https://www.revue-ballast.fr

  • BALLAST • Pour un alpinisme libertaire
    https://www.revue-ballast.fr/pour-un-alpinisme-libertaire

    Premier de cordée : l’expression est connue et recouvre plusieurs dimensions. C’est le titre d’un roman du guide de haute-montagne et écrivain Roger Frison-Roche qu’on retrouve fréquemment dans une boîte à livre ou chez un marchand d’occasion. C’est devenu plus récemment, pour un président qui ne connaît rien à l’éthique de la montagne, la métaphore d’un illusoire ruissellement économique. C’est enfin et surtout une expression dévoyée : la cordée, selon le correcteur, syndicaliste et grimpeur Guillaume Goutte, est moins le support de l’exploit dudit premier de cordée qu’un acte collectif de solidarité. Dans cet extrait d’Alpinisme & anarchisme, récemment paru aux éditions Nada et que nous publions, il explore l’hypothèse selon laquelle l’anarchisme trouverait une de ses traductions pratiques dans l’alpinisme.
    [...]
    Dans un monde où le libé­ra­lisme génère l’isolement ou brasse des formes de socia­bi­li­té pauvres et sou­vent illu­soires, la cor­dée fait rêver. Si elle génère sa part de fan­tasmes, il n’en reste pas moins qu’elle repose sur un cer­tain nombre de valeurs qui résonnent — et rai­sonnent — avec celles por­tées par l’anarchisme, et qui expliquent sans doute pour­quoi autant de liber­taires fré­quentent les hau­teurs, corde nouée au bau­drier. La cor­dée repose sur au moins trois valeurs essen­tielles et évi­dentes : la soli­da­ri­té, la res­pon­sa­bi­li­té et l’autonomie.

    La soli­da­ri­té. Elle est incon­tour­nable : s’encorder, c’est remettre son des­tin, du moins sa sécu­ri­té, dans les mains de l’autre, et vice ver­sa. C’est accor­der sa confiance et accep­ter celle de l’autre : en nouant la corde à son bau­drier, on signe, en quelque sorte, un contrat d’assistance mutuelle.

    La référence de l’ouvrage : https://www.nada-editions.fr/produit/alpinisme-anarchisme

    #anarchisme #alpinisme

  • BALLAST • 1767 : une belle grève de femmes à Poullaouen
    https://www.revue-ballast.fr/1767-une-belle-greve-de-femmes-a-poullaouen

    « Nous nous embar­ras­sons peu de leur révolte ; nous sommes per­sua­dés qu’elle ne tien­dra pas, et quand il en devrait être autre­ment, nous nous en met­tons peu en peine, nous y remé­die­rons1. » C’est en ces termes qu’il y a 257 ans, les action­naires pari­siens de la Compagnie des mines de Basse-Bretagne dis­cu­taient, avec une insou­ciance et une suf­fi­sance bour­geoises, des ouvrières des ate­liers de Poullaouen et du début de leur lutte.

  • Pandémie et canicule | Brissenden
    https://www.revue-ballast.fr/pandemie-et-canicule

    « Canicule et Covid : les liai­sons dan­ge­reuses », indiquait un titre de presse en 2022. On s’in­quié­tait alors des effets sani­taires de la conjonc­tion des deux phé­no­mènes. Cet été-là, la cani­cule a cau­sé la mort de plus de 60 000 per­sonnes en Europe. Parmi les vic­times, on s’en doute, ce sont les plus pauvres, les plus mal logés, les plus iso­lés qui ont été tou­chés en pre­mier lieu. En somme : les plus vul­né­rables. Si les consé­quences conjointes de la pan­dé­mie et des épi­sodes de forte cha­leur ont par­fois été évo­quées, peu de cas a été fait de leurs racines com­munes, des inéga­li­tés que ces phé­no­mènes tra­hissent et des leviers d’ac­tion col­lec­tifs afin de se pro­té­ger. Pour ten­ter de reprendre la main face à des catas­trophes désor­mais pla­né­taires, l’au­teur de ce texte pro­pose, à l’is­sue d’une (...)

  • Les chibanis et le mythe du retour au pays

    « Chibani : en arabe, celui qui a les cheveux blanc. Un terme qui a fini par désigner, en France, l’ensemble des vieux travailleurs immigrés venus d’Afrique du Nord après la Seconde Guerre mondiale. Affectés le plus souvent aux tâches les plus précaires et dangereuses, ils ont aussi été les premiers à être renvoyés lorsque les usines ont commencé à fermer. Voici dix ans, une mission parlementaire estimait à 850 000 le nombre d’immigrés âgés de plus de 55 ans vivant en France sans pouvoir accéder aux droits que leur réservait pourtant leur âge. Depuis, leur statut s’est quelque peu amélioré, mais la situation des chibanis reste celle d’un exil sans cesse prolongé. La journaliste franco-tunisienne Maya Elboudrari est allée à la rencontre de certains d’entre elles et eux dans le XXe arrondissement de Paris, au Café social animé par l’association Ayyem Zamen. Dans cet article, paru initialement dans la revue New Lines Magazine, que nous traduisons, elle revient sur leur histoire. »

    https://www.revue-ballast.fr/les-chibanis-et-le-mythe-du-retour-au-pays

    #immigration #exil

  • BALLAST • Active Clubs : une plongée dans la violence d’extrême droite
    https://www.revue-ballast.fr/active-clubs-une-plongee-dans-la-violence-dextreme-droite

    Alors que le recours à la vio­lence fait de plus en plus consen­sus au sein de la facho­sphère, le mou­ve­ment des Active Clubs pré­tend com­bler une lacune : celle du manque d’ap­ti­tude aux raton­nades de ses mili­tants, tout en orien­tant les esprits des fas­cistes vers les idéo­lo­gies néo­na­zies et supré­ma­cistes blanches. Après la vio­lence gra­phique, sup­po­sée inti­mi­der et dégra­der les biens des « gau­chos », les for­ma­tions d’ex­trême droite radi­cale mul­ti­plient leurs actions, inten­si­fiant une autre forme de vio­lence, qui endom­mage les corps de leurs enne­mis désignés.
    .../...
    L’extrême droite radicale est en pleine transformation, adaptant et restructurant son idéologie. Influencée par le populisme historique du FN/RN, de négationnistes comme François Duprat, ainsi que par des idéologues tels que Dominique Venner, elle intègre diverses influences. Si cela génère des scissions au sein de ces groupes, cette stratégie de recrutement finit par se révéler fructueuse, attirant des éléments plus radicaux et enclins à l’affrontement. Il est crucial de souligner que l’extrême droite partisane n’a jamais été aussi puissante en France. Par conséquent, l’extrême droite radicale se sent de plus en plus à l’aise et protégée par un système qui normalise les discours et les violences racistes. Face à la montée des violences perpétrées par l’extrême droite à l’encontre de militants, de défenseurs des droits humains et même d’élus — autant d’incidents souvent minimisés par les médias — la question se pose : comment la gauche antifasciste, cherchant à établir un rapport de force avec ces groupuscules violents, va-t-elle évoluer et se renforcer alors que la France s’avère de plus en plus fascisante ? Confrontée à un nombre croissant de fascistes et de néonazis qui s’arment et se préparent à la confrontation physique, la gauche antifasciste doit envisager sa propre consolidation.

  • BALLAST • Elsa Deck-Marsault : « Transformer notre rapport à la justice »
    https://www.revue-ballast.fr/elsa-deck-marsault-transformer-notre-rapport-a-la-justice

    Cette expres­sion est tirée d’un article de Chi-Chi Shi inti­tu­lé « La souf­france indi­vi­duelle (et col­lec­tive) est-elle un cri­tère poli­tique ? », qui m’a beau­coup ins­pi­rée. L’autrice part du constat que le res­sen­ti et la souf­france indi­vi­duels sont aujourd’hui pré­sen­tés comme le point de départ de nos luttes, c’est-à-dire l’endroit d’où on va pou­voir se ras­sem­bler. Politiquement, est-ce que ça nous per­met de faire des liens entre les dif­fé­rents res­sen­tis et souf­frances que cha­cun et cha­cune peut avoir et expri­mer ? On s’est retrou­vé à cen­trer nos com­bats autour des indi­vi­dus et ça rend la construc­tion de ponts impos­sible. On voit nos luttes davan­tage en termes de camps cen­trés autour de souf­frances et de res­sen­tis com­muns qu’en termes de front qu’il faut faire avan­cer face à un enne­mi commun.

    Lorsqu’on pense en termes de camps, qui fait par­tie du « nous » poli­tique et du « eux » ? On s’est foca­li­sé sur la traque des traîtres poten­tiels qui seraient dans le « nous » pour les exclure de nos espaces, faire en sorte que ces der­niers soient de plus en plus safe, en par­tie pour qu’un confort indi­vi­duel soit assu­ré au sein de nos luttes. Cette limite entre le « eux » et le « nous » me sert de point de départ pour par­ler de mora­lisme pro­gres­siste, c’est-à-dire la recherche exclu­sive de la per­fec­tion morale et la façon dont elle va s’incarner dans le fait d’assainir nos propres camps. On essaye de se retrou­ver entre bon·nes militant⋅es qui auraient tous les codes sym­bo­liques de la parole, sociaux, etc., en reje­tant ce qu’on estime être des mauvais⋅es militant⋅es. On traque les gens qui feraient des erreurs dis­cur­sives, des fautes dans leur com­por­te­ment. On centre le pro­blème sur des per­sonnes, indi­vi­duel­le­ment, plu­tôt que sur un sys­tème plus glo­bal. Résultat : on n’est plus capable de lut­ter et de mili­ter ensemble. On en est venu à confondre nos « iden­ti­tés poli­tiques » avec nos opi­nions et on a du mal à faire du lien entre nos conflits, à confron­ter nos points de vue contradictoires.

    #justice #justice_transformatrice #militantisme

    • Les pratiques punitives nous enseignent qu’on est toujours sur la sellette. Quand on milite depuis dix ans dans un milieu et qu’on sait qu’on peut en être exclu d’une minute à l’autre parce qu’on aura fait ou dit telle chose, qui serait considérée comme inacceptable de la part de nos pairs, ça nous pousse à nous investir à demi — un pied dedans et un pied dehors.

      […]

      Beaucoup de gens réagissent davantage par peur d’être vus comme mauvais⋅es allié⋅es ou militant⋅es que parce qu’ils sont vraiment d’accord avec la position prise. On en vient à se demander « comment faire pour montrer que moi, personnellement, je suis du bon côté de la barrière ? » Alors que les questions devraient être « qu’est-il juste de faire ? avec quoi je suis en accord politiquement et éthiquement ? » C’est une sorte de performativité qui utilise chaque nouvelle histoire pour montrer qu’on est le bon ou la bonne militant⋅e, qu’on a bien pris position. D’où ma référence au moralisme, qui invite à montrer qu’on a la bonne morale, qu’on est sur la bonne voie. Alors qu’au fond, c’est vide de sens.

  • BALLAST • Relire le Manifeste du parti communiste, 175 ans après
    https://www.revue-ballast.fr/relire-le-manifeste-du-parti-communiste-175-ans-apres

    Le Manifeste est déci­dé­ment un texte sans pré­cé­dent, tant par sa forme que par son conte­nu. Mais, si son souffle excep­tion­nel est celui de Marx qui n’a alors pas trente ans, sa teneur est aus­si le pro­duit des longs débats col­lec­tifs qui ont pré­pa­ré la rédac­tion finale. Sans s’y sub­sti­tuer mais en les com­plé­tant de ses propres ana­lyses, Marx s’efforce d’esquisser plus net­te­ment les voies de la trans­for­ma­tion pos­sible et néces­saire. Cette néces­si­té n’est pas celle d’un scé­na­rio qui se dérou­le­rait sans coup férir, mais plu­tôt, sur la base d’une révo­lu­tion jugée désor­mais iné­luc­table, l’énoncé d’une exi­gence his­to­rique et humaine qui semble alors à por­tée de main. Aux yeux de Marx et d’Engels, dès l’époque de sa pre­mière expan­sion, le capi­ta­lisme appelle son dépas­se­ment : accrois­se­ment de la pro­duc­tion à une échelle sans pré­cé­dent, au prix du bou­le­ver­se­ment de toutes les rela­tions sociales anté­rieures, exploi­ta­tion nue et bru­tale, colo­ni­sa­tion, conquête du mar­ché mon­dial et pillage des richesses, mais aus­si sur­ve­nue de crises pério­diques et crois­santes, déve­lop­pe­ment des besoins humains à mesure même que les pro­duc­teurs se trouvent comme jamais écra­sés par une orga­ni­sa­tion du tra­vail qui vise le pro­fit et sa cap­ta­tion par une mino­ri­té, toutes ces consé­quences forment des contra­dic­tions his­to­riques mas­sives qui appellent et rendent pos­sible une nou­velle orga­ni­sa­tion de la vie sociale.

  • BALLAST • Quand « plus jamais ça » devient un cri de guerre
    https://www.revue-ballast.fr/quand-plus-jamais-ca-devient-un-cri-de-guerre

    L’image a fait le tour du monde : lun­di der­nier, l’ambassadeur israé­lien à l’ONU a abor­dé une étoile jaune au cours d’une réunion du Conseil de sécu­ri­té. Sur cette étoile de bien sinistre mémoire, on pou­vait lire : « Never again ». Choqué, le pré­sident de Yad Vashem — le mémo­rial de la Shoah à Jérusalem — a aus­si­tôt réagi : « Cet acte désho­nore les vic­times de l’Holocauste ain­si que l’État d’Israël. » Cette réfé­rence au géno­cide des Juifs d’Europe n’est pas une pre­mière : elles abondent depuis le san­glant 7 octobre. Natasha Roth-Rowland, his­to­rienne spé­cia­li­sée sur l’ex­trême droite, se lève, dans les colonnes du maga­zine israé­lien +972, contre cette ins­tru­men­ta­li­sa­tion du pas­sé en vue de jus­ti­fier les actions mili­taires en cours. En l’oc­cur­rence : « un grave dan­ger de net­toyage eth­nique », aver­tis­sait l’ONU il y a déjà deux semaines. On dénombre aujourd’­hui près de 8 900 morts gazaouis, dont plus de 3 600 enfants. Médecins sans fron­tières fait savoir que les ampu­ta­tions se pra­tiquent désor­mais sans anes­thé­sie. L’UNICEF appelle en vain à un ces­sez-le-feu huma­ni­taire immé­diat : Gaza est deve­nue « un véri­table enfer ». Tandis que les gou­ver­ne­ments du Nord conti­nuent de sou­te­nir la poli­tique d’a­néan­tis­se­ment de la bande de Gaza — voire l’arment, dans le cas des États-Unis —, de nom­breuses voix s’é­lèvent de par le Sud dans l’es­poir que cesse au plus vite l’hor­reur : les pou­voirs boli­vien, chi­lien et colom­bien viennent ain­si de rompre toutes rela­tions diplo­ma­tiques avec Israël ou de rap­pe­ler leurs ambas­sa­deurs. La solu­tion ne sera que poli­tique, rap­pelle l’au­trice. Nous tra­dui­sons son article.

    • L’intérêt rhétorique qui consiste à assimiler ses ennemis à des nazis — ce à quoi procède fréquemment la droite israélienne et ses partisans lorsqu’ils discutent des Palestiniens en général — réside dans la manière dont cela suggère, implicitement ou explicitement, qu’il n’y a qu’une seule ligne de conduite logique, voire morale : l’élimination complète des personnes désignées comme nazies et de toute personne considérée comme leur étant affiliée. C’est pourquoi le discours actuel est inondé d’appels au génocide et à l’épuration ethnique qui émane d’un éventail effroyablement large de sources, et est soutenu par l’idée que, pour reprendre les termes d’un chroniqueur dans le plus lu des journaux israéliens, « le Hamas et les habitants de Gaza sont une seule et même chose ». La constante invocation de l’Holocauste n’a pas l’air d’avoir contribué à sensibiliser à ses leçons ceux qui appellent à la destruction de Gaza. En plus des appels à des massacres en guise de vengeance et des nombreuses références aux Palestiniens comme autant d’« animaux », l’imagerie nazie a également fait la tournée des « hasbaristes » [relais des stratégies de communication de l’État d’Israël envers le reste du monde, ndlr] sur les réseaux sociaux : dans un dessin qui aurait pu tout droit venir de Der Stürmer [hebdomadaire nazi actif de 1923 à 1945, ndlr], on voit une botte de Tsahal sur le point de marcher sur un cafard dont la tête est celle d’un combattant du Hamas. L’ironie est transparente et grotesque : une propagande similaire, obscène, qui a contribué à alimenter des horreurs inimaginables est adoptée pour, en apparence, empêcher la répétition de cette même histoire — et pour justifier la poursuite des massacres ethniques et de la punition collective.

      #épuration_ethnique #nazification_des_Palestiniens #négationnisme #Israël #discours_génocidaire

  • BALLAST • John Vasquez Mejías : se souvenir des révoltes portoricaines
    https://www.revue-ballast.fr/john-vasquez-mejias-se-souvenir-des-revoltes-portoricaines

    Si l’his­toire de l’im­pé­ria­lisme éta­su­nien et de ses résis­tances en Amérique du Sud et cen­trale est aujourd’­hui bien connue, l’ou­bli per­siste quand il s’a­git de Porto Rico. En 2017, les rares élec­teurs d’un réfé­ren­dum lar­ge­ment boy­cot­té ont pro­po­sé d’al­ler plus loin dans le rat­ta­che­ment de l’île cari­béenne aux États-Unis : « Nous nous pré­sen­te­rons sur la scène inter­na­tio­nale pour défendre l’importance de voir Porto Rico deve­nir le pre­mier État his­pa­no des États-Unis », affir­mait le gou­ver­neur de l’île après la publi­ca­tion des résul­tats. Soixante-dix ans plus tôt, c’est un élan tout à fait contraire qui sem­blait près de s’im­po­ser : le mou­ve­ment indé­pen­dan­tiste por­to­ri­cain lan­çait alors une insur­rec­tion pour se débar­ras­ser du gou­ver­ne­ment fan­toche mis en place par la puis­sance colo­niale éta­su­nienne. La répres­sion fut bru­tale. Cette his­toire, sou­vent igno­rée des Portoricains eux-mêmes, forme la trame de Et l’île s’embrasa : un récit entiè­re­ment com­po­sé de gra­vures sur bois, récem­ment tra­duit en fran­çais. Nous repro­dui­sons ici l’en­tre­tien mené avec son auteur, John Vasquez Mejías, qui accom­pagne l’ouvrage.

  • BALLAST • La boxe, ce sport de prolétaires
    https://www.revue-ballast.fr/la-boxe-ce-sport-de-proletaires

    Dans l’i­ma­gi­naire col­lec­tif, la boxe a long­temps été asso­ciée à des images de salles sombres où résonnent le bruit des coups sur les sacs, tan­dis que des corps trans­pirent à la lumière des néons. Aujourd’hui, les salles de sport pro­posent sa pra­tique sous des moda­li­tés variées à un public issu des classes moyenne ou aisée, qui veut se main­te­nir en forme, ou dans le cadre de cours d’au­to­dé­fense. Malgré tout, la boxe reste une acti­vi­té spor­tive bien ancrée dans les classes popu­laires. Par l’en­ga­ge­ment qu’elle demande et la dure­té de la pra­tique, elle fait écho à des condi­tions de vie dif­fi­cile, qu’elle aide à affron­ter. Face à sa récu­pé­ra­tion mar­chande et à la ten­ta­tive de la vider de son carac­tère sub­ver­sif, le jour­na­liste Selim Derkaoui défend pour sa part un sport « au ser­vice des com­bats que l’on mène à plu­sieurs ». Dans Rendre les coups — Boxe et lutte des classes, qui paraît ces jours-ci au Passager clan­des­tin, il rend hom­mage à la boxe popu­laire, celle que pra­ti­quait son père et qu’il est allé ren­con­trer à Aubervilliers, Pantin ou dans la ban­lieue de Caen. Nous en publions un extrait.

    #sport #boxe

  • Écologistes, au #travail !
    https://laviedesidees.fr/Paul-Guillibert-Exploiter-les-vivants

    Comment réconcilier les travailleurs et l’écologie ? En rappelant que celle-ci doit s’intéresser aux modes de production autant que de consommation. Se constituerait alors un « communisme du vivant » dont Paul Guillibert esquisse les concepts fondamentaux. À propos de : Paul Guillibert, Exploiter les vivants. Une #écologie politique du travail, Amsterdam

    #Philosophie #nature #marxisme #exploitation #animaux
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20230925_guillibert.pdf
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20230925_guillibert-2.docx

  • Mickaël Correia : « Imaginer une forme d’autodéfense climatique » [1/2]
    https://www.revue-ballast.fr/mickael-correia-imaginer-une-forme-dautodefense-climatique-1-2

    À la fin de votre livre-enquête Criminels cli­ma­tiques, vous appe­lez à la consti­tu­tion d’un front poli­tique qui aurait pour creu­set le cli­mat. On peut pen­ser aux Soulèvements de la Terre, aux inter­pel­la­tions publiques qu’il y a eues à l’encontre de TotalEnergies… Mais, pour impor­tants qu’ils sont, ces mou­ve­ments n’ont rien à voir avec la mobi­li­sa­tion contre la réforme des retraites, durant laquelle les ques­tions éco­lo­giques ont été rela­ti­ve­ment absentes.

    Il y a eu très peu d’intersection, oui. Il y a eu des dis­cours éco­lo­gistes, mais qui n’étaient pas codés en tant que tels, ou bien mino­ri­taires, chez SUD-Solidaires ou dans cer­taines régions, sur la san­té au tra­vail, l’espérance de vie… Pourtant, in fine, une telle réforme met en branle des ques­tions éco­lo­giques : la remise en cause de la crois­sance per­pé­tuelle pour main­te­nir l’emploi du pro­duc­ti­visme à tous crin, le fait que les dis­po­si­tifs pri­vés d’épargne retraite et d’épargne sala­riale qu’encouragent cette réforme reposent beau­coup sur des inves­tis­se­ments dans les éner­gies fos­siles, la néces­si­té de blo­quer l’appareil pro­duc­tif pour repen­ser nos besoins sociaux et réflé­chir à fer­mer les sec­teurs que l’on juge nocifs pour les humains comme pour la pla­nète, etc. Aucun sys­tème des retraites ne tien­dra dans un monde à +4 °C. On n’a pas vu d’activistes éco­lo­gistes venir aider les raf­fi­neurs à blo­quer les raf­fi­ne­ries. Mais ça, c’est l’histoire propre du mou­ve­ment climat…

    Comment ça ?

    Il y a deux points que le mou­ve­ment éco­lo­giste n’a pas assez pris en compte pour le moment. Le mou­ve­ment social a tou­jours repo­sé sur deux jambes : créer un rap­port de force avec l’État (notam­ment les forces patro­nales, pour gagner en termes de pro­grès social) ; inven­ter des espaces d’expérimentation sociale. Un vrai mou­ve­ment éco­lo­giste popu­laire devrait conti­nuer d’interpeller l’État comme il le fait déjà, en poin­tant son absence face à la crise cli­ma­tique, en dénon­çant la res­pon­sa­bi­li­té des indus­triels, le manque de poli­tique cli­ma­tique sociale. Mais il faut s’avouer que l’heure de l’interpellation est révo­lue, et qu’il est plus que temps d’instaurer un rap­port de force pour, par exemple, impo­ser col­lec­ti­ve­ment aux indus­triels fos­siles de faire leur bifur­ca­tion éco­lo­gique car, comme nous le montre l’histoire poli­tique de ces trente der­nières années, l’État ne le fera pas. Il faut qu’on se retrousse les manches pour por­ter des expé­ri­men­ta­tions sociales. Ça s’est fait et conti­nue de se faire avec les éco­lieux, les espaces auto­nomes, les fermes col­lec­tives : c’est très inté­res­sant, ce sont des bases arrières pour s’organiser. Mais, d’une part, il faut les condi­tions maté­rielles pour le faire : la plu­part du temps, les gens qui désertent les métro­poles ont pu ache­ter des baraques et du matos parce qu’ils sont issus de classes sociales supé­rieures. D’autre part, ça n’est pas un ima­gi­naire qui fait rêver tout le monde, moi le pre­mier ! Allez par­ler de ça à un jeune des quar­tiers popu­laires, qui a vu ses parents tri­mer au bou­lot ou fuir des condi­tions rurales misé­rables : il n’a pas envie de tri­mer à son tour cin­quante heures par semaines pour culti­ver des légumes !

    Il y a un autre mythe qui a tou­jours struc­tu­ré le mou­ve­ment cli­mat, et qui est en train de s’effondrer : la science pro­gres­sant sur la ques­tion cli­ma­tique, de plus en plus de gens pren­draient conscience de la catas­trophe cli­ma­tique. (...)

    #écologie #climat #racisme

    • Il y a pourtant cette espèce de rengaine dans le mouvement climat autour d’une écologie populaire qui serait à bâtir. Mais l’écologie populaire existe déjà ! Elle n’est simplement pas codée en tant que telle et les écologistes, le mouvement climat, n’arrivent pas à la déceler. Il y a des pratiques et des modes de vie qui, dans les quartiers populaires, sont écolos mais qui ne sont pas considérées comme tels. Je suis originaire de l’immigration ouvrière portugaise et j’ai grandi à Roubaix, un ville considérée comme la plus pauvre de France. J’y ai passé mon enfance et mon adolescence à faire des chantiers de rénovation chez les autres. Il y a des pratiques de solidarité, d’entraide, qui sont non marchandes et écologistes : tu viens m’aider à poser du placo chez moi et je viendrai t’aider à réparer ta bagnole la semaine prochaine. C’est une des bases des sociabilités dans ces quartiers. Ce qui est assez rigolo, c’est que ça a été formalisé dans les années 1990–2000 dans les sphères écolos avec les « systèmes d’échange locaux ». Mais ça n’est rien d’autre que de la formalisation de pratiques de sociabilité populaire. Il y a aussi ce que j’appelle l’écologie « les mains dans le cambouis », celle qui lutte contre l’obsolescence programmée. À Roubaix, il y a une véritable culture du garage de rue et une économie informelle qui l’accompagne — des sociologues du collectif Rosa Bonheur ont d’ailleurs écrit un bouquin dessus, La Ville vue d’en bas. Il y a des gens chez moi qui savent te faire vivre des bagnoles pendant vingt, trente, quarante ans, qui peuvent te réparer ta machine à laver. C’est une sorte d’écologie populaire de la maintenance. On peut prendre aussi le rapport à l’alimentation : cette obsession de ne pas gaspiller, tous les savoir-faire pour recycler les restes — comment, à partir d’un plat, tu fais un ou deux repas supplémentaires, voire un dessert —, la culture des jardins potagers, qui est hyper importante concernant l’autonomie alimentaire, mais aussi un certain rapport à l’exil en cultivant des variétés des légumes propres à son pays… Autant de pratiques invisibles pour l’écologie bourgeoise et blanche, mais qui sont bel et bien là.

  • « Où commence le vivant et où s’arrête-t-il ? », entretien avec Nastassja Martin
    https://www.revue-ballast.fr/nastassja-martin-ou-commence-le-vivant-et-ou-sarrete-il

    Dans À l’est des rêves, vous défi­nis­sez votre anthro­po­lo­gie comme « his­to­rique et poli­tique ». À rebours d’une approche tota­li­sante, la votre est ancrée sur le ter­rain et dyna­mique, alter­nant récit et ana­lyse. Historique et poli­tique, donc : qu’est-ce que ça implique, dans votre pratique ?

    Il me faut reve­nir sur la manière dont j’ai été for­mée. Mon direc­teur de thèse, Philippe Descola, a été l’élève de Claude Lévi-Strauss. S’il n’a pas repris à son compte la métho­do­lo­gie struc­tu­ra­liste, il a néan­moins pro­lon­gé l’entreprise de symé­tri­sa­tion des manières d’êtres au monde, en tra­vaillant la ques­tion des ontologies — dès lors enten­dues comme plu­rielles, et dia­lo­guant sur un même plan hori­zon­tal — réso­lu­ment déliée de toute pers­pec­tive évo­lu­tion­niste qui nous aurait mené à « l’exception moderne ». Si cette pos­ture théo­rique fut fon­da­men­tale pour l’anthropologie, recon­fi­gu­rant les coor­don­nées de départ de la dis­ci­pline, elle a tou­te­fois contri­bué à apla­nir les tra­jec­toires his­to­riques de chaque col­lec­tif. La volon­té de symé­tri­sa­tion des manières d’être au monde est une idée poli­tique puis­sante et néces­saire, mais elle per­met dif­fi­ci­le­ment d’aborder les rap­ports de force entrai­nés par les his­toires colo­niales. Et pour­tant, on ne peut vrai­ment pas pas­ser à côté quand on tra­vaille avec des col­lec­tifs autochtones !

    Comment vous en êtes-vous aperçue ?

    C’est ce sur quoi j’ai buté quand je suis arri­vée en Alaska en 2009. Je vou­lais tra­vailler sur l’animisme, qu’on me parle des esprits des ani­maux, des arbres, de tout ça… Et puis j’ai débar­qué. Je me suis ren­du compte que ce dont les gens, eux, vou­laient par­ler, c’était des pro­blé­ma­tiques qu’ils avaient avec l’institution éta­tique et les entre­prises pri­vées dans leurs manières de « gérer l’environnement ». Qu’il était plu­tôt ques­tion de leur confron­ta­tion avec la dua­li­té « exploi­ta­tion des res­sources » d’un côté, « pro­tec­tion de la nature » de l’autre. Les pra­tiques des Gwich’in ne cor­res­pon­daient ni à l’une ni à l’autre de ces deux facettes du naturalisme qui ont pour consé­quences, entre autres, qu’on ne leur recon­naît plus aucuns droits d’usages de chasse et de pêche au sein des parcs natio­naux, mais qu’on exploite le pétrole, les mine­rais et la forêt à l’envi juste à côté de leurs vil­lages. Par ailleurs, ils ont été vic­times d’une his­toire colo­niale très vio­lente, qui a débu­té avec l’entreprise de mis­sio­na­ri­sa­tion des angli­cans puis des épis­co­paux. C’est donc, assez logi­que­ment, de ce rap­port de force avec « l’autre monde », le nôtre, dont ils avaient envie de par­ler. De leurs luttes pour empê­cher les exploi­ta­tions pétro­lières, et des plans de ges­tion envi­ron­ne­men­tale qui les expulsent de leurs ter­ri­toires. Ça a été ma pre­mière grande claque. Je me suis ren­du compte qu’il était com­plè­te­ment obso­lète de vou­loir tra­vailler sur une autre cos­mo­lo­gie que la mienne, quand ce à quoi je fai­sais face c’était une his­toire colo­niale qui per­du­rait sous la forme de lois qui les empêchent d’accéder aux ani­maux qui par­courent leur milieu. C’est fina­le­ment beau­coup plus tard que la ques­tion de l’animisme est reve­nue, « par la fenêtre », un an après avoir enta­mé des recherches qui por­taient sur l’histoire de la mis­sio­na­ri­sa­tion, sur l’idée de Nature en Alaska, sur ce qui se pas­sait avec les indus­triels pétro­liers et, aus­si, sur ce qu’impliquait la crise cli­ma­tique, dont on par­lait peu à l’époque en sciences humaines.

  • BALLAST • L’abécédaire de Murray Bookchin
    https://www.revue-ballast.fr/labecedaire-de-murray-bookchin

    On sait les méfaits du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste et du pro­duc­ti­visme sur les éco­sys­tèmes : océans aci­di­fiés, bio­di­ver­si­té des sols dévas­tée, sixième extinc­tion de masse, mon­tée des eaux… On sait les déroutes du siècle der­nier en matière de résis­tance audit capi­ta­lisme : débâcle mon­diale du « com­mu­nisme » d’État, échec des sou­lè­ve­ments anar­chistes, mise au pas du réfor­misme social. Inutile de cri­ti­quer plus encore l’é­tat des lieux : par­lons plu­tôt des quelques portes de sor­tie à notre dis­po­si­tion. L’Américain Murray Bookchin, dis­pa­ru en 2006, est l’une des figures fon­da­trices de l’é­co­lo­gie sociale. Il est éga­le­ment le théo­ri­cien du muni­ci­pa­lisme liber­taire (ou com­mu­na­lisme) : une pro­po­si­tion à voca­tion révo­lu­tion­naire, popu­laire et éco­lo­giste. Elle aspire ain­si à dépas­ser le mar­xisme et l’a­nar­chisme — que Bookchin a embras­sés au fil de sa vie — tout en recon­fi­gu­rant ins­ti­tu­tion­nel­le­ment l’en­semble de la socié­té, de bas en haut, autour de la com­mune et de la démo­cra­tie directe. Une porte d’en­trée en 26 lettres.

    • Une position morale tout à fait sympathique, mais qui a tout pour faire pouffer les forces surarmées du capital (qui, au besoin, descendront au lance-flammes tout ceux qui les provoquent). Car ce ne sont pas les bonnes intentions qui empêcheront les bains de sang... dont le capitalisme a montré plus d’une fois qu’il ne connait, quant à lui, aucune raison morale de les éviter – bien au contraire.

      « Communalisme » ou pas, il faudra une force armée jusqu’aux dents et consciente de ses intérêts pour réduire à néant les forces de répression.

      C’est du reste une Commune qui nous l’a appris, la Commune de Paris.

      A part ça, « Débâcle mondiale du ’communisme’ d’État »... c’est quoi, cette bête-là, et c’était où ?

  • BALLAST • La forêt, l’incendie et la carte
    https://www.revue-ballast.fr/la-foret-lincendie-et-la-carte

    Depuis le début de l’é­té, chaque jour un nou­veau record de cha­leur est bat­tu. Les pro­jec­tions cli­ma­tiques les plus pes­si­mistes semblent se réa­li­ser sous nos yeux. Tout un lot de catas­trophes les accom­pagne, par­mi les­quelles des incen­dies de plus en plus récur­rents et des­truc­teurs : d’au­cuns parlent désor­mais de « pyro­cène » pour décrire l’his­toire récente de l’hu­ma­ni­té, à la fois dépen­dante du feu pour sa sur­vie et mena­cée dans sa péren­ni­té par les ravages que les incen­dies entraînent. On en vient à oublier les forêts que les flammes effacent. Le trai­te­ment qu’on leur réserve n’est pour­tant pas pour rien dans le pro­ces­sus qui a conduit à la situa­tion actuelle. Les incen­dies, l’in­dus­tria­li­sa­tion des forêts et leur ges­tion par­tagent un outil, une pra­tique : les cartes et la car­to­gra­phie. Nous avons récem­ment ren­con­tré l’ar­tiste et car­to­graphe Agnès Stienne à l’oc­ca­sion de la paru­tion de son pre­mier livre, Bouts de bois — Des objets aux forêts, aux édi­tions Zones. Les consé­quences de l’ex­ploi­ta­tion indus­trielle des forêts et, plus lar­ge­ment, des terres, appa­raissent, à l’é­cou­ter, comme une évi­dence : une grande sim­pli­fi­ca­tion du monde est en cours. ☰ Par Roméo Bondon

  • BALLAST • En plein cœur : Souheil, Nahel et les autres
    https://www.revue-ballast.fr/en-plein-coeur

    Cette jeu­nesse se révolte parce qu’elle n’en peut plus des inégalités, elle n’en peut plus de ne pas avoir d’avenir. Ils n’ont plus rien à perdre, outre une « vie de merde » — comme ils l’é­crivent sur nos murs. Pourquoi brûlent-ils les écoles et les mai­ries ? Car ce sont les seules représentations de l’État qu’ils connaissent. À quand une préfecture ou une antenne d’un ministère dans les quar­tiers nord ou les ban­lieues ? Ces jeunes, ils ont besoin de rêver, besoin de voya­ger, besoin de vivre, pas de sur­vivre. Il est de notre res­pon­sa­bi­lité, à nous les adultes, à nous les anciens, de les protéger, de nous battre pour que leur ave­nir soit meilleur que le nôtre. Je suis profondément convain­cu que seule une grève des racisés pour­ra faire évoluer les choses… À quand notre syndicat ?

    Le gou­ver­ne­ment, raciste et fas­ciste, auto­rise une cagnotte de la honte, une cagnotte qui incite au meurtre, et de ce fait est contraire à la loi malgré la déclaration du ministre de la Justice. Combien de poli­ciers seront tentés d’abattre un noir ou un arabe en espérant tou­cher le pac­tole ?

  • BALLAST • Revenir au bois : pour des alternatives forestières
    https://www.revue-ballast.fr/revenir-au-bois-pour-des-alternatives-forestieres

    À coup sûr, l’é­té à venir sera comme le pré­cé­dent, comme les pro­chains : cani­cu­laire et ryth­mé par des #feux_de_forêts aux quatre coins de la France et du monde. Les chan­ge­ments cli­ma­tiques se constatent dans les bois plus qu’ailleurs et les arbres peinent à suivre. En cause, notam­ment, l’ex­ploi­ta­tion des forêts en tous points contraire à leur adap­ta­tion. Depuis quinze ans, le Réseau pour les alter­na­tives fores­tières (#RAF) mène des réflexions sur le #fon­cier fores­tier, le tra­vail dans les bois et la pré­ser­va­tion des forêts afin d’im­pul­ser une vision contraire à celle de l’in­dus­trie. Nous avons par­ti­ci­pé à l’une des for­ma­tions que le réseau pro­pose, dans le Tarn. Reportage. ☰ Par Roméo Bondon

  • BALLAST • Olivier Mateu : « Il faut partir au combat, l’organiser »
    https://www.revue-ballast.fr/olivier-mateu-il-faut-partir-au-combat-lorganiser

    l est l’une des figures de la mobi­li­sa­tion contre la réforme des retraites. On l’a vu tenir tête au per­son­nel gou­ver­ne­men­tal à la télé­vi­sion, invi­ter le pré­sident de la République à « man­ger » sa mesure et, face à la démo­li­tion démo­cra­tique en cours, convier à s’af­fran­chir des « règles » en vigueur. Forestier sapeur de for­ma­tion et com­mu­niste de convic­tion, Olivier Mateu est sur­tout le secré­taire de la CGT 13 (Bouches-du-Rhône) depuis 2016. Après un 1er mai mémo­rable, l’in­ter­syn­di­cale a appe­lé à une qua­tor­zième jour­née d’ac­tion, le 6 juin pro­chain, pour « se faire entendre » des dépu­tés. Le gou­ver­ne­ment campe plus que jamais sur ses posi­tions. Les cas­se­roles reten­tissent dans le pays et Emmanuel Macron déclare à Dunkerque, à pro­pos de l’im­po­pu­la­ri­té mani­feste de sa poli­tique : « J’assume. » Nous ren­con­trons Olivier Mateu à Marseille pour faire un point sur la situa­tion. Ce qu’il fau­drait pour avan­cer d’un cran ? Organiser l’ac­tion com­bi­née de toutes les corporations.

    • Sur les caisses de grèves et la délégation :

      Concernant les caisses : lorsqu’on fait grève, on perd de l’argent, c’est une conséquence inévitable. Que la solidarité soit indispensable au sein de l’organisation pour pouvoir durer dans le temps et ne pas trop perdre financièrement, c’est aussi une évidence. Mais on ne règle pas tout avec la caisse de grève. Selon moi, il ne faut pas commencer par poser la question de la solidarité, sinon ça revient à acter une grève par délégation. Si nous nous mettons en grève seulement quand nous sommes assurés qu’une caisse couvrira nos pertes, ça signifie qu’il y en a certains et certaines qui décident de ne pas y aller, et donc délèguent aux autres la responsabilité de contrer une réforme ou de faire avancer le progrès social… Au nom de quoi ? Alors dans ce cas, disons-le clairement : désignons par avance quelles corporations seront dédiées à sauver toutes les autres. Je suis totalement contre ça. Tout le monde a quelque chose à apporter, chacun doit contribuer à sa hauteur. D’abord, il faut partir au combat, l’organiser et ensuite se donner les moyens en termes de solidarité.

  • Dans la série « Que faire maintenant », quelques éléments de réponses à la lumière des idées de Cornelius Castoriadis

    BALLAST • Deux ou trois idées pour la prochaine révolution
    https://www.revue-ballast.fr/deux-ou-trois-idees-pour-la-prochaine-revolution

    Est-il encore utile de cri­ti­quer l’ordre du monde ? On aurait des rai­sons d’en dou­ter. Pour peu qu’on ouvre les yeux, tout est net. Plus dif­fi­cile est d’i­ma­gi­ner la suite : par quoi rem­pla­cer — en France, déjà — le pou­voir pré­si­den­tiel, sa loi capi­ta­liste et par­le­men­taire, ses forces armées lar­ge­ment fas­ci­sées ? Nous avons, dans cette optique, régu­liè­re­ment par­lé des pro­jets de socié­té com­mu­na­liste, éco­so­cia­liste, com­mu­niste liber­taire, orwel­lien et frio­tiste. Sur la base des expé­riences de trans­for­ma­tion sociale que l’Europe a connues, le phi­lo­sophe, éco­no­miste, psy­cha­na­lyste et mili­tant Cornelius Castoriadis — figure cen­trale de l’or­ga­ni­sa­tion Socialisme ou Barbarie — a ima­gi­né, à par­tir des années 1950, à quoi pour­rait concrè­te­ment res­sem­bler une socié­té qui met­trait fin à la mise au pas des popu­la­tions. S’il refu­sait toute pers­pec­tive uto­piste, il n’en croyait pas moins que le mou­ve­ment pour le mou­ve­ment ne suf­fi­sait pas : mieux vaut avoir deux ou trois idées claires sur l’ho­ri­zon dési­ré. Cette socié­té socia­liste et éco­lo­gique (qu’il a éga­le­ment appe­lée « socié­té auto­nome » ou « socié­té juste ») ins­ti­tue­ra enfin la démo­cra­tie. ☰ Par Victor Cartan

    • Parler des éléments d’un monde meilleur et de ses « mutations anthropologiques », ça ne mange pas de pain.

      Quant aux moyens d’y parvenir, Castoriadis ayant rompu avec l’analyse de classe (et tout contact avec le monde ouvrier), n’a rien à proposer qu’une vaste « participation de toute la population ». Il ne se donne même pas les moyens de justifier ses reniements.

      Au mieux a-t-il réussi à convaincre une petite bourgeoisie radicale fondamentalement incapable de faire siens les intérêts propres du prolétariat, mais toujours au taquet pour les diluer dans le marais idéologique des « oppressions spécifiques »...

      Et, pourtant, c’est bien de la révolution prolétarienne dont il est question — ou du moins, dont il serait question si on prenait au sérieux la perspective d’une société enfin respectueuse de l’humanité (dans toute sa diversité), de ses ressources et de la nature.

  • BALLAST • Romaric Godin : « Il y a un mouvement général autoritaire au sein du capitalisme contemporain »
    https://www.revue-ballast.fr/romaric-godin-il-y-a-un-mouvement-general-autoritaire-au-sein-du-capit

    C’est cette ten­sion qui appa­raît aujourd’hui : entre ceux qui vivent direc­te­ment la crise du capi­ta­lisme (infla­tion, inéga­li­tés, monde du tra­vail dégra­dé avec des emplois créés que per­sonne n’a envie de faire, etc.) et un pou­voir qui conti­nue de croire qu’il est en 1994, qu’il suf­fit de bais­ser le coût du tra­vail et les impôts pour faire de la crois­sance, laquelle, à son tour, régle­ra tous les pro­blèmes. Mais dans cette façon de rai­son­ner, il y a un pro­blème qua­si­ment à chaque mot.