• Le podcast natif : média générationnel ou de polarisation sociale ?

    « Marshall McLuhan avançait que la radio, le média de l’ouïe, se
    distinguait par une portée envoûtante qui surpassait tous les autres
    médias. Il se serait donc sans doute intéressé au succès grandissant
    du podcast natif. Cette appellation ésotérique désigne une création
    sonore originale, conçue pour être diffusée sur des plateformes
    numériques. A côté des podcasts d’émissions ou de reportages déjà
    passées sur une radio (le replay basique), à côté de l’enregistrement
    des cours du Collège de France ou de centaines de grandes universités de par le monde, à côté des conférences Ted et de la captation d’événements du même genre, à côté des milliers de livres audiovisuels dédiés à la connaissance ou à la fiction, le podacst natif propose des contenus différents, souvent hors des sentiers battus, en direction des 25-40 ans.

    Il constitue en quelque sorte la catégorie « art et
    essai » de l’art sonore. Comme ces productions sont en général conçues et réalisées par des journalistes du même âge, par un jeu de miroir, se dessine un état d’esprit générationnel intéressant à décrypter.

    (…)

    L’impact mis sur la parole intime favorise l’émergence de communautés autour de certains podcasts, notamment pour les minorités sexuelles.

    D’autres podcasts ressemblent aux magazines de société diffusés sur
    les radios, mais cette forme de production donne plus de marge de
    liberté aux journalistes, les autorisant à de profondes explorations
    sur un même sujet – par exemple la série sur le Planning familial de
    Marseille (produit par l’association elle-même). Mille sujets sont
    abordés dans ces modules natifs, beaucoup concernent les émotions, la vie relationnelle, les aliments, la santé et l’éducation, le travail.
    Un sujet tombe radicalement à la trappe : la politique. Dans cette
    foison de récits, la parole est brute, sans fard, la présence des
    interviewers est discrète, aucune polémique, aucune charge morale ne pèse sur ces témoignages, les montages sont secs, peu enjolivés de musique ou d’effets sonores.

    (…)

    Dans une société de la connaissance, où un cinquième des nouvelles
    générations suit des études longues, plusieurs conditions sont donc
    réunies pour que prospère le marché de ces contenus sonores. Dans le mouvement de segmentation sans cesse accentuée des types de médias, les trentenaires CSP+ privilégient les médias de niche à haut contenu culturel ou informatif et à la demande, sans toutefois s’éloigner radicalement des médias de masse. L’engouement des nouvelles générations pour les radios libres dans les années 80, ou pour les réseaux sociaux dans les années 2000, englobait les différentes parties de la jeunesse et, somme toute, a fonctionné selon une dynamique fédératrice. Le podcast natif semble correspondre au choix inverse, en tout cas pour le moment : rester dans une bulle culturelle sélective, maîtrisée, loin du tintamarre médiatique. Un zeste de polarisation supplémentaire. »

    https://www.telos-eu.com/fr/le-podcast-natif-media-generationnel-ou-de-polaris.html

  • Les paradoxes de la « diagonale du vide »

    « La diagonale du vide, c’est cette bande de territoire allant du
    Nord-Est de la France jusqu’au Sud-Ouest en passant par le Massif
    central, caractérisée par une faible densité démographique et une
    tendance à la dépopulation.

    Cette expression alimente souvent un discours alarmiste, voire
    catastrophiste, en opposant une France urbaine supposée riche et
    dynamique à une France rurale abandonnée, en voie d’appauvrissement et de désertification.

    Cette opposition est simpliste et le tableau de la diversité
    territoriale de la France est beaucoup plus complexe et composite. Une étude récente de l’INSEE[1] à partir du dernier recensement le montre à nouveau. »

    Comment @Marc : encore un exemple d’un usage très politique de données statistiques…

    https://www.telos-eu.com/fr/les-paradoxes-de-la-diagonale-du-vide.html

    • Je vis dans un territoire du vide et je viens d’aller en visiter un autre et les données que j’en rapporte sont assez différentes.

      La principale variable explicative des mouvements de population actuelle est soigneusement gardée sous le boisseau, car il s’agit moins d’« attractivité » des territoires périphériques que d’un renforcement jamais égalé de la force centrifuge des métropoles par la pression immobilière .

      Pour la faire très courte : il n’est pas possible avec des revenus de zones périphériques de s’implanter à moins de 30 mn d’une métropole régionale (c’est encore plus vrai pour la capitale). Les conditions demandées pour l’accès à des logements étriqués excluent de fait au moins 50% de la population (en étant très généreuse).

      S’il y a bien quelques retraités encore un peu dotés financièrement et quelques actifs qui cherchent un cadre de vie de meilleure qualité, ce n’est plus du tout un mouvement majoritaire. Les jeunes ruraux (et assimilés) des zones excentrées qui espèrent avoir une éducation et/ou un boulot de qualité doivent toujours quitter le pays pour « la ville » qui concentre à un point jamais égalé la production de valeur ajoutée . Les babas & bobos qui sont arrivés jusqu’au début des années 2000 cherchent à présent à se rapprocher des centres de santé et services des métropoles régionales, qui répondent mieux aux problématiques des gens en perte d’autonomie et de santé.

      Alors qui arrive ?

      Depuis le début des années 2000 et encore plus intensément depuis la crise de 2007 qui a creusé vertigineusement les inégalités : les pauvres « inexploitables » des métropoles , les gens au minima sociaux sans espoir d’en sortir un jour, les « Cassos » qui entrent frontalement en concurrence avec les jeunes restés au pays qui godillent laborieusement dans le sous-emploi sous-payé et éclaté caractéristique de ces zones portées essentiellement par 4 secteurs d’activité :
      -- l’agriculture, saisonnière, morcelée, usante et extrêmement mal payée, qui ne permet généralement pas de sortir des minimas sociaux,
      -- les soins aux personnes (territoires vieillissants + pression foncière pour EHPADer loin des villes, où la « vie » est moins chère), un peu plus rémunérateurs mais très usants,
      -- le tourisme, qui paient peu et de manière saisonnière, donc on reste dans les systèmes D et minima sociaux,
      -- les fonctionnaires (surtout dans les préfectures) qui sont généralement les mieux payés et les mieux éduqués et qui permettent de n’avoir pas totalement une économie du tiers monde mais que les différents gouvernements s’acharnent à faire disparaître.

      L’arrivée des pauvres éjectés des villes ne se fait pas sur le mode du choix, mais plutôt de la sanctuarisation des métropoles économiques et cela engendre sur place des comportements de rejet et de repli qui ont commencé un peu à s’exprimer il y a un peu plus d’un an.

    • Tu as totalement raison. Et j’ai mentionné ce texte à dessein. Galland et un libéral de la mort qui tue. Et l’on voit donc comment tout le monde manipule les statistiques... En écho à un débat récent ici même sur les stats des atteintes sexuelles et la réponse pénale qui y est apportée...

    • Disons que j’ai remarqué une grosse vague de fond pour discréditer le travail de Christophe Guilluy sur « La France périphérique », ces derniers temps, qui va de pair avec la mise sous le boisseau du substrat (et donc de la légitimité) de la révolte des #Gilets_jaunes.

      J’ai de + en + l’impression qu’il s’agit d’invisibiliser la réalité du terrain : explosion des inégalités & durcissement des ségrégations spatiales sur fond de guerre des classes, avec sanctuarisation des centres-métropoles bourgeois.

      #territoires

    • Deux docus sur arte.tv disponibles en replay mais pas encore regardés :

      https://www.arte.tv/fr/videos/078202-000-A/les-nouveaux-pauvres-quand-travailler-ne-suffit-plus/?xtor=EPR-17

      Victimes du chômage ou condamnés aux petits boulots, un tiers des Européens, actifs et retraités, vivent dans une insécurité économique croissante. Le tableau édifiant d’une société au bord du précipice.

      https://www.arte.tv/fr/videos/084759-000-A/push-chasses-des-villes/?xtor=EPR-17

      Les grandes métropoles deviennent peu à peu le territoire exclusif des riches. Dans le sillage de Leilani Farha, rapporteuse spéciale de l’ONU sur le logement convenable, une enquête sur un phénomène mondial qui s’amplifie.

  • Retraites : théorisation idéologique d’une contre réforme

    Le cri du coeur de Ian Nanook est sympathique, moins les pamphlets à la hâche façon Branco. Les critiques de fond façon Gadrey bien utiles. Idem pour Cohen, Piketty, etc.

    Nonobstant on aurait tort de négliger la lecture de l’adversaire.

    Ainsi un certain Olivier Galland, sociologue néo-libéral patenté,
    vomissant tout ce qui peut être assimilé à une pensée “de gauche”,
    vient de livrer sur Telos un nouvel exemple de l’activité de ces
    centaines de “petites mains” qui produisent en permanence le substrat théorique de la “start up nation”.

    Je suis régulièrement marri que l’on n’y prenne pas davantage garde
    tant cette nouvelle trahison des clercs est consubstantielle à la
    geste macronienne.

    Au cas d’espèce nous avons ici un huluberlu qui assimile
    tranquillement les acquis du CNR à un prurit réactionnaire tout droit
    issu des pulsions obscurantistes des guildes de marchands du Moyen
    Age ! Et de citer Alain Peyrefitte à l’appui de sa thèse...

    Inversion réthorique qui est au fondement de la croisade de nos
    nouveaux maîtres et constitue en quelque sorte le bréviaire du
    REMouleur de base.

    A ce titre, à rapprocher de la récente alerte du camarade Reka sur la
    novlangue macronienne…

    “La face cachée de la réforme des retraites : la fin de la société de défiance

    L’objectif explicite de la réforme du système de retraite en masque un autre, bien plus large, et peut-être plus important encore :
    transformer profondément le modèle social français pour sortir de la
    « société de défiance ». Cette expression a été popularisée à la suite
    du magistral petit ouvrage de Yann Algan et Pierre Cahuc paru en 2007 qui portait ce titre (après l’ouvrage tout aussi important et
    visionnaire d’Alain Peyrefitte en 1995, La Société de confiance). On
    trouve dans leur livre tout l’arrière-plan socioéconomique qui donne
    sa justification politique à la réforme en cours, tout en soulignant
    les grandes difficultés de mise en œuvre. Quel était leur argument ?

    La thèse principale du livre est que la France est une société de
    défiance – défiance entre les citoyens, défiance des citoyens à
    l’égard des institutions, de leurs gouvernants, de leurs représentants
    et également des syndicats censés défendre les intérêts des
    travailleurs – et que cette défiance est entretenue par un modèle
    social fondé à la fois sur le corporatisme et l’étatisme. La preuve
    empirique de la défiance française est bien établie par les résultats
    de nombreuses enquêtes dont les World values surveys sur lesquelles
    s’appuient les auteurs.

    Yann Algan et Pierre Cahuc reprennent la célèbre typologie
    d’Esping-Andersen qui caractérise le modèle français comme relevant du type « conservateur » dans lequel des dépenses sociales élevées sont octroyées en fonction de différents statuts afin de les préserver et de « renforcer un ordre social traditionnel » (p. 44). Le modèle corporatiste est donc organisé autour de « groupements de métiers qui cherchent à faire respecter des distinctions de statuts » en conditionnant « les différents types de solidarité à l’adhésion à ces
    groupes ». Et nos deux auteurs citent bien sûr la multiplication des
    régimes de retraite et d’assurance maladie comme l’un des signes
    patents de ce modèle corporatiste. Sa caractéristique est également
    d’être relativement inégalitaire puisque les prestations sont liées
    d’abord au statut professionnel.

    Pourquoi ce modèle entretient-il la défiance ? C’est assez facile à
    comprendre : chacun veut défendre ses intérêts statutaires au besoin
    contre les autres et sans se soucier de l’intérêt général. Cette
    société corporatiste est donc une « société propice à la lutte des
    classes, au mal vivre national et international, à la jalousie
    sociale, à l’enfermement, à l’agressivité de la surveillance mutuelle
     » comme l’écrivait Alain Peyrefitte dans son ouvrage de 1995. Le
    soutien majoritaire des Français au mouvement de contestation actuel de la réforme des retraites, malgré la gêne occasionnée à beaucoup d’usagers, a surpris certains observateurs. Mais il est l’expression même de cette société corporatiste dans laquelle beaucoup de citoyens jugent qu’il est légitime de défendre ses intérêts statutaires quelle que soit leur légitimité sur le fond. La cohabitation baroque des avocats avec les grévistes de la CGT dans les manifestations et l’opposition farouche au projet en est une autre illustration. »

    (…)

    « Au total cependant les intellectuels libéraux, s’ils sont cohérents
    avec eux-mêmes, devraient soutenir fermement cette réforme et ne pas mégoter leur soutien car, si elle aboutit, elle peut faire franchir à
    la société française un saut qualitatif majeur en brisant un des
    ressorts principaux du modèle corporatiste qui entretient la défiance
    et mine le sens civique. C’est un enjeu majeur. »

    Lire la suite :

    https://www.telos-eu.com/fr/la-face-cachee-de-la-reforme-des-retraites-la-fin-.html

  • Taille du gouvernement et des cabinets : une double exception française

    « Après chaque élection présidentielle, on retrouve deux vœux pieux
    récurrents : un gouvernement resserré avec moins de ministres ; et des cabinets ministériels plus petits avec moins de conseillers. Ces deux idées sont populaires, mais comme tout régime amaigrissant, elles ne résistent pas sur la durée : malgré la volonté initiale, le
    gouvernement et les cabinets grossissent et reprennent du poids.

    La taille pléthorique des cabinets ministériels est certes une
    exception française, mais elle est due à la séparation étanche entre
    les administrations et la politique. Cette séparation est censée
    protéger l’administration de l’arbitraire politique supposé, mais elle
    a aussi été conçue pour éviter aux ministres d’être manipulés par
    leurs administrations. Mais cela a évidemment tendance à opposer le
    ministre d’un côté à tout son ministère – et ses hauts fonctionnaires
    – de l’autre. C’est parce que le ministre n’a pas « d’alliés » dans
    l’administration qu’il a besoin d’un cabinet pour l’épauler. Faire
    fonctionner un ministère composé de milliers de fonctionnaires, penser et mettre en œuvre les réformes, intervenir au Parlement, sur le terrain, à l’international et dans les médias, recevoir les groupes
    d’intérêt : une seule personne n’y suffit pas. Chez nos voisins, les
    ministres peuvent et savent déléguer.

    (…)

    En France l’articulation entre ministres et secrétaires d’Etat a du
    mal à fonctionner. Au Royaume-Uni, en Italie ou en Allemagne, les
    sous-ministres sont clairement inféodés à leur ministre de tutelle :
    ils ne participent pas au Conseil des ministres, ils ne sont pas en
    première ligne dans les médias, et ils obéissent réellement à leurs
    supérieurs. Malheureusement en France, un secrétaire d’État est
    parfois plus un rival de son ministre que son collaborateur. Il rêve
    de le remplacer au prochain remaniement, et cherche à lui faire de
    l’ombre dans les médias ou les dîners en ville, ainsi qu’à Matignon et
    à l’Élysée. Au fond, on n’est jamais sorti de l’Ancien Régime, avec la
    Cour de Versailles et les salons de Paris. D’autant que le moindre
    secrétaire d’État dispose d’un logement et d’une berline de fonctions,
    de gardes du corps et de chauffeurs, de cuisiniers, de conseillers :
    comme à Versailles où tous les princes avaient leurs gens, leurs
    maisons et leurs cours, et où ils se livraient entre eux à d’âpres
    rivalités. Mais justement, c’est peut-être en supprimant le « train de
    vie de ministre » pour la quasi-totalité d’entre eux, que l’on
    restaurera un mode de fonctionnement plus normal, moins égotique,
    entre les ministres

    (…).

    https://www.telos-eu.com/fr/taille-du-gouvernement-et-des-cabinets-une-double-.html

  • Philosophies de l’histoire contemporaines.

    1. Collapsologie et transhumanisme

    Serge Champeau

    (…)

    « La collapsologie est l’un de ces discours philosophiques sur
    l’histoire, dont on pourrait dire qu’ils sont à la fois de basse
    intensité (au sens où ils sont dépourvus du raffinement conceptuel
    dont faisaient preuve les grandes philosophies de l’histoire du passé,
    celles de Kant, Hegel, Comte ou Marx) et de haute efficacité (comme en témoignent la diffusion rapide et la popularité des thèses des
    collapsologues en France, ou des transhumanistes aux États-Unis ou
    encore, partout dans le monde, le succès médiatique des ouvrages
    néoprogressistes de Pinker ou de Harari).
    (…)

    Les spécialistes n’auront évidemment pas de peine à repérer le
    détournement et l’exploitation dont ces savoirs scientifiques font
    l’objet (le concept de système complexe, par exemple, outrageusement simplifié, est réduit à l’idée selon laquelle plus un système est complexe, plus il est fragile). En réalité, ce ne sont pas des savoirs scientifiques qui sous-tendent cette philosophie de l’histoire, mais le postulat naïf d’un déterminisme global (contre lequel, faut-il le rappeler, nos sciences se sont construites), qui permet aux auteurs d’assimiler les phénomènes les plus divers (crise de l’énergie, crise financière, terrorisme, pandémies, etc.) en les rapportant à une cause unique : « le système » qui, parce que global, est complexe, et parce que complexe est voué à l’effondrement (« un immense effet domino que personne ne maîtrise »).

    https://www.telos-eu.com/fr/philosophies-de-lhistoire-contemporaines-1-collaps.html

  • Du charcutage électoral en Amérique

    « Tocqueville écrivait qu’aux États-Unis, les questions politiques
    finissent tôt ou tard par devenir des questions juridiques. En atteste
    le rôle majeur joué par la Cour Suprême dans le mouvement des droits
    civiques, il y a soixante ans. Mais la Cour d’aujourd’hui est sur une
    ligne très diffférente, comme le montrent ses dernières décisions sur
    le gerrymandering, la version américaine du charcutage électoral. »

    https://www.telos-eu.com/fr/du-charcutage-electoral-en-amerique.html

  • Automatisation et télétravail globalisé : la nouvelle grande transformation ?

    Spécialiste reconnu de l’économie internationale, Richard Baldwin a
    consacré son dernier ouvrage[1] à l’avenir de l’emploi sous les effets
    de la globalisation et de la digitalisation. L’auteur voit des
    télétravailleurs lointains modiquement rémunérés (les télémigrants) et
    des robots se substituer, dans nos sociétés, à de nombreux cols blancs
    aujourd’hui épargnés par la concurrence transfrontalière et
    l’automatisation. Les défis considérables et inédits posés par ces
    développements ne paraissent pas insurmontables. Des remaniements
    notables des politiques du travail et de formation seront toutefois
    indispensables pour limiter la casse sociale et saisir les chances de
    la connectivité et de l’électronique ubiquitaires.

    https://www.telos-eu.com/fr/automatisation-et-teletravail-globalise-la-nouvell.html

  • Les Gilets jaunes : une scène télévisuelle - #Telos
    https://www.telos-eu.com/fr/politique-francaise-et-internationale/les-gilets-jaunes-une-scene-televisuelle.html

    Haro sur Facebook ? Cette désignation du rôle des réseaux sociaux dans le mouvement des Gilets jaunes relève d’une courte vue. Beaucoup d’événements et de thèmes débattus au sein de Facebook n’impriment pas l’agenda des télévisions, tant il est vrai que pour qu’un sujet embrase l’espace public, il lui faut le relais des chaînes d’information. Ce sont elles qui, par leur puissance, « anoblissent » une cause, la popularisent, la martèlent et l’installent au cœur de l’espace public. Notons que les Gilets jaunes ont déroulé la trame idéale pour un feuilleton télévisuel au pays des Lumières, celle d’un conflit entre des militants qui se gargarisent d’incarner le peuple, d’une part, et le gouvernement, de l’autre. Et ils ont utilisé un ingrédient-clef des feuilletons : le rendez-vous hebdomadaire avec les manifestations du samedi. Dès lors, à partir du samedi noir du 1er décembre, le suspens n’a cessé de rebondir : la semaine prochaine, quelle séquence vont offrir les Gilets jaunes ? Eric Drouet, leader historique qui jouit d’une certaine autorité sur le mouvement, effectue via Skype des « live » suivis par quelques milliers de supporters pour concevoir le spectacle du samedi suivant. Conscient des ficelles pour capter l’attention, il introduit du suspens : approcher le plus près l’Elysée ? Bloquer le périphérique ? Investir le château de Versailles ? Envahir les Galeries Lafayette ? L’imagination des apprentis scénaristes est mise à contribution.

    • Comme les Indignés en 2011 ou Nuit debout en 2016, le mouvement des Gilets Jaunes obéit à un agencement quasiment ritualisé.

      Point un, dans le cyberspace : quelques braises allumées sur les réseaux sociaux, qui, pour des raisons qu’il est parfois difficile d’expliquer, induisent une circulation virale – l’étude des contagions virales autour de meme échappe souvent à une explication évidente, car elles peuvent fleurir sur ce qui apparaît à première vue comme un non événement, voire un gag.

      (c’est moi qui met en italique, on n’est pas loin de la fake news…)

  • Gilets jaunes : une rupture culturelle autant que territoriale - Telos
    https://www.telos-eu.com/fr/societe/gilets-jaunes-une-rupture-culturelle-autant-que-te.html

    […] ce mouvement apparaît comme l’expression d’une rupture consommée depuis plusieurs décennies entre deux visions du monde contemporain et deux systèmes de motivations et d’aspirations, issues de deux expériences de la vie en société dans notre pays, étrangères et imperméables l’une à l’autre.

    La première vision, celle d’un monde social que l’on peut schématiquement dire dominant, appréhende son rapport à l’espace et au temps selon un large spectre et selon un imaginaire de l’équilibrage à l’échelle macroscopique (région, nation, voire Europe ou planète). Cette vision se veut surplombante et clairvoyante, elle est #presbyte : elle regarde au loin, en privilégiant la métropolisation dans la mondialisation et en concevant les politiques publiques en termes de compétitivité de l’appareil productif ou d’attractivité des territoires pour les investisseurs.

    À l’inverse la deuxième vision, plus populaire, se focalise sur l’échelle spatiale et temporelle de la proximité. Son appréhension du réel est empirique, individualiste et utilitariste, elle pourra être dite #myope, mais elle a sa logique propre, ses paramètres et ces critères de validation qui relèvent de la quotidienneté.
    […]
    Philippe Genestier
    Architecte-urbaniste en chef de l’Etat, professeur à l’ENTP, chercheur au Laboratoire Environnement, Ville, Société (CNRS)

  • La vie après les #bidonvilles - La Vie des idées
    http://www.laviedesidees.fr/La-vie-apres-les-bidonvilles.html

    Une enquête menée par entretiens, observations, archives et statistiques (Delon, 2017) montre que les parcours des enfants des bidonvilles sont très divers. Si l’histoire des bidonvilles a été médiatisée par les témoignages de « miraculés », comme Azouz Begag, ancien ministre et auteur du Gône du Chaaba, ce type de trajectoires est loin d’être la norme. Réciproquement, le parcours du « bidonville au HLM » décrit par le romancier et cinéaste Mehdi Lallaoui ne concerne pas l’ensemble des anciens habitants des bidonvilles. L’analyse des trajectoires et récits des personnes ayant passé leur enfance dans les bidonvilles et cités de transit révèle quatre grands types d’expériences, et aide ainsi à saisir la pluralité des effets que produisent ces espaces résidentiels.

    #sociologie

  • L’école et la fausse querelle du pédagogisme (Telos)
    https://www.telos-eu.com/fr/societe/lecole-et-la-fausse-querelle-du-pedagogisme.html

    Comme souvent en France, cette querelle est purement idéologique et incroyablement détachée de la réalité du fonctionnement de l’Ecole. Car le pédagogisme est très loin de régner en maître dans les salles de classe. Les travaux de comparaison internationale (voir par exemple les recherches de Nathalie Mons et Marie Duru-Bellat) montrent au contraire que le système éducatif français reste un modèle « académique » dans lequel l’enseignement disciplinaire est ultradominant, avec un curriculum hiérarchique qui ouvre peu l’école sur le monde extérieur et dans lequel l’enseignement individualisé est peu développé. Ces méthodes « verticales » d’enseignement, qui prédominent dans notre pays, ne sont effectivement pas favorables à l’épanouissement des élèves comme l’a montré une étude menée en 2011 auprès d’un large échantillon d’élèves et d’enseignants dans 23 pays. Elles sont aussi associées à une plus grande défiance à l’égard de la société et des institutions.

    Mais surtout, la méthode globale est totalement délaissée aujourd’hui comme le montre une passionnante étude menée par Roland Goigoux qui a observé pendant trois ans les pratiques effectives de 130 enseignants encadrant près de 2800 élèves de CP. Cette vaste enquête enterre définitivement la guerre des méthodes car elle montre que « dans toutes les classes les élèves reçoivent un enseignement explicite et précoce des correspondances entre les graphèmes et les phonèmes ». L’utilisation de la méthode globale est donc tout simplement un mythe !

    Fin connaisseur du système éducatif, Jean-Michel Blanquer ne peut ignorer les quelques faits qui viennent d’être rappelés. Que cherche-t-il donc en réactivant cette vieille polémique ? Sans doute à donner des gages à l’aile la plus conservatrice du monde éducatif […]

    #école #éducation #pédagogisme #démagogie #élitisme #apprentissage_de_la_lecture #lecture-compréhension #méthode_de_lecture #idéologies #conservatisme

  • #Domination scolaire des filles : l’ère numérique rebat-elle les cartes ? - Telos
    https://www.telos-eu.com/fr/societe/domination-scolaire-des-filles-lere-numerique-reba.html

    L’innovation #informatique demeure une chasse gardée masculine et les #femmes, plutôt que de s’y engager peu à peu comme elles le font pour d’autres secteurs, tendent à la déserter, ou à s’en tenir à distance. Certes, on note une petite amélioration dans la présence des femmes dans les fonctions managériales des entreprises du Net, telle Sheryl Sandberg, directrice générale de Facebook, Nunu Ntshingila qui dirige Facebook Afrique ou Meg Whitman, directrice générale de Hewlett Packard Entreprise. Les femmes pénètrent progressivement l’univers économique du Web – par exemple, en France, le métier de Community Manager est occupé à près de 60% par des femmes[8] . Soulignons néanmoins qu’elles marquent le pas dans l’expertise des Computer Sciences – les raisons de ce rejet sont bien documentées et mériteraient un autre article.

    La cause semble entendue : dans le design du futur les hommes sont aux manettes. De surcroît, s’ils marquent de leur imagination créatrice les infrastructures du numérique, ils imposent tout aussi subrepticement leur pouvoir dans les nouveaux systèmes de gouvernance, tant ils détiennent un magistère technique qu’il est presque impossible de défier.