• via FB
      9 janvier, 20:36

      Aujourd’hui, la porte-parole du parti majoritaire, La République en Marche, a demandé, via une procédure officielle, au Procureur de la République de me poursuivre et d’assurer ma détention pour avoir, selon elle, « armé les esprits », à travers notamment mon entretien avec Daniel Mermet, et avoir appelé à les « faire trembler ».

      Aurore Bergé est l’un des spécimens les plus catastrophiques de ce régime, s’étant construite une carrière à force de compromissions, soutenant Sarkozy avant de soutenir Fillon, Copé, Juppé, enfin Macron. Elle est l’incarnation de ce contre quoi le peuple s’est révolté.

      Ce qu’il se joue est d’évidence grave, et va bien au-delà de mon cas : outre l’écrasement du mouvement, l’objectif est de s’attaquer à un texte, Crépuscule, qui circule largement dans les réseaux macronistes, et dont je reçois tous les jours des retours sidérés, et contre lequel, faute de publication, ils ne peuvent s’élever. Bergé s’échine depuis des mois à travers tweets interposés à tenter de m’écraser.

      Je vais me battre et me défendre, car j’en ai les moyens. Mais tous les jours, à l’abattage, des personnes se font condamner sans avoir eu le temps d’organiser leur défense, pour assurer la survie d’un régime à l’agonie.

      Il y a eu 5 000 arrestations contre ce mouvement populaire. 10 morts. 1500 blessés. C’est en leur nom que je ne vais rien lâcher.

      Contre l’obscénité de ce pouvoir. Son indignité.

    • Retour sur une tentative de lynchage médiatique - ou quand le pouvoir indique ses cibles, et BFM se met en ordre de bataille. A méditer, notamment par rapport aux échanges précédents : voilà de quoi notre « liberté » se fait.
      Juan Branco

      « Aurore Bergé cristallise ce qui se fait de pire en politique : opportunisme, corruption, calomnie, vilenie, machiavélisme, morgue, carriérisme, bêtise, déraison, vice et népotisme . »

      « L’abruti Fuchs envoyé dans les cordes par Juan nous sort un magnifique point godwin comme le font toujours les crétins en marche quand ils sont pris intelligemment et qu’on ne leur a pas fourni les éléments de langage pour répondre … »

      https://www.youtube.com/watch?v=KaU_ifBPW8Y

    • Par aversion profonde pour le personnage j’ai cessé d’écouter Mermet bien avant qu’il ne quitte France Inter, cependant j’avoue que la fronde construite de Branco dans sa démonstration de l’immanquable chute des élites et du système politique de représentation est tout à fait jouissive.
      Au cours de l’interview je pensais à Raif Badawi.
      Et finalement, ça arrive, c’est ce que le régime ose demander, ils sont vraiment cinglés, l’arrestation de Branco pour une interview qui « arme les esprits », génial.
      Qu’ils osent arrêter Branco et ils sont finis.
      #liberté_d'expression

      https://yetiblog.org/crepuscule-par-juan-branco-1-celui-que-nous-nous-appretons-a-abattre-symbo

    • Références
      https://www.liberation.fr/france/2016/05/25/pourquoi-le-chomage-est-un-facteur-de-mortalite_1454788
      https://blogs.mediapart.fr/tristan-barra/blog/070917/derriere-les-chiffres-du-chomage-la-mort-de-milliers-de-personnes

      Le chômage tue aussi. Le 10 mai (2016), le Conseil économique, social et environnemental, s’est ému de « l’impact du chômage sur les personnes et leur entourage ». Selon le Cese, 10 000 à 14 000 décès seraient chaque année directement imputables au chômage . Ce chiffre est tiré d’une étude de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) publiée en 2014. A titre de comparaison, les accidents de la route tuent 3 500 personnes par an.

      Penser à y ajouter les morts aux frontières.

    • «Armer les esprits» Le 24 janvier en librairies.

      https://pbs.twimg.com/media/Dw3Rs1TWkAAuA4t.jpg

    • « Les #giletsjaunes réclament un approfondissement démocratique majeur. Macron joue une verticale autoritaire du pouvoir très dangereuse. Son “grand débat” ne vise qu’à absorber et court-circuiter encore plus les intermédiaires existants. Pourtant tous inversent le débat.

      Il faut pourtant ouvrir les yeux : le danger est là, au coeur du pouvoir, et non dans sa périphérie. Cela fait depuis 16 mois que je préviens que l’élection de Macron ne pourrait déboucher qu’en une crise majeure. On ne se rend pas compte de la gravité de la situation.

      Je me suis engagé politiquement pour la première fois, et j’ai rompu avec ma classe sociale, pour prévenir et tenter d’éviter en 2017 ce qui m’apparaissait comme un danger d’effondrement majeur pour ce pays. Pas par adhésion ou ambition. Pour empêcher un effondrement.

      Il est grand temps d’ouvrir les yeux et de se mobiliser. Cet être va continuer jusqu’à nous effondrer. La seule solution apparait maintenant comme une dissolution laissant place à une constituante. Il faut le lui imposer, avant qu’il vrille, et le fasse payer au pays entier.

      J’ai étudié des années les violences de masse jusqu’à en faire mon sujet de thèse, traversé territoires et institutions pour les comprendre, produit des milliers de signes avec les meilleurs spécialistes pour les expliquer. Ce que j’écris, fait, n’est pas gratuit : il y a danger.

      Nulle partisanerie ici. Nulle volonté de remplacer Macron par qui que ce soit. De faire un “coup d’Etat”. C’est au contraire la seule façon de l’éviter. Nous devons nous reconstituer à temps, avant de nous effondrer ou voir, par un(e) apprenti dictateur, notre destin volé.

      Toute alternative - dissolution sèche, grand débat, réinauguration via les européennes, etc - ne fera qu’augmenter ces divisions, accroître le sentiment de trahison, renforcer les extrêmes et la factiosité. Macron ne peut plus réconcilier. Il doit partir avant de nous effondrer. »
      Juan Branco

      https://twitter.com/anatolium


  • https://www.lindependant.fr/2019/01/07/narbonne-le-gilet-jaune-a-la-notoriete-certaine-condamne-a-six-mois-de-

    Narbonne : Le Gilet jaune à la « notoriété » certaine condamné à six mois de prison ferme

    Quand le mouvement de contestation contre le prix de l’essence débute, le jeune homme met fin à son contrat en CDD dans une chocolaterie pour "passer plus de temps sur les ronds-points". "Entre 4h et 7 heures tous les jours", précisera le président.

    Il était jugé hier [6 janvier 2019] devant le tribunal correctionnel de Narbonne pour des faits qui remontent au 2 et 3 janvier. Le mercredi, il lance un appel au blocage de la raffinerie de Port-La Nouvelle sur les réseaux sociaux et le 3, au matin, il est arrêté par les gendarmes sur place, alors qu’il est encore en train de filmer.

    [L]a procureure a requis 2 ans d’emprisonnement dont 6 mois avec sursis, malgré le casier vierge du prévenu.

    Après délibération, le tribunal a condamné le jeune homme à six mois de prison ferme, le relaxant du chef de " participation à une association de malfaiteur ". Son maintien en détention n’a pas été ordonné. Il pourrait donc obtenir un aménagement de peine auprès du juge des libertés et de la détention. Il s’est en revanche vu notifier une interdiction de participer à une manifestation sur la voie publique pendant trois ans.

    #manifestation #facebook #droit #justice #bourgeoise #pasdepaix


  • Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers États

    Ernest London

    https://lavoiedujaguar.net/Homo-domesticus-Une-histoire-profonde-des-premiers-Etats

    À la recherche de l’origine des États antiques, James C. Scott, professeur de science politique et d’anthropologie, bouleverse les grands récits civilisationnels. Contrairement à bien des idées reçues, la domestication des plantes et des animaux n’a pas entraîné la fin du nomadisme ni engendré l’agriculture sédentaire. Et jusqu’il y a environ quatre siècles un tiers du globe était occupé par des chasseurs-cueilleurs tandis que la majorité de la population mondiale vivait « hors d’atteinte des entités étatiques et de leur appareil fiscal ».

    La première domestication, celle du feu, est responsable de la première concentration de population. La construction de niche de biodiversité par le biais d’une horticulture assistée par le feu a permis de relocaliser la faune et la flore désirables à l’intérieur d’un cercle restreint autour des campements. La cuisson des aliments a externalisé une partie du processus de digestion. Entre 8000 et 6000 avant notre ère, Homo sapiens a commencé à planter toute la gamme des céréales et des légumineuses, à domestiquer des chèvres, des moutons, des porcs, des bovins, c’est-à-dire bien avant l’émergence de sociétés étatiques de type agraire. (...)

    #James_C._Scott #histoire #anthropologie #Homo_sapiens #chasseurs-cueilleurs #agriculture #Mésopotamie #esclavage #État #empires_fantômes


  • Cesare Battisti : ce que les médias ne disent pas | Wu Ming
    https://lundi.am/Cesare-Battisti-ce-que-les-medias-ne-disent-pas

    Après 37 années de cavale, l’ancien activiste italien a finalement été arrêté en Bolivie et est en cours d’extradition vers l’Italie. Le cas de Cesare Battisti est emblématique à de nombreux égards. Condamné en 1993 pour deux meurtres et complicité de deux autres assassinats commis en 1979 pendant les années de plomb, l’ancien militant des Prolétaires Armés pour le Communisme a toujours clamé son innocence. Jugé par contumace sur la base d’aveux de repentis et à partir de lois antiterroristes ahurissantes, il avait bénéficié jusqu’en 2004 de la « doctrine Mitterrand » qui offrait l’asile à tous les italiens ayant renoncé à la lutte armée et ne pouvant espérer bénéficier de procès équitables dans leur pays d’origine. En 2004, donc, et alors qu’il est devenu un écrivain reconnu à Paris, le gouvernement (...)


  • Gilets jaunes : la Justice est là pour rendre la Justice. Pas pour rétablir l’ordre. - Vu du Droit
    http://www.vududroit.com/2019/01/gilets-jaunes-justice-rendre-justice-retablir-lordre

    À lire intégralement !

    Que se passe-t-il dans la magistrature française ?
    Dans le silence obstiné des organisations syndicales, un pouvoir aux abois a instrumentalisé une répression judiciaire sans précédent pour tenter de mater un mouvement social. Il y a bien évidemment la stratégie du ministère de l’intérieur qui pousse à la violence pour tenter de disqualifier le mouvement. Mais malheureusement la magistrature accepte ces dérives et joue sa partition dans ce qui désormais s’apparente à une répression de masse qui entretient des rapports très lointains avec l’État de droit dont on nous rebat pourtant les oreilles. Cravachés par Nicole Belloubet en personne (!) se déplaçant au tribunal de Paris un dimanche, et par les interventions permanentes de la place Vendôme voire de Matignon y compris des instructions individuelles pourtant interdites par la loi, les parquets déchaînés basculent avec zèle dans la répression de masse, font procéder à des arrestations souvent préventives, par milliers, défèrent également par milliers des gens devant les tribunaux, à l’aide de procédures d’urgence dans lesquelles par des réquisitoires violents, il demande des peines folles. Et de façon stupéfiante la magistrature du siège a accepté de rentrer dans cette logique et distribue en cadence des peines ahurissantes. Depuis le début du mouvement, plus de 5000 arrestations, 1000 condamnations, 350 personnes incarcérées sur la base d’incriminations parfois farfelues. Et avec des interprétations de la loi répressive souvent audacieuses pour ne pas dire plus. Désolé, mais ceci n’est pas de la justice, c’est de l’abattage.

    Et manifestement c’est loin d’être fini.


  • Aux JT, les violences policières n’existent pas - Par Juliette Gramaglia | Arrêt sur images
    https://www.arretsurimages.net/articles/aux-jt-les-violences-policieres-nexistent-pas
    https://api.arretsurimages.net/api/public/media/retraites-frappes/action/show?format=thumbnail&t=2019-01-14T20:31:12+01:00

    PLUS DE 90 BLESSÉs graves mais deux sujets de jt

    “Violences policières”, le mot est donc enfin lâché. Mais pourquoi si tard, huit semaines après le début du mouvement ? Et pourquoi, là encore, Andrieux ? “Le choix de traiter des violences du commandant Andrieux s’appuie sur l’existence d’une vidéo et d’éléments très étayés : des témoignages de sa hiérarchie, de collègues et de l’intéressé”, explique France 2, contactée par Arrêt sur images ; pourtant, de nombreux autres cas sont largement documentés dans la presse écrite ou via Twitter. Mais le cas d’Andrieux fait surtout figure d’exception. Depuis le 17 novembre, et la première manifestation des Gilets jaunes, les JT de 20 heures de TF1 et France 2 n’ont pas été prolixes sur la question, alors que "Libération "a recensé plus de 90 blessés graves par les forces de l’ordre (dont beaucoup suite à un tir de flashball). Nos recherches dans les 20 heures des deux chaînes n’ont pas permis de retrouver un seul sujet spécifiquement dédié - avant, donc, l’affaire Andrieux. Seule l’émission Envoyé Spécial a consacré un numéro aux violences policières le 13 décembre, se fondant notamment sur le travail du journaliste indépendant David Dufresne, qui recense sur Twitter, depuis plusieurs semaines, les blessures des manifestants causées par des violences policières.

    #Maintien_de_L'ordre


  • Saône-et-Loire. Un SDF condamné à du sursis pour s’être servi dans les poubelles d’un magasin Atac
    https://www.ouest-france.fr/bourgogne-franche-comte/saone-et-loire-un-sdf-condamne-du-sursis-pour-s-etre-servi-dans-les-pou

    Un #SDF de 24 ans était jugé ce jeudi 4 janvier par le tribunal de Chalon-sur-Saône pour avoir volé de la nourriture dans les poubelles d’Atac, à Buxy, à deux reprises, les 28 décembre et 1er janvier, rapporte le Journal de Saône-et-Loire.

    #langage #insane #France


  • L’abécédaire de Rosa Luxemburg
    https://www.revue-ballast.fr/labecedaire-de-rosa-luxemburg

    Sa mort tragique — une balle dans la tempe avant d’être jetée dans un canal par la social-démocratie allemande — fit d’elle un mythe : on la célèbre sans doute plus qu’on ne la lit vraiment. Celle qui naquit à Zamość, en Pologne, perdit la vie ainsi qu’elle l’avait prédit : à son poste de militante socialiste, lors de la révolution allemande qui éclata en 1918. L’économiste marxiste qu’elle était cofonda la Ligue spartakiste (qui aspirait à faire des « esclaves salariés » des « travailleurs coopérateurs libres », à en finir avec « la haine chauvine » et à exproprier l’ensemble des banques, des mines et des usines à des fins populaires) et faisait de l’énergie et de la bienveillance les deux piliers de l’idéal d’émancipation qui l’animait. Cet abécédaire, conçu par nos soins, esquisse sur la base de ses ouvrages, (...)


  • Évacuation de la Zad. Des gendarmes et civils recevront une médaille
    https://www.ouest-france.fr/environnement/amenagement-du-territoire/nddl/evacuation-de-la-zad-des-gendarmes-et-civils-recevront-une-medaille-617

    Le 25 janvier, à Matignon, Édouard Philippe doit remettre la médaille de la sécurité intérieure, mention spéciale «  Notre-Dame-des-Landes  » à une centaine de gendarmes, civils et autorités administratives.

    Une centaine de personnes, d’après nos informations, seront médaillées le 25 janvier, à Matignon. Ces gendarmes, civils et autorités administratives ont participé, sur le terrain, ou d’un peu plus loin, aux opérations de maintien de l’ordre sur le site de Notre-Dame-des-Landes et à l’évacuation partielle de la Zad, au printemps 2018.

    Le Premier ministre, Édouard Philippe, leur remettra à chacun la médaille de la sécurité intérieure portant la mention «  Notre-Dame-des-Landes  ». On ne connaît pas encore les profils et fonctions précises des récompensés. On sait, en revanche, que la préfète Nicole Klein en fera partie. Depuis, elle a rejoint le cabinet de François de Rugy, ministre de la Transition écologique.

    Cette agrafe «  Notre-Dame-des-Landes  » est toute nouvelle. Elle a été créée au Journal officiel du 1er décembre, pour distinguer les personnels des forces de sécurité qui ont été déployés sur le site de Loire-Atlantique où devait être construit un aéroport international et qui avait été investi par des opposants au projet.


  • « Si vous n’y allez pas, vous n’êtes pas des hommes ! » : enquête sur la mort de Quentin, jeune technicien cordiste
    https://www.bastamag.net/Si-vous-n-y-allez-pas-vous-n-etes-pas-des-hommes-enquete-sur-la-mort-de-Qu

    Ils étaient tous débutants, intérimaires et à peine formés. Ils devaient détacher d’énormes blocs de résidus de céréales dans des silos mal aérés et obscurs de l’agro-industrie, au sein desquels ces cordistes descendaient en rappel. L’un d’eux n’est jamais remonté : Quentin Zaraoui-Bruat est mort enseveli sous 370 tonnes de grains, le 21 juin 2017, dans la Marne. Il avait 21 ans. Pour la première fois, ses collègues des derniers instants témoignent. Nous poursuivons notre enquête sur les accidents mortels (...)

    #Décrypter

    / A la une, #Transformer_le_travail, #Enquêtes, #Ma_vie_au_travail, #Conditions_de_travail


  • https://www.nytimes.com/2019/01/04/us/politics/marriott-hack-passports.html

    Marriott Concedes 5 Million Passport Numbers Lost to Hackers Were Not Encrypted

    On Friday the firm said that teams of forensic and data analysts had identified “approximately 383 million records as the upper limit” for the total number of guest reservations records lost [...]. The revised figure is still the largest loss in history, greater than the attack on Equifax, the consumer credit-reporting agency, which lost the driver’s license and Social Security numbers of roughly 145.5 million Americans in 2017, leading to the ouster of its chief executive and a huge loss of confidence in the firm.

    Taken together, the attack appeared to be part of a broader effort by China’s Ministry of State Security to compile a huge database of Americans and others with sensitive government or industry positions — including where they worked, the names of their colleagues, foreign contacts and friends, and where they travel.

    Marriott said for the first time that 5.25 million passport numbers were kept in the Starwood system in plain, unencrypted data files.

    The company also said that about 8.6 million credit and debit cards were “involved” in the incident, but those are all encrypted — and all but 354,000 cards had expired by September 2018, when the hacking, which went on for years, was discovered.

    #bdd #database #espionnage #surveillance #fichiers #fichage #irresponsable #informatique #intelligence #stupidité


  • Les contestations des violences policières ont une histoire
    http://theconversation.com/les-contestations-des-violences-policieres-ont-une-histoire-109272

    Arrestations de « gilets jaunes » et plaintes de ces derniers pour brutalité ou violences policières continuent d’attirer l’attention médiatique, notamment en raison des moyens utilisés : lanceurs de balles de défense (LBD – communément appelés « flash-ball »), grenades lacrymogènes, grenades de GLI-F4 (la France étant le seul pays européen à les utiliser dans le cadre du maintien de l’ordre).

    Des spécialistes du maintien de l’ordre n’ont pas manqué de relever l’usage de ces armes dites « non-létales » qui blessent très grièvement, mutilent et tuent.

    Si elles sont en effet significatives d’une évolution du maintien de l’ordre, pour comprendre comment les individus dénoncent des violences policières, il convient de revenir sur une histoire longue de ces mobilisations.
    Liste non exhaustive des victimes de violences policières écrites sur le sol de la Place de la république, le 18 mai 2016, pour protester contre le rassemblement « contre la haine anti-flic » organisé par des syndicats de police. Anthony Pregnolato
    Une histoire de mobilisations dans les quartiers populaires

    Même s’il n’est pas possible de comptabiliser les violences des forces de l’ordre en l’absence d’un instrument de mesure systématique, hormis les moments de fortes répressions des manifestations, les violences touchent principalement une population « cible » des policiers : des jeunes hommes vivant dans les cités des quartiers populaires, provenant des classes sociales précarisées, immigrés ou héritiers de l’immigration post-coloniale.

    Cette population est la plus sujette à des contrôles d’identité – souvent une prémisse aux violences policières – et trouve le plus souvent la mort dans une interaction avec la police. Le tableau à la fin de l’ouvrage d’Abdellali Hajjat, La Marche pour l’égalité et contre le racisme sur la marche de 1983 et le recensement de Basta ! donnent les chiffres à ce jour les plus complets.

    L’histoire des dénonciations des violences policières se retrouve essentiellement dans les mobilisations de l’immigration post-coloniale et des quartiers populaires dès les années 1960.
    Affiches à Belleville, le 10 juin 2017, lors de la commémoration des 10 ans de la mort de Lamine Dieng. Anthony Pregnolato
    Rock against the Police

    Ces mobilisations sont notamment marquées par Rock against the police de 1980 à 1983, la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, et par la mobilisation du Comité contre la double peine puis du Mouvement de l’immigration et des banlieues dans les années 1990 et 2000 (les ouvrages de Mogiss H. Abdallah et de Karim Taharount retracent cette histoire militante).

    Mais cette histoire comprend aussi une récurrence des rébellions après qu’un jeune habitant d’une cité soit tué par la police, et par une succession de plaintes portées par des collectifs de familles de victimes – au prix de plusieurs années de procédure judiciaire, qui aboutissent peu à un procès – qui demandent « Justice et Vérité ». Ces victimes de violences policières suscitent généralement peu l’attention médiatique en dehors de la catégorie « faits divers » pour deux raisons principales. D’une part elles appartiennent aux franges les plus marginalisées, ne disposant pas forcément de ressources en terme de capital culturel, économique ou politique. Et d’autre part il existe un traitement politique et médiatique stigmatisant qui reprend les cadres de représentations policiers et criminalise ces quartiers.
    Manifestations du collectif « Justice pour Adama » devant la Gare du Nord à Paris, le 30 juillet 2016. Dominique Faget/AFP

    Cependant, certaines de ces mobilisations parviennent exceptionnellement à exister médiatiquement et politiquement – en fonction de ressources militantes ou du contexte pouvant être plus favorable à l’attention porté aux faits – comme récemment le Comité Justice pour Adama ou l’affaire de Théo Luhaka. Ces mobilisations c’est aussi une histoire de la répression de l’engagement politique.
    Criminalisation des victimes

    L’incarcération des proches d’Adama Traoré en témoigne, rappelant les accusations d’« outrages », de « violences » sur agents, ou de « diffamation » qu’ont connus les habitants et militants à Mantes-la-Jolie en 1991, à Châtenay-Malabry en 2001, à Dammarie-les-Lys en 2002, à Villiers-le-Bel en 2007 – de même qu’Amal Bentounsi attaquée en justice par Manuel Valls en 2014, ou encore l’intensification des contrôles et des violences policières dans le quartier de la victime.

    L’observation menée durant mon travail de thèse révèle qu’au regard de la police, de la justice, des autorités étatiques et de l’espace médiatique, les victimes de violences policières et leurs proches qui se mobilisent font l’objet d’une criminalisation, d’un soupçon de culpabilité (elles doivent prouver qu’elles n’ont pas « mérité » cet usage de la force), et d’une remise en question du statut de victime.

    L’un des enjeux pour elles est donc la reconnaissance politique et juridique du statut de victime, en plus de la reconnaissance de la culpabilité de ou des agents de police. Il faut comprendre aussi que cette légitimité à être une victime – et donc l’illégitimité de l’usage de la force par la police – dépend en partie du groupe social d’appartenance (réel ou supposé) de la personne qui porte plainte et de sa position sociale dans la société – donc de sa légitimité aux yeux des institutions policières, judiciaires et politiques.
    Concurrence de légitimité ?

    Ainsi, on peut se demander si, à la mort de Rémi Fraisse en 2015, puis lors de la COP 21 ou durant le printemps 2016 jusqu’aux mobilisations actuelles, la médiatisation et la politisation des violences des forces de l’ordre ne résulte pas en partie de l’émergence de « nouvelles » figures de victimes apparaissant comme plus légitimes (militant écologique, manifestants retraités ou personnes âgées « gilets jaunes ») ?

    Cela aurait pu favoriser une transformation des cadres de représentations de l’espace médiatique et une attention plus favorable aux dénonciations des violences des forces de l’ordre.

    La même question se pose aujourd’hui lorsque des journalistes portent plainte pour violences policières subies en couvrant les manifestations – même si cela était déjà dénoncé en 2016.
    Manifestation à Brest le 8 décembre 2012 contre le projet d’aéroport Notre-Dame des Landes : certains manifestants apparaissent-ils plus légitimes que d’autres ? Non à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes/Flickr, CC BY-SA
    Une évolution du maintien de l’ordre plus violente ?

    Mais cette hypothèse ne doit pas relativiser les transformations du maintien de l’ordre des dernières années pointées par plusieurs spécialistes, avec une évolution allant à l’encontre de la logique de « désescalade », l’accroissement de l’usage des armes dîtes « non-létales », ainsi qu’une extension du spectre de la criminalisation des individus – qui touche les manifestant-e-s.

    Censée répondre à ce qui est perçu comme une augmentation des violences protestataires (qui est loin d’être nouvelle), depuis les années 2000 et particulièrement depuis la décennie 2010, l’usage de grenades lacrymogènes, de grenades explosives et de LBD se font de plus en plus fréquents dans les mobilisations collectives.

    Dans la même période, après avoir été grièvement blessés ou ayant perdus un œil à cause d’un tir de LBD, des victimes, leurs proches et des militants dénoncent leur usage (Collectif 8 juillet, Geoffrey Tidjani, Désarmons-les ou l’Assemblée des blessés).

    Dans les procès pour usage abusif de LBD que j’ai observé dans le cadre de mon doctorat, la défense ou le tribunal mettent souvent en avant un manque de formation à l’usage de l’arme et la marge d’erreur du tir. Même s’il y a des condamnations à du sursis ou à l’interdiction de port d’arme, la responsabilité a ainsi tendance à être renvoyé aux supérieurs hiérarchiques.

    C’est notamment suite à ce constat que plusieurs membres de l’Assemblée des blessés décident de lancer des requêtes collectives auprès du tribunal administratif contre l’usage de ces armes. Tout récemment, des victimes de grenade GLI-F4 portent plainte au parquet de Paris ou contre le ministre de l’Intérieur pour avoir autorisé son usage dans les manifestations.
    Des manifestants criminalisés ?

    Même si ce n’est pas nouveau, depuis Notre-Dame-des-Landes et durant les mobilisations de 2016, de plus en plus de personnes tentent de se protéger (casque, masque à gaz, lunettes de plongée ou de ski). La pratique du black bloc s’étend pour faire face physiquement aux forces de l’ordre. Et des équipes médicales mobiles – « street médic » – se développent pour apporter les premiers soins.

    Ces modes d’organisation sont alors criminalisés, notamment à partir de l’application de l’article 222-14-2 du code pénal (mis en place sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy en 2010) qui permet de condamner une supposée volonté de s’en prendre aux forces de l’ordre ou de vouloir s’en défendre.

    Face à cela, le traitement médiatique et politique donne l’impression d’une augmentation de la violence dans les cortèges. Cependant, des spécialistes rappellent que la désignation de « mauvais manifestants » par le terme de « casseurs » n’est pas nouvelle, et qu’elle sert tant à délégitimer un mouvement social qu’à en légitimer sa répression. D’autres chercheurs rappellent la tendance à oublier les violences qu’ont connus les soulèvements populaires (à cinq minutes), ou celles des groupes autonomes des années 1970.
    Des condamnations perçues comme iniques

    Lorsque les violences et abus policiers sont reconnus, les condamnations sont presque exclusivement à minima des peines maximales prévues par la loi, même lorsque la légitime défense n’est pas reconnue pour une balle dans le dos.

    L’étude de Cédric Moreau de Bellaing sur l’Inspection générale des services (IGS) – l’ancêtre de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) – révèle que « les dénonciations d’usage abusif de la force par la police aboutissent moins souvent à une sanction que celles de tout autre type d’atteintes ; et, lorsque ces cas de violences sont sanctionnés, ils le sont proportionnellement moins gravement que les autres formes de déviances policières ». Si le même type d’enquête systématique était fait pour les condamnations au pénal, on pourrait s’attendre à une conclusion similaire.

    Enfin, la reconnaissance politique et juridique du statut de victime et de la culpabilité de l’agent de police accusé dépend en partie de deux facteurs. D’une part, dans les procès on retrouve des logiques sociales de légitimation de la parole policière et de délégitimation de la parole de la victime (même s’il peut arriver que le « faux et usage de faux » soit reconnu et condamné). D’autre part, des catégorisations politiques (« casseurs », « voyous ») et des dispositions juridiques (« outrage et rébellion », article 222-14-2) rendent possible la criminalisation de tout individu en interaction conflictuelle avec les forces de l’ordre.

    Aujourd’hui, l’attention est portée sur l’usage de la force policière dans les manifestations des « gilets jaunes ». Au regard de l’histoire de ces mobilisations contre les violences des forces de l’ordre, concernant les plaintes engagées ces derniers jours, il reste à voir si les tribunaux remettront en cause la légitimité de cet usage de la violence physique de l’État.

    Que ce soit dans les quartiers populaires ou dans les manifestations, l’expérience des violences des forces de l’ordre et de la répression peut entraîner des formes de défiance vis-à-vis de l’État et de ses institutions, et peut avoir des effets sur les modes de politisation des individus.

    #maintien_de_l'ordre


  • Maintien de l’ordre et violences policières : ce que l’histoire nous apprend
    http://theconversation.com/maintien-de-lordre-et-violences-policieres-ce-que-lhistoire-nous-ap

    Les manifestations des gilets jaunes de ces dernières semaines ont soulevé à nouveau la question des violences policières et d’un usage accru de la violence par les forces de l’ordre, une question déjà posée en 2016 à l’occasion du mouvement contre la « loi travail ». On voudrait apporter un éclairage historique sur ce phénomène supposé de « retour » de la violence. Il ne s’agit pas de relativiser les agissements policiers, mais d’inscrire les événements dans l’évolution du maintien de l’ordre en France.
    Calmer le « citoyen momentanément en colère »

    Le maintien de l’ordre repose en France depuis longtemps sur des unités spécialisées : les gendarmes mobiles, apparus en 1921, complétés par les CRS, à partir de 1944, avec le recours à certaines périodes à des unités non permanentes comme les compagnies d’intervention de la Préfecture de Police à Paris dans les années 1950-1960.

    A l’origine de ces forces se trouve la préoccupation de ne plus recourir à l’armée, de ne plus traiter le manifestant comme un « ennemi » mais un « citoyen momentanément en colère ».

    La montée de ces forces est aussi liée au développement de la manifestation canonique dans les formes légitimes d’expression politique depuis la fin du XIXème siècle. Les moyens mortels (armes à feu) sont évacués, remplacés après-guerre par des instruments en principe non létaux dont la matraque est l’emblème, puis les gaz à partir de 1947 et enfin les grenades assourdissantes.
    Les grévistes forcent le barrage de police le 20 mars 1906. Wikimedia
    Un matériel plus sophistiqué

    Depuis Mai 68 (qui avait pris la police au dépourvu), la sophistication du matériel s’est accentuée avec le développement des protections individuelles et des véhicules, le perfectionnement de l’armement. Le maintien de l’ordre s’est aussi technicisé, puisqu’après de longues décennies d’apprentissage « sur le tas » au sein des unités, il fait l’objet d’un enseignement spécifique, comme au centre de Saint-Astier, créé par la gendarmerie au lendemain de Mai 68 puis devenu permanent, où les unités s’entraînent régulièrement dans le décor d’une ville fictive. Les agents s’aguerrissent aux manoeuvres et aussi à la maîtrise de soi nécessaire au métier. Un répertoire s’est alors fixé, fondé sur son caractère défensif, la planification, le contrôle à distance des manifestants, le retardement de l’usage de la force, et le dialogue, voire la cogestion avec les organisateurs des manifestations pour faciliter leur encadrement policier. Depuis quarante ans, les effectifs de ces forces sont restés stables, autour de 30 000 hommes (17 000 gendarmes mobiles, 13 000 CRS). Elles peuvent recevoir le renfort d’autres forces de police, dont le maintien de l’ordre n’est cependant pas le « métier ». Ces interventions ont été à l’origine de violences policières (comme la mort de Malik Oussekine à Paris le 6 décembre 1986).
    CRS et manifestants pendant la lutte contre l’extension du camp militaire, Larzac, France, années 1970. Community of the Ark of Lanza del Vasto/Wikimedia, CC BY-ND
    Quel critère pour définir la violence policière ?

    La question du niveau de violence policière et de son évolution est éminemment complexe. Quel critère retenir en effet ?

    Le seul nombre de morts, souvent retenu, montrerait cependant que le maintien de l’ordre devient plus meurtrier en France à partir de 1879, en particulier pendant la période de l’après-guerre, marquée par la guerre froide et la guerre d’Algérie.

    En témoignent les épisodes sanglants du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962, qui ont fait respectivement au moins cent morts et 8 morts à Paris.

    Cette seule courbe contredit l’existence d’un processus séculaire graduel de « réduction de la violence » et de pacification du maintien de l’ordre. En dehors de rares grands événements très meurtriers, il est difficile pour certains spécialistes de juger du niveau de violence policière le critère du nombre de morts dissimule d’autres formes de violence (charges, interpellations et intensité de la répression) et le « niveau de violence » renverrait avant tout aux perceptions de la manifestation.

    Si on s’en tient à ce seul critère mesurable, depuis un siècle, des phases d’apaisement relatif alternent avec des cycles de violence : celui qui oppose les organisations communistes à la police et culmine avec les manifestations contre le général Ridgway en mai 1952, puis la police aux Algériens en 1960-1962. Ces épisodes montrent que la violence policière fait toujours partie du répertoire d’action de l’État et a pu être un recours dans certaines circonstances.
    Contact plus fréquent

    La question du « retour » des violences policières doit être lue à la lumière des transformations du maintien de l’ordre depuis les années 2000. Celui-ci a été modifié par la lutte contre les « violences urbaines », autrement dit les émeutes des quartiers populaires (2005 et 2007). Les unités sont devenues plus mobiles et plus offensives, tant grâce à un armement plus agressif qu’en projetant des forces destinées à interpeller les émeutiers en vue d’une répression judiciaire.

    Il s’ensuit une transformation notable des formes de maintien de l’ordre, où le contact est plus fréquent, avec toutes les occasions de violence que peuvent provoquer de telles situations. Aux dispositifs adoptés lors des manifestations parisiennes des gilets jaunes, on peut appliquer des constats dressés à l’occasion du mouvement contre la loi travail en 2016 .
    Manif du 11 novembre 2018 contre l’invitation de Donald Trump pour les commémorations du 11 novembre 1918 par M. Macron. Jeanne Menjoulet/Flickr, CC BY-SA

    On note ainsi une dimension offensive marquée, avec des tirs de lanceur de balle de défense (LBD) (communément appelé Flashball), le déploiement massif d’unités dédiées à l’interpellation de manifestants par un pouvoir politique désireux d’afficher le soir même « la restauration de l’ordre », en utilisant des agents venus des BAC et de la BRI, et non des professionnels du maintien de l’ordre.

    Tout cela tend à brouiller les frontières entre encadrement des manifestations et police des « violences urbaines ». De telles interventions, perçues comme un usage indiscriminé de la force, ne manquent pas de générer des phénomènes de solidarisation des manifestants et de nouvelles violences.
    Des pratiques françaises pointées du doigt

    A cet égard, les spécialistes pointent des pratiques françaises à rebours des stratégies de « désescalade » menées dans d’autres pays européens, qui passent par le dialogue continu avec les organisateurs et les manifestants : depuis la présence d’officiers de liaison médiateurs, comme les Peace Units aux Pays-Bas, les « officiers de dialogue » en Suède, jusqu’à des panneaux lumineux donnant les instructions de la police à ceux qui défilent.
    Intervention de ‘Peace Units’ néerlandais lors d’une manifestation sportive.

    La sophistication de l’arsenal n’est pas non plus synonyme de pacification : le LBD et les grenades de désencerclement sont des armes susceptibles d’entraîner de graves blessures. Les forces de l’ordre conservent aussi des instruments archaïques, comme les grenades offensives (responsables de la mort de Rémi Fraisse à Sivens en 2014).

    Si l’on peut évoquer un apaisement tendanciel ou relatif de la violence du maintien de l’ordre depuis 1968, la situation reste ouverte : l’usage de la violence dépend in fine du degré de légitimité des protestataires aux yeux de l’autorité politique et des forces de l’ordre.

    #maintien_de_l'ordre



  • Oui, la France est bien le seul pays d’Europe à utiliser des grenades explosives contre les manifestants
    https://rmc.bfmtv.com/emission/la-france-seul-pays-au-monde-a-utiliser-des-grenades-explosives-contre-le

    Cette grenade explosive s’appelle la GLI-F4. C’est celle-ci qui avait arraché la main d’un manifestant de la #ZAD de NDDL qui avait tenté de la ramasser en 2017. C’est cette même grenade qui avait blessé au pied, en août 2017, un manifestant à Bure en Lorraine.

    Une forte explosion

    Cette grenade a trois caractéristiques quand elle explose. Elle libère du gaz lacrymogène, elle provoque un bruit intense estimé à 165 décibels dans un rayon de cinq mètres. C’est, à titre de comparaison, plus fort qu’un avion au décollage qui produit environ 140 décibels. Surtout, elle provoque une forte explosion grâce à un explosif déjà présent dans une autre grenade, la OF-F1. Celle-ci était responsable de la mort de Rémi Fraisse en octobre 2014 à Sivens. Elle a été interdite depuis.

    Même les forces de l’ordre ont reconnu que cette grenade présente un risque. En 2014, les inspections générales de la police et de la gendarmerie ont reconnu dans un rapport que ces dispositifs étaient bien “susceptibles de mutiler ou de blesser mortellement un individu”. Et qu’elles constituaient "le dernier stade avant de devoir employer des armes à feu".

    Utilisée jusqu’à épuisement des stocks

    Si elle n’a pas été interdite, la #GLI-F4 pourrait l’être prochainement. Le 24 mai 2018, selon le bulletin officiel, le ministère de l’Intérieur a indiqué qu’il allait renouveler ses stocks de grenades, mais n’a pas commandé de nouvelles GLI F4. "Il a été décidé de ne plus fabriquer de cette grenade", a expliqué le ministère. Pourtant, celle-ci continuera d’être utilisée jusqu’à épuisement des stocks.

    Elle sera remplacée par la GM2L, qui existe déjà. Selon le ministère de l’Intérieur contient aussi un effet lacrymogène et assourdissant, mais n’a pas l’effet déflagrant de la GLI-F4.

    #Maintien_de_L'ordre


  • #GiletsJaunes : 219 personnes incarcérées, un record pour un mouvement social

    https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/gilets-jaunes-219-personnes-incarcerees-un-record-pour-un-mouvement-social-77961

    La justice a tapé fort. Des milliers d’arrestations de « gilets jaunes » ont eu lieu depuis le début du mouvement. Le gouvernement, Christophe Castaner en tête, martèle son intransigeance. Emmanuel Macron dénonçait lui-même dans ses vœux les porte-voix de cette foule haineuse. Dès lors, de nombreux casseurs ont ainsi été envoyés en prison.

    Leur nombre se précise et c’est une information RTL : 219 personnes liées aux violences ont été incarcérées entre le 17 novembre et le 17 décembre, selon les chiffres du ministère de la Justice. Un chiffre record, inédit dans le cadre d’un mouvement social.

    Parmi ces « gilets jaunes » certains attendent leur procès. D’autres ont d’ores et déjà été condamnés à plusieurs mois de prison ferme, avec ce qu’on appelle un mandat de dépôt. Cela signifie que, pour ceux-là, les juges ont refusé un aménagement de peine, hors prison. Soit parce que les faits de dégradation ou d’agression sur des policiers sont considérés comme trop graves soit parce qu’il s’agit de personnes déjà condamnées par le passé.

    4.570 gardes à vue au total

    On peut d’ailleurs noter que les magistrats de province ont eu la main globalement plus lourde que leurs collègues parisiens. En proportion, ils ont envoyé trois fois plus de prévenus derrière les barreaux.

    Et les autres peines se comptent elles par centaines : peines de prisons ferme avec aménagement, bracelet électronique ou travaux d’intérêt général, prison avec sursis, interdiction de paraître dans certaines villes également. 4.570 personnes au total ont été placées en garde à vue (1567 à Paris et 3003 en région, entre le 17 novembre et le 17 décembre), et seuls 825 dossiers ont été classés sans suite. Des milliers de poursuites sont donc engagées.

    Toujours selon les chiffres du ministère de la Justice, 697 comparutions immédiates ont déjà eu lieu, mais tout le monde n’a pas encore été jugé. Loin de là. Des centaines d’audiences sont en effet attendues dans les prochains mois. Les affaires les plus graves comme l’incendie de la préfecture du Puy-en-Velay, les lynchages de policiers ou le vol d’un fusil d’assaut à Paris font l’objet d’enquêtes judiciaire afin de retrouver les responsables.

    #Maintien_de_L'ordre


  • Manifestants blessés : le fabricant du «Flash-Ball» parle du LBD40: « C’est un calibre de guerre » - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/manifestants-blesses-le-fabricant-du-flash-ball-plaide-non-coupable-09-12

    Remplacé par une arme plus précise… mais plus puissante

    En 2015, la police des polices, l’IGPN, a jugé l’usage des Flash-Ball dépassé, et préconisé son retrait progressif de l’équipement des policiers. A la place, les forces de police ont été encouragées à se munir de LBD40
    #Maintien_de_L'ordre
    Le LBD40, comme le Flash-Ball, est une arme de quatrième catégorie. Mais contrairement au second, il est utilisé pour les longues distances. Il a été mis au point en 2008 par la police après les émeutes de Villiers-le-Bel en novembre 2007, au cours desquelles des armes à feu avaient été utilisées pour la première fois contre les policiers.

    « La balle est d’un calibre de 40 mm… c’est beaucoup plus dangereux que le Flash-ball. C’est un calibre de guerre », avance Jean-Verney Carron. Sur de courtes distances, le risque de traumatismes graves existe, voire de décès dans des cas exceptionnels.

    #Maintien_de_L'ordre


  • ‘It’s an Act of Murder’: How Europe Outsources Suffering as Migrants Drown

    This short film, produced by The Times’s Opinion Video team and the research groups #Forensic_Architecture and #Forensic_Oceanography, reconstructs a tragedy at sea that left at least 20 migrants dead. Combining footage from more than 10 cameras, 3-D modeling and interviews with rescuers and survivors, the documentary shows Europe’s role in the migrant crisis at sea.

    On Nov. 6, 2017, at least 20 people trying to reach Europe from Libya drowned in the Mediterranean, foundering next to a sinking raft.

    Not far from the raft was a ship belonging to Sea-Watch, a German humanitarian organization. That ship had enough space on it for everyone who had been aboard the raft. It could have brought them all to the safety of Europe, where they might have had a chance at being granted asylum.

    Instead, 20 people drowned and 47 more were captured by the Libyan Coast Guard, which brought the migrants back to Libya, where they suffered abuse — including rape and torture.

    This confrontation at sea was not a simplistic case of Europe versus Africa, with human rights and rescue on one side and chaos and danger on the other. Rather it’s a case of Europe versus Europe: of volunteers struggling to save lives being undercut by European Union policies that outsource border control responsibilities to the Libyan Coast Guard — with the aim of stemming arrivals on European shores.

    While funding, equipping and directing the Libyan Coast Guard, European governments have stymied the activities of nongovernmental organizations like Sea-Watch, criminalizing them or impounding their ships, or turning away from ports ships carrying survivors.

    More than 14,000 people have died or gone missing while trying to cross the central Mediterranean since 2014. But unlike most of those deaths and drownings, the incident on Nov. 6, 2017, was extensively documented.

    Sea-Watch’s ship and rescue rafts were outfitted with nine cameras, documenting the entire scene in video and audio. The Libyans, too, filmed parts of the incident on their mobile phones.

    The research groups Forensic Architecture and Forensic Oceanography of Goldsmiths, University of London, of which three of us — Mr. Heller, Mr. Pezzani and Mr. Weizman — are a part, combined these video sources with radio recordings, vessel tracking data, witness testimonies and newly obtained official sources to produce a minute-by-minute reconstruction of the facts. Opinion Video at The New York Times built on this work to create the above short documentary, gathering further testimonials by some of the survivors and rescuers who were there.

    This investigation makes a few things clear: European governments are avoiding their legal and moral responsibilities to protect the human rights of people fleeing violence and economic desperation. More worrying, the Libyan Coast Guard partners that Europe is collaborating with are ready to blatantly violate those rights if it allows them to prevent migrants from crossing the sea.

    Stopping Migrants, Whatever the Cost

    To understand the cynicism of Europe’s policies in the Mediterranean, one must understand the legal context. According to a 2012 ruling by the European Court of Human Rights, migrants rescued by European civilian or military vessels must be taken to a safe port. Because of the chaotic political situation in Libya and well-documented human rights abuses in detention camps there, that means a European port, often in Italy or Malta.

    But when the Libyan Coast Guard intercepts migrants, even outside Libyan territorial waters, as it did on Nov. 6, the Libyans take them back to detention camps in Libya, which is not subject to European Court of Human Rights jurisdiction.

    For Italy — and Europe — this is an ideal situation. Europe is able to stop people from reaching its shores while washing its hands of any responsibility for their safety.

    This policy can be traced back to February 2017, when Italy and the United Nations-supported Libyan Government of National Accord signed a “memorandum of understanding” that provided a framework for collaboration on development, to fight against “illegal immigration,” human trafficking and the smuggling of contraband. This agreement defines clearly the aim, “to stem the illegal migrants’ flows,” and committed Italy to provide “technical and technological support to the Libyan institutions in charge of the fight against illegal immigration.”

    Libyan Coast Guard members have been trained by the European Union, and the Italian government donated or repaired several patrol boats and supported the establishment of a Libyan search-and-rescue zone. Libyan authorities have since attempted — in defiance of maritime law — to make that zone off-limits to nongovernmental organizations’ rescue vessels. Italian Navy ships, based in Tripoli, have coordinated Libyan Coast Guard efforts.

    Before these arrangements, Libyan actors were able to intercept and return very few migrants leaving from Libyan shores. Now the Libyan Coast Guard is an efficient partner, having intercepted some 20,000 people in 2017 alone.

    The Libyan Coast Guard is efficient when it comes to stopping migrants from reaching Europe. It’s not as good, however, at saving their lives, as the events of Nov. 6 show.

    A Deadly Policy in Action

    That morning the migrant raft had encountered worsening conditions after leaving Tripoli, Libya, over night. Someone onboard used a satellite phone to call the Italian Coast Guard for help.

    Because the Italians were required by law to alert nearby vessels of the sinking raft, they alerted Sea-Watch to its approximate location. But they also requested the intervention of their Libyan counterparts.

    The Libyan Coast Guard vessel that was sent to intervene on that morning, the Ras Jadir, was one of several that had been repaired by Italy and handed back to the Libyans in May of 2017. Eight of the 13 crew members onboard had received training from the European Union anti-smuggling naval program known as Operation Sophia.

    Even so, the Libyans brought the Ras Jadir next to the migrants’ raft, rather than deploying a smaller rescue vessel, as professional rescuers do. This offered no hope of rescuing those who had already fallen overboard and only caused more chaos, during which at least five people died.

    These deaths were not merely a result of a lack of professionalism. Some of the migrants who had been brought aboard the Ras Jadir were so afraid of their fate at the hands of the Libyans that they jumped back into the water to try to reach the European rescuers. As can be seen in the footage, members of the Libyan Coast Guard beat the remaining migrants.

    Sea-Watch’s crew was also attacked by the Libyan Coast Guard, who threatened them and threw hard objects at them to keep them away. This eruption of violence was the result of a clash between the goals of rescue and interception, with the migrants caught in the middle desperately struggling for their lives.

    Apart from those who died during this chaos, more than 15 people had already drowned in the time spent waiting for any rescue vessel to appear.

    There was, however, no shortage of potential rescuers in the area: A Portuguese surveillance plane had located the migrants’ raft after its distress call. An Italian Navy helicopter and a French frigate were nearby and eventually offered some support during the rescue.

    It’s possible that this French ship, deployed as part of Operation Sophia, could have reached the sinking vessel earlier, in time to save more lives — despite our requests, this information has not been disclosed to us. But it remained at a distance throughout the incident and while offering some support, notably refrained from taking migrants onboard who would then have had to have been disembarked on European soil. It’s an example of a hands-off approach that seeks to make Libyan intervention not only possible but also inevitable.

    A Legal Challenge

    On the basis of the forensic reconstruction, the Global Legal Action Network and the Association for Juridical Studies on Immigration, with the support of Yale Law School students, have filed a case against Italy at the European Court of Human Rights representing 17 survivors of this incident.

    Those working on the suit, who include two of us — Mr. Mann and Ms. Moreno-Lax — argue that even though Italian or European personnel did not physically intercept the migrants and bring them back to Libya, Italy exercised effective control over the Libyan Coast Guard through mutual agreements, support and on-the-ground coordination. Italy has entrusted the Libyans with a task that Rome knows full well would be illegal if undertaken directly: preventing migrants from seeking protection in Europe by impeding their flight and sending them back to a country where extreme violence and exploitation await.

    We hope this legal complaint will lead the European court to rule that countries cannot subcontract their legal and humanitarian obligations to dubious partners, and that if they do, they retain responsibility for the resulting violations. Such a precedent would force the entire European Union to make sure its cooperation with partners like Libya does not end up denying refugees the right to seek asylum.

    This case is especially important right now. In Italy’s elections in March, the far-right Lega party, which campaigned on radical anti-immigrant rhetoric, took nearly 20 percent of the vote. The party is now part of the governing coalition, of which its leader, Matteo Salvini, is the interior minister.

    His government has doubled down on animosity toward migrants. In June, Italy took the drastic step of turning away a humanitarian vessel from the country’s ports and has been systematically blocking rescued migrants from being disembarked since then, even when they had been assisted by the Italian Coast Guard.

    The Italian crackdown helps explain why seafarers off the Libyan coast have refrained from assisting migrants in distress, leaving them to drift for days. Under the new Italian government, a new batch of patrol boats has been handed over to the Libyan Coast Guard, and the rate of migrants being intercepted and brought back to Libya has increased. All this has made the crossing even more dangerous than before.

    Italy has been seeking to enact a practice that blatantly violates the spirit of the Geneva Convention on refugees, which enshrines the right to seek asylum and prohibits sending people back to countries in which their lives are at risk. A judgment by the European Court sanctioning Italy for this practice would help prevent the outsourcing of border control and human rights violations that may prevent the world’s most disempowered populations from seeking protection and dignity.

    The European Court of Human Rights cannot stand alone as a guardian of fundamental rights. Yet an insistence on its part to uphold the law would both reflect and bolster the movements seeking solidarity with migrants across Europe.

    https://www.nytimes.com/interactive/2018/12/26/opinion/europe-migrant-crisis-mediterranean-libya.html
    #reconstruction #naufrage #Méditerranée #Charles_Heller #Lorenzo_Pezzani #asile #migrations #réfugiés #mourir_en_mer #ONG #sauvetage #Sea-Watch #gardes-côtes_libyens #Libye #pull-back #refoulement #externalisation #vidéo #responsabilité #Ras_Jadir #Operation_Sophia #CEDH #cour_européenne_des_droits_de_l'homme #justice #droits_humains #droit_à_la_vie

    ping @reka

    • È un omicidio con navi italiane” L’accusa del Nyt

      Video-denuncia contro Roma e l’Ue per un naufragio di un anno fa: botte dei libici ai migranti, 50 morti.

      Patate scagliate addosso ai soccorritori della Sea Watch invece di lanciare giubbotti e salvagente ai naufraghi che stavano annegando. E poi botte ai migranti riusciti a salire sulle motovedette per salvarsi la vita. Ecco i risultati dell’addestramento che l’Italia ha impartito ai libici per far fuori i migranti nel Mediterraneo. È un video pubblicato dal New York Times che parte da una delle più gravi tra le ultime stragi avvenute del Canale di Sicilia, con un commento intitolato: “‘È un omicidio’: come l’Europa esternalizza sofferenza mentre i migranti annegano”.

      Era il 6 novembre 2017 e le operazioni in mare erano gestite dalla guardia costiera libica, in accordo con l’allora ministro dell’Interno, Marco Minniti. Il dettaglio non è secondario, lo stesso video mostra la cerimonia di consegna delle motovedette made in Italy ai partner nordafricani. Una delle imbarcazioni, la 648, la ritroviamo proprio al centro dell’azione dove, quel giorno, cinquanta africani vennero inghiottiti dal mare. Al tempo era consentito alle imbarcazioni di soccorso pattugliare lo specchio di mare a cavallo tra le zone Sar (Search and rescue, ricerca e soccorso) di competenza. Al tempo i porti italiani erano aperti, ma il comportamento dei militari libici già al limite della crudeltà. Il video e le foto scattate dal personale della Sea Watch mostrano scene durissime. Un migrante lasciato annegare senza alcun tentativo da parte dei libici di salvarlo: il corpo disperato annaspa per poi sparire sott’acqua, quando il salvagente viene lanciato è tardi. Botte, calci e pugni a uomini appena saliti a bordo delle motovedette, di una violenza ingiustificabile. Il New York Times va giù duro e nel commento, oltre a stigmatizzare attacca i governi italiani. Dalla prova delle motovedette vendute per far fare ad altri il lavoro sporco, al nuovo governo definito “di ultradestra” che “ha completato la strategia”. Matteo Salvini però non viene nominato. L’Italia, sottolinea il Nyt, ha delegato alle autorità della Tripolitania il pattugliamento delle coste e il recupero di qualsiasi imbarcazione diretta a nord. Nulla di nuovo, visto che la Spagna, guidata dal socialista Sanchez e impegnata sul fronte occidentale con un’ondata migratoria senza precedenti, usa il Marocco per “bonificare” il tratto di mare vicino allo stretto di Gibilterra da gommoni e carrette. Gli organismi europei da una parte stimolano il blocco delle migrazioni verso il continente, eppure dall’altra lo condannano. Per l’episodio del 6 novembre 2017, infatti, la Corte europea dei diritti umani sta trattando il ricorso presentato dall’Asgi (Associazione studi giuridici sull’immigrazione) contro il respingimento collettivo. Sempre l’Asgi ha presentato due ricorsi analoghi per fatti del dicembre 2018 e gennaio 2018; infine altri due, uno sulla cessione delle motovedette e l’altro sull’implementazione dell’accordo Italia-Libia firmato da Minniti.

      https://www.ilfattoquotidiano.it/premium/articoli/e-un-omicidio-con-navi-italiane-laccusa-del-nyt

    • Comment l’Europe et la Libye laissent mourir les migrants en mer

      Il y a un peu plus d’un an, le 6 novembre 2017, une fragile embarcation sombre en mer avec à son bord 150 migrants partis de Tripoli pour tenter de rejoindre l’Europe. La plupart d’entre eux sont morts. Avec l’aide de Forensic Oceanography – une organisation créée en 2011 pour tenir le compte des morts de migrants en Méditerranée – et de Forensic Architecture – groupe de recherche enquêtant sur les violations des droits de l’homme –, le New York Times a retracé le déroulement de ce drame, dans une enquête vidéo extrêmement documentée.

      Depuis l’accord passé en février 2017 entre la Libye et l’Italie, confiant aux autorités libyennes le soin d’intercepter les migrants dans ses eaux territoriales, le travail des ONG intervenant en mer Méditerranée avec leurs bateaux de sauvetage est devenu extrêmement difficile. Ces dernières subissent les menaces constantes des gardes-côtes libyens, qui, malgré les subventions européennes et les formations qu’ils reçoivent, n’ont pas vraiment pour but de sauver les migrants de la noyade. Ainsi, en fermant les yeux sur les pratiques libyennes régulièrement dénoncées par les ONG, l’Europe contribue à aggraver la situation et précipite les migrants vers la noyade, s’attache à démontrer cette enquête vidéo publiée dans la section Opinions du New York Times. Un document traduit et sous-titré par Courrier international.

      https://www.courrierinternational.com/video/enquete-comment-leurope-et-la-libye-laissent-mourir-les-migra

      https://www.youtube.com/watch?time_continue=10&v=dcbh8yJclGI



  • Au rectorat de Dijon on peut croiser Big Brother
    https://www.humanite.fr/au-rectorat-de-dijon-peut-croiser-big-brother-665400

    Une enseignante y est convoquée après avoir publié un texte ironique sur un site indépendant à propos de la prestation télévisée d’Emmanuel Macron de la semaine passée.


    Le rectorat de l’Académie de Dijon veille à ce que l’ordre règne en Macronie. Une professeure de Lettres au lycée le Castel de la capitale bourguignonne, Sophie Carrouge, y est convoquée par la direction des ressources humaines après avoir publié sur un site indépendant, Disjoncter info, un texte ironique après la prestation télévisée d’Emmanuel Macron la semaine passée. Datée du 13 décembre la convocation évoquant directement la publication de ce texte stipule laconiquement « Je vous demande donc de bien vouloir vous présenter à l’entretien prévu le jeudi 20 décembre à 15 heures 30 ». 
     
    « Le grand chef blanc, écrivait-elle, a parlé treize minutes pour apaiser le ressentiment de millions d’indiens. Le grand chef blanc, au début de sa palabre, a prévenu que si les millions d’indiens continuaient de lui courir sur le calumet, il allait être intraitable pour rétablir l’ordre. Il en va de l’autorité du grand tipi de l’Élysée. Le grand chef blanc accorde une part de bison fumé supplémentaire pour les fêtes et chaque mois, les vieux indiens recevront une galette de maïs et une bouteille d’eau de feu ». Et plus loin, « Emmanuel Macron pendant treize minutes a montré son vrai visage, mains sur la table, yeux rivés au prompteur avec l’empathie du dompteur pour le lion. Saute dans le cerceau, français en gilet jaune ou pas, et ferme ta gueule. »
     
    Au pays de Voltaire le rectorat ne goûte guère la charge. Ce qui a toutes les allures d’un véritable abus de pouvoir a vivement fait réagir les personnels enseignants, administratifs et les parents d’élèves du lycée concerné. Appelant à un rassemblement aujourd’hui à 15 h15 devant le rectorat. Ils écrivent dans un communiqué :

    « Nous, personnels de l’Éducation Nationale, parents d’élèves, représentants syndicaux du lycée le Castel, avons appris avec consternation la convocation de l’une de nos collègues par le rectorat, suite à l’écriture d’une tribune dans une publication dijonnaise. Nous l’assurons collectivement de tout notre soutien. Dans la période de mobilisation actuelle contre les différentes réformes dans l’Éducation nationale, une telle convocation apparaît comme une volonté de faire pression sur l’enseignante et de faire taire toute expression de contestation. Un tel contre-feu ne nous empêchera pas de nous mobiliser contre les réformes en cours. Où est la « liberté d’expression » dans « l’école de la confiance » ?

    • Voltaire, Voltaire, tout de suite les grands noms !

      On est aussi le pays de
      – louis IX, inventeur de l’étoile jaune,
      – henry III
      – napoléons I et III
      – adolf thiers
      – louis faidherbe
      – philippe pétain
      – jules moch
      . . . . . . . .
      Sans oublier quelques sociétés savantes, comme la société d’anthropologie de Paris.
      Une liste serait intéressante à constituer.

      En ce moment, on a un grenadeur, qui se pense comme mussolini enfant, et qui va lancer son métaplan national Post-it.

    • Une professeure de Dijon convoquée par son rectorat après avoir critiqué Emmanuel Macron

      L’enseignante a rédigé une tribune virulente en réaction à l’allocution du chef de l’Etat qui répondait à la colère des “gilets jaunes”.

      “Emmanuel Macron est terne, Emmanuel Macron est vieux, Emmanuel Macron n’est pas un président. Emmanuel Macron est un commercial arrivé au pouvoir par le pouvoir des urnes funéraires.” Cette attaque en règle contre le chef de l’Etat vaut à son auteure, Sophie Carrouge, une professeure du lycée Le Castel de Dijon (Côte-d’Or), d’être convoquée par son rectorat, jeudi 20 décembre. C’est ce qu’a appris franceinfo auprès de l’académie.

      Dans cette tribune publiée sur le site dijoncter.info mercredi 12 décembre, deux jours après l’allocution du président de la République, la professeure de lettres ironise sur la forme du discours présidentiel : “Hugh grand chef blanc, tu as bien parlé et tu as restauré l’autorité du conseil des anciens, tous ces chauves à grandes bouches qui parlent, parlent et comprennent qu’un bon indien est un indien mort ou grabataire.” Sophie Carrouge, qui milite pour la défense des lycéens sans-papiers, explique à franceinfo avoir réagi, “ivre de rage”, “au mot ’immigration’ lâché par Emmanuel Macron” dans son discours.
      “L’angle d’attaque possible, c’est le droit de réserve”

      “Je me doute que l’angle d’attaque possible, c’est le droit de réserve”, déclare Sophie Carrouge, qui fait valoir sa liberté d’expression. “Ils vont sans doute m’attaquer sur le fait que je mentionne ma profession et mon établissement.” « Mais chez les enseignants, ce droit de réserve n’est pas le même que dans la police par exemple, il est jurisprudentiel », affirme-t-elle.

      Et la professeure de dénoncer “un contexte très inquiétant”. Selon elle, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, “serre la vis de manière très spectaculaire”. L’enseignante dénonce le projet de loi sur l’école en préparation et les sanctions disciplinaires qu’il prévoit à l’encontre des enseignants qui dénigreraient l’institution. “L’Etat est en train de bétonner le système pour restreindre la liberté d’expression de chaque fonctionnaire”, fustige ainsi la professeure.
      “C’est prendre le risque de sanctions disciplinaires”

      Laurent Rabbé, avocat au barreau de Paris, spécialiste du droit de la fonction publique, estime que l’enseignante aura du mal à faire valoir ses arguments. “Au titre de ses obligations statutaires, un professeur de la fonction publique d’Etat a un devoir de réserve sur la politique mise en œuvre par sa tutelle, a fortiori par le chef de l’Etat”, explique-t-il à franceinfo. Le juriste estime que le rectorat pourrait légitimement lancer des poursuites disciplinaires contre Sophie Carrouge pour manquement à cette obligation. “Tenir de tels propos publiquement en se présentant en tant qu’enseignante, c’est prendre le risque de sanctions disciplinaires, tranche le conseil. Individuellement, c’est un choix, c’est un risque à prendre”.

      En attendant, des collègues et des parents d’élèves du lycée Le Castel ont apporté leur soutien à Sophie Carrouge dans un communiqué. Ils appellent même à manifester devant le rectorat, jeudi après-midi, au moment où l’enseignante sera convoquée. Contactée par franceinfo, l’académie n’a souhaité faire aucun commentaire.
      Pas de sanction mais un rappel

      La convocation s’est soldée par “un rappel au devoir de réserve”, indique à franceinfo Isabelle Cheviet, secrétaire départementale du Snes-FSU de Côte d’Or. La teneur de l’entrevue était “une incitation à la plus extrême prudence”, confirme Sophie Carrouge. Pas de sanction donc pour l’enseignante. “Je peux continuer à écrire mais je n’écrirai plus : ’Je suis enseignante’”, commente la professeure. Le rectorat a rappelé qu’"un fonctionnaire ne doit pas critiquer sa hiérarchie et l’Etat employeur", confirme la syndicaliste. Mais de conclure : “Si elle avait seulement signer de son nom, sans mentionner sa profession et son établissement, ça passait.”

      https://www.francetvinfo.fr/politique/une-professeure-de-dijon-convoquee-par-son-rectorat-apres-avoir-critiqu


  • Je découvre les vidéos de L’école du chat noir et c’est plutôt chouette... heu... chatte noire !

    BIENVENUE À TOI (L’école du chat noir épisode n°1)

    Bienvenue à toi dans l’école du chat noir. Comme tu vois, on a beaucoup de boulot devant nous alors au travail !

    https://sikke.fi/videos/watch/cd014e0e-50c9-4c90-807e-1f9cbb591c71

    L’ANARCHIE C’EST PAS CE QUE TU CROIS (épisode n°2)

    Dans ce deuxième épisode, on répond à la question « Qu’est-ce que l’Anarchie ? ».
    Tu vas voir que l’Anarchie c’est peut-être pas ce que tu crois, tu risques d’être surpris·e .

    https://sikke.fi/videos/watch/a102285b-d790-44f0-a6c1-04100d4e364b

    C’est sur facebook mais c’est aussi #peertube ;)

    (y’a des trucs sur lesquels je suis pas trop trop d’accord, mais c’est plus dû à des raccourcis je pense...)
    #anarchisme #communisme #anarco_communisme #transmission #savoir #enseignement #concepts


  • Reconnaissance faciale au lycée : l’expérimentation avant la généralisation
    https://www.laquadrature.net/2018/12/19/reconnaissance-faciale-au-lycee-lexperimentation-avant-la-generalisati

    Le 14 décembre dernier, le Conseil Régional de PACA a voté une mesure visant à faire installer, à partir de 2019, des dispositifs de reconnaissance faciale à l’entrée de deux lycées de Nice et de…

    #Surveillance


  • https://www.youtube.com/watch?v=Il2GbD4mrrk&t=52s

    Dans le cadre d’une enquête en deux parties, l’Unité des enquêtes d’Al Jazeera s’est mise à découvert pour révéler l’extrême droite française et révéler des liens secrets entre des extrémistes violents et l’un des plus grands partis politiques français. Marine Le Pen a récemment changé le nom du Front national dans le cadre des efforts visant à réformer l’image du parti et à le rendre plus acceptable pour les électeurs français. Cependant, un journaliste d’Al Jazeera découvre des liens étroits entre les responsables politiques du parti de Le Pen et Generation Identity (GI), un mouvement de jeunesse d’extrême droite voué à l’expulsion des musulmans d’Europe. Les militants du GI sont secrètement filmés en train de passer à tabac racistes et de saluer les nazis. Aurélien Verhassel, dirigeant de la branche GI de la ville française de Lille, a des convictions pour violence mais recrute toujours des militants d’extrême droite pour occuper des postes politiques pour le parti de Le Pen. Les membres élus du parti de Le Pen au Parlement européen sont également surpris en train de déclarer leur soutien à Generation Identity et à sa politique anti-musulmane.

    #génération_identitaire #fascisme #lille #la_citadelle


  • https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/communique-de-presse/2018/12/le-defenseur-des-droits-publie-son-rapport-exiles-et-droits

    Le Défenseur des droits publie son rapport « Exilés et droits fondamentaux, trois ans après le rapport Calais »

    À défaut d’une politique nationale assurant un véritable accueil des primo-arrivants, les collectivités locales et les associations caritatives sont contraintes d’agir seules, dans un contexte où se maintient une pénalisation de certains actes de solidarité. Le Défenseur des droits recommande donc d’élargir l’immunité pénale à tous les actes apportés dans un but humanitaire.

    Outre les effets de la politique migratoire de l’Union européenne qui contribuent à réduire de manière drastique les voies légales d’immigration en Europe, l’’externalisation de la frontière britannique en France demeure l’une des principales causes de la reconstitution des campements de fortune à Calais, Grande-Synthe ou Ouistreham, puisqu’elle empêche les exilés qui le souhaitent d’atteindre la Grande-Bretagne. Le Défenseur des droits recommande donc au gouvernement de dénoncer les accords conclus avec la Grande-Bretagne.

    #police #dublin #touquet #noborder #calais #état #raciste

    • Migrants : le Défenseur des droits dénonce une « dégradation » dans les campements depuis 2015

      Le Défenseur des droits Jacques Toubon a dénoncé mercredi une « dégradation » de la situation sanitaire et sociale des migrants vivant sur des campements en France depuis trois ans, avec « des atteintes sans précédents aux droits fondamentaux ».

      Face à une politique « non-accueil », les migrants « se retrouvent dans un état de dénuement extrême, dépourvus de tout abri et ayant comme première préoccupation celle de subvenir à leurs besoins vitaux : boire, se nourrir, se laver », déplore Toubon dans un rapport sur les campements de Calais, Paris, Grande-Synthe (Nord) et Ouistreham (Calvados). « Les difficultés à trouver des solutions durables aggravent le phénomène », estime-il, en déplorant des « stratégies de dissuasion et d’invisibilisation sur le territoire national menées par les pouvoirs publics ».

      En 2015 déjà, Toubon avait dénoncé dans un rapport sévère la situation des migrants dans le bidonville de la « Jungle » à Calais, qui comptait alors plus de 4 000 personnes, et a été démantelé depuis, de même que les grands campements parisiens.

      Mais « la situation s’est en réalité nettement dégradée », note le Défenseur, qui pointe les opérations d’évacuation régulièrement menées par les pouvoirs publics. « Loin d’être conformes aux exigences du droit à un hébergement inconditionnel », ces mises à l’abri « contribuent à la constitution de nouveaux campements » par leur caractère « non durable », assure-t-il dans ce document reprenant divers avis rendus depuis 2015.

      Toubon déplore aussi, pour ces mises à l’abri, le recours à des centres pour étrangers fonctionnant « comme des centres de transit » avec « des critères de tri ». « En lieu et place d’une véritable politique d’accueil, les pouvoirs publics ont préféré mettre en œuvre une politique essentiellement fondée sur la police des étrangers, reflétant une forme de +criminalisation des migrations », assure-t-il dans ce rapport publié au lendemain

      Il s’inquiète particulièrement des méthodes policières, avec des évacuations « pour empêcher tout nouveau point de fixation » et des contrôles d’identité « pour contrôler le droit au séjour ». « Pour servir ces opérations, différentes pratiques ont pu être observées telles que l’usage de gaz lacrymogène », assure-t-il dans ce rapport publié au lendemain de la journée internationale des migrants.

      Faisant état d’« une détérioration sans précédent de la santé des exilés », avec un « développement inquiétant des troubles psychiques », il s’inquiète particulièrement pour les mineurs, « laissés à leur sort » en raison du caractère « largement inadapté et sous-dimensionné des dispositifs » existants.

      Dans ce contexte Toubon souligne le rôle des collectivités locales « contraintes d’agir », et celui des associations qui « se substituent de plus en plus fréquemment aux pouvoirs publics » mais « sont de plus en plus empêchées d’agir ». Le Défenseur déplore enfin des « entraves persistantes à l’entrée dans la procédure d’asile » qui « viennent grossir les rangs des exilés contraints de vivre dans la clandestinité ».

      Mettant en garde contre une « logique d’externalisation de la gestion des flux migratoires », il formule plusieurs propositions, dont la suspension du règlement de Dublin confiant au pays d’enregistrement l’examen de la demande d’asile.

      https://www.liberation.fr/france/2018/12/19/migrants-le-defenseur-des-droits-denonce-une-degradation-dans-les-campeme


  • Mark Fisher, pop philosophe mélancolique
    https://www.liberation.fr/debats/2018/12/18/mark-fisher-pop-philosophe-melancolique_1698587

    C’est un petit livre, à peine plus épais qu’un opuscule, qui cache une forêt. Publié par Entremonde, éditeur genevois spécialisé dans les essais critiques et politiques, on aurait vite fait de laisser sa couverture noire et argent s’évanouir dans la pléthore éditoriale de l’automne. Certains, pourtant, attendent le Réalisme capitaliste, première traduction française du philosophe et critique Mark Fisher, depuis très longtemps. Ceux qui connaissaient la réputation de cette dissection habile du capitalisme tardif éditée en anglais en 2009, et louée par Slavoj Zizek et les philosophes accélérationnistes. Egalement ceux qui suivaient à la trace ses critiques musicales dans les magazines NME ou The Wire. Encore ceux qui étaient abonnés, dans les années 2000, au forum de discussion Dissensus, qu’il avait créé avec le blogueur journaliste Matt Ingram, et lisaient régulièrement son blog K-Punk pour découvrir au jour le jour les inventions théoriques qu’il y développait.

    #livres #édition #culture #musique #cinéma

    • Résultat de six ou sept années de recherches entamées à l’université et affinées sur Internet, Réalisme capitaliste n’est pas un livre sur l’art, ni sur la musique. Quelques musiciens comme Kurt Cobain y apparaissent, tout comme certains films et cinéastes (Wall-E, Blue Collar de Paul Schrader) mais c’est de loin son texte le moins référencé - il est ainsi moins ardu que le suivant, Ghosts of My Life (2014), qui développe nombre de ses idées par le prisme de la musique électronique, dont Fisher était un défenseur et un « pratiquant » fervent depuis l’ère des raves, au début des années 90. Vincent Chanson, qui travaille pour la maison d’édition Entremonde, précise : « Pour introduire Fisher aux lecteurs français, on a choisi de commencer par Réalisme capitaliste. L’entrée dans son œuvre par la musique est un peu rédhibitoire - les œuvres dont il parle sont peu connues hors des amateurs de jungle et de techno. »

      Comme son sous-titre l’indique (N’y a-t-il aucune alternative ?), le premier livre de Mark Fisher est plutôt un guide de survie dans un #capitalisme si englobant qu’il en circonscrit tous les possibles politiques. On connaît l’adage attribué à Zizek comme quoi « la fin du monde est plus facile à imaginer que la fin du capitalisme ». Le Slovène avait imaginé sa formule (ou l’avait emprunté au philosophe américain Fredric Jameson, personne n’en est bien sûr) pour expliquer la recrudescence des scènes de destruction massive dans l’#imaginaire hollywoodien. Lui-même lecteur attentif de Zizek et de Jameson et critique féru de cinéma de genre, Fisher débute son livre par un chapitre titré d’après la fameuse phrase du philosophe slovène et une analyse des Fils de l’homme d’Alfonso Cuarón (2006). Le philosophe l’estimait plus qu’aucun autre film d’anticipation pour sa manière de présenter « une dystopie qui soit spécifique au capitalisme tardif […], dans lequel l’ultra-autoritarisme et le capital ne sont nullement incompatibles : les camps d’internement y coexistent avec des coffee bars franchisés. » A travers ce film, qui se déroule au beau milieu d’une catastrophe dont les causes sont aussi impossibles à déterminer qu’une action qui viendrait l’arrêter, Fisher décrypte un temps où les sociétés auraient intégré que plus aucune rupture ne viendra mettre fin à un cycle infini de « réitération et repermutation ». Ce monde presque stérile, animé d’un « espoir messianique faible » et charriant la #dépression comme une épidémie, c’est bien sûr le nôtre, condamné depuis l’effondrement de l’URSS à survivre au sein d’un capitalisme sans alternative.

      Dans les années 2000 et 2010, d’où écrit Fisher, l’#art ne « peut plus qu’imiter des styles morts, parler avec des masques », et le capitalisme n’a plus besoin de « contenir et absorber les énergies venues du #dehors. A présent, c’est le problème contraire qui se pose à lui : n’étant que trop bien parvenu à assimiler l’extérieur, comment peut-il fonctionner sans un ailleurs qu’il peut coloniser et s’approprier ? » Le réalisme capitaliste est ainsi une tentative de description de ce qui reste quand « les croyances se sont effondrées, ramenées au niveau de l’élaboration rituelle ou symbolique ». C’est un capitalisme qu’on ne critique plus en soi mais dont on #critique les dérives de ceux qui profitent du système ; un réalisme qu’on ne peut plus contester sans se voir opposer un principe de réalité puisque l’idéologie qu’il incarne se présente comme un fait et non plus comme un argument (le fameux « il n’y a pas d’alternative » thatchérien).

      Incarnation d’un monde hanté
      Comment lutter ? Où planter les graines pour refonder un autre monde quand la gauche se partage entre les « immobilistes » et les « communistes libéraux, qui affirment que les excès immoraux du capitalisme doivent être contrebalancés par la charité », et que la croyance même à cet autre monde est présentée comme un fanatisme ? Avant de se lancer dans un sommaire préambule de réponse, Fisher, dans Réalisme capitaliste, décrit, analyse, fouille où il peut, dans les objets culturels notamment, qui sont ses biais critiques de choix. Et une grande part de son inquiétude provient des symptômes qu’il décèle dans les œuvres d’art elles-mêmes. D’une part, elles sont l’incarnation d’un monde hanté par son incapacité à se renouveler réellement, qu’il désignera plus tard par le mot-valise, emprunté à Derrida dans Spectres de Marx, d’« #hantologie ». De l’autre, elles se retrouvent emblématiques d’une incapacité à subvertir la culture capitaliste puisque cette dernière est désormais capable de les « précorporer », c’est-à-dire « formater et façonner de manière préventive les désirs, les aspirations et les espoirs » qu’ils expriment.

      #désir