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  • Ni à droite ni à gauche, mais où ?
    https://www.latribune.fr/opinions/ni-a-droite-ni-a-gauche-mais-ou-837408.html

    En septembre 2018, avant la tenue des élections européennes de 2019, [Emmanuel Macron] avait tenté d’installer un nouveau clivage en se posant comme leader européen des « progressistes » face à Matteo Salvini et Viktor Orban, qualifiés de « nationalistes ». Ses ex-conseillers Ismaël Emelien et David Amiel avaient même théorisé ce positionnement dans Le Progrès ne tombe pas du ciel (éd. Fayard), sans grand succès. Dans cette optique, l’essayiste britannique David Goodhart s’est taillé un franc succès avec son livre Les Deux Clans. La nouvelle fracture mondiale (éd. Les Arènes) en identifiant deux camps : les « Anywhere » (ceux de « partout ») et les « Somewhere » (ceux de « quelque-part »), qui opposent, en gros, les gagnants aux perdants de la mondialisation. Ce nouveau clivage essaie d’affiner celui qui existe déjà dans de nombreux pays : conservateurs versus progressistes, qui, avec quelques nuances, recouvre l’opposition entre droite et gauche.

    La première est attachée à sa culture traditionnelle, défend l’entreprise privée et une économie ouverte, et préfère que l’État s’en tienne à ses fonctions régaliennes. La seconde, au contraire, se veut ouverte en matière sociétale et souhaite que l’État soit l’acteur principal de l’organisation sociale, notamment grâce à une fiscalité distributive et à la dépense publique, au nom de la justice sociale.

    Protection de l’Etat contre préférence pour la liberté
    Dans une étude publiée par l’université de Cambridge https://www.cambridge.org/core/services/aop-cambridge-core/content/view/83AFEDEA5E004CF23631C5388E7C9F67/S0007123417000072a.pdf/are_cultural_and_economic_conservatism_positively_correlated_a_largescale , qui se base sur des données issues de 99 pays, les auteurs mettent en évidence que, si le clivage droite-gauche structure le paysage politique, en revanche, les réponses données par les citoyens montrent que leurs attitudes culturelles et économiques ne recouvrent pas nécessairement cette opposition, mais plutôt une division entre ceux qui veulent une protection de l’État et ceux qui préfèrent la liberté.

    Autrement dit, aujourd’hui, le monde se partagerait entre ceux qui donnent la priorité à la collectivité et ceux qui croient davantage en l’individu. D’ailleurs, ne retrouve-t-on pas ce clivage dans le débat sur la réforme des retraites entre ceux qui préféreraient un système qui s’ouvre à la capitalisation et ceux qui ne veulent même pas en entendre parler ?

  • Comment les USA asservissent les autres pays, notamment la France et l’Europe ? Série d’articles dans la Tribune :

    Souveraineté : la France en état d’urgence absolue (1/11)
    https://www.latribune.fr/economie/france/souverainete-la-france-en-etat-d-urgence-absolue-1-13-836790.html

    Souveraineté juridique : la soumission de la France aux lois américaines (2/11)
    https://www.latribune.fr/economie/france/souverainete-juridique-la-soumission-de-la-france-aux-lois-americaines-2-1

    Washington a organisé un pillage des données des entreprises françaises" Raphaël Gauvain (3/11)
    https://www.latribune.fr/economie/france/washington-a-organise-un-pillage-de-donnees-des-entreprises-francaises-rap

    Souveraineté numérique : les nuages noirs s’amoncellent (4/11)
    https://www.latribune.fr/technos-medias/souverainete-numerique-les-nuages-noirs-s-amoncellent-4-13-836810.html

    Les sanctions, reflets de la suprématie américaine
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-sanctions-reflets-de-la-suprematie-americaine-837050.html

    Les articles 5 à 11 ne sont pas encore parus.

    #Etats-Unis #data #données #Droit #juridique #numérique #GAFA #Extraterritorialité-du-droit-américain

  • L’heure est désormais à un nationalisme économique assumé
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/l-heure-est-desormais-a-un-nationalisme-economique-assume-836874.html


    Crédits : Photo by Louis Hansel on Unsplash

    ÉDITO. Face à l’extraterritorialité du droit américain des affaires, à l’écrasante domination du dollar, des Gafa et à la volonté de puissance de la Chine, la France et l’Europe se réveillent enfin et s’apprêtent à riposter sur tous les fronts.
    Par Philippe Mabille, directeur de la Rédaction.

    En matière de souveraineté économique, financière, juridique, numérique et technologique, la France a perdu de nombreuses batailles. La liste des fleurons de notre industrie nationale passés sous contrôle étranger est connue : Pechiney/Alcan, AlcatelAlstom, démantelé et vendu à l’encan, l’un à Nokia, l’autre à l’américain GE, Technip/FMC, Arcelor/Mittal, les exemples sont légion des pépites que malgré l’intérêt national nous n’avons pas su garder dans notre giron. Et il est acquis aujourd’hui que ce véritable gâchis s’explique par une forme de démission intellectuelle, anti-industrie, et un manque de vision à long terme.

    Les signes de notre soumission économique sont nombreux : par le truchement de l’extraterritorialité de leur droit, les États-Unis, qui sont certes notre allié, ont assis leur domination commerciale et financière sur le terrain juridique : avec BNP Paribas condamné à de lourdes amendes par le puissant Department of Justice (DoJ) avec lequel il vaut mieux négocier, avec Total et ses investissements en Iran soumis aux aléas des embargos américains, avec Airbus, le capitalisme anglo-saxon sait employer le rapport de forces.
    Des enjeux dépassant les compétences des...

    L’édito sous #paywall accompagnant la série sur la souveraineté française.

  • Retraites : quand la mauvaise réforme chasse la bonne !
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/retraites-quand-la-mauvaise-reforme-chasse-la-bonne-834664.html

    La Tribune, après l’affirmation de l’intérêt d’unir les différents régimes, le bien-fondé intrinsèque de toute « réforme » et l’incontournable invocation à la « prise d’otage » par les grévistes, étrille la méthode retenue par E. Macron. Et y voit l’origine d’un échec annoncé (report de la mise en œuvre aux calendes grecques…)

    ÉDITO. […]
    Par Philippe Mabille, directeur de la rédaction.

    […]
    Pour autant, la communication du gouvernement est affaiblie par le flou dans lequel il a à dessein entretenu les Français. Flou sur les objectifs de la réforme dont le texte de loi n’est d’ailleurs toujours pas connu, sinon ce qu’en propose Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire aux Retraites. Et donc flou sur ses conséquences pour le plus grand nombre, qui entretient l’anxiété de l’opinion dans un climat social toujours marqué par une grande défiance à l’égard d’Emmanuel Macron. Alors que les « gilets jaunes » manifesteront de leur côté samedi pour l’anniversaire du 1er décembre 2018, celui de la «  prise de l’Arc de Triomphe  », les jours qui viennent seront un test majeur de la capacité du chef de l’État à remporter cette bataille de l’opinion et, pour cela, il va falloir sortir de l’ambiguïté une réforme dans laquelle rien n’est clair.

    À l’origine, l’objectif de remplacer les 42 régimes par un régime universel où chaque euro cotisé donnerait le même nombre de points pour tous était inattaquable sur le plan des principes. Mais tout a changé dès lors qu’il est apparu que cette manœuvre, sous couvert de revaloriser les petites retraites et d’assurer l’équité femmes-hommes, laissait dans l’ombre des objectifs plus sombrement budgétaires  : derrière l’unicité, en effet, Bercy cherchait à faire financer par les excédents des régimes complémentaires du secteur privé, 120  milliards d’euros quand même, un secteur public structurellement déficitaire.

    Mal maîtrisés, les effets induits par la réforme Macron ont réveillé 42 tigres dans chacun des 42 régimes et inquiété tous les futurs retraités du nouveau régime universel en mettant la valeur du point, donc leur future retraite, entre les mains d’une logique purement comptable. Résultat, auquel Emmanuel Macron ne s’attendait sans doute pas, tout le monde a peur d’être perdant, et a le sentiment confus que son intérêt est que la réforme soit, sinon abandonnée, du moins reportée dans le temps. Ce n’est plus la clause du «  grand-père  », mais celle du «  petit-fils  », que le premier ministre Édouard Philippe brandit pour se sortir de l’impasse, en envisageant de décaler dans le temps l’application du régime par points, à l’origine pensée pour la génération 1963 à partir de 2025, et désormais promise à être décalée à la Saint-Glinglin ! 

    • Grève : « La confusion entretenue par l’exécutif est un pari risqué »
      La bataille des images est au cœur de la mobilisation contre la réforme des retraites. Arnaud Benedetti décrypte la stratégie de communication du gouvernement face à cette grève plus politique que sociale...

      La bataille de l’opinion sera au cœur de la confrontation, car ce sera bien l’opinion qui constituera le juge de paix de cette « lutte finale » de l’immédiat. Pour l’exécutif l’enjeu est de taille, il l’est tout autant pour les syndicats. On rentre dans le dur, évidemment. Pour la macronie, c’est l’idée matricielle de son projet qui se trouve mise à l’épreuve, à savoir le crédit dont elle se pare pour transformer la société française. Le recul sur la réforme des retraites encalminerait définitivement le gouvernement à mi-mandat. Ses marges de manœuvre en seraient réduites à une obsolescence non-programmée. Les syndicats, vaincus lors de la réforme du code de travail et du changement de statut de la SNCF, jouent de leur côté la survie de la martingale qui leur a assuré depuis des décennies leur force de projection sociale : une culture de l’opposition frontale par gros temps, un mode d’action où le rapport de force est érigé en arme suprême de décantation des conflits sociaux.
      Le macronisme se convertit ainsi par opportunité à l’égalité, en projetant un leurre communicant qui sursature le débat.

      Par-delà cet « état extérieur du problème » dont parlait Max Weber lorsqu’il s’agit appréhender un objet social, les stratégies communicantes des acteurs en présence - gouvernement d’une part, syndicat d’autre part - visent tant à se jauger qu’à prendre à partie la société de l’opinion qui est aussi celle des médias permanents. L’exécutif gère au fil de l’eau la sismographie sociale, mais en activant l’idée-force du dépassement des régimes spéciaux, pointant le caractère inéquitable de ces derniers. Il s’agit en quelque sorte de fixer l’adversaire sur ce qui constitue son point de faiblesse essentielle au regard d’une culture politique rétive à toute forme de privilège. Le macronisme se convertit ainsi par opportunité à l’égalité, en projetant un leurre communicant qui sursature le débat pour mieux laisser hors champ le caractère systémique de la réforme. Mais il envoie dans le même temps Blanquer et Castaner pour donner des gages aux enseignants et aux policiers, laissant entrevoir des aménagements spécifiques pour chacune de ces professions, nonobstant le principe d’universalité qu’entend poser l’exécutif.
      Crédités d’un confortable matelas de soutiens, les syndicats visent à installer dans la durée une dramaturgie sociale.

      Ces tergiversations communicantes traduisent les fragilités du pouvoir sur ses fondamentaux, et in fine son absence de maîtrise d’une situation qu’il a laissé se décomposer en donnant toujours plus le sentiment de cacher sa copie, comme pour mieux contourner l’opinion la plus hostile à celle-ci. Or c’est bien à partir de cette dernière que les syndicats envisagent de bâtir leur mobilisation, en dénonçant le discours en chausse-trappes d’un gouvernement qu’ils estiment rejetés par une majorité de Français. Crédités d’un confortable matelas de soutiens, les appareils syndicaux visent à installer dans la durée une dramaturgie sociale dont ils imaginent qu’elle leur permettra de remporter une victoire par KO.

      Par la confusion qu’il a entretenue, sciemment ou par tétanie, sur le contenu de son projet, le pouvoir a pris le risque de cette « montée aux extrêmes » à un moment où la tectonique sociologique du pays s’est remise en mouvement. Il ne restera plus alors à l’exécutif qu’à spéculer sur un retournement des opinions lassées par les désagréments de la grève et des blocages. Un pari pour le moment très hypothétique...

      https://www.lefigaro.fr/vox/politique/greve-la-confusion-entretenue-par-l-executif-est-un-pari-risque-20191205

  • Vous avez aimé ceci, vous aimerez cela
    https://www.latribune.fr/opinions/blogs/homo-numericus/vous-avez-aime-ceci-vous-aimerez-cela-834486.html

    HOMO NUMERICUS. Les algorithmes savent presque tout de nous. Ces outils omniprésents dans les nouvelles technologies iront-ils jusqu’à nous ravir notre libre arbitre ? Par Philippe Boyer, directeur de l’innovation à Covivio.

    « Inspiré de votre historique de navigation », «  Notre sélection pour vous » ou encore « Vous avez aimé ceci, vous aimerez cela » ... sont des injonctions que nous connaissons presque tous pourvu que nous achetions déjà sur Amazon, Netflix, Deliveroo et bien d’autres plates-formes numériques. Derrière ces phrases en apparence anodines se cachent une mécanique algorithmique bien huilée destinée à alimenter une stratégie de big data et d’intelligence artificielle qui vise à inciter les utilisateurs à passer toujours plus de temps, et accessoirement dépenser plus d’argent, sur ces sites.

    Grâce aux multiples traces numériques que nous laissons derrière nous, nous devenons de plus en plus prévisibles au point que les applicatifs technologiques en arriveraient presque à anticiper notre propre avenir sans que nous ayons besoin d’y penser nous-mêmes, sorte de renoncement à notre libre-arbitre à « l’insu de notre plein gré ».

    Leibniz
    Pour qui s’intéresse à la philosophie, ces questions de l’affirmation de l’individu face à une entité qui dirige et décide de tout ont animé de très nombreux débats, en particulier au 17ème siècle, quand Descartes et Leibniz, philosophes de la modernité naissante, se demandaient déjà comment affirmer sa liberté face à Dieu, par nature omniscient et grand ordonnateur de toute chose. Leibnitz, est sans conteste le philosophe dont nous pourrions le plus nous inspirer aujourd’hui pour décrire la puissance des algorithmes développés par les entreprises du numérique. Qu’expose-t-il ? Dans son écrit paru en 1714, Monadologie, il oppose deux principes censés fondés l’équilibre du monde. D’une part, la connaissance scientifique, nécessairement vraie. En écrivant que la somme des angles d’un triangle est forcément égale à 180°, il s’agit-là d’une vérité universelle, que le philosophe appelle « principe de contradiction ». Et d’autre part, le « principe de raison suffisante » via lequel des événements se produisent en raison d’un nombre infini de causes qui, assemblées les unes aux autres, finissent par produire un résultat au-dessus de ce qu’un simple humain aurait été capable de penser, de prédire et a fortiori de réaliser.

    Si dans l’esprit du philosophe du 17ème siècle, cette « force obscure » se nomme Dieu, appliqué à notre quotidien du 21ème siècle, imprégné d’algorithmes, une telle « force » pourrait prendre l’appellation de « #big_data » en tant que collecte d’un nombre colossal de données qu’aucun être humain ne pourra jamais ingurgiter. C’est logiquement grâce aux corrélations établies entre toutes ces informations que l’on en arrive ensuite à la mise au point d’algorithmes, pour certains d’entre eux qualifiés de « prédictifs », en ce sens qu’ils peuvent prévoir, voire prédire, certaines de nos futures actions en nous envoyant des recommandations hyper-personnalisées.

    Sommes-nous à ce point transparents ?
    Comment se prémunir face à cette prégnance algorithmique dans laquelle nos comportements numériques sont scrutés, analysés et stockés dans les moindres détails ? Dans une vision dystopique, des algorithmes pourraient-ils finir par nous connaître mieux que nous nous connaissons nous-mêmes ? Sans que nous le sachions, se pourrait-il qu’ils fixent ce que nous pourrions faire sans que nous en ayons pleinement conscience ? Pour ne pas succomber à ce fantasmagorique futur, des débuts de réponses existent. Qu’il s’agisse de la récente législation européenne qui encadre l’usage des données personnelles (RGPD), en passant par nos actions individuelles consistant, sur les principaux moteurs de recherche, à désactiver l’affichage d’annonces basées sur ses propres centres d’intérêt, de nouveaux comportements apparaissent à l’heure d’une prise de conscience grand public de l’usage de ces données et de ses éventuels détournements (on se souvient du scandale Cambridge Analytica ayant eu pour cause la fuite de données personnelles de 87 millions d’utilisateurs Facebook).

    D’autres revendiquent même un certain « droit au mensonge numérique » visant à déjouer les moteurs de recherche à qui nous confions nos questions et nos pensées les plus intimes. S’appuyant sur les recherches Google de millions d’Américains, Seth Stephens-Davidowitz, ancien data scientist de Google, détaille combien ce « sérum de vérité numérique » qu’est le big data et les algorithmes qui sont par la suite construits sur cette matière brute, exposent nos comportements réels. Outre l’exploration de ce que le Big Data nous révèle de notre quotidien, le bien-nommé chapitre « Big Data, big n’importe quoi ? Ce que les données ne peuvent faire » décortique les limites de ce big data en prenant soin d’exhorter ses lecteurs à ne pas s’abandonner à la fatalité qui consisterait à penser que la technologie prendrait systématiquement le pas sur les humains.

    Préserver notre libre arbitre
    La quantité massive de données collectées associée aux algorithmes transforment notre rapport au monde. Ce dernier, c’est un fait, devenant toujours plus objectif, quantifié et mesurable. Face à cette situation, l’une des questions qui se pose est bien celle de la préservation de notre libre arbitre face à cette omniprésence des algorithmes. Pour Aurélie Jean, scientifique reconnue et éminente spécialiste de ces sujets, il s’agit de rappeler « qu’un algorithme ne connaîtra jamais tout de nous pour la bonne et simple raison qu’il n’atteindra jamais complètement notre inconscient. Les algorithmes nous faciliteront la vie de plus en plus à l’avenir, ils nous connaîtront davantage, mais ils ne peuvent pas se substituer à notre libre arbitre, car sans libre arbitre nous ne sommes rien. » et d’ajouter ce message de bon sens destiné, d’une certaine manière, à clore les débats, du moins les plus anxiogènes d’entre eux : « Certes les algorithmes sont plus performants que nous dans de nombreux domaines. Mais il en existe aussi de mal conçus, ou truffés de biais... Dirigeants, journalistes, consommateurs ou citoyens : tous, à notre niveau, nous devons améliorer notre culture algorithmique, et urgemment. »

    Qu’en penserait Leibniz ? Je suggère de poser la question à Google...

  • Et si on parlait de la cybercriminalité boursière ?
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/et-si-on-parlait-de-la-cybercriminalite-boursiere-832338.html

    ANALYSE. L’autorité des marchés financiers (AMF) a fait part d’une intéressante étude prospective sur la manière dont elle perçoit l’évolution en mode cyber des trois principales infractions boursières qu’elle poursuit : le délit d’initié, la manipulation de cours et la diffusion de fausse information. Par Jean-Jacques Quisquater, Université de Louvain, et Charles Cuvelliez, Université de Bruxelles.

    Délit d’initié
    On pourrait dire, à lire cette étude, que le délit d’initié est de moins en moins réservé aux initiés : lors d’un fusion-acquisition, explique par exemple l’AMF, toute une chaîne d’acteurs se met en place pour la réaliser. Chaque acteur, banque-conseil, cabinet d’avocats ou cabinet comptable, consultants, le régulateur, les diffuseurs d’informations financières, les agences de relations publiques et même des bureaux de traductions sont autant de portes d’entrée supplémentaire, pendant l’opération, pour un hacker qui peut se procurer des informations privilégiées sur la fusion/acquisition. Plusieurs cas concrets sont cités par l’étude où chaque fois un acteur différent a pu être pénétré avec succès. Le phishing reste la manière la plus simple et la plus efficace de pénétrer le maillon faible car il y en a souvent un dans cette longue chaîne.
    […]
    Manipulations de cours
    Les manipulations de cours ont, elles, lieu par la prise de contrôle de comptes de traders de particuliers, même en petit nombre, pour donner des tendances au marché via un comportement coordonné de ces comptes piratés, comprend-t-on, sur des actions peu liquides ou des penny stocks dont les cours peuvent varier rapidement avec quelques dizaines d’acheteurs. C’est la technique du pump & dump. En Asie, les autorités ont même peur des activités de trading qui vont se faire de plus en plus sur des interfaces non dédiées comme les messageries instantanées ou les réseaux sociaux. L’AMF met en avant le problème de la sécurisation, plus vaste qu’imaginé, des applications de comptes de trading des acteurs non bancaires. Ce sont surtout les applications de trading mobile qui sont peu sécurisées (certaines données envoyées au serveur ne sont même pas chiffrées a repéré une étude).

    Enfin, il y a aussi le risque futur de manipulation des cours via un piratage des algorithmes de trading qui occupent déjà 50 % à 80 % des échanges quotidiens sur certaines classes d’actifs. Il y a aussi le risque de manipulations d’algorithmes d’intelligence artificielle via des données volontairement erronées et orientées au profit de certains.

    Fausses informations
    La diffusion de fausses informations est sans doute l’attaque le plus facile à mettre en œuvre : elle nécessite peu de moyens et est facilement anonyme (utilisation d’un wifi public, du réseau TOR...) et ce d’autant plus que l’enregistrement de noms de domaine et l’hébergement de sites inernet qui servent à diffuser l’information ne brillent pas, rappelle l’AMF, par leurs précautions quant à celui qui les ouvre (sans compter la durée de conservation de ces informations qui est faible). Quand il y a une enquête, elle aboutit le plus souvent en regardant plutôt les transactions boursières que laissent les criminels qui ont diffusé les fausses informations et qui veulent en tirer bénéfice (quid alors quand ce sont des activistes qui ont lancé les rumeurs, sans appât du gain). Les enquêtes sont internationales par nature, ce qui les complique puisque, selon le pays, les pouvoirs d’investigation des autorités ou des régulateurs sont différents. Seuls les coupe-circuit des Bourses permettent de limiter les mouvements trop importants en capitalisation boursière qui en résultent.

    Pour l’AMF, la chaîne de diffusion des informations financières doit être sérieusement revue et contrôlée (au sens, comprend-t-on, de l’assurance-qualité) : il y a tellement d’intervenants qu’on n’en arrive à ne plus savoir qui est habilité à diffuser une information correcte et quand. Il faudrait clarifier le canal officiel de diffusion de l’information financière et renforcer la sensibilisation des agences de presse pour éviter le piratage en amont (réception d’un faux communiqué de presse considéré à tort comme vrai) ou en aval (diffusion d’un faux communiqué injecté dans les systèmes d’information même de l’agence de presse). De ce point de vue, Twitter tient le pompon. L’AMF relève à juste titre combien les gens sur des réseaux comme Twitter ont tendance à plus vite relayer du faux sensationnaliste que du vrai. Il y a, en plus, dit l’AMF, des algorithmes spécifiques qui collectent le contenu circulant sur les médias sociaux pour pouvoir réagir très vite en cas d’information cruciale. Ces algorithmes de lecture automatisée sont sensibles aux fausses informations plus que les humains, le filtrage par ces derniers reste essentiel.

    L’AMF remarque enfin qu’il existe, au-delà de la diffusion de fausses informations directement liées à une société pour en influencer le cours de Bourse, quantité d’autres voies pour arriver à ces mêmes fins. Et de citer tous les indicateurs qui influencent la Bourse comme les indices de matières premières, la confiance des ménages MCSI (calculé par l’université de Michigan puis transmis à Thomson Reuters), les conditions météorologiques... Enfin, les deepfakes représentent le défi le plus aigu : comment distinguer un deepfake du président de la FED qui fait une annonce sur les taux.

    #fake_news boursières #deepfake

    (la graisse vient de moi)

  • La promesse de l’aube de la tendresse économique
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-promesse-de-l-aube-de-la-tendresse-economique-831147.html

    En 1896, le monde a raté un virage. Si les réseaux sociaux avaient existé à l’époque, peut-être que le parcours économique de l’humanité en eut été changé à jamais. Après avoir connu la période d’expansion économique la plus rapide de l’histoire entre 1850 et 1880 grâce, notamment, à l’essor des chemins de fer et à sa force de frappe dans la fabrication de l’acier, l’Amérique connait à l’aube du XXème siècle une élection présidentielle déterminante, lors de laquelle deux conceptions du monde s’affrontent.
    […]
    2019. Le monde n’est pas confronté à un autre problème que celui de 1896, sauf que s’y sont ajoutées des ruptures contemporaines qui rendent les choix à venir encore plus complexes. Si la question de la répartition de la richesse reste au cœur du débat économique actuel, se sont agrégées des thématiques additionnelles issues des évolutions de l’entreprise et des tissus productifs.

  • Pourquoi privatiser #Aramco en pleine guerre ?
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/pourquoi-privatiser-aramco-en-pleine-guerre-828144.html

    OPINION. L’attaque par drones ce week-end des installations pétrolières en Arabie saoudite a fait s’envoler les cours du Brent ce lundi de presque 20%. avant de refluer. Les dommages créés par cette attaque, revendiquée par la rébellion houthie au Yémen, a perturbé la moitié de la production, soit l’équivalent de quelques 6 % de l’offre mondiale. Cette opération intervient alors que l’Arabie Saoudite prépare l’introduction en Bourse, à Londres et Hong Kong, d’Aramco, un enjeu vital pour le pays. Par Didier Julienne, spécialiste des marchés des matières premières.

    Il y a presque quatre ans, début janvier 2016, l’Arabie Saoudite annonçait la future privatisation de sa société pétrolière nationale, Aramco. À l’époque, un diagnostic était posé. Depuis 1981, la rente pétrolière représentait en moyenne 81% des revenus du pays, mais elle dérivait régulièrement depuis 2010 vers les 90%, et avec la transition énergétique les prix du pétrole baisseront. Simultanément, les dépenses ne cessaient d’augmenter à un taux moyen annuel de 18% depuis les années 1970. L’ancien chemin tracé dans le désert du passé était perdu, l’équilibre du budget n’était plus possible, les revenus étant trop volatiles. Ils s’écroulaient d’une année sur l’autre, en 2008-2009 de 54%, plus récemment, entre 2014 et 2016, la baisse des prix du pétrole était telle que le solde des comptes de l’Etat passait d’un excédent de 43 milliards d’euros à un déficit de 88 milliards d’euros. Riad réduisait instantanément ses dépenses de 26%, mais, simultanément, autre évènement traumatisant, le pays devait contracter une dette durable. De 76 milliards d’euros, elle était projetée en 2020 à 177 milliards d’euros — chiffre supérieur au budget 2017 —, puis en 2023 à 75% du budget de l’Etat.

    Baisse des revenus, écroulement des dépenses publiques, spirale d’une dette dont la gestion serait fragilisée par l’imprévisibilité des revenus pétroliers, sans réforme le pays entrait dans une longue récession. C’est dans ce contexte que naissait la vision 2030 : rejoindre dès 2023 un équilibre entre dépenses et recettes en augmentant les revenus hors pétrole, revisitant la stratégie des dépenses publiques et donc des économies tous azimuts — notamment les subventions sur l’eau et l’énergie — et en dynamisant le secteur privé par des privatisions, dont celle d’Aramco.

    Le plan est simple, il a cependant ses limites. Depuis 2016, des réformes ont été implémentées, mais, en 2019, les revenus du pétrole, véritable baromètre du changement, ne sont revenus que dans la moyenne historique. Il est toutefois exact que la privatisation partielle d’Aramco, dont la recette envisagée correspondrait à environ 33% du budget 2023 du pays, n’a pas encore eu lieu. Elle est d’autant plus nécessaire.
    […]
    Le deuxième élément favorable est l’attractivité de la société. Première société mondiale, Aramco est valorisée à 2. 000 milliards de dollars (deux fois Apple, ou Apple et Amazon ensemble), ses réserves connues seraient égales à plus de 50 ans de production, équivalentes à environ 8 années de demande mondiale et environ 9 à 10 fois plus grandes que celles d’Exxon . Aramco produit à elle seule quasiment autant que la Russie, son coût de production est minuscule par rapport à celui du pétrole de schiste étatsunien, son revenu net est d’environ 1 milliard de dollars tous les trois jours, 4 .000 euros à la seconde, et son endettement est peu élevé.
    […]
    Troisième élément de l’opération : quels liens existeront entre Aramco et l’Etat saoudien et quel serait le montant cédé ? Des investisseurs sont défavorables au lien qui persistera entre la société et l’Etat saoudien, il appellerait une décote du conglomérat à 1.500 milliards de dollars. Cependant, en Asie, en Europe, en Afrique et dans les deux Amériques, les sociétés stratégiques énergétiques, minières ou technologiques entretiennent d’étroites relations avec leur propre gouvernement ou leur Etat profond. Ils protègent l’entreprise, et celle-ci avance les pions de l’Etat. Selon l’image de ce dernier, le marché peut juger la relation favorable, ou l’inverse, et l’attaque, le week-end dernier, d’actifs d’Aramco par des drones est inclut dans cette relation. Les réformes économiques et la privation sont devenues des enjeux géopolitiques régionaux. En dépit d’une hausse des prix du pétrole, qui achèterait une société victime d’attentats ? Mais qui n’achèterait pas les actions d’une société affaiblie par un conflit qui se terminera un jour ? Inutile d’épiloguer, Si l’on ose le regarder pour le changer, le péril peut s’évanouir...

    Quant au volume vendu, il était annoncé à 5 % du capital, c’est-à-dire 100 milliards de dollars. C’est équivalent à environ un tiers d’Exxon, presque la moitié de Shell ou Chevron ou un petit Total . Mais 5 % sont probablement insuffisants pour garantir une certaine représentativité des futurs actionnaires minoritaires ; 15 % eu été plus adapté, mais ce seraient 300 milliards de dollars à placer.
    […]
    Depuis presque quatre années, la privatisation d’Aramco est annoncée. Mais compte tenu de la géostratégie du Golfe et de l’ampleur des réformes économiques, l’opération ne cesse de se complexifier. Qu’est-ce qu’attendre une année ou deux de plus pour démarrer cette nécessaire privatisation ? Ces décideurs saoudiens seront la première génération à voir finir un monde tout pétrole, et commencer un autre avec beaucoup moins de pétrole. Qu’ils prennent leur temps, ils n’ont pas droit à l’erreur.

  • Quelque part entre la méthode et la folie
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/quelque-part-entre-la-methode-et-la-folie-827452.html

    Rupture(s). Au cours des vingt dernières années, l’humanité a connu une formidable accélération de la technique, que d’aucuns ont appelé tour à tour « société de l’information » puis « quatrième révolution industrielle ». Changement d’ère pour certains, basculement de civilisation pour d’autre, nous ne mesurons pas encore la portée véritable de cette évolution rapide. Sommes-nous entrés dans la « civilisation du poisson rouge » comme semble le penser l’essayiste Bruno Patino† ? Ou bien avons-nous encore l’opportunité de cultiver l’espace entre la « méthode et la folie », cette singularité humaine ?

    † "La civilisation du Poisson rouge, petit traité sur le marché de l’attention", aux éditions Grasset.
    […]
    L’abondance de l’information a créé un « aquarium de la pensée »
    Nous faisons aujourd’hui face à un enfermement de la pensée à l’heure ou l’information n’a jamais été aussi abondante. A l’image du poisson rouge, qui est naturellement fait pour vivre en groupe et mesure dans son habitat naturel de 25 à 40 cm contre moins de 10 dans un bocal, nous nous sommes atrophiés dans un « aquarium numérique » qui reflète nos inconséquences.

    Pendant que nous sommes absorbés par les vidéos de chatons, la planète brûle, les réformes essentielles sont retardées, et les médias -essentiels pour la démocratie- se meurent. Le tout est emporté par l’information abondante qui est devenue l’addiction la mieux partagée au monde.

  • Entre le « tout gratuit » et le « tout payant » la société perd ses repères
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/entre-le-tout-gratuit-et-le-tout-payant-la-societe-perd-ses-reperes-827362


    Les bus gratuit à Dunkerque
    DR

    IDEE. S’il n’est pas question ici de remettre en cause la propriété, il est essentiel de s’attarder sur les dérives d’une privatisation globale et regarder de plus près les tentatives du tout-gratuit. Par Eric Vernier, Université de Lille et L’Hocine Houanti, Excelia Group – UGEI
    […]
    Récemment, la communauté urbaine de Dunkerque annonçait la totale gratuité de ses transports en commun. La démarche est ancienne : Compiègne avait initié le mouvement dès 1975 et une trentaine d’autres villes françaises lui ont emboîté le pas (Châteauroux, Gap, Niort, Vitré, Aubagne...).

    La fréquentation des bus a immédiatement bondi au détriment de la voiture, avec des conséquences positives sur l’environnement, les fameuses externalités (retombées positives ou négatives d’une action) : au bout de quatre mois, + 120 % le week-end et + 50 % en semaine. Et les chiffres ne cessent d’augmenter.

    La gratuité des transports publics à l’échelle d’un pays entier existe aussi avec l’Estonie depuis 2018 et le Luxembourg pour 2020.

    L’objectif est évidemment de pousser les automobilistes à substituer leurs véhicules par les modes communs plus vertueux écologiquement tout en désengorgeant les agglomérations. Le modèle est critiqué, notamment par la Fédération des associations d’usagers des transports (Fnaut) qui met en évidence des vices cachés.

    Premier grief, la déconsidération des biens liée à la gratuité engendrerait l’accroissement des dégradations. L’argument a été vite balayé par le maire de Dunkerque qui évoque 60 % de dégradations en moins pendant les week-ends de gratuité.

    Le second argument suppose que la gratuité ne permet pas un report modal significatif de la voiture vers le transport public, selon l’organisation patronale des opérateurs. Le cas de Dunkerque prouve pourtant le contraire.

    Face à ces expériences intéressantes et apparemment réussies, la généralisation de la privatisation semble cependant une tendance lourde y compris de ce qui semblait être des biens communs gratuits et accessibles à tous ou du vivant.
    […]
    Les espaces sont souvent privés (propriétés, terrains...), mais certains territoires qui paraissaient appartenir à l’humanité, c’est-à-dire en quelque sorte à personne, deviennent la proie de toutes les tentations financières. On pense ainsi à l’extension rapide des plages privées dans le monde même si la France demeure restrictive en la matière ou encore la privatisation des mers et des océans, qui, selon la professeure de droit public Nathalie Ros « cesse peu à peu d’être un mythe pour devenir une réalité ».

    L’appropriation de l’Arctique est également en marche : cette zone géostratégique clef et riche en ressources (hydrocarbures, terres rares, métaux...) suscite intérêt et jalousie de la part d’États comme la Chine. On note aussi la vente et location d’îles paradisiaques en Polynésie française.

    Enfin l’espace lui-même se privatise. Le Space Act voté en 2015 par les États-Unis, permet aux firmes américaines de prospecter l’eau, les métaux, les astéroïdes et les planètes, de les extraire, les exploiter et les vendre, laissant la plupart des pays incapables techniquement et financièrement d’envoyer des aéronefs dans l’espace sur la touche.

    Nous sommes donc loin du du Traité de l’espace de 1967 qui interdisait justement cette exploitation privée des ressources extra-terrestres...

    A cette liste viennent se rajouter les projets de privatisation des routes ; les barrages hydrauliques en France avec les risques que cela comporte en termes de sécurité ; les projets liés à l’homme augmenté ; et même les mots.

    Ces derniers deviennent le centre de toutes les attentions. Nous nous souvenons tous d’un secrétaire d’État au commerce (Thomas Thévenoud) qui eut maille à partir avec le fisc et qui déclara souffrir de phobie administrative. Il finit par déposer cette expression à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI). Le combat contre Yves Saint-Laurent pour interdire l’appellation de son parfum Champagne en 1993 est aussi encore dans nos esprits. La privatisation syntaxique vaut quelques coups de gueule sur les réseaux.
    […]
    Il n’est pas question ici de remettre en cause la propriété, mais de dénoncer les dérives dangereuses d’une privatisation globale.

  • Pourquoi Donald Trump n’achètera pas les terres rares du Groenland
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/pourquoi-donald-trump-n-achetera-pas-les-terres-rares-du-groenland-826392.

    OPINION. Washington s’intéresse depuis longtemps à ce continent arctique autonome et faiblement peuplé. Mais pourquoi donc l’actuel président américain a-t-il fait cette proposition d’achat au Danemark qui a viré à la crise diplomatique ? Pour augmenter ses réserves d’hydrocarbures ? Pour mettre la main sur un sous-sol réputé riche en "terres rares" et réduire le risque d’un possible embargo chinois sur ces minerais stratégiques...? Par Didier Julienne, spécialiste des marchés des matières premières.

    Des gisements d’hydrocarbures étaient présentés comme l’objectif d’un éventuel achat du Groenland par Donald Trump, c’est sans doute inexact. D’une part, les États-Unis ont plus qu’assez de pétrole et de gaz de schiste au point qu’ils en exportent. D’autre part, les récentes campagnes d’exploration d’hydrocarbures sous-marines menées au large de Nuuk par quelques majors ont découragé une éventuelle exploitation à cause de la difficulté environnementale si particulière au Grand Nord.

    Outre l’aspect géopolitique russo-américain hérité de l’ancienne guerre froide, l’objectif réel s’inscrirait dans le contexte de l’actuelle guerre commerciale américano-chinoise : les États-Unis auraient cherché à contrer l’éventuelle, voire illusoire, menace d’un embargo chinois sur les exportations de produits à base de lanthanides (terres rares) fabriqués dans ses usines par Pékin, et utilisés notamment par le complexe militaro-industriel états-unien. Mais l’arme est dangereusement à double tranchant : un tel blocus par Pékin créerait en retour d’autres embargos sur d’autres ressources entre la Chine et Washington, puis, par un effet de boule de neige, également entre des pays alliés des deux belligérants - le monde des ressources naturelles n’est jamais à sens unique.

    Les projets miniers déjà en cours au Groenland
    Revenons aux terres rares du Groenland ; la Chine contrôlait environ 90% des mines de lanthanides mondiales, mais cette part est en décroissance à 70%. Et ces chiffres ne comptabilisent pas l’éventuelle exploitation de nouvelles ressources, notamment celles de Nuuk qui comptent deux projets miniers, ceux de Tanbreez Mining et Greenland Minerals, qui sont encore au stade des autorisations . Exploiter ces deux mines affaiblirait encore la position dominante de Pékin.
     
    Mais Donald Trump n’achètera pas le Groenland non seulement parce que le Danemark et le Groenland y sont pour le moment opposés, mais surtout parce que l’industrie européenne pourrait avoir d’autres projets pour ces lanthanides dans le cadre d’une nouvelle politique européenne de l’Arctique.

    Des obstacles sur la route de La Rochelle (et pas seulement des icebergs)
    En effet, l’Europe, et en particulier la France, devrait décider si certains lanthanides sont pour elles des matières stratégiques disposant d’une politique européenne coordonnée. Si cela devenait le cas, alors l’usine de raffinage de terres rares de La Rochelle, idéalement placée pour recevoir le minerai groenlandais par bateau, deviendrait l’unique usine de traitement de lanthanides en dehors de Chine, puisqu’une telle usine n’existe pas aux États-Unis, affaiblissant d’autant les rodomontades de Washington. Ce raffinage en France pourrait être le point de départ d’une industrie européenne de grande envergure, en concurrence directe avec les usines chinoises, et capable de fournir les industries électriques en aimants permanents.

    Mais pour en arriver là, il faudrait que Tanbreez Mining et Greenland Minerals y trouvent un intérêt. Ces deux sociétés sont australiennes et la seconde qui dispose des meilleures réserves a, comme premier actionnaire, une société chinoise, Shenge Resources. Comment l’inciter à détourner le flux de sa mine de Kvanefjeld vers La Rochelle alors qu’elle a formé a formé une joint-venture avec China National Nuclear Corporation pour raffiner sa future production en Chine ? Faut-il que des financements européens lui soient signalés, ou bien qu’en aval de l’usine de charentaise une industrie métallurgique européenne des lanthanides soit opérationnelle ?

    Ou bien, plus rudement, signaler que le futur trajet maritime du minerai passant nécessairement par des mers qui n’existent pas encore puisqu’elles sont prises par les glaces, c’est la protection de l’environnement qui interdira cette perspective de transport. Là où nous en sommes du dérèglement climatique, cet élément écologique est probablement un élément favorable supplémentaire en faveur d’une solution européenne.

    Trump ou l’art de la diversion géopolitique
    La déclaration de Donald Trump apparaissait donc comme une manœuvre, une diversion, un leurre dans son combat contre Pékin. Et, s’il est réellement intéressé par contrer des intimidations chinoises sur les lanthanides, sa stratégie la plus efficace, reste de produire des terres rares à partir du sous-sol états-unien : la mine de Mountain Pass en Californie peut approvisionner le pays, tout comme pourrait être exploités d’autres gisements situés au Texas, au Colorado, au Wyoming ou en Alaska.

    Enfin, cet épisode « trumpien » confirme une nouvelle fois que l’expression « métaux rares » est une néantise à cheval entre le néant et la bêtise puisqu’il suffit de les produire pour en réduire les enjeux géopolitiques, il est aussi un nouveau révélateur que les ressources naturelles du Grand Nord doivent être protégées par une nouvelle stratégie d’influence européenne de l’Arctique.

  • Les économistes contre le peuple
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-economistes-contre-le-peuple-826400.html

    OPINION. Aux États-Unis, les économistes, embauchés au départ pour rationaliser l’organisation gouvernementale et pendant longtemps plutôt méprisés, prirent le pouvoir dès le milieu des années 1950, étendant progressivement leurs tentacules jusqu’à prendre en charge la définition même de la politique du pays. Ils partaient, entre autres, du principe qu’une société plus égalitaire aurait un impact défavorable sur la croissance nationale et prônaient, à l’instar de Milton Friedman, la restriction des pouvoirs de l’État. Par Michel Santi, économiste.

    Franklin Delano Roosevelt avait, en son temps, renvoyé John Maynard Keynes, un des économistes les plus influents et les plus brillants du XXe siècle, qualifié de « mathématicien peu pratique » par ce président. Dans son allocution d’adieu, Eisenhower avait, quant à lui, mis en garde ses concitoyens à l’encontre des technocrates au pouvoir, ceux-là mêmes qualifiés tout récemment par Emmanuel Macron de constituer un « État profond ».

    William McChesney Martin, un banquier qui fut le plus long président de la Réserve Fédérale de l’Histoire des États-Unis d’Amérique - de 1951 à 1970, soit sous 5 présidents ! - était si méfiant à l’égard des économistes qu’il contraignait les siens à travailler au sous-sol de sa banque centrale, les accusant de ne pas « connaître leurs propres limites »...

    Des économistes contre la réduction des inégalités sociales
    En somme, alors que le Congrès ne consultait qu’exceptionnellement cette corporation plus ou moins dédaignée et qui devait - de l’aveu même de Keynes - ne pas se considérer supérieure aux dentistes, les économistes prirent le pouvoir dès le milieu des années 1950 puisque leur nombre devait passer de l’ordre de 2.000 à plus de 6.000 salariés au sein de l’administration américaine en 20 ans ! Embauchés, dans un premier temps, afin de rationaliser l’organisation gouvernementale et l’application de sa politique, ils étendirent progressivement leurs tentacules jusqu’à la prise en charge de la définition même de la politique du pays. Dérégulation de la plupart des secteurs de l’économie, faveurs et largesses accordées aux entreprises fleurons du pays, opposition farouche au concept de salaire minimum : ces économistes partaient du principe qu’une société plus égalitaire aurait un impact défavorable sur la croissance nationale, et que cette même croissance ne serait pérennisée qu’à la faveur d’un rétrécissement des pouvoirs de l’État.

    Le plus emblématique d’entre eux fut Milton Friedman dont les écrits et les travaux marquèrent les esprits et les actions des politiques car il proposait une solution basique à même, selon lui, de régler les problématiques économiques et financières, qui consistait tout bonnement à ce que le champ d’intervention de l’État ne concerne plus ces domaines. Ce fut le président Nixon qui en fut un de ses plus fervents soutiens qui, sous sa houlette et suite à ses doctes conseils, devait adopter toute une série de mesures dont la seule philosophie était de restreindre et l’État et ses régulations, comme celle de laisser flotter le dollar au gré des aléas des marchés, ou même de donner une valeur à la vie humaine, qui cote actuellement 10 millions de dollars...

    Prière de ne pas entraver l’augmentation ininterrompue du PIB
    Du reste, le consensus entre Républicains et Démocrates fut à cet égard entier puisque le fameux « L’État n’est pas la solution, l’État est le problème » de Reagan fut repris en écho par Clinton qui devait affirmer le jour même de son investiture que « l’ère du gouvernement important est finie » ! La lutte contre les inégalités était donc instamment priée de ne pas se mettre en travers du progrès économique et de l’augmentation ininterrompue du PIB.

    En fait, la bonne conscience des économistes, et des politiciens qu’ils conseillaient, leur chuchotait de manière bien opportune que les inégalités étaient une fatalité - par définition hors de leur contrôle-, une sorte de sécrétion inéluctable du capitalisme, de la globalisation, et aujourd’hui des progrès fulgurants de la technologie et de la robotisation. Le résultat est que, en 2019, les faits indiquent que l’espérance de vie des 20% des Américains les plus pauvres commence à régresser tandis que celle des 20% les plus riches s’allonge.

    L’économie de marché, une belle invention... à subordonner au politique
    J’entends souvent que blâmer les économistes pour nos déboires économiques serait comme imputer aux climatologues le réchauffement de la planète. Pour autant, le raccourcissement de l’espérance de vie des Américains pauvres n’est que la dernière manifestation en date d’une authentique machine à fabriquer les inégalités... après celle consistant à générer des bulles spéculatives et, à cet égard, nous - Européens -, ne nous berçons pas d’illusions car nous en prenons le chemin.

    L’invention de l’économie de marché fut une invention cruciale de l’Homme, et une machine à créer des richesses, mais l’avènement de l’économie fut une catastrophe pour les plus vulnérables. Il est donc urgent de subordonner cette pseudo-science à la politique, et il est impératif que les dentistes se sentent les égaux des économistes.

  • Les leçons du Brexit
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-lecons-du-brexit-825254.html

    Le Brexit constitue le choc historique le plus dévastateur pour le Royaume-Uni depuis la Seconde Guerre mondiale. Sans majorité parlementaire, Boris Johnson pourrait être contraint d’aller rapidement aux élections anticipées pour obtenir une direction politique claire. Deux leçons peuvent être tirées de l’aventure du Brexit.

    En premier lieu, les démocraties libérales occidentales sont fragiles et attaquées par des populismes multiformes aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Italie ou en Europe centrale. Le combat contre les populismes doit donc d’abord être porté sur le terrain politique en renouvelant la classe politique et en modernisant les partis de gouvernement.

    En second lieu, les gouvernements doivent répondre à la décomposition des nations et à la déstabilisation des classes moyennes. Les questions de la stagnation des revenus, de la montée des inégalités, des impacts de la révolution numérique, de l’immigration ou du rapport de nos sociétés à l’islam doivent être débattues et traitées. Cela signifie que tous ces sujets doivent faire l’objet d’un débat politique, sans crainte de l’anathème ou de l’avenir, et obtenir des solutions concrètes à moyen terme. La protection des frontières européennes, la réciprocité en matière commerciale ou une meilleure égalité des chances sont ainsi des thèmes politiques majeurs pour les prochaines élections.

    Laurence Daziano est maître de conférences en économie à Sciences Po, membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) ainsi que de l’Institut du Bosphore.

  • Revue de presse du jour comprenant l’actualité nationale et internationale de ce dimanche 4 août 2019
    https://www.crashdebug.fr/revue-de-presse/16340-revue-de-presse-du-jour-comprenant-l-actualite-nationale-et-interna

    Bonjour à toutes et à tous, j’espère que vous allez bien. Veuillez trouver ci-dessous la Revue de presse de notre Contributeur anonyme, et bien sûr plus de titres dans la Defcon Room,

    Amitiés,

    L’Amourfou / Contributeur anonyme / Chalouette / Doudou

    La Revue de presse du jour comprenant les informations de ce qui fait l’actualité française et internationale du 1 au 4 août 2019 vues par notre contributeur anonyme.

    DON : https://www.paypal.me/revuedepresse ou https://www.paypal.com/pools/c/7ZGVkA4zY3

    FRANCE :..67 millions de Français, 55 millions de livret A dont 60% < 1500€

    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/que-font-les-francais-de-leur-epargne-824788.html

    PERE DUTEN du 28 juillet 2019

    https://www.youtube.com/watch?v=8eBZ0FuNs4U

    VIDEO DU JOUR

    Guerre contre l’Iran (...)

  • Vélos en libre-service : même la Chine les régule
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/velos-en-libre-service-meme-la-chine-les-regule-821701.html


    Un nombre excessif de vélos ont été mis en circulation, occupant l’espace public en étant parfois mal rangés, voire empilés les uns sur les autres, ou carrément abandonnés. Ici, à Beijing.
    Crédits : Reuters

    VU DE CHINE. En Chine, la folie du vélo en libre-service commence à ressembler à une catastrophe économique. Après avoir investi des centaines de millions de dollars pour s’assurer le marché des grandes villes, Ofo et Mobike, les pionniers chinois du secteur, cumulent les dettes.

    La Chine a longtemps été « le grand pays des vélo », notamment dans les années 1980. Depuis 2015, les vélos en libre-service sans borne d’attache sont devenus un nouveau phénomène dans le pays. De 2016 à 2017, on est passé de 2 à 23 millions de vélos partagés, et de 19 à 221 millions d’utilisateurs ! Ce nouveau business model, innovant et respectueux de l’environnement, a vite attiré de nombreux investisseurs et entreprises.

    Ofo, le pionnier de ce marché, a lancé ses premiers vélos sur le campus de l’université de Pékin en 2015, puis a levé progressivement des fonds. En mars 2018, il a bouclé un tour de table de 866 millions de dollars, mené par Alibaba. Ofo est alors très vite entré dans un mode d’expansion fulgurante. Pour tenir le rythme, l’entreprise a choisi de brûler du cash et de réduire le coût de ses vélos : pas assez performants, ils étaient équipés d’une serrure mécanique qui ne posait pas de vraies difficultés aux voleurs. De plus, au moins 20% de ses vélos tombaient en panne chaque semaine. L’expérience des utilisateurs semblait être plus satisfaisante avec Mobike, qui proposait des vélos de meilleure qualité dotés d’une serrure électronique.

  • Le Périphérique parisien, des nuisances mais aussi des bénéfices
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/le-peripherique-parisien-des-nuisances-mais-aussi-des-benefices-819938.htm


    Reuters

    IDEE. Le Boulevard périphérique va être un des enjeux de la campagne électorale municipale de Paris. Critiqué pour ses embouteillages et la pollution générée, certains préconisent sa suppression pure et simple. Mais ce serait oublier un peu vite les avantages induits qu’il procure. Par François Lévêque, Professeur d’économie à Mines ParisTech, dernier livre paru « Les habits neufs de la concurrence » (éd. Odile Jacob).
    […]
    Cinq ans plus tard, on ne sait d’ailleurs toujours pas si le passage de 80km/h à 70km/h a réduit les émissions car aucune évaluation sérieuse des effets de cette mesure n’a été réalisée.

  • Le marché du steak caché
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/le-marche-du-steak-cache-818971.html


    Reuters

    Quand La Tribune se met à faire des jeux de mots à la Libé

    Le marché de la viande pourrait être bouleversé par l’arrivée des substituts aux produits carnés avec la culture de cellules animales réalisée en labo- ratoire. Pour cause, ce nouveau procédé intéresse désormais le secteur agroalimentaire et les experts qui estiment qu’il pourrait se tailler, dans les dix prochaines années, une part de 10 % du marché mondial de la viande pour un montant de 140 milliards de dollars. Par Robert Jules, directeur adjoint de la rédaction.

    L’une des avancées les plus spectaculaires à laquelle on pourrait assister dans les prochaines décennies porte sur l’alimentation. Ainsi, la viande consommée à travers le monde pourrait ne plus provenir seulement d’animaux mais aussi de culture de cellules animales réalisée en laboratoire. Considérée comme une lubie pour vegan jusqu’à peu, ce nouveau procédé intéresse désormais le secteur agroalimentaire ainsi que les investisseurs. Signe de cet intérêt, la banque britannique Barclays analyse dans une étude de 100 pages les perspectives de ce marché de la « #viande_alternative ». Ses experts estiment qu’il pourrait se tailler dans les dix prochaines années une part de 10 % du marché mondial de la viande, pour un montant de 140 milliards de dollars. Aujourd’hui, il est possible de goûter des steaks hachés, des saucisses ou encore des hamburgers de viande de culture sans que le consommateur n’y voie de différence.

    • Ça complète bien le très bon bouquin de Paul Ariès, « lettre ouverte aux mangeurs de viandes qui souhaitent le rester sans culpabiliser ». Agressif à l’encontre des végans certes, mais quand on voit quels « cocos » se cachent parfois derrière cette étiquette, un petit livre « coup de pied au cul » me semble bien mérité !

  • Lanceurs d’alerte : encore un indic des douanes trahi par l’Etat
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/lanceurs-d-alerte-encore-un-indic-des-douanes-trahi-par-l-etat-816512.html

    OPINION. Héros modernes de plus en plus visibles, les lanceurs d’alerte n’en sont pas moins en danger. Régulièrement utilisés par les différents services de l’Etat pour la qualité de leurs informations, totalement indécelables en l’absence d’alerte, ils sont finalement les laissés pour compte de la République. Par Pierre Farge, avocat.

    La réponse se trouve dans l’histoire récente et symptomatique d’un employé qui adhère de moins en moins à la finalité de son travail, qui prend conscience de procéder à des opérations qui ne trouvent pas l’utilité sociale qu’il avait imaginé, et qui décide donc d’en dénoncer le caractère frauduleux.

    Sur la base des informations publiquement disponibles, principalement en ligne, cet employé s’adresse à la Direction des douanes.

    Il a ainsi d’abord partagé toutes les informations en sa possession, prenant d’énormes risques vis-à-vis de son employeur, et de toutes les représailles en cascade imaginables.

    Il a ensuite donné de son temps à l’administration pour orienter les agents en charge de l’enquête et aider à interpréter les informations transmises, avant de finir par démissionner de son poste tant le double-jeu lui était devenu intenable.

    Il lui est ainsi dès le début opposé par l’administration le secret de la procédure ; précisé qu’il existe de nombreux dispositifs permettant protection et secours financier, et donc de patienter sans s’inquiéter (tout cela apparait de façon objective dans des échanges d’e-mails).

    Il n’a donc jamais été informé par l’administration qui s’est précipitée sur ses informations que pour bénéficier d’un tel statut, il fallait entrer ab initio dans une procédure particulière accordant un tel statut.

    Ce qui vous permet donc d’imaginer sans mal la position de l’administration aujourd’hui : une fois dénouée l’affaire grâce aux informations de premier ordre, celle-ci indique courageusement que l’informateur ne peut plus prétendre à aucune prise en charge à défaut d’avoir été considéré comme tel en temps voulu.
    […]
    Au lendemain du 25e samedi de mobilisation des gilets jaunes, cela fait penser à ce mot de Henry David Thoreau dans sa Désobéissance civile : « L’Etat n’est doué ni d’un esprit supérieur ni d’une honnêteté supérieure, mais uniquement d’une force physique supérieure ».

  • La Tribune, toujours aussi gauchiste (au moins dans les pages Idées)
    Pourquoi le luxe vole au secours de Notre-Dame ?
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/pourquoi-le-luxe-vole-au-secours-de-notre-dame-814845.html

    Pourquoi le luxe s’est-il porté aux avant postes de la volonté de refuser le destin annoncé et des forces de la reconstruction de Notre-Dame ? Éliminons d’emblée les thèses qui voudront ne voir là que stratégie de communication ou fiscale. C’est mal connaître les créateurs de ces groupes. En réalité, les causes sont d’une autre nature, liée à la fonction profonde du luxe et à la spécificité du luxe à la française.

    Le luxe, une origine religieuse
    Le luxe est l’industrie de l’excellence, mais elle a commencé comme une activité sacrée.
    […]
    Le luxe, une origine religieuse
    Le luxe est l’industrie de l’excellence, mais elle a commencé comme une activité sacrée.
    […]
    Or, le luxe se nourrit justement des inégalités, car il faut que certains aient plus d’argent pour que l’on puisse payer les objets à la hauteur de leur préciosité. Partout dans le monde, les classes sociales montantes veulent jouir de leurs efforts et se voir reconnues. D’où la croissance remarquable de l’industrie du luxe.
    […]
    Cultures du lieu, du temps, du sacré
    […]
    En réalité, l’industrie du luxe se veut elle aussi sacrée : ses marques parlent de leurs « icônes », elles bâtissent des « cathédrales » dans les capitales du monde entier, dédiées à la magnificence de la marque, au développement de la communauté des croyants, qui adhèrent émotionnellement. Aucune autre industrie ne valorise autant la notion de patrimoine, comme fondement de son unicité : les marques de luxe se projettent d’autant plus dans le futur qu’elles ont l’assurance de leur passé qui les distingue, comme il confère distinction aux adeptes de la marque.

    On comprend alors l’affinité profonde entre ce secteur et Notre-Dame, patrimoine de la culture française, de son histoire, là où se concentre le sacré national depuis huit siècles.
    […]
    Les familles, pas les marques
    Il n’aura échappé à personne que les maisons de luxe sont les nouveaux mécènes de l’art aujourd’hui. Hier les familles patriciennes de Florence ou de Venise encourageaient les arts, tout comme nos Rois de France avant que l’État ne se porte garant de la culture et de sa diffusion à tous en développant musées, écoles d’art, académies, etc. Mais l’État-providence ne peut pas tout. En outre, l’art est devenu un marché très spéculatif où les prix des tableaux ou sculptures s’envolent, car ces pièces sont uniques, donc objets de rivalité pour leur possession par les musées du monde entier, dont ceux, désormais, des pays émergents.

    L’État étant limité dans ses dépenses, le luxe est devenu mécène incontournable de l’art. Il en a les moyens et le savoir-faire. Cela s’inscrit également dans une démarche à long terme dite d’artification visant à transformer le non-art en art. Le luxe se veut le produit dérivé de l’art. D’où la multiplication des collaborations avec les artistes contemporains de tous pays, le sponsorship d’expositions grandioses hymne aux créateurs de mode, ou encore la création de musées comme la Fondation Louis Vuitton.
    […]
    On notera enfin que les offres de dons furent portées au nom des familles elles-mêmes, Pinault, Arnault, Bettencourt... certes à travers leurs fondations dont c’est la fonction, mais pas à travers leurs marques notoires. Car la portée symbolique eût été toute autre. La mise en avant des marques, c’est « faire du commerce », c’est réintroduire les marchands du temple au moment où l’édifice lui-même avait un pied à terre, et où toute idée d’intérêt à court terme est bannie. C’eût été surtout déroger au sacré...