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  • Bardella-Farage : l’alliance de l’extrême droite pour organiser la chasse aux migrants
    https://www.revolutionpermanente.fr/Bardella-Farage-l-alliance-de-l-extreme-droite-pour-organiser-l

    Invité d’honneur du congrès de Reform UK, Jordan Bardella a signé un accord avec Nigel Farage pour coordonner la chasse aux migrants des deux côtés de la Manche. Une alliance de l’extrême droite qui se prépare déjà à gouverner.

    Vendredi dernier, la visite de Jordan Bardella à Nigel Farage n’était pas qu’une simple visite de courtoisie. Ce jour-là, le président du Rassemblement national était l’invité d’honneur de la conférence annuelle de Reform UK, le parti d’extrême droite ultra-raciste de Nigel Farage.

    Une invitation qui intervient en pleine crise du bipartisme britannique : conservateurs en chute libre, Labour discrédité par Starmer, désormais remplacé à Downing Street par Andy Burnham. Après sa débâcle aux élections locales, Starmer avait permis à Reform de réaliser une percée historique dans d’anciens bastions travaillistes et conservateurs.

    C’est dans ce contexte que Bardella et Farage ont exhibé devant les caméras un immense Memorandum, présenté comme une nouvelle Entente cordiale entre le Rassemblement national et Reform UK [1]. Dans une ambiance trumpiste, où la taille du pacte semble devoir compenser la finesse du propos, Bardella et Farage ont surtout mis en scène un accord aux mesures particulièrement brutales, mettant sur la place une chaîne organisée de détention et d’expulsion à travers la Manche. Ils s’engagent ainsi à refuser toute régularisation et à empêcher les départs depuis la France. Surtout, les bateaux interceptés dans les eaux britanniques seraient renvoyés vers la France, qui accepterait leurs occupants avant de les expulser vers leur pays d’origine.

    Mais c’est encore en dehors de ce pacte immonde que Reform réserve ses mesures les plus chocs : dans son projet baptisé, sans s’embarrasser de subtilité, Operation Fortress qui prévoit notamment l’intervention de la Royal Navy et les Royal Marines pour intercepter les embarcations de migrants. Pour les immigrés en « situation irrégulière » déjà présents sur le territoire britannique, Reform prévoit parallèlement de créer une nouvelle agence, véritable « commando de déportation », chargée de déporter jusqu’à 24 000 personnes par mois, soit près de 300 000 par an. Concernant les détenus immigrés, ceux-ci pourraient par ailleurs être déportés vers des prisons de pays comme le Salvador. Des projets qui rappellent fortement les méthodes de l’administration Trump et le rôle joué par l’ICE dans sa politique de déportation de masse.

    Cette politique s’inscrit aussi tout droit dans le durcissement européen des politiques migratoires : en juin, le Parlement européen a adopté le nouveau « règlement retour », massivement soutenu par l’extrême droite, qui prévoit notamment la possibilité de créer des « hubs de retours », c’est-à-dire des centres d’enfermement pour migrants dans des semi-colonies en vue de leur expulsion.

    L’image de Bardella et Farage n’est donc pas un simple coup de communication entre deux dirigeants d’extrême droite. Leur accord dessine déjà une politique commune pour le cas où leurs partis arriveraient simultanément au pouvoir : coordonner les contrôles aux frontières, les interceptions en mer, la détention et les expulsions des personnes étrangères.
    Des millions pour Reform, l’austérité pour les travailleurs

    Seulement voilà : Reform et Bardella se rêvent déjà au pouvoir, mais les scandales, eux, n’ont pas attendu. La veille de leur rencontre, une caméra cachée montrant deux hauts responsables de Reform - James Orr et Dan Jukes - discuter des dispositifs permettant de contourner les règles sur les financements étrangers tournait en boucle sur les plateaux télé. Tous deux ont dû quitter leurs fonctions, tandis que l’affaire est désormais examinée par la police britannique et la Commission électorale.

    Mais pendant que Farage courtise les grandes fortunes, son parti prépare un tout autre sort pour les travailleurs. À la tribune de la conférence, Robert Jenrick - porte-parole du parti pour les questions budgétaires - a annoncé vouloir sabrer 50 milliards de livres dans les dépenses sociales, tout en annonçant vouloir rassurer les marchés financiers sur leur politique économique.

    Les dirigeants de Reform, eux, ne risquent pas de souffrir de ces mêmes attaques, tant les milliardaires se chargent de remplir les caisses du parti. Rien que l’année dernière, le milliardaire Christopher Harborne, investisseur dans la cryptomonnaie, a versé à lui seul à Reform 12 millions de dollars.

    Et sur ce terrain aussi, Bardella et Farage ont de quoi s’entendre. Plus encore que Marine Le Pen, Bardella incarne au RN cette recherche de respectabilité auprès du patronat et des milieux d’affaires, multipliant les signaux destinés à rassurer ceux qui pourraient encore être dubitatifs de la servilité de Le Pen à la grande bourgeoisie. Une orientation parfaitement compatible avec Farage et l’héritage ultralibéral et libertarien de Reform. Derrière leur posture antisystème, les deux hommes regardent donc dans la même direction : coups de matraque pour les plus pauvres et les migrants, courbettes devant les plus riches. Décidément, ces deux-là sont bien faits pour s’entendre.
    Qui défendra le mieux les frontières ?

    De la droite à la gauche institutionnelle, les candidats à la présidentielle se sont empressés de dénoncer cet accord pour décrédibiliser le RN, en tête dans les sondages, et mieux vendre leur propre perspective chauvine de reprise en main made in France de la question migratoire.

    Pour Gabriel Attal notamment, un des architectes des pires offensives islamophobes sous la présidence de Macron, le président du groupe RN se serait « fait rouler dans la farine ». Sur un plateau de BFMTV, l’ancien premier ministre dit redouter que « la France [devienne] ce que le Royaume Uni avait voulu faire avec le Rwanda », faisant référence à l’accord xénophobe porté par le précédent gouvernement conservateur, prévoyant que les demandeurs d’asile arrivant sur le territoire britannique soient expulsés au Rwanda où leur demande d’asile serait étudiée.

    Même son de cloche chez Glucksmann. Pour le candidat Place Publique à la primaire de la gauche, ce pacte se ferait « au détriment des intérêts de la France » puisqu’il « déresponsabilise le Royaume Uni de question migratoire ». En fustigeant le RN pour sa « capitulation », Glucksmann en vient ainsi à se poser en meilleur défenseur des intérêts frontaliers français que Bardella lui-même.

    Des réactions qui occultent totalement la responsabilité des impérialismes français et britannique dans les guerres, le pillage et les régimes qu’ils soutiennent, qui poussent des millions de personnes à l’exil, en débattant de quel État doit avoir la charge de les repousser.
    Opposer notre internationalisme au leur

    Dans cette affaire, ce qu’il faut dénoncer, ce n’est pas que les migrants soient renvoyés du « mauvais » côté de la Manche. C’est le principe même de cette politique : qu’ils soient pourchassés, enfermés, refoulés et expulsés.

    C’est aussi tout l’enjeu de la candidature d’Anasse Kazib à la présidentielle de 2027 : faire entendre une voix de classe, antiraciste et internationaliste, qui refuse de céder le moindre terrain à l’extrême droite.
    Alors que celle-ci se radicalise, chaque concession sur l’immigration, les frontières ou la préférence nationale affaiblit la lutte antiraciste et divise notre classe.
    Il faut au contraire défendre sans ambiguïté la liberté de circulation et d’installation et l’ouverture des frontières, la régularisation de tous les sans-papiers, mais aussi la destruction des centres de rétention et la suppression de l’ensemble des lois sécuritaires et racistes qui visent en premier lieu les personnes étrangères et les quartiers populaires

    • Bardella - Farage : à raciste, raciste et demi

      Vendredi 4 septembre, Bardella a fait étape en Grande-Bretagne dans le cadre d’une tournée européenne destinée à cultiver son image de futur Premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027.

      Bardella a pris la parole au congrès du parti d’extrême droite probrexit Reform UK et s’est affiché aux côtés de son dirigeant, le britannique Nigel Farage. Les deux hommes ont en commun de spéculer sur la même haine des immigrés, utilisés auprès des électeurs comme des boucs émissaires, responsables de tous les maux. Mais la solidarité entre démagogues nationalistes a des limites, et Bardella en a fait les frais, roulé par plus malin que lui. En effet, le président du RN a signé avec Farage un « protocole d’accord » prévoyant notamment le renvoi vers la France de migrants interceptés dans les eaux britanniques. Alors que la campagne présidentielle est lancée en France, plusieurs concurrents du RN y ont vu immédiatement une occasion de doubler Bardella sur sa droite. Ainsi Edouard Phillipe et Gabriel Attal ont dénoncé pour l’un sa « soumission aux intérêts anglais », pour l’autre sa « faiblesse indigne ».

      Tout cela apparaît comme bien dérisoire, mais ne prête pas à rire. Quand ces bonimenteurs font mine de s’affronter sur le terrain de la « lutte contre l’immigration », chacun contribue à répandre dans la population le poison du racisme. Ils préparent ainsi le terrain pour aggraver les politiques répressives à l’encontre de milliers de femmes et d’hommes dont le seul tort est de vouloir fuir la misère et les guerres.
      Marc Rémy

      https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/bardella-farage-raciste-raciste-demi-196920.html

  • « A l’époque, l’Huma, le PCF stalinien, ses compagnons et tout un tas de bourgeois applaudirent à l’assassinat de la vieille garde bolchevique. Pour une explication politique de ce massacre de communistes dont le mouvement ouvrier révolutionnaire ne s’est pas encore relevé. »

    https://www.lutte-ouvriere.org/portail/journal/2017-02-01-1936-1938-les-proces-de-moscou-staline-massacrait-la-viei

    1936-1938, les procès de Moscou Staline massacrait la vieille garde bolchevique

    Dans l’URSS de Staline, l’année 1937 débuta par un des procès de Moscou, du 23 au 30 janvier. Le pouvoir voulut donner le maximum de résonance à ce procès dont les accusés étaient tous d’anciens compagnons de Lénine. Les victimes désignées des trois procès qui se tinrent à Moscou entre août 1936 et mars 1938 étaient mondialement connues. Membres du mouvement ouvrier russe et international, elles avaient préparé et mené à bien la révolution d’Octobre 1917, puis œuvré à la construction du premier État ouvrier de l’histoire et à l’extension de la révolution, avec la formation du parti mondial de la révolution socialiste, l’Internationale communiste.
    En fait, depuis qu’en décembre 1934 l’assassinat de Kirov, possible rival de Staline au sein de la haute bureaucratie, lui en avait donné le prétexte, le régime s’était lancé dans une répression de plus en plus vaste contre ce qui restait du Parti bolchevique.

    La bureaucratie musèle le parti de Lénine et de Trotsky

    Au début des années 1920, le parti de la révolution d’Octobre avait dégénéré, comme l’ensemble de l’État soviétique, avec le recul de la vague révolutionnaire en Europe et le renforcement, en URSS, d’une caste parasitaire ayant accaparé les leviers du pouvoir et choisi Staline comme porte-drapeau.

    Contre cette dégénérescence, une Opposition de gauche s’était formée dans le parti, avec des milliers de militants et cadres bolcheviques autour de Trotsky. Par la suite, la plupart des autres dirigeants de ce que l’on appelait encore « le parti de Lénine et Trotsky » allaient eux aussi s’opposer à Staline et à sa politique, mais ils furent défaits.

    Sur fond de recul généralisé du mouvement ouvrier international, puis de crise mondiale de l’économie capitaliste, Staline avait réussi à affermir son pouvoir et celui de la bureaucratie. Mais, au fil d’échecs et de gâchis de grande ampleur dus à sa politique, sa dictature n’avait encore rien d’incontestable parmi la bureaucratie. Même politiquement mis à l’écart, les leaders des diverses oppositions communistes gardaient un grand prestige dans la population et le parti, et auraient pu servir de recours au cas où une partie des cercles dirigeants aurait voulu se passer de Staline.

    Le risque d’une révolution victorieuse en Espagne

    À cela s’ajoutait un autre facteur décisif : la haine que staliniens et bureaucrates vouaient à la révolution ouvrière. Or, après des années de recul, le mouvement ouvrier révolutionnaire repartait de l’avant. Dans l’Espagne de juillet 1936, ouvriers et paysans avaient pris les armes, créé des organes de pouvoir en réaction au coup d’État militaire de Franco. C’était un danger pour les grandes puissances bourgeoises, telles l’Angleterre et la France dont Staline cherchait l’appui contre l’Allemagne nazie, mais aussi pour la bureaucratie, qui craignait qu’une montée révolutionnaire même lointaine ne redonne confiance à sa propre classe ouvrière et que celle-ci ne la chasse du pouvoir.

    Avec ces procès, Staline voulait se débarrasser d’adversaires vaincus politiquement, mais qui représentaient encore la seule révolution ouvrière qui ait triomphé, tout en montrant à la bourgeoisie mondiale qu’elle pouvait compter sur lui pour massacrer ceux qui incarnaient cette perspective. C’est ce qu’exprima à sa façon la Pravda du 10 octobre 1936 : « En Catalogne, l’élimination du trotskysme et des anarcho-syndicalistes a déjà commencé et se poursuivra avec la même énergie qu’en URSS. »

    Trois procès et un massacre systématique

    En URSS, si l’Opposition de gauche trotskyste poursuivait la lutte contre la dégénérescence stalinienne, les autres oppositions avaient rendu les armes. Leurs leaders – tels Zinoviev, Kamenev ou Boukharine – ayant été chassés du pouvoir, voire du parti, avaient capitulé afin d’y être réintégrés. En approuvant une politique qu’ils avaient combattue, leurs renoncements ne pouvaient que renforcer la dictature et préparer d’autres reniements. Lors des procès, la police politique allait exiger et obtenir – par le chantage à la fidélité au parti et, si cela ne suffisait pas, par la torture, la menace de s’en prendre à leurs proches – que ces anciens compagnons de Lénine piétinent leur passé, leurs idées, répudient ce qui avait été leur vie, en s’accusant des crimes les plus invraisemblables.

    Zinoviev et Kamenev furent les principaux accusés du premier procès, avec d’autres bolcheviks de premier plan : Ivan Smirnov, Evdokimov, Bakaïev, Mratchkovski… Ils y furent trainés dans la boue, condamnés et abattus peu après. Le même infâme scénario se répéta lors des deuxième et troisième procès, avec d’autres vieux-bolcheviks, des organisateurs de l’Armée rouge et du pouvoir des soviets : Piatakov, Serebriakov, Radek, Sokolnikov, Boukharine, Rykov, Krestinski, Rakovski, Mouralov, Drobnis, Bogouslavski… En 1936-1937-1938, allaient ainsi être assassinés par Staline presque tous les dirigeants de la révolution russe, la majorité des membres du comité central du parti de 1917 à 1923, la majorité du bureau politique de 1919 à 1924, ainsi que des milliers d’autres militants moins connus.

    À l’époque, ce qui frappa de stupeur fut la monstruosité des accusations portées durant ces procès et reprises, fait inouï, par des hommes qui avaient consacré leur vie à l’émancipation de la classe ouvrière. Ils avaient connu la prison, la déportation, l’exil, la clandestinité sous le tsarisme, affronté la mort durant la guerre civile, puis dirigé la construction du jeune État soviétique. Et c’est eux, à en croire l’accusateur Staline, qui auraient été les pires ennemis de l’URSS, du communisme, de la classe ouvrière !

    Pour orchestrer leur assassinat, Staline choisit comme procureur Vychinsky : le même homme qui avait lancé un mandat d’arrêt contre Lénine en 1917 allait requérir « la mort pour ces chiens enragés » d’ex-dirigeants bolcheviques.

    À l’en croire, ceux-ci avaient ourdi des actes de sabotage (il fallait que le régime trouve des raisons à ses échecs économiques) ; fomenté des attentats contre Staline et ses adjoints ; assassiné l’écrivain Gorki devenu stalinien ; comploté pour livrer l’URSS à l’impérialisme en espionnant au service de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, du Japon…

    Les accusations les plus délirantes sorties de l’imagination sanguinaire de Staline s’accumulaient sans souci de vraisemblance. Il fallait terroriser tous ceux qui voyaient que la politique de Staline menait l’URSS à la catastrophe, que le régime n’avait plus rien à voir avec le socialisme, que la classe ouvrière, qui avait fondé cet État, était écartée du pouvoir. Staline voulait aussi terroriser l’appareil d’État afin de le maintenir à sa botte.

    Entourés de la plus grande publicité par le stalinisme, et par ses relais hors de l’URSS, tels le PC français et l’Humanité qui applaudissaient au massacre des bolcheviks, ces trois procès ne représentent qu’une petite partie d’un massacre de révolutionnaires, non public mais d’une tout autre ampleur. Des milliers d’oppositionnels communistes disparurent sans procès dans les camps du goulag en 1937-1938. N’ayant pu les briser, Staline y fit fusiller les trotskystes à la chaîne.

    De ces bolcheviks, seul Trotsky resta à mener le combat. Il restait la cible principale de Staline et de ses tueurs, lui que ces procès avaient placé au premier rang des accusés et visé dans leur intitulé même : au procès du « centre terroriste trotskyste-zinoviéviste » de 1936 succéda celui du « centre antisoviétique trotskyste » en 1937 et celui du « bloc des droitiers et des trotskystes » en 1938.

    En faisant assassiner Trotsky, à Mexico en août 1940, Staline paracheva le massacre d’une cohorte de révolutionnaires qui avait ébranlé le monde en 1917 et accumulé une expérience de la lutte de classe comme nulle autre avant ni depuis. La bureaucratie y gagna un long répit. Le système capitaliste bien plus encore.

    En 1938, Trotsky affirma que « la crise historique de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire ». Le stalinisme y a contribué comme aucune force de la réaction, en assassinant la direction révolutionnaire que la lutte de classe avait fait surgir au début du 20e siècle.
    Pierre LAFFITTE

    https://x.com/Marcodebavas/status/2090377001437643062
    https://x.com/Marcodebavas/status/2090440600688496653

    • 19 août 1936, le premier procès de Moscou ou le jour où Staline a éliminé les pionniers de la révolution bolchevique
      https://www.humanite.fr/histoire/joseph-staline/19-aout-1936-le-premier-proces-de-moscou-ou-le-jour-ou-staline-a-elimine-le

      Selon les historiens, les procès de Moscou, en usant de ressorts complotistes, visent aussi à mobiliser le peuple contre les élites, permettant ainsi à Staline d’asseoir son pouvoir.

      Il y a 90 ans s’ouvrait le procès dit des seize qui allait conduire à l’élimination par Staline de Zinoviev, Kamenev et des pionniers de la révolution bolchevique.

      Il est 12 heures passées de 10 minutes le 19 août 1936 quand s’ouvre dans la salle « octobre » de la Maison des syndicats à Moscou le procès dit du « Centre trostkyste-zinovieviste ». Sur le banc des accusés, seize prévenus, parmi lesquels Grigory E. Zinoviev, ancien bras droit de Lénine, raconte Nicolas Werth dans Les procès de Moscou, ouvrage de référence sur la répression stalinienne entre 1936 et 1938. « Bolchevique de la première heure, (…) membre du comité central et depuis sa création du bureau politique, ancien président du soviet de Petrograd après la révolution d’octobre, il a été l’un des fondateurs de l’Internationale communiste et son président permanent », rappelle l’historien....

  • Ceuta : la hogra et le monde qui brûle | Sylvain George
    https://lundi.am/Ceuta-la-hogra-et-le-monde-qui-brule-7665

    À Ceuta, en quelques heures, tout un ordre politique s’est découvert. Le pouvoir marocain a laissé apparaître ce qu’il s’emploie ordinairement à contenir, à disperser ou à maintenir hors du champ visible : l’immensité du désir de départ qui traverse sa propre population. L’Europe a montré qu’elle pouvait voir des enfants, des femmes, des hommes jeunes et moins jeunes entrer dans la mer et ne reconnaître dans ces survivants qu’une menace contre ses frontières. Source : Lundi matin

    • Maroc : les raisons du désespoir

      Jeudi 30 juillet, des dizaines de milliers de jeunes ont tenté de rejoindre à la nage l’enclave espagnole de Ceuta en espérant entrer dans l’Union européenne.

      La plupart de ces jeunes dépeignent le sentiment d’impasse qui les a motivés.

      Des commentateurs ont voulu y voir l’effet des rumeurs et un effet d’entraînement contagieux sur les réseaux sociaux. Certains de ces jeunes ont même déclaré ensuite ne pas savoir pourquoi ils étaient partis. Une expression anglaise parlante, NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), désigne la jeunesse laissée pour compte au Maroc – 3 millions de jeunes entre 15 et 29 ans ! De plus, même parmi ceux qui ont une bonne formation, voire un travail, beaucoup ne s’en sortent pas. Ainsi, une jeune footballeuse tétouanaise de 20 ans, qui travaillait dans les cimetières pour aider sa famille, s’est noyée en nageant vers Ceuta. Certains restaurants ou bars de la région se sont vidés de leurs employés, partis, en tenue, dans l’espoir d’avoir une vie meilleure. Un maître-nageur venu avec ses amis de plus loin, des quartiers populaires de Casablanca, espérait gagner en Europe de quoi soigner ses parents. Encore caché dans l’enclave après le refoulement de la grande majorité, un commercial dit avoir abandonné sa place pas si mal payée pour le Maroc, 8 000 dirhams mensuels, soit 745 euros, car il n’arrive pas à avoir son propre appartement. D’autres dénoncent le manque de justice ou de libertés individuelles.

      Cette jeunesse est en partie la même qui a manifesté l’automne dernier pour dénoncer le manque de moyens dans les hôpitaux ou l’éducation et qui a subi la répression. Elle ne peut se résigner à la situation qu’elle vit.

      Frédéric Gesrol

      https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/maroc-raisons-desespoir-196190.html

  • #Ceuta : une soit disant crise migratoire bien instrumentalisée par l’internationale réactionnaire ?

    Ce post de Mr Mondialisation sur FB (je n’ai pas trouvé l’article correspondant sur leur site) et cet article de l’Huma (sous #paywall) :

    https://www.facebook.com/M.Mondialisation/posts/pfbid0fjHJR3QnKoeSdQQoZzfwUWKSxSsaYqXu6aZdvKehLBbBQuUtkQs2MUks77a1PLPsl

    Comprendre l’opération de déstabilisation de l’Espagne qui se joue depuis plusieurs jours par une guerre d’images parfaitement organisée.
    Pendant que certains médias parlent d’une simple « vague migratoire », les images racontent une autre histoire. De nombreuses vidéos montrent des camions et des autocars déposant des milliers de jeunes hommes en même temps, à proximité immédiate de Ceuta, avant leur ruée organisée vers la plage du Tarajal.
    Les vidéos montrent surtout que les autorités Marocaines aident à la logistique sur la route, sans les arrêter. Une logistique de cette ampleur n’a rien d’un déplacement spontané de candidats à l’exil. Nombre de ces jeunes arrivent en rigolant, avec des bouées et même des sticks pour filmer leur exploit et les publier en ligne parfois en direct. Plusieurs ont perdu la vie en sous estimant le risque de contourner ce simple bras de terre. Ces individus n’ont rien de migrants classiques en situation d’exil, ce qui devrait à minima alimenter des questions. Pourtant, tous les médias ont un narratif unique axée sur la peur : la vague migratoire est à nos portes. Ce n’est pas le cas.
    Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la technique est utilisée. En 2021 déjà, lors de la crise de Ceuta, le relâchement soudain et volontaire des contrôles frontaliers par Rabat avait été largement interprété comme un moyen de pression diplomatique sur Madrid dans le contexte du Sahara occidental. À la différence que cette fois, des dizaines de camions ont déversé ce flot humain sur les plages au même moment, poussant certains à la noyade.
    En résumé, des jeunes sont utilisés pour faire pression à la frontière de manière à générer un choc politique par l’image. La majorité d’entre eux sont rentrés chez eux le soir même, faute de nourriture, en passant la frontière dans l’autre sens.
    Une question demeure : comment des dizaines de milliers de personnes peuvent-elles se retrouver simultanément devant une frontière parmi les plus surveillées d’Afrique sans une organisation logistique ? Les vidéos montrant des véhicules transportant des groupes de jeunes méritent, à elles seules, une enquête approfondie. Les médias officiels restent pourtant discrets sur la question et ne publient pas ou peu ces images.
    Que chacun se fasse son opinion. Mais présenter ces événements comme un simple mouvement migratoire pour faire peur occulte les buts de l’opération : isoler l’Espagne de la scène internationale tout en alimentant la montée réactionnaire en Europe, favorable aux intérêts
    capitalistes. Par ailleurs, le contrôle du Détroit reste un enjeu économique majeur dans la région, y compris pour les Etats-Unis. Trump et Israël, alliés du Maroc, sabrent le champagne devant cette opération médiatique de grande envergure qui divise l’Europe.

    https://www.humanite.fr/monde/espagne/afflux-de-migrants-a-ceuta-le-gouvernement-espagnol-attaque-par-une-extreme

    L’arrivée de dizaines de milliers de jeunes Marocains dans l’enclave espagnole, la semaine dernière, même éphémère, a déchaîné les paniques racistes de l’extrême droite mondiale. Ce qu‘il s’est passé soulève des questions sur l’utilisation de l’immigration comme levier de déstabilisation mais aussi sur l’attitude des autorités marocaines.

    https://justpaste.it/e53bt

    • https://seenthis.net/messages/1184811

      La construction du récit de « l’invasion »

      Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

      Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

      Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    • https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/l-instrumentalisation-de-la-situation-a-ceuta-vire-a-la-caricature-de

      Plusieurs sources, dont l’AFP, laissent plutôt entendre que l’afflux massif de ces derniers jours résulte d’une nouvelle brouille diplomatique entre Madrid et Rabat, à l’heure où le Premier ministre espagnol essaie de se rapprocher de l’Algérie plutôt que du Maroc. Pedro Sanchez était à Alger il y a dix jours à peine pour essayer de tourner la page de quatre années difficiles. Dans ce contexte, un journaliste de l’agence de presse française affirme que des jeunes Marocains, rassemblés à la lisière de Ceuta, lui ont expliqué avoir entendu que « la frontière avait été ouverte ».

      Un contexte qui rappelle inévitablement la précédente crise migratoire de 2021, lorsque des milliers de Marocains avaient traversé la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un premier différend diplomatique avec l’Espagne. À l’époque, le Maroc avait reproché à Madrid l’accueil, pour y être soigné, du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario (soutenu par l’Algérie contre le Maroc).

      D’ailleurs, Pedro Sanchez - qui doit se rendre à Ceuta ce vendredi - a déjà expliqué que « des mesures pour le transfert » vers le Maroc seront prises pour « toutes les personnes qui sont entrées illégalement » dans l’enclave espagnole, après ce qu’il qualifie « d’attaque contre la souveraineté » de son pays. Du reste, nombre d’entre elles, 25.000 selon les premières évaluations, sont déjà retournées au Maroc, ce vendredi. Ce que ne disent pas les réactions françaises, promptes à qualifier ces migrants de danger imminent, quand bien même ils se trouvent actuellement sur un autre continent, dans une zone qui ne fait pas partie de l’espace Schengen, à 1 000 kilomètres du territoire français, de l’autre côté de la Méditerranée.

      Qu’importe, la pression porte ses fruits. Laurent Nunez s’est empressé ce vendredi matin d’annoncer que la France allait immédiatement renforcer ses contrôles aux frontières, « en profondeur », avant d’être appuyé par Emmanuel Macron, qui a demandé à la mi-journée à ce que « toutes les dispositions soient prises pour renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne ». Quitte à donner le point aux nationalistes et à leurs raccourcis.

    • La menace ne vient pas des immigrés de Ceuta, mais de nos propres dirigeants !

      L’arrivée de plusieurs dizaines de milliers de jeunes Marocains à Ceuta, enclave espagnole sur le continent africain, a immédiatement provoqué un déchainement de mensonges. Non seulement la droite et l’extrême droite, mais aussi la plupart des gouvernants européens rejoints par Trump aux États-Unis, ont brandi la menace d’une « invasion » dont il faudrait se défendre.

      Le fait qu’il y ait eu une centaine de morts ne leur a pas tiré une larme. Pas plus le fait que les migrants soient restés dehors, avec les seuls vêtements qu’ils portaient pendant leur traversée, sans argent ni accès à un minimum d’hygiène, en butte aux violences des militaires et de certains habitants. « On croyait atteindre le paradis, et on s’est retrouvé en enfer », résumait l’un d’eux, avant de regagner le Maroc, comme l’ont fait la très grande majorité d’entre eux.

      Liberté de circulation pour tous les travailleurs !

      Ces jeunes, parmi eux de nombreux adolescents de moins de 15 ans, ont voulu fuir la pauvreté, le chômage, qui touche, au Maroc, près de la moitié de la jeunesse. Pouvoir travailler et réaliser ainsi leurs rêves était leur seul but, le même que tous les jeunes de leur âge dans le monde. La liberté de se déplacer et le droit de s’installer là où les travailleurs peuvent gagner leur vie devrait être un droit élémentaire. Que des jeunes soient obligés, pour cela, de risquer la mort est révoltant !

      Le Premier ministre espagnol Sanchez a annoncé l’envoi de policiers, de militaires et de blindés, évoquant « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Mais que dire de l’intégrité du territoire marocain, alors que les enclaves de Ceuta et Melilla constituent des vestiges du colonialisme espagnol !

      Tous les dirigeants européens savaient très bien que ces milliers de jeunes ne pouvaient pas se rendre en Espagne ni dans l’Union européenne. En effet, Ceuta est soumis à un statut dérogatoire tel que l’accès au reste de l’Europe est aussi difficile qu’à partir du Maroc. Mais Macron a tout de même multiplié par cinq le nombre de policiers et de gendarmes à la frontière franco-espagnole.

      Les mensonges des dirigeants européens

      La palme du cynisme revient à la Première ministre italienne d’extrême droite Meloni, qui a annoncé la suspension de la libre circulation de l’espace Schengen à l’Espagne, avec laquelle l’Italie ne partage pourtant aucune frontière. La quasi-totalité des autres dirigeants de l’Union européenne lui ont emboité le pas. Tous ont délibérément menti car ils sont d’accord pour faire comme si l’immigration était aujourd’hui le danger principal. C’est une diversion ignoble, mais aussi dangereuse, utilisée par l’extrême droite, championne du repli sur soi, et par bien des politiciens.

      Tous veulent faire croire aux travailleurs que les immigrés constitueraient une menace et que les frontières pourraient protéger du chômage et de la pauvreté. Mais le responsable du chômage, de la précarité et des bas salaires est d’abord le patronat, et le faire reculer dépend exclusivement des luttes que le monde du travail est capable de mener pour s’opposer à sa rapacité. Ceux qui répètent qu’on ne peut pas « accueillir toute la misère du monde » nous prêchent en réalité la résignation et veulent nous faire accepter, comme une fatalité qu’on ne pourrait pas changer, l’état catastrophique des hôpitaux et de tous les services publics les plus vitaux…

      Combattre les vrais responsables de la misère

      Les véritables responsables de la misère, en France comme dans les autres pays, ce sont les actionnaires des géants du CAC 40 dont les profits ont augmenté de plus de 44 % au premier semestre 2026, pour atteindre à 74,93 milliards d’euros. Une minorité de richissimes bourgeois, 153 familles milliardaires, accapare les richesses produites par des millions de travailleurs. Une minorité de capitalistes et les gouvernants à leur service organisent l’exploitation de tous les peuples et le pillage des ressources des pays pauvres. Avec leurs rivalités et leurs guerres, des régions entières du monde sont détruites et rendues invivables.

      C’est tout cela qu’on voudrait nous faire oublier avec l’épouvantail de l’immigration. Garantir à tous une vie à la hauteur des immenses possibilités que recèle la société ne sera possible qu’en renversant le capitalisme. Quelles que soient leur nationalité, leur origine et leur religion, les travailleurs doivent refuser les divisions pour pouvoir mener ce combat commun contre leurs exploiteurs.

      Nathalie ARTHAUD

      https://www.lutte-ouvriere.org/portail/editoriaux/menace-vient-immigres-ceuta-propres-dirigeants-196142.html

    • Issu de https://legrandcontinent.eu/fr/2026/08/01/comment-se-positionnent-les-pays-europeens-face-a-la-crise-de-ceuta

      La lettre en question  : «  Vingt-deux chefs d’État et de gouvernement ont cosigné une lettre initiée par l’Italie et le Danemark, exigeant une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur. Ces derniers se retrouveront en visioconférence mardi 4 août.

      Si l’exclusion de l’Espagne de la zone Schengen n’est plus évoquée, les 22 s’en prennent à la politique de régularisation massive menée par l’Espagne, qu’ils accusent d’avoir provoqué un appel d’air ayant concouru à cette intrusion.  »

      La France qui envoie sa police pourchasser des migrants aussi imaginaires que les dahuts dans les Pyrénées fait partie des états les plus compréhensifs vis-à-vis de l’Espagne. Mon petit doigt me dit que ça doit bien lui arracher la gueule à notre pauvre Macron de pas hurler avec les loups, mais dérouler 700km de barbelés n’étant pas envisageable dans l’immédiat, il a du prendre sur lui. J’espère quand même que l’on va lui ouvrir une cellule psychologique à l’Élysée pour le soutenir dans cette douloureuse épreuve.

    • Évidemment ce bon vieux Rudy s’est immédiatement fendu d’un article défendant Israël, mais il faut tout lire et ça donne des sources :
      https://www.conspiracywatch.info/ceuta-le-reflexe-complotiste.html

      Le raisonnement à l’œuvre est un condensé de logique complotiste : on part des bénéficiaires supposés de l’événement (le fameux « is fecit cui prodest ») pour remonter aux commanditaires, et l’on tient la satisfaction affichée par certains pour un aveu. Or, comme l’écrit le politologue américain Michael Shurkin, « la Schadenfreude [« joie malsaine » − ndlr] n’est pas une preuve de complicité ou de responsabilité ». Il poursuit : « Je trouve fascinant que tant de gens sautent à la conclusion que cela doit forcément concerner Israël. Comme si le Maroc et l’Espagne n’étaient pas capables d’avoir leurs propres différends sans rapport avec Israël, ou comme si le Maroc était incapable d’agir ainsi pour ses propres raisons. »

      Sans surprise, les réseaux prorusses se sont emparés de l’affaire. Le centre de recherche Cyfluence a documenté l’amplification de la thèse du complot « israélo-américain » par des comptes alignés sur Moscou ainsi que sa reprise par RT et par le réseau de sites « Pravda ». Un seul post a cumulé des millions de vues et plus de 4 400 retweets.

      À supposer même que cet afflux ait été téléguidé, le Maroc n’a besoin de personne pour « arsenaliser » les migrants − ainsi que l’ont déjà fait Moscou et Minsk contre la Pologne. En mai 2021, Rabat avait laissé plus de 8 000 personnes entrer à Ceuta en quarante-huit heures pour punir Madrid d’avoir discrètement hospitalisé le chef du Front Polisario (mouvement luttant pour l’autodétermination du Sahara occidental, soutenu par Alger). Ni Israël ni les États-Unis ne s’en étaient mêlés.

    • Crise de Ceuta : pourquoi les révolutionnaires défendent l’ouverture des frontières ? Billet d’Anasse Kazib
      https://www.revolutionpermanente.fr/Crise-de-Ceuta-pourquoi-les-revolutionnaires-defendent-l-ouvert

      Anasse Kazib, candidat à l’élection présidentielle de 2027, réagit aux questions d’électeurs de gauche depuis le début de la tragédie de Ceuta, où plus de 100 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’enclave espagnole depuis le Maroc. Il revient sur la nécessité de défendre l’ouverture des frontières, à rebours d’une gauche institutionnelle qui s’adapte aux politiques de l’Europe forteresse.

      Les frontières permettent de fabriquer une main-d’œuvre privée de droits, notamment les sans-papiers, que le patronat peut surexploiter avec des salaires plus bas, des horaires plus longs et la menace permanente de l’expulsion. Cette pression ne s’exerce pas seulement contre les travailleurs immigrés : elle tire aussi vers le bas les conditions de l’ensemble de la classe ouvrière.

      On nous répète sans cesse que les frontières sont là pour protéger les travailleurs. En réalité, elles protègent avant tout les intérêts des classes dirigeantes. Le capital, lui, ne connaît pas de frontières. Les multinationales déplacent leurs usines là où les salaires sont les plus bas, investissent où les profits sont les plus élevés, spéculent d’un continent à l’autre et pillent les ressources du monde entier sans passeport ni visa. Les marchandises et les capitaux circulent librement.

      La classe ouvrière n’a pas d’intérêt à défendre les frontières de sa bourgeoisie. Son intérêt est de s’unir au-delà des nationalités et des origines pour combattre ceux qui vivent de son exploitation. Il faut refuser un monde où l’argent est libre de circuler, ou le patronat peut exploiter qui il veut ou il veut mais où les êtres humains sont enfermés derrière des barbelés. Il faut exactement l’inverse : lutter contre le capital, garantir à toutes et tous la liberté de circulation et d’installation, et construire l’unité internationale des travailleurs...

    • Ceuta : une frontière impériale devenue un tombeau

      Ceuta n’a jamais été une simple limite administrative. Elle est à la fois le produit d’une histoire impériale ancienne et le point de rencontre de décisions économiques beaucoup plus récentes. Ni l’une ni les autres ne peuvent être traitées uniquement avec des clôtures, des patrouilles et des procédures d’éloignement.

      Que faire ?

      D’abord, établir les faits. Chaque mort doit être identifiée. Chaque disparition doit être documentée. Chaque usage de la force doit pouvoir être examiné. Le contrôle d’une frontière ne suspend ni le droit à la vie ni l’obligation de rendre des comptes.

      Ensuite, reconstruire une véritable politique économique frontalière.

      L’Union européenne et l’Espagne ne peuvent demander au Maroc de contenir les départs tout en considérant la situation sociale de Fnideq comme une affaire exclusivement marocaine. Une coopération crédible devrait financer des emplois formels, des formations professionnelles, des infrastructures productives et des activités susceptibles de remplacer durablement l’ancienne économie de contrebande.

      Enfin, il faut donner une réalité aux voies régulières de mobilité.

      L’Espagne dispose déjà de programmes de gestion collective des recrutements dans les pays d’origine, le dispositif dit « GECCO ». En 2025, 25 767 travailleurs étrangers ont participé à ces dispositifs de migration circulaire dans dix-sept pays partenaires, en hausse de 25 % en un an. Ces programmes démontrent qu’une mobilité organisée, assortie d’un contrat de travail et d’un cadre public, est possible.

      Ils ne sont pas exempts de critiques. La dépendance envers l’employeur, les conditions d’hébergement et les risques d’exploitation, notamment dans l’agriculture, doivent être combattus. Mais la réponse à ces insuffisances n’est pas de renoncer aux voies légales. Elle consiste à les étendre, à les diversifier et à mieux protéger ceux qui les empruntent.

      Le travail, les études, la formation et la circulation temporaire ne supprimeront pas tous les départs irréguliers. Ils permettront au moins de retirer aux passeurs, aux rumeurs et aux crises diplomatiques le monopole du calendrier migratoire.

      L’Europe a progressivement délégué une partie de sa politique migratoire aux États chargés d’empêcher les départs. Ce modèle crée une dépendance dangereuse. Lorsque le contrôle se relâche, volontairement ou non, la frontière cesse en quelques heures d’apparaître comme une protection : elle devient un piège.

      L’histoire ne se répète pas. Elle lègue des lieux, des institutions et des frontières.

      En 1415, la conquête de Ceuta ouvrait l’expansion portugaise outre-mer. En 1578, Ksar el-Kébir en révéla les limites sanglantes. En 2026, la ville est devenue, pour une partie de la jeunesse marocaine, un horizon visible à l’œil nu et pourtant presque inaccessible.

      L’écho entre ces dates n’est pas celui d’une prétendue guerre de civilisations.

      Il est celui d’une géographie héritée de la puissance sur laquelle viennent aujourd’hui se briser les inégalités économiques et l’inégale liberté de circuler.

      Une Europe fidèle aux droits qu’elle proclame ne peut se contenter de mieux fermer cette frontière.

      Elle doit agir pour qu’aucun mur, aucune digue et aucun bras de mer ne redeviennent un tombeau.

      https://blogs.mediapart.fr/alexis-vessat/blog/070826/ceuta-une-frontiere-imperiale-devenue-un-tombeau

  • Le Pen candidate : une ennemie des travailleurs
    https://videos.lutte-ouvriere.org/medias/videos/2026/07/pen-candidate-ennemie-travailleurs-195709.mp4

    Le Pen candidate pour servir la bourgeoisie

    Quelques heures après le jugement de la cour d’appel de Paris, le 7 juillet, sur l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, Marine Le Pen annonçait sa candidature à l’élection présidentielle au JT de TF1.

    La cour d’appel a confirmé la condamnation pour détournement de fonds publics des douze cadres du RN qui avaient contesté la décision de première instance. Mais elle a soigneusement calibré la peine de Marine Le Pen pour lui permettre d’être candidate à l’élection présidentielle. Elle l’a même revendiqué en invoquant « la liberté des candidatures » et « le libre choix des électeurs ». La dirigeante du RN, après avoir été rejugée dans un délai record dont rêverait n’importe quel justiciable ordinaire, a donc vu sa peine fortement réduite. Elle a été condamnée à 45 mois d’inéligibilité, dont 15 mois ferme, et à trois ans de prison, dont un an ferme exécutable sous bracelet électronique.

    Forte de ce jugement qui met un terme à sa période d’inéligibilité, Marine Le Pen annonçait dès 20 heures qu’elle se pourvoyait en cassation. Un tel pourvoi, qui devrait intervenir après l’élection, suspendrait sa peine et donc le port d’un bracelet. La justice est décidément bien faite pour les puissants disposant d’une armée d’avocats, surtout quand ils apparaissent aux yeux de toute une fraction de l’appareil d’État comme un recours possible face à la crise politique du pays.

    Balayant le risque d’une nouvelle condamnation, misant sur son immunité en cas de victoire, la cheffe du RN en appelle désormais à la sagesse des électeurs « qui seront juges ». Comme tant d’autres politiciens, à commencer par l’ex-président Sarkozy, Le Pen se considère donc au-dessus des lois qu’elle estime toujours trop clémentes pour les délinquants ordinaires.

    Le suspens entretenu entre le plan A-Le Pen et le plan B-Bardella étant levé, le duo peut donc partir en campagne, bras dessus, bras dessous. Dédaignant les commentaires sur leur rivalité, Le Pen a parlé d’un « ticket gagnant », elle à l’Élysée, lui à Matignon. Autrement dit, les deux larrons se partageront le travail pour tenter de séduire le plus grand nombre d’électeurs. Le Pen, la riche héritière qui a su prendre au bon moment ses distances avec son père, incarnera la continuité historique de son parti tout en cultivant son image de « candidate du peuple ». Bardella continuera à draguer les électeurs de la droite traditionnelle en prônant moins de taxes, des coupes budgétaires massives voire l’introduction de la retraite par capitalisation. Les deux s’inclinent très bas devant le grand capital.

    Quant au fonds de commerce permanent du RN, repris jusqu’à la nausée par la plupart de ses concurrents, la xénophobie et la stigmatisation incessante des étrangers accusés de tous les maux, il rend aussi un immense service au grand patronat. Il divise les travailleurs dans une période où leur unité pour se défendre face aux attaques patronales est plus que jamais nécessaire et il leur fait oublier que les responsables du chômage, des bas salaires et de la vie chère sont les capitalistes.

    Loin d’être le parti antisystème qu’il a prétendu être pour attirer les électeurs des classes populaires écœurés par la politique des gouvernements successifs, le RN se prépare donc à gouverner au service de la bourgeoisie. S’il est illusoire de croire qu’on pourrait empêcher la progression de l’extrême droite par une décision de justice, on ne l’enrayera pas non plus en restant sur le terrain des élections, comme le proclament les concurrents de Le Pen. Pour stopper la progression de ces idées et l’évolution réactionnaire de toute la société, la seule voie est que les travailleurs retrouvent la conscience qu’ils font fonctionner toute la société. Ils sont les plus légitimes pour la diriger et les seuls capables de proposer une alternative pour sortir le monde de l’impasse dans laquelle le capitalisme l’enfonce.

    Xavier Lachau

    https://www.lutte-ouvriere.org/portail/journal/rn-pen-candidate-servir-bourgeoisie-195646.html

  • Iran : l’impérialisme nous mène à la guerre généralisée
    https://www.lutte-ouvriere.org/portail/editoriaux/iran-menent-guerre-generalisee-192170.html

    Les États-Unis et Israël ont déclenché une nouvelle guerre aux conséquences incalculables. Il y a déjà plusieurs centaines de morts en Iran, dont une centaine de petites filles tuées par l’explosion de leur école. Et combien d’Israéliens tomberont, victimes de cette politique ?

    On a vu les gouvernements israélien et américain à l’œuvre dans la bande de Gaza. L’armée israélienne s’est acharnée à détruire et à massacrer pendant presque deux ans, tuant 70 000 hommes, femmes et enfants. Ce sont des incendiaires et des assassins !

    De nombreux Iraniens se sont réjouis de la mort de leurs bourreaux, à commencer par celle d’Ali Khamenei, tué dans les premières heures de la guerre. On les comprend, mais ceux qui présentent cette guerre comme le moyen de libérer la population d’un régime haï sont des menteurs.

    Ceux qui bombardent les peuples ne sont jamais des libérateurs. Les États-Unis ne l’ont été ni en Irak, ni en Afghanistan, ni en Syrie. L’armée française ne l’a été ni en Libye ni au Mali. Leur but n’a jamais été de défendre les peuples mais de les soumettre à leurs intérêts par les armes.

    Les États-Unis veulent avoir un régime à leur botte en Iran. De même qu’ils le veulent pour Cuba, le Venezuela, l’Amérique latine, le Groenland. De même qu’ils le voulaient en Ukraine, ce qui a entraîné la guerre avec la Russie.

    Cette guerre n’a rien de préventif. Elle est une étape de plus dans le cheminement vers la guerre mondiale. Et, à leur échelle, nos propres dirigeants apportent leur contribution à l’engrenage guerrier, puisqu’avec Merz et Starmer, Macron a proposé ses services à Trump et Netanyahou pour « des actions défensives » contre l’Iran. Comme si le régime iranien était à l’origine de cette guerre !

    Pour l’heure, la Chine se tient à distance des combats que l’impérialisme américain mène pour rester le maître du monde, mais elle est dans son collimateur. Et elle finira bien par être impliquée.

    Tant que l’humanité sera gouvernée par des bandes de voleurs et de criminels, prêts à tout pour servir les plus riches, la guerre sera notre seul et unique horizon. C’est de la folie et un gâchis humain monstrueux.

    L’humanité court à sa destruction au moment même où elle atteint un degré de développement extraordinaire. Nous sommes en 2026. Nous n’avons jamais disposé d’autant de richesses à partager. Nous n’avons jamais eu autant de moyens techniques et de possibilités pour répondre à nos besoins. Les savoirs et les progrès accumulés permettent aux peuples de communiquer, d’échanger et de coopérer par-delà les frontières, les mers et les océans. Mais c’est guerres sur guerres, destructions sur destructions, cadavres sur cadavres !

    On nous précipite vers la guerre généralisée parce que partout, dans tous les pays, ceux qui dirigent sont aveuglés par l’accumulation insensée de richesses et la course aux profits. Il s’agit toujours de défendre les intérêts particuliers de vautours qui n’ont jamais fait qu’exploiter et piétiner les travailleurs !

    Nous voyons arriver la guerre depuis des mois, sinon des années. Tous les pays se réarment à marche forcée. L’arsenal qui s’accumule atteint une puissance et un degré inédits dans la sophistication et l’art de tuer. La propagande guerrière, le nationalisme et la militarisation de la société avancent partout à grands pas. Et nous savons que les travailleurs seront les premiers à payer cette guerre, parce que ce sont toujours leurs enfants qui sont envoyés en première ligne.

    Nous nous sentons incapables de l’empêcher. C’est un drame car le monde du travail est justement la seule force qui aurait les moyens d’y faire obstacle. Le temps qu’il se relève, prenne conscience de son poids dans la société et mette la classe des exploiteurs et des va-t-en-guerre hors d’état de nuire, combien de morts seront encore à déplorer ?

    Il est donc urgent de travailler à l’organisation des travailleurs contre une classe capitaliste qui met en péril l’humanité tout entière et qui ne mérite plus de diriger. Il faut que les travailleurs décident de prendre leur sort en main et de gérer eux-mêmes la société. Le plus tôt sera le mieux !

    Nathalie ARTHAUD

    • Porte-avions au Moyen-Orient Un pas de plus dans la guerre
      https://www.lutte-ouvriere.org/portail/breves/porte-avions-moyen-orient-guerre-192239.html

      Macron a annoncé l’envoi du porte-avions Charles De Gaulle au Moyen-Orient. La veille, dans une mise en scène devant un sous-marin nucléaire, il s’est posé en chef européen de la guerre nucléaire.

      Le chef du petit impérialisme français cherche une petite place derrière Trump pour défendre les intérêts des capitalistes français au Moyen-Orient.

      Cela n’a rien à voir avec la protection de la population en France mais signifie des sacrifices pour les travailleurs, économiques d’abord, en vies humaines ensuite. Les fauteurs de guerre sont les capitalistes qui se disputent les marchés. Ce sont eux nos ennemis.

    • Eh oui, malheureusement !

      Terrible position de Jean-Luc Mélenchon sur l’agression de l’Iran par les États-Unis et Israël, appuyée par l’impérialisme français.

      Comme si l’envoi d’une frégate à Chypre et du porte-avion Charles de Gaulle en Méditerranée, pour protéger les bases françaises dans le Golfe et les alliés de l’Etat français pouvait servir à une « politique de paix ». Comme si c’était normal que la France dispose de bases militaires au Moyen-Orient. Pourquoi Melenchon ne dit rien la dessus ? Pourquoi n’ose t-il jamais dire que la France doit dégager des territoires souverains !

      Il n’y a qu’une seule position qui vaille face au bellicisme impérialiste : exiger que les États-Unis et la France dégagent du Moyen-Orient. Dénoncer la guerre en cours, y compris les opérations de notre impérialisme, en se plaçant inconditionnellement du côté du pays opprimé, en toute indépendance du régime iranien.

      Répéter la paix, comme dans le monde des bisounours, sans exiger immédiatement l’arrêt de l’agression impérialiste, c’est du charabia. Mais c’est surtout un embellissement de la guerre et une défense hypocrite des intérêts de l’impérialisme français.

      La position pro-impérialiste français de Melenchon n’est pas juste une « limite » ou un petit désaccord, cette position doit être combattue car elle nous prépare à accepter toutes les justifications « défensives » de notre impérialisme et à se ranger derrière lui dans les moments chauds.
      Anasse Kazib
      https://x.com/AnasseKazib/status/2029162113357210069

      Idem pour Mathilde Pannot :

      Vous êtes sûrement passés à côté, mais quand Mathilde Panot dit que « la France a raison d’honorer ses engagements », elle répond au journaliste qui parle de l’envoie de rafales au dessus des Émirats Arabes Unis, du Charles de Gaulle en Méditerranée et de la volonté de Coalition de Macron pour agir dans le détroit d’Ormuz.

      Dire juste après que « la France ne doit pas mettre un doigt dans cette guerre » n’a aucun sens, elle y a déjà les deux pieds.

      À la fin, ce discours va dans le même sens que les discours quant aux actions soi-disant « défensives » , qui visent à justifier la présence de l’impérialisme français qui va faire respecter ses intérêts dans la région.

      En réalité, la France, comme les USA, doit dégager du Moyen-Orient, avec ses rafales, ses bases militaires et son porte-avions ! Gaëtan Gracia
      https://x.com/GaetanGracia/status/2029166825594839504

      Car non, LFI n’est pas d’extrême gauche !

      Et donc les partis communistes révolutionnaires sont indispensables, même si à faible surface, même si souvent immobilisés dans une orientation, et surtout une langue, ouvriéristes (dixit Lordon) ... (Sic !).

      Ceux-ci ont toutefois une pensée claire, internationaliste ! Et un langage accessible à tous !

    • Ce que la France défend vraiment dans le Golfe persique

      L’image de l’engrenage s’impose : l’offensive menée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran est en train d’embarquer la France dans son sillage, à l’insu de son plein gré pourrait-on dire, puisqu’Emmanuel Macron a appelé dès son début à un cessez-le-feu et à un retour à la négociation. Mais un processus insidieux s’est mis en place, une sorte d’entrée dans le conflit à reculons depuis que la riposte de l’Iran a frappé la plupart des pays du Golfe persique.

      La base aéronavale française d’Abou Dhabi, située en face du célèbre « Louvre Abu Dhabi », a été attaquée par des drones. Il n’y a heureusement pas eu de morts, mais des dégâts matériels suffisants pour bloquer le fonctionnement de l’installation portuaire.

      De fait, les militaires français aident les Emirats à contrer l’attaque iranienne. Il pourrait en être de même sur une bonne partie de la rive sud du Golfe, puisqu’Emmanuel Macron affirme vouloir « être aux côtés de nos alliés, de nos amis, de la région, pour leur sécurité et leur intégrité territoriale ». Les « amis » ont pour noms Qatar, Koweït et donc les Emirats arabes unis (EAU).

      ... on peut s’interroger sur ce pour quoi et pour qui nous mettons en jeu la vie de nos soldats. L’histoire de la base française d’Abou Dhabi mérite d’être rappelée : elle se veut la vitrine de l’excellence des armes tricolores dans le Moyen-Orient...

      ... Voilà pour la vitrine, derrière laquelle se cache l’arrière-cuisine de ventes très lucratives d’armes (environ 25 milliards d’euros) comme le Rafale, les canons Caesar ou les chars Leclerc. Elle est moins ragoûtante : en 2018, la France fut accusée par Amnesty International de complicité de crimes de guerre au Yemen en raison de l’utilisation de ces armes made in France contre les populations civiles...

      ... Si on veut faire simple : les troupes françaises sont stationnées dans le Golfe pour assurer les clients de Dassault Aviation et les investisseurs dans le CAC 40, et protéger nos exportations. C’est moins chevaleresque que le « respect de la parole de la France » invoquée autrefois pour justifier l’emploi des troupes coloniales, mais plus réaliste.

      Sens des priorités

      Pour ne pas apparaître comme participant à l’agression israélo-américaine en cours, Emmanuel Macron et la ministre des Armées, Catherine Vautrin, présentent le dispositif français comme exclusivement « défensif ». Les généraux à la retraite qui se multiplient sur les plateaux des chaînes de commentaires en continu expliquent ainsi qu’abattre des drones ou des missiles en vol, c’est de la défense, et bombarder ceux qui les pilotent depuis le sol iranien, c’est de l’attaque. Mais ils ajoutent que, pour se défendre, on est parfois bien obligé d’attaquer…

      Les accords de défense – surtout celui avec les EAU – sont en fait très engageants et obligent la France à une action militaire sur simple demande du gouvernement de Doha ou d’Abou Dhabi, même si ces principautés abritent aussi d’importantes bases militaires américaines actives dans le conflit.
      Ces accords expliquent le déploiement de forces considérables en avions, frégates, blindés, et soldats, que le gouvernement français a jusqu’à aujourd’hui refusé à l’Ukraine pour contrer l’agression russe, pourtant déclaré danger majeur pour notre liberté en Europe et en France. A croire qu’à Paris, on préférerait mourir pour Doha que pour Kiev…

      Doigt dans l’engrenage

      La France a donc bien plus qu’un petit doigt dans l’engrenage de la cobelligérance, et elle pourrait y mettre toute la main, voire le bras si elle tentait d’envoyer sa marine ouvrir de force le détroit d’Ormuz par lequel passe 20 % du pétrole mondial et le gaz qatari. Pour ce faire, Macron annonçait le 3 mars vouloir être « à l’initiative d’une coalition, afin de réunir les moyens, y compris militaires, pour reprendre et sécuriser le trafic maritime ». La France aurait ainsi à jouer un rôle autonome sur le terrain des opérations, celui d’assurer la liberté de navigation, et donc la fluidité des marchés de l’énergie.

      Mais dès le lendemain, Donald Trump disait vouloir constituer des convois maritimes escortés par sa marine pour forcer le blocus imposé par le régime iranien. Vu le rapport des forces entre l’US Navy et la « Royale », le projet macronien pourrait se conclure par la simple intégration de notre porte-avions Charles-de-Gaulle à un dispositif sous commandement américain.

      Sortir de l’étau formé par le sanguinaire régime des mollahs et le duo américano-israélien, dont les buts sont (intentionnellement ?) nébuleux n’est de fait pas un problème militaire mais politique. Sous les injures de Trump, le gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sanchez montre qu’une autre voie est possible, réellement autonome, en dénonçant la guerre et en refusant toute coopération.

      Au-delà de la pétition de principes, et quitte à garantir l’intégrité territoriale d’un pays réellement menacé et en position de faiblesse manifeste de cette région, la France pourrait davantage affirmer son soutien à la souveraineté du Liban, pour contrer la volonté d’Israël à occuper encore une fois un morceau de ce pays. Elle y dispose de soldats, intégrés dans la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban), avec un mandat des Nations unies jusqu’à la fin de l’année. Ils pourraient être épaulés par les Rafales du Charles-de-Gaulle, qui sera « sur zone » la semaine prochaine. Une action conforme au droit international que l’exécutif prétend soutenir.

      Une autre politique est possible au Moyen-Orient, mais elle nécessiterait de la résolution pour assumer une confrontation avec Donald Trump et Benyamin Netanyahou. En attendant, les soldats français comptent les coups...

      https://www.alternatives-economiques.fr/herve-nathan/ce-que-la-france-defend-vraiment-dans-le-golfe-persique/00118008

    • Derrière les appels à la « paix », Mélenchon s’aligne avec l’orientation impérialiste de Macron

      Tout en appelant au « cessez-le-feu », Mélenchon et LFI apportent leur soutien aux opérations de l’impérialisme français visant à protéger ses bases mais aussi ses alliés, telles que les pétromonarchies du Golfe. Une position qui conduit à s’aligner sur le déploiement de l’impérialisme français au large de Chypre et en Méditerranée orientale.

      https://www.revolutionpermanente.fr/Derriere-les-appels-a-la-paix-Melenchon-s-aligne-avec-l-orienta

  • Discours de Mandon : la guerre avec la Russie est-elle inévitable ?
    https://frustrationmagazine.fr/mandon-propagande-russie

    Le 18 novembre dernier, Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, c’est-à-dire le commandant des trois corps d’armée (Marine, Terre, Air et Espace), qui est la plus haute autorité militaire derrière le président de la République, était invité par le congrès de l’Association des maires de France, une structure centenaire qui représente et conseille les maires […]

    #International

    • Pas question de sacrifier nos enfants pour de sales guerres capitalistes !

      Le général Mandon, fraîchement nommé chef d’état-major des Armées et en service commandé de l’Élysée, enchaîne les discours va-t-en guerre.

      Il y a un mois, il expliquait que la population civile devait se préparer à « un choc militaire avec la Russie » d’ici « trois, quatre ans ». La semaine dernière, devant les maires de France, il a demandé de se tenir prêt « à accepter de perdre ses enfants et de souffrir économiquement ».

      Nos enfants sous l’uniforme et marchant vers la mort, voilà l’avenir que nous réservent les dirigeants du pays ! Cette perspective est proprement révoltante, mais c’est bel et bien le futur qu’ils nous préparent activement.

      Cet été, le ministère de la Santé a demandé aux hôpitaux et aux agences régionales de santé de se préparer à soigner des centaines de milliers de blessés de guerre. La semaine dernière, le gouvernement a publié un kit de survie incluant la situation de guerre. Et jeudi prochain, Macron annoncera l’instauration, dès 2026, d’un service national volontaire. Il est, pour l’heure, prévu au volontariat, mais ce n’en est pas moins le retour du service militaire.

      Côté réarmement, les préparatifs s’accélèrent. Dassault va pouvoir augmenter son rythme de production de Rafale. La production de canons Caesar a été doublée. Près de Lorient, la Fonderie de Bretagne, qui fabriquait des pièces pour l’automobile, est censée se lancer dans la production d’obus. Comme en 14-18, l’industrie se reconvertit pour les marchands de canons. Et pour cela, l’argent ne manque pas, le budget militaire est d’ailleurs en hausse de 3,5 milliards d’euros !

      Et puis, il y a surtout le bourrage de crâne pour nous mettre en condition. Pas un jour ne passe sans que la Russie soit présentée comme l’ennemi numéro 1. Pas un jour sans que l’on nous dise qu’elle se prépare à nous attaquer et qu’il faut se mettre en situation de se défendre.

      Le gouvernement se présente comme l’innocente victime qui ne chercherait que la paix. Mais qui engendre les guerres dans le monde ? Qui a transformé l’Afrique et le Moyen-Orient en champs de bataille permanents pour les puits de pétrole de TotalEnergies, les mines d’uranium d’Orano, les contrats de Thales, de Dassault ou les marchés du Crédit agricole, de BNP Paribas ? Ce sont les grandes puissances, dont la France !

      L’État français ne vise pas la paix, il défend les intérêts des capitalistes et n’a cessé de le faire par les armes.

      En Ukraine, la France a participé, aux côtés des États-Unis et de l’OTAN, au bras de fer avec la Russie, en aidant à l’installation de bases militaires et en manœuvrant pour faire basculer les richesses de ce pays, ses terres agricoles, ses minerais, ses entreprises, dans le giron occidental. Ensuite, Poutine a transformé cette guerre sourde en affrontement armé et en bain de sang. Mais nos dirigeants ne sont pas de blanches colombes !

      En livrant matériels et instructeurs militaires, ils ont même fait de cette guerre leur propre guerre, laissant à l’Ukraine les morts, les destructions et des dettes éternelles. Aujourd’hui, les dirigeants américains et européens se chamaillent pour continuer de dépouiller l’Ukraine, et le plan de paix qu’ils concoctent n’est qu’un partage du pays entre grandes puissances.

      Ce sont les intérêts sonnants et trébuchants des capitalistes qui définissent le soutien à telle ou telle guerre et à tel ou tel camp, et pas la défense de valeurs supérieures, ni la défense de la patrie !

      En 1915, la révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg écrivait : « La légende de la défense de la patrie appartient tout autant à l’art de la guerre que la poudre et le plomb. » C’est toujours vrai, et on nous soûle désormais de cette légende.

      Un chroniqueur a appuyé l’appel au sacrifice du général Mandon, en expliquant qu’il fallait défendre l’Europe et la France car ce serait « le petit bout de terre le plus libre du monde ».

      Mais cette liberté vaut pour qui ? Pour l’ouvrier enchaîné à sa machine ? Pour celui qui n’a même pas la liberté de travailler ? Pour celui sans le sou ? Pour le travailleur étranger privé de papiers ? Non !

      Pour le monde du travail, la liberté, la démocratie et la souveraineté restent à conquérir, et cela ne pourra se faire que contre la classe capitaliste et nos propres dirigeants. S’il y a une guerre juste pour laquelle il faut être prêt à se sacrifier, c’est celle-là, et aucune autre.

      Alors, n’acceptons pas la guerre que nous préparent Macron, les galonnés et les marchands de canons pour la seule quête de leurs marchés, de leurs profits et leur domination sur le monde !

      Nathalie ARTHAUD

      https://www.lutte-ouvriere.org/portail/editoriaux/question-sacrifier-enfants-sales-guerres-capitalistes-188686.html

  • ISF, taxe Zucman : la lutte contre le grand capital et ses faux-semblants

    https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/isf-taxe-zucman-lutte-contre-grand-capital-faux-semblants-188025.htm

    [...] Les partis de gauche s’accrochent aujourd’hui à la vessie de la taxe Zucman qu’ils transforment en lanterne magique. Un de leurs mentors, Thomas Piketty, traduisant une expression allemande de l’après-­Deuxième Guerre mondiale, évoque à ce propos le nécessaire «  partage du fardeau  » entre les classes.

    Dans le même esprit, la CFDT, non désavouée par l’intersyndicale regroupant toutes les confédérations, répète à l’envi que le pays a besoin d’un budget et que les «  efforts doivent être partagés par tous, pas seulement les travailleurs, travailleuses, les personnes les plus précaires, etc.  ». Au lendemain des manifestations du 10 et 18 septembre, sa secrétaire, Marylise Léon, affirmait que les travailleurs «  refusent d’être les seuls à faire des sacrifices  », ce qui signifiait qu’ils devaient accepter pleinement d’en faire de nouveaux.

    Ayant renoncé de longue date à toute politique s’en prenant vraiment au capital, c’est-à-dire à sa direction de l’économie et de l’État, la gauche ressasse les vieilles fariboles sur le «  consentement à l’impôt  ». «  Que chacun contribue à la chose publique selon ses moyens  », avançait ainsi un député communiste il y a quelques années en proposant le rétablissement de l’ISF. Un rétablissement que prônaient d’ailleurs conjointement, bien qu’à des niveaux différents, les partis du Nouveau front populaire (NFP) et le Rassemblement national aux législatives de 2024.

    Mais les travailleurs ne peuvent mettre leurs espoirs dans une énième mouture de cette forme d’imposition... [...]

  • La France insoumise est-elle anticapitaliste ?
    https://blog.mondediplo.net/la-france-insoumise-est-elle-anticapitaliste

    «Płyną po niebie» (Flottant dans le ciel), 1931. Marek Włodarski.

    On préfère prévenir : c’est un peu long, et parfois un peu abstrait. Mais c’est la question qui veut ça. Il suffit de savoir si on veut en parler sérieusement ou pas, et, si oui, faire avec ce que ça implique.

    C’est un débat stratégique, donc c’est un débat théorique.

    Disons les choses d’emblée. De tous les personnages politiques de la Ve République, on n’en trouve aucun qui ait l’envergure intellectuelle de Jean-Luc Mélenchon. La pensée de Mon Général n’était guère allée au-delà d’« une certaine idée de la France » (on n’a jamais vraiment su laquelle), la culture littéraire de Mitterrand ne lui donnait aucune intelligence de la société capitaliste — puis nous sommes entrés dans l’ère des comptables imbéciles et des énergumènes fascisateurs. L’intellectualité de Mélenchon a façonné toute la FI, qui est la seule formation politique institutionnelle où l’on pense, et l’Institut La Boétie est à cet égard une remarquable réussite — comme en témoigne son dernier ouvrage, Nouveau peuple, nouvelle gauche , récemment paru.

    (...) On en revient toujours à la même chose : il ne suffit pas de se déclarer pour « la rupture », il faut dire la rupture avec quoi. Que la FI rompe avec bien des choses, nous le savons, et, relativement à toute la gauche institutionnelle devenue de droite, quand ça n’est pas d’extrême-droite, nous lui en savons gré. Rompre avec ce capitalisme, sans doute ; avec le capitalisme, non.

    La chose est particulièrement flagrante, et d’ailleurs au principe d’une inconséquence remarquable, à propos de l’écocide et du changement climatique, une question où l’on ne peut pas douter de la parfaite sincérité de la FI et de Jean-Luc Mélenchon (ce sont presque des centaines de pages que son livre leur consacre), alors même qu’en ce lieu maximal il n’y a pas d’autre issue que la rupture avec le capitalisme : avec la propriété lucrative et la logique de l’accumulation indéfinie. Qui sont au cœur de tous les capitalismes. Jean-Luc Mélenchon évoque en ces termes ce qu’il appelle le « constat politique fondateur dans notre théorie » : « Le rapport aux réseaux collectifs est nécessairement la source et l’enjeu des conflictualités écologiques, sociales et politiques de notre temps ». Non : l’enjeu fondamental de toutes ces conflictualités, c’est la propriété lucrative.

    Flottements dans le signifiant flottant (« peuple »)

    Que faire de « peuple » dans ces conditions ? Ici encore, il faut repartir des intentions théoriques et politiques directrices. Il s’agissait de produire une théorie rénovée du groupe sujet (de l’histoire) et, on l’a assez dit, le prolétariat usinier n’y suffisait plus. Un groupe sujet, c’est un groupe mobilisé ; et un groupe mobilisé, c’est un groupe qui s’est reconnu dans une proposition de « pour-soi » — telle qu’il se la forge lui-même, mais aussi telle qu’il en reçoit des formulations, des influences du dehors. Or cette adhésion à un « pour-soi » n’a évidemment aucune chance si elle ne peut faire fond sur une représentation bien formée de l’existence commune, en laquelle le groupe reconnaisse en effet sa condition commune. C’est bien pourquoi, comme y insiste Nancy Fraser dans son dialogue avec Jean-Luc Mélenchon, il importait de soustraire la « nouvelle classe » à l’exclusivité de la vie au travail, pour l’étendre à toutes les autres conditions d’existence, celles de la reproduction (7), notamment, oui, dans les réseaux — et pourvu, bien sûr, qu’on n’oublie pas la première. Alors la classe devient la synthèse de toutes les conditions de la vie. On a maintenant compris que ça n’est pas ainsi que les choses ont tourné, et que le bout à dépasser, mais à conserver, est devenu le bout abandonné.

    La deuxième intention, où la politique et la stratégie s’articulent naturellement à la théorie, était de produire une classe sujet à partir d’un simple agrégat de conditions variées qui s’ignorent comme condition commune, donc de fournir un signifiant en lequel chacun puisse se déclarer comme y appartenant, comme étant bien « le sien ». Par quoi, en effet, on arme une force politique.

    « Peuple » était-il le meilleur signifiant possible ? Jean-Luc Mélenchon offre un argument qu’on ne saurait écarter d’un revers de main : les expériences historiques récentes indiquent que c’est sous ce signifiant, et non « prolétariat » ou « classe ouvrière, que des masses se sont assemblées pour produire du changement politique : en Amérique latine ou lors des Printemps arabes. Le constat est irréfragable. Il n’est pas sûr pour autant qu’il donne le dernier mot de la discussion. On ne voudrait pas ajouter à l’interminable querelle du « populisme » — entendu au sens de Mouffe et Laclau, et pas de l’imbécillité journalistique — si ce n’est tout de même pour rappeler ceci : toute production d’une classe repose sur une part de malentendu puisqu’il faut faire passer une multitude de conditions individuelles qui ne sont pas parfaitement identiques pour une condition commune unique. C’était l’une des thèses principales de Laclau et Mouffe. Le signifiant qui la nomme, ajoutaient-ils, a donc nécessairement le caractère d’un signifiant flottant — à quelque degré. Pas trop grand tout de même, ajouterions-nous pour notre part. Sinon le malentendu qui permet à la rigueur de conquérir le pouvoir ressurgit aussitôt après et devient intraitable. Par exemple, dire « peuple » sans avoir dit qu’on le concevait comme la classe anti-propriété lucrative, fait prendre, une fois au pied du mur, le risque de menus désaccords avec tous ceux qui n’avaient pas compris ça comme ça.

    En tout cas le peuple défini par les réseaux demande à ce que son statut soit précisé. Car de deux choses l’une : 1) soit « peuple » n’a que le statut d’une proposition imaginaire, identificatoire, destinée à produire l’agrégation là où « ouvrier » ne le peut plus, mais alors on peut faire mieux : par exemple en redéfinissant le peuple comme l’ensemble de ceux à qui le capitalisme fait une vie de merde et sous tous les rapports, aussi bien au travail (production) qu’à la maison (reproduction) — reste à trouver le mot adéquat pour « vie de merde »… 2) soit « peuple » est effectivement promu au rang de concept de théorie politique mais, s’il est défini par les réseaux seulement, alors il reste déficitaire pour les raisons qu’on a déjà maintes fois dites : dans le peuple des réseaux, le producteur a disparu, et la lutte contre la propriété lucrative par la même occasion.

    Il reste autour de « peuple » une dernière objection, importante. Comme on sait, il n’y a pas d’atomistique du signifiant : les signifiants arrivent nécessairement liés, la signification ne se donne que dans des ensembles signifiants, un seul d’entre eux fait immanquablement venir les autres. Sans surprise, « peuple » reconvoque immédiatement tout l’ensemble d’une saisie institutionnelle et juridique de la politique. La preuve en est aussitôt donnée dans les trois contenus de la « révolution citoyenne ». Découverte inattendue, le premier est la propriété — et déconvenue immédiate : il est expédié en un tiers de page qui ne dit rien sinon que « c’est un point très sensible (8) » (indeed !). Les deux autres sont respectivement « le renversement dans la hiérarchie des normes (9) » (pour défaire le primat des règles de la concurrence), et surtout l’ordre institutionnel qui correspond aux principes de la révolution citoyenne comme participation généralisée — et l’on sent bien que c’est ici que se situe le gros de l’affaire. Au total un univers politique passablement hétérogène à celui de la « classe ouvrière », qui ne pouvait sans doute plus convenir telle quelle, mais dont l’ensemble signifiant auquel elle se rattachait au moins voyait l’essentiel, mettant en son centre la propriété lucrative via l’exploitation.

    L’introuvable révolution paisible (« citoyenne »)

    L’évacuation de la propriété, comme l’orientation juridique-institutionnelle de la « révolution citoyenne », ont ceci de très cohérent qu’elles confirment son déni majeur : le déni de la violence. Dans « révolution citoyenne », tout est fait pour qu’on entende « citoyenne » bien plus que « révolution ». Or, là encore, on sait parfaitement à quel ensemble le signifiant « citoyenne » appartient, et quelles images l’accompagnent, entre les conventions citoyennes (qui ne servent à rien) et les cahiers de doléance citoyens (enterrés). Bien sûr ça n’est pas à ces impostures que Mélenchon pense. Il reste que le citoyennisme, si on peut l’appeler comme ça, se reconnaît surtout à ses orientations délibératives. La force tranquille de la parole y règne, les assemblées y sont souveraines, l’activité constituante intense. Sans le moindre doute, ce sont d’excellentes choses. Toute la question est de savoir si de cette manière on saisit tout ce qu’il y a à saisir dans l’idée de révolution.

    Les épisodes récents d’après lesquels Jean-Luc Mélenchon a formé ses idées de peuple et de révolution citoyenne ont ceci de caractéristique que, précisément, ils n’ont rien eu de révolutionnaire, hélas. On voit assez vite pourquoi. Si « révolution » signifie changement radical de l’état des choses, quand l’état des choses est capitaliste, elle signifie ipso facto de s’en prendre à ce qui en fait l’essence, et l’essence c’est la propriété lucrative. De fait, partout la propriété lucrative continue de se bien porter, merci. Ceci ne veut certainement pas dire qu’il ne s’est rien passé — mais qu’il ne s’est rien passé de proprement révolutionnaire.

    Considérons maintenant les chances d’une révolution qui en plus d’être citoyenne n’oublierait pas d’être révolutionnaire. Les événements les plus récents sont à cet égard bien éclairants. La microscopique atteinte au règne de l’auto-accroissement de l’argent que constitue la taxe Zucman suscite une violence réactionnaire qui donne une assez bonne indication du degré de radicalisation fanatique de la bourgeoisie. Et, par un argument a fortiori, de « l’accueil » qui serait réservé à des projets de mise au pas de la propriété lucrative. Dans une manière de langage très symptomatique, le qualificatif « existentiel » farcit aujourd’hui les discours des pouvoirs et des dominations les plus agressives. On ne doutera donc pas un instant que le capital se déclarerait aussitôt en situation de « combat existentiel » — et, disons-le, pour une fois l’usage du terme serait assez approprié : car en effet, il s’agirait de s’en prendre à son existence même. Dit autrement : de lui faire la peau.

    C’est le moment où il convient alors de rappeler que « existentiel », comme on le voit actuellement en de nombreuses instanciations, est le passeport pour la justification des violences les plus extrêmes, génocidaires et exterminatrices s’il le faut. Voilà ce que serait « l’accueil » d’une rupture non pas avec ce capitalisme mais avec le capitalisme — les vents de l’Histoire y souffleraient en bourrasques et les aménités du citoyennisme y seraient balayées comme fétus.

    En réalité, Jean-Luc Mélenchon étant l’homme de culture historique et politique que nous savons, on ne peut s’empêcher d’entendre la révolution citoyenne comme une reprise de « la voie démocratique vers le socialisme » d’Allende. Dont on sait pourtant comment elle tourna. Il eut fallu pour qu’elle tournât autrement qu’Allende consentît à donner aux ouvriers les armes qu’ils réclamaient. Ce qu’il ne fit pas, tant il fallait que la voie vers le socialisme demeurât démocratique, c’est-à-dire délibérative et pacifique — comme citoyenne avant l’heure.

    On ne dira pas qu’on ne comprend pas les prudences de la France Insoumise qui, pour ne pas trop inquiéter, fait comme elle peut avec cette contradiction objective dans les têtes d’une population — ou d’un peuple — qui veut que « tout change » mais qui a (aurait…) la hantise du désordre et de la violence, qui ne voit pas que « tout changer » fait littéralement dés-ordre, et que les potentats d’un siècle et demi ne lâcheront pas le morceau avec grâce. Alors la « révolution citoyenne », légitimement soucieuse de ne pas jeter d’un coup tous ses prospects dans l’affolement, vient passer un peu de baume sur cette petite plaie à vif, donnant de quoi au désir de « tout changer » en accordant simultanément ce qu’il veut au désir contraire de la tranquillité : on va faire de grands changements en discutant beaucoup ensemble et tout ira bien. Hélas non, tout n’ira pas bien car, en face, on n’est pas (du tout) disposé à jouer l’essentiel à la roulette du débat et des assemblées. Nous le savons pourtant puisque les pauvres petites oppositions à la loi travail, aux retraites à 64 ans et à l’impudence des riches ont déjà été bien assez pour faire inventer la BRAV, la dronisation des manifs et les Centaures. On imagine donc sans peine le passage des crans d’après.

    Anticapitaliste comment ?

    Redisons qu’il n’est pas demandé à la FI d’être anticapitaliste et révolutionnaire si elle ne veut pas l’être, ou plus exactement si elle voit que, mis à part dans les bizarres oxymores mexicains (10), être un parti institutionnel et être un parti révolutionnaire est comme une contradiction dans les termes. En se mettant sans crier gare à dire « anticapitalisme », la FI a en tout cas mis le doigt dans un drôle d’engrenage. En réalité, dans cette histoire, tout le monde se met un peu en porte-à-faux : d’une part, la cible électorale qui ne veut pas les conséquences de ce qu’elle veut — du « grand changement » mais si possible sans verre cassé –, et d’autre part, la FI qui lui sert de la « révolution citoyenne » comme résolution purement verbale de ses incohérences sans voir, de son côté, jusqu’où son anticapitalisme tout neuf pourrait l’entraîner. À plus forte raison de ce que la contradiction est bien plantée au cœur de sa propre machine, typiquement à propos de la question de l’écocide qui, elle, ne tolère pas les faux-semblants. En ce lieu au moins, l’anticapitalisme n’est pas une option.

    Or, pour l’heure, l’anticapitalisme et la révolution de la FI ont tout du toc — on s’excuse de le leur dire un peu rudement mais, au point où on en est, et quelque sympathie qu’on puisse leur porter, il faut bien clarifier la discussion. On pourrait cependant choisir de prendre la FI au mot — au piège ? à son propre piège ? —, et ne pas la laisser, si c’était son intention, s’installer dans un anticapitalisme factice, simple captateur opportuniste d’humeur — car il est bien certain qu’il se développe une humeur, il faut d’ailleurs croire que la FI en mesure assez bien la portance, peut-être même dans sa propre base, dont une part est sans doute prête à aller plus loin que sa direction dans la « rupture », pourquoi pas jusqu’à passer de « ce » à « le » (capitalisme).

    Il reste qu’on ne lâche pas à nouveau les gros mots comme « anticapitalisme » ou « révolution » sans conséquences, à plus forte raison quand ils sont diffusés, non plus depuis les seules franges groupusculaires, mais par une formation politique de masse — cela, la FI peut le revendiquer sans qu’on le lui conteste. Car, circulant, les mots se mettent à faire leur chemin. Peut-être sans s’en rendre compte tout à fait — à en juger par les déséquilibres où elle se met elle-même —, la FI, quand elle commence à dire « anticapitalisme », accomplit de fait, sinon d’intention, une opération politique fondamentale : installer dans l’espace public un nouveau problème, contraindre le débat à se couler dans de nouvelles coordonnées problématiques. On sait très bien que l’opération décisive en politique réside dans la fixation de l’agenda. Soit la capacité d’imposer la réponse à la question : de quoi parle-t-on ? Nous aurions donc ici le cas remarquable d’un faiseur d’agenda, pour l’heure sensiblement dépassé par son propre agenda.

    À moins qu’il ne reste une dernière hypothèse — mais celle-là, on ne l’aime pas trop. Anticipant l’énorme adversité dans laquelle elle aurait à exercer le pouvoir, la FI voit — elle le dit d’ailleurs explicitement — que le soutien de la rue lui serait indispensable. Dans ces conditions, autant chauffer les troupes comme il faut et bien à l’avance. Pas d’erreur : à cet égard, « anticapitalisme », c’est du calorique. Mais juste bon à élever le niveau général de radicalité qui prépare les bonnes mobilisations, afin de maintenir un pouvoir qui n’aurait dans les faits aucune visée anticapitaliste sérieuse — juste l’intention de se maintenir au mieux.

    Pour que les choses soient claires, la position particulière défendue ici est que si un jour un pouvoir FI se présente, on prend ! Et sans hésiter — ni même oublier d’aider à ce que ça advienne. Mais sans non plus se raconter La Reine des neiges ou Le Monde de Narnia. N’en reste pas moins, quelle que soit l’hypothèse — ou bien celle d’un cheminement anticapitaliste sincère mais encore inconséquent, ou bien celle d’un usage instrumental légèrement hypocrite —, que dire et redire « anticapitalisme » et « révolution », refabriquer du discours politique à diffusion large avec « anticapitalisme » et « révolution » dedans, ne laisse pas les esprits tout à fait indemnes, refaçonne leurs pensées dans des coordonnées inouïes. Et les habitue à tourner ces problèmes nouveaux d’une manière qui pourrait bien préparer le travail de la conséquence. Peut-être jusqu’à forcer ceux qui n’y croyaient pas vraiment.

    • Au moment où la crise politique s’approfondit, Mélenchon tend à nouveau la main au Parti Socialiste. Ce n’est pas un hasard : sa stratégie électorale le condamne à ce type de manoeuvres.

      La rentrée a montré qu’il y avait une colère à la base forte et une envie de se battre. Face à la crise profonde du régime et du macronisme, il faut une riposte par en bas pour tout leur reprendre, pas une NUPES 3.0. On vaut mieux que ces tambouilles électorales et ces éternelles alliances avec des ennemis de classe qui permettent de les réhabiliter.

      Le seul mot d’ordre qui vaille dans la période, et qu’on devrait tous marteler, c’est :

      Grève générale pour faire tomber Macron !

      Et non pas « union de la gauche » pour renforcer encore plus le PS et toute la clique, les vidéos en ASMR pour « lutter contre l’extrême droite », ou encore nous ressortir Lucie Castets, qui voulait déjà liquider les trois pauvres mesurettes du programme.

      Il faut tirer le bilan de la séquence et construire, à l’image de ce qu’il se passe en Italie, un grand mouvement de grève générale qui mette au cœur la chute de Macron, la fin du génocide à Gaza et de nouvelles aspirations démocratiques pour en finir avec l’institution présidentielle, la fin de la 5eme, avec une assemblée unique, des élus révocables à tout moment et avec salaire d’un travailleur qualifié.

      Il faut arrêter d’être amnésiques et de recommencer les tambouilles de la gauche. On a vu la NUPES, ensuite on a vu le NFP, c’est bon. On dirait un couple toxique qui ne lâche pas l’affaire.

      On l’a vu pendant deux ans : ce ne sont que trahisons, conclaves et appels à une austérité « acceptable ». Même aujourd’hui, ils sont prêts à sauver Macron.

      La réalité, c’est qu’une dissolution dans un contexte de reflux de la lutte des classes profitera inévitablement au RN, tout en renforçant l’aile droite du PS, avec l’effondrement du macronisme.

      Si le NFP était déjà un programme ultra, ultra dilué, construit sur le plus petit dénominateur commun, loin des besoins réels et de la lutte contre le système, un NFP 2.0 ne serait rien d’autre qu’un macronisme peint en rouge, avec un PS regonflé qui raflerait la majorité des sièges du bloc de gauche.

      Miser là-dessus n’a aucun sens. Ce n’est pas un espoir, c’est la désillusion inévitable au bout du tunnel, et la victoire assurée du RN en 2027. Il faut au contraire croire en nos propres forces, c’est le 10 et le 18 septembre qui ont permis l’approfondissement de la crise, la chute de Bayrou, la pression direct sur Lecornu à ne pas utiliser 49.3 ou encore proposer des mesurettes sur les inégalités.

      Il n’y a que le chemin de la lutte des classes qui puisse changer la trajectoire et, plus encore, ouvrir la voie à d’autres aspirations."

      Anasse Kazib

      https://x.com/AnasseKazib/status/1975223372045799696

    • « Du côté des cercles macronistes, le naufrage est total, les rats ont quitté le navire. La tendance « centriste » du clan au pouvoir ne cache plus sa colère. Gabriel Attal, jadis considéré comme un dauphin de Macron, déclare publiquement : « Ça fait 1 an qu’on a des raisons d’être affligés, mais je dois dire que ce soir, on atteint le summum. Nous n’avons pas à nous sentir comptables de cela ». Même l’UDI, le micro-parti centriste, qui est toujours resté fidèle à Macron, a annoncé quitter le socle commun. C’est le crépuscule de Macron.

      Pour autant, il n’y aura aucune solution institutionnelle ou électorale à cette crise. Si une improbable coalition de gauche gagnait une élection législative comme durant l’été 2024, Macron ne respecterait pas plus le résultat que par le passé. Et si l’extrême droite arrive en tête, il s’empressera de lui confier les clés du pouvoir. Nous serons perdants dans tous les cas. La seule issue est donc un mouvement insurrectionnel qui paralyserait le pays et sifflerait la fin de cette sinistre farce. »

      https://contre-attaque.net/2025/10/07/le-crepuscule-du-regime

    • LFI tente de ressusciter la Nupes !
      https://threadreaderapp.com/thread/1975332002481283475.htm

      ... le mouvement social.

      Alors que l’énergie militante devrait être entièrement consacrée à raviver les étincelles du 10 septembre, c’est déjà la tambouille électorale qui recommence, comme s’il ne s’était rien passé depuis 2 ans.

      En 2023, nous sortions cet édito intitulé « La NUPES : la catastrophe stratégique de la France Insoumise ». C’est comme si tout ça pouvait se reproduire de nouveau...https://frustrationmagazine.fr/nupes

      https://x.com/GramsRob/status/1975332002481283475

    • Simple ! Basique !
      « Le vrai pouvoir n’est ni à Matignon, ni à l’Elysée ! »

      Lecornu a jeté l’éponge. Macron a-t-il encore une carte à jouer ? Se résoudra-t-il à une nouvelle dissolution ? Dans les deux cas, ce sera un jeu de dupes.

      Car les véritables dirigeants de la société ne sont ni à Matignon ni à l’Élysée. Ils sont dans les conseils d’administration des grands groupes capitalistes. Ce sont les grands actionnaires, ce sont les multimilliardaires, français et autres, qui étendent leurs tentacules pour exploiter les travailleurs du monde entier.

      Le vol de deux années de retraite, ce sont eux qui l’ont ordonné. Les licenciements, les fermetures d’entreprises, les salaires de misère qui se généralisent s’expliquent par leur appât du gain, par leur volonté d’ajouter des milliards à leurs milliards.

      L’inflation a été le fruit de leur politique, car tous les capitalistes ont profité des tensions internationales, des difficultés d’approvisionnement ou des changements politiques pour faire flamber les prix. Le prix d’une voiture, par exemple, a augmenté de 24 % entre 2020 et 2024 ! Les constructeurs automobiles se plaignent d’en avoir vendu moins, mais ils les ont vendues plus cher et ont maintenu leurs gigantesques profits.

      Même la dette de l’État que la plupart des politiciens imputent aux malades, aux retraités ou aux chômeurs, est de la responsabilité des capitalistes. Car même si ces Messieurs ont les poches qui débordent, ils sont les premiers à pleurnicher et à demander l’aide de l’État. Ils ont ainsi bénéficié de baisses d’impôts et d’aides en tout genre. Le tout pour une somme qui va de 211 à 270 milliards par an.

      Un des moyens du chantage patronal sur les travailleurs est d’hurler à la concurrence internationale. Mais ils font partie de ceux qui l’organisent !

      Le groupe Shein, décrié parce qu’il est chinois, produit dans des usines qui travaillent déjà pour toutes les grandes marques européennes, les Pimkie, les Decathlon… Le constructeur Stellantis s’est allié à un constructeur chinois, histoire de manger à tous les râteliers. Les tomates qui arrivent du Maroc sur nos étals sont produites par le groupe Azura, une firme franco-marocaine qui exploite des ouvrières marocaines ou des journaliers africains payés 9 euros par jour. Les agriculteurs français sont donc concurrencés par des capitalistes de l’agriculture bien français !

      Ces capitalistes sont toujours présentés comme des investisseurs qu’il faudrait remercier. Mais pour qu’ils daignent investir, il faut que l’État leur apporte tout sur un plateau : le site, les financements, des travailleurs formés, de l’aide pour la recherche… Ils ne sont rien d’autres que des mercenaires du profit et des aventuriers de la finance.

      Ils sont aussi les responsables de l’évolution de plus en plus nationaliste et guerrière de la société. Car ce sont leurs intérêts, leur volonté de pillage de telle ou telle région et leur désir d’accéder à tel ou tel marché qui alimentent les rivalités entre États. La concurrence et la guerre économique, que les groupes capitalistes se sont toujours menées à l’échelle nationale, font rage à l’échelle de la planète. C’est cela qui plonge de plus en plus de peuples dans des guerres fratricides.

      La famille Dassault n’a pas intérêt à ce que la guerre en Ukraine s’arrête. Que le Moyen-Orient soit une poudrière, c’est tout bénéfice pour elle. Alors, voilà qui a le vrai pouvoir sur nos vies, sur l’économie et sur l’évolution de toute la société !

      Et cette dictature patronale ne peut être remise en cause par aucune élection, car elle ne se fonde pas sur le résultat des urnes. Elle se fonde sur la propriété privée des capitaux. Une famille bourgeoise comme la famille Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, gère plus d’argent que le ministre de l’Éducation et celui des Armées réunis. Cela lui donne le pouvoir d’exploiter les travailleurs pas seulement en France, pas seulement en Europe, mais à l’échelle du monde.

      Tant que cette classe capitaliste aura le pouvoir et dominera en dirigeant les grands groupes économiques, nous irons vers toujours plus d’inégalités, d’exploitation, de privations, de divisions, de crises et de guerres.

      Mais nous irons, aussi, vers de nouvelles révoltes comme celles qui ont explosé au Népal, à Madagascar et au Maroc. Dans ces pays, la jeunesse des classes populaires refuse la misère, l’exploitation et la corruption, elle a mille fois raison !

      C’est au travers de telles explosions sociales que les travailleurs peuvent jouer leur rôle moteur et transformer la société en expropriant la grande bourgeoisie et en la chassant du pouvoir politique. Il sera alors possible de refonder la société et de mettre en commun les immenses possibilités qu’elle recèle déjà.

      Alors, n’attendons rien du cirque institutionnel et électoral. Reprenons confiance dans nos propres forces, car il y a un monde à changer !

      Nathalie ARTHAUD

      https://www.lutte-ouvriere.org/portail/editoriaux/vrai-pouvoir-nest-matignon-lelysee-187557.html

    • La France insoumise est-elle anticapitaliste ? Réponse à Frédéric Lordon | Antoine Salles-Papou
      https://www.contretemps.eu/france-insoumise-anticapitaliste-reponse-lordon

      « La France insoumise est-elle anticapitaliste ? » C’est la question que pose Frédéric Lordon dans un récent article de son blog du Monde Diplomatique et co-publié avec Armes de la critique, contribution à la fois théorique et stratégique. Antoine Salles-Papou, responsable de l’école de formation de l’institut La Boétie (créé par la France insoumise), lui répond ici.

    • La France insoumise anticapitaliste ? (toujours pas) | Frédéric Lordon
      https://blog.mondediplo.net/la-france-insoumise-anticapitaliste-toujours-pas

      Il y a eu un premier texte – « La France Insoumise est-elle anticapitaliste ? ». Et puis une réponse. Qui mérite elle-même une réponse. Et un deuxième avertissement répétant le tout premier : ceci est un débat théorique. Ça fait donc des textes moins « faciles ».

      C’est donc Antoine Salles-Papou qui s’y est collé. Même si j’avoue continuer de ne pas comprendre quelle mouche a piqué la FI à vouloir tout soudain se dire anticapitaliste — on ne lui avait rien demandé de tel —, il lui faut bien défendre sa nouvelle revendication maintenant qu’elle l’a lâchée dans la nature. A. S.-P. n’a donc ménagé ni sa peine ni son temps — on lui en sait gré. Quant à la réussite de son entreprise, c’est autre chose. Je le lui dis bien amicalement : il est passé à côté de tous mes arguments, et pas qu’un peu.

      Technoféodalisme. Pour commencer. Qui pourrait avoir à l’idée de nier la spécificité du capitalisme sous domination des Gafams ? Certainement pas moi — pas une ligne de mon texte ne peut donner la moindre prise à cette interprétation. Me faire dire que « les capitalistes numériques ne font qu’appliquer les recettes de tous les capitalistes depuis le XIXe siècle » ou que « le capitalisme numérique ne présente rien de nouveau (1) » est de la dernière fantaisie. Ma critique portait entièrement sur le recours à la catégorie de « féodalisme » pour qualifier cette nouvelle configuration du capitalisme. Je répète donc l’argument : il est d’une parfaite bizarrerie de recourir à la catégorie désignant le mode de production antérieur pour qualifier une configuration dans le mode de production ultérieur. Dans ces conditions, seul un contresens de lecture assez prononcé pouvait donner mon évocation du capitalisme fossile pour un déni de la spécificité du capitalisme contemporain, quand elle ne fournissait qu’un argument formel, logique, et a fortiori, en remarquant que les critères explicites du « technoféodalisme » trouvaient malencontreusement à s’appliquer tels quels à la période antérieure, pour ce qu’il aurait fallu alors appeler le « pétroféodalisme » — absurdité manifeste, mais logiquement impliquée par le concept de X-féodalisme en l’état.

      En réalité, cette histoire « féodale » est tout à fait secondaire. Le cœur de la discussion est ailleurs : le capitalisme vs. ce capitalisme. C’est sans doute ici que l’anamorphose est à son comble. Il faut être bien passé à côté de mon propos pour lui faire reproche de « figer la réalité du capitalisme dans une forme intemporelle et anhistorique ». La référence à la théorie de la Régulation n’était-elle pas suffisamment explicite ? Et la théorie de la Régulation n’est-elle pas une théorie des mutations historiques du capitalisme ? Il était donc un peu hasardeux de questionner mon texte en lui demandant « comment le mode de production capitaliste pourrait être resté le même depuis le XIXe siècle ? ». Un peu ahurissant aussi de lui faire porter au surplus l’idée de « lois immuables du capitalisme ». Bon gars, A. S.-P. suggère bien confraternellement qu’« il n’est pas inutile de mettre à jour les outils théoriques marxiens d’analyse du capitalisme ». No shit Sherlock ? La théorie de la Régulation fait ça depuis juste un petit demi-siècle, avec moi dedans pour une bonne vingtaine d’années...

    • Tant que la propriété privée des moyens de production, son branchement direct sur l’argent à faire croître indéfiniment, n’auront pas été abattus, les humains continueront de subir l’infâme exploitation et la terre d’être dévastée. Et nos réseaux numériques collectivisés n’y pourront rien.

      La productivité de la Terre ?

      J’insiste sur ce dernier point pour conclure. J’insiste car l’impératif écologique est une chose dont on doit créditer la FI sans la moindre réserve. Et j’insiste car votre anticapitalisme de façade vous jette ici dans une colossale inconséquence. L’« immense accumulation de marchandises » comme propre, comme quintessence, du capitalisme, et tout ce sur quoi elle repose, est là, à l’image de ma bouilloire transformée en navette spatiale, pour te convaincre, Antoine, qu’il n’y aura pas de salut écologique hors de la sortie du capitalisme. Mais la vraie sortie : celle qui retire des mains des puissances privées lucratives et les moyens de la production et la capacité de piloter la division du travail — autre chose que « les réseaux ».

      Je vais le dire d’une autre manière, mais pour souligner un argument qui, je crois, n’est pas encore très bien aperçu. Il y a longtemps — longtemps… —, le camarade Bruno Amable, bien, connu de vos services, avait fait un très beau mémoire de DEA (ainsi disait-on pour Master) sur les fonctions de production KLEM. Il s’agissait d’une généralisation des habituelles fonctions de production à deux facteurs : K le capital, L le travail. E et M venaient pour dire qu’il fallait aussi faire entrer dans les facteurs de production l’énergie et les matériaux variés. C’est-à-dire des intrants puisés dans la nature. Je suggère de les réunir sous la lettre T — comme Terre : ces intrants sont puisés sur la Terre. C’est assez drôle car on pense immanquablement à cette autre phrase de Marx qui dit ceci : « La production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : le travail et la terre ». Les deux sources : L et T.

      Bien sûr un économiste orthodoxe qui passerait par-là glapirait aussitôt « Et K ! Et K ! ». Marx lui avait répondu par anticipation — mais les économistes orthodoxes sont trop incultes, regarde seulement à qui on donne le prix Nobel —, et il avait répondu que le capital (K), c’est du travail (L) ! Mais « du travail mort », dit-il. Je n’ai jamais aimé cette expression — je bute sur « mort » —, même si le sens en est limpide : les équipements capitaux sont des incorporations de travail passé. Pour ma part, je préfère dire que le capital est du travail cristallisé. Au total, en tout cas, une fonction KLT, c’est une fonction LT : le travail, vif ou cristallisé, et la terre — rien d’autre.

      Et voilà maintenant l’histoire que te racontent la « transition » et le « capitalisme vert », aimablement relayée par ce qu’il faut d’intellectuels anti-marxistes de principe, par-là objectivement voués à finir en intellectuels d’accommodation, possiblement de service — typiquement Pierre Charbonnier : « on va faire des progrès ». Des progrès de quoi ? De productivité bien sûr. Avec plein d’innovations, on va augmenter la productivité de l’intrant « Terre », tout de même qu’on a en longue période augmenté celle de l’intrant « travail ». En d’autres termes, nous aurons moins à puiser sur la Terre à production constante. Mais où a-t-on jamais vu, dans le capitalisme, que les gains de productivité étaient utilisés à réduire la quantité d’intrants à production constante ? Ils sont faits pour exactement l’inverse : augmenter la production à quantité d’intrants constante. Et en réalité pour augmenter au carré la production en augmentant encore les intrants terrestres. Fouissant comme des porcs. Pour que croisse encore le gros tas de fric. Et ceci exactement comme il s’en est suivi avec les gains de productivité du travail. Keynes attendait du développement technique qu’il nous autorise à réduire fabuleusement le temps de travail — mais Keynes s’est remarquablement foutu dedans : il n’était pas marxiste. Inutile d’objecter que le temps de travail s’est effectivement réduit en longue période : il n’en a été ainsi que sous l’effet de luttes sociales et politique acharnées. En dehors de quoi : rien. Il en ira de même avec tous les gains de productivité du facteur T.

      Pour qu’il en aille différemment, pour que l’emprise sur la Terre soit en effet réduite, il n’y aura pas d’autre solution que de maintenir coercitivement la production constante — en fait de la placer sur une trajectoire de (très) sérieuse décroissance. « Sortie du capitalisme », c’est-à-dire « communisme », est l’unique sens qui sauve « décroissance » du ridicule — ou de l’hypocrisie . Or, la logique même du capitalisme s’y oppose fanatiquement.

      J’espère maintenant, cher Antoine, que tu distingueras un peu plus clairement le cœur de mon argument. Tu dois bien voir que la collectivisation des réseaux, et même l’arraisonnement de tous les Gafams du monde (?), ne feront pas du tout le compte. Et ceci faute d’en être revenu aux choses fondamentales, celles que tu trouves si abstraites alors que, si on sait les regarder adéquatement, quoiqu’en effet conceptuelles, un terrifiant concret s’y laisse discerner. Je dois te dire que j’ai toujours trouvé un peu attristants les avertissements aux égarements dans « les concepts ». En réalité, il n’y a pas de catastrophe politique et stratégique qui ne soit la suite plus ou moins lointaine d’erreurs conceptuelles. Puisque tu aimes à citer Lénine — je t’avoue que ça m’a bien fait rire — je te rappelle qu’en 1914, Lénine se retire pour méditer le désastre nationaliste des prolétariats jetés les uns contre les autres. Et sais-tu quel mot d’ordre il se donne à ce moment ? « Relire Hegel ». Avoue que ça a autant de gueule que de quoi désarçonner les amis du « concret ». Dont on ne pourra décemment pas dire que Lénine ignorait tout.

      Tu connais aussi ce mot de Sade, offert à toutes les déclinaisons : « Encore un effort pour être… ». J’ai bien sûr été tenté de te/vous le resservir : « … pour être anticapitalistes » — parce que « républicains », ça va, on ne viendra pas vous chercher là-dessus (hormis le chiendent fasciste qui, il est vrai, prolifère en tous sens ces temps-ci). Et puis il m’est venu une référence évidente, énorme, irrésistible tant elle est faite pour vous parler. Si vraiment vous avez le projet de devenir anticapitaliste, je crois que vous devez : faire mieux.

  • Nos frères (et sœurs) les musulman·es et nos ami·es de LO
    https://www.revolutionpermanente.fr/Nos-freres-et-soeurs-les-musulman-es-et-nos-ami-es-de-LO

    Pour qui aurait pu encore en douter, un danger imminent guette la France : non pas la crise, les licenciements, ni les guerres, mais l’islam. Et derrière, bien entendu, arrive le voile. Énième faux-débat, nauséabond et criminel. Une occasion, néanmoins, de débattre, à nouveau, de ce que les communistes révolutionnaires devraient faire face à cette nouvelle opération islamophobe.

    « Frères musulmans et islamisme politique en France » : Macron et Rétailleau ont désigné l’ennemi public numéro 1, à grands renfort de « Conseils de défense et de sécurité nationale ». Dans une France où, pour le dire avec Sartre, « l’Algérie est une névrose », l’islam et les musulmans sont une obsession. Et les musulmanes le sont d’autant plus qu’elles sont, semblent ou apparaissent voilées. Cette névrose anime autant la droite que la gauche et représente un véritable révélateur colonial d’un passé qui ne passe pas, d’un racisme islamophobe qui est indissolublement lié au discours et aux pratiques politiques de tous les exécutifs et gouvernements de la Cinquième république. L’islam, ses manifestations mais surtout le voile font donc leur énième retour dans le débat. Un « débat » qui invite, à nouveau, à s’interroger sur la façon dont la gauche révolutionnaire devrait se positionner face aux questions de religion, voile et laïcité dans le contexte qui est le nôtre, marqué notamment par l’agression américano-sioniste contre l’Iran en juin et le génocide à Gaza qui se poursuit.

    Avec Dreyfus comme avec l’Islam

    Que dit d’intéressant ce fameux rapport que l’on ne saurait déjà ? Pas grand-chose, si ce qu’« un sentiment de malaise français, pour dire le moins, prévaut chez les musulmans ». Par conséquent, le rapport recommande à l’Etat de « lutter contre le sentiment de rejet qui irrigue les familles de confession musulmane [par] des signaux forts [1] ». Que « raconte », en revanche, ce rapport à longueur de pages ? Qu’une tendance minoritaire, très marginale et en perte de vitesse au sein de la communauté musulmane, la mouvance rattachée aux « Frères musulmans », représenterait un « danger » pour le pays. Relayé par un gouvernement cul-et-chemise avec le dictateur-roi du Maroc, Mohamed VI, « commandeur des croyants » et oppresseur du peuple Sahraoui, mais aussi avec les émirs qataris qui ont permis au PSG de faire quelques étincelles grâce à quelques milliards mais qui, surtout, financent le terrorisme islamiste de par le monde, ou encore avec le très réactionnaire président-barbu de la « nouvelle Syrie », Ahmad Al-Charaa, cela pourrait faire sourire. Que fait-on dire à ce rapport ? Qu’en dernière instance, à force de « dissimulation » – « taquiyya », en arabe dans le texte et citée à l’envi, car nos politiciens sont devenus experts en théologie islamiste – ce ne sont pas tant les « frères » qui représenteraient un problème que les musulmans en général. Et si on ne le dit ouvertement, du moins le suggère-t-on très fortement du côté du gouvernement.

    L’extrême droite et la droite française disent à qui veut bien l’entendre ne plus être antisémites. Elles se sont d’ailleurs fait le porte-étendard du génocide en Palestine, comme si leur soutien actuel au sionisme pouvait masquer leurs racines, de Boulanger à Pétain, de Barrès à Maurras en passant par Poujade et Le Pen. En revanche, leur islamophobie 2.0, compatible autant avec les réseaux sociaux qu’avec CNews, partage avec la vieille rhétorique anti-juive bien des points communs. Alfred Dreyfus pourrait reconnaître, au mot près, le déchaînement antisémite dont a été le théâtre la France d’il y a 130 ans. S’ils ne sont pas « séparatistes » – ils ne mangent pas comme nous, ne prient pas dans notre langue, leurs lois sont supérieures à celles de la République, leurs femmes ne s’habillent pas comme les autres « Françaises » – les musulmans (ou les juifs) sont « entristes ». Dissimulateurs, ils avancent masqués. Ils sont « partout » et si l’on n’y prend garde, on sera bientôt « submergés ». En tout cas, on n’est plus « chez nous ».

    Dreyfus, pas davantage qu’un imam, n’était socialiste. Officier de l’armée, polytechnicien, plutôt conservateur, il n’avait rien à voir avec la gauche révolutionnaire. A l’époque, certains, par œillères, n’ont pas participé à sa défense – « nous n’avons pas à nous mêler d’une affaire qui fait s’opposer deux secteurs de la bourgeoisie », diraient-ils sans doute aujourd’hui – voire ont rejoint le camp de nos ennemis, par un antisémitisme plus ou moins avoué et maquillé de soi-disant anticapitalisme – ce fameux « socialisme des imbéciles » dénoncé par le socialiste allemand August Bebel. Et pourtant, ce qu’il y avait de meilleur dans le mouvement ouvrier et chez les révolutionnaires du XIXe a défendu Dreyfus et a combattu sans concession une République et son système médiatique qui avaient condamné ce capitaine, accusé à tort « d’intelligence avec l’ennemi », parce que juif. La raison de cette défense, c’est que derrière Dreyfus et cet antisémitisme permanent, c’était tous les rouages d’un système d’oppression et d’exploitation maniant le chauvinisme et les discriminations qu’il fallait dénoncer et combattre.

    La pratique du judaïsme, réelle ou supposée, pas davantage que celle de l’islam, ne fait partie du programme communiste révolutionnaire, qui défend une conception matérialiste et athée du monde. Et pourtant, notamment là où cette religion serait marginalisée ou reléguée par le système en place, ses pratiques stigmatisées par un pouvoir qui n’a de leçons d’émancipation et de liberté à donner à personne, alors les communistes révolutionnaires se doivent d’être à ses côtés et de défendre les droits de celles et ceux qui souhaitent la pratiquer ou s’en réclamer. Ce qui valait pour un capitaine de l’armée française vaut aujourd’hui, également, pour les musulmans et les musulmanes.

    Pour des raisons d’espace et parce que le « débat » – avec son tombereau d’immondices, de vulgarités, de faux-semblants, de raccourcis et de mensonges islamophobes – a littéralement inondé les médias au cours des dernières semaines au point que personne n’a pu, malheureusement, y échapper, nous ne reviendrons pas ici sur les réactions de l’ensemble du champ politique sur ledit « rapport ». On soulignera simplement qu’à la différence des instrumentalisations passées autour de la « question de la place de l’islam en France » au cours desquelles la gauche – les dirigeants du PS, Fabien Roussel, les écologistes et bien d’autres – ont peu ou prou défendu la même ligne et les mêmes propositions de loi que le gouvernement, la ficelle, cette fois, était un peu trop grosse. Du côté de l’extrême gauche, en revanche, une discussion avec les camarades de Lutte ouvrière nous a semblé nécessaire.

    La religion nuit gravement à la santé. Mais le voile plus particulièrement ?

    Par la voix de ses représentants et dans ses éditos, LO a pris position contre le « rapport » et son instrumentalisation, dans la continuité d’un changement de ton des camarades sur la question de l’islamophobie d’État[Jusqu’à il y a peu, en effet, LO rejetait le concept « d’islamophobie », taxé d’ambigu]]. Ses porte-paroles ont ainsi clairement dénoncé la proposition faite par Attal – et relayée par d’autres – d’interdire le port du voile dans l’espace public pour les mineures de moins de quinze ans. Par ailleurs, ses porte-paroles Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier ont pointé sur les plateaux télé l’enchaînement abject qui fait que la parole « libérée » des gouvernants et des politiciens se traduit très concrètement par une hausse des actes à l’encontre des musulmans ou considérés comme tels avec, au final, les deux crimes islamophobes et racistes contre Aboubakar Cissé et Hichem Miraoui [2].

    En revanche, dans une série d’articles et de tweets [3], la droite et l’extrême droite n’ont pu que se réjouir, dans le climat actuel, de la « leçon en laïcité » de LO. On songera à la déclaration sur le plateau du Media de Nathalie Arthaud selon laquelle « le voile, c’est d’abord le symbole d’une oppression », de celle de Jean-Pierre Mercier affirmant sur LCI être « du côté des femmes qui se battent contre le port du voile, que ce soit en France comme à l’étranger »– au risque, assumé, de confondre le combat contre le port du voile là où il s’agit d’une contrainte imposée par un régime dictatorial et religieux, comme en Iran ou en Afghanistan, et son instrumentalisation, dans un pays impérialiste au lourd passif colonial, comme la France –, complétée, le lendemain, par celle de Nathalie Arthaud sur Sud Radio, dénonçant la « proposition de loi » Attal d’interdire le port du voile aux moins de 15 ans tout en proclamant son attachement à la Loi sur l’interdiction des signes religieux ostentatoires dans les établissements scolaires de 2004 [4].

    On ne saurait être dupe de l’opération des médias de droite consistant à extraire et à instrumentaliser quelques bribes de phrases du discours plus général de LO pour, en dernière instance, justifier « sur la gauche », une campagne qui est, elle, clairement raciste et islamophobe. Et, par effet de miroir inversé, alimenter au passage la machine politico-médiatique de stigmatisation de La France insoumise (LFI), taxée de « trahison à l’héritage laïque » et de complaisance à l’endroit de l’islam et du communautarisme. A la différence d’autres courants d’extrême gauche, nous ne sommes pas de ceux qui, dans le sillage du Prophète et le prolétariat de Chris Harman, viendraient à trouver une quelconque vertu ou spécificité intrinsèquement « révolutionnaire » à l’islam politique, quelles que soient les formes qu’il adopterait. En revanche, en tant qu’organisation d’extrême gauche militant dans un pays impérialiste, la France, et appelée à se prononcer sur la question du voile, en France et non dans un pays où l’islam est religion d’État, il nous semble que la position de LO n’est pas conséquente et ne va pas jusqu’au bout d’une dénonciation globale de l’islamophobie d’État et des leviers qui la sous-tendent.

    La première objection que l’on pourrait faire a trait au point de départ bancal qui est posé par les porte-parole de LO dans leurs interventions. « Toutes les religions se valent », nous disent-ils en substance. Nous pourrions dire, en effet, que toutes les religions, du christianisme catholique ou protestant au judaïsme en passant par l’islam – pour ne prendre que les cultes les plus présents, en France – ont pour point commun une relégation plus ou moins assumée de la femme à un rang subalterne qui inscrit dans les Textes une inégalité des rapports sociaux de genre. C’est les prémices dont partent, à raison, Arthaud et Mercier. Mais immédiatement après, sans tenir compte de la manière dont le « débat sur les religions » devient, en France, un « débat sur la place de l’islam », et comment cela se réduit, immédiatement, à un « débat sur le voile », sans tenir compte du fait que le voile est, en France, le seul signe visible de possible appartenance à une communauté religieuse qui pose réellement problème à la « République », les camarades de LO concluent uniquement sur la question du voile. Un voile dont il faudrait aider à se défaire toutes celles qui le porteraient contre leur gré [5].

    Sans réduire l’islam aux quartiers populaires ni l’islam au voile, il ne s’agit même pas de s’interroger – ce qui serait, en soi, une autre discussion – sur les multiples signifiés que représente, dans l’espace public ou à l’école, en France, un voile islamique : imposé contre leur gré à certaines, très probablement , porté de façon non contrainte et en toute conscience par d’autres, ou encore comme une expression culturelle ou religieuse d’appartenance revendiquée à une communauté stigmatisée et reléguée, qui ne connaît la République et ses fausses promesses d’égalité, de liberté et de fraternité que sous son aspect le plus policier, répressif, raciste et discriminatoire dans l’accession à l’emploi, au logement et dans tous les aspects de la vie quotidienne. Le voile islamique peut avoir plusieurs ressorts et significations à moins de considérer toutes celles qui le portent, tout le temps ou occasionnellement, uniquement comme des victimes et non comme des sujets agissants.

    Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le raccourci imposé par en haut consistant à assimiler l’islam a une religion particulièrement réactionnaire – et par conséquent fondamentalement menaçante – et dont le véhicule consiste à couvrir le corps des femmes – par un hidjab, une abaya, un burkini ou autre – sert un propos spécifique. Il s’agit de continuer à alimenter une puissante machine idéologique, malheureusement assez efficace, servant depuis les origines de l’entreprise coloniale française en Afrique du Nord et perpétuée par le présent néocolonial de la politique impérialiste hexagonale : diviser le monde du travail et les classes populaires, opérer une distinction entre ceux qui seraient irrémédiablement perdus à la cause de l’émancipation et ceux qui, à l’inverse, seraient du bon côté, des Lumières et du progrès, entre « eux » et « nous ». Au sein d’une fraction de la « gauche » ce discours réactionnaire, adapté au cadre colonial et impérialiste existe également depuis les origines du mouvement ouvrier. Et peu importe, pour ses directions réformistes, si le mouvement ouvrier français s’est retrouvé ou se retrouve aujourd’hui, dans les faits ou le discours, du côté de sa « propre » bourgeoisie. Pour la bourgeoisie, on l’aura compris, c’est pain béni.

    En ce sens, ce n’est pas seulement l’opération politicienne, qualifiée aujourd’hui d’islamophobe par LO, qui est à dénoncer comme ont pu le faire à juste titre les camarades dans les colonnes de leur presse, dans leurs éditos d’entreprise et par la voix de leurs porte-parole. Pour être conséquente, la gauche révolutionnaire devrait également porter le combat contre l’ensemble des outils, idéologiques et légaux, sur laquelle cette opération est adossée. Sous couvert de défense de la laïcité et de la liberté religieuse, c’est l’ensemble de cet arsenal – et pas uniquement le rapport sur les frères musulmans, le discours de Retailleau et la proposition Attal – qui est profondément islamophobe dans sa stigmatisation des musulmans et musulmanes, qu’ils se revendiquent de cette appartenance religieuse ou qu’ils y soient assignés. Cela vaut autant pour la loi sur le séparatisme de 2021 que pour la loi de 2016 sur la neutralité religieuse au travail, celle de 2010 sur l’interdiction du voile intégral dans l’espace public ou celle de 2004 sur l’interdiction du port de signes religieux ostensibles à l’école.

    A nouveau sur le voile à l’école et la loi de 2004

    C’est d’ailleurs cette loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux ostentatoires dans les collèges et lycées qui sert de matrice à l’ensemble des instruments légaux votés depuis. Et cette loi de 2004 continue à être au cœur de l’argumentaire de LO et, dernièrement encore, défendue par Nathalie Arthaud.

    Au printemps 2003, le monde enseignant a mené un mouvement extrêmement dur contre la réforme Fillon des retraites. Les personnels de l’éducation ont perdu le bras-de-fer, mais le gouvernement Chirac-Raffarin y a laissé des plumes. Au cours des mois qui suivent, à travers une opération politicienne assez magistrale [6], Chirac réussit à recompacter autour de lui les enseignants qui l’avaient pourtant affronté l’année précédente. Pour ce faire, il va confectionner, de toute pièce, une nouvelle « affaire du voile » qui débouche quelques mois plus tard sur la loi de 2004, appuyée par la quasi-totalité de la gauche ainsi que par LO.

    En 2003 comme au cours des quinze années précédentes (1989, 1994 et 1999), des différends surgissent à la rentrée scolaire dans certains établissements entre le corps enseignant, la hiérarchie administrative et des cas très isolés de jeunes femmes refusant d’enlever le voile islamique dans l’enceinte des collèges et des lycées de banlieue. A partir de septembre 2003, dans un contexte international marqué par la guerre contre le terrorisme, l’invasion de l’Afghanistan – à laquelle participe la France – puis de l’Iraq par la coalition Bush-Blair, le débat prend une dimension toute particulière. Deux cas très spécifiques, au lycée Henri Wallon d’Aubervilliers, dans le 93, servent à orchestrer et polariser le faux débat [7]. Dans la foulée de cette affaire particulièrement médiatisée, Chirac met en place la Commission Stasi sur la laïcité à l’école et qui débouche sur une loi qui, de l’aveu même du Premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, ne défend pas en réalité la « laïcité » mais entend, au nom de la laïcité, « protéger les femmes des pressions du fondamentalisme [8] ». Fondamentalisme islamiste, on l’aura compris [9].

    A l’époque, LO contribue en partie à exacerber cette « nouvelle affaire du voile » puisque ses militants en poste au lycée Henri Wallon sont les partisans les plus intransigeants de l’expulsion des deux élèves au nom de la défense des droits des femmes et de la laïcité [10]. « Dans les banlieues, souligne LO à l’époque, un islam intégriste se développe. Au nom de préjugés barbares et réactionnaires, des hommes – des pères, des grands frères et aussi des petits caïds ignorants et violents – exercent une pression grandissante sur les jeunes filles pour les réduire au seul rôle de reproductrices, les enfermer, les cacher sous le voile. Des jeunes filles sont mariées de force à des hommes, parfois bien plus vieux qu’elles, qu’elles ne connaissent pas et n’ont pas choisis. À l’hôpital les maris qui les accompagnent refusent qu’elles se fassent examiner par des médecins-hommes. Certaines municipalités ont cédé sur le fait de réserver les piscines aux femmes à certaines heures et certains jours. Dans des cités, elles ne peuvent regarder un garçon en face ni porter les vêtements de leurs choix ni se maquiller sans se faire traiter de "putes" » [11]. Indépendamment du style et du ton que certains éditorialistes, aujourd’hui, ne renieraient pas, cette situation relève-t-elle de l’islam ou plus tristement du patriarcat capitaliste qui n’est pas simplement arabo-musulman ? En toute logique, LO finit donc par soutenir – et, malheureusement, continue à soutenir – « un texte sur lequel s’appuyer pour s’opposer au port du voile à l’école. Ce sera aussi et surtout un appui pour toutes les jeunes filles qui veulent résister aux pressions sexistes qu’elles subissent et qui attendent une aide de la société [12] ». En attendant une aide de la société, LO a fini par valider la législation islamophobe mise en place par Chirac et soutenue par la quasi-totalité de l’arc parlementaire [13]. Cette loi de 2004 n’est que l’origine matricielle de celles qui ont suivi. Attal, en voulant interdire le port du voile aux mineures de 15 ans, n’aurait fait qu’élargir à l’espace public ce qui est interdit dans les enceintes scolaires de la République. Pourtant, en dépit d’un changement de ton sur l’islamophobie, LO continue de soutenir cette loi et refuse de faire le bilan de ce qui a été une politique en tout point catastrophique et qui a contribué à offrir une couverture d’extrême gauche à une opération ultraréactionnaire.

    Ne pas se tromper d’ennemis, ni d’alliés, combattre les lois islamophobes

    Indépendamment de ce détour par la loi de 2004 qui continue à être au cœur des logiques mises en avant par LO, l’enjeu est de choisir ses alliés, de ne pas se tromper d’ennemis et ne pas servir de caution à nos adversaires. Faire la distinction entre le débat sur le voile, en France, et la question du voile dans un pays où, légalement ou dans les faits, il relève d’une obligation, ne signifie pas renoncer à défendre une vision marxiste et matérialiste du monde ni cacher son combat contre les institutions, hiérarchies et, en dernière instance, idées religieuses [14]. Ce combat, néanmoins, ne saurait se dissocier d’une opposition préalable, radicale et sans concession, à l’ensemble des instruments et des relais islamophobes sur lesquels la bourgeoisie française peut compter à travers sa république pour stigmatiser, marginaliser et viser ceux d’entre nous qui sont assignés à une « autre » identité ethnique ou religieuse. Ce que la police, les RH des entreprises et les médias se chargent de rappeler, constamment.

    Pas davantage qu’on ne peut soutenir qu’il existe un signe d’égalité entre Netanyahou et le Hamas – discussion qui a fait l’objet de débats, dernièrement, entre nos organisations – au nom des intérêts abstraits du monde du travail qui seraient équivalents en Israël et en Palestine, on ne peut soutenir, en France, qu’il soit symétriquement essentiel de lutter contre deux extrêmes droites, dont l’une serait « raciste [et l’autre] islamiste [pour] défendre une perspective ouvrière ». C’est pourtant encore ce que défendait LO y a quatre ans, dans un son article « Loi séparatisme, islamisme : des politiques qui divisent les travailleurs ». C’est, là encore, faire prévaloir le même principe d’abstraction sur l’analyse concrète des intérêts sociaux et des dynamiques en jeu.

    Sans trop risquer de se tromper on dira, à titre d’exemple, qu’il est aussi peu probable qu’un média du groupe Bolloré porte un jour dans son cœur la cause LGBTQI [15] que ne le ferait un imam salafiste particulièrement rigoriste dans une salle de prière, en France. Mais cela permet-il pour autant d’affirmer, toujours dans ce même texte que « les idéologies rivales des islamistes et de l’extrême droite, tout en apparaissant opposées, se situent toutes les deux sur le terrain de la défense des intérêts de la bourgeoisie [et qu’elles] s’alimentent l’une l’autre et présentent en réalité bien des similitudes » ? Le propriétaire médiatique, Bolloré, et celui l’imam rigoriste, aussi réactionnaire soit-il, constituent deux secteurs totalement distincts, qui ne sauraient permettre de dresser des équivalences, indépendamment de leurs « prêches ». Ou, pour le dire autrement, indépendamment des publics auxquels ils s’adressent et vis-à-vis desquels les révolutionnaires opposeront un discours, une propagande communiste, ils incarnent des milieux radicalement distincts : tandis que Bolloré et ses amis représentent l’entre-soi de la grande bourgeoisie française, impérialiste, et ses mille ramifications dans le pré-carré nécolonial, l’autre, en revanche, évolue dans notre milieu, le monde du travail, les classes populaires, celui au sein desquels nous intervenons et au sein duquel nous défendons nos idées, sur la base d’un combat contre le système capitaliste et les oppressions qu’il charrie ou perpétue.

    C’est en ce sens, aussi, qu’il est impossible de se tromper de combat : contre la religion, nous luttons pour que le monde du travail soit en mesure de prendre pleinement son destin en main. Si la gauche révolutionnaire s’oppose à un État qui veut faire la chasse aux jeunes femmes voilées et qui vomit au quotidien sa haine de l’islam, si elle manifeste aux côtés de celles et ceux qui, quelle que soit leur motivation, sont solidaires de la Palestine et dénoncent la complicité des impérialistes avec le génocide israélien, alors les différentes organisations qui se réclament de la révolution doivent se retrouver, unies, en première ligne d’une mobilisation permanente et concrète contre l’ensemble des lois racistes et islamophobes. Car toutes sécrètent et alimentent ce venin qui nous divise et qui sert tant les intérêts de la bourgeoisie et de ses politiciens de tout bord. C’est un combat de l’ensemble de nos organisations qui doit être mené en direction du monde du travail et de la jeunesse pour montrer comment, pour combattre les discriminations et le racisme antis-musulman, c’est bien du côté du drapeau rouge que notre classe doit chercher les armes du combat.

    Jean-Patrick Clech, chef du Courant Communiste Révolutionnaire à la NPA et du comité de rédaction du magazine Révolution Permanente.

    • Au printemps 2003, le monde enseignant a mené un mouvement extrêmement dur contre la réforme Fillon des retraites. Les personnels de l’éducation ont perdu le bras-de-fer, mais le gouvernement Chirac-Raffarin y a laissé des plumes. Au cours des mois qui suivent, à travers une opération politicienne assez magistrale [6], Chirac réussit à recompacter autour de lui les enseignants qui l’avaient pourtant affronté l’année précédente. Pour ce faire, il va confectionner, de toute pièce, une nouvelle « affaire du voile » qui débouche quelques mois plus tard sur la loi de 2004, appuyée par la quasi-totalité de la #gauche ainsi que par #LO.

      #professeurs #enseignants #école #voile #loi_du_15_mars_2004

    • Le piège de la « lutte contre l’islamophobie »
      https://www.lutte-ouvriere.org/portail/mensuel/2017-01-22-le-piege-de-la-lutte-contre-lislamophobie_75202.html

      Une politique de construction de fronts pour « lutter contre l’islamophobie » est de plus en plus défendue par une partie de l’extrême gauche. Au point de perdre tout repère de classe, et d’user de démagogie vis-à-vis de l’islam politique.

      (...) Communisme et religion

      Pour justifier leur indulgence pour l’islam politique, les divers groupes d’extrême gauche qui gravitent dans ce mouvement cherchent des justifications théoriques.

      La religion musulmane, expliquent-ils d’abord, serait, en France, une religion d’opprimés et, à ce titre, non comparable aux autres religions qui, elles, seraient du côté des oppresseurs.

      Que l’islam soit en France en religion majoritairement pratiquée par des opprimés, c’est-à-dire des prolétaires, c’est une certitude. Mais faire ce constat doit-il mener à se montrer conciliant avec cette religion  ? Bien au contraire  ! Davantage encore, justement parce que ceux qui sont touchés par cette religion sont les nôtres, nous devons la combattre  ! La classe ouvrière, précisément parce qu’elle est la classe opprimée de la société, a moins accès au savoir, à la culture que d’autres couches de la société, ce qui la rend plus perméable à tous les préjugés. Et si ceux-ci prennent la forme de préjugés religieux parmi les travailleurs d’origine maghrébine ou africaine, ils en prennent d’autres, dans d’autres couches du prolétariat. À commencer par le racisme, hélas bien présent dans la classe ouvrière française. Et pourtant, aucun militant n’imagine ne pas le combattre sous prétexte qu’il s’agit de préjugés d’opprimés. Pourquoi en serait-il autrement avec la religion  ?

      Autre argument  : le marxisme n’aurait pas de vraie tradition antireligieuse. C’est par exemple ce que prétend un enseignant de Seine-Saint-Denis, qui défend la liberté de porter le voile à l’école, Pierre Tevanian. Son ouvrage, La haine de la religion, explique, en le falsifiant, que Marx n’était finalement pas si antireligieux que cela. On y lit  : «  C’est aujourd’hui l’athéisme et le combat antireligieux, l’irréligion en somme, qui peut être considérée comme l’opium du peuple de gauche.  »

      Que le marxisme ne se soit jamais donné comme objectif prioritaire de faire de la propagande antireligieuse, certes. Les communistes ne sont pas des laïcards, du nom de ce courant de bourgeois radicaux au tournant des 19e et 20e siècles qui considéraient que la lutte contre la religion était plus importante que la lutte des classes, ou plutôt qui préféraient largement que les ouvriers se battent pour la laïcité plutôt que pour remettre en cause l’ordre social.

      Marx savait que les préjugés religieux étaient les conséquences de l’oppression, et qu’ils ne disparaîtraient pas avant une transformation profonde de la société, en d’autres termes, avant que la société communiste, en supprimant l’exploitation et l’oppression, supprime du même coup les causes de la religion. Et la ligne de démarcation que tracent les communistes, dans la société actuelle, n’est pas entre les laïcs et les religieux, mais entre les prolétaires et les bourgeois.

      Pour autant, les marxistes ont toujours considéré la propagande antireligieuse comme indispensable. Être communiste, c’est être matérialiste, et être matérialiste, c’est être athée. On peut être athée et se battre, dans une grève, aux côtés d’un travailleur croyant. Mais cela n’empêche pas qu’il est du devoir de n’importe quel révolutionnaire communiste d’essayer d’arracher non seulement les militants qu’il veut gagner à sa cause, mais même ses camarades de travail et de lutte, à l’emprise de la religion. Trotsky l’expliquait, en 1923  : «  Nous adoptons une attitude tout à fait irréconciliable vis-à-vis de tous ceux qui prononcent un seul mot sur la possibilité de combiner le mysticisme et la sentimentalité religieuse avec le communisme. La religion est irréconciliable avec le point de vue marxiste. Celui qui croit à un autre monde ne peut concentrer toute sa passion sur la transformation de celui-ci.  » Et à la fin des années 1930 il écrivait encore, dans Défense du marxisme  : «  Nous, les révolutionnaires, nous n’en avons jamais fini avec les problèmes de la religion, car nos tâches consistent à émanciper non seulement nous-mêmes mais aussi les masses de l’influence de la religion. Celui qui oublie de lutter contre la religion est indigne du nom de révolutionnaire.  »

      Le piège de «  l’islamophobie  »

      Il est donc évidemment possible de lutter à la fois contre les discriminations racistes et contre la religion.

      C’est la raison pour laquelle le terme d’islamophobie nous a paru ambigu, et il l’est toujours par certains aspects, bien que le mot soit devenu d’usage courant. Nous rejetons et combattons les discriminations qui peuvent s’exercer à l’encontre des musulmans, parce que nous sommes pour la liberté de culte. Mais nous sommes athées, opposés à toutes les religions. Et l’équation, imposée par les islamistes et leurs amis, selon laquelle lutter contre la religion musulmane signifierait être raciste, est une escroquerie.

      Une partie de la classe politique française actuelle rejette et discrimine les musulmans, en tout cas les pauvres, ceux des cités et des usines, car elle ne rejette certainement pas les milliardaires des théocraties du Golfe. Et il est compréhensible que nombre de jeunes se sentent victimes d’une oppression spécifique, qui existe bel et bien. Comment admettre que les politiciens de droite, qui hurlent à la laïcité et veulent interdire les menus de substitution dans les cantines, soient les mêmes qui combattent pour permettre l’installation de crèches de Noël dans le hall de leur mairie  ?

      La laïcité des politiciens bourgeois d’aujourd’hui est à géométrie variable, et elle est tournée contre la religion musulmane, comme elle l’a été en d’autres temps contre les Juifs. Et c’est d’autant plus choquant que les mêmes n’ont pas hésité, dans le passé, à se servir de l’islam pour tenter de canaliser la colère et le ressentiment des jeunes des banlieues, comme le fit Sarkozy lorsqu’il créa le Conseil national du culte musulman.

      Défendre le communisme

      Mais nous estimons que c’est notre rôle, en tant que communistes, de dénoncer l’emprise de la religion musulmane sur la jeunesse d’origine immigrée  ; de nous battre, de militer pour essayer d’arracher celle-ci au «  brouillard de la religion  », comme écrivait Marx, pour lui ouvrir les yeux, lui faire comprendre que son émancipation ne se fera pas par la soumission à des principes religieux d’un autre âge, mais dans l’union de classe avec le reste du prolétariat.

      Notre tâche de révolutionnaires n’est pas de conforter les travailleurs dans leurs préjugés religieux, mais de les combattre. D’expliquer que l’islam politique, fût-il radical, n’a jamais combattu l’oppression sociale  ; que c’est un courant profondément anticommuniste  ; que là où il est au pouvoir, il l’est aux côtés de la bourgeoisie, réprime les grèves et assassine les militants ouvriers  ; que l’islam, comme toutes les religions, prône la soumission et la résignation face à l’ordre social, en un mot que les partis politiques islamistes sont des partis bourgeois. De reprendre à l’identique, en ajoutant simplement au mot christianisme ceux de judaïsme et d’islamisme, les paroles de Marx  : «  Les principes sociaux du christianisme prêchent la lâcheté, le mépris de soi, l’avilissement, la servilité, l’humilité, bref toutes les qualités de la canaille  ; le prolétariat, qui ne veut pas se laisser traiter en canaille, a besoin de son courage, du sentiment de sa dignité, de sa fierté et de son esprit d’indépendance beaucoup plus encore que de son pain.  »

      C’est notre rôle d’expliquer aussi que, si les musulmans sont victimes de discriminations, c’est aussi un résultat de la politique des groupes djihadistes eux-mêmes, dont le caractère aveugle des attentats vise précisément et consciemment à provoquer des réactions de rejet contre les musulmans chez les Français non issus de l’immigration. Les travailleurs musulmans, en France, sont les secondes victimes des attentats, après les morts et les blessés. Il s’agit d’une politique consciente des dirigeants de l’islam politique, qui raisonnent de la même façon que les dirigeants impérialistes, et sont tout autant des ennemis des opprimés.

      Pour mener ces luttes et défendre ces idées, les précédents dont on peut s’inspirer ne manquent pas, à commencer par l’exemple du bolchevisme. Car les actuelles attaques islamophobes ne sont rien à côté de ce qu’était l’antisémitisme dans la Russie tsariste, qui prenait la forme de pogromes et de massacres de masse. Les militants bolcheviks, dans ce contexte, n’ont pas choisi la démagogie vis-à-vis du nationalisme juif, et encore moins de la religion, mais ont lutté inlassablement pour arracher les opprimés juifs à cette influence, et les intégrer dans le combat général mené par le prolétariat. Le rôle des militants juifs dans le Parti bolchevik et dans la Révolution russe montre à quel point ils ont réussi.

      ~~~

      Aujourd’hui, 170 ans après le Manifeste communiste, il faut apparemment encore rappeler que le communisme n’est pas compatible avec la religion.

      Il est affligeant de voir des prétendus révolutionnaires se solidariser avec des rebuts d’idées que l’on trouve dans des livres comme ceux de Houria Bouteldja. Ces idées sont la négation même des idées communistes.

      Cette évolution est un symptôme du recul réactionnaire qui touche la société. Le seul remède contre ce délitement, c’est de défendre sans relâche les perspectives communistes, l’idée qu’on ne peut pas combattre l’oppression en défendant une autre forme d’oppression. C’est de garder sa boussole de classe, de se battre inlassablement pour redonner une conscience aux travailleurs plutôt que la diluer encore un peu plus, de militer pour construire un parti communiste ouvrier.

      Dans ce combat, il est indispensable de gagner au communisme des jeunes travailleurs issus de l’immigration, non pas en encourageant leurs préjugés religieux mais en en faisant des révolutionnaires, c’est-à-dire des athées, capables de contrebalancer dans leur propre milieu les idées propagées par les ennemis du mouvement ouvrier.

      15 janvier 2017 Lutte de Classe n° 181

  • On ne bâtit pas un paradis sur l’enfer des autres
    https://www.lutte-ouvriere.org/portail/editoriaux/batit-paradis-lenfer-autres-184428.html

    Après avoir réduit la bande de Gaza à un champ de ruines et alors que la famine est en train de transformer des milliers d’enfants en vieillards qui n’ont plus la force ni de marcher ni de pleurer, l’armée israélienne est passée à une nouvelle phase de la guerre.

    Ces derniers jours, d’intenses bombardements ont repris. Maisons, écoles, places de marché, campements de réfugiés ont été indifféremment ciblés et pilonnés, faisant plus de 460 victimes. Et ce dimanche, l’armée israélienne a lancé ses chars et ses bulldozers à la conquête terrestre du territoire palestinien.

    Les opérations guerrières sont donc en train de s’intensifier. Le blocus et la famine sont utilisés comme armes de guerre. Et c’est dans ce moment tragique que l’on ose nous dire que des négociations sont en cours !

    Oui, parallèlement au massacre, des pourparlers pour une trêve et peut-être même pour mettre la fin à la guerre seraient en cours. Eh bien, on voit que les négociateurs à Dubaï ou au Qatar ne se pressent pas ! Ils ne sont pas sous les bombes. Les Gazaouis, eux, n’ont pas leur mot à dire, et ils ne peuvent négocier ni avec les bombes, ni avec la faim.

    Si Netanyahou et le Hamas finissent par signer une trêve et s’engagent dans un processus de fin de guerre, cela ne sonnera pas la fin du calvaire pour les Palestiniens.

    En lançant l’invasion terrestre, l’objectif de Netanyahou est de réoccuper et de reprendre le contrôle total de la bande de Gaza. Et ce n’est certainement pas pour permettre aux Palestiniens d’y vivre paisiblement !

    Le projet de Netanyahou et de l’extrême droite avec laquelle il gouverne est de chasser les Palestiniens de la bande de Gaza. Peut-être ne savent-ils pas encore comment y parvenir exactement et notamment comment le faire accepter par leurs alliés, en particulier les États-Unis, mais leur but est bien celui-ci.

    Dès son origine, la construction de l’État d’Israël a été une entreprise de colonisation et d’expulsion brutale des Palestiniens condamnant toute possibilité de coexistence fraternelle et égalitaire. Depuis 77 ans, l’oppression des Palestiniens et la spoliation de leurs terres n’ont quasiment pas cessé, provoquant des affrontements toujours plus meurtriers.

    Cet engrenage a creusé un fossé d’horreurs, de morts et de sang entre les deux peuples, favorisant, dans les deux camps, les plus extrémistes. Les dirigeants israéliens actuels ont poussé cette logique dans ses formes les plus extrêmes et barbares.

    Depuis le 7 octobre 2023, ils sont plus puissants que jamais en Israël. Au lendemain de ce massacre, les suprémacistes juifs ont rivalisé d’idées pour exterminer les Palestiniens de Gaza, les uns évoquant la solution de la bombe A, les autres l’utilisation d’un virus mortel. Et une partie de leurs amis sont au pouvoir !

    La situation actuelle comporte bien des inconnues. Mais depuis des années les gouvernements israéliens ont fait leur maximum pour réduire à néant toute possibilité d’existence d’un État palestinien, à Gaza ou en Cisjordanie. Et ce qui est certain, c’est qu’ils n’ont jamais été aussi près de le réaliser.

    Les dirigeants impérialistes et en particulier les États-Unis ont toujours été solidaires de la politique des dirigeants sionistes, car elle leur permet de dominer le Moyen-Orient par la force. Et en dignes héritiers de ceux qui ont colonisé et fait disparaître bien des peuples dans le passé, ce n’est pas le massacre des Palestiniens qui peut les émouvoir. Trump ne se mêle aujourd’hui de cette guerre que pour forcer Netanyahou à agir plus subtilement.

    Les Israéliens peuvent jouer un rôle décisif pour changer la donne. Ils sont de plus en plus nombreux à dénoncer la guerre menée par Netanyahou comme une folie à la fois pour les Palestiniens et pour les Israéliens. C’est une folie car, si elle affaiblit aujourd’hui le Hamas, elle assure aussi son avenir en faisant naître, chaque jour qui passe, de nouvelles recrues qui n’auront que la vengeance pour horizon.

    On ne bâtit pas un paradis en plongeant les autres dans l’enfer. La paix ne peut pas se construire sur une montagne de cadavres ni sur la déportation de millions de personnes. Elle ne peut se bâtir que sur la fin de l’oppression et de l’apartheid. Que sur la fin des annexions et des colonies et la reconnaissance de l’égalité des droits entre les peuples.

    La coexistence fraternelle entre le peuple israélien et les peuples arabes voisins ne pourra se faire qu’au sein d’une fédération des peuples du Moyen-Orient. Elle nécessite de renverser toutes les crapules qui parlent aujourd’hui au nom des peuples, ici et là-bas.

    Nathalie Arthaud

  • Massacre des Malgaches 1947

    Macron : Un devoir de mémoire qui fait intervenir des sachants mais pas les premiers concernés.

    https://www.lutte-ouvriere.org/portail/breves/massacre-malgaches-macron-souvient-183812.html

    Macron a annoncé la création d’une commission d’historiens franco-malgache pour rendre compte de l’insurrection de la population malgache en 1947 et de sa répression sanglante par l’armée française, qui aurait fait selon les sources entre 11 000 et 100 000 morts.

    Comme à chaque fois qu’il est question de colonialisme, Macron a recours à la même technique consistant à réunir des historiens pour faire un « travail de mémoire ». Comme si les victimes du colonialisme avaient oublié ce qu’elles avaient subi !

    Ce cinéma hypocrite, qui ne coûte pas grand-chose, sert à masquer le fait que les dirigeants français d’aujourd’hui, dans la continuité de leurs prédécesseurs d’il y a 80 ans, continuent de défendre les intérêts de l’impérialisme contre les peuples.

  • RSA : le gouvernement envisage une suspension de 30 % à 100 % de l’allocation en cas de manquement
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/03/20/beneficiaires-du-rsa-une-suspension-d-allocation-de-30-a-100-prevue-en-cas-d

    Pour un premier manquement, il est prévu une suspension de l’allocation allant de 30 % à 100 % pour un ou deux mois. Comme la loi le prévoit, si la situation se règle durant la période de la sanction, le montant sera versé rétroactivement, sinon il sera définitivement perdu. En cas de manquement persistant, il est prévu différents types de sanctions, « donnant des marges pour apprécier la gravité », selon le document du ministère. Une nouvelle suspension du versement de 30 % à 100 %, mais cette fois pour un à quatre mois, mais aussi une suppression pure et simple de 30 % à 100 % allant de un à quatre mois. Il est précisé qu’en cas de suppression totale pour quatre mois – la sanction la plus lourde –, l’#allocataire sera également radié de la liste des demandeurs d’emploi et de la liste des bénéficiaires du #RSA.

    [...]

    La contestation du milieu associatif était attendue par le gouvernement, mais pour Thibaut Guilluy [directeur général de France Travail], ces critiques sont exagérées. « Il faut passer par un tel parcours du combattant pour pouvoir radier ne serait-ce que quinze jours ou un mois, que le nombre [de cas] est quand même relativement limité », a-t-il répondu au Sénat.

    https://archive.ph/2bjZa

    #France_travail #radiations #sanctions

  • Comment les écogestes entretiennent la catastrophe | Clémént Sénéchal
    https://frustrationmagazine.fr/ecogestes

    Contrairement à une opinion répandue au sein du milieu environnemental, l’entrée dans l’écologie par les écogestes est totalement contreproductive.
    Elle ne fait que nourrir les ravages du néolibéralisme.

    Prisée par les ONG, les colibris et les journalistes aussi bien que par les gouvernements bourgeois et les multinationales fossiles, la religion des écogestes est devenue l’entrée principale dans la cause environnementale. Pourtant, à l’examen, elle s’avère absolument délétère. L’approche sociologique démontre que l’écocitoyenneté morale accroît la violence symbolique qui pèse sur les classes populaires, et les sciences cognitives qu’elle détourne l’individu de l’action systémique aujourd’hui nécessaire. Il est donc temps de se débarrasser de ce paradigme paresseux, véritable Cheval de Troie des néolibéraux pour désagréger l’action collective.

  • Se faire exploiter… de manière solidaire
    https://lutte-ouvriere.org/r/179020

    Je travaille dans une entreprise dite solidaire dans le Pas-de- Calais. Elle emploie 280 personnes qui seraient « éloignées de l’emploi » et à qui elle proposerait un « parcours d’insertion » en développant leur « employabilité ». Quel baratin !

    L’entreprise commercialise des palettes, avec la possibilité pour les industriels qui les commandent d’être livrés dans des délais très courts. C’est donc une production à flux tendu. Mais ce que la direction garantit à ses clients, ce sont nous, les travailleurs, qui l’assumons, avec des horaires flexibles, comme le fait d’arriver une heure plus tôt, pour produire plus. Selon la direction, les palettes seraient robustes mais elle achète du bois de mauvaise qualité. Les machines sont vieillissantes et souvent en panne, à l’image de certains chariots dont les freins ne fonctionnent plus depuis longtemps. Ce sont donc nos corps qui trinquent : il faut porter du lourd, se baisser souvent. Elle n’hésite pas à utiliser le chantage au licenciement ou à faire miroiter des embauches en CDI à la fin des CDD qui, le plus souvent, n’arrivent jamais.

    Pour les patrons, l’affaire est rentable. Les salaires sont quasiment intégralement subventionnés par l’État. Ils touchent de multiples aides publiques, au nom par exemple de la formation, sans compter les diverses exonérations fiscales.

  • Palestine  : la politique de Révolution permanente , entre mensonges et opportunisme

    Dans un article du 2 juin, intitulé  : «  Feinte et orthodoxie, à nouveau sur #LutteOuvrière, la #Palestine et la #question-nationale  », #RévolutionPermanente (RP) nous a interpellés sur notre position concernant la guerre à Gaza, voulant «  préciser le débat entamé en octobre dernier  » dans une précédente publication. Le débat entre #MilitantsRévolutionnaires, se réclamant du #Trotskysme, nous semble nécessaire et indispensable. Mais encore faut-il qu’il soit mené avec honnêteté. Or l’article de RP est parsemé de sous-entendus et d’amalgames malhonnêtes, quand ce ne sont pas purement et simplement des inventions.

    Ainsi ses auteurs y assimilent notre position sur la Palestine, ainsi d’ailleurs que celle sur la Nouvelle-Calédonie, à du bordiguisme, un courant d’ultragauche héritier du dirigeant communiste Amadeo Bordiga. Ce jugement ne nous semble pas du tout justifié, mais de toute façon il serait bien difficile de le discuter sérieusement. En effet, notre «  bordiguisme  » s’expliquerait par le fait que nous aurions «  entretenu des rapports idéologiques, politiques et organisationnels  » avec ce courant. Lesquels  ? Pour en savoir plus, le lecteur doit se contenter d’une note en fin d’article, évoquant le groupe italien Lotta comunista. Nous avons certes des contacts avec ce groupe, qui d’ailleurs refuse d’être qualifié de bordiguiste, comme avec d’autres organisations d’extrême gauche. Nous avons même des rapports politiques avec des militants de RP, notamment à l’occasion de la préparation de notre fête annuelle à laquelle ils sont invités à y tenir un stand et à animer un forum… sans que pour autant cela influence en quoi que ce soit notre politique  !

    La malhonnêteté devient proprement ridicule quand, poursuivant dans le même registre, RP ajoute que nos positions seraient «  héritées des apports idéologiques ou de cadres venant de courants gauchistes comme Socialisme ou Barbarie1 qui ont nourri la presse de VO puis de LO  ». Il suffit de rappeler que si des militants ont rejoint le groupe Voix ouvrière, ancêtre de Lutte ouvrière, en quittant Socialisme ou barbarie, c’est précisément parce qu’ils avaient alors été gagnés au trotskysme.
    Enfin, on peut relever que les camarades de RP s’étonnent que nous ayons pu «  compagnonner  » avec la LCR, «  allant jusqu’à faire des cellules communes  », malgré d’importantes divergences. Venant de militants, qui jusqu’en 2021 animaient une tendance, le Courant communiste révolutionnaire, au sein du NPA dont ils ne cessaient de critiquer la politique, cela ne manque pas de piquant…

    Nous avons toujours en effet cherché à nouer des relations avec d’autres organisations trotskystes, tout en continuant à discuter sans concessions de nos différences. Cela a pu prendre des formes variées selon les époques et les contextes politiques. Au début des années 1980, nous avons d’ailleurs eu des «  rapports étroits  », pour reprendre une formule employée par un militant de RP, avec la LIT (Ligue internationale des travailleurs), une organisation du courant moréniste (du nom de son fondateur Nahuel Moreno), présent surtout en Amérique latine et principalement en Argentine, dont sont issus les militants qui ont donné naissance à RP. Nous avions alors proposé des échanges de militants entre nos organisations de façon à mieux nous connaître et enrichir les uns et les autres notre expérience politique. Mais les dirigeants de la LIT ont mis fin rapidement à notre «  compagnonnage  », quand ils ont compris qu’ils ne parviendraient pas à nous intégrer dans un regroupement concurrent de ceux des autres organisations trotskystes, ce qui semblait être leur seul objectif. En se livrant à des amalgames grossiers et malhonnêtes, les auteurs de l’article de RP s’inscrivent bien de ce point de vue dans la continuité politique des morénistes de cette époque.

    Pour autant, nous tenons à répondre aux critiques politiques formulées dans l’article de RP, car nous pensons que cela peut être profitable à ceux qui sont honnêtement préoccupés par l’évolution actuelle de la situation au Moyen-Orient et légitimement révoltés par le sort des Palestiniens, victimes d’un massacre à grande échelle mené par l’armée israélienne.

    Choisir un «  camp militaire  »… ou s’aligner derrière le Hamas

    RP nous reproche de renvoyer dos à dos l’État d’Israël et les Palestiniens car nous nous refuserions à «  choisir un camp militaire  ». Que signifie donc une telle formule  ? Depuis le 7 octobre 2023, dans nos publications, notre hebdomadaire, nos éditoriaux distribués devant plusieurs centaines d’entreprises – tous ceux du mois d’octobre et bien d’autres par la suite – nous avons dénoncé le terrorisme de l’État israélien à l’égard des Palestiniens, les massacres auxquels se livre son armée à Gaza, la négation des droits des Palestiniens à une existence nationale, la politique d’oppression et de spoliation de l’État d’Israël depuis sa création et son rôle de gendarme de l’ordre impérialiste au Moyen-Orient qui lui vaut un soutien indéfectible des grandes puissances, en premier lieu des États-Unis.

    Nous avons donc bien choisi un camp, mais qui est d’abord un camp politique  : nous sommes inconditionnellement solidaires du peuple palestinien face à l’oppression qu’il subit. Mais cette solidarité avec un peuple opprimé n’implique pas nécessairement l’approbation des politiques et des choix des organisations qui prétendent le représenter, surtout s’agissant en l’occurrence d’organisations nationalistes bourgeoises  ! Nous ne sommes pas solidaires du Hamas, de sa politique, de ses méthodes et en particulier de sa politique militaire telle qu’elle a été illustrée par son offensive du 7 octobre.

    L’argument souvent avancé est que, par cette attaque, le Hamas a remis sur le devant de la scène la question palestinienne que les dirigeants israéliens et leurs alliés avaient réussi depuis des années à faire oublier. Si c’est vrai, cela a été de la façon la pire qui soit. Les dirigeants de l’organisation islamiste savaient fort bien que cette attaque, en frappant de façon spectaculaire la population israélienne, aussi bien des civils que des militaires, susciterait inévitablement une réaction militaire de grande ampleur de l’armée israélienne, avec des conséquences dramatiques pour la population palestinienne. De plus, elle allait permettre à Netanyahou et à son gouvernement d’extrême droite de miser sur la réaction de la population israélienne pour lui imposer leurs choix et créer autour d’eux une véritable union sacrée. Ainsi les dirigeants israéliens ont pu bombarder et détruire complètement Gaza, causant la mort de plus de 40 000 Palestiniens, en bénéficiant, au moins dans les premiers mois de la guerre, d’un soutien populaire qu’ils avaient perdu à la veille du 7 octobre.

    Mais de son côté aussi, le Hamas voulait contraindre les Palestiniens à serrer les rangs derrière lui face à la violence meurtrière de l’armée israélienne. De sa part, il s’agit d’une tactique constante, appliquée bien avant le 7 octobre, visant à démontrer qu’il est la seule organisation combattante digne de représenter les Palestiniens et que, pour eux, se ranger derrière sa direction est la seule option possible. Des révolutionnaires prolétariens ne peuvent être solidaires de cette politique qui aboutit à creuser toujours plus le fossé de sang entre les deux peuples, à les dresser l’un contre l’autre et permet aux nationalistes les plus extrémistes des deux camps d’assurer leur emprise sur leurs populations.

    En fait, le choix d’un «  camp militaire  » dans le conflit actuel, tel que le fait RP en identifiant le Hamas à la «  résistance militaire  » des Palestiniens, n’est qu’une façon honteuse de se ranger derrière la politique de cette organisation, sans vouloir l’avouer clairement. Quand RP prétend défendre l’indépendance politique du prolétariat, son auto-organisation, ce ne sont alors plus que des phrases creuses, vidées de tout sens.

    L’exemple de la guerre israélo-arabe de 1973, et de bien d’autres

    Pour justifier son soutien au Hamas, RP multiplie les citations de Lénine et de Trotsky, qui soulignaient invariablement la nécessité, pour les révolutionnaires, de se placer clairement dans le camp des nations opprimées, position que nous approuvons pleinement. RP croit même pouvoir nous opposer la position que nous avions prise lors de la guerre du Kippour, opposant les États arabes à Israël, citant un extrait d’un article publié le 1er novembre 1973 (Lutte de classe n° 14)  : «  Si les révolutionnaires prolétariens doivent être résolument pour la victoire des États arabes parce qu’une victoire d’Israël renforcerait la domination impérialiste au Proche-Orient, ils ne doivent pas pour autant laisser croire que la lutte anti-impérialiste passe par la guerre contre Israël et qu’elle peut être menée par les bourgeoisies arabes.  ». RP estime que nous avions ainsi choisi clairement un camp, alors que nous ne le ferions pas aujourd’hui.

    Ce qui échappe visiblement à RP est que le principe de se placer dans le camp de la nation opprimée doit se traduire par des prises de position politiques concrètes qui dépendent évidemment de la situation à laquelle on fait face. Une guerre entre le Maroc et la France à laquelle fait allusion Lénine, la guerre sino-japonaise dont parle Trotsky, la guerre israélo-arabe de 1973 et la guerre à Gaza, sont autant de situations différentes qui requièrent chaque fois une analyse. Mais justement, tout en multipliant les citations, RP évite soigneusement d’appliquer le raisonnement qu’elles contiennent à la guerre actuelle.

    Ainsi, que la situation politique au Moyen-Orient ne soit pas la même en 1973 et en 2024, cinquante après, ne compte visiblement pas pour ces camarades. Il n’est donc pas inutile de rappeler le contexte. Dans la guerre de 1973, il y avait d’un côté l’État israélien, soutenu par les États-Unis qui organisaient un pont aérien pour lui livrer les armes dont il avait besoin, et de l’autre l’Égypte et la Syrie, dont les dirigeants cherchaient encore, à l’époque, à desserrer l’emprise de l’impérialisme et entretenaient pour cela des liens avec l’Union soviétique. Comme nous l’avons alors écrit, le prolétariat n’était pas représenté avec sa bannière dans ce conflit, mais l’impérialisme, lui, était clairement dans le camp d’Israël.

    Nous affirmions donc en effet que les révolutionnaires ne pouvaient pas rester neutres dans cette guerre, mais nous ajoutions aussi  : «  En développant le nationalisme dans les deux camps, en enchaînant au travers de l’union sacrée les prolétariats arabe et juif à leur propre bourgeoisie, la guerre ne fait qu’obscurcir les problèmes et éloigner les véritables solutions.

    C’est pourquoi un alignement pur et simple des révolutionnaires sur les dirigeants arabes […] serait une autre façon, tout aussi radicale, de trahir l’internationalisme. La tâche d’organiser le prolétariat, de lui montrer que si, dans la guerre actuelle, l’impérialisme est l’ennemi principal, la bourgeoisie nationale est aussi un ennemi fondamental, un obstacle permanent sur le chemin de la véritable émancipation, la dénonciation de tous les crimes, de la politique de classe antiouvrière des dirigeants arabes, font partie des objectifs immédiats des révolutionnaires prolétariens.  »

    Aujourd’hui, la configuration politique du Moyen-Orient a notablement changé, mais en pire. Tout d’abord, les dirigeants des États arabes ne font plus mine de contester la domination de l’impérialisme et agissent en complicité plus ou moins ouverte avec ceux d’Israël. Les dirigeants de l’OLP eux-mêmes ont pu démontrer à la tête de l’Autorité palestinienne qu’ils pouvaient être des interlocuteurs responsables vis-à-vis des grandes puissances et qu’ils pouvaient accepter de collaborer avec l’armée israélienne dans les tâches de répression des mobilisations populaires dans les territoires occupés. Quant au Hamas, cette organisation islamiste réactionnaire a eu le temps de montrer, en dirigeant le territoire de Gaza pendant 17 ans, qu’elle était elle aussi capable de mettre en place une police et des prisons pour mettre au pas les Palestiniens.

    À quelles conclusions aboutissent les camarades de RP en comparant nos positions de 1973 et celles d’aujourd’hui  ? On ne le saura pas, car ils ne le disent pas clairement. Et quelle issue peut-on souhaiter au conflit actuel  ? Le Hamas sait parfaitement qu’il ne peut pas vaincre militairement l’État israélien, et ce n’est d’ailleurs pas son objectif. Tout comme l’OLP avant lui, il cherche à se faire reconnaître comme un interlocuteur par les grandes puissances et à obtenir qu’elles lui reconnaissent le droit de diriger un État palestinien dans le cadre du système impérialiste, même réduit à un territoire aussi limité que celui de la Cisjordanie et de Gaza.

    Ainsi, même une victoire ou un succès militaire du Hamas aboutiraient tout au plus à imposer à Israël la «  solution à deux États  » prônée en paroles par l’ONU et les dirigeants des grandes puissances. Cela satisferait sans doute partiellement la bourgeoisie palestinienne représentée par l’OLP et le Hamas, avide de pouvoir gérer sans entraves son propre État. Pour la population et pour la classe ouvrière palestiniennes elles-mêmes, cela pourrait être un répit dans la guerre. Il serait tempéré cependant, non seulement parce que ce ne serait pas la fin de l’exploitation, mais aussi parce qu’elles auraient à subir un pouvoir politique certes autochtone mais réactionnaire, dictatorial et qui ne satisferait que bien incomplètement même leurs simples aspirations nationales.

    Alors on peut bien sûr dire aujourd’hui que l’on souhaite la victoire militaire des Palestiniens contre l’armée israélienne, mais se contenter d’une telle proclamation revient à se boucher les yeux devant la situation réelle. Pire, c’est se refuser à indiquer une issue politique au prolétariat palestinien, mais aussi à celui d’Israël et du Moyen-Orient, face aux conflits imbriqués et à l’impasse dans laquelle s’enfonce toute la région.

    Aux perspectives étroitement nationalistes d’une petite bourgeoisie palestinienne qui revendique d’avoir dans le Moyen-Orient dominé par l’impérialisme la petite place que celui-ci voudra bien lui reconnaître, les révolutionnaires doivent opposer celles de la lutte du prolétariat, dans la région et à l’échelle internationale, pour renverser l’impérialisme. C’est la seule perspective qui peut conduire à mettre fin à toutes les formes d’oppression, y compris nationales. Les organisations nationalistes, toutes variantes confondues, ne peuvent que conduire les opprimés dans une impasse et constituent un obstacle dans la voie de leur émancipation. Cela est encore plus vrai dans la situation du Moyen-Orient, morcelé par une politique impérialiste qui a fait obstacle au développement national pour toute une série de bourgeoisies, non seulement palestinienne mais aussi par exemple kurde et qui en a limité bien d’autres. La dénonciation des limites de ce nationalisme, dans une époque où son avenir est de plus en plus bouché, constitue donc bien aujourd’hui comme en 1973, une composante essentielle de la politique des révolutionnaires prolétariens.

    Quand la théorie de la révolution permanente est utilisée pour justifier l’opportunisme

    En écrivant que nous tournerions le dos à la théorie de la révolution permanente, RP s’inscrit dans la tradition de tous ceux qui, au sein du mouvement trotskyste international, ont utilisé cette formule pour justifier leur suivisme vis-à-vis des mouvements nationalistes, dans la période des années 1950-1960, alors que des mobilisations ­anti-coloniales et anti-impérialistes se produisaient dans de nombreux pays.

    Trotsky a élaboré la théorie de la révolution permanente pour discuter des tâches du prolétariat dans les pays arriérés2, désignant ainsi, sans aucun jugement de valeur, des pays tombés sous la domination de puissances impérialistes et qui ont vu leur développement économique entravé. Le prolétariat de ces pays serait contraint, concluait Trotsky dans le Programme de transition, «  de combiner la lutte pour les tâches les plus élémentaires de l’indépendance nationale et de la démocratie bourgeoise avec la lutte socialiste contre l’impérialisme mondial  ». Et Trotsky de conclure  : «  Cependant, la direction générale du développement révolutionnaire peut être déterminée par la formule de la RÉVOLUTION PERMANENTE, dans le sens qui a été définitivement donné à cette formule par trois révolutions en Russie (1905, février 1917, octobre 1917).  »

    Trotsky cherchait ainsi à armer politiquement des militants révolutionnaires dans leur lutte pour arracher le prolétariat à l’influence politique des organisations bourgeoises afin que celui-ci soit capable de prendre la tête de la mobilisation révolutionnaire et de conquérir le pouvoir. Cet objectif implique que les militants révolutionnaires combattent fermement et avec intransigeance la politique et les méthodes de ces organisations nationalistes en leur opposant la perspective de la révolution prolétarienne. Nous n’avons pas les moyens de peser sur le cours des événements au Moyen-Orient, mais nous pouvons au moins défendre cette perspective, dans nos publications et lors de nos interventions, notamment à l’occasion des manifestations de solidarité avec les Palestiniens qui ont eu lieu ces derniers mois.
    La politique des révolutionnaires dans les manifestations de solidarité avec Gaza

    Contrairement à ce que prétend RP, nous n’avons pas fait preuve «  d’abstentionnisme  » vis-à-vis de ces manifestations. Les militants de LO y ont participé en tant que communistes révolutionnaires, arborant d’ailleurs le drapeau rouge, celui de la classe ouvrière internationale et non le drapeau national palestinien, à l’inverse de RP. En effet, dans tous ces rassemblements et lors de nos prises de parole, nous tenons à nous démarquer des organisations nationalistes.

    L’opportunisme dont RP fait preuve par rapport aux initiateurs de ces manifestations n’a rien de nouveau. La politique de leur courant politique a toujours consisté à chercher à accrocher leur wagon à d’autres courants semblant avoir le vent en poupe. Cela les amène à peindre en rouge ces mobilisations, à surestimer leur importance et même à y voir «  toute une génération en train de s’approprier les drapeaux de la solidarité internationaliste  ».

    Malheureusement, ces manifestations n’ont entraîné qu’une fraction très minoritaire de la jeunesse, en particulier en France où elles n’ont jamais atteint un niveau de mobilisation comparable à celui des États-Unis. Mais s’il est vrai que leurs participants ou certains d’entre eux ont voulu manifester une «  solidarité internationaliste  », l’alignement de RP et d’autres sur la politique des organisations nationalistes ne les y aura certainement pas aidés. Cela devrait pourtant être la tâche de militants se réclamant du trotskysme.

    RP nous reproche de percevoir «  la situation uniquement au prisme du recul extrême du mouvement ouvrier et de l’exacerbation du militarisme et des rivalités entre États  ». Il s’agit pourtant d’une réalité, mais selon nous, ce n’est pas être pessimiste que de constater que les révolutionnaires doivent militer dans une situation de recul qui s’aggrave et menace de déboucher sur une généralisation des guerres. C’est seulement chercher à avoir la lucidité nécessaire pour des militants qui se préoccupent de connaître la réalité des rapports de force.

    Cela ne nous conduit pas à être «  attentistes  », pour reprendre l’expression de RP. Nous pensons au contraire que, dans cette période où le capitalisme démontre plus que jamais sa faillite, les militants révolutionnaires doivent redoubler d’efforts pour construire le parti communiste révolutionnaire et l’Internationale dont la classe ouvrière aura besoin pour renverser la bourgeoisie et son système. Le faire sur des bases politiques justes est indispensable pour aider à avoir une claire conscience des tâches qui en découlent pour ceux qui veulent lutter contre ce système, en France, au Moyen-Orient et dans le monde entier.

    https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/palestine-politique-revolution-permanente-entre-mensonges-opportunis

  • Chine-Taïwan : une tension alimentée par l’impérialisme

    Lundi 14 octobre, la Chine a organisé autour de Taïwan des manœuvres militaires mobilisant un nombre record d’avions et de navires de guerre. Elle affirmait répondre ainsi à un discours « séparatiste » de Lai Ching-te, le président de Taïwan.

    Jeudi 10 octobre, Lai Ching-te s’était ainsi engagé à « résister à l’annexion » chinoise de l’île ou « à l’empiétement de sa souveraineté », des propos qui, parce qu’ils laissent entendre que Taïwan est officiellement indépendante, remettent en cause le statu quo établi entre les États-Unis, la Chine et Taïwan depuis 1979.

    À la fin de la révolution de 1949, alors que les armées paysannes de Mao prenaient les villes les unes après les autres, Tchang Kaï-chek et ses hommes du Kuomintang, massacreurs d’ouvriers, vomis par la population chinoise, ne purent que se réfugier à Taïwan, sous protection américaine. Alors que la Chine de Mao était mise sous embargo, ce n’est pas Pékin mais Taïwan qui, avec ses quelques millions d’habitants, fut pour des années reconnu par l’impérialisme comme la Chine officielle, occupant un siège au Conseil de sécurité de l’ONU.

    Taïwan est donc depuis lors un atout entre les mains de l’impérialisme contre la Chine, et a même été une base arrière pour les États-Unis dans les guerres de Corée et du Vietnam. Cette île, présentée comme le rempart de la démocratie contre le communisme chinois, a toujours été un bagne pour la classe ouvrière. Les années 1950 à 1990 furent celles de la Terreur blanche, 140 000 oppositionnels furent emprisonnés, entre 3 000 et 4 000 exécutés. La loi martiale ne fut levée qu’en 1987, ce qui permit au régime de se donner une façade démocratique à partir des années 1990. Si le Kuomintang a cédé le pouvoir au PDP, le parti de Lai Ching-te, la statue de Tchang Kaï-chek trône toujours dans la capitale Taïpei et l’appareil militaro-policier à l’œuvre pendant les décennies de terreur charpente toujours l’État.

    En 1979, le rapprochement entre la Chine et les États-Unis amorcé au début des années 1970 amena ces derniers à reconnaître Pékin comme la capitale chinoise, à lui attribuer la représentation de la Chine à l’ONU et son siège au Conseil de sécurité. Le statu quo qui s’établit alors a consisté à considérer qu’il n’y avait qu’une seule Chine dont Taïwan faisait partie, tout en tolérant son indépendance de fait, au nom d’une réunification à réaliser dans un avenir non défini. L’officialisation de l’indépendance de Taïwan fut dès lors une ligne rouge dont Pékin ne tolérait pas le franchissement. En même temps, l’impérialisme américain s’engageait auprès du régime taïwanais à le fournir en armes et à assurer sa protection, faisant de Taïwan l’un de ses moyens de pression les plus efficaces contre le régime chinois.

    Le PDP aujourd’hui au pouvoir est un parti bourgeois, libéral, corrompu jusqu’à la moelle. Il affirme dans son programme que Taïwan doit devenir officiellement indépendante. Taïwan et ses 23 millions d’habitants n’ont certes pas les moyens d’une guerre avec la Chine. Aussi les déclarations de ses responsables dans le sens de l’indépendance sont rares et faites au gré de leurs besoins de politique intérieure. Il peut s’agir de faire oublier leur discrédit ou de répondre au besoin de l’impérialisme américain de démontrer que c’est la Chine qui représente le danger.

    D’ailleurs, à l’issue des manœuvres chinoises, le porte-parole du département d’État américain, Matthew Miller, a appelé la Chine « à éviter toute nouvelle action susceptible de compromettre la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan et la région dans son ensemble ». Mais depuis plusieurs années, ce sont bien les États-Unis qui ont accéléré les livraisons d’armes à Taïwan et qui multiplient les exercices militaires dans la région.

    Serge Benham

    https://www.lutte-ouvriere.org/portail/journal/chine-taiwan-tension-alimentee-par-limperialisme-178846.html

  • Dette : ce n’est pas à nous de payer !

    Gel des pensions de retraite pendant six mois, pour près de 4 milliards d’économies ; relèvement de la taxe sur l’électricité pour 3 milliards ; coupes dans les budgets des collectivités locales à hauteur de 5 milliards ; baisse du remboursement de la consultation médicale pour 1,5 milliard ; coup de rabot sur les indemnités journalières ; suppression de 4 000 postes d’enseignants… le gouvernement s’attaque à ce qu’il y a de plus vital pour tous.

    Des millions de travailleurs, de retraités et de jeunes n’ont pas 1 000 euros par mois pour vivre. Ils renoncent déjà à se nourrir correctement. Ils se chauffent au minimum. Ils reportent la visite chez le médecin, l’ophtalmologiste ou le dentiste. Et il faudrait accepter que ce soit pire demain ?

    Le gouvernement Barnier parle de « budget de crise ». Mais pour le monde ouvrier, le budget de crise, c’est tous les mois ! Les classes populaires payent cher pour l’inflation. Souvent, le salaire d’un ouvrier ou d’un employé ne suffit plus pour remplir le caddy et régler toutes les factures, y compris la mutuelle et les assurances en augmentation constante.

    Tous, nous payons le prétendu déficit des retraites en étant forcés de travailler deux ans de plus. Tous, nous sommes confrontés aux hôpitaux et à l’école qui manquent de moyens, aux Ehpad, aux crèches ou aux transports publics saturés : il faut que ces reculs s’arrêtent.

    Et que le gouvernement ne nous parle pas d’« efforts partagés » ! La surtaxe prévue sur les ultra-riches est censée rapporter 2 milliards. Mais l’année dernière, les entreprises du CAC 40 leur ont versé 70 milliards de dividendes. S’il manque toujours de l’argent pour payer les retraites, le personnel des hôpitaux ou les professeurs, il n’en manque jamais pour les dynasties d’actionnaires, qui ne sont que des parasites.

    Le système capitaliste fonctionne comme une immense pompe aspirante des richesses produites par les travailleurs. Il n’est pas fait pour que leur travail paye, mais pour que l’argent aille à l’argent. Pour que le capital rapporte toujours plus de capital.

    En plus de s’enrichir au travers de l’exploitation, il faut encore que les capitalistes pillent les caisses publiques. C’est cela qui explique l’ampleur de la dette. Car l’État ne s’est pas endetté pour faire des cadeaux aux salariés, aux retraités ou aux chômeurs, mais pour en faire à la bourgeoisie et aux groupes capitalistes.

    Prétendant améliorer « l’attractivité du pays », comme disait Macron, le gouvernement a supprimé l’impôt sur la fortune. Il a baissé l’impôt sur le capital et celui sur les bénéfices. Au final, un boulanger a un taux d’imposition plus élevé que celui d’un actionnaire riche à millions !

    Et comme si cela ne suffisait pas, l’État, comme les régions, les départements et les villes gérés par des écuries politiques de tout bord ont encore arrosé les grandes entreprises sous prétexte de les aider à investir, à décarboner…

    « Pour l’emploi dans la filière maritime française », le gouvernement a, par exemple, changé le calcul de l’impôt des armateurs. En deux ans, l’État a subi un manque à gagner de près de 10 milliards, au profit quasi exclusif d’un seul groupe puisque le commerce maritime français est contrôlé aux trois quarts par le groupe CMA CGM. 

    10 milliards envolés, donc, pour un groupe capitaliste qui a fait un bénéfice de 23,4 milliards d’euros en 2023 et un milliardaire, Rodolphe Saadé, à la tête d’une fortune de 32 milliards. Ce dernier est désormais connu pour s’être offert le journal La Provence et la chaîne BFM TV. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

    Sanofi, gavé d’argent public par le biais du crédit impôt recherche, se débarrasse de ses chercheurs, et même de la production de Doliprane, vendue dans une juteuse opération financière.

    Les caisses publiques se vident pour remplir celles des multinationales et de la grande bourgeoisie : ce sont des vases communicants. Alors, cette dette n’est pas la nôtre, c’est celle de la grande bourgeoisie, c’est à elle de la rembourser jusqu’au dernier centime. Rien qu’en supprimant les cadeaux aux capitalistes, en tapant dans les 1 200 milliards accumulés par les 500 plus grandes fortunes et en réquisitionnant une bonne partie des 180 milliards de profits des entreprises du CAC 40, il y a plus d’argent qu’il n’en faut.

    Ce programme, il faut l’opposer au gouvernement Barnier et à tous les politiciens qui se prétendent dans l’opposition mais qui le soutiennent de fait, à commencer par Le Pen.

    Faire payer la grande bourgeoisie serait une première mesure d’utilité publique. Mais l’exproprier et lui enlever son pouvoir de nuire reste la seule perspective pour en finir avec une société aussi injuste, inégalitaire et barbare.
    Nathalie Arthaud

    https://www.lutte-ouvriere.org/portail/editoriaux/dette-nest-payer-178763.html

    • Retraités ։ accusés d’être privilégiés !

      En annonçant le décalage de la revalorisation des pensions de base du 1er janvier au 1er juillet 2025 dans son futur budget d’austérité, le
      gouvernement veut faire 4 milliards d’euros d’économies aux dépens des retraités.

      Aussitôt que cette mesure révoltante a été annoncée par Michel Barnier, médias et politiques ont relancé une honteuse campagne contre les travailleurs retraités, coupables selon eux d’avoir un niveau de vie équivalent, voire supérieur, à celui des travailleurs en activité.

      Le 7 octobre, une étude du cabinet de conseil économique Asterès est tombée à pic pour justifier un nouveau serrage de vis à leur encontre. Elle dit que les retraités, malgré des revenus moindres, seraient privilégiés car ils sont davantage propriétaires de leur logement que les personnes de moins de 50 ans. Le rapport conclut que les plus de75 ans ne sont « que » 11,4 % à vivre dans la pauvreté, contre 20 % des moins de 18 ans. Comme si cela pouvait rendre plus acceptable le fait que les personnes âgées sont 2 millions à vivre dans la pauvreté ! Commesi cela pouvait faire oublier que ce sont les revenus de l’ensemble des travailleurs qui sont trop faibles par rapport à l’explosion du coût de la vie !

      La réalité, bien connue des familles populaires, est que leurs proches à la retraite ne parviennent souvent pas à vivre dignement après une vie entière de travail, c’est-à-dire à régler leurs factures quotidiennes, sans parler des frais de santé qui augmentent avec l’âge.

      Le décalage de six mois, du 1 er janvier au 1 er juillet 2025, de la revalorisationde la pension de base d’un retraité qui touche actuellement 1 400 euros par mois équivaudrait à une perte totale d’au moins 105 euros, d’après le magazine Capital.

      Cette mesure odieuse, soutenue par la campagne contre les retraités prétendument « privilégiés », vise à clouer au pilori une catégorie de travailleurs pour mieux s’en prendre à tous.

      Marlène Stanis

  • La démocratie bourgeoise en crise | Coucou @recriweb vous allez bien ?

    Après deux mois de manœuvres et tractations qui ont relevé de la farce, Macron a nommé Michel Barnier à Matignon. Ce politicien LR, qui a blanchi dans les institutions bourgeoises, en France et en Europe, a reçu immédiatement l’onction du patronat. Celui qui réclamait fin 2021 un moratoire sur l’immigration a été validé par les dirigeants du RN, qui pèseront sur sa politique. Celle-ci sera encore plus propatronale, antiouvrière et xénophobe que celle menée depuis deux ans.

    Pour autant, faute de majorité nette à l’Assemblée nationale, l’avenir du gouvernement Barnier promet d’être laborieux. Cette nomination ne résout en rien la crise politique. Celle-ci couve depuis que Macron a été réélu à l’Élysée en 2022 sans obtenir de majorité parlementaire. Elle est devenue aiguë après la victoire du RN aux élections européennes du 9 juin dernier. En décidant, comme un joueur de poker, de provoquer des élections législatives anticipées en prenant les partis au dépourvu, Macron l’a encore aggravée. Le vote des électeurs et plus encore les manœuvres des partis politiques – formation éclair du Nouveau Front populaire (NFP) entre des partis de gauche qui se déchiraient quelques jours plus tôt suivie d’un «  front républicain  » pour entraver le RN – ont abouti à cette Assemblée nationale morcelée en onze groupes parlementaires.

    Un personnel politique de moins en moins responsable

    Si, pour se faire élire, les députés se sont groupés dans trois blocs rivaux dont aucun n’a de majorité absolue, les ambitions et les calculs des uns et des autres peuvent provoquer à tout moment un éclatement et une recomposition. Le seul obstacle sérieux à la formation d’un gouvernement de grande coalition, appelé de leurs vœux par tous ceux qu’inquiète l’instabilité politique, n’est pas les différences de programmes.

    Sur le fond, malgré les postures des uns et des autres, tous ces groupes de députés, RN et LFI inclus, sont respectueux de l’ordre social. Tous ne jurent que par l’intérêt national, ce qui dans une société capitaliste signifie les intérêts de la classe dominante, et tous aspirent à gérer les affaires de la bourgeoisie. Il y a un continuum entre les dirigeants de ces groupes parlementaires qui ont siégé à un moment ou à un autre dans le même parti ou dans le même gouvernement. Quand ils n’ont pas gouverné ensemble, ils se sont succédé au pouvoir, les uns terminant les réformes entamées par les autres. C’est ainsi qu’Élisabeth Borne a pris le relais de Marisol Touraine pour retarder un peu plus le départ à la retraite des salariés. Au pouvoir, tous ont obéi aux injonctions du patronat.

    Ce qui les empêche de gouverner ensemble, ce sont uniquement les petits calculs des uns et des autres devant une situation instable. Les plus ambitieux, avec leur coterie respective, visent la prochaine présidentielle – qu’elle se tienne en 2027 ou plus tôt si les circonstances poussent Macron à la démission – et ne veulent pas s’user en quelques mois au pouvoir. Les autres savent qu’une nouvelle dissolution est possible dans moins d’un an et ne veulent pas monter dans un navire qui prend l’eau.

    Ces politiciens, Macron en tête, apparaissent donc «  Tous irresponsables  », comme le titrait le 5 septembre l’éditorialiste du journal Les Echos. Irresponsables, ils le sont toujours vis-à-vis de leurs électeurs, et d’abord vis-à-vis de ceux des classes populaires, invités à voter tous les cinq ans, puis à se laisser piétiner sans broncher jusqu’au prochain scrutin. Mais ils apparaissent désormais irresponsables vis-à-vis de la bourgeoisie. Alors que l’économie capitaliste va de crise en crise, que la croissance mondiale est au ralenti, que l’Allemagne, locomotive de l’industrie européenne, est en ­quasi-récession économique, que les Bourses mondiales risquent un krach à tout moment, que les marchés financiers tiennent les États, en particulier la France, par leur dette publique, que la guerre s’étend, la grande bourgeoisie française voit d’un très mauvais œil l’absence d’un gouvernement stable pour piloter l’appareil d’État.

    Bien sûr, dans un riche pays impérialiste comme la France, cet appareil d’État fonctionne avec ou sans ministres à sa tête. Tout l’été, les hauts fonctionnaires de Bercy ont préparé le budget 2025 alors que le gouvernement était considéré comme démissionnaire. Pour le bonheur du patronat, Barnier n’aura qu’à valider ce budget d’austérité, prévoyant 10 à 15 milliards d’euros d’économies par rapport à celui de 2024. Il le pourra d’autant plus facilement que son directeur de cabinet à Matignon, Jérôme Fournel, est celui qu’avait Bruno Le Maire à Bercy ! Les JO ont pu se dérouler et la rentrée scolaire se tenir sans ministres en exercice. Des centaines de recteurs, de préfets, de chefs d’état-major, de directeurs d’institutions publiques, de secrétaires généraux dans les ministères ont continué à mettre en œuvre les décisions, les lois ou les décrets pris les mois précédents sans que le pays ne connaisse la moindre interruption. Ces hauts fonctionnaires sont précisément sélectionnés dans les grandes écoles de la bourgeoisie et dressés pour assurer la continuité de l’État malgré la valse des ministres.

    Pour autant, un gouvernement officiel est nécessaire pour arbitrer entre les intérêts contradictoires de tels ou tels groupes de banquiers ou d’industriels  ; pour défendre bec et ongles les intérêts des capitalistes français face à leurs concurrents étrangers, y compris en préparant la guerre  ; pour imposer des lois ou des décrets qui fixent les barèmes et les assiettes des impôts ou qui régentent mille aspects de la vie sociale et économique, autant de sources de profits pour une myriade d’entreprises du BTP, de l’agriculture ou de la restauration. On a vu ces différents secteurs réclamer «  des actes  » à Barnier dès sa nomination.

    Un gouvernement est nécessaire pour «  garantir la poursuite de la politique de l’offre menée depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron  », comme l’a formulé le président du Medef lors de son université d’été, fin août. Autrement dit, il est nécessaire pour poursuivre les baisses d’impôts et de taxes pour les entreprises, pour continuer à rallonger le temps de travail, repousser l’âge de la retraite, bloquer les salaires, réduire ou supprimer les indemnités des chômeurs, rendre plus dures les conditions de vie des travailleurs, à commencer par sa fraction immigrée, tailler dans les budgets des écoles ou de la santé pour drainer la plus grande part des richesses créées vers les coffres du capital. S’il n’est pas renversé trop vite, le gouvernement Barnier va s’y employer.

    Une instabilité politique durable

    Si la personnalité d’un Macron, qui prétend régner en Jupiter, et les petits calculs à court terme d’une classe politique minable contribuent au prolongement de la crise politique, celle-ci a des causes plus profondes. Elle résulte de l’usure du système parlementaire sur fond de crise de l’économie capitaliste.

    Avec plus ou moins de succès selon les époques, la bourgeoisie des pays riches a dompté le suffrage universel et mis en place des systèmes d’alternance gouvernementale qui permettent de remplacer, quand il est trop usé au pouvoir, un parti dévoué à ses intérêts par un autre tout aussi dévoué. En France, en 1958, en pleine guerre d’Algérie, après treize années d’un régime parlementaire que les rivalités entre les partis rendaient instable et faible, le général de Gaulle, dénonçant «  la confusion et l’impuissance des pouvoirs  », s’est fait donner les pleins pouvoirs pour mettre en place un régime présidentiel. En concentrant beaucoup de pouvoir entre les mains du président et en réduisant celui du Parlement, la Constitution de la Ve République a assuré une stabilité politique bien après l’indépendance de l’Algérie. Le poids politique de De Gaulle et son crédit au sein de l’armée, acquis dans la période précédente, ont bien sûr joué un rôle déterminant.

    Mais de Gaulle parti, lui-même usé par plus de dix ans au pouvoir et affaibli par la grève générale de mai 1968, la Ve République a continué à rendre service à la bourgeoisie. Pendant des décennies, la droite et la gauche ont alterné à l’Élysée ou à Matignon. Quand la droite était trop haïe par les classes populaires, elle laissait la place à la gauche. De Mitterrand et Chirac à Sarkozy et Hollande, cette alternance s’est faite sans trop de heurts.

    Mais pour que la démocratie fasse illusion, il faut que les gouvernements aient quelques miettes à distribuer. Dans une période de crise économique permanente, quand le chômage est massif, quand le niveau de vie des classes populaires se dégrade, quand le patronat attaque sans cesse les conditions d’existence de ceux qui font fonctionner la société, les gouvernements n’ont que des coups à donner aux travailleurs. Alors les politiciens s’usent de plus en plus vite. Sarkozy puis Hollande n’ont pas pu se faire réélire. Les partis de gauche, dont les classes populaires constituaient la base électorale qu’il fallait faire rêver en leur promettant des lendemains enchanteurs par la seule grâce du bulletin de vote, ont exercé le pouvoir en alternance avec la droite pendant 40 ans. L’un après l’autre, Mitterrand, Jospin puis Hollande ont trahi leurs promesses et se sont soumis aux exigences de la finance et des capitalistes. Cette gauche a fini par se discréditer complètement parmi les travailleurs.

    Conseiller puis ministre de Hollande, mis en orbite par de grands bourgeois pour la présidentielle de 2017 en se prétendant «  et de droite et de gauche  », le banquier Macron a offert un petit répit à la démocratie bourgeoise. Il aura été de courte durée.

    La comédie du NFP

    Après s’être laborieusement accordés sur le nom de l’énarque Lucie Castets pour le poste de Première ministre puis s’être fait claquer la porte sur les doigts, les partis du NFP crient au «  déni de démocratie  » et dénoncent un «  coup de force  » de Macron. Il faut bien peu de dignité pour pleurnicher parce qu’on est maltraité par Macron après avoir sauvé le siège de dizaines de députés macronistes et LR, dont Borne et Darmanin, en se désistant sous prétexte de faire un «  front républicain  » contre le RN. Le résultat de toutes ces manœuvres et malgré le système électoral en vigueur qui a donné une sur­représentation au NFP (33,4 % des députés pour 28,1 % des voix), c’est qu’avec 193 députés sur 577, les partis de gauche sont minoritaires dans une Assemblée massivement à droite et à l’extrême droite.

    Les travailleurs n’ont ni à pleurer avec le NFP ni à regretter un gouvernement Castets. Si Castets a repris à son compte les promesses, bien modestes, de porter le smic à 1 600 euros et celle de revenir sur la retraite à 64 ans, elle n’a cessé de répéter qu’elle chercherait une majorité «  texte par texte  », autrement dit qu’elle était prête à renoncer au programme du NFP, faute de majorité. Or, même quand ils avaient une majorité absolue, les partis de gauche ont toujours reculé devant les exigences patronales. Si Blum invoquait en 1936 le «  mur de l’argent  », ses lointains successeurs se cachent derrière «  l’orthodoxie budgétaire  » exigée par les marchés financiers pour bâtir le budget des États endettés. En Grande-Bretagne, la gauche est revenue au pouvoir avec une large majorité. Mais, au prétexte que les conservateurs ont laissé les caisses vides, le nouveau Premier ministre travailliste a annoncé des coupes massives dans le bouclier tarifaire pour les factures d’énergie, dont bénéficient les classes populaires.

    Le déni de démocratie, bien réel, ne se situe pas dans le refus de nommer Lucie Castets à Matignon et de confier le pouvoir au NFP. Il est bien plus profond. Il résulte du fait que les véritables maîtres de la société ne sont pas les députés ou le président élus mais ceux qui détiennent les capitaux. Quelques milliardaires de la finance et de l’industrie comme le Français Bernard Arnault ou l’Américain Elon Musk, quelques milliers de capitalistes dans le monde, ont plus de poids sur l’économie que les députés et les présidents élus, y compris celui des États-Unis. Ils possèdent les grandes entreprises de production, de transports, de distribution et surtout les banques. Notre vie, nos emplois, nos salaires, nos horaires de travail, nos jours de congé et même notre santé dépendent des patrons qui exploitent notre travail bien plus que des députés qui votent les lois.

    Dans les urnes, pour élire un député, le bulletin d’un patron et celui d’un ouvrier – à condition qu’il ait le droit de vote et en faisant abstraction des modes de scrutin, des découpages des circonscriptions électorales et des moyens de propagande disproportionnés – ont peut-être le même poids, mais quand il faut décider la fermeture d’une usine ou une simple augmentation de salaire, c’est la dictature patronale qui prévaut. Face à cette dictature, la force des travailleurs, ce n’est pas le bulletin de vote, c’est leur rôle indispensable au cœur de l’économie, qui devient évident quand ils se mettent en grève. Pour imposer une augmentation de salaire suffisante pour ne pas être appauvris par la flambée des prix, pour ne pas laisser les anciens s’user au travail pendant que les jeunes se morfondent au chômage, pour défendre leurs conditions d’existence et empêcher la société de se déliter, les travailleurs ne pourront jamais compter sur un gouvernement gérant les institutions de la bourgeoisie. Ils ne pourront compter que sur leurs propres forces collectives.

    La comédie du NFP autour du respect des institutions et du «  déni de démocratie  » de Macron désarme les travailleurs comme la comédie autour du recours au Conseil constitutionnel, après un alignement des mobilisations contre la retraite à 64 ans sur le calendrier du Parlement, présenté comme l’endroit où les choses se décideraient, les avait désarmés en 2023. Une fraction des députés du NFP en appelle à une mobilisation populaire. Mais quand les travailleurs trouveront l’énergie et le courage de se mobiliser en masse, ce serait une impasse dramatique s’ils le faisaient seulement pour porter au pouvoir des partis qui leur porteront des coups.

    Le RN en arbitre et en embuscade

    Donné quasiment au pouvoir entre les deux tours des élections législatives, le RN, ostracisé par l’alliance de tous ses adversaires politiques, pompeusement appelée «  front républicain  », reste finalement dans l’opposition. Mais son groupe parlementaire est passé de 89 députés pour 4,2 millions de voix en 2022 à 123 députés pour 9,3 millions de voix recueillies au premier tour en 2024 (et même 10,5 millions avec les voix de ses alliés LR-Ciotti). C’est le fait politique marquant des élections législatives. Le tir de barrage de ses concurrents contre le RN était bien plus motivé par le refus de céder la moindre place à des nouveaux prétendants à la mangeoire gouvernementale que par un clivage idéologique. En participant à ce barrage pour sauver les postes de ses députés, Macron a peut-être raté, du point de vue de la bourgeoisie, une occasion d’intégrer en douceur le RN au pouvoir, lui à l’Élysée, Bardella à Matignon.

    Plus le RN se rapproche du pouvoir, plus il cherche à démontrer qu’il est un parti de gouvernement, docile et responsable. Reprenant dans l’entre-deux-tours l’essentiel du programme économique de Macron, le RN a confirmé les baisses d’impôts prévues pour les riches et les entreprises et reporté à la Saint-Glinglin l’abrogation de la loi sur la retraite à 64 ans. Si le RN n’est pas l’option préférée de la bourgeoisie, qui n’aime pas l’inconnu et préfère s’appuyer sur un personnel à la fiabilité éprouvée, il reste pour elle un recours tout à fait acceptable. Il est significatif que certains grands bourgeois, comme le milliardaire Vincent Bolloré, poussent à une alliance des droites, illustrée par le ralliement de Ciotti au RN.

    En s’engageant à ne pas censurer immédiatement un gouvernement Barnier, le RN vient de donner un nouveau gage de responsabilité. Allié objectif de Macron, le RN est aussi un arbitre qui pèsera directement sur la politique du prochain gouvernement. Après Darmanin, dont la loi «  asile et immigration  » a été votée en janvier dernier avec les voix et le programme du RN, Barnier annonce qu’il s’attaquera, encore et encore, à l’immigration. Désigner les travailleurs immigrés, ou les chômeurs traités d’assistés, comme des boucs émissaires est un moyen éculé de détourner l’attention des coups portés à l’ensemble des travailleurs. Cela souligne, s’il le fallait, l’ignominie de tous ceux qui ont prétendu établir un barrage contre le RN en se désistant au profit de la droite et des macronistes.

    Si le «  barrage au RN  » a empêché Bardella de s’installer à Matignon, il n’a pas réduit son influence dans une large fraction de la classe ouvrière ni son poids politique réactionnaire dans le pays. Parce qu’il parle de la fermeture des services publics ou de l’insécurité, et surtout parce qu’il apparaît comme celui «  qu’on n’a jamais essayé  » et qui pourrait «  donner un coup de pied dans la fourmilière  », le RN a fait ses meilleurs scores dans des villes et des régions ouvrières sinistrées. En rabâchant, après tant d’autres, dont le socialiste Michel Rocard dès 1989, «  qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde  », qu’il n’y aurait pas assez de logements, de places en crèche ou de lits d’hôpitaux pour tous et qu’il faut donc les réserver aux seuls Français, le RN sème la division au sein de la classe ouvrière. C’est un poison mortel à un moment où le monde du travail a besoin de son unité pour se défendre et pour mener les combats susceptibles d’offrir un autre avenir à l’ensemble de la société.

    La pression des idées réactionnaires ne pèse pas seulement sur le gouvernement. Elle s’exerce sur toute la société  : le moindre fait divers, la moindre agression contre un enfant, un vieillard ou un policier sont imputés, par les politiciens et une multitude de commentateurs, au laxisme supposé de la justice, au manque d’ordre et d’autorité dans le pays, aux prétendus méfaits de l’immigration. Le poids électoral de l’extrême droite relayé par les gouvernements ne peut que renforcer les militants fascisants, au sein de la police et de l’armée, ou parmi les groupes identitaires qui se préparent à agir physiquement contre des migrants, des centres d’accueil, des mosquées ou des jeunes d’origine immigrée dans les quartiers. Les manifestations et les émeutes racistes qui ont secoué plusieurs villes de Grande-Bretagne cet été doivent être un avertissement  : les discours xénophobes peuvent déboucher du jour au lendemain sur des actes violents et engendrer une situation de guerre civile au sein même de notre classe, sur nos lieux de travail ou de vie.

    La justice et la police ne nous protégeront pas de ces violences comme le prétendent les politiciens de gauche et les dirigeants syndicaux qui n’ont que les «  valeurs républicaines  » à la bouche. Pire, encouragées par la politique gouvernementale, elles les aggraveront. Pour se protéger des agressions racistes, pour défendre ceux des leurs qui seront menacés, les travailleurs ne pourront compter que sur eux-mêmes, en apprenant à s’organiser à l’échelle de leurs entreprises ou de leurs quartiers, sur des bases de classe et pas des bases communautaires.

    Il en va de même pour la défense de nos revendications vitales face à la cherté de la vie, aux licenciements et au chômage, à l’intensification de l’exploitation et au chaos grandissant de la société. Tant que les travailleurs remettront leur sort entre les mains de politiciens de la bourgeoisie, ils seront perdants. Tant que les travailleurs ne se doteront pas d’un parti à eux, un parti implanté dans les entreprises et dans les quartiers, un parti qui n’aspire pas à fournir des ministres pour gérer l’État de la bourgeoisie mais un parti de travailleurs conscients qui préparent l’affrontement avec la classe capitaliste et son expropriation, leurs intérêts à court terme (salaires, conditions de travail, retraite…) comme leurs intérêts à long terme (menace de guerre, avenir de leurs enfants, destruction de la planète…) seront piétinés.

    https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/democratie-bourgeoise-crise-177946.html

  • Une fois les illusions balayées, il y aura du temps pour la clarté. - Vu du Droit
    https://www.vududroit.com/2024/07/une-fois-les-illusions-balayees-il-y-aura-du-temps-pour-la-clarte

    Ceux qui ont installé Macron à l’Élysée par ce qui s’apparente à un coup d’état, nous ont fait vivre depuis sept ans une forme de cauchemar. On ne reviendra pas ici sur tous les épisodes que nous ont infligé le psychopathe de l’Élysée et la bande de gangsters politiques qui l’entourent. Simplement on s’arrêtera à une dimension particulière qui est celle du simulacre dans lequel nous vivons. Depuis sept ans, le système français fait semblant. Semblant d’être une démocratie alors que tous les traits essentiels qui la caractérisent sont foulés aux pieds tous les jours. Semblant d’être un pays prospère, alors que a été dépecé à vif par le Capital, il n’est plus qu’un espace de service désindustrialisé. Semblant d’être un pays normalement géré alors qu’il est en faillite. Semblant d’être gouverné, alors que les ministères sont occupés par de parfaits imbéciles en général corrompus, et l’Élysée par un psychopathe puéril et immature.

    Depuis l’annonce de la dissolution, les mensonges ont redoublé, et le théâtre s’est transformé en cirque. Pour une énième représentation de la « grande quinzaine antifasciste » qu’on nous inflige régulièrement depuis maintenant plus de 20 ans.

    Et puis, presque par hasard on tombe sur un long et remarquable article, qui déchire le voile à partir d’un lieu d’énonciation politiquement marxiste.

    Une véritable bouffée d’air frais dans un environnement vicié. Enfin, c’est l’impression qu’il m’a fait.

    J’ai donc décidé de le voler… J’ai essayé de joindre les auteurs sans succès. J’espère qu’ils ne m’en voudront pas, et ce d’autant que cette publication est un hommage.

    Pas le temps de reprendre des bouts du texte qui suit. Il est très intéressant en ce qu’il est sans concession pour notre paysage politique « de gauche ».

    • Le temps de la clarification : Chroniques d’une anarchie annoncée
      https://grosrougequitache.fr/le-temps-de-la-clarification-chroniques-dune-anarchie-annoncee

      4) L’illusion de « l’union de la gauche »
      Le deuxième grand bloc, qui, après deux ans d’invectives permanentes, s’est subitement reconstitué en un temps record, c’est bien sûr l’énième édition de la sempiternelle série de « l’union de la gauche », pour une NUPES 2.0, renommée pour l’occasion « Nouveau Front Populaire ».

      Il y aurait beaucoup à dire sur l’escroquerie de ce nouveau nom, qui pousse la falsification historique encore plus loin. Nous avions analysé en 2020 le mouvement historique du Front populaire du 1936, et nous y renvoyons pour constater l’écart avec cette réédition 2024 indigeste, que l’on ne pourra qu’écrire avec des guillemets16. Nous y avions également critiqué sévèrement toutes les précédentes tentatives « d’union de la gauche », comme étant des accords parfaitement électoralistes, et qui revenaient à s’aligner sur le programme le plus social-traître qui soit, et nous reprenons l’intégralité de ces critiques.

      Il faut cependant analyser la spécificité de cette union illusoire, et montrer pourquoi elle ne pourra rien donner, pourquoi elle est impuissante à gagner quoique ce soit, et pourquoi même si elle gagnait, elle serait incapable d’appliquer son propre programme, fort mauvais au demeurant.

      Pour cela, il faut analyser le passage de la « NUPES » de 2022 au « Nouveau Front Populaire » de 2024. La « NUPES » de 2022 était un coup de bluff électoraliste de Jean-Luc Mélenchon, après sa belle performance à la présidentielle, qui en avait surpris plus d’un. Gonflé par le vote utile, la nullité des candidats du PS, du PCF et de EELV, il avait réussi à concentrer sur sa personne l’intégralité du vote de gauche, qui aujourd’hui regroupe surtout des couches moyennes urbaines diplômées et tertiarisées, les banlieues immigrées (pour la faible proportion qui vote), et quelque maigres restes du mouvement ouvrier du XXe siècle, dernière roue du carrosse de cette alliage fourre-tout. Grâce à ce joli coup de force, Mélenchon était ensuite parvenu à imposer à ses concurrents à gauche un accord dont il était en mesure de dicter les termes, sur le programme notamment, et le nombre de circonscriptions. Le regroupement massif autour de sa candidature était d’ailleurs intéressant, car il signifiait que son électorat, désormais complètement concentré dans les grandes métropoles, était suffisamment déclassé, et essoré politiquement par le macronisme, qu’il était prêt à faire taire son narcissisme des petites différences entre sociaux-démocrates, afin de se grouper autour d’un bloc. La candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2022 a été le chant du cygne des nouvelles couches moyennes libéral-libertaires « de gauche », et le signe de son crépuscule proche. On l’a vu avec le macronisme : c’est quand un groupe social se rassemble sous une seule et même bannière qu’il est le plus proche de mourir, car alors les contradictions qui le faisaient vivre se sont éteintes. D’autant que ce rassemblement s’est fait dans l’intensification du délire idéologique que portent ces couches moyennes, et qui signe son isolement idéologique et social : écologisme, féminisme, antiracisme identitaire, sociétalisme à outrance… La candidature de Mélenchon en 2022 aura réussi le tour de force de faire pire en la matière que celle de 2017, déjà bien pourvue pourtant. Le tout bien sûr avec moins d’opposition encore à l’UE, si c’était possible, et un programme aussi social-démocrate qu’inapplicable avec la méthode proposée.

      La NUPES avait continué sur cette lancée, en ressuscitant au passage des partis laminés qui auraient pu disparaître, le PS et le PCF. En leur garantissant leurs députés, Mélenchon leur a sauvé la mise, en étant bien mal payé en retour, tout ça pour revenir une dernière fois dans le coup médiatiquement, et grappiller quelques députés pour LFI. Bref, ce fut une alliance purement opportuniste et électoraliste qui s’est faite sur des bases totalement confuses, et qui a relancé le pire de ce qui existait à gauche en matière de social-traîtrise, leur offrant un bain de jouvence dont le PS, et le PCF dans une moindre mesure, avaient cruellement besoin.

      Bien entendu, une fois sauvés du néant électoral qu’ils méritaient pourtant, les « alliés » de LFI ont entrepris de se sauver de ses griffes, de façon parfaitement malhonnête il faut le dire – mais qu’attendre de plus des coquins qui peuplent le PS, le PCF et EELV ? Ils sont tellement réactionnaires qu’ils sont parvenus à critiquer Mélenchon par la droite, pour sa position sur l’UE, sur l’Ukraine, sur Gaza – position ô combien timide pourtant, mais que ses « amis » de gauche se sont plu à durcir de façon absurde, jusqu’à le faire passer pour un frexiteur, un bolchévique, un pro-Kremlin (si seulement !), ou un pro-Iran. Dernier délire en date : LFI serait « antisémite », pour sa position sur le conflit israélo-palestinien, position pourtant identique à celle de l’ONU sur tous les points. Mais bon : au royaume des clones où tout le monde a le même programme et les mêmes idées, il faut bien hystériser le débat afin de faire passer la moindre nuance dans l’européisme atlantiste pour une hérésie intolérable.

      Parti dans ces conditions, le « Nouveau Front Populaire » allait donc parvenir à faire pire politiquement que la NUPES, ce qui est là encore une performance à saluer. D’autant qu’après les résultats du 9 juin, c’était ce qu’il faut bien appeler « l’agent de la CIA », à savoir Raphaël Glucksman, qui allait dicter ses conditions pour une union17. Ce bandit venu de la droite libérale et sarkozyste, agent des intérêts de l’OTAN en Géorgie sous Saakachvili18, et stipendié de son beau père Ghassan Salamé (agent dans le monde arabe des intérêts atlantistes, artisan de la destruction constitutionnelle de l’Irak post-husseinienne19, relai de l’Open Society de Soros dans le monde arabe20) s’est trouvé en mesure d’imposer à toute la gauche ses conditions léoniennes, et une capitulation sans condition devant l’UE et la politique internationale atlantiste.

      C’est donc une union parfaitement décrédibilisée d’avance que nous vend la gauche, car il est évident aux yeux des masses que cette alliance a uniquement pour but de les aider à conserver leurs misérables sièges, et que la farce de « la peur du fascisme à nos portes » n’est pas leur principale préoccupation. Et ce ne sont pas les pleurs d’un Corbière ou d’un Rufin devant « le danger fasciste » le soir des élections qui changeront les choses. Le programme se contente de mesures parfaitement social-démocrates, défensives, souvent confuses, notamment sur le sociétal, et est parfaitement réactionnaire sur le plan international21. Celui-ci soutient donc « indéfectiblement l’Ukraine », et l’envoi d’armes à celle-ci, s’alignant ainsi sur la politique macroniste, et au mépris de tout risque pour la France d’escalade militaire avec la Russie. Sur Gaza, il reprend le narratif mensonger d’Israël sur le 7 octobre, et s’enferme dans le ghetto mental d’occidental narcissique. Et sur l’UE, le programme lui déclare sa soumission, et son soutien à la construction européenne.

      Autant dire que dans ces conditions, le programme est inapplicable dans ses mesures sociales. Au mieux, nous aurons une réédition des mésaventures d’A. Tsipras en Grèce, qui se fit briser les reins par la commission européenne en 2015. Vu le montant de notre dette, le programme du « Nouveau Front Populaire » ne pourra se financer avec elle, et sans sortir de l’UE, aucune alternative d’application n’est même envisageable. Encore une fois, une gauche sans courage s’est pliée aux exigences d’une gauche crapuleuse, pour le plus grand bonheur des crédules qui y croient, bien naïvement encore. L’union de la gauche, c’est bien l’opium du peuple de gauche. Et il serait temps d’arrêter d’être addict à cette drogue malsaine.

      Le fond du problème, c’est qu’une nouvelle gauche est apparue dans les années 70, et a complètement bouleversé la base sociale et l’idéologie de l’ancienne gauche. Les nouvelles couches moyennes diplômées et urbaines ont remplacé le prolétariat comme classe sociale de base, et le libéralisme-libertaire, cet anti-autoritarisme individualiste et relativiste, a remplacé le marxisme. Nous vivons l’aboutissement de ce processus. On ne peut donc que souhaiter la mort de cette gauche, dans les circonstances les plus atroces et indignes possibles, afin qu’autre chose vienne la remplacer. Cette gauche ne vit que de confusions : confusions entre le social et le sociétal (l’économie, la géopolitique et le national mis au même niveau, et souvent au dessous, de l’écologie, du féminisme, de l’antiracisme, et de bien d’autres), confusions entre européisme et souverainisme (des critiques de l’UE qui s’allient sans voir le problème avec ses thuriféraires), confusion entre internationalisme et atlantisme (des critiques de l’Ukraine et d’Israël avec ses défenseurs acharnés). Faut-il être grand clerc pour voir que cela ne pourra mener à rien ?

      5) La question du « fascisme » :

      Enfin, et non des moindres, le dernier point aveugle de toute cette gauche, unie pour un « Nouveau Front Populaire » : son aveuglement complet sur la véritable nature du fascisme, et son réflexe pavlovien « d’antifascisme » ânonné de façon hystérique sans aucune réflexion élémentaire. Entendons-nous bien : la fascisme est l’ennemi mortel de la classe ouvrière. Seulement, pour bien le combattre, et être un anti-fasciste conséquent et efficace, il faut d’abord avoir bien identifié le fascisme dans notre séquence historique. Sinon, on risque de complètement se tromper, en plaquant sur notre époque des catégories qui n’y sont pas effectives. A ce titre, on ne peut être que consterné d’entendre un célèbre historien du nazisme, aux travaux universitaires au demeurant intéressants, déclarer que l’on peut « plaquer 1936 sur 2024 », car « les structures sociales, et les intérêts des acteurs sociaux n’ont pas beaucoup changé » (sic !)22. Il faut être bien assis pour lire ou entendre cela : la lutte des classes est la même en sa structure qu’en 1936 ! Visiblement, la destruction de la raison n’a pas frappé qu’à droite ces dernières décennies… Où sont les usines et les grands appareils productifs industriels de 1936 en 2024 ? Où est le grand parti ouvrier qu’était le PCF des années 30 ? Où est l’URSS ? Où sont les croix de feu, les vétérans d’une Grande Guerre, les relais d’un NSDAP en France (très nombreux à l’époque !) aujourd’hui ? Où est aujourd’hui la petite-bourgeoisie traditionnelle, l’une des bases sociales du fascisme français des années 30, et que les années post-plan Marshall a balayée ? Où est aujourd’hui la concurrence des impérialismes de tailles équivalentes ? Nul part, tout cela a disparu. A l’inverse, où est le libéralisme-libertaire dans les années 30 ? Les nouvelles couches moyennes urbaines, diplômées et improductives ? Un secteur tertiaire et financier hypertrophié ? Un pôle unique atlantiste pour l’impérialisme mondial ? La construction européenne et la destruction des souverainetés nationales ? L’immigration a-t-elle le même niveau et la même fonction en 2024 qu’en 1936 ? Le simple fait de poser la question montre l’absurdité d’une comparaison qui serait un plaquage pur et simple des situations. Pour comprendre le fascisme actuel, il faut faire une analyse concrète de celui-ci. Sans analyse concrète, on court le risque de tomber dans le verbiage vide et pavlovien. Certes, aujourd’hui comme en 1936, il y a toujours une lutte des classes, un prolétariat et une bourgeoise. Mais si on en reste là, ce sont des concepts abstraits, et parfaitement vides. Pour leur donner du contenu, et faire une vraie analyse marxiste, il faut faire ce que personne n’ose faire à gauche : ouvrir la boite de Pandore de l’économie. Les marxistes devraient plus souvent méditer cette sage maxime d’Engels : « Il y a action et réaction de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement économique finit par se frayer son chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards (c’est-à-dire de choses et d’événements dont la liaison intime entre eux est si lointaine ou si difficile à démontrer que nous pouvons la considérer comme inexistante et la négliger). Sinon, l’application de la théorie à n’importe quelle période historique serait, ma foi, plus facile que la résolution d’une simple équation du premier degré23. » Plus d’un marxiste et d’un universitaire semblent confondre l’analyse par la lutte des classes avec une équation du premier degré.

      Comprenons bien : tout l’enjeu est de savoir si le fascisme actuel est bien incarné par le RN, car si c’est le cas, alors toute les unions, mêmes les plus scandaleuses et les plus contre-natures, seraient permises pour lutter contre l’affreux fascisme. Or, tel est le drame actuel, et il faudra bien qu’un marxiste l’écrive un jour : le RN n’est pas un parti fasciste, en tout cas pas au sens classique du terme, et si on trouve indéniablement des traces en lui d’éléments fascistes, il n’est pas le parti le plus fasciste de la vie politique française, loin de là.

      On sait que cette thèse, parfaitement évidente de façon intuitive pour les masses à l’heure actuelle, serait extrêmement choquante pour beaucoup à gauche, et mérite donc d’être exposée méticuleusement. La démonstration est ici importante, parce que sa validité et son acceptation vont conditionner l’avenir de la « gauche » actuelle, surtout si, comme tout l’indique, le RN parvient au pouvoir à court terme (dans quelles conditions exactes et quelles alliances, c’est une autre affaire). Que les amis de la vérité qui souhaitent comprendre pourquoi leur camp politique est dans un ghetto social écoutent, et que les autres méditent la maxime du Machiavel de Stendhal : « et serait-ce ma faute si la chose est ainsi ? ».

      Tout d’abord, écartons le principal élément qui gêne l’analyse : la question de la genèse historique du RN. Certes, la genèse d’un parti en politique est extrêmement importante, mais elle ne détermine pas tout. Il existe une différence pour un marxiste entre la genèse historique d’une chose (l’ensemble des éléments traçables sur une frise chronologique qui lui ont donné naissance) et sa logique interne, son essence, ce qu’il est réellement (pour une entité politique, les intérêts de classe qu’elle défend)24. Or ce qui fait la caractérisation politique, ce n’est pas la genèse historique, mais sa composition de classe, en interne, et son rapport avec les autres classes sociales.

      Il est indéniable que le Front National ait été fondé par des anciens vichystes, des pétainistes, des anciens de l’OAS, et qu’il ait gardé très longtemps sa caractérisation fasciste de ses origines. Il est indéniable par exemple que les statuts du FN aient été déposés en 1972 par Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS de la division Charlemagne, et alors trésorier du mouvement. Les différentes sorties de Jean-Marie Le Pen, très connues au point qu’il est inutile ici de les énumérer, témoignent de cette origine.

      Seulement, et c’est ce que personne à gauche ne veut remarquer, si l’on en déduit de cette origine fasciste le fait que le RN actuel est fasciste, il faudrait alors appliquer cette logique à tous les partis politiques français (pourquoi faire une exception pour le RN ?). Et on aboutirait à un résultat absurde et ubuesque : le PS, dont l’ancêtre est la SFIO, serait un parti jaurésien (pauvre Jaurès !) ; les LR, lointain descendant du MRP serait un parti gaulliste authentique (pauvre Général !) ; le PCF serait un parti bolchévique et stalinien (si seulement…) ; et les différents débris du parti radical seraient les héritiers de Clemenceau (sans les bons mots, visiblement)… On pourrait continuer longtemps, et on voit qu’avec une telle logique, on ne parvient qu’à des absurdités sans nom25. Tous ces partis ont changé d’essence idéologique, parce qu’ils ont changé de base de classe : ils ont subi, comme on le disait à l’époque du PCF, une « mutation », un changement d’ADN, parce qu’ils se sont adaptés aux évolutions de classes sociales, souvent d’ailleurs dans le sens de l’opportunisme, et d’un compromis avec les trois éléments que nous avons énumérés en début d’article : soumission au carcan européen, adhésion au libéralisme-libertaire, participation à la destruction de la raison. Pour le PCF, le PS et les RPR/UMP/LR, c’est parfaitement clair. On voit mal pourquoi le FN aurait été épargné par sa mutation en RN. On peut même dire qu’au contraire, étant initialement le parti le plus compatible en soi avec ces trois éléments, il a été poussé, comme par une force centrifuge, au loin, comme par effet de répulsion par rapport aux autres partis qui convergeaient tous vers eux. Tous les thèmes classiques du fascisme traditionnel qui étaient ceux du FN historique (nationalisme agressif, antisémitisme et racialisme, pétainisme assumé, révisionnisme, défense de la peine de mort, ou encore l’expulsion des français d’origine étrangère….) ont été progressivement relayés à l’arrière-plan après le départ de Jean-Marie Le Pen, et largement édulcorés, au point qu’on a souvent du mal aujourd’hui à les retrouver dans le programme, voire même pas du tout. Il faut à ce sujet en finir avec un fantasme à gauche, celle d’une essence diabolique cachée et invisible d’un RN fasciste, qui n’attend que de parvenir au pouvoir pour réapparaître telle quelle, et intacte. Tous ceux qui ont étudié le processus de liquidation et de mutation du PCF savent qu’en la matière, il faut être hégélien26 : l’apparence exprime l’essence, elle en est une part, et on ne peut pas faire de division métaphysique entre les deux. Lorsque le PCF a commencé à changer son discours dans les années 70 pour devenir plus social-démocrate, en abandonnant par exemple la dictature du prolétariat de son programme, cela a changé son essence, et sa radicalité révolutionnaire n’est pas revenue une fois qu’il a participé au pouvoir en 1981. En politique, lorsque la radicalité se perd, elle ne revient jamais. Car changer l’apparence de son discours demande d’acquérir des habitudes mentales qui changent une façon même de penser le monde. Cela demande des compromis, et de montrer au système mondain dominant que l’on est prêt aux arrangements, et donc d’avoir déjà renoncé à l’essentiel. Le changement de discours ne fait toujours que refléter un changement de positionnement de classe. Il faut donc regarder la réalité en face : le RN est aujourd’hui devenu un parti de droite semblable aux autres, et qui n’est pas plus fasciste qu’eux – en témoigne la tentation très forte d’une fade « union des droites » initiée avec LR.

      Pour poursuivre sur la question des origines, et faire une comparaison internationale, le RN a subi selon nous une évolution assez semblable à celle du Kuomintang à Taïwan, et pour les mêmes raisons. A l’origine, comme le FN, le Kuomintang est un pur parti fasciste, né de l’opposition au Parti communiste chinois. Très atlantiste, et viscéralement anti-communiste, il impose une dictature militaire de fer à l’île de Taïwan. Seulement, l’évolution historique a suivi son cours : le fascisme taïwanais a laissé la place à la sociale-démocratie libéral-libertaire indépendantiste. Et, surprise, aujourd’hui, ce sont les sociaux-démocrates à Taïwan qui sont les plus anti-chinois, les plus anti-PCC, les plus portés à une guerre parfaitement fasciste contre la Chine, soutenue par l’impérialisme américain ; et à l’inverse, c’est le Kuomintang qui est devenu le parti le plus pro-PCC de l’île, le moins belliciste, et donc le moins fasciste objectivement. La raison de ceci en est simple : le fascisme historique a préparé l’avènement du libéralisme-libertaire, et une fois que celui-ci est parvenu à maturité, il s’est montré plus efficace et effectif que celui-ci pour combattre le communisme, et écraser les aspirations populaires. Le libéralisme-libertaire a été la réalisation de ce dont le fascisme n’était que le concept : en d’autres termes, il a été plus parfaitement fasciste que le fascisme lui-même, qui s’est retrouvé doublé par sa droite, et totalement dépassé par l’évolution historique. Il est donc devenu, par le jeu de cette dialectique, l’inverse de ce qu’il était : d’avant-garde de lutte contre le progrès humain, il est devenu l’arrière-garde de cette lutte. Il a donc dû muter en autre chose, qui n’a plus rien de sa virulence originelle.

      C’est l’évolution qui s’est produite en France même27 : après la destruction conjointe du gaullisme et du communisme dans les années 70, les anciens vichystes sont revenus au pouvoir, d’abord de façon cachée dans l’entourage de Giscard28, puis de façon ouverte en la personne de Mitterrand29. A partir de là, l’essentiel de la vie politique s’est en réalité scindée chez leurs héritiers entre vichystes opportunistes (le PS, le RPR), qui avaient eut le bon goût de passer à l’européisme atlantiste au moment où le fascisme historique avait mal tourné, et les vichystes sincères (le FN de Jean-Marie Le Pen), qui étaient les has been au cerveau un peu lent, les loosers qui n’avaient pas compris que le vent avait tourné, et qu’il fallait désormais jouer un autre air pour être « branché » et mondainement acceptable. Mais ne nous y trompons pas : le fond était le même – pourquoi réhabiliter Mitterrand pour honnir Jean-Marie Le Pen, si ce n’est finalement par concession mondaine à l’idéologie dominante ?

      Par ailleurs, pour clore ces questions de filiation idéologiques, s’il faut remonter aux origines fascistes des courants de pensées, il faut aller jusqu’au bout à gauche, et refuser tous les penseurs de gauche qui se sont inspirés pour leurs concepts et catégories fondamentales des deux plus grands penseurs fascistes qui eut été : à savoir Nietzsche, et Heidegger. Mais là, on voit ce qui blesse mondainement les intellectuels gauchistes, car alors c’est tous leurs penseurs chéris, toute la pensée d’après-guerre (les Sartre, les Camus), et la pensée soixante-huitarde qui tombe sous le coup de l’anathème : les Foucault, les Deleuze, les Derrida, les Badiou – tous ont bu à la source du nazi de la forêt de Todtnauberg, et de l’eugéniste équestre fantasque de Turin. Vous voulez dénazifier messieurs les jolis grands hommes de gauche ? Très bien, mais faites-le jusqu’au bout, et d’abord dans vos rangs et chez vos maîtres ! Gageons que vous ne relèverez pas le gant, et que vous préférerez concentrer vos attaques hystériques sur un RN aux épaules bien trop fragiles pour vos fantasmes.

      Il faut également écarter une autre erreur idéologique, mais très courante à gauche : l’idée saugrenue, devenu axiome intangible, qu’être pour l’immigration, c’était être progressiste, et qu’être contre, c’était être réactionnaire. On a donc l’idée qu’être internationaliste, c’est vouloir accueillir tous les immigrés du monde chez soi, tout le temps. Personne à gauche ne veut pourtant faire une analyse économique élémentaire des rapports de force entre les nations : dans une économie mondiale capitaliste, l’immigration, d’un pays à un autre, sans échange équivalent d’émigration, c’est du vol de main-d’œuvre pur et simple. Quand 100 000 africains arrivent chaque année en France30, c’est 100 000 personnes que l’économie française va pouvoir exploiter, et dont personne en France n’aura payé l’éducation. C’est 100 000 paires de bras en moins que les États africains auront éduquées et nourries en vain, et qui ne construiront pas ces pays. Défendre le sans-frontièrisme, c’est défendre le vol illimité et sans fard de main-d’œuvre des pays pauvres par les pays riches. Si quelqu’un voit quoi que ce soit de progressiste ou d’internationaliste dans ce processus, il n’est qu’un agent idéologique de l’impérialisme. S’il cherche à maquiller ce gigantesque vol de main-d’œuvre à l’échelle mondiale, et ce déracinement humain violent qu’est presque toujours l’immigration, en un « enrichissement culturel », il procède au travestissement le plus honteux. Il y a certes de très mauvaises raisons de s’opposer à l’immigration, et on peut tout à fait le faire en étant raciste ou xénophobe. Mais dans son essence, l’immigration de masse, c’est un vol impérialiste31. Considérer toute mesure limitant l’immigration comme étant du fascisme est donc une falsification politique, et un sophisme qui a trop souvent couvert les vilenies de la gauche européiste et atlantiste. Il faut donc cesser de s’appuyer uniquement sur la question de l’immigration pour accuser le RN d’être fasciste, et il faut arrêter d’avoir une vision humanitariste niaise, et anti-politique du phénomène : les États africains ne construiront leur souveraineté que lorsque leur jeunesse aura arrêté d’immigrer en occident, poussée par des illusions idéologiques. La seule question à poser, c’est comment les aider à construire leur souveraineté, et cela ne se fera pas par plus d’immigration.

      Enfin, il faut toujours rappeler la primauté de la question de classe dans la question de l’immigration : la bourgeoisie immigrée n’a rien à voir avec le prolétariat immigré. Ils ne viennent pas pour les mêmes raisons, et ne sont pas vecteurs des mêmes idées dans les sociétés qu’ils intègrent. Quoi de commun entre le pauvre qui fuit la misère et la guerre de son pays natal, même si c’est en partie par illusion idéologique, et l’enfant gâté du soleil qui vient « jouir sans entrave » de ce dont le prolétaire d’occident n’ose même pas rêver ? Le premier est un damné de la terre, l’autre une canaille sans frontière qui, comme le disait Rousseau, se sent partout chez lui « tant qu’il a des hommes à acheter, et des femmes à corrompre ». Au nom de quoi les marxistes et les internationalistes devraient les défendre ? C’est ce qui entraîne d’ailleurs un rapport parfaitement différencié à l’archaïsme entre le prolétariat immigré et la bourgeoisie immigrée. Le dur labeur capitaliste tend toujours à dissoudre l’arriération chez le prolétariat immigré, alors que la bourgeoisie immigrée trouve dans l’arriération de sa position de classe la confirmation de sa propre arriération anthropologique32. D’où sa parfaite bonne conscience, sa certitude d’être toujours dans son bon droit, d’opérer un hold-up pour son seul compte sur la question du racisme afin de monter mondainement, et d’où sa parfaite capacité faire corps avec le libéralisme-libertaire dominant, et d’en être le fer de lance. La bourgeoisie immigrée de notre temps est donc la couche sociale la plus arriérée de l’impérialisme actuel, tout comme celle de l’époque de l’impérialisme fasciste était la petite-bourgeoisie traditionnelle. On comprendra donc sans peine ce fait frappant que, comme le fascisme qui s’appuie sur les éléments les plus arriérés de la société pour prospérer, la base d’appoint de choc du libéralisme-libertaire, ce sont les éléments les plus arriérés de notre société, à savoir : la bourgeoisie immigrée, toujours prompte à donner un coup de main à la moindre initiative fasciste, pourvu qu’elle soit ludique, libidinale, et marginale.

      Une fois ces pré-requis posés, ouvrons donc enfin la boite de Pandore de l’économie, qui fait si peur à tant de marxistes, et étudions donc la sociologie électorale du RN, et sa base de classe, et voyons s’il s’agit d’un parti à la sociologie fasciste. Puisque le fascisme est l’idéologie de la bourgeoisie impérialiste contre le prolétariat, si le RN était un parti fasciste, on devrait y retrouver une surreprésentation du vote bourgeois, et des classes sociales dépendantes idéologiquement de la bourgeoisie, et un vote populaire moindre. Bien sûr, les prolétaires peuvent être individuellement trompés, et le fascisme s’appuie classiquement toujours sur les éléments arriérés du prolétariat. Cependant, si un individu, ou même un groupe d’individus, peut se tromper sur ses intérêts de classe, une classe sociale toute entière ne se trompe jamais sur ses intérêts de classe propres. Le prolétariat ne pourra jamais voter collectivement pour une idéologie qui le mène à sa destruction, ou alors il faut arrêter d’être marxiste. Ce n’est pas ici du « populisme », ou une mystique du peuple mal placée : si les groupes sociaux ne comprennent pas quel est leur intérêt de classe, alors l’analyse historique n’a plus aucun sens, et tout devient dans la société l’effet d’un chaos aléatoire, – pourquoi pas alors imaginer une bourgeoisie qui aurait mal compris ses intérêts, et qui déciderait d’instaurer le communisme par le plus grand des hasards ? Si la chose a peu de chances d’arriver, c’est bien parce que la bourgeoisie, comme le prolétariat, comprennent parfaitement leurs intérêts de classe.

      Ce préambule méthodologique était nécessaire pour prévenir la mauvaise foi habituelle qui s’empare des intellectuels de gauche dès qu’on aborde ce sujet. Comparons donc les résultats de 2022 et de 2024 par classe sociale, et par rapport aux autres candidats : en 2022, Marine Le Pen rassemblait au premier tour 35 % des ouvriers et des employés, soit 12 % de plus que sa moyenne nationale, contre seulement 11 % de cadres, et 17 % de retraités33. On a donc une surreprésentation du prolétariat dans l’électorat lepéniste, et une sous-représentation de la bourgeoisie. Jean-Luc Mélenchon fait certes 25 % chez les ouvriers, mais il n’y a pas là de vraie sur-performance par rapport à son électorat moyen, tandis que Macron sous-performe à 17 %. On a donc ici clairement un choix assez massif, même s’il n’est pas hégémonique, pour le RN, dans le prolétariat français, et à l’inverse une répugnance assez tenace dans la bourgeoisie française34. Ce simple fait interdit de considérer le RN comme un parti fasciste au sens classique du terme : les ouvriers ne sont pas trompés comme des enfants bêtes ici, ils sont les moteurs de ses succès. Rien à voir avec la dynamique du NSDAP dans les années 30 donc. Par ailleurs, le NSDAP se partageait l’électorat ouvrier à l’époque avec le SPD, et le KPD : on peut donc dire que tout le prolétariat ne votait pas pour le NSDAP, et qu’il s’agissait des éléments les plus arriérés de la classe ouvrière. Ici, on commence à le voir dans les résultats de 2022, et cela se précisera dans les résultats de 2024 : personne ne fait véritablement concurrence au RN dans le vote ouvrier. En effet, les résultats de 2024 des européennes sont encore plus nets35 : 52 % pour la liste RN ! Toute les autres listes choisies par les ouvriers sont à moins de 9 % : l’écart est énorme, et le RN est ici totalement hégémonique sur l’électorat ouvrier. Imagine-t-on sérieusement les ouvriers voter à 52 % pour un parti bourgeois extrémiste ? Si on le pense, il vaut mieux arrêter tout de suite d’être marxiste, car le prolétariat sera bien trop stupide pour faire la révolution et diriger la société dans ces conditions ! On retrouve en 2024 la même sur-performance chez les employés (41%) et la même sous-performance chez les cadres (18%), plus divisés pour cette élection.

      Ce simple tour d’horizon doit permettre de déduire que la meilleure conclusion est probablement ici la plus simple : le RN est vu par une bonne partie du prolétariat français et des couches populaires comme un défenseur de leurs intérêts, tandis que la bourgeoisie voit en Macron son champion. Nous sommes ici en pleine lutte des classes, tandis que la gauche type LFI n’arrive pas à percer sociologiquement, et joue le rôle de spectateur inutile. On rétorquera à raison que le RN n’a rien dans son programme de concret envers les classes populaires. C’est vrai, mais c’est également le cas de tous les partis depuis qu’ils se sont tous rangés derrière la construction européenne. Plus personne ne vote en fonction des programmes, puisque tout le monde sait qu’ils ne seront pas appliqués quelque soient les résultats. On vote donc pour une image, une certaine esthétique renvoyée par les partis. Or, à ce compte-là, il est indéniable que la gauche et le macronisme renvoient une image insupportablement libérale-libertaire aux couches populaires, ce qui est moins le cas du RN, plus à l’aise dans une esthétique débonnaire et jovialement franchouillarde, loin du puritanisme castré et castrateur de la gauche, et du macronisme. Quand on a renoncé à faire de la politique, et qu’on ne veut plus être jugé que sur l’image, on n’a que ce que l’on mérite. La réalité est dure, mais salutaire : l’électorat RN est celui qui a objectivement le plus intérêt à une transformation radicale de la société actuelle, et l’électorat macroniste et celui de la gauche, au maintien du statut quo. Ce vote RN est donc la manifestation d’une résistance inconsciente du prolétariat à l’ethos libéral-libertaire qu’on souhaite lui imposer : résistance en grande partie vaine, et seulement symbolique, mais résistance tout de même. La gauche qui a cédé à tout sur ce terrain devrait en prendre acte.

      Par ailleurs, nous avons la chance de pouvoir comparer la sociologie du RN avec celle de deux partis authentiquement fascistes : Reconquête en France, et Fratelli d’Itallia de Meloni en Italie. La comparaison va tout de suite permettre de mettre en avant la spécificité du RN. Reconquête a une base électorale trop petite pour être significative, mais on sait qu’en 2022, E. Zemmour a fait 18 % à Versailles, et 17 % dans le très chic XVIe arrondissement parisien : loin de ses 7 % nationaux36 ! Voilà donc un parti avec une sociologie électorale nettement bourgeoise. On découvre d’ailleurs un RN snobé dans ces deux circonscriptions. Car malgré des idées en apparences proches, il est parfaitement évident que la division très profonde entre le RN et Reconquête a été une question de classe : Reconquête a tout de suite assumé ouvertement une politique économique libérale, là où le RN s’est toujours montré, sinon étatiste, du moins plus interventionniste ; Reconquête part de façon hystérique dans des délires sur la « civilisation », concept peu employé par le RN, qui parle plus sobrement de « souveraineté » ou de « sécurité » pour justifier un contrôle des frontières ; enfin, Reconquête s’est rapidement rallié un électorat très catholique et bourgeois, obsédé par les questions sociétales, là où les électeurs et les cadres du RN affichent ostensiblement un agnosticisme tranquille, et se désintéressant parfaitement des questions comme « le mariage pour tous ». Reconquête a donc été une tentative bourgeoise, avec des mesures vraiment fascistes, comme la remigration, de couper l’herbe sous le pied à un RN jugé trop plébéien. Il est parfaitement ahurissant qu’à gauche personne n’ait voulu le noter publiquement alors que la chose crevait les yeux. Là encore, on constate que là où il y a du fascisme, il y a de la bourgeoisie, et là où elle manque, il n’y a pas vraiment de fascisme.

      Passons maintenant à l’Italie, terre éruptive et d’expérimentations politiques aussi audacieuses que sans lendemain. Le parti de G. Meloni, Fratelli d’Italia, est capital pour notre démonstration, puisqu’il s’agit d’un parti de masse, donc à la sociologie parfaitement significative et analysable, et qui synthétise parfaitement ce que peut être le fascisme européen : profondément européiste et soumis à la commission européenne, totalement atlantiste sur les questions internationales, – notamment le soutien fanatique à l’Ukraine, la haine de la Chine, et l’accord inconditionnel à la politique israélienne –, et totalement hystérique sur les questions d’identité (européenne, chrétienne, familiale, ect37). Or, que dévoile la sociologie de ce parti authentiquement fasciste38 ? Sans surprise, il s’agit d’un électorat complètement bourgeois, dont les scores montent avec la classe sociale : 10 % chez les plus modestes, 36 % chez les classes aisées, et la progression est linéaire chez les catégories intermédiaires. On a donc ici l’exact opposé de la sociologie de l’électorat du RN, et ses deux plus proches cousins en France au niveau de l’électorat seraient bien plutôt E. Zemmour, et E. Macron. On apprend aussi que la plupart de l’électorat de Meloni provient de celui de Berlusconi : on a donc un recyclage classique de l’électorat de droite chez un parti fasciste39. Or, on ne peut ici que penser au fait qu’en France 47 % de l’électorat sarkozyste de 2012 s’est retrouvé chez Macron en 2022. Dernier élément important de la comparaison italienne : autant en France l’électorat ouvrier s’est retrouvé quasiment monopolisé par le RN, ne laissant aux autres que les miettes, autant l’électorat populaire italien est totalement éclaté, ce qui correspond bien avec le schéma des éléments arriérés d’une classe ouvrière atomisée qui se retrouve à voter pour un parti fasciste. Si l’on prend par exemple le vote de la classe ouvrière italienne, on a : 27 % pour les fascistes de Fratelli d’Italia, 20 % pour la Lega d’extrême-droite, 19 % pour le Parti Démocrate de centre-gauche, et 11 % pour le mouvement 5 étoiles attrape-tout. On a donc un vote assez éclaté, loin des 52 % pour le RN aux mêmes élections en France.

      Il faut donc bien comprendre la chose suivante, synthétisable en un syllogisme clair : le parti de Meloni est un parti authentiquement fasciste ; or son arrivée au pouvoir n’a rien changé à la politique italienne ; donc en un sens, la politique dominante, pro-UE, et pro-OTAN, est, au mieux compatible avec le fascisme, au pire carrément fasciste. Ceux qui refusent de voir ce fait sont complices de la montée active du fascisme dans notre société, par le « centre », et les « partis de gouvernement ».

      Concluons donc ce tour d’horizon de la base de classe du RN. Il est clair que celui-ci n’a pas la sociologie d’un parti fasciste. S’il devait y avoir un parti en France à la base sociale proche de celle du fascisme, ce serait plutôt le parti Reconquête, ou celui d’E. Macron. En fait, quand on regarde le programme et la sociologie du RN, on a plutôt l’impression d’avoir affaire à un parti qui serait une sorte de « jacobinisme de droite » plutôt que du fascisme : une sorte de nationalisme souverainiste, avec une composante sociale et étatiste, centré autour de valeurs de droite, mais plutôt universaliste40. Bien sûr, son histoire a laissé des traces sur le RN, ce qui rend l’analyse de détail plus nuancée, mais on ne peut certainement pas analyser ces traces comme étant une preuve de fascisme.

      Ce qui occulte ce fait à gauche, c’est la survivance oubliée, refoulée, zombie en une sens, de l’analyse trotskiste du fascisme, qui a induit toute une partie des progressistes à mal évaluer la signification de classe du fascisme. Comme le fascisme est un mouvement barbare, on a voulu voir en lui un mouvement arriéré, presque archaïque en un sens : « le fascisme, c’est l’archaïsme technologiquement équipé » dira par exemple le situationniste Guy Debord. Comme si d’ailleurs il n’y avait pas de barbarie moderne, « branchée », ou « chic ». Or, si la fascisme est un mouvement arriéré, il doit s’appuyer sur des classes arriérées historiquement, condamnées à disparaître par l’évolution historique. C’est le sens du jugement de Trotski : le fascisme est un mouvement arriéré, et donc, il s’appuie sur la petite-bourgeoisie traditionnelle, qui se retrouve pris de rage par l’effet de leur déclassement. Comme il le dit lapidairement, « le fascisme s’appuie sur la petite bourgeoisie41 » : la thèse de Trotski n’est pas seulement que la petite-bourgeoisie peut-être une force d’appoint au fascisme (ce qui est vrai), mais qu’elle en est la base sociale principale (ce qui est différent), et donc qu’il aurait principalement à cœur de défendre les intérêts de la petite-bourgeoisie. Dans cette vision de classe du fascisme, le RN aurait un certain potentiel fasciste, du fait des nombreux éléments petits-bourgeois qui y sont effectivement agglomérés. Seulement, si le fascisme est un mouvement arriéré, on a du mal à voir comment il pourrait être l’avant-garde de la lutte contre le prolétariat. Comment expliquer son efficacité destructrice s’il s’appuie sur une classe condamnée par l’Histoire ? Et surtout, comment pourrait-il encore survivre de nos jours si la classe sociale sur laquelle il s’appuierait, la petite-bourgeoisie, avait quasiment disparu en France ? La réponse la plus simple à ces questions, c’est que l’analyse du fascisme par Trotski n’est pas la bonne, mais c’est celle de Dimitrov qui nous en donne la clé. La base sociale du fascisme, ce n’est pas la classe arriérée qu’est la petite-bourgeoisie ; sa base sociale, c’est la classe d’avant-garde parmi toutes dans le capitalisme impérialiste : le capital financier. En 1935, il livrait cette analyse célèbre, souvent citée, mais assez peu comprise : « Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même. C’est l’organisation de la répression terroriste contre la classe ouvrière et la partie révolutionnaire de la paysannerie et des intellectuels42. » Le fascisme, c’est la domination directe et terroriste de la bourgeoisie financière, c’est le nec plus ultra du développement de la société capitaliste : c’est cela qui explique son rôle d’avant-garde dans la lutte contre le prolétariat, c’est cela qui explique son efficacité et sa dangerosité, et c’est cela qui explique sa persistance, même après le déclin de la petite-bourgeoisie dans l’après-guerre. Le fascisme en son essence n’a pas disparu, il a changé de forme : le pouvoir terroriste du capital financier contre le prolétariat a simplement pris le nom de libéralisme libertaire. Le cœur de l’erreur d’analyse de la gauche, du à ses restes d’analyses trotskistes, c’est de ne pas voir que le danger fasciste prioritaire pour la France, c’est Macron, c’est Glucksman, c’est EELV et Zemmour, bien plus que le RN. C’est eux qui courent le risque d’emmener la France dans tous les conflits de l’UE, et de l’OTAN, c’est eux qui appuient sur tous les thèmes du fascisme contemporain otanisé. Tant que l’on ne comprend pas cela, on ne comprend rien à la question du fascisme en France.

      Car au final, il faut bien comprendre la signification historique du fascisme, car son interprétation sociale-démocrate en a souvent fait une simple question morale : le fascisme, c’est l’horreur, et s’y opposer, c’est être dans le camp du bien, et de la morale. Ce ne fut pas faux historiquement, mais il faut bien comprendre pourquoi, et à défaut, on risque de répéter cette posture morale de façon parfaitement vide, et inadaptée aux circonstances.

      Avec le recul que nous donnent les 80 ans de développement de l’impérialisme atlantiste, nous sommes désormais mieux en mesure d’apprécier la signification exacte du rôle du fascisme dans les années 30 et 40. Le fascisme, notamment allemand, italien et japonais, fut une tentative de ces bourgeoisies nationales pour à la fois reprendre la main sur leur prolétariat, et pour défendre leur propre impérialisme national contre les impérialismes concurrents. Le fascisme historique naquit donc à la fin de la période du poly-impérialisme, où tous les impérialismes occidentaux se faisaient concurrence. Or, à partir de 1945, l’impérialisme change de nature, et devient centralisé et unique : c’est la période du mono-impérialisme atlantiste, où l’impérialisme américain règne sans partage, et où les autres impérialistes lui sont strictement subordonnés, et perdent toute autonomie43. Dans ces conditions, le fascisme change de signification historique, et ce qui joue le même rôle social, c’est le libéralisme-libertaire. Le fascisme historique a donc été un phénomène de transition, et ce qui a survécu de lui, ce sont ses éléments libéraux-libertaires44.

      Il est donc évident que vu le changement structurel survenu dans l’impérialisme, il est impossible que le fascisme historique du poly-impérialisme revienne à l’identique, avec les mêmes thématiques et les mêmes forces sociales, à l’époque du mono-impérialisme. Croire le contraire revient à participer à une farce, celle de « l’anti-fascisme d’opérette », et à occulter les véritables enjeux. Le but du fascisme, c’est la défense par tous les moyens de l’impérialisme dominant. A notre époque, ce ne peut donc être que la domination du capital financier américain, des institutions supra-nationales comme l’UE, l’OTAN, le FMI ou la BCE. Le fascisme de notre époque ne sera certainement pas nationaliste, mais atlantiste et cosmopolite (ou « européiste », pour faire plus chic) ; il ne sera pas raciste, misogyne, homophobe, ou anti-écolo, mais comme tout le grand capital américain actuel, mondain, chic, et branché, il se dira anti-raciste, féministe, LBGT-friendly et écologiste. Il pourra à l’occasion brandir la défense hystérique de l’identité et de la civilisation occidentale contre les BRICS et autres, mais il préférera toujours le régionalisme à la nation45.

      On commence à comprendre un peu mieux le goût de la gauche pour la farce anti-fasciste, et son réflexe désormais pavlovien et anencéphalique à chaque élection : elle jouit de sa propre posture morale, sans se demander quel est son contenu concret. Pour des raisons parfaitement explicables matériellement, le fascisme s’est manifesté une fois historiquement, et la gauche communiste s’est alors retrouvée, de facto, dans une position d’incarner une forme de moralité concrète humaniste contre l’immoralisme fasciste décadent et nietzschéen. Et face à l’horreur fasciste, l’urgence a nécessité de s’allier avec toutes les bonnes volontés, furent-elles aussi crapuleuses que la SFIO d’alors, ou le parti radical. D’où le Front Populaire, version 1936. Mais la gauche, et malheureusement beaucoup de communistes, ont par la suite conservé cette position, parce qu’elle était intellectuellement confortable, et permettait de ne jamais se remettre sérieusement en question : la gauche était le camp du bien, et en face, il y avait le mal. Et dans cette équation, la gauche européiste, la droite libérale, et tout le libéralisme-libertaire étaient finalement lavés de tout pêché. Le salut, c’était de « jouir sans entrave », et tout ce qui avait l’air de faire mine de s’opposer à ce mouvement était damnation. Le plus ironique, c’est que cela bien sûr faisait apparaître le fascisme comme étant quelque chose de sérieux, de structuré, et de discipliné, ce qu’il n’était pas, bien au contraire. Il faut suivre pas à pas l’histoire du nazisme pour voir qu’ils furent les premiers promoteurs d’un « jouir sans entrave » macabre.

      On atteint ainsi le sommet du ridicule dans la séquence actuelle, où la gauche, incapable de regarder la réalité en face et de prendre en compte les données élémentaires, peut aller dans des manifestations à l’éthos et la phénoménologie parfaitement libéral-libertaires et pseudo-festives, hurler comme des déments que « la jeunesse emmerde le Front National ! ». Outre que l’appel à la jeunesse comme une force nécessairement bonne est pour le coup parfaitement fasciste, et totalement étrangère au mouvement ouvrier, le slogan révèle que la gauche est prisonnière de son imaginaire. Elle mobilise un imaginaire momifiée, où des vieux, forcément réactionnaires et pas cools, voudraient empêcher des jeunes, forcément progressistes et « branchés », de vivre comme ils le souhaitent. Les vieux castrateurs contre les jeunes jouisseurs en somme, avec le RN dans le premier rôle, et la gauche (et Macron, bien sûr) dans le second rôle. Las, l’image a depuis longtemps cessé de vivre : c’est l’électorat macroniste qui est composé de vieux boomers toujours bloqués dans un mai 68 éternel, tandis que Marine Le Pen caracole en tête dès la tranche d’âge des 25-35 ans, et s’effondre chez les plus de 65 ans46. Les manifestations actuelles ressemblent donc à des manèges abandonnés et sans vie, dans des endroits lugubres, où tournent désormais en rond des statues sans tête, mais qui produisent toujours le même son qu’au temps des grandes foires : « la jeunesse emmerde le Front National ! »…

      Cette longue démonstration était nécessaire pour comprendre ce qui va suivre. Cette gauche, qui se sera donnée à fond pour ses places, et pour un soi-disant « combat anti-fasciste », va mourir. Très bientôt. Car lorsque le RN parviendra au pouvoir, et que tout le monde verra que nous ne basculerons pas dans le fascisme hitlérien, que le bruit des bottes ne reviendra pas, que les camps de concentration ne vont pas rouvrir, alors tout ce beau monde va comme s’éveiller d’un rêve. Les masques tomberont, et le roi sera nu. Le RN sera au pouvoir, et tout se passera à peu près comme avant : sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan sécuritaire. Comme sous Macron. Comme sous Sarkozy. Comme sous Hollande. Peut-être un peu pire, peut-être un peu mieux, peut-être comme avant : les vrais bouleversements arriveront par les contradictions entre la base sociale du RN, et son programme aminci qu’il ne voudra pas appliquer. Ce qui se seront prêtés à ce spectacle désolant auront à jamais perdu toute crédibilité politique auprès des masses – si tant est qu’ils en aient un jour vraiment eu. Les plus fous continueront le délire sectaire bien sûr. Mais à l’avenir, ce sera une lubie marginale. Pour la première fois, ils sont allés jusqu’à convoquer le fantôme du Front Populaire, et c’est une faute qui ne leur sera pas pardonnée47. On aurait dit qu’ils voulaient à tout prix donner raison à Marx : « la première fois comme une tragédie, la deuxième fois comme une farce…. ».

      Quant à ceux qui n’appellent pas à voter pour le « Nouveau Front Populaire », mais qui persistent à qualifier le RN de « fasciste », on voit bien qu’ils ne sont pas sérieux, et qu’ils ne croient pas réellement eux-mêmes au fascisme du RN. Face au fascisme historique et à sa violence de classe, toutes les alliances étaient permises : faut-il rappeler que le PCF de Thorez s’est allié aux bouchers SFIO de la première guerre mondiale, aux frères des assassins de Rosa Luxemburg et de Karl Leibknecht, et aux radicaux qui faisaient quelques années avant tirer sur les ouvriers grévistes ? A côté, un Glucksmann ou un Hollande font figures d’enfants de chœur. Si réellement ils croyaient au danger fasciste, ils se rangeraient derrière eux. Leur contradiction signe leur insincérité à eux-mêmes.

      6) Le RN, une impasse nécessaire...

    • A lire aussi l’excellent rappel historique de LO !
      Le Front populaire : de la duperie au mythe
      https://www.lutte-ouvriere.org/portail/mensuel/2016-06-26-le-front-populaire-de-la-duperie-au-mythe_68931.html

      La célébration des 80 ans du Front populaire est l’occasion pour les partis de gauche, en particulier le PCF, de tenter de donner des couleurs plus chatoyantes à leur électoralisme stérile. Alors qu’ils ont largement contribué à faire élire Hollande en 2012, sans l’ombre d’une hésitation et sans exprimer la moindre mise en garde, ils utilisent cette commémoration pour recycler le mythe d’un bon gouvernement de la gauche unie qui aurait apporté des progrès aux classes populaires afin, espèrent-ils, de vendre leur marchandise frelatée à l’horizon 2017.
      Publié le 26/06/2016 Écouter la version audio

      Ainsi le PCF, lors de son dernier congrès, a appelé à la formation d’un nouveau «  Front populaire et citoyen, à la fois fait de mobilisations sociales, de constructions citoyennes et d’alliance avec des courants transformateurs et réformistes prêts à agir pour un projet de transformation sociale  ».

      Quant à Claude Bartolone, lors de l’inauguration d’une plaque à la mémoire de Léon Blum au Palais-Bourbon, il l’a présenté comme celui qui «  avait appris à la République ce que pouvait faire un peuple quand la gauche s’unit  ». Comme l’unité reste un des seuls arguments du PS pour appeler à voter pour lui, il a insisté  : «  La victoire et les réformes sociales demeurent  : seule l’unité les permit.  » Enfin, lancé dans cette voie, il a conclu en affirmant que Léon Blum, Jean Jaurès et François Mitterrand étaient «  trois astres qui éclairent l’histoire du socialisme  ». Pauvre Jaurès  !

      De ceux qui proclament l’existence de «  courants transformateurs et réformistes qui pourront agir dans le sens de la transformation sociale  » à ceux qui agitent l’unité de la gauche comme sésame des réformes sociales, tous veulent faire croire que le sort des travailleurs peut s’améliorer avec des gouvernements à leur service dans le cadre du système capitaliste. Mais rien n’est plus faux. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Présenter les avancées sociales de 1936 comme le produit de la victoire de cette combinaison électorale nommée Front populaire relève tout autant de la mystification.
      Aux origines du Front populaire

      Le Front populaire est né du choix fait en 1935 par le PCF de former une alliance électorale avec la SFIO et le Parti radical, c’est-à-dire le parti gouvernemental par excellence de la IIIè République, celui qui avait servi les intérêts du patronat depuis plus de soixante ans et participé à toutes les combinaisons politiciennes possibles. Quant à la SFIO, comme l’expliqua plus tard Léon Blum lui-même, elle voulait être le gérant loyal du capitalisme.

      Ce n’était pas le premier abandon des idées révolutionnaires pour le PCF. Alors que ce parti se réclamait de Lénine et de la Révolution russe, il n’était plus révolutionnaire. Mais, jusque-là, il avait couvert sa transformation par un discours, une politique gauchistes et sectaires baptisés «  troisième période  » (1928-1933). Au nom de ce sectarisme érigé en principe, il traitait la social-démocratie de social-fascisme. En Allemagne, cet aveuglement volontaire des staliniens avait abouti à la dramatique victoire d’Hitler sans lutte de la part du prolétariat.

      Désormais, le PCF effectuait un virage à 180 degrés. Il s’appuyait sur la volonté d’unité d’action des ouvriers. Celle-ci s’exprimait depuis l’émeute sanglante de l’extrême droite du 6 février 1934, qui avait laissé entrevoir le risque d’un régime fasciste français. Mais le PCF détournait cette aspiration vers une unité électorale, une alliance en vue de la formation d’un gouvernement bourgeois. Passer ainsi du terrain de la lutte de classe au terrain électoral, c’était lier les mains de la classe ouvrière  ; c’était à l’opposé des idées révolutionnaires des bolcheviks. Mais dix ans de stalinisme avaient suffi à faire accepter à bien des militants ces renoncements et ces virages. Comme autre forme d’allégeance à la bourgeoisie, dans la même période, le PCF se mit à arborer le drapeau bleu-blanc-rouge dans ses cortèges et à chanter la Marseillaise.

      Tout cela correspondait à la politique adoptée par Staline, qui voulait se rapprocher des démocraties bourgeoises (France, Grande-Bretagne), pour s’assurer une protection contre Hitler. Loin de répondre de près ou de loin aux intérêts du prolétariat, cette politique mettait le PCF à la remorque de sa propre bourgeoisie.

      Quant au programme du Front populaire, il n’avait pas de quoi enthousiasmer les travailleurs. Il ne comportait d’ailleurs aucune des futures mesures sociales emblématiques de 1936. Maurice Thorez s’en expliquait clairement, en affirmant qu’il ne s’agissait pas de détruire le capitalisme. La Bourse ne frémit même pas à l’annonce de la victoire du Front populaire aux élections législatives d’avril et mai 1936, tant le chemin avait été balisé par tous les acteurs.
      La grève générale de mai-juin 1936

      Ce qui fit de l’année 1936 un événement d’une autre ampleur, c’est bien l’irruption de la classe ouvrière sur la scène politique.

      Depuis 1934, on assistait à une remontée ouvrière. Durant deux ans, les grèves se multiplièrent, souvent isolées ou vaincues, parfois avec des morts. Cette reprise de la combativité prenait aussi la forme de marches de chômeurs contre la faim ou d’affrontements avec l’extrême droite.

      Pour le PCF, il n’était absolument pas question de donner une perspective politique à ces luttes. Le PCF stalinisé avait perdu la confiance dans la classe ouvrière, et donc la volonté de pousser les luttes jusqu’au bout de leurs possibilités en aidant la classe ouvrière à prendre conscience de sa force. Il avait ainsi abandonné ce qui fait l’essence de la politique des révolutionnaires communistes, et cela indépendamment de son cours droitier ou gauchiste.

      Ce sursaut ouvrier se traduisait aussi par une remontée électorale des partis de gauche, des radicaux à la SFIO et surtout au PCF. Mais le PC se servit du crédit gagné par ses militants exclusivement pour soutenir le gouvernement de Front populaire, auquel d’ailleurs il ne participait pas, pour ne pas le gêner. Trotsky analysait clairement sa politique  : «  Le ministérialisme dans les coulisses est dix fois pire que le ministérialisme ouvert et déclaré. En fait, les communistes veulent conserver leur indépendance extérieure pour pouvoir d’autant mieux assujettir les masses ouvrières au Front populaire, c’est-à-dire à la discipline du capital.  » («  L’étape décisive  », 5 juin 1936).

      Et c’est en effet ce qui était à l’ordre du jour. Car la victoire du Front populaire, que les travailleurs accueillirent sans réelle confiance, se traduisit par le déclenchement de grèves au Havre, à Toulouse et Courbevoie. Celles-ci furent le prélude à la grève générale. Le 24 mai, il y eut 600 000 travailleurs pour rendre hommage aux communards devant le mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise. Le 28 mai, les ouvriers de Renault Billancourt entraient dans la danse, entraînant derrière eux la métallurgie. Dans les jours suivants, le mouvement gagna peu à peu les secteurs les moins habitués à se battre, les plus opprimés, les plus divisés. Deux millions de grévistes participèrent à ce mouvement et quelque 9 000 entreprises furent occupées. La profondeur de cette lutte était réelle.

      Les historiens insistent souvent sur l’aspect joyeux, festif des grèves de mai-juin 1936. Mais elles avaient un point commun bien plus fondamental  : les occupations d’usines, d’ateliers, de bureaux. Pour se protéger des bandes fascistes, des milices patronales ou du recrutement de jaunes, les travailleurs partout prirent possession des lieux. Et c’est le sentiment de puissance conféré par cette prise de possession, en même temps que la libération d’un travail aliénant, qui brille dans les yeux des grévistes photographiés. Mais surtout, en agissant ainsi, à une échelle jamais vue en France, ils contestaient la propriété des usines aux capitalistes. Et les patrons sentirent clairement le danger de ces occupations, par ce qu’elles recelaient de possibilités pour les travailleurs.

      C’est pourquoi les patrons exigèrent eux-mêmes des négociations, le plus rapidement possible. Ils allèrent chercher Blum, fraîchement nommé président du Conseil, pour faire entendre raison aux dirigeants syndicaux. Avec les accords de Matignon signés les 7 et 8 juin 1936, ils acceptaient certes de céder sur les salaires, les droits syndicaux, la reconnaissance des délégués ouvriers et le principe des contrats collectifs. Mais ce qu’ils cédaient là n’était rien, face à la crainte de tout perdre. Ils savaient que ces grèves pouvaient être le début d’un processus allant jusqu’à la prise de conscience de la nécessité de renverser le pouvoir de la bourgeoisie. Et ils voulaient l’éviter à tout prix.

      Le gouvernement Blum fut complice de cette politique des patrons pour sauver leurs propriétés et donc leur mainmise sur la société. Le ministre de l’Intérieur socialiste de l’époque, Roger Salengro, menaçait les grévistes  : «  Entre l’ordre et l’anarchie, je maintiendrai l’ordre envers et contre tout.  » Comme quoi Valls n’a rien inventé. Mais en 1936 c’est le patronat qui interdit toute intervention policière pour évacuer les usines, car il craignait de ne pouvoir en récupérer la direction. Il redoutait qu’un affrontement entre l’État et les travailleurs pose plus clairement encore le problème du pouvoir à la classe ouvrière.

      Et si le gouvernement de Blum fit voter les lois sociales sur les congés payés et les 40 heures les 11 et 12 juin, c’est principalement parce que les accords de Matignon ne suffisaient pas à mettre fin aux grèves. Toutes ces avancées sociales émanaient de la grève générale, elles n’avaient aucunement été voulues par les dirigeants du Front populaire. S’ils se décidaient à les voter, ce n’était que pour arrêter le mouvement ouvrier, éviter un embrasement dont ils savaient qu’il pouvait mener loin. C’était moins de vingt ans après la révolution russe et ces politiciens bourgeois avaient appris à craindre la force de la classe ouvrière.
      De la grève trahie à la guerre

      Même avec le vote des lois sociales et les accords de Matignon, il restait à convaincre les travailleurs de cesser la lutte. Et cela, ni les patrons ni les politiciens de la SFIO ne le pouvaient. Ce furent les militants du PCF qui usèrent de leur crédit pour faire reprendre le travail. «  Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue  », écrivait Maurice Thorez dans L’Humanité du 11 juin. Le lendemain, en réponse à ceux qui au contraire évoquaient la possibilité de poursuivre la lutte, il écrivait  : «  Tout n’est pas possible maintenant.  » Le PCF mettait bien tout son poids pour faire stopper les grèves.

      Finalement, fin juin, le mouvement avait reflué. Pour les mystificateurs du PCF et les autres réformistes, le récit des premiers congés payés pour les plus chanceux des travailleurs permet de clore cette histoire. Mais tout cela est une duperie. Combien de familles ouvrières passèrent-elles cet été 1936 au bord de la mer  ? Aujourd’hui encore, la moitié seulement partent en vacances.

      Mais surtout la fin du Front populaire n’eut pas lieu là, mais trois ans plus tard, avec le début de la Deuxième Guerre mondiale puis la dictature du régime de Vichy. Et cette fin éclaire significativement ce qu’était le Front populaire, quand on sait que les députés élus en 1936, donc en majorité des élus Front populaire, votèrent les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. Le PCF était alors interdit et la plupart de ses parlementaires avaient été déchus de leur mandat.

      Et entre-temps, les différents gouvernements, celui de Blum puis celui de Daladier qui lui succéda, avaient repris les attaques contre la classe ouvrière. Les hausses de salaires disparurent dans l’inflation, les 40 heures ne furent pas respectées. Les militants furent à nouveau pourchassés et les grèves furent réprimées.
      Le mythe du Front populaire

      Depuis 80 ans, on nous raconte un mensonge sur le gouvernement de Léon Blum. Loin d’être l’exemple d’un gouvernement au service des classes populaires, il fut de bout en bout au service des intérêts de la bourgeoisie. Il n’eut pas même le courage de proposer le droit de vote des femmes. Il s’opposa à toute idée d’émancipation pour les peuples colonisés et mena la répression en Algérie et en Indochine pour le compte du grand capital.

      Et il se chargea, comme son homologue britannique, de tout faire pour étouffer la révolution ouvrière en Espagne. Blum refusa d’armer les travailleurs espagnols, qui devaient affronter non seulement les balles de Franco, mais aussi les bombardiers d’Hitler et les armées de Mussolini. Là encore, Blum agit en politicien bourgeois responsable.

      La mystification sur 1936 ne s’arrête pas aux mensonges sur ce prétendu gouvernement au service des classes populaires. Depuis 80 ans, le PCF ment aussi sur les grandes grèves de 1936 et sur le rôle qu’il y joua. Certes, ces grèves avec occupation ont été si puissantes qu’elles ont arraché au patronat des avancées comme jamais avant et jamais après. Mais, il n’en reste pas moins que la politique du PCF visant à les faire cesser à tout prix était une trahison des intérêts de la classe ouvrière. Car, à l’échelle internationale, l’enjeu était tout autre.

      Depuis le début des années 1930, le monde capitaliste était en crise, et cela s’était soldé par l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne en 1933, puis par l’écrasement du prolétariat autrichien en 1934. La crise et le danger fasciste étaient présents et constituèrent des ferments de la remontée de la combativité ouvrière à l’échelle internationale. Aux États-Unis, en Europe occidentale, dans les Balkans, au Moyen-Orient et même dans des colonies comme l’Algérie ou le Sénégal, les travailleurs entraient en lutte à des degrés divers. En Espagne, les prolétaires étaient engagés dans une révolution. Les grèves de mai-juin 1936 en France s’inscrivaient donc dans ce contexte marqué par une remontée ouvrière. Personne ne peut dire jusqu’où ces luttes auraient pu aller en France, sans le frein stalinien. Mais, dans ce monde où la marche à la guerre était déjà entamée, ce qui était en jeu fondamentalement c’était la survie des classes populaires.

      La seule politique qui aurait représenté un espoir consistait à permettre au prolétariat en France de pousser les luttes le plus loin possible. Car ce qui permet au prolétariat de se renforcer, d’acquérir une conscience politique qui lui permette de contester le pouvoir de la bourgeoisie, c’est justement l’expérience acquise dans les luttes, toutes les luttes, victorieuses ou pas, mais menées jusqu’au bout de leurs possibilités. En empêchant les travailleurs de le faire, le PCF a rendu un fier service à la bourgeoisie française.

    • Pour le dernier texte de FO :

      La mystification sur 1936 ne s’arrête pas aux mensonges sur ce prétendu gouvernement au service des classes populaires. Depuis 80 ans, le PCF ment aussi sur les grandes grèves de 1936 et sur le rôle qu’il y joua. Certes, ces grèves avec occupation ont été si puissantes qu’elles ont arraché au patronat des avancées comme jamais avant et jamais après. Mais, il n’en reste pas moins que la politique du PCF visant à les faire cesser à tout prix était une trahison des intérêts de la classe ouvrière. Car, à l’échelle internationale, l’enjeu était tout autre.

      […]

      La seule politique qui aurait représenté un espoir consistait à permettre au prolétariat en France de pousser les luttes le plus loin possible. Car ce qui permet au prolétariat de se renforcer, d’acquérir une conscience politique qui lui permette de contester le pouvoir de la bourgeoisie, c’est justement l’expérience acquise dans les luttes, toutes les luttes, victorieuses ou pas, mais menées jusqu’au bout de leurs possibilités. En empêchant les travailleurs de le faire, le PCF a rendu un fier service à la bourgeoisie française.

      Ce que ne veulent pas dire les trotskystes, c’est que les luttes sociales ne sont à peu près JAMAIS victorieuses sous un gouvernement fascistes. Les seules qui ont augmenté la qualité de vie, qui ont conquis des choses, c’est sous des gouvernements certes pas du tout révolutionnaires, mais un peu sociaux, pas fascistes.

      Une lutte sociale NON victorieuse sous un gouvernement de gauche réformiste, c’est soit du rien, soit parfois des droits qui continuent de reculer. Mais une lutte sociale NON victorieuse sous un gouvernement fasciste, c’est des PUTAIN DE MORTS et un écrasement total et parfois définitif de mouvements syndicaux, de partis entiers parfois, etc.

      Et avant même les mouvements sociaux, pareil pour les plus bas de l’échelle : des morts parmi les non-blancs, les précaires, les femmes, etc.

      Donc bien sûr que ce sont les luttes sociales qui font (presque) tout, genre on le savait pas… Mais elles ne le font que dans un contexte politique où on est pas dans un régime d’extrême droite ! Sinon là c’est sûr qu’on a juste rien.

      Et donc à par râler sur les sociaux-traitres (ce qu’il faut faire), mais en disant qu’il faut rien faire d’autre QUE les luttes sociales uniquement, ça avance à quoi ? En quoi ça va réduire les horreurs que les gens vont subir au quotidien encore plus sous Bardella que sous Macron (ce qui était déjà énorme donc imaginez la suite).

      C’est exactement comme pour le Covid : la stratégie du gruyère. JUSTE faire telle ou telle unique mesure de sert rigoureusement à rien. C’est l’addition d’avoir au pouvoir les moins fascistes (même sociaux traitres) ET de pousser les luttes sociales au max, qui fait qu’on gagne des nouvelles choses.

    • Assez d’accord avec @rastapopoulos (pour une fois :o))
      Et actuellement pas du tout envie d’autoflagellation et de yaka laisser faire les nazis qui seraient pas sinazis finalement.

      On n’est pas naïves et perso, j’ai aussi surtout besoin de reprendre souffle entre deux gerbes de vomi. Mes parents ont vécu la guerre et me l’ont raconté, une partie de ma famille a été exterminée, j’ai voyagé dans des pays en guerre. Je sais que la cruauté humaine se déclenche pour un rien. Je pense que cela me rend un peu plus réaliste que ce monsieur. Son discours me fatigue, j’ai renoncé à ne pas voter, je ne le fais pas par idéologie (et le ton donneur de leçons me fatigue davantage encore), je le fais pour celleux sur qui la répression va tomber encore plus fort.

    • A propos du texte du GRQT (Victor Sarkis) :
      Mis à part la première partie qui dépeint le macronisme (exercice facile et convenu à la portée du premier Juan Branco venu), tout le reste n’est qu’un gros gloubiboulga confus, dangereux et déconnecté de la réalité sociale actuelle.
      Ce mec issu de la petite bourgeoisie CSP++ s’emmêle les pinceaux avec ses allez-et-retour passé-présent-avenir. Déjà, confondre anarchie et désordre, pour moi c’est rédhibitoire. Victor Sarkis sous couvert d’une érudition révolutionnaire (de salon philosophique) dit vraiment de la merde.
      #vomi (avec des nuances de vieille vinasse mal digérée)

    • Et pour le résumé du texte de départ : c’est un groupe de marxistes clouscardiens (Michel Clouscard) paganiens (Dominique Pagani), qui déteste les libéraux-libertaires bobos urbains sociétaux sociaux-traitres post-soixante-huitards libidineux… Ça fait beaucoup de texte pour dire ça non ? 🤪

      D’autant que ce rassemblement s’est fait dans l’intensification du délire idéologique que portent ces couches moyennes, et qui signe son isolement idéologique et social : écologisme, féminisme, antiracisme identitaire, sociétalisme à outrance… La candidature de Mélenchon en 2022 aura réussi le tour de force de faire pire en la matière que celle de 2017, déjà bien pourvue pourtant

      Font chier ces hystériques éco-féministes non ?

      Cela dit je disais quasiment la même chose au final que ce que Victor Sarkis, l’auteur du premier texte dit à cet endroit de la présentation historique du Front Populaire d’origine dans cette vidéo (ouvrir dans un autre onglet pour tomber sur le bon endroit) : https://youtu.be/fTR31COer0M?t=1941

      Mais du coup je vois pas en quoi c’est pas toujours valable : plutôt NFP sociaux traitres que Bardella quand même ? (pas juste tel quel pour la vie quotidienne mais je parle bien pour les luttes sociales à venir, et pour les syndicats et partis de gauche).

      Sauf que son discours du dernier article, contrairement à la vidéo, c’est de dire « à l’époque du vrai FP, c’était du vrai fascisme, alors que là le RN ça va c’est pas si pire » et donc là ça mérite pas de faire des alliances de sociaux traitres pour être sûr de pas les avoirs au pouvoir.

      Imagine-t-on sérieusement les ouvriers voter à 52 % pour un parti bourgeois extrémiste ? Si on le pense, il vaut mieux arrêter tout de suite d’être marxiste, car le prolétariat sera bien trop stupide pour faire la révolution et diriger la société dans ces conditions !

      Sauf si on n’est pas un marxiste stalinien orthodoxe, mais un marxien qui aurait compris que le prolétariat en soi fait partie intégrante du fait social capitaliste. Et que les prolétaires seuls ne sont pas forcément les sauveurs du monde, ou bien peuvent être aussi les sauveurs du capitalisme (non pas nous sauver du capitalisme mais bien sauver le capitalisme).

    • Je reconnais que ma lecture, hier, en diagonale, était rapide. Une seconde lecture, et vos réactions, démontre que le texte crée beaucoup de confusion. Il a un côté jouissif, c’est ce que j’ai ressenti en premier lieu, concernant le point de situation. Le fait que les partis traditionnels de gauche doivent leur résurrection en 2017, et 2022 à la LFI, et à sa volonté systématique de faire front, volonté systématiquement foulée au pied, de la pire des façons, systématiquement mal rémunérée, par une lâcheté mainte fois répétée. Je parle, par exemple, des candidatures parasites aux moments les plus importants, je parle des anathèmes, qu’on attribue évidemment à LFI, parce qu’ils parlent forts, mais qu’on pourrait tout aussi bien attribuer aux cancrelats provocateurs que sont les Jadot et Roussel, pour ne nommer que ces deux-là. Je rigole (jaune) en constatant que Ruffin suit la même pente. Bon sang, vont-ils tous être contaminés par le même virus ? :-))

      Etc.

      Pour la suite du texte, je le vois comme une sorte de nihilisme non-opérationnel et confus, et oui, il n’a en conséquence, et malheureusement pas beaucoup d’intérêt.

      Il n’empêche que l’on doit pouvoir partager la même vision de l’avenir, sombre et insatisfaisant.

    • Notamment les auteur ne prennent pas du tout en compte ce genre de multiplications très claires depuis la possibilité du RN d’accéder aux vrais pouvoirs : https://seenthis.net/messages/1060561
      Et qui augmentera très très sûrement encore plus après, et en plus avec l’aval de la police aux ordres de chefs RN. Encore bien pire que sous Macron.

      C’est donc eux les bobos privilégiés qui prennent pas en compte le réel. :p

    • L’état macroniste est déjà un état fasciste. Darmanin est déjà un ministre fasciste. Dupont-Moretti est déjà un ministre factieux. Il est étonnant que notre justice parvienne encore à convoquer Sarkozy à la barre. Comme si ce n’était pas qu’une forme de décorum, ou de démonstration par l’absurde qu’il y a quelques gangs mafieux qui contrôlent nos institutions et qui pour se départager, utilisent les prétoires, plutôt que les Thompson.

      Découvrir, fort tardivement, que Frontex a été dirigée par un cadre FN/RN, ça éclaire d’une lumière aveuglante l’objet de cette institution européenne, institution que l’on savait au service d’un plan égoïste de création d’une forteresse contre les migrants, mais que l’on a découvert au service du rejet des migrants, à tout prix, et au nom de valeurs fascistes, par des fascistes. L’UE a-t-elle encore qq chose à voir avec la démocratie ? Qui pour commenter la désignation de la Commission Européenne ?

      Par quelque bout que tu prennes le sujet, nous y sommes. Déjà. Sans exagérer. Les camps de concentration, ils sont déjà là. OK, on ne gaze pas, mais tout le reste, on y est. Et on paie d’autres pays pour le faire à notre place. Et on protège ceux qui dans l’exercice de leurs fonctions appliquent les ordres trop visiblement.

      L’apocalypse israélienne est en quelque sorte, le point final de ce long chemin vers le pire, où les ministres t’annoncent tout de go que oui, il faut éliminer les ennemis, même quand ils sont en prison, qu’il ne faut plus les nourrir, qu’il faut leur mettre en balle. Et chez nous, on te dit que si tu vois à y redire, c’est que tu ne mérites pas ta place dans la société. On a déjà dépassé toutes les bornes du supportable. Mais ça se fait encore d’une façon civilisée. On te prépare petit à petit le passage au non-civilisé. Tranquillement. Mais on est déjà dans l’insupportable. Dans l’inacceptable. Macron devrait être destitué. Pour les propos qu’il a tenu, pour les campagnes de dénigrement qu’il a lancées, pour les actions qu’il a menées. Nous devrions le destituer. Et faire le ménage. Mais... Oui, je le vois l’écueil. Comment on procède, alors qu’on a 30 à 40% des votants qui donnent l’impression de vouloir aller encore plus loin ?

      J’arrête là. Les marxistes ou les trotskystes, ils sont gentils, mais oui, trop souvent, ils ressemblent à des bobos privilégiés, à t’expliquer doctement que ça pourrait être bien pire, et que tant que la classe ouvrière n’enverra pas tout bouler, ben z’avez qu’à vous en prendre qu’à vous même, on vous l’avait bien dit. Manque d’opérationnalité, et donc, manque d’utilité.

    • Les marxistes ou les trotskystes, ils sont gentils, mais oui, trop souvent, ils ressemblent à des bobos privilégiés, à t’expliquer doctement que ça pourrait être bien pire, et que tant que la classe ouvrière n’enverra pas tout bouler, ben z’avez qu’à vous en prendre qu’à vous même, on vous l’avait bien dit.

      Oui, justement, là où l’analyse de Sarkis (et son acolyte) est bien déconnante, c’est qu’il nous vend l’idée que la base électorale du FNRN serait la « classe ouvrière » (alors que la base du « vrai fascisme » serait la petite bourgeoisie provinciale) ... Mais elle est où la classe ouvrière en 2024 ?
      Sur France Inter (Radio Paris), il y a deux jours, on nous parlait doctement de « prolétariat pavillonnaire » qui soutiendrait majoritairement les fafs. J’y comprend plus grand chose à vrai dire à toute cette logorrhée hyper-bolloréenne ...

    • Le tweet du bonhomme :

      Depuis sept ans, le système français fait semblant. Semblant d’être une démocratie alors que tous les traits essentiels qui la caractérisent sont foulés aux pieds tous les jours. Semblant d’être un pays prospère, alors qu’il a été dépecé à vif par le Capital n’est plus qu’un espace de service désindustrialisé. Semblant d’être un pays normalement géré alors qu’il est en faillite. Semblant d’être gouverné, alors que les ministères sont occupés par de parfaits imbéciles en général corrompus et l’Élysée par un psychopathe puéril et immature.
      Depuis l’annonce de la dissolution les mensonges ont redoublé, et le théâtre s’est transformé en cirque. Pour une énième représentation de la « grande quinzaine antifasciste » qu’on nous inflige depuis maintenant plus de 20 ans.
      Et puis, presque par hasard on tombe sur un long et remarquable article, qui déchire le voile à partir d’un lieu d’énonciation politiquement marxiste.
      J’ai donc décidé de le voler. J’ai essayé de joindre les auteurs sans succès. J’espère qu’ils ne m’en voudront pas, et ce d’autant que cette publication est un hommage.

      La réponse du GRQT :

      Nous vous remercions de ce partage cher M. De Castelnau, et mille excuses d’être peu joignables. Ne parlez donc point de « vol », puisque comme le disait Socrate, " entre amis , tout est commun", et qu’en bons communistes, nous ne privatisons pas la pensée. Bon envol à cet article !

      Bien ouéj @rastapopoulos !

    • Tout comme Dominique de Villepin, des personnes commettant des erreurs avec des points de vue différents des nôtres, tel Régis de Castelnau, sans faire partie de notre famille politique, sont capables parfois d’assener des vérités.

      https://video.twimg.com/amplify_video/1811474228018888704/vid/avc1/1024x576/ALVsY_D6PMSkChUV.mp4?tag=16

      « Jupiter est mort et Jupiter a été battu dans les urnes »
      Des nouvelles du dernier représentant de la droite républicaine.
      Qui aurait pu prédire que le spectre politique se droitise au point d’aligner Villepin sur la gauche ?

      Et quant à Wikipédia au sujet de Castelnau qui cite le canard enchaîné :))))))

      Son positionnement le fait ainsi classer par un article du Canard enchaîné parmi les « idiots utiles français de Poutine », « mus par un antiaméricanisme compulsif et un insatiable appétit pour les fantasmes complotistes de l’extrême droite »

      il faut raison garder, car le canard devient de plus en plus puant ! ( il traite les antifascistes de « fachos ».)

    • Les communistes d’opérette (en rapport avec la note 49 de l’article du GRQT) :

      Il n’y a aujourd’hui pas de fascisation en France.

      Comment pouvons-nous affirmer cela ? N’y a-t-il pas une montée incontestable de l’extrême droite à chaque élection depuis 2002 ? N’y a-t-il pas une recrudescence des violences d’extrême droite ? N’y a-t-il pas une déviation vers la droite du discours dans tout le champ politique, par exemple, la banalisation des thèses racistes du « grand remplacement » ou de la « guerre civilisationnelle » ? Le candidat Zemmour, aux élections présidentielles de 2022, n’a-t-il pas porté une rhétorique parfaitement nazifiée ? La répression étatique ne s’est-elle pas progressivement élargie et intensifiée, lors des 2 dernières décennies ?

      Cette tendance, à la progression et au renforcement de la réaction, est réelle. Cependant, cette tendance n’est pas celle du fascisme — une fascisation.

      https://unitecommuniste.fr/non-classe/que-faire-le-30-juin

      Ou comment nous faire croire que le fascisme n’est pas consubstantiel à une économie en mode exploitation capitaliste ...

      #usure_du_monde