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L’espace d’un instant, et inversement.

  • Une étude révèle que près d’un loup sur deux serait porteur de gènes de chien, une contamination génétique sans précédent mondial - petitbleu.fr
    https://www.petitbleu.fr/2026/05/11/une-etude-revele-que-pres-dun-loup-sur-deux-serait-porteur-de-genes-de-chi

    Une étude italienne publiée dans Biological Conservation vient de dresser un constat alarmant : 46,7 % des loups analysés en Italie entre 2020 et 2024 présentent des traces d’ADN de chien domestique. Un niveau d’hybridation jamais observé nulle part dans le monde. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme sur l’intégrité génétique du loup sauvage européen, espèce emblématique dont la survie biologique se joue désormais autant dans les laboratoires que sur le terrain.

    Une étude scientifique réalisée en Italie révèle une explosion des cas d’hybridation chien loup. Cette contamination génétique massive chez les loups montre que près d’un loup sur deux porterait des gènes de chien domestique.
    Des chiffres qui n’ont aucun précédent dans l’histoire du loup

    Pour mener cette étude, les chercheurs italiens ont passé au crible l’ADN de 748 loups retrouvés morts entre 2020 et 2024, en les comparant à des échantillons plus anciens pour mesurer l’évolution du phénomène sur le long terme. Le résultat dépasse toutes les projections : 46,7 % des animaux analysés portent une ascendance canine détectable.

    Mieux ou pire près de 30 % des cas correspondent à des hybridations récentes, ce qui signifie que des accouplements entre loups sauvages et chiens domestiques se déroulent encore aujourd’hui, en Italie, à grande échelle. Jamais une telle proportion n’avait été documentée dans aucune population lupine à travers le monde.
    Le chien errant, maillon faible d’une cohabitation mal maîtrisée

    L’étude ne laisse guère de place au doute sur les responsabilités. Dans de nombreuses zones rurales et montagneuses de la Péninsule, des chiens vivent en semi-liberté : abandonnés, livrés à eux-mêmes après une saison de gardiennage de troupeaux, ou simplement insuffisamment surveillés.

    Ces animaux errants croisent régulièrement des loups en dispersion, notamment les jeunes mâles partis coloniser de nouveaux territoires, les plus exposés aux contacts interspécifiques.

    De l’autre côté, le loup lui-même a modifié ses habitudes. En recolonisant progressivement des espaces proches des activités humaines, il s’est exposé à des rencontres autrefois improbables. Cette proximité croissante avec le monde rural crée mécaniquement les conditions d’une hybridation répétée.
    Une menace invisible mais potentiellement irréversible pour l’Europe

    Au-delà des chiffres, ce sont les conséquences comportementales et écologiques qui préoccupent le plus les chercheurs. Les hybrides ne se contentent pas de brouiller les pedigrees : certains développeraient une méfiance réduite envers l’homme, d’autres adopteraient des régimes alimentaires atypiques. À terme, ces dérives pourraient altérer en profondeur les comportements des meutes sauvages et fragiliser leur rôle écologique.

    La menace ne s’arrête pas aux frontières italiennes. Par leurs longs déplacements naturels, les loups porteurs de gènes canins pourraient diffuser progressivement cet héritage génétique dans l’ensemble des populations européennes.

    Face à ces constats, les scientifiques réclament un changement de paradigme dans l’évaluation de l’état de conservation du loup. Compter les individus ne suffit plus : c’est la qualité génétique des populations qu’il faut désormais surveiller.

    Si ce phénomène n’est pas maîtrisé il pourrait à terme progressivement toucher d’autres populations européennes. C’est même l’identité génétique même du loup sauvage qui pourrait être profondément transformée.

  • Sérieusement, monsieur Aghion ? | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/serieusement-monsieur-aghion/00118513

    « J’ai refait d’abord complètement les programmes de SES parce qu’avant ils lisaient Alternatives économiques. Maintenant, on fait vraiment de l’économie sérieuse au lycée. Je suis assez content d’avoir fait ça (…) Maintenant on a de vrais programmes d’économie et de SES dignes de ce nom. (…) En économie, il y avait des gens qui voulaient que ce soit des trucs mondains, où on discutait des inégalités ou de ci ou de ça. Moi j’ai dit : non, non, non, il faut qu’en économie, on ait les outils de base, qu’en sociologie, on ait les outils de base. Une fois que tu as les outils de base, tu peux faire des regards croisés, mais tu dois te coltiner les modèles, les machins, le sweating, comme on dit. »

    Le 16 avril dernier, devant une commission d’enquête du Sénat, Philippe Aghion, professeur au Collège de France et récipiendaire du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, n’y est pas allé par quatre chemins pour dire le peu de bien qu’il pensait de notre journal et de l’enseignement des sciences économiques et sociales (SES) au lycée avant qu’il ne s’en mêle, à la demande d’Emmanuel Macron.

    Ce n’est pas la première fois qu’Alter Eco, les SES et tous les tenants d’une pensée non conformiste font l’objet d’attaques ad hominem de la part d’économistes bien en cour ou d’idéologues du patronat. Il y a tout juste dix ans, Pierre Cahuc et André Zylberberg, pour ne citer qu’eux, signaient un brûlot sur le « négationnisme économique » et « comment s’en débarrasser » avec toutes les connotations nauséabondes que ces termes véhiculent.

    A chaque offensive, nous pourrions nous contenter d’en rire et de hausser les épaules. Faut-il répondre ou traiter ces attaques par l’indifférence ? Remettre une pièce dans la machine ? Ce sont des discussions que nous avons régulièrement en conférence de rédaction.

    Cette fois, nous avons choisi de ne pas laisser passer. Bien sûr, les propos de Philippe Aghion sont insultants pour les trois générations de journalistes qui, depuis 46 ans, ont mis leur exigence et leur sens de la pédagogie au service d’une information économique et sociale indépendante, accessible et tournée vers un public lycéen, étudiant et citoyen, et pas seulement de « décideurs », comme le reste de la presse économique.

    Mais ils le sont aussi pour tous les économistes qui ont travaillé sur les programmes de SES avant Philippe Aghion – Bernard Lassudrie-Duchène, Jean-Luc Gaffard, Roger Guesnerie, Jacques Le Cacheux –, pour les professeurs de lycée qui ont jugé que la qualité des articles d’Alter Eco justifiait qu’ils soient utilisés comme supports de cours, afin d’opérer l’indispensable va-et-vient entre théorie et observation du réel.

    Ils sont également insultants pour tous nos lecteurs et lectrices, qui nous font confiance depuis si longtemps. Leur exigence à notre égard est un aiguillon précieux, qui nous pousse sans cesse à chercher à faire un meilleur journal. Et à étayer les faits, ainsi que la critique.

    Les inégalités, ces « trucs mondains »

    En face, les idéologues de l’économie dominante et les experts libéraux de toutes obédiences opposent bien trop souvent aux alternatives proposées cet argument d’autorité : « C’est pas sérieux. » Lutter contre toutes les formes d’exclusion ? Pas sérieux. Travailler moins longtemps ? Pas sérieux. Taxer les ultrariches, réguler les marchés, favoriser les énergies renouvelables ? Pas sérieux… La course à la profitabilité est affaire de grandes personnes. Fermez le ban !

    La curieuse saillie de Philippe Aghion sur les inégalités, qualifiées de « trucs mondains », est à la fois révélatrice et sidérante. Comment l’interpréter autrement que comme une forme de déconnexion d’avec le réel ? Comme si, au-delà de leur enjeu social et politique, elles ne constituaient pas un objet d’étude et un défi de nature proprement économique qui menace les démocraties. Aurait-il oublié qu’il y a une dizaine d’années, lui-même s’était intéressé aux liens entre croissance, inégalités et mobilité sociale ?

    Mais à la confrontation au réel, Philippe Aghion préfère les « outils de base ». Qu’on se le dise : hors de la modélisation, point de salut ! Tant pis si les hypothèses qui ont servi à construire ces modèles peuvent être discutables. Et adieu le débat d’idées !

    Depuis ses origines, face à une discipline qui s’enfermait dans le carcan de la formalisation, Alternatives Economiques a ouvert ses colonnes à la pensée non conformiste en économie, c’est-à-dire aux penseurs n’hésitant pas à croiser les regards d’autres disciplines pour analyser les phénomènes économiques. Comme le rappelait très justement Bernard Maris, l’économie est une chose trop sérieuse pour la laisser aux seuls économistes. Ce pluralisme n’est visiblement pas du goût du professeur au Collège de France, même s’il lui est arrivé d’être interviewé dans notre journal.

    Enfin, il est permis de poser une question : à l’heure des plans sociaux massifs qui déciment les rédactions, au moment où les fake news envahissent l’espace public et où les milliardaires de droite et d’extrême droite enchaînent les rachats de médias, est-il vraiment sérieux, monsieur Aghion, de s’attaquer au dernier journal économique indépendant de France ?

  • Marathon judiciaire contre une suppression d’AAH (titre modifié par moi)
    https://www.sudouest.fr/gironde/le-marathon-judiciaire-gagne-par-un-athlete-handisport-bordelais-28930103.p

    Victime d’un AVC à la naissance, hémiplégique et épileptique, Grégory Mouyen s’est vu retirer en 2021 son allocation aux adultes handicapés (#AAH) au motif principal qu’il pratique la course à pied de façon soutenue. Il vient d’obtenir gain de cause

    Cinq ans de #procédure judiciaire, c’est long, surtout lorsque le stress peut avoir des répercussions sur votre état de santé. Âgé de 44 ans, Grégory Mouyen est sujet à des crises d’épilepsie, séquelles d’un AVC survenu à la naissance. « Trois facteurs peuvent provoquer mes malaises épileptiques, les efforts, la fatigue et la contrariété. Maintenant, j’en fais presque tous les jours, parfois trois fois par jour. Mentalement, j’étais au fond du trou avec cette affaire. Avant, j’en faisais trois à quatre par semaine. »

    Il montre deux cicatrices, l’une sur son front, l’autre sur son menton. « Dans un salon de thé, je suis tombé de toute ma hauteur et j’ai explosé la vitrine, raconte cet homme à la silhouette imposante, qui mesure 1,94 m. J’ai également cassé la télévision de ma mère. » Sa plus grosse frayeur, c’est quand il a passé « quinze minutes à convulser » après avoir chuté dans sa douche. Paralysé de tout le côté gauche, il ne peut se servir de son bras et de sa main gauches. Sa jambe gauche, plus courte que l’autre de quelques centimètres, n’est pas « musclée du tout ». Par conséquent, il « boite beaucoup ».

    Charisme

    Des gestes de la vie quotidienne lui sont impossibles, comme couper sa viande, s’habiller, conduire, nouer ses lacets ou se mettre du déodorant sous l’aisselle droite. On ne peut qu’être ému lorsqu’il évoque ses troubles cognitifs, avec un sourire fataliste, le doigt pointé vers son hémisphère droit : « J’ai un cerveau en moins. Il fonctionne au ralenti. » Malgré ses difficultés d’élocution, qui ne l’empêchent pas d’aller au bout de ses raisonnements, il se dégage de Grégory Mouyen un étonnant charisme. « Il est très attachant », acquiesce son avocate, Me Juliette Giard.

    Edit avec le paywall, aucun détail sur la procédure n’est accessible…

    #CAF #MDPH

  • Cancer : des chercheurs mettent en évidence un lien entre les tumeurs colorectales chez les jeunes et un pesticide jugé sans risque
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/13/cancer-des-chercheurs-mettent-en-evidence-un-lien-entre-les-tumeurs-colorect

    Une équipe espagnole a repéré la signature moléculaire d’un herbicide dans les tumeurs de patients de moins de 50 ans, une population dans laquelle les cancers colorectaux sont en croissance rapide. Une approche novatrice qui remet en cause les protocoles réglementaires d’autorisation et la surveillance des pesticides.
    Par Stéphane Foucart

    Le #piclorame est un #pesticide utilisé depuis plusieurs décennies. Inconnu de l’opinion publique, il n’a jamais été classé #cancérogène, il est peu étudié et aucune autorité sanitaire ne surveille l’exposition de la population à cette substance. Des travaux novateurs, publiés dans la dernière édition de la revue Nature Medicine identifient pourtant cet herbicide comme une cause possible de l’envolée des #cancers colorectaux chez les moins de 50 ans.

    Appelée à faire date selon plusieurs chercheurs consultés par Le Monde, l’étude conduite par Jose A. Seoane (Institut d’oncologie Vall d’Hebron, à Barcelone, en Espagne) et ses coauteurs combine biologie moléculaire et #épidémiologie à grande échelle, et apporte des éléments d’explication inédits à une énigme épidémiologique tenace.

    Alors que son incidence décline chez les plus âgés, le cancer colorectal est en effet de plus en plus fréquent chez les jeunes dans de nombreux pays, dont la France. (...)

    https://justpaste.it/lsgsf

    voir aussi Cancer : pourquoi la France fait partie des pays les plus touchés au monde
    https://seenthis.net/messages/1139908

    #nonmaisc'estpasprouvé

  • « Aujourd’hui, les plateformes de médias sociaux ne sont plus axées sur les activités sociales. Au contraire, la plupart nous offrent un média de diffusion et nous incitent à apprendre à manipuler les algorithmes afin de créer, nous aussi, des actifs pour les grandes entreprises. Puisque la taille est valorisée dans cette économie de plateforme, nous sommes encouragés à nous mettre en scène pour rechercher la célébrité et l’attention. En théorie, nous pouvons toujours créer du contenu pour nos 15 amis, mais rien ne garantit qu’ils verront nos publications. Pour être vus, il faut faire des efforts. » Qu’importe si nous ne savons plus lesquels.

    Pour danah boyd, « nous vivons désormais dans un monde de médias parasociaux ».

    « Les relations parasociales sont des connexions unilatérales où l’on suit la vie et les activités de personnes – comme des célébrités – qui ne nous connaissent pas et pour lesquelles on ne ressent aucune obligation de réciprocité. Dans un monde parasocial, on consacre son attention et ses émotions au suivi des péripéties d’individus qui évoluent à distance. Les relations parasociales peuvent être intenses émotionnellement, mais elles ne créent pas le tissu social qui nous soutient dans les moments difficiles. »

    https://danslesalgorithmes.net/2026/05/13/les-medias-sociaux-nen-sont-plus

  • Explore 25 Incredible Photos of the Milky Way Captured Around the World — Colossal
    https://www.thisiscolossal.com/2026/05/milky-way-photographer-of-the-year-contest-2026

    Organized by Capture the Atlas, the 2026 Milky Way Photographer of the Year saw a record number of submissions, with more than 6,500 entries representing a wide range of landscapes and perspectives around the world. Just 25 were selected as the top images, representing 12 different regions from the Canary Islands to New Zealand to Argentina.


    Brendan Larsen, “Milky Way over Syme Hut and Mt. Taranaki.” Syme Hut, Mt Taranaki, New Zealand​

  • Sam #Altman veut scanner vos yeux pour prouver que vous êtes humain sur Tinder, Zoom et DocuSign
    https://usbeketrica.com/fr/article/sam-altman-veut-scanner-vos-yeux-pour-prouver-que-vous-etes-humain-sur-

    #Sam_Altman, le patron d’#OpenAI, est aussi à la tête de #World, une #start-up qui propose de #scanner notre #iris pour prouver notre #humanité à l’ère des bots. L’entreprise vient de signer des partenariats avec #Tinder, #Zoom et #DocuSign, s’immiscant das nos vies intimes et professionnelles. Retour sur la genèse d’un des projets tech les plus controversés du moment.

    #biométrie

  • #Pacte_vert : #Bruxelles enterre six ans de promesses sur les produits chimiques sous la pression des industriels - Les Echos
    https://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/pacte-vert-bruxelles-enterre-six-ans-de-promesses-sur-les-produits-chimique

    La #Commission_européenne a officiellement renoncé lundi à réviser en profondeur sa #législation sur les substances #chimiques. Derrière ce renoncement, l’influence des #lobbys #industriels et une #Europe qui a troqué ses ambitions vertes contre l’impératif de compétitivité.

    La #compétitivité, c’est la #pollution, et réciproquement.

    #externalités_négatives #capitalisme

  • Les #LLM dégradent profondément vos documents

    On avait déjà attiré l’attention sur les grandes #limites de l’IA pour produire des #synthèses (https://danslesalgorithmes.net/stream/manipuler-la-synthese-de-document), au risque de valoriser certaines informations sur d’autres. Microsoft Research vient de publier un article et un benchmark : ils ont proposé 52 documents à 19 modèles concurrents dont les modèles de pointe. Chaque modèle reçoit un document et une série d’instructions de modification, une vingtaine maximum. A la fin de la série d’instruction, 25% à 50% du contenu se retrouve dégradé (analyse faite en comparant simplement les contenus des documents). Si on étend encore les instructions à une centaine, la courbe de la dégradation continue. Les chercheurs parlent de « #déclin_monotone ». Ils constatent également que les performances à court terme ne prédisent pas la fiabilité à long terme. « Deux modèles qui semblaient presque identiques après deux interactions (91,5 % contre 91,1 %) ont divergé de façon spectaculaire au fil du temps (48,3 % contre 64,1 %). » La dégradation est parfois brutale. Sur les 50 domaines d’activité testés auxquels ils ont confié des documents pour des tâches d’#édition, le seul domaine qui fonctionne reste le code #python : la dégradation est très faible, les contenus restent stables sur 17 des 19 modèles, à 98%. Mais par exemple, sur un tableur, seulement 50% des lignes d’origine sont encore présentes après 20 itérations : l’ordre des lignes, les noms de colonnes et le nombre de lignes sont plus dégradées encore.

    La démonstration permet de montrer que l’usage des LLM risquent de n’être fonctionnels que pour le code, car le code à une définition mécanique, c’est-à-dire qu’il existe une spécification lisible par machine permettant de vérifier la sortie (mais la démo montre que quand il s’agit de structure des bases de données SQL, les résultats sont déjà beaucoup moins parfaits). « Partout où la correction exige de la #compréhension, les modèles s’effondrent », explique le développeur norvégien Christian Ekrem sur son blog. Pire : la #corruption est invisible par conception, « silencieuse ».

    « Le plus inquiétant, c’est la manière dont ces #erreurs se produisent. Elles sont rares, mais graves. Le modèle ne transforme pas votre document en charabia. Il y apporte de petites #modifications, assurées (!), qui paraissent inoffensives au premier coup d’œil. Un détail déplacé. Une précision omise. Un sens subtilement altéré. Une phrase réorganisée pour en modifier l’ordre. Il faudrait lire attentivement l’ensemble du document, en le comparant à l’original, pour s’en apercevoir. Et personne ne le fait. »

    Dans vos slides, votre « environ 30% » va devenir « 30% »… puis « 20% ». Dans un contrat, « sous certaines conditions » s’efface. « Après signature » devient « avant signature »… Non seulement les erreurs s’accumulent, mais elles interagissent : « une corruption précoce modifie le contexte, ce qui décale les résultats suivants, et ainsi de suite ». Vous continuez à travailler sur une version corrompue qui ne dit déjà plus ce que vous pensiez. « Si cela ne vous terrifie pas, je doute que ayez déjà travaillé avec des documents importants. (…) Lorsque vous déléguez la maintenance documentaire à un LLM, la théorie meurt doublement. Premièrement : vous n’avez pas acquis la compréhension, car vous avez délégué au lieu de vous impliquer directement dans le sujet. Deuxièmement : le LLM a insidieusement altéré le document lui-même. Vous vous retrouvez donc sans modèle mental ni représentation écrite précise. Vous avez, pour ainsi dire, perdu à la fois la carte et le territoire. »

    https://danslesalgorithmes.net/stream/les-llm-degradent-profondement-vos-documents
    #qualité #dégradation #LLMs #IA #AI #intelligence_artificielle

    • LLMs Corrupt Your Documents When You Delegate

      Large Language Models (LLMs) are poised to disrupt knowledge work, with the emergence of delegated work as a new interaction paradigm (e.g., vibe coding). Delegation requires trust - the expectation that the LLM will faithfully execute the task without introducing errors into documents. We introduce DELEGATE-52 to study the readiness of AI systems in delegated workflows. DELEGATE-52 simulates long delegated workflows that require in-depth document editing across 52 professional domains, such as coding, crystallography, and music notation. Our large-scale experiment with 19 LLMs reveals that current models degrade documents during delegation: even frontier models (Gemini 3.1 Pro, Claude 4.6 Opus, GPT 5.4) corrupt an average of 25% of document content by the end of long workflows, with other models failing more severely. Additional experiments reveal that agentic tool use does not improve performance on DELEGATE-52, and that degradation severity is exacerbated by document size, length of interaction, or presence of distractor files. Our analysis shows that current LLMs are unreliable delegates: they introduce sparse but severe errors that silently corrupt documents, compounding over long interaction.

      https://arxiv.org/abs/2604.15597

  • Métacognition : comment le cerveau évalue ses propres décisions ? | Pour la Science
    https://www.pourlascience.fr/sd/neurosciences/metacognition-comment-le-cerveau-evalue-ses-propres-decisions-29155.ph

    Savoir reconnaître quand on a tort ou raison est aussi important pour la prise de décision que pour le bien-être psychologique. C’est ce que nous explique le neuroscientifique Steve Fleming, spécialiste de l’évaluation de ses propres processus mentaux, ou métacognition.

    La métacognition est un sujet de recherche assez inhabituel. Comment en êtes-vous venu à l’étudier ?

    J’ai étudié la psychologie expérimentale à Oxford, où j’ai eu l’occasion de travailler avec le psychologue Paul Azzopardi. Il mène des recherches sur la « vision aveugle », un phénomène provoqué par des lésions cérébrales particulières : les patients ont l’impression de ne rien voir mais restent capables d’utiliser des informations visuelles pour accomplir certaines tâches. Il s’agit là d’une dissociation fascinante entre l’expérience subjective et les capacités fonctionnelles réelles.

    À cette époque, je n’avais pas encore trouvé comment relier mes idées philosophiques sur l’expérience consciente à des facteurs mesurables en laboratoire. Mais depuis lors, ma carrière s’est progressivement orientée vers la réalisation de mon objectif initial : employer des modèles mathématiques issus de la psychologie pour expliquer certains aspects de la conscience de soi.

    Comment mesure-t-on la métacognition en laboratoire ?

    On mesure classiquement les performances objectives sur une tâche, puis on demande aux participants d’évaluer l’exactitude de leurs propres réponses, généralement sous la forme d’un jugement de confiance. La tâche consiste par exemple à estimer si un réseau de lignes (grating) est incliné vers la gauche ou vers la droite, ou à comparer la luminosité de deux stimuli visuels présentés l’un après l’autre. Il s’agit donc d’un jugement sur le monde extérieur. La question métacognitive vise ensuite à évaluer la confiance des participants dans leur décision.

    Collecter un grand nombre de ces jugements permet d’observer dans quelle mesure la confiance correspond bien à la performance, essai par essai. Si la confiance est à la fois élevée pour un essai réussi et moindre pour une erreur, c’est le signe d’une bonne « efficacité métacognitive ». Cette mesure sert à quantifier les différences de métacognition entre les individus ou les groupes.

    Quelles sont les bases cérébrales de ces différences ?

    Une méthode courante pour déterminer les bases cérébrales d’une bonne métacognition consiste à examiner les différences d’activité et de structure cérébrales entre les individus, en utilisant des techniques d’imagerie comme l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et la magnétoencéphalographie. Mais nous avons réalisé que cette approche était limitée.

    Le domaine a donc évolué. Récemment, nous nous sommes plutôt intéressés à la relation entre les schémas d’activité cérébrale et les variations d’essai en essai dans la confiance en ses propres décisions. Nous avons découvert que cette confiance est évaluée en plusieurs étapes. Quand on essaie de déterminer l’orientation d’une ligne, par exemple, les neurones sensibles aux différentes orientations possibles s’activent à des degrés divers, reflétant l’incertitude sur le stimulus perçu. Les recherches montrent que des informations contradictoires à ce niveau-là affectent l’estimation de la confiance ensuite.

    Certaines données suggèrent également l’existence d’une autre forme d’évaluation, à un niveau supérieur : plusieurs zones du cortex préfrontal estiment ainsi la confiance de manière plus générale, quelles que soient les régions activées par la tâche accomplie. Ce processus se poursuit après la prise de décision et le cerveau prend alors également en compte des informations qui n’étaient pas disponibles au départ. Comme s’il essayait de déterminer s’il a vu juste ou s’il s’est trompé.

    Cette évaluation semble presque automatique. Elle ne nécessite aucune instruction externe ni aucun effort conscient. Mais lorsque nous interrogeons nos volontaires sur leurs performances, et que nous leur demandons ainsi de s’engager consciemment dans un jugement de métacognition, ils paraissent passer par une autre étape de traitement. Celle-ci implique les régions frontopolaires (situées tout à l’avant du cortex), qui sont particulièrement développées chez les humains par rapport aux autres primates. Ces dernières s’activent lorsque les estimations métacognitives sont utilisées pour communiquer avec les autres ou pour contrôler consciemment son comportement, comme les participants de nos expériences devaient le faire.

    Que se passe-t-il quand la métacognition n’est pas efficace ?

    Plusieurs travaux ont trouvé qu’un manque de confiance généralisé en ses propres décisions est associé à des symptômes d’anxiété et de dépression. Pourtant, ceux qui souffrent de ce sentiment réussissent aussi bien les tâches que les autres. L’une des énigmes que nous cherchons à résoudre est donc de savoir pourquoi ces personnes ne tirent pas les leçons de leurs propres performances. Pourquoi sont-elles incapables de réaliser qu’elles s’en sortent plutôt bien et d’actualiser leur confiance dans leurs compétences et leurs capacités ?

    Nous avons constaté qu’au niveau de chaque essai individuel, les individus souffrant d’anxiété et de dépression ont autant de chances que les autres de générer des réponses associées à une confiance élevée. Mais ils n’intègrent pas ces signaux dans l’estimation globale de leurs résultats – ni, vraisemblablement, dans leur vie quotidienne. En revanche, ils assimilent parfaitement les données issues d’essais où ils n’étaient pas très confiants.

    Fait intéressant : leur donner un retour explicite sur leurs performances corrige cette asymétrie. Si nous leur signalons quand ils ont raison, ils se rendent compte qu’ils s’en sortent en réalité plutôt bien.

    Les recherches suggèrent-elles d’autres pistes pour aider les personnes qui manquent de confiance en elles ?

    Dans une étude récente, nous avons montré que chez les personnes anxieuses, le manque de confiance s’aggrave avec le temps : d’abord léger juste après la prise de décision, il est plus marqué quelques secondes plus tard – toutes choses égales par ailleurs –, et cela ne fait qu’empirer ensuite. Selon nous, ces sujets mobilisent tous les mécanismes cérébraux que j’ai évoqués pour réfléchir à leurs propres décisions et actions. Autrement dit, ils passent trop de temps à ruminer sur leurs performances.

    Un conseil concret que l’on peut en déduire est que si vous vous savez sujet à ce genre de biais, il vaut mieux ne pas trop réfléchir après avoir pris une décision. Si, dans les moments qui suivent, vous estimez que c’était un choix raisonnable… foncez !

    Qu’en est-il de ceux qui sont, au contraire, trop confiants ? Une caractéristique qui semble parfois utile, dans la société actuelle…

    Il est très intéressant de réfléchir à ce qui est adaptatif au niveau sociétal. Qu’est-ce qui favorise la réussite ? Selon moi, une confiance légèrement surdimensionnée combinée à une bonne sensibilité métacognitive (qui vous aide à réaliser quand vous avez vraiment tort) représente un mélange assez puissant. Car, comme vous le dites, de nombreuses recherches suggèrent que les personnes un peu trop confiantes réussissent bien socialement. Elles ont tendance à être appréciées et à se voir confier des postes de pouvoir, parce qu’elles semblent déterminées.

    Pour autant, personne ne souhaite qu’un individu inconscient de ses capacités et de ses limites se fraie un chemin jusqu’au sommet par un bluff perpétuel. Je pense donc qu’il existe un juste milieu, où une assurance un peu excessive aide à être perçu comme compétent, mais où il faut veiller à ne pas trop se laisser séduire par la confiance en soi – que ce soit la sienne ou celle des autres.

    Nous avons aussi constaté que les personnes à l’esprit ouvert, qui sont prêtes à reconnaître que leur point de vue n’est pas le seul valable et qui estiment qu’il est important d’écouter les opinions de ceux qui pensent différemment, ont tendance à faire preuve d’une meilleure métacognition dans le type de tâches que nous étudions en laboratoire. Cette capacité les incite à rechercher de nouvelles informations et à réviser leurs croyances quand elles se révèlent inexactes. Un ensemble solide de preuves suggère que cela conduit à développer une vision du monde plus exacte.

    Serait-il possible d’entraîner la métacognition à l’aide de ce type de tâches, et pensez-vous que cela pourrait contribuer à réduire les tensions sociales que nous connaissons actuellement ?

    Je pense que le manque de métacognition est loin d’être la seule raison de la polarisation actuelle. Mais nos recherches offrent des outils pour essayer de cultiver la capacité à réfléchir de manière critique à sa propre pensée, à ses connaissances et à ses décisions, sans forcément entrer dans le domaine politique.

    Le cadre éducatif recèle à mon avis un grand potentiel pour la diffusion de ces outils. Les parents et les enseignants encouragent implicitement les enfants à être plus conscients d’eux-mêmes, mais ils le font rarement de manière explicite : la métacognition n’est pas enseignée comme les mathématiques, l’histoire ou la physique. Je pense pourtant que ce serait un moyen très efficace de développer des modes de pensée plus ouverts.

  • #Mégabassines, #data_centers : « La guerre contre l’#eau s’est intensifiée »

    Dans le livre-enquête « Les Assoiffeurs », les journalistes Nicolas Celnik et Fabien Benoit montrent comment certains acteurs privés accaparent, avec la bénédiction de l’État, une ressource de plus en plus rare et de plus en plus polluée.

    DepuisDepuis dix ans, un tiers du territoire français subit des restrictions d’eau et le pays vit désormais au rythme d’épisodes de sécheresse toujours plus longs et plus intenses. Qui demain aura accès à l’eau ? De quelle qualité ? Depuis les années 1980, près de 14 000 captages d’eau potable ont dû fermer en raison de taux de pollution aux pesticides trop importants. Et le scandale de la contamination massive aux PFAS ne fait que commencer…

    À Sainte-Soline, les militants en lutte contre l’accaparement de l’eau par le modèle agricole productiviste ont reçu pour toute réponse du gouvernement un déluge de grenades.

    Dans une enquête fouillée, les journalistes Fabien Benoit et Nicolas Celnik montrent comment certains acteurs privés, des producteurs de maïs aux promoteurs de data centers, font main basse sur l’eau, avec la bénédiction de l’État.

    Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau (Les Liens qui libèrent, 2026) pointe comment certains comptent aussi capitaliser sur la raréfaction de la ressource et sur les inquiétudes concernant la santé. Entretien.

    « Mediapart » : La loi d’urgence agricole qui arrive à l’Assemblée nationale le 19 mai comporte un important volet sur l’eau. Une fois de plus, le gouvernement veut « sécuriser » l’accès à l’eau pour les agriculteurs et agricultrices irrigant·es, au détriment des autres usagers et usagères, en favorisant notamment la construction de mégabassines.

    Fabien Benoit : On a beaucoup parlé de guerre de l’eau, notamment autour des bassines. Pour nous, il y a surtout une guerre contre l’eau, c’est-à-dire contre cette ressource, pour l’accaparer, pour l’abîmer. Cette loi d’urgence agricole en est un nouvel épisode. Si on met d’ailleurs bout à bout la loi d’orientation agricole qui consacre l’intérêt majeur de l’agriculture, les arrêtés sécheresse qui exonèrent régulièrement les plus gros accapareurs de l’eau, et la révision de la directive-cadre eau européenne qui est sur la table…, on se rend compte que cette guerre contre l’eau s’est intensifiée, au détriment de sa qualité, de sa disponibilité.

    Nicolas Celnik : Il y a dans ce projet de loi deux articles qui entrent en résonance avec notre enquête : l’article 6, qui prévoit que le préfet puisse déroger aux schémas d’aménagement et de gestion des eaux (Sage) pour des projets d’ouvrage de stockage de l’eau, et l’article 5, qui rend facultative la consultation publique pour construire une bassine. Cela correspond à ce que le chercheur Sylvain Baron appelle la « préfectorialisation de la politique de l’eau ». C’est la volonté de donner aux préfets des moyens de contourner cette démocratie locale de l’eau, qui est certes imparfaite, mais qui reste une expérimentation démocratique vraiment intéressante. Là, on assiste à une « reverticalisation » des politiques de l’eau au nom des intérêts économiques.

    Vous montrez bien dans votre livre comment ceux que vous appelez les « assoiffeurs » parviennent à s’affranchir du droit commun pour faire main basse sur la ressource.

    N. C. : Nous avons cherché à comprendre les stratégies des grands acteurs économiques (agriculture, data centers, embouteilleurs…) qui s’assurent qu’ils bénéficieront de réserves d’eau, même dans des situations de tension sur la ressource. Leur travail de lobbying a été, effectivement, de normaliser des situations d’exception. Alors qu’il existe en France une hiérarchie des usages de l’eau qui priorise la santé humaine, puis les écosystèmes et enfin les enjeux économiques, être parvenu à imposer l’agriculture comme « d’intérêt général majeur » dans la loi inverse cette hiérarchie. On normalise le fait qu’en cas de sécheresse, l’activité économique vaut autant que la préservation de l’environnement. Une mégabassine est présumée dans la loi Duplomb d’intérêt général majeur.

    F. B. : Et quand on parle de « l’agriculture qui a besoin d’eau », il faut rappeler quelques ordres de grandeur. L’agriculture représente 60 % de la consommation d’eau douce en France, 92 % de cette eau-là va à l’agriculture irriguée. Et les surfaces irriguées en France, c’est 7 à 8 % des surfaces. Donc, 93 % du monde agricole n’a pas besoin de beaucoup d’eau. Ce n’est pas « l’agriculture » qui a besoin d’énormément d’eau mais un certain modèle agro-industriel qui produit de la céréale, dont en bout de chaîne 7 % environ sert finalement à l’alimentation humaine.

    Vous dites que c’est la répression des manifestant·es de Sainte-Soline contre les mégabassines qui vous a donné l’envie de faire ce livre. Pourquoi ?

    F. B. : L’usage extrême de la violence pour réprimer des militants qui défendaient l’eau comme un patrimoine commun, ce qui est inscrit dans la loi, nous a effectivement frappés. L’idée d’accaparement de l’eau était au cœur de cette mobilisation et cela nous a conduits à nous interroger sur les acteurs qui aujourd’hui accaparent cette ressource avec le soutien de l’État.

    N. C. : Concernant l’agriculture, c’était intéressant d’essayer d’enquêter sur le fonctionnement de ce petit monde du lobbying de la FNSEA. Le principal syndicat agricole a un groupe dédié spécialement au lobbying sur la production du maïs, et ce lobby a son propre lobby interne spécialement dédié à l’irrigation du maïs. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin de beaucoup d’eau pour le maïs, et en particulier au pic de chaleur, parce que c’est une plante tropicale.

    Ils ont travaillé à diffuser l’idée, notamment dans les médias, qu’il fallait absolument stocker l’eau d’hiver pour l’été parce que sinon l’eau « partirait à la mer ». En fait, d’après les compréhensions du cycle de l’eau, il est au contraire important de laisser l’eau s’infiltrer dans la terre, être stockée dans des zones humides, comme l’expliquent les hydrogéologues. Le lobbying de la FNSEA a aussi consisté à faire travailler le concept de « souveraineté alimentaire », qui signifiait initialement la capacité de manger ce qu’on produit, et qui désigne à présent la capacité de choisir vers qui l’on exporte notre production. Au nom de la « souveraineté alimentaire », on soutient les producteurs de maïs qui exportent pour nourrir le bétail.

    Et vous montrez aussi comment désormais la transition écologique – avec le besoin d’électrifier les usages – sert aussi de prétexte à sécuriser l’accès à l’eau pour les industriels des semi-conducteurs ou des data centers.

    F. B. : Oui, parce qu’on a une transition écologique qui est carbo-réductionniste, c’est-à-dire qui s’intéresse uniquement aux émissions de CO2, en occultant tout le reste. Et, effectivement, l’électrification, comme le numérique, implique une course aux métaux, ce qui veut dire des besoins colossaux en eau.
    C’était important pour nous de déconstruire certaines idées reçues, notamment celle d’une « transition écologique et numérique ».

    Comme si, en soi, le numérique était synonyme de mieux-disant écologique. C’est absolument faux et c’est le fruit d’un récit, forgé depuis des décennies, pour nous faire croire que le numérique s’affranchirait de la matière et de la pression sur les écosystèmes.

    En réalité, depuis les mines, en passant par la production de semi-conducteurs, le fonctionnement des data centers, jusqu’à tous les appareils numériques qu’on a entre nos mains, on a un continuum qui demande beaucoup, beaucoup de matières premières et, à chacune des étapes, énormément d’eau. À un moment, ce n’est plus soutenable.

    Face à ce secteur-là qui est dans une croissance exponentielle, notamment en raison du développement de l’intelligence artificielle (IA), il y a une forme de gouffre hydrique qui se présente devant nous. Il faut se rappeler que le secteur des data centers, c’est 30 % de croissance par an. Aux États-Unis, on construit plus de data centers que de bureaux. Là, le côté systémique est intéressant, car qui pointe le bout de son nez dans cette équation-là ? Ce sont les acteurs industriels de l’eau, qui disent : « Vous n’y arrivez pas, mais on peut vous construire une usine de désalinisation, on peut produire de l’eau pour vous. »

    Effectivement, vous le montrez bien, plus la ressource en eau est dégradée, plus il y a un marché.

    N. C. : Oui, ce sont des sortes d’intérêts bien compris où le secteur des technologies de dépollution de l’eau devient l’acteur qui permet aux autres leur forme d’accaparement. Sans ces « solutions » de traitement de l’eau de plus en plus complexes et chères, on serait obligés de se demander justement comment on utilise l’eau, comment on se la partage. En somme, de questionner les usages de l’eau.

    Là-dessus, nous racontons comment des géants de l’eau comme Veolia, Suez et d’autres, qui faisaient leur business en distribuant l’eau dans les villes, ont été obligés de revoir leur modèle, prenant acte d’un mouvement de remunicipalisation (à la suite de nombreux scandales financiers notamment). Ils se présentent depuis une dizaine d’années comme des champions de la « transition écologique » et de la dépollution. D’après leurs déclarations aux investisseurs, leurs clients ne sont pourtant pas les usagers individuels, vous et moi, qui avons besoin d’eau pure au robinet : leurs principales cibles commerciales sont les infrastructures industrielles, comme les data centers ou les usines de semi-conducteurs, qui ont besoin d’eau très pure pour ne pas corroder leurs équipements, etc.

    Ces procédés sont aussi extrêmement énergivores et ont des effets délétères sur les écosystèmes. L’eau relève d’enjeux éminemment locaux. Ce qui est prélevé ici ne peut pas être compensé en remplissant une nappe à l’autre bout du pays. Et puis derrière, quid de tous les autres effets de l’extraction minière, sur la biodiversité, sur la destruction des terres arables qu’on utilise pour alimenter cette machine ?

    F. B. : Ce solutionnisme technologique est un autre nom pour le business as usual et la destruction du vivant. La réutilisation des eaux grises, qui semble être du bon sens, c’est une façon de ne pas questionner les usages, de les pérenniser, et c’est de l’eau qui n’est pas rendue aux milieux. Donc, cela portera atteinte à la bonne santé des écosystèmes.

    Et puis, on peut dérouler le même raisonnement sur la désalinisation, qui répond à la même logique, avec toujours des conséquences très lourdes d’un point de vue écologique. L’impensé, c’est celui des interdépendances. On ne peut pas traiter le sujet de l’eau isolément, sans traiter celui de la biodiversité, de la santé des milieux, de la santé humaine. Alors que dans le débat public, dans les discours politiques, le sujet a tendance à être traité de manière uniquement technique, comme une question de flux, de stocks. Les industriels de l’eau parlent de « produire de l’eau », comme si on pouvait en fabriquer de toutes pièces, ce qui est complètement inepte.

    L’eau en bouteille a historiquement construit son modèle économique sur celui de la santé. Les industriels ne voient pas d’un mauvais œil l’inquiétude grandir sur la qualité de l’eau.

    F. B. : Le risque avec l’eau en bouteille, deux mille fois plus énergivore que l’eau du robinet, c’est que cela devienne effectivement une réponse de marché à un problème public, qui est celui de la qualité de l’eau. Et en même temps, l’industrie de l’embouteillage a subi quand même des revers, des polémiques qui font que la pureté supposée des eaux en bouteille en a pris un coup. Un doute est en train de se diffuser autour des eaux en bouteille, avec, évidemment, le cas emblématique de Nestlé, mais pas uniquement.

    Et il y a tout ce qu’on ne veut pas voir quand on parle de qualité de l’eau au sens large, qu’il s’agisse de l’eau en bouteille ou du robinet. Il y a plein de choses qu’on ne tente pas de détecter. Sur la question des PFAS, c’est particulièrement interpellant. On se rend compte qu’on contrôle 20 PFAS depuis janvier 2026, alors que l’EPA américaine parle de 14 000 variétés de PFAS ou qu’une autre agence américaine évoque plutôt 2 millions. Il y aurait sans doute une panique morale totale si on commençait à essayer de détecter tout ça.

    N. C. : Face aux pollutions au PFAS, aux pesticides, on se dit : soit on boit de l’eau en bouteille, soit on « maxifiltre » l’eau qui va arriver au robinet. Et c’est ce qu’on voit en Île-de-France avec le projet du Syndicat des eaux de la région, qui est un projet à 1 milliard pour avoir de l’eau potable pour une partie des communes d’Île-de-France, dont Paris ne fait pas partie. Ce projet mise très majoritairement sur le traitement, alors qu’il serait entre cinq et dix fois moins cher de prévenir plutôt que guérir, d’après certaines études. La régie publique Eau de Paris, par exemple, a essayé de passer des pactes avec les agriculteurs pour avoir moins d’épandage de pesticides, donc ils peuvent se permettre de mettre en place des solutions de traitement moins coûteuses.

    Mais certains y trouvent leur compte. L’entreprise DuPont, qui est une grande émettrice de PFAS, est la même qui vend des membranes de filtration des PFAS pour potabiliser l’eau. Water Europe, qui est le lobby européen des entreprises de traitement de l’eau, dont Suez-Veolia et autres, demande à la Commission européenne 255 milliards sur cinq ans, juste pour investir dans ces technologies de traitement. Il y a un risque de système à deux vitesses, entre les grandes métropoles qui pourront investir dans ces systèmes très coûteux de dépollution de l’eau et des communautés de communes rurales pour lesquelles ce sera beaucoup trop cher.

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/080526/megabassines-data-centers-la-guerre-contre-l-eau-s-est-intensifiee
    #centres_de_données #guerre_de_l'eau #privatisation #rareté #pollution #sécheresse #eau_potable #pesticides #PFAS #Sainte-Soline #accaparement #guerre_contre_l’eau #agriculture #préfectorialisation #démocratie #démocratie_locale #reverticalisation #économie #intérêts_économiques #lobbying #santé #écosystèmes #intérêt_général_majeur #loi_Duplomb #irrigation #industrie_agro-alimentaire #répression #résistance #violence #FNSEA #maïs #cycle_de_l’eau #souveraineté_alimentaire #élevage #bétail #transition #numérique #matières_premières #IA #AI #intelligence_artificielle #data_centers #centres_de_données #dépollution #Veolia #Suez #business #remunicipalisation #municipalisation #semi-conducteurs #énergie #techno-solutionnisme #eaux_grises #désalinisation #interdépendances #biodiversité #eau_en_bouteille #Nestlé #qualité #qualité_de_l'eau #pesticides #business #DuPont #filtration #Water_Europe

    • Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau

      Le 25 mars 2023, à Sainte-Soline, un déluge de grenades s’abat sur les manifestants. Plusieurs personnes restent à terre. Deux tombent dans le coma. Marqués par cet épisode, Fabien Benoit et Nicolas Celnik se lancent dans une vaste investigation et découvrent que les mégabassines ne sont que l’arbre qui cache la forêt.

      Ils livrent ici les résultats de leur enquête, menée sur plus de deux ans, sur ces entreprises qui ont fait main basse sur l’eau, ces « assoiffeurs » qui ont privatisé ce bien commun et prévoient désormais de tirer profit de la pénurie qui s’annonce, avec le soutien de l’État.

      Cet ouvrage entend mettre à jour les stratégies et plans pensés par ces entreprises pour accroître encore leur emprise en faisant appel au solutionnisme technologique, qui nous enserre collectivement et nous empêche d’enclencher une véritable discussion politique et démocratique sur le partage de l’eau.

      Du lobbying en faveur des mégabassines aux efforts des grands acteurs du numérique pour masquer leur consommation d’eau, en passant par les manœuvres des producteurs de PFAS pour vendre des solutions dépolluantes à des prix exorbitants, ce livre-enquête révèle l’ampleur du dévoiement de la « démocratie de l’eau à la française », court-circuitée par des collusions politiques et jeux de pouvoir.

      https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Les_Assoiffeurs-9791020923691-1-1-0-1.html
      #livre

    • et Veolia c’est qui ? c’est Bolloré.
      Et quels sont les députés qui ont refusé de laisser les premiers m3 d’eau gratuits aux pauvres ? c’est les députés fachos, oups les nazis, oups les députés du parti fondé par des nazis.
      A Toulouse ils te collent du Eau-Toulouse-Metropole mais en fait derrière c’est Véolia Bolloré. Du Moudenc tout craché. Et l’eau est devenue plus cher l’été, tour de passe passe.

  • Le symbole « micro-ondes » sur vos boîtes en plastique ne veut pas dire ce que vous croyez depuis des années
    https://sciencepost.fr/le-symbole-micro-ondes-sur-vos-boites-en-plastique-ne-veut-pas-dire-ce-q

    (...) Les spécialistes recommandent d’éviter absolument de chauffer au micro-ondes des aliments dans des contenants en plastique, les changements de température favorisant la libération de microplastiques. Verre et céramique restent les seuls matériaux qui ne posent pas ce problème : ils ne libèrent aucun produit chimique et sont toujours sûrs pour chauffer des aliments.

    Le cas des plastiques estampillés « sans BPA » mérite une attention particulière. Les contenants « BPA-free » peuvent toujours libérer d’autres substances dangereuses lors du chauffage, ce qui rend le verre ou la céramique plus sûrs. Le bisphénol A a été retiré de nombreuses formulations, mais les substituts, bisphénol S, bisphénol F, sont de plus en plus questionnés par la communauté scientifique pour des propriétés perturbateurs endocriniens similaires.

    Des autopsies réalisées en 2024 et publiées dans Nature Medicine par le Dr Matthew Campen et son équipe de l’Université du Nouveau-Mexique ont retrouvé en moyenne l’équivalent d’une cuillère à café de plastique dans un cerveau humain adulte, sept grammes de fragments polymères logés dans l’organe le plus protégé du corps. Ce chiffre était deux fois moins élevé en 2016. L’accumulation est réelle, elle est mesurée, et elle s’accélère. Chaque repas réchauffé dans un contenant plastique y contribue, à sa façon.

  • Mobil-homes, cabanes, maisons sans permis : le Sénat veut armer les élus face à la prolifération des constructions illégales pour mettre fin au « business » de la cabanisation
    https://www.publicsenat.fr/actualites/parlementaire/mobil-homes-cabanes-maison-sans-permis-le-senat-veut-armer-les-elus-face

    Dans certaines communes rurales comme sur le littoral méditerranéen, les #cabanes ne sont plus seulement des abris de fortune. Elles deviennent, peu à peu, des habitations à l’année. En Pyrénées-Orientales, les services de l’État recensent plus de 500 procédures en cours contre des constructions illégales. Des caravanes transformées en résidences permanentes, des cabanons devenus maisons, des terrains agricoles morcelés et revendus sur Leboncoin comme « terrains de loisirs » : le phénomène de cabanisation, longtemps cantonné au pourtour méditerranéen, gagne désormais l’ensemble du territoire national. Face à ce qu’ils décrivent comme une situation « devenue endémique », cinq sénateurs Les Républicains ont déposé, le 23 mars dernier, une proposition de loi visant à donner aux acteurs locaux les moyens d’agir. Le texte, porté par Jean-Marc Boyer (Puy-de-Dôme), Daniel Laurent (Charente-Maritime), Anne Ventalon (Ardèche), Lauriane Josende et Jean Sol (tous deux des Pyrénées-Orientales), sera examiné [et a été adopté, ndc] en séance publique le 6 mai, après son passage en commission des affaires économiques, où la sénatrice Pauline Martin (Loiret) a été désignée rapporteure. Le texte (...) part d’un constat partagé : l’arsenal juridique actuel ne permet pas d’agir suffisamment tôt face à des installations illégales qui, une fois enracinées, deviennent difficiles à résorber.

    Des procédures qui s’étirent sur dix à quinze ans

    « Dans les Pyrénées-Orientales, les exécutions d’office interviennent habituellement dix à quinze ans après les premiers faits », déplore Lauriane Josende, auteur du texte. La sénatrice décrit un engrenage bien rodé : « Au départ, des installations qui se veulent provisoires deviennent pérennes. Des gens qui n’ont pas les moyens d’accéder au logement finissent par s’installer dans ce qui s’apparente à une cabane et peut facilement devenir une maison ». Le phénomène prospère sur un terreau de précarité, mais pas seulement. « À côté, il y a des gens qui savent que, du fait de la longueur des procédures, cette illégalité aura du mal à être poursuivie », poursuit-elle. « Certains ont fait de la cabanisation un véritable business, revendant des terrains agricoles à une valeur supérieure à celle du terrain inconstructible ». Les risques sont multiples : installations en zones inondables ou exposées aux feux de forêt, difficultés d’accès pour les secours, impossibilité d’identifier les occupants lors des incendies. « Les pompiers sont très favorables à ce texte, car ils voient les dégâts au niveau des massifs », souligne la sénatrice [_au nom du bien du commun, ndc].

    Le cœur de la proposition de loi réside dans son article premier : permettre au préfet d’ordonner directement l’évacuation et la démolition d’installations illégales, sans passer par le juge judiciaire , lorsqu’aucune régularisation n’est envisageable. Le délai d’exécution serait ramené à un mois après constatation des faits, contre plusieurs années actuellement. « Le but, c’est d’éviter d’être obligé d’attendre une décision du juge », résume Lauriane Josende.

    Le contradictoire comme luxe nuisible.

    #habitat_léger #droit #préfet #expulsion #logement

  • « Nous sommes revenus », dit Thomas #Piketty, « à une répartition du #capital qui ressemble à s’y méprendre à celle qui prévalait au 18e siècle. »
    https://www.franceinfo.fr/culture/cinema/le-capital-au-xxie-siecle-thomas-piketty-adapte-son-best-seller-au-cinema

    Ce documentaire sur l’histoire des #inégalités devait être projeté sur les écrans avant le confinement. Il reste plus que jamais d’une actualité mordante en disséquant les ressorts historiques et économiques des différentes #crises qui jalonnent le #capitalisme. L’adaptation très efficace d’un essai paru en 2013.

  • Hantavirus, de nombreuses inconnues, pas de quoi « rassurer », (pour résumer ) David Simard
    https://bsky.app/profile/simarddavid.bsky.social/post/3mlbamjhsqc2y

    #Hantavirus Entre nov. 2018 et fév. 2019, une transmission interhumaine du syndrome pulmonaire à hantavirus du virus des Andes (ANDV) s’est produite dans la province de Chubut, en Argentine, et a entraîné 34 infections confirmées et 11 décès (taux de létalité 32,4%).

    “Super-Spreaders” and Person-to-Person Transmission of Andes Virus in Argentina | NEJM
    From November 2018 through February 2019, person-to-person transmission of Andes virus (ANDV) hantavirus pulmonary syndrome occurred in Chubut Province, Argentina, and resulted in 34 confirmed infe...

    https://www.nejm.org/doi/10.1056/NEJMoa2009040

    Il s’agit de la variété d’hantavirus en cause sur le bateau de croisière "MV Hondius". Lors de l’épisode de 2018-2019, le taux de reproduction médian était supérieur à 2 (1 personne infectée en a contaminé plus de 2 autres). Voir la publication scientifique ci-dessus.

    Actuellement, les discours qui cherchent à rassurer se multiplient (médecins, OMS, journalistes...) en soulignant que ce virus ne serait pas facilement transmissible (ce que contredit l’étude en référence). Or rassurer ou inquiéter n’est pas informer, et il me paraît important d’être informatif.

    Pour cela, il convient de partager les connaissances mais aussi les incertitudes à propos de cette variété de virus à transmission interhumaine, et à propos des cas identifiés, non seulement parmi les passagers, mais aussi en dehors, puisque des cas secondaires ne faisant pas partie des passagers mais ayant été en contact avec des passagers sont suspectés (hôtesse de l’air actuellement hospitalisée à Amsterdam ayant été en contact avec la 2e passagère du bateau décédée après avoir pris l’avion pour l’Afrique du Sud).

    De plus, la croisière a effectué des escales, avec des passagers et membres d’équipage qui ont embarqué et débarqué lors de celles-ci. Rappelons en outre que le temps d’incubation est long (1 à 2 semaines environ), ce qui complique la tâche pour retracer les chaînes de transmission.

    Enfin, si les infections inter-humaines se multiplient, des mutations risquent de se produire, avec une meilleure adaptation à l’espèce humaine.

    Il ne s’agit pas d’alarmer, mais de ne pas, encore une fois, aller trop vite en besogne à vouloir à tout prix rassurer avant tout, alors que l’ ECDC indique que de nombreuses incertitudes subsistent, ce qui devrait nous conduire à l’application du principe de précaution.

    Vouloir rassurer d’abord et avant tout a déjà eu des conséquences dramatiques lors de l’émergence de la COVID-19.

    A. Flahault dans @lemonde.fr
     : "Nous sommes face à un événement inédit et inquiétant avec beaucoup d’inconnues [...]. On ne sait pas si les malades sont contagieux pendant leur temps d’incubation, s’il existe des formes asymptomatiques, ou si ce virus à ARN a muté."
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/06/hantavirus-de-nombreuses-inconnues-autour-d-un-evenement-sanitaire-inedit-et

    • #hantavirus

      https://justpaste.it/gxlm3

      La principale voie de transmission est respiratoire, par les gouttelettes de salive. C’est la raison pour laquelle des mesures d’isolement des malades sont nécessaires sur le bateau et dans les lieux où sont pris en charge les malades. Des mesures comparables à celles qui doivent être prises face aux virus respiratoires hivernaux comme la grippe (isolement, port de masques, blouses).

    • Hantavirus : la gestion de la crise nécessite une coordination internationale
      https://www.liberation.fr/societe/sante/hantavirus-la-gestion-de-la-crise-necessite-une-coordination-internationa

      La première contamination interhumaine documentée a eu lieu en Argentine en 2018 : 34 contaminations dont 11 morts lors d’une fête d’anniversaire. Le nombre de cas est globalement faible mais certains éléments ressortent de ces études : le risque de contamination dépend de la proximité entre les humains. Les contacts rapprochés et prolongés, comme les contacts sexuels ou dormir dans le même lit, augmentent le risque, mais il est possible d’être contaminé en voyageant dans le même transport en commun, ce qui plaide, comme pour le Covid, pour une transmission aérienne, soit par gouttelettes (une personne qui tousse ou éternue sur une autre), soit par aérosolisation (une personne qui respire dans une pièce mal aérée, et, peu à peu, crée un « nuage » de particules infectantes). C’était le cas pour le Covid, mais de très nombreux infectiologues et hygiénistes, jusqu’à l’OMS, le nièrent très longtemps.

      De ce que l’on sait, le R0, c’est-à-dire le nombre de personnes qu’infecte chaque personne contaminée, est de 2, mais lorsque l’infection est connue, si on prend de vraies mesures de précaution, dont l’aération et le port de masques, le R0 tombe en dessous de 1 (ce qui signifie que l’épidémie s’arrête puisque chaque personne infectée n’infecte pas une autre personne).

      https://justpaste.it/g3xqo

  • Affaire Bygmalion : Nicolas Sarkozy obtient l’aménagement de sa peine ferme
    https://www.mediapart.fr/journal/france/070526/proces-libyen-les-parties-civiles-reclament-la-condamnation-de-sarkozy-pou

    Nicolas Sarkozy a obtenu l’aménagement de sa peine de six mois d’emprisonnement ferme à laquelle il a été condamné dans l’affaire de financement illégal de campagne dite « Bygmalion », lui permettant d’échapper au port d’un bracelet électronique. Dans une décision rendue mardi 5 mai et qui doit prendre effet jeudi, un juge d’application des peines du tribunal judiciaire de Paris a accédé à la demande de l’ex-président d’une « libération conditionnelle », même si celle-ci concernait non pas une détention stricto sensu mais le port d’un bracelet électronique, notamment en raison de son âge.

    Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy a été condamné le 14 février 2024 par la cour d’appel de Paris à un an d’emprisonnement dont six mois ferme pour le financement illégal de sa campagne présidentielle perdue de 2012. Cette condamnation est devenue définitive le 26 novembre 2025 avec le rejet de son pourvoi par la Cour de cassation.

    Pas de prison, pas de bracelet électronique. Récompensé, apparemment, « pour l’ensemble de son œuvre ».

    Pendant ce temps, la droite va continuer à gueuler contre les peines qui ne sont pas appliquées.

  • Daniel Hubé : « la pollution héritée de la Première Guerre mondiale dépasse aujourd’hui encore toute pollution d’origine industrielle plus récente » | BRGM
    https://www.brgm.fr/fr/actualite/interview/daniel-hube-pollution-heritee-premiere-guerre-mondiale-depasse-aujourd-hui

    Daniel Hubé, ingénieur en sites et sols pollués au BRGM, a consacré une thèse à l’héritage environnemental des guerres. Spécialiste des pollutions liées aux conflits armés, de 14-18 à l’Ukraine, il met en lumière des atteintes durables qui s’inscrivent dans nos sols pour des siècles.

    Imagine ce que ça doit être à Gaza (200KT d’explosif désormais, qu’il paraît depuis 2023), au Liban, en Syrie, en Irak ou en Iran.

  • À Gibraltar, les singes ont développé un comportement inédit pour mieux digérer la junk food des touristes : ils mangent de la terre - Science et vie
    https://www.science-et-vie.com/nature-et-environnement/animaux/a-gibraltar-les-singes-ont-developpe-un-comportement-inedit-pour-mie

    Les singes de Gibraltar avalent désormais de la terre pour compenser les effets digestifs de la junk food des touristes. Ce comportement inédit marque l’émergence d’une tradition culturelle unique chez les seuls primates sauvages d’Europe.
    Les singes de Gibraltar adoptent un comportement inédit

    Les macaques du Rocher de Gibraltar fascinent les visiteurs depuis des siècles. Cette population d’environ 230 individus reste la seule colonie de singes sauvages en Europe. Chaque année, des centaines de milliers de touristes viennent les observer. Beaucoup enfreignent les règles et leur donnent à manger des glaces, des chocolats ou des chips.

    Selon une étude publiée dans la revue Scientific Reports, des chercheurs de Cambridge ont observé un phénomène étonnant chez ces macaques. Ils les ont vus avaler volontairement de la terre et de l’argile. Ce comportement porte un nom chez les scientifiques, la géophagie. Il consiste à ingérer de la terre de façon intentionnelle.

    Pendant six cent douze heures d’observation sur neuf sites, l’équipe a documenté quarante-six épisodes distincts. Au moins quarante-quatre individus sont concernés. Cette fréquence place les singes de Gibraltar parmi les plus gros mangeurs de terre jamais observés chez les primates.

    Une parade digestive face aux glaces et aux chips

    L’étude a mis en évidence un lien clair avec les touristes. La géophagie survient davantage en été, quand les visiteurs affluent sur le Rocher. Elle est aussi plus fréquente dans les zones où les contacts avec les humains sont nombreux. Les macaques qui consomment le plus de nourriture humaine sont aussi ceux qui mangent le plus de terre.

    D’après Sylvain Lemoine, anthropologue biologique à Cambridge, la nourriture des touristes bouleverse le système digestif des macaques. Elle est riche en sucre, en sel, en graisses et en produits laitiers. Ce profil nutritionnel contraste totalement avec les herbes et graines qui composent leur régime naturel. Les macaques restent par ailleurs intolérants au lactose à l’âge adulte, ce qui rend les glaces particulièrement mal tolérées. Trois épisodes de géophagie ont même été observés juste après la consommation de nourriture humaine. Une glace avait été avalée sept minutes plus tôt dans l’un des cas.
    Les singes de Gibraltar ont créé une tradition culturelle unique

    La terre ingérée agirait comme une barrière protectrice dans le tube digestif. Elle limiterait l’absorption de composés irritants et soulagerait les nausées ou diarrhées. Elle apporterait aussi des minéraux et des bactéries bénéfiques au microbiote des macaques.

    Les chercheurs ont remarqué que chaque groupe a ses préférences. La majorité des singes cherchent la terra rossa, une argile rouge très présente sur le Rocher. Un groupe particulier, l’Ape’s Den, préfère pourtant le goudron des nids-de-poule sur les routes asphaltées. Ces choix spécifiques suggèrent une transmission sociale du comportement.

    Cet apprentissage collectif transforme la géophagie en véritable tradition culturelle. Les scientifiques comparent ce phénomène au cassage de noix chez les chimpanzés, avec une différence majeure. Ici, le comportement naît directement du contact avec les humains et leur nourriture transformée. Les singes de Gibraltar offrent donc un cas unique pour comprendre comment nos habitudes façonnent le quotidien des espèces sauvages.
    EN BREF

    Les macaques de Gibraltar, seuls primates sauvages d’Europe, avalent de la terre pour contrer les effets de la junk food des touristes.
    La géophagie, observée par des chercheurs de Cambridge, est plus fréquente en été et dans les zones touristiques.
    Ce comportement unique, influencé par l’homme, devient une tradition culturelle chez les macaques de Gibraltar.

  • Insolite : des graffeurs au service de la police
    https://contre-attaque.net/2026/05/05/insolite-des-graffeurs-au-service-de-la-police

    Le graffiti est un mouvement subversif dans son essence : parti des ghettos noirs de New York à la fin des années 1970, il s’est répandu comme une traînée de poudre dans toutes les banlieues du monde. Sur des trains et des murs, la jeunesse populaire s’est inventé des signatures, a utilisé l’outil extraordinaire qu’est la peinture aérosol, et a hurlé à la face du monde : « Nous existons ». Ce grand mouvement de réappropriation de l’espace s’inscrivait dans le mouvement Hip-Hop, conjuguant plusieurs disciplines artistiques, se revendiquant toutes d’une contre-culture révoltée.

    50 ans ont passé, et le graffiti s’est embourgeoisé. Vendu en galeries, reconverti en « street art » inoffensif pour plaire au plus grand nombre, subventionné par les mairies… Dans certaines villes, le graffiti est même devenu une arme de gentrification au service des politiques d’urbanismes, visant à « valoriser » certains quartiers, avec des fresques aseptisées. Heureusement, toute une tradition du graffiti vandale et/ou politique subsiste, en marge des institutions.

    Mais en 2026, nous assistons à une inversion totale, qui touche aussi le monde du graffiti : des graffeurs au service de la police. Oui, vous avez bien lu : en pleine période de fascisation et de militarisation de la répression, des peintres se vendent à l’appareil de maintien de l’ordre. C’est un crachat sur l’histoire du mouvement, mais plus globalement un choix politique écœurant.

    53 artistes ont participé à l’événement "Polart"

    Ce 23 avril, 53 artistes ont collaboré avec la police après avoir fait, pendant des années, de la « street » leur fonds de commerce. Ils ont participé à l’exposition et à la vente d’œuvres dans le cadre d’un projet baptisé « Polart » – contraction de police et d’art, ou « l’art de la police », une formule aussi orwellienne que si on liait les mots armée et culture – organisée par l’association Fraternité Police. L’objectif de ce groupe est de mener des « actions de rayonnement de l’image positive du policier » ou d’organiser les « évènements de cohésion inter-police », par exemple à travers des sports de combat entre flics.

    Quentin Gourdin, le président-fondateur de l’association, est un major en poste à la préfecture de police de Paris (PP). C’est donc lui qui donne les ordres quand il faut massacrer une manifestation. Proche de Fraternité Police, on trouve la députée macroniste et ultra-sioniste Shannon Sheban, qui manifestait auprès d’Alliance et s’affiche sur la page de l’association. Ce gala prétend financer des « maraudes » de policiers pour les SDF. On rit jaune : le travail de la police est littéralement de chasser les pauvres, d’expulser les squats, de virer les campements de sans domiciles. Et les associations qui aident réellement les sans-abris sont réprimées et définancées. Ainsi, derrière ce « gala », il ne s’agit ni plus ni moins que d’une opération de communication cherchant à redorer l’image de la police.

    Parmi des œuvres de mauvais goût vendues aux enchères, les « street artists » ont peint sur des boucliers et casques de CRS pour faire oublier que ces outils ont été utilisés pour réprimer, tabasser, et humilier. Un casque est orné de tags « loyauté », « protéger » ou encore « Fraternité ». D’autres sont décorés de peintures d’animaux, d’agents qui se font un câlin, d’impacts en forme de cœur. Un dernier montre policier qui aide les SDF. Un véritable conte de fée. Les graffeurs ont même customisé une voiture rapide de la police.

    Des œuvres de "street art" pour soutenir la police.

    Parmi ces aimables artistes reconvertis en propagandistes de l’ordre établi, ONEMIZER, JACE, C215, Lady K, Zenoy, Greg Guillemin ou CanTwo. Ont-ils été payés, et si oui combien ? On se demande ce qui serait le pire : que des street artistes vendent leur âme à la répression pour quelques euros, ou qu’ils le fassent bénévolement, par adhésion idéologique. Surtout dans une période comme la nôtre.

    Car tout le monde connaît le bilan de la police. Des centaines de blessés graves. Des milliers de traumatisés. Des dizaines de morts dans les quartiers. L’impossibilité de manifester sans être noyé dans les gaz, voire mutilé. Des actes de torture et de barbarie ces dernières semaines en banlieue parisienne. Un racisme institutionnel. Un vote d’extrême droite ultra-majoritaire. Et une situation qui ne cesse d’empirer.

    On imagine que ces street artistes vieillissants se drapent dans l’imaginaire de la culture Hip-Hop et « adorent » écouter les classiques de NTM, Sniper ou IAM, dont les chansons appelaient à se révolter. Mais ils n’ont aucun mal à assurer la com’ de ceux qui auraient arrêté ces artistes.

    L’organisation du gala Polart n’est pas une nouveauté. En mai 2025 déjà, une première édition avait lieu au Pavillon Royal, un lieu chic, sous le parrainage de la prestigieuse galerie Drouot. Déjà, la presse félicitait l’initiative. Le Parisien titrait : « Quand le street art rencontre l’univers de la police… » et louait la mise en place « de maraudes de policiers pour aider les personnes à la rue ».

    Ces dernières années, le graffiti n’a jamais été autant instrumentalisé. Dès qu’il adresse un message politique, le graffiti est effacé systématiquement, et ses auteurs sont inquiétés. Quand il est « neutre » et subventionné, il est utilisé pour repasser les fresques qui dérangent. Nous l’avons vu à Nantes, quand la mairie et l’association de street art Plus de Couleurs ont recruté un graffeur parisien pour repasser la grande fresque contre les violences policières lors de la fête de la musique. Cette peinture avait été réalisée sur les lieux de la charge mortelle du 21 juin 2019, et dérangeait profondément les autorités. La mairie PS a été stratège : plutôt que d’effacer la fresque, elle l’a remplacée par du « street art » inintéressant.

    Plus généralement, la vente aux enchères de Fraternité Police s’inscrit dans une vaste opération de communication. L’association Raid Aventure, animée par des policiers et fortement soutenue par les autorités, multiplie les initiatives dans les écoles. Elle débarque pour entrainer des enfants de primaires à donner des coups de matraque, porter des gilets pare-balles, ou jouer au tir… Sur les réseaux sociaux, cette structure affiche de nombreux « ateliers ». Il s’agit évidemment d’un endoctrinement délibéré, avec la complicité de l’Éducation Nationale.

    Ce genre de manœuvres porte un nom : la contre-insurrection. C’est une doctrine militaire visant à obtenir le soutien de la population dans le cadre d’un conflit armé. Il s’agit de mener des actions de propagande en parallèle des actions de répression, pour obtenir l’adhésion des habitants et donc isoler les opposants. Cette doctrine, élaborée en France, a été utilisée lors des guerre coloniales puis exportée dans de nombreux régimes autoritaires.

    Derrière l’aspect « ludique » ou « artistique », habituer dès le plus jeune âge la population aux pratiques policières et militaires, voire les rendre esthétique et fun, n’a rien d’anodin.

  • Le quattro volte

    Dans un vieux village de montagne en Calabre, un berger vit ses ultimes instants de vie. Il meurt entouré par ses chèvres. Au sein du troupeau, naît un chevreau. Mais, un jour celui-ci s’égare, se retrouve seul et grelottant de froid au pied d’un majestueux sapin. C’est cet arbre que choisissent les villageois pour célébrer la fête de la « #Pita » : il est scié puis remis aux #charbonniers pour monter le cœur de la meule. Il se mêlera au charbon de bois pour chauffer les foyers des villageois. À travers quatre récits enchâssés, le film se veut une ode à la vie et ses quatre règnes : ceux de l’#humain, de l’#animal, du #végétal et du #minéral aux correspondances mutuelles intimes et secrètes... Une vision poétique mais très lucide du #cosmos à l’échelle de l’homme[1].

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_quattro_volte

    Pour voir le film :
    https://www.youtube.com/watch?v=C-lScWsWtOQ


    https://www.youtube.com/watch?v=uyeZPFbYshw

    #film #documentaire #film_documentaire #Calabre #nature #montagne #Michelangelo_Frammartino

  • Il y a 111 ans mourait Clara Immerwahr, conscience blessée de la chimie moderne
    https://unidivers.fr/clara-immerwahr-docteur

    Repères biographiques

    1870 : naissance de Clara Helene Immerwahr en Silésie prussienne, près de Breslau, aujourd’hui Wrocław en Pologne.
    1900 : doctorat de chimie à l’université de Breslau, avec une thèse de chimie physique sur la solubilité de sels métalliques peu solubles.
    1901 : mariage avec Fritz Haber.
    1902 : naissance de leur fils Hermann Haber.
    22 avril 1915 : attaque allemande au chlore près d’Ypres, supervisée par Fritz Haber.
    2 mai 1915 : mort de Clara Immerwahr à Berlin-Dahlem, après s’être tiré une balle dans la poitrine avec le pistolet militaire de son mari.
    1918 : prix Nobel de chimie attribué à Fritz Haber pour la synthèse de l’ammoniac à partir de ses éléments.

    Il y a 111 ans, le 2 mai 1915, Clara Immerwahr mourait à Berlin-Dahlem, à quarante-quatre ans.

    Première femme à obtenir un doctorat de chimie à l’université de Breslau, épouse du futur prix Nobel Fritz Haber, elle demeure l’une des figures les plus tragiques de l’histoire des sciences modernes. Son destin concentre une contradiction vertigineuse. Au moment même où la chimie promettait de nourrir l’humanité, elle apprenait aussi à l’asphyxier.

    Clara Immerwahr n’est pas seulement « la femme de Fritz Haber ». C’est même l’une des injustices les plus tenaces de sa mémoire que d’avoir été longtemps maintenue dans cette dépendance posthume, comme elle le fut déjà, de son vivant, dans l’ombre conjugale d’un homme qui occupa toute la lumière scientifique. Elle fut chimiste, docteure, pédagogue, femme d’intelligence et de rigueur. Elle fut aussi, selon une tradition biographique désormais solidement installée mais que les historiens invitent à manier avec prudence, une conscience morale jetée contre la militarisation de la science.

    Elle naît en juin 1870 en Silésie prussienne, dans un monde où l’accès des femmes au savoir supérieur demeure une exception arrachée plutôt qu’un droit reconnu. Son père, Philipp Immerwahr, appartient à ce milieu où la chimie n’est pas une abstraction de laboratoire mais une culture familiale, une manière d’interroger la matière, les transformations, les équilibres invisibles. Clara grandit donc au voisinage de cette discipline qui, à la fin du XIXe siècle, devient l’un des grands langages de la modernité. La chimie promet alors des colorants, des médicaments, des engrais, des procédés industriels, une puissance nouvelle sur la nature.

    Mais pour une femme, entrer dans ce monde ne va pas de soi. Clara Immerwahr doit franchir les portes une à une. Elle étudie à Breslau, dans une institution qui ne s’ouvre aux femmes qu’avec lenteur. En 1900, elle soutient une thèse de chimie physique consacrée à la solubilité de sels peu solubles de mercure, de cuivre, de plomb, de cadmium et de zinc. Le sujet peut sembler austère. Il dit pourtant beaucoup d’elle. Clara n’entre pas dans la science par le spectaculaire, mais par la précision, la mesure, la patience expérimentale. Elle devient la première femme docteure en chimie de l’université de Breslau, reçue avec la mention magna cum laude. Ce n’est pas une anecdote. C’est une conquête.

    Dans l’Allemagne wilhelmienne, cette réussite a valeur de brèche. Clara Immerwahr démontre qu’une femme peut non seulement apprendre la chimie, mais en produire. Elle prend place dans un domaine où l’autorité intellectuelle est presque entièrement masculine. Elle donne aussi des conférences de vulgarisation, notamment sur la chimie et la physique dans la vie domestique. On pourrait lire cela, trop vite, comme une assignation à l’espace ménager. Ce serait oublier qu’il s’agit aussi d’une stratégie d’accès au public. Clara cherche à transmettre. Elle sait que la science n’est pas seulement une affaire de laboratoire, mais une manière d’éclairer la vie ordinaire.

    Puis vient Fritz Haber. Ils se connaissent depuis leur jeunesse. Lui aussi est chimiste, ambitieux, brillant, porté par une volonté presque féroce de réussite. Ils se marient en 1901. Un an plus tard naît leur fils Hermann. La vie conjugale, pour Clara, ne sera pas l’espace d’une alliance intellectuelle durable, mais celui d’un rétrécissement. Les structures sociales de son temps referment sur elle ce qu’elle avait réussi à ouvrir. L’épouse, la mère, l’hôtesse savante d’un grand homme prennent progressivement la place de la chercheuse. Elle traduit, assiste, accompagne, mais son propre nom s’efface.

    La tragédie de Clara Immerwahr commence peut-être là, avant même la guerre, dans cette dépossession lente. Elle avait franchi les portes de l’université. Le mariage les referme autrement. Non par interdiction brutale, mais par absorption. Dans le couple Haber, la science continue, mais elle change de centre. Elle devient la carrière de Fritz, le laboratoire de Fritz, l’autorité de Fritz. Clara connaît la discipline de l’intérieur, mais elle n’y dispose plus d’un lieu propre. Cette violence-là est plus silencieuse que celle des champs de bataille, mais elle prépare la suite.

    Fritz Haber incarne l’une des plus grandes ambiguïtés du XXe siècle scientifique. Ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac, développés avec Carl Bosch au plan industriel, permettront la production massive d’engrais azotés. Ils contribueront à nourrir des populations immenses. Pour cela, Haber recevra le prix Nobel de chimie 1918. Mais la même intelligence, la même organisation de la recherche, la même foi dans la puissance transformatrice de la chimie seront mises au service de la guerre.

    Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Haber se met au service de l’effort militaire allemand. Il participe de manière décisive au développement des gaz toxiques. Le 22 avril 1915, près d’Ypres, en Flandre, l’armée allemande libère un nuage de chlore contre les lignes ennemies. Cette attaque n’est pas la première utilisation de substances chimiques dans l’histoire de la guerre, mais elle marque un seuil. Par son ampleur, son efficacité militaire et son caractère organisé, elle ouvre l’âge moderne de la guerre chimique. La science ne se contente plus de fabriquer des armes. Elle devient doctrine d’asphyxie.

    Clara Immerwahr se trouve alors devant une contradiction que peu d’êtres humains auront portée avec autant d’intensité intime. La chimie qu’elle avait aimée, étudiée, servie comme langage d’intelligibilité du monde, devient une technique de mort invisible. Le laboratoire rejoint la tranchée. La formule rejoint le poumon. Le savoir, qui devait augmenter la vie, apprend à la retirer par nappes, par vents, par concentration atmosphérique.

    On a souvent écrit que Clara avait dénoncé les travaux de son mari comme une « perversion des idéaux de la science ». La formule est célèbre. Elle résume puissamment ce que sa figure représente aujourd’hui. Les historiens, toutefois, rappellent que les sources directes sont rares et que les motifs exacts de son suicide demeurent partiellement obscurs. Il faut donc éviter de transformer Clara Immerwahr en statue trop simple, en sainte pacifiste parfaitement documentée, en héroïne dont chaque geste serait lisible sans reste. La vérité est plus fragile, plus humaine, plus douloureuse. Son désespoir fut sans doute fait de plusieurs strates. L’étouffement d’une vocation scientifique, la solitude conjugale, l’écrasement par un mari tout entier livré à l’État et à sa carrière, l’horreur de la guerre chimique, l’impossibilité de séparer la maison du front.

    Cette prudence ne diminue pas Clara. Elle la rend plus proche. Car les êtres humains ne meurent presque jamais d’une seule idée. Ils meurent d’un nœud. Chez elle, ce nœud semble avoir lié l’histoire d’une femme empêchée, l’histoire d’une savante dépossédée, l’histoire d’une épouse niée et l’histoire d’une conscience affrontée à l’usage meurtrier de son propre domaine.

    Dans la nuit du 1er au 2 mai 1915, peu après le retour de Fritz Haber de Belgique, Clara Immerwahr se saisit du pistolet militaire de son mari et se tire une balle dans la poitrine. Elle ne meurt pas immédiatement. Leur fils Hermann, âgé de douze ans, la trouve. Elle expire dans ses bras. Le lendemain, Fritz Haber repart vers le front de l’Est, où l’Allemagne poursuit ses opérations chimiques.

    Cette scène est presque insoutenable. Non parce qu’elle autoriserait une lecture mélodramatique, mais parce qu’elle condense tout. Le pistolet du mari. La poitrine de la femme. L’enfant témoin. Le savant qui repart. La maison traversée par la guerre. Le suicide de Clara n’est pas un épisode marginal de la biographie de Haber. Il est l’envers domestique de la gloire scientifique. Il dit ce que les cérémonies, les académies et les prix ne savent pas toujours regarder. Il y a des découvertes qui sauvent et des découvertes qui tuent. Il y a des hommes capables des deux. Il y a des femmes qui voient le gouffre avant les autres.

    Fritz Haber restera, pour l’histoire, l’homme de l’ammoniac et du chlore. Celui qui contribua à nourrir le monde et à gazer les soldats. Celui dont le nom est attaché à l’une des plus grandes réussites de la chimie industrielle et à l’une des plus grandes faillites morales de la science militarisée. Clara Immerwahr, elle, est longtemps restée une silhouette au bord de cette fresque. Pourtant, son nom revient désormais parce qu’il pose une question que notre siècle ne peut plus éviter. Que vaut une science qui ne s’interroge pas sur ses usages ? Que vaut une intelligence qui se dispense de conscience ? Que devient un savoir lorsque l’État, l’industrie ou la guerre lui demandent seulement d’être efficace ?

    Il serait trop commode de faire de Clara Immerwahr une simple victime. Elle le fut, certainement, de son temps, de son mariage, de l’ordre académique masculin, d’une guerre qui entra jusque dans son foyer. Mais elle fut davantage qu’une victime. Elle fut un signe. Une alarme. Une figure de seuil. Elle se tient à l’endroit exact où la modernité scientifique cesse d’être innocente. Elle ne condamne pas la science. Elle rappelle au contraire qu’une science digne de ce nom ne peut se séparer de la responsabilité humaine.

    Son prénom, Clara, signifie la clarté. Son nom, Immerwahr, peut s’entendre en allemand comme une promesse presque cruelle, « toujours vrai ». Il ne faut pas abuser des coïncidences nominales, mais celle-ci semble écrite pour elle. Clara Immerwahr fut une clarté empêchée, une vérité étouffée, une savante dont l’époque ne sut pas faire place à la pleine mesure. Sa mort ne doit pas être réduite à un symbole commode contre Fritz Haber. Elle oblige à regarder plus loin, vers l’organisation même du savoir, vers la manière dont les institutions choisissent leurs héros, vers les silences qui entourent les femmes savantes, vers le prix moral du progrès lorsqu’il se laisse enrôler sans résistance.

    Cent onze ans après sa mort, Clara Immerwahr nous parle encore. Non comme une icône figée, mais comme une présence inquiète. Elle demande ce que nous faisons de nos découvertes. Elle demande qui disparaît derrière les grands noms. Elle demande si la science peut prétendre servir l’humanité lorsqu’elle accepte de devenir une technique d’anéantissement. Elle demande enfin que l’on entende, dans l’histoire des laboratoires, autre chose que le bruit des succès. Il y a aussi des vies interrompues, des vocations confisquées, des consciences brisées. Et parfois, dans le silence d’un jardin de Berlin-Dahlem, une femme seule porte plus lucidement que tout un empire la honte d’un siècle qui commence.

  • Des robots autonomes pour construire des datacenters - L’Informaticien - L’1FO Tech par L’Informaticien
    https://www.linformaticien.com/magazine/tendances/941-ia/64799-softbank-planche-sur-des-robots-autonomes-pour-construire-des-

    SoftBank accélère dans l’IA et la robotique en préparant l’introduction en Bourse de RozeAI, une entreprise de robotique pour la construction de centres de données aux États-Unis.

    L’année dernière, SoftBank absorbait la division robotique d’ABB, un domaine dans lequel SoftBank n’a jamais caché ses ambitions, tout comme elle avance ses pions dans celui de l’intelligence artificielle. Des ambitions qui seraient, semble-t-il, sur le point de se concrétiser.

    D’après le Financial Times, SoftBank se lance dans la robotique dopée à l’IA avec RozeAI. Cette activité vise à rendre plus efficace la construction de datacenters aux États-Unis. Elle utiliserait, pour ce faire, des robots autonomes pour fabriquer des serveurs.