« Nous n’enseignerons plus que "le masculin l’emporte sur le féminin" »

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  • Pas d’accord sur les accords ? « Le Bon usage » de Grevisse (Claude Lelièvre)
    https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/081117/pas-daccord-sur-les-accords-le-bon-usage-de-grevisse

    Dans ce genre de situation, consultation de « La grammaire française. Le bon usage » de Maurice Grevisse (9ème édition).

    Page 314 : « Quand un adjectif qualificatif se rapporte à plusieurs noms ou pronoms, coordonnés ou juxtaposés, il se met au pluriel et prend le genre des mots qualifiés. Si les mots qualifiés sont de genres différents, l’adjectif se met au masculin pluriel (1) »

    Soit. Mais il y a le renvoi en bas de page : « (1) voir à la fin du volume l’arrêté du 26 février 1901 »

    Arrêté relatif à la simplification de l’enseignement de la syntaxe française signé le 26 février 1901 par le ministre de l’Instruction publique Georges Leygues

    VI- Adjectifs 2. Adjectif construit avec plusieurs substantifs : on tolérera toujours que l’adjectif soit construit au masculin pluriel , quel que soit le genre du substantif le plus voisin ( ex : appartements et chambres meublés). On tolérera aussi l’accord avec le substantif le plus rapproché (ex : un courage et une foi nouvelle)

    Et il y a aussi, à la page 315 du « Bon usage » de Maurice Grevisse, un « historique » : « la langue du Moyen âge faisait ordinairement l’accord de l’adjectif avec le nom le plus proche. Les auteurs du XVII° siècle suivaient encore assez souvent cet usage : « Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières » (Racine, Athalie, I, 2). Vaugelas préférait l’accord avec le dernier nom ; Malherbe, au contraire, voulait l’accord simultané »

    In fine, l’Académie française en perd son latin...

    Petite mise au point de l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, face à la levée de boucliers de tout ce que l’Hexagone compte de plus réactionnaire, suite à l’appel suivant :

    « Nous n’enseignerons plus que "le masculin l’emporte sur le féminin" »
    https://www.slate.fr/story/153492/manifeste-professeurs-professeures-enseignerons-plus-masculin-emporte-sur-le-f

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  • « Nous n’enseignerons plus que "le masculin l’emporte sur le féminin" » | Slate.fr
    http://www.slate.fr/story/153492/manifeste-professeurs-professeures-enseignerons-plus-masculin-emporte-sur-le-f

    Nous, enseignantes et enseignants du primaire, du secondaire, du supérieur et du français langue étrangère, déclarons avoir cessé ou nous apprêter à cesser d’enseigner la règle de grammaire résumée par la formule « Le masculin l’emporte sur le féminin ».

    Trois raisons fondent notre décision :

    • La première est que cette règle est récente dans l’histoire de la langue française, et qu’elle n’est pas nécessaire. Elle a été mise au point au XVIIe siècle. Auparavant, les accords se faisaient au gré de chacun·e, comme c’était le cas en latin et comme c’est encore souvent le cas dans les autres langues romanes.

    Bien souvent, on pratiquait l’accord « de proximité », venu du latin, qui consiste à accorder le ou les mots se rapportant à plusieurs substantifs avec celui qui leur est le plus proche. Par exemple : « afin que ta cause et la mienne soit connue de tous » (Ronsard, épître à la Response aux injures et calomnies…, 1563).

    La nouvelle règle a d’ailleurs dû attendre la généralisation de l’école primaire obligatoire pour être appliquée massivement : « On peut aller sur le lac [d’Évian], en bateaux à vapeur ou petits-bateaux, et visiter les coteaux et montagnes voisines, à pied ou en voiture » (Dr Linarix, Guide pratique de la Savoie et Haute-Savoie médicale et pittoresque, 1896).

    • La seconde raison est que l’objectif des promoteurs de la nouvelle règle n’était pas linguistique, mais politique : « Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif. » (Dupleix, Liberté de la langue françoise, 1651) ; « Le masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle » (Beauzée, Grammaire générale… 1767).

    Si l’école de la République a préféré abandonner cette formule au profit de celle qu’on connaît, c’est en reconduisant l’ordre de valeur qui est à son fondement. Un ordre que les classes politiques maintenaient parallèlement, en refusant aux femmes les droits politiques jusqu’en 1944, et en refusant plus longtemps encore de leur ouvrir les grandes écoles ou d’abroger les dernières dispositions du « Code Napoléon ».

    • La troisième raison est que la répétition de cette formule aux enfants, dans les lieux mêmes qui dispensent le savoir et symbolisent l’émancipation par la connaissance, induit des représentations mentales qui conduisent femmes et hommes à accepter la domination d’un sexe sur l’autre, de même que toutes les formes de minorisation sociale et politique des femmes.

    #enseignement #langue #féminin #masculin #règle_de_proximité #accord_de_proximité