Des médecins se mobilisent contre les opioïdes, nouveau fléau de la société américaine

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  • Des médecins se mobilisent contre les opioïdes, nouveau fléau de la société américaine
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    En 2016, selon des statistiques officielles, 64 000 Américains sont morts d’une overdose ; 20 000 morts sont imputables à l’analgésique Fentanyl, 14 000 à des opioïdes obtenus sur prescription médicale.

    Globalement, il est admis que plus de 11 millions de personnes font un mauvais usage des opiacés et que près de 2 millions souffrent de troubles qui y sont liés. Aussi, environ 80 % des personnes dépendantes à l’héroïne ont commencé avec des opioïdes obtenus sur prescription. Aujourd’hui, 76 % des Américains estiment que les surprescriptions d’antidouleur sont un problème de santé publique « grave ou très grave », selon Pew Research Center ; ils étaient 63 % en 2013.
    Des causes multiples

    Comme tous les experts qui ont travaillé sur le sujet, le docteur Meisenberg sait que les causes de cette épidémie sont multiples. Et il ne veut blâmer personne en particulier. Ni les entreprises pharmaceutiques, qui poussent à la consommation sans toujours prévenir des dangers – plusieurs d’entre elles sont actuellement poursuivies devant la justice américaine. Ni les patients, qui demandent à être soulagés à tout prix et qui ont pris l’habitude de noter leur médecin en fonction de leur degré de satisfaction. Ni les compagnies d’assurance qui remboursent mieux les antidouleurs puissants et addictifs. Ni les associations professionnelles de médecins qui, durant des années, ont défendu l’idée que la douleur des patients était sous-traitée.

    « Mais, au final, qui prescrit les opioïdes ?, demande M. Meisenberg. Ce sont les médecins. Les prescriptions excessives sont donc notre problème. » Fort de cette conviction, il a lancé une offensive auprès de plusieurs services de son hôpital – urgences et chirurgie orthopédique notamment – pour inciter les médecins à s’interroger sur leurs pratiques. « On leur a demandé le compte exact de ce qu’ils prescrivaient et pour quelles raisons. Certains ont été surpris de découvrir qu’ils prescrivaient autant d’opioïdes. »

    Barry Meisenberg reconnaît que cette enquête a bousculé la culture d’un milieu où les professionnels de santé n’apprécient guère d’être comparés à leurs confrères. « Mais dans leur entourage même, il y a des cas de personnes dépendantes. Face à un tel fléau, tout le monde a compris qu’il fallait faire quelque chose. »

    Et les résultats sont spectaculaires. Sur son ordinateur, le cancérologue montre des courbes descendantes. Entre janvier et juillet, le nombre d’opioïdes commandés a baissé de 29 % ; au service des urgences, les prescriptions ont diminué de 50 % ; la fréquence des rendez-vous qui ont débouché sur une prescription a connu une chute de 25 %.

    Une seule courbe est à la hausse et le médecin s’en réjouit : il s’agit du degré de satisfaction des patients dans le traitement de la douleur. En juillet 2016, 46 % estimaient qu’elle avait été bien gérée ; ils étaient 63 % un an plus tard, malgré une consommation revue à la baisse. Ces résultats vont à l’encontre des critiques craignant qu’une telle politique ne soit néfaste à la prise en charge des patients. « On aura toujours 1 % de gens mécontents, reconnaît M. Meisenberg, en précisant qu’il n’est pas question d’élargir cette expérimentation au département d’oncologie ni aux unités de soins palliatifs. Pour ces patients, pas question de limiter le nombre de pilules. »

    #Opioides