/livres

  • Arnaud Bertrand/ X – US incarceration rate
    https://x.com/RnaudBertrand/status/1940612553463550371

    This is quite insane: the latest spending bill will more than double the amount of incarcerated immigrants in the US, which will bring the US’s incarceration rate to double what the US State Department themselves estimates North Korea’s to be.

    Here’s the calculation:
    – The current US incarceration rate is 580 people per 100,000 residents ( https://prisonpolicy.org/profiles/US.html ) and an additional 55k incarcerated immigrants will bring it to about 600.
    – According to the US State Department, North Korea’s “prison population total range between 80,000 and 120,000” ( https://prisonstudies.org/country/democratic-peoples-republic-north-korea ), which, for a population of about 27 million people, means an incarceration rate between 296 and 444 people per 100,000 residents.

    My own country, France, which already has a prison overpopulation problem, has an incarceration rate of 102. China has a similar-ish rate to France at 119.

    Makes you think, doesn’t it...

  • Le rapt d’Internet : Manuel de déconstruction des Big Tech, ou comment récupérer les moyens de production numérique - Babelio
    https://www.babelio.com/livres/Doctorow-Le-rapt-dInternet--Manuel-de-deconstruction-des-/1805039/editions/2344773?cmp=# !

    Extraits des commentaires portés sur Babelio sur le livre de Cory Doctorow dans le cadre de l’opération « Masse critique ».

    Dans la suite du livre découpé en deux grandes parties « Comment se réapproprier les moyens de production numérique » et « Quid... », Doctorow développe son propos.

    Autant la première partie « Comment se réapproprier les moyens de production numérique » est intéressante (comprendre : cette partie m’a intéressé), autant la deuxième « Quid... » qui traite de façon parfois très rapide de la vie privée, du harcèlement, des pays pauvres ou de la blockchain n’est pas très intéressante (comprendre : cette partie m’a intéressé). Je vais donc me concentrer sur cette première partie dans cette critique.

    En mobilisant des concepts comme les effets de réseau, l’interopérabilité ou les normes, Cory Doctorow montre comment les géants de la Tech - Google, Facebook, Apple, Microsoft ou TikTok - qui sont selon des « maniaques de la surveillance » (Facebook par exemple) ou des "maniaques du contrôle (Apple par exemple) - se sont appropriés les moyens de production numériques. Cette appropriation des moyens de production numérique empêchera selon Doctorow de mener d’autres luttes comme celle de « l’emballement du changement climatique » (p. 31) ou celle des « violences et discriminations sexistes » (p. 31). Ce faisant, selon Doctorow, le préalable à de nombreuses luttes sera de « récupérer/se réapproprier les moyens de production numérique » (comme l’indique le sous-titre/la première partie).

    Bien documentées et riches d’exemples, les différentes sections de cette première partie sont parfois bizarrement rédigées

    Après avoir lu cet ouvrage, je me rends à l’évidence : celui-ci n’était pas fait pour moi. L’opération Mass Critique de Babelio m’a permis de découvrir un tout nouveau genre. Habitué à lire de la romance, je peux vous dire que je suis entré dans un univers totalement différent. ⋆˚✿˖°

    J’ai adoré les anecdotes, j’ai appris certaines choses sur les ordinateurs, l’interopérabilité, l’opposition entre Apple et Microsoft.. Tout cela m’a intéressé. Cependant, je n’ai pas réussi à aller jusqu’au bout de ma compréhension. Certains chapitres étaient incroyables, car j’avais compris de nombreux éléments, tandis que d’autres m’ont laissé complètement perdu. ᓚ₍⑅^..^₎

    Petit clin d’oeil à un tableau inspiré de la couverture. Celle-ci ne m’avait pas attiré au premier abord, mais en ayant vu la référence, je comprends beaucoup mieux son sens. ✧

    Si le numérique vous intéresse ou si vous êtes curieux, ce livre est fait pour vous. Pour ma part, c’est un non, mais je n’hésiterai pas à me renseigner sur d’autres oeuvres de Cory Doctorow.

    😇 Ou comment j’ai choisi ce livre pour Masse Critique car je connaissais l’auteur pour ses livres de science-fiction.

    😅 J’avoue que je lis très peu de non-fiction, hormis certains essais en lien avec l’Imaginaire, donc je sors ici totalement de ma zone de confort. Mais en tant que consommatrice quotidienne des Big Tech, il est intéressant de connaître leurs modes de fonctionnement et comment l’on pourrait s’en passer.

    ✒ Avec de nombreux exemples concrets dans l’histoire de l’informatique et d’internet, cet essai est vraiment intéressant, même pour une néophyte comme moi. Ce n’est pas un livre pour dompter les Big Tech, mais pour donner des pistes afin de détruire ces grosses sociétés et permettre à tout un chacun d’avoir un outil à son service, et non d’en être le produit...

    😉 Une lecture très intéressante !

    #Cory_Doctorow #Rapt_internet

  • Kalam : « Le #français est une #langue compliquée, et écrire en #inclusif ne facilite pas les choses. (...) »
    https://piaille.fr/@miko/114029258567476849

    Le français est une langue compliquée, et écrire en inclusif ne facilite pas les choses. Pourtant, ne pas le faire exclue (volontairement ou non) la moitié de la population. Aussi je me suis permis de mettre en image le super tableau fait par @jeeynet qui présente le large éventail de façon de faire (cf. ci-dessous)

    Jérémy -Jeey-
    https://framapiaf.org/@jeeynet/113987455997853417

    Dites, comme Madame a fait passer en CA le fait d’écrire toute la comm (et les CR) de l’asso en #écriture_inclusive (GG à elle) et que pour répondre aux craintes/difficultés/questionnement de quelques personnes, j’ai tenté de faire un tableau récapitulatif des solutions, je me demandais ce que vous auriez à redire sur le résultat :

    Question subsidiaire : vous utiliseriez quel outil pour que ça rende bien (outil libre, bien entendu) ?
    #ÉcritureInclusive

  • Contre le noir, tout contre, avec Nicolas Surlapierre, Nicolas Le Flahec et Xavier Boussiron | France Culture Mauvais Genres
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/mauvais-genres/contre-le-noir-tout-contre-avec-nicolas-surlapierre-et-nicolas-le-flahec

    A la faveur d’une exposition au Macval et de la parution d’une somme sur Jean-Patrick Manchette, Mauvais Genres revient sur l’art de broyer finement du noir.


    https://www.gallimard.fr/catalogue/jean-patrick-manchette-ecrire-contre/9782073029041
    https://www.babelio.com/livres/Le-Flahec-Jean-Patrick-Manchette-et-la-raison-decrire/935775

    En 1995, à cinquante-deux ans, mourait #Jean-Patrick_Manchette, le romancier qui, dans un même mouvement, a profondément renouvelé le #polar_français et largement contribué à forger son statut littéraire. Pour le trentième anniversaire de sa disparition, Nicolas Le Flahec nous propose une étude qui, pour la première fois, embrasse les différentes composantes de l’œuvre de Manchette : romans, nouvelles, pièce de théâtre, scénarios, articles de journaux, traductions, correspondance, entretiens…
    Des travaux de commande aux publications posthumes, il redessine les contours d’une production composite pour en appréhender la cohérence et les tensions, tout en éclairant les liens qu’entretient Manchette avec Hammett, Chandler ou Westlake, mais aussi avec Hegel, Marx, Flaubert, Orwell, Perec ou Debord.

    https://seenthis.net/messages/997911

  • L’#extractivisme, des marges amazoniennes au militantisme anticapitaliste

    Créée pour décrire l’économie de #cueillette constitutive des marges amazoniennes, la notion d’extractivisme a beaucoup évolué en un siècle : elle est devenue un mot-clef du militantisme, un condensé de critiques et d’impensés. Synonyme d’appropriation, d’exploitation… elle finit par ne plus dire ce qu’elle dénonce exactement et n’est plus appréciée que pour sa charge critique. Il est temps d’interroger les limites d’un concept à la dérive.

    Le suffixe -isme, en français, revêt diverses significations. Il peut désigner un système de pensée, que ce soit le communisme ou le libéralisme, une religion, le christianisme comme le bouddhisme, une activité, comme le journalisme et l’alpinisme, un comportement, que ce soit l’égoïsme ou l’autisme, une situation, comme l’analphabétisme ou l’anachronisme… Cette présentation n’est pas exhaustive ; l’-isme est particulièrement labile.

    Néanmoins, d’un mot à l’autre, d’un contexte à l’autre, l’ambiguïté n’est pas de mise. À chaque fois, on en comprend le sens. Pourtant, lorsqu’on interroge la notion d’extractivisme, dont l’usage actuel va croissant, on peine un peu à en saisir la connotation. Faut-il y voir simplement une pratique, une économie qui serait fondée sur l’extraction ? Ou bien une pensée, une doctrine qui légitimerait l’industrie extractive, voire l’encouragerait ?

    Le mot, rappelons-le, est originaire du Brésil : extrativismo en portugais. Son usage semble remonter à la fin des années 1930 – peut-être est-il antérieur. Il s’appliquait alors aux marges amazoniennes, là où on récoltait le #caoutchouc (#borracha), la #gomme_de_Balata (#balata), le #baume_d’Amazonie (#copaíba), la #noix_du_Brésil (#castenha), la #fève_tonka (#cumaru), diverses espèces de #bois… C’était avant tout une #économie_de_cueillette.

    Le mot portugais dérive lui-même d’une #catégorisation économique qui remonte au XIXe siècle, et plus précisément d’une proposition avancée en 1842 par #Charles_Dunoyer dans le Journal des économistes : « On a voulu aussi les assimiler à l’#industrie_agricole ; mais encore le moyen de confondre avec l’art de la culture celui de la pêche, de la chasse ou de l’exploitation des mines ? Toutes les industries de la classe dont il s’agit ici remplissent une fonction qui leur est propre, et qui se distingue nettement de celles accomplies par les trois autres grandes classes : elles extraient mécaniquement du sein des eaux, des bois, de l’air, de la terre, sans leur faire subir d’ailleurs aucune façon déterminée, des matériaux innombrables, qui servent ensuite à l’exercice d’une multitude d’arts. Je demande la permission de les désigner par un nom pris de la fonction même qu’elles remplissent, et d’en former, sous le nom d’industries extractives, une classe tout à fait séparée »[1] – industrie étant ici à entendre au sens ancien et général d’activité économique. C’est ainsi que, dans les années 1930, le ministère de l’Agriculture brésilien comportait un département consacré spécialement aux « plantes extractives et industrielles » (Secção de Plantas Extrativas e Industriais).

    La question est donc légitime de savoir ce qui distinguerait l’extractivisme de l’#économie_extractive en général, ou de comprendre la connotation apportée par le mot extrativismo.

    Or peu d’auteurs, pour ne pas dire aucun, ont pris le temps, au milieu du XXe siècle, de définir ce qu’était l’extractivisme. Son usage s’est imposé comme une évidence lorsqu’il s’est agi de parler de l’activité de cueillette dans les provinces amazoniennes du #Brésil. De fait, on peut penser que le sens du mot était précisément là pour désigner une économie primaire, exclusivement extractive et non productive.

    En cela, le terme n’était peut-être pas dénué de connotation péjorative, soulignée parfois par l’ajout de l’adjectif « pur » : #puro_extrativismo, comme dans ce discours du président brésilien #Gaspar_Dutra en mars 1947 : « La nécessité d’une solution adéquate aux immenses problèmes de l’Amazonie me semble d’autant plus urgente qu’il est certain que ses conditions de vie difficiles s’aggravent de jour en jour. Les habitants travailleurs de cette région lointaine sont confrontés à des difficultés sans précédent, qui découlent d’une multitude de facteurs négatifs, tels que, entre autres, la pénurie démographique, l’immensité du territoire, l’éloignement des principaux centres de production et de consommation du pays, une économie primaire de pur extractivisme forestier [puro extrativismo florestal], une structure économique et sociale à la merci des fluctuations des prix de ses matières premières essentielles[2]. »

    L’extractivisme est, fondamentalement, une activité économique des #marges_forestières du Brésil. Il n’y a nulle idéologie dans le mot, mais un simple constat, une manière de désigner une forme de sous-développement économique, précaire et nomade, qu’on oppose à l’#agriculture, « seule manière de fixer l’homme à la terre », ou à la #sylviculture, qui permettrait une exploitation moins destructrice.

    En 1982, #Alfredo_Homma avait introduit une distinction entre « #extractivisme_de_collecte » (#extrativismo_de_coleta), qui préserve – plus ou moins – les ressources, et « extractivisme par #annihilation ou #déprédation » (extrativismo por aniquilamento ou depreção), qui les détruit, immédiatement ou à court terme[3]. L’extractivisme pouvait-il être une économie durable ? En un sens, cela a été le combat des #seringueiros durant les années 1980. Ils cherchaient à maintenir leur activité face à une #déforestation croissante. La figure la plus connue de cette résistance est #Chico_Mendes, qui a été assassiné en 1988. Il avait créé le #Conselho_Nacional_dos_Seringueiros dont la revendication principale était la création de zones forestières, pour des motifs à la fois environnementaux, économiques, sociaux et culturels. Ces #réserves_extractivistes (reservas extractivistas) devaient permettre de préserver un espace naturel et un mode d’exploitation considéré comme non prédateur.

    Quatre grandes réserves extractivistes furent créées en 1990 dans le cadre du programme national pour l’environnement, puis d’autres, de moindre importance, dans les années qui ont suivi. Cela correspondait parfaitement à la logique de développement durable qui venait d’être formulée dans le #rapport_Brundtland de 1987 et qui fut reprise par la #déclaration_de_Rio sur le développement et l’environnement en 1992. Ainsi, l’extractivisme amazonien était la version acceptable d’une #exploitation dont on commençait à dénoncer les excès, voire la solution à la déforestation. Pour Florence Pinton et Catherine Aubertin, « la réputation écologique de l’extractivisme s’est construite à partir du repoussoir que représentent les désastres enregistrés par les différents programmes d’occupation de l’Amazonie »[4].

    Mais depuis une vingtaine d’années, le terme a connu une évolution notable dans ses usages. Il s’est chargé d’une forte valeur critique, à la fois décoloniale et environnementale.

    Dès le départ, l’extractivisme implique que l’activité de transformation se fasse ailleurs. Il y a une logique spatiale, et coloniale. Les ressources sont collectées afin d’être acheminées vers des centres de production, au Brésil, en Amérique du Sud, voire dans les centres industriels d’Amérique du Nord ou d’Europe. C’est vrai pour le latex, mais aussi pour l’or ou d’autres ressources car l’extractivisme peut être végétal, animal ou bien minier. L’Amazonie est ainsi devenue un territoire menacé par l’#exploitation_pétrolière[5]. Mais les exemples sont multiples, au Niger, au Cameroun, au Groenland…

    Le dernier livre de Justine Augier, Personne morale, dans lequel elle fait le récit des errances de l’entreprise Lafarge, prête aux pires compromissions pour garantir l’extraction de pétrole en Syrie au moment de la montée en puissance de Daech, ne serait qu’un exemple parmi tant d’autres des errances d’un système où le profit semble pouvoir tout justifier, au détriment des populations locales. Les exactions commises par les soldats chargés de protéger le site gazier de Total au Mozambique montrent bien la violence d’un capitalisme dont les activités extractives constituent la base.

    L’extractivisme, en ce sens, est devenu synonyme d’#appropriation et a été employé dans des domaines pour le moins éloignés du contexte initial. Pascal Marichalar considère, par exemple, que l’installation de télescopes sur des montagnes du Chili ou de Hawaï, sur des terres prises aux populations locales dans des contextes coloniaux, justifie l’expression d’« #extractivisme_scientifique ». Stricto sensu, il n’y a évidemment aucune extraction, mais une #dépossession de #montagnes qui avaient souvent une valeur – non marchande – pour les populations autochtones. Autre exemple : sur la base du rapport rédigé par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, en 2018, sur la restitution du patrimoine culturel africain, Aksel Kozan n’hésite pas à parler d’« #extractivisme_patrimonial »[6].

    Que les #conquêtes_coloniales aient été l’occasion de multiples #spoliations patrimoniales ne fait pas question, qu’on parle d’extractivisme, en revanche, interroge car cela réduirait les objets pillés à de simples ressources, à des #matières_premières, alors que leur intérêt tient précisément à leur valeur culturelle.

    Parallèlement à cette évolution, le terme d’extractivisme a été pensé comme une forme d’extraction à outrance, une #exploitation_intensive. On pourrait presque se demander si certains auteurs, par extractivisme, n’entendent pas quelque chose comme #extractivissime, autrement dit, s’ils ne font pas du suffixe -isme une sorte de superlatif. Mais peut-être est-ce surinterpréter.

    En tout cas, la notion semble comprise comme désignant une #idéologie qui justifierait l’extraction, « quelque chose comme un “goût pour l’extraction” », écrit Anna Bednik[7]. En ce sens, l’extractivisme serait l’envers du #productivisme. Sauf que les deux mots n’ont pas la même histoire ni la même connotation. Productivisme a été forgé en France par Ernest Solvay à la toute fin du XIXe siècle. Produire plus était un objectif souhaitable afin d’apporter la prospérité au plus grand nombre. Or, on l’a vu, ce n’est pas le cas de l’extractivisme, dont l’extraction n’est pas un but en soi. C’est même plutôt un contresens. Les activités extractives ne font qu’alimenter le système productif, elles en sont la conséquence, non la cause. Attaquer l’extractivisme ne détournerait-il pas la critique de sa cible principale : le productivisme, voire le capitalisme lui-même, si tant est que le productivisme serait le propre du capitalisme, ce qu’on pourrait discuter.

    Le mot est mobilisé pour désigner des situations extractives qui ne situent plus uniquement dans des territoires autrefois colonisés, mais qui seraient aussi dans des pays du Nord. Les récents projets miniers en France peuvent-ils être considérés comme de l’extractivisme ? Qu’en est-il des activités extractives menées par la Chine sur son propre territoire ? Il ne s’agit absolument pas de justifier les dégradations environnementales provoquées par nombre de ces exploitations, mais d’interroger les limites d’un concept qui semble parfois à la dérive. Quand passerait-on de l’extraction à l’extractivisme ? Existe-t-il une forme acceptable d’activité extractive ? À se focaliser uniquement sur les lieux d’extraction, le risque est non nul de céder à des logiques de NIMBY, « not in my back yard » [pas dans mon jardin, ndlr]. Peut-il y avoir production sans extraction ? Les questions sont multiples, et la prudence peut-être pas inutile.

    Personne ne peut se prétendre berger des mots, mais on peut parfois s’interroger sur certains effets de mode. En à peine un siècle, extractivisme a beaucoup évolué : il est devenu un mot-clé, un condensé de critiques et un raccourci d’impensés. Synonyme d’appropriation, d’exploitation, de déprédation, il finit par ne plus dire ce qu’il dénonce exactement et semble surtout être apprécié pour la charge dénonciatrice qu’il porterait, un mot neuf pour une critique ancienne. Le géographe allemand Ernst Friedrich, en 1904, avait un mot pour dire tout cela : die #Raubwirtschaft, l’#économie_de_pillage[8] !

    Car le constat d’une économie déprédatrice n’est pas nouveau. Qu’on m’excuse de terminer par une très longue citation, empruntée à Franz Schrader, géographe français, cousin d’Élisée Reclus. Elle est extraite de l’introduction à l’Atlas de géographie moderne, paru en 1889 chez Hachette, un livre a priori plutôt neutre, destiné à un public assez large. En une page, toute la violence de l’exploitation du système industriel européen à l’échelle de la planète y est décrite et dénoncée, avec ses conséquences en termes d’extraction. Mais Franz Schrader ne s’y trompe pas. C’est bien la question de la production à outrance qui est soulevée, d’une production considérée comme un objectif en soi et non comme un moyen.

    « Depuis le commencement de ce siècle, une partie de l’humanité a brusquement transformé ses rapports avec la planète. L’homme blanc, devenu pour ainsi dire un être nouveau, s’est créé une organisation factice qui bouleverse les conditions de sa vie traditionnelle, révolution dont il n’a pas encore mesuré toute l’importance et dont il nous est impossible de prévoir les résultats ultimes.

    « Depuis ce jour où, par l’invention du feu et des premiers outils, l’homme s’est nettement différencié des autres êtres vivants et a cessé d’être l’esclave de la Terre pour tendre à en devenir le maître, une élite intellectuelle a parcouru des étapes successives de culture, entraînant avec elle ou laissant en arrière diverses fractions de l’espèce humaine. À l’outil, qui complétait ou corrigeait les organes humains, a succédé la machine, qui les aide et leur prête sa force. Jusqu’au dix-neuvième siècle, l’homme a surtout demandé secours aux forces naturelles en pleine activité, au vent, à l’eau courante. Il se bornait à utiliser un mouvement déjà produit par le jeu de la vie planétaire. Au dix-neuvième, une fraction de l’humanité imagine de se faire non plus aider, mais remplacer. De substances inertes, houille, métaux, acides, eau surchauffée, etc., elle apprend à dégager des forces latentes, à les discipliner, à les obliger à l’action. Dès lors, tous les organes moteurs ou mécaniques de l’homme se transforment, se décuplent ou se centuplent. Sa puissance de locomotion s’accroît jusqu’aux vapeurs transocéaniques et jusqu’aux chemins de fer transcontinentaux. La portée de sa parole n’a plus de limites, le télégraphe la transporte autour du monde ; la vapeur, les substances explosibles donnent à son bras une force incalculable. Ce n’est plus l’homme des siècles passés, c’est un nouvel être, qui n’admet plus aucune résistance. Plus de limites à l’ambition de l’homme blanc, doublé de ses organes de métal, de sa vapeur, de son électricité. Ses télégraphes enserrent le globe, ses navires à vapeur raccourcissent les océans, ses rails veulent se poser partout ; qui n’en veut pas devra se soumettre, qui résiste sera brisé. Et l’Indien, le Nègre, l’Australien, le Chinois se voient avec terreur envahis, débordés par cette humanité nouvelle, avide, violente, inexorable, toujours plus pressée, haletante comme ses machines.

    « En effet, tandis que le moteur mécanique, sans cesse perfectionné, aide, déplace ou remplace le travailleur, change incessamment les conditions du travail, un appel se produit sur tous les points du globe, et la race blanche s’y précipite, transportant avec elle les mêmes besoins, la même activité, les mêmes machines, la même surexcitation cérébrale. […]

    « Un tel état de choses ne peut pas se développer indéfiniment. D’abord, la civilisation industrielle n’est pas un but, mais un moyen. Le jour où elle aura atteint le résultat qu’en attendent les esprits élevés, et donné à tout homme sa part de secours matériel, lui permettant ainsi de vivre d’une vie plus morale et plus intellectuelle, elle devra se borner, précisément pour ne pas détruire son œuvre. En outre, on ne fabrique que pour des besoins, et la capacité de consommation de l’humanité est forcément limitée. La force mécanique à l’œuvre sur le globe est déjà égale à celle d’un milliard d’hommes (1889), et elle ne cesse de s’accroitre. Amenât-on la population entière de la sphère terrestre à l’état de tributaire ou d’acheteur momentané, il est évident que cette force n’est pas appliquée dans des conditions normales. La civilisation industrielle dont nous admirons l’épanouissement n’est donc qu’une étape et devra prochainement se transformer.

    « Une loi inexorable, du reste, ne tardera pas à l’y obliger. Elle exploite trop avidement la terre, ne songe qu’à l’avenir immédiat, et arriverait à ruiner la planète elle-même.

    « Dans cette fièvre de fabrication ou d’utilisation à outrance, en effet, on demande de toutes parts au sol des produits rapides et immédiatement vendables, et on détruit sans réflexion toute production spontanée, naturelle, surtout la végétation forestière, trop lente à se renouveler.

    « C’est ainsi que presque toute la surface de la Terre va se dénudant avec une effrayante rapidité. Comme conséquence, le sol se délite, les montagnes se désagrègent, les sources tarissent, les fleuves s’appauvrissent ou débordent, le climat lui-même, privé des influences adoucissantes des vastes régions boisées, se détériore et se déséquilibre. En outre, les pays nouvellement ouverts à la culture tirent d’abord d’un sol vierge des récoltes abondantes, ruineuses par leur bon marché pour les pays de vieille culture. Mais bientôt ce sol auquel on a trop demandé s’appauvrit, tandis que des terres nouvelles se mettent en valeur à leur tour.

    « Chaque jour l’intensité du mouvement, l’activité de l’exploitation s’accroît ; par cela même approche le moment où l’homme, voyant son avidité le mener à des désastres irrémédiables, sera obligé de se rapprocher de la nature et de demander à la science, non plus la richesse immédiate, mais le salut. […]

    « Le remède, par bonheur, est à côté du mal. Les progrès de l’industrie ne sont que le résultat premier, matériel, du progrès général de la science ; ce progrès même doit amener une équilibration. L’homme use en ce moment de ses nouvelles forces comme un enfant qui dissipe son bien, le croyant inépuisable. L’âge de raison viendra, et l’humanité pensera alors à régler le présent de façon à sauvegarder l’avenir. Dans ce travail de régularisation, l’étude de la Terre aura la plus large place, car c’est de la Terre que tout vient, c’est à elle que tout retourne. Sans l’homme scientifiquement équilibré ne pourra pas lui rendre les alluvions descendues à la mer, ni ressusciter les peuples disparus, qui vraisemblablement leur place marquée dans l’harmonie de l’humanité ; et c’est un genre humain appauvri qui sera chargé de réparer sur une Terre appauvrie les fautes de notre imprévoyante génération[9]. »

    Où en sommes-nous aujourd’hui ? Nous ne sommes pas sortis de l’ère industrielle, la population humaine depuis la fin du XIXe siècle est passée d’environ 1,5 milliards d’habitants à plus de 8 milliards et nos besoins en matières premières ne cessent de croître. Le dernier rapport publié par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) sur les ressources planétaires dresse un tableau très cru. L’extraction mondiale annuelle de matériaux est passée de 30,9 milliards de tonnes en 1970 à 95,1 milliards de tonnes en 2020 et devrait atteindre 106,6 milliards de tonnes en 2024. On l’estime à 160 milliards de tonnes au milieu du siècle. La moyenne mondiale de la demande de matériaux était de 8,4 tonnes par habitant en 1970, de 13,2 tonnes en 2024.

    Les minéraux non métalliques (dont le sable, le gravier, l’argile) sont devenus la catégorie la plus importante, avec 48 %, en 2024, contre 31 % en 1970, « signe d’une transition d’un métabolisme agraire basé sur la biomasse vers un métabolisme industriel basé sur les minéraux »[10]. Or la solution scientiste et techniciste n’est sans doute qu’une illusion. La dénoncer, inversement, ne doit pas nourrir un discours antiscientifique qui nivellerait opinions et savoirs. L’objectif défini par le PNUE est le découplage du bien-être humain de l’utilisation de ressources. Cela passe aussi par une meilleure répartition de ces ressources. La question environnementale et la question sociale sont inextricablement liées, et ce à l’intérieur d’un cadre plus général qui est celui des rapports de pouvoir et de domination.

    https://aoc.media/opinion/2024/12/11/lextractivisme-des-marges-amazoniennes-au-militantisme-anticapitaliste
    #Amazonie

  • How to survive the broligarchy: 20 lessons for the post-truth world | Carole Cadwalladr | The Guardian
    https://www.theguardian.com/commentisfree/2024/nov/17/how-to-survive-the-broligarchy-20-lessons-for-the-post-truth-world-dona
    https://i.guim.co.uk/img/media/ea95a5aedfd34245f560f94f462cc7267dc252de/0_333_5000_3000/master/5000.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    1 When someone tells you who they are, believe them. Last week Donald Trump appointed a director of intelligence who spouts Russian propaganda, a Christian nationalist crusader as secretary of defence, and a secretary of health who is a vaccine sceptic. If Trump was seeking to destroy American democracy, the American state and American values, this is how he’d do it.

    2 Journalists are first, but everyone else is next. Trump has announced multibillion-dollar lawsuits against “the enemy camp”: newspapers and publishers. His proposed FBI director is on record as wanting to prosecute certain journalists. Journalists, publishers, writers, academics are always in the first wave. Doctors, teachers, accountants will be next. Authoritarianism is as predictable as a Swiss train. It’s already later than you think.

    3 To name is to understand. This is McMuskism: it’s McCarthyism on steroids, political persecution + Trump + Musk + Silicon Valley surveillance tools. It’s the dawn of a new age of political witch-hunts, where burning at the stake meets data harvesting and online mobs.

    4 If that sounds scary, it’s because that’s the plan. Trump’s administration will be incompetent and reckless but individuals will be targeted, institutions will cower, organisations will crumble. Fast. The chilling will be real and immediate.

    5 You have more power than you think. We’re supposed to feel powerless. That’s the strategy. But we’re not. If you’re a US institution or organisation, form an emergency committee. Bring in experts. Learn from people who have lived under authoritarianism. Ask advice.

    6 Do not kiss the ring. Do not bend to power. Power will come to you, anyway. Don’t make it easy. Not everyone can stand and fight. But nobody needs to bend the knee until there’s an actual memo to that effect. WAIT FOR THE MEMO.

    7 Know who you are. This list is a homage to Yale historian, Timothy Snyder. His On Tyranny, published in 2017, is the essential guide to the age of authoritarianism. His first command, “Do not obey in advance”, is what has been ringing, like tinnitus, in my ears ever since the Washington Post refused to endorse Kamala Harris. In some weird celestial stroke of luck, he calls me as I’m writing this and I ask for his updated advice: “Know what you stand for and what you think is good.”

    8 Protect your private life. The broligarchy doesn’t want you to have one. Read Shoshana Zuboff’s The Age of Surveillance Capitalism: they need to know exactly who you are to sell you more shit. We’re now beyond that. Surveillance Authoritarianism is next. Watch The Lives of Others, the beautifully told film about surveillance in 80s east Berlin. Act as if you are now living in East Germany and Meta/Facebook/Instagram/WhatsApp is the Stasi. It is.

    9 Throw up the Kool-Aid. You drank it. That’s OK. We all did. But now is the time to stick your fingers down your throat and get that sick tech bro poison out of your system. Phones were – still are – a magic portal into a psychedelic fun house of possibility. They’re also tracking and surveilling you even as you sleep while a Silicon Valley edgelord plots ways to tear up the federal government.

    10 Listen to women of colour. Everything bad that happened on the internet happened to them first. The history of technology is that it is only when it affects white men that it’s considered a problem. Look at how technology is already being used to profile and target immigrants. Know that you’re next.

    Act as if you are now living in East Germany and Meta/Facebook/Instagram/ WhatsApp is the Stasi. It is

    11 Think of your personal data as nude selfies. A veteran technology journalist told me this in 2017 and it’s never left me. My experience of “discovery” – handing over 40,000 emails, messages, documents to the legal team of the Brexit donor I’d investigated – left me paralysed and terrified. Think what a hostile legal team would make of your message history. This can and will happen.

    12 Don’t buy the bullshit. A Securities and Exchange judgment found Facebook had lied to two journalists – one of them was me – and Facebook agreed to pay a $100m penalty. If you are a journalist, refuse off the record briefings. Don’t chat on the phone; email. Refuse access interviews. Bullshit exclusives from Goebbels 2.0 will be a stain on your publication for ever.

    13 Even dickheads love their dogs. Find a way to connect to those you disagree with. “The obvious mistakes of those who find themselves in opposition are to break off relations with those who disagree with you,” texts Vera Krichevskaya, the co-founder of TV Rain, Russia’s last independent TV station. “You cannot allow anger and narrow your circle.”

    14 Pay in cash. Ask yourself what an international drug trafficker would do, and do that. They’re not going to the dead drop by Uber or putting 20kg of crack cocaine on a credit card. In the broligarchy, every data point is a weapon. Download Signal, the encrypted messaging app. Turn on disappearing messages.
    skip past newsletter promotion

    15 Remember. Writer Rebecca Solnit, an essential US liberal voice, emails: “If they try to normalize, let us try to denormalize. Let us hold on to facts, truths, values, norms, arrangements that are going to be under siege. Let us not forget what happened and why.”

    16 Find allies in unlikely places. One of my most surprising sources of support during my trial(s) was hard-right Brexiter David Davis. Find threads of connection and work from there.

    17 There is such a thing as truth. There are facts and we can know them. From Tamsin Shaw, professor in philosophy at New York University: “‘Can the sceptic resist the tyrant?’ is one of the oldest questions in political philosophy. We can’t even fully recognise what tyranny is if we let the ruling powers get away with lying to us all.”

    18 Plan. Silicon Valley doesn’t think in four-year election cycles. Elon Musk isn’t worrying about the midterms. He’s thinking about flying a SpaceX rocket to Mars and raping and pillaging its rare earth minerals before anyone else can get there. We need a 30-year road map out of this.

    19 Take the piss. Humour is a weapon. Any man who feels the need to build a rocket is not overconfident about his masculinity. Work with that.

    20 They are not gods. Tech billionaires are over-entitled nerds with the extraordinary historical luck of being born at the exact right moment in history. Treat them accordingly.

    Carole Cadwalladr is a reporter and feature writer for the Observer

  • Ada et Zangemann : Un conte sur les logiciels, le skateboard et la glace à la framboise - Babelio
    https://www.babelio.com/livres/Kirschner-Ada-et-Zangemann--Un-conte-sur-les-logiciels-le-s/1589289?id_edition=2093699# !

    Quand les lecteurs commentent... sympa.

    Voilà un petit album, conte moderne à mettre entre toutes les mains, grandes ou petites. Il explique fort bien la logique des gros systèmes d’exploitation (tels Microsoft ou Apple) et l’intérêt des plus petits, du logiciel libre. C’est accessible pour les enfants mais nul doute que nombre d’adultes apprendront beaucoup.

    Avec, en plus, une héroïne (en informatique, elles ne sont pas les plus nombreuses) et noire de surcroît. Et puis, c’est frais, mignon et drôle parfois.

    Ah oui, et dernière chose : c’est un livre numérique libre de téléchargement (on nous propose simplement de faire un don si l’on souhaite). Tout-à-fait dans l’esprit quoi !

    Non, vraiment, allez-y !

    #Ada_Zangemann #Babelio

  • Ada et Zangemann : Un conte sur les logiciels, le skateboard et la glace à la framboise - Babelio
    https://www.babelio.com/livres/Kirschner-Ada-et-Zangemann--Un-conte-sur-les-logiciels-le-s/1589289#critiques

    10 février 2024
    Voilà un petit album, conte moderne à mettre entre toutes les mains, grandes ou petites. Il explique fort bien la logique des gros systèmes d’exploitation (tels Microsoft ou Apple) et l’intérêt des plus petits, du logiciel libre. C’est accessible pour les enfants mais nul doute que nombre d’adultes apprendront beaucoup.

    Avec, en plus, une héroïne (en informatique, elles ne sont pas les plus nombreuses) et noire de surcroît. Et puis, c’est frais, mignon et drôle parfois.

    #Ada_Zangemann #Recension #Babelio

  • Lecture critique par une lectrice de « Le souffle de la liberté »
    https://www.babelio.com/livres/Benies-Le-souffle-de-la-liberte--1944-le-jazz-debarque/1677812/critiques/3995416

    Un (très) bel ouvrage,

    Merci aux éditions C&F ainsi qu’à Babelio pour cette belle découverte, dans le cadre de la masse critique.

    Comment la guerre et les chocs générationnels ont impacté le Jazz et la culture, ou comment le jazz s’est étoffé à travers le temps, et pourquoi..

    Quelques unes des questions éclairées de réponses dans ce petit ouvrage, pourtant si complet.

    En 160 pages, on soulève une critique sociale objective de ces périodes historiques, on voyage dans le temps et au fil des continents, on parle de l’appartenance culturelle d’un genre musical qui petit à petit se popularise, on déconstruit les fausses rumeurs (au temps de la prohibition, l’interdiction de passer du jazz…), on parle de racisme et d’autres inégalités qui m’ont, personnellement, révoltée, mais on apprends aussi beaucoup de choses sur la manière dont la musique donnait espoir, dont elle était diffusée, comment elle était interprétée, comment la musique a été utilisée, parfois, comme outil de propagande..
    En parallèle, on nous dresse le portrait esquissé de grands noms du Jazz, certains moins connus, de toutes nationalités. On nous rappelle les dates importantes, et comment elles ont créer des tournants importants,

    J’ai beaucoup apprécié également la playlist à écouter pour rendre la lecture encore plus immersive, ainsi que la liste complète d’ouvrages annexes sur lequel Mr Beniès s’est appuyé pour écrire ce livre.

    En conclusion : Je m’attendais à un petit ouvrage qui se lit vite, qui passe en surface sur le rapport entre la guerre et le jazz, mais au final j’ai été bluffée par la fluidité de lecture qui, pourtant couvre bien plus de sujets, et va plus loin dans le détail que juste la surface.
    Il est bien entendu court, mais encore une fois, on est renvoyé à la liste des ouvrages cités, et il ne tient qu’à nous d’approfondir la lecture.
    La plume est simple : le bon mot au bon endroit, la bonne tournure de phrase pour ne pas laisser entendre de sous-entendus, et j’ai personnellement apprécié lorsque l’auteur donnait son avis à lui, après avoir évoqué un sujet.
    J’ai aussi apprécié la police d’écriture des titres de chapitres, et les petites photos annotées glissées ici et là.
    Je crois que je m’attendais à plus de musique, plus de guerre, et ça n’en ai que meilleur d’avoir, au fil des pages découvert ce côté analyse, critique et contextuelle, complètement informatif.

    #Nicolas_Beniès #Souffle_Liberté #Jazz #Histoire

  • Commentaire Babelio sur « Le souffle de la liberté »
    https://www.babelio.com/livres/Benies-Le-souffle-de-la-liberte--1944-le-jazz-debarque/1677812/critiques/4030577

    Nostradamus27
    23 juillet 2024
    Dès 1933, le jazz est interdit à la radio de Berlin et l’interdiction s’étend à l’ensemble du Reich deux ans plus tard. Les Nazis qualifiaient le jazz de "musique de nègre", composante de l’art "dégénéré", et le régime en place à stigmatisaient les "zazous swingueurs".

    Durant l’Occupation, le jazz est une musique transgressive qui bénéficie toutefois d’une certaine tolérance, l’association Hot Club de France continue son action de promotion de cette musique et Charles Delaunay est la principale figure des acteurs qui en font la promotion.

    À la Libération, le jazz fait l’unanimité chez les Français ; ceux qui apprécient les Américains le louent et les communistes le considèrent comme la musique des noirs exploités. D’ailleurs une trentaine d’années plus tard en 1982, des militants communistes et des syndicalistes créent TSF à Bobigny ; c’est une radio où le jazz est très prisé. Elle a pour slogan de 2002 à 2008 : « La radio Jazz & infos » et prend d’ailleurs le nom de TSF Jazz en 2008.

    L’auteur insiste notamment sur le fait qu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale est un des plus consensuels symboles de la liberté retrouvée. Grâce aux disques des artistes qui ne se rendent pas en Europe sont largement connus comme la chanteuse Billie Holiday qui ne vient qu’en 1954 à la Salle Pleyel et1958 avec un passage à l’Olympia. Il illustre son propos avec brio.

    #Nicolas_Beniès #Souffle_Liberté #Jazz #Histoire

  • Ruth Werner - Courier, traitor, bigamist, fabulist : behind the mythology of a superspy
    https://www.coldspur.com/wp-content/uploads/2020/12/Courier-traitor-bigamist-fabulist-behind-the-mythology-of-a-superspy.pdf
    Ursula (Ruth Werner) Kuczynski et son frère Jürgen n’ont jamais renoncé à leurs convictions communistes et montrent par leurs exemple qu’il y a des intellectuels d’origine bourgeoise qui ne trahissent pas les résultats et conséquences des analyses de la société capitaliste qu’ils ont pu réaliser. Cette confiance en soi et dans la science font la différence avec des esprits comme George Orwell dont la développement suit un itinéraire plus aléatoire empreigné par le vécu et les sentiments qui à un age avancé les fait retourner vers une identité petite bourgeoise.

    Aprés la guerre Orwell dénonce aux services de sécurité britanniques ses connaissances pas assez fiables à son avis alors que les Kuczynski se tournent vers la recherche scientifique et l’écriture de livres socialistes pour enfants. L’auteur Ben Macintyre essaye de reconstruire l’itinéraire de l’espionne Sonya en partant de son autobiographie Sonjas Report .

    Agent Sonya: Moscow’s Most Daring Wartime Spy, Ben Macintyre, New York: Crown, an imprint of Random House, 2020, 377 pp., $28.00 (Hardback). ISBN: 9780593136300

    Writing biographies of intelligence agents is a hazardous business. The subjects have led a life of subterfuge and deception, and their memoirs are similarly untrustworthy; their employers indulge in campaigns of disinformation; such few archives as do exist have frequently been extensively redacted, or have false entries deposited in them. A methodology for sifting the chaff and reconciling conflicting stories is a necessary part of the armoury.

    #histoire #espionnage #guerre_froide #bombe_nucléaire #URSS #DDR

    • Merci @rastapopoulos , c’est très intéressant ce qu’on trouve che Agone.
      https://agone.org/malheureux-iii-1

      On peut en conclure que « Sonya », son frère Jürgen Kuczynski et Klaus Fuchs ont choisi un camp et Orwell celui de ses adversaires. C’est compréhensible vu les crimes des stalinistes dont l’auteur de « 1984 » a été le témoin. Ursula Kuczynski alias Sonja alias Ruth Werner alias Ursula Beurton dit qu’elle a travaillé pour l’Union Soviétique pas pour Staline.

      A l’époque il faillait choisir son camp. Orwell s’est alors rangé parmi les collaborateurs de l’empire britannique. Il me rappelle les étudiants de 1968 qu’on a appellé à rentrer chez eux et de continuer leur carrière dans les cabinets d’avocat et de médecin paternels.

      Orwell n’a pas été un méchant délateur qui livrait ses amis aux tortionnaires de la MI5, il a simplement agi selon sa situation de petit bourgeois qui préférait sa patrie au monde ouvrier communiste déchiré. J’en retien que dans sa vie personnelle il n’a en fin de compte pas été assez anarchiste pour occuper une place importante dans la généalogie des révolté/es.

      En 2006, dans la notice consacrée à l’entrée « Information Research Department (IRD) » du glossaire du livre de John Newsinger, La Politique selon Orwell (Agone, 2006, p. 331-332), Jean-Jacques Rosat donne une synthèse de l’affaire et toutes les références nécessaires pour s’en faire une idée précise :

      Organisme créé en 1948 par le gouvernement travailliste comme un bureau semi-officiel de propagande anticommuniste et antisoviétique du ministère des Affaires étrangères. En mars 1949, Celia Kirwan – proche amie d’Orwell et qui y travaillait – demanda à celui-ci de participer à ses activités . Orwell, trop malade, refusa d’écrire quoi que ce soit ; mais il communiqua une liste de personnalités qu’il pensait susceptibles de collaborer ; et, surtout, il proposa d’indiquer les noms d’écrivains et de journalistes qu’il tenait pour des crypto-communistes et auxquels l’IRD ferait mieux, selon lui, de ne pas s’adresser. Pour cela, il s’appuya sur une liste personnelle qu’il tenait à jour depuis 1942 et où figuraient les noms de toutes les personnalités du monde politique et intellectuel dont il se demandait de quel côté elles seraient en cas de conflit avec l’Union soviétique. Cette liste de 135 noms comporte des commentaires et de nombreux points d’interrogation, ratures et marques d’incertitude et d’hésitation . Le 2 mai 1949, Orwell adressa à Celia Kirwan une liste beaucoup plus courte de 38 noms, qui a été retrouvée dans les dossiers du ministère des Affaires étrangères et rendue publique en 2003 *. Quelque jugement que l’on porte sur ce geste accompli par Orwell en pleine guerre froide, trois points sont clairs : 1. l’IRD ne relevait ni de la police ni des services secrets britanniques (même si ceux-ci n’ont sûrement pas été indifférents à ses activités) ; 2. la liste d’Orwell n’était pas une liste noire : il ne s’agissait pas d’interdire à certains journalistes ou écrivains d’exercer leur profession mais de suggérer à l’IRD de ne pas les employer comme propagandistes anticommunistes parce qu’ils risquaient d’être peu fiables dans cette tâche ; 3. aucune des 38 personnalités figurant sur la liste n’a jamais eu d’ennui avec les autorités britanniques. Sur cette affaire, on peut lire George Orwell devant ses calomniateurs. Quelques observations [Ivrea, 1997, dont nous donnons de larges extraits ici]. Pour des mises au point plus récentes qui tiennent compte des derniers documents retrouvés, lire D. J. Taylor, Orwell. The Life, Londres, Chatto & Windus, 2003, p. 408-410, et Timothy Garton Ash, « Orwell’s List », The New York Review of Books, 25 septembre 2003, vol. 50, n° 14

      #stalinisme #anarchisme #révolte

    • Il me semble que tu évinces le contexte, car en 1949, on n’est pas du tout sur « les soviets », ni sur « le monde ouvrier », concernant l’URSS, on est en plein stalinisme hard, et on est l’année où Staline obtient les bombes nucléaires, en pleine guerre froide avec une vraie peur et un vrai risque en Europe de l’ouest (pour le commun des mortels) de se faire éclater la gueule. Du coup ya rien de spécialement petit bourgeois à être anti-stalinistes à ce moment de l’histoire (ni à aucun moment en fait…)

    • Les crimes de Staline et de l’homme soviétique (homo sovieticus) particuliérement opportuniste ne représentent qu’une face de la médaille communiste de l’époque. Klaus Fuchs et Ursula Kuczinski considèrent alors qu’ils travaillent pour l’Union Soviétique et le socialisme, une position contestée par Koestler, Orwell et d’autres bourgeois et petit bourgeois attachés à leur statut. Les qualifications de bourgeois / petit bourgeois / paysan / etc. ne sont en rien péjoratives mais la déscription de la situation de classe et de la conscience politique d’un individu. L’ex communiste Koestler par exemple est parfaitement bourgeois, Orwell plutôt petit bourgeois. Mais là n’est pas la question.

      Depuis la célèbre phrase de Karl Liebknecht sur les relations de classe en temps de guerre l’attitude à adopter est évidente pour chaque révolutionnaire :

      Der Hauptfeind steht im eigenen Land.

      Conclusion : A défaut de pouvoir les combattre on ne collabore pas avec les capitalistes maîtres de son pays parce que c’est eux les responsables qui profitent de la guerre froide et chaude. On ne les soutient pas. Jamais, d’aucune manière.

      Ceci signifie que pendant ses dernières années Orwell est tout sauf un anarchiste ou révolutionnaire mais un petit bourgeois très cultivé et talentueux. Pour lui contrairement à par exemple Lev Tolstoï ou Maxime Gorki le plus haut sommet qu’il peut alors atteindre est le statut de grand écrivain vivant dans une union symbiotique avec la société britannique.

      C’est dommage pour un grand écrivan qui sait viser plus loin, mais à cause de la force des choses de la vie c’est prèsque inévitable pour la majorité des esprits moindres passé un certain age. Pour eux la révolution c’est un truc de jeunesse et du passé. C’est d’ailleurs une des raison pour le déclin du parti Die Linke .
      O.K. on ne peut jamais être complètement sûr de telles conclusions, mais c’est que j’observe quand je regarde autour de moi.

    • La liste, fallait quand le faire, l’écrire et la remettre à un service odieux impérialiste ...

      En 2006 paraît un dernier supplément aux Complete Works of George Orwell, sous le titre Lost Orwell (Timewell Press). On y trouve reproduite la « Liste des noms de cryptocommunistes et de compagnons de route envoyés à l’IRD le 2 mai 1949 » (p. 141-149)  :

      Anderson, John → Journaliste spécialisé dans l’industrie (Manchester Guardian) → Probablement sympathisant seulement. Bon journaliste. Stupide.
      Aldred (nom de famille ? Guy) → Romancier (« Of many Men », etc.) → Q. si ouvertement membre du PC.
      Beavan, John → Rédacteur en chef (Manchester Evening News et autres journaux) → Sympathisant sentimental uniquement. Pas subjectivement pro-PC. Peut avoir changé d’avis.
      Blackett, Professeur P. M. S → Vulgarisateur scientifique (physique). → []
      Carr, Professeur E. H. → The « Times ». Aberystwith University. Livres sur Bakounine, etc. → []
      Chaplin, Chas → [] → ?
      Comfort, Alex → Médecin. Poète, romancier. Contribut. à « Now » & périodiques similaires. Connexions avec Grey Walls Press (?) → Potentiel seulement. Pacifiste-anarchiste. Très antibritannique. Subjectivement pro-allemand pendant la guerre, semble de tempérament pro-totalitaire. Pas moralement courageux. Une main paralysée. Très talentueux.
      Crowther, D. J. → Scientifique (biologiste ?) → ? Frère de Geoffrey Crowthern (de The Economist.) Oui
      Childe, Professeur, Gordon → Vulgarisateur scientifique (anthropologie et histoire des sciences) → ?
      Calder-Marshall, Arthur → Romancier et journaliste → Autrefois proche compagnon de route. A changé, mais pas de manière fiable. Personne non sincère.
      Deutscher, I. → Journaliste (Observer, Economist et autres journaux) → Sympathisant seulement. Juif polonais. Auparavant trotskiste, il a changé d’avis principalement à cause de la question juive. Pourrait changer à nouveau.
      Duranty, W. → Correspondant étranger bien connu. Livres sur la Russie, etc. → []
      Driberg, Tom → Député de Malden et chroniqueur (Reynolds’ News, anciennement Daily Express) → Généralement qualifié de « crypto », mais à mon avis PAS vraiment pro-PC.
      Dover, Cedric → Écrivain (« Half Caste », etc.) et journaliste. Formation à la zoologie → Eurasien. Très anti-Blancs (en particulier anti-États-Unis), mais aussi pro-russe sur tous les sujets importants. Très malhonnête. Personne vénale.
      Goldring, D. → Écrivain (principalement de romans) → Carrière déçue.
      Hooper, Major → Expert militaire. Brochures, livres sur l’URSS. → Q. si CR ou simplement sympathisant.
      Jacob, Alaric → Correspondant étranger (D. Express et autres journaux) → Époux d’Iris Morley.
      Kohn, Marjorie → Enseignante et journaliste (New Statesman et autres journaux) → Sympathisante stupide.
      Litauer, Stefan → Expert en affaires étrangères. Correspondant polonais du News Chron. → Manifestement malhonnête. Aurait été auparavant un soutien de Pilsudski.
      Morley, Iris → Correspondante étrangère (Observer et autres journaux) → Très solide compagnon de route. Q. si elle est ouvertement membre du PC.
      Macmurray, Professeur John → S.C.M. du National Peace Council. Mouvement personnaliste. Beaucoup de livres → ? Pas de lien structurel, mais subjectivement très pro-URSS. Il est à noter que la branche française du mouvement personnaliste est en partie dominée par les compagnons de route.
      Martin, H. Kingsley → Éd. New Statesman → ?? Trop malhonnête pour être « crypto » ou un compagnon de route mais sûrement pro-russe sur toutes les questions importantes.
      Mackenzie, Norman → Journaliste (New Statesman) → Q. si ouvertement membre du PC
      McLeod, Joseph → Écrivain sur des sujets théâtraux, anciennement annonceur de la BBC → ? ?
      Mitchison, N. → Romancière → Sympathisante idiote. Sœur de J. B. S. Haldane.
      Moore, Nicholas → Poète → ? Tendances anarchistes.
      McDiarmid, H. → Poète et critique. Mouvement nationaliste écossais → Communiste dissident, mais sûrement pro-russe.
      Mende, Tibor → Expert en affaires étrangères. Livres → Hongrois. Peut-être seulement sympathisant.
      Neumann, R. → Romancier. Éditeur d’« International Authors » pour Hutchinsons pendant quelques années. → Allemand
      O’Donnell, Peader → Critique → Q. si ouvertement membre du PC.
      Parker, Ralph → Correspondant étranger (News Chronicle et autres journaux) → []
      Priestley, J. B. → Romancier et présentateur radio → ?
      Padmore, George → Ligue contre l’impérialisme et activités apparentées. Beaucoup de brochures → Noir. Dissident communiste (expulsé à partir de 1936 environ), mais sûrement pro-russe.
      Redgrave, Michael → Acteur → ?
      Smollett, Peter (de son vrai nom Smolka ?) → Correspondant, D. Express, etc. Section russe du MOI pendant la guerre → Selon C. Pers, ne serait qu’un carriériste, mais il donne la forte impression d’être une sorte d’agent russe. Personne très louche.
      Schiff, Leonard (Révérend) → Pasteur de C.E. (moderniste). Connaissance de l’Inde. Brochures. → ?
      Werth, Alexander → Correspondant étranger (Manchester Guardian et autres journaux) → ? N’est peut-être pas un compagnon de route mais donne cette impression.
      Young, Commandant E. P. (R. N.) → Expert naval. Brochures → presque certainement « crypto » CR ?
      Stewart, Margaret → Journaliste (News Chronicle, Economist et autres journaux). Actif dans le NUJ → Il y a environ 5 ans, était membre clandestin du PC. Elle a peut-être changé d’avis. Personne très compétente.

      --*—

      Si tu veux avoir mon avis - en tant qu’être humain à peu près sincère il faut toujours se tenir à l’écart des services secrets, si on ne veut pas se compromettre moralement. Quand on apercoit même de loin un agent des services, on change de trottoir. S’ils frappent á ta porte tu la leur fermes au nez malgré leurs menaces. Si en ce faisant tu coinces violemment un de leurs membres, c’est bien fait. Ils n’avaient qu’à te laisser tranquille. Si tu acceptes les échanges même de mots avec eux, tu entres dans leur jeu où tu sera toujours perdant.

      C’est tout ce je peux tirer comme conclusion de ma propre expérience comme de celle me mes proches qui ont vécu la guerre, l’époque du troisième reich et l’après guerre immédiat

      Les personnages historiques comme Orwell ou les espions comme Klaus Fuchs avaient des raisons pour adopter une attitude différente. Qu’on les juge suivant leurs mobiles et erreurs, sachant qu’il est impossible de revivre leurs combats.

  • Lecture de « Les IA à l’assaut du cyberespace » d’Olivier Ertzscheid | Babelio
    https://www.babelio.com/livres/Ertzscheid-Les-IA-a-lassaut-du-cyberespace/1677811/critiques/4021466

    Critique de BibiOTek

    BibiOTek
    17 juillet 2024
    L’intelligence artificielle (IA) est un terme assez récent dont nous entendons pourtant parler de plus en plus. Partant de recherches scientifiques et de développements informatiques, c’est devenu un terme marketing regroupant un ensemble d’outils, plus ou moins intelligents. C’est donc primordial de commencer par bien comprendre les origines de ce domaine d’étude et d’éclaircir la notion d’intelligence qui est bien souvent utilisée à tord.

    Dans cet ouvrage Olivier Ertzschied commence par clarifier certains fonctionnements de l’IA et notamment ce qu’on appelle LLM pour Large Language Model, des modèles d’apprentissage automatique de texte permettant de « comprendre » et produire du texte et qui sont à l’origine de ChatGPT entre autres. Je mets bien comprendre entre guillemets car c’est un semblant de compréhension. On le comprend assez vite, l’IA n’a d’intelligent que son nom, le reste étant purement et simplement des calculs mathématiques à partir d’une quantité faramineuse de données d’entraînement.

    En revanche cet outil veut nous faire croire qu’il comprend ce qu’on écrit, ce qui implique interpréter la sémantique du texte. Or, pour simplifier, c’est uniquement comme une suite de mots, ou plutôt de tokens, que le texte est assimilé. Mais cette technologie est devenue si puissante qu’elle peut désormais tromper un utilisateur qui pense converser avec un vrai humain. Et ce n’est pas le seul problème : on parle également de métiers voués à disparaître, de travailleurs du clic employés comme modérateurs dans des pays pauvres avec des salaires de misère et exposés aux pires atrocités, de la question des sources des données d’entraînement et du droit d’auteur des « oeuvres » produites. L’auteur aborde tous ces points et interroge le lecteur sur ce qu’il n’aurait peut-être pas imaginé derrière un robot conversationnel ou un générateur d’images.

    J’ai trouvé cet ouvrage intéressant, ça me permet de mettre en parallèle les connaissances techniques que j’avais avec des questionnements plus philosophiques. Pour bien comprendre cet ouvrage et saisir les enjeux, je pense qu’il est nécessaire de connaître déjà un minimum le sujet.

    #Olivier_Ertzscheid #Intelligence_artificielle

  • Lecture critique sur Babelio - Le souffle de la liberté
    https://www.babelio.com/livres/Benies-Le-souffle-de-la-liberte--1944-le-jazz-debarque/1677812/critiques/4006452

    Merci à Babelio et à son opération Masse critique. Opération qui me permet d’aller découvrir des lectures vers lesquelles je n’irais pas seul.
    Alors, le livre :
    Je précise que j’aime le jazz, des origines à aujourd’hui et de tout lieu.
    Lors de cette lecture, j’ai tout découvert. Je ne connaissais que les noms de certains musiciens et leur musique.
    Nicolas Beniès apporte un éclairage surprenant dans cet écrit sur les jazz américain et français (et pas que !). Pas seulement en 1944, mais également avant et après.
    Où j’ai découvert que le jazz, même pendant l’occupation allemande n’était pas « verboten », mais bien plus que toléré.
    Où j’ai découvert que les soldats américains ont débarqué avec armes et musique. Cette dernière étant bien plus présente dans la majorité des foyers d’outre-Atlantique que dans les familles françaises. Absolument rien à voir !
    C’est une lecture très intéressante et enrichissante.
    J’ai apprécié moyennement le style d’écriture de l’auteur. Pour moi, il y manque ce qui rend captivant un texte fictionnel ou non : est-ce le plaisir des mots qui naissent pour être partagés, la vie des phrases qui invitent à découvrir les suivantes ? Je ne sais pas vraiment.
    Petit bonus non négligeable, il y a la possibilité d’écouter la playlist en lien avec les musiciens cités dans le livre.

    #Nicolas_Beniès #Souffle_Liberté #Jazz

  • Un (très) bel ouvrage. Critique du livre Le Souffle de la liberté | Babelio
    https://www.babelio.com/livres/Benies-Le-souffle-de-la-liberte--1944-le-jazz-debarque/1677812/critiques/3995416

    ErodianWaves
    26 juin 2024

    Un (très) bel ouvrage,

    Merci aux éditions C&F ainsi qu’à Babelio pour cette belle découverte, dans le cadre de la masse critique.

    Comment la guerre et les chocs générationnels ont impacté le Jazz et la culture, ou comment le jazz s’est étoffé à travers le temps, et pourquoi..

    Quelques unes des questions éclairées de réponses dans ce petit ouvrage, pourtant si complet.

    En 160 pages, on soulève une critique sociale objective de ces périodes historiques, on voyage dans le temps et au fil des continents, on parle de l’appartenance culturelle d’un genre musical qui petit à petit se popularise, on déconstruit les fausses rumeurs (au temps de la prohibition, l’interdiction de passer du jazz…), on parle de racisme et d’autres inégalités qui m’ont, personnellement, révoltée, mais on apprends aussi beaucoup de choses sur la manière dont la musique donnait espoir, dont elle était diffusée, comment elle était interprétée, comment la musique a été utilisée, parfois, comme outil de propagande..
    En parallèle, on nous dresse le portrait esquissé de grands noms du Jazz, certains moins connus, de toutes nationalités. On nous rappelle les dates importantes, et comment elles ont créer des tournants importants,

    J’ai beaucoup apprécié également la playlist à écouter pour rendre la lecture encore plus immersive, ainsi que la liste complète d’ouvrages annexes sur lequel Mr Beniès s’est appuyé pour écrire ce livre.

    En conclusion : Je m’attendais à un petit ouvrage qui se lit vite, qui passe en surface sur le rapport entre la guerre et le jazz, mais au final j’ai été bluffée par la fluidité de lecture qui, pourtant couvre bien plus de sujets, et va plus loin dans le détail que juste la surface.
    Il est bien entendu court, mais encore une fois, on est renvoyé à la liste des ouvrages cités, et il ne tient qu’à nous d’approfondir la lecture.
    La plume est simple : le bon mot au bon endroit, la bonne tournure de phrase pour ne pas laisser entendre de sous-entendus, et j’ai personnellement apprécié lorsque l’auteur donnait son avis à lui, après avoir évoqué un sujet.
    J’ai aussi apprécié la police d’écriture des titres de chapitres, et les petites photos annotées glissées ici et là.
    Je crois que je m’attendais à plus de musique, plus de guerre, et ça n’en ai que meilleur d’avoir, au fil des pages découvert ce côté analyse, critique et contextuelle, complètement informatif.

    #Nicolas_Beniès #Souffle_Liberté #Babelio

  • va sortir de sa ligne éditoriale pour exceptionnellement vous donner son avis sur cette chose toujours un peu vulgaire nommée « actualité » : bien sûr elle trouve ça parfaitement risible, cette histoire du coquelet Musk et du chaponneau Zuckerberg qui se donnent physiquement rendez-vous le 8 fructidor sur un vrai ring afin de se voler dans les plumes pour de bon — c’est une nouvelle preuve, si besoin en était, que la masculinité est bel et bien une maladie mentale. Cependant l’idée n’est pas si mauvaise et l’on pourrait très bien imaginer étendre la méthode à d’autres duettistes : Poutine et Zelensky pourraient régler ainsi leurs différends, de même que par exemple Trump et Biden, Bazoum et Tchiani ou quantité d’autres encore — la liste de ceux qui ont des problèmes de bistouquette est bien trop longue pour être exposée ici.

    En tout cas cela fournit une très plausible explication au paradoxe de Fermi : pourquoi les extraterrestres ne viennent-iels pas nous rendre visite ? C’est seulement parce que passé le stade de la sidération iels préfèrent sûrement rester vautré(e)s sur leurs canapés à bouffer des chips tout en nous regardant à la télé : « La Vie sur Terre » doit être à leurs yeux l’exact équivalent de ce que « Les Marseillais à Honolulu » sont aux nôtres.

  • TPMP : drogue faite à base de "sang d’enfants sacrifiés"... C8 condamne les propos complotistes d’un invité de Cyril Hanouna - ladepeche.fr
    https://www.ladepeche.fr/2023/03/10/touche-pas-a-mon-poste-drogue-faite-a-base-de-sang-denfants-sacrifies-c8-c

    « L’adrénochrome c’est du sang qu’on prend sur des enfants de 3 ans. J’ai envoyé en hôpital psychiatrique une femme qui voulait vendre sa fille et qui voulait l’envoyer dans un laboratoire d’adrénochrome que j’ai dénoncé », a déclaré Gérard Fauré affirmant au passage être « en instruction avec une juge à Dijon » pour cette affaire.

    […]

    Et alors que Cyril Hanouna s’est montré choqué quant aux accusations, il n’en a pour le moins pas décrédibilisé les propos de son invité du soir. « Il y a énormément de gens sur les réseaux qui disent que Gérard soulève un truc qui est réel. Beaucoup de personnes disent que ça existe », a-t-il expliqué sur le plateau.

    Un article qui « dénonce » les foutaises sur l’adrénochrome chez Hanouna, mais qui n’est pas foutu d’indiquer que c’est une des théories centrales de Qanon :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/QAnon

    Au sein du corpus de désinformation de QAnon, l’une des théories les plus sensationnelles est que les élites, en particulier des vedettes d’Hollywood et des personnalités du Parti démocrate, seraient coupables d’abus sur des enfants dont elles voleraient du sang pour en extraire une substance qu’elles considéreraient comme une cure de jouvence, l’adrénochrome.

    Merde, il serait tout de même temps que les journalistes se mettent un peu au courant de ce qu’est Qanon et du danger que ça représente. Pas de nous citer Las Vegas Parano…

    Le scandale ici, c’est pas juste les propos diffamatoires et tarés du gars : c’est le fait que Qanon vient de faire son entrée fracassante sur Télé-Bolloré.

    • Pendant ce temps, le législateur français consacre une fois de plus son temps à lutter contre l’influence des « réseaux sociaux » sur les jeunes, tout en laissant les télés et radios – sur lesquelles l’État a tout de même de larges possibilités de contrôle – diffuser les théories complotistes ultra-réactionnaires les unes après les autres, dans l’impunité la plus totale.

      https://seenthis.net/messages/993401

    • Je pense que c’est un gros manquement, alors qu’on vit désormais dans une « mode » du « débunking » et du « fact-checking ». On a le souci avec l’absence systématique d’explications sur Qanon, quand on évoque les anti-tout du Covid (alors qu’on a vu fleurir les panneaux Q tout à fait explicites à la première grande manif anti-tout en Allemagne, à l’époque), mais aussi avec la théorie du Grand remplacement systématiquement abordée sous un angle purement démographique.

      Et ainsi on dépolitise ces théories du complot, et on occulte leur rôle dans la confusionnisme en faveur de l’extrême-droite :
      – quand on diffuse une théorie (ici l’adrénochrome) tirée de Qanon, on est dans la promotion directe d’un mouvement politique constitué et dévastateur aux États-Unis (qui participe au culte de la personnalité de Trump et a largement motivé l’attaque du Capitole) ;
      – la théorie du Grand remplacement n’est pas une erreur de calcul démographique sur les chiffres de l’immigration, c’est la théorie selon laquelle un élite (qui ? qui ?) complote secrètement pour faire disparaître la « culture européenne blanche chrétienne ». C’est donc clairement dans la lignée des Protocoles des sages de Sion. Mais si on occulte ça, ça devient une question démographique que les candidats à l’élection présidentielle devraient discuter banalement. Alors qu’on est dans le projet politique complètement taré (autant que j’explicite ici mon point Godwin : oui c’est un truc nazi).

    • Au moins le Monde aujourd’hui fait le lien avec QAnon et la tradition antisémite qui soustend le truc :

      Dans « Touche pas à mon poste », le grand déballage de la théorie complotiste antisémite de « l’adrénochrome »
      https://www.lemonde.fr/pixels/article/2023/03/10/dans-touche-pas-a-mon-poste-le-grand-deballage-de-la-theorie-complotiste-ant

      Cette théorie complotiste particulièrement délirante a notamment été popularisée au sein du mouvement Qanon, aux Etats-Unis, dont certains militants accusaient Hillary Clinton, le Parti démocrate et des stars américaines d’avoir mis en place des « fermes » secrètes à adrénochrome, dans lesquelles des enfants étaient torturés puis exécutés pour récolter ce composé.

      […] Mais elles se calquent surtout sur l’un des principaux mythes fondateurs de l’antisémitisme en occident, celui du meurtre rituel d’enfants, mythe dont certains chercheurs font remonter l’origine à la Rome antique et dont l’existence est bien documentée dans l’Angleterre du Moyen Age avant d’essaimer dans l’ensemble de l’Europe. Cette théorie du complot veut que les juifs doivent procéder à des sacrifices rituels d’enfants chrétiens, souvent dans le but de boire leur sang, dans une inversion du rite chrétien consistant pour le prêtre à boire du vin représentant le sang du Christ.

    • Je t’invite à utiliser en permanence désormais le terme « fantasme de complots » plutôt que « théorie ». :)
      Le livre de Wu Ming Q comme Qomplot est très convaincant sur ce point. En plus d’être extrêmement intéressant sur l’immense Histoire qu’il y a derrière l’adrénochrome et les liens avec l’antisémitisme, tout ça est très très détaillé au fil du bouquin.

      Sinon dans la lettre d’ASI de ce soir :

      Chacun de ces éditos pourrait être consacré à une séquence de l’émission de Cyril Hanouna sur C8, Touche pas à mon poste !. Chaque semaine, l’animateur-toutou-vedette de Bolloré nous donnerait largement de quoi réagir ou nous indigner – Arrêt sur images salue d’ailleurs les valeureux dont le travail consiste à se farcir régulièrement l’expérience du vide télévisuel qu’est TPMP, qu’elle soit chercheuse comme Claire Sécail ou journaliste comme Samuel Gontier. Nous ne réagissons pas systématiquement à ce que dit ou fait Cyril Hanouna, mais la dernière émission me semble particulièrement problématique vis-à-vis de la responsabilité qu’a une chaîne dans la diffusion de propos tenus sur son antenne.

      Hier soir, dans TPMP donc, Gérard Fauré – présenté comme un « ancien dealer » et invité pour discuter de la consommation de drogues de Pierre Palmade, ce qui pourrait être le sujet de cet édito mais n’est même pas, et de loin, la chose la plus problématique s’étant déroulée en plateau – a partagé en prime time une théorie du complot. Il s’agit de la croyance, popularisée depuis plusieurs années par le réseau tout aussi complotiste QAnon, selon laquelle « l’adrénochrome », une « molécule humaine » qui serait issue de « sang d’enfants sacrifiés », serait consommée par « plein de stars » afin « d’avoir la jeunesse éternelle ». Tout est faux, mais qu’importe : on est sur C8. Hanouna saute sur l’occasion : « Il y a énormément de gens sur les réseaux qui disent que Gérard soulève un truc qui est réel. » "Ben oui, ça existe", ajoute un autre chroniqueur. Seule la personne qui rédige le bandeau de C8 semble réaliser le délire que cette scène représente, et écrit : « Rappel : les propos de notre invité Gérard Fauré n’engagent que lui. »

      Notez le regard horrifié de Matthieu Delormeau.

      Un message rapidement repris sur les réseaux sociaux de la chaîne : « Suite à la séquence avec Gérard Fauré lors de l’émission Touche Pas à Mon Poste de ce soir, nous rappelons que ses déclarations n’engagent que lui. Nous condamnons les propos tenus par notre invité à l’antenne », a tweeté le compte officiel de TPMP ; « C8 condamne fermement les propos tenus en direct par Gérard Fauré dans l’émission Touche pas à mon poste de ce soir », a renchéri celui de C8. Sauf que ça aussi, c’est complètement faux. Sur son site, le gendarme de l’audiovisuel ayant remplacé le CSA, l’Arcom, souligne « une obligation commune à tous les éditeurs, celle de la maîtrise de l’antenne », et détaille : « L’éditeur est responsable de ce qu’il diffuse et doit se porter garant des propos tenus à l’antenne. » Certes, c’est dans la section « déontologie des programmes » de l’Arcom, que l’on imagine peu consultée par les responsables de C8. Mais alors que l’Arcom vient d’ouvrir trois procédures de sanctions contre TPMP pour de précédents propos de l’animateur comme l’a révélé l’Informé, il serait peut-être temps que Cyril Hanouna en prenne connaissance… ne serait-ce que pour affronter plus sereinement une quatrième procédure, l’Arcom ayant été saisie suite à l’émission de ce jeudi.

    • la fiche wiki est pas mal
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyril_Hanouna

      Influence politique
      Plusieurs journalistes relèvent la proximité entre Cyril Hanouna et le gouvernement d’Emmanuel #Macron, des proches du président étant régulièrement présents dans l’émission Touche pas à mon poste. La journaliste de France Inter Sonia Devillers situe Cyril Hanouna au sein du « bras médiatique de la macronie ».

      Plusieurs médias analysent l’orientation politique de son émission à partir de 2021 à l’approche de l’élection présidentielle : l’extrême-droite devient la tendance politique la plus représentée sur le plateau, avec l’invitation de figures particulièrement radicales sans jamais de contradicteurs. L’annonce de la candidature d’Éric Zemmour (collègue d’Hanouna et second pilier médiatique du système Bolloré) transforme ainsi l’émission, selon la chercheuse au CNRS Claire Sécail, en tribune au service de la candidature du polémiste d’extrême-droite, qui cumule plus de 40 % du temps de parole politique de l’émission (devant Emmanuel Macron à 25 %, suivi de Marine le Pen)41. L’extrême droite dans son ensemble (Zemmour, Le Pen, Philippot, Dupont-Aignan) est même majoritaire avec 51,1 % du temps d’antenne cumulé. Zemmour inaugure sa nouvelle émission Face à Baba le 16 décembre 2021, alors que quelques années auparavant Hanouna déclarait qu’il « ne le recevrait jamais ».

      #Qanon #talk_show #extrême_droite #bolloré

    • Seule la personne qui rédige le bandeau de C8 semble réaliser le délire que cette scène représente, et écrit : « Rappel : les propos de notre invité Gérard Fauré n’engagent que lui. »

      La même personne a du écrire le bandeau :" L’usage de produits stupéfiants est dangereux pour la santé et interdit par la loi. "qui illustre l’article du Monde posté par arno. Je ne suis même pas sur que ces gens là carbure à quoi que se soit si ce n’est à la messe en latin. Par contre ce dont je suis sur c’est que C8, Bolloré & Co...sont hyper toxique pour la santé mentale des téléspectateurs et devrait être interdit.

    • La fosse à lisier de la « complosphère » :

      https://www.conspiracywatch.info/gerard-faure-dealer-des-stars-et-star-des-conspis.html

      « Nous allons parler d’un homme, ou plutôt d’un personnage, qui se présente lui-même dans son autobiographie comme le dealer du tout-Paris ». Ce « personnage » présenté par Éric Naulleau dans « Balance ton post ! » en novembre 2018 s’appelle Gérard Fauré. Né au Maroc en 1944, où il commencera ses premiers larcins de contrebande, Fauré est un ancien trafiquant de cocaïne à l’échelle internationale, avec quelques braquages de banques à son actif. En 2018, à peine sorti de la prison de Fleury-Mérogis, l’ancien narco publie Dealer du tout-Paris : Le fournisseur des stars parle. Un livre qui fait alors le tour des grands plateaux de télévision et le bonheur des faits-diversiers. « Il aurait pendant des années fourni en substances illicites des dizaines de stars », poursuit Éric Naulleau. « De quoi alimenter tous les fantasmes sur ce milieu », à une heure de grande écoute.

      #bollorhée #télévision #société_du_spectacle

  • Ce n’était pas prévu si tôt, mais le livre est déjà apparu dans la base de données de Babelio.
    L’O.S (≠ Ouvrier Spécialisé) a donc juste eu à compléter la présentation et faire paraître deux extraits.
    Pour information : Une analyse brève et incisive de l’ensemble des mécanismes, effets, conséquences de l’idolâtrie de l’argent, dans tous les domaines de la vie ; avec un aperçu sur sa formation plurimillénaire ; et sur les raisons de cette formation à l’origine.
    https://www.babelio.com/livres/Santacreu-edit-Genealogie-du-dieu-argent/1487371

  • Raoul Vaneigem : « Contre le capitalisme, une révolution maraîchère » Par Catherine Marin - Reporterre - Entretien — Séries d’été
    https://reporterre.net/Raoul-Vaneigem-Contre-le-capitalisme-une-revolution-maraichere

    Écrivain engagé, acteur essentiel de l’Internationale situationniste, avec Guy Debord, médiéviste, Raoul Vaneigem a publié une cinquantaine de livres https://wikimonde.com/article/Raoul_Vaneigem depuis son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, qui participa à l’embrasement des universités en Mai 68. Un passionnant livre d’entretiens avec Gérard Berréby, Rien n’est fini, tout commence , paru en 2014 aux éditions Allia https://www.editions-allia.com/fr/livre/695/rien-n-est-fini-tout-commence , permet de mieux comprendre sa trajectoire, des milieux ouvriers du Hainaut belge à la défense du socialisme autogestionnaire.
    Parmi ses dernières publications, Rien ne résiste à la joie de vivre (éd. Grevis, 2022) et Retour à la vie (éd. L’insomniaque, à paraître en octobre). Un essai, d’Adeline Baldacchino, lui a récemment été consacré : Raoul Vaneigem — Une politique de la joie (éd. Michalon, 2022).

    Reporterre — Le 10 mai dernier https://reporterre.net/Desertons-des-jeunes-ingenieurs-appellent-a-refuser-les-jobs-destructeur , des étudiants d’AgroParisTech dénonçaient publiquement l’enseignement reçu, complices à leurs yeux des « ravages sociaux et écologiques en cours ». Après d’autres, ils appelaient à bifurquer https://reporterre.net/Comment-la-desertion-gagne-la-France pour des « vies moins cyniques », notamment à la campagne. Sont-ce là les germes d’une rébellion que vous appelez depuis longtemps de vos vœux contre le capitalisme et son mépris de la vie ?

    Raoul Vaneigem  — Quitter les centres urbains pour reprendre contact avec la nature n’est plus comparable au repli champêtre qui motiva les hippies, dans la retombée du Mouvement des occupations de Mai 68. Aux rêveurs bucoliques, les pesticides auraient tôt fait de rappeler que le profit répand ses remugles en tous lieux. Le choix de la campagne va bien au-delà d’une réaction d’autodéfense de la vie en proie à la pollution urbaine.

    L’ironie de l’histoire nous remet ici en mémoire les luttes communalistes qui, aux XIIe et XIIIe siècles, voient les villes naissantes se soulever, en Catalogne, en Italie du Nord, en Allemagne, en France occitane et picarde, contre la tyrannie des seigneurs féodaux. L’importance croissante du libre-échange, qui inaugure la lutte du capitalisme contre un immobilisme agraire, cadenassé par l’aristocratie, est alors l’élément moteur d’une lutte dressant la bourgeoisie des villes contre la puissance oppressive des féodaux https://www.mollat.com/livres/660017/raoul-vaneigem-le-mouvement-du-libre-esprit-generalites-et-temoignages-sur-l . Cependant, ce projet d’émancipation révèle très vite son ambiguïté. Dans sa Complainte des tisserandes https://www.chants-de-lutte.com/la-complainte-des-tisserandes , Chrétien de Troyes se fera l’écho de la nouvelle oppression. Pour avoir nourri les luttes communalistes, le slogan « l’air des villes rend libre » servira de tremplin à l’idéologie d’un bonheur terrestre débarrassé des dieux et de leur tutelle.

    L’attrait de la campagne tient à ce qu’elle offre de nouvelles assises aux luttes qui s’esquissent aujourd’hui, inséparablement existentielles et sociales. Car, en dehors de l’obstination des Gilets jaunes, la stagnation des combats revendicatifs est atterrante. La révolte aspire à se frayer d’autres voies. La campagne offre à la perspective d’un bouleversement collectif et individuel ce que l’on pourrait qualifier de « champ de bataille démilitarisé » , un lieu des possibles, ouvert aux gageures de la poésie créative.

    Une évidence se fait jour : le mouvement d’émancipation universelle naîtra de petites entités fédérées, de microsociétés mues par la volonté de défendre et de développer le sens humain. C’en est fini de miser sur le grand nombre des protestataires, sur les foules trop aisément manipulables, sur les nations, les ensembles surpeuplés. Si la ville peut parer à l’étouffement du surnombre, c’est en ravivant ses anciennes structures villageoises, en recréant ces solidarités de quartiers qui ont toujours été propices aux émeutes et aux insurrections — Haussmann ne s’y trompait pas, qui les quadrilla et les éventra de grandes avenues.

    En 1967 https://www.babelio.com/livres/Vaneigem-Traite-de-savoir-vivre-a-lusage-des-jeunes-genera/15798 , votre « Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations » appelait à sortir des déterminismes sociaux pour « se créer en recréant la société ». Aujourd’hui, ces jeunes adultes déserteurs qui cherchent à se réancrer dans une existence matérielle https://reporterre.net/Lola-Keraron-A-24-ans-j-ai-deserte-AgroParisTech en lien avec le vivant (boulangerie, apiculture, etc.) répondent-ils à ce mouvement ?

    Du haut de leur bureaucratie politique et syndicale, où ils gèrent les impuissances de la subversion, les rhéteurs de l’anticapitalisme ont toujours traité avec mépris ceux qui souhaitaient atténuer par des réformes une inhumanité dont ils réprouvaient viscéralement la cruauté. Les réformistes n’étaient pas révolutionnaires. Les grandes idéologies prolétariennes ne l’étaient pas davantage, si l’on en juge par le démembrement de la conscience ouvrière, dont nous leur sommes redevables. À vrai dire, il ne faut pas se leurrer, la plupart des prétendues organisations à but humanitaire — du style Kouchner https://books.openedition.org/iheid/2943?lang=fr — sont une imposture. Elles relèvent de la philanthropie, du marché caritatif, bref des bonnes œuvres du capitalisme. Mais, là comme partout, c’est à nous de poser sans relâche la question « Cui prodest ? À qui cela profite-t-il ? » Il n’est pas d’autres moyens de départager, en les passant au crible, les entreprises délétères et les initiatives salutaires.

    Ce qu’il y a d’attractif dans le projet de « se créer en recréant le monde » découvre sa pratique par l’entremise de groupes solidaires dont l’autonomie individuelle est l’élément central. Tandis que l’État et ses commanditaires multiplient les zones à détruire, un nombre croissant de collectivités lui opposent le rachat, à titre privé, de terrains qu’ils dédient à la permaculture, à l’agriculture renaturée, au maraîchage, à l’artisanat, à la recherche d’énergies non polluantes ; tout en excluant l’écologie marchande. De telles initiatives favorisent des révoltes inattendues, comme celle d’ingénieurs agronomes refusant de collaborer davantage à l’empoisonnement agro-alimentaire, de chercheurs ne supportant plus les technologies de l’inhumain, de techniciens devenus hostiles aux industries de la pollution climatique qui les emploient. Imaginez, dans la foulée, un sabotage des taxes et des impôts par les fonctionnaires devenus malgré eux les collecteurs de l’injustice !

    « La planète entière frémit du même désir d’une vie libre. »

    Sous les couleurs de l’humour et de la bonne humeur, une « révolution maraîchère » s’emploie à récupérer une terre qui est la nôtre, il faut le rappeler. Les coups qui aboliront la tutelle des États et des intérêts privés jailliront de l’existentiel et de son tissu social. Il est de la plus haute importance qu’en ces lieux de fraternité retrouvée se redécouvrent la joie de vivre ensemble, l’efflorescence des passions, le désir sans fin. Que l’apiculteur se sente au sein de ses abeilles comme au sein d’un milieu naturel et de relations véritablement humaines, c’est toute la différence avec la même occupation exercée dans le monde marchand. Ce qui s’opère sous nos yeux est un basculement radical. La résurgence de l’entraide et de l’individu autonome annonce la fin du règne de l’individualiste, de l’esclave prédateur, du petit homme au calcul égoïste. C’est le déracinement de la servitude volontaire.

    Réduire ces solidarités nouvelles à un folklore associatif, c’est oublier qu’elles peuvent être le ferment de plus amples développements. Le rejet de la barbarie a donné naissance à des zones à défendre tels le Chiapas zapatiste https://reporterre.net/Declaration-pour-la-vie-les-zapatistes-annoncent-leur-venue-en-Europe et le Rojava. La France l’illustre avec une revendication galactique d’une spécificité insolite et insolente. Si la présence imperturbable des Gilets jaunes rayonne humblement de résonances poétiques qui troublent le monde entier, ce n’est ni hasard ni magie, mais parce que la planète entière frémit du même désir d’une vie libre. Parce que partout, du Chili au Sri Lanka, le rêve d’une société radicalement nouvelle se conjugue avec l’histoire et se concrétise.

    Ces gestes forts sont l’écho d’une conscience écologique qui s’affirme. Pensez-vous que l’écologie politique, avec ses luttes contre les grands projets inutiles https://reporterre.net/La-carte-des-luttes-contre-les-grands-projets-inutiles (routiers, aériens, etc.), sa dénonciation du productivisme et du travail contraint (chez les pionniers), sa défense du vivant, peut être une chance de renaissance politique ? Dans quelle mesure ?

    Si sympathiques qu’elles soient, les manifestations en faveur du climat servent d’exutoires au sentiment d’impuissance qu’éprouvent intimement les protestataires. Comment imaginer que des mesures pratiques et un tant soit peu conséquentes contre la pollution puissent être adoptées par des États et des monopoles qui en sont la cause et les bénéficiaires ? Ce n’est pas dans les capitales que la colère est requise, c’est aux côtés des zadistes en lutte contre la propagation des nuisances, des pesticides, des inutilités rentables — on n’a même pas obtenu l’interdiction des produits qui tuent les abeilles et nous empoisonnent https://reporterre.net/Neonicotinoides-tueurs-d-abeilles-le-passage-en-force-du-gouvernement !

    De quelles vertus voulez-vous créditer la politique et le parlementarisme ? Les marchandises électorales sont interchangeables. L’envers vaut l’endroit. Le populisme fascisant réclame la liberté de ne pas se faire vacciner et le populisme gauchiste appelle à la vaccination obligatoire. Avons-nous jamais connu une telle disette de l’intelligence sensible et du sens humain ? Pendant que les pitreries médiatiques captent l’attention, les lobbies du nucléaire, du pétrole, de la pharmacie, de la 5G, du gaz de schiste, des malversations bancaires, triomphent avec le soutien d’une corruption et d’un parasitisme étatiques exhibés sans scrupules. Ce beau monde s’en donnerait à cœur joie s’il en avait un. En l’occurrence, la « totale » assurance de poursuivre son entreprise de destruction lucrative lui suffit.

    Comment passer de la désertion individuelle à l’insurrection collective ?
    L’État et ses commanditaires auraient intérêt à nous entraîner dans une guerre civile, ou du moins dans sa parodie. Ils en tireraient un double avantage. Ils nous acculeraient sur un terrain qu’ils connaissent assez pour nous écraser. Plus déplorable encore, ils nous militariseraient, ils nous mécaniseraient, nous engageant à contresens de la conscience humaine pour laquelle nous luttons. Libre à qui le souhaite de recourir à une de ces guérillas sans armes, selon le principe « ne jamais détruire un être humain, mais détruire les machines qui nous déshumanisent » .

    Néanmoins, compte tenu de l’effondrement programmé par l’écart croissant entre l’économie réelle et l’économie spéculative, mieux vaut miser sur une insurrection pacifique comme celle qu’illustrent à leur façon les zapatistes, les Gilets jaunes et ces insurgés improbables qui surgissent de partout.

    Le peuple avait fini par s’aviser que ses exploiteurs étaient des malades. Il lui apparaît maintenant que le pouvoir n’est plus assumé par des égrotants mais qu’il est géré par la terreur épidémique et l’épidémie de terreur. Le capitalisme moribond érige la morbidité en mode de gouvernement. La peur de la maladie est l’instrument d’une oppression automatisée. Une fois mise en branle, la machine fonctionne seule, elle s’accommode de dirigeants décérébrés, de créatures acéphales trébuchant de sottises en incompétences. L’État et ses commanditaires sont déchargés de toute responsabilité. Et nous, de tout devoir envers eux ! L’autodéfense sanitaire devient pour chacune et chacun la substance d’une autodéfense généralisée. Sous cet angle, l’autogestion — autrement dit l’organisation du peuple par lui-même — n’a plus rien de subversif, c’est une cure de santé parfaitement légitime !

    #raoul_vaneigem #vaneigem #gilets_jaunes #capitalisme #autogestion #état #zad #coronavirus #mai68 #zapatistes #autodéfense #anarchisme #travail #capitalisme #oppression #exploitation #effondrement #des_grands_projets..._inutiles_

    l’Internationale situationniste
    https://www.youtube.com/watch?v=jc38K2JFLDA