• Ukraine : La face cachée des choses (Deuxième partie) Vladimir Caller
    https://www.investigaction.net/fr/ukraine-la-face-cachee-des-choses-deuxieme-partie

    Le traitement de l’information de la guerre entre la Russie et l’Ukraine risque, par son immédiateté, de nous faire perdre de vue l’énormité de son importance, de sa signification politique et de ses conséquences prévisibles. A ce propos, il ne nous semble pas exagéré de dire que le moment historique que nous vivons est comparable à, par exemple, celui de la chute du mur de Berlin ou 11 septembre.


    Dans ce scénario, la diplomatie américaine s’est déployée en trois temps (en attendant un quatrième) : le retrait des forces américaines d’Afghanistan, la trame organisée pour entraîner l’intervention armée russe en Ukraine (voir la première partie de cet article) et le basculement d’alliances au Moyen Orient dont les Accords d’Abraham annoncent la tendance.([1])

    Des objectifs bien précis
    – Reprendre le contrôle hégémonique d’une Europe durablement affaiblie et ce, sur le plan de l’énergie, la défense, la finance internationale ; dans ce cadre faire de l’Allemagne et du germanisme anti slave, la nouvelle référence militaire européenne.

    – Affaiblir la Russie à l’extrême, organiser un « Afghanistan-bis » sur des terres ukrainiennes et, comme voie de conséquence, installer un « Eltsine-bis » au Kremlin

    – Renforcer très lourdement le négoce militaire et son association avec les médias (le nouveau complexe militaro-médiatique). ([2])

    – Tout ceci, en préalable de la cible chinoise (le quatrième temps).

    Si les grandes lignes de cette stratégie étaient dûment programmées, il nous semble que ses mentors ne s’attendaient pas à une riposte russe si brutale ; en tout cas, pas de cette dimension. Cette riposte a changé la donne et précipité le timing des plans américains. Le soutien à l’Ukraine, à son intégrité territoriale, à sa politique d’alliances, est devenu un sujet mineur. Le volet politico-diplomatique de la guerre elle-même est devenu obsolète. Lorsque Biden traite Poutine de « criminel de guerre » ou de « voyou » ce n’est pas une saute d’humeur ; c’est une fin de non-recevoir à toute négociation, à toute discussion. Que la Russie saigne, c’est la (seule) priorité.

    Dans un entretien, passé inaperçu, à la NPR, le principal réseau de radiodiffusion public des États-Unis le 16 Mars, le secrétaire d’état Antony Blinken précisait les objectifs de sa diplomatie. Pour lui, cette guerre était l’occasion de changements, de grands changements. « L’un de ces changements est que les Européens s’intéressent de très près, et non seulement s’intéressent, mais commencent à agir sur la sécurité énergétique et cessent de se nourrir du pétrole et du gaz russes. Ce serait un changement majeur » .([3])

    Ursula von der Leyen, Charles Michel, Emmanuel Macron, semblent avoir bien entendu l’injonction en signant sans tarder un accord avec les États-Unis, lors du sommet européen des 24 et 25 mars, pour la livraison de 15 milliards de mètres cube de gaz naturel liquéfié (GNL) avec la perspective d’arriver à 50 milliards pour la fin de la décennie. A noter que la satisfaction vis-à-vis de cet accord n’est pas venue des marchands du GNL mais des acheteurs : « J’aimerais dire au peuple américain la reconnaissance de l’Europe pour leur soutien indéfectible », a salué Ursula von der Leyen, qui a dit voir en cet accord « une garantie de la sécurité et de l’indépendance énergétique de l’UE ».([4]) De son côté, dans l’élan de cet accord, l’Allemagne a débloqué 1,5 milliards d’euros pour acheter du GNL ; notamment aux Etats-Unis.

    L’acquiescence de l’UE envers les directives de la Maison Blanche ne se limitent pas aux directives sur le gaz. Elle anticipe même les propositions punitives de Washington et, pour y parvenir, n’hésite pas à violer ses propres directives. Ainsi, l’UE sanctionnait la banque centrale russe gelant ses dépôts avant même les États-Unis et décidait l’envoi des armes à l’Ukraine en totale contradiction avec les propres dispositions du Conseil européen qui régissent le contrôle des exportations militaires ; règles dans lesquelles il est bien précisé que « Les États membres refusent l’autorisation d’exportation de technologie ou d’équipements militaires susceptibles de provoquer ou de prolonger des conflits armés ou d’aggraver des tensions ou des conflits existants dans le pays de destination finale. »([5])

    Concernant Moscou, Blinken assure que le changement est déjà en marche : « L’une des choses que nous faisons est de priver la Russie de la technologie dont elle a besoin pour moderniser son pays, pour moderniser les industries clés – défense et aérospatiale, son secteur de haute technologie, l’exploration énergétique. Toutes ces choses vont connaître des effets profonds et pas seulement immédiats. Ils vont augmenter et s’accroître au fil du temps […] Tout ce qui est fait est, en fait, irréversible ». Cette guerre multi-sectorielle a donc vocation à durer. Pour qu’il ne reste pas de doutes, le secrétaire d’État estimait nécessaire d’avouer que « …le simple fait d’arrêter l’invasion de l’Ukraine pourrait ne pas suffire pour annuler les sanctions contre la Russie ».

    Au bonheur des armuriers
    Nous disions ci-dessus que la réaction russe avait surpris les Occidentaux, par sa nature et son envergure, le quotidien Le Figaro rapportait que, soucieux de son budget, Boris Johnson avait prévu, peu avant le déclenchement du conflit, de tailler dans les effectifs et matériels destinés à la défense.([6]) En France, le président de la Cour de comptes Pierre Moscovici prévoyait « réduire la voilure » du budget des armées dans son rapport sur « La loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 et les capacités des armées ». « Il va devoir revoir sa copie car la guerre en Ukraine a balayé certaines convictions des rapporteurs »  ; estimait le journal français La Tribune. ([7]) Aux USA même, au début de l’année, une publication spécialisée dans le domaine de la défense commentait : « Le secteur est confronté à une période de stagnation ou de diminution des budgets du Pentagone, alors même que le ministère de la Défense s’efforce de faire face à des conditions difficiles dues à la montée de la Chine ».([8])

    Le cas le plus marquant fut, pourtant, celui de l’Allemagne. Le 12 février le ministre des Finances, Christian Lidner du Parti libéral démocrate, bien connu pour son attachement à la rigueur budgétaire, s’était adressé au Bundestag insistant sur l’urgence de réduire les dépenses militaires en dépit des pressions de l’OTAN pour qu’elles atteignent, au minimum, le 2 % du PIB du pays. Cela dit, le climat martial autour du dossier ukrainien, poussé par les écolos, était déjà bien animé, pendant que le premier ministre Olaf Scholz semblait résister à ces pressions. C’est alors que le magazine Der Spiegel , incité par l’intervention russe, titrait en une dans son édition du 26.02 : « Ayez honte Monsieur Scholz », l’accusant d’être trop mou et « d’empêcher l’Union européenne d’agir contre le régime de Poutine ».([9]) Le lendemain, Scholz décidait, devant le parlement, d’attribuer un montant de 100 000 milliards d’euros au budget de la défense. Pour le journal français Les Echos « La révolution copernicienne de l’Allemagne ne fait que commencer ».([10])

    Et elle prend de l’envol si l’on en juge par les décisions qui suivirent. Le 27 mars, la présidente de la commission de la défense au Bundestag, Andrea Schwarz, annonçait que son pays se proposait d’acheter le système de missiles israéliens « Arrow », plus connu sous le nom de « Dome de fer » lorsqu’il sert à se protéger des missiles venant du Hezbollah ou du Hamas. « Nous devons mieux nous protéger contre la menace russe. Pour cela, nous avons besoin rapidement d’un bouclier antimissiles à l’échelle de l’Allemagne« , expliqua-t-elle dans le Bild. Et d’ajouter, « Nous pouvons tendre le Dôme de fer au-dessus des pays voisins. Nous jouerions ainsi un rôle clé pour la sécurité de l’Europe » . Selon le journal, le système coûterait 2 milliards d’euros et pourrait être opérationnel dès 2025 depuis trois sites en Allemagne. ([11]) Jean Monnet en rêvait, l’alliance de gaullistes et de communistes l’avait empêché en 1954, le réarmement allemand est à l’ordre du jour. Et ce n’est que le commencement. Des F-35 furtifs sont déjà commandés en masse aux USA ; des drones armés à Israël et des projets, si chers à Emmanuel Macron, de chars et avions de chasse mutualisés sont plus que jamais d’actualité.

    L’autre guerre
    Une autre guerre non moins importante se joue dans la communication où excelle l’ancien comédien Zelinsky élu sur un programme de pacification et devenu faucon parmi les faucons du projet d’éterniser la guerre et, si possible, de l’étendre. Maître dans l’art de l’ambiguïté, un jour il propose, demande, des négociations et lorsqu’elles sont entamés, il exige la fermeture du ciel ukrainien par l’OTAN. Il suggère des concessions, y compris territoriales pour toute de suite accuser la Russie de génocide et son président d’être un criminel de guerre et ce en parfaite concertation avec Biden et les grandes corporations médiatiques mondiales. Sa campagne de communication est particulièrement efficace « Ils sont vraiment excellents en stratcom – médias, info ops, et aussi psy-ops, a déclaré un haut responsable de l’OTAN au  Washington Post. « J’espère que les pays occidentaux prendront exemple sur eux ». ([12]) La production, notamment vers l’extérieur, est assuré par l’agence Internews  financée conjointement par le gouvernement américain et diverses ONG’s dont la fondation Gates, The Open Society de George Soros et The National Endowment for Democracy.

    Nous sommes ainsi face à un climat « d’union sacrée » autour de Zelensky et son équipe. Impensable de toucher un mot à propos de ses nombreux faits de corruption aggravée révélées par les Pandora papers. Si vous osez le faire, vous devenez ipso-facto un « agent de Poutine ». Encore mieux : surtout ne pas parler de « nazification » puisque, c’est le « vox médiatique » qui sanctionne : Zelensky est lui-même juif. Comme si le fait d’être juif vaccinait contre des compromissions. Cette campagne est si efficace que l’idée s’est installée que des formations comme Pravy Sektor, Patriotes d’Ukraine et Azov seraient très marginales car leur dimension serait fort modeste. Concernant Azov, le plus engagé parmi ces groupes sur le plan militaire, les ‘spécialistes’ des moyens de communication avancent le fait qu’ils « ne seraient que 4 000 dans une population militaire de 200 000 membres » ; insignifiants, donc. Or ce chiffre semble tiré de Wikipédia de manière un peu désinvolte, nos commentateurs oubliant que nous sommes déjà en 2020. En effet, ce site précise que « Le bataillon d’Azov était composé d’environ 800 volontaires fin 2014, mais vit ses effectifs rapidement augmenter portant le nombre de combattants potentiels à plus de 4 000 à la fin de 2016 ».([13]) Si en 2 ans, (2014-16) Azov grandit de 500 % on peut estimer que « The International Institute for Strategic Studies », organisme américain spécialisé dans la chose militaire, n’exagère pas lorsqu’il estime que les forces paramilitaires ukrainiennes (dont Azov est, de loin, la plus importante) représentent 102 000 membres pour un effectif total de l’armée nationale ukrainienne de 145 000 membres.([14])

    D’autres commentateurs insistent sur leur prétendue insignifiance en raison du fait qu’ils n’ont pas d’élus au parlement. Or le problème n’est pas qu’ils soient ou non au parlement mais qu’ils sont parfaitement bien installés et dans les forces armées et dans le ministère de l’intérieur. Et là, c’est-à-dire au cœur de la guerre, ils sont en position d’orienter la ligne politique générale et ce, en parfaite concertation avec le Pentagone, l’OTAN (et la caution de l’UE) avec même des projections internationales. Dans une enquête très fouillée, le magazine américain TIME, très peu suspect de « complotisme gauchiste », rapporte les déclarations d’Ali Soufan, un ancien cadre de très haut niveau du FBI, expert en questions de terrorisme, à propos du mouvement Azov. Selon Soufan, « Azov occupe une place centrale dans un réseau de groupes extrémistes qui s’étend de la Californie à la Nouvelle-Zélande en passant par l’Europe ». Et faisant référence aux talents de recrutement de l’organisation, l’expert soutient que « plus de 17 000 combattants étrangers sont venus en Ukraine au cours des six dernières années en provenance de 50 pays. » . Intriguée, la rédaction du magazine est allée sur place à Kiev pour interroger Olena Semenyaka, la responsable de questions internationales du mouvement, à propos des objectifs de son organisation. Cette dernière a répondu : « la mission d’Azov était de former une coalition à travers le monde occidental, dans le but ultime de prendre le pouvoir dans toute l’Europe. » ([15]) TIME précise qu’en octobre 2019, 40 membres du Congrès avaient signé une lettre appelant, sans succès, le Département d’État américain à désigner Azov comme une organisation terroriste étrangère. 

    Plus récemment, le quotidien israélien Jerusalem Post, publiait un rapport de l’Institut d’études européennes, russes et eurasiennes (IERES) de l’Université George Washington qui révélait que « le Canada, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont contribué à la formation de membres des organisations d’extrême droite au sein des académies militaires ukrainiennes » . Le rapport soulignait la tolérance dont ces groupes bénéficiaient des directions de ces académies. Situation qui avait provoqué la colère des Amis du Centre Simon Wiesenthal (FSWC) du Canada qui faisait état de leur mécontentement dans un communiqué. « .. Il est inacceptable que nos forces armées encouragent les groupes néonazis en Ukraine par le biais de la formation de nos forces armées. »([16])

    Cette présence militaire, ce prosélytisme sans limites ni frontières du néofascisme kiévien ne se limite pas aux casernes. Dès le lendemain du coup d’état de 2014 parrainé par Laurent Fabius, Frank-Walter Steinmeier (actuel président de l’Allemagne) et Victoria Nuland, le poste du ministre de l’intérieur, le plus sensible et stratégique du nouveau gouvernement « démocratique et européiste » fut attribué à Arsen Avakov, le créateur d’Azov. Question d’urgence ? Pas d’autre choix pour le moment ? Désignation passagère ? Pas du tout ! Avakov resta ministre 8 ans jusqu’au mois de juillet 2021 dûment confirmé d’ailleurs, malgré de vives oppositions y compris du grand rabbin de Kiev, par monsieur Zelensky. Trop visible pour rester à côté du Monsieur propre Zelenzky, il dut quitter ce poste si visible pour devenir conseiller spécial du ministère de la défense.

    Les évidences, les démonstrations de la très large mainmise de l’extrême droite néonazie sur les forces militaires et paramilitaires du pays et sur une très large partie de l’opinion publique ukrainienne, notamment sur sa jeunesse sont incontestables Pourtant, dans un exercice pervers de manipulation de l’opinion, le système fait tout pour l’ignorer, pour le cacher. Ainsi, finalement ce n’est pas Poutine qui ‘dénazifie’ l’Ukraine mais bien l’UE, la Maison Blanche, les médias…

    En attendant le vrai morceau
    Dans cette guerre qui se joue (pour le moment) à trois : USA-Russie-UE (la Chine est, cette fois, en stay behind), on peut estimer que les gagnants seront les deux géants, les USA et la Chine avec comme perdants leurs partenaires mineurs, l’Europe et la Russie. Cela dit, les recompositions en cours avec l’entrain militaire de la Russie, sa disposition à « passer à l’acte » comme nouvelle donne, ajoutées à la fixation sur la Chine, ne peuvent que conforter plus que jamais le négoce militaire. Présentant le nouveau budget de la défense pour 2023 (Budget que l’administration Biden estime à 773 milliards de dollars soit le niveau le plus élevé de l’histoire américaine), la revue Foreign Policy, titrait ce 28 mars, « L’invasion de l’Ukraine par la Russie a obligé le Pentagone à revoir son approche centrée sur la Chine. »([17])

    De con côté, avec ce franc parler si américain, le Pentagone publiait une fiche informative de la NGS (National Defense Strategie) soulignant la permanence de la menace chinoise d’où le fait que ces efforts visent à « agir de toute urgence pour soutenir et renforcer la dissuasion, la République Populaire de Chine (RPC) étant notre concurrent stratégique le plus important et le défi majeur pour le département« . La fiche présente ainsi les priorités du Pentagone « La défense de la patrie, face à la menace multi-domaine croissante que représente la RPC.[…] Dissuader toute agression, en donnant la priorité au défi posé par la RPC dans la région indopacifique, puis au défi posé par la Russie en Europe. »([18])

    Cette agressivité langagière (et budgétaire) n’empêchait pas messieurs Blinken et Sullivan d’entreprendre moult tentatives pour essayer d’aligner la Chine contre la Russie dans le cadre des sanctions en cours. Ce fut une secrétaire d’un programme de TV chinois qui, en manière de réponse, résuma le mieux la démarche étasunienne : « Pourrais-tu m’aider à combattre ton ami pour que je puisse m’occuper de toi plus tard ? »[19]

    Post scriptum 09.04.2022
    Je viens de lire un long article du Wall Street Journal (ici en annexe) informant d’une proposition faite par l’allemand Scholz à Zelensky, « une dernière tentative », le 19 février, quelques jours avant l’entrée de troupes russes en Ukraine. L’Allemand aurait déclaré à Zelensky que l’Ukraine devrait renoncer à ses aspirations envers l’OTAN et déclarer sa neutralité dans le contexte d’une convention sur la sécurité européenne garantie conjointement par les Etats-Unis et la Russie. Demande que Zelensky aurait refusée arguant que l’on « ne peut pas faire confiance à Poutine et que la plupart des Ukrainiens souhaitent adhérer à l’OTAN ».([20])

    Cette révélation me semble précieuse pour évaluer la personnalité du président ukrainien, sa capacité à décider seul (contrairement à l’idée qu’il serait soumis à des influences…) et sa responsabilité dans le drame que vit son pays.
    Source : Le Drapeau Rouge https://www.ledrapeaurouge.be
    Voir la première partie de l’article. https://www.investigaction.net/fr/ukraine-la-face-cachee-des-choses-premiere-partie
    Photo : Manhhai (CC 2.0)

    Notes :
    [1] Accords officialisant la reconnaissance d’Israël par des pays arabes qui jusqu’ici s’y refusaient. Le dossier ukrainien, si riche et complexe, ne nous a laisse le temps de traiter ce sujet. Nous y reviendrons.

    [2]La formule complexe militaro-industriel devenant un peu obsolète ; outre que pour ce qui est des USA l’importance de la composante industrielle n’est plus la même que du temps du Général Eisenhower,
    auteur de la formule, le facteur médiatique est, par contre, devenu incontournable pour la gestion de guerres.

    [3]Blinken, https://www.npr.org/transcripts/1086835380?t=1648549050349 March 16, 2022 

    [4]https://lechiffredaffaires.dz/15-milliards-de-m3-de-gnl-americain-pour-leurope

    [5]Actes pris en application du traité UE ; position commune 2008/944/PESC du 8.12.2008 https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32008E0944&from=FR

    [6]https://www.lefigaro.fr/international/royaume-uni-a-l-heure-du-global-britain-boris-johnson-somme-d-en-faire-enco

    [7]https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/armees-la-cour-des-comptes-propose-de-reduire-la-voilure-dans-un-contexte-

    [8]National security for insiders by insiders https://warontherocks.com/2021/01/13the-u-s-defense-industry-in-a-new-era

    [9]https://www.spiegel.de/ausland/deutschlands-halbherzige-sanktionspolitik-schaemen-sie-sich-herr-scholz-komm 

    [10]https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/la-revolution-copernicienne-de-lallemagne-ne-fait-que-commencer-1393884

    [11]https://www.msn.com/fr-be/actualite/other/l-allemagne-envisage-de-se-doter-d-un-bouclier-antimissiles-%C3%A0-2-milliards-d-euros/ar-AAVxQvZ?ocid=winp1taskbar

    [12]https://www.washingtonpost.com/national-security/2022/03/16/ukraine-zelensky-information-war Les sigles « Ops » et « Psy-ops » correspondent aux opérations de propagande et publicité dans le premier cas et à celles visant à manipuler les informations ; susciter compassion du public, etc. dans le second.

    [13]https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9giment_Azov

    [14]Ukraine’s military strength https://graphics.reuters.com/RUSSIA-UKRAINE/dwpkrkwkgvm 26.1.22

    [15]« Like, Share, Recruit : How a White-Supremacist Militia Uses Facebook to Radicalize and Train New Members” https://time.com/5926750/azov-far-right-movement-facebook January, 7,2021

    [16]By Jerusalem Post staff ; October 19, 2021 https://www.jpost.com/diaspora/western-countries-training-far-right-extremists-in-ukraine-report-682411

    [17]https://foreignpolicy.com/2022/03/28/pentagon-defense-strategy-russia-ukraine-war.

    [18] US Department of Defense Fact Sheet : 2022 National Defense Strategy https://media.defense.gov/2022/Mar/28/2002964702/-1/-1/1/NDS-FACT-SHEET.PDF

    [19] China Global Television Network — CGTN LIU Xin 刘欣 (LiuXininBeijing) March 19, 2022

    [20] https://www.wsj.com/articles/vladimir-putins-20-year-march-to-war-in-ukraineand-how-the-west-mishandled-it-1 

    #otan #usa #etats-unis #ukraine #azov #néonazis #néofascisme #ue #union_européenne #Russie #guerre #crimée #otan #réfugiés #énergie #géopolitique #france #politique #poutine #allemagne

  • Pourquoi les constructeurs automobiles ne veulent plus vendre de voitures | Les Echos
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/pourquoi-les-constructeurs-automobiles-ne-veulent-plus-vendre-de-voitures-1

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : aujourd’hui en France, les voitures neuves ne se vendent plus, elles se louent. Selon Bertrand de la Villéon, expert du sujet chez Eurogroup Consulting, 82 % des immatriculations en 2021 ont été faites par le biais d’un leasing, soit 8 points de plus qu’il y a un an. Ces formules de location longue durée (LLD) ou avec option d’achat (LOA), généralement pour une durée de quatre ans, étaient déjà la norme chez les entreprises. Elles sont en train de se développer à grande vitesse chez les particuliers, qui ont choisi cette solution dans 47 % des cas l’an dernier. Et les constructeurs, loin de contrarier ce mouvement, cherchent à l’amplifier.

    Pour eux, il s’agit d’abord de répondre aux desiderata des clients. Une majorité d’entre eux privilégie désormais l’usage à la possession, tout en souhaitant garder un accès à un véhicule dédié, ce qui exclue les services d’autopartage. En choisissant le leasing, ils s‘affranchissent également des risques liés à aux évolutions technologiques et réglementaires : si je choisis une voiture diesel, pourrais-je rouler avec dans ma ville dans quelques années ? Si c’est un modèle électrique, l’autonomie va-t-elle diminuer dans le temps ? En optant pour la location plutôt que l’achat, ces inquiétudes sur la revente n’ont plus lieu d’être.

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  • Au secours, le chômage baisse ! | Les Echos
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/au-secours-le-chomage-baisse-1358998
    #paywall

    Si la forte décrue du nombre de demandeurs d’emploi au troisième trimestre est une très bonne nouvelle, l’ampleur des besoins de recrutement non satisfaits suggère que le point où la baisse du chômage alimentera les hausses de salaire n’est peut-être plus très loin.

    Et si la nouvelle était trop belle ? Chacun ne peut que s’ébahir devant ce miracle de l’économie postcovidienne qu’est l’accélération de la baisse du chômage. Que le nombre d’inscrits à Pôle emploi en catégorie A ait chuté de 200.000 au troisième trimestre après avoir déjà reculé de 50.000 au deuxième, voilà qui est en effet la marque sinon d’un miracle, du moins d’un phénomène exceptionnel. Car, alors même que l’activité économique revient tout juste à son niveau d’avant-crise - une crise d’une ampleur sans précédent dans l’histoire moderne -, le dynamisme de la création d’emploi a déjà effacé la parenthèse d’augmentation du chômage.

    En France, où la courbe du chômage a toujours été très flexible à la hausse et très rigide à la baisse, c’est du jamais vu. Sans doute cela s’explique-t-il par le fait que, l’effondrement de l’activité en 2020 n’ayant pas pour raison une défaillance économique mais une faille sanitaire, le fonctionnement de l’appareil productif, préservé par une injection massive d’argent public, a pu reprendre bien plus vite que lors des précédentes récessions. Quoiqu’il en coûte, cela est très sain.
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  • AWS, le nuage en or d’Amazon
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/aws-le-nuage-en-or-damazon-1159890

    Avec Amazon Web Services, le groupe de Jeff Bezos s’est imposé comme leader de l’informatique dans le cloud. Mais après une décennie de règne incontesté, des nuages commencent à apparaître… Quel est le point commun entre Engie, Seloger.com, Netflix, Airbus, Goldman Sachs, Radio France, Veolia ou AXA ? Ces entreprises - et des dizaines de milliers d’autres à travers le monde - confient tout ou partie de leur informatique à un groupe plus connu du grand public pour la vente par correspondance que pour (...)

    #Alibaba #Google #Microsoft #Unilever #IBM #GE #DoD #CIA #Amazon #Netflix #Alexa #bénéfices #BigData #CloudComputing #JEDI #voix (...)

    ##FTC

  • Il faut sortir la France du confinement | Les Echos, Éric Le Boucher (après Arnaud Le Parmentier hier)
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/il-faut-sortir-la-france-du-confinement-1193910
    Photo non créditée attribuable aux chambres de commerce hexagonales réunies

    Les Etats et les banques centrales ont fait ce qu’il fallait pour soutenir à bout de bras des économies mises à terre par le coronavirus. Mais combien de temps pourront-ils le faire ? La réponse revient aux scientifiques, seuls à même de trouver une réponse, écrit Eric Le Boucher. Or quatre mois après le début de l’épidémie et malgré le confinement, on découvre qu’on est toujours au point de départ. Il faut revenir à la stratégie de l’immunité collective. (...)

    La préservation de la vie est un principe sacré, mais le retour au travail représente aussi une valeur humaine.

    #économie #travail

  • En Italie, l’insolente santé de la mafia pendant l’épidémie
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/en-italie-linsolente-sante-de-la-mafia-pendant-lepidemie-1193465

    L’Italie doit affronter un ennemi invisible, qui ne se soucie pas des frontières et qui mine sa santé économique. C’est le crime organisé, qui a les mêmes caractéristiques que le Covid-19. Souvent comparé à un cancer, il prolifère dans les moments de faiblesse du corps social. « Il y a une autre terrible contagion que nous devons éviter, s’inquiète Nino di Matteo, l’un des membres du Conseil supérieur de la magistrature, l’économie légale risque d’être encore plus infectée par les mafias. » Elles ont déjà commencé à prendre contact avec des entrepreneurs et des commerçants en difficulté pour mettre à leur disposition sous forme de prêts leurs immenses réserves de liquidités.

  • Les trois erreurs des élites contre le populisme

    Eric Le Boucher / Editorialiste Le 31/05 à 16:12

    Aujourd’hui, le discrédit de la politique et de l’économie est plus
    fort que tous les arguments que l’on a pu employer pour contenir le
    populisme. Il faut penser autrement les réponses à apporter face à un
    mouvement qui ne cesse de s’étendre en Europe.

    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301745430557-les-trois-erreurs-des-elites-contre-le-populisme-2180287.php

    Quand le plus furieux des évangélistes de marché admoneste ses
    confrères. Désopilant.

  • La folle rationalité des prix de l’immobilier | Les Echos
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/la-folle-rationalite-des-prix-de-limmobilier-166235

    Cette flambée est pourtant dangereuse. Elle ferme le marché à ceux qui n’ont pas déjà un pied dedans, condamnant les jeunes foyers à rester locataires ; les inégalités de patrimoine s’accroissent sans contrepartie positive. L’endettement fragilise des acquéreurs dont les salaires ne suivront pas forcément l’inflation. Les pouvoirs publics embauchent des fonctionnaires pour quarante ans en tablant sur des recettes qui peuvent s’effondrer dans six mois. Parmi les grandes villes du monde suivies par l’hebdomadaire « The Economist », Paris fait désormais partie du trio où la surévaluation des prix de l’immobilier par rapport au revenu est la plus forte. Selon les chiffres de l’OCDE , le ratio prix de vente/loyers dépasse de 25 % sa moyenne de long terme en France contre 8 % dans la zone euro.
    Accès aux transports collectifs

    Mais il y a peut-être une autre raison qui explique ces mouvements de prix. La hausse est très forte à Paris (merci le Brexit), soutenue dans les métropoles… et inexistante dans les zones rurales où les prix n’ont pas encore retrouvé leur niveau d’avant-crise. Tout se passe comme si l’impalpable transition énergétique était déjà dans la tête des acheteurs. Ceux qui ont les moyens valorisent l’urbanité, la proximité des services publics, l’accès aux transports collectifs. Symétriquement, les propriétaires de maisons en milieu rural peuvent légitimement craindre pour la valeur de leur patrimoine. Parmi eux se trouvent sans doute nombre de « gilets jaunes ». La France risque de payer très cher des décennies de non-politique d’aménagement des territoires.

  • Quand le climat fait sa première victime en Bourse - Les Echos
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0600601138780-quand-le-climat-fait-sa-premiere-victime-en-bourse-2242470.ph

    Pacific Gas & Electric Company, l’EDF de la Californie, vient de se déclarer en faillite, la plus importante depuis Lehman Brothers. Sa chute en dit long sur la façon dont les changements climatiques peuvent affecter les entreprises. Le monde financier ne peut désormais plus y rester insensible.

    • Les malheurs de PG & E commencent en novembre dernier, lorsque de violents incendies ravagent la Californie . L’incendie Camp Fire dévaste 14.000 maisons et fait 86 morts dans la petite ville de Paradise. L’opérateur basé à San Francisco est rapidement pointé du doigt. Un de ses pylônes à haute tension est situé au beau milieu de la zone du Camp Fire. PG & E a lui-même notifié qu’il avait été victime d’un incident quelques minutes avant le début de l’incendie. Selon une piste explorée par les enquêteurs, une attache défaillante a pu laisser une ligne de 115.000 volts entrer en contact avec le pylône métallique, provoquant des étincelles qui auraient enflammé la végétation voisine, mal entretenue.

      La cause exacte de la plupart des incendies de Californie reste indéterminée. Mais on sait que les conditions climatiques et hydrologiques de l’Etat sont propices à de tels embrasements. Car, à l’ouest des Etats-Unis, le réchauffement global ces dernières années a réduit l’accumulation du manteau neigeux durant les hivers froids et humides, et a avancé le début du printemps. Les étés sont secs et plus longs. Les sols et la végétation sont asséchés, et les bourrasques automnales qui poussent de l’air chaud vers la Californie alimentent amplement les feux de forêt. Selon l’étude « sigma » de Swiss Re, référence sur les catastrophes naturelles, les gros incendies faisaient rage pendant six jours en moyenne entre 1973 et 1982 avant d’être maîtrisés. Depuis, cette durée est passée à plus de 50 jours...

      On savait le réchauffement climatique responsable de la multiplication des ouragans dévastateurs dans le golfe du Mexique. Il est aussi à l’origine de l’augmentation de la fréquence et de la gravité des incendies en Californie - leur coût avait déjà dépassé 14 milliards de dollars en 2017. Et il vient donc de faire sa première victime boursière avec la faillite de PG & E.

      #effondrement #collapsologie #catastrophe #fin_du_monde #it_has_begun #Anthropocène #capitalocène

      On l’ajoute à la troisième compilation :
      https://seenthis.net/messages/680147

  • Faux chômeurs, faux problème, Jean-Francis Pécresse
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301128970262-faux-chomeurs-faux-probleme-2143840.php

    La pratique de l’intermittence permanente se fait sur le dos de l’assurance chômage.

    Il ne faudrait pas que la négociation qui s’ouvre sur l’assurance chômage se fourvoie sur la question d’un meilleur contrôle des demandeurs d’emploi. Ce serait un piège. Les profiteurs du « système » ne sont pas ces chômeurs de longue durée que l’on présume confortablement installés dans le filet de sécurité de Pôle emploi. Bien sûr, ce n’est pas trop exiger de ceux qui perçoivent une indemnité pour avoir perdu leur emploi qu’ils en cherchent activement un autre. C’est même une double exigence. A l’égard de ceux qui cotisent, employeurs et salariés, en droit d’attendre que cette fraction du salaire ne soit pas gaspillée sous forme de rente. A l’égard, aussi, des demandeurs d’emploi eux-mêmes car notre longue expérience de champions du chômage nous a au moins appris que plus tard un nouvel inscrit se met à chercher du travail, plus il s’éloigne durablement du marché de l’emploi. L’efficacité comme la justice commandent donc de s’assurer que les chômeurs cherchent vite et bien un emploi. Nul besoin, au demeurant, pour y parvenir, de faire de nouveaux moulinets politiques : il suffit d’appliquer une loi de 2008, laquelle permet de sanctionner le refus de deux offres raisonnables d’emploi. L’Etat n’a qu’à donner à Pôle emploi ce pouvoir qu’il a retiré, en pratique, aux préfets et qui n’est donc plus exercé par personne... Mais c’est se bercer d’illusions que de penser réaliser, grâce à cela, des économies dans les dépenses sociales. Menée entre 2015 et 2017, la seule grande étude de Pôle emploi sur ce sujet sensible confirme ce que les connaisseurs de l’assurance chômage pressentaient : il y aurait moins de 15 % de demandeurs d’emploi vraiment peu empressés de retravailler... C’est trop, bien sûr, mais la moitié d’entre eux ne touchent déjà plus - ou pas encore - d’allocation. Le chômeur en charentaises existe, mais il demeure un épiphénomène. Il peut affecter le consentement des actifs à la solidarité, pas les finances de l’assurance chômage. Bien plus dangereux, en revanche, est le phénomène de la « permittence », cette alternance de contrats courts et de courtes périodes de chômage. Encouragée par un avantageux système qui accorde quatre mois d’indemnités à tout salarié ayant travaillé quatre mois, cette pratique de l’intermittence permanente arrange souvent tout le monde, sur le dos de l’assurance chômage : les employeurs qui y trouvent de la souplesse, de trop nombreux employés qui peuvent y trouver de meilleurs salaires, des primes et... des vacances. Boulet financier, le régime d’indemnisation des intermittents du spectacle n’en est qu’une version extrême de ce travers français. Si gouvernement et partenaires sociaux veulent vraiment lutter contre ceux qui abusent du chômage, ce n’est pas tellement les chômeurs qu’il faut mieux contrôler. C’est le refus répété de passer de CDD en CDI qu’il faut sanctionner en cessant de l’indemniser.

    #intermittence_permanente #chômage #chômeurs

  • L’#addiction aux #réseaux_sociaux, nouveau fléau de #santé publique - Les Echos
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301001502005-laddiction-aux-reseaux-sociaux-nouveau-fleau-de-sante-publiqu

    ANALYSE. De plus en plus de chercheurs alertent sur les effets inquiétants des réseaux sociaux sur le cerveau, et sur leurs dangers pour les adolescents. Facebook a reconnu la semaine dernière que la consommation de contenus, quand elle est passive, peut avoir un impact négatif sur le bien-être.

  • Assurance-chômage : le plus dur arrive, Xavier Bertrand
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/030674757612-assurance-chomage-le-plus-dur-arrive-2120347.php

    Sur le papier, l’ offre raisonnable d’emploi existe depuis août 2008. Or cette politique ne marche pas. Les conditions sont tellement complexes à mettre en oeuvre que la radiation des demandeurs d’emploi, pour absence de démarches, est beaucoup plus efficace. La France reste donc l’un des pays où il est possible dans les faits de refuser plusieurs offres d’emploi sans qu’il n’y ait la moindre diminution de l’indemnisation des chômeurs concernés. La réforme ne pourra pas éluder ce sujet. Le gouvernement ne pourra pas faire non plus l’économie du rôle de Pôle emploi en clarifiant ses priorités, pour être efficace et ramener vers l’emploi les chômeurs de longue durée et ceux de plus de 50 ans.

    #chômeurs #offre_raisonnable_d'emploi #radiation #activation

  • https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0211175292890-peter-drucker-le-pape-du-management-2019295.php

    Peter Drucker, le « pape du management »

    Cette largeur de vue doit sans doute beaucoup à son milieu d’origine. Vienne, la capitale de l’empire des Habsbourg où il naît en 1909, est alors l’une des villes d’Europe les plus dynamiques sur le plan culturel. Ses parents eux-mêmes appartiennent à l’élite intellectuelle de l’Empire austro-hongrois. Son père est un haut fonctionnaire du ministère de l’Economie et sa mère l’une des très rares femmes médecins que compte alors le pays. Le couple et ses deux enfants habitent dans une maison cossue des environs de Vienne, qu’ils partagent avec le compositeur et historien de la musique Egon Wellesz. Chaque soir ou presque, Adolph et Caroline Drucker reçoivent chez eux des intellectuels - comme l’écrivain Thomas Mann -, des juristes, des artistes, des élus du Parlement autrichien - comme Thomas Masaryk, futur président de Tchécoslovaquie - et des économistes. Parmi eux, Joseph Schumpeter, alors jeune professeur en économie politique et futur théoricien de l’« entrepreneur innovateur », et Ludwig von Mises, conseiller économique du gouvernement et spécialiste des questions monétaires. Les discussions sont sérieuses, graves parfois. Peter Drucker racontera plus tard son premier souvenir, celui de cette soirée d’août 1914 lorsque, la guerre déclarée, il avait entendu son père, son oncle - un célèbre juriste de Vienne - et Thomas Masaryk prédire : « Ce n’est pas seulement la fin de l’Autriche, c’est la fin de la civilisation. » Devenu adolescent, le jeune Peter est admis à assister aux discussions savantes des convives et même à y participer. « Ce fut ma véritable éducation », devait-il avouer. [...] Il connaît les positions d’Hitler sur les juifs. Or sa famille, si elle s’est convertie au christianisme, a des origines juives...

    [...]

    En 1943, Peter Drucker commence donc une mission d’audit et de conseil de deux années chez General Motors. [...] C’est de cette mission qu’il tire « Concept of the Corporation », premier ouvrage à décortiquer l’organisation managériale d’une entreprise.

    [...] Dans son livre, celui-ci plaide en effet pour une plus grande décentralisation opérationnelle et pour la création de petites divisions dont les salariés disposeraient d’une très large autonomie, seul moyen à ses yeux d’accroître la productivité de l’entreprise. Au PDG tout-puissant qui donne des ordres que tous doivent suivre il substitue une approche plus interactive fondée sur des échanges permanents, reprenant ainsi les intuitions de Donaldson Brown. Il suggère enfin de céder aux employés un certain nombre d’actions du groupe pour les impliquer encore davantage dans la réalisation des objectifs communs. [...]

    Convaincu très tôt que « dans l’avenir, le travailleur redonnera du sens à sa vie grâce à son action bénévole dans les organisations du secteur social », il se fait le promoteur inlassable du « tiers secteur » tout en jetant un regard sévère sur certaines dérives du capitalisme. Lorsqu’il meurt en Californie en 2005, à l’âge de quatre-vingt-seize ans, la plupart de ses idées sont devenues des standards dans le monde industriel.

    #économie #management #peter #drucker #autriche #generalmotors