la voie du jaguar

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  • Entretien avec John Gibler
    au sujet de son livre L’Évasion d’un guérillero

    https://lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-John-Gibler-au-sujet-de-son-livre-L-Evasion-d-un-guer

    Le 1er janvier 1994, l’Armée zapatiste attaque six villes de l’État du Chiapas et proclame son manifeste. Après douze jours de guerre, une trêve est déclarée. L’État et l’armée mexicaine vont désormais gérer une situation de rébellion plus ou moins négociée. Le 28 juin 1995, la police de l’État du Guerrero massacre dix-sept paysans, tous membres d’un syndicat particulièrement teigneux, l’Organisation paysanne de la Sierra du Sud, au gué d’Aguas Blancas. Un an, jour pour jour, plus tard et au même endroit, un nouveau groupe armé fait irruption en public et lit son manifeste écrit en espagnol et nahua. C’est l’Armée populaire révolutionnaire (EPR). Elle n’entre au combat que le 16 juillet suivant en attaquant l’armée fédérale.

    Le 25 octobre 1996, l’EPR a invité plusieurs journalistes locaux à une entrevue à Zumpango del Río (Guerrero). Des barbouzes de l’armée interceptent les journalistes et enlèvent un de leurs jeunes guides, Andrés Tzompaxtle Tecpile. C’est l’histoire de sa disparition, de son calvaire et de son évasion inespérée que raconte John Gibler dans son ouvrage L’Évasion d’un guérillero. Écrire la violence. Au-delà d’un témoignage cauchemardesque, c’est toute la stratégie de la terreur d’État qui est narrée à travers les entretiens avec Andrés Tzompaxtle et divers autres protagonistes. Et comme ce thème est à la fois particulier et, de Guantanamo à Damas, terriblement universel, voilà pour Gibler l’occasion de questionner sa pratique, son écriture. Comment rendre compte de l’indicible ? (...)

    #Mexique #enquête #John_Gibler #écriture #guérilla #EZLN #répression #Joseph_Andras #Svetlana_Alexievitch #Achille_Mbembe

  • La Commune de Paris au Mexique

    Carlos Illades

    https://lavoiedujaguar.net/La-Commune-de-Paris-au-Mexique

    La Commune de Paris a eu un retentissement sous diverses latitudes de la planète et l’Amérique latine n’a pas été l’exception. Au Mexique, les idéaux de Plotino Constantino Rhodakanaty ainsi que les soulèvements indigènes qu’ils ont inspirés portent la marque des « communards ».

    Manuel María Madiedo (Colombie), Francisco Bilbao (Chili), Casimiro Corral (Bolivie), José Ignacio Abreu e Lima (Brésil), Esteban Echeverría (Argentine), Plotino Constantino Rhodakanaty et Nicolás Pizarro (Mexique) ont formé la première génération du socialisme latino-américain, tributaire des révolutions romantiques européennes. L’harmonie sociale, la solution de la question sociale, le droit au travail et la démocratie effective font partie de son corpus doctrinal. En Amérique latine, ce sont des sociétés de secours mutuel, des clubs politiques, des communautés idéales, des sociétés secrètes, des écoles et des partis qui surgissent sous l’influence socialiste, et s’introduisent en tiers dans le débat politique dominé localement par le conservatisme et le libéralisme.

    La Commune de Paris a repris les revendications de 1848, actualisées par le blanquisme, le communisme et l’anarchisme. L’autogouvernement, la citoyenneté en armes, l’égalité radicale, le fédéralisme communal et la république démocratique et sociale allaient renforcer les idéaux socialistes. Et ces idéaux ont donné un nouvel éclat au socialisme latino-américain.

    C’est ainsi que le 20 mars 1871 — c’est-à-dire deux jours après la proclamation de la Commune — l’homéopathe grec Plotino Rhodakanaty fonde à Mexico « La Social », organisme qui cherche à régénérer la société au moyen du travail, de la vertu et de la beauté. (...)

    #Commune #Paris #Mexique #Rhodakanaty #histoire #anarchisme #socialisme #rébellion #peuples

  • Dialectique, approches et questionnements

    Louis de Colmar

    https://lavoiedujaguar.net/Dialectique-approches-et-questionnements

    Qu’est-ce que la dialectique ? Je ne dirais pas que c’est la capacité de penser deux choses opposées et de décider : ce serait, au contraire, décider que la façon particulière qui permet d’appréhender une problématique, une réalité, etc. à travers une opposition donnée et historiquement constituée est devenu une impasse. Précisément donc, la question dialectique se pose lorsque les termes d’une opposition qui permettaient jusqu’alors de comprendre une problématique, une réalité, etc. deviennent non significatifs, non opérationnels, non manipulables, et conduisent à des impasses, quelles que soient les manières de tricoter et détricoter les éléments contradictoires.

    La question dialectique intervient lorsque qu’une logique donnée, construite, établie, instituée, ne rend plus compte du réel (alors qu’elle a effectivement été en mesure de le faire jusque-là), et qu’il faille changer de logique pour rétablir un lien avec une réalité reconstruite sur des bases nouvelles (bases nouvelles qui ne sont pas visibles, pas perceptibles, pas rationalisables, etc., dans le contexte de cette première logique, rationalité, etc.). Cette question dialectique est ainsi relativement bien illustrée par le concept de changement de paradigme dans l’approche de Kuhn, ou encore à travers la problématique des structures dissipatives de Prigogine.

    Il ne peut pas y avoir de dialectique dans un processus si ce dernier ne comporte pas un imprévu, une non-linéarité, un non-nécessaire, un illogisme, une non-continuité, etc. (...)

    #dialectique #question #Hegel #Marx #langues #cosmogonies #modernité #civilisations

  • Notes anthropologiques (LVIII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LVIII

    Digressions sur l’argent : la pensée comme aliénation de la pensée

    Arrivés au bout du chemin, nous sommes amenés à conclure que le marchand a mis la pensée entre toutes les mains et cette idée de l’échange mise entre toutes les mains agit, elle agit comme pensée, elle devient pensée agissante, pensée se déployant dans ses œuvres, créant un monde, créant un cosmos. L’Idée est partout, la moindre pièce de monnaie, comme jadis la graine de mil, l’incarne et la porte, et l’idée, la plus petite pièce de monnaie, comme jadis la graine de mil, la plus petite des graines, donne naissance à la pensée et la pensée surgit et se déploie, comme jadis le mil surgissait de terre et se déployait. Ainsi surgit et fleurit la vie des femmes et des hommes, la vie des humains minuscules, sur cette terre. Dans les borborygmes d’une naissance où les bulles se mélangent au sang, la source de vie coule et se répand. Les femmes et les hommes, et même les marchands, et même les banquiers ne pensent plus, ou si peu ! Ils sont devenus les instruments de l’Idée, c’est elle qui agit et commande, époque malheureuse où les femmes et les hommes n’ont plus besoin de penser, l’argent pense pour eux. L’argent a absorbé tout l’esprit du monde et même les chamanes doivent s’incliner face à cette concurrence déloyale. Les banquiers n’entrent plus en transe, autrefois il leur arrivait de se jeter du haut des tours dans une forme de suicide collectif afin de conjurer le mauvais sort. Ils ne s’y aventurent plus maintenant, ils en connaissent toute la vanité, sachant que l’État interviendra pour leur sauver la mise et la vie. (...)

    #aliénation #argent #transe #Hegel #pensée

  • Appel à participation à un tournoi de football
    populaire, inclusif et pour la liberté
    Montpellier Intergalaktik Fútbol !

    https://lavoiedujaguar.net/Appel-a-participation-a-un-tournoi-de-football-populaire-inclusif-et

    Sonnez hautbois, résonnez cornes de brume, l’appel pour le Montpellier Intergalaktik Fútbol est maintenant plié sous forme d’avion de papier, prêt à s’envoler vers d’autres géographies !

    Aux équipes de foot féminines et mixtes zapatistes,
    À toutes les équipes de football populaire, inclusif et anti-oppression de France et d’ailleurs,

    Nous, signataires de cet appel, individu·e·s, collectifs et organisations qui luttons pour l’existence de sports véritablement populaires, ouverts à toutes et tous sans distinction de genre ni d’origine,

    Nous, qui luttons pour que les sports puissent être pratiqués ensemble, que nous soyons... (normalement, à ce moment du texte suit une longue énumération, que nous n’allons justement pas dérouler... cela afin de n’exclure personne),

    Nous vous adressons cette invitation : participer à un tournoi autoarbitré d’équipes à 7, à Montpellier (France), les 4 et 5 septembre 2021, stades Père-Prévost et Montcalm, afin que les sports célèbrent notre égalité, car nous sommes tou·te·s différent·e·s. (...)

    #Montpellier #football #liberté #femmes #mixte #zapatistes #autoarbitrage #invitation

  • Lettre du Mexique pour les manifestations
    en France contre les violences policières

    FPDTA

    https://lavoiedujaguar.net/Lettre-du-Mexique-pour-les-manifestations-en-France-contre-les-viole

    Recevez un salut combatif des terres de résistance du Mexique. Nous sommes des femmes et des hommes indigènes nahuas habitant sur les versants du volcan Popocatepetl dans les États de Tlaxcala, Puebla et Morelos. Nous sommes les petites-filles et les petits-fils des zapatistes qui ont combattu avec Emiliano Zapata il y a cent ans pour la terre, l’eau et la liberté.

    Aujourd’hui, ces acquis gagnés au prix du sang et de la vie de nos grands-mères et grands-pères sont menacés par les politiques extractivistes et les mégaprojets de mort qui s’imposent dans notre pays et dans de nombreuses régions du monde. Dans notre territoire, la dépossession a un nom, il s’agit du Projet intégral Morelos, qui touche plus de 90 villages des États de Tlaxcala, Puebla et Morelos, et qui a pour objectif un processus de méga-industrialisation dans des territoires historiquement agricoles.

    Ce projet vise à nous priver de l’eau de la rivière Cuautla qui alimente la vie agricole de milliers d’agriculteurs de l’État de Morelos ; ce projet polluera l’air, la terre et l’eau, et nous obligera à adopter un mode de vie qui n’est pas celui que nous souhaitons, qui n’a rien à voir avec notre façon de vivre et notre relation avec la terre, la nature et les communautés. Ce projet nous expose, les communautés habitant sur les versants du volcan le plus actif de notre pays, au grand risque d’une bombe à retardement que signifie pour nous ce gazoduc. Ce projet considère nos territoires comme de simples marchandises, il a mis à prix nos eaux, nos montagnes, nos terres et même nos propres vies, pour promouvoir les centrales thermoélectriques, les usines et les mines. (...)

    #Mexique #France #peuples_originaires #résistance #solidarité #violences_policières

  • Initiative grecque de Paris
    en solidarité avec la Chalcidique

    https://lavoiedujaguar.net/Initiative-grecque-de-Paris-en-solidarite-avec-la-Chalcidique

    Une lutte au nord de la Grèce, la lutte de la Chalcidique

    À l’occasion de la « Marche pour le climat », le 28 mars, il faut rappeler un crime environnemental toujours en cours dans le nord de la Grèce. Nous partageons donc avec vous le texte de l’Initiative des étudiant·e·s, travailleurs et travailleuses grec·que·s à Paris, concernant les mines de l’entreprise Eldorado en Chalcidique.

    Depuis les années 2000 l’entreprise canadienne Eldorado Gold Corporation s’est installée en Chalcidique avec l’appui d’hommes politiques peu scrupuleux, dans le but de faire de la Grèce le premier pays d’exploitation aurifère en Europe.

    La Chalcidique est une région riche qui vit du tourisme, de l’agriculture, de la pêche. La mine d’or à ciel ouvert, avec les mines souterraines qu’Eldorado installe, signifierait avec la pollution la mort de ses forêts, de sa mer, de l’économie régionale.

    Des milliards de tonnes de déchets vont s’amonceler chaque jour dans la région dont 450 000 tonnes d’arsenic, capables de tuer toute la population de la Terre. (...)

    #marche_climat #Paris #Grèce #Chalcidique #extractivisme #résistance #solidarité

  • Réimaginer la terre avec les peuples autochtones

    Barbara Glowczewski

    https://lavoiedujaguar.net/Reimaginer-la-terre-avec-les-peuples-autochtones

    https://www.terrestres.org/2020/03/10/reimaginer-la-terre-avec-les-peuples-autochtones

    « À l’heure du plus grand défi de l’humanité, qui est la crise climatique causée par l’industrialisation du monde sous domination de la vision capitaliste, nous les Peuples Premiers, nous invitons le monde à revoir et reconsidérer sa relation avec ce que les Occidentaux appellent la Nature. Nous en dépendons complètement et pourtant nous restons continuellement sourds à ses cris de douleur. Chacun doit agir à son échelle, et la Guyane, en tant que pays amazonien à son rôle à jouer. La France, en tant que cinquième puissance mondiale doit assumer ses responsabilités et arrêter son hypocrisie. » Cette déclaration fut prononcée le 12 décembre 2019 par Yanuwana Christophe Pierre, réalisateur kali’na, président fondateur de la JAG (Jeunesse autochtone de Guyane), qui s’est mobilisée avec succès contre le projet de la Montagne d’Or, consortium de multinationales, russe et canadienne. Les peuples autochtones, habitants des forêts, savanes ou désert, soignaient la terre avant l’imposition de normes industrielles et administratives qui interdisent, par exemple en France, d’habiter l’endroit où l’on travaille, que ce soit une parcelle agricole ou un atelier d’artiste en ville. Le parc national en Amazonie guyanaise a autorisé le maintien de villages indiens mais leurs droits de chasse et de pêche, leurs pratiques ancestrales pour faire pousser leurs nourritures et construire leurs villages sont menacés tant par la normalisation des lois que par les orpailleurs clandestins qui polluent les rivières et la forêt en menaçant la survie de tous les habitants humains et non humains. (...)

    #peuples_autochtones #Barbara_Glowczewski #Irène_Bellier #Guyane #Montagne_d’Or #colonisation #Afrique #Australie #Canada #Mexique #Jérôme_Baschet #Malcom_Ferdinand

  • À vingt ans de la Marche de la couleur de la terre
    Les journées où tout le Mexique a vu et entendu les peuples indigènes

    Gloria Muñoz Ramírez

    https://lavoiedujaguar.net/A-vingt-ans-de-la-Marche-de-la-couleur-de-la-terre-Les-journees-ou-t

    Le pays entier a été secoué il y a vingt ans lors du passage de la Marche de la couleur de la terre, une mobilisation sans précédent dans l’histoire moderne du Mexique : pour la première fois les peuples indiens prenaient la tête d’une vaste campagne nationale et internationale appelant à mettre à l’ordre du jour non seulement les droits et la culture indigènes, mais aussi une autre façon de faire de la politique et d’affronter le pouvoir. Les partis politiques ont été bien en dessous d’une société civile mue par l’espoir de ce qu’elle allait pouvoir construire avec ses propres forces.

    La mobilisation convoquée par l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) avait plusieurs objectifs. Ils se proposaient de porter devant le Congrès de l’Union les Accords de San Andrés signés avec l’État mexicain le 16 février 1996 (avec le gouvernement antérieur) et en chemin de rencontrer l’ample mouvement indigène national et les organisations et collectifs internationaux, outre des milliers de gens de base et du monde intellectuel, artistique et scientifique.

    La Marche de la couleur de la terre a fait des peuples indigènes des protagonistes de leur propre histoire au dehors de leurs communautés. Le racisme enraciné dans les institutions et de larges secteurs de la société a subi une débâcle presque aussi forte que celle que lui a assénée, le 1er janvier 1994, le soulèvement armé zapatiste et la prise de sept chefs-lieux du Chiapas. C’est jusqu’à aujourd’hui l’une des plus grandes mobilisations de l’époque moderne en marge des partis politiques et des conflits postélectoraux. (...)

    #Mexique #zapatistes #marche #mobilisation #histoire #peuples_originaires #autonomie #sous-commandant_Marcos #commandante_Esther

  • Initiative de travailleur·euse·s et étudiant·e·s grec·que·s en France
    pour les droits démocratiques

    https://lavoiedujaguar.net/Initiative-de-travailleur-euse-s-et-etudiant-e-s-grec-que-s-en-Franc

    Nous sommes jeunes, travailleur·euse·s et étudiant·e·s grec·que·s, vivant à Paris indigné·e·s de la politique autoritaire du gouvernement grec, qui a culminé ces dernières semaines.

    En tant qu’initiative née par le bas et organisée par des biais de la démocratie directe, sans représenter aucun parti politique, nous sommes solidaires avec le peuple grec, qui proteste contre la répression policière en faveur de la démocratie. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme contre ce régime autoritaire en cours de construction, contre la censure, la répression de la liberté de parole et de pensée ainsi que contre les violations des droits humains fondamentaux en Grèce. Nous souhaitons que notre lutte rejoigne la lutte du peuple français, contre le racisme et l’impunité des violences policières, carcérales et judiciaires. Nous applaudissons les appels à la justice pour les victimes des violences policières en France. Enfin, nous restons solidaires avec la lutte contre la nouvelle loi de sécurité globale, porteuse d’atteinte à la liberté d’informer et d’être informé·e·s, tout en globalisant la surveillance.

    Le gouvernement grec se veut totalement réticent à renforcer le système national de santé et à prendre des mesures pour gérer la crise sanitaire, dont l’impact est omniprésent tant en Grèce, qu’en France ainsi qu’au reste du monde. En revanche, sous prétexte de la pandémie, les restrictions imposées pour cette cause lui servent afin de poursuivre son agenda politique. (...)

    #Grèce #Paris #initiative #démocratie #violences #pandémie #politique_autoritaire #répression #censure

  • Il y a cent ans : Cronstadt

    Mathieu Léonard

    https://lavoiedujaguar.net/Il-y-a-cent-ans-Cronstadt

    Le 17 mars 1921, veille de la commémoration des cinquante ans de la Commune de Paris, la dictature bolchévique réglait le sort des marins de Cronstadt à coups de canon. C’est cette histoire que raconte le tout récent livre Cronstadt 1921. Chronique à plusieurs voix de la révolte des marins et de sa répression.

    Avec Cronstadt 1921, les éditions Les Nuits rouges proposent une compilation de témoignages et d’analyses à propos de la révolte de Cronstadt, avant-port de Petrograd (Saint-Pétersbourg) considéré comme « le nid de la révolution » de 1917 et 1918. Sous la forme d’une chronique « à plusieurs voix » qui permet de suivre la chronologie et les débats autour de l’événement, l’ouvrage mêle aussi bien les récits des acteurs et partisans de la répression — en premier le chef de l’Armée rouge Trotski, Lénine ou Zinoviev qui avait promis aux insurgés de « les tirer comme des perdrix » — que ceux des défenseurs des marins, principalement anarchistes : Emma Goldman et Alexandre Berkman (présents en Russie soviétique à l’époque), Ida Mett, Voline, le communiste dissident Anton Ciliga, ou encore le marin Stepan Petritchenko. À noter également : des extraits des Izvestia, les journaux des « mutins ».

    La révolte des marins de Cronstadt contre le pouvoir bolchévique arrivait comme l’aboutissement d’une longue série d’agitations prolétariennes et paysannes réprimées dans le sang. Au sein d’un comité révolutionnaire, les équipages de la flotte de la Baltique prônaient une « troisième révolution » qui mettrait fin à la fois au communisme de guerre qui étranglait le pays et à la bureaucratie rouge.

    S’il est « favorable aux insurgés », le parti pris éditorial du livre expose les différents points de vue, ce qui permet de repousser définitivement le mythe conspirationniste justifiant l’écrasement des marins par une « nécessité tragique » avancée par Trotski. (...)

    #Cronstadt #révolte #1921 #révolution_russe #Trotski #CQFD

  • Pour construire des résistances antipatriarcales
    Déclaration de la Rencontre nationale de femmes
    du Congrès national indigène, Mexico, les 6 et 7 mars

    CNI

    https://lavoiedujaguar.net/Pour-construire-des-resistances-antipatriarcales-Declaration-de-la-R

    Le 8 mars 2021

    Se sont réunies 96 femmes indigènes et métisses de la campagne et de la ville, des peuples originaires Binnizá’, Ñuu savi, Mazahua, Nahua, Nhönhö/Otomi et Totonaco, des États de Veracruz, Ville de Mexico, État de Mexico, Hidalgo, Quérétaro, Oaxaca, Jalisco, Puebla, Morelos et Chiapas, ainsi que des compañeras du Brésil et du Kurdistan.

    Depuis l’occupation de l’INPI (Institut national des peuples indigènes), espace de résistance et de rébellion où les traîtres des peuples indigènes ont voulu faire croire qu’ils voulaient nous écouter et nous aider, nous nous joignons à la lutte de nos compañeras otomis qui sont fatiguées de frapper aux portes des gouvernements en place, particulièrement l’actuel, qui a tellement trompé et menti, et de souffrir tant de discrimination et de répression :

    Nous nous déclarons contre la guerre faite à nos frères et sœurs de l’EZLN, contre les assassinats des défenseurs de notre Terre mère comme notre frère Samir, contre les mégaprojets et autres « trains de la mort », au lieu de construire des hôpitaux, des écoles, des marchés et des logements dont nous avons besoin en tant que peuples, et non de ces centres commerciaux et touristiques comme ceux qu’ils ont construits à Santiago Mexquititlán dans l’État de Quérétaro, village natal de nos compañeras otomis qui actuellement résistent par l’occupation de l’INPI. (...)

    #Mexique #femmes #peuples_originaires #rencontre #résistances #antipatriarcales #EZLN #Samir_Flores #Ayotzinapa

  • Entretien avec Roswitha Scholz
    « Le queer a fait son temps »

    https://lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Roswitha-Scholz-Le-queer-a-fait-son-temps

    http://www.palim-psao.fr/article-le-queer-a-fait-son-temps-entretien-avec-roswitha-scholz-11395434

    L’entretien qui suit, très court, n’est qu’une invitation à découvrir les réflexions de Roswitha Scholz. Elle est l’une des principales théoriciennes en Allemagne du courant de la critique de la valeur-dissociation (Wert-Abspaltungskritik).

    Vous dites que les théories féministes ne peuvent en rien contribuer à l’explication des crises. Pourquoi cela ?

    Ce que je reproche aux discussions dans les milieux féministes, ce sont leurs postulats de bases hégémoniques. Par principe, je pense qu’il faut cesser de considérer toujours la catégorie du sexe comme un problème relevant du domaine du particulier ; il s’agit au contraire d’un problème fondamental de la structure sociale. Toutes les positions gender ont tendance à le faire disparaître.

    Dans quelle mesure ?

    Le problème a été minimisé, on l’a décrété de peu d’importance. Selon moi, on doit revenir aux vues d’avant les années 1990 et faire à nouveau de la catégorie du sexe une question centrale dans la société, mais d’une manière nouvelle et différente. En d’autres termes, reconnaître à nouveau les sexes comme base des structures sociales. Les débats déconstructivistes évacuent cela.

    À côté de Butler et Foucault, le féminisme a pourtant d’autres théories à offrir.

    La théorie queer, et c’est finalement celle-ci qui s’est imposée, n’est pas pour moi une théorie féministe. Elle aboutit à ce que la question des sexes comme structure de base ne soit même plus thématisée. (...)

    #Roswitha_Scholz #féminisme #queer #crise #travail #critique_de_la_valeur-dissociation #entretien

  • Notes anthropologiques (LVII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LVII

    Le commerce et le sacré

    Dans les emporia, ces comptoirs dédiés au commerce maritime en Méditerranée dans l’Antiquité, les archéologues ont découvert des vestiges de temples avec de nombreux ex-voto dédiés à la divinité. Les emporia sont installés dans des endroits stratégiques entre l’arrière-pays et la mer : il s’y concentre une intense activité commerciale, surtout à la fin du VIIe siècle avant notre ère. Ainsi le nom d’une richissime famille marchande d’Égine, les Sostratos, pourrait se retrouver dans des dédicaces à Apollon ou à Aphrodite à différentes époques et dans différents lieux de cet espace méditerranéen consacré au commerce. On a retrouvé les initiales S O qui pourraient être celles de Sostratos dans une dédicace à Aphrodite gravée sur un plat à Naucratis, comptoir marchand sur le delta du Nil. À Gravisca, autre site, cette fois sur la côte tyrrhénienne à proximité de Tarquinia, les archéologues ont mis au jour une ancre marine avec cette dédicace sur la barre transversale : « J’appartiens à Apollon d’Égine, Sostratos m’a fait… » L’offrande n’était pas isolée. Une dizaine d’autres jas d’ancre, sans inscription toutefois, ont été découverts dans le même sanctuaire. Enfin, on retrouve une dédicace à Apollon d’Égine dans le delta du Pô par un certain Sostratos.

    La religion avec ses temples et ses inscriptions votives est bien présente dans ces lieux entièrement voués au commerce. À Égine, dans la cité et dans l’île face à l’Attique, toute l’activité des citoyens semble bien orientée et dictée par le commerce maritime et lointain et les échanges marchands (...)

    #religion #commerce #échanges #sacré #Grèce_ancienne #Moyen_Âge #État #idéologie #Staline #Poutine #Xi_Jinping #Mexique #don #résistance #zapatistes

  • Naissance d’une mobilisation athénienne
    L’assemblée ouverte de la colline de Strefi

    Luz Belirsiz

    https://lavoiedujaguar.net/Naissance-d-une-mobilisation-athenienne-L-assemblee-ouverte-de-la-co

    « Eh, franchement : même indépendamment de Strefi… Bien sûr il faut les empêcher de mettre leurs sales pognes sur la colline, mais le plus important, l’essentiel, ce qui fait foutrement du bien, c’est pas déjà juste de se retrouver, là ? Putain ça faisait deux ans que les assemblées étaient mortes, comment on a pu laisser faire ça ?! » Ces mots sont crachés avec rage alors que les 400 à 500 participants à l’assemblée du 30 janvier, après trois heures de discussion, ont amorcé le mouvement de dispersion, suscitant l’attention et le silence pour un instant supplémentaire dans le petit amphithéâtre de pierre situé sur le flanc ouest de la colline de Strefi, au centre d’Athènes. Le samedi précédent, la première de ces assemblées, convoquée par tracts et sur les réseaux sociaux, avait réuni quelque 200 personnes pour poser les premières bases de la mobilisation à venir.

    Si cette lutte naissante s’inscrit dans une multitude de contextes et d’enjeux d’échelles diverses emboîtés comme des matouchka (les poupées russes), la chronologie de deux ans évoquée par le dernier orateur est celle d’un double coup de massue prolongé sur la vie sociale des habitants du quartier. D’un côté le « nettoyage » ou la « reconquête » d’Exarcheia, promesse du gouvernement de droite élu lors d’élections anticipées à l’été 2019, a conduit à de nombreuses expulsions de squat et au retour d’une présence policière quotidienne ostensible. (...)

    #Grèce #Athènes #Exarcheia #assemblée #mobilisation #récit

  • Encyclopédie anarchiste
    Zapatiste (Rébellion)

    Jérôme Baschet

    https://lavoiedujaguar.net/Encyclopedie-anarchiste-Zapatiste-Rebellion

    À l’aube du 1er janvier 1994, les troupes de l’Armée zapatiste de libération nationale (Ejército Zapatista de Liberación Nacional) occupent sans combattre sept villes du Chiapas, dont sa capitale historique, San Cristóbal de Las Casas. Dénonçant l’exploitation et l’oppression des peuples indiens, la Première Déclaration de la forêt Lacandone est une déclaration de guerre à l’armée fédérale mexicaine et un appel à destituer le président Carlos Salinas de Gortari. Cette irruption ruine la fête des puissants et notamment de ce dernier qui, cette nuit-là, célébrait l’apothéose de sa politique néolibérale, avec l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena). Alors que le Mexique d’en haut rêvait de s’arrimer à la modernité du Nord, le Mexique d’en bas obligea à un complet renversement de perspective, en rappelant la réalité d’un tout autre pays. Celle d’un Mexique profond, ancré au Sud, dans la tradition des luttes armées latino-américaines ; celle d’un Mexique indien qui, ce jour-là, lançait un cinglant « ¡Ya basta ! » à cinq siècles d’oppression coloniale et de racisme toujours vivants. Un peu plus tard, le 1er janvier 1994 allait se charger également d’une signification planétaire : alors que triomphait la pensée unique néolibérale et le fameux There is no alternative de Margaret Thatcher, le geste audacieux des rebelles mayas était venu briser l’arrogante proclamation de la fin de l’Histoire qui faisait alors recette. En montrant qu’il était possible de rompre la chape de plomb du fatalisme et de la résignation, l’audace du soulèvement zapatiste a signifié pour beaucoup une féconde réouverture des perspectives de lutte. (...)

    #encyclopédie #anarchiste #Jérôme_Baschet #zapatiste #rébellion #histoire #Mexique #Chiapas #EZLN #autonomie

  • Appel des Soulèvements de la Terre

    https://lavoiedujaguar.net/Appel-des-Soulevements-de-la-Terre

    https://lessoulevementsdelaterre.org/appel

    Appel à reprendre les terres et à bloquer les industries qui les dévorent

    Nous sommes des habitant·e·s en lutte attaché·e·s à leur territoire. Nous avons vu débouler les aménageurs avec leurs mallettes bourrées de projets nuisibles. Nous nous sommes organisé·e·s pour défendre nos quartiers et nos villages, nos champs et nos forêts, nos bocages, nos rivières et nos espèces compagnes menacées. Des recours juridiques à l’action directe, nous avons arraché des victoires locales. Face aux bétonneurs, nos résistances partout se multiplient.

    Nous sommes des jeunes révolté·e·s qui ont grandi avec la catastrophe écologique en fond d’écran et la précarité comme seul horizon. Nous sommes traversé·e·s par un désir croissant de déserter la vie qu’ils nous ont planifiée, d’aller construire des foyers d’autonomie à la campagne comme en ville. Sous état d’urgence permanent, nous avons lutté sans relâche contre la loi travail, les violences policières, le racisme, le sexisme et l’apocalypse climatique.

    Nous sommes des paysan·ne·s. La France n’en compte presque plus. Avec ou sans label, nous sommes les dernier·e·s qui s’efforcent d’établir une relation de soin quotidien à la terre et au vivant pour nourrir nos semblables. Nous luttons tous les jours pour produire une nourriture saine à la fois financièrement accessible et garantissant une juste rémunération de notre travail. (...)

    #appel #soulèvements #terre #habitants #révoltés #paysans #industries #bétonneurs #ZAD #Notre-Dame-des-Landes #agir #ensemble

  • Celles qui ne sont plus là

    EZLN

    https://lavoiedujaguar.net/Celles-qui-ne-sont-plus-la

    Leurs histoires.

    Leurs joies et leurs tristesses.

    Leurs douleurs et leurs rages.

    Leurs oublis et leurs souvenirs.

    Leurs rires et leurs larmes.

    Leurs présences et leurs absences.

    Leurs cœurs.

    Leurs espoirs.

    Leur dignité.

    Leurs calendriers.
    Les années qu’elles ont eues.
    Celles qui leur restaient et que nous leur devons.

    (...)

    #zapatistes #femmes #dignité #8-Mars

  • Qu’est-ce que l’État ?

    Ernest London

    https://lavoiedujaguar.net/Qu-est-ce-que-l-Etat

    « Lorsque que s’invente et s’établit une idée comme celle d’État, qui réussit à confondre avec le plus grand succès les notions contraires de “peuple” et de “Gouvernement”, il se constitue ainsi l’arme la plus puissante (qui est, comme on le voit, la plus métaphysique) pour enfermer le peuple dans la confusion et l’identification avec son Gouvernement et pour empêcher n’importe quel sentiment clair d’opposition et n’importe quelle intention d’en secouer le joug. » Agustín García Calvo (1926-2012), philologue et poète espagnol, convoque l’idée « État », « idée mensongère et réelle », pour en explorer les contradictions, les ambiguïtés dissimulées.

    Tandis qu’avec la notion de Patrie « l’amour de la terre se confondait avec le service des Seigneurs », celle d’« État » consolide et masque ce procédé de confusion et d’intégration. « L’État est la culmination logique, historique et naturelle, de l’idée d’État », fusionnant le Pouvoir et le peuple, « faisant du gouvernement et des gouvernés une seule et même chose » : « La Démocratie, que ce soit par la tromperie de la représentation et des élections de la voix du peuple, ou par la dictature des opprimés et dominés, réalise historiquement le mensonge que renferme la construction même de son vocable. »

    « Il n’y a pas de Pouvoir sans nécessité de justification et, donc, comme disent les politiciens, d’idéologie, d’autant plus efficace et puissante qu’elle est plus abstraite et métaphysique, et par conséquent plus difficile à dénoncer et plus facilement dissimulable aux yeux du peuple, jusqu’à atteindre le comble de la réussite, quand il n’est plus nécessaire d’énoncer l’idée puisqu’elle est déjà ce que tout le monde sait. (...)

    #Agustín_García_Calvo #recension #État #travail #Capital #Marx #religion #langue #écriture

  • Crises et métamorphoses sociétales

    Louis de Colmar

    https://lavoiedujaguar.net/Crises-et-metamorphoses-societales

    Qu’est-ce qu’une crise ? Une discordance institutionnelle, structurelle, une incapacité des structures organisationnelles à rester en phase avec une problématique nouvelle, originale, inconnue, qui ne rentre pas, ou que partiellement, dans les cases préétablies de ce qui passait pour la normalité.

    Si l’histoire des humains ne s’inscrit pas, ne peut plus s’inscrire dans une téléologie, cela signifie nécessairement que l’articulation entre différentes sociétés relève du non-nécessaire, qu’il faille y faire intervenir une part d’aléatoire, en tout cas une rupture de paradigme : une société qui prend la suite d’une autre est nécessairement une réponse à une crise existentielle de la première, crise que cette société première n’a pas été en mesure de résoudre, et même de percevoir correctement, avec les armes de sa culture historique spécifique.

    La crise de la société a en partie pour origine, ou du moins s’inscrit dans une crise du récit, qui laisse sur le bas-côté de la route une partie de plus en plus significative de la société, en particulier parce que la société est devenue de fait un melting-pot culturel, un bouillon de racines planétaires interconnectées, est tendue par une créolisation souterraine… La réalité du présent est entrée en contradiction avec son histoire, son histoire ne rendant plus compte du présent (...)

    #crise #société #récit #créolisation #révolution #Lumières #communisme #France #Allemagne #modernité #Philippe_Descola #Louis_Dumont #individualisme