Tranbert

Scientisme, technoscience et capitalisme industriel

  • Agrobusiness et épidémie : d’où viens le #coronavirus ?

    http://acta.zone/agrobusiness-epidemie-dou-vient-le-coronavirus-entretien-avec-rob-wallace

    Utiliser une épidémie pour tester le dernier cri en matière de contrôle autocratique est une catastrophe : le capitalisme a déraillé. En matière de santé publique il me paraît a priori plus judicieux de s’appuyer sur la confiance et l’empathie, qui sont des facteurs épidémiologiques décisifs. Sans eux, les autorités perdent le soutien des populations.
    Un certain sens de la solidarité et du respect forment des aspects essentiels pour susciter la coopération dont nous avons besoin pour survivre ensemble à de telles menaces. Des quarantaines autonomes avec le soutien approprié – vérifications par des brigades de quartier formées, des camions d’approvisionnement alimentaire faisant du porte-à-porte, la suspension du travail et l’assurance chômage – peuvent susciter ce type de coopération, et créer le sentiment que nous sommes tous dans le même bateau.

    [...]

    Il faut mettre définitivement fin à l’#agrobusiness en tant que mode de reproduction sociale, ne serait-ce que pour des raisons de santé publique. La production alimentaire capitaliste repose sur des pratiques qui mettent en danger l’humanité tout entière, contribuant en l’occurrence à déclencher une nouvelle pandémie mortelle.
    Nous devons exiger que les systèmes alimentaires soient socialisés de manière à empêcher l’émergence d’agents pathogènes aussi dangereux. Pour cela, il faudra d’abord réintégrer la production alimentaire dans les besoins des communautés rurales. Cela nécessitera des pratiques agroécologiques qui protègent l’environnement et les agriculteurs qui cultivent nos aliments. En gros, nous devons combler les fossés métaboliques qui séparent nos écologies de nos économies.

    #Rob_Wallace est biologiste évolutionniste et phylogéographe pour la santé publique aux États-Unis. Il travaille depuis vingt-cinq ans sur divers aspects des nouvelles pandémies et est l’auteur du livre « Big Farms Make Big Flu ».

    Traduction de l’anglais à partir d’un site marxiste allemand :

    http://www.marx21.de/coronavirus-agribusiness-would-risk-millions-of-deaths

  • Miguel Amorós, Minuit dans le siècle, 2012
    Notes contre le Progrès

    Récapitulons. Dans un premier temps, le concept moderne de Progrès a été le fruit de la défaite de la religion par la Raison. Cependant, la victoire de la Raison n’était qu’apparente, c’est à dire qu’elle n’était pas la victoire de l’humanisation. Nous avons déjà parlé de la dégradation de la Raison en un instrument de pouvoir. Maintenant, nous allons parler des conséquences de cette dégénérescence pour la nature. [...]

    La nouvelle conscience écologique des dirigeants vient rentabiliser la destruction elle-même, qui est inévitable, puisqu’elle s’inscrit dans le mode de production et de consommation dominant. Aujourd’hui, le Progrès est repeint en vert pour transformer ses nuisances en nouveaux marchés ; il ne peut revêtir d’autre costume puisque les nécessités incontournables de son fonctionnement l’obligent à une surexploitation ressources terrestres. Au royaume de la marchandise, tout a un prix, de l’air que nous respirons aux paysages que nous visitons ; mais désormais le prix doit être écologique. Les dirigeants convertis à l’écologie doivent intégrer le coût de quelques dommages collatéraux de la catastrophe dans le prix final si l’on ne veut pas altérer les fondements de la société industrielle. Si cela devait arriver, pour eux, ce serait la fin du Progrès, mais pour nous, le Progrès est la fin.

    Une traduction inédite et un texte disponible également en anglais et en espagnol.

    https://sniadecki.wordpress.com/2020/02/01/amoros-minuit-fr

    #Miguel_Amorós #progrès #critique_techno #écologie #scientisme

    • Après qu’un certain niveau de ce Progrès vénéré a été atteint – ce qui a conduit à la première guerre mondiale et la montée du nazisme –, ses effets négatifs ont à ce point dépassé ses effets positifs qu’il constitue une menace pour la survie de l’espèce humaine : dans l’étape ultérieure du développement, la finalité ultime de ce Progrès s’est révélée être la fin de l’humanité ; d’abord matérialisée par les armes nucléaires, l’État policier et l’industrialisation de la vie, et enfin par la pollution et le réchauffement climatique. Si l’histoire se poursuit le long de la route tracée par l’hybris progressiste dans toutes ses variantes, l’aboutissement en sera la désolation, pas l’Eden du consommateur heureux ni le paradis communiste.

      #progressisme #hybris #Histoire

      Dans un monde quantitatif, la raison technique place les actes réflexes au-dessus de l’intelligence, la performance au-dessus du sens et le calcul au-dessus de la vérité ; de sorte que lorsqu’on parle d’ « intelligence artificielle », ce n’est pas parce que les artefacts sont devenus capables de penser, mais parce que la pensée humaine est devenue mécanique.

      […]

      Le rejet d’une histoire téléologique ne signifie pas non plus le rejet de l’histoire. La contestation de l’éthique scientifique n’implique pas de remettre en cause la science en tant que telle, pas plus que l’inanité du système éducatif n’exclut la nécessité de l’instruction. C’est simplement le constat que l’histoire n’est écrite nulle part et n’est pas orientée vers un but, que les lois historiques ne sont pas figées puisque l’histoire de l’humanité est un processus de devenir plus que de consommation

      Difficile d’être moins messianique :p
      #sens_de_l'Histoire (ou pas) #téléologie

  • En Australie, l’apocalypse alimentée par la course aux profits

    Les personnes les plus puissantes sur Terre, et en Australie, ont fait des choix qui ont conduit à cela — des choix spécifiques dans l’intérêt du profit et du pouvoir. Et ils ne s’arrêteront pas seulement à cause des feux — pas tant qu’il y aura encore du profit à faire et du pouvoir politique à détenir.

    Lors d’un rassemblement devant la Conférence internationale sur l’exploitation minière et les ressources naturelles à Melbourne en octobre, un militant chilien a bien décrit la situation : « Ils ne se soucient pas que les gens brûlent. Ils ne se soucient pas que la planète brûle. Ils ne se soucient que de leur pouvoir. Ils régneront sur les cendres ».

    Aucun sauveur ne nous délivrera. La seule voie à suivre est de construire un mouvement de masse radical qui puisse défier et finalement renverser le credo de nos dirigeants, leur vraie religion, leur alpha et leur oméga : leurs profits et leur pouvoir.

    Traduction d’une article de RedFlag par Jerome Small, 3 janvier 2020.

    https://larotative.info/en-australie-l-apocalypse-3587.html

    https://redflag.org.au/index.php/node/6987

    #Australie, #effondrement, #socialisme

  • Dépasser les limites de la collapsologie
    par Jérémie Cravatte, le 27 décembre 2019.

    Ne plus voir la grève générale ou les nombreux soulèvements populaires en cours comme un symptôme de « l’effondrement » catastrophique, indépendamment de leurs contenus, causes et effets, mais comme un moyen-clé à notre disposition pour arrêter la machine, décider de ce que l’on relance ou non, et comment. Ne plus mobiliser des imaginaires et des scénarios focalisés sur une partie minoritaire de la population mondiale (avions, voitures individuelles, supermarchés…), inquiète de la fin de l’extractivisme, mais se demander comment y mettre un terme et le remplacer par de la réciprocité. Ne plus présenter la prochaine crise financière comme l’étincelle de « l’#effondrement généralisé » mais comme un enjeu réel, à l’heure où les plus grands actionnaires sont en train de protéger leurs actifs des faillites à venir. Décortiquer sérieusement nos dépendances actuelles, les liens soi-disant « inextricables » qui nous piègent, nos autonomies brisées, et en tirer les conséquences. Continuer d’identifier ce à quoi nous tenons, ce que nous voudrions sauver et ce que nous lâchons. Ce que cela signifie comme luttes à mener .

    Une excellente synthèse des critiques que l’on peut faire à la #collapsologie...

    https://www.revue-ballast.fr/depasser-les-limites-de-la-collapsologie

    @sinehebdo

  • La collapsologie : start-up de l’happy collapse

    https://sniadecki.wordpress.com/2019/10/02/louart-collapsologie

    La littérature scientifique dont ils sont friands leur aurait montré que la société capitaliste et industrielle est fondée sur la dépossession et l’exploitation des peuples et que l’abondance marchande, tout en étant empoisonnée, repose sur le pillage et le gaspillage des ressources, cela les aurait laissés parfaitement indifférents. Mais que l’on touche à l’avenir qu’on leur avait déjà tout tracé dans cette société, que leur plan de carrière soit remis en question, que le rôle social que l’école et l’université leur avaient assigné et dont elles leur avaient inculqué les codes soit réduit à néant : voilà le véritable scandale ! C’est avant tout l’idée qu’ils se faisaient de leur avenir dans cette société qui s’effondre ; c’est la seule chose qui leur importe, c’est de cela dont ils doivent maintenant « faire le deuil ».

    La collapsologie est une forme nouvelle du progressisme, au sens où elle attend de l’avenir la solution des maux du présent. Cette fois, c’est l’effondrement de la société marchande et industrielle qui va nous – du moins, les survivants – obliger à être vertueux écologiquement. Et comme pour le Progrès, que pas plus que l’effondrement on ne peut arrêter, il faut dès maintenant s’y préparer. Car la collapsologie est avant tout une idéologie de cadres ; sa principale injonction est : « il faut s’adapter ! » Cela ne signifie pas seulement se conformer à l’ordre des choses existant, mais surtout – puisque, pour les cadres qui sont le relais de la direction de l’entreprise, « gouverner, c’est prévoir ! » – anticiper l’évolution future et agir dès maintenant en conséquence.

    Brochure au format PDF :
    https://sniadecki.files.wordpress.com/2019/10/louart_collapsologie-1.pdf

    Et également Dossier « Critique de la collapsologie » avec tous les bons zarticles dedans :
    https://archive.org/details/dossiercollapsologie

    La maison brûle…
    et nous écoutons tranquillement
    les collapsologues nous parler d’happy collapse !

    #Pablo_Servigne, #collapsologie, #effondrement, #société_industrielle, #Bertrand_Louart, #critique_techno.

    @sinehebdo

    Il me semblait l’avoir déjà signalé sur Seenthis, mais non en fait ?!

  • Gustav Landauer, Appel au socialisme , 1911

    Au sein de la tradition libertaire, #Gustav_Landauer (1870-1919), qui se décrivait lui-même comme « anarchiste-socialiste » est peut-être l’auteur dont la pensée se prête le plus à des tentatives d’actualisation, et cela en raison de quelques caractéristiques de son idéal social, exposé dans son Appel au socialisme (1911).
    Il s’agit d’abord d’un socialisme culturel, associé à une critique de la modernité capitaliste qui dénonce non seulement l’État et l’exploitation du travail, mais aussi la foi en le Progrès et la technique, ainsi que la disparition des formes de vie partagée. Il s’agit ensuite d’un socialisme critique à l’égard du marxisme, qui récuse sa croyance en un déterminisme historique implacable et son matérialisme étroit, qui refuse d’accorder au prolétariat en tant que tel le rôle de sujet révolutionnaire et qui réhabilite les activités de subsistance pour penser la transformation sociale. Il s’agit enfin d’un socialisme communautaire, qui revalorise les formes héritées du passé tout en prônant la constitution de nouvelles communautés, considérées comme des commencements, ici et maintenant, de la future société socialiste.
    Associée à la dénonciation des faux besoins et du déclin du monde engendré par le développement capitaliste, cette insistance sur l’expérimentation sociale, qui ne renonce pas pour autant à la révolution, est sans doute ce qui peut continuer à faire de l’ Appel au socialisme une source d’inspiration pour le présent.

    https://sniadecki.wordpress.com/2019/11/14/landauer-socialisme

    #socialisme, #anarchisme, #révolution, #critique_sociale, #marxisme, #réaproppriation, #subsistance et #communauté.

    Bonne lecture !

  • Pour sauver la planète, faut-il en finir avec la croissance ?
    Avec #Jacques_Sapir et #Serge_Latouche sur #Radio_Sputnik.

    Devenue l’un des thèmes centraux de la vie politique, l’écologie rassemble autant sur le constat qu’elle divise sur les solutions. Au cœur de la question, la croissance économique : peut-on croître à l’infini dans un monde fini ? Une croissance réellement verte est-elle possible, ou bien faut-il envisager une forme de #décroissance ?

    http://fr.sputniknews.com/radio_sapir/201906241041511622-ecologie-croissance-decroissance-serge-latouche-j

    #extrême_droite, il me semble !?! J’ai pas écouté cette émission.

    Mais ça me rappelle que Latouche à déjà donné plusieurs interviews à la revue Éléments d’#Alain_de_Benoist, en s’en justifiant ainsi :

    Par exemple, dois-je interdire à Alain de Benoist de se revendiquer de la décroissance sous prétexte qu’il est classé à droite ? Est-ce qu’il est condamné ad vitam aeternam à être enfermé dans cette catégorie ? Sa position pourrait être réévaluée, rediscutée.

    http://reporterre.net/La-decroissance-permet-de-s

    Étonnant, non ?

  • « Face à l’effondrement, il faut mettre en œuvre une nouvelle organisation sociale et culturelle »

    Par Agnès Sinaï, Pablo Servigne, Yves Cochet

    Le Monde du 23 juillet 2019.

    Vivre avec la fin du monde 1/6.
    Trois membres de l’Institut Momentum appellent à assumer l’effondrement systémique global qui vient pour préparer l’avènement d’une société « résiliente ».

    La fin de notre monde est proche. Une ou deux décennies, tout au plus. Cette certitude qui nous habite désormais, et qui a bouleversé nos croyances et nos comportements, est le résultat d’observations scientifiques nombreuses et variées sur l’évolution du système Terre, mais aussi de l’expression de caractéristiques banales de l’espèce humaine lorsqu’un événement extraordinaire s’annonce.
    Depuis une trentaine d’années, les études et les rapports scientifiques ne cessent d’augmenter la plausibilité d’un seuil climatique planétaire qui fera basculer le système Terre dans un état inconnu, nanti de températures moyennes plus hautes que depuis un million d’années. La probabilité d’un tel futur proche est aujourd’hui plus élevée que celle de tout autre scénario prospectif.
    Ce n’est plus une question de « si », c’est une question de « quand ». En examinant les centaines de travaux afférents, depuis le premier rapport du Club de Rome – Les Limites à la croissance – en 1972, jusqu’au récent rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) – « Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C » –, en octobre 2018, on peut estimer la date de passage de ce seuil planétaire entre 2020 et 2040.
    Trajectoire chaotique
    Ce seuil critique global est la conséquence de multiples boucles de rétroaction autorenforçantes entre éléments du système Terre, dévasté par un siècle de libéral-productivisme. Ainsi, pour le seul cycle du carbone, la fonte du permafrost sibérien, l’affaiblissement du pouvoir de séquestration du carbone par les terres et les océans, la déforestation de l’Amazonie et celle des forêts boréales constituent des boucles de rétroaction qui accélèrent le dérèglement climatique.
    Ces rétroactions s’étendent à tous les sous-systèmes de la Terre, intensifiant ainsi l’érosion de la biodiversité, et réciproquement. Cette trajectoire chaotique du système Terre conduit les sociétés humaines vers un effondrement systémique global : passé ce seuil de bascule, le chaos sera tel qu’aucun Etat ne sera plus capable de faire respecter la loi, de contrôler les armes, de lever des impôts.
    Cependant, ce basculement n’est que la composante objective de l’effondrement. Deux caractéristiques cognitives de l’espèce humaine transforment la plausibilité géobiophysique de l’effondrement en une certitude politique. La première s’énonce comme suit : l’immensité (c’est-à-dire l’imminence et l’ampleur) de la catastrophe « éco-anthropologique » est telle qu’elle excède nos capacités de compréhension, aussi bien de perception que d’imagination. Elle est irreprésentable, démesurée, supraliminaire, comme dit le philosophe Günther Anders. La seconde relève de la spécularité des croyances et des comportements : une personne informée de l’effondrement rapproché ne se demande pas si elle veut changer sa vie – c’est-à-dire diminuer drastiquement son empreinte écologique –, mais seulement si elle le ferait au cas où un certain nombre d’autres le feraient aussi.
    Ainsi, l’effondrement est inévitable non parce que la connaissance scientifique de son advenue est trop incertaine, mais parce que la psychologie sociale qui habite les humains ne leur permettra probablement pas de prendre les bonnes décisions, au bon moment. Il existe souvent plusieurs manières de résoudre un problème local ou circonscrit, mais affronter tous les problèmes ensemble et globalement rend le coût d’éventuelles solutions si élevé que seul le déni s’avère être la réponse adaptée. C’est ce déni de masse qui garantit que l’effondrement est certain.
    Stress prétraumatique
    De nombreuses populations subissent déjà les conséquences des catastrophes globales, des dérèglements écosystémiques et des pollutions diverses. Les classes sociales vulnérables et les pays pauvres (et on ne parle même pas des organismes non humains) subissent déjà des traumatismes qui commencent à être connus (stress, dépression, démence, suicides, maladies, etc.) et qui annoncent tout simplement notre avenir psychique à nous, les privilégiés.
    La prédiction même d’une catastrophe peut faire souffrir. On sait que l’annonce de dégradations à venir provoque déjà ce que les psychologues appellent le stress prétraumatique, autrement dit les effets néfastes de la peur du futur. Ainsi sommes-nous confrontés à un dilemme : comment annoncer que la maison brûle — et qu’elle sera détruite — sans faire peur à ses habitants ? Si vous étiez pompiers, que feriez-vous ? Il faut le dire, bien sûr, le crier haut et fort, avec fermeté et bienveillance. Puis, tout en se concentrant sur l’incendie, prendre soin de certains habitants traumatisés, et motiver tout le monde à sauver ce qui doit l’être.
    Prendre soin. Voilà ce qui manque cruellement à notre époque, et cela constitue une bonne partie de la réponse à la question : comment vivre la fin du monde ? Prendre soin de nous-mêmes, des autres, des non-humains. Prendre soin de notre psyché, des émotions que tout ce chaos génère, c’est-à-dire accueillir par l’écoute : tristesse et désespoir, colère et rage, inquiétude et peur. Tous ces affects sont parfaitement normaux. Pire, ils vont s’intensifier ! Il ne s’agit nullement de se complaire dans ces marais émotionnels, mais d’apprendre à les traverser individuellement et collectivement, à les côtoyer, afin de ne pas se laisser emporter, et trouver les ressources pour organiser la suite, pour résister.
    Mais comment résister à la fin du monde ? Ou plutôt, comment faire émerger un autre monde possible à partir de celui-ci ? La première piste est à rechercher du côté de la permaculture en tant que vision du monde et science pragmatique des sols et des paysages. Le néologisme « permaculture » a été forgé en Australie par Bill Mollison et David Holmgren, à partir de la contraction de deux termes : « permanent » et « agriculture », mais aussi « permanent » et « culture ». Depuis la Tasmanie, berceau de leur prise de conscience, ils formulent l’hypothèse d’un effondrement des subsides énergétiques injectés dans le système agro-industriel. Dès lors, la permaculture devient plus qu’une technique agricole : c’est une autre façon de concevoir le monde, un changement philosophique et matériel global. C’est une vision éthique des sociétés futures, qui seront confrontées à l’évolution des régimes énergétique et climatique.
    Aujourd’hui plus que jamais, il s’agit de rejeter les leurres de la croissance verte afin de revenir à une juste mesure en réduisant considérablement notre empreinte sur le monde. Ce qui veut dire mettre en œuvre immédiatement une nouvelle organisation sociale et culturelle, qui valorise la lenteur et enseigne les boucles de rétroactions, les liens de cause à effet, les mutualismes, la complexité. Dans la société permaculturelle, les réseaux ne sont plus invisibilisés, la frontière entre producteur et consommateur s’estompe dans un contexte de simplification progressive des mégasystèmes. Aussi bien par nécessité de résilience (dans la perspective d’un effondrement des sociétés industrielles) que par éthique des ressources, il s’agit de boucler les cycles, de passer d’une économie extractiviste de stocks à une économie renouvelable de flux. Le nouveau paysage permaculturel se veut directement comestible, au plus proche des habitants, qui eux-mêmes deviennent acteurs de ces nouveaux diagrammes alimentaires et énergétiques. Les paysages se déspécialisent, les fonctions se diversifient.
    Il en résulte une deuxième piste d’action, autour de nouvelles formes politiques territoriales ancrées dans le soin des paysages, œuvrant à la résilience des établissements humains face au nouveau régime climatique. Ces nouveaux territoires prennent le nom de « biorégions » et se substituent aux découpages administratifs actuels grâce à un changement général d’échelle et à une politique de décroissance. Les biorégions permettront, avant, pendant et peut-être après l’effondrement, d’organiser des systèmes économiques locaux territoriaux où les habitants, les manufactures et la Terre travailleront en coopération. La dynamique biorégionale stimulera le passage d’un système hyperefficient et centralisé à une organisation forgée par la diminution des besoins de mobilité, la coopération, le ralentissement, composée d’une multitude de dispositifs et de sources d’énergie. La civilisation automobile et l’agriculture intensive n’auront plus leur place dans cette nouvelle configuration. Les biorégions seront les territoires du ressaisissement.
    Des sociétés conviviales et de proximité
    La troisième voie de la résistance est celle d’un imaginaire social libéré des illusions de la croissance verte, du productivisme et de la vitesse, actionnées par les entreprises transnationales. La ville connectée, emblème d’une techno-euphorie totalement hors-sol, laissera la place à des bourgs et des quartiers off the grid (« hors réseau ») autoproducteurs d’énergie. Le nombre de véhicules sera réduit au strict minimum, les flottes seront administrées par les communes (libres !), tandis que les champs redessinés en polyculture pourront être traversés à pied. Des axes végétaux résorberont les infrastructures de la vitesse ainsi que les friches industrielles. Qui dit sociétés résilientes dit sociétés conviviales et de proximité. Aujourd’hui, chaque métropole occidentale requiert pour son fonctionnement une vaste partie de la planète. Demain, il en sera autrement, en raison de l’effondrement inéluctable des grands réseaux et de l’économie mondialisée, sur fond de bouleversements climatiques.
    Voilà trois pistes, mais il y en aura d’autres. Vivre avec la fin du monde passe nécessairement par un constant effort d’imagination pour arriver à dégager de nouveaux horizons, à les inventer, afin de refermer le couvercle du nihilisme, du mal absolu, du « tout est foutu ». Ce chantier politique ne peut être que collectif. Il faut un récit commun pour rester soudés. Certes, le récit de l’effondrement comporte des risques et des écueils, comme tout récit, mais il est puissant et a plusieurs mérites : il évite le catéchisme de la croissance, il réactive une vision cyclique des choses en appelant une renaissance, et surtout il dit que c’est maintenant ou jamais. Il nous rapproche de l’idée de la mort. D’ailleurs, n’est-ce pas ce que la philosophie nous enseigne depuis des siècles ? Apprendre à bien vivre, c’est apprendre à bien mourir, à prendre conscience de notre statut de mortel, radicalement vulnérable, humble, interdépendant des autres êtres vivants et de notre milieu de vie.

    Agnès Sinaï est journaliste environnementale. Chargée de cours à Sciences Po, elle a fondé l’Institut Momentum en 2011, laboratoire d’idées dont elle a dirigé les trois tomes des Politiques de l’anthropocène (parus aux Presses de Sciences Po).

    Pablo Servigne a une formation d’agronome et d’éthologue. Chercheur « in-terre-dépendant », auteur et conférencier, il est coauteur de plusieurs livres, dont Une autre fin du monde est possible (Seuil, 2018).

    Yves Cochet, militant écologiste depuis quarante ans, a été député de 1997 à 2011, ancien ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement (2001-202) puis député européen jusqu’en 2014. Depuis lors, il préside l’Institut Momentum.

    http://www.lemonde.fr/festival/article/2019/07/22/face-a-l-effondrement-il-faut-mettre-en-uvre-une-nouvelle-organisation-socia

    La phrase qui me paraît la plus remarquable est celle-ci :

    "Ainsi, l’effondrement est inévitable non parce que la connaissance scientifique de son advenue est trop incertaine, mais parce que la psychologie sociale qui habite les humains ne leur permettra probablement pas de prendre les bonnes décisions , au bon moment."

    Voilà une belle manière de naturaliser le #capitalisme ! Les structures de pouvoir, l’État, les entreprises, les institutions, les classes sociales, l’économie, l’industrie et la dynamique du marché capitaliste, etc. tout ça n’existe pas pour nos collapsologues. Non, c’est juste la #nature_humaine qui est responsable du désastre. C’est juste les individus qui ne prennent pas les "bonnes décisions".

    Comme le disait Margaret Thatcher : "la société n’existe pas, il n’y a que des individus qui poursuivent leurs intérêts..." (de mémoire).

    A un tel degré de #bêtise_politique, on peut se demander à quoi et à qui vont servir ces crétins et leurs dupes. Une chose est sûre, certainement pas à l’avènement d’une société émancipée des formes de domination dont ils ne veulent pas voir l’existence ni penser le rôle politique dans le maintien du statu quo ...

    Collapso, collabos ?

    #collapsologie, #naturalisation, #essentialisme, #pseudo-critique.

  • Jean-Pierre Dupuy, Confusionniste nucléaire, 2019

    Quelle surprise de lire dans #La_Décroissance n°159 de mai 2019 une interview tout ce qu’il y a de plus complaisante et servile de la Pourriture Nucléariste et du Technocrate #Pseudo-Critique #Jean-Pierre_Dupuy ! [...]

    Ce polytechnicien, avec son dernier ouvrage La Guerre qui ne peut pas avoir lieu, essai de métaphysique nucléaire (éd. Desclée de Brouwer, 2019) est toujours aussi à côté de la plaque et hors de la réalité.

    Car le problème des armes nucléaires n’est pas seulement leur usage en cas de conflit, mais avant tout leur simple existence en temps dit « de paix ». C’est-à-dire leur production par l’#industrie_nucléaire. Car la « guerre nucléaire » à déjà eu lieu, et elle continue. Hier, ce sont les essais atmosphériques de la « guerre froide » et aujourd’hui souterrains de la rivalité entre « puissances » qui veulent jouer les gros bras sur la « scène internationale » par manque d’autres moyens.

    Les « retombées » de cette guerre qui ne dit pas son nom sont autour de nous du fait de la dissémination des éléments radioactifs qu’implique de toute façon le fonctionnement normal de l’industrie nucléaire « civile », dont les sous-produits (notamment l’uranium enrichi et le plutonium) sont nécessaires à la production des armes nucléaires. Sans parler de l’uranium dit « appauvrit » qui est maintenant utilisé pour les munitions des armes dites « conventionnelles ». [...]

    Or, de ces petites choses trivialement concrètes et bassement matérielles, Jean-Pierre Dupuy ne souffle pas un mot ; ça ne l’intéresse pas. Comme les collapsologues Pablo Servigne & Co, il préfère parler de menaces imaginaires qui concernent le futur plutôt que de parler de la catastrophe que l’on a déjà, ici et maintenant , sous les yeux.

    http://sniadecki.wordpress.com/2019/06/20/dupuy-nucleaire

    #critique_techno, #nucléaire, #collapsologie, #militaire, #guerre, etc.

  • Extinction Rebellion
    En ces premiers jours de mai froids et venteux, j’ai rendez-vous avec M. devant une tasse de thé bien chaude. Les yeux pétillants d’énergie et de volonté, elle me fait le récit de son séjour à Londres du 14 au 22 avril 2019, où elle est allée participer activement à la semaine de blocages coordonnés initiée par le mouvement Extinction Rebellion. Ultra-motivée, convaincue de longue date, et profondément consciente de l’urgence de la situation environnementale et de la catastrophe écologique et sociétale en cours, elle a rejoint ce mouvement international de désobéissance civile il y a quelques mois.
    M. se sent très inspirée par les principes et la stratégie de ce mouvement qui se définit comme non-violent et s’appuie pour cela sur l’exemple historique de mouvements sociaux qui ont réussi à faire plier des gouvernements et à instaurer un changement radical, sans violence.
    A savoir : la marche du sel en Inde, les Freedom riders pour les droits civiques aux États-Unis, les manifestations du lundi à Leipzig en 1989, les mouvements de lutte pour les droits LGBT.
    Extinction Rebellion prône l’action directe non violente par la désobéissance civile de masse et affirme trois revendications claires : 1) que les medias et gouvernements disent la vérité sur la situation catastrophique en cours ; 2) parvenir à Zero émissions de CO2 d’ici les 10 prochaines années ; 3) instaurer des assemblées citoyennes pour décider des mesures urgentes et concrètes à prendre dans l’immédiat.
    Revenons-en à Londres où les forces écologistes déterminées étaient appelées à se rassembler à partir du lundi 15 avril pour bloquer des axes de circulation aux voitures, bus et autres véhicules, et ainsi considérablement perturber le centre névralgique de la ville, où se trouvent les instances dirigeantes politiques et les grands groupes corporatistes, et faire ainsi pression sur eux en impactant l’économie du pays (les pertes financières se chiffrent en millions de livres).
    M. me raconte ce voyage comme une épopée très intense en rencontres, événements et découvertes. Avec la sensation d’avoir participé à un mouvement puissant et capable d’emporter des victoires.
    Elle a été impressionnée par un mode d’organisation très efficace. Et surprenant par rapport à la manière dont les choses se passent en France.
    Notamment dans le rapport avec la Police. La communication des actions était absolument publique, sans culture du secret ou du complot. Les flics avaient été informés en amont, lors de réunions préparatoires, de la stratégie, du timing et des actions prévues. Ce qui donnait une ambiance assez contrastée par rapport à ce que l’on peut observer en France entre flash-balls, lacrymos et coups de matraque. Là les actions/occupations de site avaient lieu dans une ambiance détendue avec les flics qui déambulaient au milieu des manifestant-es. Cette ambiance sans brutalité fait partie intégrante de la stratégie et du mode opératoire de XR. Cela s’inscrit dans une volonté d’inclusivité, c’est à dire rendre les actions inclusives, accessibles à toute personne, quels que soit son âge, sa forme physique, son degré de validité. L’inclusivité répond à une volonté de créer un mouvement citoyen qui puisse s’inscrire dans la durée et ne soit pas approprié rapidement – comme c’est malheureusement souvent le cas – par les plus jeunes, valides et en forme physiquement.
    Un autre aspect remarquable fut la puissance de l’organisation logistique. Sur chaque site de blocage, il y avait différents espaces structurés : un barnum cuisine qui servait des repas gratuits, un barnum d’information où on pouvait s’inscrire comme volontaire sur telle ou telle tâche, un autre où se tenaient des conférences et formations (désobéissance civile, legal training aspect juridique, droits et conseils en cas d’arrestation), une tente well-being [bien-être], et des ateliers d’introduction au mouvement et à comment y prendre part où se constituaient sur place des affinity groups (des petits groupes qui allaient rester en contact, apprendre à se connaître et à appréhender le mouvement et éventuellement participer à des actions par la suite ou juste soutenir le mouvement d’une des 1001 façons possibles). Des repas gratuits ont été cuisinés pour 5.000 personnes durant ces 11 jours. L’idée était vraiment que tout soit gratuit, et ensuite il y avait des boites de donation où l’on pouvait soutenir, et aussi plein de personnes qui amenaient des denrées. La vie est super chère à Londres, il faut imaginer qu’un ticket de métro coûte 5 livres, ce qui fait à peu près 7 euros.
    Aussi difficile à concevoir que cela puisse sembler, en France comme en Angleterre où nombre d’événements se financent par la vente de bière et autre pinard, là l’ambiance était plutôt à la sobriété : pas d’alcool, pas de drogues sur place était un mot d’ordre pour aborder la rébellion avec l’esprit clair.
    Des milliers de personnes ont dormi dehors dans la rue pendant toute la durée des blocages. M. n’avais même pas pris de tente. Il fallait aussi être présent-e la nuit pour maintenir les positions, car il était clair que ce serait la nuit ou au petit matin, que les sites seraient les plus vulnérables pour une évacuation policière s’il n’y avait plus assez de monde sur place pour maintenir le blocage.
    Les quatre sites occupés étaient Oxford Circus, Marble Arch, Waterloo Bridge et Parliament Square. Chaque lieu était assez différent dans son ambiance et son organisation.
    Les gens ont commencé à arriver à Londres le dimanche 14 avril (dont certains groupes venus à pied ou à vélo de toute l’Angleterre) et les sites ont été bloqués dès le lendemain.
    Sur le blocage de Marble Arch, il y avait des activistes du Christian Climate Action qui sont arrivés avec un poids lourd, et ils se sont garés au milieu de la route pour bloquer la rue et ont très vite déployé leurs forces, se sont installés. Certains, d’ailleurs plutôt les plus âgés, se sont enchaînés, installés sur des matelas et avec des couvertures sous le camion. D’autres groupes avaient déployé des banderoles tout autour et en 20 mn la remorque débâchée était devenue une scène sur laquelle se sont succédés concerts et interventions.
    Sous le fameux bateau rose avec écrit Tell the truth [dites la vérité] à Oxford Circus, les gens étaient attachés avec des mécanismes d’une complexité machiavéliques. Style deux personnes s’attachaient les mains avec un cadenas, le bras glissé dans une tube métallique, scellé dans du béton puis attaché sous le bateau et re-scellé dans du béton. Donc là il faut des spécialistes de la découpe des matériaux pour dégager des personnes attachées comme cela, c’est difficilement accessible et super complexe à dégager, ça fait gagner (ou perdre selon le point de vue) beaucoup de temps.
    Le Waterloo Bridge a été intégralement occupé pendant une semaine. C’est un pont routier avec 4 voies, un trafic d’enfer en permanence d’ordinaire. Là grâce à l’occupation, les gens ont pu respirer et aussi profiter du calme, et de la verdure ! Le pont avait été transformé en jardin, sur lequel on avait amené plein de plantes, des arbres, et dont on avait fait un lieu de vie, d’information, de formation. [On a pu entendre le mardi 16 avril aux infos de France Inter l’interview d’une londonienne qui soutenait à fond le principe du blocage du trafic automobile, racontant que sa voisine de 8 ans était morte le mois dernier d’une crise d’asthme, pathologie en lien avec la pollution atmosphérique.]
    Évidemment les flics ont bien essayé de déloger tout ce petit monde pendant toute la semaine, à moult reprises, mais en vain, malgré les vagues d’arrestations successives et quotidiennes (ils arrêtaient ceux qui étaient en première ligne). Il y a tout de même eu énormément d’arrestations, plus de 1.000 sur ces 10 jours tous sites confondus. Donc les flics étaient débordés, ils n’avaient plus assez de place dans les commissariats pour enfermer les gens.
    Ils ont réussi à certains moments à débloquer des endroits. Bon sur la fin de la semaine ils se sont quand même un peu agacés sur tous les sites qui ont fini par être évacués à la fin du week-end sauf Marble Arch, site sur lequel ils voulaient rabattre les activistes depuis le début (lieu connu pour être un espace de manifestation autorisée). Sur le pont, ils ont mis le paquet le jeudi soir (le 18) et de même à Parliament Square. C’était impressionnant et flippant de voir une colonne de centaines de flics ou plus, marchant par deux, en route pour dégager tout le monde. Mais au final, ils n’ont pas réussi à les déloger. Illes étaient trop nombreux. Il y avait la cavalerie pour venir sauver les situations critiques, un groupe de drummers super énergiques qui arrivaient en mode samba/batucada entourés/suivis de dizaines voire centaines de personnes et qui reprenaient la position. (Cet orchestre a été appelé en renfort sur tous les sites quand ils étaient le plus vulnérables).
    M. s’est fait volontairement arrêter alors qu’un des sites était justement cerné par la police qui était en train de s’ingénier à déloger ceux qui s’étaient enchaînés de manière complexe au bateau. Elle est restée trois jours en garde à vue. Dans des conditions pas cool : trois jours dans une cellule sans sortir, sans contact avec l’extérieur, sans même de notion de l’heure, avec de l’éclairage 24h/24.
    C’est parce qu’elle n’est pas résidente (sans adresse sur place) qu’ils l’ont gardée., ils laissaient ressortir rapidement les résident-es. Mais elle a dû attendre d’être présentée devant un juge. Tout était très bien organisé au préalable d’une arrestation : on a une bust card avec le contact d’avocats, qui nous est proposée par les observateurs légaux (en gilets oranges sur les vidéos) qui assistent à toute arrestation et s’assurent que tout se passe dans les règles, demandant à la police dans quel commissariat la personne va être emmenée et à cette personne si elle souhaite prévenir quelqu’un. Elle avait un avocat pour la défendre. Le juge l’a condamnée à un jour de détention pour « obstruction à agent ».Mais comme elle avais fait trois jours, ils l’ont relâchée.
    Cette opération a été un véritable succès à tous les niveaux. La chance d’avoir une météo très agréable a grandement facilité cette occupation de longue durée.
    Il s’en est suivi plusieurs entretiens avec le maire de Londres et un autre rendez-vous avec le ministre de l’environnement et deux de ses pairs. Dès la semaine suivante Corbyn a annoncé l’état d’urgence climatique en réponse à l’exigence d’engagement de la part du gouvernement, et l’Irlande a fait de même quelques jours après.
    Jocelyne Renard
    Texte paru dans la feuille hebdromadaire de #Radio_Zinzine, l’Ire des Chênaies.

    #Extinction_Rebellion, #climat, #manifestation, #témoignage.

    • J’ai beaucoup de mal à supporter qu’on justifie la collaboration avec la police au prétexte, qui devient de facto fallacieux, de lutter contre le validisme de mouvements plus offensifs. C’est ballot parce que c’est un vrai questionnement, cette stratégie qui est en train d’isoler les « cortèges de tête » et les « Black-Blocs », et le validisme dans les mouvements sociaux. Moi, j’en viens plutôt à constater que toute une fange de la population refuse juste de partir en guerre ou de devenir potentiellement « martyr » de telle ou telle cause (le plus souvent anticapitaliste), parce que désolée, mais à contrario je suis impressionnée par le nombre de personnes handicapées présentes, volontairement, dans ces cortèges offensifs. Du coup, j’ai plutôt l’impression, étant handicapée, d’être manipulée, là, si on collabore avec les flics au prétexte soit-disant de m’inclure...

    • Pour collaborer il faut être deux. Et la partie étatique bien que présente veut systématiquement imposer son agenda, qui se résume à « vous faites ce qu’ON veut de l’espace public, car il NOUS appartient à NOUS l’état », ce qui se termine en « vous ne manifestez pas », d’où l’absence de collaboration, in fine.

      Mais évidemment, il sera toujours possible de dire qu’une manif de 500 mètres dans un quartier ex-centré, c’est toujours ça de pris.

  • L’effondrement, parlons-en... - Les limites de la « collapsologie »

    Une étude de Jérémie Cravatte - avril 2019.

    http://www.barricade.be/publications/analyses-etudes/effondrement-parlons-limites-collapsologie

    Un cycle sur l’effondrement a été organisé à Barricade en novembre/décembre 2018. Il a donné naissance au groupe Les Effondrés ardentes . Je voudrais remercier ces personnes pour avoir, entre autres choses, nourri mes réflexions sur le sujet. [...]
    Cet article n’a donc pas pour objectif de critiquer pour le plaisir de critiquer, ni de s’intéresser à des personnes en particulier, mais bien de proposer des autocritiques pour « effondré·e·s » – de continuer à regarder ensemble plus loin et plus précis.

    #effondrement, #collapsologie, etc. @sinehebdo

    Une excellente et très modérée synthèse des critiques que l’on peut faire sur ce sujet, après une lecture attentive...

    Pour ma part, je serais plus sévère à l’égard de Servigne & Co, ce recueil montrant très bien que nous avons affaire là à une idéologie profondément réactionnaire et démobilisatrice.

    J’ai un texte sur le feu...

    • Le PDF
      http://www.barricade.be/sites/default/files/publications/pdf/2019_etude_l-effondrement-parlons-en_0.pdf

      Et sinon les gens, vous avez essayé de vous parler (et mieux encore, en face à face, pas par écrit) pour dissiper d’éventuels quiproquos, et seulement après quand on a mit au clair les divergences de fond (et qu’on s’en est réellement assuré), là lancer des invectives ? :)
      Je dis ça…

    • Les #collapsos (4) participent à forcer la prise en compte plus que nécessaire de ces constats (5), qui sont largement niés depuis les années 1970 au moins. Malheureusement, leur manière de présenter les choses n’aide pas forcément à être lucide sur la situation et à y réagir en conséquence.

      –--------------------
      (4) Diminutif couramment utilisé pour parler des « collapsologues ». Le terme « collapsonautes » désigne plus largement les personnes qui « naviguent » à travers l’effondrement.

      Je ne sais pas si l’usage du mot est «  courant  », mais le choix du «  diminutif  » m’a bien l’air tout sauf neutre… la suite du paragraphe (et du texte) enfonçant le clou.

    • @rastapopoulos

      Si tu as bien lu ce texte et aussi le dernier article de Tanuro sur le sujet, il devrait être évident que Servigne & Co sont politiquement très confus (je dirais plus crûment font preuve d’une certaine #bêtise_politique) et que manifestement, ils ne veulent pas dissiper cette confusion, ne serait-ce que pour eux-mêmes.

      Une discussion est-elle possible avec de tels confusionnistes ? Pour cela, il faudrait qu’ils commencent par cesser de s’étaler complaisamment dans les médias mainstream . Et manifestent un tant soit peu une volonté de repolitiser leur propos : pour autant que je sache, ce n’est pas en bonne voie (cf. #Yggdrasil), sans compter qu’il est un peu tard aussi.

      Car citer de manière élogieuse des penseurs d’#extrême_droite sans mentionner leur couleur politique devrait, quand même, je crois, amener le lecteur, même complaisant, à se poser quelques questions. Tu ne pense pas ?

      Comme disait Tanuro :

      Après Une autre fin du monde est possible , il n’est pas sûr que ce débat ait encore un sens. L’avenir le dira.

      En attendant, je persiste à penser que la collapsologie est une idéologie profondément réactionnaire et démobilisatrice, et qu’il faut donc lutter contre cette #nuisance.

    • @tranbert oui oui… je suis sûrement trop gentil, et c’est peut-être trop tard… C’est ma foi dans le dialogue… et le regret aussi que justement ce dialogue n’ait pas eu lieu plus tôt (pas par articles critiques interposés mais bien par discussion IRL, interviews critiques, non promo).

      Par exemple quand ya eu des interviews des médias amis sur leur tout premier livre (ballast ou autre), je sais pas, moi j’aurais forcément posé une question sur leur citation de piero san giorgio et assimilé, même pas pour piéger, pour mettre les choses au clair.

      Ya cette question là, après pour la stratégie parfaitement choisie et assumée de faire d’abord des livres grands publics de vulgarisation de méta-analyses, là j’ai moins de critiques à faire, même si je ne suis pas moi-même dans cette stratégie, car je pense que comme pour les manifs, la ZAD ou autre, il faut une multiplicité de stratégies qui se respectent entre elles. On peut ne pas être d’accord et ne pas vouloir agir de la même manière que son voisin, mais respecter ça sans mépris.
      Après quand ce sont des différences vraiment de fond de la pensée, et non pas juste de stratégie, c’est encore autre chose, mais dans ce cas il faut se fixer sur ces points.

    • @rastapopoulos

      Je ne vois pas trop bien où est le « mépris » dans les critiques que j’ai cités ou que je fait. Il y a un problème et il faut le nommer.

      Sur le « fond de la pensée », Servigne se fait passer pour anarchiste, et il n’est rien de tel. La lecture de ses ouvrages montre bien qu’il fait passer l’adaptation et la résilience avant la résistance, la survie avant l’émancipation, l’avenir qu’il prophétise avant le présent qu’il méprise - une attitude typiquement progressiste.

      On peut bien faire passer cela pour une « stratégie parfaitement choisie et assumée de faire d’abord des livres grands publics de vulgarisation », comme le prétend Servigne lui-même. Mais quand les grands thèmes anarchistes comme la liberté, la lutte, l’émancipation, la détestation de toutes les formes de hiérarchie, d’oppression et d’exploitation sont aussi délibérément ABSENTS de ses ouvrages, je dis : faut pas nous prendre pour des imbéciles !

      On ne me fera pas prendre la vessie de la collapsologie pour une lanterne magique !

    • Simplismes de l’écologie catastrophiste | AOC media - Analyse Opinion Critique
      https://aoc.media/opinion/2019/10/21/simplismes-de-lecologie-catastrophiste

      Les « collapsologues », ces militants écologistes qui prophétisent l’effondrement certain de la civilisation industrielle, ont le vent en poupe comme en témoigne le succès populaire de leurs livres. Mais s’il y a effectivement péril en la demeure, ceux qui le clament sont parties prenantes de la panique qui désormais s’installe selon #Jean-Pierre _Dupuy. Le théoricien du « #catastrophisme_éclairé » remet ici les choses au point face à ce qu’il considère comme un flou conceptuel dangereux.

      En résumé :

      « Annoncer que la catastrophe est certaine, c’est contribuer à la rendre telle. Ce qu’il faudrait, c’est annoncer un avenir destinal qui superposerait l’occurrence de la catastrophe, pour qu’elle puisse faire office de dissuasion, et sa non-occurrence, pour préserver l’espoir. »

  • Les « effondrés anonymes » ? S’associer autour d’un constat de dépassement des limites planétaires

    Cyprien Tasset, La Pensée écologique , vol. 3, n°1, 2019.

    https://lapenseeecologique.com/les-effondres-anonymes-sassocier-autour-dun-constat-de-depasseme

    Résumé :

    Depuis quelques années, un catastrophisme renouvelé, centré sur la notion d’« effondrement », gagne du terrain parmi les discours consacrés à la question écologique. En nous appuyant essentiellement sur le volet numérique d’une enquête en cours sur les formes collectives hésitantes qui se constituent autour de la conviction catastrophiste, nous nuancerons les inquiétudes sur son caractère dépolitisant, en montrant qu’elle pousse à chercher des appuis collectifs pour surmonter l’impuissance et l’isolement, et pour soutenir des parcours d’autodidaxie astreignants.

    http://griom.lautre.net/nfec/Tasset-2019-Les-effondres-anonymes.pdf

    #collapsologie, #effondrement, #Pablo_Servigne, #catastrophisme, et j’en oublie certainement...

  • Si les gémissement de la #collapsologie de Servigne & Co vous soulent, il y a d’autres scientifiques qui prennent la crise écologique et la critique du capitalisme industriel un peu plus au sérieux. Heureusement !

    Lettre de chercheur.es aux jeunes et moins-jeunes, qui se sont mobilisé.es les 14, 15 et 16 mars

    https://lundi.am/Lettre-de-chercheur-es-aux-jeunes-et-moins-jeunes-qui-se-sont-mobilise-es-les

    Voir aussi leur Tribune du 5 mars 2019 dans le journal Le Monde :

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/03/05/climat-la-mobilisation-mondiale-du-15-mars-lancee-par-la-jeunesse-doit-nous-

    Climat : « La mobilisation mondiale du 15 mars, lancée par la jeunesse, doit nous interpeller et nous faire réagir »

    Dans une tribune au « Monde », un collectif d’universitaires, principalement toulousains, salue « l’entrée en résistance » des jeunes contre l’inaction climatique, mais adresse aussi ses critiques aux institutions de recherche elles-mêmes.

    Tribune . Des étudiants et des lycéens ont lancé un appel à la « grève mondiale pour le futur », le 15 mars, et à des actions reconductibles et amplifiées chaque vendredi. Nous, personnels de la recherche publique et de l’enseignement supérieur, sommes à leurs côtés et avec les enseignants qui auront choisi de les accompagner. Nous célébrons leur décision « d’entrer en résistance » face à l’inaction politique comme à l’aveuglement ou au consentement passif qui s’en satisfait.
    Par la recherche académique, nous avons un accès privilégié aux résultats très alarmants sur les bouleversements écologiques et les dérèglements globaux en cours, sans précédent. Nous savons aussi que ceux-ci résultent des activités d’une partie de l’humanité à travers des systèmes socio-économiques qui ont montré leur incapacité structurelle à prendre en compte le long terme et les limites environnementales. Désormais globalisé, ce cadre général produit une fuite en avant destructrice. Les tendances actuelles nous conduisent vers des conditions critiques, au point que d’ici quelques décennies à peine l’habitabilité de notre planète pourrait être compromise.
    Nos connaissances nous placent en position de témoins tristement privilégiés du gouffre toujours plus béant qui sépare le chemin que devraient suivre nos sociétés pour tenter de limiter la catastrophe – par une profonde transformation de nos modes de vie et les indispensables politiques de justice, de solidarité, de relocalisation et de résilience pouvant rendre ce tournant possible – et la trajectoire mortifère effectivement suivie. Dans la variété de nos disciplines, notre profession au service de la connaissance nous donne la responsabilité d’en tirer des conséquences pratiques et un engagement dans l’action.

    A l’image du déni généralisé

    Au cœur même de nos institutions (CNRS, instituts, universités…), nous devons constater que la transition écologique – dans ses dimensions les plus simples – est loin d’être intégrée dans les objectifs et les pratiques. Combien d’organismes de recherche en France ont-ils mis en place une véritable politique de réduction de leur empreinte environnementale ? Combien d’entre nous ont réellement changé leurs habitudes, par exemple, en limitant les déplacements en avion ?
    La plupart de nos laboratoires sont aujourd’hui incapables d’évaluer leur propre impact, ne serait-ce qu’en réalisant un bilan carbone complet, alors que c’est une obligation légale. Les modalités d’évaluation des projets comme des carrières encouragent les circulations tous azimuts, notamment les congrès et colloques internationaux sans aucune retenue. Le fait que les institutions mêmes qui produisent les résultats les plus alarmants sur l’état du système Terre, et les chercheuses et chercheurs qui tirent régulièrement la sonnette d’alarme, soient incapables de mettre en place les mesures pour limiter leur propre impact est à l’image du déni généralisé qui caractérise nos sociétés.
    L’inaction du milieu de la recherche académique et de ses institutions est révélatrice du défi devant lequel nous nous trouvons. Notre civilisation est celle des technosciences et la recherche est au cœur d’un projet de société toujours animé par la notion d’un inéluctable « progrès ». Si ce terme recouvre des réalités concrètes bénéfiques – quoique fort inégalement réparties –, il sert aussi à cautionner une fuite en avant continue, un processus de transformation auto-entretenu dont l’accélération est porteuse de régressions, d’impasses et d’illusions qui nous aveuglent. Alors que domine la logique économique capitaliste, l’idée même de progrès est aussi dévoyée quand elle se réduit à l’indice de « croissance » économique, quelles qu’en soient les conséquences néfastes, notamment à long terme.

    Illusoire et dangereuse idée

    La recherche est considérée comme un moteur d’innovation positive, source d’inspiration et de culture pour notre société. Elle semble pourtant trop souvent animée par l’illusoire et dangereuse idée d’expansion et de modernisation infinies, contribuant sans réflexivité à la quête effrénée de « nouveautés » et de coups d’éclat. Questionner la façon dont nous pratiquons la recherche aujourd’hui, c’est donc aussi interroger notre rapport au savoir et au monde.
    C’est toucher aux fondations de notre civilisation, ce qui nous effraie et nous tétanise jusqu’à rendre le sujet tabou. Dans l’imaginaire collectif, la soif de connaissance est un héritage direct des Lumières. En questionner les motivations, les priorités et surtout les applications reviendrait à renouer avec l’obscurantisme – beaucoup referment d’ailleurs par avance toute réflexion en brandissant le fantasme du « retour à la bougie » ou du « réveil de l’Inquisition »…
    De même, soulever le rapport entre la recherche et l’économie serait cautionné la récession, le chômage, les pénuries, voire refuser de « nourrir la planète ». A quoi s’ajoutent les effets de la désinformation pratiquée par de puissants lobbies (industriels et autres), défendant leurs intérêts au détriment d’une conception éclairée du bien commun.
    Pourtant, à l’aune de la rupture environnementale globale n’est-il pas urgent de dépasser ces blocages et de nous interroger ? Pourquoi, pour qui et à quel prix voulons-nous savoir ? Quelle inspiration et quelle culture voulons-nous transmettre aux générations futures pour leur permettre de vivre dignement sur notre planète ? Quelle innovation y contribuera et quelle autre s’en éloignera ?
    N’est-il pas absurde de continuer à accumuler des recherches ne tenant aucun compte de l’effondrement qui s’annonce ? Quelle valeur auront nos savoirs académiques si, demain, ils sont perdus ou inutilisables (régression technologique, pertes des supports, ressources et énergies indisponibles, monde chaotique, etc.) ou à l’extrême parce qu’il n’y aura plus personne pour s’y intéresser ?

    Fuite en avant

    Finalement, une recherche qui ne s’applique pas à elle-même des règles pour d’abord œuvrer à préserver le vivant et l’habitabilité de la Terre a-t-elle encore un sens ? Une partie de la population, dont bon nombre de scientifiques, répondra que ce sont justement les applications de la recherche telle qu’elle se pratique qui sauveront le monde, que le salut sera technologique : croissance verte, intelligence artificielle, transhumanisme, géo-ingénierie, conquête spatiale, etc.
    Qui peut encore sérieusement croire à ces affirmations au vu des trajectoires en cours et de l’urgence de la situation ? N’est-ce pas encore se bercer d’illusions dangereuses pour éviter de transformer nos cadres d’organisation et notre système socio-économique ? Une leçon de la modernité est que les promesses prométhéennes conduisent souvent à de nouveaux problèmes, parfois plus graves que ceux qu’elles prétendaient résoudre.
    De nouveaux risques (dérèglement climatique, contamination chimique généralisée, disparition des insectes, résistance aux antibiotiques, déchets radioactifs, explosion des maladies chroniques, etc.) deviennent de plus en plus difficiles à traiter, certains pouvant avoir des conséquences catastrophiques. Ces risques sont pourtant un fruit de la recherche, des progrès de la science appliquée, et entretiennent la fuite en avant technologique et énergétique, générant ainsi la spirale « énergie-complexité » décrite par l’anthropologue et historien américain Joseph Tainter.
    Les scientifiques sont donc aussi en partie les agents de transformations qui sont au cœur de la dynamique de destruction de notre planète. Ainsi, le défi de la transition écologique et sociale tient aux bouleversements profonds qu’elle nécessite et qui vont jusqu’à questionner les certitudes qui forment le socle de notre civilisation techno-industrielle.

    Propositions concrètes

    Pour permettre non seulement aux générations futures mais aussi aux nôtres de vivre dignement sur la planète, il ne s’agit pas seulement de réorienter la politique, les investissements ou la fiscalité, d’établir de nouvelles lois ou normes réglementaires, ni même de modifier nos institutions et nos pratiques quotidiennes. Il s’agit aussi de changer notre rapport au monde. Cette journée de mobilisation mondiale du 15 mars, lancée par la jeunesse, doit nous interpeller et nous faire réagir.
    Nous invitons tous nos collègues du monde de la recherche à contribuer à cette réflexion et à s’unir à travers des initiatives collectives. Les signataires de cette tribune s’engagent à œuvrer ensemble en ce sens, notamment autour de propositions concrètes. Les jeunes vont appeler tous les humains à « entrer en résistance » pour réorienter vraiment nos sociétés et arrêter d’anéantir l’avenir. Le défi est immense mais l’enjeu est plus grand encore. Chercheuses et chercheurs, nous avons le devoir de nous y engager avec toute la lucidité et la détermination exigée.

    Ce texte émane de l’ Atelier d’écologie politique de Toulouse https://atecopol.hypotheses.org

    Signataires :
    Simon Barbot, doctorant en océanographie, laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS), UMR CNRS, université Toulouse Paul-Sabatier CNES-CLS ; Frédéric Boone, astronome adjoint, Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP), UMR CNRS, université Toulouse Paul-Sabatier ; Julian Carrey, professeur en physique, laboratoire de physique et chimie des nano-objets (LPCNO), UMR CNRS-INSA, université Toulouse Paul-Sabatier ; Jérémie Cavé, docteur en aménagement urbain, chercheur indépendant en écologie urbaine et chargé d’enseignement à Sciences Po Toulouse ; Claire Couly, docteure en ethnobiologie ; Marc Deconchat, DR INRA, agronome et écologue des paysages, laboratoire dynamique et écologie des paysages Agriforestiers (DYNAFOR), UMR INRA-INP-Ecole d’ingénieur de Purpan ; Fabienne Denoual, maîtresse de conférences en design, laboratoire lettres, langages et arts création, recherche, émergence, en arts, textes, images, spectacles (LLA-CRÉATIS), université Toulouse Jean-Jaurès ; Frédéric Durand, professeur en géographie, laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires (LISST), UMR CNRS, université Toulouse Jean-Jaurès ; Michel Duru, DR INRA en environnement et agrologie, laboratoire agroécologie-innovations-territoires (AGIR), UMR INRA-INP-Toulouse-ENSFEA ; Steve Hagimont, ATER et docteur en histoire contemporaine, laboratoire France, Amérique, Espagne-sociétés, pouvoirs, acteurs (FRAMESPA), UMR CNRS, université Toulouse Jean-Jaurès ; Jean-Michel Hupé, CR CNRS en sciences cognitives, centre de recherche cerveau et cognition (CerCo), UMR CNRS, université Toulouse Paul-Sabatier ; Béatrice Jalenques-Vigouroux, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication, INSA ; Rachel Jouan, docteure vétérinaire, consultante en adaptation au changement climatique et engagement des acteurs ; Étienne-Pascal Journet, CR CNRS en biologie des interactions végétales et agronomie, laboratoire agroécologie-innovations-territoires (AGIR), UMR INRA-INP, Toulouse-ENSFEA ; Sébastien Lachaize, maître de conférences en physique et chimie, laboratoire de physique et chimie des nano-objets (LPCNO), UMR CNRS-INSA, université Toulouse Paul-Sabatier ; Vanessa Léa, CR CNRS en archéologie, laboratoire TRACES, UMR CNRS, université Toulouse Jean-Jaurès & laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement (EcoLab), UMR CNRS INP, université Toulouse Paul-Sabatier ; Tristan Loubes, doctorant en histoire environnementale, université Paris-Est-Marne-la-vallée (ACP) et université de Montréal ; Hervé Philippe, DR CNRS, station d’écologie théorique et expérimentale (SETE) de Moulis, UMR CNRS, université Toulouse Paul-Sabatier ; Gaël Plumecocq, CR INRA en économie, laboratoire agroécologie-innovations-territoires (AGIR), UMR INRA-INP-Toulouse-ENSFEA ; Julien Rebotier, CR CNRS en géographie, laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires (LISST), UMR CNRS, université Toulouse Jean-Jaurès ; Béatrice Roure, docteure en bio-informatique, ingénieure de recherche indépendante en phylogénomique ; Roman Teisserenc, maître de conférences en bio-géochimie de l’environnement, laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement (ECOLAB), UMR CNRS-INP-ENSAT, université Toulouse Paul-Sabatier ; Laure Teulières, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, laboratoire France, Amérique, Espagne-sociétés, pouvoirs, acteurs (FRAMESPA), UMR CNRS, université Toulouse Jean-Jaurès ; Vincent Vlès, professeur en aménagement et urbanisme, centre d’étude et de recherche travail, organisation, pouvoir (CERTOP), UMR CNRS, université Toulouse Jean-Jaurès, université Toulouse Paul-Sabatier.

    Enfoncée, la start-up de l’#happy_collapse !

    #critique_techno, #écologie, #recherche_scientifique.

    @aude_v @rastapopoulos @sinehebdo @kamo

  • Sylvestre Huet : le coup de pied de l’âne.

    http://huet.blog.lemonde.fr/2019/01/31/le-reve-de-diderot-a-lepoque-du-big-data

    Peut-on encore parler de démocratie pour des sociétés devenues dépendantes de technologies obscures à la plupart des citoyens ? Alors que l’ignorance du savoir constitué ne diminue pas, ce nouveau défi lancé à la volonté démocratique interroge les partisans d’une transformation sociale renouvelant les espoirs d’émancipation du vingtième siècle.

    Que faire ? Renoncer aux technologies pour tenter de conserver la démocratie ? C’est ce que proposent certains militants… à l’aide de textes écrits sur ordinateurs et diffusés par internet. C’est peu convaincant, surtout que l’époque de la science partageable était également celle de l’analphabétisme de masse, de mortalités infantile et maternelle effroyables, des mineurs de charbon armés de pics et de systèmes politiques dont le caractère démocratique et libre n’a rien d’évident. La solution semble pire que le mal.

    Voilà typiquement la réflexion de quelqu’un qui non seulement ne s’est jamais aventuré à rien refuser de ce que lui impose le monde moderne, mais qui de plus participe activement à « l’#acceptabilité_sociale » de toutes les technologies et les innovations en cherchant à nous faire croire que « nous avons le choix » de les accepter ou de les refuser.

    Faut-il par ailleurs rappeler à notre marxiste vulgaire (pour qui l’état de la science et de la technique déterminent de manière directe la forme sociale et politique de la société) que ceux qui critiquent la technologie n’ont pas inventé la machine à voyager dans le temps, et qu’il ne s’agit donc pas de reproduire les formes politiques et sociales du passé, mais bien de retrouver la liberté d’en inventer de nouvelles, plus émancipatrices ?

    Mais quand on est un journaliste scientifique, peut-on encore penser en dehors des clichés progressistes ?

    #Sylvestre_Huet, #critique_techno, #scientisme, #émancipation, #progressisme.

    • Un texte qui fonctionne avec des points de suspension montre qu’il est déjà construit autour de sous entendus et d’aprioris. Pas vraiment une base pour une réflexion saine.

  • Radio : Céline Lafontaine, Les enjeux de la bioéconomie du corps humain, 2017

    La sociologue québécoise #Céline_Lafontaine nous propose d’analyser le phénomène du #transhumanisme en partant de la notion de #bio-économie qui voit dans le vivant en général et dans le corps humain en particulier une matière première. Elle présente successivement les concepts de bio-capital – le corps comme un capital personnel à valoriser –, de bio-citoyenneté et de bio-médicalisation. Ils permettent de saisir l’étendue des pratiques et recherches médicales en lien avec l’utopie transhumanistes déjà à l’œuvre. En conclusion, elle interroge le retournement qui voit l’homme devenir à nouveau objet de #recherche_scientifique.

    http://sniadecki.wordpress.com/2018/08/06/rmu-lafontaine-transhumanisme

    Également ici :

    http://archive.org/download/RMU046LafontaineEnjeuxBioeconomie/RMU_046-LafontaineEnjeuxBioeconomie.mp3

    #PMA, #biologie, #médecine, #Racine_de_Moins_Un, #critique_techno

  • Radio : Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares , 2018

    Interview de #Guillaume_Pitron qui présente son livre La Guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique paru aux éd. Les Liens qui Libèrent, 2018. Ce livre, fort bien documenté, est très intéressant pour saisir les enjeux écologiques et géopolitiques autour des métaux rares. Concernant la prétendue « #transition_énergétique », il permet de comprendre toute l’esbroufe et le caractère mensonger de ce concept ; en fait de transition, c’est seulement la pollution due à la production d’énergie qui est délocalisée dans les pays producteurs des métaux rares.

    Dans cette interview, réalisée initialement par la revue branchouille Usbek & Rica, Pitron étale son indécrottable #progressisme. Il déclare notamment :

    « Qu’on le veuille ou non, et à moins que nous décidions tous unanimement de jeter nos téléphones portables, et de nous éclairer à la bougie lorsque nous rentrons chez nous, il va falloir aller chercher ces métaux quelque part. »

    Ce qui justifie à ses yeux la réouverture des mines de métaux en France et en Europe, au prétexte que l’#extractivisme est tellement polluant que des oppositions citoyennes émergeront nécessairement et revendiquerons un encadrement de cette industrie, le recyclage des matériaux, la fin de l’obsolescence programmée des produits électroniques et leur usage raisonné. Aussi, à la suite, nous avons ajouté quelques commentaires critiques sur les perspectives que met en avant Pitron, sur la base des prises de position sur ces sujets par #Philippe_Bihouix et la Revue itinérante de critique sociale Z.

    http://sniadecki.wordpress.com/2018/06/27/rmu-pitron

    #critique_techno

    http://archive.org/download/RMU045PitronGuerreMetauxRares/RMU_045-PitronGuerreMetauxRares.mp3

    #Racine_de_Moins_Un

    Bonne écoute !

  • Frédéric J. J. Buytendijk, L’homme et l’animal, 1958
    essai de psychologie comparée

    L’analogie entre le comportement de l’animal et celui de l’homme est frappante et en même temps si énigmatique qu’elle a toujours suscité tâtonnement et provoqué de nombreuses tentatives d’interprétation.

    Le professeur #Buytendijk (1887-1974), un des maîtres de la #psychologie_comparée, expose les recherches faites dans ce domaine et donne une synthèse des explications psychologiques et philosophiques.

    https://sniadecki.wordpress.com/2018/06/17/buytendijk-homme-et-animal

    Avec le livre complet, dans une nouvelle mise en page :

    https://archive.org/details/FrdricBuytendijkLhommeEtLanimalEssaiDePsychologieCompare1958

    #animaux, #philosophie, #anti-spécisme ?

  • Anselm Jappe, Capitalisme, 2018

    http://sniadecki.wordpress.com/2018/06/02/jappe-esprit

    Le capitalisme a toujours aimé se présenter comme une forme d’ « ouverture ». Son discours regorge de métaphores sur l’ouvert. [...] Au début et à la fin du procès productif, se retrouve toujours la même chose : la valeur sous forme d’argent, et les différences ne sont que quantitatives. On peut qualifier ce procès de « tautologique ».
    Rien de nouveau n’arrivera, seulement davantage du même (et pas toujours). L’ouverture dont se revendique le capitalisme retombe alors dans le clos, le cercle vicieux, la répétition : une fois de plus, la vieille dialectique a montré son utilité.

    La chute de cet article est vraiment remarquable. On y voit le théoricien de la critique de la valeur (WertKritik) tellement fasciné par sa propre théorie abstraite qu’il en vient à la prendre pour la seule réalité tangible et sensible. Il en vient ainsi à retomber dans le marxisme le plus vulgaire pour qui le seul problème que pose le capitalisme est qu’il fasse du profit sur le dos des travailleurs. ...

    #Anselm_Jappe, #WertKritik, #marxisme, #idéologie.

    @rastapopoulos

  • La déclaration de Comilla
    Un manifeste féministe contre la PMA

    http://ubinig.org/index.php/campaigndetails/showAerticle/15/23/english

    Genetic and reproductive engineering are a product of the development of science which started off by viewing the whole world as a machine. Just as a machine can be broken down into it’s components, analysed and put back, living beings are seen as consisting of components which can be viewed in isolation. Aspects of nature which cannot be measured or quantified are seen as subjective and of no value and are therefore neglected. In there ignorance or disregard of the complex interrelationships in life, scientists collaborate with industry and big capital and believe they have finally acquired the power to create and reconstruct plants, animals, other forms of life and, possibly soon, even human beings.

    The Struggle Over New Reproductive Technology

    http://www.finrrage.org/wp-content/uploads/2016/03/FINRRAGE.pdf

    Ces deux textes sont traduits en français dans la revue L’Inventaire n°7, publiée aux éditions La Lenteur, disponible dans toutes les bonnes librairies.

    http://www.hobo-diffusion.com/catalogue/1788/l-inventaire

    #féminisme, #PMA, #GPA, #bio-économie, #critique_techno.

  • Radio : Olivier Rey, Le darwinisme en son contexte, 2015

    Dans la série Racine de Moins Un, émission de critique des sciences, des technologies et de la société industrielle, je vous propose d’écouter une conférence du philosophe et mathématicien #Olivier_Rey sur la critique du #darwinisme, donnée à Strasbourg en novembre 2015.

    En fait, Olivier Rey ne cache pas qu’il formule cette critique notamment à partir de sa foi chrétienne. Mais il n’est pas créationniste pour autant, il ne croit pas que c’est Dieu en personne qui a créé les différentes espèces, ni partisan de l’Intelligent design, du dessein intelligent comme on dit dans les pays anglo-saxons, c’est-à-dire de l’idée que ce serait une puissance intelligente qui serait à l’origine de l’évolution des espèces.

    Sa critique est plutôt d’ordre épistémologique et philosophique, en ce qu’elle s’attache à comprendre les conditions de possibilité et de pérennité de la formulation des idées et concepts scientifiques. Conditions qui sont souvent oubliées par les scientifiques eux-mêmes, dans le cours même de l’énoncé de leurs propres conceptions.

    Ce faisant, il cherche à mieux comprendre les revendications des créationnistes, non pour les approuver ou les justifier, mais bien plutôt pour les resituer dans leur contexte social et politique.

    Bref, c’est une approche suffisamment originale et critique, qu’il me semble intéressant de faire connaître, même si l’on ne partage pas la perspective très chrétienne qu’il formule à la fin de sa conférence… Car lorsqu’il déclare « car avant de s’adonner à la science, il faut accéder à une humanité capable de science et s’y maintenir », il me semble qu’il a tout à fait raison (ce serait la version actuelle de « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » de Rabelais). Mais je pense que pour cela le christianisme n’est plus vraiment nécessaire ni utile, mais bien plutôt qu’une culture de critique historique et sociale sur la société capitaliste et industrielle serait d’un plus grand secours. Et cela ne s’enseigne pas dans les universités, et moins encore dans les Églises…

    http://sniadecki.wordpress.com/2018/03/21/rey-darwinisme

    La transcription du début de cette conférence viens démentir les trois blessures narcissiques que, selon #Freud, l’homme moderne aurait subit de la part de la science au cours des derniers siècles. Argument fétiche de bien des scientistes...

    http://archive.org/download/RMU041ReyDarwinisme/RMU_041_ReyDarwinisme.mp3

  • Andréas Sniadecki, Jean-Jacques Kupiec, l’ignorance au cœur de la cellule, 2018

    Un penseur étrange en biologie a fait connaître ses théories ces dernières décennies : #Jean-Jacques_Kupiec et son idée d’#ontophylogenèse. Pour lui, le fonctionnement de la cellule vivante et la formation de l’être vivant au cours du développement (ontogenèse) sont fondées sur des mécanismes identiques à ceux de l’évolution des espèces (phylogenèse), à savoir, le hasard des variations et la sélection naturelle, selon la théorie de Charles Darwin, le coryphée de la biologie et de l’évolution dans sa forme moderne. [...]

    Autant cette théorie semble simple, voire simpliste, autant l’appareillage conceptuel et philosophique qui l’habille est complexe et sophistiqué. Malheureusement, un examen un peu attentif révèle que cet habillage est là essentiellement pour impressionner les badauds et les journalistes scientifiques et faire tenir la théorie debout en semant la confusion dans les esprits. Dépouillée de ses oripeaux, cette théorie apparaît pour ce qu’elle est : une énième variante du fétichisme qui entoure le mécanisme de la #sélection_naturelle imaginé par Darwin.

    http://sniadecki.wordpress.com/2018/03/20/sniadecki-kupiec

    http://archive.org/details/SniadeckiKupiec

    #darwinisme, #biologie, #critique_techno, #misère_intellectuelle.

  • Un avertissement qui, 60 ans après, n’a pas été entendu

    La couverture du magazine Pour la Science n°482 de décembre 2017 fait sa une avec le « berceau de la vie » et sa quatrième de couverture avec le « cercueil de notre mort », en publiant la publicité suivante :

    On y lit bien : « honnêteté morale ».

    Qu’est ce que c’est que ce truc ? Qu’est ce que cela peut pouvoir bien signifier lors qu’il s’agit de développer des armes de destructions massive ?

    A savoir planifier l’assassinat de centaines de milliers de personnes. Organiser la destruction de villes entières. Et enfin, grâce à l’industrie nucléaire, empoisonner à petit feu le monde entier.

    L’honnêteté morale a bien mieux été défendre par André Breton en 1958 que par tous ces « équarrisseurs diplômés », ces pourritures scientistes et ces crevures nucléaristes qui travaillent pour des militaires.

    https://sniadecki.wordpress.com/2013/09/06/breton-nucleaire

    N’hésitez pas à leur faire savoir tout le bien que vous pensez d’eux en leur envoyant un mot gentil à l’adresse qu’ils ont si aimablement indiquée.

    Contact : drh-suivi.recrutements@cea.fr

    #CEA, #science, #militaire, #bombe_atomique, #critique_techno, #André_Breton.

  • Jan Waclav Makhaïski, Anciens et nouveaux maîtres, 1905

    http://sniadecki.wordpress.com/2017/11/08/makhaiski-bolcheviks

    Le centenaire de la #Révolution_Russe

    Voici cent ans, la révolution russe mettait à bas le régime tsariste. En octobre 1917 la prise du pouvoir par les bolchéviks, avec à leur tête #Lénine instaura ce qu’il appelait le « communisme », en fait un capitalisme d’État. [...]

    Nous vous proposons aujourd’hui de rendre hommage à la mémoire d’un visionnaire injustement oublié Jan Waclav Makhaïski (1867-1926).

    Dès 1898, #Makhaïski soumet la social-démocratie allemande à une vive critique, d’un point de vue marxiste révolutionnaire, puis retourne sa critique « marxiste » contre les marxistes russes, le #marxisme et finalement contre Marx lui-même et le socialisme en général. Il aboutit à une conclusion paradoxale et extrême : le #socialisme ne serait que l’idéologie d’intellectuels qui tirent avantage de la position charnière qu’ils occupent au sein de la société capitaliste – par le contrôle de la production et la gestion de l’économie – ainsi que de leur monopole des connaissances, pour tenter de s’ériger en nouvelle classe dominante. En Russie, ce sera la #bureaucratie ; en Occident, la #technocratie.

    Cette classe ascendante de « capitalistes du savoir » serait limitée dans ses visées par le cadre étroit du capitalisme traditionnel et se servirait donc de la cause ouvrière afin de promouvoir ses propres intérêts. Cette analyse originale eut un certain retentissement à l’époque et inspira une activité révolutionnaire non négligeable dans la Russie des années 1905-1912, sous le vocable de « makhaïévchtchina » du nom de son initiateur.

    Les questions posées par Makhaïski sur la nature et le rôle du socialisme, ainsi que sur la place et la fonction des intellectuels dans une société industrielle, capitaliste ou socialiste, gardent aujourd’hui encore toute leur actualité, au regard de l’extrême bureaucratisation de nos sociétés et du développement de l’industrie culturelle et médiatique.

    L’illustration de #Clifford_Harper se trouve également sans le nom de Marx sur le livre...

  • Recension : Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, 2003

    http://sniadecki.wordpress.com/2017/11/07/recension-jappe

    Il y a deux choses que je trouve infiniment précieuses dans un essai de philosophie politique : la clarté et la précision. Ces deux qualités sont largement absentes du texte complexe et rebutant d’#Anselm_Jappe. Les Aventures de la marchandise prétendent formuler, à la suite de Marx (1818-1883), une nouvelle théorie critique de la valeur, dont l’actualité serait plus criante que jamais, et tirer les implications polémiques de cette reformulation, c’est-à-dire que Jappe entend confondre ceux qui imaginent une forme de critique sociale sans se référer à ce point central. [...]

    Le grossier schématisme polémique et la légèreté dont Jappe fait preuve quand il aborde l’histoire découle de la nouvelle forme de marxisme dont il a entrepris de se faire le théoricien. En réanimant le « fantasme d’Archimède » (« Trouvez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde ») vivace dans les anciens milieux révolutionnaires, on peut présumer que les travaux de Jappe trouveront un écho certain, bien que limité. Leur caractère à la fois simplificateur (tout ramener à un point crucial) et sophistiqué se prête bien à ce qu’ils servent d’ idéologie de substitution .

    #WertKritik, #idéologie.

    Pas plus qu’on ne peut lutter contre l’#aliénation par des moyens eux-mêmes aliénés, on ne peut critiquer la valorisation abstraite des conditions de notre existence avec une théorie elle-même passablement abstraite et à prétention scientifique... J’aurais l’occasion d’y revenir.

    • C’est la définition même de la philosophie de créer des concepts (idée abstraite), pour parler du monde. Donc à moins de ne plus parler de philosophie… :p
      « prétention scientifique » ? Citation prétendant cela ?

      Je préfère la critique de Semprun, plus claire dans ce quoi elle cherche à pointer, je trouve. Même si je ne suis pas d’accord avec ce qu’il comprend (ce qu’il ne comprend pas plutôt, sur le travail abstrait qui n’est pas le travail sans qualité, c’est autre chose qui est dans tout travail capitaliste, qualifié ou pas).
      Fézons des liens tant qu’à faire : https://seenthis.net/messages/78417

      cc @ktche :)

  • Francis Wolff, Libérer les animaux ?, 2009
    Un slogan immoral et absurde

    http://sniadecki.wordpress.com/2017/10/12/wolff-animaux

    Libérer les animaux ? Qui pourrait être contre un objectif apparemment si généreux ? Qui ne s’indigne devant les conditions d’élevage, de transport et d’abattage induites par le productivisme contemporain ? Qui n’a tremblé d’émotion en voyant à la télévision les conditions de vie (si l’on peut appeler cela une vie) des porcs et des veaux ? Qui ne s’est indigné en apprenant les abandons de chiens sur les bords d’autoroute au début des vacances d’été ? Il est clair que la protection animale fait aujourd’hui partie de nos devoirs.

    Toutefois, quand on parle de libérer les animaux, on ne veut pas dire « améliorer leurs conditions de vie ». On veut dire tout autre chose : on veut dire cesser de les exploiter. On sous-entend donc que les animaux seraient asservis par l’homme. Cela implique que le processus de domestication par lequel l’homme, au moins depuis le néolithique, a appris à apprivoiser, à élever, à entretenir, à soigner, à dresser certaines espèces, à créer de nouvelles espèces, variétés, races, ne serait en fait qu’une gigantesque entreprise d’esclavage. Ainsi, de même qu’il y a 11 000 ans, l’homme a amorcé son processus de civilisation en inventant l’agriculture et l’élevage et en domestiquant plantes et animaux, il faudrait aujourd’hui qu’il s’arrache à cette « barbarie » en libérant les animaux qu’il asservit ainsi depuis plus de cent siècles !

    [...]

    Il faut d’abord se débarrasser des concepts politiques qui ne font que brouiller les pistes : libération, exploitation, droits, etc. Il faut admettre que les animaux n’ont pas de droits mais cela ne signifie pas que nous n’ayons pas de devoirs à leur égard. Il faut ensuite se garder du raisonnement qui prétend que l’homme est un animal comme les autres : ce serait accepter qu’il se conduise comme une bête ou prétendre qu’il n’a pas à normer sa conduite vis-à-vis des bêtes. Il faut au contraire affirmer qu’il y a une coupure entre l’homme et l’animal puisque l’homme est un être moral. Il faut enfin se garder de mettre tous les animaux dans le même sac. Ce pseudo-concept d’animal ne mène qu’à des impasses.

    #anti-spécisme, #libération_animale

    • On peut pas vraiment dire que je sois antispéciste, mais moi je l’ai trouvé assez indigent ce texte. Il dit « Prenons cette idée étrange au sérieux » et il passe quasiment 100% du reste à ne sortir que des dérisions et trucs grotesques, sans du tout se baser sur les arguments réels utilisés dans la littérature philosophique antispéciste (les cahiers, etc), sans aucune citation sérieuse, rien. C’est juste un article de moquerie sans aucun sérieux, du coup je vois pas trop ce que ça peut toucher à part celleux qui se moquent déjà comme lui.

    • Ben, t’as pas lu l’article en entier. L’argument principal est celui-ci :

      C’est la morale justement. L’homme n’est pas un animal comme les autres parce qu’il est le seul animal moral, au sens fort du terme, c’est-à-dire le seul à pouvoir régler ses conduites sur des normes et des valeurs, à pouvoir se plier à des devoirs, c’est-à-dire à non seulement désirer, mais à pouvoir vouloir désirer ou ne pas désirer ce qu’il désire. Il doit donc d’abord se reconnaître des devoirs vis-à-vis de tout autre homme qui comme lui peut se plier à des devoirs et accepter des règles de réciprocité ; mais il peut aussi se reconnaître des devoirs (non réciproques) vis-à-vis de certains animaux qui, eux, n’ont aucun droit par nature pas plus qu’ils n’ont de devoirs.

      Mais bon, c’est vrai que invoquer la #morale, c’est mal...