Amal Saad. 09/04/2026
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Discussion sur les négociations à venir entre le Liban et Israël :
Les prétendues négociations prévues entre Israël et le gouvernement libanais ne sont rien de moins qu’une arme de guerre à peine voilée, visant à dissocier le Liban du cessez-le-feu avec l’Iran et à permettre à Netanyahu de prolonger la guerre à la fois en Iran et au Liban.
Israël sait que les autorités libanaises ne peuvent obtenir à la table des négociations aucun des objectifs qu’il n’a lui-même pas réussi à atteindre sur le champ de bataille, qu’il s’agisse de l’occupation ne serait-ce que d’un seul village ou d’une seule ville, sans parler des objectifs bien plus ambitieux d’une zone tampon de 3-4 km ou du désarmement du Hezbollah. Mais ce qu’Israël espère obtenir avec ces pourparlers, au-delà de prolonger la guerre sur les deux fronts, c’est de pousser le Liban vers une guerre civile, de manière à affaiblir le Hezbollah et appauvrir davantage sa base chiite.
Et inversement, les autorités libanaises, malgré leur volonté manifeste de céder le Liban-Sud à Israël et d’exposer la communauté chiite aux déplacements et à la violence (en bref, leur intention de se débarrasser de ce territoire et de ses habitants qu’elles considèrent comme un fardeau), sont tout aussi conscientes qu’Israël ne peut pas non plus garantir ces résultats en leur nom, étant donné que le commandement des FDI a signalé qu’il est proche de l’« effondrement » et ne peut remplir l’objectif de désarmer le Hezbollah. Pourtant, elles continuent de parier sur le fait que la prolongation de la guerre contre leur propre population et leur territoire affaiblira significativement le Hezbollah et érodera tout capital politique qu’il aurait pu autrement acquérir dans la période d’après-guerre.
Bien que l’ouverture d’une voie de négociation officielle libanaise puisse quelque peu compliquer la position diplomatique de l’Iran, étant donné que le Liban est un État souverain de manière nominale, cela n’affaiblira pas sa détermination à maintenir les deux voies liées. L’Iran a répété à maintes reprises son refus de se désengager de la résistance, plutôt que du Liban en tant que tel, et son engagement stratégique, idéologique et politique envers le Hezbollah et la communauté chiite représente un engagement qu’il est prêt à maintenir, même au prix de l’effondrement total des négociations.
L’affirmation de Khamenei il y a quelques instants disant, « nous n’abandonnerons d’aucune manière nos droits légitimes ; à cet égard, nous considérons l’ensemble du front de la résistance comme une seule entité » renforce cet argument.
En assumant que le Hezbollah et sa base chiite ne cherchent pas à renverser le gouvernement par intérim, le scénario le plus probable est qu’Israël poursuivra ces négociations sous le feu des critiques, le Hezbollah continuant sa résistance, tandis que l’Iran maintiendra son contrôle effectif sur le détroit d’Ormuz et pourrait intensifier les tensions, y compris par des frappes directes contre Israël si les attaques contre le Liban se prolongent. Même si la guerre s’éternise pendant des mois, le pouvoir dissuasif de l’Iran à Ormuz, combiné à ses capacités militaires et à sa résilience sociale, en parallèle aux capacités militaires du Hezbollah, finiront par faire basculer l’équilibre stratégique et imposeront une fin à la guerre selon des termes qui dépasseront largement une simple restauration du statu quo dans la région.
Et le sort du gouvernement libanais, qui est devenu de facto un co-belligérant dans la guerre d’Israël contre son propre peuple et territoire, sera sa perte de viabilité politique dans tout scénario d’après-guerre.
D’un point de vue purement analytique et conceptuel, les comparaisons avec la France de Vichy ne saisissent pas le degré de collaboration en jeu. Vichy s’est aligné après que la défaite/occupation eut été consolidée et a justifié sa position comme un fait accompli, alors qu’ici, la collaboration se déroule au cours d’une guerre en cours au cours de laquelle Israël n’a même pas réussi à obtenir des gains minimaux, en invoquant une prétention sans précédent et obscène à une « souveraineté » étatique pour la justifier. Il s’agit d’un ordre de collaboration tout à fait différent, qui ne peut être intégré à un règlement d’après-guerre comme ce fut le cas pour le gouvernement Seniora en 2006.
Rien de moins qu’un tribunal pour crimes de guerre ne rendra justice aux violations du droit libanais et international commises par ce gouvernement illégitime.









