https://www.nouvelobs.com

  • Les Rolling Stones décident de ne plus jouer la chanson « Brown Sugar », accusée de racisme
    https://www.nouvelobs.com/musique/20211014.OBS49844/les-rolling-stones-decident-de-ne-plus-jouer-la-chanson-brown-sugar-accus

    Les Rolling Stones ont supprimé pour leur tournée américaine leur tube légendaire « Brown Sugar », dont les paroles évoquent l’esclavage, mais qui sont depuis longtemps taxées de racisme.

    « Vous l’avez remarqué hein ? », a répondu, un brin énigmatique, Keith Richards, le guitariste du groupe britannique, dans un récent article du « Los Angeles Times », où on lui demande pourquoi le morceau ne figure plus sur la liste des chansons jouées lors de leur tournée qui a démarré le 26 septembre, un mois après la mort de leur batteur Charlie Watts.

    « J’essaie de comprendre avec les autres où est le problème. Personne ne comprend que c’est une chanson sur les horreurs de l’esclavage ? Mais ils veulent l’enterrer. Pour le moment, je ne veux pas de conflit avec toute cette m… », a ajouté Keith Richards, cité par le quotidien californien.

    Pour autant, le guitariste de 77 ans ajoute : « J’espère que nous pourrons ressusciter le bébé un jour ». Et le chanteur Mick Jagger d’ajouter : "« Nous avons joué “Brown Sugar” tous les soirs depuis 1970, alors parfois on se dit “nous allons l’enlever pour l’instant et voir ce que ça donne” […]. Nous pourrions le remettre »."

    « Je me serais probablement censuré »

    Sorti en 1971, « Brown Sugar », l’un des morceaux les plus connus des « Stones », parle d’esclavage, de sexe et de drogue, à travers des images de femmes fouettées et d’hommes qui en profitent pour satisfaire leurs fantasmes.

    Ces dernières années, les critiques se sont fait de plus en plus entendre contre la chanson, jugée « raciste ». En 2015, « Brown Sugar » fut qualifiée de « grossière, sexiste et d’une stupéfiante violence pour les femmes noires », dans un article du « New York Magazine ».

    En 1995, dans une interview au magazine Rolling Stone, Mick Jagger avait concédé qu’il n’aurait « jamais écrit cette chanson aujourd’hui » : « Je me serais probablement censuré […] Dieu sait de quoi je parle dans cette chanson. C’est un tel bazar. Tous les sujets les plus obscènes réunis d’un seul coup »

  • Plus de 5 700 lits supprimés à l’#hôpital en 2020
    https://www.nouvelobs.com/societe/20210929.OBS49239/plus-de-5-700-lits-supprimes-a-l-hopital-en-2020.html

    Plus de 5 700 lits d’hospitalisation complète ont été fermés en 2020 dans les établissements de santé français, qui ont créé dans le même temps, près de 1 400 places d’hospitalisation partielle, selon une étude du ministère de la Santé publiée ce mercredi 29 septembre.

    #santé_publique #management

  • Les écologistes sont-ils enfin sortis de l’adolescence ?
    https://www.nouvelobs.com/chroniques/20210928.OBS49224/les-ecologistes-sont-ils-enfin-sortis-de-l-adolescence.html

    Sa campagne, si elle est réussie, va bouleverser le champ politique à gauche

    (...)

    Jadot, le père peinard de l’écologie, va-t-il dynamiter le terrain des progressistes, comme Zemmour met le feu à la droite et à l’extrême droite ?

    (...)

    La question, aujourd’hui, n’est plus tout à fait incongrue. Il aura été, au moins, l’artisan d’une mue des Verts, enfin sortis de l’adolescence. Mais est-ce si sûr ?

    #lol

    On a au moins l’Obs pour s’enthousiasmer à l’idée que cette « nature morte » soit candidat à l’élection.

  • « J’ai fini par céder » : on a tous une histoire de violence sexuelle
    https://www.nouvelobs.com/rue89/nos-vies-intimes/20171012.OBS5907/j-ai-fini-par-ceder-on-a-tous-une-histoire-de-violence-sexuelle.html

    « J’ai fini par céder » : on a tous une histoire de violence sexuelle
    Qui n’a pas une histoire de relation sexuelle qu’elle ou il aurait préféré éviter ? Attaquons-nous ensemble au concept de zone grise (qui nous pose problème).

    Ce mardi 6 mars est diffusé à 22h55 sur France 2 un excellent documentaire sur le consentement sexuel. Face caméra, intelligentes, belles, drôles et puissantes, des femmes racontent comment elles ont « cédé » à des rapports sexuels qu’elles ne désiraient pas.

    Les blessures que cela a laissées. On en pleure et on s’étonne de rire parfois aussi. A l’origine de ce documentaire Dephine Dhilly et Blandine Grosjean (ex-rédactrice en chef de Rue89).

    « Sexe sans consentement » : « Célia parle des mille voix qui résonnaient dans sa tête »
    Blandine a signé un texte dans Le Monde pour raconter son cheminement sur le controversé concept de la « zone grise ». Elle fait notamment référence à cet article donnant la parole à des jeunes femmes qui n’avaient pas consenti.

    Si ce documentaire est essentiel, c’est qu’il pousse à une prise de conscience majeure, pour les femmes comme pour les hommes. La seule critique qu’on puisse lui faire est d’avoir offert aux femmes un confort pour témoigner auquel les hommes interviewés n’ont pas eu le droit. Si les femmes racontent leurs histoires de leur canapés, chez elle ou dans leur salon, les hommes sont cueillis dans des festivals, ivres parfois. Dommage...

    Nous profitons de cette actualité pour vous proposer de relire cet article, publié en octobre dernier, dans lequel nous nous attaquons au concept controversé de « zone grise ».

    Il y a une histoire que Charlotte (un pseudo), une étudiante de 25 ans, raconte souvent à ses copines sur le ton de la blague.

    Ça s’est passé lors de son échange universitaire en Argentine, en soirée. Elle avait 20 ans alors, elle aimait faire la fête, et elle était à ce moment-là « vraiment ivre ». Un jeune homme l’a attrapée, emmenée jusqu’au balcon, lui a baissé le T-shirt et le soutien-gorge et s’est mis à lui lécher la poitrine.
    ""Je ne bougeais pas, j’étais plutôt inconsciente. J’ai vomi juste après.""

    Mais ça n’en est pas resté là :
    ""Il était toujours là, m’a embrassée et m’a traînée dans ma chambre. Un autre garçon me plaisait à l’époque, j’ai dit que je ne voulais pas.

    Je me souviens clairement d’avoir agrippé l’encadrure de la porte de la chambre pour ne pas qu’il m’y entraîne. Ma coloc française qui était là était bourrée aussi et aux prises avec un autre gars très ivre.

    Mon Argentin m’a dit que tout le monde était adulte ici et qu’il fallait laisser les choses se faire. J’ai abandonné la lutte.""

    Comme « ça n’était pas mauvais, physiquement parlant », c’est devenu une « anecdote » avec un fort arrière-goût de malaise. « Ce truc-là », que Charlotte range dans les « expériences sexuelles foireuses », lui est arrivé plusieurs fois.
    « Enormes malentendus »

    Pour elle, ce ne sont pas des viols, « plutôt des énormes malentendus » avec « des gens qui n’étaient pas violents, plutôt très axés sur eux et qui ne se posaient pas la question de mon consentement ».

    Charlotte a toujours raconté ces histoires en rigolant et avec une bonne dose de culpabilité. « Ils devaient se dire ’tant qu’elle est là dans mon lit c’est open bar’, et je n’ai pas bataillé beaucoup pour les convaincre de l’inverse. Parce que je me disais ’ça va être chiant, il va gueuler’, etc. »

    Ce que raconte Charlotte n’est pas anecdotique. Demandez autour de vous : qui n’a pas vécu une histoire similaire ?

    Nous en avons fait l’expérience en lançant un appel à témoignages sur la « zone grise du consentement ».

    Disons-le tout de suite. Ce terme nous pose un problème, car il sous-entend que le consentement est quelque chose de compliqué, alors que quand ce n’est pas oui, c’est non.

    On a utilisé ce terme parce que si on avait sollicité des témoignages de viols, tous ces cas considérés comme limites, flous, auraient été passés sous silence. Plus de 200 histoires nous sont parvenues, écrites dans une écrasante majorité par des femmes, dans des relations hétéros.

    C’est beaucoup (et beaucoup trop pour être lu d’une traite sans se donner mal à la tête et au bide) et cela nous fait dire que c’est une expérience aussi répandue que le harcèlement de rue.
    Méconnaissance du viol

    En parcourant les témoignages, on constate qu’on entre, à votre sens, dans la « zone grise » quand il y a un ensemble de « circonstances atténuantes » à l’agression sexuelle ou au viol – ce qui, dit comme ça, est problématique.

    La plupart des personnes qui témoignent n’utilisent pas le mot « viol » pour qualifier ces expériences-là.

    Elles disent « ce n’était pas vraiment un viol », « j’ai fini par céder », « je l’avais cherché », « il fallait y passer », « je l’ai fait par devoir conjugal », « par conformisme je suis allée jusqu’au bout » ou « pour lui faire plaisir »...

    Certains parmi vous, et c’est assez parlant, l’ont appelé « viol consenti ».

    « Cette histoire de zone grise, c’est très dangereux », nous a reproché une lectrice en colère. « A partir du moment ou ce n’est pas un oui clair, c’est non. Vous êtes dégueulasses et répugnants de parler de zone grise, ou de ’consentement flou’. »

    Parce qu’un viol est un acte sexuel non consenti, de très nombreux témoignages reçus pourraient être considérés comme tels au regard de la loi.

    On ne le dit peut-être pas assez : un viol n’est pas qu’un acte sexuel imposé face auquel la victime a crié « non ». Il peut y avoir viol sans manifestation explicite d’un refus, parce que la victime est paralysée par ce qui lui arrive, inconsciente ou pas en état de donner un consentement éclairé (droguée, alcoolisée...). Ce qui compte pour la justice est le consentement au moment des faits (et pas deux heures avant).

    Un viol n’est pas non plus ce qu’en dit l’imaginaire collectif (une ruelle sombre ou un parking souterrain, par un inconnu menaçant d’un couteau). 83% des femmes victimes de viol ou de tentative de viol connaissent leur agresseur.

    La zone grise, en creux, nous amène à la méconnaissance qui entoure la définition du viol et de sa représentation.
    Culture du viol

    Comme le dit la lectrice en colère, le consentement est clair et franc ou il n’est pas. Parce qu’elle établit une hiérarchisation, la zone grise peut être dangereuse car elle est une façon de se dédouaner pour les agresseurs.

    Jean-Raphaël Bourge, chercheur à Paris-VIII qui travaille sur le consentement sexuel, parle d’une « zone de refuge pour les violeurs, qui s’abritent derrière une ambiguïté ».

    Lana le dit autrement, à propos de son violeur auquel elle a dit non, « à demi-consciente », car ivre :
    ""Il devait être dans une zone grise, perdu entre sa stupidité et son érection ? Je lui ai clairement dit le lendemain que c’était un viol.""

    Pour Jean-Raphaël Bourge, la véritable « zone grise », ce flou du consentement concerne des « cas très rares », « mais elle est considérablement étendue par ceux qui veulent empêcher les femmes de disposer de leur corps, et on la laisse exister en rendant par exemple très difficile le fait de porter plainte pour viol ».

    Car la « zone grise » profite à la « culture du viol », et la nourrit. « J’en ai tellement marre des zones grises », lâche la réalisatrice féministe Lena Dunham, dans un génial épisode de la saison 6 de « Girls », illustrant la culture du viol.

    Hannah, le personnage qu’elle incarne, est chez un auteur qu’elle admire, accusé par plusieurs femmes d’abus sexuels. Quand il lui propose de venir près d’elle sur le lit, après une longue discussion, il sort par surprise son sexe et lui colle sur la cuisse. Comme par automatisme, elle le prend un instant dans sa main, avant de s’exclamer, en se relevant :
    " « Oh my fucking god ! » "

    Lena Dunham montre dans cet épisode qu’il peut y avoir agression sexuelle sans contrainte physique, relatait « les Inrocks », et que « les femmes se sentent obligées de rendre la pareille en faveurs sexuelles lorsqu’un homme, considéré plus puissant ou important, passe du temps à s’intéresser à elles ».
    « Résister pour mieux céder »

    La « culture du viol », c’est l’ensemble des représentations genrées de la sexualité et de la séduction qui permettent et encouragent les violences sexuelles. Laura (un pseudo), 26 ans, pour qui la zone grise n’existe pas, raconte distinctement comment la « culture du viol » a pu influer sur sa sexualité :
    ""Inconsciemment, je fonctionnais de cette manière : si un homme manifeste du désir pour moi, c’est que je l’ai provoqué, que je dois en être flattée et saisir l’opportunité. J’ai donc couché avec plusieurs personnes dont je n’avais pas réellement envie, à cause de ça.""

    Pour illustrer la culture du viol, Jean-Raphaël Bourge parle des manuels d’éducation à la sexualité du XIXe siècle, où on conseillait aux femmes « de résister pour mieux céder ». Citons aussi le porno ou les scènes de film et de série où « la fille finit par céder sous les baisers de son agresseur… hum... séducteur ».

    Tant que cette représentation existera, les cas de zone grise aussi. Car finalement, le consentement des femmes, dont la notion n’a émergé que très récemment, est encore un « assentiment au désir des hommes », explique Jean-Raphaël Bourge.

    Pendant longtemps, les femmes n’avaient pas voix au chapitre et le viol conjugal était institutionnalisé – le fameux « devoir conjugal ».

    Jean-Raphaël Bourge développe : « Il y a eu une première vague de prise de conscience avec le débat pour la vraie reconnaissance du viol dans les années 1970, et la lutte pour le droit des femmes à disposer de leur corps. Avant ça, le viol était une atteinte à l’honneur ou à la famille, bref au ’possesseur’ de la femme, mais pas à la victime. »
    Culpabilité

    Plus récemment, un assaut contre la zone grise est parti des campus américains. Des universités ont réglementé les relations sexuelles dans leurs établissements, après plusieurs affaires de viols en soirée étudiante, en obligeant chaque partenaire à vérifier le consentement de l’autre, avant mais aussi après la relation. « Ça peut paraître jusqu’au-boutiste, mais ça a été radical », complète Jean-Raphaël Bourge.

    Ce questionnement est arrivé jusqu’en France via les militantes féministes. Les affaires médiatiques (les affaires DSK, Baupin ou plus récemment les révélations sur Harvey Weinstein) contribuent aussi à faire émerger la question du consentement dans l’espace public.

    On pourrait donc conclure que la zone grise est un mythe et s’arrêter là, mais il ressort autre chose des témoignages lus et entendus.

    La « zone grise » est décrite, parfois, comme un refuge. Comme Fanny, 25 ans, qui parle « d’un mécanisme de protection » :
    ""Je voulais me dire que j’étais consentante, parce que je sentais que les choses pouvaient déraper, que je pouvais être violée." "

    Entrer dans des histoires de « zone grise » – la police judiciaire utilise le néologisme « miol » – nous amène vite en eaux troubles. « C’est le moment où on est mentalement engagée et où on ne se sent pas ou plus en capacité ou légitimité de dire non », résume Fanny.

    Viol ou rapport sexuel consenti ? Dans le doute, la police dit « miol »
    "C’est le moment où on dit oui parce qu’on n’ose pas dire non, où un silence ou une absence de réponse est interprété comme un oui", explique Lorene Carlin, sage-femme, qui a participé à une campagne sur le consentement à l’université de Bordeaux.

    Lucie (un pseudo) nous parle dans le questionnaire d’"un moment de fragilité et d’incertitude où le corps, le cœur et la tête envoient des messages contradictoires et où on ne parvient pas à dire son désarroi et où l’autre ne l’entend pas".

    Dénominateur commun de toutes ces histoires : un sentiment de culpabilité, où la victime a l’impression d’avoir en quelque sorte autorisé l’agression. Et donc de s’être privée du droit de se plaindre. Une des victimes d’Harvey Weinstein, l’actrice Lucie Evans, qui a subi une fellation forcée, l’exprime ainsi : « Je ne voulais pas le frapper ou me battre avec lui », puis « c’est un mec costaud, il était plus fort que moi », et enfin :
    " « J’ai en quelque sorte abandonné. C’est la partie la plus horrible de ça, et c’est pour ça qu’il a été capable de faire ça aussi longtemps à de si nombreuses femmes ; on abandonne et on a l’impression que c’est de notre faute. »"
    « Ça arrive avec mon conjoint »

    De nombreux récits reçus se situent au début de la vie sexuelle, en phase d’apprentissage.

    Ça peut commencer au premier baiser, celui dont on n’avait pas très envie, mais qu’on a fini par accepter, sous la petite pression des copains et copines ("allez, allez !").

    C’est la première fois « forcée », par le partenaire ou la pression sociale ("il faut le faire"). « J’avais 14 ans. Mon petit copain de l’époque savait parfaitement que je ne me sentais pas prête, et pourtant j’ai ’accepté’ pour qu’il reste avec moi », a-t-on lu par exemple.
    ""Je ne sais pas encore bien si cette relation évoquée juste au-dessus est incluse dans la zone grise ou si c’est carrément du viol.""

    Il y a tous ces cas où on « cède » pour être tranquille. Comme Amélie (un pseudo), hébergée chez un de ses collègues, qui s’est fait réveiller par des attouchements :
    ""Je commence à sombrer dans le sommeil, je pense même rêver qu’on me caresse et je trouve ça agréable... jusqu’à ce que je prenne conscience qu’il s’agit bien de la réalité.

    Je le repousse mollement, je n’ai que des bonnes raisons pour ne pas coucher avec lui mais j’en ai physiquement envie. Je finis par lui enfiler une capote, histoire d’avoir la paix.""

    Plus tard, Amélie, 24 ans, s’est mise en couple avec cette « relation malsaine », mais a fini par le quitter.

    Il y a aussi les pratiques imposées pendant un acte consenti. Il y a un an, bien après l’Argentine, Charlotte a été « sodomisée par surprise » par un plan de soirée « somme toute assez gentil ».

    Enfin, et c’est édifiant à la lecture, une majorité des expériences relatées prennent place au sein du couple. C’est Roxane, 30 ans, qui raconte :
    «  »Ça peut arriver avec mon conjoint, neuf ans de vie commune. Certains soirs où t’as pas tant envie que ça. Je le fais quand même mais en plein acte je me rends compte que j’ai qu’une envie, lui planter mes ongles dans le dos. Ça paraît bête mais en fait je n’avais pas envie."
    "

    Elle ajoute (et cela peut choquer) : « Ce n’est pas si grave, l’amour reprend le dessus. »

    Ou Catherine (un pseudo), 49 ans, prof : « Cela m’est arrivé de le faire ’pour faire plaisir’ à mon ou ma partenaire avant mes 30 ans. Cela m’arrive encore parfois parce que je n’ai pas envie de parler de mon absence de désir et que l’accord des désirs ça peut être compliqué (en fonction de l’état physique ou psychologique). »

    Bref, c’est gris, c’est flou, alors on se tait.
    « C’était pas agréable »

    Mais la notion de « zone grise », dans certains cas, déclenche une prise de conscience ("Il s’est passé un truc pas net pour moi").

    Certains nous ont remerciés d’avoir mis un mot sur leurs expériences, qu’ils ne veulent pas qualifier de « viol » ou même d’agression sexuelle, mais dont ils ne savaient pas quoi faire. C’est le cas de Charlotte, mais aussi de Victor (ce n’est pas son vrai prénom), dans le social.

    Cet homme de 41 ans s’est forcé avec sa partenaire actuelle, un matin où il n’en avait pas envie, mais où elle lui a sauté dessus ("gentiment, et avec beaucoup de tendresse", précise-t-il).
    " « J’avais honte de ne pas avoir su dire non, et c’était pas agréable. » "

    Coincé dans « les images de la virilité », il a hésité à nous appeler, mais avant de raccrocher, il nous glisse : « Votre zone grise, là, ça m’a tout de suite flashé. C’est chouette. »

    « Définir les différences entre zone grise et viol, c’est accepter que j’ai pu être violée », dit au téléphone Odile (un pseudo), une assistante de gestion de 38 ans, qui fait référence à une « relation malsaine » avec un ex-compagnon.

    Pendant ces moments, son corps tout entier exprimait son non-consentement. Il était rigide, sans élan, dans « une position d’acceptation mutique ». « N’importe quelle personne bien intentionnée devinerait facilement que je n’en avais pas envie. Il ne s’en souciait pas. »
    Banalité du mal

    « Cette notion de zone grise permet d’ouvrir la discussion et peut donc permettre de réaliser, de retravailler certaines situations pas/peu claires », résume Lorene Carlin, sage-femme à l’université de Bordeaux.
    «  »’J’ai été violée’ est une annonce qui peut être lourde de conséquence et stigmatisante.""

    Ça permet déjà d’en parler, comme un « marchepied ».

    Ella, 20 ans, le dit : « Pendant longtemps, c’était trop dur pour moi d’admettre que j’avais été violée et on ne pense pas à ce mot-là quand on a 15 ans. »

    Son premier petit copain la pressait de coucher pour la première fois. On le fait ? « Je lui avais répondu ’je ne sais pas’, il a insisté plusieurs fois, je l’ai laissé faire, paralysée. » La jeune femme a gardé peu de souvenirs du moment. « Je me suis sentie déchirée, c’était horrible. »

    A l’inverse, s’avouer à soi-même qu’on est un agresseur peut être très compliqué. Nicolas (un pseudo), 28 ans, cadre sup’, se souvient d’avoir lourdement insisté en lendemain de soirée, auprès de la fille avec qui il sortait.

    « J’estime avoir été dans cette zone grise, voire même plus car ne me suis pas posé la question de son consentement à ce moment-là », admet-il. « C’était purement égoïste, centré sur mon plaisir. »

    Plus tard, c’est en lisant un article sur la « zone grise » qu’il a identifié ce qu’il s’est passé. Récemment, Nicolas a envoyé à cette fille un mail d’excuses (resté sans réponse).

    Imaginer que le violeur est toujours un monstre pervers nous fait passer à côté de la banalité de la violence (Hannah Arendt disait « la banalité du mal »), de cette fameuse « zone grise ». Où il n’y a pas les méchants d’un côté, les gentils de l’autre.

    « Un acte de pénétration non consenti est un viol. Et ça peut arriver de façon involontaire de la part des différents individus au sein d’une relation. Il n’y a pas forcement volonté de malveillance », rappelle Lorene Carlin.
    Et la relation à soi

    Bref, pour faire reculer la zone grise, il faut que tous soient sensibilisés et éduqués au consentement.

    « Dans ma famille ou à l’école, personne ne m’a dit que si je disais oui pour un baiser ou un flirt en soirée je n’étais pas obligée d’aller jusqu’au bout et que ça ne faisait pas de moi une allumeuse », explique Fanny.

    Ella non plus ne se souvient pas avoir entendu ce mot à l’école. Pendant les cours d’éducation sexuelle, il était surtout question de « techniques » et d’apprentissage de la contraception.
    ""Il faudrait dans les cours d’éducation à la sexualité parler encore plus de consentement, de la relation à soi, à l’autre et du respect de tout ça", abonde Lorene Carlin. "

    Le consentement sexuel peut être simplement expliqué avec une tasse de thé, comme dans ce fantastique petit spot anglais. Est-ce qu’il viendrait à l’idée de forcer quelqu’un à en boire ?

    Le consentement peut être retiré à tout moment : on peut vouloir boire du thé mais changer d’avis ; on peut même proposer à l’autre de partager une tasse et pendant que l’eau bout, ne plus en vouloir. On peut accepter la tasse mais refuser le gâteau proposé avec. Cela va de soi : quelqu’un d’endormi ou d’inconscient n’a pas envie de thé. Consentir, c’est faire un choix libre et éclairé. Et « céder n’est pas consentir ».

    La plupart du temps, on apprend sur le tas, et à coups d’expériences douloureuses, à dire « non ». Fanny raconte qu’elle « date » beaucoup via des applications, et que ça lui permet de « s’entraîner » :
    ""Je m’affirme, je pose mes limites, c’est un apprentissage." "
    D’autres femmes sur l’épaule

    L’histoire d’une autre Fanny, 26 ans, surveillante, est parlante. Pendant ses années lycée, elle avait « une petite attirance » pour un garçon. Quand elle s’est retrouvée dans sa chambre, elle « ne savait plus » si elle avait vraiment envie de coucher avec lui.

    Si une copine l’avait appelée à ce moment, elle aurait eu une excuse pour partir, et s’il lui avait posé la question, elle aurait peut-être dit « non ». Mais elle s’est « mis la pression » pour « aller jusqu’au bout ». Le soir, elle a pleuré dans son lit :
    ""Je me sentais sale et je me demandais pourquoi je m’étais rabaissée à coucher avec ce type." "

    Pour la jeune femme, le féminisme, découvert plus tard, a été un déclic. Elle rit : elle a l’impression aujourd’hui d’avoir toujours une bande de meufs derrière son épaule qui l’avisent « ce n’est pas normal, ça ».

    Parce qu’elles sont là, Fanny ne se sent pas seule au moment de donner ou pas son consentement. Cet été, elle a d’ailleurs dit « non » (et ça s’est très bien passé). « Dire non, c’est faire confiance à l’autre. C’est aussi faire preuve de sincérité que de dire ’là je ne le sens pas, je n’ai plus envie »", ajoute-t-elle.
    Qui ne dit mot ne consent pas

    Mais c’est aussi OK de ne pas en être toujours capable. Et surtout, il ne s’agit pas seulement de savoir dire, mais avant tout d’entendre et de se soucier du consentement de l’autre.

    « Il y a du langage non verbal. Si je fais la gueule quand tu me souris dans la rue, ça veut dire que je ne veux pas que tu viennes me parler par exemple. Dans la sexualité, c’est la même chose », explique Jean-Raphaël Bourge. Qui ne dit mot ne consent pas par principe, contrairement à ce que dit le proverbe.

    En couple, on peut utiliser des codes qu’on a établis ensemble. Pour le reste, la première des choses est de parler, communiquer. « Avant de partir dans l’espace, on discute, on réfléchit », sourit Lorene Carlin, pour qui c’est faux de dire que discuter casse tout.
    " « Echanger, ça peut être romantique, doux, subtil, voire érotique. » "

    Au moindre doute sur les envies de l’autre, c’est pas compliqué : il faut poser la question.
    –—
    #viol #culture_du_viol

  • Livrer en moins de 10 minutes ? La guerre des courses contre la montre
    https://www.nouvelobs.com/conso/20210907.OBS48313/livrer-en-moins-de-10-minutes-la-guerre-des-courses-contre-la-montre.html


    Un livreur de chez Flink. (Yannick Stéphant pour « l’Obs »)

    Depuis quelques mois, des entreprises innovantes de livraison de courses en 10 minutes chrono se livrent une bataille sans merci pour remplir le frigo des urbains. Mais ce nouveau business est-il rentable ? Et socialement responsable ?

    Christopher, 28 ans, l’a testé à Courbevoie quand il était en télétravail : « J’étais très occupé, je ne voulais pas perdre de temps avec les courses et j’ai trouvé sur l’application tout ce que je mange d’habitude : pâtes, beurre, fromage… » L’application en question, c’est Gorillas, jeune entreprise allemande arrivée en France en février dernier avec une promesse : livrer les habitants des grandes villes en dix minutes chrono. Olivier, 43 ans, graphiste et père de famille, s’y est aussi mis pendant le confinement : « Dans les magasins, il fallait faire la queue. Mon temps de sortie quotidien, je préférais l’exploiter autrement ! Uber Eats était moins rapide et moins complet côté produits. »

    Quant à Alexandre, 24 ans, étudiant en finance, même s’il reconnaît que « ce n’est pas très raisonnable », il trouve plutôt chouette de commander une baguette avant d’entrer sous sa douche et de la récupérer en peignoir. Ces Parisiens, faut-il le préciser, ont chacun une boulangerie et un supermarché en bas de chez eux. Mais les prix sont les mêmes, et puis, résume Christopher, « moi j’aime la proximité pour aller chez le fleuriste ou au marché. Pour les courses de base, me faire livrer m’enlève une épine du pied. »

    #juste_à_temps #capitalisme_de_plateforme #logistique #commerce #e-commerce #livreurs #emploi #précaires

    • « Les acteurs du “quick commerce” veulent remplacer les magasins de proximité et redéfinir la relation avec les courses, voire avec l’alimentation » , Martin Cubertafond, Consultant en stratégie et enseignant Sciences Po , spécialiste des secteurs de l’alimentaire, de la distribution et du vin

      Le consultant en stratégie Martin Cubertafond décrit, dans une tribune au « Monde », les mutations profondes du marché de la distribution alimentaire qui mettent en péril les anciens champions du secteur, menacés par l’intrusion de « nouveaux barbares ».

      Tribune. Gorillas, Cajoo, Flink, Getir, etc. : inconnues il y a un an, ces start-up de livraison express de courses (le « quick commerce ») sont omniprésentes dans le centre des grandes villes. Elles offrent la possibilité de se faire livrer en 10 ou 15 minutes – soit moins de temps qu’il n’en faut pour se rendre dans un magasin et passer en caisse – 2 000 produits de première nécessité ou de plaisir (produits d’hygiène, pâtes ou lait, mais aussi planche apéro et bières), à des tarifs identiques, voire inférieurs, à ceux de la proximité urbaine, moyennant des frais de livraison de moins de 2 euros.
      Les entreprises se multiplient (huit à Paris), abreuvées par de généreuses levées de fonds, dans une course de vitesse qui rappelle l’essor des trottinettes électriques en 2018-2019. Pourquoi une telle frénésie ? Quel est le véritable enjeu de ce commerce rapide ?

      Crise de confiance

      Ce qui se joue derrière cette nouvelle offre destinée aux jeunes urbains pressés, qui pourrait sembler anecdotique, c’est la lutte entre deux modèles.

      D’un côté, une grande distribution en fin de cycle, « empire » chancelant ; de l’autre, des compagnies technologiques qui veulent transformer la façon de faire ses courses, voire de s’alimenter. Et, pour la première fois, ces « nouveaux barbares » sont en mesure de prendre le pouvoir.

      Fierté française au début du siècle, la distribution alimentaire est aujourd’hui en fin de cycle : après une longue phase de croissance, elle est arrivée dans sa phase de maturité, voire de déclin pour certains segments. Les scandales alimentaires (vache folle, viande de cheval…) ont généré une crise de confiance dans la consommation, qui se traduit par un besoin de réassurance et une défiance vis-à-vis des marques et de la grande distribution. Le succès de l’application Yuka, présente chez plus d’un tiers des ménages français, en donne une bonne illustration.

      Une phase de #déconsommation a commencé en 2017 en France : les Français dépensent plus, mais ils mettent moins de produits dans leur panier.

      Aujourd’hui, l’objectif est de manger mieux plutôt que de manger plus pour moins cher. C’est une remise en cause profonde du paradigme de la grande distribution et de l’industrie agroalimentaire depuis l’après-seconde guerre mondiale.
      Au même moment, la grande distribution est attaquée par de multiples innovations (ventes en ligne, livraison de repas, ultra-frais, vente directe du producteur au consommateur, etc.). Résultat : les consommateurs fragmentent de plus en plus leurs courses, préférant la promesse des spécialistes ou l’expérience en ligne à celles du « tout sous le même toit » de l’hypermarché.

      Panique

      Face à cette nouvelle donne, les distributeurs paniquent et se réfugient dans une guerre des prix. Résultat : leurs marges diminuent et ils offrent tous à peu près la même expérience. Ils n’ont pas encore compris que les consommateurs cherchaient autre chose.

      Depuis quelques mois, les services de « quick commerce » se développent donc à grande vitesse. Leur modèle opérationnel se fonde sur une application très ergonomique pour la commande (et la compréhension des consommateurs), des mini-entrepôts de 300 mètres carrés proches des zones d’habitation, pour préparer les produits en moins de trois minutes, puis des livreurs en vélo électrique pour effectuer la livraison dans un rayon de 1,5 km.

      Ces « nouveaux barbares » ont un ADN technologique et une vision centrée sur le client. Ils cherchent à améliorer la proposition de valeur par rapport aux magasins de proximité urbaine : gain de temps et service à la demande, au même niveau de prix.

      Les distributeurs historiques mettent en avant l’équation économique déficitaire de ces nouveaux concurrents. Dans leur grille de lecture, il est impossible de rentabiliser le coût de la préparation de la commande et, surtout, celui de la livraison, avec la marge brute dégagée par un panier de 25 euros. Il n’y a donc pas de danger, la mode va passer, les millions des investisseurs fondre comme neige au soleil et le commerce rapide disparaître.

      Redéfinition des priorités

      Sauf que… cette histoire a déjà été écrite. Quand Amazon a lancé son offre de livraison rapide illimitée Prime en 2005, il n’y avait pas de modèle économique non plus. Au sein même de l’entreprise, certains pensaient que cette offre allait provoquer sa faillite. Mais à la fin, la croissance du nombre de clients et de la fréquence d’achat a plus que couvert les coûts logistiques. Prime a transformé Amazon, et Amazon a transformé le commerce.

      C’est ce pari que font les acteurs du « quick commerce », et leurs investisseurs : ils veulent modifier les usages, remplacer les magasins de proximité et, plus largement, redéfinir la relation avec les courses, voire avec l’alimentation.

      Deux visions s’affrontent donc. Les distributeurs historiques, tétanisés par une évolution qu’ils peinent à comprendre, restent focalisés sur la structure de coûts de leurs réseaux de magasins et persuadés que seule la puissance d’achat permet de survivre. Les nouveaux commerçants font quant à eux un pari sur la demande, qu’ils cherchent à transformer durablement.

      L’enjeu de cette opposition de modèles et de visions va au-delà du segment de la proximité dans les grandes villes. Ce qui se joue actuellement, c’est la redéfinition des attentes et des priorités dans la consommation alimentaire et la création d’une nouvelle relation avec les consommateurs. Les pierres du futur modèle d’alimentation sont en train d’être posées. Les offres de livraison de restauration et de courses alimentaires convergent et certains acteurs de la transition alimentaire vers laquelle nous nous dirigeons sont probablement en train d’émerger.

      L’exemple de Tesla

      En effet, dans cet environnement mouvant, les nouveaux commerçants, avec leur ADN numérique et leur vision client ont un avantage concurrentiel. C’est là-dessus que misent les investisseurs, qui observent que dans une autre industrie, la capitalisation d’un nouvel entrant (Tesla, 750 milliards de dollars) équivaut à celle de tous les acteurs historiques cumulés, car les clients partagent sa vision et veulent faire partie de l’aventure. Un attrait qui fait écho au désamour pour les acteurs historiques de la distribution alimentaire.

      A moindre échelle, nous assistons au même phénomène avec le « quick commerce » : le leader états-unien, Gopuff, est valorisé 15 milliards de dollars, c’est plus que Carrefour (11,5 milliards d’euros, soit environ 13,5 milliards de dollars), le turc Getir 7,5 milliards de dollars, et le champion allemand Gorillas (créé en 2020) annonce une levée de fonds imminente (950 millions de dollars) avec une valorisation de 3 milliards de dollars, soit peu ou prou la capitalisation du groupe Casino.

      Les acteurs historiques ne pourront donc pas s’offrir les meilleurs de ces nouveaux concurrents ; ils risquent d’être dépassés. L’acquisition par GoPuff d’une chaîne de 185 magasins d’alcool en Californie pour 350 millions de dollars est, à ce titre, un symbole fort.

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/10/02/les-acteurs-du-quick-commerce-veulent-remplacer-les-magasins-de-proximite-et

      bien aérer après lecture :
      https://seenthis.net/messages/931717

      #économie #grande_distribution #fragmentation #quick_commerce

  • Pourquoi Sanofi ne s’est pas lancé dans la course aux vaccins anti covid-19 ?
    Pourquoi le personnel de santé est il aussi réticent à se faire piquer ?
    L’exemple du Dengvaxia, un Vaccin-chimère, recommandé par l’OMS, au départ.
    Toute ressemblance avec le covid-19 et ses variants ne serait que . . . . .

    Dengue : Sanofi au cœur d’une affaire de vaccin mortel aux Philippines Par Carol Isoux
    (Article du Nouvel Observateur, du 27 11 2018, ça date de l’époque où les journalistes faisaient encore leur travail).

    https://www.nouvelobs.com/monde/20181127.OBS6092/dengue-sanofi-au-c-ur-d-une-affaire-de-vaccin-mortel-aux-philippines.html

    Dans une salle au carrelage blanc, à l’arrière du parloir funéraire de Taytay à une vingtaine de minutes de Manille, le corps d’Elijah Rain De Guzman, 12 ans, repose sur une table en inox. Il est allongé sur le dos, ses jambes légèrement repliées.

    Les cinq légistes se préparent, enfilent les tenues de plastique bleu réglementaires et s’attellent à leur longue et pénible tâche. Pendant près de quatre heures, ils vont disséquer, prélever des échantillons de tissus, mesurer les organes : cœur, foie, cerveau…Tout est photographié avec soin. A l’extérieur, la famille attend.

    Des autopsies d’enfants comme celle-là, le docteur Erwin Erfe, qui travaille pour le bureau du procureur, en pratique deux à trois par semaine depuis quelques mois. Avec toujours les mêmes résultats : "Des hémorragies internes, notamment au niveau du cerveau et des poumons… et des organes enflés."  

    Pour lui, pas de doute, c’est le vaccin Dengvaxia, commercialisé par le laboratoire français Sanofi qui est responsable de ces morts. Son équipe de légistes a déjà identifié 103 cas concordants. Des enfants pauvres, qui n’ont pas un accès facile au système de soin.


    Le docteur Erwin Erfe devant le corps d’Elijah Rain De Guzman, 12 ans, pendant son autopsie à l’arrière du parloir funéraire de la ville de Taytay. Il est la victime présumée numéro 87 et avait reçu les 3 doses du vaccin Dengvaxia. Ci-dessous, sa mère, Fatima, lors d’une conférence de presse après les premiers résultats de l’autopsie. (Agnès Dherbeys/MYOP)

    Pour la procureure Persida Acosta, passionaria des inégalités sociales et star des réseaux sociaux, les responsabilités se partagent entre le laboratoire français qui a vendu "un vaccin dangereux", et le gouvernement philippin qui a mis en place une campagne de vaccination "massive et indiscriminée", dans des conditions déplorables. Sans informer le personnel de santé, sans exclure les enfants au système immunitaire compromis, sans suivi médical et souvent sans même demander le consentement des parents. Elle poursuit 38 personnes pour "conduite irresponsable ayant causé un homicide et négligence criminelle". Dont trois Français de Sanofi, qui ont tous déjà quitté le pays.

    Le Dengvaxia, un mauvais vaccin ?
    Le Dengvaxia s’annonçait pourtant comme un triomphe planétaire. En 2015, Sanofi-Pasteur confirme en grande pompe la mise sur le marché d’un vaccin révolutionnaire contre la dengue. C’est une première mondiale, le produit de vingt ans de recherche et 1,5 milliard d’euros d’investissements. La dengue, maladie virale transmise par le moustique, est en forte expansion dans le monde : elle affecte 100 millions de personnes par an et sa forme sévère, hémorragique, en tue 20.000, principalement des enfants et des femmes enceintes. Les centaines de milliers d’hospitalisations dues au virus représentent un coût important pour certains pays comme les Philippines.

    Pourtant, à y regarder de près, les résultats des premiers essais cliniques https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(14)61060-6/fulltext?code=lancet-site sont médiocres. 56% d’efficacité au bout de deux ans sur les enfants asiatiques (en clair, près de la moitié des participants ayant reçu l’injection ne sont pas immunisés), et ce chiffre chute largement les années suivantes. Surtout, un risque important apparaît chez les enfants les plus jeunes, qui ont presque huit fois plus de chance de tomber gravement malades après l’injection du vaccin. Plusieurs décès sont inexpliqués : les résultats indiquent que les chiffres et causes de la mort sont "cohérents avec les taux de mortalité de leur cohorte d’âge, principalement des blessures et des ’infections’"

    A y regarder d’encore plus près, ces résultats sont truffés de petites inexactitudes, des risques non-calculés, des détails qui manquent... "Pas une manipulation des chiffres à haut niveau, estime le docteur Antonio Dans, médecin et statisticien au Philippines General Hospital. Plutôt des complaisances de statisticiens qui veulent faire plaisir à leur hiérarchie."


    Le docteur Antonio Dans, en septembre. Médecin et statisticien au Philippines General Hospital, il a tenté d’alerter sur les résultats non concluants des premiers essais cliniques de Sanofi. (Agnès Dherbeys/MYOP

    Le pari risqué de Sanofi
    De toute façon, ces résultats importent peu, semble-t-il, à Sanofi, qui mise tout sur ce nouveau vaccin, coûte que coûte : dès 2009, bien avant le début des essais cliniques sur les humains, la firme a déjà investi 350 millions d’euros pour la construction d’une usine spécialement dévolue au Dengvaxia à Neuville sur Saône, près du siège de Lyon. Objectif annoncé à l’époque : produire 100 millions de doses par an. "Un pari industriel", selon Antoine Quin, alors directeur du site. "L’anticipation était le seul moyen de mettre des vaccins à disposition dans les délais impartis", justifie-t-on aujourd’hui au siège.

    Mais les clients potentiels sont sceptiques et les ventes peinent à décoller. Malgré une autorisation marketing dans plusieurs pays, les stocks ne s’écoulent pas. Les autorités sanitaires françaises par exemple, ne recommandent pas l’utilisation du Dengvaxia dans les territoires d’Outre-mer (Réunion, Guyane…) concernés par la maladie. L’année 2015 passe, Sanofi n’a toujours pas décroché le graal du marché des vaccins : un contrat public. "Il devenait très urgent pour eux de vendre, explique le docteur Francisco Cruz, épidémiologiste, ancien fonctionnaire au ministère de la santé philippin, certaines doses arrivaient à expiration en septembre 2017."


    Conférence de presse de la procureure Persida Acosta, avec le docteur Francisco Cruz, épidémiologiste et ex-fonctionnaire au ministère de la Santé philippin, et des familles de victimes présumées du Dengvaxia devant le département de la Justice, à Manille, en septembre. (Agnès Dherbeys/MYOP)

    En coulisses, le travail de lobbying des dirigeants du groupe bat son plein. Dès novembre 2014, le vice-président de Sanofi Jean-Luc Lowinski obtient une entrevue avec le président philippin de l’époque, Benigno Aquino III. Ils se rencontrent à l’ambassade des Philippines de Pékin, en marge du sommet APEC. Si la teneur exacte de leur échange reste secrète, quelques semaines plus tard, le labo français dépose une demande pour le Dengvaxia auprès de l’administration en charge de la régulation des médicaments du pays.

    50 millions d’euros 
    Quelques mois passent, et c’est la jeune ministre de la santé, Janette Garin, poulain du président et fraîchement nommée, qui se rend non seulement à Paris mais aussi à Lyon, où elle visite l’usine du Dengvaxia. Elle ne garde que des souvenirs flous du voyage, où elle a "beaucoup dormi dans des voitures et visité des églises, mais je ne sais plus lesquelles". Elle ne se souvient précisément d’aucune de ses entrevues avec Sanofi. Pas même de ce dîner, du 14 mai 2015 où selon un rapport de l’ambassade des Philippines à Paris elle discute du prix du Dengvaxia avec les dirigeants de Sanofi, dont Guillaume Leroy, l’actuel président France. Un dîner sur les Champs-Elysés peu cohérent avec le Code d’Ethique du laboratoire, mais "tout le monde le fait dans l’industrie pharmaceutique", balaie Garin d’un revers de main.

    Le prix indiqué sur le contrat de vente du Dengvaxia est donc fixé : 1.000 pesos la dose (17 euros) – un prix "outrageusement gonflé" estime le docteur Francisco Cruz pour un total de 3 milliards de pesos (50 millions d’euros). C’est plus que l’ensemble du budget alloué à tous les autres programmes de vaccination aux Philippines réunis, alors que la dengue ne fait pas partie des dix premières causes de mortalité.

    Or, les documents du département du Budget indiquent que ce sont 3,56 milliards qui ont été demandés et mis à la disposition du ministère de la santé pour le programme anti-dengue : 556 millions de pesos (9 millions d’euros) manquent à l’appel. "C’est l’appât du gain, qui a tué ces enfants", estime la procureure. Des procédures pour abus de biens publics et enrichissement personnel sont en cours contre l’ex-président et l’ex-ministre de la Santé au bureau de l’"ombudsman" des Philippines.


    L’ancienne ministre de la Santé des Philippines, Janette Garin, a été inculpée dans l’affaire du Dengvaxia. (Agnès Dherbeys/MYOP)

    Derrière le vaccin, un agenda politique
    A leur retour du Sommet de la Cop 21 en décembre 2015 à Paris, où le président Aquino et Garin rencontrent à nouveau les dirigeants de Sanofi, les officiels du ministère de la santé s’activent pour mettre en place en quelques semaines une immense campagne de vaccination, sur près de 800000 enfants. "Une folie, estime Paulyn Ubial, qui a succédé brièvement à Garin à la tête du ministère de la santé. Normalement, on a besoin d’un à deux ans pour préparer les communautés, le secteur de la santé, à un nouveau vaccin, et on commence avec une population cible d’environ 40.000 individus." Mais une échéance majeure approche : les élections présidentielles d’avril 2016.

    "Il était vital que la campagne puisse être mise en place et annoncée avant les élections", se souvient Paulyn Ubial. Pour accélérer les choses, les officiels philippins n’hésitent pas à enfreindre plusieurs règles, notamment la procédure d’attribution des marchés publics. Janette Garin s’auto-nomme directrice de l’Agence du Médicament l’espace de quelques semaines, juste le temps de décréter une autorisation immédiate de mise sur le marché pour le Dengvaxia sans passer par les circuits officiels. Dès le mois de janvier, l’annonce est faite : 1 million d’enfants philippins bénéficieront gratuitement de ce vaccin miracle grâce au gouvernement.

    Le Dengvaxia pourrait rendre vulnérable
    En réaction, les premières voix s’élèvent dans la communauté scientifique aux Philippines et à l’étranger. Notamment, aux Etats-Unis, celle du Professeur Scott Halstead, 82 ans, un spécialiste mondialement reconnu de la maladie, qui s’inquiète et envoie même une vidéo diffusée au Sénat philippin pour exhorter à suspendre le programme de vaccination.

    De ses décennies de recherche il a remarqué que le virus de la dengue opérait selon un mécanisme singulier : l’ADE, Antibody Dependant Enhancement (Facilitation de l’infection par les anticorps), au cours duquel les anticorps développés lors d’une première attaque de dengue peuvent se retourner contre l’organisme lors d’une deuxième attaque par une souche différente, aidant le virus à passer les barrières du système immunitaire ; raison pour laquelle c’est en général la deuxième attaque qui est fatale.

    En reproduisant une première contamination, le Dengvaxia peut rendre les personnes qui n’ont jamais été infectées par le virus plus vulnérables à une deuxième attaque, au lieu de les protéger. Ce risque dure toute la vie mais il est particulièrement élevé la troisième année après l’injection. C’est ce mécanisme qui est à l’origine des résultats inquiétants des essais cliniques sur les enfants jeunes, dont une grande partie n’avaient jamais été exposés au virus. Plus les enfants grandissent et plus ils ont une chance d’avoir déjà été contaminés, sans forcément développer de symptômes.

    L’âge de 9 ans, choisi comme seuil de sûreté par le laboratoire, est donc tout à fait arbitraire : "le risque ne diminue pas magiquement pour les personnes séronégatives avec l’âge", s’indigne le professeur Halstead. Les estimations font état de 10 à 20% d’enfants séronégatifs vaccinés. Pour lui, ceux qui ont lancé ce vaccin, ont fait preuve d’un "cynisme total, où on considère que si mathématiquement le bénéfice global pour la société est positif, et si les coûts d’hospitalisation sont réduits, alors peu importe d’affecter la santé de certains, alors que c’est contraire aux principes les plus élémentaires de la médecine".

    Rien n’y fait, la vaccination commence. Pas dans les provinces les plus touchées par la dengue, mais dans celles qui présentent la plus forte concentration d’électeurs. Pour les photos de presse le jour du lancement, on a distribué aux enfants des tee-shirts jaunes, couleur du parti au pouvoir. Les injections se déroulent d’abord dans les écoles, puis dans les centres de santé des barangays, quartiers, dont la plupart ne disposent même pas de médecin. 

    Dans de nombreux cas, les parents ne sont pas prévenus. La mère de Riceza Salgo, 12 ans, morte d’une attaque de dengue hémorragique raconte :
    “"Je n’ai découvert qu’après sa mort, dans les papiers de l’école, que ma fille avait reçu le Dengvaxia."”
    Le système de filtrage des enfants au système immunitaire affaibli n’est pas appliqué. "Les enfants qui avaient des maladies préexistantes, diagnostiquées ou non, ont eu droit eux aussi à l’inoculation du virus", déplore le docteur Erfe. Parmi les victimes potentielles du Dengvaxia, des enfants qui avaient un lupus, une leucémie, un cancer… Romeo Cariño, le père de Roshaine, 12 ans, regrette :
    “"Peut-être que mon fils aurait fini par mourir de sa tumeur. Mais j’aurais eu quelques mois, un an de plus avec lui. Ils m’ont privé de ça."”


    Dessins et portrait de Riceza Salgo, 12 ans, morte d’une attaque de dengue hémorragique. "Je n’ai découvert qu’après sa mort, dans les papiers de l’école, que ma fille avait reçu le Dengvaxia", raconte sa mère. (Agnès Dherbeys/MYOP)

    Vaccin-chimère
    Le Dengvaxia est un vaccin-chimère, c’est-à-dire qu’il est composé de deux virus combinés, celui de la fièvre jaune et celui la dengue. "Sanofi a créé un nouveau virus, explique le professeur Halstead. Il est difficile de prévoir comment il va évoluer." Selon les médecins du bureau du procureur, en plus des décès dus à la dengue hémorragique, certains enfants sont morts d’un accès de maladie viscerotropique ou neurotropique (une infection des viscères ou du cerveau), effet secondaire du virus de la fièvre jaune présent dans le vaccin. Si ces maladies sont mentionnées sur la notice comme des risques potentiels du vaccin, Sanofi affirme qu’il n’y a eu aucun cas lors des essais cliniques.

    En revanche, le laboratoire a fini par admettre en novembre 2017 "un risque accru de dengue sévère pour ceux qui n’ont jamais été exposés au virus". Le programme de vaccination est suspendu. Aux Philippines, la paranoïa monte : près d’un million d’enfants ont été vaccinés, sans test préalable et dans une désorganisation totale. Le ministère ne dispose pas de liste précise de noms.

    En plus des 500 morts rapportées par des parents paniqués au bureau du procureur, des milliers d’enfants ont été hospitalisés. Certains ont besoin d’opérations, pour résorber le sang après des hémorragies sévères. La plupart des familles n’en ont pas les moyens. 
    Pour l’instant, la ligne de défense principale de Sanofi est de pointer qu’aucun de ces problèmes n’a été signalé dans les 19 autres pays où le vaccin est commercialisé. Mais il est réservé dans ces pays au secteur privé, pour des familles qui ont les moyens d’un suivi médical.
    Le seul autre programme public de vaccination, au Brésil, s’est effectué principalement sur des individus entre 15 et 27 ans. Le laboratoire, qui a refusé toute interview pour cet article, se dit prêt à indemniser les victimes si une "causalité entre les cas et le vaccin est établie sur des bases scientifiques et si la responsabilité de Sanofi est établie sur des bases juridiques".

    Or même si dans certains cas le vaccin a favorisé l’apparition de la dengue hémorragique, la cause de la mort reste la maladie, non le vaccin. Une éventuelle faute restera donc difficile à prouver et l’affaire promet d’être un casse-tête juridique.

    Carol Isoux

    Pour compléter :

    Sanofi et son Dengvaxia visés par des poursuites par les Philippines (Mars 2019)
    https://www.youtube.com/watch?v=KIyThR1V2vQ

    Philippines : Benigno Aquino entendu sur le scandale du Dengvaxia (Décembre 2017)
    https://www.youtube.com/watch?v=ppKiATeI8-w

    Sanofi : la mévente du vaccin contre la dengue met en péril le site de Neuville/ Saône (Novembre 2017)
    https://www.youtube.com/watch?v=ocbZC7vQqMU*

    Wikipédia : Vaccin contre la dengue (Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil sur wikipédia) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vaccin_contre_la_dengue#Controverse_aux_Philippines

    Mes vaccins.net : https://www.mesvaccins.net/web/vaccines/539-dengvaxia

    Dengvaxia, le fiasco d’un labo, France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-mediatique/la-fabrique-mediatique-du-samedi-14-novembre-2020


    https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/16743-14.11.2020-ITEMA_22483812-2020C26727S0319.mp3

    #covid-19 #coronavirus #confinement #en_vedette #crise_sanitaire #vaccination #pandémie #surveillance #santé_publique #pass_sanitaire #solidarité #dengue #virus #innovation #sanofi #enfants

  • TRIBUNE. « La critique de gauche du pass sanitaire se perd dans une impasse confusionniste », Philippe Marlière
    https://www.nouvelobs.com/idees/20210814.OBS47507/tribune-la-critique-de-gauche-du-pass-sanitaire-se-perd-dans-une-impasse-

    (...)le pass sanitaire est une pseudo-mesure bricolée à la va-vite pour pallier les carences graves de l’État social depuis le début de la pandémie (et avant) : absence d’investissement dans la santé publique (personnel et parc hospitaliers) ; campagne de vaccination erratique qui laisse de côté des populations précaires (les classes populaires, les racisés et la jeunesse) ; et messages sanitaires incohérents, voire mensongers (masques, gestes barrières).

    [...]

    L’opposition au pass sanitaire est l’occasion de nombreuses manifestations confusionnistes à gauche. Pour ne citer que les prises de position les plus visibles dans les médias ces derniers jours : la signature de tribunes aux côtés de personnalités de la droite dure (exemple : dans « Libération » du 6 août, Sébastien Jumel, PCF, et François Ruffin, LFI, aux côtés de François-Xavier Bellamy, le député européen issu de la Manif pour tous) ; des prises de position démagogiques au ton apocalyptique d’intellectuels de gauche (exemple : Jean-François Bayart sur son blog hébergé par Mediapart, le 20 juillet), les amalgames catastrophistes à penchant conspirationniste (exemple : Barbara Stiegler sur le site Reporterre, le 31 juillet) ; le repli virulent sur les positions anti-vaccin et anti-science de l’extrême droite (exemple : Laurent Mucchielli, passé de Mediapart à France Soir) et, de manière générale, une surenchère verbale brodant ad nauseam sur la soi-disant mise en place d’une « dictature » ou d’un « apartheid sanitaire ».

    À quel point de déboussolement confusionniste en est arrivée la gauche radicale française pour que des dirigeants d’Attac, de la Fondation Copernic, de LFI ou du NPA parlent ensemble le 22 juillet dans « Libération » de « la société de contrôle généralisé » en s’associant aux manifestations en cours ?

    Encore plus dangereuse est la croyance dans certains milieux de gauche que les cortèges anti-pass sanitaire esquissent un grand mouvement social et pro-libertés publiques. Jean-Luc Mélenchon a qualifié ces marches de « révolutions citoyennes observées dans le monde ». Cette illusion, qui ne repose sur aucune donnée tangible ou recherche de terrain, est pourtant communément développée sur les réseaux sociaux et dans certains médias orientés à gauche. Une lecture attentive des reportages de terrain, des interviews de type micro-trottoir, ainsi que le visionnage de vidéos des manifestations anti-pass sanitaire semblent, au contraire, contredire cette hypothèse.

    Les données observables montrent que dans ces cortèges anti-pass sanitaire on parle peu du… pass sanitaire, mais beaucoup du vaccin, que nombre de manifestants rejettent. L’opposition catégorique au pass sanitaire est davantage le fait d’intellectuels de gauche que de la masse indistincte des manifestants. Il semblerait que les manifestations anti-pass sanitaire soient un sideshow ; une distraction servant à amorcer un positionnement plus controversé au sein du public : le rejet du vaccin.

    La gauche commet une erreur d’appréciation grave en considérant que les populations anti-vaccin sont essentiellement les classes populaires précaires et racisées des zones urbaines. Celles-ci sont absentes des cortèges. Y sont surreprésentées les classes moyennes blanches et d’âge mur.

    Nébuleuse

    Une étude de la Fondation Jean-Jaurès (publiée le 9 août) portant sur la « défiance anti-vaccinale dans le Sud de la France » montre que les anti-vax constituent des populations sociologiquement et politiquement hétérogènes. La galaxie (ou nébuleuse) vaccino-sceptique se caractérise pour une forte appétence pour les médecines douces et alternatives, attractives auprès des cadres et diplômés du supérieur, pour les modes de vie New Age et alternatifs, néoruraux, retraités ou membres des petites classes moyennes se soignant par les plantes plutôt que par la médecine conventionnelle et les vaccins.

    • Mobilisations anti Pass sanitaire : Emmanuel Macron ou l’exacerbation d’une crise de régime latente

      Le mouvement est profond ; il dépasse de loin la question vaccinale, même si celle-ci est à l’origine de sa gestation . Il pose d’abord la question des fondamentaux de nos institutions : l’urgence sanitaire légitime t’elle la restriction d’un certain nombre de libertés et du principe d’égalité ? Le conseil constitutionnel a répondu favorablement mais une partie de l’opinion ne se satisfait pas manifestement de cette réponse . L’amplification territoriale du mouvement , au cœur de l’Eté, constitue un avertissement non seulement pour l’exécutif mais également pour la représentation nationale qui a approuvé le dispositif. La mobilisation est portée certes par le refus du passe-sanitaire mais elle agrège également tout un héritage de mécontentements et de colères qui ont grevé le mandat d’Emmanuel Macron depuis cinq ans . Il y a là quelque chose qui porte l’empreinte d’une crise latente de régime dont Emmanuel Macron n’est pas le responsable exclusif mais qu’il a exacerbé sans doute par sa pratique du pouvoir et l’expression publique de sa majorité . La motricité du mouvement auquel fait face le pouvoir est à ce stade lié , malgré quelques incidents assez relatifs, à son caractère non-violent . L’entreprise de disqualification esquissée par certaines déclarations politico-médiatiques pour l’instant se heurte à une dynamique d’ensemble qui s’interroge sur notre modèle de société . Sa signification est à rechercher dans une critique de la montée en puissance de ce que l’on appelle la gouvernance des conduites , c’est-à-dire de pouvoirs qui souvent ne répondant pas aux besoins stratégiques et régaliens des sociétés , entreprennent d’imposer toujours plus de contraintes à nos comportements collectifs et individuels. Il me parait important d’entendre ce que dit le surgissement de cette mobilisation plutôt que de la caricaturer.

      Arnaud Benedetti

      ⁩mon interview ce 15 Août dans ⁦atlantico.fr

      https://twitter.com/Benedetti65/status/1426842156845703176

      #Pass_Sanitaire #Pandémie #Covid-19 #Emmanuel_Macron

    • Le Pass Sanitaire est une mèche longue

      Les faits fonctionnent comme des mottes d’herbe : chaque brin est singulier, mais le tout se tient par les racines. C’est le cas pour la série des actuelles manifestations hebdomadaires, les innombrables incidents de la mise en œuvre du contrôle généralisé des Pass sanitaires, l’insupportable situation faite aux Dom et Tom aux Antilles et à la Réunion, et les rebonds impréparés de la pandémie. Tout se tient et forme un processus unique.

      Dès lors, la crise sanitaire est devenue une question entièrement politique, autant dans les faits que progressivement dans la conscience collective. En atteste le déploiement complet de l’arsenal habituel de la propagande gouvernementale : les manifestants seraient des antisémites, au service politique « des extrêmes », ce seraient des « égoïstes » qui revendiquent le droit de mettre la vie des autres en danger au motif de leur liberté individuelle. Et ainsi de suite. On retrouve quasi mot pour mot le même arsenal que contre les gilets jaunes ou les autres mouvements depuis l’élection de Macron.

      C’est contrariant, cela empêche de réfléchir sur des faits et c’est souvent insultant. Mais ce n’est pas sans intérêt. Cela fonctionne aussi comme un vaccin. Car le grand nombre apprend à repérer ce discours type et chaque conscience produit ses anticorps. D’ailleurs, comme on peut l’observer : les marches du samedi ont été en participation croissante. Les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur lui-même en attestent. Ensuite il y a ce que l’on sait si l’on se renseigne par soi-même. Pour ma part je dispose des informations données par les Insoumis(es) nombreux à être présents dans les marches. Ils voient beaucoup de gens manifestant pour la première fois. Ils les voient venir souvent en famille et les cortèges mêlent vacanciers et gens du cru.

      Une autre observation : on voit des groupes de professionnels de santé, des pompiers, des groupes professionnels prendre la tête des cortèges, avec une approbation de tous. Cette présence exprime un message autrement plus significatif que celui des provocateurs antisémites d’extrême droite qu’il vaudrait mieux punir plutôt que de leur faire de la publicité. Cela montre que le lien entre le refus du Pass, la défense des libertés publiques et l’existence d’un service public de santé de bon niveau se fait dans les esprits. Ce ne sont pas des thèmes neutres politiquement.

      Certes, même en dehors des épiphénomènes lamentables sur lesquels se focalise la propagande gouvernementale, il y a une très grande diversité des motivations de présence dans ces marches. Ce n’est pas nouveau, ni réservé à ce seul cas. Les raisons d’agir sont toujours très variées dans un mouvement social de masse. Toujours. Les syndicalistes le savent bien. C’est pourquoi ils ont l’habitude d’appeler à l’action sur un mot d’ordre simple, capable de fédérer le plus grand nombre. Mais les marches du samedi ne sont pas des marches syndicales. Les syndicats n’y appellent pas. Je le regrette. Au total, en dépit de toutes les provocations du pouvoir et de ses relais d’expression, le mouvement ne peut être politiquement attribué. À cette étape, c’est sa force et la meilleure garantie pour sa cohésion. C’est pourquoi je prends avec le sourire de l’expérience les curieuses injonctions de ceux qui exigent de la FI qu’elle « appelle à la désobéissance », qu’elle « s’engage dans les marches » et ainsi de suite. Les mêmes souvent crieraient aussitôt à la « récupération » si nous le faisions et tous les micros leur seraient tendus ! En toute hypothèse, il n’en est pas question ! Je suis certain que ce serait nuire au mouvement cela le rétrécissait et donnerait un argument au régime macroniste pour le diviser.

      Dans le contexte, notre position est établie de longue main : nous voulons l’abrogation du Pass Sanitaire. Nous ne le croyons pas du tout efficace pour contenir la pandémie – au contraire. Le Pass sanitaire répand l’illusion de l’immunité de ceux qui en sont titulaires, il sert de prétexte au régime macroniste pour ne rien faire d’autre et met en place un système de contrôle généralisé profondément discriminant et socialement insupportable. Nous avons mené la bataille jusqu’au bout à l’Assemblée nationale et au-delà contre ce Pass.

      À présent ceux des nôtres qui le veulent et qui le peuvent participent aux marches du samedi. C’est important d’y être. D’abord pour renforcer l’action elle-même. Ensuite pour refuser la logique d’éclatement du mouvement que souhaitent réussir ceux qui veulent entrainer tout le monde dans leur direction exclusive. Nous luttons pour l’abrogation du Pass sanitaire. Voilà la raison de la présence de mes amis dans les cortèges. pour le reste, les insoumis sont aussi bigarrés que le mouvement lui-même. Certains sont pour la vaccination, d’autres dubitatifs sur les vaccins proposés. Certains n’ont confiance qu’en notre plan de la société par roulement, d’autres pensent que l’immunité collective est hors de portée du fait des mutations de ce virus. Et ainsi de suite sur une vaste palette d’analyses et d’appréciations. Mais l’essentiel est le but commun qui nous rassemble dans cette action : l’abrogation du Pass sanitaire.

      À mes yeux, la nouvelle étape politique ouverte par cette mise en mouvement populaire ne fait que commencer. Le phénomène que constitue ces marches, comme celles des gilets jaunes à leur commencement, est d’un ordre particulier. On l’observe dans le monde entier depuis maintenant dix ans. En le voyant déboucher dans tous les pays concerné vers des crises politiques marginalisant les pouvoirs en place, nous l’avons appelé « révolution citoyenne ». Cela permet de les distinguer des autres formes traditionnelles de mouvement sociaux dont l’épicentre est l’entreprise et dont l’acteur social reste directement le salariat.

      Pour résumer, cela désigne une catégorie de mouvements socio-politiques particuliers. Son acteur est le « peuple », catégorie qui englobe tous ceux qui ont besoin des réseaux collectif pour assurer leur existence (santé, énergie, transports, alimentation, etc). Ces mouvements expriment la volonté de contrôle des personnes sur les décisions qui s’appliquent à elles et leur famille quand le pouvoir politique s’avère impuissant à régler un problème et qu’il devient alors lui-même le problème aux yeux de gens de toutes opinions. De tels mouvements populaires ont des caractéristiques communes désormais toutes clairement répertoriées (je renvoie ceux que cela intéressent à mes textes à ce sujet). En France comme au Liban, en Algérie ou en Tunisie, au Chili et ailleurs ce mouvement se déploie par vagues successives. Chaque étape s’alimente de l’impact des précédentes sur la société dans son ensemble.

      La nouveauté pour ce qui nous concerne, c’est que la séquence qui s’ouvre dispose d’un horizon qui peut fonctionner comme un débouché politique : l’élection présidentielle de 2022. Il est donc légitime d’en parler et encore plus de demander à ceux qui sont candidats à la présidentielle ce qu’ils feraient sur ce sujet le moment venu. Et je note le silence à ce propos de tant de figures politiques qui sont en campagne interne, ou qui ont pour activité et pour projet de « se préparer » des mois durant ou qui comme madame Le Pen sont aux abonnés absents depuis des mois pour ne fâcher aucune des tribus composites qui forment son assise. Un vieil adage dit pourtant : on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens…

      JLM

      https://melenchon.fr/2021/08/13/le-pass-sanitaire-est-une-meche-longue

    • Nantes Révoltée
      @Nantes_Revoltee
      L’absence de critique de la #gaucheNouvelObs contre le Pass Sanitaire et l’ordre technopolicier se perd dans une #impasse-liberticide...

      la peur de la convergence des luttes sans aucun doute . Surtout que « gôche » de gouvernement est complice de Macron en faisant la promotion de la vaccination obligatoire qui est juridiquement contestable avec une autorisation de mise sur le marché conditionnelle.

      https://twitter.com/Nantes_Revoltee/status/1426872690149888002

    • @rastapopoulos d’autant que reste la question de fond : avec qui défilent tous ces gens qui « s’insurgent » contre le passe sanitaire ? Avec les pires crevures d’extrême-droite. Trop contents doivent être ces salopards de surfer sur l’émotion (légitime) de voir la classe dominante écraser les classes dominées, et là où se fourvoient ces dernières : de ne pas voir que c’est pour mieux diviser les classes dominées.

      Tristesse infinie de voir des gens que tu considérais comme des camarades se fourvoyer dans ce cloaque et embrasser les discours putrides de des gens. Effets immondes des réseaux asociaux.

      Les temps sont dangereux.

    • Dans le texte chez Mélenchon, la seule mention de la vaccination, c’est :

      pour le reste, les insoumis sont aussi bigarrés que le mouvement lui-même. Certains sont pour la vaccination, d’autres dubitatifs sur les vaccins proposés. Certains n’ont confiance qu’en notre plan de la société par roulement, d’autres pensent que l’immunité collective est hors de portée du fait des mutations de ce virus. Et ainsi de suite sur une vaste palette d’analyses et d’appréciations. Mais l’essentiel est le but commun qui nous rassemble dans cette action : l’abrogation du Pass sanitaire.

      Ah ben voilà, « certains » sont « dubitatifs », « d’autres pensent » des trucs sur l’immunité collective, alors on ne va pas faire notre boulot de groupe politique qui se présente comme progressiste et populaire, et bosser à convaincre les gens proches de nous de se protéger et de protéger les autres, on va juste instrumentaliser leur ressenti et reprocher à Macron de ne (justement) pas faire de pédagogie.

    • Certains sont pour la vaccination, d’autres dubitatifs sur les vaccins proposés.

      – La réalité sur les vaccins arrive au compte goutte :

      #Covid19 : efficacité de 76% du vaccin #Moderna contre le variant Delta, mais de seulement 42% pour le vaccin #Pfizer (étude américaine)
      ► Détails avec @HannaPapiach

      https://twitter.com/i24NEWS_FR/status/1425710807090876418

      – « La vaccination est un outil essentiel de lutte contre le Covid, mais il est dangereux de la faire passer pour une arme exclusive, comme le suggère l’imposition du passe sanitaire. Le "modèle de l’emmental" reste la meilleure illustration de la bonne stratégie contre l’épidémie. »


      https://twitter.com/gunthert/status/1426830258989322242

    • Marielle : donc il s’agit bien de se positionner contre la vaccination, avec des arguments foireux :

      #Covid19 : efficacité de 76% du vaccin #Moderna contre le variant Delta, mais de seulement 42% pour le vaccin #Pfizer (étude américaine)

      Bon sang que cette lecture est orientée (ce sont des chiffres supposés de réduction du risque de contamination). Tous les vaccins protègent à 80% contre les hospitalisations, et encore plus contre le passage en réanimation, et contre les décès. Et dans le modèle de l’emmental, si tu as un geste barrière qui empêche 80% des hospitalisations, tu n’es plus du tout dans le même ordre de grandeur que les autres gestes, et surtout tu ne te permets pas de dire qu’on peut s’en passer, parce que les autres gestes suffiraient. (Sans compter qu’il est connu que le variant Delta, nettement plus transmissible, met à mal l’efficacité attendue des gestes barrières. Sans compter non plus que jusqu’ici ce ne sont pas les gestes barrières qui ont mis fin aux précédents épisodes, mais des mesures de confinements et de fermetures des lieux de rassemblements, généralement considérés comme bien plus liberticides que la vaccination. Et sans compter que les gens qui manifestent contre les passe sanitaire sont aussi déjà très peu friands de porter le masque…)

      Ça me confirme dans la lecture qu’il s’agit pour ces gens de reprocher au gouvernement de ne pas faire de pédagogie (ce qui n’est pas faux), tout en refusant absolument d’en faire soi-même via sa propre organisation politique.

    • Donc il s’agit bien de se positionner contre la vaccination, avec des arguments foireux

      Pas du tout ! Personnellement je ne suis pas contre la vaccination qui n’empêche pas la transmission du virus mais contre le pass sanitaire. Certes je ne suis pas encore vaccinée !
      Et je comprends ceux qui hésitent.
      Je pense qu’il faut porter le masque en manifestation et plutôt défiler avec les professionnels de santé comme le Pr. Laurent Thines qui s’indigne du Coût du fliquage des patients et des soignants par des vigiles privés du #PassInSanitaire à l’hôpital : 60 millions d’euros par MOIS !!

      Cette info à elle seule devrait pousser dans la rue les français tous les samedis.
      https://twitter.com/LaurentThines/status/1425800381490139141

      Et non il n’y a pas que des crevures d’extrême-droite dans ces manifestations anti pass sanitaire !
      Et oui il faut manifester aussi pour la levée des brevets afin que la majorité des habitants de cette planète puisse avoir accès au vaccin.

    • Super, mais du coup je ne comprends pas du tout l’intérêt de ton message sur l’efficacité « seulement 42% » du vaccin Pzifer en réponse à mon commentaire.

      Et on revient aux questions de « confusionnisme » :

      – le fait que la gauche manifeste en laissant ouvertement planer le doute sur l’importance de la vaccination. Et c’est le cas du texte sur Mélenchon.fr, où le fait qu’une bonne part des insoumis soient encore « dubitatifs » sur le sujet est simplement présenté comme un truc « bigarré », et non comme l’échec de son propre parti à faire sa part de la pédagogie. Même topo avec les syndicats - point déjà abordé ici (et notamment par Colporteur, alors qu’il est bien plus ouvertement critique du passe sanitaire que moi par exemple). Si tu ne te positionnes pas ouvertement en faveur de la vaccination, dans une manif où les messages anti-vax sont omniprésents (en tout ici à Montpellier, c’est à des niveaux totalement grotesques), et que tu te contentes de trouver que c’est « bigarré » dans ton propre groupe politique, c’est un gros problème. Tu ne peux pas critiquer le manque de pédagogie du gouvernement si tu renonces aussi clairement à faire ta part du boulot de ce côté.

      – comme je l’ai déjà écrit ici, le fait que je doute que tu tiennes longtemps dans ces manifs avec des slogans en faveur de la vaccination la plus large, en insistant sur le fait que c’est un geste progressiste et solidaire (tout en dénonçant le passe sanitaire comme méthode de gouvernance sanitaire). Ici à Montpellier, la manif s’est illustrée en allant traiter les pharmaciens pratiquant des tests près de la Comédie de collabos : tu te voies discuter ouvertement de l’importance de la vaccination dans une manif pareille ?

      – et évidemment le fait de manifester dans des manifs où les messages complotistes et fachos sont omniprésents et jamais « corrigés ». Ici à Montpellier, vraiment, c’était grotesque de voir des anars défiler à deux mètres des types avec stickers contre le « big reset », Soros et Bill Gates. Et prétendant que le slogan « général » est tellement global que c’est tant mieux, ça permet à une diversité de gens de se retrouver sur l’essentiel. Prétendre que ces tarés sont super-exceptionnels dans ces manifs, je sais pas chez vous, mais ici c’est de l’aveuglement : ils sont visibles, bruyants, et personne ne vient leur demander d’aller se faire voir ailleurs avec leurs merdes.

      Pour aller au point Godwin tout de suite, j’imagine des manifs où la moitié des gens viendraient ouvertement manifester contre la mainmise de la finance juive, le contrôle des banques par les illuminatis ou les francs-maçons, que cela s’exprimerait de manière tout à fait ouverte et bigarée, et que des partis de gauche participeraient et soutiendraient ces manifs au motif qu’avec un slogan officiel contre les excès du capitalisme néolibéral, bon ben c’est bien ça ramène du monde.

    • Oui je comprends et partage en grande partie ton point de vue.
      Pour l’instant à vrai dire je n’y ai pas encore participé.

      Mais je n’oublie pas que certains partis de gauche (EELV, PS et PC) mais aucun élu de la FI ont déjà soutenu la manif des policiers en grande partie d’extrême droite pour lesquels le problème de la police s’est la justice !

      Ce qui me désole c’est que maintenant pour aller se faire vacciner à l’hôpital il faut aussi le pass sanitaire ainsi que pour l’accès aux soins.

      Pour conclure je ne supporte plus l’hypocrisie de ce gouvernement et surtout le baigneur de Brégançon aux méthodes brutales qui se veut notre Sauveur pour assurer sa réélection.

  • Philippe Aigrain, le « penseur des communs », est mort
    https://www.nouvelobs.com/societe/20210715.OBS46565/philippe-aigrain-le-penseur-des-communs-est-mort.html#modal-msg

    Il était une figure emblématique de la sphère d’Internet, défenseur des « biens communs » et des libertés numériques. Philippe Aigrain, « penseur des communs, chercheur, poète et romancier », est décédé dimanche 11 juillet à 71 ans d’un accident de montagne, a annoncé lundi la maison d’édition Publie.net, qu’il présidait.

    Docteur en informatique, Philippe Aigrain a notamment participé dès les années 1970 à la revue « Interférences », qui a accompagné le mouvement des radios libres. Vingt ans plus tard, il a travaillé de 1996 à 2003 avec la Commission européenne et y a développé des politiques de soutien aux logiciels libres.

    Quadrature du net et migrants

    Il a également été l’un des cofondateurs la Quadrature du Net, association créée en 2008 qui « défend les droits fondamentaux et les libertés dans l’espace numérique et promeut des propositions assurant la synergie entre les libertés d’échange sur internet et le financement de la création », décrit-il sur son site Internet.
    « Splendeurs et misères du cybermonde », par Michaël Fœssel

    Pour atteindre cet équilibre entre propriété et biens communs, il a détaillé sa pensée dans plusieurs livres, dont l’un intitulé « Cause commune, l’information entre bien commun et propriété » (Fayard, 2005). L’ouvrage est (sans surprise) disponible gratuitement sur son blog.

    En dehors de la sphère d’Internet, Philippe Aigrain était aussi un fervent défenseur de la cause des migrants. Il a été l’un des initiateurs de la campagne « J’accueille l’étranger », qui propose de rendre visible la cause des exilés par le port d’un badge.

    #Philippe_Aigrain

  • Revisiter Picasso à l’ère de #metoo

    Peut-on aspirer à dépatriarcaliser nos musées ? De la même façon que des musées dans le monde procèdent à la décolonisation des pièces et œuvres volées ou obtenues sous la contrainte des différentes communautés, il faudrait d’après moi entamer une démarche de dépatriarcalisation des musées. Ainsi, comment planifier une exposition de l’œuvre de Picasso, un homme extrêmement violent et misogyne, à l’ère du mouvement #metoo ?

    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2021/06/28/revisiter-picasso-a-lere-de-metoo

    #féminisme #art

    • C’est probablement mon prochain projet artistique, « Damnatio Memoriae Pinasso ». Ce violeur mérite de disparaitre, lui son œuvre et sa funeste mémoire. Il a fait disparaitre des dizaines d’artistes en les violant, en les exploitant, en les pillants et en les humiliant. Il est temps de remettre ce #grand_homme à sa place, c’est à dire dans l’égout des artistes dont on ne se souviens pas.
      « Pinasso, j’irais cracher sur ta tombe »
      #violophilie #Damnatio_Memoriae

    • Après le "Guère-ni-couilles de Pinasso" je ferais aussi un « Damnatio Memoriae Gaule-Gain - Mon Gros Colon » en hommage au peintre qui porta à la vue de tous les plaisirs du viol colonial des petites filles et fut précurseur du tourisme pédocriminel international. C’est grâce à lui que le pékin moyen peut s’imaginer en violeur colonial dans n’importe quelle salle d’attente de cabinet médicale. #Gauguin

      L’idée m’est venu plus clairement en lisant un entretiens de @mona - Merci Mona ^^

      Et qu’en est-il des fantasmes masculins envers les femmes racisées ? Vous évoquez Yann Moix qui avait confessé son incapacité à trouver les femmes de plus de 50 ans « baisables », et ne sortir qu’avec des Asiatiques…

      Là, pour moi, il ne s’agit pas tant de fantasme que de choix sexuel et amoureux, de ce qui est recherché dans une relation en tout cas. Les hommes, notamment blancs mais pas seulement, apprennent à projeter un idéal de soumission sur les femmes asiatiques et sur les jeunes femmes.

      A cet égard, vous décortiquez le roman « Madame Chrysanthème » de Pierre Loti, inspiré de sa propre expérience : Loti, en voyage à Nagasaki en 1885, avait épousé par contrat d’un mois renouvelable une jeune Japonaise de 18 ans…

      Il fallait déboulonner ça, parce que Pierre Loti est vraiment l’homme qui a mis en circulation ces clichés sur les femmes asiatiques, arabes et polynésiennes. Clichés repris par Gauguin et jusqu’à aujourd’hui. Je ne me permets pas de juger de leur relation, mais quand, dans une chanson intitulée « Ma Papou », Marc Lavoine parle de sa compagne, l’écrivaine d’origine vietnamienne Line Papin, de trente-trois ans sa cadette, comme d’une « poupée moitié indochinoise » qui a « redressé la tour de Pise », je tique.

      https://www.nouvelobs.com/idees/20210909.OBS48423/mona-chollet-notre-imaginaire-amoureux-est-fonde-sur-des-femmes-dominees.

  • Jeannot et Marie étaient surendettés en secret. Ils se sont donné la mort le soir de Noël
    https://www.nouvelobs.com/societe/20210620.OBS45487/jeannot-et-marie-etaient-surrendettes-en-secret-ils-se-sont-donnes-la-mor

    « Jeudi 24 décembre, mes deux parents, 78 et 76 ans, se sont donné la mort. Ma sœur les attendait pour un réveillon de Noël en famille. Elle les a découverts dans leur chambre, leur chien au pied du lit, avec un mot nous demandant de leur pardonner car ils ne pouvaient “pas faire autrement”, et, à côté d’eux, un dossier sur leurs créances qu’ils avaient soigneusement dissimulées à leur famille. »

    C’est par ces mots que Christophe M., 55 ans, commence son mail envoyé en janvier 2021 aux créanciers de ses parents. Un mail intitulé : « Endettés, maman et papa se suicident la veille de Noël », avec, en pièce jointe, une photo de ses parents. Les destinataires de ce mail sont des organismes de crédit – Financo, Younited, Cofidis, Cetelem, Nickel, Sofinco, Oney, FLOA Bank… –, dont on voit passer souvent à la télé, sur internet et jusque dans nos boîtes mail ces slogans, promesses de lendemains qui chantent : « Besoin d’un coup de main ? », « A l’approche de l’été vos projets fleurissent ? », « Vous faites face à l’imprévu ? », « La carte d’emprunt de vos rêves est là ! » Cliquez, signez, dépensez… et hop, la vie sera plus belle. M. et Mme M. ont cliqué, signé, dépensé. Et hop.

  • Le mythe de l’immunité de groupe

    Il me semble que l’on s’attache beaucoup trop au concept d’immunité de groupe, qui a un rôle explicatif, mais pas opérationnel. Quand le taux R de reproduction courant est inférieur à 1, on est en état d’immunité de groupe. Quand il repasse au dessus de 1, on a perdu l’immunité de groupe. Ce que cela veut dire est que si chaque individu contribue suffisamment peu à la transmission du virus, celui-ci tend à disparaître. Cela peut être du au comportement des individus, et en particulier à leurs précautions, médicales ou autres pour ne pas être contaminé, ou pour que la contamination soit sans effet (vaccin).

    En ce moment, la France est en état d’immunité de groupe. Mais cela peut changer avec les changements de saison, avec l’arrivée du variant delta (indien), ou avec un mode de vie plus laxiste et moins hygiénique.

    Ce qu’explique le concept d’immunité de groupe, c’est que l’on a une chance de stopper de virus même en présence d’une proportion d’irresponsables dans la population (antivax, antimasques, teufeurs et philosophes d’opérette, etc.) si une partie suffisante de la population réussit à être suffisamment bloquante pour la transmission du virus, quel qu’en soit le moyen. Et en fin de compte, c’est la moyenne de la transmissibilité sur l’ensemble de la population qui détermine l’évolution épidémique.

    Alors l’immunité de groupe est-elle atteinte à 60% ou 85% de vaccinés. Ou bien est-elle inatteignable. Cela dépend, d’un tas de choses ... qui changent. En ce moment la France a atteint l’immunité de groupe avec moins de 50% de vaccinés. Si rien ne change, on a gagné. Mais je crains qu’il n’y ait des changements, et il est plus qu’urgent de dépister le variant delta.

    Le concept d’immunité de groupe est utile comme référence explicative. Mais l’insistance des uns et des autres, et surtout de la presse [2] et de certains scientifiques [1] à présenter cela comme un objectif dépendant du taux de vaccination est une source de confusion et d’incompréhension, et finalement de méfiance injustifiée à l’égard des explications scientifiques.

    Cela semble aussi faire croire au public que le but de la vaccination est d’atteindre l’immunité de groupe, alors que ses rôles sont multiples et qu’elle est encore plus indispensable quand la vaccination ne peut à elle-seule éliminer l’épidémie, car la ralentir est déjà utile.

    Au delà de la vaccination, peut être faudra-t-il aussi apprendre (entre autres choses) à réserver les bises à la famille proche, et à mieux aérer les lieux public pour avoir une immunité de groupe. Voire à porter un masque quand on est malade.


    Références

    [1] Vacciner les adolescents est « un impératif arithmétique » pour le professeur Alain Fischer. Le Monde avec AFP, 13 juin 2021
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/13/vacciner-les-adolescents-est-un-imperatif-arithmetique-pour-le-pr-alain-fisc

    « La vaccination des mineurs de plus de 12 ans, qui doit commencer mardi 15 juin, est un « impératif arithmétique » pour se rapprocher de l’immunité de groupe contre le Covid-19. »

    [2]Vaccination : pourquoi la France craint d’atteindre un plafond. L’Obs, 11 juin 2021.
    https://www.nouvelobs.com/vaccination-anti-covid-19/20210611.OBS45145/vaccination-pourquoi-la-france-craint-d-atteindre-un-plafond-de-verre.htm

    « La campagne de vaccination française risque de plafonner avant l’immunité collective. »

    Les commentaires des lecteurs sont souvent instructifs quant aux illusions et incompréhensions dues au rôle, perçu comme incontournable, que l´on fait jouer au concept d’immunité collective induite par la vaccination.

  • Un balbuzard bloque un chantier : saboter le capitalisme avec des non-humains
    https://www.nouvelobs.com/idees/20210528.OBS44579/un-balbuzard-bloque-un-chantier-saboter-le-capitalisme-avec-des-non-humai

    Le théologien Stéphane Lavignotte a lu « Nous ne sommes pas seuls » de Léna Balaud et Antoine Chopot, paru au Seuil. Pour lui, ce texte révèle un tournant de la pensée écologiste. Critique et extraits.

    Sur la Loire, des naturalistes en lutte favorisent la venue d’un couple de balbuzards, espèce protégée, dont la présence bloque plusieurs mois par an le chantier d’un pont. Au Kirghizistan, des villageois sabotent la mainmise de l’État sur leurs moyens de subsistance en greffant en secret une forêt fruitière. En Argentine, des cultures OGM sont envahies par des super-mauvaises herbes, immunisées des pesticides par contamination génétique, des communautés paysannes en lutte contre Monsanto favorisant leur développement en lançant des bombes à graine. Ces exemples et d’autres rythment ce livre important dans les révolutions actuelles de la pensée écologiste.

    #écologie_politique #livre #mise_au_travail #capitalocène

    • « Nous ne sommes pas seuls » . Samedi 29 mai, le studio #radio de la Parole errante accueillait Léna Balaud et Antoine Chopot pour revenir sur les enjeux du " traité d’écologie politique terrestre" qu’ils viennent de publier.

      https://laparoleerrantedemain.org/index.php/2021/05/31/rencontre-radiophonique-autour-du-livre-nous-ne-sommes-pas-se

      Une recension, Ernest London, Le bibliothécaire-armurier
      http://bibliothequefahrenheit.blogspot.com/2021/06/nous-ne-sommes-pas-seuls.html

      Léna Balaud et Antoine Chopot prennent ainsi le temps de déployer en permanence une analyse fine et complexe de différentes théories de l’écologie, pour tracer leur propre cheminement, relevant certaines impasses, confrontant certaines contradictions qui ouvrent de nouvelles voies entre plusieurs conceptions. Ainsi proposent-ils d’ « apprendre à quitter le centre, sans quitter la politique », « d’apprendre à combiner le geste de s’attaquer aux causes des menaces pesant sur la vie et les collectifs avec le geste d’intégration de la richesse d’êtres et de relations sur laquelle insistent les partisan·es d’un tournant non humain de la politique » : « Camarades, encore un effort pour devenir terrestres ! »
      « Pour sortir de l’âge du capital, il ne s’agira pas de se débarrasser des seuls partisans de l’économie fossile, en prenant le pouvoir à leur place sur la base du même monde, et sur la base des mêmes infrastructures mais avec d’autres sources d’énergie “propres“. Il s’agira de démanteler l’agencement écopolitique d’humains et de non-humains qui entretient cet état du monde inhabitable. »

  • L’intelligence artificielle est-elle néolibérale ?
    https://www.nouvelobs.com/idees/20210527.OBS44531/l-intelligence-artificielle-est-elle-neoliberale.html

    Par Xavier de La Porte

    Lorsque, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, on s’est mis à penser que les ordinateurs allaient changer le monde, beaucoup ont rêvé de reproduire artificiellement le fonctionnement du cerveau humain. Parmi eux, certains ont eu une idée : il suffisait de remplacer les neurones par des micro-transistors, de les assembler en une architecture adéquate, de créer des boucles de rétroaction qui fassent en sorte que le système évolue selon ses résultats, et le tour était joué. Le « réseau de neurones » était né.

    #Pablo_Jensen #Deep_earnings

  • Entre l’Amérique et Israël, ce n’est plus ce que c’était
    https://www.nouvelobs.com/monde/20210520.OBS44248/entre-l-amerique-et-israel-ce-n-est-plus-ce-que-c-etait.html

    C’était dimanche 16 mai, sur la populaire chaîne câblée HBO. Les Etats-Unis se disent les « amis indéfectibles » d’Israël ? Si c’est le cas, « j’oserais espérer qu’un ami véritable me dise quand je me comporte comme un #trou_du_cul, et plus encore quand je commets un putain de #crime_de_guerre ». La charge au canon de l’humoriste #John_Oliver, qui n’exemptait pas le Hamas de ses responsabilités mais refusait une lecture « torts partagés » du conflit, et critiquait vertement la justification offerte par les présidents américains successifs, selon laquelle « Israël a le droit de se défendre », a mis dans le mille.