Observatoire des inégalités

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  • Les inégalités de patrimoine en France
    https://www.inegalites.fr/inegalites-patrimoine

    Le patrimoine est très inégalement réparti. Les 10 % les plus fortunés possèdent près de la moitié du patrimoine du pays. Les 10 % les moins fortunés n’ont rien.

    À ma question sur l’oiseau bleu « et le seuil des 100 % (donc le 1% le + riche) ? » @Obs_ineg me répond : « Par définition, il s’agit de la personne la plus riche, ce que l’Insee ne communique pas ».

  • Comment améliorer la #mixité dans les formations initiales ?
    https://www.inegalites.fr/Comment-ameliorer-la-mixite-dans-les-formations-initiales

    Certes, il faut tenir compte des trajectoires d’exception, toujours possibles. Mais l’observation et l’analyse des expériences scolaires atypiques dans les formations techniques amènent au constat d’inégalités d’accueil des jeunes selon le sexe : les jeunes hommes en secrétariat ou coiffure sont bien mieux accueillis et intégrés que les jeunes femmes en mécanique ou électronique. Celles-ci se disent « testées », remises en cause dans leur choix et leur place, quand ceux-là se décrivent comme entourés et « chouchoutés », avec les conséquences que cela implique sur l’assurance de soi, la recherche d’un lieu de stage, la persévérance et l’insertion à la sortie. Marcher sur les territoires habituellement réservés à l’autre sexe est plus couteux pour les jeunes femmes que les jeunes hommes et les clichés vont bon train.

  • Les représentants syndicaux sont discriminés dans l’entreprise
    https://www.inegalites.fr/Les-representants-syndicaux-sont-discrimines-dans-l-entreprise

    Les délégués syndicaux reçoivent un salaire inférieur de 4 % aux non syndiqués, à niveau égal de diplôme, d’âge et d’ancienneté. En particulier parce qu’ils obtiennent moins souvent une promotion. Ces données témoignent d’une discrimination par certains employeurs. Une analyse d’Anne Brunner.

  • L’obésité touche de manière inégale les milieux sociaux
    https://www.inegalites.fr/L-obesite-touche-de-maniere-inegale-les-milieux-sociaux

    L’obésité [1] est près de deux fois plus répandue au sein des catégories les plus modestes (18 % chez les ouvriers et les employés) que chez les catégories plus aisées (10 % chez les cadres supérieurs), selon l’édition 2020 de l’étude Obépi-Roche [2]. En vingt ans, la part de personnes obèses parmi l’ensemble des adultes a progressé de près de sept points, passant de 10 % en 2000 à 17 % en 2020. Aujourd’hui, près de 8,6 millions de personnes sont concernées. L’augmentation de la fréquence de l’obésité a touché autant les femmes que les hommes, ainsi que toutes les tranches d’âge, selon cette étude.

    De la même façon, tous les milieux sociaux ont connu une hausse de la proportion d’adultes obèses au cours de cette période. Cependant, l’extension de l’obésité se limite à 2,5 points supplémentaires en 20 ans chez les cadres supérieurs, tandis qu’elle est de neuf points chez les employés et de huit points chez les ouvriers. Les inégalités sociales se sont donc accrues sur la période : si les ouvriers étaient à peine 1,5 fois plus concernés en 2000 que les cadres supérieurs, ce rapport atteint deux fois plus en 2020.

    #obésité #santé #inégalités #alimentation

  • Paris : les chiffres de la délinquance par arrondissement révélés - Le Point
    https://www.lepoint.fr/societe/paris-les-chiffres-de-la-delinquance-par-arrondissement-reveles-10-09-2021-2

    Le quotidien a collecté les données de chaque arrondissement sur les six premiers mois de l’année 2021, les agressions, cambriolages, braquages, vols, etc. En ressort notamment que le très chic 8e arrondissement, celui des Champs-Élysées, est l’arrondissement dans lequel sont déclarées le plus grand nombre de #violences_conjugales (en nombre de cas par habitant). En moyenne, 65 affaires sont recensées par mois. C’est deux fois moins que dans le 18e, mais sa population est cinq fois plus nombreuse.

  • Vivent les abstentionnistes !

    Près de deux tiers des électeurs n’ont pas voté au premier tour des élections régionales et départementales. En 2015, lors des élections précédentes départementales, il ne s’agissait « que » de la moitié. Ce qui n’avait pas empêché les éditocrates d’enrager contre celles et ceux qui gâchaient leurs soirées électorales. Leurs appels vibrants au vote n’y auront rien fait : Législatives, second tour des présidentielles, régionales ou départementales, d’élections en élections la participation diminue. Et bien que le phénomène soit massif voire majoritaire, les abstentionnistes sont régulièrement insultés sur les réseaux sociaux, condamnés par une grande partie des chroniqueurs radios et des éditorialistes de la presse écrite, quand ils ne sont pas décrits comme une masse perdue qu’il faut ramener vers la lumière de la démocratie. Mais qui tient le plus à la démocratie ? Ceux qui se méfient des partis politiques, de leurs alliances, leurs guerres de postes, leurs fausses promesses et beaux discours ? Ou ceux qui soutiennent encore et toujours qu’on a bien de la chance de pouvoir voter pour nos chefs ? Dans la période sombre que nous vivons, où les possédants gagnent chaque jour du terrain, où les classes laborieuses perdent chaque mois des revenus et des droits, l’abstention n’est-elle finalement pas, avec les multiples mouvements sociaux, un signe d’espoir, le signe que le peuple n’est pas dupe du jeu malsain qui se joue contre lui ?

    Plus la classe politique se referme, moins nous votons
    Vous voulez comprendre les abstentionnistes ? Regardez la classe politique ! En 1945, les ouvriers et les employés constituaient 19 % du Parlement. C’était encore peu par rapport à leur proportion dans la société, mais c’était énorme par rapport à la situation actuelle : il n’y a plus d’ouvrier à l’Assemblée nationale, et les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 76 % des élus, soit 4,4 fois plus que leur part dans la population active. https://www.inegalites.fr/L-Assemblee-nationale-ne-compte-quasiment-plus-de-representants-des-milie
    Et c’est pareil à tous les échelons : les maires de grandes villes, les conseillers régionaux et départementaux, la grande majorité font partie de la bourgeoisie. https://www.inegalites.fr/L-origine-sociale-des-elus-ne-reflete-pas-la-societe-meme-au-niveau-local A priori, rien de mal à cela : un représentant du peuple doit, en république, être capable de faire abstraction de ses intérêts et perceptions pour se projeter dans ceux de la majorité, et penser en termes « d’intérêt général ». Mais comment le pourrait-il ? Actuellement, un élu des grands partis n’a de contact avec les classes moyennes et populaires que lorsqu’il se rend « sur les marchés ». La sortie sur les marchés est un lieu commun du discours politicien : « Sur les marchés, les gens me disent que leur priorité c’est la sécurité ! », « Sur les marchés les gens me disent que leur priorité c’est l’emploi ! », « Sur les marchés, j’ai rencontré cette femme au foyer extraordinaire qui… ». Bref, de nos jours la classe politique est constituée de bourgeois dont le seul lien avec le peuple est son bain de foule mensuel. C’est plutôt fragile comme représentation non ?


    On se retrouve donc avec des hauts fonctionnaires qui représentent des précaires, des millionnaires qui évoquent avec émotion « ces mères célibataires qui galèrent en fin de mois », des diplômés des Grandes écoles qui parlent au nom des apprentis artisans de 16 ans. Tous ces gens, bien peu éprouvés par leur vie de membres de la classe supérieure, utilisent qui plus est la politique pour se construire un univers professionnel et financier sécurisé, grâce notamment aux cumuls des mandats et des indemnités, un sport national. La politique pour nos élites c’est surtout un bon moyen de se faire un carnet d’adresses en béton armé, qui permet de tirer bien des ficelles, de caser les copains et de s’assurer une belle carrière. La vie politique est la vie professionnelle la moins risquée de toutes. Et c’est cette vie-là, faite sur notre dos et financée par nos impôts, qu’on nous demande de légitimer par nos votes.

    Plus la vie politique s’embourgeoise et se professionnalise, moins les gens votent. Depuis trente ans, les derniers élus des classes populaires disparaissent de notre vie politique et l’abstention atteint des sommets. Est-ce que le fait d’avoir des bourgeois protégés comme représentants suffit à nous pousser à ne plus voter pour eux, qui composent les sommets de tous les grands partis politiques ? Non, pas seulement. Ce qui nous pousse à ne plus voter pour les bourgeois, c’est qu’ils agissent d’abord en faveur des bourgeois.

    Plus les partis roulent pour la bourgeoisie, moins nous votons
    On a surtout en tête les exemples les plus éclatants : Nicolas Sarkozy, nouvellement élu président de la République en mai 2007, invite dans un resto chic parisien des stars du show biz et des grands patrons, que des très grandes fortunes. Deux mois plus tard, sa ministre de l’Économie, Christine Lagarde (devenue ensuite présidente du Fonds monétaire international puis présidente de la Banque Centrale Européenne), fait voter à l’Assemblée le « Paquet fiscal », un ensemble de mesures destinées à aider les entreprises et à alléger les impôts des plus riches. Les mois suivants, des milliers de ménages riches touchent des chèques de « remboursement » d’impôts de la part du fisc. Mais ça, c’était presque cohérent. Sarkozy avait été élu pour ça, il ne se cachait pas qu’il aimait les riches. Macron, quant à lui, avait un « projet », mais il n’a pas été bien clair sur lequel, même si la liste de ses riches donateurs pouvait nous donner un indice. https://www.frustrationmagazine.fr/enquete-les-puissants-donateurs-qui-ont-propulse-macron-et-leurs

    « L’alternance de gauche » incarné par Hollande nous avait montré la même politique de classe : pour divers prétextes (comme « réduire le chômage »), le gouvernement « socialiste » a distribué des milliards aux entreprises, en plusieurs vagues (« crédit impôt compétitivité », « pacte de responsabilité »…), assurant les marges de leurs actionnaires, et a constamment protégé les grands groupes de toute législation contraignante.

    Des cas comme celui-là il y en a eu des centaines ces trente dernières années. Quelles que soient les majorités et leurs programmes, elles finissent par voter des tonnes de mesures favorables aux plus riches. Et c’est tout à fait cohérent avec le parcours de nos « représentants » : Grandes écoles, gros revenus, ils défendent bien plus les intérêts de ces actionnaires et entrepreneurs que ceux de la majorité du peuple qu’ils sont censés représenter. Ils renvoient l’ascenseur à leurs copains de promo, rendent service à leurs anciens collègues de banque d’affaires ou anticipent leur pantouflage dans un grand groupe. Ils n’ont même pas besoin d’être corrompus pour avoir plus d’empathie pour la classe supérieure dont ils font partie que pour « les gens normaux » qu’ils croisent au marché.

    Et nous pendant ce temps nous devrions faire semblant de penser qu’il y a une différence entre ces grands partis ? Qu’entre les députés bourgeois de gauche et les députés bourgeois de droite ce ne seront pas toujours les bourgeois qui seront les mieux défendus ? Devrait-on permettre à leur mascarade d’alternance de perdurer ?

    Les « petits partis » sont-ils une alternative ?
     « Il y a pourtant l’embarras du choix » disent les éditorialistes excédés par l’abstention grimpante. Et d’énumérer avec une pointe d’ironie la liste des « petits partis » dont ils ne parlent jamais, sauf quand les règles électorales le leur imposent : écologistes, décroissants, anticapitalistes, communistes… Pourquoi donc la présence des « petits partis » ne suffit-elle pas à nous ramener aux urnes ?

    Alors que dans les grands partis on trouve une majorité de carriéristes qui rêvent de fauteuils et de salons lambrissés, les petits partis à gauche de l’échiquier regorgent quant à eux de puristes qui aiment se draper dans leurs beaux principes. Le tempérament groupusculaire qui en découle, celui qui conduit les gens de gauche à considérer la majorité de leurs concitoyens comme des beaufs complotistes, par exemple, explique déjà pas mal de choses.

    Mais pour les autres, composés aussi de gens sincèrement désireux de changer les choses et de disputer le leadership politique au RNLREM, l’explication vient également de l’extérieur. Le système électoral – de liste à deux tours dans le cas des élections locales – leur impose une existence liée aux grands partis. Pour survivre au second tour avec un score faible, il faut « fusionner » avec les grands partis ! Sinon, on disparaît dans les limbes, jusqu’à la prochaine élection ! Cela explique pourquoi nombre de communistes sont satellisés par le PS, quand ce n’est pas le cas des insoumis.

    C’est d’ailleurs pour ça qu’il y aussi des carriéristes dans les petits partis. Si vous voulez avoir une chance de devenir ministre LREM, ça peut être bien d’aller à EELV ! Et si vous êtes bien placé au PCF, vous serez sans doute un jour élu sur une liste « d’union de la gauche ». Inféodés aux grands, les petits partis reproduisent bien souvent les mêmes tares qu’eux. Alors à quoi bon voter pour eux, on peut savoir ?

    Ce que le vote est devenu
     Ce qui est étonnant, c’est que tout ce qu’on dit là, journalistes, politiques et militants le savent. Régulièrement ils le déplorent d’ailleurs. Mais il n’en demeure pas moins que pour eux, ça ne suffit pas à justifier l’abstention. Parce qu’en réalité, le vote qu’eux, les républicains acharnés, défendent, n’est pas le même que le nôtre.

    Le bulletin que notre bourgeoisie petite et grande nous demande de mettre dans l’urne n’est en fait pas un bulletin de souveraineté, comme il est écrit dans notre Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et comme nous le croyons. C’est un bulletin d’adhésion. L’adhésion à la République. Mais pas n’importe quelle république : la République bourgeoise. Une République qui a pour synonyme l’énoncé : « Un député représente le peuple, même s’il est un bourgeois, alors ayez confiance, braves gens ». Le bulletin qu’on nous demande de mettre dans l’urne c’est celui qui dit : « Je sais que ces politiques ne me représentent pas vraiment, que tout m’échappe, mais je suis beau joueur et j’accepte malgré tout les règles, parce que ça pourrait être pire ».
     « Car ça pourrait être pire »
    , nous répète-t-on en boucle. Pourquoi voter PS ou autre groupement de gauche carriériste ? Parce que si c’est la droite, ça sera pire. Pourquoi voter pour la droite ou LREM ? Parce que l’extrême-droite ça serait l’horreur absolue. Fini le vote programmatique, où l’on choisit ce qu’on aimerait pour nous, notre ville ou notre pays, bienvenue dans l’ère du « moins pire ».

    Mais ce qui est le « moins pire » pour nous, c’est le meilleur pour eux, les riches, les actionnaires et patrons qui sont au sommet de notre société. Notre « moins pire », c’est pour eux plus de dérégulation du droit du travail, plus de réduction d’impôt, et surtout l’assurance que jamais l’ordre des choses qui leur profite ne sera remis en question. Quoi de mieux pour eux que ce « moins pire » pour nous ?

    Nos conditions pour retourner aux urnes
     Pour récupérer les abstentionnistes et « renouveler » la politique, les élites ont recours à des propositions aussi hypocrites que grotesques, sans parler de leurs idées de contraindre le vote en le déclarant obligatoire, forçant ainsi les récalcitrants à accepter un régime pour lequel « des gens sont morts » (mais surtout grâce auquel des gens vivent bien). Le plus souvent, on met en avant des hommes politiques jeunes, comme si la jeunesse garantissait l’esprit d’innovation, et que notre problème de représentation était générationnel, et pas social.

    Ou encore on pratique l’appel à la « société civile » : on fait venir des associatifs, parents d’élèves, syndicalistes, on les entasse dans une salle, on les fait discuter d’un programme puis on retient deux trois propositions qui seront intégrées, ou pas, au programme de la liste « citoyenne ». Mais comme notre système politique n’oblige pas les représentants à respecter le programme pour lequel ils ont été élus, ce genre de consultation de signifie rien.

    Mais nous, on ne veut d’ailleurs pas de partis qui « associent les gens » à leurs décisions. On veut une organisation qui soit composée de ces « gens », autrement dit de la classe laborieuse, majoritaire dans ce pays.

    Pourquoi l’ensemble des organisations représentées en France au niveau politique sont-elles composées surtout de membres des classes supérieures ? Car, de gauche comme de droite, conformistes ou « anti-système », elles recrutent d’abord des gens qui ont du temps et de l’argent. Des étudiants, des cadres, des fonctionnaires… Mais aussi des gens « compétents », qui ont goût pour le débat et la lecture. C’est particulièrement fort à la gauche radicale. Ces organisations partent du principe que leurs idées sont complexes, subtiles et qu’elles nécessitent des esprits éduqués, alors même qu’elles sont censées bénéficier en priorité aux ouvriers et aux employés. Cet intellectualisme promeut donc des gens capables de parler en public, de maîtriser un vocabulaire idéologique bien particulier, et dissuade tous les gens non-diplômés qui souhaiteraient rejoindre ces organisations, grandement monopolisée par des diplômés de Science Po.

    L’abstention est un signe de bonne santé intellectuelle des Français justement ! Comptons sur cette intelligence collective pour produire une nouvelle organisation qui, débarrassée de cette discrimination intello, ouvre ses portes à ceux qui en ont réellement besoin : les ouvriers, les employés, les classes moyennes, les gens diplômés mais non « politisés », ceux que la politique politicienne écœure et qui voudraient seulement agir autour de principes à la fois simples mais qui permettent d’améliorer la vie de la majorité.

    Mais pour rendre possible l’existence de ce nouveau mouvement vraiment populaire, il faut d’abord arrêter de penser que les abstentionnistes sont des gens individualistes qui s’en foutent de tout. Ils sont d’abord des gens en colère mais qui croient trop en la démocratie pour voter pour « le moins pire » et qui ne veulent plus faciliter les carrières et les ambitions de quelques politiciens. Elles, ils et nous ne sommes pas dépolitisés : au contraire, c’est notre passion du collectif qui nous dégoûte du jeu politique qu’on nous vend.

    Source : https://www.frustrationmagazine.fr/abstention

    • Première publication le 22 décembre 2015. Remise à jour et nouvelle publication le 27 juin 2020. Remise à jour et nouvelle publication le 20 juin 2021. D’année en année le constat est le même,

  • « L’essentiel » va-t-il bouleverser les hiérarchies sociales ?
    https://www.inegalites.fr/essentiel

    La distinction entre « essentiel » et « non essentiel » entraîne une seconde réaction, au-delà de réactions corporatistes. Au nom de quoi les gouvernants, dans leur tour d’ivoire ministérielle, décident-ils à la place des citoyens de ce qui est « essentiel » et de ce qui ne l’est pas ? Est-ce qu’un tel classement d’en haut ne reflète pas avant tout la vision du monde de ceux et de celles qui ont le pouvoir ? En effet, la fermeture des magasins de sneakers leur semble évidente, ils n’ont pas les mêmes intérêts que les adolescents. Omettre aussi sur la liste la marchande de laines et la mercière ne leur pose pas de problème non plus.

    Certes émanant des élections, le pouvoir qui établit cette liste est légitime, mais celle-ci semble bien arbitraire à certains. On semble en revenir au jeu du « bon vouloir » du roi ou de la reine ! Chacun demande : « puis-je consommer ? ». Et le Président ou son représentant lui répond « oui » ou « non ». Et ce dernier a le droit de changer d’avis et de, finalement, refuser au citoyen d’acheter.

    Le fait que le pays soit devenu une grande cour de re-création de l’arbitraire a été interprété comme une marque de mépris des gens d’en haut. En effet, chacun bricole le sens de son existence en choisissant les activités, les produits qui lui conviennent. Alors pourquoi le virus autoriserait la suppression de ces micro-pouvoirs ? Même involontairement, la confection des étiquettes « essentiel » et « non essentiel » est vécue sur le mode d’une atteinte à la reconnaissance personnelle : « je ne suis plus maître de ce que je veux consommer, de ce qui fait sens pour moi, d’autres décident à ma place ». Déjà à l’école, l’appréciation « nulle » sur une copie « nulle » se transforme en un jugement sur la personne, « tu es nul ». Avec le confinement, un glissement comparable s’opère : « vous n’avez pas le droit d’exercer cette activité puisqu’elle est « non essentielle » devient « donc vous-même, vous êtes non essentiel, ou non essentielle ».

    Le classement entre « essentiel » et « non essentiel » crée provisoirement une forme nouvelle d’inégalité : en haut, la position des personnes à qui on reconnaît la vertu d’assurer surtout le réconfort et le soin, ou encore, mais de manière plus secondaire, le confort nécessaire pendant le confinement (par exemple les livreurs) ; et en bas, d’autres groupes habitués à être mieux considérés (une recherche, rapportée par Thomas Coutrot, montre que les cadres jugent pendant cette période leur activité moins « essentielle » que les employés et ouvriers : respectivement 35 % contre 50 % [1]). Même si ce sentiment ne dure pas, le fait qu’il ait eu lieu montre que le monde social est susceptible de bouger à nouveau, et notamment sur la question des rémunérations.

  • 18-24 ans : un peu plus de 400 000 jeunes concernés par un RSA-jeunes
    https://www.inegalites.fr/18-24-ans-un-peu-plus-de-400-000-jeunes-concernes-par-un-RSA-jeunes

    Sauf à vouloir proposer un revenu pour tous les jeunes, ce qui reviendrait à financer collectivement les études des enfants de familles aisées, proposer un revenu minimum aux jeunes sans ressources est largement à la portée de la France. Cette mesure serait beaucoup moins coûteuse, par exemple, que la suppression de la taxe d’habitation (une perte de 20 milliards par an pour les finances publiques). Elle est du niveau des réductions d’impôt sur le revenu pour l’emploi de personnel à domicile dont profitent majoritairement les familles aisées, chiffrées à 3,8 milliards pour 2021 [4], pour une utilité sociale et un impact économique (le RSA est intégralement réinjecté sous forme de dépenses) beaucoup moins importants. La France est bien face à un choix politique et les jeunes de milieu populaire font les frais de postures idéologiques [5] qui conduisent au statu quo depuis 30 ans.

  • La France vue d’en haut
    https://www.inegalites.fr/La-France-vue-d-en-haut

    Ce décalage a des causes sociologiques. Faire société perd son sens quand le niveau de vie d’une minorité de grands patrons ou de stars équivaut à plusieurs siècles de smic par an, alors que des millions de personnes n’arrivent même pas à atteindre le minimum salarial. Mais les inégalités n’opposent pas seulement, d’un côté, une élite des revenus et, de l’autre, le reste de la société. Des couches favorisées du point de vue économique mais aussi culturel (le niveau de diplôme) s’isolent du reste de la société. Des catégories au sein desquelles on retrouve des cadres du privé comme du public. Le slogan « tous unis contre les 1 % », si souvent mis en avant par la gauche cache, de plus en plus mal les privilèges de classes favorisées dont le niveau de vie est beaucoup moins élevé. Qui sait, par exemple qu’en France 80 % de la population vit avec moins de 2 600 euros mensuels pour une personne seule ? Bourgeoisies économiques et intellectuelles ne supportent pas de se voir qualifier de telles, surtout quand elles votent à gauche.

  • Jeunesse : en finir avec l’hypocrisie française
    https://www.inegalites.fr/Jeunesse-en-finir-avec-l-hypocrisie-francaise

    les politiques publiques destinées à favoriser le sort des jeunes ne sont pas à la hauteur, tant s’en faut. Du côté des minima sociaux, il aura fallu attendre trente ans après la création du revenu minimum d’insertion et une crise majeure pour envisager d’accorder (peut-être, un jour...), sans conditions autres que de ressources, ce minimum aux moins de 25 ans. Aucune raison ne justifie de séparer l’âge de la majorité politique de celui de la majorité économique. Si l’on refuse le RSA aux 18-25 ans, pour être cohérent avec cette infantilisation, repoussons donc le droit de vote ! Les jeunes n’ont aucune raison de voter pour des partis qui ne les considèrent pas entièrement comme majeurs. Bien sûr, il faut d’abord des politiques d’emploi et de formation pour améliorer la situation des jeunes, mais cela n’autorise pas à abandonner ainsi la jeunesse, contrainte parfois d’être hébergée par des amis, de retourner chez ses parents ou de vivre à la rue. Les jeunes sont d’abord des citoyens, qui attendent toujours l’égalité des droits sociaux et se voient refuser l’« assistance » dont ils ont besoin.

  • François Bayrou : avec 4000 euros par mois, « on est de la classe moyenne » - ladepeche.fr
    https://www.ladepeche.fr/2021/02/07/francois-bayrou-avec-4000-euros-par-mois-on-est-de-la-classe-moyenne-93592


    Portrait-robot des riches
    https://www.inegalites.fr/Portrait-robot-des-riches

    Qui sont les riches ? Le mystère reste entier car les éléments de définition manquent. En cherchant bien, on trouve tout de même des données sur ce que l’Insee appelle les « hauts revenus » [1]. Même s’ils datent (2014 et 2015), nous avons repris les chiffres disponibles sur ceux que nous appellerons ici les « riches », la tranche qui va des 10 % au 1 % le plus aisé et les « super-riches », celle du 1 % du sommet.