La privatisation de postes clefs de la République - Page 1

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  • La privatisation de postes clefs de la République
    https://www.mediapart.fr/journal/france/231117/la-privatisation-de-postes-clefs-de-la-republique

    L’accession d’Éric Lombard à la tête de la Caisse des dépôts, après celle de #François_Villeroy_de_Galhau à la Banque de #France ou de Catherine Guillouard à la #RATP, en dit long sur l’évolution de la haute fonction publique. Désormais, il faut avoir fait carrière dans la finance pour décrocher les postes prestigieux dans les sommets de l’État. L’oligarchie du privé prend la place de la noblesse d’État.

    #Economie #Banque_de_France #Caisse_des_dépôts_et_consignations #Eric_Lombard

    • Et dans cette grande mutation, on a donc assisté à un phénomène nouveau : après les pantouflages (les départs du public vers le privé), une nouvelle mode, très récente, est survenue, celle des rétro-pantouflages (des passages ou des retours du privé vers le public).

      [...] Le code pénal encadre les pantouflages, en interdisant qu’un haut fonctionnaire ayant usé de l’autorité publique sur une entreprise privée soit embauché par elle sous trois ans. Certes, la loi a été, ces dernières années, très malmenée. Depuis que François Pérol, ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Nicolas Sarkozy, a été acquitté par la cour d’appel de Paris malgré son passage à la présidence de BPCE, on ne voit pas bien quel haut fonctionnaire pourrait se faire condamner pour prise illégale d’intérêt. Et dans cette affaire, emblématique entre toutes, qui a ébranlé la commission de déontologie de la fonction publique, c’est tout le code éthique de cette même fonction publique qui a volé en éclats. Mais au moins la loi existe, même si c’est de manière largement virtuelle.

      Mais la loi n’encadre en aucune façon les rétro-pantouflages, et les problèmes d’éventuels conflits d’intérêts qu’ils peuvent soulever. Il y a de ce point de vue un vide juridique – comblé, mais seulement en partie, depuis que la Haute autorité pour la transparence de la vie publie a vu le jour dans le prolongement du scandale Cahuzac ; un vide pour le moins préoccupant puisque les rétro-pantouflages sont de plus en plus fréquents.

      Pour la petite histoire, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’annonce du nom d’Éric Lombard pour le poste de la Caisse a tellement tardé. C’est que, lorsque Emmanuel Macron a envisagé cette solution, un problème potentiel de conflit d’intérêts a été découvert. L’actuel président de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts, le député (LREM) Gilles Legendre, a en effet confirmé dans un communiqué qu’il avait été le conseil en communication de Generali France pendant dix ans, entre mai 2007 et juin 2017, société dont Éric Lombard a été le directeur général puis président-directeur général d’octobre 2013 à mai 2017. Alors, Gilles Legendre peut-il présider une commission chargée de « surveiller » la CDC et son directeur général, alors qu’il a été dans le passé rémunéré par ce dernier ? On conviendra que la question pose problème.