Tranbert

Scientisme, technoscience et capitalisme industriel

  • Décès d’André Pichot... en février 2025

    Je découvre avec un an de retard le décès d’#André_Pichot :

    André Pichot, né le 15 septembre 1950 à Gevrey-Chambertin et mort le 2 février 2025 à Strasbourg, est chercheur au CNRS en épistémologie et histoire des sciences.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Pichot

    C’était surtout un historien de la #biologie très critique à l’égard des #idéologie_scientifique s encore très courantes dans le milieu de la recherche, et notamment l’idée de l’être vivant comme machine.

    http://sniadecky.wordpress.com/tag/andre-pichot

    Lors de la rédaction et après la publication de Les êtres vivants ne sont pas des machines (La Lenteur, 2018) je l’avait sollicité pour un entretien, mais il avait à chaque fois refusé (problèmes de santé). J’aurais bien aimé en savoir plus sur les origines de ses travaux théoriques...

    C’est peut dire que dans le milieu des biologistes et des historiens des sciences, il était peu apprécié du fait de ses prises de positions assez radicales.

    Et c’est un des rares scientifiques à s’être publiquement opposé aux #OGM et à soutenir ceux qui les ont sabotés...

    Il s’est présenté comme témoin en faveur de René Riesel à Montpellier en 2001 lors du procès intenté par le CIRAD contre les personnes ayant saccagé un laboratoire de recherche public travaillant sur un riz transgénique.

    Requiem in pace...

    #critique_techno #histoire_des_sciences

  • Reproduction artificielle et marchandisation du vivant | France Culture
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/terre-a-terre/reproduction-artificielle-et-marchandisation-du-vivant-9525779

    Je retombe sur cet onglet, 12 ans plus tard, à priori que j’avais jamais référencé ici.

    Avec : Alexis Escudero , auteur de « La reproduction artificielle de l’humain » (Le monde à l’envers, 2014)

    #reproduction_artificielle #marchandisation #Alexis_Escudero #radio #audio #interview #eugénisme #Terre_à_terre #Ruth_Stégasy

  • Guillaume Carnino, Adieu aux cybersoviets, février 2026
    sur les impasses de l’accélérationnisme de gauche

    À mesure qu’une partie de la gauche découvre l’écologie, on ne cesse de constater qu’elle reste profondément industrialiste, prisonnière de sa foi dans le progrès et la neutralité des techniques. L’historien des techniques #Guillaume_Carnino adresse une série d’objections à #Cédric_Durand et #Razmig_Keucheyan, auteurs de “Comment bifurquer ? Les principes de la #planification_écologique ” [et Cédric Durand, “Faut-il se passer du numérique pour sauver la planète ?”].

    Notre critique de ces deux textes s’organise en quatre temps : après avoir fait part de notre étonnement quant à la référence appuyée à certaines politiques de la Chine contemporaine, nous proposons une analyse critique de leur conception du #numérique mondialisé. Dans une troisième partie, nous discutons des conséquences de leur méconnaissance de l’histoire industrielle, une ignorance dommageable car elle engendre une série de contresens sur la nature des processus en cours. Enfin, nous terminons par la mention de plusieurs travaux montrant à quel point leur insistance sur la décision en matière de politique technologique évacue les principaux enjeux environnementaux du monde industriel contemporain.

    Le gang bicéphale Durand & Keucheyan se fait descendre en flammes !

    https://www.terrestres.org/2026/02/12/adieu-aux-cybersoviets-sur-les-impasses-de-laccelerationnisme-de-gauche

    Le compte Seenthis de #Terrestres ne l’a pas signalé ?!?

    #recension, #critique_techno #technophilie #gauchisme #industrialisme et j’en oublie...

  • Thibault Prévost, Le bluff technologique de l’Intelligence Artificielle, 2025

    #Thibault_Prévost, journaliste indépendant spécialiste des nouvelles technologies, présente son ouvrage Les Prophètes de l’IA, Pourquoi la Silicon Valley nous vend l’apocalypse, paru aux éditions Lux en octobre 2024.

    Dans la #Silicon_Valley un nouveau récit se répand. Les start-up de l’intelligence artificielle vendent l’imminence de la fin des temps. L’IA deviendrait si intelligente qu’elle en serait divine, capable de nous sauver comme de nous anéantir. Thibault Prévost démonte ce #bluff_technologique et les idéologies mortifères qui l’accompagnent.

    https://sniadecky.wordpress.com/2026/02/07/rmu-prevost-bluff-ia

    Avec le PDF qui va bien :

    https://archive.org/download/rmu-101-prevost-bluff-ia/RMU_101_Prevost-bluff-IA.pdf

    #Racine_de_Moins_Un #apocalypse ou #collapsologie ?

    Extrait de l’émission

    Dans la salle, une personne se demande pourquoi ces technologies rencontrent si peu de résistances. Elle fait part de sa réflexion sur ce sujet à Thibault Prévost et je la restitue :

    Autrefois, le monde du pouvoir prenait le peuple sous sa coupe avec l’Église et la religion. L’#obscurantisme, c’était l’ignorance, et les Lumières s’y sont opposées avec l’Encyclopédie, le Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, avec la diffusion du savoir, des connaissances scientifiques, etc. Le savoir, la connaissance, l’information sont perçues comme étant en soi émancipatrices et le numérique et Internet permettent d’amplifier cela quantitativement. Ils sont donc considérés comme positifs, du côté des Lumières…

    Maintenant, on est face à un renversement radical, car il devient évident que l’obscurantisme est du côté de la Silicon Valley et de son pouvoir exorbitant sur chacun d’entre nous. Tout cela nous empêche de voir et de dénoncer leur dimension politico-religieuse.

  • How AI Impacts Skill Formation
    https://arxiv.org/abs/2601.20245


    Figure 1: Overview of results: (Left) We find a significant decrease in library-specific skills (conceptual understanding, code reading, and debugging) among workers using AI assistance for completing tasks with a new python library. (Right) We categorize AI usage patterns and found three high skill development patterns where participants stay cognitively engaged when using AI assistance.

    abstract
    AI assistance produces significant productivity gains across professional domains, particularly for novice workers. Yet how this assistance affects the development of skills required to effectively supervise AI remains unclear. Novice workers who rely heavily on AI to complete unfamiliar tasks may compromise their own skill acquisition in the process. We conduct randomized experiments to study how developers gained mastery of a new asynchronous programming library with and without the assistance of AI. We find that AI use impairs conceptual understanding, code reading, and debugging abilities, without delivering significant efficiency gains on average. Participants who fully delegated coding tasks showed some productivity improvements, but at the cost of learning the library. We identify six distinct AI interaction patterns, three of which involve cognitive engagement and preserve learning outcomes even when participants receive AI assistance. Our findings suggest that AI-enhanced productivity is not a shortcut to competence and AI assistance should be carefully adopted into workflows to preserve skill formation — particularly in safety-critical domains.

    • résumé
      Fil d’actualité | LinkedIn - Amélie Raoul
      https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7424164626214555648

      L’IA ne remplace pas les compétences. Elle empêche de les développer.

      C’est ce que vient de quantifier une étude d’Anthropic.

      Par exemple : les développeurs qui utilisent l’IA pour apprendre une nouvelle bibliothèque Python ont un score de compréhension inférieur de 17%. Sans gain de temps significatif.

      Voici le problème :
      Les participants sans IA rencontrent 3 erreurs par tâche.
      Ceux avec IA : 1 seule.

      Sauf que ces erreurs forgent la compétence.

      Rencontrer un bug, le comprendre, le résoudre = apprendre.
      Demander à l’IA de le corriger = déléguer sa formation.

      L’étude identifie 6 patterns d’utilisation.

      3 préservent l’apprentissage (scores 65-86%) :
      → Questions conceptuelles uniquement
      → Explications après génération de code
      → Code + explication simultanés

      3 le détruisent (scores 24-39%) :
      → Délégation totale du code
      → Dépendance progressive à l’IA
      → Debugging par l’IA sans comprendre

      La différence se situe surtout au niveau de l’effort cognitif.
      Certains ont passé 11 minutes à formuler des requête.
      Aucun gain de temps vs le groupe sans IA.
      Mais une perte de compétences mesurable.

      Dans les domaines critiques, on a besoin d’humains capables de superviser l’IA.
      Sauf que si ces humains ont appris AVEC l’IA, ils n’auront jamais les compétences pour identifier ses erreurs.
      Cercle vicieux.

    • Ça me fait le même effet avec les trajets assistés par GPS, impossible de se souvenir du chemin la fois suivante : pas de repérage dans l’espace, pas de ’compréhension’ spatiale, pas d’imprégnation profonde susceptible de ressurgir, ça reste en surface le temps du trajet et pfuit !

  • L’objection de conscience face à l’IA Générative est un moyen, pas une fin
    https://synthmedia.fr/edito/tribunes/lobjection-de-conscience-face-a-lia-generative-est-un-moyen-pas-une-fin

    EN UN COUP D’OEIL

    – Une résistance matérialiste : Le Manifeste rejette l’IA générative non par principe, mais pour ses effets écologiques, sociaux et politiques concrets.
    – L’objection comme levier politique : Refuser l’IA générative, ce n’est pas fuir le débat, c’est créer les conditions d’une alternative réfléchie.
    – Un refus pour penser plus large : L’IA générative devient prétexte à interroger notre modèle global, du numérique aux institutions, en passant par nos modes de vie.

  • Miguel Amorós, La faillite du TGV en Espagne, 2026

    La tragédie ferroviaire d’Adamuz [le 18 janvier 2026 ; bilan provisoire 46 morts et plus de 150 blessés] et l’effondrement du réseau de trains de banlieue catalan Rodalíes constituent – après l’accident d’Angrois [ou Saint-Jacques-de-Compostelle le 24 juillet 2013 ; bilan définitif 79 morts et 140 blessés] – l’épisode le plus grotesque et dramatique de la « nouvelle ère ferroviaire » proclamée à l’unisson par la classe politique hispano-catalane, l’oligarchie du BTP et les élites mondialisées. Dans cette « société du risque », telle que décrite par Ulrich Beck, le TGV rejoint la liste des dangers et menaces socio-environnementales qui comprend déjà les organismes génétiquement modifiés, les gaz à effet de serre, les énergies renouvelables industrielles, les lignes à très haute tension, les centrales nucléaires et l’industrie agroalimentaire. La technoscience et la technologie issues de la postmodernité sont loin d’être neutres.

    https://sniadecky.wordpress.com/2026/02/05/amoros-tgv-fr

    #TGV #Miguel_Amorós #catastrophe #Espagne #critique_techno

  • L’étrange Noël de Carole Delga et Kamel Chibli
    Pour les élu.e.s phares de la #Région_Occitanie – Occis la vie ! –, 2026 va commencer aussi mal que 2025 s’est achevée : avant comme après les fêtes, des affiches à leur effigie fleurissent aux quatre coins du territoire, sur les murs de la métropole comme sur ceux des petits villages. Elles se reproduisent toutes seules, passent de main en main, de groupe en groupe, de département en département…
    Ces affiches figurent la présidente de région, #Carole_Delga, et son vice-président, #Kamel_Chibli, en hors-la-loi du Far West recherchés (Wanted) pour « coupables de haute trahison contre la nature et l’être humain » : #A69, Lignes à Grande Vitesse, méga-port de marchandises et giga-éoliennes à Port-la-Nouvelle, dressage des jeunes au numérique et intoxication de la population par les smartphones. Ces papiers muraux mettent en évidence la cohérence de l’action des représentants du Parti de l’État et du Développement (qu’ils s’appellent Delga, Wauquiez ou Bardella) : moderniser et bétonner quel qu’en soit le prix humain et écologique ; extraire plus de métaux et produire toujours plus d’énergie sans que les finalités de cette course puissent être questionnées ; servir à tous coups les intérêts des grandes entreprises et de l’armée. Nous maintenir, au nom de la fumeuse idée de #transition [écologique ou énergétique], dans le tourbillon du #Développement industriel qui saccage villes et campagnes, fermes et champs, montagnes, rivières et vallées, au mépris de celles et ceux qui y vivent et y travaillent.
    Dans la Dépêche du Midi-Ariège du 7 novembre 2025, Kamel Chibli réagit de manière grotesque à cet affichage qui le prend pour cible, lui et sa patronne aux dents longues. Il prend la défense des salarié.e.s du Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises, alors que ces personnes ne sont nullement visées par les affiches Wanted (même quand elles sont collées sur les portes du PNR) : c’est lui et les projets qu’il porte avec d’autres élu.e.s qui sont dénoncés. Ensuite, il reprend la fameuse formule de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 (« Vous n’avez pas le monopole du cœur »), en s’exclamant : « Ces gens n’ont pas le monopole de l’#écologie ». Sans doute ! Mais, comment lui et Carole Delga pourraient-ils se réclamer de l’écologie, alors qu’ils soutiennent ou portent des projets de nouvelles mines qui vont souiller les cours d’eau et assoiffer les habitant.e.s ; des projets de parcs éoliens et photovoltaïques impliquant des tonnes de minerais rares et des kilomètres de béton ; la distribution d’ordinateurs – in fine payés par le contribuable à des entreprises privées – à tous les élèves de lycée…
    Sur ses réseaux sociaux Chibli a déclaré : « Honte à ceux qui ont fait ça et à ceux qui encouragent, à longueur de journée, la #brutalisation de la vie publique ». Parole d’expert ! Devant la contestation de leur politique mortifère et pleine de suffisance et de mépris pour leurs concitoyen.es, il accuse les opposant.es de ce qu’il ne cesse lui-même de promouvoir ! Malheur à celles et ceux par qui le scandale arrive…
    Enfin, Chibli fait semblant de se sentir menacé physiquement par les affiches qui pourraient donner envie à un hurluberlu de s’en prendre à lui. En réalité, le seul risque que courent les élu.e.s ciblé.e.s par les panneaux Wanted, c’est que la vérité éclate à leur propos, que des milliers d’Occitan.e.s ordinaires les prennent enfin pour ce qu’ils sont, avec leurs collègues de tous les partis politiques : des artisans du désastre, des complices de l’industrie écocidaire.
    Tout ce que nous souhaitons à Mme Delga et à M. Chibli pour 2026, c’est un choc moral et existentiel, qu’un grand élan de colère populaire et une crise de conscience aiguë les poussent à la démission. Qu’un soir d’hiver ils prennent leur envol, tels des mésanges traversant l’A69 à l’heure de pointe !
    [Communiqué anonyme envoyé à la rédaction de la feuille hebdomadaire de Radio Zinzine, L’Ire des chênaies .]

    https://lopinion.com/storage/articles/N7cwjIOUGe4j02UWvljEXLnqlJew41ZccAZ6NTXV.webp

  • Radio : Bertrand Louart, Racine de Moins Un, la centième, 2025

    Pour la centième émission #Racine_de_Moins_Un, son animateur et réalisateur #Bertrand_Louart, donne quelques explications sur le contenu de cette série d’émissions. D’abord, le titre de la série. Ensuite, la critique de la science et du #scientisme et son rapport avec la critique #anti-industrielle ou critique du capitalisme industriel. Enfin, à partir des conséquences de l’#automatisation, comment la critique de la technologie met en évidence les formes impersonnelles de domination, d’exploitation et d’aliénation.

    Alors bien sûr, l’utilisateur final de la technologie peut avoir l’impression de disposer d’une plus grande liberté de choix et d’usage. Mais ce n’est jamais qu’une impression : l’automobiliste doit aller travailler tous les jours en voiture pour pouvoir payer l’assurance, le carburant et les traites de son automobile ; l’utilisateur de smartphone est pris dans la toile d’Internet et des réseaux sociaux pour pouvoir continuer d’exister professionnellement et socialement, etc. La technologie – qu’on l’accepte ou la refuse – transforme en profondeur la société et la vie quotidienne de tout le monde à travers toute la planète, autant pour sa production que dans son usage. [...]
    Pour conclure provisoirement cette émission – car il y aurait bien d’autres choses à dire –, la critique anti-industrielle met en évidence les formes de domination, d’exploitation et d’aliénation qui sont impersonnelles, c’est-à-dire qui sont inscrites par le développement du capitalisme industriel dans l’aménagement du territoire, les dispositifs technologiques, la structure des machineries, etc. Ces appareillages peuvent donner au premier abord un sentiment de liberté et d’autonomie, mais le plus souvent ils viennent renforcer la dépendance à la marchandise et à l’argent ; et donc participent à détourner nos désirs et aspirations afin de continuer à faire tourner le système.
    Quoi qu’il en soit, souvenez-vous que :
    La seule chose pire que d’utiliser la technologie
    tout en la critiquant,
    c’est de l’utiliser sans jamais la critiquer
    .

    https://sniadecky.wordpress.com/2026/01/03/rmu-centieme

    Avec le PDF qui va bien :
    https://archive.org/download/rmu-100-louart-centieme/RMU_100_Louart-Centieme.pdf

    #critique-techno #Encyclopédie_des_Nuisances #Zamiatine

  • IA générative : le guide ultime du hater anti-chatGPT.
    https://www.faketech.fr/p/ia-generative-le-guide-ultime-du

    L’IA générative produit pratiquement autant de gaz à effet de serre que le transport aérien. Et ça ne fait que trois ans que cette technologie est disponible pour le grand public. Début 2022, personne n’avait entendu parler de ChatGPT. S’il fallait revenir en arrière et choisir entre ne plus jamais faire décoller le moindre avion de ligne ou ne jamais commercialiser les chatbots à grande échelle, la décision serait probablement rapidement prise. Je prends cet exemple pour montrer à quel point le rapport coût-bénéfice est disproportionné.

    Le plus choquant étant peut-être le fait que cette ruée sur les data centers va augmenter significativement le prix des autres appareils électroniques, les fabricants de composants modifiant leurs lignes de production pour répondre l’explosion de la demande en composants exclusivement dédiés à l’IA.

    La seule attitude raisonnable, lorsqu’on dispose de la somme d’informations dont je viens de vous abreuver en guise d’introduction, est de vouer une haine juste et entière à ChatGPT, ses concurrents et les entreprises, influenceurs et patrons qui sont derrière. Je ne dis pas qu’il faille reprocher à tout un chacun de demander à ChatGPT une recette de cuisine ou des idées de cadeaux pour la Saint-Valentin. Je dis que donner le moindre euro à ces entreprises devrait être aussi condamnable et stigmatisant que de faire un don défiscalisé à une compagnie pétrolière, travailler pour un marchand d’armes ou financer les fabricants de tabac.

    Je vous vois venir, avec vos objections. Vous allez me dire que la technologie évolue vite, qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, qu’il n’y a pas d’alternative (tu veux revenir au modèle amish ? Laisser l’IA aux Chinois ?)… Passez-moi cette coupe de champagne.

  • Gavin Mueller, Le palais du futur est presque achevé, 2019

    Recension de l’ouvrage :

    Aaron Bastani, Communisme de luxe. Un monde d’abondance grâce aux nouvelles technologies , traduction d’Hermine Hémon, Paris, Diateino, 2021.

    Bastani se dit lui-même socialiste libertarien, et pas capitaliste libertarien. Vous aurez du mal à trouver beaucoup d’anticapitalistes radicaux parmi la foule de dirigeants d’entreprise qui peuplent les pages de ce livre. Mais vous y trouverez Marx, dont l’œuvre est convoquée pour ses passages les plus déterministes sur le plan technologique : ses premiers éloges de la production capitaliste dans le Manifeste du Parti Communiste , le célèbre passage sur les « chaînes » dans la Contribution à la critique de l’économie politique , et, bien sûr, le soi-disant « Fragment sur les machines » dans les Grundrisse , un passage préféré des automatisateur et de leurs prédécesseurs intellectuels du côté technophile du post-opéraïsme [cf. Toni Négri & Co et en France la revue Multitude qui a publié dans son n°56 (2014) une traduction du #Manifeste_Accélérationniste de Nick Srnicek et Alex Williams ; NdT].

    #accélérationnisme #technophilie #technocratie #gauchisme

    Une telle vision a son attrait, mais les intellectuels pessimistes pourraient bien se demander ce que les capitaines d’industrie susmentionnés feront face à un tel scénario. L’antagonisme que suscite le « communisme » découle de la reconnaissance que les hiérarchies et les privations du capitalisme ne sont pas causées par une pénurie de minerai de lithium, mais sont imposées sans cesse et de manière agressive par un ennemi de classe qui ne s’est jamais laissé arrêter par quelques élections. Combattre cet ennemi signifie nécessairement saper son avance technologique, et non la renforcer. Si vous êtes venu au FALC avec l’envie de manger les riches, vous devrez vous contenter de quelque chose de synthétique qui pousse dans une cuve.

    https://sniadecky.wordpress.com/2025/12/01/mueller-falc-fr

  • « Écologistes : l’épuration qui vient »
    https://reporterre.net/Ecologistes-l-epuration-qui-vient

    Voilà des mois que le contexte politique, en particulier le champ de bataille que sont devenues l’agriculture et l’écologie, me hante. Pour ne pas rester sans rien faire, j’ai écrit un texte qui, je l’espère, contribuera à éclairer les dynamiques fétides actuellement à l’œuvre.

    En octobre dernier, un couple d’éleveurs bretons m’a raconté comment leur fille adolescente, durant ses études agricoles, a été moquée et dénigrée par des camarades de classe. Parce que ses parents sont des « bios », elle était, aux yeux de quelques-uns, la « sale pute d’écolo » (sic).

    Le 8 décembre, la ministre de l’Agriculture française a déclaré dans un discours : « Nous devons lutter contre les tentations de la décroissance portées par quelques thuriféraires du décadentisme.[…] Chaque fois que je dis ces deux mots, “produire plus” il y a toujours quelqu’un pour me dire “ah le productivisme, ah la malbouffe”. C’est une trahison de la nation que cette malhonnêteté intellectuelle là. »

    #épuration #chasse_aux_sorcières

    • C’est déjà hyper dur de transitionner d’une activité tertiaire vers l’agriculture, sans famille dans le milieu. Et juste sur la base d’une conscience politique. Tout le réseau qu’il y a à construire (capital social), toute la connaissance à acquérir (capital culturel). Et sachant qu’en plus, on arrive dans un monde peu lucratif (perte de capital économique).
      Certains parcours vers la bio mériteraient des prix Nobel (auto promo).
      Il est donc bienvenu d’avoir un milieu compatissant et aidant, un soutien de tous bords dans cette démarche.
      Alors quand le monde politique met des barrières à ce parcours, c’est ultra démotivant. Ca pousse à arrêter.

    • Silence dans les champs (Nicolas Legendre)

      Depuis 1965, on ne compte plus le nombre d’ouvrages, de documentaires et de films spécialisés ou grand public, ces derniers bien souvent larmoyants d’ailleurs, sur le thème de la disparition des petits paysans. Dans les années 1970, ils avaient 10 hectares ; dans les années 1980, 20 ; dans les années 1990, 30 ; aujourd’hui, ils en ont 200, voire 500, et ils sont toujours des « petits paysans » victimes de la société – réduite en général à la grande distribution et aux consommateurs.

      D’analyse souvent sommaire, cette production pléthorique reflète-elle la mauvaise conscience de la société ? Ou vient-elle conforter un récit dont l’effet, voire le but lénifiant, est de masquer les processus et acteurs à l’œuvre au sein même du complexe agroindustriel, les fossoyeurs de ces « petits paysans » ?

      Au milieu de cette prolifération, l’ouvrage de Nicolas Legendre constitue une exception et, espérons-le, un tournant dans la perception qu’aura l’opinion de l’agonie du monde agricole. L’auteur, correspondant du journal Le Monde, s’appuyant sur ses enquêtes sur près de sept ans autant que sur la littérature scientifique, procède à une autopsie du complexe agroindustriel breton, qui a transformé en un siècle le petit territoire en une énorme plateforme agroalimentaire, transformant soja et céréales en saucisses, lardons, blancs de poulets, nuggets, yaourts et emmental via l’élevage industriel et les entreprises de transformation, au prix d’une incroyable souffrance des éleveurs de base totalement inféodés et des ouvriers et ouvrières de l’agroalimentaire, ainsi que des destructions écologiques dont on ignore encore le degré de réversibilité.

      https://laviedesidees.fr/Nicolas-Legendre-Silence-dans-les-champs
      Et donc merci @la_vie_des_idees

  • Face à l’#IA générative, l’#objection_de_conscience

    #Manifeste pour l’#enseignement_supérieur et l’#éducation_nationale

    Nous, membres de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) et de l’éducation nationale (EN), déclarons adopter une posture d’objection de conscience face au déploiement des technologies d’#IA_générative[1] (#IAg) dans nos institutions.

    L’objection de conscience désigne le #refus individuel, mais aussi collectif en tant qu’il est publiquement partagé, de prendre part à une activité que l’on perçoit comme incompatible avec des #valeurs fondamentales.

    Dans le cas présent, nous considérons que le déploiement de l’IAg dans les institutions de l’ESR et de l’EN est incompatible avec les valeurs de #rationalité et d’#humanisme que nous sommes censé·es représenter et diffuser.

    Trois considérations majeures justifient cette position. Pour des raisons de concision, ce manifeste ne les développe pas mais on trouve dans la littérature scientifique de quoi les étayer solidement[2].

    Considération 1.

    L’IAg est un gouffre énergétique et matériel tel que personne ne peut prétendre qu’elle soit compatible avec les grands engagements internationaux tels que l’#Accord_de_Paris sur le climat, et plus généralement avec la #protection_du_vivant. Accepter le déploiement de l’IAg, c’est amplifier le dépassement des limites planétaires. Ceci est une attitude résolument anti-humaniste eu égard à la gravité de la situation. Le caractère écocidaire de l’IAg est en soi une raison suffisante pour en refuser le déploiement au sein de nos institutions.

    Considération 2.

    L’IAg représente un #choix_technologique qui agit comme un accélérateur des #infrastructures_industrielles sur lesquelles repose le secteur du #numérique : #mines, #datacenters, #centrales_électriques, usines de matériel électronique, etc. Ainsi, outre les problèmes de #pollution massive déjà évoqués, ce sont les lourds dégâts sociaux associés à ce système qui se voient renforcés : #travail prolétarisé dans les usines de fabrication et ultraprolétarisé dans le « #travail_du_clic », non-respect des #droits_humains, conflits d’usage (#eau, #métaux, #énergie), rapports extractivistes et néo-coloniaux entre pays du Nord et du Sud, #déstabilisation_géopolitique des régions minières, etc. Dans tous ces domaines, la compétition effrénée à laquelle se livrent les acteurs de l’IAg mènera aux méthodes les plus sauvages et prédatrices. Il nous semble inacceptable de contribuer à une telle dynamique par nos pratiques pédagogiques et scientifiques.

    Considération 3.

    La #banalisation des IAg dans le grand public alimente des usages qui ouvrent la voie à un futur dystopique – qui est, pour partie, déjà là : multiplication des vidéos deepfake, #désinformation à grande échelle par des « usines à trolls », #dépendance affective aux compagnies virtuelles, intensification du #marketing_digital et des #escroqueries, etc. Plus généralement, il permet à des mégafirmes d’accumuler un pouvoir démiurgique, mégafirmes dont les dirigeants ne font pas mystère de leurs projets mégalomaniaques, eugénistes et de leur détestation de la #démocratie. Nos institutions ne peuvent soutenir de telles techno-oligarchies, y compris de manière indirecte.

    *

    Le support principal de l’objection de conscience est le refus de participer à une activité qui contrevient à des valeurs fondamentales. Dans le cas de l’IAg, les trois considérations ci-dessus permettent d’assurer cette #posture au regard de nos missions d’éducation et de diffusion des savoirs.

    Face à ces analyses globales, les arguments les plus fréquents de légitimation de l’introduction de l’IAg dans nos institutions apparaissent immédiatement irrecevables[3]. Notamment, l’idée commune selon laquelle la diffusion de l’IAg dans nos sociétés serait « inéluctable » ne remet aucunement en cause la pertinence de l’objection de conscience. En effet, le principe de l’objection de conscience, voire de toutes les formes de #résistance, consiste à s’opposer à ce qui contrevient à nos valeurs fondamentales non pas parce que l’on pense que l’on va « gagner », mais parce que l’on a la certitude que c’est ce qui est juste et digne, ici et maintenant. Par ailleurs, contrairement à d’autres technologies délétères déjà profondément implantées dans nos sociétés, l’apparition des IAg est récente et par conséquent ses usages ne sont pas profondément intégrés dans nos pratiques professionnelles. Ainsi, l’effet de « verrouillage sociotechnique » empêchant tout retour en arrière n’est pas encore pleinement là avec les IAg et il est encore effectivement possible d’exercer un refus.

    Engagements

    Nous, membres de l’ESR et de l’EN signataires de ce manifeste nous engageons à :

    – adopter face au déploiement des IAg dans nos institutions une posture d’objection de conscience. Face à un phénomène qui nous dépasse mais dont nous savons qu’il est mortifère, nous choisissons d’opposer un refus net, indiscutable, et politique parce qu’il est partagé : nous ne les utiliserons pas, à moins d’y être expressément contraint·es, dans nos cours, dans nos communications, dans nos recherches, dans nos activités administratives. Nous refuserons, autant que nos situations individuelles nous le permettent, de participer à des projets ou à des activités qui les mobilisent (enregistrement et compte-rendu automatique de réunion ; activité pédagogique ; formation à l’usage, fût-il qualifié de raisonné ou éthique, etc.). À tout le moins, nous exprimerons publiquement notre malaise profond face à ces pratiques. Nous sommes par ailleurs conscient·es que le terme « IAg » recouvre des applications très diverses, dont certaines sont déjà largement intégrées à nos pratiques, telles que la traduction ou la transcription automatique. S’il n’est pas réaliste de tout remettre en cause, il s’agit au moins de stopper ce qui peut encore l’être.

    – afficher dans nos activités, nos signatures mails, nos publications, nos diaporamas, etc. notre ralliement à ce manifeste via un logo et/ou le lien vers le présent texte. L’enjeu est de ne jamais laisser l’IAg apparaître dans nos milieux professionnels « comme si de rien n’était » et d’afficher partout dans nos sphères d’activité que « cela ne va pas de soi ». Parvenir à ouvrir des discussions sur le sujet par cet affichage permettrait déjà d’éviter une banalisation qui, dans des institutions prescriptrices comme les nôtres, se confond avec de la promotion.

    – promouvoir autant que possible une réflexion collective sur la place du numérique dans nos institutions. Si les arguments que nous opposons au déploiement de l’IAg nous permettent en effet de refuser une nouvelle « escalade numérique », nous savons également que le système sociotechnique du numérique dans son ensemble est sujet aux mêmes questionnements. Le « stop » opposé à l’IAg pourrait ainsi être l’ouverture d’une séquence d’évaluation de nos dépendances plus générales à un système problématique, qui permette de s’engager vers la « sobriété numérique »[4] en vue d’aboutir à un numérique effectivement soutenable.

    [1]Les IA génératives constituent un type particulier de système d’Intelligence Artificielle, destiné à générer du texte, des images, des sons, des vidéos, sur la base de modèles de langage (LLM pour Large Language Model) entraînés sur de vastes corpus de données.

    [2]Une bibliographie indicative est proposée en fin de document.

    [3]Celles et ceux qui souhaitent des éléments de discussions plus précis sur ce type d’arguments (l’IA « souveraine », l’IA « sobre », la « praticité », l’IAg « inéluctable », etc.) pourront par exemple consulter le texte « Oui mais l’IAg… » publié sur le site web de l’Atécopol de Toulouse.

    [4]Pour aller plus loin sur ce sujet voir : affiche 10 de l’exposition « Pour la sobriété numérique dans l’ESR » (https://www.irit.fr/exposition-sobriete-numerique).

    –-
    Voici deux logos qui permettront aux signataires d’afficher leur adhésion à cette position. Chacun·e est invité·e à choisir le logo qui lui convient en fonction du contexte et/ou de ses préférences.

    https://atecopol.hypotheses.org/13082
    #intelligence_artificielle #résistance #éducation #ESR #université #enseignement #limites_planétaires #extractivisme #néo-colonialisme

  • La recherche en santé doit se détourner du dogmatisme technologique

    Dans une tribune au journal Le Monde , trois chercheurs en biologie cellulaire et en bio-informatique regrettent que les enjeux environnementaux et la justice sociale ne soient pas davantage pris en compte.

    Peut-on promettre de sauver des vies au détriment de la vie sur Terre ? Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sont formels : le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité menacent gravement la santé de centaines de millions de personnes. En effet, les déterminants majoritaires de la santé, devant l’accès aux traitements, sont environnementaux et sociaux.
    Malgré cela, le monde de la recherche dans le domaine de la santé s’oriente massivement vers le développement de biotechnologies, nécessitant des infrastructures industrielles et extractivistes dont le fonctionnement est justement à l’origine des problèmes environnementaux et sociaux. Observant ce paradoxe, nous souhaitons ouvrir la discussion afin de repenser la recherche en santé pour qu’elle bénéficie au plus grand nombre, dans le respect des limites planétaires.
    La recherche en biologie et en médecine a permis la mise en place de dispositifs de soins qui ont contribué à des progrès considérables dans le traitement des maladies. Il n’est pas question ici de remettre en cause ces progrès et leurs bénéfices. S’appuyant sur ces avancées, la recherche biomédicale jouit toutefois d’une sorte de carte blanche lui permettant tous les excès. Ainsi, les biotechnologies sont largement financées par le « Plan santé 2030 » français et par « Horizon 2030 » au niveau européen. Un objectif affiché de ces financements est « de positionner et de maintenir la France parmi les leaders mondiaux des biothérapies » grâce à une « stratégie d’accélération » révélant, s’il le fallait, que les outils biotechnologiques sont devenus des objets de croissance économique plus que des objets de soin. De fait, les rares recherches de pointe issues des biotechnologies qui réussissent à produire des traitements efficaces donnent lieu à des traitements aux coûts exorbitants bénéficiant avant tout aux plus riches.
    Par ailleurs, la marchandisation de la santé incite les scientifiques à faire des promesses toujours plus exagérées, souvent surestimées, qui ne pourront pas s’appliquer à grande échelle et dont les retombées réelles ne sont jamais évaluées. Cette fuite en avant pousse à produire toujours plus d’études s’appuyant sur des technologies voraces en énergie, matériaux et données, parfois au détriment de la pertinence de la question scientifique posée. Ces promesses ne questionnent jamais la potentielle contribution des découvertes à venir aux bouleversements environnementaux et aux injustices sociales. Des directions ultratechnologiques sont alors prises au détriment d’approches plus sobres et de stratégies de prévention des risques sociaux et environnementaux qui sont largement ignorées, malgré un potentiel sanitaire important.
    Comment en est-on arrivé là ? La recherche académique a connu un tournant néolibéral depuis les années 1980. Ainsi, les financements sur projet ont progressivement remplacé les financements pérennes des laboratoires. A cela se sont ajoutés les financements directs par des industriels, ainsi que l’incitation à la « valorisation » sous forme de brevets et de start-up, orientant massivement le fonctionnement des laboratoires publics et privés vers des solutions techno-industrielles. Les conséquences sont graves : les liens d’intérêts, les exigences de productivité et la mise en concurrence des scientifiques entraînent la disparition des espaces de délibération et de discussion entre pairs et anéantissent les velléités de réflexions sociétales et éthiques sur le véritable impact sur la santé, l’environnement et la justice sociale des projets de recherche. Pourtant, les valeurs d’attention au monde vivant et de justice sociale sont largement partagées par la communauté scientifique.
    Pour lutter contre ces dérives, des initiatives ont émergé ces dernières années visant à promouvoir une transformation du fonctionnement de la recherche. Pour certaines, l’objectif est de réduire l’impact environnemental de la recherche (collectif national Labos 1point5). Pour d’autres, il s’agit de remettre de la démocratie dans les modes de financement et le choix des sujets de recherche afin d’éviter les conflits d’intérêts induits par l’augmentation des financements privés, de promouvoir la liberté académique ou encore de prendre en charge des sujets de santé publique négligés (sciences citoyennes, association pour la liberté académique ou instituts écocitoyens). Enfin, certains collectifs s’appuient sur une culture de la transdisciplinarité et cherchent à promouvoir des approches réflexives sur les conséquences – environnementales, sociétales et politiques – des recherches menées dans les laboratoires (les ateliers d’écologie politique, le collectif Archipel, le Mouvement pour des savoirs engagés et reliés).
    Ces initiatives restent néanmoins largement minoritaires. Notre but n’est pas de pointer du doigt des choix individuels, mais d’appeler à collectivement repenser la recherche en santé pour qu’elle ne soit plus centrée sur un dogmatisme technologique participant à la détérioration des milieux de vie, de la justice sociale et donc de la santé des populations. C’est par la pluralité des dispositifs, en pensant la santé de façon globale, que l’on pourra définir ensemble les contours d’une recherche en biologie et en médecine qui se fonde sur une approche humaniste, équitable et sobre de la santé.
    Alice Meunier (directrice de recherche CNRS en biologie cellulaire), Florian Massip (chercheur en bio-informatique à l’Ecole des mines de Paris et à l’Institut Curie) et Pierre-Luc Bardet (maître de conférences en biologie cellulaire à Sorbonne Université)

    Ce texte émane d’un travail au sein de l’Atelier d’écologie politique francilien (#Ecopolien).

    Tribune publié dans le journal Le Monde , le 9 décembre 2025.

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/12/09/la-recherche-en-sante-doit-se-detourner-du-dogmatisme-technologique_6656613_

    #recherche_scientifique #santé_publique #critique_techno #contre-productivité

    Une problématique déjà abordée par le #Low-Tech_Magazine :

    https://solar.lowtechmagazine.com/fr/2021/02/how-sustainable-is-high-tech-health-care

    Sans parler, bien sûr, d’#Ivan_Illich et sa Némésis Médicale , 1971.

  • Je reviens du futur
    https://absolument-tout.net/je-reviens-du-futur

    Depuis septembre dernier, je fais une série d’ateliers sur les IA génératives pour des étudiant·es de l’IUT de Tours. J’interviendrai au second semestre dans une autre université, sans doute aussi avec des lycéen·nes et des profs du secondaire, évidemment en adaptant le contenu de la présentation au public et aux circonstances. Je suis un peu surpris du nombre de sollicitations que j’ai déjà reçues, parce que j’ai l’impression de dire des évidences, mais manifestement beaucoup de personnes sont un peu perdues, entre les injonctions à renoncer à ChatGPT, à ses oeuvres et à ses pompes, d’un côté, et le discours proprement délirant des marchands d’IA, de l’autre.

    Du coup j’ai fait un petit site pour présenter mon cours :

    • Quand je dis « Bienvenue dans les métiers de la post-édition, camarades » chaque fois qu’une nouvelle corporation du tertiaire (graphistes, juristes, devs, journalistes, etc.) commence à s’inquiéter des effets de l’IA sur son métier, ce n’est pas par cruauté, c’est très littéral : « ce qui va arriver au travail », ce n’est pas que le boulot de juriste ou de dev va disparaître. Il se trouvera simplement dévalorisé. Ceux qui possèdent des compétences désignées comme obsolètes perdront peut-être leur emploi, mais ils seront promptement réembauchés à l’usine pour devenir les assistants de machines qui, quoi qu’on raconte, ne servent pas à grand chose sans supervision humaine.

      Le boulot portera un autre nom mais sera fait par les mêmes personnes, payées deux fois moins à produire vingt fois plus avec une qualité moindre.

      […]

      Ça veut dire arrêter de fétichiser le respect des formes imposées, et redonner de la valeur à une réflexion manifestement personnelle, en donnant aux élèves les moyens de l’articuler avec leurs propres mots. Ça veut dire les faire lire et écrire et parler en classe, avec des ambitions modestes quant au volume mais pas quant à la qualité. Ça veut dire leur apprendre à s’exprimer avec précision et clarté, au lieu de les entraîner à produire des dissertations qu’ils n’ont pas envie d’écrire et que les profs seraient ravis de ne pas avoir à lire.

      Ça veut dire permettre aux élèves de trouver leur voix, au lieu de leur apprendre à écrire comme la machine.

      (Parce que je vous garantis que les enfants des bourgeois continueront à apprendre à écrire convenablement, à parler des langues étrangères, à programmer, de la même manière qu’on leur apprend toujours la musique, quand bien même devenir instrumentiste n’est plus un choix de carrière très porteur)

      #IA #automatisation #travail #apprentissage #enseignement

  • Radio : Un 15 juin en Limousin

    Le 15 juin 2021, la répression « antiterroriste » (SDAT, GIGN et autre PSIG) s’abattait sur plusieurs personnes soupçonnées d’avoir provoqué des incendies pour dénoncer le déploiement du compteur Linky puis de la 5G. Il est frappant de constater que les moyens policiers employés pour mener l’enquête qui a conduit aux arrestations reposent sur les mêmes dispositifs techniques que ceux qui étaient dénoncés par les sabotages : #traçabilité des citoyens par l’utilisation du réseau mobile et de la #surveillance de l’espace public, élaboration et mise en correspondance de fichiers de renseignements, dépense d’énergie faramineuse, etc.

    Entretiens avec différents intervenants présents aux rencontres organisées par le Comité 15 juin, en Limousin du 27 au 29 juin 2025 sur le thème « S’organiser contre l’informatisation de la société ».

    https://sniadecky.wordpress.com/2025/11/18/rmu-limousin

    Et le PDF qui va bien :

    https://archive.org/download/rmu-099-0-quinze-juin-limousin/RMU_099_0-Quinze-Juin-Limousin.pdf

    #Racine_de_Moins_Un #Comité_15_juin #répression #critique_techno #Ecran_Total

  • Jérôme Laronze, éleveur tué par un gendarme : « La justice s’apprête à détruire les preuves »
    https://basta.media/jerome-laronze-eleveur-tue-par-un-gendarme-justice-s-apprete-a-detruire-pre

    Jérôme Laronze a été tué par un gendarme en 2017 lors d’un contrôle sur sa ferme. Alors que le procès n’a toujours pas eu lieu, la juge d’instruction envisage de détruire les scellés. Les proches de l’éleveur sont gagnés par la colère.

    [...]

    Plus de huit ans après la mort de Jérôme Laronze, éleveur du département tué de trois balles par un gendarme le 20 mai 2017, le procès n’a toujours pas eu lieu. Aujourd’hui, les proches de Jérôme Laronze craignent un non-lieu, et qu’il n’y ait jamais de procès.

    « On nous a annoncé au printemps une possible destruction des scellés qui recoupent toutes les pièces à conviction saisies pendant l’instruction », explique Marie-Pierre Laronze, l’une des quatre sœurs de Jérôme, éprouvée par les années de procédures. Très concrètement, la juge d’instruction en charge du dossier propose de détruire les douilles retrouvées sur la scène de crime - même celles retrouvées six ans après les faits, à un endroit qui contredit la position annoncée du gendarme tireur – ainsi que la voiture criblée de balles dans laquelle Jérôme Laronze est décédé.

    Or ces douilles sont fondamentales pour comprendre ce qu’il s’est précisément passé le jour de la mort de l’agriculteur. Pour rappel, c’est à la suite d’un énième contrôle où son cheptel devait être confisqué que l’éleveur avait fui. Recherché durant neuf jours, il a été retrouvé par deux gendarmes dans un chemin de terre, probablement assoupi au volant de sa Toyota. Cinq balles ont été tirées par un gendarme en sept secondes, selon l’enregistrement sonore du Taser que le gendarme portait. Trois balles ont été fatales à Jérôme Laronze.

  • Wolfgang Sachs, Pauvre plutôt que différent, 1996

    Après coup, je me serais mordu la langue. Pourtant, ma remarque m’avait semblé la plus naturelle du monde. Six mois après le tremblement de terre – catastrophe de 1985 –, nous avions marché toute la journée dans Tepito, quartier populaire en plein cœur de #Mexico, en dérive et menacé par la spéculation. Nous étions préparés à trouver ruines et résignation, délabrement et misère, mais notre visite nous détrompa : nous trouvâmes plutôt un fier esprit de voisinage, une activité fébrile, de petites coopératives de construction partout, une #économie_informelle florissante. Au moment de partir, alors que nous tentions de faire un bilan respectueux, ce commentaire m’échappa : « C’est bien, mais en fin de compte, ils sont quand même tous pauvres dans ce quartier. » Ce qui fit se cabrer l’un de nos compagnons : No somos pobres , lança-t-il, somos Tepitanos ! (Nous ne sommes pas pauvres, nous sommes Tépitans). Quelle leçon ! Comment avais-je pu me fourvoyer à ce point ? Embarrassé, je dus m’avouer que, complètement à mon insu, le cliché du développement avait déterminé ma réaction.

    https://sniadecky.wordpress.com/2025/10/19/sachs-pauvre

    #pauvreté #critique_du_développement #Wolfgang_Sachs

  • Oups ! Un n-ième papier sur Anti-tech résistance. Cette fois, c’est au tour de Reporterre. C’est un peu compliqué, l’écologie « radicale ». Il y a une paire d’années je m’étais pris la tête avec Nicolas Casaux que je trouvais déjà bien flippant et là, on se retrouve avec un truc « ni de gauche, ni de droite mais bien réac ». Je finis par me demander si tout cela est « bien réel » ...

    Survivalisme, discipline et antiféminisme : plongée dans le collectif Anti-tech Résistance
    https://reporterre.net/Survivalisme-discipline-et-anti-feminisme-plongee-dans-le-collectif-Anti

    Le groupe Anti-tech Résistance développe sa notoriété dans le milieu écologiste grâce à une communication tapageuse. Son idéologie lui attire l’hostilité d’une large part du mouvement social, qui la qualifie de réactionnaire.

    Reporterre ayant tendance à faire dans le « clickbait », je relinke vers des post ayant tout de même un peu plus d’épaisseur :

    https://seenthis.net/messages/1139428

    https://seenthis.net/messages/1127350

    https://seenthis.net/messages/1116054

    https://seenthis.net/messages/1124194

    #ATR #technocritique

    • @tranbert

      La prise de bec avec Casaux concernait justement la « doctrine » de Theodor Kaczinsky aka « Unabomber » et dont la « radicalité » me semblait très problématique mais de ce que j’en ai retenu, pour ce genre de personnes, la fin justifie les moyens.
      Peut-on pour autant parler d’éco-fascisme, tag que j’avais utilisé sur un de tes précédents posts ? L’éco-fascisme me semble plutôt lié à des entités privées travaillant en lien avec des instances gouvernementales donc soutenues par des dispositifs prétendument légaux. Alors qu’avec ATR, nous avons affaire à des groupuscules très minoritaires au sein de l’écologie politique, d’où ma remarque sur le « bien réel ».
      C’est une question que je me pose pour bien différencier les concepts.

      Dans tous les cas, le genre de pensées délivrées par ces groupuscules qui se la racontent en se drapant dans leurs postures « radicales » confine clairement à un naufrage réactionnaire.
      Par contre, l’article de Reporterre glisse sans trop de précaution vers une sorte de procès en dérive sectaire. Et je trouve ça clairement exagéré. Je parlerais plutôt d’emprise ou de manipulation mentales, mais ce genre de phénomènes se retrouve également dans le monde de l’entreprise voire le « monde du travail » en général.

  • Cancer : pourquoi la France fait partie des pays les plus touchés au monde
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/10/10/cancer-pourquoi-la-france-fait-partie-des-pays-les-plus-touches-au-monde_664

    In fine, les cancers sont la première cause de mortalité en France (27 %), suivis des maladies cardio-neurovasculaires (21,4 %), c’est-à-dire l’infarctus du myocarde, l’AVC et l’insuffisance cardiaque.

    #paywall_merci !

    • Cancer : pourquoi la France fait partie des pays les plus touchés au monde
      https://archive.ph/2025.10.10-151949/https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/10/10/cancer-pourquoi-la-france-fait-partie-des-pays-les-plus-touches-au-monde_664

      On comprend bien que le système de dépistage des cancers est nécessairement plus performant en France que dans des pays à faible revenu ne disposant pas de systèmes de santé aussi solides ; ce qui explique au moins en partie une incidence plus élevée. Mais la comparaison ne tient pas avec les autres pays à haut revenu.

      En effet, au niveau européen, la France fait plutôt figure de mauvaise élève du dépistage.

      […]

      Quelle est la part de l’environnement ?

      Toute la population est involontairement exposée à d’autres substances actives, par le biais de l’environnement et de l’alimentation. Pollution atmosphérique, additifs et résidus de pesticides dans la chaîne alimentaire, plastifiants (phtalates, bisphénols), dioxines, polluants organiques persistants (PFAS, PCB, PBDE…), etc. : cette multi-exposition de basse intensité est suspectée d’être à l’origine d’une part substantielle des cancers non attribués à des facteurs de risques connus. Mais les données sont lacunaires et les risques souvent impossibles à chiffrer. « De grandes agglomérations, comme la région parisienne, ou encore de nombreux bassins industriels ne sont pas couverts par des registres de cancer, remarque la toxicologue Francelyne Marano (université Paris Cité). Or ce sont des données cruciales si l’on veut estimer le rôle de l’environnement dans la progression de ces maladies. »

      La hausse rapide de certains cancers est néanmoins fortement suspectée d’être liée à l’environnement. « Quand on voit la hausse alarmante du cancer du pancréas, et que les principaux facteurs de risque connus, en particulier le tabac, ne permettent pas d’expliquer cette tendance, une ou des causes environnementales sont plus que probables », dit Mme Marano. Au cours des trente dernières années, selon Santé publique France, le nombre de cas a quadruplé chez les hommes et quintuplé chez les femmes, les deux tiers de ces hausses n’étant pas explicables par le vieillissement ou l’accroissement de la population.

      La Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé a récemment alerté sur un lien possible avec le #cadmium. Ce métal lourd, classé cancérogène, est présent dans les engrais phosphatés importés du Maroc très utilisés en France. L’imprégnation des Français est, de ce fait, notoirement forte (trois fois celle des Américains, deux fois celle des Italiens). Selon les données du CIRC, la France est le quatrième pays le plus touché au monde, même en tenant compte de l’âge de sa population. En 2024, des chercheurs français ont ouvert une piste de recherche en montrant une association statistique entre #pesticides épandus localement et risque de contracter la maladie.

      Les pesticides – dont la France est l’une des plus fortes utilisatrices au monde – sont, par ailleurs, une cause établie de lymphomes et de cancer de la prostate chez les professionnels exposés, mais aussi de certains cancers pédiatriques chez les populations riveraines d’exploitations. En population générale, les preuves sont limitées, mais des travaux menés en France et publiés en 2018 ont montré un risque diminué de lymphomes (− 75 %) et de cancer du sein post-ménopausal (− 34 %) chez les plus gros consommateurs d’aliments #bio, par rapport à ceux qui ne consomment que des produits issus de l’agriculture conventionnelle. L’hypothèse des auteurs était une responsabilité des résidus de pesticides de synthèse dans l’alimentation. Les données disponibles ne permettent cependant pas de faire de cette imprégnation une particularité française.

    • En effet, au niveau européen, la France fait plutôt figure de mauvaise élève du dépistage. Selon les données publiées par l’Organisation européenne du cancer en 2024, la France se situe en dessous de la moyenne européenne pour les trois principaux programmes mis en place. Le taux de participation au dépistage du cancer du sein est de 46 % en France contre 54 % en Europe, et de 62 % contre 69 % concernant le cancer du col de l’utérus. L’écart est particulièrement marqué pour le cancer colorectal, avec un taux de participation de 29 % en France contre 44 % en moyenne en Europe. Alors, comment interpréter la place singulière qu’occupe la France dans le nombre de cancers affectant sa population ?

      Que disent précisément les données ?
      Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’Organisation mondiale de la santé basée à Lyon, travaille également sur le fardeau du cancer dans le monde et produit le Globocan, une base de données en ligne. Pour ce dernier, la France est classée à la neuvième place des pays ayant la plus grande incidence de cancers, derrière un trio de tête constitué par l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Danemark. « Ces résultats ne sont pas nécessairement surprenants compte tenu de nos différences dans les sources de données et les méthodes utilisées, et soulignent l’importance de soutenir les efforts locaux de surveillance du cancer », estime Lisa Force, maîtresse de conférences en sciences des mesures de santé à l’IHME.
      La France a la particularité d’être l’un des derniers pays européens à ne pas disposer de registre national. Le décompte des cas de cancers est confié à Francim, un réseau regroupant une trentaine de registres locaux et deux registres pédiatriques nationaux. Au total, les nouveaux cas de cancer ne sont ainsi comptabilisés que pour 24 % de la population française. Pour le reste, des mathématiciens sont chargés de faire des estimations, ce qui ouvre la voie à des différences d’interprétation et de méthode.
      Par ailleurs, le travail des registres recoupe plusieurs sources, avec lesquelles chacun doit nouer des conventions de transfert de données. Ce travail de fourmi prend du temps. En 2025, la plupart des registres sont à jour sur les données réelles observées en 2022. Mais les dernières données officielles dont on dispose, publiées par Santé publique France en juillet 2023, sont les nouveaux cas observés jusqu’en 2018, à partir desquels des extrapolations ont été faites jusqu’en 2023. En 2027, Francim espère publier sa prochaine étude d’incidence des cancers basée sur les chiffres de 1985 à 2022.
      « Cela fait longtemps que l’on discute de la qualité des données en France, souligne Isabelle Soerjomataram, cheffe adjointe de la branche surveillance du cancer au CIRC. La vérité est probablement entre la valeur du GBD et celle de Globocan, avec la France dans le top 10 de l’incidence mondiale. » Une loi promulguée le 30 juin prévoit la mise en place d’un registre national, confiée à l’Institut national du cancer. Mais l’instabilité politique a repoussé la publication du décret d’application, initialement prévue en septembre.

      #données_chiffrées (fiabilité des) #santé_publique (défaillance des politiques de)

      #cancers (incidence des) #pollutions #pesticides #phytosanitaires #intrants #cadmium #agro-industrie

  • Nicolas Bonanni, La nature de l’écologie, 2025

    Dans les débats actuels, une grande confusion règne autour du mot #nature. En effet, le mot est chargé de plusieurs sens distincts, qui se chevauchent partiellement, et la confusion entre ces différents sens entraîne des conséquences importantes sur le plan politique, et sur la vision de l’#écologie que l’on défend. Je voudrais ici d’abord exposer les principales définitions du mot, puis rapporter les critiques qui leur sont faites, pour enfin défendre ma propre position.

    Il s’agira de se revendiquer d’une double définition : d’une part, la nature comme environnement autonome, indépendant des actions humaines, et d’autre part la nature comme essence, qui permet de maintenir des catégories de pensée. Alors que le #techno-capitalisme colonise notre environnement et nos vies d’une manière inédite, ces notions me semblent en effet être des points importants pour l’écologie.

    Quatrième de couverture de la brochure :

    On sait l’#extrême_droite friande de l’emploi du concept de “nature” pour étayer son projet de société inégalitaire. Faut-il pour autant, au nom de supposés “glissements vers l’extrême droite”, abandonner l’emploi du terme “nature” pour appuyer nos luttes écologistes ?
    Ce texte prend au contraire le parti de préciser le sens du mot. Un travail de définition qui vise à affiner nos combats et à prévenir les “glissements”… de toute nature.
    Les questions théoriques ne sont pas sans effets sur nos luttes : il faut se les approprier, sans caricatures ni simplifications, avec tous leurs paradoxes. Contribution au débat.

    De nombreux textes et brochure accusent les zanti-industriels de « sacraliser la nature » ou d’en faire une « norme », etc. Mais aucun de ces textes n’est capable de produire une seule citation ou référence à l’appui de ces affirmations... Et pour cause, il n’y en a pas ! Ce genre d’accusation est le produit d’une lecture hâtive et irréfléchie de la littérature anti-industrielle. Quand ce n’est pas le produit de bruits de chiottes qui circulent sur les réseaux sociaux et répétés sans aucune vérification... #Naufrage_réactionnaire, quand tu nous tiens !

    https://sniadecky.wordpress.com/2025/10/12/bonanni-nature

    Avec le PDF qui va bien (fourni par l’auteur) :
    https://sniadecky.wordpress.com/wp-content/uploads/2025/10/bonanni_nature_ecologie.pdf

    #critique_techno #anti-industriel #Nicolas_Bonanni

  • Quentin Leicht, Méga-constellations, méga-pollutions, 2024

    Quentin Leicht, qui anime la chaîne Youtube intitulée Le Journal de l’Espace, nous parle des « #méga-constellations, une bombe à retardement ».

    La raison pour laquelle on envoie de plus en plus de fusées en orbite basse (entre 100 et 2000 km d’altitude) depuis moins d’une décennie, c’est pour assurer une couverture Internet mondiale. Vous avez peut-être déjà entendu parler de la méga-constellations Starlink de SpaceX, mais il y a aussi d’autres projets comme Kuiper de l’américain Amazon, OneWeb du français Eutelsat, les chinoises Guowang et Qianfan ou l’européenne IRIS². C’est une accélération délirante de l’activité spatiale qui a déjà des conséquences délétères sur la couche d’ozone et la haute atmosphère.

    Petite précision :

    Et donc, plutôt qu’une prétentieuse « conquête », il me semble plus juste de parler d’ « escapade spatiale ». Selon le dictionnaire Le Robert, une escapade est « le fait d’échapper aux obligations, aux habitudes de la vie quotidienne (fuite, absence physique ou écart de conduite) ». Selon le dictionnaire en ligne du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, une escapade consiste en l’« action de s’échapper d’une dépendance, de se dispenser d’une obligation, de se dérober à son devoir soit par un départ, soit par une rupture du train normal de la vie, en vue d’un plaisir, de la satisfaction d’un caprice ».

    Escapade spatiale me parait donc une expression beaucoup plus appropriée afin de désigner cette fuite en avant dans l’espace qui a en réalité pour but de se soustraire aux responsabilités terrestres, à savoir préserver les conditions de la vie sur terre.

    https://sniadecky.wordpress.com/2025/10/06/rmu-megaconstellations

    Avec le PDF qui va bien :
    https://archive.org/download/rmu-098-escapade-megaconstellations/RMU_098_Escapade-Megaconstellations.pdf

    #Racine_de_Moins_Un #Conquête_Spatiale #Internet #nuisances

  • OCTOBRE ROSE, C’EST L’OVERDOSE ! · Cancer Rose
    https://cancer-rose.fr/2024/10/26/octobre-rose-cest-loverdose

    Dépistage n’est pas prévention

    « Octobre Rose » enrobe le cancer de guimauve rose, avec un seul mot d’ordre : dépistage. Or le dépistage de masse ne réduit en rien la mortalité par cancer du sein. Et ce n’est pas de la prévention ! On leurre les femmes avec ce message erroné. Alors il est peut-être temps de se poser les bonnes questions, d’informer correctement les femmes, et de faire de vraies actions de prévention en évitant les risques d’avoir un cancer, en agissant sur certains leviers : travail de nuit des femmes (qui selon l’Inserm, augmente de 26% le risque de cancer du sein), facteurs environnementaux (pesticides, perturbateurs endocriniens, polluants divers dans l’eau, dans l’air), mode de vie (alcool, tabac, sédentarité).
    (Lire aussi https://cancer-rose.fr/2023/09/08/pas-de-prolongement-de-la-duree-de-vie-grace-aux-depistages)
    Le cancer, ce n’est pas rose

    Toute cette démagogie autour d’Octobre Rose occulte totalement la réalité, et la « vraie vie » des femmes confrontées au cancer du sein. Et c’est loin d’être rose. Lourdeurs des traitements, et conséquences tout au long de la vie, tant physiques que psychologiques, même quand on la chance d’être guérie. C’est vivre, oui, mais avec une surveillance médicale parfois lourde, avec des soins de kinésithérapie sur le long terme car ablation du sein et reconstruction perturbent l’équilibre du corps. C’est faire financièrement des choix de vie car trop de frais restent encore non remboursés. C’est parfois rencontrer des difficultés dans le milieu professionnel, parce que nos priorités sont autres et qu’elles ne sont pas toujours comprises. Et que dire des femmes qui en décèdent ? Qu’elles n’ont pas été assez « vaillantes » ?

    Octobre Rose est une manifestation commerciale. Que toutes ces entreprises qui semblent s’intéresser au cancer du sein fassent directement des dons conséquents pour des organismes de recherche. Mais ce saupoudrage saveur guimauve en octobre ne vaut rien. Les femmes ont besoin d’une information fiable, et d’un réel accompagnement tout au long de la vie, pendant et après la maladie. Tout le reste n’est que poudre aux yeux.

    Au taf j’en peux plus de ce truc, chaque année le même message lénifiant, l’opération marketing à peu de frais pour mine de rien se faire du pognon sur l’opération (le fameux « un produit acheté, 1€ reversé à octobre rose »). Et c’est très très difficile d’aller à l’encontre de tout ça tellement le sujet paraît consensuel.

    #octobreRose #pinkWashing

  • Critique de la critique d’ATR

    Ceci n’est pas un droit de réponse. Juste une critique de quelques angles morts dommageables des arguments opposés à ATR.
    Contexte
    Le jeudi 28 août, une assemblée générale pour le 10 septembre s’est tenue au Parc de la Villette à l’appel du réseaux « Indignons-nous » et de ces différents canaux en région Ile-de-France. D’abord réunie en plénière, cette assemblée s’est ensuite divisée en groupes par secteurs. Là, dans le cadre de la « pétale » Paris Nord-Paris Est, une altercation a éclaté entre militants gauchistes et militants antitech d’#Anti-Tech_Resistance, les premiers ayant reconnu les seconds et ayant souhaité dévoilé leurs positions problématiques. Un article a d’ailleurs été publié à ce sujet :
    Lire la suite sur Article à lire sur Paris-Luttes.Info
    Dimanche 31 août, un tract a été distribué au début de l’assemblée générale Paris Nord-Paris Est qui se tenait sur la Place des Fêtes afin de clarifier les positions reprochées à Anti-Tech Resistance. Après le raté du 28 août, on ne peut que saluer cette initiative, qui visait à aborder plus sereinement la chose, loin des méthodes confuses et confusantes de la première tentative - jouer aux « antifas » en menaçant de sortir par la force ATR sans le faire, annoncer quitter l’AG puis revenir, annoncer quitter l’AG une seconde fois puis rester pour la parasiter.
    Maintenant que le cadre a été posé, les lignes qui suivent visent à répondre à certains arguments du tract distribué le 31 août, qui nous semblent contre-productifs voire contre-révolutionnaires à leur tour.

    Ça commence très fort et de manière assez juste :

    I. Sur la #récupération
    Le premier argument du tract s’offusque qu’ATR cherche à « recruter des membres » et se faire connaître « en coopérant avec d’autres mouvements ». La critique devrait être élargie à tous les militants qui prennent (et parfois monopolisent) la parole en omettant de préciser leur appartenance politique, ainsi qu’aux organisations multipliant les sous-groupes pour donner l’impression d’une pluralité des interventions tout en phagocytant les tours de parole. Exigeons la transparence, et confrontons les menteurs par omission, afin d’éviter toute infiltration et toute récupération du mouvement.
    Et comme charité bien ordonnée commence toujours par soi-même, cessons de nous cacher derrière l’#anonymat groupusculaire gauchiste pour faire la leçon aux autres sans se l’appliquer à soi-même.

    Au-delà de l’évident #néo-léninisme d’ATR, j’ai l’impression que les attaques dont ils font l’objet de la part de certains « collectifs » de la « gauche inclusive » servent d’exutoire : il leur est reproché de faire et théoriser ouvertement ce que ces « collectifs » pratiquent en fait sans vouloir l’admettre ni se l’avouer...

    D’autres néo-léninistes autrement plus influents ne subissent pas les foudres de ces militants qui luttent certainement « contre toutes les oppressions »... sauf celles qu’ils exercent eux-mêmes !

    https://paris-luttes.info/critique-de-la-critique-d-atr-19847

    #gauchisme #naufrage_réactionnaire #militantisme

  • Ralentir la science ou mourir

    Dans « #Décroiscience » (ed. Agone), l’historien et journaliste #Nicolas_Chevassus-Au-Louis réactive la critique d’un monde scientifique pris dans les filets de la #militarisation et de l’#économie_de_marché. Déconnectée de la catastrophe climatique à laquelle elle contribue, la recherche doit, selon lui, décroître et produire moins. Mais mieux et vite.

    Faut-il arrêter la recherche ou, du moins, la ralentir ? Provocatrice en apparence, la question se pose pourtant depuis au moins un demi-siècle au regard de la perte d’autonomie croissante des scientifiques. En 1972, un discours visionnaire interpellait déjà sur cet enjeu essentiel de la production de connaissances, soumise à des impératifs militaro-industriels. Devant le Centre européen de recherche nucléaire (CERN), Alexandre Grothendieck, l’un des plus éminents mathématiciens français, tenait une conférence intitulée : « Allons-nous continuer la #recherche_scientifique ? ».

    (#paywall)
    https://www.off-investigation.fr/ralentir-la-science-ou-mourir
    #science #ESR #recherche #ralentissement

    • #Décroiscience

      Plaidoyer pour que la recherche scientifique se mette au service de l’#écologie

      Parce qu’il ne peut y avoir de #décroissance sans décroiscience

      « En 1972 déjà, le mathématicien #Alexandre_Grothendieck, unanimement reconnu comme un des plus importants de l’histoire, écrivait : “Je ne veux pas dire que la seule cause de tous les maux, de tous les dangers [qui pèsent sur planète], ce soit la #science. Mais en l’état actuel, la science joue un rôle important.” Ce constat n’a rien perdu de sa pertinence. Ni son interrogation : “Allons-nous continuer la recherche scientifique ?” La même année, à la question “Quelles sont les limites à la croissance économique ?”, les auteurs du rapport Meadows répondaient : les ressources de la planète étant finies, comment peut-on diable imaginer une croissance sans fin ?

       » Plus d’un demi-siècle après, l’activité scientifique est principalement au service de la #croissance_économique. Visant à produire brevets, innovations et algorithmes, elle participe au problème, plus qu’à la solution. Dès lors, ne faut-il pas plutôt envisager une “décroiscience” ? Une diminution volontaire et maîtrisée de la recherche scientifique. La question agace. Mais elle mérite d’être posée. »

      Aux prêtres de la religion scientifique qui voient dans la science la solution à tous les problèmes (qu’elle a souvent engendrés), ses critiques les plus radicaux répondent par l’arrêt de toute recherche scientifique. Évitant ces deux écueils, l’auteur de ce livre, épris de rationalité et amoureux des sciences, analyse les #dysfonctionnements de la recherche, sa soumission aux diktats du #capitalisme et des politiques de puissance. Contre la prééminence du #quantitatif sur le #qualitatif, il en appelle à remettre de la #démocratie dans les décisions, les programmes, les finalités. Brider les sciences, car une conclusion s’impose : « Pas de décroissance sans décroiscience. »

      En réponse à l’urgence climatique, on assiste à d’intéressantes #reconversions_professionnelles. Ainsi un physicochimiste travaille désormais sur la boulangerie solaire, un spécialiste des nanotechnologies sur la sidérurgie solaire, une paléoclimatologue se reconvertit dans l’anthropologie des peuples arctiques et un neurobiologiste du CNRS dans l’écologie politique. Un astrophysicien travaille désormais sur les problématiques socio-environnementales et un mathématicien explique que, « ­face à l’extrême urgence de l’anéantissement biologique global, du dérèglement climatique, de la dérive ontologique de la civilisation occidentale et de l’effet catalytique du monde numérique dans cette destruction planétaire, [il s]’intéresse au démantèlement numérique ». Ou encore, un « groupe Grothendieck », constitué « d’étudiant·e·s, de démissionnaires de l’Université, de non experts experts de leur vie, de jardiniers utopistes et de fouineurs d’information », dénonce la collusion entre les recherches et les intérêts militaires. Ces points d’appui permettent d’esquisser ce que pourrait être une recherche au service de la décroissance.

      https://agone.org/livre/decroiscience
      #livre