Entretien dans le Nouvel Observateur « Les riches abandonnent le monde » 16-3-17

/723

  • entretien avec Bruno Latour : « Les riches abandonnent le monde »

    L’erreur est de parler de « climat ». Le terme évoque quelque chose de trop lointain, dont on n’a pas à se préoccuper. Il faudrait en donner une définition plus proche, en le reliant aux notions de territoire et de sol. Les écologistes s’occupent de l’environnement comme s’il s’agissait d’un objet extérieur à la politique. Ils ont beaucoup de mal à fabriquer du politique avec ce qu’ils appellent la « nature », alors même que, depuis toujours, le politique est fait d’enjeux de territoire, de sol, de ressource, de blé, de ville, d’eau. En réalité, la politique est par définition écologique.

    Je fais l’hypothèse suivante, dont je n’ai pas la preuve, mais quelques indices : à un moment, quelque part entre la fin des années 70 et le début des années 80, les membres les plus astucieux des classes dominantes ont compris que la globalisation n’était pas soutenable écologiquement. Mais, au lieu de changer de modèle économique, ils ont décidé de renoncer à l’idée d’un monde commun. D’où, dès les années 1980, des politiques de déréglementations qui ont abouti aux inégalités hallucinantes que l’on connaît aujourd’hui. Cette brutalité économique - redoublée par une brutalisation de l’expression politique - est une manière de dire aux autres classes : « désolé braves gens, nous avons renoncé à faire un monde commun avec vous ». La classe dominante s’est immunisée contre la question écologique en se coupant du monde.

    #climat #territoire #sol #écologie #environnement #politique #nature

    http://www.bruno-latour.fr/fr/node/723