté de nombreuses victimes, interrogé des lanceurs d’alerte au sein de l’Église, rencontré des prêtres auteurs d’#abus_sexuels, interviewé des hiérarques ecclésiastiques et eu accès à des documents confidentiels.
    Ils dessinent une stupéfiante machine à fabriquer du #silence pour couvrir les crimes. Le livre raconte le système d’#exfiltration mis en place par l’Église de #France pour écarter les prêtres abuseurs… non pas des enfants mais des juges : mise au vert, mise en congé sabbatique, placement en abbayes ou mutation à l’étranger.
    Comment l’institution s’est-elle protégée en couvrant ses prêtres, sans jamais les dénoncer à la #justice ? Et si le scandale était, au-delà des faits eux-mêmes, ce système organisé pour l’étouffer ?
    Un document essentiel pour comprendre l’engrenage du silence auquel ont été assignées des centaines de victimes.

    http://www.editions-jclattes.fr/sites/default/files/styles/couv_livre/public/images/livres/9782709659383-001-X.jpeg?itok=HWASICVM
    http://www.editions-jclattes.fr/eglise-la-mecanique-du-silence-9782709659383
    #livre de @daphne @marty et @MathieuPerisse

    #Eglise #pédophilie

    • L’Église face aux scandales pédophiles

      Abus sexuels, culture du secret et de l’impunité : malgré l’intransigeance affichée du pape François, l’Église n’en a pas fini avec ses penchants les plus obscurs, recensés dans ce documentaire accablant d’une exceptionnelle densité.

      « Une tolérance zéro » : lorsqu’en 2013, Jorge Mario Bergoglio devient le pape François, il promet de clore un des chapitres les plus sombres de l’histoire catholique et de « punir sévèrement » les auteurs d’abus sexuels appartenant à l’Église. Cinq ans plus tard, malgré des avancées dans la reconnaissance des victimes, la crise semble loin d’être achevée. Les deux tiers des prêtres convaincus de viols ou d’agressions sexuelles sur mineurs sont toujours en exercice ; les évêques ne sont toujours pas tenus de dénoncer à la police les agissements des prêtres sous leur tutelle. Plus terrible encore, des mutations dans des pays en voie de développement permettent à certains hommes d’Église criminels de fuir les poursuites judiciaires – et de réitérer leurs méfaits. Les mœurs ne semblent guère avoir changé au sein d’une institution recroquevillée sur sa culture du secret. On comprend pourquoi des membres de la commission pontificale pour la protection des mineurs, eux-mêmes anciennes victimes, ont démissionné en signe de protestation. Alors que tous les yeux sont braqués sur lui, pourquoi le pape François semble-t-il persister dans l’inaction ? Quelles sont les résistances qui gangrènent toute tentative de réforme ? Comment le Vatican peut-il encore se penser au-dessus de la justice civile ?

      Quand l’Église se protège
      De Lyon à la Pennsylvanie, de l’Argentine à l’Italie, John Dickie et Jesus Garces Lambert, qui ont mené séparément pour ARTE différentes enquêtes sur les secrets de l’Église catholique, passent en revue une multitude d’abus sexuels en partie méconnus, commis sur des enfants par des prêtres profitant de leur ascendant spirituel pour assouvir leurs désirs pédophiles. Mais leur documentaire se veut d’une tout autre dimension qu’une collection de faits divers sordides. Grâce aux témoignages de victimes, de prêtres dissidents, d’ecclésiastiques passés aux aveux ou de psychologues, il sonde en profondeur les mécanismes qui poussent l’Église à couvrir ses dérives, et qui lui permettent de le faire. Prenant en compte les facteurs historiques, culturels, systémiques et psychosexuels propres au clergé, il dresse un réquisitoire d’une ampleur inédite. « Toute institution tend à se protéger », rappelle un des intervenants.

      https://www.arte.tv/fr/videos/069877-000-A/l-eglise-face-aux-scandales-pedophiles

    • L’Eglise intraitable avec les gamines de 9 ans mise enceinte par leurs prères, pères ou beau pères violeurs dans les pays catho, et si prompte à accorder son pardon, son asile gratuit et de nouveaux enfants proies aux violeurs.

    • Une organisation internationale pour mettre fin aux abus sexuels dans l’Eglise

      C’est l’un des dossiers les plus sombres de l’Eglise catholique, ces cinquante dernières années : les abus sexuels. Le pape François avait promis la tolérance zéro. A quelques jours de sa visite en Suisse, des associations internationales ont saisi l’occasion pour lui lancer un message fort. A Genève, elles ont annoncé la création d’un réseau mondial inédit : « #Ending_Clerical_abuse », « Pour en finir avec les abus du clergé ». Elles attendent du Pape des mesures fortes et concrètes contre la pédophilie dans l’Eglise. Daphné Gastaldi.

      http://www.rfi.fr/emission/20180611-eglise-abus-sexuels-organisation-internationale-pape-football-suede-hon

  • À Plounéventer, une fourgonnette passe la nuit sur le toit d’un abri de bus - Landerneau - Le Télégramme
    https://www.letelegramme.fr/finistere/landerneau/a-plouneventer-une-fourgonnette-passe-la-nuit-sur-le-toit-d-un-abribus-


    Pour des raisons pas très clairement établies, une fourgonnette s’est retrouvée en fâcheuse posture sur le toit d’une aubette, la nuit dernière, à Plounéventer.
    Photo Le Télégramme

    […]
    Après vérification, il semblerait que cette étrangère apparition matinale soit la conséquence pour le moins originale d’un simple différend local.

  • Pédocriminalité dans l’Eglise : 330 000 victimes estimées en France depuis 1950, selon les travaux de la commission Sauvé
    https://www.lemonde.fr/societe/live/2021/10/05/pedocriminalite-dans-l-eglise-suivez-en-direct-la-conference-de-presse-de-la

    La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise publie son rapport, mardi, après deux ans et demi de travaux. 216 000 personnes ont été victimes de clercs ou de religieux. Leur nombre passe à 330 000 en comptant les victimes de laïcs travaillant dans les institutions de l’Eglise (cathéchisme, aûmonerie).

    La vache. 330 000 victimes pour 3 000 pédocriminels, ça ferait 110 victimes par violeur. Ce qui, je le répète, dénoterait une impunité totale.

    • On est d’accord que quand on écrit « l’Eglise », on parle de l’Eglise de France, et non des catholiques du monde entier ?

      On est d’accord qu’on cause donc de 330 000 victimes rien qu’en France ?

      C’est énorme en fait...

      J’ai cependant une question. Les victimes ont-elles joui ? C’est un policier de l’assistance qui pose la question.

    • Sur l’impunité des violeurs en série, l’entretien de Nathalie Bajos :
      https://seenthis.net/messages/932062

      Mais si l’on se base sur les estimations faites à l’étranger, autour de 5 %, cela veut dire qu’en moyenne un prêtre aurait agressé 35 enfants (et plus de 60 si l’on estime que 3 % des prêtres ont agressé des personnes mineures). C’est aussi un élément qui permet de penser qu’on savait : un prêtre n’abuse pas pendant des années autant d’enfants sans qu’à un moment des membres de l’Eglise catholique ne soient au courant. Il est d’ailleurs frappant de constater que, d’après les données des archives, les prêtres incriminés auraient abusé en moyenne de trois ou quatre enfants. Cela conduit donc à penser que l’Eglise n’a pas diligenté des enquêtes sérieuses qui auraient permis de mettre en évidence toutes les agressions que les prêtres identifiés comme agresseurs avaient pu commettre.

    • Merci à tout le monde pour tout ça.
      Qui pour libérer l’article suivant ?
      Face au rapport Sauvé, les politiques ne savent pas sur quel pied danser
      https://www.mediapart.fr/journal/france/081021/face-au-rapport-sauve-les-politiques-ne-savent-pas-sur-quel-pied-danser

      8 octobre 2021 Par Mathieu Dejean, Mathilde Goanec, Pauline Graulle et Ilyes Ramdani

      Après que le rapport Sauvé a révélé que des centaines de milliers d’enfants français avaient été abusés sexuellement par des ecclésiastiques, les réactions des responsables politiques, de gauche comme de droite, paraissent timides. Certains demandent néanmoins à la justice d’intervenir et à l’Église de se réformer.

    • Aucune interrogation, mardi, lors de la séance hebdomadaire de questions au gouvernement. Une réaction à la volée d’Emmanuel Macron, en déplacement en Slovénie, qui a souhaité « que ce travail puisse se poursuivre dans la lucidité et l’apaisement ». Et le service minimum des candidats à la présidentielle…

      Au début de la semaine, c’est pourtant un scandale majeur qui vient d’éclater : selon les chiffres d’un rapport réalisé par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église catholique (Ciase), 330 000 enfants français ont été, depuis 1950, victimes de violences sexuelles par des ecclésiastiques et des laïcs œuvrant au sein de l’Église.

      À l’étranger, des révélations du même genre ont, ces dernières années, donné lieu à des prises de parole fortes des plus hautes personnalités de l’État. En 2012, les vice-premiers ministres d’Irlande et d’Irlande du Nord, constatant « l’incapacité des membres éminents de l’Église catholique de protéger les enfants », avaient ainsi appelé à la démission du chef de l’Église catholique du pays, après que le cardinal eut été accusé d’avoir couvert des actes de pédocriminalité d’un prêtre dans les années 1970.

      Jean-Marc Sauvé, président de la Ciase, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’église, lors de la présentation de son rapport, à Paris, le 5 octobre 2021. © Photo Thomas Coex / AFP

      Cet été, le chef du gouvernement canadien, par ailleurs fervent catholique, Justin Trudeau, s’indignait de l’absence de réaction de l’Église après la découverte de centaines de tombes près d’anciens pensionnats autochtones destinés à évangéliser et assimiler les Amérindiens. Annonçant, lors d’une conférence de presse à Ottawa, que le gouvernement allait mettre « la pression sur l’Église et toutes les institutions [pour qu’elles reconnaissent] leur rôle », il a aussi demandé « aux catholiques à travers le pays de parler à leurs prêtres, de parler à leurs évêques, de passer le message qu’il est temps que l’Église catholique reconnaisse [...] sa part de culpabilité ».

      Des politiques qui assument d’interpeler une institution religieuse : serait-ce impossible dans une République qui a fait de la séparation de l’Église et de l’État l’un des fondements de son identité ?

      Trois jours après la révélation du scandale, les politiques français étaient en tout cas peu nombreux à avoir pris des positions fortes sur l’épineux sujet. Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur et des cultes, a certes été contraint de sortir du silence après que le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, eut déclaré que « le secret de la confession est plus fort que les lois de la République ». Mais le gouvernement est resté largement en retrait.

      Plus largement, il est notable que vendredi 8 octobre, ni Jean-Luc Mélenchon, ni Anne Hidalgo, ni Xavier Bertrand, ni Valérie Pécresse n’avaient encore pris la parole. Pour le reste, les rares à avoir réagi, à l’instar de l’écologiste Yannick Jadot ou du communiste Fabien Roussel, se sont généralement cantonnés à des messages sur les réseaux sociaux faisant part de leur empathie avec les victimes et saluant le travail de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église.

      Comment aborder politiquement ce sujet, à la croisée des problématiques religieuses, de la protection de l’enfance, du droit et de la lutte contre les violences sexuelles ?

      « Ni l’État ni le Parlement n’ont les moyens d’intervenir, la balle est dans le camp de l’Église », estime la sénatrice socialiste Marie-Pierre de la Gontrie, qui argue que le fait même que le rapport Sauvé ait été commandé par l’Église désarme en partie le champ politique. « Le travail actuel est nettement plus abouti que tout ce que nous aurions pu faire, incarné par la personnalité de Jean-Marc Sauvé, incontestable. Sa commission a eu accès aux archives des évêchés, ce que nous n’aurions pas pu faire en tant que parlementaires, faute de moyens », ajoute sa collègue de banc, Laurence Rossignol, qui fut ministre de la famille, de l’enfant et des droit des femmes durant le quinquennat Hollande.

      « La difficulté, c’est la coexistence entre le droit canonique et le droit français », ajoute Marie-Pierre de la Gontrie, laquelle examine néanmoins méticuleusement le texte pour voir si des « prolongements législatifs » sont envisageables.

      Le précédent de la commission parlementaire de 2018

      Tout le monde se souvient en outre de la commission sénatoriale avortée en 2018, au moment de l’affaire Preynat. Si Marie-Pierre de la Gontrie avait été parmi les parlementaires à réclamer une enquête conduite par la représentation nationale sur les abus sexuels dans l’Église, l’entreprise avait tourné court, empêchée par la droite au motif que des procédures judiciaires étaient en cours (celle autour du père Preynat et de l’implication éventuelle de Philippe Barbarin, cardinal de Lyon).

      « Pour Alexandre Benalla, ça ne gênait pas du tout, donc l’argument était fallacieux, raille aujourd’hui Laurence Rossignol, en référence à la commission d’enquête du Sénat sur le rôle du chargé de mission d’Emmanuel Macron. La réalité, c’est que la droite était tétanisée à l’idée d’enquêter sur l’Église, et cela s’est transformé en mission fourre-tout sur la pédocriminalité à travers le temps et l’espace... »

      Trois ans plus tard, l’hypothèse de réitérer une enquête de ce type n’est plus d’actualité après le travail immense fourni par la Commission Sauvé.

      En revanche, la question du financement des réparations reste ouverte. Interrogé par Mediapart, l’Insoumis Bastien Lachaud, député de Seine-Saint-Denis, dit « avoir une pensée pour les centaines de milliers de victimes », et appelle surtout à faire preuve de vigilance : « Comme le pointe le rapport Sauvé, il ne faudrait pas que l’Église utilise les fonds du denier du culte, ce qui reviendrait en vérité à les faire payer aux contribuables [le denier est en effet ouvert à la déduction fiscale accordée aux organismes reconnus d’intérêt public – ndlr] », avance-t-il.

      La droite gênée aux entournures

      La droite traditionnelle, dont l’électorat catholique constitue un socle précieux, peinait ces derniers jours à poser des mots sur le scandale. Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, a appelé sur Twitter à « poser les actes pour que des crimes aussi odieux ne soient plus possibles », qualifiant le rapport de « traumatisant ». Interrogé par Mediapart pour prolonger sa réflexion sur les suites à donner, il n’a pas souhaité s’exprimer.

      Députée du Doubs, Annie Genevard exprime à Mediapart son « effroi à la découverte de l’ampleur du phénomène ». Saluant cette « démarche de vérité nécessaire et salutaire » à laquelle l’Église s’est attelée, la vice-présidente de LR estime elle aussi que le rapport ne peut pas rester lettre morte : « La justice des hommes doit passer », dit-elle.

      « Les victimes peuvent, grâce à ce rapport, se positionner en tant que telles, et c’est déjà très salvateur, estime Perrine Goulet, députée La République en marche, membre de la majorité présidentielle. Ensuite ceux qui ont commis ces crimes doivent être déférés devant la justice, et nous encourageons toutes les victimes qui ne sont pas concernées par la prescription à déposer plainte. »

      Mais sur le plan législatif et pénal, rappelle la députée, « tous les outils sont déjà sur la table ». « Là où on attend l’Église, c’est qu’elle s’interroge pour comprendre comment elle en est arrivée là. Elle doit faire son autocritique. »

      La députée, corapporteure d’un rapport publié en 2019 sur la protection de l’enfance, confirme cependant buter encore sur le contrôle de l’organisation religieuse : « Nous nous sommes attelés récemment, et notamment dans le domaine du sport, à renforcer le contrôle des casiers judiciaires pour toute personne travaillant avec des enfants ou bénévole auprès d’eux, mais nous retombons dans cette affaire au registre de la séparation de l’Église ou de l’État ! Et si on l’oblige pour la religion catholique, il faudra le faire pour toutes les religions, y compris celles où les prêcheurs ne sont pas aussi bien identifiés. »
      « Que l’Église engage des réformes pour le bien commun ! »

      « La commission Sauvé n’a occulté aucun fait, et elle a rendu un état des lieux effarant et accablant, qui appelle à mon sens une réponse forte et des mesures structurelles », soutient Chloé Sagaspe, membre du bureau exécutif national d’Europe Écologie-Les Verts, déléguée à la jeunesse. « Si on veut éviter la répétition de ces violences, l’Église a la responsabilité d’en tirer les leçons. Les conclusions du rapport sont cohérentes avec les enquêtes révélées depuis des années en France et ailleurs. On ne doit plus être dans un silence coupable. »

      Le ton est encore plus virulent chez Robert Ménard, le maire (apparenté Rassemblement National) de Béziers. « L’Église doit reprendre nombre de ses habitudes, nombre de ses dogmes, parce que ce n’est pas possible, a lancé sur France Info l’élu biterrois. On ne peut pas ne pas tirer de conséquences de ce qui vient de se passer, on ne peut pas expliquer qu’il y a 330 000 enfants qui ont été abusés et puis dire qu’on va s’en remettre au bon jugement de prêtres ou de religieux quand on a vu ce qu’un certain nombre pouvait faire. »

      « C’est un séisme, il y aura un “avant” et un “après”, souligne quant à lui, la voix empreinte d’émotion, le député socialiste Dominique Potier. Pour retrouver la lumière, il faudra aller au bout de toutes les conséquences de ces révélations. »

      Tout ce qui affaiblit les corps intermédiaires nous regarde. Il ne faut pas se cacher derrière la pudeur de la laïcité.

      Dominique Potier, député PS

      Pour ce catholique pratiquant, président de l’Esprit civique, un laboratoire d’idées qui fait le lien entre l’éducation populaire et la spiritualité, ces révélations sur l’ampleur de la pédocriminalité dans l’institution catholique doivent déboucher sur un double mouvement : une action en justice d’abord, car, « dans l’esprit de la laïcité, il faut que la justice passe » ; une action de l’Église ensuite, qui doit « entreprendre une réforme profonde ».

      Un responsable politique qui se mêle des affaires de l’Église : Dominique Potier assume. « On peut souhaiter, comme républicain, que l’Église engage des réformes pour le bien commun ! », estime l’élu de Meurthe-et-Moselle. « L’Église, comme toutes les institutions, est partie prenante de la République, souligne-t-il. Nous devons appréhender cette affaire comme si elle avait lieu dans une fédération sportive car tout ce qui affaiblit les corps intermédiaires nous regarde. Il ne faut pas se cacher derrière la pudeur de la laïcité. »

      Le député communiste Pierre Dharréville tient à faire la part des choses : « Dans cette tragédie, il y a des choses condamnables par la justice, et j’encourage toutes les victimes à aller porter plainte. Mais pour ce qui concerne une éventuelle réforme de l’Église, c’est aux Chrétiens de demander des comptes », dit-il, estimant néanmoins que cela doit permettre d’avancer dans la lutte contre les violences sexuelles dans toutes les sphères de la société.

      Alors que 70 % des plaintes pour agression sexuelle sur mineur sont classées sans suite, le rapport Sauvé est ainsi pour tous les élus contactés un point d’appui pour briser l’omerta sur la pédocriminalité dans la société en général. Ainsi Ségolène Royal, ministre déléguée à l’enfance sous Lionel Jospin, estime que « tous les métiers liés à l’enfance et à l’adolescence doivent être surveillés » et se demande si la prescription ne devrait pas être levée, pour que « tous les prédateurs soient condamnés ». Reste que, là encore, le pouvoir politique est bien en mal de se substituer aux autorités de l’Église pour qu’elle se réforme.

      « Éviter que ne se perpétue l’omerta »

      Les organisations de jeunesse (tels les scouts de France, d’obédience religieuse, par exemple) « sont déjà soumises aux règles qui s’appliquent à n’importe quelle colonie de vacances, rappelle Laurence Rossignol. Et les clercs de l’Église qui interviennent auprès des enfants ont rarement des mentions sur leur casier judiciaire puisque jusqu’ici, l’institution fermait les yeux. Donc la révolution à faire est d’abord culturelle. Les parents, qui se taisaient parfois autrefois, sûrement ne se tairont plus. »

      Il reste le curatif et le préventif, faute de contrôles a priori, partout difficiles à mettre en place. L’Église a par exemple promis des cellules d’écoute pour les victimes potentielles… mais tenues par des religieux. « Elles doivent être animées par l’extérieur et des associations de victimes expertes sur le sujet, pour éviter que ne se perpétue l’omerta qui sévissait jusqu’ici », insiste Perrine Goulet.

      Laurence Rossignol estime enfin que l’Église catholique, qui s’est beaucoup exprimée ces dernières années sur les sujets de société, sort « disqualifiée » d’un tel scandale. « Quand on se remémore ce que l’Église a couvert comme actes alors qu’au même moment elle multipliait les injonctions faites aux femmes sur la contraception, l’avortement ou encore multipliait les discours de réprobation sur l’homosexualité ou la famille, qu’elle se taise, et pour longtemps. »

    • Merci beaucoup @monolecte (& aux journalistes de @mediapart , en passant, c’est bien de faire cet article)

      Pour info, le site du journal La Vie est en accès libre jusqu’au 15 octobre :

      La Vie vous ouvre son site
      À l’occasion de la publication du rapport Sauvé et parce que l’actualité mérite d’être lue par tous, nous avons choisi de mettre l’intégralité de nos articles en accès libre jusqu’au 15 octobre 2021

      Par exemple, un article publié aujourd’hui :
      Indemnisation des victimes : dans les diocèses, on veut trouver les moyens quoi qu’il en coûte
      https://www.lavie.fr/christianisme/eglise/indemnisation-des-victimes-dans-les-dioceses-on-veut-trouver-les-moyens-quoi-q

      Pour Antoine Garapon, magistrat et membre de la Ciase, la question est mal posée : « Il ne s’agit pas tant de savoir si et comment l’Église parviendra à payer, mais quel est le fondement de ce paiement. Si c’est un secours, elle décide souverainement, c’est la logique du don ; si elle considère que des crimes ont été commis en son nom, c’est une dette qui est fixée par un tiers de justice, et non par elle. »

      L’indemnisation financière est d’autant plus importante qu’elle est hautement symbolique : « Dès lors qu’elle se fonde sur une responsabilité assumée et sur une reconnaissance sincère, (…) elle est le signe d’une diminution de l’institution ecclésiale, d’une sorte d’amputation qui répond à celle subie par la victime », résume le rapport de la Ciase.

      Antoine Garapon insiste sur ce point : le chemin de réparation passe par la reconnaissance, « l’argent vient après ». Et ce, pour des raisons très profondes : « Si vous donnez de l’argent sans parole, cela veut dire que l’Église achète le silence. L’argent sans reconnaissance, il n’y a pas pis que cela. »

      Article entier : https://justpaste.it/5mfsa

    • https://www.youtube.com/watch?v=HVsYmYRUHyU


      À l’air libre (150) L’Église, bastion imprenable du patriarcat ?

      Au sommaire de cette émission :
      ➡️ Après les révélations sur la pédocriminalité dans l’Église, peu de réactions de l’État et une certaine crispation chez les évêques de France. Le couvercle ecclésiastique est-il en train de se refermer ?
      ➡️ Le monopole du masculin dans l’Église est pointé du doigt dans les violences sexuelles. L’Église peut-elle changer ?
      Débat avec le sociologue Josselin Tricou, Antoinette Frety, avocate de victimes, Sabine Sauret, co-autrice de « Le Déni » et Laurence Poujade, présidente de l’association Sentinelle.
      Vous connaissez notre émission À l’air libre ?
      #Église #ViolencesSexuelles #CIASE
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  • Rapport de la commission Sauvé : « L’Eglise est un observatoire privilégié de la domination masculine », Nathalie Bajos

    L’enquête inédite menée par la sociologue Nathalie Bajos estime à 216 000 le nombre de victimes de violences sexuelles de la part d’un membre du clergé alors qu’elles étaient mineures. Loin de l’idée de « brebis galeuses », le phénomène est systémique.

    Membre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) et directrice de recherche à l’Inserm et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), la sociologue Nathalie Bajos a conduit pendant deux ans une étude sur les victimes de violences sexuelles par un prêtre ou un religieux. Avec une équipe composée des sociologues Julie Ancian et Josselin Tricou ainsi que de la démographe Axelle Valendru, elle a travaillé à partir d’une enquête en population générale auprès de 28 000 personnes, d’entretiens semi-directifs auprès de 45 personnes agressées pendant leur minorité et 24 personnes « majeures vulnérables », et de plus de 1 600 questionnaires remplis par des répondants à l’appel à témoignages lancé par la Ciase. Mme Bajos explique pourquoi, avec une estimation de 216 000 victimes, l’institution catholique est un terrain plus propice que d’autres aux violences sexuelles.

    Quelle est l’ampleur du phénomène des violences sexuelles sur mineurs dans l’Eglise catholique ?

    Notre enquête en population générale, réalisée auprès d’un échantillon de 28 000 personnes, donne une estimation de 216 000 personnes de plus de 18 ans aujourd’hui qui auraient subi une violence sexuelle de la part d’un membre du clergé (prêtre, diacre, religieux) alors qu’elles étaient mineures. Ce sont à 78 % des hommes et à 22 % des femmes. Ce chiffre est largement supérieur à celui que l’on peut établir à partir de l’analyse des archives de l’Eglise catholique. Si l’on ajoute celles qui ont été agressées par une personne ni prêtre ou diacre, ni religieux, mais en lien avec l’Eglise catholique (cadres de mouvements de jeunesse, d’école, catéchistes…), on arrive à 330 000 personnes.

    Comment ces agressions se répartissent-elles dans le temps ?

    Pour l’analyse, nous avons distingué trois phases entre 1950 et aujourd’hui : de 1950 à 1970, avec pour cadre une France encore largement rurale et un maillage catholique serré ; de 1970 à 1990, phase de crise sacerdotale et d’effondrement du recrutement des prêtres ; et de 1990 à aujourd’hui. Nous constatons que le taux de violences baisse de manière significative entre la première et la seconde période. Cette baisse est à mettre en perspective avec la crise sacerdotale, la diminution du nombre d’enfants qui ont participé à des activités en lien avec l’Eglise catholique (catéchisme, scoutisme, etc.), mais aussi avec la disparition des petits séminaires et la réduction drastique du nombre d’internats. A partir des années 1990, le taux ne baisse plus de manière significative. L’enjeu est certes numériquement moins important qu’il ne l’était dans les années 1960, mais les violences sexuelles au sein de l’Eglise catholique restent d’actualité.

    Comparées à d’autres institutions, les violences sexuelles sur mineurs sont-elles plus ou moins fréquentes dans l’Eglise catholique ?

    Notre enquête est la première qui permet de répondre à cette question. Nous avons demandé aux personnes interrogées si elles avaient subi des violences et qui étaient le ou les auteurs, mais aussi quelles sphères de socialisation (catéchisme, scouts, colonies de vacances, école publique, cours de musique…) elles avaient fréquentées dans leur enfance. On peut ainsi comparer la prévalence de ces violences sexuelles entre les différentes sphères de socialisation.

    La famille est de loin le premier cadre dans lequel surviennent les violences sexuelles contre personnes mineures (5,8 % des filles et 1,5 % des garçons). Mais, en dehors de la famille, l’Eglise catholique est la première institution pour la fréquence des violences sexuelles. Et cela de manière significativement plus élevée pour les garçons que ce que l’on observe dans l’école publique, les clubs de sport ou les colonies de vacances. Au total, la prévalence des violences y est de 0,82 % si l’on ne compte que les agressions commises par des clercs ou des religieux, et de 1,16 % si l’on inclut les personnes en lien avec l’Eglise catholique, alors qu’elle est de 0,36 % dans les colonies de vacances, de 0,34 % dans l’école publique hors internats, de 0,28 % dans les clubs sportifs et de 0,17 % pour les activités culturelles et artistiques.

    Les violences sexuelles qui y sont commises ont-elles les mêmes caractéristiques ?

    Nous avons essayé de voir quelles étaient les caractéristiques communes avec les violences commises ailleurs et quels étaient les traits spécifiques à l’Eglise. Ce qui est commun, c’est que, quelle que soit la sphère de socialisation, ce sont des hommes qui les commettent, à plus de 95 %. Sociologiquement, cette violence exercée par des hommes sur des femmes et des enfants, c’est la manifestation extrême de la domination masculine. Une deuxième caractéristique que l’on retrouve ailleurs, c’est que ces agressions touchent tous les milieux sociaux, comme les violences contre les femmes.

    L’enquête montre aussi que les ravages que provoquent ces violences dans la vie affective, sexuelle, familiale et professionnelle sont le plus souvent très importants. Un autre point commun, c’est que les personnes victimes de ces violences sexuelles en ont finalement souvent parlé, à plus de 40 %. Là encore, dans la même proportion qu’ailleurs. La question n’est donc pas seulement « pourquoi on n’a pas parlé ? », mais « pourquoi on n’a pas écouté ces personnes ? »

    Quelles sont les spécificités ?

    La durée des abus, d’abord. Ils s’étalent davantage dans le temps que dans les autres sphères de socialisation. En second lieu, les personnes abusées dans l’Eglise déclarent plus souvent avoir subi d’autres agressions, et elles disent plus souvent que les autres qu’elles connaissaient d’autres personnes abusées par le même agresseur (45 %).

    Les femmes sont très majoritaires parmi les personnes victimes de violences sexuelles dans l’enfance dans les familles. A l’opposé, elles sont très minoritaires parmi les victimes de clercs ou de religieux.

    Comment l’interprétez-vous ?

    C’est effectivement une spécificité des agressions dans l’Eglise. Le sex-ratio est inversé par rapport aux autres sphères sociales. Dans les familles, les personnes abusées sont très majoritairement des filles, alors qu’elles le sont autant que les garçons dans les autres sphères de socialisation (colonies de vacances, clubs de sport, activités culturelles et artistiques).

    Il faut mettre cette spécificité en perspective avec le fait que le terme de « violences sexuelles » recouvre différentes situations liées à l’époque, au lieu, au rapport que la personne abusée entretenait avec l’agresseur, etc. La typologie des situations d’abus a évolué au fil du temps. Certaines ont quasiment disparu, d’autres perdurent, d’autres encore sont apparues plus récemment. Par exemple, les agressions qui survenaient dans les petits séminaires ou les internats, qui concernaient essentiellement des garçons, ont fortement baissé pour des raisons structurelles – elles ont quasiment disparu. Quant aux violences commises au domicile familial par un prêtre qui est invité dans la famille, qui en est parfois un quasi-membre, plus qu’un ami de la famille, elles restent toujours présentes et concernent autant les filles que les garçons. Globalement, sur l’ensemble de la période considérée, les garçons ont été plus nombreux à être en contact avec les prêtres, et surtout dans des lieux de vie non mixtes comme les internats. Cette surreprésentation des garçons renvoie donc avant tout à ce que nous avons appelé un « effet d’opportunité ». Et cela évolue au fil du temps. La part des jeunes filles parmi les personnes agressées a d’ailleurs tendance à augmenter.

    Comment expliquer que le taux de prévalence soit plus élevé dans l’Eglise que dans d’autres institutions ?

    Dans toute agression sexuelle sur personne mineure, il y a une relation par définition asymétrique entre l’enfant et l’adulte, il y a toujours une relation d’autorité, que ce soit un père, un beau-père, un prêtre ou un oncle, un professeur, un entraîneur… L’autorité du prêtre, elle, est redoublée par son caractère sacral mais aussi symbolique (« mon père »). Elle s’exerce à l’abri de contre-pouvoirs, notamment par le dispositif de la confession, qui est du domaine du secret (le prêtre sait tout, doit tout savoir de l’enfant, et peut imposer à l’enfant de ne pas parler des actes interdits).

    Le fonctionnement hiérarchique et patriarcal de l’Eglise, avec l’éviction des femmes des zones de pouvoir, est aussi un élément important à prendre en considération pour comprendre la plus grande fréquence des violences sexuelles au sein de l’Eglise par rapport aux autres sphères de socialisation. Par exemple, l’ordination, réservée aux hommes, inscrit dans la structure même de l’institution une inégalité fondamentale entre les femmes et les hommes. Tout ce qui contribue à légitimer ou à renforcer la domination masculine ne peut que favoriser la survenue de violences sexuelles.

    Et il est important de souligner que ces logiques sociales qui favorisent la survenue des violences contre les personnes mineures rendent également compte des violences sexuelles contre les religieuses. L’Eglise est véritablement un observatoire privilégié de la domination masculine.

    Vous dites que 40 % des victimes ont parlé de leur agression. Pourquoi 60 % n’ont-elles pas parlé ?

    Celles qui n’ont pas parlé se sont tues par « honte » (54 %), parce qu’elles ne trouvaient pas les mots pour le dire (33 %), parce qu’elles avaient peur de ne pas être crues (33 %). La plupart ont eu conscience que ce qui s’était produit n’était pas « normal ». Mais arriver à le formaliser, à en parler, à remettre en cause l’autorité du prêtre, apparaît très difficile. D’autant que, souvent, les enfants abusés étaient d’une certaine façon « élus » par leur agresseur. Ils avaient un traitement distinctif par rapport aux autres.

    Que s’est-il passé après pour les 40 % qui ont parlé ?

    Leur parole n’est parvenue que rarement jusqu’à un représentant de l’Eglise – prêtre, évêque, religieux : c’est le cas de seulement 10 % de ceux qui ont parlé de leur agression, soit 4 % de l’ensemble des personnes agressées.

    Le premier blocage, pour que de tels propos parviennent à l’Eglise, c’est la famille. Globalement, il y a peu de parents soutenants, c’est-à-dire qui agissent après la révélation par leur enfant d’une agression. Parmi ceux qui sont informés, un cinquième (21 % des mères et 24 % des pères) entreprennent une démarche (en parler à l’Eglise, aller voir un professionnel de santé…). Ces réactions sont fortement genrées. Aussi bien les filles que les garçons qui en parlent rapidement après l’agression s’adressent à leur mère, beaucoup plus souvent qu’à leur père. Les mères réagissent de manière différenciée : elles soutiennent davantage leurs fils que leurs filles. Comme si elles avaient intériorisé que les violences sexuelles font partie du trajet de vie d’une femme.

    Il y a un second barrage au niveau des membres de l’Eglise catholique. L’institution ne pouvait être au courant des situations des 220 000 personnes agressées, car très peu d’entre elles en ont parlé directement à l’un de ses représentants. Mais rappelons que près d’une personne sur deux a déclaré connaître d’autres victimes du même agresseur. Même si certaines et certains ont pu être informés longtemps après les faits, beaucoup disent qu’à l’époque on « savait » qu’il ne fallait pas aller voir tel prêtre ou tel religieux. L’information circulait. Et si de nombreux enfants savaient, les encadrants pouvaient difficilement ne pas savoir.

    D’autant qu’on peut penser que si un agresseur fait plusieurs victimes, l’une d’entre elles au moins a pu parler…

    C’est une donnée importante. On ne connaît pas le pourcentage d’abuseurs parmi les prêtres et les religieux. Mais si l’on se base sur les estimations faites à l’étranger, autour de 5 %, cela veut dire qu’en moyenne un prêtre aurait agressé 35 enfants (et plus de 60 si l’on estime que 3 % des prêtres ont agressé des personnes mineures). C’est aussi un élément qui permet de penser qu’on savait : un prêtre n’abuse pas pendant des années autant d’enfants sans qu’à un moment des membres de l’Eglise catholique ne soient au courant. Il est d’ailleurs frappant de constater que, d’après les données des archives, les prêtres incriminés auraient abusé en moyenne de trois ou quatre enfants. Cela conduit donc à penser que l’Eglise n’a pas diligenté des enquêtes sérieuses qui auraient permis de mettre en évidence toutes les agressions que les prêtres identifiés comme agresseurs avaient pu commettre.

    Comment remédier aux conditions qui favorisent les violences sexuelles dans l’Eglise catholique ?

    L’idée de brebis galeuses ayant « fauté » de manière exceptionnelle ne tient pas au regard de ces résultats scientifiques. Notre recherche atteste à l’inverse d’un phénomène profondément systémique. On ne peut donc se contenter d’améliorer les conditions de recrutement et la formation des prêtres, même si cela reste un point très important. Les mesures doivent viser à remettre en question le cléricalisme, l’autorité sacrale, qui s’exerce sans contre-pouvoirs. Mais il importe aussi de revoir les positions de l’Eglise catholique sur la sexualité et de remettre en cause l’inscription de la domination masculine dans les structures mêmes de l’institution ecclésiale.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/05/nathalie-bajos-en-dehors-de-la-famille-l-eglise-catholique-est-la-premiere-i

    #Église #famille #hommes #violences_sexuelles #domination_masculine

    • le paragraphe graissé par mes soins pointe à nouveau le premier rang occupé par la famille comme cadre des violences sexuelles sur les mineurs (et pas que) et indique que l’église est au premier rang des institutions à ce titre, soit, mais vu les pourcentages, je saisis pas du tout comment (où) on arrive à la quantité globale de ces faits de violence

  • Ces 2000 ans d’histoire qui ont fait que nous avons mis si longtemps à comprendre que le #Covid se transmettait par voie aérienne | Atlantico.fr
    https://www.atlantico.fr/article/decryptage/ces-2000-ans-d-histoire-qui-ont-fait-que-nous-avons-mis-si-longtemps-a-com

    La publication revient sur différents exemples d’études de transmission erronées ou pas au cours du temps. Il est important de comprendre que les capacités d’analyses, de recherche de #virus dans l’air par exemple, sont plutôt récentes, et que les conclusions sur les modes de transmission sont donc également définies par les approches techniques que l’on a pu mettre en place à un instant t. Dans le cas de la tuberculose à Taiwan, les publications de référence avaient bien montré qu’une bonne aération permettait de complètement éliminer le risque. Lors de l’épidémie du MERS/SARS-CoV-1 avaient aussi été mis en évidence un lien de transmission aérienne. Il est fort possible que les erreurs passées sur l’#aérosolisation aient fait que les autorités n’ont pas sérieusement considéré cette voie pour le Covid. A partir du moment où cette hypothèse n’est pas testée dans un cas antérieur, il est fort probable qu’elle ne soit pas considérée non plus dans les cas suivants.

    Un autre point important souligné par cet excellent papier est que présenter le Covid comme ayant une transmission interhumaine permettait d’en appeler à la responsabilité individuelle mais cela repoussait la mise en place des bonnes solutions. l’État aurait dû investir dans la qualité de l’air comme il le fait aussi pour la qualité de l’eau et de la nourriture. Cela voudrait dire investir dans le renouvellement de l’air des espaces clos : aération purification etc et il faudra sans doute du temps pour que cela soit fait. En attendant, on a dépensé beaucoup d’argent (parfois inutilement : cf les plexiglas, les gants) sur la prévention de modes de transmission mineurs.

  • Abus sexuels dans l’Eglise : les coulisses de la commission Sauvé
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/10/03/violences-sexuelles-dans-l-eglise-les-coulisses-de-la-commission-sauve_60969

    Au terme de deux ans et demi d’enquête et d’auditions de victimes, la commission indépendante présidée par Jean-Marc Sauvé doit rendre ses conclusions et ses préconisations, mardi 5 octobre.

    seenthis do your magic, destroy the fµ paywall

  • https://youtu.be/fjNygkBwMv0

    Ce mardi 5 octobre 2021 à partir de 9h, Jean-Marc Sauvé, président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), remet son rapport à l’auditorium Marceau Long à Paris.
    KTO retransmet en direct sur son antenne et ses plateformes digitales :

    0:00:00 Introduction d’Olivia Mons, porte-parole de la Fédération France Victimes et de Jean-Marc Sauvé, président de la CIASE
    0:03:40 Prise de parole d’Alice Casagrande, membre de la CIASE
    00:12:44 Prise de parole de François Devaux, président de La Parole Libérée
    00:27:10 Présentation du rapport par Jean-Marc Sauvé
    01:18:19 Remise du rapport de Jean-Marc Sauvé aux deux mandants : Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF), et sœur Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF)
    01:20:28 Prise de parole de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France
    01:31:15 Prise de parole de sœur Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF)
    01:41:10 Conférence de presse, questions-réponses avec Jean-Marc Sauvé et des membres de la CIASE

    Cette commission indépendante a été créée en novembre 2018, à la demande de Conférence des évêques de France et de la Conférence des religieux et religieuses de France. Elle a reçu pour mission de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Église catholique en France depuis 1950, d’étudier comment ces affaires ont été traitées, et d’évaluer les mesures prises par l’Eglise et formuler des préconisations.

    • pas encore vu non plus, mais la carabine dit que ça pose des choses comme ça :

      a minima pour les infractions qui sont prescrites, la reconnaissance de la qualité de victime des personnes par une institution indépendante, mise en place par l’église, cette reconnaissance paraît à la commission bien préférable à un nouvel allongement des délais de prescription qui ne peut engendrer que des douleurs et des souffrances supplémentaires pour les victimes et se traduire par bien des déceptions, car la vérité judiciaire, on le sait, ne fait pas toujours bon ménage avec la vérité tout court.

      qui me semble d’une grande finesse.

    • Le rapport en a beaucoup contre les victimes, victimes qui sont traitées de passives par essence et qui se félicite de devenir témoin. Je trouve tres moche cette partie, c’est pas la honte d’etre victime, c’est la honte d’etre agresseur et ca fait mal de voire encore et encore les victimes stigmatisées et devalorisées alors que c’est sensé etre une commission pour leur rendre justice. On rend pas justice aux victimes en injuriant et invisibilisant les victimes or c’est ce que fait la commission dès l’introduction, en préliminaire. Blamer la victime.

      Sinon les précaunisation sont pas mal sauf que rien n’en résultera, le rapport est remis à l’église qui a dit qu’elle se torchera avec comme elle le fait toujours.

  • « Lolita », méprise sur un fantasme - Regarder le documentaire complet | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/100842-000-A/lolita-meprise-sur-un-fantasme
    https://api-cdn.arte.tv/api/mami/v1/program/fr/100842-000-A/1920x1080?ts=1633447408&type=TEXT&watermark=true

    Comment l’enfant abusée du chef-d’œuvre au noir de Nabokov s’est-elle transformée en icône érotique dans l’imaginaire collectif ? Généalogie d’un contresens nourri de scandale et de gloire, au plus près du roman et de son histoire.

    Par son succès phénoménal, le roman le plus connu de Nabokov a fait du surnom de son héroïne un nom commun et a popularisé le mot « nymphette ». Dans l’imaginaire collectif, ces deux termes désignent une jeune aguicheuse, sexuellement précoce, qui se plaît à susciter les désirs masculins. Pourquoi la tragédie de Dolores Haze, alias Lolita, orpheline de 12 ans violée par son beau-père, que nous ne percevons qu’à travers le fantasme criminel de ce dernier, reste-t-elle caricaturée depuis si longtemps ? Écrit à la première personne du singulier, le roman se présente comme la confession fiévreuse et sans remords de cet homme de 37 ans, esthète déraciné obsédé par la fille de sa logeuse, qu’il enlèvera pour la tenir en sa possession au fil d’une longue fuite à travers les États-Unis des années 1940. Pour rendre justice au « livre le plus incompris de l’histoire de la littérature », que certains considèrent aussi comme une apologie de la pédophilie, Olivia Mokiejewski revient aux sources. Elle déroule la genèse et le destin extraordinaire de l’œuvre, victime d’une succession de malentendus, notamment après son adaptation infidèle au cinéma par Stanley Kubrick en 1962, sept ans après sa publication. En parallèle, le film fait vivre le texte pour évoquer la « vraie » Lolita, enfant abusée dont la souffrance et l’absolue solitude hantent le récit en filigrane.

    • C’est pas « une succession de malentendus » Nabokov à choisi une maison d’édition porno et accepté les adaptations ciné qui ne permettent aucunement de conservé son narrateur non fiable. Si Lolita est accusé d’etre plus responsable du viol subit que son violeur c’est parceque les gens pensent ainsi et agissent de même, ils ont besoin de garder leur self-estime lorsqu’ils violent leurs filles à domicile. Les gens aiment les violes et les violeurs, et ils détestent les violé·es (surtout les violées au féminin). Victime est une injure, agresseur ne l’est pas.

  • La Terre s’assombrit à cause du changement climatique : qu’est-ce que cela implique ?
    https://www.numerama.com/sciences/744470-la-terre-sassombrit-a-cause-du-changement-climatique-quest-ce-que-c

    ’albédo de la Terre a baissé, ce qui signifie que la planète réfléchit moins de lumière et conserve donc davantage de chaleur. Cette baisse est liée au changement climatique et s’inscrit dans une boucle de rétroaction positive à l’effet pernicieux.

    L’albédo est un paramètre climatique déterminant : cela correspond au pouvoir réfléchissant d’une surface. Plus une surface possède un albédo élevé, plus elle brille et reflète la lumière du soleil. Cela signifie qu’un albédo élevé augmente la brillance de la surface, mais évite aussi son réchauffement, en faisant « rebondir » la lumière. C’est pour cette raison que la perte de banquise est inquiétante. Elle constitue une boucle de rétroaction positive dont l’impact est pour le moins alarmant : moins il y a de surface blanche réfléchissante due aux glaces, plus le réchauffement s’accroît et risque de faire fondre les glaces, et ainsi de suite.

    #albédo #reflexivité #réchauffement_climatique

  • #instagram harms teenage girls” - #Facebook #Whistleblower: What You Need to Know | Time
    https://time.com/6103645/facebook-whistleblower-frances-haugen

    Frances Haugen, a data scientist who worked at Facebook as a product manager on the Civic Integrity team, said the social media platform has lied to the public about resolving hate and violence to increase traffic and engagement—and in turn, profit.

    #SEC

  • Danemark : un artiste qui devait exposer 70.000 euros de billets est parti avec l’argent | LCI
    https://www.lci.fr/international/danemark-un-artiste-jens-haaning-qui-devait-exposer-70-000-euros-de-billets-est-

    « Deux jours avant l’ouverture de l’exposition, nous avons reçu un message de Jens nous disant qu’il n’avait pas produit les œuvres sur lesquelles nous nous étions mis d’accord », a expliqué le directeur du musée, Lasse Andersson. À la place, l’artiste a déclaré qu’il en enverrait d’autres « intitulées Prends l’argent et tire-toi », a raconté le responsable du musée à l’AFP.

    #grand_art

  • Baisse historique du nombre de tués sur la route
    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/baisse-historique-du-nombre-de-tues-sur-la-route-20210930

    Entre 2010 et 2019, les accidents ont été moins nombreux, avec une baisse de 18,7% en France métropolitaine (56.016 en 2019 contre 67.288 en 2010) quand la mortalité diminuait elle de 16,8% (3244 en 2019 et 3992 en 2010).

    Alors 3244 morts par an, ça fait un peu moins de 9 morts par jour. Ce qui en fait donc une grande cause nationale, avec force moyens de contrôle et de répression, des lois et des interdictions sans avoir besoin d’un « état d’urgence routier » pour les justifier, et des autorités qui communiquent régulièrement sur ces chiffres. (Ce qui ne me chagrine pas, par ailleurs.)

    Le Covid, dont on a bien compris qu’à partir d’octobre ça allait être assez largement terminé cette histoire, ou au pire on est au creux de la vague et il est grand temps de reprendre la vie comme avant, pile-poil maintenant que la situation est donc super-bonne, on tourne à 47 morts par jour.

  • Violences sexuelles et sexistes : les enquêtes se multiplient dans l’#enseignement_supérieur, sommé d’agir

    En publiant un vade-mecum pour les #enquêtes_administratives, l’#inspection_générale_de_l’éducation, du sport et de la recherche veut inciter les établissements à mettre un coup d’arrêt aux violences sexuelles et sexistes, objet de multiples saisines depuis plusieurs mois.

    C’est le tournant #metoo de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (#IGÉSR) : en partageant, comme un modèle, lundi 27 septembre, un #guide très détaillé sur l’art et la manière dont ils conduisent une enquête administrative susceptible de suites disciplinaires, les inspecteurs généraux veulent appeler à leurs responsabilités les chefs d’établissement de l’enseignement supérieur sur des questions longtemps considérées comme mineures ou extérieures à la vie d’un campus.

    En 2020-21, l’enseignement supérieur a représenté 50 % des activités de contrôle de l’IGÉSR, avec vingt et une enquêtes administratives sur quarante-quatre. En septembre 2021, l’inspection a été saisie de trois nouvelles missions qui s’ajoutent aux cinquante encore en cours. Parmi elles, une majorité est liée aux #violences_sexuelles_et_sexistes (#VSS), au #harcèlement_moral ou à des #agressions lors de week-ends d’intégration. Viennent ensuite le « #management_brutal et inapproprié » ou encore la carence de dirigeants qui auraient pu faire cesser un scandale, comme celui du #Centre_du_don_des_corps de l’#université_Paris-Descartes, où l’ancien président #Frédéric_Dardel a finalement été mis en examen en juin.

    A l’échelle des #universités et #grandes_écoles, les #enquêtes_administratives menées en interne par l’administration de l’établissement – sans recourir à l’IGÉSR – sont un phénomène nouveau. « Il y a quelques années, nous n’en faisions quasiment pas et, aujourd’hui, certains établissements en sont à quatre par an », illustre Delphine Gassiot-Casalas, secrétaire générale de l’Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux et présidente du réseau national des services des affaires juridiques, JuriSup, qui a publié, en juillet, un guide sur les #procédures_disciplinaires.

    Effet cathartique

    L’année 2021 a eu un effet cathartique dans la communauté universitaire et les grandes écoles. Les premiers à en faire les frais sont les #instituts_d’études_politiques (#IEP).

    Accusés d’#immobilisme voire de #complicité avec la « #culture_du_viol », ils ont été submergés en février par une déferlante de #témoignages d’étudiantes, sous le hashtag #sciencesporcs, rapportant avoir été violées ou agressées par des étudiants ou des personnels, sans qu’aucune sanction ait été prononcée. Aussitôt, Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur, avait diligenté une mission d’inspection, chargée de faire le tour des dix IEP et des sept campus de l’IEP de Paris.

    Remises fin juillet, les #préconisations de l’inspection invitent à dépasser la simple prise de conscience pour professionnaliser les missions de #veille et de #recueil_de_la_parole.

    Un #plan_national de lutte contre les violences sexuelles et sexistes doit être annoncé fin septembre ou début octobre par Frédérique Vidal ; il sera doté de #formations qui auront « vocation à être renforcées et pérennisées à partir de 2022 », assure le ministère. « Renforcer les cellules de veille et d’écoute est important, prévient Delphine Gassiot-Casalas. Mais il faut aussi recruter au sein des #services_juridiques, car ce sont eux qui gèrent les procédures, et nous croulons sous les affaires. »

    Qu’elle soit commise dans les locaux ou à l’extérieur, toute #agression doit faire l’objet d’un #signalement. « Au domicile d’un étudiant, il s’agit de la même communauté qui se regroupe, et le comportement déviant d’un des membres va nécessairement rejaillir sur le fonctionnement de l’établissement », appuie la présidente de JuriSup. Avec des répercussions immédiates en termes d’#image, de #réputation mais aussi d’#atteinte_à_la_santé et à la scolarité de la victime.

    « Un souci de #transparence »

    Trop longtemps tolérées, « les violences sexuelles et sexistes ne doivent plus du tout avoir cours et donc ne jamais être mises sous le tapis », affirme Caroline Pascal, chef de l’IGÉSR.

    Très régulièrement, lors de leurs missions, les inspecteurs généraux font face à des enseignants ou des responsables hiérarchiques qui ont « des habitudes de tutoiement, de bises, de contacts tactiles appuyés, qu’ils perçoivent comme des attributs de leurs fonctions, relate Patrick Allal, responsable du pôle affaires juridiques et contrôle à l’IGÉSR. Ils n’ont pas compris que le temps est révolu où l’on pouvait arriver le matin et hurler sur quelqu’un ou ne pas réagir au fait qu’un directeur de thèse impose des relations intimes à ses doctorantes ».

    A travers son #vade-mecum des enquêtes administratives, l’IGÉSR situe son action sur le volet de la #procédure. « C’est la première fois qu’une inspection générale rend publique la façon dont elle travaille, souligne Patrick Allal. Nous revendiquons un souci de transparence visant aussi à faire taire les critiques qui régulièrement entourent nos travaux : #opacité, absence de contradiction, enquêtes réalisées à charge, instrumentalisation par les ministres, etc. »

    En 2021, trois rapports ont été contestés par des personnes incriminées lors d’une enquête, soit à l’occasion de la procédure disciplinaire engagée conformément aux préconisations de la mission devant le juge administratif, soit lors des poursuites pénales faisant suite au signalement au parquet par l’inspection générale.

    « Fonctions nouvelles et chronophages »

    Le document de 65 pages détaille le déroulement d’une enquête étape par étape, de la préparation de la mission au recueil des pièces en passant par l’attitude durant l’audition des témoins et la procédure contradictoire préalable à la rédaction du rapport définitif.

    « #metoo a fait émerger une charge de travail nouvelle pour nous, sur un sujet qui était d’ordre individuel et qui devient collectif », analyse Caroline Pascal. « On s’interroge désormais sur l’amplitude de systèmes qui ont pu laisser prospérer des situations de harcèlement moral ou des violences sexuelles et sexistes, faute de réaction et de formation, avec à la clé un possible signalement au parquet », en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale, qui prévoit que tout fonctionnaire qui acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République.

    En attendant que se professionnalisent réellement les missions exercées par les cellules de veille et d’écoute au sein des universités et des grandes écoles, l’IGÉSR restera le principal recours. « Ce sont des fonctions nouvelles et chronophages pour lesquelles les établissements ne sont pas forcément très armés, même si l’on constate souvent le souci de bien faire », observe Patrick Allal. En témoigne cette mission d’inspection à l’encontre d’un professeur d’université qui vient tout juste de démarrer au sujet d’une suspicion d’agression sexuelle. L’enquête menée en interne est restée vaine : aucun témoin n’a osé s’exprimer, par manque de #confiance dans l’administration de l’établissement.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/09/27/violences-sexuelles-et-sexistes-les-enquetes-se-multiplient-dans-l-enseignem
    #sexisme #violences_sexuelles #violences_sexistes #ESR #France

    ping @_kg_

    –—

    ajouté à la métaliste sur le harcèlement sexuel dans les universités :
    https://seenthis.net/messages/863594
    Et plus précisément sur la France :
    https://seenthis.net/messages/863594#message863596

  • Conspiration et fantasmagorie à l’ère de Trump et du Covid [1/2]
    https://lundi.am/Conspiration-et-fantasmagorie-a-l-ere-de-Trump-et-du-Covid

    Depuis l’assassinat de JFK, une mystérieuse « cabale » a pris le contrôle du « gouvernement mondial ». Cette #conspiration capture et viole des enfants dans des bases souterraines pour extraire de l’« adrenochrome » de leur sang. Les enfants en question sont vendus par des entreprises d’ameublement qui dissimulent leur commerce en donnant à des armoires des noms de petites filles disparues. Au cœur de Central Park, un hôpital militaire installé pour tester l’infection des habitants par le covid-19 dissimule en réalité une opération militaire ordonnée par Donald Trump qui a permis de libérer des milliers d’enfants innocents et difformes des griffes de la cabale en question.

    #Qanon

    • « Des amis qui soutenaient Black Lives Matter et qui manifestaient dans la rue, des gens qui s’inquiétaient du changement climatique, même une collègue infirmière qui travaillait avec moi en réanimation pendant un pic de la pandémie de COVID-19… Soudain, tous se sont mis à partager les conneries de QAnon, surtout des trucs sur la pédophilie, l’adrénochrome et les milieux pédophiles satanistes. Pour autant que je sache, ce sont des gens qui se déclarent libéraux, progressistes ou de gauche et je ne comprends vraiment pas comment ils ont pu être happés si rapidement. Je parle de personnes entre vingt et trente ans qui soutenaient Bernie Sanders et qui republient aujourd’hui les remugles des QAnon. C’est quoi ce bordel ? »

    • Au cours de la dernière décennie, le court-circuit entre le flux continu et anxiogène des nouvelles — très souvent mauvaises — et les algorithmes des réseaux sociaux qui encouragent les réactions immédiates ont renforcé nos biais et ont fait que les erreurs sont non seulement plus fréquentes mais se propagent plus rapidement. La situation s’est encore aggravée avec la crise du Covid-19. Avant le confinement, il n’était pas possible, ni même imaginable, pour beaucoup de gens de passer tout leur temps en ligne. Il y avait des limites, des bornes : le travail ou l’école, le sport, les amours, les amis, les relations à entretenir… L’urgence a miné ces bornes. Pendant de longs mois, le confinement, le bombardement d’informations et la logique des réseaux sociaux fondée sur l’urgence ont incité à la réflexion rapide, nous incitant à élever la voix et à faire des choix drastiques sans réfléchir un seul instant.
      […]
      Si les premières informations que je reçois s’ancrent autour de l’idée que « rien n’est ce qu’il paraît être » et qu’il existe une vérité cachée par des complots occultes, j’aurais tendance à rester dans ce schéma, en alignant d’autres biais et distorsions cognitives. Le préjugé d’intentionnalité me fait penser que si quelque chose s’est produit — un accident, une inondation, une épidémie — quelqu’un doit l’avoir voulu et planifié. Le préjugé de proportionnalité me convainc qu’un événement à grande échelle et aux nombreuses conséquences ne peut pas avoir une « petite » cause : il doit en avoir une « grande », qui à son tour — sur la base du préjugé d’intentionnalité — doit dépendre de la volonté de quelqu’un.
      […]
      Si de temps en temps je ressens une dissonance cognitive, par exemple entre mon estime de soi et le fait que mon comportement a aliéné des proches, je la résous de la manière la moins difficile : je sauve l’estime de soi et je blâme les autres. Je perds des amis, m’isole de ma famille et de mes proches ? C’est leur faute, ils ne veulent pas « se réveiller ». Préfèrent-ils rester ignorants ? Laissez-les faire. Et si ce n’était pas seulement de l’ignorance ? Et s’ils étaient complices de la Cabale, un puissant groupe d’adorateurs du diable et de tueurs d’enfants ? Heureusement, ils restent loin de moi maintenant. De toute façon, j’ai une nouvelle communauté. Et de plus en plus de personnes partagent nos idées. Et si de plus en plus de gens les partagent, cela signifie que nous avons raison. Et donc, content de mon argumentum ad populum, je passe à autre chose.

      Quand je dis « j’ai fait mes recherches », cela signifie que j’ai surfé sur le net à la merci de tous ces préjugés, erreurs et raccourcis. J’ai lu quelques commentaires sur Facebook, regardé rapidement une photo sur Instagram, lu des pages trouvées parmi les premiers résultats de Google… Tout au plus ai-je regardé des pseudo-documentaires QAnon comme Fall of the Cabal ou Out of the Shadows.
      […]
      Les réseaux sociaux sont désormais une seconde nature, des extensions de notre psyché que nous tenons pour acquises. Pour cette raison, Mark Zuckerberg n’est pas imaginé comme un élément de la Cabale : la vision du système que les croyants ont de QAnon est fondamentalement la même que celle de quiconque passant la plupart de son temps sur Facebook, à la différence qu’il s’agit de s’élever contre le système à longueur de posts. Je me représente comme l’ennemi du pouvoir, dont j’exclue la puissance écrasante de la plateforme que j’utilise. Ce pouvoir façonne l’environnement dans lequel je communique, il est donc invisible pour moi, un peu comme l’air qui m’enveloppe. Même Jeff Bezos n’est pas visé par la secte, et c’est similaire à ce que nous venons de faire : pensez au commerce florissant de QAnon sur Amazon, et, en général à la façon dont le confinement a rendu de plus en plus de gens dépendants d’Amazon. Si Amazon et Facebook — et avec ce dernier WhatsApp et Instagram — étaient la propriété de la Cabale, les croyants en QAnon devraient en conclure qu’ils en sont les complices, et changer radicalement leurs habitudes.

  • Tous dans le book bloc : avec le roman, contre la théorie du complot !
    http://www.humaginaire.net/post/Tous-dans-le-book-bloc-:-avec-le-roman-contre-la-th%C3%A9orie-du-complo !

    Le quotidien l’Humanité publie ce mardi un dossier de quatre pages sur #Qanon, le dernier délire conspirationniste en vogue dans les cercles pro-Trump. Mais il y a une histoire dans l’histoire, voire, comme on le verra dans le grand entretien avec le collectif d’écrivains italiens Wu Ming, des histoires dans l’histoire. Et entre #Q et Q, il faut choisir son camp... Source : Humaginaire

    • Mauvais lien :
      http://www.humaginaire.net/post/Tous-dans-le-book-bloc-%3A-avec-le-roman-contre-la-th%C3%A9orie-du-comp

      Très intéressant

      Mariano Tomatis, magicien et historien de l’illusionnisme qui fait désormais partie de la Wu Ming Foundation, théorise les moyens de révéler le truc derrière un tour de magie, sans ruiner l’émerveillement, mais en l’amplifiant, au contraire. Voilà, pour nous, un bon canular médiatique, c’était ça : un numéro de magie qui tire profit de son propre dévoilement.

      #politique #littérature #alt-right #théorie_du_complot #Wu_Ming #Italie #États-Unis

    • Le collectif d’écrivains italiens Wu Ming examine les traces de l’un de leurs romans, Q, semées dans le délire QAnon. Et défend une pratique politique de l’art renversant, par des narrations autres, le simplisme des dominants, complotistes ou non.

      Leur nom est personne. À moins qu’il n’en ait même pas un, de nom. En mandarin, Wu Ming signifie « personne » ou « sans nom ». C’est pourtant sous ce pseudonyme qu’est connu le collectif d’écrivains italiens qui intervient aujourd’hui dans ces pages. Très célèbres en Italie et dans de nombreux pays du monde, un peu moins en France où leurs ouvrages sont, pour la plupart, traduits et publiés par les éditions Métailié, les Wu Ming livrent depuis plus de vingt ans une œuvre romanesque éminemment politique, à la fois sur le fond et sur la forme. Signé Luther Blissett – le nom du collectif qui, dans les années 1990, s’échinait notamment à semer la zone dans le système médiatique italien –, leur premier grand roman, Q (publié en français, aux Éditions du Seuil, en 2001, sous le titre L’Œil de Carafa), est vite apparu comme une des références des mouvements altermondialistes naissant.

      Vingt ans après, c’est ce livre, et les pratiques de guérilla de l’information des Wu Ming, qui transpirent en filigrane dans QAnon, la dernière théorie du complot en vogue chez les partisans de Donald Trump. L’occasion pour eux, à travers ce grand entretien, de venir détourner et brouiller à leur tour les récits simplistes des fascistes, et de mettre en avant la puissance d’une littérature susceptible de contrer les narrations des dominants comme celles de leurs épigones conspirationnistes.

      Quels recoupements voyez-vous entre votre roman Q et le délire trumpo-conspirationniste QAnon ? Comment les interprétez-vous ?

      Wu Ming . Devant le phénomène QAnon, chacun de nos lecteurs ne peut s’empêcher de penser que celui-ci a été inspiré de notre roman. Et beaucoup nous ont écrit pour nous demander ce que nous en pensions. Ces correspondants ressentaient de la frustration parce qu’à leurs yeux, le lien était évident, alors que les commentateurs dominants aux Etats-Unis se perdaient en conjectures, mais sans jamais mentionner ni notre roman ni le Luther Blissett Project.

      En dehors de la France, où il a été un authentique fiasco – ce qui a gêné la diffusion de notre travail pendant quelques années -, le roman a été un best-seller dans toute l’Europe. Aux Etats-Unis, il reste peu connu, ce qui explique pourquoi les médias américains ont mis du temps à trouver la piste.

      Non seulement les références au roman sont difficiles à évacuer – à partir de la plus évidente de toutes, c’est le même Q, avec les mêmes missives -, mais les ressemblances entre QAnon et le genre de canulars médiatiques que nous fomentions à l’époque de Luther Blissett sont évidentes. QAnon ressemble à une application distordue de notre « manuel de stratégie » des années 1990.

      Nous aussi, nous nous occupions des affaires liées à la pédophilie, aux viols rituels sataniques, de conspirations impliquant le Vatican, etc. Nous aussi, nous adoptions des tactiques et des techniques narratives caractéristiques des jeux de rôle et de réalité alternée (alternate reality games).

      Nous soupçonnons celui qui a lancé QAnon d’avoir voulu faire une farce ou mener une expérience au détriment de la droite états-unienne, comme une opération de guerre psychologique (psy-op), directement inspirée de notre travail. En peu de temps, pour différentes raisons – des raisons qui étaient certainement prévisibles -, le canular a acquis son existence propre : il est devenu un jeu de rôle fasciste dans lequel les joueurs les plus influents aiguillonnent les plus crédules des soutiens de Trump, et ensuite, tous poussent pour rendre l’ensemble toujours plus débridé, absurde, extrême, sidérant. Ainsi, ceux qui jouent à QAnon font d’une pierre deux coups : ils sèment leurs messages racistes et fascistes à tous vents, et dans le même temps, ils assomment les commentateurs des médias dominants. Ceux-là n’en reviennent vraiment pas : comment tant de gens peuvent croire à des foutaises pareilles, ça leur échappe.

      A un certain niveau, QAnon demeure un canular… Mais aux dépens de qui ? Ça n’est pas très clair. Qui tourne en dérision qui ? Quelle qu’elle soit, la portée critique et radicale que pouvait revêtir le canular au début est désormais morte et enterrée, ensevelie par le bruit blanc. Comment peut-on se payer la tête de gens qui exploiteront et transformeront n’importe quel « jeu », pourvu qu’il leur permette d’attaquer leurs ennemis ? Ce n’est pas intelligent de donner une corde à des personnes dont le but est de te pendre à n’importe quel prix.

      C’est à ce stade que nous nous sommes insérés dans l’affaire, en appuyant l’hypothèse selon laquelle il s’agirait d’un canular inspiré par notre propre roman Q.

      Cette sortie a au moins répandu un peu d’incertitude et de confusion sur les forums de droite. Elle a surtout offert aux commentateurs une nouvelle clé d’interprétation qui peut désamorcer la théorie du complot. Aux dernières nouvelles, la droite américaine est très embarrassée. Tant les secteurs les plus malins de l’alt-right que les milieux traditionnellement conservateurs disent que QAnon fait des dégâts. Le principal forum trumpiste sur Reddit a banni tous les contenus relatifs à la théorie du complot.

      Nous ne pouvons pas écarter l’hypothèse qu’un jour ou l’autre, QAnon sera revendiqué comme un canular. Même si cela arrive, il reste compliqué d’en prévoir toutes les conséquences. Et la situation demeure extrêmement dangereuse.

      Une chose est certaine : si un roman peut provoquer un tel tsunami, cela signifie que la littérature est encore importante.

      Pourriez-vous expliquer en quelques phrases qui était Luther Blissett, l’auteur de Q, et ce qu’était le Luther Blissett Project ?

      Wu Ming . Le Luther Blissett Project (LBP) est né au carrefour d’influences diverses : le « marxisme autonome » italien, le zapatisme, la tradition d’agit-prop de la gauche, les avant-gardes de Dada au Néoisme en passant par Fluxus et l’art postal (Mail Art), et les exemples d’agitation culturelle que nous avions trouvés dans le monumental numéro de la revue américaine Re:Search consacré aux canulars et intitulé « Pranks ! ».

      Tout ça était tenu ensemble par une théorie plutôt éclectique de la « mythopoiesis », ce qui signifie que nous voulions créer des mythes, des narrations communautaires qui stimulent l’imagination collective et la coopération.

      Le « mythe des mythes », c’était le pseudonyme collectif Luther Blissett que nous avions emprunté à un footballeur britannique. Des centaines de personnes l’ont adopté, elles ont partagé ce nom avec l’intention de créer, action après action, canular après canular, publication après publication, la réputation ouverte d’un guérillero culturel imaginaire.

      Sans cette intention mythopoétique, notre activité principale pendant les années du Luther Blissett Project – entre 1994 et 1999 – pourrait être rabaissée à la « fabrication de fake news ». Mais les fausses nouvelles n’étaient pas l’objectif ultime. Nos canulars avaient des objectifs précis. Par exemple, certains d’entre eux ont pu aider les campagnes de solidarité avec les victimes de répression judiciaire.

      Les canulars avaient surtout une dimension « éducative », pédagogique, destinée à accroître les capacités propres de chacun sur le mode Do It Yourself : depuis nos fausses nouvelles, nous faisions toujours nous-mêmes le parcours en sens inverse, révélant au grand public qu’il s’agissait de canulars, expliquant dans le détail quels réflexes culturels, quels points faibles du système médiatique nous avions utilisés. Mariano Tomatis, magicien et historien de l’illusionnisme qui fait désormais partie de la Wu Ming Foundation, théorise les moyens de révéler le truc derrière un tour de magie, sans ruiner l’émerveillement, mais en l’amplifiant, au contraire. Voilà, pour nous, un bon canular médiatique, c’était ça : un numéro de magie qui tire profit de son propre dévoilement.

      A la fin, chaque canular ajoutait quelque chose à la réputation mythique de Luther Blissett, et rendait le fait de s’appeler Luther Blissett toujours plus attrayant et stimulant. En adoptant ce nom passe-partout et multi-usages, on se sentait membre d’une communauté, on partageait un certain style, un certain imaginaire, même sans avoir jamais rencontré d’autres membres de la communauté.

      Aujourd’hui, fabriquer des fake news n’a jamais été aussi facile. Ce qui est toujours plus difficile, c’est de tenir cet équilibre, cet aspect éducatif, ce sens d’une intention commune, et la confiance en une pensée critique qui n’est pas l’ennemie de l’émerveillement, et vice versa.

      Quelles leçons avez-vous tirées de l’influence très grande qu’a eu votre roman Q dans la contestation altermondialiste ?

      Wu Ming . En 2009, dix ans après la première parution de Q en Italie, nous avons écrit un long texte autocritique, intitulé Spectres de Muntzer à l’aube. Dans ce texte, nous évoquions l’influence que le roman avait eu sur la génération de militants qui participèrent aux cycles de luttes entre la « Bataille de Seattle » en novembre 1999 et le G8 de Gênes en juillet 2001. Q a eu la chance d’être publié juste avant l’apogée de cette vague mondiale, et il est très vite devenu un livre de chevet pour une bonne partie du mouvement italien, et pas seulement. Le mot d’ordre « Omnia sunt communia ! » (« Tout est commun ») commença à apparaître sur les murs et sur les banderoles dans les cortèges.

      Dans notre texte, nous faisions essentiellement trois choses :

      Expliquer le tissu d’influences qui avait façonné notre imaginaire jusqu’à inspirer le projet et l’écriture de Q ; avec le recul, nous avions identifié une influence principale, celle du zapatisme.
      Reconstituer comment l’imaginaire représenté dans Q, lié surtout aux insurrections paysannes, aux libérations des villages et des cités de la mainmise du pouvoir princier, épiscopal et impérial, était rentré en résonance avec l’imaginaire du mouvement altermondialiste. Ce mouvement se dépeignait lui-même comme en lutte contre un empire, et agissait sur la base d’une allégorie de fond, celle du « Siège contre le château », c’est-à-dire le lieu où les puissants de la Terre – G8, Fonds monétaire international, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce, etc. – se réunissaient pour tenir leurs sommets. C’était un imaginaire du Bas Moyen Âge. Même les tactiques du black bloc, au fond, renvoient à d’antiques jacqueries. Mais l’allégorie était erronée : nous n’étions pas vraiment en train d’assiéger le pouvoir, parce que le pouvoir capitaliste n’était pas dans ces cérémonies. Nous étions en train d’agir sur le plan symbolique, mais en commettant l’erreur de prendre au pied de la lettre nos propres figures rhétoriques.
      Raconter notre travail d’agit-prop à l’intérieur du mouvement italien et international, sans masquer les erreurs que nous avons commises. En 2000-2001, galvanisés par le succès de Q, nous avions fait tout ce qui était possible pour renforcer l’allégorie du Siège : nous écrivions des textes aux accents moyenâgeux, nous réalisions des actions de propagande pour convaincre un maximum de gens d’aller à Gênes pour protester contre le G8. Et c’est ainsi qu’un mouvement réticulaire et polycentrique qui tirait sa force d’être partout à la fois canalisa toute sa propre énergie en un lieu unique et sur un seul rendez-vous. C’était exactement l’erreur des paysans révolutionnaires emmenés par Thomas Muntzer : mettre en jeu tout son destin dans une seule bataille, celle de Frankenhausen (en mai 1525, en Allemagne). A Gênes, nous sommes tombés dans le piège, nous avons été surpris par l’intensité de la répression, l’adversaire a réussi à nous balayer. Nous avons perdu exactement sur le plan symbolique et allégorique que nous avions stimulé. Et les conséquences ont été désastreuses.

      En Italie, la « capture » de l’imaginaire par les fascistes, l’affirmation d’un mouvement poujadiste comme le Mouvement 5 Etoiles (M5S), la formation récente du gouvernement le plus réactionnaire et raciste de toute l’histoire du pays, sont la conséquence de la défaite du mouvement altermondialiste. Une défaite à laquelle, à notre petite échelle, nous avons contribué. Ce mouvement a laissé un espace vide, et en politique, le vide n’existe jamais bien longtemps, il est vite rempli par quelque chose. Et celui qui l’a rempli, ça a été Beppe Grillo, le fondateur du M5S.

      De cet excès de confiance prométhéen dans la mythopoeisis, nous sommes repartis, avec de nouvelles réflexions, de nouvelles expérimentations. Et à travers ces expérimentations, la Wu Ming Foundation s’est développée.

      Votre pratique réflexive et collective de la littérature peut-elle aider à dépasser la sinistre ironie de l’Histoire qui voit les imaginaires de droite extrême, dont QAnon peut apparaître comme l’expression la plus pauvre et sordide, en supplanter d’autres ?

      Wu Ming. Nous sommes écrivains. Nos créations et nos histoires ne peuvent pas se substituer au mouvement réel. Elles ne peuvent pas non plus le diriger. En 2000-2001, notre erreur a justement été d’essayer de « donner la ligne » mythopoétique. Nous-mêmes, nous avions réduit la complexité et la richesse de notre travail blissettien pour rechercher la narration la plus « aérodynamique » et la plus aiguisée qui soit. En anglais, on utilise le verbe « to weaponize », transformer quelque chose en arme. Nous, nous avions weaponisé la mythopoiesis.

      Par la suite, nous avons réintroduit toute la complexité, éliminé les aspects guerriers ou prométhéens, et parié de nouveau sur la création de communautés, sur l’extension des réseaux de collaboration, sur la « biodiversité » des stratégies, sur le démontage de ce que nous appelons les « narrations toxiques ». Le démontage, ceci dit, n’est pas suffisant, il doit être accompagné de narrations autres, différentes, qui ne peuvent en aucun cas être weaponisées à leur tour.

      Nous avons continué d’écrire des romans – 54, Manituana, Altai (tous parus en France chez Métailié), L’Armée des somnambules (non traduit en français), et ces jours-ci, nous sommes en train de finir notre nouveau roman intitulé Proletkult -, mais nous avons flanqué ces romans de narrations plus étranges et moins classables que nous qualifions d’« objets narratifs non identifiés ». Ce sont des enquêtes – sur le territoire, sur la mémoire collective, sur l’environnement, sur l’influence du passé colonial italien dans le racisme aujourd’hui -, avec une documentation très dense mais écrites avec des techniques littéraires. Ils font partie de cette zone grise difficilement délimitable que les anglo-saxons appellent parfois « creative non-fiction ». Avec le temps, ces objets narratifs non identifiés commencent à rétroagir sur notre écriture de romanciers, ce qui a donné L’Invisible Ovunque (à paraître bientôt chez Métailié).

      De tout ce travail, de toutes ces discussions sur notre blog Giap, de la collaboration avec toujours plus de gens, est née la Wu Ming Foundation, un « collectif de collectifs », un ensemble d’expérimentations, de narrations multimédias, de projets coopératifs, de laboratoires, de séminaires. Il en sort en permanence de nouveaux collectifs, de nouveaux blogs. C’est un processus qui avait déjà commencé dans les années 2000, mais qui s’est accéléré ces dernières années.

      Aujourd’hui, la Wu Ming Foundation est plus étendue que ne l’était le Luther Blissett Project. Si quelque chose de bon et utilisable par les mouvements futurs doit sortir de notre travail, ce sera grâce à la Wu Ming Foundation.

      Entretien réalisé par Thomas Lemahieu

  • Aux sources de QAnon, un collectif italien d’extrême gauche qui aurait malgré lui inspiré la théorie complotiste
    https://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/19/aux-racines-du-mouvement-qanon-les-ecrivains-italiens-de-wu-ming-gourous-com

    Un roman, écrit par le collectif anticomplotiste Wu Ming, pourrait être la source des thèses conspirationnistes qui sont apparues dans l’Amérique de Donald Trump.

    Enquête du Monde (sous #paywall)

    pour mémoire : première mention de #Wu_Ming et #QAnon ici, dès août 2018, pointé par @rezo : https://seenthis.net/messages/715032
    plus récemment, octobre 2020, enquête de #lundi_matin sur le même thème pointée par @monolecte https://seenthis.net/messages/880607