• Le solaire sort de l’ombre

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/01/30/le-solaire-sort-de-l-ombre_5071456_3234.html

    Chute des prix des panneaux solaires, afflux massif de capitaux et contraintes environnementales poussent les producteurs d’électricité, les industriels et de plus en plus de pays à jouer massivement la carte du soleil. La Chine fait pour le moment la course en tête.

    Sans bruit, le monde vient d’entrer dans une nouvelle ère énergétique, celle du solaire. Le photovoltaïque n’est plus une lubie d’écologiste. Face à la pollution du charbon et à l’envolée des coûts du nucléaire, investisseurs et industriels jouent désormais ouvertement et massivement la carte du soleil.

    En 2015, pour la première fois, les nouvelles capacités de production à partir des énergies renouvelables (hors grands barrages) ont représenté 53,6 % de l’ensemble des nouveaux moyens de production raccordés aux réseaux, indique le 10e rapport annuel du Programme des Nations unies pour l’environnement publié en mars 2016 : 62 gigawatts (GW) d’éolien et 56 GW de solaire.

    265,8 milliards de dollars

    Les capitaux mobilisés ont battu un nouveau record, à 265,8 milliards de dollars (247,5 milliards d’euros). On y investit désormais deux fois plus que dans les énergies fossiles (130 milliards) et le potentiel du solaire y est beaucoup plus important que celui des autres énergies renouvelables.



    « L’année 2016 marquera un point de bascule », assure Thierry Lepercq, directeur général adjoint d’Engie chargé de l’innovation et de la recherche. « Retenez trois chiffres : 70 gigawatts, la capacité solaire additionnelle en 2016 [après 50 GW en 2015], plus que l’éolien ; 26 dollars, le prix d’un mégawattheure du photovoltaïque sur un projet de 1 milliard de dollars à Abou Dhabi ; et zéro, le prix de l’électricité à certains moments au Chili. »

    Pourquoi les centrales solaires photovoltaïques sont-elles devenues compétitives dans de nombreux pays et se développent sans les subventions massives reçues en Europe au début de leur déploiement ? Le phénomène doit beaucoup à la domination chinoise sur les équipements. Un mal pour un bien. Si elle a tué une partie de l’industrie occidentale, notamment allemande, elle a provoqué une chute des prix spectaculaire.



    « Dans les usines, l’automatisation a fortement réduit le taux de casse, explique Antoine Cahuzac, directeur général d’EDF Energies nouvelles. De plus, tous les fabricants innovent et produisent des cellules plus efficaces. Ils ont aussi augmenté leur durée de vie, qui peut atteindre trente-cinq ans contre vingt-cinq il y a cinq ans grâce à une plus grande fiabilité des matériaux. » Les panneaux sont devenus un produit de base fabriqué en grande quantité, comme les écrans plats de téléviseur.

    Surcapacités et prix tirés vers le bas

    Les renouvelables sont ainsi passées « du statut de niche au statut de solution préférée », assurait récemment Adnan Amin, directeur de l’Agence internationale des énergies renouvelables, basée à Abou Dhabi, en présentant son dernier rapport. « Les panneaux solaires en sont le meilleur exemple, souligne ce document. Leur coût a baissé de moitié depuis 2010 et devrait baisser encore de 60 % dans les dix prochaines années. »

    Un phénomène plus conjoncturel s’est ajouté à cette tendance : la concurrence des producteurs de panneaux, qui a créé des surcapacités mondiales et tiré les prix vers le bas. M. Cahuzac s’attend, une fois ces stocks écoulés, à une remontée « marginale » des prix. Dans ce secteur très cyclique, la consolidation va se poursuivre et les nouvelles capacités installées devraient stagner en 2017 au niveau de 2016, prévoit le patron du chinois Trina Solar, premier fabricant mondial de panneaux, dans un entretien à l’agence Bloomberg.



    Un signe qui ne trompe pas sur la maturité de cette énergie : les tarifs de rachat pour soutenir la filière sont remplacés, partout dans le monde, par des appels d’offres. Début 2016, 64 pays en avaient lancés dans le solaire (et l’éolien), « suscitant des offres historiquement basses (prix modiques, volumes élevés) dans les pays émergents », note le réseau international REN21. « Nous faisons du solaire photovoltaïque à 30 dollars le MWh au Mexique », note M. Lepercq.
    On en est encore loin en France, mais les prix baissent aussi. Pour les centrales au sol, moins coûteuses que sur le bâti, le prix a été divisé par six entre 2007 et 2014, où il était encore dans une fourchette de 74 euros à 135 euros par MWh, note l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), qui escompte une nouvelle baisse de 35 % à l’horizon 2025.

    Les émergents en pointe

    L’Europe n’est pas le continent au potentiel le plus prometteur, même si l’Allemagne est un pays pionnier. Trois pays ont encore fourni en 2015 la majorité des capacités additionnelles : La Chine, le Japon et les Etats-Unis. Mais le boum est planétaire, particulièrement dans les pays émergents qui conjuguent fort ensoleillement, croissance soutenue de la demande d’électricité et cadre réglementaire sécurisé pour les investisseurs. « Cette révolution sert leur développement. Ils peuvent valoriser leur potentiel, et cela les affranchit de leur dépendance énergétique », se félicite Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie, qui affiche notamment de grandes ambitions en Afrique.



    La Chine reste une locomotive. Le solaire y enregistrera un doublement de ses capacités entre 2015 et 2020 pour atteindre 110 GW, selon l’Agence nationale de l’énergie. Et si elle est désormais électrifiée à 100 %, c’est grâce au solaire domestique (hors réseau). L’Arabie saoudite a défini un vaste plan en faveur des énergies renouvelables et le fonds souverain d’Abou Dhabi y investit depuis la fin des années 2000, dans la production de panneaux, les centrales et la recherche. Au Chili, privé de toute ressource fossile, le solaire pèse déjà 4 % du « mix » énergétique alors qu’il en était absent en 2012. Y compris pour alimenter des utilisateurs d’électricité aussi gourmands que les mines de cuivre.


    Le solaire domestique a séduit le Bangladesh et les mini-réseaux se développent en Afrique de l’Est (Kenya, Ouganda…) pour les villages enclavés. L’Inde prévoit un ambitieux plan de 100 GW de solaire d’ici à 2022. A l’initiative de son premier ministre, Narendra Modi, une « alliance internationale » en faveur de cette énergie a été créée fin 2015, en marge de la COP21, à Paris. Les 121 pays qu’elle rassemble s’engagent à assurer des transferts de technologies et à faciliter les financements dans tous les pays à fort potentiel solaire.

    Les électriciens convertis

    Résultat de ce changement d’échelle, toutes les grandes compagnies européennes d’électricité ont pris le virage du solaire, du français Engie à l’italien Enel. Jusqu’au géant EDF, dont l’ADN nucléaire est en train de se modifier. Et toutes les grandes entreprises mondiales se tournent vers l’énergie solaire pour leur propre consommation, de la grande distribution Walmart, Procter & Gamble ou Ikea à Google pour refroidir ses énormes centres de données…

    Certains pétroliers eux-mêmes croient aux vertus du solaire. Aurait-on imaginé, il y a quelques années, que le patron de Total intervienne dans un cénacle des énergies vertes ? Patrick Pouyanné expliquera, lors du colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables réuni à Paris le 31 janvier, pourquoi et comment il entend se développer dans l’électricité solaire après les rachats du fabricant californien de panneaux SunPower en 2011 et du fabricant français de batteries Saft en 2016.

    Bien que le solaire ne représente encore que 1,5 % des capacités de production électrique installées, le « mix électrique mondial » encore dominé par les énergies fossiles est en train de se redessiner. Mme Kocher estime qu’en 2050, la moitié de l’électricité pourra être produite par des énergies renouvelables décentralisées, surtout le solaire, l’autre moitié sortant des grandes centrales traditionnelles.
    Et quand on dresse le bilan carbone du solaire, il est positif. Grâce à l’énergie propre et renouvelable que produisent depuis 1975 les panneaux solaires, ils auront compensé d’ici à 2018 les gaz à effet de serre émis pour les produire, révèle une étude néerlandaise (université d’Utrecht) publiée fin 2016 dans le journal en ligne Nature Communications.

    L’atome « ne répond pas aux mêmes besoins »

    En quarante ans, le nombre de panneaux solaires est passé de 10 000 à 1 milliard. Avec une durée de vie moyenne de trente ans, une ferme solaire remboursera « plusieurs fois » l’énergie nécessaire à la fabrication de ses équipements. Désormais, à chaque doublement de capacités solaires installées, l’énergie nécessaire pour produire les panneaux baisse de 12 % à 13 % et les gaz à effet de serre émis de 17 % à 24 %, ont calculé ses auteurs.

    Et si le solaire rendait le nucléaire obsolète à un horizon pas si lointain, sachant que le charbon est condamné à plus ou moins longue échéance ? L’envolée des coûts de construction des réacteurs pèse sur le prix du MWh produit : 109 euros pour les EPR anglais d’EDF. Tout un symbole, quarante entreprises ont déposé une demande auprès des autorités ukrainiennes pour construire 2 GW de panneaux solaires… à l’intérieur de la zone d’exclusion radioactive entourant la centrale de Tchernobyl, où eut lieu en 1986 la pire catastrophe de l’histoire du nucléaire civil.

    « Jusqu’à présent, le nucléaire était le seul moyen de produire une électricité compétitive et décarbonée à grande échelle ; ce n’est plus le cas, analyse Mme Kocher. Le nouveau nucléaire a un espace de développement plus restreint qu’avant. » Mais il est impossible de comparer deux énergies, l’une intermittente tant qu’elle n’est pas stockéee dans de puissantes batteries, l’autre mobilisable en permanence : un MW de solaire ne vaut pas un MW de nucléaire. Et M. Cahuzac voit au contraire un avenir à l’atome, qui « ne répond pas aux mêmes besoins ». Un réacteur fournit une énorme quantité d’électricité vingt-quatre heures sur vingt-quatre et l’on peut faire évoluer sa puissance en moins d’une heure, plaide-t-il.

    Il n’en reste pas moins que les énergies renouvelables s’imposent peu à peu comme une référence pour comparer les prix. Patron du nouveau nucléaire chez EDF, Xavier Ursat reconnaît qu’il faudra que l’« EPR nouveau modèle » en préparation chez EDF-Areva soit compétitif (autour de 5 milliards d’euros). Et même « qu’il coûte moins cher en euros par kilowattheure que la moins chère des énergies renouvelables installée au même endroit ».

    Donald Trump, fervent défenseur du charbon

    On n’en est pas encore là. Mais pour avoir une véritable estimation de la compétitivité du solaire (et des renouvelables en général), il faudrait supprimer toutes les subventions, qui sont beaucoup plus importantes en faveur des énergies fossiles.

    Reste une menace qui plane, aux Etats-Unis, sur ces brillantes perspectives : l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump, fervent défenseur du charbon, du pétrole et du gaz. Le 10 janvier, 640 entreprises dont des multinationales comme Intel, Johnson & Johnson, Hewlett-Packard, Levi Strauss, Nike, Ikea, Adidas, Danone, Schneider Electric ou L’Oréal, ont adressé une mise en garde au nouveau président : « Echouer à construire une économie bas carbone mettrait en danger la prospérité américaine », écrivent-ils en réitérant leur soutien à l’accord de Paris. Un investisseur aussi avisé que Bill Gates vient d’annoncer la création d’un fonds de 1 milliard de dollars chargé d’investir dans la recherche sur l’énergie et la limitation des émissions de carbone.

    En quittant ses fonctions, Barack Obama soulignait, à l’adresse de son successeur, que « le secteur solaire emploie désormais plus d’Américains que les mines de charbon dans des emplois mieux payés que la moyenne et qui ne peuvent être délocalisés ». Au niveau mondial, il fait travailler 2,7 millions de personnes, sur un total de 8,1 million dans les énergies renouvelables.

    Soutenu par l’entrée en force du numérique dans le monde de l’énergie, le solaire est au cœur d’une « révolution » et le premier maillon d’une chaîne de valeur (stockage d’électricité, réseaux intelligents, Internet des objets de la maison, mobilité électrique, hydrogène…) qui , selon M. Lepercq, apportera « beaucoup plus d’énergie, beaucoup moins chère et pour beaucoup plus d’usages ».

  • Cannabusiness, la menace Trump

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/01/28/cannabusiness-la-menace-trump_5070505_3234.html

    Avec une croissance de 30 % en 2016, le secteur de la marijuana attire les convoitises. Mais l’élection de Donald Trump, dont les intentions ne sont pas claires, a fait l’effet d’une douche froide pour les « ganjapreneurs ».

    Quoi de plus banal, dans la baie de San Francisco, qu’un accélérateur de start-up ? Gateway Incubator, installé près de la place Jack London à Oakland (Californie), a tous les attributs des jeunes entreprises technologiques : architecture déstructurée, mobilier de hangar, et, en cette soirée de fin janvier, séance de networking autour d’un verre de vin ou d’un soda basses calories.

    Gateway n’est pourtant pas une compagnie tout à fait ordinaire. L’incubateur est spécialisé dans le « cannabusiness », le commerce de la marijuana, désormais légal en Californie, comme dans huit autres Etats. Premier du genre dans le Golden State, il offre 30 000 dollars (28 068 euros) et un espace bureau à une dizaine de start-up en échange de 6 % de leur capital. Lancé fin 2015, il est financé par Marijuana Investment Corporation, une holding de Los Angeles.

    Diversité des acteurs

    Entrepreneurs, lobbystes, agents immobiliers… L’assemblée reflète la diversité des acteurs du nouveau secteur économique qu’est, aux Etats-Unis, la culture et la distribution de la marijuana.
    Fini l’époque des « stoners » (les fumeurs). Les participants ont tous l’air de sortir d’un conseil d’administration. Sur les conseils des cabinets de marketing, plus personne n’emploie les termes « pot » ou « ganja », trop connotés « hippie ».

    On ne parle que de « cannabis ». Et de chiffre d’affaires : 6,7 milliards de dollars de ventes en 2016 sur l’Amérique du Nord, selon le cabinet ArcView market research, qui publie, début février, la cinquième édition de son rapport annuel sur l’économie du cannabis. Une croissance record de 30 %, soit plus que celle du high-tech dans les années 1990, à l’époque de la folie dot.com (22 %).

    La Californie n’a encore finalisé ni la réglementation ni le montant des taxes pour la vente libre fixée au 1er janvier 2018.
    Parmi les présents à la réunion de Gateway, le médecin Perry Solomon. Il a abandonné son activité d’anesthésiste hospitalier pour fonder, en 2015, HelloMD, une plate-forme où une trentaine de praticiens assurent des consultations en ligne : les patients n’ont pas besoin de se déplacer. En 2016, le site a émis 65 000 autorisations de délivrer de la marijuana.

    A ses côtés, Jeremy Turner, 38 ans. Jusqu’ici, il investissait dans les matières premières et dans les déchets. Depuis la légalisation, il a décidé de tenter la marijuana, malgré le risque : à moins d’un an de la date fixée pour le début de la vente libre, le 1er janvier 2018, la Californie n’a encore finalisé ni la réglementation ni le montant des taxes. « C’est un investissement attirant, explique-t-il. Les gens ne voient plus ça comme une blague ou un crime mais comme quelque chose de cool. »

    Wall Street a entrouvert la porte

    La marijuana est devenue « mainstream » aux Etats-Unis. Ce sont maintenant vingt-huit Etats et le district de Columbia, le siège de la capitale fédérale, qui tolèrent l’usage du cannabis à des fins médicales ou récréatives.

    Légalement, la marijuana continue à être inscrite au tableau 1 des substances contrôlées, et donc interdite au regard de la législation fédérale. Mais un Américain sur cinq vit désormais dans un Etat qui a mis fin à la prohibition.

    Si le secteur bancaire continue à bouder les « ganjapreneurs », ce qui les oblige à louvoyer entre les établissements locaux de crédit, Wall Street a entrouvert la porte. Plusieurs sociétés sont cotées en Bourse, comme MassRoots, le Facebook de la marijuana (qui a néanmoins été rejeté par le Nasdaq). Il ne s’agit cependant pas d’entreprises qui « touchent à la plante » – l’expression consacrée pour faire la différence entre activités toujours illégales et les autres – mais d’entités périphériques : consulting, sécurité, biotechnologie.
    Les consommateurs réclament des « edibles » (« mangeables »), où l’agent psychoactif (le THC) est ingéré et non inhalé.
    « L’industrie est entrée dans une seconde phase, indique Benjamin Bradley, directeur pour la Californie du groupement professionnel Cannabis Industry Association. Des gens qui ont réussi ailleurs s’y intéressent. »

    Plus fort que la NFL

    Et la diversification est prometteuse. Les consommateurs d’aujourd’hui fument peu mais réclament des « edibles » (« mangeables »), où l’agent psychoactif (le THC) est ingéré et non inhalé. Cookies, boissons, produits de beauté : l’éventail des produits dérivés est sans limite.
    Les bobos californiens qui se piquaient de cultiver quelques pieds de vigne dans la Sonoma Valley se lancent dans les élixirs au cannabis. A San Francisco, la chef de cuisine Coreen Carroll a lancé des brunchs du dimanche pour « cannaisseurs » : hors-d’œuvre parfumés puis quarante-cinq minutes de yoga (150 dollars). Les célébrités ont commencé à s’engouffrer dans la brèche : le comédien Ashton Kutcher, le rappeur Snoop Dogg, l’actrice Whoopi Goldberg ou le chanteur Willie Nelson, qui produit sa « réserve ».


    Cookies à la marijuana présentés lors du Sommet du cannabis à Oakland en Californie, en juin 2016.

    Selon le cabinet ArcView, le chiffre d’affaires de la marijuana pour les Etats-Unis et le Canada pourrait atteindre 20 milliards de dollars avant 2021, soit plus que celui la National Football League (NFL), l’organisation du football américain (12 milliards de dollars en 2015).
    Selon les experts, le marché devrait aller vers la montée en gamme. Les cours sont en baisse, du fait de la légalisation ; les entrepreneurs doivent se singulariser. Soit par la qualité des produits – l’aspect de « terroir » est déjà cultivé par les producteurs de la région de Mendocino, le « triangle d’émeraude » du nord de la Californie – soit en s’associant à des grands noms, comme celui de Bob Marley, dont la famille a lancé la gamme Marley Natural.

    Un conservateur hostile à la légalisation bientôt procureur
    A court terme, les perspectives sont moins roses. L’élection de Donald Trump et, surtout, la nomination de Jeff Sessions pour le poste d’attorney général (ministre de la justice), ont fait l’effet d’une douche froide.

    Tout prometteur qu’il soit, « le secteur entier repose sur un seul mémorandum adopté par l’administration précédente », souligne Aaron Smith, le directeur de la National Cannabis Industry Association (NCIA). Ce texte, dit « Cole memo », du nom de James Cole, le numéro deux du département de la justice sous Barack Obama, a précisé en 2013 l’attitude de l’administration démocrate : pas de zèle dans les poursuites fédérales contre les Etats ayant légalisé la marijuana sauf si la drogue tombe dans les mains de mineurs, de criminels ou dérive vers les Etats où la prohibition continue de s’appliquer.

    Ce « mémo » pourrait être mis en miettes, dès son arrivée à la justice, par Jeff Sessions, un conservateur de l’Alabama, connu pour son hostilité à la légalisation. Pendant ses auditions de confirmation devant le Sénat, il est resté vague, ce qui n’a qu’à moitié rassuré les « ganjapreneurs ». « Les investissements ont ralenti, explique Benjamin Bradley, le directeur de la California Cannabis Industry Association. Les gens sont en attente. »

    Les « ganjapreneurs » ne veulent pas croire à un retour en arrière : « 60 % des membres du Congrès sont issus d’Etats à marijuana médicale », souligne Aaron Smith, qui prépare une campagne de communication sur les dizaines de milliers d’emplois créés par le cannabusiness.
    Et le libertarien Peter Thiel est de leur côté. Membre du conseil d’administration de Facebook et conseiller de Donald Trump, le désormais célèbre capital-risqueur a des parts dans Privateer, le fonds d’investissement associé aux héritiers de Bob Marley.

  • Des #médicaments innovants aux prix « trop élevés », selon le Conseil économique et social
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/01/25/le-cese-critique-le-prix-des-medicaments-innovants_5068589_3234.html

    Cette fois, c’est au Conseil économique, social et environnemental (#CESE) d’annoncer ses propositions pour réguler le prix des médicaments innovants. Trois ans après le lancement en France du Sovaldi par le laboratoire américain Gilead, médicament contre l’hépatite C vendu 41 000 euros pour trois mois de traitement, l’assemblée consultative devait remettre, mercredi 25 janvier, son avis sur le « prix et l’accès aux traitements médicamenteux innovants » à la ministre de la #santé, Marisol Touraine.

    L’avis du CESE, qui résulte d’une autosaisine, tombe en pleine montée du débat sur la santé et son coût. « L’augmentation des prix des médicaments innovants conduit à une hausse prévisible des dépenses de santé, remet en cause leur soutenabilité et soulève le risque de sélection des malades », pointe l’assemblée consultative. « Les prix demandés par les industriels sur certains produits sont trop élevés » et « le régulateur n’a pas les moyens juridiques de limiter les hausses de prix », déplorent les auteurs.

    http://www.lecese.fr/content/le-cese-rendra-son-avis-prix-et-acces-aux-traitements-medicamenteux-innovants

  • Faut-il avoir peur de la finance de l’ombre ?

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/01/08/faut-il-avoir-peur-de-la-finance-de-l-ombre_5059493_3234.html

    Fonds d’investissement et assureurs empruntent et prêtent sans être soumis au même contrôle prudentiel que les banques. Cette finance parallèle fait-elle courir un risque ?

    Dix ans, déjà. La planète s’apprête à « fêter » en 2017 le dixième anniversaire de l’explosion de la bulle des subprimes, dont l’économie mondiale peine toujours à se relever. Depuis, gouvernements et autorités financières n’ont qu’une obsession : éviter une récidive. Les JP Morgan, Deutsche Bank ou BNP Paribas sont surveillés d’aussi près qu’un opéré du cœur en salle de réanimation. Des capteurs sont posés à chaque recoin de leur bilan afin de mesurer d’éventuelles tensions sur la liquidité, carences en fonds propres et poussées de fièvre sur les portefeuilles de risques.

    Le système financier en est-il plus sûr qu’auparavant ? Même pas. « Les risques globaux qui menacent la stabilité sont probablement aussi élevés que par le passé », analyse sans illusion un rapport publié le 16 novembre 2016 par le Groupe des Trente, très chic cénacle d’éminents anciens banquiers centraux ou régulateurs. Certes, les banques sont plus solides, mais il y a « une crainte que la menace sur la stabilité financière se soit déplacée des banques vers le “shadow banking” », pointe le cercle de réflexion.

    Cette « finance de l’ombre », ou finance parallèle, rappelle la célèbre publicité des années 1980 pour un soda « doré comme l’alcool », dont le « nom sonne comme un nom d’alcool », mais qui n’en est pas. Ces banques « Canada Dry » n’ont rien de secrètes. Ce sont des assureurs, des hedge funds, des fonds communs de créances ou encore des fonds monétaires, autant d’entités qui peuvent emprunter et prêter de l’argent, comme le feraient des banques, mais qui n’en sont pas et ne sont donc pas soumises au même contrôle prudentiel.



    Un rouage indispensable

    La palette est large et hétérogène. Cela va de Lendix, la plate-forme de financement participatif qui a octroyé 46 millions d’euros de prêts à des PME en 2016, à BlackRock, le premier gestionnaire d’actifs mondial, qui gérait plus de 5 100 milliards de dollars (4 827 milliards d’euros) au 30 septembre 2016, soit près de deux fois le PIB de la France ! En novembre 2015, le Conseil de stabilité financière – une instance basée à Bâle et chargée par le G20 de renforcer la solidité du système financier mondial – indiquait que cette finance de l’ombre, susceptible de « faire peser un risque sur la stabilité financière », atteignait 36 000 milliards de dollars en 2014, deux fois le premier PIB mondial, celui des Etats-Unis.

    Attention, toutefois, à ne pas sombrer dans la caricature. Au début du mois d’octobre 2016, les téléspectateurs de L’Emission politique, sur France 2, avaient eu la surprise de voir Jérôme Kerviel – le tradeur condamné pour une fraude ayant coûté près de 5 milliards d’euros à la Société générale – interpeller le candidat à la primaire de la droite, Alain Juppé, en ces termes : « Il n’y a aucune réglementation sur les techniques du shadow banking. »

    C’est faux. « Nous n’avons rien d’un électron libre », s’agace Thibault de Saint Priest, associé gérant du groupe financier Acofi, qui a collecté 2,3 milliards d’euros auprès d’investisseurs institutionnels pour distribuer des prêts. « Nous obéissons à une réglementation draconienne. En tant que société de gestion de portefeuilles, nous sommes extrêmement surveillés, à la fois par nos investisseurs et par l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui contrôlent la compétence de nos équipes ou la qualité de nos systèmes. »

    Il ne faut pas l’oublier non plus, cette finance non bancaire constitue un rouage indispensable à l’économie, au moment où les établissements de crédit traditionnels, de plus en plus contraints par la réglementation prudentielle, affalent leur bilan et sont réticents à prêter aux entreprises. La politique monétaire ultra-accommodante menée par les banques centrales accentue le mouvement de transfert : dans un environnement de taux nuls, voire négatifs, les fonds de pension et assureurs raffolent des produits de dette d’entreprises, qui offrent encore de beaux rendements.

    C’est bien tout le paradoxe, les remèdes de la crise ont accentué le poids du shadow banking, qui avait pourtant été désigné comme le principal vecteur de contagion lors de la crise des subprimes. Le terme, inventé en 2007 par Paul McCulley, un économiste de Pimco, ciblait alors un circuit de financement très précis, celui du marché immobilier américain. Dans cette grande usine dans laquelle des prêts hypothécaires consentis aux ménages étaient recyclés en instruments financiers complexes, quasiment toute la chaîne de transformation échappait à la vigilance des régulateurs.

    Les experts avaient bien identifié la montée inquiétante d’instruments comme les dérivés de crédit, mais, faute de transparence, beaucoup pensaient qu’ils favorisaient une dispersion des risques, façon puzzle. Dès lors, si un défaut venait à se matérialiser, jugeaient ces optimistes, cela ­toucherait certes un grand nombre d’acteurs financiers, mais faiblement, et personne n’en mourrait…

    Cela ne s’est pas passé ainsi. D’abord, parce que le risque final s’est avéré beaucoup plus concentré que prévu sur certains acteurs, comme Bear Stearns ou Lehman Brothers. Ensuite parce que la vague de défaillances a provoqué, par effet domino, une crise de confiance aiguë qui a gelé le fonctionnement même des échanges entre banques. « S’il y a une leçon à retenir de la crise, c’est la vitesse à laquelle les apporteurs de crédit à court terme retirent leurs financements », a rappelé Daniel Tarullo, membre du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine.

    Recensement des acteurs systémiques

    Bonne nouvelle, « les formes de crédit qui ont joué un rôle complexe en 2007 ont presque disparu », souligne Adair Turner, l’ancien patron du régulateur financier britannique, qui a piloté ces travaux du Groupe des Trente. On ne devrait plus entendre parler des CDO (Collateralized Debt Obligations) et autres monstruosités qui ont contaminé les bilans des banques du monde entier. Les nouvelles formes d’intermédiation apparaissent moins risquées.

    La mauvaise nouvelle, c’est que d’autres poches de risques ont surgi.

    L’une des grandes préoccupations des experts porte sur la montée en puissance de la finance parallèle en Chine. Les entreprises des pays émergents ont emprunté à tour de bras, souvent en dollars, en court-circuitant les banques, souvent avec leur complicité. Que se passera-t-il quand les taux remonteront ? Dès 2010, le G20 réuni à Séoul demandait au Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board, FSB) de s’attaquer aux risques qui se développent en dehors du système bancaire. « Le G20 des ministres des finances veut progresser vers une régulation plus stricte des marchés financiers, en particulier concernant le shadow banking », a de nouveau plaidé l’Allemagne, qui a pris, le 1er décembre 2016, la présidence tournante du G20.



    L’un des grands chantiers en cours vise à recenser les acteurs systémiques – dont une éventuelle défaillance serait de nature à entraîner un chaos planétaire par effet domino. Objectif : leur imposer des contraintes strictes de capital ou de reporting. Chacun garde en tête cette fameuse réunion d’urgence du 23 septembre 1998, dans le bureau du gouverneur de la Fed de New York. Les patrons des grandes banques d’investissement avaient été sommés de voler au secours du hedge fund LTCM, dont la faillite avait de grandes chances de provoquer un krach sur les marchés obligataires.

    Les grands assureurs ont bataillé dur pour y échapper mais le Conseil de stabilité financière a fini par établir une liste de 9 compagnies systémiques, où figure le français Axa. Les gérants d’actifs, en revanche, comme BlackRock, ont réussi à convaincre le bras armé du G20 qu’ils n’avaient pas besoin de renforcer leur capital, puisque le risque final de leurs portefeuilles est porté par les investisseurs.
    Le Conseil, toutefois, a émis en juin une liste de recommandations visant à renforcer notamment la liquidité de ces institutions. Les discussions sont loin d’être achevées avec les gérants d’actifs. Mais ceux-ci ne sont pas les seuls dans le collimateur. De façon ironique, BlackRock a d’ailleurs enjoint le FSB de s’intéresser de près à la solidité toute relative des chambres de compensation, acteurs essentiels pour le bon fonctionnement des marchés.

    Réglementation ou assouplissement

    En parallèle, les autorités financières américaines et européennes cherchent à réglementer activité par activité. En octobre, les Etats-Unis ont ainsi réformé les règles du jeu des fonds monétaires – qui représentent 2 700 milliards de dollars. En Europe, la nouvelle réglementation Marchés financiers et infrastructures (MIF 2) doit entrer en vigueur en janvier 2018. « Alors que MIF 1 n’imposait la transparence que sur les quelques milliers d’actions admises aux négociations sur un marché réglementé européen (environ 6 000), MIF 2 étend cette exigence à des centaines de milliers d’instruments financiers, en particulier obligataires et dérivés », indique l’AMF.

    Les écarts de liquidité sont surveillés comme le lait sur le feu. Est-il raisonnable pour des fonds d’offrir aux épargnants la possibilité de retirer à tout moment leurs capitaux, quand des mois sont souvent nécessaires, par exemple, pour vendre un immeuble ? Un début de panique a touché le Royaume-Uni, début juillet 2016, après le vote du Brexit, lorsque des grands acteurs de la gestion ont suspendu les rachats de parts dans leurs fonds consacrés à l’immobilier commercial britannique, en raison d’un « manque de liquidité immédiate ». L’affaire en est restée là. Mais en août 2007, l’assèchement soudain du marché secondaire des CDO avait incité BNP Paribas à geler les retraits sur trois de ses sicav monétaires, dont les portefeuilles regorgeaient de ces produits toxiques. Cette décision avait sonné officiellement le début de la crise financière…

    Bref, la route s’annonce longue et difficile. La volonté affichée par Donald Trump, dès son élection en novembre à la présidence des Etats-Unis, d’assouplir la loi Dodd-Frank a fait l’effet d’une douche froide. Cette réglementation votée en 2010, sous l’impulsion des démocrates, visait notamment à réduire les liens entre la finance parallèle et les banques, afin d’éviter que l’une ne contamine l’autre, comme ce fut le cas en 2007-2008.

    Sachant que les Etats-Unis représentent 40 % du shadow banking, cette position du président élu pourrait bien sonner le glas de la coopération mondiale en matière de régulation financière. Dans la foulée, les Européens et les Japonais ont fait bloc pour empêcher le Comité de Bâle, le régulateur bancaire international, de resserrer encore le carcan prudentiel imposé aux banques. Sur fond de guerre économique, aucune juridiction n’a envie de handicaper son propre système financier si les autres lâchent la bride. Ce n’est pourtant pas le moment de baisser la garde. Faute de quoi, la finance de l’ombre pourrait bien, à nouveau, faire trembler le monde.

    • Oui il faut avoir peur car c’est une ultime crise qui a déjà provoqué deux guerres mondiales la FED et les banquiers ont bien mis le pied à l’étrier aux Mussolini, Hitler, et autres petits dictateurs aussi aux Usa ou le fascisme est latent (Opération Paper-clips) les marchés décident souvent à la place des peuples a quelle sauce ils doivent être dévorés. N’oublions pas qu’en Europe de l’est des partis proto-fascistes ou fascistes sont installé au plus haut du pouvoir ...Exemple l’Ukraine avec le « maidan » défendu comme « révolution » mais en vérité une révolution provoquée avec l’aide de Georges Soros et CANVAS le milliardaire Kolomoisky se plaint alors qu’il a du sang sur les mains : https://blogs.mediapart.fr/segesta3756/blog/221216/igor-kolomoisky-ils-ont-fini-par-m-avoir Non le pauvre gars a tués des miliers d’ukrainiens, escroqué le FMI et autres banques centrale et il se plaint. Attention si vous pensez que c’est faux ce que je dis écrit je peux aussi vous fournir des preuves ...

  • La RATP ouvre (enfin) ses données « temps réel »
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/01/05/la-ratp-ouvre-enfin-ses-donnees-temps-reel_5057926_3234.html

    C’est un petit événement dans le monde de la mobilité connectée. La RATP a décidé de mettre à disposition des développeurs, étudiants et autres chercheurs l’ensemble de ses données « temps réel » sur la circulation de ses métros, bus et autres tramways sur Paris et sa proche banlieue. « Nous proposons ces données sur notre plateforme open data depuis mardi 3 janvier », annonce au Monde Dominique de Ternay, le directeur marketing de la régie publique.
    […]
    « Le service est gratuit jusqu’à un seuil de 30 millions de requêtes par mois. Cela permet d’offrir un service qui se réactualise toutes les cinq minutes. Cela nous semble tout à fait suffisant pour des développeurs ou des étudiants pour créer de nouveaux services », complète le responsable. Au-delà de ce niveau de requêtes, la régie est légalement autorisée à faire payer les utilisateurs du système d’open data pour couvrir ses coûts de structures. Par comparaison, la SNCF autorise pour ses données 150 000 requêtes par mois…