« Vivre ensemble » avec le patronat : Roussel en campagne pour 2027
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C’est désormais officiel : Fabien Roussel sera candidat à l’élection présidentielle de 2027. S’il vend un « projet de rupture » et prétend défendre les travailleurs, sa candidature s’inscrit dans la continuité de 2022, entre « valeur travail », conciliation avec le patronat et adaptation au régime.
Le congrès du PCF de juillet avait acté le principe d’une candidature autonome et réélu Roussel à la tête du parti avec 70 % des voix. Ce dernier a confirmé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 dimanche soir sur TF1. Sous couvert d’« un projet de rupture », Roussel entend pourtant prolonger une orientation déjà largement éprouvée en 2022. Derrière cette rhétorique, sa stratégie repose sur une politique de réindustrialisation et de coopération avec les entreprises qui, plutôt que de remettre en cause les rapports de production capitalistes pour défendre les intérêts des travailleurs, conduit en réalité à rechercher un compromis avec le grand patronat.
La « valeur travail » ou comment concilier avec le grand patronat
Pour 2027, Fabien Roussel entend faire de la promesse de « pouvoir vivre dignement de son travail » l’axe central de sa campagne. Un projet annoncé dans son discours de clôture du congrès du PCF, où il promet de « redonner du pouvoir d’achat et respecter les travailleurs » et affirme que « la question centrale qui monte quand on parle de travail, c’est celle des salaires, celle de la reconnaissance et de la juste rémunération du travail, des travailleuses et des travailleurs ».
Le discours est louable. Mais la manière dont Roussel entend satisfaire cette revendication salariale révèle une logique de conciliation avec le grand patronat. Il affirme ainsi : « C’est aussi le parti pris de la création de richesses pour financer les salaires et la protection sociale ». Autrement dit, il fait dépendre les hausses de salaires de la capacité du capitalisme français à produire davantage.
La réindustrialisation devient ainsi la condition des revendications salariales : aux travailleurs de produire plus, au patronat de se développer et à l’État de soutenir l’appareil productif, dans l’espoir que les richesses supplémentaires soient redistribuées. La hausse des salaires n’est donc plus le produit d’un rapport de force contre le capital, mais la contrepartie espérée du développement du capitalisme français.
Cette logique de compromis se retrouve dans sa promesse de « 2 millions d’emplois supplémentaires ». Ces emplois sont présentés comme le fruit du développement de l’appareil productif, dont il faut garantir les conditions de rentabilité pour les entreprises. Derrière la rhétorique de la « rupture » et de la « lutte des classes », Roussel propose ainsi aux travailleurs de miser sur le développement du capitalisme français pour améliorer leur condition, dans l’espoir d’en récupérer quelques miettes.
Sous la « valeur travail », la ligne défendue par Roussel reste celle de la conciliation entre le monde du travail, l’État et les entreprises. À la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) du Medef, où il s’était déjà rendu en 2024, il résumait ainsi sa méthode : « Il va falloir qu’on travaille ensemble, c’est incontournable […] l’État, les entreprises. […] Dialoguons, travaillons ensemble ». Pour Roussel, au lieu d’être un ennemi de classe, le grand patronat est un partenaire, au moment même où il réclame une offensive austéritaire majeure avec des dizaines de milliards d’économies sur le dos des travailleurs et où il licencie en masse, attaque nos conditions de vie et nos salaires.
Dialoguer avec les « fâchés pas fachos » en s’adaptant au discours réactionnaire
Ce projet de conciliation de classe autour d’une « relance productive » éclaire aussi la manière dont Roussel entend reprendre à la droite et à l’extrême droite le terrain de la « valeur travail ». Sous le slogan « Vivre ! », décliné en « vivre ensemble, vivre mieux, vivre heureux, vivre en paix », il met au centre de sa campagne le travail, l’emploi, les salaires et la réindustrialisation, avec l’objectif affiché de reconquérir un électorat populaire.
Mais derrière cette volonté de reconquête de l’électorat populaire se dessine une stratégie de reconquête des « fâchés pas fachos » en misant sur les préjugés réactionnaires. Comme lorsqu’il annonce vouloir supprimer le RSA, reprenant le refrain rance de celui qui « se crève la paillasse » face au voisin allocataire. Mais aussi sur les tendances racistes et islamophobes, comme lorsqu’il se déclarait sur CNews en mars 2025 favorable à l’interdiction du voile dans le sport tout en validant l’existence du « racisme anti-blanc », au lendemain d’une manifestation antiraciste de masse.
Dans la même veine, Fabien Roussel a apporté son soutien au gouvernement et au régime dans toutes leurs campagnes islamophobes et autoritaire, de la condamnation des manifestants de Sainte-Soline, à l’ouverture à l’abstention sur la loi immigration, en passant par la réclamation des peines « les plus fermes » contre les centaines de jeunes interpellés après la victoire du PSG. En cherchant à dialoguer avec les secteurs ouvriers qui votent RN, en empruntant systématiquement ses thèmes, il ne fait que nourrir la confusion, se couche devant l’islamophobie d’État et participe à la division de notre classe : entre ceux qui travaillent et les prétendus « assistés », entre Français et immigrés.
Ce n’est toutefois pas Fabien Roussel qui a inauguré la reprise des thèmes d’extrême droite par le PCF. Dès le début des années 1980, le parti alors dirigé par Georges Marchais multiplie les prises de position sur l’immigration, au nom de la défense de la classe ouvrière française. En janvier 1981, Marchais appelle ainsi à « stopper l’immigration officielle et clandestine », en la liant directement au chômage. Quelques semaines plus tôt, le PCF s’était illustré par l’attaque au bulldozer d’un foyer de travailleurs immigrés maliens à Vitry-sur-Seine, tandis que le maire communiste de Montigny-lès-Cormeilles, Robert Hue, organisait une manifestation contre une famille marocaine accusée de trafic de drogue. Marchais approuvait alors « sans réserve » l’action du maire de Vitry et son refus de voir augmenter le nombre de travailleurs immigrés dans sa commune.
Ce projet n’est pas donc pas une dérive récente du PCF, mais bien le résultat de sa lente et profonde dégénérescence, qui s’est matérialisée par une intégration progressive au régime. Un parti qui se donne pour horizon de « diriger le pays », comme l’espère Roussel qui veut reconstruire une gauche de gouvernement, dans le cadre de la Ve République doit en permanence prouver qu’il est fréquentable, et cette preuve se paie toujours avec la peau des plus précaires. C’est ce que Fabien Roussel n’a cessé de faire ces dernières années, comme lorsqu’il appelle Macron au deuxième tour en 2022, au lendemain de son 2,28 %. On mesure alors ce que vaut la promesse d’une candidature de « rupture » : celle d’un parti qui, chaque fois que la crise s’ouvre, choisit la stabilité des institutions contre l’intervention des travailleurs.
La position de Roussel sur le budget 2027, avec lequel Lecornu veut piquer 30 milliards d’euros dans les poches des travailleurs, illustre la même logique. Interrogé par Anne-Claire Coudray sur une potentielle censure du gouvernement, le secrétaire national du PCF résume sa stratégie en une phrase : « On se battra, on ira dialoguer avec le Premier ministre que je vais rencontrer prochainement ». Fabien Roussel tente ainsi un petit tour de magie : tendre la main au régime, au gouvernement et au patronat tout en prétendant défendre les intérêts des travailleurs.
La lutte des places plutôt que la lutte des classes
C’est cette logique qui explique le bilan quasi-nul du PCF de Fabien Roussel sur le terrain de la lutte des classes. Pendant le mouvement contre la réforme des retraites de 2023, le PCF s’en est tenu au suivisme vis-à-vis de l’intersyndicale. Quelques mois plus tard, après le meurtre de Nahel, il dénonçait les révoltes des quartiers populaires. Et lorsque la crise politique s’est ouverte pour de bon, le PCF s’est retrouvé en décembre 2024 puis en octobre 2025 à l’Élysée aux côtés du PS et des Écologistes, prêt à troquer l’abrogation de la réforme des retraites contre une « conférence sociale », pour aider Macron à stabiliser un régime en crise.
Cette nouvelle investiture d’un apparatchik est l’illustration parfaite de ce qu’est devenu le PCF, une organisation entièrement centrée sur les échéances électorales, pour conserver les places de ses élus, professionnels de la politique. Sans autre projet que conserver ses positions, le PCF a ainsi multiplié les alliances électorales, jusqu’à rejoindre le wagon de la gauche bourgeoise, du PS à EELV. De la NUPES au NFP, qui ont permis au groupe parlementaire du PCF de se reconstituer [1], le parti a avant tout joué la partition de la lutte des places, plutôt que de la lutte des classes. Des accords électoraux qui n’ont pas empêché Fabien Roussel de perdre son poste de député en 2024, face à l’extrême droite. Sa candidature indépendante vise surtout à préserver les intérêts d’appareil d’un PCF en crise profonde, alors même que les dernières municipales ont confirmé l’érosion électorale du parti, sur son terrain de prédilection : les institutions.
Avec cette nouvelle candidature, le PCF poursuit dans la même lignée que 2022, illustrant son adaptation complète au régime et au patronat et, au-delà, son intégration pleine et entière au maintien de l’ordre capitaliste. Une fuite en avant permanente, symbolisée par cette candidature « autonome » présentée avant tout pour espérer avoir sa part du gâteau en cas de futur gouvernement de « gauche » bourgeoise. De « communiste », cela fait longtemps que le PCF n’en a plus que le nom, Fabien Roussel le premier.







